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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Winter is coming</title>
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		<dc:creator> Momo Br&#252;cke, Iffik Le Guen, Julien Tewfiq</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Demain comme aujourd'hui, le travail demeurera une centralit&#233; dans nos existences. Coercitif ou librement consenti, ali&#233;nant ou gratifiant, le chagrin continuera de charpenter le socle de notre vie commune. Parce que le futur est d&#233;j&#224; &#224; notre porte, CQFD vous propose trois envol&#233;es dystopiques. Walter Benjamin a eu cette formule : &#171; Il faut organiser le pessimisme. &#187; Nous y sommes. Et le monde devint machine Les injonctions au plein-emploi r&#233;sonnent encore alors m&#234;me que le travail (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no147-octobre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;147 (octobre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Demain comme aujourd'hui, le travail demeurera une centralit&#233; dans nos existences. Coercitif ou librement consenti, ali&#233;nant ou gratifiant, le chagrin continuera de charpenter le socle de notre vie commune. Parce que le futur est d&#233;j&#224; &#224; notre porte, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; vous propose trois envol&#233;es dystopiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2905 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH394/-1149-71800.jpg?1782662510' width='500' height='394' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;i&gt; Walter Benjamin a eu cette formule : &#171; &lt;i&gt;Il faut organiser le pessimisme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br&gt; Nous y sommes.&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Et le monde devint machine
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;L&lt;/petitelettrine&gt;es injonctions au plein-emploi r&#233;sonnent encore alors m&#234;me que le travail est mort. Politicards et &#233;conomistes ont tout fait pour conserver ce mythe malgr&#233; la robotisation. Aujourd'hui, on ne travaille plus, on veille les robots. Nous vivons en pleine science-fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a a commenc&#233; au si&#232;cle dernier &lt;/strong&gt;avec Taylor, Ford, etc. un pr&#233;tendu cercle vertueux alors qu'il n'&#233;tait que vicieux : l'humain devenait esclave de la machine tandis que la marchandise occupait l'ensemble de la vie sociale. &#171; &lt;i&gt;Les machines deviennent le monde et le monde devient machin&lt;/i&gt;e &#187; proph&#233;tisait G&#252;nther Anders, lucide observateur de l'obsolescence humaine. D&#233;j&#224; en 1936, &lt;i&gt;Les Temps modernes &lt;/i&gt;nous montrait un Chaplin domin&#233; et soumis &#224; un automate jusqu'&#224; le rendre fou. Les travailleurs, en plus d'&#234;tre exploit&#233;s devenaient serviteurs. Puis, le mouvement a &#233;t&#233; irr&#233;versible : en un peu moins d'un si&#232;cle, la robotisation a expuls&#233; dans les marges des dizaines de millions de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'interm&#232;de de l'ub&#233;risation &lt;/strong&gt;finit de lever le voile : les travailleurs r&#233;duits &#224; l'&#233;tat d'entreprises pr&#233;caires en concurrence les unes avec les autres. Les grands gagnants furent les consortiums qui, all&#233;g&#233;s des charges, firent jouer la concurrence &#224; plein. Des masses de salari&#233;s de plus en plus pr&#233;caris&#233;s se firent la guerre tandis que les machines colonisaient peu &#224; peu les entrailles de la production mondialis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Mort au travail, vive les robots ! &#187;&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le terrain, &lt;/strong&gt;les mouvements sociaux n'ont pu faire le poids. Ceci explique, sans doute, le r&#244;le d'idiots utiles jou&#233;s par les sociaux-d&#233;mocrates et une partie de la gauche &#171; radicale &#187;, dont les slogans d'alors &#8211; &#171; Mort au travail : vive les robots ! &#187; &#8211; donnent aujourd'hui le vertige. En fait, ils &#233;taient dos au mur, se raccrochant follement aux haillons d'une mauvaise lecture de Marx : &#171; &lt;i&gt;La r&#233;duction de la journ&#233;e de travail est la condition fondamentale de [l'&#233;panouissement de la puissance humaine] &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Le Capital.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#187; Il y avait pourtant d'autres chemins pour &#233;viter ce lent retour vers le servage. Le sabotage, par exemple, m&#234;me s'il n'eut fonctionn&#233;, aurait eu le m&#233;rite de sauver l'honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La solution fut trouv&#233;e : &lt;/strong&gt;robotisation et instauration d'un revenu universel minable. Plus de s&#233;cu ou de minima sociaux, une obole mensuelle contre obligation de veiller les machines &#8212; entre 10 et 45 heures hebdo selon les besoins de l'&#233;conomie. M&#234;me dans le secteur de la sant&#233;, lieu du soin et d'une relation proprement humaine, on n'a pas r&#233;sist&#233;. &#192; force de traiter les soignants et les soignantes comme des machines, les entreprises de sant&#233; ont fini par pr&#233;f&#233;rer l'original &#224; la copie. Ce qui est pratique : les robots sont ne sont ni sujets aux suicides ni aux &#233;tats d'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, on veille. &lt;/strong&gt;Les yeux hypnotis&#233;s par les &#233;crans. Notre lexique binaris&#233; pour mieux correspondre avec la machine. Et le temps &#171; libre &#187;, l'&#233;panouissement ? me demandez-vous. une libert&#233; surveill&#233;e ! Le revenu garanti ? une &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s ! Au moindre faux pas, c'est la condamnation, les vivres coup&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais je m'en fous&lt;/strong&gt;. Demain, je tue un robot.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Momo Br&#252;cke&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La Conjuration des &#233;gaux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;C&lt;/petitelettrine&gt;'&#233;tait apr&#232;s la Grande Guerre pour les Ressources qui a d&#233;vast&#233; tous les continents. Des fragments d'anciens &#201;tats d'Europe du Nord s'&#233;taient regroup&#233;s au sein de l'Union bor&#233;alienne. La vie s'y &#233;coulait paisiblement derri&#232;re de hauts murs absolument infranchissables. Nous, les &#201;gaux, avions repris nos vies en main pour les consacrer &#224; l'&#233;panouissement de tous. Instruits des erreurs du pass&#233;, nous nous &#233;tions attel&#233;s &#224; construire une soci&#233;t&#233; harmonieuse entre nous comme avec la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement faisait une large place &#224; la d&#233;mocratie directe et &#224; l'autonomie des collectivit&#233;s de base. Toute diff&#233;rence de sexe, de position sociale, d'&#226;ge, de croyance, &#233;tait proscrite jusque dans le langage. L'exploitation des animaux &#233;tait interdite. Les techniques agricoles, quand elles &#233;taient employ&#233;es, devaient strictement respecter les cycles naturels. La richesse &#233;tait &#233;quitablement r&#233;partie au moyen d'un revenu citoyen, ce qui laissait &#224; chacun de nous le choix de travailler ou non. Seuls les emplois sup&#233;rieurs &#233;taient permis aux &#201;gaux : m&#233;decin, avocat, ing&#233;nieur, officier. Toutes les terres avaient &#233;t&#233; collectivis&#233;es au profit des &#201;gaux et l'ensemble des infrastructures (logement, routes, t&#233;l&#233;communications&#8230;) &#233;taient con&#231;ues dans le sens du plus petit impact environnemental possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quant aux activit&#233;s laborieuses &lt;/strong&gt;les plus p&#233;nibles, nous les avions confi&#233;es aux r&#233;sidents. Ces &#233;trangers que nous laissions entrer au compte-gouttes dans l'Union n'avaient pas droit de cit&#233; mais pouvaient acc&#233;der &#224; une vie confortable en se consacrant &#224; l'agriculture, l'industrie, l'artisanat, le commerce ou la gestion de l'argent. Ils &#233;taient &#233;galement soumis &#224; un certain nombre de services d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral : construction et entretien des voies ainsi que des b&#226;timents publics, fabrication et maintenance des &#233;quipements collectifs, perception des taxes, garde des remparts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'un d'entre eux s'&#233;tait particuli&#232;rement distingu&#233; dans ces services, il pouvait pr&#233;tendre au statut de r&#233;sident-responsable et il &#233;tait alors admis &#224; participer aux d&#233;cisions des assembl&#233;es avec un avis consultatif. Afin d'&#233;viter tout d&#233;s&#233;quilibre, des restrictions &#233;taient impos&#233;es aux r&#233;sidents. La taille de leurs entreprises ne pouvait exc&#233;der un certain nombre de salari&#233;s. Leur capacit&#233; &#224; louer des terrains et logements &#233;tait limit&#233;e en surface. Ils &#233;taient redevables de taxes cons&#233;quentes pour chaque nouvel enfant jusqu'&#224; un nombre maximum de deux. D&#232;s lors qu'ils atteignaient un certain seuil, leurs revenus &#233;taient lourdement impos&#233;s au b&#233;n&#233;fice du budget public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lib&#233;r&#233;s des contraintes &lt;/strong&gt;les plus p&#233;nibles, nous nous adonnions aux plaisirs de l'esprit et de de la chair qui n'est pas forc&#233;ment triste. Tout &#233;tait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un seul probl&#232;me subsistait &lt;/strong&gt;chez les &#201;gaux : parfois un insondable ennui s'emparait de nous. Il &#233;tait alors temps de sacrifier un r&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Iffik Le Guen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Vive le Moyen &#194;ge !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;A&lt;/petitelettrine&gt;u d&#233;but, nous avions cru que ce n'&#233;tait qu'une crise comme en avaient connu l'Argentine, la Gr&#232;ce ou l'Espagne. Mais ce n'&#233;tait pas une crise comme les autres. C'&#233;tait la grande, la derni&#232;re, la fatale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; qui la faute ? &lt;/strong&gt;Aux banques qui s'&#233;taient effondr&#233;es comme des dominos ? Aux p&#233;troliers qui avaient trich&#233; sur l'&#233;tat de leurs r&#233;serves de brut ? Aux &#201;tats incapables de g&#233;rer le fracas climatique ? Aux travailleurs qui avaient d&#233;sert&#233; leurs postes au c&#339;ur de la temp&#234;te ? Voir ces nu&#233;es de ch&#244;meurs mendier sur le bord des routes, &#231;a nous rappelait les photos de la crise de 1929 dans les manuels scolaires. Puis les &#233;tals des magasins se vid&#232;rent. Le prix des denr&#233;es alimentaires et des mati&#232;res premi&#232;res augmenta aussi vite que celui de l'essence. Partout, les officiels nous promettaient un prochain &#171; retour &#224; la normale &#187;. La situation ne fit qu'empirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On aurait pu s'attendre &#224; des sc&#232;nes de pillage&lt;/strong&gt; ou de barricades urbaines. Ce fut la d&#233;sertion. Du boulot, de la ville. un improbable retour &#224; la terre, la nourrici&#232;re, la paysanne. Nous, les citadins, &#233;tions des migrants, allant sur les routes avec quelques affaires, &#224; la recherche d'un village qui voudrait bien de nous. On aurait pu s'attendre &#224; ce que les derniers paysans nous accueillent &#224; coups de fourches. Pas du tout. Les populations urbaines et rurales trouv&#232;rent &#224; s'imbriquer assez facilement. M&#233;canis&#233;es et informatis&#233;es &#224; outrance, les campagnes manquaient de bras maintenant que les machines ne marchaient plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y avait ce savoir &lt;/strong&gt;vieux de dix mille ans &#224; r&#233;apprendre et r&#233;inventer : travailler la terre, &#233;lever du b&#233;tail, fabriquer des outils. Recycler, exp&#233;rimenter ; souder un nouveau lien communautaire. Dans chaque village, anciens et nouveaux habitants ont d&#251; trouver comment vivre et travailler ensemble, r&#233;partir les t&#226;ches, les habitations, les champs&#8230; Le plus souvent, ces petites communaut&#233;s s'organisaient autour d'un conseil municipal et d'un maire, comme au temps d'avant. Mais on a connu des organisations plus horizontales avec mise en commun des ressources et prises de d&#233;cision collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je me souviens &lt;/strong&gt;avec &#233;motion de la fois o&#249; j'ai ramass&#233; mes premi&#232;res courges. &#192; la ville, j'&#233;tais &lt;i&gt;community manager &lt;/i&gt;pour une bo&#238;te de t&#233;l&#233;phonie, je n'avais jamais eu les moyens d'avoir un jardin. Je me souviens aussi des premiers hivers, les plus durs, et de l'indispensable solidarit&#233; des villageois pour se tenir chaud. &#192; la ville, je me ruinais en chauffage &#233;lectrique ! Quand, au bout de deux ans, des agents de ce qui restait de l'&#201;tat sont venus au village pour &#171; organiser un recensement en vue de r&#233;tablir les services de l'&#201;tat et l'assiette d'imposition &#187;, on les a re&#231;us comme il le fallait ! Nous avions travaill&#233; pour notre communaut&#233; et en bonne entente avec les villages voisins, ce n'&#233;tait pas pour que des grosses l&#233;gumes viennent nous refaire le coup des sauvages &#224; civiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je me souviens &lt;/strong&gt;qu'au d&#233;but, certains disaient que nous vivions une &#171; catastrophe &#187;, &#171; un retour au Moyen &#194;ge &#187;&#8230; Alors moi, je vous le dis : &#171; Vive ! Vive le Moyen &#194;ge ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Julien Tewfiq&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Au sommaire du 135</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-135</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke, Daphn&#233; Blake, L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


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		<dc:subject>l'outil</dc:subject>
		<dc:subject>Repenser</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En kiosque &#224; partir du vendredi 04 septembre. Un article sera mis en ligne, chaque semaine. Les autres articles seront archiv&#233;s sur notre site trois mois plus tard. D'ici-l&#224;, tu as tout le temps d'aller saluer ton kiosquier ou de t'abonner... CQFD parle dans le poste radio au cours de l'&#233;mission &#034;Presse Lib&#233;r&#233;e&#034; tous les deuxi&#232;mes mardis du mois de 11h30 &#224; 13h en direct sur Radio Gal&#232;re, rediffus&#233; tous les deuxi&#232;mes vendredis du mois de 12h30 &#224; 14h sur Radio Zinzine.. Et aussi sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-outil" rel="tag"&gt;l'outil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Repenser" rel="tag"&gt;Repenser&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L109xH150/arton1633-a1800.jpg?1783405134' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En kiosque &#224; partir du vendredi 04 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un article sera mis en ligne, &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/CQFD-no135-septembre-2015&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chaque semaine&lt;/a&gt;. Les autres articles seront archiv&#233;s sur notre site trois mois plus tard. D'ici-l&#224;, tu as tout le temps d'aller saluer ton kiosquier ou de &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Ce-qu-il-faut-debourser'&gt;t'abonner&lt;/a&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; parle dans le poste radio au cours de l'&#233;mission &#034;Presse Lib&#233;r&#233;e&#034; tous les deuxi&#232;mes mardis du mois de 11h30 &#224; 13h en direct sur &lt;a href=&#034;http://www.radiogalere.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Radio Gal&#232;re&lt;/a&gt;, rediffus&#233; tous les deuxi&#232;mes vendredis du mois de 12h30 &#224; 14h sur &lt;a href=&#034;http://www.zinzine.domainepublic.net/index2.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Radio Zinzine.&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussi sur &lt;a href=&#034;http://www.canalsud.net/?Un-vent-de-contestation-souffle-en&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Canal Sud&lt;/a&gt; !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En Une : &#034;Reprendre l'outil ! Repenser la machine ?&#034; par &lt;a href=&#034;http://mickomix.blogspot.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mickomix&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le dossier : Rependre l'outil ! Repenser la machine ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le gigantesque r&#233;seau coop&#233;ratif de &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Cecosesola-la-reflexion-permanente&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cecosesola&lt;/a&gt; au Venezuela, &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Envoie-la-ganache&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La conqu&#234;te du pain&lt;/a&gt;, boulangerie bio et autog&#233;r&#233;e de Montreuil, ou encore &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/AureaSocial-fleur-de-tous-les&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Aureasocial&lt;/a&gt;, c&#339;ur barcelonais des coop&#233;ratives int&#233;grales catalanes : les diverses formes de l'exp&#233;rience autogestionnaire et autres r&#233;seaux coop&#233;ratifs ont toujours retenu notre attention. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; est de cette veine-l&#224;, autog&#233;r&#233;e et horizontale, et de tous les combats qui font vivre l'exp&#233;rimentation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s ses balbutiements, &#224; partir des ann&#233;es 1830, les id&#233;es du mouvement coop&#233;ratif &#8211; qui d&#233;fend l'&#233;mancipation des travailleurs &#8211; se sont fait capter par la philanthropie bourgeoise, soucieuse d'encourager l'esprit d'entreprise des ouvriers. Heureusement, ils ont &#233;t&#233; l&#233;gion &#224; r&#233;sister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondateur des &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Que-bouillonnent-les-marmites&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marmites&lt;/a&gt;, ces cuisines coop&#233;ratives qui fleurissent &#224; Paris avant la Commune, Eug&#232;ne Varlin envisage par exemple les associations de coop&#233;ratives comme &#171; &lt;i&gt; le moyen de supprimer le patronat trop multipli&#233;, cet autre parasitisme qui nous exploite&lt;/i&gt; &#187;. &#201;galement membre fondateur de la Soci&#233;t&#233; de secours mutuels des relieurs, cet artisan a fait sienne, sans doute sans la conna&#238;tre, la pens&#233;e de Marx : &#171; &lt;i&gt;Les innombrables formes contradictoires de l'unit&#233; sociale ne sauraient &#234;tre &#233;limin&#233;es par de paisibles m&#233;tamorphoses. Au reste, toutes nos tentatives de les faire &#233;clater seraient du donquichottisme si nous ne trouvions pas, enfouies dans les entrailles de la soci&#233;t&#233; telle qu'elle est, les conditions de production mat&#233;rielles et les rapports de distribution de la soci&#233;t&#233; sans classes &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Grundrisse, &#233;d. 10/18, tome 1, p. 159.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repenser la machine en se la r&#233;appropriant, voici ce &#224; quoi invite ce courant de pens&#233;e. Tous consommateurs, tous producteurs : la solidarit&#233; na&#238;tra de l'&#233;change des produits et de la r&#233;ciprocit&#233; des services, pensait Varlin. Ces espoirs ont souvent &#233;t&#233; d&#233;&#231;us... &#233;cras&#233;s, m&#234;me. Aussi bien par les Versaillais que par le socialisme &#233;tatique. Ils ont m&#234;me pu &#234;tre encourag&#233;s par les lib&#233;raux, qui en d&#233;samor&#231;aient tout esprit critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, aussi discr&#232;tement soit-il, ces pratiques perdurent. C'est &#224; leur rencontre que nous sommes partis : des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es par leurs travailleurs jusqu'aux coop&#233;ratives fond&#233;es de toutes pi&#232;ces. Leurs premi&#232;res briques sont multiformes : &#233;laboration d'un projet coop&#233;rativiste au c&#339;ur de la lutte ou r&#233;union de camarades dans un projet utopiste critiquant le salariatet le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes jeunes exp&#233;riences, les ex-Fralib (Provence) et les bus d'ABC Coop (Uruguay) empruntent, en terme de production, des circuits bien balis&#233;s : l'objet &#224; produire ou le service &#224; rendre &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224;. C'est la crise, puis la lutte qui ont r&#233;v&#233;l&#233; les envies de fonctionner ensemble, sans patron, en s'appuyant sur les mod&#232;les pass&#233;s et pr&#233;sents. Au sentiment d'exploitation succ&#232;dent la solidarit&#233; et le plaisir de faire pour tous. Les histoires d'Ardelaine et d'Ambiance Bois, plus anciennes et rod&#233;es, t&#233;moignent &#233;galement de belles initiatives o&#249; la th&#233;orie rencontre la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'invocation du mot magique d'&#171; autogestion &#187; ne suffit pas &#224; faire tourner une coop&#233;rative. La concurrence, l'&#233;ventuelle n&#233;cessit&#233; d'utiliser les r&#233;seaux de distribution dominants, ou de se plier aux lois : autant de pi&#232;ges &#224; contourner. Rajoutons &#224; cela la reconfiguration des rapports de pouvoir, les mauvaises habitudes et les diff&#233;rents niveaux d'exp&#233;rience &#8211; et l'on obtient souvent un m&#233;lange d&#233;tonant. Le risque d'implosion guette, mais aussi celui d'oublier les principes fondateurs en se lan&#231;ant &#224; la conqu&#234;te du march&#233; mondial, explosant les notions vitales d'&#233;chelle et de mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ces questions, c'est la transformation de la vie quotidienne de chacun et chacune des protagonistes qui s'expriment dans ce dossier. Remettre en cause les hi&#233;rarchies, les in&#233;galit&#233;s, la s&#233;paration entre une classe de ma&#238;tre et une classe de bras : ne plus &#234;tre un &#171; robot qu'on actionne &#187;. Ne pas s'enfermer dans le cauchemar de Don Quichotte et reprendre prise sur nos vies, ces deux mots d'ordre ne font qu'un. &#199;a vaut le coup d'essayer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daphn&#233; Blake et Momo Br&#252;cke&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Laine sans cha&#238;nes : Ardelaine, coop&#233;rative en milieu rural &gt;&lt;/strong&gt; Saint-Pierreville, en haute Ard&#232;che, de la tonte en passant par le cardage, le filage, le tissage, c'est toute une fili&#232;re laine que la Scop Ardelaine, fond&#233;e en 1982, a patiemment remont&#233;e. Plut&#244;t tourn&#233;e vers la literie, mais aussi les pulls, robes, chaussettes... Reportage chez les &#171; moutons rebelles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la roue des soviets : Bus autog&#233;r&#233;s et &#233;dification des masses &gt;&lt;/strong&gt; Comme leurs voisins argentins, des travailleurs uruguayens ont su affronter la crise en s'appropriant les outils de travail et en exp&#233;rimentant l'autogestion. &#192; Colonia, la compagnie d'autobus ABC coop s'inscrit dans une dynamique au poing r&#233;solument lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Scop toujours ! : L'&#233;thique protestante et l'esprit du coop&#233;rativisme &gt;&lt;/strong&gt; Ambiance Bois affiche fi&#232;rement sa couleur utopique et ses r&#233;alisations concr&#232;tes. Travaillant en autogestion depuis 1988, 25 &#171; patrons-salari&#233;s &#187; prouvent que travailler &#233;cologiquement au pays et vivre ensemble sans chef, c'est possible ! Reportage sur le plateau de Millevaches, Limousin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Toute cette exp&#233;rience, c'est une &#233;mancipation. &#187; Ex-Fralib : vers une libre fraternit&#233; ? &gt;&lt;/strong&gt; Jet&#233;s &#224; la rue par Unilever, les Fralib ont repris l'outil de travail. En mai 2014, apr&#232;s quatre ans d'occupation et de d&#233;m&#234;l&#233;s judiciaires, ils ont fond&#233; la Scop-Ti et une nouvelle gamme de th&#233;s et tisanes, baptis&#233;e &#171; 1336 &#187; en m&#233;moire de leurs 1336 jours de combat opini&#226;tre. Cap sur l'avenir !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1572 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH292/1508_mickomix_cqfd_autogestion_01-59164.jpg?1782642081' width='400' height='292' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mickomix.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Enqu&#234;tes et reportages &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Turquie : Erdogan fait sa sale guerre &gt;&lt;/strong&gt; Le 20 juillet, &#224; Suru&#231;, ville turque frontali&#232;re de la Syrie, un attentat-suicide cause la mort de 33 jeunes venus en d&#233;l&#233;gation pour participer &#224; la reconstruction de la ville de Koban&#233; dans le Rojava. Prenant pr&#233;texte du choc caus&#233; par ce massacre, le pr&#233;sident turc Erdogan obtient le blanc-seing de l'Otan pour d&#233;clarer la guerre au terrorisme et lancer une offensive contre&#8230; l'ennemi int&#233;rieur kurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Migrants : &#171; &lt;i&gt;We are not going back !&lt;/i&gt; &#187; &gt;&lt;/strong&gt; Le week-end du 26 juillet, le r&#233;seau No Border appelait &#224; converger vers le camp des migrants (&#171; &lt;i&gt;Presidio permanente&lt;/i&gt; &#187;) &#224; la fronti&#232;re italienne pour se mobiliser contre l'entrave &#224; la circulation des personnes. Retour sur la situation &#224; Vintimille, ville ferm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; A bord, tout le monde &#233;tait terroris&#233; &#187; &gt;&lt;/strong&gt; Cet &#233;t&#233;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a crois&#233; quelques sans-papiers faisant escale &#224; Marseille, et ces derniers ont pris le temps de nous raconter leur p&#233;riple. On les &#233;coute et, instantan&#233;ment, ils sortent de la case &#171; migrants &#187; : ce sont juste des gens vivants, marrants, et en qu&#234;te de jours meilleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un incubateur contre les migrants &gt;&lt;/strong&gt; Pour repousser les migrants, Paris n'a pas besoin de barbel&#233;s tueurs comme &#224; Calais, de murs militaris&#233;s comme en Hongrie, de n&#233;o-nazis comme en Allemagne ou de lois punitives comme en Grande-Bretagne : marketing politique et sp&#233;culation immobili&#232;re font l'essentiel du boulot. Dans la b&#226;tisse occup&#233;e en juin par les migrants de La Chapelle, la mairie pr&#233;f&#232;re installer un &#171; &lt;i&gt;incubateur de la mode&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hacktivisme : L'Anonymous &#171; embur&#233; &#187; &gt;&lt;/strong&gt; Dix ans de prison et la menace de 150 000 euros d'amende : c'est la peine qu'encourra Lo&#239;c, un Anonymous de 19&#8200;ans, en novembre prochain, au tribunal correctionnel de Nancy. Accus&#233; d'&#171; &lt;i&gt;acc&#232;s et maintien frauduleux&lt;/i&gt; &#187; dans un syst&#232;me informatique &#171; &lt;i&gt;commis en bande organis&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, l'hacktiviste a surtout commis le crime de d&#233;noncer, via des piratages de sites Internet, le gaspillage d'argent public et le d&#233;ni de d&#233;mocratie li&#233;s au projet d'enfouissement des d&#233;chets nucl&#233;aires &#224; Bure (Meuse).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Lectures et cultures&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Histoire : Poitiers, le mythe martel&#233; &gt;&lt;/strong&gt; &#171; &lt;strong&gt;Pour nier ce choc des civilisations, certains historiens ont limit&#233; la port&#233;e de la bataille remport&#233;e par Charles Martel &#187;&lt;/strong&gt;, qui, comme on le sait, a bout&#233; les Sarrazins hors du royaume des Francs en 732 &#224; Poitiers. Voil&#224; comment le com&#233;dien Lor&#224;nt Deutsch alimentait la th&#232;se d'un conflit permanent entre Islam et Occident dans un de ses best-sellers pseudo-historiques. Pour William Blanc et Christophe Naudin, historiens et auteurs de l'ouvrage &lt;i&gt;Charles Martel et la bataille de Poitiers&lt;/i&gt; (&#233;ditions Libertalia, 2015) la place de Poitiers dans le roman national n'est pas si franche que &#231;a, mais, en revanche, son instrumentalisation politique est f&#226;cheuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Musique : Too Many Zooz &gt;&lt;/strong&gt; Une m&#233;chante claque dans le jazz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bouquin : Halte, tu sers &#224; rien, Louis ! &gt;&lt;/strong&gt; Disparu il y a pr&#232;s de quinze ans, le philosophe Louis Althusser ne semble d&#233;sormais plus fasciner que quelques ex&#233;g&#232;tes. A l'&#233;poque du rayonnement du structuraliste de la rue d'Ulm, l'historien anglais Edward P. Thompson avait critiqu&#233; les &#233;lucubrations d'un Althusser. Fran&#231;ois Jarrige salue dans nos colonnes la traduction r&#233;cente de &lt;i&gt;Mis&#232;re de la th&#233;orie&lt;/i&gt; et revient sur deux d&#233;marches intellectuelles radicalement distinctes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les chroniques&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ma cabane pas au Canada : La ferme bouillonne &gt;&lt;/strong&gt; Occup&#233;e depuis la fin d'ann&#233;e 2012, la ferme des Bouillons vient d'&#234;tre expuls&#233;e le 19 ao&#251;t dernier. Cette terre agricole, exploit&#233;e depuis l'&#226;ge de fer, risque de tomber dans les mains du groupe Auchan et de se faire &#233;craser sous le b&#233;ton d'un centre commercial. Reportage &#224; la lisi&#232;re de Rouen quelques jours avant l'expulsion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais qu'est-ce qu'on va faire de&#8230; La sant&#233; publique ? &gt;&lt;/strong&gt; Extrait du journal t&#233;l&#233;vis&#233; de France 2, le 11 juin 2009 : &#171; &lt;i&gt;L'ambiance est grave pour cette r&#233;union de l'Organisation mondiale de la sant&#233;, le Dr Margaret Chan, directrice g&#233;n&#233;rale de l'OMS, annonce la premi&#232;re pand&#233;mie du xxi e si&#232;cle : &#8220;J'ai d&#233;cid&#233; d'augmenter le niveau d'alerte de 5 &#224; 6. Le monde est maintenant au d&#233;but d'une pand&#233;mie grippale.&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cap sur l'utopie &gt;&lt;/strong&gt; &#192; la rencontre des peuples &#224; l'&#233;cart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chronique du monde-laboratoire : Post-human wars ? &gt;&lt;/strong&gt; Dans un manifeste publi&#233; cet &#233;t&#233;, des centaines de chercheurs mass&#233;s derri&#232;re un Stephen Hawking ou un Noam Chomsky nous ont resservi la distinction entre la bonne science qui apporte toujours davantage de progr&#232;s &#224; l'humanit&#233; et la mauvaise science qui conduit &#224; fabriquer des robots tueurs, pardon, des syst&#232;mes d'armes rendus autonomes gr&#226;ce aux perfectionnements de l'intelligence artificielle (IA).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Queen Kong : Chacune cherche sa chatte &gt;&lt;/strong&gt; M&#234;me (surtout ?) en tant que f&#233;ministe, il est forc&#233;ment des femmes dont on n'appr&#233;cie pas trop la mani&#232;re d'&#234;tre femme...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, &#233;d. 10/18, tome 1, p. 159.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Soyons partout o&#249; &#231;a crame ! &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Soyons-partout-ou-ca-crame</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Soyons-partout-ou-ca-crame</guid>
		<dc:date>2015-01-20T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>No&#235;l Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Cap sur l'utopie !</dc:subject>
		<dc:subject>Robert Gibbings</dc:subject>
		<dc:subject>center</dc:subject>
		<dc:subject>Habiter</dc:subject>
		<dc:subject>machine</dc:subject>
		<dc:subject>comit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Raoul Vaneigem</dc:subject>
		<dc:subject>Comit&#233; invisible</dc:subject>
		<dc:subject>P&#232;re Duchesne</dc:subject>
		<dc:subject>livres-cadeaux m&#233;cr&#233;ants</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;montre cliniquement</dc:subject>
		<dc:subject>fort espi&#232;glement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quelques suggestions de livres-cadeaux m&#233;cr&#233;ants pour pimenter vos r&#233;veillons. &#192; nos amis par le Comit&#233; invisible (La Fabrique) d&#233;montre cliniquement, et aussi fort espi&#232;glement, que &#171; notre civilisation est d&#233;j&#224; morte &#187;, que &#171; la crise est un mode de gouvernement &#187;, que l'apocalyptique, int&#233;gralement absorb&#233; par le capital, &#171; impose ici et maintenant l'attente, la passivit&#233;, la soumission &#187;. Mais que nous ne sommes pas pour autant &#171; foutus, ni archifoutus &#187;, comme disait le P&#232;re Duchesne. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no127-decembre-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;127 (d&#233;cembre 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cap-sur-l-utopie" rel="tag"&gt;Cap sur l'utopie !&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Robert-Gibbings" rel="tag"&gt;Robert Gibbings&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/center" rel="tag"&gt;center&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Habiter" rel="tag"&gt;Habiter&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/machine" rel="tag"&gt;machine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/comite" rel="tag"&gt;comit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Raoul-Vaneigem" rel="tag"&gt;Raoul Vaneigem&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Comite-invisible" rel="tag"&gt;Comit&#233; invisible&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pere-Duchesne" rel="tag"&gt;P&#232;re Duchesne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/livres-cadeaux-mecreants" rel="tag"&gt;livres-cadeaux m&#233;cr&#233;ants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/demontre-cliniquement" rel="tag"&gt;d&#233;montre cliniquement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fort-espieglement" rel="tag"&gt;fort espi&#232;glement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1318 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/p14--godin-illustr.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH171/p14--godin-illustr-f5b64.jpg?1782968355' width='500' height='171' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Robert Gibbings.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelques suggestions de livres-cadeaux m&#233;cr&#233;ants pour pimenter vos r&#233;veillons. &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Brulot-Devenir-revolutionnaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; nos amis&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; par le Comit&#233; invisible (La Fabrique) d&#233;montre cliniquement, et aussi fort espi&#232;glement, que &#171; &lt;i&gt; notre civilisation est d&#233;j&#224; morte&lt;/i&gt; &#187;, que &#171; &lt;i&gt;la crise est un mode de gouvernement&lt;/i&gt; &#187;, que l'apocalyptique, int&#233;gralement absorb&#233; par le capital, &#171; &lt;i&gt; impose ici et maintenant l'attente, la passivit&#233;, la soumission&lt;/i&gt; &#187;. Mais que nous ne sommes pas pour autant &#171; &lt;i&gt;foutus, ni archifoutus&lt;/i&gt; &#187;, comme disait le P&#232;re Duchesne. Puisque nous savons comment retourner les strat&#233;gies contre-r&#233;volutionnaires contre elles-m&#234;mes. Comment &#171; &lt;i&gt;d&#233;sarticuler le r&#232;gne de la normalit&#233; dans les m&#233;tropoles en y bloquant tout&lt;/i&gt; &#187;. Comment &#171; &lt;i&gt;rompre avec la g&#233;ographie existante&lt;/i&gt; &#187;. Comment &#171; h&lt;i&gt;abiter des terrains dans l'optique de ce qu'ils pourraient devenir &lt;/i&gt; &#187;. Comment &#171; &lt;i&gt;habiter quotidiennement une situation d'exception&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et encore comment &#171; &lt;i&gt; nous tenir ensemble &lt;/i&gt; &#187;. Comment nous auto-organiser. Comment destituer toute esp&#232;ce de pouvoir en nous et autour de nous. Comment mettre en commun. Comment en finir avec l'&#233;conomie. Comment porter des coups. Comment retrouver &#171; &lt;i&gt; les affects vitaux&lt;/i&gt; &#187; qui aimantaient notre enfance. Comment alimenter notre force de frappe avec l'intensit&#233; m&#234;me de ce que nous vivons. Autrement dit, comment mettre illico le cap sur l'utopie en anticipant celle-ci gredinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les situationnistes tent&#232;rent aussi, comme on sait, d'approcher l'esprit du nouveau monde ludico-libertaire auquel ils aspiraient dans leur style d'organisation anti-hi&#233;rarchique, dans leurs d&#233;rives h&#233;donistes, dans leurs jeux guerriers ou dans leurs exp&#233;riences d'urbanisme unitaire. C'est tr&#232;s minutieusement que leur offensive est d&#233;crite dans le tout &#224; fait passionnant &lt;i&gt;Rien n'est fini, tout commence&lt;/i&gt; (Allia), un entretien-fleuve de l'&#233;diteur G&#233;rard Berr&#233;by avec l'une des deux &#226;mes tr&#232;s damn&#233;e du mouvement situ entre 1961 et 1969, Raoul Vaneigem. Sont interrog&#233;s parall&#232;lement sur les frasques de l'auteur du &lt;i&gt;Trait&#233;&lt;/i&gt; un de ses anciens &#233;l&#232;ves (qu'il logeait parfois chez lui flanqu&#233; d'une vingtaine de petits camarades !), une de ses anciennes amoureuses, la chanteuse d'agit-prop &#224; ses heures Clairette Schock et sa partenaire pivotale Th&#233;r&#232;se Dubrule.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1317 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH650/p14-machine-stops-073c4.jpg?1782643617' width='400' height='650' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;La nouvelle maison d'&#233;dition rebelle Le Pas de c&#244;t&#233; n'y va pas de main morte. Elle publie coup sur coup une dizaine d'invitations &#224; une &#171; &lt;i&gt;autre id&#233;e de la vie&lt;/i&gt; &#187; selon la formule du Comit&#233; invisible, dont trois r&#233;&#233;ditions (deux pr&#233;cieuses, une toquarde). &lt;i&gt;D&#233;truisons les machines&lt;/i&gt; (1863) de Samuel Butler, auteur &lt;i&gt;british&lt;/i&gt; du l&#233;gendaire roman utopico-luddite &lt;i&gt;Erewhon&lt;/i&gt;, qui propose l'extermination imm&#233;diate de tout type de machine. &#171; &lt;i&gt;Ne faisons aucune exception, pas de quartier !&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;La Machine s'arr&#234;te&lt;/i&gt; (1909) de E. M. Forster, un classique du r&#233;cit de techno-d&#233;pendance dans lequel les besoins physiques et spirituels de chacun sont d&#233;sormais satisfaits par &#171; &lt;i&gt;la machine omnipotente&lt;/i&gt; &#187;. Et &lt;i&gt;&#173;L'Esclavage moderne&lt;/i&gt; (1900) o&#249; L&#233;on Tolsto&#239; a la bonne id&#233;e de proclamer que, pour d&#233;livrer les hommes, il faut pulv&#233;riser les gouvernements avant de pr&#233;ciser, l'andouille, qu'on doit n&#233;anmoins rester &#233;vang&#233;liques en tendant l'autre joue aux oppresseurs qui nous frappent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; La pente naturelle de la machine consiste &#224; rendre impossible toute vie humaine authentique &#187; (Orwell)</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-pente-naturelle-de-la-machine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/La-pente-naturelle-de-la-machine</guid>
		<dc:date>2014-04-10T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Plonk et Replonk</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>si&#232;cle</dc:subject>
		<dc:subject>XIXe si&#232;cle</dc:subject>
		<dc:subject>techniques</dc:subject>
		<dc:subject>discours</dc:subject>
		<dc:subject>technique</dc:subject>
		<dc:subject>machines</dc:subject>
		<dc:subject>machine</dc:subject>
		<dc:subject>technologie</dc:subject>
		<dc:subject>trajectoires techniques</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Osez critiquer publiquement la technologie et vous vous retrouverez qualifi&#233; d'obscurantiste, de nostalgique de la bougie et de l'&#226;ge des cavernes, d'antihumaniste, voire de p&#233;tainiste nostalgique du &#171; retour &#224; la terre &#187;. Le philosophe G&#252;nter Anders pr&#233;disait &#171; une mort intellectuelle, sociale ou m&#233;diatique &#187; &#224; ceux qui encourent ce risque. Or force est de constater que la technocratie qui r&#232;gne sur le monde, d&#233;di&#233;e int&#233;gralement &#224; l'efficacit&#233;, a effectivement &#224; voir avec un processus de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no119-fevrier-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;119 (f&#233;vrier 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Plonk-et-Replonk" rel="tag"&gt;Plonk et Replonk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/siecle" rel="tag"&gt;si&#232;cle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/XIXe-siecle" rel="tag"&gt;XIXe si&#232;cle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/techniques" rel="tag"&gt;techniques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/discours" rel="tag"&gt;discours&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/trajectoires-techniques" rel="tag"&gt;trajectoires techniques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Osez critiquer publiquement la technologie et vous vous retrouverez qualifi&#233; d'obscurantiste, de nostalgique de la bougie et de l'&#226;ge des cavernes, d'antihumaniste, voire de p&#233;tainiste nostalgique du &#171; retour &#224; la terre &#187;. Le philosophe G&#252;nter Anders pr&#233;disait &#171; &lt;i&gt;une mort intellectuelle, sociale ou m&#233;diatique&lt;/i&gt; &#187; &#224; ceux qui encourent ce risque. Or force est de constater que la technocratie qui r&#232;gne sur le monde, d&#233;di&#233;e int&#233;gralement &#224; l'efficacit&#233;, a effectivement &#224; voir avec un processus de domination totalitaire auquel l'homme est sans cesse condamn&#233; &#224; s'adapter. Dans un ouvrage synth&#233;tique, intitul&#233; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Technocritiques-9782707178237.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Technocritiques, Du refus des machines &#224; la contestation des technosciences&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (&#233;ditions La D&#233;couverte, 2014), l'historien Fran&#231;ois Jarrige retrace le fil politique des oppositions sociales et intellectuelles aux changements techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y croise luddites et paysans r&#233;fractaires, mais aussi un Rousseau qui refuse de croire en la lib&#233;ration du travail par la technique et propose de &#171; &lt;i&gt;proscrire avec soin toute machine qui peut abr&#233;ger le travail &lt;/i&gt; &#187; ; un Charles Fourier, annonciateur du d&#233;r&#232;glement climatique ; un Gandhi lecteur de William Morris, John Ruskin et Tolsto&#239; ; et aussi Jacques Ellul, les penseurs de la d&#233;croissance ou encore nos camarades de &lt;a href=&#034;http://www.piecesetmaindoeuvre.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pi&#232;ces et main-d'&#339;uvre&lt;/a&gt; (PMO).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discussion avec l'auteur autour de ces r&#233;sistances qui refusent d'abdiquer face &#224; la captation du futur par la technique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Qu'est-ce qui t'a port&#233; vers cet objet de recherche ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_984 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH621/p10-technocritiques-135fe.jpg?1782642025' width='400' height='621' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fran&#231;ois Jarrige :&lt;/strong&gt; La question des oppositions et des r&#233;sistances aux changements techniques m'int&#233;resse depuis longtemps. Ma th&#232;se de doctorat portait sur les ouvriers briseurs de machines au d&#233;but du XIXe si&#232;cle. Comme tout objet de recherche, le sujet du livre est au carrefour de plusieurs influences scientifiques, universitaires ou plus personnelles. J'appartiens &#224; une g&#233;n&#233;ration n&#233;e en m&#234;me temps que le nouveau milieu technique qui &#233;merge &#224; partir des ann&#233;es 1970 &#8211; model&#233; par l'informatique et les biotechnologies &#8211; or la rapidit&#233; du processus et la prolif&#233;ration des discours enthousiastes ne cessent de m'intriguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue historiographique, je me place sous la tutelle de l'historien Edward P. Thompson, c'est-&#224;-dire celle d'une histoire sociale &#171; par en bas &#187;, qui se veut compr&#233;hensive &#224; l'&#233;gard des acteurs, qui essaye d'aller au-del&#224; de ce que Thompson appelait la &#171; &lt;i&gt;condescendance de la post&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; &#187; &#8211; ce m&#233;pris que nous, qui pensons &#234;tre au sommet de l'&#233;volution, portons sur les acteurs du pass&#233;. C'est aussi en m'int&#233;ressant aux travaux des socio-anthropologues des techniques, comme Alain Gras, que j'ai commenc&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la fa&#231;on dont les soci&#233;t&#233;s pass&#233;es pensaient leur rapport aux techniques. Les historiens, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, se d&#233;sint&#233;ressent de ce domaine, parce qu'il p&#232;se dessus la m&#233;fiance associ&#233;e au &#171; d&#233;terminisme technique &#187;, qui voudrait ramener toute explication de la soci&#233;t&#233; &#224; la technique qui dominerait tout. Or, je pense qu'on ne peut pas la mettre de c&#244;t&#233;, car elle fa&#231;onne, sans le d&#233;terminer enti&#232;rement, le champ des possibles de nos actions, de notre rapport au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ta mise en perspective du rapport &#224; la technique nous fait saisir l'anciennet&#233; du d&#233;bat philosophique : l'homme se sert-il de la machine ou sert-il la machine ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il y a un probl&#232;me dans le discours philosophique sur la technique, c'est qu'il en fait une abstraction, d&#233;tach&#233;e des rapports sociaux, beaucoup de penseurs ont &#233;labor&#233; une ontologie de la technique en lien avec une r&#233;flexion sur la nature de l'homme. Dans mon livre, j'ai plut&#244;t essay&#233; de relier les discours et actions critiques &#224; leur &#233;poque. Le r&#244;le qu'on accorde &#224; la technique, comme le langage pour d&#233;signer ce qu'on appelle aujourd'hui technique, ne sont pas des invariants historiques. Ainsi le terme &#171; technique &#187; comme cat&#233;gorie abstraite, tel qu'on l'entend aujourd'hui, n'&#233;merge qu'au XVIIIe si&#232;cle. &#201;tymologiquement, la technique d&#233;signe l'art et &#171; l'habilet&#233; &#224; faire quelque chose &#187;, mais ce n'est qu'au XIXe si&#232;cle qu'apparaissent r&#233;ellement les significations actuelles associant la technique &#224; l'activit&#233; productive et &#224; la manipulation de l'environnement. Les termes &#171; machine &#187; et &#171; machinisme &#187; envahissent le discours au XIXe si&#232;cle. Apr&#232;s 1945, la notion de machine ne suffit plus pour d&#233;signer la prolif&#233;ration des objets et des produits industriels, donc on a forg&#233; le n&#233;ologisme &#171; technoscience &#187;, c'est-&#224;-dire un nouveau stade de la technique, qui ferait alliance avec les dispositifs de la science, des laboratoires et de l'industrie. Donc, je ne me situe pas dans une dialectique g&#233;n&#233;rale d'opposition pure entre l'homme et la machine. M&#234;me chez Ellul, ce qui est contest&#233; en premier lieu, c'est la technique moderne, fabriqu&#233;e par le grand capitalisme et sa sacralisation. J'essaie de d&#233;crire comment des acteurs sociaux, paysans ou ouvriers, et des intellectuels ont protest&#233; contre des trajectoires techniques, parce qu'ils y voyaient d'abord des formes d'exploitation, d'in&#233;galit&#233;s, de remises en cause de leur mode de vie, de dangers pour l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'ailleurs tu nuances l'id&#233;e re&#231;ue sur le mouvement luddite consid&#233;r&#233; comme une r&#233;volte contre la m&#233;canisation. Tu &#233;cris : &#171; &lt;i&gt;Les travailleurs des d&#233;buts de l'&#232;re industrielle ne se sont pas oppos&#233;s au machinisme naissant au nom d'une suppos&#233;e misotechnie ou d'un refus obscurantiste du progr&#232;s, ils se sont oppos&#233;s &#224; des &#8220;trajectoires technologiques&#8221; qui mena&#231;aient d'accentuer la discipline et d'&#233;roder le contr&#244;le qu'ils d&#233;tenaient sur leur savoir-faire et sur l'organisation du travail.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas des luddites, ce mouvement de briseurs de machines anglais des ann&#233;es 1811-1812, a frapp&#233; les contemporains qui voyaient dans la &#171; r&#233;volution industrielle &#187; une promesse consid&#233;rable en termes de lib&#233;ration de la productivit&#233;. En r&#233;alit&#233;, c'est un ph&#233;nom&#232;ne complexe qui s'inscrit dans un contexte social de crise frumentaire, de hausse du ch&#244;mage, de lois r&#233;pressives, etc. Alors que les industriels cherchaient &#224; discipliner la main-d'&#339;uvre, la machine devient un symbole de cette lutte. De m&#234;me, le monde agricole du XIXe si&#232;cle a &#233;t&#233; structurellement r&#233;calcitrant &#224; toute une s&#233;rie d'innovations, y compris pour des outils aussi simples que la faux, qui mit du temps &#224; remplacer la faucille. Cette opposition des paysans a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;e comme une r&#233;action de &#171; routine instinctive &#187;, de conservatisme atavique de paysans arri&#233;r&#233;s. Or, si on s'int&#233;resse au contexte social, &#224; l'organisation du travail et &#224; la sociabilit&#233; des campagnes, on s'aper&#231;oit qu'ils avaient d'excellentes raisons de protester. Mais ces raisons n'&#233;taient pas prises en compte par ceux qui avaient le monopole de la parole dans l'espace public, qu'ils soient experts ou observateurs sociaux. Aujourd'hui encore, dans les th&#233;ories du management, on mobilise le terme de &#171; routine &#187; pour d&#233;signer le conservatisme &#224; l'&#233;gard de toute &#171; modernisation &#187; ou modification des pratiques de travail. Avec ce type de vocabulaire, on n'explique rien sauf &#224; vouloir d&#233;l&#233;gitimer la d&#233;fense de modes de vie &#233;minemment respectables au demeurant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_983 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH352/p10-luddites-b0718.jpg?1782642025' width='400' height='352' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'ailleurs, tu constates qu'au XIXe si&#232;cle, au moment o&#249; les griefs s'accumulent contre les ravages de l'industrialisation, les d&#233;g&#226;ts de la chimie, les accidents m&#233;caniques, la d&#233;gradation de l'environnement, &#171; &lt;i&gt;les nouvelles logiques industrielles tendent &#224; acclimater les dangers en les rendant acceptables au nom du progr&#232;s de la nation&lt;/i&gt; &#187;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me du risque, qu'on pense &#234;tre une notion r&#233;cente, est pr&#233;sent d&#232;s le d&#233;but du XIXe si&#232;cle, comme l'ont montr&#233; notamment les historiens Jean-Baptiste Fressoz ou Thomas Le Roux. Contrairement &#224; la vision dominante, et rassurante, selon laquelle notre monde serait enfin devenu conscient de ses d&#233;rives et de ses fragilit&#233;s, notamment &#224; l'&#233;gard des ravages des choix techniques pass&#233;s, l'histoire montre plut&#244;t une technicisation croissante en d&#233;pit des multiples critiques et mises en garde, toujours repouss&#233;es comme catastrophistes ou trop pessimistes. Il a exist&#233; de multiples fa&#231;ons d'acclimater les technologies dangereuses et contest&#233;es depuis deux si&#232;cles en d&#233;pit de la conscience de leur risque. En France, le d&#233;cret de 1810 cr&#233;e par exemple le cadre l&#233;gislatif autorisant l'installation administrative d'entreprises polluantes. Vers 1840, face aux critiques qui mettaient en cause les proc&#233;d&#233;s de fabrication dangereux et insalubres pour la sant&#233; des ouvriers, les hygi&#233;nistes expliquaient que c'&#233;tait d'abord le mode de vie des classes populaires, l'alcoolisme, etc. qui &#233;taient les vraies causes des maladies. Ainsi, il fallait moraliser le peuple plut&#244;t que transformer l'appareil de production. Ce que la sociologue Sezin Top&#231;u, qui a &#233;tudi&#233; les contestations du nucl&#233;aire, appelle le &#171; &lt;i&gt;gouvernement de la critique&lt;/i&gt; &#187; n'a cess&#233; d'accompagner les trajectoires techniques dangereuses depuis deux si&#232;cles. Les critiques et les opposants n'ont cess&#233; d'&#234;tre repouss&#233;s au moyen de multiples instruments policiers, juridiques ou discursifs ; d'&#234;tre peints comme de dangereux technophobes nostalgiques et frileux, l&#224; o&#249; les promoteurs des derni&#232;res technologies sont d&#233;crits immanquablement comme des h&#233;ros apportant le &#171; progr&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lors des &#233;meutes de Roubaix en mars 1867, 20 000 tisserands se soul&#232;vent contre l'arriv&#233;e de m&#233;tiers perfectionn&#233;s &#8211; qui r&#233;duisaient la main-d'&#339;uvre, augmentaient les cadences, diminuaient les salaires et introduisaient un r&#232;glement disciplinaire et un syst&#232;me d'amendes &#8211;, les membres de l'Internationale les exhortent &#224; respecter les machines : &#171; &lt;i&gt; Ouvriers de Roubaix, quels que soient vos justes griefs, rien ne peut justifier les actes de destruction dont vous vous &#234;tes rendus coupables. Songez que la machine, instrument de travail, doit vous &#234;tre sacr&#233;e ; songez que de pareilles violences compromettent votre cause et celle de tous les travailleurs.&lt;/i&gt; &#187; D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, peut-on dire que le mouvement ouvrier organis&#233; a plut&#244;t accompagn&#233; le progr&#232;s industriel et technologique ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut distinguer les acteurs ordinaires, les ouvriers d'en bas, et les discours &#233;manant de leurs porte-parole et des organisations socialistes et syndicales. La critique des machines qui &#233;tait tr&#232;s large au d&#233;but du XIXe si&#232;cle a peu &#224; peu &#233;t&#233; marginalis&#233;e comme un type de critique sociale ill&#233;gitime. Une des nombreuses raisons est la qu&#234;te de respectabilit&#233; du mouvement ouvrier naissant. Lorsque les membres de l'AIT&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association internationale des travailleurs.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; disent aux ouvriers &#171; &lt;i&gt;Ne cassez pas les machines !&lt;/i&gt; &#187;, c'est en fait un message adress&#233; &#224; la bourgeoisie pour dire &#171; &lt;i&gt;nous sommes responsables et nous sommes vos interlocuteurs&lt;/i&gt; &#187;. Pour autant la critique de la technologie est omnipr&#233;sente dans le mouvement ouvrier et dans les conflits &#224; la base. Mais ce qui est d'abord condamn&#233;, ce sont les usages capitalistes de la machine. L'id&#233;e qui va s'imposer chez les socialistes et ailleurs, c'est que la technique est neutre et que seules comptent les conditions sociales de son utilisation. L'un des grands arguments du syndicalisme, c'est de vouloir mettre la machine et les progr&#232;s techniques, non plus au service du profit et du patronat, mais au service de l'&#233;mancipation et de la collectivit&#233;. &#192; cet &#233;gard, le mouvement syndical a co-construit le monde industriel, et on peut dire qu'il est parvenu au XXe si&#232;cle &#224; modeler certaines conditions d'utilisation des techniques en permettant d'en att&#233;nuer les dangers dans un certain nombre de cas : mises en place de normes, de r&#232;gles de travail, de protection. Mais le contrecoup de cela, c'est la d&#233;politisation de l'objet technique, ramen&#233;e &#224; une sorte d'angle mort de la r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela explique en partie la difficult&#233; de cat&#233;gorisation politique des &#171; technocritiques &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gros, la question qui revient constamment est : &#171; La technocritique est-elle r&#233;actionnaire ou progressiste ? &#187; Dans l'&#233;tat du discours public et l'imaginaire social actuel, poser la question c'est d&#233;j&#224; consid&#233;rer la critique des techniques comme r&#233;actionnaire &#8211; reste &#224; savoir ce que recouvre la notion tr&#232;s probl&#233;matique de &#171; la r&#233;action &#187;, qui est h&#233;rit&#233;e de la lutte entre l'Ancien R&#233;gime et la R&#233;volution. Or, les discours technocritiques ont souvent &#233;t&#233; port&#233;s par des discours &#233;mancipateurs et &#233;galitaires. Il existe aussi des penseurs traditionnalistes, catholiques, comme Louis Veuillot, qui avaient horreur des machines, symboles de la modernit&#233;, de la m&#234;me mani&#232;re qu'ils avaient en horreur la d&#233;mocratie ou le prol&#233;tariat dans lesquels ils voyaient la remise en cause de l'ordre ancien. Toutefois, le r&#233;el int&#233;r&#234;t de penser la technocritique, c'est de d&#233;caler le regard par rapport aux cat&#233;gories politiques classiques. On constate d'ailleurs aujourd'hui &#224; quel point la dialectique gauche-droite est simpliste, quand on voit la similitude entre les politiques de gauche et de droite. &#192; cet &#233;gard, l'av&#232;nement de l'&#233;cologie politique a jou&#233; un r&#244;le important comme reconfiguration du champ politique en int&#233;grant &#224; la r&#233;flexion sociale une pr&#233;occupation environnementale &#8211; qui est &#233;galement tr&#232;s largement une question sociale. Par ailleurs, la mont&#233;e de l'&#233;cologie politique a contribu&#233; &#224; repenser et &#224; repolitiser la technique, avec les d&#233;bats dans les ann&#233;es 1970, port&#233;s par Ivan Illich ou Lewis Mumford&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au sujet de Lewis Mumford, lire l'article de Fran&#231;ois Jarrige dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, sur les technologies &#171; alternatives &#187; ou &#171; douces &#187;, d&#233;coupl&#233;es des conditions capitalistes de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour revenir &#224; l'apog&#233;e de l'id&#233;ologie de la technoscience, le slogan de l'Exposition universelle de Chicago en 1933 : &#171; &lt;i&gt; La science trouve, l'industrie applique, l'homme s'adapte&lt;/i&gt; &#187;, ne dit-il pas tout de l'aspect totalitaire de cette id&#233;ologie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Magnifique (rires). Les ann&#233;es 1930 sont en effet un moment de cadrage modernisateur o&#249; la technologie devient un ciment identitaire aux &#201;tats-Unis, plus qu'en Europe, avec la g&#233;n&#233;ralisation de l'automobile, la radio, les gratte-ciel, etc. Le mot &#171; machine &#187; est omnipr&#233;sent &#8211; Le Corbusier parle des &#171; &lt;i&gt;machines &#224; habiter&lt;/i&gt; &#187; pour qualifier son projet architectural, on pense au film de Chaplin &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=lU46H9Tn7RQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Temps modernes&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, etc. &#8211;, c'est aussi un moment de remise en cause radicale du monde industriel et technologique. On trouve donc cette remise en cause chez des penseurs comme Simone Weil ou George Orwell qui affirmait &#224; cette &#233;poque que &#171; &lt;i&gt; la pente naturelle de la machine consiste &#224; rendre impossible toute vie humaine authentique&lt;/i&gt; &#187;. La grande crise de 1929 va contribuer &#224; cette d&#233;fiance vis-&#224;-vis de la promesse d'abondance sur laquelle repose la technologie. Les deux guerres mondiales vont &#234;tre interpr&#233;t&#233;es aussi comme de formidables moments de d&#233;mesure technologique : la premi&#232;re guerre mondiale impulse les avions, l'artillerie lourde, la chimie, l'industrie des transports, etc. En r&#233;action les discours des entrepreneurs de technologies affirment que s'il y a crise c'est que la soci&#233;t&#233; ne s'adapte pas assez vite. D'une certaine mani&#232;re la psychologie et les sciences sociales vont &#234;tre mises au service de cette adaptation. On affirme que la technique est neutre et in&#233;luctable, qu'il ne s'agit pas d'adapter la technique aux hommes mais d'adapter les hommes &#224; la technique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_985 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH349/p10-usine-plonk-cqfd119-26c16.jpg?1782642025' width='500' height='349' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Plonk et Replonk.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu parlais d'Orwell, on pourrait aussi voir dans les r&#233;cits dystopiques des proph&#233;ties apocalyptiques qui contribuent &#224; d&#233;moraliser les derniers espoirs d'&#233;mancipation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours apocalyptique de la perte de contr&#244;le sur la technologie est un th&#232;me structurant de la technocritique ; il appara&#238;t d&#232;s le milieu du XIXe si&#232;cle. Je vois dans cette tradition litt&#233;raire pessimiste une sorte de sid&#233;ration face au devenir du monde, m&#234;me si les auteurs sont tr&#232;s divers, ils agissent comme des lanceurs d'alerte. Leur fonction est justement d'&#234;tre le miroir invers&#233; des discours technoproph&#233;tiques qui, eux, apparaissent normaux et l&#233;gitimes. Depuis le milieu du XIXe si&#232;cle, on investit la technique &#8211; le train, le t&#233;l&#233;graphe, l'automobile, le nucl&#233;aire, les OGM, le num&#233;rique &#8211; des m&#234;mes possibilit&#233;s formidables : la paix dans le monde, la disparition de la faim, l'entente universelle, etc. Et aujourd'hui, cette propagande est omnipr&#233;sente dans la pub, dans les m&#233;dias, dans le discours marketing comme dans le discours politique. La technologie reste fascinante pour les hommes politiques car elle leur permet d'&#233;viter de penser ! Il suffit de s'en remettre aux promesses de la technologie : on va &#233;quiper toutes les &#233;coles en tablettes et il n'y aura plus besoin de penser la crise de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'&#232;re de la consommation de masse, la technologie s'est introduite de fa&#231;on tentaculaire et &#224; un rythme in&#233;dit dans tous les espaces de la vie sociale. G&#252;nter Anders disait que la &#171; &lt;i&gt;gr&#232;ve priv&#233;e&lt;/i&gt; &#187; ne changera rien &#224; la colonisation par des faux besoins technologiques, dont on se passait merveilleusement il y a vingt ans&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une mani&#232;re de poser une question centrale aujourd'hui : o&#249; se situent les formes de r&#233;sistance collective ? D'une certaine mani&#232;re, le syndicalisme a &#233;t&#233; une force historique &#8211; certes imparfaite et inaboutie &#8211; de n&#233;gociation et de fa&#231;onnement des trajectoires techniques. Aujourd'hui il y a tout un courant sur la d&#233;connexion volontaire face &#224; la saturation du num&#233;rique. Dans la perspective d'Anders, ce genre d'action individuelle, c'est du pipeau. C'est au contraire une mani&#232;re de dire : regardez, vous avez le choix de vous connecter ou pas. Toujours le th&#232;me de la neutralit&#233; ou du m&#233;susage des techniques. De m&#234;me &#224; la croyance des hackers en leur capacit&#233; &#224; subvertir la technique, on opposera facilement l'argument qu'il faut &#234;tre soi-m&#234;me un formidable technicien. Or, m&#234;me si l'on vit dans un monde hypertechnologique, c'est aussi un monde o&#249; la plupart des gens ne ma&#238;trisent pas la technique. &#201;videmment, on n'a pas le choix ! Car la technologie fa&#231;onne le monde et ses trajectoires sont model&#233;es plus que jamais par des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et politiques gigantesques et hyper-concentr&#233;s. On est dans un processus d'adaptation massive &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233;. Aujourd'hui, dans un cadre mondialis&#233;, il n'y a plus d'espace politique d'intervention possible, d'autant que tous les pouvoirs &#8211; l'&#201;tat ou les institutions internationales &#8211; s'en remettent &#224; la technologie comme solution &#224; tous nos probl&#232;mes. A contrario, un des arguments majeurs de la technocritique actuelle, &#224; l'&#232;re de l'anthropoc&#232;ne, c'est justement la mise en avant des limites environnementales aux trajectoires technologiques en cours, comme le num&#233;rique, qui demandent une mobilisation de mati&#232;res premi&#232;res et d'&#233;nergies consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paradoxalement, le discours actuel pr&#233;tend que la soci&#233;t&#233; technicienne est une soci&#233;t&#233; extr&#234;mement fragile et vuln&#233;rable, sentiment renforc&#233; par la notion de risque et le principe de pr&#233;caution.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis une trentaine d'ann&#233;es, les mobilisations qui mettent la technoscience au c&#339;ur de leur lutte tendent &#224; s'accro&#238;tre : opposition &#224; de grands projets industriels, lutte anti-OGM, refus des technologies s&#233;curitaires, etc. Ce ne sont pas des mouvements &#171; technophobes &#187; stricto sensu et ils peuvent rassembler des &#233;l&#233;ments tr&#232;s h&#233;t&#233;roclites : des militants politiques, des riverains contre les nuisances (pollution, risques) ou des mouvements plus professionnels (&#233;leveurs contre le pu&#231;age de leurs brebis). Ces luttes s'accompagnent d'une remise en cause de la figure de l'expert et du technicien, d'o&#249; l'inqui&#233;tude des autorit&#233;s scientifiques, industrielles et politiques. C'est fascinant de constater &#224; quel point ces pouvoirs gigantesques s'inqui&#232;tent de l'influence de groupes technocritiques marginaux. Certains ont &#233;t&#233; jusqu'&#224; se fendre r&#233;cemment d'une tribune pour se plaindre de l'opposition grandissante de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise aux technologies&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; La France a besoin de scientifiques techniciens &#187; par Robert Badinter, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Alors que dans les faits la critique de la technoscience se heurte imm&#233;diatement &#224; la disqualification et &#224; la r&#233;pression avec tout le discours sur l'&#233;coterrorisme. On construit un spectre : le technophobe qui menacerait la civilisation. Parall&#232;lement, les &#201;tats essaient de multiplier les dispositifs d'acceptabilit&#233; des produits technologiques. Cela confirme &#224; mon sens la d&#233;monstration que la technique est int&#233;gralement un ph&#233;nom&#232;ne politique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_986 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH371/p10-plonk--timbreur-timbre_-8951f.jpg?1782642025' width='500' height='371' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Plonk et Replonk.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association internationale des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Au sujet de Lewis Mumford, lire l'article de Fran&#231;ois Jarrige dans &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lechappee.org/radicalite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Radicalit&#233;&lt;/a&gt;, 20 penseurs vraiment critiques&lt;/i&gt;, L'&#233;chapp&#233;e, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cf. &#171; La France a besoin de scientifiques techniciens &#187; par Robert Badinter, Jean-Pierre Chev&#232;nement, Alain Jupp&#233; et Michel Rocard, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 14 octobre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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