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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Michel, trimardeur d'infortune : &#171; J'ai tout fait, tout connu &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;J&#233;sus a multipli&#233; les pains, Michel des petits boulots de survie. Du Beaujolais au nucl&#233;aire en passant par le montage de store, ce n'est plus un CV mais la condition du prolo moderne r&#233;sum&#233; dans ces lignes. Michel a 50 balais aujourd'hui. Toute sa vie a &#233;t&#233; remplie par une suite de petits boulots. Souvent des boulots de merde, rarement des emplois satisfaisants. &#171; J'ai commenc&#233; &#224; 16 ans avec la castration des ma&#239;s. L'ambiance &#233;tait bonne mais la paye maigre &#187;, me raconte-t-il au bar du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/boulots" rel="tag"&gt;boulots&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;J&#233;sus a multipli&#233; les pains, Michel des petits boulots de survie. Du Beaujolais au nucl&#233;aire en passant par le montage de store, ce n'est plus un CV mais la condition du prolo moderne r&#233;sum&#233; dans ces lignes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2906 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH286/-1150-6569f.jpg?1779604928' width='200' height='286' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;147 de CQFD, illustr&#233;e par L.L. de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;ichel a 50 balais aujourd'hui. Toute sa vie a &#233;t&#233; remplie par une suite de petits boulots. Souvent des boulots de merde, rarement des emplois satisfaisants. &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai commenc&#233; &lt;/strong&gt;&#224; 16 ans avec la castration des ma&#239;s. L'ambiance &#233;tait bonne mais la paye maigre {{}}&lt;/i&gt; &#187;, me raconte-t-il au bar du Peuple o&#249; il commande son troisi&#232;me demi. Il est 8h30 ce matin. &#171; &lt;i&gt;Comme tout le monde, j'ai fait les vendanges dans le Beaujolais. Dos cass&#233;, vin &#224; volont&#233;. &lt;/i&gt; &#187; C'est le lot des ch&#244;meurs et des alcooliques que de s'engager dans des vendanges &#224; la dure. &#171; &lt;i&gt;Des fois, les patrons sont pas vaches. Tu dors en dortoir. Y'a moyen de trouver une petite parfois. Cela dit, on &#233;tait tellement crev&#233; ou bourr&#233;... &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, c'est l'int&#233;rim hivernal &lt;/strong&gt;en ville. &#171; &lt;i&gt;&#192; Lyon, je me suis inscrit dans ces bo&#238;tes qui fleurissaient &#224; l'&#233;poque. D&#233;m&#233;nageur un jour, tu trimballais un piano sur quatre &#233;tages dans un couloir fait pour passer un harmonica. &lt;/i&gt; &#187; L'usine aussi, quand il flotte. &#171; &lt;i&gt;Un jour l'agence m'a envoy&#233; dans une petite usine o&#249; je devais appuyer sur deux boutons en simultan&#233; toutes les secondes. &lt;/i&gt; &#187; Le contrema&#238;tre passe le voir une fois, puis deux pour l'engueuler. &#199;a ne va pas assez vite. Michel se tire au bout d'une heure. Il n'a pas la carri&#232;re dans le sang. &#171; &lt;i&gt;J'ai aussi mont&#233; des &#233;chafaudages pour avions, des stands avec toute une bande de trimards, genre salon du cuir, ou de la bouffe chinoise, avec des moquettes rouges &#224; bande. Je te dis : j'ai tout fait, tout connu. &lt;/i&gt; &#187; Il y aura pire plus tard. &#171; &lt;i&gt;Tout &#231;a c'est de la gnognotte par rapport &#224; ce que j'ai connu apr&#232;s. Quand la bo&#238;te m'a fait confiance, il m'ont envoy&#233; sur des tafs plus s&#251;rs : le nucl&#233;aire. Je suis descendu de Lyon pour Tricastin. Pas tricastel. &lt;/i&gt; &#187; Les primes et la paye sont bonnes, tr&#232;s bonnes, m&#234;me. &#171; &lt;i&gt;&#199;a me paraissait louche mais quitte &#224; crever, autant avoir des mains d'or. Ce fut l&#224; mon erreur. Le fric tu le perds apr&#232;s, &#224; te faire soigner. &lt;/i&gt; &#187; Les maux de t&#234;te arrivent vite. En quelques ann&#233;es, Michel attrape tout ce qui passe comme maladie. Son terrain immunitaire d&#233;gringole sec. Il va conna&#238;tre l'h&#244;pital, comme client cette fois.&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans plus tard, &lt;/strong&gt;il en sort. Repart au taf vu qu'h&#233;riter dans sa famille, &#231;a serait plut&#244;t des emmerdes. Alors le voil&#224; monteur de stores dans des hangars en Sa&#244;ne-et- Loire : &#171; &lt;i&gt;C'est un pote qui m'a tra&#238;n&#233; l&#224;-bas. Je me coin&#231;ais tout le temps les doigts dans ces saloperies. Parfois, je r&#234;vais de faire des &#233;tudes comme des potes qui avaient compris qu'il fallait pondre des m&#233;moires sur le cercle ou les pendentifs pr&#233;colombiens pour se faire une place au soleil. &lt;/i&gt; &#187; Pour Michel, c'est un peu tard et il est grave malade. Au bar, la peau trou&#233;e par des marques disgracieuses, et un tremblement de la jambe gauche, Michel fait peine. Quand il sourit, c'est le trou noir. &#171; &lt;i&gt;Elles sont toutes tomb&#233;es. Rapport &#224; mon taf de nettoyeur &#224; Tricastin. Si j'avais pas bu mes &#233;moluments, j'aurais pu me faire remplacer mes ratiches. &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, tout change &lt;/strong&gt;et Michel trouve une place chez une comtesse comme jardinier. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait par piti&#233; qu'elle m'avait embauch&#233;. Je devais couper quelques roses, arroser ici et l&#224;, passer le r&#226;teau. &lt;/i&gt; &#187; Tout se passe bien pendant quelques ann&#233;es, mais un jour la vieille dame calanche et son neveu reprend le petit ch&#226;teau. &#171; &lt;i&gt;C'est devenu Bagdad et Guantanamo pour moi . Il me bombardait d'insultes et m'interdisait de sorties, il a arr&#234;t&#233; de me payer, me demandait de bosser comme un n&#232;gre, je m'&#233;crasais &#8211; et plus je m'&#233;crasais, plus il cognait. &lt;/i&gt; &#187; un matin, c'est le drame. &#171; &lt;i&gt;Je lui envoie le r&#226;teau dans les dents comme &#224; la t&#233;l&#233; dans Charlot. Il saigne du nez et il me renvoie enfin. &#199;a me redonne de l'&#233;lan pour me tirer parce que vois-tu, fils, j'&#233;tais plus capable de d&#233;coincer de cette planque. &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel se retrouve &lt;/strong&gt;en foyer pendant quatre ans. La descente aux enfers. Pas vraiment du boulot mais des chantiers d'assist&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Je me retrouvais avec tous les damn&#233;s de la terre. Gratter des pierres, monter des murets, se rouler une tige, s'envoyer deux blagues et attendre le week-end. &lt;/i&gt; &#187; Michel aimerait bien faire un &lt;i&gt;bore-out &lt;/i&gt;comme on diagnostique aujourd'hui dans les universit&#233;s. Qu'importe, il a &#233;t&#233; veilleur de nuit dans un centre pour mineurs. &#171; &lt;i&gt;C'est cool, au d&#233;but puis apr&#232;s tu te fais pote avec les gamins et puis ils te chouravent tout, te piquent tes clopes, foutent le bronx. &#192; la fin, tu te fais virer parce que t'&#233;tais sympa. &lt;/i&gt; &#187; Michel a &#233;t&#233; d&#233;moli par son exp&#233;rience chez les d&#233;linquants. &#171; &lt;i&gt;Je leur ressemblais, &#224; ses m&#244;mes ; parents disparus quand j'&#233;tais moutard, premi&#232;re clope &#224; douze ans, l'alcool qui te prend la tronche trop vite, les vols de caisse, puis les injections : je me suis m&#234;me inject&#233; du Ricard, des m&#233;docs &#224; plus en finir pour avoir des sensations. &lt;/i&gt; &#187; Alors, quand on lui propose des essais th&#233;rapeutiques pour la tachycardie, il saute sur l'occasion de se refaire un peu. un week-end de cobaye, allong&#233; avec une perfusion, peut &#234;tre tr&#232;s bien pay&#233;. Et tr&#232;s co&#251;teux pour la sant&#233; : &#171; &lt;i&gt;Ma sant&#233; &#233;tait d&#233;j&#224; flageolante. Ils n'auraient m&#234;me pas d&#251; me prendre. &lt;/i&gt; &#187; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, &lt;/strong&gt;Michel est sous tutelle et touche une allocation adulte handicap&#233;. Fini les petits boulots. Il vit &#224; Roquevaire (Bouches-du- Rh&#244;ne) et tire sa carcasse parfois dans Marseille. L&#224;, il se tra&#238;ne dans de longues errances, grattant une pi&#232;ce ici ou l&#224;. Le travail m&#232;ne &#224; tout&#8230; mais surtout &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Christophe Goby&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un silo de sucre et de d&#233;dain</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Un-silo-de-sucre-et-de-dedain</link>
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		<dc:date>2019-04-11T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Eric Louis</dc:creator>


		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Union</dc:subject>
		<dc:subject>cristal</dc:subject>
		<dc:subject>Arthur</dc:subject>
		<dc:subject>Michel</dc:subject>
		<dc:subject>Michel Mangion</dc:subject>
		<dc:subject>Cristal Union</dc:subject>
		<dc:subject>David Duval</dc:subject>
		<dc:subject>Vincent</dc:subject>
		<dc:subject>Mangion</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 13 mars 2012, Vincent Dequin, 33 ans, et Arthur Bertelli, 23 ans, cordistes, meurent ensevelis sous des tonnes de sucre. Le 11 janvier 2019 s'ouvre le proc&#232;s de leur accident au tribunal correctionnel de Reims. Sur le banc des pr&#233;venus, deux personnes physiques : Michel Mangion et David Duval, respectivement chefs d'&#233;tablissement des entreprises Cristal Union et Carrard Services, son prestataire. Et deux personnes morales, ces m&#234;mes entreprises, repr&#233;sent&#233;es par leurs avocats. Apr&#232;s sept (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Union" rel="tag"&gt;Union&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cristal" rel="tag"&gt;cristal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Arthur-2347" rel="tag"&gt;Arthur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Michel-4528" rel="tag"&gt;Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Michel-Mangion" rel="tag"&gt;Michel Mangion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cristal-Union" rel="tag"&gt;Cristal Union&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/David-Duval" rel="tag"&gt;David Duval&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Vincent" rel="tag"&gt;Vincent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mangion" rel="tag"&gt;Mangion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 13 mars 2012, Vincent Dequin, 33 ans, et Arthur Bertelli, 23 ans, cordistes, meurent ensevelis sous des tonnes de sucre. Le 11 janvier 2019 s'ouvre le proc&#232;s de leur accident au tribunal correctionnel de Reims. Sur le banc des pr&#233;venus, deux personnes physiques : Michel Mangion et David Duval, respectivement chefs d'&#233;tablissement des entreprises Cristal Union et Carrard Services, son prestataire. Et deux personnes morales, ces m&#234;mes entreprises, repr&#233;sent&#233;es par leurs avocats. Apr&#232;s sept ans d'instruction, la lumi&#232;re sera-t-elle faite sur les circonstances de ce drame ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2875 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L442xH400/-1119-1643b.jpg?1779603748' width='442' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par L. L. de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; Q&lt;/span&gt;&lt;i&gt;ui est le responsable du plan de pr&#233;vention, Monsieur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le chef d'&#233;tablissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Donc en tant que chef d'&#233;tablissement, Monsieur, vous avez lu ce plan de pr&#233;vention ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et vous l'avez sign&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Monsieur, n'avez-vous pas vu que le nom qui appara&#238;t en bas de ce document n'est pas le v&#244;tre ? Mais celui de votre pr&#233;d&#233;cesseur ? Que c'est donc un mauvais copi&#233;-coll&#233; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout empreint de son calme olympien, le jeune substitut du procureur se rassoit. Il n'attend pas de r&#233;ponse &#224; ces derni&#232;res questions. &#192; la barre, Michel Mangion, le directeur de la sucrerie Cristal Union de Bazancourt (Marne) au moment de l'accident, reste tourn&#233; vers lui. L'air &#233;gar&#233;. Le corps &#224; la d&#233;rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident reprend la main. Les r&#233;ponses de Michel Mangion sont bredouill&#233;es plus que d&#233;clam&#233;es. Les mots s'entrechoquent, se bousculent, se chevauchent, h&#233;sitent. &#192; cet instant, il est o&#249; le directeur d'usine dynamique ? L'in&#233;branlable d&#233;cideur, &#224; l'assurance conf&#233;r&#233;e par les pr&#233;rogatives d'une hi&#233;rarchie protectrice ? Ici, il est le mauvais &#233;l&#232;ve pris en faute, face &#224; ses ma&#238;tres. S'effor&#231;ant de minimiser ses responsabilit&#233;s, ses manquements. Les rejetant m&#234;me sur l'autre pr&#233;venu, David Duval, directeur de Carrard Services, entreprise de nettoyage qui envoyait des cordistes chez Cristal Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs cette audience ne sera que cela. Le rejet de la faute les uns sur les autres. M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Busy, avocat au c&#244;t&#233; des victimes, aura cette parole, r&#233;sumant la pens&#233;e de tous : &#171; &lt;i&gt; C'est pas moi, c'est lui !&lt;/i&gt; &#187; David Duval, mis en cause par Michel Mangion, son client, n'aura de cesse d'invoquer Francis Petit, un de ses employ&#233;s, chef de chantier, absent au proc&#232;s. Pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gros, la multinationale aux 2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires tape sur son prestataire qui ne p&#232;se que 92 millions, et lui-m&#234;me d&#233;signe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un de ses employ&#233;s, chef de chantier. S'il avait &#233;t&#233; l&#224;, aurait-il &#224; son tour incrimin&#233; les ouvriers salari&#233;s de Carrard Services, qui eux-m&#234;mes auraient mis en cause les int&#233;rimaires ? &#192; leur tour, ceux-ci se seraient retourn&#233;s vers&#8230; ah non, en dessous il n'y a plus personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quel titre comparaissent Michel Mangion et David Duval ? Ils ne sont ni les propri&#233;taires des usines qui les emploient, ni les PDG. O&#249; sont les gens qui tr&#244;nent au sommet de ces pyramides ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez eux, au chaud. Tranquilles comme Baptiste. &#192; 21 h, quand enfin l'audience se termine, laissant tout le monde sonn&#233; par ces douze heures de d&#233;bats, il d&#233;gustent s&#251;rement un whisky irlandais hors d'&#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'ils ont pris bien soin de faire signer &#224; leurs directeurs d'usines des d&#233;l&#233;gations de pouvoir. Leur laissant le loisir de repr&#233;senter physiquement l'entreprise aupr&#232;s des tribunaux en cas d'accident grave. Olivier de Bohan, h&#233;ritier de la lign&#233;e du m&#234;me nom, assis tout en haut de la pyramide Cristal Union, ne verra jamais dans la presse son prestigieux patronyme associ&#233; &#224; ce genre d'affaire. Embarrassante, il faut bien le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des coop&#233;rateurs de Cristal Union, Olivier de Bohan, titill&#233; au sujet des ouvriers d&#233;c&#233;d&#233;s sur ses sites de production, l&#226;chera un brin fataliste : &#171; &lt;i&gt;&#201;videmment que je suis au courant. &#201;videmment qu'on a&#8230; manifest&#233; des soutiens et&#8230; Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Dans la vie des entreprises, y a ce type d'accident, &#231;a peut arriver, malheureusement, &#231;a peut arriver.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de rassurer son auditoire sur l'humanit&#233; qui anime au quotidien la direction de son entreprise, il ment sans honte ni scrupule, &#233;videmment. Les pontes de Cristal Union n'ont jamais esquiss&#233; le moindre geste, manifest&#233; la moindre compassion &#224; l'endroit des proches des victimes tomb&#233;es pour leur production, pour leur chiffre d'affaires, malheureusement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2876 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH336/-1120-da2cb.jpg?1779851618' width='500' height='336' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par L. L. de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la barre, face &#224; la cour, ce sont bien deux lampistes qui r&#233;pondent aux questions, au nom de leurs mentors. Car &#224; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des contributeurs, Michel Mangion, tout directeur d'usine qu'il puisse &#234;tre, n'est pas sur sur le podium. Sous-fifre. &#192; ce titre, le parquet requiert contre lui huit mois de prison avec sursis et 15 000 &#8364; d'amende &#8211; pour blessures et homicides involontaires &#171; &lt;i&gt;par violation manifestement d&#233;lib&#233;r&#233;e d'une obligation de s&#233;curit&#233; ou de prudence&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de David Duval est encore plus parlant. &#201;voquant la responsabilit&#233; que conf&#232;re un tel transfert de pouvoir, le substitut du procureur lui demande en point d'orgue de sa d&#233;monstration :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vous gagniez combien &#224; l'&#233;poque, Monsieur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 3 000 euros. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il se rassoit lentement, secouant la t&#234;te de droite &#224; gauche, un sourire tristement d&#233;sol&#233; aux l&#232;vres. Il vient de faire prendre conscience &#224; David Duval du march&#233; de dupe dont il est aujourd'hui le grand perdant. Sous-fifre. &#192; ce titre, le parquet demande contre lui 15 000 &#8364; d'amende et un an de prison avec sursis.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Profession cordiste&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour le cordiste, la corde n'est pas une finalit&#233;, ce n'est qu'un moyen d'acc&#232;s. Pour aller travailler dans les endroits difficilement ou peu accessibles. Cela quand les moyens traditionnels ne peuvent &#234;tre mis en place, comme les &#233;chafaudages ou les nacelles. Selon les cas, le cordiste descend, pour travailler debout sur ses pieds, ou alors, le plus souvent, suspendu, quand la configuration l'impose. C'est fou ce qu'il est possible de faire, au bout d'une corde d'un centim&#232;tre de diam&#232;tre : d&#233;calaminer des fours d'incin&#233;rateurs &#224; la barre &#224; mine, passer le nettoyeur haute pression, poser des adh&#233;sifs de signalisation, remplacer une descente de goutti&#232;re, taper au marteau-piqueur, d&#233;poussi&#233;rer des silos &#224; grain, remplacer des v&#233;rins, poser des filets anti-pigeons&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En urbain, le cordiste se trimballe une tonne de matos accroch&#233; au cul. Perforateur, marteau, planches, pied de biche, seau d'eau, seau de mortier, truelles, taloche... En faisant attention de ne pas bousculer les jardini&#232;res de g&#233;ranium suspendues aux balcons, de ne pas mettre les pieds sur les vitres, de ne pas couper la corde sur une ar&#234;te vive en b&#233;ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En industrie, les exigences sont autres. Combien de temps faut-il bosser dans ces fours d'incin&#233;ration de produits ultimes (solvants, graisses, huiles&#8230;) avant de choper un cancer ? Qui rembourse les godasses qui ont fondu sur les parois de cet incin&#233;rateur chauff&#233;es &#224; 220 degr&#233;s ? Comment descendre de cette charpente cuite &#224; 50 degr&#233;s par la canicule, quand un &#233;tat de d&#233;shydratation avanc&#233; transforme le moindre geste en crampe ? C'est un boulot o&#249; on s'ennuie rarement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 mars 2012, Arthur, Vincent, Fr&#233;d&#233;ric et un autre coll&#232;gue descendent en rappel les 53 m&#232;tres du silo n&#176; 4 de la sucrerie Cristal Union, &#224; Bazancourt. Arriv&#233;s sur le sucre, ils s'emploient &#224; d&#233;gager la porte lat&#233;rale, situ&#233;e &#224; 7 m&#232;tres au-dessus du niveau du sol. Au bout de 10 minutes, la mati&#232;re se d&#233;robe sous leurs pieds. Deux trappes de vidange ont &#233;t&#233; ouvertes juste en dessous de l'endroit o&#249; ils travaillent. Erreur fatale. Arthur est enseveli tout de suite dans ce sablier g&#233;ant. Vincent ne parvient pas non plus &#224; se d&#233;gager. Il sera emport&#233; &#224; son tour. Fr&#233;d&#233;ric ne peut rien pour ses deux coll&#232;gues. Il se maintient &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt;, et se raccroche sur une autre corde.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les cordistes sont l&#224;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au c&#244;t&#233; des familles de Vincent et Arthur, au c&#244;t&#233; de Fanny et Marion, leurs compagnes au moment du drame, assises c&#244;te &#224; c&#244;te comme deux s&#339;urs unies dans le malheur, les cordistes sont l&#224;. &#192; l'&#233;nonc&#233; de certaines inexactitudes, leur sang de professionnels ne fait qu'un tour. R&#233;duits au silence, les corps se tendent, les mains s'agitent. Trop tard. Les d&#233;bats sont clos, le r&#233;quisitoire a &#233;t&#233; prononc&#233;. Ce sont maintenant les plaidoiries des avocats de la d&#233;fense qui d&#233;roulent implacablement leur lot d'erreurs, d'approximations, propres &#224; instiller le doute dans l'esprit des juges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette carence, les cordistes pr&#233;sents la rel&#232;vent. Ce sera une r&#233;flexion de plus &#224; mener au sein de l'association &#171; &lt;a href=&#034;https://cordistesencolere.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cordistes en col&#232;re, cordistes solidaires&lt;/a&gt; &#187;, fra&#238;chement constitu&#233;e &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'auteur de ces lignes en est un membre actif. Il a travaill&#233; comme cordiste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Cette association a pris corps dans la peine qu'a suscit&#233;e la mort d'un autre cordiste, Quentin. Lui a p&#233;ri le 21 juin 2017, enseveli dans un silo appartenant &#224; une filiale de Cristal Union &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le proc&#232;s de son accident devait d&#233;buter &#224; Reims ce vendredi 5 avril, mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. La mobilisation est aussi n&#233;e de la prise de conscience des risques d'un m&#233;tier, dont il est fr&#233;quemment et un peu rapidement dit qu'il n'est pas plus accidentog&#232;ne qu'un autre. Depuis 2006, Ludwig, Mathieu, Lionel R., Arthur, Vincent, Daniel, Joshua, Farid, Quentin, Micka&#235;l, Fran&#231;ois, R&#233;gis, Bruno, Lionel D., Pierre-Ange, Dimitri, tous cordistes, sont morts d'accidents de travail. Et d'autres, dont on peine &#224; trouver les noms. Dix-neuf morts en treize ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cordistes sont environ 8 500 &#224; travailler chaque jour &#224; travers la France. Appliqu&#233; &#224; l'&#201;ducation nationale, qui compte un million de salari&#233;s, ce ratio aurait men&#233; &#224; constater 2 235 morts dans les salles de classe dans le m&#234;me laps de temps !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;tier n'ayant pas de convention collective propre, les travailleurs sur cordes sont rattach&#233;s &#224; la f&#233;d&#233;ration du b&#226;timent. Et les statistiques relatives &#224; ces accidents sont noy&#233;es dans les d&#233;clarations de celle-ci. M&#234;me la liste des d&#233;c&#232;s n'est peut-&#234;tre pas exhaustive. Comment d&#232;s lors alerter sur le taux d'accidents, sur leurs causes, sur les mesures correctives &#224; mettre en place, s'il n'existe pas de liste pr&#233;cise synth&#233;tisant ces &#233;l&#233;ments ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un des axes de travail de l'association. R&#233;colter les informations, les recenser, pour alerter, pr&#233;venir. Mais aussi, au passage, &#233;couter les histoires de chacun. C'est de soutien qu'a besoin la personne accident&#233;e, isol&#233;e face &#224; l'adversit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; C'est mon tour &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On venait &#224; peine de commencer qu'il s'est cr&#233;&#233; un entonnoir et on a &#233;t&#233; attir&#233;s vers le bas. J'ai vu Arthur glisser lentement vers le bas, entra&#238;n&#233; par ses mat&#233;riels, d&#233;j&#224; recouvert de sucre. Rapidement il a &#233;t&#233; &#233;touff&#233; par un amas de sucre qui glissait des parois. Vincent a suivi le m&#234;me chemin en essayant de se d&#233;gager. Il a maintenu sa t&#234;te le plus longtemps possible vers le haut, mais le sucre a continu&#233; &#224; l'ensevelir. Il s'est adress&#233; &#224; moi en disant &lt;/i&gt;&#8220;C'est mon tour.&#8221;&lt;i&gt; J'ai essay&#233; de le rassurer. Mais je ne pouvais rien faire. &#192; mon tour, mon mat&#233;riel &#233;tait pris dans le sucre. Je me suis retrouv&#233; dans un c&#244;ne &#224; 2 m&#232;tres environ de la surface. Je me suis vu mourir. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Soulier est un survivant. Ce 13 mars 2012, &#224; 11 h 45, il vient de voir dispara&#238;tre deux coll&#232;gues sous ses yeux. Arthur Bertelli avait 23 ans. Vincent Dequin en avait 33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept ann&#233;es apr&#232;s, l'&#233;motion de Fr&#233;d&#233;ric demeure enti&#232;re lorsqu'il raconte sobrement le d&#233;roul&#233; de ce douloureux &#233;pisode. Ses s&#233;quelles psychologiques s'estomperont au fil du temps. Sans jamais dispara&#238;tre, toutefois. C'est un homme marqu&#233; &#224; vie qui se tient malgr&#233; tout digne et droit &#224; la barre du tribunal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il prendra part aux deux jours de rencontres organis&#233;es par l'association, &#224; la suite de l'audience. Lui plus que tout autre conna&#238;t la valeur du soutien humain. Et c'est baign&#233; de cette chaleur qu'il repartira le dimanche apr&#232;s-midi. &#201;tourdi par le vacarme du repas partag&#233; par les 43 convives, impr&#233;gn&#233; de l'envie survolt&#233;e de b&#226;tir quelque chose face &#224; ce genre de drame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus rien ne ram&#232;nera Vincent et Arthur. Les familles, qui voient sept ann&#233;es de leur vie ramass&#233;es en quelques heures d'audience, le savent. Elles sont venues chercher la v&#233;rit&#233;. Voir les responsabilit&#233;s assum&#233;es. Elles n'auront que le spectacle pitoyable d'hommes qu'aucun regret ne semble effleurer. Des avocats &#224; la solde et &#224; l'unisson de leurs clients, se rejetant la balle de cette responsabilit&#233;. Tout ce beau monde bafouant la v&#233;rit&#233; au pr&#233;texte qu'elle n'est pas &#224; leur avantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le courage, la droiture, ils auront l'occasion d'en apprendre quelques notions, quand le p&#232;re d'Arthur s'adressera &#224; la cour. Il n'avait qu'un gar&#231;on parmi cinq filles. Il a perdu son seul fils au moment o&#249; celui-ci s'avan&#231;ait confiant au devant de sa vie future. &#192; peine &#233;mancip&#233;, d&#233;j&#224; fauch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous resteront interdits devant le calme avec lequel il d&#233;crit la violence de l'aspiration qui a entra&#238;n&#233; Arthur vers le fond. &#171; &lt;i&gt;Quand je suis all&#233; &#224; la gendarmerie voir les affaires d'Arthur, la corde ne mesurait plus que 5 ou 6 millim&#232;tres de diam&#232;tre. &#192; l'origine, elle en faisait entre 11 et 13.&lt;/i&gt; &#187; C'est dire la puissance de la d&#233;pression qui a entra&#238;n&#233; Arthur, sachant qu'une telle corde est con&#231;ue pour r&#233;sister &#224; une traction de 2,3 tonnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#232;re de Vincent marche doucement, &#224; petits pas, vers la barre. L'atmosph&#232;re dit qu'il va se passer quelque chose. Dans la salle d'audience r&#232;gne un silence s&#233;pulcral. Tous les regards suivent son tranquille cheminement. Ne r&#233;sonnent que ses pas sur la carrelage. C'est une toute petite femme aux cheveux depuis longtemps blanchis qui s'arr&#234;te devant le micro. La diction claire, le d&#233;bit pos&#233; et r&#233;gulier, elle raconte Vincent. Elle fait revivre son fils l'espace de quelques minutes. Consciente qu'elle n'aura peut-&#234;tre jamais plus l'occasion de le faire. Face &#224; la justice en tout cas. Face &#224; ceux qui portent la responsabilit&#233; de la mort de Vincent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis sa voix se charge du tremblement du chagrin. &#171; &lt;i&gt;&#199;a fait sept ans. Depuis, je fais souvent des cauchemars. Je vois mon fils qui s'enfonce. Pendant les quelques secondes o&#249; il s'est senti tir&#233; irr&#233;m&#233;diablement vers le bas, &#224; quoi il a pens&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Il a pens&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : &lt;/i&gt;&#8220;Je suis foutu, je vais mourir.&#8221;&lt;i&gt; Il pens&#233; peut-&#234;tre &#224; Fanny, avec qui il voulait construire sa vie. Peut-&#234;tre avoir un enfant. Il a peut-&#234;tre pens&#233; &#224; nous. Et puis&#8230; quelques secondes, et voil&#224;, c'est fini.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur sa droite, &#224; quelques m&#232;tres de sa fragile silhouette, Michel Mangion et David Duval sont prostr&#233;s sur leur banc. P&#233;trifi&#233;s. Elle ne les d&#233;signe m&#234;me pas. Elle est la dignit&#233; m&#234;me. Elle est la force. Celle qui l'a port&#233;e toutes ces ann&#233;es d'attente. Celle qui l'a pouss&#233;e &#224; venir prononcer ces quelques mots sans haine et sans col&#232;re. &#192; deux doigts des sanglots, elle ne flanchera finalement pas. Elle se reprend, sa main mart&#232;le la barre, ses paroles ricochent contre les hauts plafonds : &#171; &lt;i&gt;J'ai entendu tout le d&#233;roulement du proc&#232;s. C'est des r&#232;glements. C'est des lois... MAIS LA VIE D'UN HOMME ! La vie de deux hommes. Il y a deux familles. &#199;a on n'en parle pas. Et c'est bien dommage. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mars, le d&#233;lib&#233;r&#233; tombe, suivant peu ou prou les r&#233;quisitions du procureur. Six mois de prison avec sursis et 15 000 euros d'amende pour Michel Mangion et David Duval ; deux ans de placement sous surveillance et 100 000 &#8364; d'amende pour les deux entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quatre d&#233;fendeurs ont interjet&#233; appel de cette d&#233;cision. Fid&#232;les &#224; leur ligne de conduite &#224; l'&#233;gard des proches d'Arthur et Vincent depuis l'accident. Exempte de respect, d'humanit&#233; et de la moindre parole de soutien.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;ric Louis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'auteur de ces lignes en est un membre actif. Il a travaill&#233; comme cordiste dans les m&#234;mes silos que Vincent et Arthur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le proc&#232;s de son accident devait d&#233;buter &#224; Reims ce vendredi 5 avril, mais il a &#233;t&#233; renvoy&#233; au 4 octobre prochain. Le journaliste Franck D&#233;pretz a consacr&#233; une enqu&#234;te &#224; ce drame : &lt;a href=&#034;https://www.bastamag.net/Si-vous-n-y-allez-pas-vous-n-etes-pas-des-hommes-enquete-sur-la-mort-de-Quentin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Si vous n'y allez pas, vous n'&#234;tes pas des hommes ! &#187;&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;Bastamag&lt;/i&gt;, 04/01/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tiens, v'l&#224; Varlin !</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Bouquin</dc:subject>
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		<dc:subject>d'Eug&#232;ne Varlin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les v&#233;n&#233;rables &#233;ditions Spartacus ont eu l'heureuse id&#233;e de publier Eug&#232;ne Varlin, internationaliste et communard de Michel Cordillot, r&#233;&#233;dition revue et augment&#233;e d'Eug&#232;ne Varlin, Chronique d'un espoir assassin&#233;, paru en 1991 aux &#201;ditions ouvri&#232;res. Michel Cordillot, historien, sp&#233;cialiste du socialisme utopique et de la premi&#232;re Internationale, dresse le parcours &#233;clair de Varlin, qui demeure, selon la formule consacr&#233;e, &#171; une des figures les plus attachantes du mouvement ouvrier &#187;. Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mouvement-ouvrier" rel="tag"&gt;mouvement ouvrier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/c-est-l-un" rel="tag"&gt;c'est l'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chronique-d-un" rel="tag"&gt;Chronique d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-Eugene-Varlin" rel="tag"&gt;d'Eug&#232;ne Varlin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2824 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;96&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH259/-1078-e4cb3.jpg?1779602885' width='200' height='259' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Tampon &#224; l'effigie de Varlin par le tampographe Sardon, d'apr&#232;s une gravure de F&#233;lix Valloton.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;es v&#233;n&#233;rables &#233;ditions Spartacus ont eu l'heureuse id&#233;e de publier &lt;i&gt;Eug&#232;ne Varlin, internationaliste et communard &lt;/i&gt;de Michel Cordillot, r&#233;&#233;dition revue et augment&#233;e d'&lt;i&gt;Eug&#232;ne Varlin, Chronique d'un espoir assassin&#233;, &lt;/i&gt;paru en 1991 aux &#201;ditions ouvri&#232;res. Michel Cordillot, historien, sp&#233;cialiste du socialisme utopique et de la premi&#232;re Internationale, dresse le parcours &#233;clair de Varlin, qui demeure, selon la formule consacr&#233;e, &lt;i&gt;&#171; une des figures les plus attachantes du mouvement ouvrier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Le propos n'est pas tant de faire l'hagiographie&lt;/strong&gt; de ce v&#233;ritable &lt;i&gt;&#171; saint-la&#239;c &#187; &lt;/i&gt;foudroy&#233; dans sa 33&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; ann&#233;e. Varlin vivra sa mont&#233;e au Golgotha, ici la butte Montmartre, o&#249; il est fusill&#233; par l'arm&#233;e versaillaise le dernier jour de la Semaine sanglante. Un des nombreux m&#233;rites de ce livre est de replacer l'action militante du jeune Varlin, sans en gommer les ind&#233;niables qualit&#233;s, dans la p&#233;riode d&#233;terminante des ann&#233;es 1860-1871, moment d'organisation du mouvement ouvrier fran&#231;ais et europ&#233;en &#8211; dont l'Association internationale des travailleurs (AIT) est la caisse de r&#233;sonance &#8211; qui verra ces premiers espoirs d'&#233;mancipation fracass&#233;s par la terrible r&#233;pression de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Monsieur le commissaire, je vous le signale particuli&#232;rement, c'est l'un des plus dangereux. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvrier relieur, &lt;/strong&gt;autodidacte &#224; l'insatiable soif d'apprendre, membre de la section parisienne de l'Internationale, Varlin n'est pas un de ces r&#233;volutionnaires tapageurs que l'on rencontre &#224; la m&#234;me &#233;poque au Quartier latin. D'apparence calme et discr&#232;te, appr&#233;ci&#233; des ouvriers et ouvri&#232;res qui le c&#244;toient, il fait partie des infatigables artisans du projet collectiviste. Cela lui vaut d'&#234;tre rep&#233;r&#233; lors d'une r&#233;union par un argousin, qui consigne dans son rapport : &lt;i&gt;&#171; Monsieur le commissaire, je vous le signale particuli&#232;rement, c'est l'un des plus dangereux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;De sa vie dite priv&#233;e, &lt;/strong&gt;on sait surtout qu'elle ne pouvait constituer qu'une part congrue, dans une existence d&#233;volue &#224; l'activit&#233; r&#233;volutionnaire. On raconte qu'il vivait dans une communaut&#233; dont il &#233;tait le fondateur et &lt;i&gt;&#171; l'ap&#244;tre &#187;, &lt;/i&gt;compos&#233;e de &lt;i&gt;&#171; six m&#226;les et d'une pr&#233;sidente &#187;, &lt;/i&gt;rue Taranne, o&#249; &lt;i&gt;&#171; chaque soir un associ&#233; diff&#233;rent vient prendre place aux c&#244;t&#233;s de la pr&#233;sidente &#187; &lt;/i&gt;dans un grand lit&#8230; &lt;i&gt;&#171; Adversaire d&#233;clar&#233; du mariage &#187;, &lt;/i&gt;on lui conna&#238;t de grandes amiti&#233;s f&#233;minines parmi les ouvri&#232;res relieuses, qui constituaient, selon les ragots machistes, &lt;i&gt;&#171; un v&#233;ritable escadron d'amazones qui vivent litt&#233;ralement de sa parole &#187; &lt;/i&gt;&#8211; parmi lesquelles Nathalie Le Mel et une certaine Mlle Ligot, qui aurait &#233;t&#233; sa derni&#232;re compagne. D'ailleurs, Varlin est seul &#224; d&#233;fendre les vues f&#233;ministes lors du Congr&#232;s de l'AIT &#224; Gen&#232;ve en 1866 face aux opinions misogynes des proudhoniens fran&#231;ais : &lt;i&gt;&#171; Que le travail soit fait par un homme, qu'il soit fait par une femme : m&#234;me produit, m&#234;me salaire. Par ce moyen la femme ne fera pas baisser le salaire de l'homme et son travail la fera libre. &#187; &lt;/i&gt;Une &#233;vidence, h&#233;las, non suivie d'effets dans la mise en place d'une politique &#233;galitaire au sein de l'AIT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Influenc&#233; par les id&#233;es fouri&#233;ristes, &lt;/strong&gt;partisan de la &lt;i&gt;&#171; voie coop&#233;ratiste &#187; &lt;/i&gt;&#8211; il est l'un des fondateurs des restaurants ouvriers &#171; La Marmite &#187; &#8211;, relais actif et pragmatique des gr&#232;ves dans plusieurs pays, intime de l'alliance secr&#232;te de Bakounine (avec quelques distances semble-t-il), Varlin r&#233;siste aux classifications r&#233;ductrices. S'il se dit &lt;i&gt;&#171; communiste anti-autoritaire &#187;&lt;/i&gt;, il con&#231;oit la repr&#233;sentation ouvri&#232;re aux &#233;lections&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;mais plus encore la d&#233;mocratie directe et l'auto-organisation via les soci&#233;t&#233;s ouvri&#232;res et les syndicats qu'il voit en &lt;i&gt;&#171; &#233;coles du socialisme &#187;. &lt;/i&gt;Comme le montre avec brio Michel Cordillot : &lt;i&gt;&#171; Ni &#8220;marxiste&#8221;, ni &#8220;bakouniniste&#8221;, Varlin est avant tout l'incarnation du mouvement ouvrier parisien. &#187; &lt;/i&gt;C'est sans doute gr&#226;ce &#224; son ouverture d'esprit et &#224; son sens des utopies concr&#232;tes qu'Eug&#232;ne Varlin reste aujourd'hui encore une excellente fr&#233;quentation.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Michel Cordillot, &lt;i&gt;Eug&#232;ne Varlin, internationaliste et communard, &lt;/i&gt;&#233;ditions Spartacus, 2016.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Des &#238;les au tr&#233;sors en pleine ville</title>
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		<dc:date>2018-08-22T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Frantz</dc:creator>


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&lt;p&gt;Un soir d'hiver, lors d'une r&#233;union en Bretagne, je me suis retrouv&#233; assis face &#224; une photo qui m'a interpell&#233;. On y voyait un gosse accroch&#233; &#224; un m&#226;t surplombant une cabane de trois &#233;tages. Et trois autres enfants regardant l'acrobate d'en bas, depuis une carcasse de voiture. Quand j'ai voulu en savoir plus, mes h&#244;tes &#8211; Marib&#233; et Michel &#8211; m'ont parl&#233; des Terrains d'aventure, belle odyss&#233;e dont ils ont &#233;t&#233; partie prenante dans les ann&#233;es 1970. Les Terrains d'aventure (TA) apparaissent en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no166-juin-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;166 (juin 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/contexte-d-ebullition" rel="tag"&gt;contexte d'&#233;bullition&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un soir d'hiver, lors d'une r&#233;union en Bretagne, je me suis retrouv&#233; assis face &#224; une photo qui m'a interpell&#233;. On y voyait un gosse accroch&#233; &#224; un m&#226;t surplombant une cabane de trois &#233;tages. Et trois autres enfants regardant l'acrobate d'en bas, depuis une carcasse de voiture. Quand j'ai voulu en savoir plus, mes h&#244;tes &#8211; Marib&#233; et Michel &#8211; m'ont parl&#233; des Terrains d'aventure, belle odyss&#233;e dont ils ont &#233;t&#233; partie prenante dans les ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les Terrains d'aventure (TA) apparaissent en France dans les ann&#233;es 1970, fruits d'un r&#233;jouissant contexte d'&#233;bullition politique et de transformations soci&#233;tales. Une partie de la jeunesse, boost&#233;e par l'agitation de Mai 68, exp&#233;rimente alors tous azimuts : travail, habitat, vie communautaire, voyage et p&#233;dagogie. En parall&#232;le, Paris est secou&#233;e par de grandes transformations urbaines, les bulldozers d&#233;truisant des quartiers entiers, ne laissant derri&#232;re eux que d'immenses terrains vagues. C'est ainsi le cas du quartier de la place des F&#234;tes, dans le XIXe arrondissement de Paris. Les b&#226;timents insalubres logeant une population pauvre et cosmopolite laissent progressivement place &#224; des immeubles de propri&#233;taires, chassant les habitants les plus modestes en banlieue. Dans ces interstices de la ville en r&#233;novation, les terrains vagues constituent un espace de jeux id&#233;al pour les enfants &#8211; ambiance Quick et Flupke.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Invent&#233;s dans les ann&#233;es 1930 par un paysagiste danois, les TA sont des espaces sans jeux pr&#233;fabriqu&#233;s, ni activit&#233;s pr&#233;m&#226;ch&#233;es. Ils sont encadr&#233;s par des animateurs laissant les enfants libres de leurs mouvements. Mieux : ces adultes leur donnent des outils et du mat&#233;riel afin qu'ils puissent construire ce qu'ils d&#233;sirent. En somme, ce sont des terrains vagues un peu institutionnalis&#233;s. En Grande-Bretagne, on les d&#233;signe sous le nom de &lt;i&gt;junk playground.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris, une premi&#232;re exp&#233;rience de TA voit le jour au d&#233;but des ann&#233;es 1970, dans le IVe arrondissement. Apr&#232;s en avoir eu vent, une association du XIXe, Place des F&#234;tes avenir, cr&#233;&#233;e pour revendiquer une maison de quartier dans le cadre de la r&#233;novation, d&#233;cide de mettre en place son propre Terrains d'aventure. Le projet met deux ans &#224; aboutir &#8211; longue d&#233;marche. En 1974, un terrain de 1 100 m&#232;tres carr&#233;s est finalement propos&#233; &#224; l'association. Seule condition : l'occupation sera temporaire.
Michel, qui a int&#233;gr&#233; Place des F&#234;tes avenir &#224; l'occasion d'un stage, se retrouve alors embauch&#233; comme animateur. &#171; &lt;i&gt;Le terrain &#233;tait clos par une palissade et ferm&#233; par un portail en bois&lt;/i&gt;, se souvient-il. &lt;i&gt;Quand il a ouvert en 1974, j'&#233;tais le seul intervenant, mais je recevais parfois le renfort de stagiaires. Un an plus tard, j'ai &#233;t&#233; rejoint par Marib&#233;, qui &#233;tait &#233;ducatrice de jeunes enfants. Un soulagement &#8211; jusqu'&#224; son arriv&#233;e, j'avais eu du mal &#224; assurer les horaires d'ouverture.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Feux et cabanes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e commence souvent de la m&#234;me fa&#231;on. D&#232;s qu'ils arrivent sur le terrain, les enfants allument un feu. &#171; &lt;i&gt;Les flammes atteignaient parfois deux-trois m&#232;tres&lt;/i&gt; &#187;, se rem&#233;more Michel. Et d'expliquer que les m&#244;mes utilisaient comme combustible tout ce qu'ils trouvaient dans le quartier. Jusqu'&#224; des bombes a&#233;rosols, qui explosaient dans le foyer. Dangereux ? Pas tant que &#231;a : &#171; &lt;i&gt;C'est vrai que les voisins ont souvent appel&#233; les pompiers. Mais il n'y jamais eu de r&#233;el probl&#232;me.&lt;/i&gt; &#187; Quant aux blessures, elles se limitent &#224; des clous enfonc&#233;s dans les pieds &#8211; rien de tr&#232;s grave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre activit&#233; f&#233;tiche, la construction de cabanes. &#171; &lt;i&gt;On approvisionnait le terrain en mat&#233;riel qu'il fallait souvent renouveler. Surtout les marteaux et les scies, qui disparaissaient tr&#232;s vite... On r&#233;cup&#233;rait des palettes dans une entreprise et, de temps en temps, on achetait un stock de planches&lt;/i&gt;, raconte Michel. &lt;i&gt;Les cabanes tenaient debout, m&#234;me si leur conception et leur construction se faisaient &#224; l'instinct. Certaines &#233;taient m&#234;me carr&#233;ment ambitieuses : je me souviens que l'une d'entre elles reposait sur pilotis et qu'une autre comptait trois &#233;tages ! De toute fa&#231;on, elles &#233;taient d&#233;truites aussi vite qu'elles sortaient de terre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cabanes mises &#224; part, Marib&#233; et Michel n'ont pas toujours t&#226;che facile. Les logiques de bande posent parfois probl&#232;me. Tandis qu'&#224; l'inverse, &#171; &lt;i&gt;certains gamins paum&#233;s se retrouvaient tr&#232;s seuls et isol&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, souligne Marib&#233;. Quant aux enfants les plus &#226;g&#233;s, ils finissent par s'ennuyer sur ce terrain exigu&#235; dont ils font rapidement le tour. Animer plut&#244;t qu'&#233;duquer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel et Marib&#233; tiennent &#224; pr&#233;ciser qu'ils n'&#233;taient pas des &#233;ducateurs, mais bien des animateurs : &#171; &lt;i&gt;Notre r&#244;le &#233;tait de cr&#233;er un espace de libert&#233; pour les enfants en apportant un minimum de r&#232;gles de vie sociale.&lt;/i&gt; &#187; Ils veillent simplement &#224; ce qu'il n'y ait pas de d&#233;rapages en fixant quelques principes de base. Ils font ainsi en sorte d'&#233;viter les agressions physiques entre enfants et apportent leur aide &#224; ceux qui en ont besoin. Par ailleurs, une association est cr&#233;&#233;e pour que les TA se coordonnent : Action pour les Terrains d'aventure (ACTA). Elle permet aux animateurs d'organiser des rencontres, de s'entraider et d'&#233;changer &#224; un niveau europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au bout de deux ans d'implication, Michel et Marib&#233; d&#233;cident d'arr&#234;ter l'exp&#233;rience. Leur appartement donne directement sur le terrain : ils ne peuvent jamais r&#233;ellement d&#233;crocher. Et leurs conditions de travail n'ont rien d'idylliques : &#171; &lt;i&gt;Le salaire &#233;tait tr&#232;s bas et les enfants les plus vieux nous posaient des probl&#232;mes&lt;/i&gt;, explique Michel. &lt;i&gt;Ils tournaient en rond, entrant de plus en plus souvent en conflit avec nous&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux autres animateurs les remplacent : Agn&#232;s et Bertrand. Eux s'investissent &#233;galement beaucoup et obtiennent un remodelage du terrain, qui permet une relance de l'activit&#233;. Au fil du temps, ils construisent une tyrolienne et un four, et organisent des ateliers de r&#233;paration de mobylettes. Progressivement, ils se muent ainsi en &#233;ducateurs. Mais pas pour longtemps : le terrain ferme un an plus tard, laissant place au chantier d'un nouvel immeuble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Terrain d'aventure vs jardin public&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante ans plus tard, Michel et Marib&#233; ont encore des &#233;toiles dans les yeux quand ils reviennent sur cette exp&#233;rience &#224; part. Et tous deux regrettent am&#232;rement qu'il n'existe plus de TA en France. La pression fonci&#232;re est pass&#233;e par l&#224; : &#171; &lt;i&gt;On ne laisse plus de terrain vague &#224; l'abandon en pleine ville !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jardins publics font aujourd'hui office de p&#226;les succ&#233;dan&#233;s aux TA : &#171; &lt;i&gt;C'est une utilisation passive de l'espace. Les enfants consomment les &#233;quipements mis &#224; leur disposition, lesquels ne laissent aucune place &#224; la cr&#233;ativit&#233;. Ce sont des adultes qui d&#233;cident ce qui est bon pour les enfants, avec une forte pr&#233;sence des parents. Le partage n'y est plus le m&#234;me : chacun am&#232;ne son seau pour le bac &#224; sable ! Cela n'a rien d'&#233;panouissant pour les gamins, qui ont besoin de sentir les &#233;l&#233;ments &#8211; la terre, le bois, le feu, l'eau.&lt;/i&gt; &#187; Bref, les deux anciens animateurs en sont convaincus : le jardin public ne favorise ni exploration, ni &#233;mancipation. Au contraire, il s'agit d'un espace de contr&#244;le social et de d&#233;possession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pourrait pourtant en &#234;tre autrement, soulignent Marib&#233; et Michel : &#171; &lt;i&gt;Il faudrait remodeler les parcs publics de mani&#232;re &#224; ce qu'un espace soit r&#233;serv&#233; aux enfants. Un lieu de libert&#233;. Mais il faudrait pour cela faire confiance aux m&#244;mes. Et d&#233;laisser en partie l'obsession de la s&#233;curit&#233; et des normes.&lt;/i&gt; &#187; Soit un vrai changement d'&#233;tat d'esprit en mati&#232;re d'&#233;ducation &#8211; pas demain la veille, malheureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Frantz. Pour suivre les aventures, les productions et les r&#233;flexions de Frantz et Mathieu, des urbanistes pas comme les autres, visitez leur site &lt;a href=&#034;https://espascespossibles.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;esPASce POSSIBLE ?&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;illustration juliette iturralde&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Triste monde &#8211; Joffrin est vivant, Butel est mort</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Triste-monde-Joffrin-est-vivant</link>
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		<dc:date>2018-07-30T08:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Michel</dc:subject>
		<dc:subject>vestiges d'anciens</dc:subject>
		<dc:subject>vieux carnets</dc:subject>
		<dc:subject>Michel Butel</dc:subject>
		<dc:subject>d'anciens papiers</dc:subject>
		<dc:subject>n'ayant jamais</dc:subject>
		<dc:subject>interviews n'ayant</dc:subject>
		<dc:subject>n'&#233;tait</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il y a quatre jours, affair&#233; &#224; pr&#233;parer un proche d&#233;m&#233;nagement, je me suis retrouv&#233; &#224; trier de vieux carnets de notes, vestiges d'anciens papiers ou interviews n'ayant jamais &#233;t&#233; men&#233;s &#224; bout. Parmi ceux-ci, les mots saisis sur le vif d'un entretien (pour feu Article11) avec l'ami Michel Butel, six ans en arri&#232;re. Je m'en souviens tr&#232;s bien, il faisait chaud, Paris &#224; l'&#233;t&#233; 2012, on se trouvait &#224; la terrasse d'une brasserie pr&#232;s de R&#233;publique &#224; causer de la presse pas pareille. L'Impossible, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a quatre jours, affair&#233; &#224; pr&#233;parer un proche d&#233;m&#233;nagement, je me suis retrouv&#233; &#224; trier de vieux carnets de notes, vestiges d'anciens papiers ou interviews n'ayant jamais &#233;t&#233; men&#233;s &#224; bout. Parmi ceux-ci, les mots saisis sur le vif d'un entretien (pour feu &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.article11.info/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Article11&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;) avec l'ami Michel Butel, six ans en arri&#232;re. Je m'en souviens tr&#232;s bien, il faisait chaud, Paris &#224; l'&#233;t&#233; 2012, on se trouvait &#224; la terrasse d'une brasserie pr&#232;s de R&#233;publique &#224; causer de la presse pas pareille. &lt;i&gt;L'Impossible&lt;/i&gt;, &#233;trange et bel ovni papier, qui n'a finalement d&#233;ploy&#233; ses petites ailes&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Impossible &#233;tait un magazine format poche.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; en kiosques qu'une ann&#233;e avant de baisser le rideau, avait sorti son premier num&#233;ro quelques mois avant. Et on (c'est-&#224;-dire L&#233;mi et moi) avait d&#233;cid&#233; de mettre son fondateur et animateur sur le grill, avec l'id&#233;e de le faire parler du &#171; mod&#232;le &#233;conomique &#187; des canards alternatifs et des co&#251;ts de distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouhl&#224;. Grossi&#232;re erreur. L'argent, ce n'&#233;tait pas son truc, &#224; Michel. Mais alors, pas du tout. Ce jour-l&#224;, il &#233;tait parti dans tous les sens, r&#233;pondant succinctement aux questions avant de s'emballer sur tout autre chose, sautant du coq &#224; l'&#226;ne pour mieux &#233;viter le c&#339;ur du sujet. R&#233;sultat : un entretien foutraque, m&#234;lant vagues consid&#233;rations &#233;conomiques et classieuses fulgurances sur la po&#233;sie, la litt&#233;rature et la presse pas pareille. L'une de ces interviews qui ne voit finalement jamais le jour sur papier, faute de r&#233;elle colonne vert&#233;brale &#8211; difficile d'ordonner &#224; l'&#233;crit ce feu d'artifices oral tous azimuts. Et depuis, donc, mes notes prenaient la poussi&#232;re dans un carton, au milieu d'autres articles d&#233;c&#233;d&#233;s avant terme. &#199;a arrive. &#199;a n'avait d'ailleurs rien d'une surprise : amis avec Michel depuis un an ou deux, on savait fort bien qu'il pr&#233;f&#233;rait mille fois s'emballer sur la beaut&#233; des mots et des choses que de rentrer dans le d&#233;tail du fragile &#233;quilibre financier des publications (plus ou moins) marginales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vrai, il n'&#233;tait pas fait pour vendre des revues. Non, lui, sa came, c'&#233;tait d'en faire. Des foutrement classes. Surprenantes. Inattendues. Des publications comme des bras d'honneur &#224; l'ordre comptable du monde et &#224; la pesanteur mat&#233;rielle des choses. Si elles ont parfois connu un certain succ&#232;s (voire un succ&#232;s certain dans le cas de la premi&#232;re mouture du mythique &lt;i&gt;Autre Journal&lt;/i&gt;, au milieu des ann&#233;es 1980), c'est presque &#224; la mani&#232;re d'un accident de parcours. Fortuitement. C'est qu'elles &#233;taient pens&#233;es pour &#234;tre belles et bravaches, s&#251;rement pas pour &#233;quilibrer recettes et d&#233;penses (ainsi des 200 pages sur papier glac&#233; de &lt;i&gt;L'Autre Journal&lt;/i&gt;, au co&#251;t d'impression pas piqu&#233; des hannetons). Des revues &#224; l'image de leur fondateur, po&#232;te agit&#233; et passionn&#233; qui se souciait comme d'une guigne des fins de mois &#8211; &#224; tel point que certain.e.s de ses amis et admirateurs avaient mis en place un versement automatique mensuel, chacun.e donnant un petit peu pour lui permettre de vivre et cr&#233;er en toute libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, Michel n'&#233;tait pas homme &#224; se laisser abattre par les contingences mat&#233;rielles. Non plus qu'&#224; c&#233;der aux coups de boutoir que lui infligeait son propre corps - ce salopard. On l'a toujours connu malade. Un asthme s&#233;v&#232;re, moult probl&#232;mes respiratoires et plein de complications plus ou moins graves. Il avait souvent la respiration sifflante, s'arr&#234;tait parfois de causer pour s'enfiler deux grandes bouff&#233;es de Ventoline, rougissait s'il parlait trop longtemps, presque suffoquant, et se fatiguait vite. Mais peu importe, il gardait envers le monde le m&#234;me enthousiasme et la m&#234;me curiosit&#233;. Et toujours, une putain de gentillesse chevill&#233;e &#224; ce corps fatigu&#233;. L&#224; o&#249; tant d'autres auraient succomb&#233; &#224; l'amertume et &#224; la lassitude caus&#233;s par la pesanteur de la maladie et des nombreux passages aux urgences, lui continuait &#224; foncer droit devant, hardi, un cerveau qui turbine &#224; fond, vingt id&#233;es &#224; la minute et autant de digressions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors forc&#233;ment, il n'&#233;tait pas toujours facile &#224; suivre. Parfois, on perdait le fil. Mais jamais longtemps, parce qu'il avait ce truc pour te r&#233;cup&#233;rer par la manche quand tu pensais t'&#234;tre &#233;gar&#233; dans ses tirades bondissantes et al&#233;atoires. Tu n'y &#233;tais plus, et boum d'un coup, entre trois salves de postillons et deux gorg&#233;es de ros&#233;, tu y &#233;tais &#224; nouveau, &#224; la fois noy&#233; et enthousiasm&#233; par le flot des mots et l'ivresse du discours. Homme d'un autre temps, sans qu'on sache lequel, Michel naviguait toujours entre deux eaux, &#224; la fois ancr&#233; dans le monde et totalement ailleurs. Les pieds sur terre et un peu &#224; l'ouest. Il me faisait penser &#224; la description que donne Hunter S. Thompson de son avocat samoan, l'azimut&#233; Oscar Zeta Acosta, dans &lt;i&gt;Las Vegas Parano&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Prototype personnel de Dieu, mutant &#224; l'&#233;nergie dense jamais con&#231;u pour la production en s&#233;rie. Il &#233;tait le dernier d'une esp&#232;ce : trop bizarre pour vivre, mais trop rare pour mourir...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bah finalement, non &#8211; pas trop rare pour mourir. Michel a pass&#233; l'arme &#224; gauche jeudi&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;26 juillet 2018.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Et moi, comme un con, j'ai jet&#233; les notes de l'entretien trois jours avant. C'est d&#233;j&#224; assez triste comme &#231;a (m&#234;me si je l'avais perdu de vue depuis trois ans), alors je n'aimerais pas penser qu'il y a un lien de cause &#224; effet. S'il y a bien une chose &#224; ne pas faire avec les mots d'un po&#232;te insurg&#233;, c'est de les mettre &#224; la poubelle. Et s'il y a bien une chose que ne devait pas faire Michel Butel, c'est de mourir. Putain de sacril&#232;ge.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Impossible&lt;/i&gt; &#233;tait un magazine format poche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;26 juillet 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Longwy power ! </title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Longwy-power</link>
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		<dc:date>2018-01-13T07:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Bonetti</dc:creator>


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		<dc:subject>George Jackson</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1978-1979, l'am&#233;ricain Steve Bingham filme Longwy en pleine effervescence : les mineurs et sid&#233;rurgistes luttent contre la suppression annonc&#233;e de leurs emplois. Une sacr&#233;e bataille, dont la cam&#233;ra de Steve ne perd pas une miette. Jusqu'&#224; donner un film, Longwy, jamais diffus&#233; en France (l'ancien avocat &#233;tait en cavale quand il l'a tourn&#233;, accus&#233; d'avoir fourni une arme &#224; l'un de ses clients incarc&#233;r&#233;s, le Black Panther George Jackson). Quarante ans plus tard, Steve remet pour la premi&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;1978-1979, l'am&#233;ricain Steve Bingham filme Longwy en pleine effervescence : les mineurs et sid&#233;rurgistes luttent contre la suppression annonc&#233;e de leurs emplois. Une sacr&#233;e bataille, dont la cam&#233;ra de Steve ne perd pas une miette. Jusqu'&#224; donner un film, &lt;i&gt;Longwy&lt;/i&gt;, jamais diffus&#233; en France (l'ancien avocat &#233;tait en cavale quand il l'a tourn&#233;, accus&#233; d'avoir fourni une arme &#224; l'un de ses clients incarc&#233;r&#233;s, le Black Panther George Jackson). Quarante ans plus tard, Steve remet pour la premi&#232;re fois les pieds sur place.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1958 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH548/-248-c9fe3.jpg?1779657915' width='400' height='548' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#8211; &#171; &lt;i&gt; Mais qu'est-ce que c'est que ce truc couch&#233; dans la vall&#233;e, Michel ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#171; &lt;i&gt;Un haut-fourneau de l'usine Senelle, dynamit&#233; et laiss&#233; sur le flanc. Il tombe en ruines, Steve. Si tu savais comme &#231;a nous fait mal au bide... Tu te rends compte du symbole ?&lt;/i&gt; &#187; &#192; c&#244;t&#233; de Michel, Sylvain, ancien ouvrier lui aussi, est en larmes. Il r&#233;p&#232;te, entre deux sanglots, que lui et ses potes c&#233;g&#233;tistes, anarchistes et autonomes ne se sont pas assez battus. &#171; &lt;i&gt;On aurait d&#251; foutre encore plus le bordel !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#171; &lt;i&gt;Je savais que les usines avaient ferm&#233;, mais je ne m'attendais pas &#224; voir &#231;a&lt;/i&gt;, reprend Steve, compl&#232;tement hypnotis&#233; par le paysage devant lui. &lt;i&gt;Et autour du haut-fourneau, c'est quoi ? L'herbe est vachement bien tondue...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#171; &lt;i&gt;Normal, c'est un golf. Un golf international. 700 adh&#233;rents, pour la plupart des banquiers luxembourgeois. Quand on leur demande s'ils aiment bien jouer &#224; Longwy, ils r&#233;pondent que le cadre est original. Que c'est unique&#8230; Apr&#232;s leur partie de golf, ils adorent manger au restaurant du club-house, qui s'appelle Les hauts-fourneaux. Une mani&#232;re de savourer leur victoire sur la classe ouvri&#232;re. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le belv&#233;d&#232;re d'o&#249; le quatuor contemple la ville qui produisait jadis, avec deux autres sites lorrains, les trois quarts de l'acier et de la fonte fran&#231;aises, permet &#224; Steve Bingham, Michel Olmi et leurs amis d'observer un demi-si&#232;cle de d&#233;sindustrialisation et de gestion socialiste et droiti&#232;re de l'apr&#232;s-mine et de l'apr&#232;s-sid&#233;rurgie. Soit une catastrophe sociale et &#233;conomique, doubl&#233;e d'une fuite en avant au service de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; C'&#233;tait le bon temps &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la premi&#232;re fois que Steve Bingham revient &#224; Longwy depuis 1979. Un bail. &#192; tel point qu'il ne reconna&#238;t pas les lieux. Il y a quarante ans, cam&#233;ra &#224; l'&#233;paule, il s'immergeait dans ce que les m&#233;dias appelleraient &#171; les &#233;v&#233;nements de Longwy &#187;, marqu&#233;s notamment par la naissance d'une &#171; R&#233;publique populaire &#187; &#224; forte coloration rouge et noire. Toute une population se l&#232;ve alors contre la d&#233;cision de fermer les sites de production du Bassin, employant dans ses meilleures ann&#233;es plus de 20 000 personnes. Une d&#233;cision mettant fin &#224; 2 000 ans du travail du fer et &#224; un si&#232;cle de sid&#233;rurgie. Et un oukase qui ne passe pas. R&#233;sistance. Les op&#233;rations coup de poing des sid&#233;rurgistes enflamment les autorit&#233;s. Le commissariat de police est r&#233;guli&#232;rement attaqu&#233; au tractopelle. Johnny Hallyday est m&#234;me kidnapp&#233; par les sid&#233;rurgistes&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 7 mars 1979, apr&#232;s un concert &#224; Metz, Johnny Hallyday est &#171; invit&#233; &#187; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Les premi&#232;res radios pirates ouvri&#232;res de France sont lanc&#233;es en toute ill&#233;galit&#233; dans la ville (SOS emploi, puis Radio Lorraine c&#339;ur d'acier). Une t&#233;l&#233; pirate voit le jour, premi&#232;re mondiale. La sous-pr&#233;fecture, l'agence du journal local ou encore le b&#226;timent de L'Union des industries et m&#233;tiers de la m&#233;tallurgie, symboles des oppresseurs, sont mis &#224; sac. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait le bon temps&lt;/i&gt; &#187;, soupire Sylvain. Le bon temps, sauf pour le pouvoir giscardien, qui craint de voir partir de cette ville du Nord de la Lorraine une r&#233;volution. Pas moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le golf international ayant remplac&#233; les laminoirs et les gueulards, dans cette vall&#233;e autrefois recouverte de la poussi&#232;re nocive des m&#233;taux lourds, illumin&#233;e et rugissant m&#234;me la nuit, le choc est frontal pour Steve Bingham. Ou plut&#244;t : pour Robert Boarts. Bob, quoi. C'est comme &#231;a qu'il se faisait appeler &#224; l'&#233;poque, alors qu'il &#233;tait en pleine cavale. Parce qu'avant d'atterrir dans le chaudron longovicien, en plein milieu de cette population en fusion, Bob en a parcouru, des kilom&#232;tres. Toujours debout, la gueule ouverte. Comme une panth&#232;re noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un avocat en territoire panth&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Mitchell (dit Steve) Bingham na&#238;t en 1942 &#224; Salem (Connecticut), dans une famille en vue. Un p&#232;re s&#233;nateur. Et un grand-p&#232;re s&#233;nateur et gouverneur, qui fit aussi partie de l'&#233;quipe d'arch&#233;ologues qui d&#233;couvrit le Machu Picchu au P&#233;rou. Dipl&#244;m&#233; des prestigieuses universit&#233;s Yale et Bekerley, Steve devient avocat en 1970, apr&#232;s avoir travaill&#233; pour le United Farm Workers of America, le grand syndicat des travailleurs agricoles. Il s'est aussi engag&#233; aux c&#244;t&#233;s de la population afro-am&#233;ricaine du Mississippi, des plus pauvres et des migrants. &#171; &lt;i&gt;Quand vous prenez conscience des r&#233;alit&#233;s et des injustices, et que vous avez des r&#234;ves, vous ne pouvez plus jamais faire marche arri&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, explique Steve Bingham au journal &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; au d&#233;but des ann&#233;es 1980. Et d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;J'ai suivi l'exemple de mon p&#232;re, avocat tr&#232;s riche de la c&#244;te Est. J'ai &#233;t&#233; boulevers&#233; par la lutte contre la s&#233;gr&#233;gation dans le sud des &#201;tats-Unis et je suis all&#233; militer dans le Mississippi&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ces diverses exp&#233;riences engag&#233;es, il se rapproche naturellement des Black panthers&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mouvement r&#233;volutionnaire de lib&#233;ration afro-am&#233;ricaine et d'inspiration (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Et devient l'avocat de George Jackson, l'un des militants les plus actifs. En 1961, celui-ci, accus&#233; d'avoir commis un larcin d'un montant de 70 dollars, est condamn&#233; &#224; un an de prison renouvelable. Il n'en sortira jamais. Car il est ensuite accus&#233; d'avoir assassin&#233;, avec deux autres d&#233;tenus, un gardien blanc en repr&#233;sailles du massacre de trois activistes noirs par un maton de la prison de Soledad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Coup mont&#233; du FBI ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui, l'un des fr&#232;res de &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/George-Jackson-ou-le-refus-d-etre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Soledad&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;George Jackson, Fleeta Drumgo et John Clutchette, les trois activistes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, se trouve donc incarc&#233;r&#233; &#224; San Quentin le 21 ao&#251;t 1971, quand Steve Bingham lui rend visite. Avec l'aide de son avocat, George Jackson souhaite organiser un proc&#232;s civil contre les conditions de d&#233;tention des prisonniers dans le pays. G&#234;nant pour le gouvernement de Nixon. &#171; &lt;i&gt;&#192; cette &#233;poque, je faisais partie de la National Lawyers Guild, une association nationale d'avocats engag&#233;s dans le soutien aux Noirs, migrants, militants, etc. Et J. Edgar Hoover, patron du FBI, nous avait en horreur. Il ne perdait jamais une occasion de dire que les plus dangereux n'&#233;taient pas les '' terroristes '', c'est-&#224;-dire dans sa t&#234;te les Black Panthers, mais leurs avocats.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce 21 ao&#251;t 1971, tout se pr&#233;cipite. &#192; en croire la version officielle (qui reste tr&#232;s contest&#233;e), une mutinerie &#233;clate &#224; la prison de San Quentin, juste quelques heures apr&#232;s la sortie de l'avocat. Pendant celle-ci, George Jackson aurait sorti un pistolet 9mm. Avant de se faire tuer, de m&#234;me que deux cod&#233;tenus et trois gardiens de prison. Steve Bingham en est persuad&#233; : il s'agit d'un coup (double) mont&#233; par le FBI. Pour abattre quelques activistes du Black Panthers Party, lesquels commen&#231;aient &#224; organiser les prisonniers. Et pour &#233;carter l'un de ses avocats. Car Steve Bingham est accus&#233; d'avoir introduit l'arme dans la prison pour la remettre &#224; George Jackson. Dans la foul&#233;e, il est condamn&#233; par contumace. Craignant pour sa vie, il d&#233;cide de s'enfuir et d'entrer en clandestinit&#233;. Via une fili&#232;re exfiltrant les d&#233;serteurs de la guerre du Vietnam, il change d'identit&#233; et devient Robert Boarts. Puis traverse l'Atlantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le club des amn&#233;siques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous revoil&#224; au pied du haut-fourneau couch&#233; de Senelle &#224; Longwy. Michel Olmi, Sylvain Fochesato, Steve Bingham et Fran&#231;oise Blusseau, la femme de Steve, tentent d'&#233;viter les balles des golfeurs qui d&#233;boulent sur eux. L'un des derniers vestiges de la sid&#233;rurgie lorraine est donc plant&#233; en plein milieu du &lt;i&gt;practice&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Terrain permettant aux golfeurs de s'entra&#238;ner.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les petites sph&#232;res fusent &#224; quelques m&#232;tres du groupe, comme pour dire &#171; vous n'avez rien &#224; faire l&#224; &#187;, les deux anciens ouvriers racontent &#224; quoi ce monstre de m&#233;tal et de briques servait. Et les invit&#233;s du jour ne peuvent s'emp&#234;cher de toucher l'immense objet, recouvert de rouille et d'une inscription : &#171; &lt;i&gt; Debout, le cri&lt;/i&gt; &#187;. Les prolos ont tout tent&#233; pour sauver leur haut-fourneau. En pure perte. &#171; &lt;i&gt;Les socialistes ont choisi de mettre &#224; bas toutes les traces de cette histoire,&lt;/i&gt; enrage Michel Olmi. &lt;i&gt;Une destruction qui est toujours en cours : il y a deux ans, ce sont les tours de refroidissement de l'usine qui ont &#233;t&#233; dynamit&#233;es, alors qu'on avait un projet de r&#233;novation et de mise en valeur. Notre pass&#233; dispara&#238;t ainsi petit &#224; petit&lt;/i&gt; &#187;. Pour liquider un peuple, on commence par lui enlever sa culture. C'est ce qui se joue ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'amour et la r&#233;volution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour en arri&#232;re &#8211; les seventies. Pendant quelques ann&#233;es, Steve Bingham, devenu Robert Boarts, vit de diff&#233;rents boulots en Italie et en France. Il est vendeur de parfum ou peintre en b&#226;timent, avant de bifurquer : &#171; &lt;i&gt;J'ai finalement eu envie de me poser &#224; Paris et j'ai entam&#233; un cursus de cin&#233;ma au Centre universitaire exp&#233;rimental de Vincennes.&lt;/i&gt; &#187; Des ann&#233;es d'errance et d'&#233;tudes pendant lesquelles il tourne plusieurs documentaires engag&#233;s, notamment pour le Front paysan&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Organisation du mouvement agrarien fran&#231;ais, fond&#233; en d&#233;fense de la paysannerie.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Il s'oriente ensuite vers des sujets plus sociaux. On est en 1978. L'un de ses professeurs lui conseille de s'int&#233;resser &#224; un lieu o&#249; les luttes ouvri&#232;res explosent. En fin d'ann&#233;e, Bob prend ainsi la direction de Longwy. Une ville en pleine &#233;bullition, suite &#224; l'annonce par le gouvernement de la suppression de 7 800 emplois. Le paternalisme des ma&#238;tres des forges, qui se sont enrichis avant de foutre le camp, est point&#233; du doigt. Les conditions de travail, les morts r&#233;guliers, les salaires toujours trop bas sont oubli&#233;s : place &#224; la lutte pour &#171; vivre et travailler au pays de Longwy &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette aventure cin&#233;matographique, Robert Boarts embarque Fran&#231;oise Blusseau, jeune &#233;tudiante de 18 ans sa cadette, rencontr&#233;e sur les bancs de l'universit&#233; de Vincennes. Il lui propose de participer en tant qu'ing&#233;nieure du son. Durant plusieurs mois, le duo va filmer l'histoire de cette population en lutte. Fran&#231;oise et celui qui se fait appeler Bob portent alors des id&#233;es proches de celles de la CFDT de l'&#233;poque, tendance autogestionnaire ; c'est donc tout naturellement qu'ils se laissent guider par Robert Giovanardi, l'un des hommes forts de la section locale du syndicat. Ce dernier leur ouvre les portes des usines, leur fait rencontrer les ouvriers et d&#233;couvrir les cit&#233;s ouvri&#232;res, o&#249; les femmes prennent une part active aux luttes, ainsi que les foyers d'accueil des travailleurs immigr&#233;s, victimes de discriminations. Et le couple se trouve plong&#233; dans une ville en totale effervescence. Les mobilisations se succ&#232;dent, des manifestations de grande ampleur sont organis&#233;es, des affrontements violents surviennent ici et l&#224; dans la cit&#233; devenue ingouvernable. La cam&#233;ra de Robert Boarts filme tout, y compris les divisions syndicales et le r&#244;le jou&#233; par les partis politiques, le Parti communiste en t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour &#224; Paris, il commence &#224; travailler sur le montage de son film, qu'il d&#233;cide d'appeler &lt;i&gt;Longwy&lt;/i&gt;. Mais dans un coin de sa t&#234;te, l'envie de retourner aux &#201;tats-Unis prouver son innocence fait son chemin. &#192; l'&#233;t&#233; 1984, alors qu'il a fini le montage du film, il se d&#233;cide. Et traverse l'Atlantique pour affronter son proc&#232;s, afin de pouvoir construire une vie de famille avec Fran&#231;oise. &#171; &lt;i&gt;Me rendre fut la d&#233;cision la plus difficile de ma vie&lt;/i&gt; &#187;, dit-il &#224; l'&#233;poque aux rares m&#233;dias qui s'int&#233;ressent &#224; son cas de notre c&#244;t&#233; de l'Atlantique. Car de l'autre c&#244;t&#233;, m&#234;me s'il est un peu tomb&#233; dans l'oubli depuis la fin des ann&#233;es 1970, le fils Bingham, du nom de cette riche et respectable famille, reste une petite c&#233;l&#233;brit&#233;. Une petite c&#233;l&#233;brit&#233; en cavale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1959 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-249.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH809/-249-7a137.jpg?1779657914' width='400' height='809' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marine Summercity.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Pas un boulon ne sera d&#233;mont&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#171; &lt;i&gt;Vous pouvez m'emmener devant l'entr&#233;e de l'usine ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#171; &lt;i&gt;La porte B, tu veux dire, Steve ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#171; &lt;i&gt;Oui, c'est &#231;a. Celle o&#249; j'ai film&#233; plusieurs discours.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Olmi et Sylvain Fochesato s'ex&#233;cutent, les tripes serr&#233;es. On ne revient pas sans souffrance sur son pass&#233; de sid&#233;rurgiste et sur les trahisons des socialistes, Fran&#231;ois Mitterrand en t&#234;te. Ce dernier avait en effet promis aux ouvriers longoviciens en lutte de les soutenir une fois qu'il serait sur le tr&#244;ne. Mensonges. La mise &#224; mort de la vall&#233;e, d&#233;j&#224; dans le coma, est d&#233;finitivement act&#233;e en 1984. &#171; &lt;i&gt;Ils nous disaient qu'on n'&#233;taient plus comp&#233;titifs, que le minerai mauritanien &#233;tait plus rentable, que nos machines &#233;taient vieilles... Des conneries, tout &#231;a ! Bon, c'est vrai, ces putains de boulots nous tuaient et empestaient l'air. Mais on en chiait ensemble, tu comprends ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Steve Bingham a du mal &#224; se concentrer alors que la voiture se gare &#224; quelques m&#232;tres de la porte B. Ici, Antoine Porcu, le d&#233;put&#233; communiste du coin, avait pris l'habitude de parler longuement au micro aux ouvriers quittant leur poste. C'est lui qui, le 24 f&#233;vrier 1979, r&#233;ussit &#224; emp&#234;cher l'attaque du commissariat par une foule de centaines de personnes en col&#232;re. Il en a m&#234;me &#233;t&#233; remerci&#233; par des policiers affirmant que leurs armes &#233;taient charg&#233;es &#224; balles r&#233;elles ce jour-l&#224; et qu'ils avaient ordre de tirer. Que se serait-il pass&#233; si l'&#233;lu n'avait pas calm&#233; les manifestants ? L'&#233;tincelle vers cette r&#233;volution que les Longoviciens ont manqu&#233; ? La fin du mouvement, qui d&#233;boucha quelques mois plus tard sur des compensations financi&#232;res cons&#233;quentes et sur la retraite &#224; cinquante ans pour les milliers de licenci&#233;s ? L'histoire retiendra que les communistes se ralli&#232;rent &#224; Mitterrand. &#171; &lt;i&gt; Pas un boulon ne sera d&#233;mont&#233;, qu'ils nous disaient... On a reconnu nos amis, les premiers tra&#238;tres.&lt;/i&gt;.. &#187;, commentent Michel et Sylvain devant la passerelle rouill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour &#224; la vie d'avant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de repartir aux &#201;tats-Unis avec Fran&#231;oise, Steve Bingham range son film &lt;i&gt;Longwy&lt;/i&gt; dans un tiroir. Il ne le sortira plus en public durant pr&#232;s de 40 ans. Sa priorit&#233; a chang&#233; : il souhaite retrouver une vie normale. &#171; &lt;i&gt;Mon proc&#232;s, qui s'est tenu &#224; San Francisco et a dur&#233; des mois, a ruin&#233; ma famille. Heureusement, j'ai finalement &#233;t&#233; innocent&#233; &#8211; cette histoire de mutinerie &#233;tait par trop invraisemblable... George Jackson est mort, mais moi j'ai pu reprendre mon boulot d'avocat, pour les plus d&#233;munis, les r&#233;fugi&#233;s, etc. J'ai finalement retrouv&#233; ma vie d'avant la cavale, qui aura dur&#233; treize ans. Treize longues ann&#233;es pendant lesquelles j'ai fait l'exp&#233;rience de la solitude et de la parano&#239;a. J'avais tout le temps l'impression d'&#234;tre suivi par un agent du FBI... C'&#233;tait tr&#232;s dur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques ann&#233;es, Robert Boarts, redevenu Steve Bingham, contracte un cancer. Il vainc la maladie, mais elle lui donne envie de se retourner sur son existence mouvement&#233;e. Le d&#233;sir de revoir cette ville ouvri&#232;re de Lorraine, dans laquelle est n&#233; son amour pour Fran&#231;oise et qui l'a marqu&#233; par ses engagements, est le plus fort. &#201;t&#233; 2017 : deux ans apr&#232;s avoir pris sa retraite, Steve revient &#224; Longwy avec sa douce. Sur les traces de leur pass&#233; et des luttes qui ont secou&#233; la ville. Et avec dans leurs bagages, le film, ainsi que des tonnes de souvenirs. &#171; &lt;i&gt; J'aimerais que notre travail d'alors soit vu par le plus grand nombre. Et notamment en Lorraine, o&#249; personne n'a pu jeter un &#339;il au film. On reviendra donc en France en juin 2018, pour revoir nos amis lorrains et pour animer des projections.&lt;/i&gt; &#187; Michel Olmi, Sylvain Fochesato et les autres seront l&#224;. Pas s&#251;r que d'ici l&#224;, ils aient pris leur carte d'adh&#233;rent au golf.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 7 mars 1979, apr&#232;s un concert &#224; Metz, Johnny Hallyday est &#171; invit&#233; &#187; par une centaine de sid&#233;rurgistes longoviciens &#224; se rendre, en pleine nuit, sur le site d'Arcelor. Une petite visite du site, et puis il est lib&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mouvement r&#233;volutionnaire de lib&#233;ration afro-am&#233;ricaine et d'inspiration marxiste-l&#233;niniste form&#233; en 1966 en Californie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;George Jackson, Fleeta Drumgo et John Clutchette, les trois activistes accus&#233;s du meurtre du maton, sont rest&#233;s dans la m&#233;moire comme &#171; Les fr&#232;res de Soledad &#187;. C'est d'ailleurs le titre d'un ouvrage publi&#233; depuis la prison par George Jackson (et r&#233;&#233;dit&#233; en France en 2014 par les &#233;ditions Syllepse).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Terrain permettant aux golfeurs de s'entra&#238;ner.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Organisation du mouvement agrarien fran&#231;ais, fond&#233; en d&#233;fense de la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Michel Sardou &#224; la rescousse du mensuel CQFD !</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Michel-Sardou-a-la-rescousse-du</link>
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		<dc:date>2017-12-11T19:08:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>Courrier des lecteurs</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>center</dc:subject>
		<dc:subject>Salut</dc:subject>
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		<dc:subject>exactement raccord</dc:subject>
		<dc:subject>petits</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il y a quelques jours, on a re&#231;u &#224; la r&#233;daction une bien surprenante (mais enthousiasmante) missive. &#192; tel point qu'on a d&#251; se pincer quinze fois avant d'y croire. Une lettre de Michel Sardou, le seul, l'unique ? Qui invite &#224; soutenir notre journal de critique et exp&#233;rimentation sociales ? Allons donc... Et pourtant, il a bien fallu se r&#233;soudre &#224; croire &#224; l'impensable. Oui, l'inoubliable (et pas encore mort, lui) interpr&#232;te de &#034;Les lacs du Connemara&#034;, &#034;Je suis pour&#034; et &#034;Les Ricains&#034; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Les-echos-du-Chien-rouge" rel="directory"&gt;Les &#233;chos du Chien rouge&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Courrier-des-lecteurs" rel="tag"&gt;Courrier des lecteurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/center" rel="tag"&gt;center&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Salut" rel="tag"&gt;Salut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Michel-4528" rel="tag"&gt;Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/MICHEL-SARDOU" rel="tag"&gt;MICHEL SARDOU&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/c-est-MICHEL" rel="tag"&gt;c'est MICHEL&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/SARDOU" rel="tag"&gt;SARDOU&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/image-n-est" rel="tag"&gt;image n'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/exactement-raccord" rel="tag"&gt;exactement raccord&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/petits" rel="tag"&gt;petits&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a quelques jours, on a re&#231;u &#224; la r&#233;daction une bien surprenante (mais enthousiasmante) missive. &#192; tel point qu'on a d&#251; se pincer quinze fois avant d'y croire. Une lettre de Michel Sardou, le seul, l'unique ? Qui invite &#224; soutenir notre journal de critique et exp&#233;rimentation sociales ? Allons donc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, il a bien fallu se r&#233;soudre &#224; croire &#224; l'impensable. Oui, l'inoubliable (et pas encore mort, lui) interpr&#232;te de &#034;Les lacs du Connemara&#034;, &#034;Je suis pour&#034; et &#034;Les Ricains&#034; appelle bien &#224; filer la patte pour que survive le Chien rouge. Mieux : il s'adresse directement &#224; vous, lectrices et lecteurs (confirm&#233;s ou potentiels), pour vous inciter &#224; participer au &lt;a href=&#034;https://www.helloasso.com/associations/cqfd/collectes/cqfd-vivra&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;crowfunding lanc&#233; par &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. On lui laisse la parole :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Salut,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est MICHEL SARDOU,&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1927 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-220.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-220-a7efb.jpg?1779916813' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je sais que &#231;a peut &#233;tonner, tant mon image n'est pas exactement raccord avec la sienne. Mais je vous &#233;cris ce petit mot (sar)doux pour vous encourager &#224; aider un canard qui comme moi aime bien ouvrir sa gueule : &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petits gars et filles qui le r&#233;alisent abattent un travail formidable dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale, et je tiens &#224; leur apporter tout mon soutien. Il est vrai que je n'ai jamais ouvert leur journal, que je soup&#231;onne d'&#234;tre un tantinet gauchiste sur les bords. Mais de ce qu'on m'a dit, personne n'y a jamais critiqu&#233; mes disques ni ma personne. Ce qui prouve bien que les r&#233;dacteurs et r&#233;dactrices sont des amis (ou alors, &#231;a signifierait que je les indiff&#232;re totalement, ce qui est impossible : je suis MICHEL SARDOU, oui ou merde ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que j'aime bien les causes perdues d'avance. Le colonialisme, la peine de mort, le machisme &#224; l'ancienne... j'ai endoss&#233; tous les chevaux de bataille, les plus r&#233;acs et poussi&#233;reux. Tout &#231;a pour mieux faire parler de moi, MICHEL SARDOU. Et aujourd'hui, je l'avoue, je m'interroge : y a-t-il plus vieille France que la presse papier ? R&#233;solument : non. Ces gens sont encore plus &#224; l'ouest que moi. J'adore. Pis, ils refusent toute pub, toute subvention. De vrais bosseurs &#224; l'ancienne, valeureusement arc-bout&#233;s sur la valeur travail&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ndlr : t'as qu'&#224; voir...&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi je vous enjoins bien humblement &#224; les d&#233;panner de quelques francs si vous en avez les moyens. Au pire, tapez dans la caisse du Mammouth o&#249; vous bossez, ou bien braquez un F&#233;lix Potin (voire le drugstore des Champs-&#201;lys&#233;es), mais ne laissez pas ces bons petits et bonnes petites, tous si m&#233;ritants, clapoter le bec dans l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous laisse, j'ai lifting,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bisous&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MICHEL SARDOU&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N'h&#233;sitez pas, fa&#238;tes comme Michel Sardou : donnez ! (Il se murmure par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ndlr : t'as qu'&#224; voir...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;N'h&#233;sitez pas, fa&#238;tes comme Michel Sardou : donnez ! (Il se murmure par ailleurs que d'autres intellectuels de renom seraient sur le point de se rallier &#224; notre panache rouge et noir - on vous tient bien s&#251;r au courant).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des ZAP pour zapper la sp&#233;culation</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Des-ZAP-pour-zapper-la-speculation</link>
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		<dc:date>2015-09-01T19:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>terres</dc:subject>
		<dc:subject>culture</dc:subject>
		<dc:subject>Michel</dc:subject>
		<dc:subject>Apostolo porte</dc:subject>
		<dc:subject>Michel Apostolo</dc:subject>
		<dc:subject>soient constructibles.</dc:subject>
		<dc:subject>mains &#233;paisses</dc:subject>
		<dc:subject>terrains soient</dc:subject>
		<dc:subject>Sauvons</dc:subject>
		<dc:subject>Apostolo</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En France, des propri&#233;taires terriens laissent en friche leurs parcelles &#224; des fins sp&#233;culatives &#8211; alors que les terres agricoles se rar&#233;fient. Michel Apostolo, responsable de la commission fonci&#232;re &#224; la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, a particip&#233; &#224; une action de remise en culture de terres dans le Vaucluse. Rencontre. Les mains &#233;paisses et la moustache d'un pr&#233;sident du conseil, Michel Apostolo porte ce jour un tee-shirt &#171; Sauvons la Culture &#187; : &#171; Les propri&#233;taires de terres ne veulent pas louer (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no133-juin-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;133 (juin 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/terres" rel="tag"&gt;terres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/culture-959" rel="tag"&gt;culture&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Apostolo-porte" rel="tag"&gt;Apostolo porte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Michel-Apostolo" rel="tag"&gt;Michel Apostolo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/soient-constructibles" rel="tag"&gt;soient constructibles.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mains-epaisses" rel="tag"&gt;mains &#233;paisses&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Apostolo" rel="tag"&gt;Apostolo&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En France, des propri&#233;taires terriens laissent en friche leurs parcelles &#224; des fins sp&#233;culatives &#8211; alors que les terres agricoles se rar&#233;fient. Michel Apostolo, responsable de la commission fonci&#232;re &#224; la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, a particip&#233; &#224; une action de remise en culture de terres dans le Vaucluse. Rencontre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les mains &#233;paisses et la moustache d'un pr&#233;sident du conseil, Michel Apostolo porte ce jour un tee-shirt &#171; Sauvons la Culture &#187; : &#171; &lt;i&gt;Les propri&#233;taires de terres ne veulent pas louer aux paysans, ils sp&#233;culent en attendant que les terrains soient constructibles.&lt;/i&gt; &#187; Dans le Luberon, 30% des exploitations ont disparu en dix ans, et la surface agricole a r&#233;gress&#233; de 17%. C'est ce qui a conduit une centaine de militants de la Conf&#233;d&#233;ration paysanne du Vaucluse &#224; labourer et remettre en culture, il y a un an, une parcelle en friche de 4 hectares &#224; Lauris. &#171; &lt;i&gt;Il y avait trois tracteurs qui passaient les disques, un autre qui labourait et le dernier semait du sorgho sur lequel on pouvait lire ZAP, Zone agricole prot&#233;g&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un paysan du coin qui cherchait des terres a entam&#233; une proc&#233;dure de terre inculte aupr&#232;s du pr&#233;fet &lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Code rural pr&#233;voit que toute terre en friche, n'&#233;tant manifestement pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; afin qu'il impose la mise en culture. &#171; &lt;i&gt; Le pr&#233;fet peut obliger &#224; louer, et il existe un Fonds d&#233;partemental de gestion de l'espace rural (FDGER) pour remettre en culture&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise Michel. Mais dans le Luberon, la sp&#233;culation va bon train, et si tout le monde dans la r&#233;gion veut manger bio, la moiti&#233; des agriculteurs du coin a plus de 55 ans...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel raconte qu'&#224; Brignoles, dans le Var, une autre ZAP a exist&#233;. &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas une sanctuarisation, mais on remet en cause le droit d'usage de ces terres qui pourraient faire l'objet d'un bail au b&#233;n&#233;fice d'un paysan&lt;/i&gt; &#187;, ajoute-t-il. De fait, au comit&#233; technique de la Safer, organisme en charge des transactions agricoles en France, on lui a subtilement r&#233;pondu : &#171; &lt;i&gt; Tu veux faire un kolkhoze ?&lt;/i&gt; &#187; Toujours dans le Var, au Cannet-des-Maures, le maire avait tent&#233; de mettre 30 hectares de terres agricoles en construction, mais il a d&#251; faire machine arri&#232;re apr&#232;s un recours juridique et une action symbolique de mise en culture. &#171; &lt;i&gt;Nous avons peu de moyens militants face &#224; l'artificialisation&lt;/i&gt; &#187;, conc&#232;de Michel. Or, comme le clament ces paysans : &#171; &lt;i&gt; La terre agricole, c'est notre outil de travail, pas votre tirelire !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La suite du dossier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;France : Le sel de la &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/France-Le-sel-de-la-terre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;terre accapar&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/L-accaparement-des-terres-est-un&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'accaparement des terres&lt;/a&gt; est un nouveau visage du colonialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiques de &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Politiques-de-terres-volees&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;terres vol&#233;es&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Le-nerf-de-l-agraire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le nerf de l'agraire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le Code rural pr&#233;voit que toute terre en friche, n'&#233;tant manifestement pas exploit&#233;e par son propri&#233;taire, peut &#234;tre r&#233;quisitionn&#233;e afin d'&#234;tre cultiv&#233;e par un agriculteur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marseille : Une ZAD et puis s'en va</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Marseille-Une-ZAD-et-puis-s-en-va</link>
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		<dc:date>2015-03-18T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


		<dc:subject>Yoan-Lo&#239;c Faure</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>enfants</dc:subject>
		<dc:subject>parc</dc:subject>
		<dc:subject>Zad</dc:subject>
		<dc:subject>quartier</dc:subject>
		<dc:subject>Michel</dc:subject>
		<dc:subject>parc Michel-L&#233;vy</dc:subject>
		<dc:subject>Michel Vingt-trois</dc:subject>
		<dc:subject>Michel Lejeune</dc:subject>
		<dc:subject>parc L&#233;vy</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La ZAD L&#233;vy, du nom d'un parc de Marseille, a v&#233;cu une belle semaine fin janvier avant qu'urbanistes et policiers ne reprennent le contr&#244;le de la situation. Reportage au &#171; c&#339;ur &#187;. Vendredi 30 janvier, 9 h 30, arriv&#233;e sur la ZAD du parc Michel-L&#233;vy, &#171; la premi&#232;re ZAD urbaine &#187;, comme me le pr&#233;cise Fran&#231;oise, une zadiste pr&#233;sente depuis le d&#233;but. A 6&#8200;heures, quelques pandores et un huissier ont rendu visite aux occupants. Je fais comme la BAC et les CRS et profite de mon look presque (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no129-fevrier-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;129 (f&#233;vrier 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Yoan-Loic-Faure" rel="tag"&gt;Yoan-Lo&#239;c Faure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/enfants" rel="tag"&gt;enfants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parc" rel="tag"&gt;parc&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Zad" rel="tag"&gt;Zad&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartier" rel="tag"&gt;quartier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Michel-4528" rel="tag"&gt;Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parc-Michel-Levy" rel="tag"&gt;parc Michel-L&#233;vy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Michel-Vingt-trois" rel="tag"&gt;Michel Vingt-trois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Michel-Lejeune" rel="tag"&gt;Michel Lejeune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parc-Levy" rel="tag"&gt;parc L&#233;vy&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La ZAD L&#233;vy, du nom d'un parc de Marseille, a v&#233;cu une belle semaine fin janvier avant qu'urbanistes et policiers ne reprennent le contr&#244;le de la situation. Reportage au &#171; c&#339;ur &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1403 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/p16-zad.square.michel-lc_vy.2015._c_ylfaure-e8cac.jpg?1779602966' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Yoan-Lo&#239;c Faure.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 30 janvier, 9 h 30, arriv&#233;e sur la ZAD du parc Michel-L&#233;vy, &#171; &lt;i&gt;la premi&#232;re ZAD urbaine&lt;/i&gt; &#187;, comme me le pr&#233;cise Fran&#231;oise, une zadiste pr&#233;sente depuis le d&#233;but. A 6&#8200;heures, quelques pandores et un huissier ont rendu visite aux occupants. Je fais comme la BAC et les CRS et profite de mon look presque baqueux (la quarantaine sportive) pour rentrer dans le parc L&#233;vy. La police a pris position dans tout le parc. Des femmes crient. Ici ou l&#224; on proteste mais on est sous le choc. Les occupants sont pouss&#233;s vers la sortie. On entend : &#171; &lt;i&gt; C'est une honte !&lt;/i&gt; &#187; Dans la rue o&#249; deux l&#233;gions de policiers &#8211;&#8200;52 d'apr&#232;s la pr&#233;fecture ce qui correspond presque aux 47&#8200;logements pr&#233;vus &#8211;&#8200;repoussent la dizaine d'occupants. Une dame d'une cinquantaine d'ann&#233;es s'oppose aux CRS. Dix minutes plus tard, contournant la police, cette dure-&#224;-cuire parvient de nouveau &#224; rentrer dans le parc. &#171; &lt;i&gt;Promoteur tricheur !&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che-t-elle en direction du groupe Unicil qui va g&#233;rer cet immeuble construit sur un parc public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un linograveur &#224; la retraite est sur le trottoir. Georges &#233;tait venu aux AG du parc : &#171; &lt;i&gt;Il faut que les gens se prennent en main. Les flics sont &#233;chaud&#233;s avec Sivens&lt;/i&gt; &#187;, croit-il savoir pendant que la pelleteuse se remet en route. Un autre retrait&#233; me fait part de rumeurs bien approximatives : &#171; &lt;i&gt;On dit qu'ils viennent de Vend&#233;e, vous savez le barrage.&lt;/i&gt; &#187; Le spectre de R&#233;mi Fraisse r&#244;de encore. Un zadiste harangue du haut d'un immeuble le conducteur des travaux en train d'abattre les arbres : &#171; &lt;i&gt;Rappelle-toi de moi, on te rendra la pareille !&lt;/i&gt; &#187; Des habitants &#226;g&#233;s racontent le quartier : &#171; &lt;i&gt;Ils avaient dit &#231;a aussi, qu'ils laisseraient les arbres&lt;/i&gt; &#187;, en me montrant un immeuble qui d&#233;passe les plus anciens. Et cette dame qui demande aux membres de l'impressionnant dispositif policier : &#171; &lt;i&gt;Vous cherchez un terroriste ?&lt;/i&gt; &#187; Quand les arbres tombent, les cond&#233;s, eux, se multiplient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai pris les pinces coupantes et on est rentr&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, me racontait, le dimanche pr&#233;c&#233;dent, Michel Vingt-trois, un militant &#224; casquette. L'occupation du parc Michel-L&#233;vy a commenc&#233; le jeudi 24&#8200;janvier 2014. Depuis, une nouvelle ZAD &#233;tait n&#233;e &#224; Marseille dans le 6e arrondissement, rue Pierre-Laurent. Une pelleteuse &#233;tait orn&#233;e d'un &#171; &lt;i&gt;Stop d&#233;forestation&lt;/i&gt; &#187; comme en Amazonie. Derri&#232;re elle, des arbres immenses abattus et des branches. Depuis l'espace am&#233;nag&#233; pour un brasero, la vue sur Notre-Dame-de-la-Garde est merveilleuse tandis que sur le c&#244;t&#233; un gigantesque immeuble s'est d&#233;j&#224; impos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De bon matin, je croise Keny Arkana sur son scooter. De retour du Chiapas, elle est pass&#233;e en coup de vent apporter des r&#226;teaux. Ils &#233;taient une trentaine, d&#232;s 6 h, &#224; venir au cas o&#249; une expulsion aurait eu lieu. Ce lundi, ils sont encore quelques-uns &#224; avoir dormi sous des tentes. Il y a un autre Michel, membre de Greenpeace, qui a dormi sur une plateforme en haut d'un arbre. Avec le vent il a eu du m&#233;rite. Et de la chance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis deux bonnes ann&#233;es un projet d'immeuble avec parking avait &#233;t&#233; approuv&#233; par la mairie en lieu et place d'un tout petit jardin avec jeux d'enfants. Un collectif nomm&#233; &#171; Sauvons le parc Michel-L&#233;vy &#187; avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233; mais sans grand r&#233;sultat. Le 23 janvier, une &#233;quipe de b&#251;cherons escaladeurs a commenc&#233; &#224; abattre les 18&#8200;platanes centenaires du parc. &#171; &lt;i&gt;Le jeudi on s'est retrouv&#233;s et spontan&#233;ment on a occup&#233;&lt;/i&gt; &#187;, me raconte une habitante &#8211;&#8200;je la retrouverai en pleurs et incapable de parler le vendredi. &#171; &lt;i&gt;Enfant, je venais au parc, et mes propres enfants y ont appris le v&#233;lo et &#224; marcher. C'est un lieu essentiel pour nous.&lt;/i&gt; &#187; La question r&#233;currente chez les riverains mobilis&#233;s est celle de la d&#233;mocratie locale. Comment se fait-il que le Comit&#233; d'int&#233;r&#234;t de quartier (CIQ) ait pu donner son aval &#224; cette destruction ? La r&#233;ponse fuse &#224; propos de la pr&#233;sidente du CIQ : &#171; &lt;i&gt;Mme&#8200;Vedel organise des r&#233;unions o&#249; elle indique l'heure mais pas le lieu.&lt;/i&gt; &#187; A travers cette question, c'est toute la repr&#233;sentation verrouill&#233;e du pouvoir &#224; Marseille qui est de nouveau en jeu. &#171; &lt;i&gt;Gaudin, il n'a pas d'enfants, alors les parcs, il s'en cague&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Une jeune habitante est venue &#224; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale pour affirmer le besoin d'espace public : &#171; &lt;i&gt;On a besoin de lieux communs que se r&#233;approprient les gens.&lt;/i&gt; &#187; Tandis qu'une autre pointe les impasses de la politique municipale toute enti&#232;re orient&#233;e vers les investisseurs priv&#233;s et l'attractivit&#233; touristique &#224; court terme : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a d&#233;j&#224; plus de places dans les &#233;coles du quartier, alors o&#249; les nouveaux habitants de cet immeuble vont mettre leurs enfants ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche, je trouve &#201;tienne qui inspecte la tente de Michel l'Indien : &#171; &lt;i&gt;Tu vois l&#224; c'est le sac de couchage ; l&#224; le r&#233;chaud, et la lampe frontale.&lt;/i&gt; &#187; &#201;tienne bosse &#224; la Sodexho et va faire sa nuit d'occupation avant d'aller travailler &#224; 7 h. &#171; &lt;i&gt;Je suis v&#233;g&#233;talien et j'habite le quartier&lt;/i&gt; &#187;, me dit-il de bute en blanc. Lui et sa famille &#233;taient aussi des usagers du parc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux passantes, la cinquantaine, un yorkshire au bras, p&#233;n&#232;trent dans le d&#233;sastre des travaux. &#171; &lt;i&gt;C'est courageux qu'il y aient des gens comme vous&lt;/i&gt; &#187;, adressent-elles &#224; ceux qui se nomment tous Michel afin de fatiguer les journalistes. Depuis le &#171; &lt;i&gt;Nous sommes tous Marcos&lt;/i&gt; &#187; et la naissance du pr&#233;nom collectif &#171; Camille &#187; &#224; Notre-Dame-des-Landes et des &#171; R&#233;mi &#187; dans le Tarn, les pr&#233;noms symboliques et indiff&#233;renci&#233;s emp&#234;chent toute vedettisation. Elles ouvrent au collectif. Ici, en tout cas, on n'est pas des Jean-Claude. La dame avec son bonnet noir et son chien est remerci&#233;e &#224; son tour. Elle explique : &#171; &lt;i&gt;C'est la mentalit&#233; des bourges, de d&#233;truire des parcs ! J'ai habit&#233; rue de Pologne, &#231;a a &#233;t&#233; pareil !&lt;/i&gt; &#187; Elle &#233;voque la destruction par grignotage du quartier du Rouet, une autre rouerie de Jean-Claude Gaudin dont &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; s'&#233;tait fait l'&#233;cho.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Vingt-trois n'est pas sans arri&#232;re-pens&#233;e : &#171; &lt;i&gt;S'il y a des boules, on fera une buvette ! Et du vin chaud&lt;/i&gt;. &#187; Car la temp&#233;rature aurait pu refroidir les ardeurs, mais non, on s'y presse sur cette ZAD, cette oasis en plein c&#339;ur de Marseille. Une conscience s'&#233;tait &#233;veill&#233;e. Michel l'Indien &#233;tait all&#233; au Testet le jour ou l'on a tu&#233; R&#233;mi Fraisse. Il prend les choses avec pr&#233;caution, comme les zapatistes, &#224; pas lents, mais s&#251;rs. Lors de l'AG tout le monde prend la parole simplement pour proposer quelque chose. Arrive l'&#233;lu &#233;cologiste du secteur qui remercie tout le monde et d&#233;tonne. Par son discours d&#233;cal&#233;. Tel un tribun syndicaliste, il semble perdu devant des micros imaginaires. N'est pas Michel qui veut. Lui est Herv&#233; Menchon et entend bien le rester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cimeti&#232;re des animaux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une zadiste qui a occup&#233; d&#232;s la premi&#232;re nuit raconte : &#171; &lt;i&gt;J'emmenais mes enfants ici. Tu sais qu'&#224; chaque pied d'arbre il y a des cadavres de chat, de lapin, de hamster&#8230; Une fois, en enterrant mon lapin, j'ai d&#233;couvert un autre cadavre.&lt;/i&gt; &#187; Dans cette poche, &#224; l'angle de deux rues, il y avait toute l'&#226;me du quartier et ses chers disparus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jeune &#233;tudiant en philosophie a r&#233;pondu pr&#233;sent. Il a dormi cette nuit sur le terrain. Il lui manquait une couette. Il s'appelle Michel aussi &#233;videmment. Michel Lejeune : &#171; &lt;i&gt;C'est pour mettre en pratique la d&#233;mocratie. Je me r&#233;jouis de voir ce genre d'initiative.&lt;/i&gt; &#187; Adepte de la r&#233;volution permanente, Michel a particip&#233; aux Indign&#233;s, le campement permanent. &#171; &lt;i&gt;Rien qu'un jardin partag&#233;, c'est une forme de r&#233;sistance.&lt;/i&gt; &#187; Les rencontres sont primordiales, m&#234;me si &#231;a peut &#234;tre lourd. &#171; &lt;i&gt;On a caus&#233; avec un SDF jusqu'&#224; deux heures du matin. J'ai ramen&#233; une femme chez elle. Tu &#233;coutes les gens. C'est pas &#233;vident, mais ici je suis en &#233;tat de d&#233;tachement.&lt;/i&gt; &#187; Michel Lejeune participait aux manifs auparavant mais ne croit plus gu&#232;re &#224; cette forme de protestation : manifs ou gr&#232;ves. &#171; &lt;i&gt;L&#224;, il y a tout &#224; faire&lt;/i&gt; &#187;, remarque-t-il devant ce champ de ruines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis une semaine, un b&#226;timent a &#233;t&#233; nettoy&#233; et le terrain est agr&#233;able &#224; explorer. Des balan&#231;oires en pneumatiques ont permis aux enfants de jouer mercredi, tandis que des tipis tiennent malgr&#233; le vent. Les grands platanes ne se rel&#232;veront pas malgr&#233; les dessins des enfants. Les cinq qui avaient surv&#233;cu gr&#226;ce &#224; la ZAD ont &#233;t&#233; abattus &#224; 12 h, le 30&#8200;janvier. La veille, une chorale de chants r&#233;volutionnaires a pouss&#233; quelques chansons. Elle ne savait pas que c'&#233;tait un adieu. Dans le noir, un cercle s'&#233;coute. C'est l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale qui se demande comment r&#233;sister aux assauts des forces de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au caf&#233; du platane, alors qu'un peu plus bas le carnage s'ach&#232;ve, une ex-salari&#233;e d'Unicil&#8200;&#8211;&#8200;qui fait dans le logement social&#8200;&#8211;&#8200;crache son venin sur son employeur : &#171; &lt;i&gt;Ils pratiquent des loyers exorbitants. Jamais ce ne sera du social, cet immeuble.&lt;/i&gt; &#187; Faut dire que le blaze du patron d'Unicil, c'est Podevin ! Comme une ruse du destin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christophe &#171; Michel &#187; Goby&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le bronze-cul de V&#233;nus</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le po&#232;te Francis Coste voyait dans la baie de Banyuls-sur-Mer l'empreinte laiss&#233;e par les fesses de V&#233;nus. De fait, la c&#244;te Vermeille n'en finit pas d'exciter les fi&#232;vres immobili&#232;res. Le maire veut agrandir le port dans l'espoir d'y attirer des yachts de luxe. Et si on consulte parfois la population locale, c'est pour lui faire go&#251;ter la farine dans laquelle elle sera roul&#233;e. Le ton est donn&#233; d&#232;s l'entr&#233;e du village. Apr&#232;s un rond-point d&#233;di&#233; &#224; la m&#233;moire de Marcel Bigeard, un premier (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no109-mars-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;109 (mars 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Plonk-et-Replonk" rel="tag"&gt;Plonk et Replonk&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Banyuls" rel="tag"&gt;Banyuls&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le po&#232;te Francis Coste voyait dans la baie de Banyuls-sur-Mer l'empreinte laiss&#233;e par les fesses de V&#233;nus. De fait, la c&#244;te Vermeille n'en finit pas d'exciter les fi&#232;vres immobili&#232;res. Le maire veut agrandir le port dans l'espoir d'y attirer des yachts de luxe. Et si on consulte parfois la population locale, c'est pour lui faire go&#251;ter la farine dans laquelle elle sera roul&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_618 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH288/p16-requin_ole_def-bfc0d.jpg?1779602648' width='400' height='288' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Plonk et Replonk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le ton est donn&#233; d&#232;s l'entr&#233;e du village. Apr&#232;s un rond-point d&#233;di&#233; &#224; la m&#233;moire de Marcel Bigeard&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ancien r&#233;sistant et officier de l'arm&#233;e fran&#231;aise pendant les guerres de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, un premier panneau pr&#233;vient que Banyuls-sur-Mer (Pyr&#233;n&#233;es-Orientales) est sous vid&#233;osurveillance et le second affiche des offres immobili&#232;res du groupe Bouygues. En descendant le ruban d'asphalte qui s'&#233;tire vers la baie, on d&#233;couvre le port avec ses digues, ses quais, ses rafiots, sa capitainerie. Nouvelle mise en garde : le port est lui aussi plac&#233; sous vid&#233;osurveillance. Ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On a vu appara&#238;tre les premiers &#233;l&#233;ments de l'agrandissement du port en avril 2010. L'id&#233;e du maire UMP, Jean R&#232;de, &#233;tait de s&#233;curiser le site avec une extension du port qui bouchait pratiquement l'entr&#233;e de la baie&lt;/i&gt; &#187;, explique Michel Surroca, membre du Collectif pour la sauvegarde de la baie de Banyuls. Il s'agit &#233;galement de doubler la capacit&#233; d'accueil du port par l'installation de 350 anneaux suppl&#233;mentaires &#8211; emplacements de bateaux &#8211; d&#233;di&#233;s &#224; la plaisance. Budget du lifting : entre 25 et 35 millions d'euros. &#171; &lt;i&gt;D&#232;s le d&#233;part, le maire a dit que la ville n'aurait pas les moyens de financer son projet et qu'elle passerait par une mise en concession pour une dur&#233;e de trente-cinq ans.&lt;/i&gt; &#187; Argument avanc&#233; par la mairie : le port risque la fermeture administrative s'il ne se conforme pas aux normes de s&#233;curit&#233;. Rapidement, le projet provoque des remous dans la population locale. Les Banyulencs veulent &#234;tre consult&#233;s, mais le vieil &#233;dile campe sur ses positions. Michel : &#171; &lt;i&gt;La gestion de la ville est opaque. Impossible d'avoir des informations, le maire travaille de mani&#232;re occulte.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2011, les opposants organisent une r&#233;union publique avec ce leitmotiv : maintien du port dans le domaine public et projet plus sobre de s&#233;curisation du site. &#171; &lt;i&gt;On a r&#233;colt&#233; 1300 signatures, distribu&#233; des tracts sur les march&#233;s, tir&#233; un bulletin d'information &#224; 2 800 exemplaires. Bref, on a fait un vrai travail d'information de la population&lt;/i&gt;, r&#233;sume Dominique Baudry, pr&#233;sident de l'association &lt;a href=&#034;http://www.generations-banyuls.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;G&#233;n&#233;rations Banyuls&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association cr&#233;&#233;e en 2008 dont le but est de &#171; d&#233;fendre et promouvoir la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Malgr&#233; &#231;a, le maire n'a pas boug&#233;&lt;/i&gt;. &#187; Pourtant, le cahier de dol&#233;ances li&#233; &#224; l'extension/privatisation du port m&#233;rite qu'on s'y penche : d&#233;figuration de la baie, danger d'inondation des bas quartiers, atteinte &#224; la biodiversit&#233; des eaux riches en posidonie et grandes nacres &#8211; deux esp&#232;ces prot&#233;g&#233;es &#8211;, augmentation du risque de pollution induite par la circulation de gros yachts. Et la hausse du trafic portuaire menacerait les esp&#232;ces abrit&#233;es par la r&#233;serve naturelle marine de Cerb&#232;re-Banyuls, qui jouxte le port : 650 hectares de mer prot&#233;g&#233;e s'&#233;talant sur 6,5 kilom&#232;tres jusqu'&#224; la fronti&#232;re espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 avril 2012, le maire c&#232;de &#224; la pression populaire et organise une r&#233;union publique. Quelque 400 personnes se pressent dans la salle Bartissol. Un diaporama intitul&#233; &#171; &lt;i&gt;Mise en s&#233;curit&#233; et modernisation du port de Banyuls&lt;/i&gt; &#187; est pr&#233;sent&#233; par un ing&#233;nieur-conseil dont un membre du public s'&#233;tonnera de n'avoir pu trouver les r&#233;f&#233;rences sur Internet. Trois projets d'am&#233;nagement du port sont pr&#233;sent&#233;s. L'atmosph&#232;re est tendue : le public vient d'apprendre qu'une mise en d&#233;l&#233;gation de service public (DSP) de l'espace portuaire serait vot&#233;e par le conseil municipal&#8230; du lendemain ! Plusieurs intervenants d&#233;noncent les agissements de l'&#233;dile, peu compatibles avec un minimum de d&#233;mocratie locale. Sous la bronca, le maire devra reporter le vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 2012, l'affaire prend un tournant aussi cocasse que d&#233;solant. Une habitante d&#233;cide de marquer son opposition au projet portuaire en d&#233;corant sa rue : &#171; &lt;i&gt;Je suis contre la privatisation du port, je suis pour la r&#233;alisation d'un port &#233;cologique qui pourrait &#234;tre fantastique pour la ville. Alors, pour protester contre cette d&#233;cision, j'ai accroch&#233; des soutiens-gorge dans ma rue. Des copines, puis d'autres femmes m'ont apport&#233; une pi&#232;ce, puis deux, etc. Pour arriver &#224; pratiquement une centaine !&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Ind&#233;pendant du 11/07/2012&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Agac&#233; par cette coquetterie urbaine, R&#232;de vient superviser en personne l'arrachage de la lingerie par la police municipale, d&#233;clarant que &#171; &lt;i&gt;ces femmes feraient mieux de manifester en se promenant les seins &#224; l'air&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Actuellement, la gestion du port est &#233;quilibr&#233;e entre les recettes et les d&#233;penses, mais on se trouve face &#224; cette id&#233;e qui est de toujours chercher &#224; tirer plus de profit&lt;/i&gt; &#187;, constate Dominique. Entre un secteur viticole bringuebalant et un march&#233; de l'emploi en berne, et alors que plus de la moiti&#233; des Banyulencs barbotent au niveau de la ligne de flottaison du seuil de pauvret&#233;, l'&#233;dile a d&#233;cid&#233; de tout miser sur le tourisme et de faire de la cit&#233; baln&#233;aire un &#171; petit Saint-Tropez &#187;. Son unique cr&#233;do : satisfaire la demande croissante de mouillage des plaisanciers. &#171; &lt;i&gt;R&#232;de cherche &#224; attirer des gros poissons. Il promet un anneau dans le port &#224; tout particulier construisant une villa sur la commune&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Michel. Mich&#232;le Surroca, secr&#233;taire de G&#233;n&#233;rations Banyuls, s'interroge : &#171; &lt;i&gt;Le maire veut changer la face du tourisme &#224; Banyuls. Le port n'a pas subi de r&#233;novation depuis des ann&#233;es. Et la temp&#234;te de 2008 l'a endommag&#233;. Mais on est persuad&#233; que derri&#232;re tout &#231;a, il y a de grosses ambitions immobili&#232;res&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Taxes fonci&#232;res et d'habitation, voil&#224; les deux mamelles auxquelles la ville biberonne pour ne pas voir ses finances sombrer. Du pain b&#233;nit pour des promoteurs qui, depuis les ann&#233;es 1970, b&#233;tonnent avec ferveur les c&#244;tes catalanes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2012, le conseil municipal a adopt&#233; la mise en concession du port pour une dur&#233;e de trente ans. L'appel d'offre doit d&#233;terminer l'heureux d&#233;l&#233;gataire. Deux groupements sont en lice &#8211; Colas/Bouygues et La Lyonnaise/Atlan Financement &#8211; et ont jusqu'au 15 mars pour pr&#233;senter leur projet. &#171; &lt;i&gt;Puisque la r&#233;novation du port n'est pas rentable pour la commune, on se demande pourquoi elle le deviendrait pour un op&#233;rateur priv&#233; &lt;/i&gt; &#187;, questionne Karl Ilnyzckyj, qui couvre la vie politique locale avec &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/user/Banyulsinfo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sa cam&#233;ra&lt;/a&gt;. Face &#224; la fronde, le maire a revu ses ambitions &#224; la baisse. Le nombre de mouillages suppl&#233;mentaires est pass&#233; de 350 &#224; 70. N'emp&#234;che, avec une amodiation&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op&#233;ration par laquelle un plaisancier obtient la concession d'un mouillage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; par revente d'anneau &#233;valu&#233;e &#224; neuf millions d'euros, il reste une belle marge de profit. Karl se souvient : &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but de son mandat, une des premi&#232;res mesures du maire a &#233;t&#233; de supprimer la banque alimentaire, tout en achetant 300 000 euros une statue de Maillol.&lt;/i&gt; &#187; Un bronze de Maillol en avant-go&#251;t du village bronze-cul ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ancien r&#233;sistant et officier de l'arm&#233;e fran&#231;aise pendant les guerres de d&#233;colonisation. Il consid&#233;ra la torture en Alg&#233;rie comme &#171; &lt;i&gt;un mal n&#233;cessaire&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association cr&#233;&#233;e en 2008 dont le but est de &#171; &lt;i&gt;d&#233;fendre et promouvoir la d&#233;mocratie locale&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Ind&#233;pendant&lt;/i&gt; du 11/07/2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Op&#233;ration par laquelle un plaisancier obtient la concession d'un mouillage en &#233;change d'une redevance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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