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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Vigile &#224; Marseille : &#171; Le pire des boulots ingrats &#187;</title>
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		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


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&lt;p&gt;Momo, lors de la pr&#233;sidentielle de 2007, &#233;tait devenu le candidat de CQFD, avec sa bobine affich&#233;e en Une du journal. Nous le retrouvons aujourd'hui, la quarantaine, papa d'une petite fille et vivotant d'un RSA agr&#233;ment&#233; de quelques g&#226;ches dans la musique. Il nous raconte son passage par la case agent de s&#233;curit&#233; dans une cha&#238;ne de magasins discount &#224; Marseille. &#171; Quand je suis arriv&#233; &#224; Marseille en 2003, je me suis install&#233; dans un h&#244;tel meubl&#233; en plein quartier de Noailles, comme le font (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Momo, lors de la pr&#233;sidentielle de 2007, &#233;tait devenu le candidat de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, avec sa bobine affich&#233;e en Une du journal. Nous le retrouvons aujourd'hui, la quarantaine, papa d'une petite fille et vivotant d'un RSA agr&#233;ment&#233; de quelques g&#226;ches dans la musique. Il nous raconte son passage par la case agent de s&#233;curit&#233; dans une cha&#238;ne de magasins discount &#224; Marseille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2904 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH464/-1148-92586.jpg?1782642761' width='400' height='464' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Baptiste Alchourroun
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; Q&lt;/span&gt;uand je suis arriv&#233; &#224; Marseille en 2003, je me suis install&#233; dans un h&#244;tel meubl&#233; en plein quartier de Noailles, comme le font tous les sans-papiers qui d&#233;barquent dans cette ville. Deux jours apr&#232;s, j'ai commenc&#233; &#224; vendre des cigarettes de contrebande. En fait, j'avais d&#233;j&#224; fait un stage d'un an &#224; Palerme, dans cette m&#234;me &#8220;branche d'activit&#233;&#8221;. On se l&#232;ve le matin, on va r&#233;cup&#233;rer une partie de la marchandise fournie par un grossiste et stock&#233;e dans un endroit s&#251;r, puis on vend quelques paquets autour du march&#233; avant de se faire piquer par les flics. On n'est jamais compl&#232;tement perdant. M&#234;me en enlevant les cartouches confisqu&#233;es, je pouvais gagner en moyenne 50 euros en trois heures et jusqu'&#224; 300 pour une tr&#232;s bonne journ&#233;e. La plupart des cond&#233;s s'en foutaient, et nous faisaient faire des allers-retours au commissariat pour dresser des PV sans suite. D'autres y trouvaient un int&#233;r&#234;t et revendaient les clopes pour leur propre compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus dur, c'&#233;tait de te faire balancer par les coll&#232;gues dans la m&#234;me situation que toi, alors qu'il y avait de la place pour tout le monde. Un jour, ils ont donn&#233; l'adresse de la planque o&#249; j'avais stock&#233; 400 cartouches. L&#224;, j'ai &#233;t&#233; oblig&#233; d'aller me mettre au vert &#224; Paris. C'&#233;tait comme le milieu des toxicos et des dealers, chacun pour soi et aucune solidarit&#233; de quartier ou entre clandestins. &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai obtenu mes papiers &lt;/strong&gt;en mai 2010 et, un mois plus tard, j'embauchais comme agent de s&#233;curit&#233; dans plusieurs magasins &#224; Marseille, Gardanne, Aubagne. J'avais d&#233;j&#224; fait &#231;a au noir &#224; Paris. Quand les Kabyles arrivent sans papiers dans la capitale, ils d&#233;butent souvent dans la s&#233;curit&#233; parce qu'il y a des connexions, par exemple, entre les gens d'un m&#234;me village. J'ai fait &#231;a pendant deux ans d'affil&#233;e &#224; Marseille et c'est le pire des boulots ingrats que j'ai faits dans ma vie. Les responsables de magasin ou de secteur &#224; qui la direction met une pression &#233;norme se d&#233;foulent sur toi &#224; la moindre occasion. Une douzaine de minots qui font une descente, et tu dois tous les surveiller, tous les fouiller. Ou alors tu dois bloquer l'entr&#233;e et les faire entrer un par un. Pendant ce temps-l&#224;, les responsables, eux, restent enferm&#233;s dans leurs bureaux. Tu as beau leur expliquer qu'il vaudrait mieux les laisser taper une canette ou un peu de bouffe plut&#244;t qu'ils reviennent avec des cutters pour &#233;ventrer des rayons entiers, rien &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, un agent s'est embrouill&#233; avec une femme qu'il soup&#231;onnait d'avoir planqu&#233; de la marchandise dans son sac. Il le lui arrache et emporte avec un morceau de sa robe. Le soir, le type s'est fait poignarder et il est parti se faire recoudre aux urgences. Un autre jour o&#249; j'&#233;tais de service, une &#233;quipe de sept &#224; huit minots essayent de sortir un Caddie charg&#233; jusqu'&#224; la gueule. Je leur dis qu'il ne faut quand m&#234;me pas me prendre pour un con, que je ne peux pas les laisser partir comme &#231;a parce que tout est film&#233; et que je vais perdre mon boulot. Le soir, ils reviennent m'attendre &#224; la sortie et je dois appeler un pote pour qu'il passe m'exfiltrer avec sa bagnole. Et puis, au quotidien, il y a tous ces mecs qui me disent tout bas de bien faire attention &#224; moi, de pas trop faire chier. Il y a toutes ces femmes qui me draguent ouvertement, me demandant d'&#234;tre aussi gentil avec elle que mon coll&#232;gue. L&#224;-dedans, rien ne t'appartient, tu bosses 35 heures au Smic et tu dois risquer ta peau ou te comporter comme un salaud pour une tablette de chocolat ! Il existe m&#234;me des primes de 10 &#224; 20 euros par personne que tu chopes en train de chouraver la tablette en question !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'&#233;tais convoqu&#233; dans les bureaux pour un oui ou pour un non, je pr&#233;f&#233;rais me boucher les oreilles, sinon j'aurais fini par en allumer un. J'entends encore ce chef de secteur me demander de faire bouger un &#8220;Roumain&#8221; de l'entr&#233;e du magasin et se foutre de moi parce que je n'en avais pas profit&#233; pour casser la gueule au mendiant. En plus, je suis s&#251;r que beaucoup de ces types organisaient des agressions ou des braquages bidon pour expliquer qu'un camion n'arrivait jamais &#224; destination ou qu'un autre arrivait mais avec la moiti&#233; de son chargement. &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre facette du boulot &lt;/strong&gt;consistait &#224; surveiller les employ&#233;s. Surtout les personnes aux caisses pour qu'elles payent tout ce qu'elles prenaient &#224; bouffer dans le magasin. Tout est organis&#233; pour que tout le monde se m&#233;fie de tout le monde. Un gars qui s'occupait du rayon fruits et l&#233;gumes dans un magasin s'est fait virer apr&#232;s avoir &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233; par le vigile en place. Tout &#231;a parce que le soir, il chargeait son coffre avec les produits les plus d&#233;fra&#238;chis. &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, &lt;/strong&gt;on pouvait se cr&#233;er quelques avantages pour tenir le coup. Mais il fallait faire tr&#232;s attention. Plusieurs fois, j'ai invit&#233; des potes dans la d&#232;che pour qu'ils viennent remplir discr&#232;tement un sac &#224; dos. On a aussi partag&#233; avec les employ&#233;s &#224; qui je faisais confiance les barquettes de viande qui allaient se p&#233;rimer. Quand je voyais quelqu'un taper dans les alcools forts, je le prenais dans un coin et je r&#233;cup&#233;rais les bouteilles avant de le laisser partir pour tenter sa chance ailleurs. On a pass&#233; comme &#231;a quelques bonnes soir&#233;es aux frais de la grande distribution. Une seule fois, j'ai sorti des cartons d'excellent pinard pour les charger dans le coffre d'un pote. Dans un des magasins du centre-ville, je m'entendais bien avec le responsable et on s'&#233;tait mis d'accord pour laisser tranquilles les vieux qui venaient taxer le dimanche matin. Mais il fallait tout le temps faire gaffe. Apr&#232;s mon licenciement, il y a eu une s&#233;rie de braquages dans les magasins o&#249; j'avais boss&#233;. Pendant un bon moment, j'ai eu la trouille de voir les flics d&#233;foncer ma porte. &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un conseil : &lt;/strong&gt;si vous voulez apprendre une vie de merde dans un monde de b&#234;tes f&#233;roces, devenez agent de s&#233;curit&#233; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Iffik Le Guen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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