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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Passe sanitaire : des bleus partout</title>
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		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re, &#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Serge D'Ignazio</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Avec le passe sanitaire, le gouvernement a transform&#233; des centaines de milliers de bistrotiers et autres personnes charg&#233;es d'accueillir du public en auxiliaires de police. Un nouveau type de flicage qui ne vient pas de nulle part. Fin ao&#251;t, Marseille, une heure du mat'. Jos&#233; * se pr&#233;sente aux deux chauffeurs du FlixBus cens&#233; le conduire vers le Sud-Ouest apr&#232;s des vacances en terre phoc&#233;enne. Il ne stresse pas, pense entrer easy. Il faut dire qu'il a men&#233; ces derniers jours un v&#233;ritable (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sanitaire-qu-il" rel="tag"&gt;sanitaire qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alors" rel="tag"&gt;Alors&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec le passe sanitaire, le gouvernement a transform&#233; des centaines de milliers de bistrotiers et autres personnes charg&#233;es d'accueillir du public en auxiliaires de police. Un nouveau type de flicage qui ne vient pas de nulle part.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3725 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH322/-1859-6816b.jpg?1783134866' width='500' height='322' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Serge d'Ignazio
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fin ao&#251;t, Marseille, une heure du mat'. Jos&#233; * se pr&#233;sente aux deux chauffeurs du FlixBus cens&#233; le conduire vers le Sud-Ouest apr&#232;s des vacances en terre phoc&#233;enne. Il ne stresse pas, pense entrer &lt;i&gt;easy&lt;/i&gt;. Il faut dire qu'il a men&#233; ces derniers jours un v&#233;ritable marathon administratif pour &#234;tre en r&#232;gle. Atteint du Covid en mars, il a re&#231;u une premi&#232;re injection fin juillet, configuration suffisante pour obtenir le passe sanitaire. Sauf qu'il s'est vite rendu compte que le document re&#231;u mentionnait par erreur un imp&#233;ratif de deuxi&#232;me injection. Alors il a appel&#233;, appel&#233; et encore appel&#233; pour rectifier, en vain, balad&#233; de plateforme nationale en robots vocaux, Kafka mon gars. De guerre lasse, il a fait un test antig&#233;nique, histoire de ne pas &#234;tre emmerd&#233; pour son voyage. Sauf qu'il a mal calcul&#233; son coup, d&#233;passant d'un chou&#239;a les 72 heures l&#233;gales. R&#233;sultat, les chauffeurs du &lt;i&gt;flicbus&lt;/i&gt; sont inflexibles : il ne passera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire, comme gris&#233;s par leurs nouvelles pr&#233;rogatives, ils se sentent pousser des z&#232;les confinant au racisme : &#171; &lt;i&gt;Juste &#224; c&#244;t&#233; de moi, &lt;/i&gt;raconte Jos&#233;, &lt;i&gt;il y avait un vieux Maghr&#233;bin avec son fils, et ils leur ont mal parl&#233;, moquant leur accent et leurs h&#233;sitations. Et puis il y avait aussi cette personne noire &#224; qui ils ont demand&#233; sa carte d'identit&#233;. Dans l'ensemble, ils s'exprimaient avec toute l'autorit&#233; et le p&#233;dantisme du pauvre gars &#224; qui t'accordes un peu de pouvoir. J'avais envie de leur dire &#8220;Mec t'es chauffeur, pas flic.&#8221;&lt;/i&gt; &#187; Quand vient son tour, la sc&#232;ne dure, tant Jos&#233; insiste, avec cafouillages sur un QR code &#171; illisible &#187; &#224; la cl&#233;, avant qu'il ne l&#226;che l'affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, quand le bus d&#233;marre, ils sont trois gal&#233;riens livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes sur le parvis de la gare, en pleine nuit. Pour Jos&#233;, c'est double peine, puisqu'il risque de se voir ray&#233; de P&#244;le Emploi et de perdre ses allocations, ne pouvant arriver &#224; temps &#224; un rendez-vous d&#233;terminant pour conserver ses droits. La totale.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le virus de la guerre sociale&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des histoires de ce genre, truff&#233;es d'absurde et de sourde violence, combien s'en d&#233;roule-t-il chaque jour en France ? Dans le r&#233;cit de Jos&#233;, on retrouve pas mal d'ingr&#233;dients du grand bordel r&#233;pressif contemporain que le passe sanitaire n'a fait qu'aggraver : ambiance pesante de surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e, informatisation du monde &#224; marche forc&#233;e, quidams transform&#233;s en flics, d&#233;marches administratives infernales, pauvres et &#233;trangers cibl&#233;s en priorit&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors bien s&#251;r, ces deux chauffeurs de bus ne sont pas forc&#233;ment repr&#233;sentatifs. Et beaucoup des personnes amen&#233;es &#224; contr&#244;ler les passes ne sont pas du tout ravies de ce r&#244;le. Une large part refuse m&#234;me de s'y coller. C'est le cas de Julie *, une serveuse bretonne : &#171; &lt;i&gt;Le propre d'un bar, c'est de faire avec qui se pointe et d'int&#233;grer les gens, soit tout l'inverse de ce qu'on me demande en ce moment. L&#224; j'ai l'impression de devoir me transformer en un m&#233;lange entre videur et flic.&lt;/i&gt; &#187; Alors Julie biaise, indiquant &#224; ceux qui n'ont pas le passe sanitaire qu'il y a une sortie derri&#232;re le bar, fort pratique pour s'esquiver&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste qu'on voit avec un certain effroi s'intensifier des modes de surveillance et de contr&#244;le banalis&#233;s. Fin avril, Emmanuel Macron l'avait pourtant promis : le passe sanitaire &#171; &lt;i&gt;ne sera jamais un droit d'acc&#232;s qui diff&#233;rencie les Fran&#231;ais&lt;/i&gt; &#187;. Il ajoutait qu'il &#171; &lt;i&gt;ne saurait &#234;tre obligatoire&lt;/i&gt; &#187; dans les restaurants, th&#233;&#226;tres ou cin&#233;mas. Il n'&#233;tait alors m&#234;me pas question des h&#244;pitaux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi que l'on pense de la vaccination, et o&#249; que l'on se situe dans l'&#233;pineux d&#233;bat qu'elle g&#233;n&#232;re entre libert&#233; individuelle et responsabilit&#233; collective, une constatation s'impose : depuis le d&#233;but de la pand&#233;mie, le gouvernement n'a cess&#233; de d&#233;fendre une conception coercitive de la sant&#233; publique, doubl&#233;e d'une persistante propension au mensonge et &#224; l'absurdit&#233;. Le tout reposant, qui plus est, sur une &#171; &lt;i&gt;r&#233;pression &#224; deux vitesses&lt;/i&gt; &#187;, ainsi que le formulent Michel Lepesant et Aude Vidal dans un r&#233;cent texte&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Covid-19 : pas question de se sauver soi-m&#234;me, c'est ensemble qu'il faut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; rappelant que, d&#232;s le d&#233;but de la crise, les mesures sanitaires &#171; &lt;i&gt;ont &#233;t&#233; impos&#233;es avec plus de violence sur les classes pauvres que sur les classes ais&#233;es (de l'impossibilit&#233; du t&#233;l&#233;travail pour les derniers de cord&#233;e aux contr&#244;les tatillons du couvre-feu dans les &#8220;quartiers&#8221;)&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indubitablement, le passe sanitaire s'inscrit dans ce mouvement. &#171; &lt;i&gt;La carte des plus faibles vaccinations recoupe celle de la pauvret&#233;, de la fracture num&#233;rique, de l'acc&#232;s aux services publics,&lt;/i&gt; &#233;crivait la D&#233;fenseure des droits Claire H&#233;don dans son avis du 20 juillet sur l'extension du passe. &lt;i&gt;Les nouvelles mesures comportent ainsi le risque d'&#234;tre &#224; la fois plus dures pour les publics pr&#233;caires et d'engendrer ou accro&#238;tre de nouvelles in&#233;galit&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un &#171; risque d'accoutumance &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cens&#233;e jouer les vigies face au d&#233;veloppement de nouvelles technologies liberticides, la Commission nationale de l'informatique et des libert&#233;s est g&#233;n&#233;ralement une championne du ti&#232;de. Mais le 6 ao&#251;t, elle n'a pu s'emp&#234;cher d'alerter sur &#171; &lt;i&gt;le risque d'accoutumance et de banalisation de tels dispositifs attentatoires &#224; la vie priv&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. Et de craindre &#171; &lt;i&gt;un glissement, &#224; l'avenir, et potentiellement pour d'autres consid&#233;rations, vers une soci&#233;t&#233; o&#249; de tels contr&#244;les deviendraient la norme et non l'exception&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#251;r : le passe sanitaire normalise le contr&#244;le de tous par tous. Mais au vrai, des drones policiers &#224; la reconnaissance faciale en passant par le fichage biom&#233;trique de la population, de nombreux &#171; dispositifs attentatoires &#224; la vie priv&#233;e &#187; sont d&#233;j&#224; &#171; la norme &#187; ou en train de le devenir. En cause : sur fond d'apathie citoyenne, une app&#233;tence politicienne pour le contr&#244;le social et le d&#233;veloppement d'outils technologiques de surveillance bon march&#233;, n&#233;cessitant de moins en moins de main d'&#339;uvre (la vid&#233;osurveillance automatis&#233;e par exemple). &#171; &lt;i&gt;La garantie des libert&#233;s publiques est aussi une question &#233;conomique&lt;/i&gt;, nous expliquait l'an pass&#233; F&#233;lix Tr&#233;guer, membre de l'association de d&#233;fense des libert&#233;s num&#233;riques La Quadrature du Net. &lt;i&gt;Combien &#231;a co&#251;te de surveiller une personne&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Combien de temps &#231;a prend&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Le fait que la surveillance soit compliqu&#233;e est une garantie en tant que tel&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Vid&#233;osurveillance automatis&#233;e : on ne pourra plus faire un pet de travers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas du passe sanitaire, la m&#234;me association pointe la responsabilit&#233; du QR code et du smartphone : &#171; &lt;i&gt;Au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie, &lt;/i&gt;lit-on dans un article&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pass sanitaire, quelle surveillance redouter ? &#187;, LaQuadrature.net (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; publi&#233; sur son site internet, &lt;i&gt;la majorit&#233; de la population fran&#231;aise (84 % en 2020) s'est &#233;quip&#233;e en smartphones munis d'un appareil photo et capables de lire des code-barres en 2D, tels que des codes QR. En parall&#232;le, l'administration s'est largement appropri&#233;e les outils que sont le code-barre en 2D et la cryptographie afin de s&#233;curiser les documents qu'elle d&#233;livre : avis d'imposition, carte d'identit&#233; &#233;lectronique&#8230;&lt;/i&gt; &#187; C'est la concomitance de ces deux ph&#233;nom&#232;nes qui a permis de confier &#224; des centaines de milliers de personnes &#171; &lt;i&gt;non-form&#233;es et non-pay&#233;es par l'&#201;tat [...] la mission de contr&#244;ler l'ensemble de la population &#224; l'entr&#233;e d'innombrables lieux publics, et ce, &#224; un co&#251;t extr&#234;mement faible pour l'&#201;tat puisque l'essentiel de l'infrastructure (les t&#233;l&#233;phones) a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; financ&#233; de mani&#232;re priv&#233;e par les personnes charg&#233;es du contr&#244;le&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;noncer le contr&#244;le sous tous ses avatars&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce contexte en t&#234;te, lutter contre le passe sanitaire &lt;i&gt;et son monde&lt;/i&gt; implique donc de s'attaquer &#233;galement &#224; ses racines, dans nos t&#233;l&#233;phones comme dans nos &lt;i&gt;smart cities&lt;/i&gt; (&#171; villes intelligentes &#187;) pleines de cam&#233;ras et de capteurs cens&#233;s les s&#233;curiser et rationaliser leur gestion. C'est d&#233;celer et d&#233;noncer l'accroissement de la surveillance et du contr&#244;le sous tous ses avatars, dans les entrailles du n&#233;olib&#233;ralisme triomphant et de l'&#201;tat qui le sert, plut&#244;t que chercher les monstres l&#224; o&#249; ils ne sont pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Las, ce n'est pas ce qui se d&#233;gage de bon nombre des tr&#232;s diverses manifestations anti-passe sanitaire, loin s'en faut. Cas particulier, mais certainement pas unique, la manifestation marseillaise du 28 ao&#251;t semblait ainsi davantage focalis&#233;e sur des revendications confuses, patriotes ou complotistes que sur une appr&#233;ciation objective de l'&#233;tau s&#233;curitaire. Au milieu des drapeaux fran&#231;ais, des pancartes fustigeant la vaccination, des appels &#224; sauver le soldat Raoult, des d&#233;nonciations du &#171; &lt;i&gt;nouvel ordre mondial satanique&lt;/i&gt; &#187; ou des &lt;i&gt;Marseillaise&lt;/i&gt; prolong&#233;es de sonores &#171; &lt;i&gt;On est pas des moutons&lt;/i&gt; &#187;, les rares pancartes &#171; &lt;i&gt;Pass = surveillance de masse&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;Non &#224; la surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;/i&gt; &#187; paraissaient bien petites.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;milien Bernard &amp; Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Pr&#233;nom modifi&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/La-democratie-sanitaire-c-est-quand&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; Covid-19 : pas question de se sauver soi-m&#234;me, c'est ensemble qu'il faut lutter &lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Reporterre&lt;/i&gt; (02/08/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Videosurveillance-automatisee-on' class=&#034;spip_in&#034;&gt; Vid&#233;osurveillance automatis&#233;e : on ne pourra plus faire un pet de travers &lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 184 (f&#233;vrier 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.laquadrature.net/2021/08/19/passe-sanitaire-quelle-surveillance-redouter/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Pass sanitaire, quelle surveillance redouter ? &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;LaQuadrature.net&lt;/i&gt; (19/08/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Condamn&#233;s d'avance</title>
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		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<dc:subject>classes sup&#233;rieures</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pourquoi les pauvres et les immigr&#233;s sont-ils si nombreux en prison ? Tentative de r&#233;ponse &#224; l'aune des sciences sociales. Parmi les d&#233;tenus incarc&#233;r&#233;s en 2014, plus de 43 % n'avaient aucun dipl&#244;me. Et 76 % ne d&#233;passaient pas le niveau CAP . En clair : les prisons fran&#231;aises sont remplies de personnes socialement d&#233;favoris&#233;es. Autre r&#233;alit&#233; : en 1999, 30 % des d&#233;tenus avaient un p&#232;re n&#233; en Afrique, contre 7,6 % dans la population g&#233;n&#233;rale . Et au 1er janvier 2018, plus de 20 % des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pourquoi les pauvres et les immigr&#233;s sont-ils si nombreux en prison ? Tentative de r&#233;ponse &#224; l'aune des sciences sociales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3569 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH554/-1715-77cdb.jpg?1782648129' width='500' height='554' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Gwen Tomahawk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parmi les d&#233;tenus incarc&#233;r&#233;s en 2014, plus de 43 % n'avaient aucun dipl&#244;me. Et 76 % ne d&#233;passaient pas le niveau CAP &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Statistiques de l'administration p&#233;nitentiaire.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. En clair : les prisons fran&#231;aises sont remplies de personnes socialement d&#233;favoris&#233;es. Autre r&#233;alit&#233; : en 1999, 30 % des d&#233;tenus avaient un p&#232;re n&#233; en Afrique, contre 7,6 % dans la population g&#233;n&#233;rale &lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F. Cassan, L. Toulemon, &#171; L'histoire familiale des hommes d&#233;tenus &#187;, Insee (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Et au 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; janvier 2018, plus de 20 % des prisonniers &#233;taient &#233;trangers, alors que ces derniers ne repr&#233;sentent que 7,4 % des habitants de l'Hexagone. Pourquoi cette surrepr&#233;sentation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit l'on rejoint les th&#232;ses d'extr&#234;me droite posant qu'ils commettent plus de crimes &#8211; par &#171; nature &#187; &#8211;, soit on s'arr&#234;te une seconde et on r&#233;fl&#233;chit. On constatera alors, &#224; l'instar du sociologue Didier Fassin, qu'&#224; chaque &#233;tape de la cha&#238;ne p&#233;nale, du vote des lois au prononc&#233; des jugements, &#171; &lt;i&gt;des m&#233;canismes tendent &#224; sanctionner&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;plus lourdement les actes commis dans les milieux populaires et &#224; prot&#233;ger les auteurs de d&#233;lits appartenant aux classes sup&#233;rieures&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire son interview pp. II &amp; III ou ici.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Gibiers de police&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;vidence : la p&#233;nalisation des infractions de riches et celle des infractions de pauvres ne sont pas les m&#234;mes. Comme l'&#233;crivent deux chercheurs de l'universit&#233; d'Aix-Marseille, &#171; &lt;i&gt;les ill&#233;galismes des classes sup&#233;rieures sont plus souvent trait&#233;s sur un circuit non p&#233;nal (administratif, civil, transactionnel) que ceux des classes inf&#233;rieures&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Raoult, A. Derbey, &#171; La justice de classe, la nouvelle punitivit&#233; et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;. Autrement dit, le d&#233;linquant de rue en surv&#234;tement a plus de chances de finir derri&#232;re les barreaux que son homologue en col blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me si l'infraction est similaire, les risques diff&#232;rent. Didier Fassin prend l'exemple de la lutte contre la drogue : &#171; &lt;i&gt;Alors que le cannabis circule dans toutes les cat&#233;gories sociales, les forces de l'ordre ne le recherchent pratiquement que dans les cit&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Et puis, il y a les contr&#244;les au faci&#232;s&#8230; une personne blanche r&#233;sidant dans un quartier bourgeois a donc beaucoup moins de chances d'&#234;tre interpell&#233;e qu'un jeune racis&#233; vivant en HLM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence polici&#232;re ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Il y a quelques ann&#233;es, un sociologue et une statisticienne ont examin&#233; force jugements concernant des infractions &#224; personnes d&#233;positaires de l'autorit&#233; publique (outrages, r&#233;bellion, etc.) rendus de 1965 &#224; 2005 par un tribunal de la grande banlieue parisienne. Ils ont constat&#233; que &#171; &lt;i&gt;les policiers se constituent plus volontiers partie civile lorsque la personne qu'ils interpellent pour infraction &#224; leur encontre est n&#233;e au Maghreb ou porte un nom maghr&#233;bin&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F. Jobard, S. N&#233;vanen, &#171; La couleur du jugement : discriminations dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des discriminations &#171; l&#233;gitimes &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De nombreux &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs aux faits ont une influence sur la d&#233;cision d'un juge : son humeur du moment &lt;i&gt;[voir l'encadr&#233;]&lt;/i&gt;, son histoire personnelle, ses &#233;ventuels pr&#233;jug&#233;s racistes, etc. Les magistrats &#233;tant tr&#232;s majoritairement issus des cat&#233;gories sociales ais&#233;es &lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Citant une &#233;tude de l'universit&#233; de Versailles, Le Monde (28/11/2019) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, ils peuvent se livrer &#224; une certaine solidarit&#233; de classe, se montrant plus cl&#233;ments avec des pr&#233;venus partageant avec eux un certain nombre de codes sociaux. Un justiciable parlant mal le fran&#231;ais, un accus&#233; ne ma&#238;trisant ni le langage de la justice ni le parler de la bourgeoisie, partent forc&#233;ment avec un handicap. Autre in&#233;galit&#233; flagrante : un pr&#233;venu friqu&#233; d&#233;fendu par un t&#233;nor du barreau a plus de chances de s'en tirer qu'un cr&#232;ve-la-dalle rencontrant son avocat commis d'office cinq minutes avant l'audience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines in&#233;galit&#233;s de traitement sont per&#231;ues comme l&#233;gitimes, car bas&#233;es sur des crit&#232;res &#171; objectifs &#187;. Dans nombre de d&#233;cisions judiciaires, c'est de mani&#232;re totalement assum&#233;e que la situation sociale du pr&#233;venu est prise en consid&#233;ration. En comparution imm&#233;diate par exemple, si le justiciable demande un d&#233;lai pour pr&#233;parer sa d&#233;fense, le tribunal doit choisir s'il le place ou non en d&#233;tention provisoire. Pour ce faire, il se basera large&#8202;ment sur les &#171; garanties de repr&#233;sentation &#187; : des &#233;l&#233;ments tangibles permettant de s'assurer que le pr&#233;venu se pr&#233;sentera bien &#224; l'audience suivante s'il est lib&#233;r&#233;. Contrat de travail, promesse d'embauche, attestation de formation, acte de propri&#233;t&#233;, bail de location, preuve d'attaches sociales solides : pour &#233;viter la ge&#244;le, mieux vaut vivre dans la norme.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le serpent qui se mord la queue&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette logique a des cons&#233;quences tr&#232;s concr&#232;tes. Apr&#232;s avoir &#233;tudi&#233; 7 500 dossiers d&#233;lictuels durant la d&#233;cennie 2000, deux chercheurs nantais ont fait cette constatation sans appel : le risque d'&#234;tre plac&#233; en d&#233;tention provisoire est pr&#232;s de cinq fois plus &#233;lev&#233; pour les personnes n&#233;es &#224; l'&#233;tranger que pour celles qui ont vu le jour en France &lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V. Gautron, J.-N. Reti&#232;re, &#171; Des destin&#233;es judiciaires p&#233;nalement et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;. Il est pr&#232;s de six fois plus &#233;lev&#233; pour les SDF que pour les personnes d&#233;clarant une adresse personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces discriminations syst&#233;miques fonctionnent comme un serpent qui se mord la queue : les magistrats jugeant aussi en fonction du casier judiciaire, le fait d'avoir &#233;t&#233; condamn&#233; de mani&#232;re discriminatoire maximise les probabilit&#233;s de condamnation ult&#233;rieure. Il y a au moins une cat&#233;gorie de personnes que ce ph&#233;nom&#232;ne pourrait avantager : les &#233;trangers r&#233;cemment arriv&#233;s dans l'Hexagone. Las, un sociologue lillois, ayant observ&#233; 1 066 comparutions imm&#233;diates et men&#233; des entretiens avec des magistrats, est formel : m&#234;me si son casier judiciaire fran&#231;ais est d'une virginit&#233; parfaite, ce type de pr&#233;venu est per&#231;u par les juges &#171; &lt;i&gt;comme ayant d&#233;j&#224; pu &#234;tre condamn&#233; dans son pays d'origine&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T. L&#233;onard, &#171; Ces papiers qui font le jugement : in&#233;galit&#233;s entre Fran&#231;ais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &#187;. &#201;ternel suspect, futur prisonnier.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La loterie judiciaire : qu'a mang&#233; le juge au petit-d&#233;jeuner ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'origine ethnico-sociale du pr&#233;venu, bien des facteurs ext&#233;rieurs aux faits influencent les d&#233;cisions des juges. Des scientifiques l'ont observ&#233; en France comme &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les opinions politiques peuvent ainsi entrer en ligne de compte. Ce ph&#233;nom&#232;ne a &#233;t&#233; mis en lumi&#232;re par une &#233;tude&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Anwar, P. Bayer, R. Hjalmarsson, &#171; Politics in the Courtroom : Political (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt; portant sur les cours criminelles su&#233;doises, dans lesquelles certains membres du jury sont directement affili&#233;s &#224; un parti politique. Conclusion : avec des jur&#233;s d'extr&#234;me droite, les condamnations d'accus&#233;s portant un nom arabe se multiplient. Dans les affaires o&#249; la victime est une femme, c'est la pr&#233;sence de jur&#233;s du parti V&#228;nster (socialiste, marxiste et f&#233;ministe) qui accro&#238;t le risque de condamnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre potentiel facteur d'influence : l'heure &#224; laquelle se d&#233;roule le proc&#232;s. Voulant tester l'adage selon lequel la justice refl&#232;te &#171; ce que le juge a mang&#233; au petit-d&#233;jeuner &#187;, des chercheurs ont analys&#233; pr&#232;s d'un millier d'audiences de demandes de lib&#233;ration conditionnelle en Isra&#235;l. Ils ont constat&#233; que les juges accordaient plus facilement cette lib&#233;ration quand ils sortaient de table. En d&#233;but de matin&#233;e, apr&#232;s la pause &#171; snack &#187; et apr&#232;s le d&#233;jeuner, la probabilit&#233; d'acceptation des demandes &#233;tait d'environ 65 %. Ce taux baissait ensuite progressivement jusqu'&#224; atteindre z&#233;ro juste avant les pauses ou la fin de journ&#233;e. Conclusion : &#171; &lt;i&gt;Nos donn&#233;es ne nous permettent pas de v&#233;rifier directement si la justice refl&#232;te ce que le juge a mang&#233; au petit-d&#233;jeuner,&lt;/i&gt; [mais] &lt;i&gt;elles sugg&#232;rent que les d&#233;cisions de justice peuvent &#234;tre influenc&#233;es par le fait que le juge ait pris une pause ou non.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Danziger, J. Levav , L. Avnaim-Pesso, &#171; &#8220;Qu'a mang&#233; le juge &#224; son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte m&#233;diatique p&#232;se &#233;galement dans la d&#233;cision judiciaire. En comparant les verdicts de cours d'assises fran&#231;aises et le contenu des journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s (TF1 et France 2) entre 2004 et 2010, deux chercheurs ont constat&#233; que quand un reportage sur un fait divers criminel &#233;tait diffus&#233; &#224; la veille du d&#233;lib&#233;r&#233;, les condamnations &#224; des peines de prison &#233;taient plus lourdes de 83 jours en moyenne &lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Philippe, &#171; Vous jurez de n'&#233;couter ni la haine ou la m&#233;chancet&#233;&#8230; Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;. &#192; l'inverse, quand un reportage &#233;voquait une erreur judiciaire, le verdict &#233;tait moins s&#233;v&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Statistiques de l'administration p&#233;nitentiaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;F. Cassan, L. Toulemon, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.epsilon.insee.fr/jspui/bitstream/1/598/1/ip706.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'histoire familiale des hommes d&#233;tenus&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Insee premi&#232;re &lt;/i&gt;(n&#176; 706, 2000).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire son interview pp. II &amp; III ou &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Didier-Fassin-La-societe-jouit-du' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;S. Raoult, A. Derbey, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-de-science-criminelle-et-de-droit-penal-compare-2018-1-page-255.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La justice de classe, la nouvelle punitivit&#233; et le faux myst&#232;re de l'inflation carc&#233;rale&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Revue de science criminelle et de droit p&#233;nal compar&#233;&lt;/i&gt; (2018, n&#176; 1).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;F. Jobard, S. N&#233;vanen, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-1-2007-2-page-243.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La couleur du jugement : discriminations dans les d&#233;cisions judiciaires en mati&#232;re d'infractions &#224; agents de la force publique (1965-2005)&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de sociologie&lt;/i&gt; (vol. 48, 2007). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Citant une &#233;tude de l'universit&#233; de Versailles, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/11/28/la-magistrature-un-corps-elitiste-qui-s-ouvre-tres-lentement_6020863_3224.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (28/11/2019) indiquait que &#171; &lt;i&gt;63&lt;/i&gt; &lt;i&gt;% des magistrats sont issus des classes sociales les plus favoris&#233;es &#8211; p&#232;re chef d'entreprise de plus de dix salari&#233;s, de profession lib&#233;rale, cadre ou exer&#231;ant une profession intellectuelle sup&#233;rieure&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;V. Gautron, J.-N. Reti&#232;re, &#171; &lt;a href=&#034;https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01076712/document&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des destin&#233;es judiciaires p&#233;nalement et socialement marqu&#233;es&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;La R&#233;ponse p&#233;nale : dix ans de traitement des d&#233;lits&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Rennes, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;T. L&#233;onard, &#171; &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/champpenal/7879&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ces papiers qui font le jugement : in&#233;galit&#233;s entre Fran&#231;ais et &#233;trangers en comparution imm&#233;diate&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Champ p&#233;nal &lt;/i&gt;(2010, vol. VII).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;S. Anwar, P. Bayer, R. Hjalmarsson, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.nber.org/system/files/working_papers/w21145/w21145.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Politics in the Courtroom : Political Ideology and Jury Decision Making&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Nber.org&lt;/i&gt; (mai 2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;S. Danziger, J. Levav , L. Avnaim-Pesso, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-de-la-justice-2015-4-page-579.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#8220;Qu'a mang&#233; le juge &#224; son petit-d&#233;jeuner ?&#8221; De l'impact des conditions de travail sur la d&#233;cision de justice&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Les Cahiers de la Justice&lt;/i&gt; (2015, n&#176; 4).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;A. Philippe, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-de-la-justice-2015-4-page-563.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vous jurez de n'&#233;couter ni la haine ou la m&#233;chancet&#233;&#8230; Les biais affectant les d&#233;cisions de justice&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Les Cahiers de la Justice &lt;/i&gt;(2015, n&#176; 4).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Didier Fassin : &#171; La soci&#233;t&#233; jouit du ch&#226;timent par d&#233;l&#233;gation &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Didier-Fassin-La-societe-jouit-du</link>
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		<dc:date>2021-02-15T02:21:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Qu'est-ce que punir ? Pourquoi punir ? Qui punit-on ? En 2017, le sociologue Didier Fassin tentait de r&#233;pondre &#224; ces questions dans un stimulant essai, Punir : une passion contemporaine. Mettant les th&#233;ories de la peine &#224; l'&#233;preuve d'observations ethnographiques, il critiquait s&#233;v&#232;rement le &#171; moment punitif &#187; que nous vivons depuis une quarantaine d'ann&#233;es : une &#233;poque o&#249; l'obsession pour le ch&#226;timent a engendr&#233; une augmentation colossale &#8211; et discriminatoire &#8211; de la population carc&#233;rale, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no195-fevrier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;195 (f&#233;vrier 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/societe" rel="tag"&gt;soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce que punir ? Pourquoi punir ? Qui punit-on ? En 2017, le sociologue Didier Fassin tentait de r&#233;pondre &#224; ces questions dans un stimulant essai, &lt;i&gt;Punir : une passion contemporaine&lt;/i&gt;. Mettant les th&#233;ories de la peine &#224; l'&#233;preuve d'observations ethnographiques, il critiquait s&#233;v&#232;rement le &#171; &lt;i&gt;moment punitif &#187;&lt;/i&gt; que nous vivons depuis une quarantaine d'ann&#233;es : une &#233;poque o&#249; l'obsession pour le ch&#226;timent a engendr&#233; une augmentation colossale &#8211; et discriminatoire &#8211; de la population carc&#233;rale, alors m&#234;me que la criminalit&#233; est en baisse. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3561 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1709.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH562/-1709-64686.jpg?1782643072' width='500' height='562' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la premi&#232;re phrase du livre, le constat est implacable : &#171; &lt;i&gt;La France traverse la p&#233;riode la plus r&#233;pressive de son histoire r&#233;cente en temps de paix.&lt;/i&gt; &#187; Dans &lt;i&gt;Punir : une passion contemporaine&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Seuil, 2017. Une nouvelle &#233;dition a &#233;t&#233; publi&#233;e fin 2020, augment&#233;e d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, Didier Fassin tente de comprendre pourquoi le nombre de personnes emprisonn&#233;es est pass&#233; d'environ 20 000 en 1955 &#224; plus de 70 000 au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Un rapide calcul le montre : l'accroissement d&#233;mographique n'explique pas une telle hausse. Alors, y aurait-il eu augmentation de la criminalit&#233; ? Non, r&#233;pond l'universitaire : &#171; &lt;i&gt;Bien que les statistiques en la mati&#232;re soient difficiles &#224; interpr&#233;ter&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt;, les &#233;l&#233;ments dont on dispose confirment, sur le dernier demi-si&#232;cle, un recul presque continu des formes les plus pr&#233;occupantes de criminalit&#233;, &#224; commencer par les homicides et les expressions les plus graves de la violence.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc chercher ailleurs. Ce que fait Didier Fassin, pointant &#171; &lt;i&gt;deux ph&#233;nom&#232;nes qui affectent en profondeur la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise : une &#233;volution de la sensibilit&#233; aux ill&#233;galismes et aux d&#233;viances ; une focalisation du discours et de l'action publics sur les enjeux de s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour le point de d&#233;part. Car l'auteur pousse sa r&#233;flexion beaucoup plus loin, interrogeant les fondements m&#234;mes de l'acte de punir. Au cours des derniers si&#232;cles, philosophes et juristes n'ont cess&#233; d'&#233;laborer des justifications au concept de peine ; Didier Fassin confronte ces th&#233;ories &#224; ses propres r&#233;flexions et &#224; ses longues observations de terrain dans l'univers de la police, de la justice et de la prison &#8211; il a notamment suivi pendant pr&#232;s de deux ans le quotidien d'une brigade anticriminalit&#233; de la r&#233;gion parisienne et enqu&#234;t&#233; quatre ann&#233;es durant dans une maison d'arr&#234;t &lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il en a tir&#233; La Force de l'ordre : une anthropologie de la police des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. En ressort une critique revigorante de l'obsession p&#233;nale, du paradigme &#171; un d&#233;lit appelle un ch&#226;timent &#187; si solidement ancr&#233; dans notre soci&#233;t&#233; &#8211; voire au c&#339;ur de nos certitudes intimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologue, mais &#233;galement anthropologue et m&#233;decin, Didier Fassin est professeur &#224; l'Institute for Advanced Study de Princeton (New Jersey), directeur d'&#233;tudes &#224; l'&#201;cole des hautes &#233;tudes en sciences sociales et titulaire de la chaire annuelle de sant&#233; publique au Coll&#232;ge de France. Interview.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que le &#171; moment punitif &#187; ? Quand a-t-il d&#233;but&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce que j'appelle &#8220;moment punitif&#8221;, c'est le moment o&#249; l'on se met &#224; enfermer plus alors que la criminalit&#233; recule. C'est dans les ann&#233;es 1980 qu'il a v&#233;ritablement commenc&#233; aux &#201;tats-Unis, &#224; la conjonction de deux ph&#233;nom&#232;nes : la d&#233;ception &#224; l'&#233;gard des m&#233;thodes de r&#233;habilitation qui avaient pr&#233;valu au nom du &lt;i&gt;penal welfarism&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paradigme p&#233;nal, concomitant du d&#233;veloppement de l'&#201;tat-providence, qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; depuis la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, et l'arriv&#233;e au pouvoir de Ronald Reagan qui g&#233;n&#233;ralise une poli&#8202;tique r&#233;pressive commenc&#233;e &#224; New York par le gouverneur Nelson Rockefeller. En trois d&#233;cennies, le nombre de personnes incarc&#233;r&#233;es est multipli&#233; par huit, pour atteindre plus de 2 millions, avec une surrepr&#233;sentation des minorit&#233;s afro-am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la tendance est un peu plus tardive, m&#234;me si des signes &#233;taient apparus d&#232;s les ann&#233;es 1970. Initialement acc&#233;l&#233;r&#233;e sous des gouvernements de droite et r&#233;duite sous des gouvernements de gauche, elle ne s'est plus infl&#233;chie par les changements de majorit&#233; &#224; partir de l'arriv&#233;e au pouvoir de Fran&#231;ois Hollande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il s'agit d'un ph&#233;nom&#232;ne mondial. Pour se limiter &#224; des exemples europ&#233;ens, au cours de la d&#233;cennie 1990, la population carc&#233;rale a tripl&#233; en R&#233;publique tch&#232;que, doubl&#233; en Italie et aux Pays-Bas et progress&#233; de moiti&#233; au Portugal, en Gr&#232;ce, en Angleterre, en Pologne. Seuls les pays scandinaves ont &#233;chapp&#233; &#224; cette &#233;volution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquer cette app&#233;tence pour la r&#233;pression, l'incessante cr&#233;ation de nouvelles infractions et l'aggravation des peines pour celles qui existent d&#233;j&#224; ? Cette tendance r&#233;pond-elle &#224; une demande sociale ou est-elle imputable &#224; un populisme p&#233;nal issu de la classe politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les deux ph&#233;nom&#232;nes se combinent et peuvent m&#234;me s'emballer sous l'empire des m&#233;dias qui repr&#233;sentent une formidable chambre d'&#233;cho pour des d&#233;lits ou des crimes qui suscitent des r&#233;actions d'anxi&#233;t&#233;, particuli&#232;rement parmi les personnes qui n'y ont jamais &#233;t&#233; expo&#8202;s&#233;es. Les politiques ont d'autant mieux compris les b&#233;n&#233;fices qu'ils pouvaient tirer de ce sentiment d'ins&#233;curit&#233; qu'ils se sont av&#233;r&#233;s incapables de r&#233;pondre &#224; l'ins&#233;curit&#233; sociale li&#233;e aux fermetures d'entreprises, &#224; la mont&#233;e du ch&#244;mage, &#224; la pr&#233;carisation des emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas, bien s&#251;r, de n&#233;gliger le sentiment d'ins&#233;curit&#233; en rapport avec des infractions, petites et grandes, mais il faut comprendre qu'il vise essentiellement la petite d&#233;linquance &#8211; et donc les classes populaires &#8211; et presque jamais la d&#233;linquance &#233;conomique &#8211; et par cons&#233;quent les cat&#233;gories ais&#233;es &#8211; alors que celle-ci cause beaucoup plus de d&#233;g&#226;ts sociaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;i&gt;Punir : une passion contemporaine&lt;/i&gt;, vous rappelez que certaines soci&#233;t&#233;s traditionnelles ne traitaient les crimes qu'elles consid&#233;raient les plus graves que par une sorte de d&#233;sapprobation muette. La notion de &#171; ch&#226;timent &#187;, qui nous semble si naturelle, ne l'est-elle donc pas tant que &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pendant tr&#232;s longtemps, la plupart des soci&#233;t&#233;s, y compris europ&#233;ennes, ont fait reposer la r&#233;ponse aux violations de la loi sur la r&#233;paration. Il fallait compenser le d&#233;lit ou le crime commis. De plus, l'auteur n'&#233;tait pas tenu pour responsable, car cette notion n'existait pas. C'&#233;tait le groupe, qu'il s'agisse de la famille ou du clan, qui devait d&#233;dommager la victime ou les proches de la victime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au cours du Moyen &#194;ge que s'est impos&#233;e, en Europe, sous la double influence de l'&#201;glise et de l'&#201;tat, l'id&#233;e de faute individuelle, et donc de culpabilit&#233;, appelant un rachat de l'infraction commise par la souffrance inflig&#233;e &#224; son auteur &#8211; une souffrance pouvant prendre la forme aussi bien d'une flagellation que, &#224; partir de la fin du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, d'un emprisonnement. Et c'est du reste ce que la colonisation a violemment et douloureusement impos&#233; dans les soci&#233;t&#233;s conquises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi est-on pass&#233;, au cours du temps, et bien s&#251;r sous des modalit&#233;s diff&#233;rentes selon les contextes, d'une &#233;conomie de la dette &#224; une &#233;conomie de la souffrance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On justifie la peine tant&#244;t via ses &#233;ventuelles vertus utilitaristes (dissuasion, &#233;loignement des personnes dangereuses&#8230;), tant&#244;t comme l&#233;gitime en soi (une souffrance doit compenser un d&#233;sordre). Mais, &#233;crivez-vous, il existe une autre motivation inavouable : la jouissance d'infliger cette souffrance&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les deux grandes sources de justification de la peine sont apparues au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, et n'ont cess&#233; d'&#234;tre affin&#233;es depuis lors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re th&#233;orie, utilitariste, avanc&#233;e par le philosophe anglais Jeremy Bentham, consid&#232;re que le ch&#226;timent est toujours une mauvaise chose car il g&#233;n&#232;re une souffrance, mais qu'il est n&#233;cessaire pour autant qu'il augmente le bonheur du monde en r&#233;duisant la d&#233;linquance et la criminalit&#233;. Si la punition dissuade l'auteur, et m&#234;me d'autres auteurs potentiels, de commettre des infractions, alors elle est justifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, la seconde th&#233;orie, r&#233;tributiviste, formul&#233;e par Emmanuel Kant, affirme que le ch&#226;timent est une bonne chose car il corrige un mal qui a &#233;t&#233; commis, et ce ind&#233;pendamment des cons&#233;quences que la sanction peut avoir sur la soci&#233;t&#233;. La peine doit m&#234;me &#234;tre l'&#233;quivalent de l'infraction, et donc celui qui tue doit mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au regard de cette double justification id&#233;ale, il faut bien reconna&#238;tre que, dans la r&#233;alit&#233;, il existe bien d'autres raisons de punir, y compris des innocents, que ce soit pour faire un exemple, pour humilier une personne ou pour inspirer la terreur, entre autres. J'en donne, dans mon livre, des illustrations tir&#233;es de mes enqu&#234;tes ethnogra&#8202;phiques : les policiers qui volontairement mettent des menottes de mani&#232;re &#224; provoquer des douleurs, parfois tr&#232;s vives ; les juges qui, lors d'un proc&#232;s, accablent par des propos vexants le pr&#233;venu, qui ne peut leur r&#233;pondre ; les surveillants de prison qui ostensiblement accordent une douche &#224; un d&#233;tenu en la refusant &#224; un autre, alors que la chaleur de l'&#233;t&#233; est &#233;touffante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces cas, il faut donc bien reconna&#238;tre que la souffrance est impos&#233;e de mani&#232;re gratuite. Ou plus exactement, qu'elle r&#233;v&#232;le ce que Nietzsche appelait la volupt&#233; de faire le mal pour le plaisir de le faire. Du reste, on peut penser avec le sociologue Everett Hughes que la soci&#233;t&#233; jouit du ch&#226;timent par d&#233;l&#233;gation, fermant les yeux sur ses exc&#232;s, qui sont rarement punis, et m&#234;me, parfois, les encourageant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;i&gt;Punir&#8230;&lt;/i&gt;, vous rapportez l'histoire d'une juge qui vient de condamner un homme &#224; plusieurs mois de prison pour d&#233;faut de permis de conduire. Elle semble douter elle-m&#234;me de l'utilit&#233; de cette peine, mais vous explique qu'elle ne savait pas quoi faire d'autre. Est-ce &#224; dire que la punition par l'emprisonnement est devenue tellement habituelle qu'on ne peut imaginer d'autres r&#233;ponses ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est l&#224; un point essentiel. Comme le d&#233;nonce la juriste belge Fran&#231;oise Tulkens, l'emprisonnement est aujourd'hui encore la peine de r&#233;f&#233;rence. Non qu'elle soit la plus fr&#233;quente, car il existe heureusement d'autres peines prononc&#233;es, mais les magistrats manquent &#224; la fois d'imagination &#8211; car condamner &#224; la prison est une solution simple &#8211; et de moyens, car les alternatives demandent souvent des ressources indisponibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas que vous &#233;voquez, la juge se rend bien compte du caract&#232;re excessif et inefficace de la peine qu'elle prononce. Excessif, car une incarc&#233;ration de six mois pour une absence de permis et d'assurance para&#238;t disproportionn&#233;e. Inefficace, car elle fait replonger cet homme &#224; un moment o&#249; il commen&#231;ait &#224; s'en sortir et donc rend plus probable une r&#233;cidive ult&#233;rieure. Mais la peine est &#233;galement cruelle, s'agissant d'un p&#232;re qui ne sera pas pr&#233;sent &#224; la naissance de son troisi&#232;me enfant et d'un mari dont la perte de l'emploi met son &#233;pouse dans une situation pr&#233;caire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je le revois &#224; la maison d'arr&#234;t, cet homme me dit qu'il est convaincu que la s&#233;v&#233;rit&#233; de la peine est li&#233;e au fait qu'il appartient &#224; la communaut&#233; des gens du voyage. Il rel&#232;ve ainsi un fait bien peu &#233;tudi&#233;, &#224; savoir les pr&#233;jug&#233;s raciaux et m&#234;me racistes au sein du monde judiciaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effectivement, via les lois et les pratiques judiciaires, les peines sont distribu&#233;es de mani&#232;re discriminatoire : plus on est pauvre et plus on est d'origine &#233;trang&#232;re, plus on a de chances d'&#234;tre condamn&#233;. Autrement dit, nous avons affaire &#224; des m&#233;canismes de justice de classe et de race&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qu'on appelle la cha&#238;ne p&#233;nale &#8211; qui va des d&#233;cisions de l'ex&#233;cutif et des votes du l&#233;gislatif jusqu'aux d&#233;cisions des juges et m&#234;me aux sanctions des commissions disciplinaires des prisons &#8211; est un processus complexe avec, &#224; chaque &#233;tape, des m&#233;canismes qui tendent &#224; sanctionner de plus en plus lourdement les actes commis dans les milieux populaires et &#224; prot&#233;ger les auteurs de d&#233;lits appartenant aux classes sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 2000, les condamnations pour simple usage et d&#233;tention de stup&#233;fiants, presque toujours du cannabis, ont &#233;t&#233; multipli&#233;es par trois, quand les condamnations pour d&#233;lits financiers, tels que &#8220;trafic d'influence&#8221; ou &#8220;abus de biens sociaux&#8221;, ont baiss&#233; d'un cinqui&#232;me. Or, les &#233;tudes &#233;pid&#233;miologiques montrent que la consommation de drogues n'a pas augment&#233; au cours de cette p&#233;riode, tandis que les enregistrements policiers font &#233;tat d'une augmentation de la d&#233;linquance &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De surcro&#238;t, alors que le cannabis circule dans toutes les cat&#233;gories sociales, les forces de l'ordre ne le recherchent pratiquement que dans les cit&#233;s o&#249; ils multiplient les contr&#244;les et les fouilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend donc que les pouvoirs publics ont choisi, au cours de cette p&#233;riode, de focaliser leur dispositif p&#233;nal sur les jeunes des quartiers populaires, qui appartiennent souvent &#224; des minorit&#233;s ethnoraciales, tout en &#233;pargnant le monde des affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la maison d'arr&#234;t o&#249; j'ai enqu&#234;t&#233; pendant quatre ans, les cadres repr&#233;sentaient 1 % des d&#233;tenus, tandis que la moiti&#233; des prisonniers se d&#233;claraient sans profession et un quart ouvriers, la moiti&#233; &#233;tant ch&#244;meurs. Alors que 85 % &#233;taient fran&#231;ais, plus des trois quarts appartenaient &#224; des familles immigr&#233;es, cette proportion &#233;tant encore plus &#233;lev&#233;e parmi les jeunes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-&#234;tre pour dissimuler ce traitement punitif discriminatoire, les discours politique et judiciaire insistent sur la &#171; responsabilit&#233; individuelle &#187; des personnes condamn&#233;es en justice. N'est-ce pas aussi pour la soci&#233;t&#233; une mani&#232;re de s'exon&#233;rer de ses propres responsabilit&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;volution des discours poli&#8202;tiques, des pratiques judiciaires et m&#234;me, pourrait-on dire, de la morale sociale, au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, s'est faite dans le sens d'accorder de plus en plus de poids &#224; la responsabilit&#233; individuelle. Cela signifie deux choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, on est moins pr&#234;t &#224; reconna&#238;tre que l'&#233;tat psychique des auteurs de certaines infractions, plus ou moins graves, ne permet pas de les en consid&#233;rer responsables, notamment lorsqu'ils souffrent de d&#233;ficits cognitifs importants ou qu'ils agissent dans une phase psychotique. C'est vrai au-del&#224; de la France. On vient d'ex&#233;cuter aux &#201;tats-Unis un homme qui pr&#233;sentait un retard mental profond pour des crimes commis il y a plusieurs d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, on est moins enclin &#224; reconna&#238;tre que l'entourage, le milieu et plus g&#233;n&#233;ralement la soci&#233;t&#233; ont une part de responsabilit&#233; en favorisant les conditions de possibilit&#233; de certains d&#233;lits et crimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, qu'on &#233;voque cette question, et l'on entend ressortir au plus haut niveau du pouvoir, l'argument all&#233;gu&#233; des excuses sociologiques, aussi bien en France &lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut penser &#224; l'ancien Premier ministre Manuel Valls, d&#233;clarant au S&#233;nat, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; qu'aux &#201;tats-Unis, comme l'ont d&#233;nonc&#233; les sociologues Bernard Lahire et Lo&#239;c Wacquant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel impact a la pand&#233;mie de coronavirus sur le &#171; &lt;i&gt;moment punitif&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'impact en est contrast&#233;. D'un c&#244;t&#233;, en France en tout cas, on a pris au s&#233;rieux la r&#233;alit&#233; de l'&#233;pi&#8202;d&#233;mie et la possibilit&#233; que des foyers importants se d&#233;veloppent dans les prisons. La population carc&#233;rale a &#233;t&#233; r&#233;duite de pr&#232;s d'un cinqui&#232;me en quatre mois, moins d'ailleurs du fait des mesures prises par le minist&#232;re de la Justice pour faire sortir certains d&#233;tenus un peu avant la fin de leur peine qu'en raison de l'activit&#233; tr&#232;s r&#233;duite des tribunaux o&#249; l'on ne pronon&#231;ait plus de condamnations &#224; des peines d'emprisonnement. On s'est ainsi rapproch&#233; de la norme de l'encellulement individuel. L'&#233;volution a &#233;t&#233; beaucoup moins favorable aux &#201;tats-Unis, o&#249; les gouverneurs ont &#233;t&#233; tr&#232;s r&#233;ticents &#224; faire sortir des d&#233;tenus m&#234;me &#226;g&#233;s, m&#234;me malades, et o&#249; l'on a eu plus de 500 morts au cours des premiers mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, c'est dans la rue que s'est d&#233;plac&#233;e la logique punitive. Les d&#233;ficiences de la r&#233;ponse gouvernementale &#224; la pand&#233;mie ont &#233;t&#233; occult&#233;es en faisant des n&#233;gligences de la population la cause de la crise sanitaire. Un dispositif de surveillance et de r&#233;pression a &#233;t&#233; mis en place, avec de tr&#232;s nombreuses sanctions, surtout dans les quartiers populaires. Au fond, la police sanitaire a tenu lieu de sant&#233; publique, et l'on a puni les victimes de l'imp&#233;ritie des pouvoirs publics. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Seuil, 2017. Une nouvelle &#233;dition a &#233;t&#233; publi&#233;e fin 2020, augment&#233;e d'une postface intitul&#233;e : &#171; &#192; l'&#233;preuve de la pand&#233;mie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il en a tir&#233; &lt;i&gt;La Force de l'ordre : une anthropologie de la police des quartiers&lt;/i&gt; (Seuil, 2011) et &lt;i&gt;L'Ombre du monde : une anthropologie de la condition carc&#233;rale&lt;/i&gt; (Seuil, 2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Paradigme p&#233;nal, concomitant du d&#233;veloppement de l'&#201;tat-providence, qui reconnaissait des causes sociales &#224; la d&#233;linquance et insistait sur l'aspect &#171; correctif &#187; du syst&#232;me p&#233;nal : convenablement trait&#233;, un d&#233;linquant peut s'amender et retrouver une place utile dans et &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On peut penser &#224; l'ancien Premier ministre Manuel Valls, d&#233;clarant au S&#233;nat, deux semaines apr&#232;s les attentats du 13 novembre 2015 : &#171; &lt;i&gt;J'en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses ou des explications culturelles ou sociologiques &#224; ce qui s'est pass&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Le 9 janvier 2016, un an jour pour jour apr&#232;s l'attaque de l'Hyper Casher, il rench&#233;rissait : &#171; &lt;i&gt;Il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c'est d&#233;j&#224; vouloir un peu excuser.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Au sommaire du n&#176;192</title>
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&lt;p&gt;En couverture : &#171; Un chat mignon fait-il vendre plus de journaux ? &#187; (illustration : C&#233;cile K.) Quelques articles seront mis en ligne au cours du mois. Les autres seront archiv&#233;s sur notre site progressivement, apr&#232;s la parution du prochain num&#233;ro. Ce qui vous laisse tout le temps d'aller saluer votre kiosquier ou de vous abonner... Actualit&#233;s d'ici et d'ailleurs Les associations face &#224; la r&#233;pression &#8211; Au niveau local comme national, les &#233;lus ne reculent devant rien pour faire taire les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En couverture : &#171; Un chat mignon fait-il vendre plus de journaux ? &#187; (illustration : &lt;a href=&#034;http://cecilek.fr/affiches&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;C&#233;cile K.&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelques articles seront mis en ligne &lt;a href='https://cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020' class=&#034;spip_in&#034;&gt;au cours du mois&lt;/a&gt;. Les autres seront archiv&#233;s sur notre site progressivement, apr&#232;s la parution du prochain num&#233;ro. Ce qui vous laisse tout le temps d'aller saluer &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Ou-nous-trouver' class=&#034;spip_in&#034;&gt;votre kiosquier&lt;/a&gt; ou de &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Abonnement-don' class=&#034;spip_in&#034;&gt;vous abonner&lt;/a&gt;...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Actualit&#233;s d'ici et d'ailleurs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Engagez-vous-qu-ils-disaient' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les associations face &#224; la r&#233;pression&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#8211; Au niveau local comme national, les &#233;lus ne reculent devant rien pour faire taire les associations et les collectifs qui les d&#233;rangent : stigmatisation, coupe de subventions, voire proc&#232;s et interventions polici&#232;res. Des techniques diss&#233;qu&#233;es par l'Observatoire des libert&#233;s associatives dans son premier rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Perpignan-ville-en-morceaux' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Perpignan, ville en morceaux&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#8211; Sit&#244;t &#233;lu, le nouveau maire RN de Perpignan a commenc&#233; &#224; imprimer sa marque s&#233;curitaire. Comment le candidat frontiste est-il parvenu &#224; s'imposer dans la cit&#233; catalane, territoire de passages et d'&#233;changes, qui en font une ville cosmopolite ? Quels espoirs de r&#233;sistance aujourd'hui ? Reportage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Kanaky : &#171; Est-&#8202;ce que la France va enfin r&#233;ussir une d&#233;colonisation ? &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; Une fois encore, les citoyen&#183;nes de Nouvelle-Cal&#233;donie ont majoritairement dit non &#224; l'ind&#233;pendance &#8211; &#224; 53,26 % contre 46,74 %. Mais, une fois encore, ce sont les gagnants qui font grise mine et les perdants qui c&#233;l&#232;brent une &#171; d&#233;faite victorieuse &#187;. Un troisi&#232;me r&#233;f&#233;rendum para&#238;t in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;D&#233;coloniser l'enseignement des sciences&lt;/strong&gt; &#8211; L'enseignement scientifique met en valeur de grandes figures de savants et inventeurs occidentaux... occultant ainsi l'apport des autres peuples &#224; la connaissance. Et si on r&#233;habilitait les savoirs venus d'ailleurs pour d&#233;passer la vision eurocentr&#233;e qui domine dans le champ de la transmission des connaissances ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Autopromo (en gilet jaune)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Sentir-avec-son-coeur-son-nez-ses' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Sentir avec son c&#339;ur, son nez, ses yeux, sa trouille, ses doutes... &#187;&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt; &#8211; Ce 13 novembre, l'ami S&#233;bastien Navarro publie &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; aux &#233;ditions du Chien Rouge, extension de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; dans le monde du livre. Un beau roman en gilet jaune. Notre vieux compagnon de route y livre un r&#233;cit intense, bas&#233; sur son v&#233;cu des ronds-points. Petit entretien entre amis &#224; deux pas du p&#233;age. Vroum...&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Dossier : propagande &amp; manipulation de masse&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_3468 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-1633-baab7.jpg?1782650314' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Antonin Malchiodi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Personne-n-est-a-l-abri-de-la' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Personne n'est &#224; l'abri de la propagande&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#8211; &#171; &lt;i&gt;La propagande est &#224; la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique ce que la matraque est &#224; l'&#201;tat totalitaire&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crivait le linguiste Noam Chomsky. Constat lucide. Impossible d'y &#233;chapper : la propagande est partout. Qu'elle soit id&#233;ologique ou mercantile, elle s'immisce dans nos t&#233;l&#233;phones, nos &#233;crans de t&#233;l&#233;, sur les murs de nos rues et colonise jusqu'&#224; notre langage. Comment dit-on &#171; licenciement de masse &#187; en 2020 ? &#171; Plan de sauvegarde de l'emploi &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/La-propagande-est-nee-de-la' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; La propagande est n&#233;e de la n&#233;cessit&#233; d'encadrer les masses &#187;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#8211; Dans son livre&lt;i&gt; Propagande &#8211; La manipulation de masse dans&lt;/i&gt; &lt;i&gt;le monde contemporain&lt;/i&gt;, l'historien David Colon relate plus d'un si&#232;cle de persuasion publicitaire et politique. Avec cet inqui&#233;tant constat : au fil du temps, les techniques des propagandistes se sont tellement perfectionn&#233;es qu'il est de plus en plus difficile d'y &#233;chapper. Entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Bernes-par-Bernays' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Bern&#233;s par Bernays&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#8211; Neveu de Freud, Edward Bernays (1891-1995) fut l'un des p&#232;res fondateurs de la propagande moderne. Depuis ses bureaux new-yorkais, il th&#233;orisa la n&#233;cessit&#233; d'un &#171; &lt;i&gt;gouvernement invisible&lt;/i&gt; &#187; qui dicterait leur conduite aux masses sans m&#234;me qu'elles s'en rendent compte. En d&#233;veloppant des techniques inspir&#233;es des recherches de son oncle, il fit fumer les femmes et augmenter les ventes de bacon. Il offrit aussi ses services &#224; des politiciens et contribua au renversement d'un gouvernement de gauche au Guatemala. Profil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;De quelques techniques de manipulation commerciale&lt;/strong&gt; &#8211; Vous &#234;tes dans la rue. Vous avez un petit achat &#224; faire mais mince, il vous manque 50 centimes. Et la plupart des passants vous envoient bouler... Conseil : avant de leur demander une pi&#232;ce, demandez-leur l'heure qu'il est. Comme par magie, ils seront bien plus nombreux &#224; vous donner un peu de monnaie. Sceptique ? Lisez donc la suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/spip.php?page=article&amp;id_article=3239'&gt;Marathon CNews : 25 heures en enfer cathodique&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#8211; On pensait avoir trouv&#233; une bonne id&#233;e : se confronter le temps d'une longue journ&#233;e aux programmes de la cha&#238;ne d'information la plus r&#233;actionnaire de France. Et puis on est pass&#233;s &#224; l'acte, organisant un &#171; marathon CNews &#187; au local de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Entre mis&#232;re journalistique et continuelle propagande d'extr&#234;me droite, r&#233;cit d'un chemin de croix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Samuel Gontier : &#171; Sur CNews, un niveau de propagande incroyable &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; Journaliste &#224; &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;, Samuel Gontier m&#232;ne un salutaire travail d'information sur les d&#233;rives de l'audiovisuel fran&#231;ais. Il revient ici sur la radicalisation id&#233;ologique d'une cha&#238;ne clairement inf&#233;od&#233;e &#224; l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Un roi du marketing : Trump &#224; tous les &#233;tages&lt;/strong&gt; &#8211; Des cravates Trump, de l'eau min&#233;rale Trump, des steaks Trump, un jeu de soci&#233;t&#233; Trump, des h&#244;tels Trump&#8230; D&#232;s les ann&#233;es 1980-90, le futur locataire de la Maison-Blanche &#233;tait devenu une super marque, au m&#234;me titre que Nike ou Starbucks. C'est donc en professionnel du marketing qu'il aborda la campagne &#233;lectorale de 2016. Avec ses torrents de &lt;i&gt;fake news&lt;/i&gt; et ses saillies d'extr&#234;me droite, ce fut une propagande guerri&#232;re, d&#233;cupl&#233;e par l'or noir du technocapitalisme : les donn&#233;es personnelles. Trump sut parfaitement les utiliser sur les r&#233;seaux sociaux. Retour sur une arnaque mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Bouquins&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Quand l'Arm&#233;nie faisait danser l'autocratie : &#171; Emport&#233; par la foule &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; Alors que la guerre tonne dans le Haut-Karabagh, retour sur un pan beaucoup moins sombre de l'histoire de l'Arm&#233;nie, la r&#233;volution du printemps 2018, en compagnie de Jean-Luc Sahagian, pr&#233;sent sur place &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Jean S&#233;nac : le soleil et des armes&lt;/strong&gt; &#8211; Soixante-trois ans apr&#232;s sa parution initiale, les &#233;ditions Terrasses r&#233;&#233;ditent un ovni litt&#233;raire : &lt;i&gt;Le Soleil sous les armes&lt;/i&gt;, une anthologie-manifeste que l'homme de radio et po&#232;te alg&#233;rien Jean S&#233;nac, &#171; &lt;i&gt;fils indocile de Camus, compagnon de po&#232;mes de Ren&#233; Char&lt;/i&gt; &#187;, avait lanc&#233;e en plein Paris alors que son pays s'embrasait. La pr&#233;sente &#233;dition regroupe &#233;galement deux recueils du po&#232;te, ainsi que divers hommages publi&#233;s apr&#232;s son assassinat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Il &#233;tait une fois un loup en slip&lt;/strong&gt; &#8211; Comment parler aux minots du business de la peur, des d&#233;rives de la soci&#233;t&#233; de consommation, du culte de la comp&#233;tition ? Par exemple en leur faisant lire l'excellente s&#233;rie BD pour enfants &lt;i&gt;Le Loup en slip&lt;/i&gt;, dont le cinqui&#232;me tome sort d&#233;but novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Les origines oubli&#233;es du &#171; Manifeste communiste &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; Dans &lt;i&gt;Un Plagiat &#8220;scientifique&#8221;&lt;/i&gt;, l'historien Alexandre Skirda d&#233;fend l'id&#233;e que le &lt;i&gt;Manifeste communiste&lt;/i&gt; de Karl Marx est un copi&#233;-coll&#233; du Manifeste de la d&#233;mocratie du philosophe Victor Considerant, publi&#233; cinq ans plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Et aussi...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Le &#171; Vid&#233;o Express &#187; de Bruxelles, un fossile dans la street&lt;/strong&gt; &#8211; Underground, poussi&#233;reux, les vid&#233;oclubs ont disparu sans qu'on ne s'en rende compte avec l'arriv&#233;e du streaming. Il en aurait fallu plus pour d&#233;courager Juan : camp&#233; &#224; quelques pas du centre de Bruxelles, son magasin de location de films est toujours debout. Rencontre avec l'un des derniers survivants d'une &#233;poque r&#233;volue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Je vous &#233;cris de l 'Ehpad (&#233;pisode 1) : &#171; Alors, tu vas torcher les vieux ? &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; Depuis la rentr&#233;e, Denis L. travaille dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes). Il chroniquera d&#233;sormais chaque mois dans ces colonnes le quotidien de ce lieu de rel&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Manifesten-vive-la-propriete' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Copinage &#233;hont&#233; &#8211; Vive la propri&#233;t&#233; collective !&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; Cher au c&#339;ur du &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, le caf&#233;-librairie associatif Manifesten (Marseille 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt;) est &#224; vendre. Pour &#233;viter qu'il ne tombe entre les mains d'un enfoir&#233; de sp&#233;culateur, l'&#233;quipe de joyeux lurons qui l'anime essaye de racheter les murs dans un cadre de propri&#233;t&#233; collective. Elle cherche donc du soutien : &#224; vot' bon c&#339;ur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Cap sur l'utopie : place aux crimes lib&#233;rateurs !&lt;/strong&gt; &#8211; Dans &lt;i&gt;Les Empoisonneurs&lt;/i&gt;, S&#233;bastien Fontenelle montre notamment comment les &#233;ditocrates r&#233;actionnaires minorent l'antis&#233;mitisme issu de leur rang, alors qu'ils mettent r&#233;guli&#232;rement en exergue celui exprim&#233; par certains musulmans. Un autre avatar de l'islamophobie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;L'&#233;dito&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Retour-a-l-anormal' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Retour &#224; l'anormal&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; / &lt;strong&gt;&#199;a br&#251;le !&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/And-the-new-President-is' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;And the new President is...&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; / &lt;strong&gt;Les bonnes nouvelles du mois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Horoscope&lt;/strong&gt; / &lt;strong&gt;Abonnement&lt;/strong&gt; (&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Abonnement-don' class=&#034;spip_in&#034;&gt;par ici&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_3466 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/pdf/-26.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 831.8 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1788529590' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;192 de CQFD en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lettre &#224; mes amours p&#233;d&#233;s cisgenres</title>
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		<dc:date>2020-09-01T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mario</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Sarah Fisthole</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Mario est un homme trans, assign&#233; au genre f&#233;minin &#224; sa naissance. Sa sexualit&#233; de mec qui aime les hommes est marqu&#233;e par un corps diff&#233;rent. Dans cette lettre qui parle d'amour, de solitude et de violences, Mario aborde son rapport au cruising, l'art de la drague entre hommes dans les lieux publics. Un r&#233;cit intime des bouleversements qui le traversent et de ses questions rest&#233;es pour l'instant sans r&#233;ponse. De toute fa&#231;on, mon rapport &#224; la sexualit&#233; a toujours &#233;t&#233; compliqu&#233;. De toute (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no189-juillet-aout-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;189 (juillet-ao&#251;t 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sarah-Fisthole" rel="tag"&gt;Sarah Fisthole&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/desir" rel="tag"&gt;d&#233;sir&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mario est un homme trans, assign&#233; au genre f&#233;minin &#224; sa naissance. Sa sexualit&#233; de mec qui aime les hommes est marqu&#233;e par un corps diff&#233;rent. Dans cette lettre qui parle d'amour, de solitude et de violences, Mario aborde son rapport au cruising, l'art de la drague entre hommes dans les lieux publics. Un r&#233;cit intime des bouleversements qui le traversent et de ses questions rest&#233;es pour l'instant sans r&#233;ponse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3405 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L486xH400/-1590-6ac12.jpg?1782651098' width='486' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Sarah Fisthole
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De toute fa&#231;on, mon rapport &#224; la sexualit&#233; a toujours &#233;t&#233; compliqu&#233;. De toute fa&#231;on mon corps est marqu&#233; par le temps, les transitions. De toute fa&#231;on il a v&#233;cu les violences et la coercition. Alors dis-moi, comment on baise&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui baise quoi, qui baise qui et &#231;a change quoi ? Depuis que je prends de la testost&#233;rone, que mon corps habill&#233; est identifi&#233; dans les espaces publics comme masculin et que mes regards me placent du c&#244;t&#233; des p&#233;d&#233;s, je ne cesse de me poser cette question : comment on baise ? Je me mets o&#249; et tu fais quoi ? Car si tout change, rien ne bouge. Comme toujours, mon d&#233;sir va vers les hommes et, pris au pi&#232;ge entre diverses repr&#233;sentations de ce que c'est que de faire du sexe entre mecs, d'&#234;tre un &#171; vrai p&#233;d&#233; &#187;, mon pass&#233; et les angoisses dont mon corps porte encore les stigmates, je ne sais parfois plus vers o&#249; me tourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je te mate dans la rue et que tu me regardes en retour, nous pensons tous les deux &#224; la queue que je n'ai pas. Moi parce que j'ai peur d'&#234;tre d&#233;couvert et toi parce que tu la d&#233;sires. Alors il reste les cages d'escalier et le noir complet. Les soir&#233;es o&#249; bourr&#233;, si tu m'interpelles, je te suivrai sur la pointe des pieds. D'une certaine fa&#231;on le fait de&lt;i&gt; cruiser&lt;/i&gt;, m&#234;me si je ne vais souvent pas plus loin que du flirt, me permet de garder la t&#234;te haute et me fait me sentir moins seul. On se croise et lorsque tu me regardes, je suis homme. Je me sens beau. Je me sens faire partie d'une communaut&#233; secr&#232;te dont nous seuls connaissons les codes. Petit sourire en coin, yeux qui p&#233;tillent. Il est tard et on tra&#238;ne dehors. On tourne dans les rues, on se cherche et j'aime la tension qui s'en d&#233;gage ; le sentiment d'appartenance communautaire et notre d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On ne me baise pas, ou si peu &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; toi, inconnu de la rue, je ne te dirai pas que je suis trans&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Personne dont le genre ressenti diverge de celui assign&#233; &#224; la naissance.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, tu ne le sauras pas, je d&#233;vierai tes mains, je les emp&#234;cherai de savoir, je te ceinturerai pour que tu ne t'aventures pas sur des territoires dangereux. Parce que j'en ai trop entendu. J'ai trop compris. Face &#224; moi, le d&#233;sir est complexe : on doit apprendre &#224; faire avec ma chatte. Cela n&#233;cessite du temps. Je suis d'ailleurs toujours oblig&#233; de le r&#233;p&#233;ter : si tu veux qu'on ait des rapports sexuels chouettes, orgasmiques, consentis, il te faudra prendre le temps et me laisser l'espace d'&#234;tre qui je suis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce temps comme cet espace sont des luxes qui ne me sont que rarement accord&#233;s et je suis trop souvent rel&#233;gu&#233; dans les limbes de l'ambigu&#239;t&#233; ou du platonique. En r&#233;alit&#233; on m'embrasse, on me touche, on se frotte, on dort avec moi, on me c&#226;line comme un joujou mais on ne me baise pas, ou si peu. On me le dit aussi : non, on n'ira pas plus loin. On m'explique. Et on se raisonne, car il est difficile d'&#234;tre p&#233;tri de d&#233;sir pour moi. Je suis le petit fr&#232;re, le gar&#231;on &#224; qui on tient la main, l'&#233;paule disponible, celui que tu vois comme un adolescent alors m&#234;me que je suis plus vieux que toi, et l'ami toujours pr&#233;sent. Mais on ne me retourne pas. Par contre on me serre fort, pour ne pas voir ma douleur et masquer sa g&#234;ne. Et aujourd'hui, je sais, ils veulent ma chaleur mais pas le feu. Alors je cours les rues et cherche des &#233;tincelles dans les regards.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Alors c'est &#231;a aussi d'&#234;tre p&#233;d&#233; ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je te suis, tu me suis, on s'embrasse, je te touche, tu m'entra&#238;nes, je te dis non, tu n'entends pas, tu me pousses, je te d&#233;sire quand m&#234;me, tu ouvres la porte et on entre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la porte se ferme cette fois, voil&#224; que je ne sais plus. Alors je me jette sur ta queue, parce que c'est plus simple de m'agenouiller que de r&#233;fl&#233;chir &#224; mon propre d&#233;sir et mes peurs. Et quand je te retourne contre le mur pour te bouffer le cul et que tu g&#233;mis, je me sens puissant, je suis un homme. Mais quand c'est toi qui me jettes, me plaques et m'encules de force sans capote alors que je dis non, je panique. Qu'est-ce que je fais l&#224; ? Est-ce que tu as vu que je n'avais pas de bite ? Comment est-ce que je me sens ? Voil&#224; que tu ouvres la porte. Il est une heure du matin, tu plantes un baiser humide sur ma joue puis traces ta route dans la nuit tandis que je reste seul avec du sperme d&#233;goulinant de mon short. Je sais ce qu'il faut que je fasse : aller &#224; l'h&#244;pital, prendre un traitement post-exposition&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traitement qui r&#233;duit le risque de contamination par le VIH apr&#232;s une prise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, dire ce qu'il s'est pass&#233;. Mais raconter quoi et comment ? Est-ce que c'est une agression ? Et qui s'est fait agresser ? Un jeune mec p&#233;d&#233;, une fille biscornue ou tout simplement un mec trans ? Comment en parler ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors c'est aussi &#231;a d'&#234;tre p&#233;d&#233; ? &#199;a existe chez vous aussi ? Mais pourquoi personne n'a rien &#224; en dire ? Et lorsque j'en parle &#224; mes copains les p&#233;dales n&#233;s du bon c&#244;t&#233; du genre, pourquoi me regardent-ils comme si c'&#233;tait une partie de l'apprentissage ? Mais apprentissage de quoi ? De la honte ? Mais nous la connaissons tous d&#233;j&#224;. Finalement mon corps, ses d&#233;sirs, et la vie que nous avons men&#233;e ont-ils leur place quelque part ? Existe-t-il un moyen de vivre ma sexualit&#233; comme je l'entends sans craindre ni rejet, ni f&#233;tichisation, ni agression ? Tant de questions qui restent pour l'instant sans r&#233;ponse, tant et si bien que lorsque je n'y prends pas garde, je m'enferme dans le silence.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On est dans le m&#234;me radeau &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors pour &#233;viter cette mort silencieuse, je voudrais pouvoir vous dire que je vous aime. Vous &#234;tes mes fr&#232;res de gal&#232;re, de sexe, d'amour, d'amiti&#233;, d'affection aussi. Vous m'apportez des choses que je ne pensais pas possibles lorsque j'&#233;tais coinc&#233; dans cette vie h&#233;t&#233;rosexuelle monogame mortif&#232;re qui n'a jamais &#233;t&#233; la mienne. J'ai essay&#233; de toutes mes forces d'&#234;tre la bonne meuf, de celles qui font la bouffe, qui r&#233;confortent leur petit mari et rendent les parents fiers, mais ce n'est pas qui je suis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais ce qu'il en co&#251;te de sortir du placard. Je sais ce qu'il en co&#251;te de ne pas &#234;tre la norme et de savoir que quoi que tu fasses, le moule ne te correspondra pas car il est carr&#233; et tu es rond. Je sais ce que nos vies de&lt;i&gt; queers &lt;/i&gt;nous co&#251;tent, comme je sais qu'elles nous pressurisent jusqu'&#224; nous laisser exsangues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je sais aussi que je ne supporte plus le silence autour de mes diff&#233;rences. Je suis p&#233;d&#233; et trans. Nous sommes sur le m&#234;me radeau, mais on n'y est pas arriv&#233;s de la m&#234;me fa&#231;on. J'ai nag&#233; plus longtemps, dans des eaux plus sombres et contre des courants plus forts et j'aimerais qu'on en parle. Qu'on parvienne &#224; trouver des ponts, des liens entre nous tous qui avons grandi avec ce sentiment de d&#233;viance et de monstruosit&#233; que la soci&#233;t&#233; cis-h&#233;t&#233;ronormative nous fait ressentir.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le patriarcat se retrouve dans les interstices de nos libert&#233;s &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Car moi et mon corps trans sommes fatigu&#233;s. Fatigu&#233;s de parler dans le vide, fatigu&#233;s de se faire rejeter, dominer, agresser et d'&#234;tre renvoy&#233;s aux limites de cette communaut&#233; de&lt;i&gt; freaks&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Monstre humain &#187;. Anglicisme qui d&#233;signe des personnes qui rejettent les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, d&#233;j&#224; marginale. Parfois j'ai l'impression qu'on reproduit la violence que nous nous sommes mang&#233;s et qu'on la vomit dans nos relations. Les douleurs qu'ont subies nos corps, inflig&#233;es par le regard cis-h&#233;t&#233;ro&#8202;sexuel et le patriarcat, se retrouvent dans les interstices de nos libert&#233;s et si nous voulons respirer il devient urgent de les d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais qu'on se penche sur nos blessures et qu'on r&#233;fl&#233;chisse &#224; ne pas reproduire ces rapports de domination : ceux des mascs&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abr&#233;g&#233; du mot &#171; masculin &#187;, le terme fait r&#233;f&#233;rence aux st&#233;r&#233;otypes associ&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; sur les fems&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abr&#233;g&#233; du mot &#171; f&#233;minin &#187;, le terme fait r&#233;f&#233;rence aux st&#233;r&#233;otyp&#233;s associ&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, des blanc.hes sur des racis&#233;. es, des cisgenres sur les transgenres, des s&#233;ronegs sur les s&#233;ropos&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour &#171; s&#233;ron&#233;gatifs &#187; et &#171; s&#233;ropositifs &#187;.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, des p&#233;n&#233;trant.es sur les p&#233;n&#233;tr&#233;.es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais qu'on en finisse avec la violence de l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233; et l'autod&#233;testation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais qu'on soit heureux. Mais pour &#231;a il faudrait qu'on en parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors mes amours, on s'y met quand ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mario&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Cet article est extrait d'un dossier de 17 pages consacr&#233; aux sexualit&#233;s, publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 189 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (juillet-ao&#251;t 2020).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Personne dont le genre ressenti diverge de celui assign&#233; &#224; la naissance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Traitement qui r&#233;duit le risque de contamination par le VIH apr&#232;s une prise de risque r&#233;cente.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Monstre humain &#187;. Anglicisme qui d&#233;signe des personnes qui rejettent les normes de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Abr&#233;g&#233; du mot &#171; masculin &#187;, le terme fait r&#233;f&#233;rence aux st&#233;r&#233;otypes associ&#233;s &#224; la masculinit&#233; h&#233;g&#233;monique et dominante (blanche, h&#233;t&#233;rosexuelle et cisgenre).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Abr&#233;g&#233; du mot &#171; f&#233;minin &#187;, le terme fait r&#233;f&#233;rence aux st&#233;r&#233;otyp&#233;s associ&#233;s &#224; la f&#233;minit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour &#171; s&#233;ron&#233;gatifs &#187; et &#171; s&#233;ropositifs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Ta gueule, Olaf !</title>
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&lt;p&gt;Le Chien Noir a r&#233;cidiv&#233;. Comme le mois dernier, il nous a envoy&#233; une nouvelle, en l'occurrence une petite improvisation sur un futur qui s'annonce m&#233;chamment b&#233;tonn&#233;, &#224; faire flipper Tonton Orwell. Et comme personne ne s'appelle Olaf &#224; la r&#233;dac', on a d&#233;cid&#233; de la publier. Il n'y a pas grand-chose &#224; dire sur Olaf. C'est un gar&#231;on convenable. Bien not&#233;. Appr&#233;ci&#233; pour son enthousiasme. Moul&#233; comme il faut. Sociable en diable. Et plut&#244;t s&#233;duisant avec &#231;a, dot&#233; de ce charme scandinave &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Baptiste-Alchourroun" rel="tag"&gt;Baptiste Alchourroun&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-avais" rel="tag"&gt;j'avais&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le Chien Noir a r&#233;cidiv&#233;. Comme le mois dernier, il nous a envoy&#233; une nouvelle, en l'occurrence une petite improvisation sur un futur qui s'annonce m&#233;chamment b&#233;tonn&#233;, &#224; faire flipper Tonton Orwell. Et comme personne ne s'appelle Olaf &#224; la r&#233;dac', on a d&#233;cid&#233; de la publier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3440 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH585/-1609-72538.jpg?1782651936' width='400' height='585' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Baptiste Alchourroun
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas grand-chose &#224; dire sur Olaf. C'est un gar&#231;on convenable. Bien not&#233;. Appr&#233;ci&#233; pour son enthousiasme. Moul&#233; comme il faut. Sociable en diable. Et plut&#244;t s&#233;duisant avec &#231;a, dot&#233; de ce charme scandinave &#224; la fois lisse et torride qui fait r&#234;ver les amateurs et amatrices de virilit&#233; sauce Krisprolls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des autres employ&#233;s appr&#233;cient sa compagnie. Certains d'entre eux semblent m&#234;me s'&#234;tre li&#233;s d'amiti&#233; avec lui, puisqu'il me revient &#224; l'occasion la mention de soir&#233;es o&#249; il aurait &#171; &lt;i&gt;assur&#233; comme un maboul&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;fait marrer tout le monde&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs aussi l'ont &#224; la bonne, puisqu'il a r&#233;cemment &#233;t&#233; prolong&#233; avec augmentation. Et cela sans susciter de grincements ou de jalousie, tant il prend bien garde &#224; ne pas nous &#233;clabousser de sa r&#233;ussite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, Olaf est un gar&#231;on parfait. Pas un cheveu qui d&#233;passe et une stature sociale en tungst&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, c'est plus fort que moi : je ne le supporte pas.
&lt;i&gt;
Du tout&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit qu'il entre dans mon bureau ou stagne &#224; c&#244;t&#233; de moi &#224; la machine &#224; caf&#233; pour que mes nerfs se h&#233;rissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme &#231;a : du fond de mes tripes, je le hais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument, purement, visc&#233;ralement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai longtemps d&#251; r&#233;primer cette envie de le baffer. Assur&#233;ment, je ne pouvais pas me permettre de laisser sortir ce &#171; &lt;i&gt;Ta gueule Olaf&lt;/i&gt; &#187; qui bramait en moi quand je l'&#233;coutais d&#233;blat&#233;rer sur la derni&#232;re victoire du PSG ou vanter le robot domestique qu'il s'&#233;tait offert pour parfaire ses smoothies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas convenable, ma haine, pas socialement acceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je gardais donc &#231;a en mon for int&#233;rieur, forgeant mon ulc&#232;re au quotidien, avec en t&#234;te de puissants fantasmes inassouvis o&#249; j'empalais Olaf sur le b&#226;ton merdeux de sa propre insignifiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il m'a fait ? Rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simplement : il parle, se d&#233;place, respire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insupportable.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Perso, je n'ai pas trop mal v&#233;cu la p&#233;riode dite des &#171; &lt;i&gt;sept confinements&lt;/i&gt; &#187;. J'en ai m&#234;me tir&#233; le grand plaisir de ne pas &#234;tre confront&#233; au quotidien &#224; l'horripilant faci&#232;s satisfait d'Olaf, ou alors via un &#233;cran &#8211; le t&#233;l&#233;travail a ses vertus. Quand le gouvernement a annonc&#233; la fin des vacances, c'est donc avec une certaine appr&#233;hension que j'ai repris le chemin du boulot. Et j'avais bien raison de flipper : Olaf avait encore augment&#233; son taux de baffitude existentielle, puisqu'il avait r&#233;ussi &#224; se confi no-choper Norma, la petite rousse du service compta que je convoite en vain depuis cinq ans et qui a grandement enrichi ma collection de r&#226;teaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais donc forc&#233;ment d&#233;goupill&#233; un jour ou l'autre, avec licenciement &#224; la cl&#233;, si les autorit&#233;s n'avaient eu l'heureuse id&#233;e d'imposer &#224; la nation l'application Safe-Cov, un outil de &#171; &lt;i&gt;contr&#244;le sanito-social&lt;/i&gt; &#187; cens&#233; enrayer la pand&#233;mie tout en &#171; &lt;i&gt;am&#233;liorant la vie quotidienne&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son principe ? Fort simple. Chaque citoyen est dot&#233; d'un permis &#224; points sanitaire, accessible &#224; tout moment depuis un smartphone. La perte de points est synonyme de restrictions sociales pouvant aller jusqu'&#224; l'imposition d'un confinement total. Cerise sur le g&#226;teau orwellien : tout citoyen bien not&#233; peut d&#233;noncer les turpitudes d'un cong&#233;n&#232;re et ainsi d&#233;grader son &#171; &lt;i&gt;immunit&#233; sociale&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233; : la parfaite h&#233;riti&#232;re des applis chinoises qui ont tant fait jaser il y a quelques ann&#233;es, mais ont depuis amplement prouv&#233; leur efficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il ne s'agit pas d'intensifier la surveillance, mais de huiler les rouages de notre m&#233;canique sociale et sanitaire&lt;/i&gt; &#187;, a assur&#233; le Premier ministre le jour o&#249; le d&#233;cret a &#233;t&#233; mis en place. Ajoutant : &#171; &lt;i&gt;Je peux vous assurer qu'aucune d&#233;rive ne sera accept&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'te blague &#8211; m&#234;me lui n'y croyait pas.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand la mesure a &#233;t&#233; appliqu&#233;e, je me suis rapidement vu octroyer un statut social &#171; &lt;i&gt;premium&lt;/i&gt; +++ &#187;, la Rolls en la mati&#232;re. De quoi pavoiser aupr&#232;s de mes coll&#232;gues bien moins lotis. Et garantir qu'on ne viendrait pas toucher &#224; mes petits &#171; privil&#232;ges &#187;. En tant qu'informaticien de la bo&#238;te, je b&#233;n&#233;ficie en effet d'un acc&#232;s &#224; toutes les connexions de mes coll&#232;gues de bureau. Si untel se paluche sur un site porno hongrois sp&#233;cialis&#233; dans la zoophilie canine, je le sais. Si une autre est largu&#233;e par son keum qui n'appr&#233;cie pas l'odeur de ses pieds, itou. Et si le boss consulte en secret une cartomancienne pr&#233;nomm&#233;e Rita, je peux me bidonner en lisant ses &#233;lucubrations &#8211; &#171; &lt;i&gt;Le 12, Saturne s'allie &#224; Pluton pour vous filer des aigreurs d'estomac&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cerise sur la toute-puissance, je suis d&#233;sormais en mesure de prendre le contr&#244;le des applis Safe-Cov des employ&#233;s de la bo&#238;te. Oh, il est bien cens&#233; y avoir quelques pare-feu &#224; ce type de d&#233;tournement, mais tout mec un peu cal&#233; en bidouille informatique peut facilement les faire sauter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saisissant vite la douce &#233;tendue des possibles, je n'ai pas tard&#233; &#224; dresser mon machiav&#233;lique plan de bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis j'ai l&#226;ch&#233; mes chiens de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corine du service comptabilit&#233; a commenc&#233; par signaler Olaf pour &#171; &lt;i&gt;non-respect des consignes de distanciation&lt;/i&gt; &#187;. Alain-Jacques de la divi sion marketing a enfonc&#233; le clou en d&#233;non&#231;ant son peu d'assiduit&#233; &#224; nettoyer les toilettes apr&#232;s son passage. Mouloud des ressources humaines a rapport&#233; qu'il tenait des propos d&#233;faitistes sur la sortie de crise. Et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En deux semaines, Olaf &#233;tait une &#233;pave sociale, class&#233; &#171; &lt;i&gt;sous-citoyen minus&lt;/i&gt; &#187;. Comme tout le monde &#233;tait au courant, plus personne ne lui parlait. Quant &#224; Norma, elle l'a largu&#233; d'un mail bien senti, estimant qu'elle m&#233;ritait mieux qu'un &#171; &lt;i&gt;d&#233;chet humain pleurnichant sur son sort&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et moi j'&#233;tais au paradis : quel bonheur de le voir errer dans les couloirs comme une &#226;me en peine, p&#226;le et tremblant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai parachev&#233; son exclusion sociale en utilisant le compte Safe-Cov de Brigitte du secr&#233;tariat, qui l'a d&#233;nonc&#233; pour &#171; &lt;i&gt;non-port du masque &#224; la caf&#233;t&#233;ria et postillons dans les salsifis&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e, Olaf a disparu, condamn&#233; &#224; trois ann&#233;es de confinement communautaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;chec et mat, gros.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pendant deux semaines, j'&#233;tais aux anges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans Olaf, la vie &#233;tait plus l&#233;g&#232;re, presque joyeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis tout s'est &#233;croul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consultant mon compte un lundi matin, j'ai vu que j'&#233;tais pass&#233; de &#171; &lt;i&gt;premium&lt;/i&gt; +++ &#187; &#224; &#171; &lt;i&gt;premium&lt;/i&gt; ++ &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absurde : quelqu'un m'avait d&#233;nonc&#233; pour &#171; habillement n&#233;glig&#233; &#187;, alors m&#234;me que le vendredi pr&#233;c&#233;dent j'avais &#233;pat&#233; tout le monde avec une splendide cravate jaune &#224; motifs toucans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, rebelote : d&#233;gringolade en &#171; &lt;i&gt;premium&lt;/i&gt; + &#187;. Il &#233;tait pr&#233;cis&#233; que j'avais plusieurs fois touss&#233; sans mettre le coude devant la bouche, ce qui ne m'arrive absolument jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne comprenais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, ma chute a &#233;t&#233; fort rapide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une semaine plus tard, j'&#233;tais &#171; &lt;i&gt;sous-citoyen minus&lt;/i&gt; &#187;, rasant les murs, fig&#233; dans ma honte sociale. Quelques jours encore et paf : confino-vir&#233; en appartement collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peine : deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que je rangeais mes affaires en pleurant sous le regard m&#233;prisant de mes coll&#232;gues, j'ai re&#231;u une invitation &#224; converser sur WhatsApp &#8211; num&#233;ro inconnu. Je ne voulais pas r&#233;pondre, mais mon coude a rip&#233; sur le clavier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une gueule hilare s'est affich&#233;e sur l'&#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nom d'un chien noir : OLAF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En chair et en moche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pire : l'enfoir&#233; se marrait comme une baleine, visiblement r&#233;joui de ma d&#233;confiture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s quelques secondes de bidonnage, il s'est finalement calm&#233;, me lan&#231;ant : &#171; &lt;i&gt;Alors mon con, toi aussi t'es confino-vir&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ravalant mes larmes, j'ai opin&#233; tristement, comprenant que d'une mani&#232;re ou d'une autre il avait appris le r&#244;le que j'avais jou&#233; dans sa d&#233;confiture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lui : &#171; &lt;i&gt;Et tu connais le lieu o&#249; tu vas &#234;tre enferm&#233; pour t&#233;l&#233;travailler&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, je connaissais. 32 boulevard des Mouettes, dans le 7&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, un genre de colocation pour deux, en open-space.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je lui ai dit, il s'est derechef &#233;trangl&#233; de rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tu vois le bureau &#224; c&#244;t&#233; du mien&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, qu'il a demand&#233; en gloussant, me d&#233;signant le petit pupitre d'&#233;colier plac&#233; &#224; deux m&#232;tres de lui, bien visible &#224; la cam&#233;ra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Bienvenue chez toi, gros&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, qu'il a hurl&#233; dans un dernier spasme, avant de couper la communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai moulin&#233; des neurones quelques secondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis saisi la port&#233;e de ce qu'il venait de me dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, c'est pas possible. &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non non non.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon cri d'effroi a r&#233;sonn&#233; jusqu'&#224; la lune, butant quelques mouettes au passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;chec et mat.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Chien Noir&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'autres nouvelles du Chien Noir sont &#224; retrouver sur son blog : &lt;a href=&#034;https://chien-noir.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chien-Noir.org&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gwen Fauchois : &#171; Les citoyens ne d&#233;cident de rien mais sont responsables de tout &#187;</title>
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		<dc:date>2020-06-14T17:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aude Vidal</dc:creator>


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		<dc:subject>Gwen Fauchois</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ancienne vice-pr&#233;sidente d'Act Up-Paris, Gwen Fauchois a particip&#233; en premi&#232;re ligne aux luttes de la &#171; communaut&#233; Sida &#187; dans les ann&#233;es 1990. &#192; l'aune de cette exp&#233;rience militante, elle d&#233;cortique l'incurie des autorit&#233;s dans la gestion de la crise sanitaire actuelle. Entretien. C'&#233;tait il y a long&#8202;temps, tr&#232;s longtemps. Le 12 mars dernier, quelques jours avant le d&#233;but du confinement. Dans un billet intitul&#233; &#171; Coronavirus : la r&#233;duction des risques et la solidarit&#233;, c'est nous &#187;, Gwen (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Eugene-Riousse" rel="tag"&gt;Eug&#232;ne Riousse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alors" rel="tag"&gt;Alors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gouvernement" rel="tag"&gt;gouvernement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/confinement" rel="tag"&gt;confinement&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/publics" rel="tag"&gt;publics&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gwen-Fauchois" rel="tag"&gt;Gwen Fauchois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ancienne vice-pr&#233;sidente d'Act Up-Paris, Gwen Fauchois a particip&#233; en premi&#232;re ligne aux luttes de la &#171; communaut&#233; Sida &#187; dans les ann&#233;es 1990. &#192; l'aune de cette exp&#233;rience militante, elle d&#233;cortique l'incurie des autorit&#233;s dans la gestion de la crise sanitaire actuelle. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3367 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L468xH400/-1554-bd2cb.jpg?1782649534' width='468' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Eug&#232;ne Riousse
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait il y a long&#8202;temps, tr&#232;s longtemps. Le 12 mars dernier, quelques jours avant le d&#233;but du confinement. Dans un billet intitul&#233; &#171; &lt;a href=&#034;http://gwenfauchois.blogspot.com/2020/03/coronavirus-la-reduction-des-risques-et.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Coronavirus : la r&#233;duction des risques et la solidarit&#233;, c'est nous&lt;/a&gt; &#187;, Gwen Fauchois s'aga&#231;ait sur son blog de voir passer des comparaisons &#171; &lt;i&gt;idiotes&lt;/i&gt; &#187; entre le coronavirus et le VIH : &#171; &lt;i&gt;Deux virus et deux &#233;pid&#233;mies qui m&#233;dicalement ne sont pas comparables&lt;/i&gt; &#187;, ass&#233;nait-elle. &#171; &lt;i&gt;Pourtant,&lt;/i&gt; ajoutait l'ancienne vice-pr&#233;sidente de l'association Act Up-Paris,&lt;i&gt; s'il y a une communaut&#233; qui devrait partager son exp&#233;rience, c'est bien la communaut&#233; sida.&lt;/i&gt; &#187; Et la militante f&#233;ministe et lesbienne, habitante du 18&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement de la capitale, de rappeler l'auto-organisation qui s'&#233;tait alors &#233;labor&#233;e entre les personnes s&#233;ropositives et leurs proches : &#171; &lt;i&gt;Nous avons su et d&#251; ne pas attendre l'&#201;tat pour organiser des r&#233;ponses &#224; notre &#233;chelle. Nous savions la n&#233;cessit&#233; de prendre soin de soi pour ne pas transmettre &#224; d'autres y compris des pathologies b&#233;nignes pour nous mais potentiellement graves pour nos amis immuno-d&#233;&#8202;prim&#233;s. Nous savions respecter les mesures de pr&#233;cautions &#233;l&#233;mentaires, ne plus nous embrasser s'il le fallait et quand il le fallait et c&#233;l&#233;brer la vie n&#233;anmoins. Nous savions faire leurs courses, leurs d&#238;ners, leurs lessives si besoin. Nous pouvons nous inspirer de ces exp&#233;riences. Des savoirs et solidarit&#233;s populaires. Des savoirs de ceux qui savent d'abord devoir compter sur eux-m&#234;mes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but mai, quelques jours avant la fin du confinement g&#233;n&#233;ralis&#233;, nous avons demand&#233; &#224; Gwen Fauchois quel &#233;tait son regard sur ces deux mois de choix politiques ubuesques. Bilan s&#233;v&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ton billet du 12 mars, alors que s'esquissait une gestion autoritaire de la crise sanitaire, tu nous avertissais qu'une pand&#233;mie ne se g&#232;re pas contre les gens mais avec eux, et que les communaut&#233;s ont des ressources pr&#233;cieuses, comme tu l'as exp&#233;riment&#233; en militant &#224; Act Up. On est deux mois plus tard et on cause de tout &#231;a juste avant un d&#233;confinement qui va beaucoup faire appel au civisme et &#224; la responsabilit&#233; individuelle... alors m&#234;me que les &#233;lites politiques se sont comport&#233;es de mani&#232;re inique. Quels sont les points communs entre ces deux pand&#233;mies, le VIH et le Covid-19 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parmi les points communs, on peut retenir certaines formes de gestion ou de non-gestion par les pouvoirs publics. Dans mon billet pr&#233;-confinement, j'attirais l'attention sur le fait qu'&#224; partir de nos exp&#233;riences pass&#233;es on pouvait se douter que l'&#201;tat allait g&#233;rer la pand&#233;mie avec des temps de retard sur le rythme de sa progression et que ses priorit&#233;s ne seraient sans doute pas celles de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, ces deux points se sont av&#233;r&#233;s exacts. D'une part, le gouvernement a syst&#233;matiquement pris ses d&#233;cisions en se calant sur ce qu'il observait en temps r&#233;el. Ce d&#233;faut d'anticipation a conduit &#224; ce que ses mesures perdent de l'efficacit&#233; qu'elles auraient pu avoir &#224; un stade ant&#233;rieur, provoquant une surench&#232;re de brutalit&#233; car intervenant chaque fois dans un contexte d&#233;pass&#233; et plus mena&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la priorit&#233; qui a dict&#233; ces choix n'&#233;tait pas le soutien et la protection des personnes, mais d'abord l'id&#233;e de prot&#233;ger &#224; tout prix l'appareil de production des cons&#233;quences d'une h&#233;catombe potentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre-l&#224;, le soin aux personnes &#233;tait plus connexe que premier. Il s'est moins agi d'organiser prise en charge et pr&#233;vention, fin des contaminations ou &#233;radication de l'&#233;pid&#233;mie que d'ajuster les effets de celle-ci au socialement acceptable. C'est-&#224;-dire, en gros : quelles morts allaient &#234;tre socialement et &#233;conomiquement admises sans provoquer d'explosion sociale, quelle part de la population on pouvait confiner ou contraindre &#224; prendre des risques et &#224; aller au travail et quelle proportion de malades l'appareil sanitaire serait capable d'absorber, notamment les services de r&#233;animation aux capacit&#233;s r&#233;duites par des ann&#233;es d'aust&#233;rit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au-del&#224; du &#171; tou&#183;tes ensemble &#187; et de &#171; la loi qui est la m&#234;me pour tou&#183;tes &#187;, ce qui a saut&#233; aux yeux, c'&#233;tait l'in&#233;galit&#233; devant les conditions de confinement (conditions de logement et de travail, acc&#232;s &#224; un revenu). La maladie elle-m&#234;me touche les corps diff&#233;remment selon la classe et le statut social. En quoi l'action de l'&#201;tat a-t-elle aggrav&#233; ces in&#233;galit&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les pouvoirs publics ont fait comme si on pouvait traiter de fa&#231;on indiff&#233;renci&#233;e la population, en faisant abstraction des conditions mat&#233;rielles et sp&#233;cifiques dans lesquelles les gens vivent. Ils ont pr&#233;tendu que le virus frappait de fa&#231;on universelle et que les barri&#232;res pouvaient &#234;tre con&#231;ues en ne consid&#233;rant que les seuls aspects m&#233;dicaux, en n&#233;gligeant les volets humains et sociaux de la propagation. Alors qu'en r&#233;alit&#233; une &#233;pid&#233;mie se d&#233;place, cro&#238;t ou se combat en fonction du r&#233;el, des conditions d'existence comme des pratiques de la m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a syst&#233;matiquement parl&#233; &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; confinement, comme s'il n'y en avait qu'un, alors que ce n'est pas du tout la m&#234;me chose &#8211; je vais caricaturer un peu &#8211; d'&#234;tre confin&#233;&#183;e &#224; plusieurs dans un petit appartement ou au bord de sa piscine dans son jardin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce confinement a &#233;t&#233; construit en se basant sur un &#233;talon pos&#233; comme universel mais qui en r&#233;alit&#233; ne ressemble qu'&#224; un segment tr&#232;s partiel de la population. Ce standard ressemble d'assez pr&#232;s &#224; ceux qui nous gouvernent : c'est plut&#244;t un homme blanc, ais&#233;, h&#233;t&#233;ro, cis, ayant un logement. Peu importe qu'il ne corresponde que fort peu &#224; une tr&#232;s large partie de la population, il est &#233;rig&#233; en prototype repr&#233;sentatif. Et c'est &#224; partir de ses mode de vie et besoins qu'est impos&#233; le mod&#232;le de r&#233;ponse &#224; l'&#233;pid&#233;mie sans que soient prises en compte la diversit&#233; des r&#233;alit&#233;s et les difficult&#233;s sp&#233;cifiques des un&#183;es et des autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; des conditions de vie tr&#232;s in&#233;gales, le m&#234;me comportement &#233;tait demand&#233; &#224; chacun.e, avec une suspicion envers les quartiers populaires. Le 7 mai on comptait au moins huit morts sous les coups de la police en &#224; peine huit semaines. C'est un ennemi de l'int&#233;rieur qu'on a construit, la figure du jeune mec racis&#233; de cit&#233; qui ne respecte pas le confinement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une fois le confinement b&#226;ti sur un mod&#232;le cens&#233; pouvoir s'appliquer uniform&#233;ment, les conduites ont &#233;t&#233; &#233;valu&#233;es en rapport avec l'&#233;cart &#224; ce mod&#232;le. Mais les repr&#233;sentations des diff&#233;rents segments de la population ne sont pas plus abstraites que les conditions de vie. Elles sont culturellement et id&#233;ologiquement construites en fonction de la place de chacun&#183;e sur l'&#233;chiquier social, et notamment &#233;conomique. Mais aussi &#224; travers des prismes genr&#233;s et racis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi des classes de population sont pr&#233;sent&#233;es &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;comme plus ou moins responsables, en capacit&#233; de respecter le confinement ou au contraire pr&#233;sum&#233;es irresponsables et dangereuses. Ce qui permet dans un second temps de justifier un contr&#244;le qui, contrairement au confinement, est lui diff&#233;renci&#233; : extr&#234;mement autoritaire envers certaines classes et tol&#233;rant vis-&#224;-vis d'autres composantes de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exemple, quand il s'est agi de mettre en sc&#232;ne &lt;i&gt;[m&#233;diatiquement]&lt;/i&gt; des gens dans l'espace ext&#233;rieur : s'ils &#233;taient plut&#244;t blancs, ais&#233;s, dans des quartiers bourgeois et qu'ils ne respectaient pas strictement les r&#232;gles du confinement, on expliquait assez facilement que c'&#233;tait parce qu'ils avaient besoin de respirer, que ce comportement &#233;tait de leur part exceptionnel et m&#234;me bien normal, compr&#233;hensible. Quand il s'agissait de populations de quartiers populaires, en particulier des jeunes mecs racis&#233;s, &#224; ce moment-l&#224; on &#233;tait quasi imm&#233;diatement dans le registre de l'irresponsabilit&#233;, il n'&#233;tait plus question de ce besoin de respirer momentan&#233;ment, d'exception (et ce alors m&#234;me que leurs conditions de confinement &#233;taient bien plus rudes). Ils &#233;taient pr&#233;sent&#233;s presque par nature comme suspects de n'avoir jamais respect&#233; le confinement. Une pr&#233;somption de culpabilit&#233; leur &#233;tait appliqu&#233;e, justifiant par avance des formes de violences &#224; leur &#233;gard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au d&#233;but de la crise sanitaire, pour pallier la p&#233;nurie de masques ou de tests, le gouvernement a choisi de communiquer sur l'inutilit&#233; de porter un masque ou de tester les personnes ne pr&#233;sentant pas de sympt&#244;mes. De quelles ressources collectives nous privent les mensonges des dirigeants et leur fa&#231;on d'infantiliser le public ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La p&#233;nurie de masques et de tests a &#233;t&#233; terrible &#224; tous points de vue. D'abord elle a sans doute &#8211; conjugu&#233;e au retard et au d&#233;faut d'anticipation des pouvoirs publics (anticipation qui aurait certainement &#233;t&#233; possible, en observant ce qui se passait dans les pays voisins) &#8211; contribu&#233; au d&#233;veloppement de l'&#233;pid&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; partir du moment o&#249; on n'avait pas de masques, pas de tests, et o&#249; on ne d&#233;cidait pas de s'en procurer en urgence, il fallait pour les autorit&#233;s publiques (en contradiction avec les savoirs et imp&#233;ratifs sanitaires) d&#233;cr&#233;ter qu'ils &#233;taient inutiles, m&#234;me s'il s'agissait d'un mensonge. D&#232;s lors qu'on ne les utilisait pas, la seule solution &#233;tait un confinement autoritaire et massif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saura jamais si on aurait pu, comme d'autres pays, s'en passer. Peut-&#234;tre n'&#233;tait-il pas la seule solution ; peut-&#234;tre aurait-il pu, accompagn&#233; de distribution de masques et de tests massifs des cas symptomatiques et de leurs contacts, &#234;tre d&#233;clin&#233; sur des modes plus souples ou moins longs. Mais les p&#233;nuries et les choix politiques tardifs ne nous ont laiss&#233; que des solutions drastiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement a en outre pr&#233;f&#233;r&#233; essayer de se couvrir en dissimulant ces p&#233;nuries plut&#244;t que de les reconna&#238;tre. Ce qui a sabot&#233; un peu plus la cr&#233;dibilit&#233; de la parole publique. Mais surtout a encore retard&#233; le freinage de l'&#233;pid&#233;mie, mat&#233;riellement mais &#233;galement en termes comportementaux puisque chacun devait trier des injonctions et informations contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incurie, c'est comme un serpent qui se mord la queue. Comme les d&#233;cisions ne sont pas prises &#224; temps, elles ne produisent pas d'effet optimum. Il faut donc y ajouter d'autres mesures plus brutales, impos&#233;es par ces choix et ce retard. Comme il est difficile pour le politique d'avouer que cette brutalit&#233; est de sa responsabilit&#233;, il a tendance &#224; verser dans un autoritarisme accru pour l'imposer et masquer son incurie et sa part de responsabilit&#233;. C'est un cercle vicieux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce peuple a priori mal comprenant et mal ex&#233;cutant, il s'est pourtant organis&#233; pour faire vivre les solidarit&#233;s et faire reculer la maladie sans sacrifier l'une &#224; l'autre...
&lt;/strong&gt; &#171; Face &#224; un confinement d'urgence, con&#231;u dans la verticalit&#233; &#8211; avec les d&#233;cideurs en haut et les ex&#233;cutants en bas &#8211;, faisant tr&#232;s largement abstraction des conditions de vie et &#224; l'universalit&#233; de fa&#231;ade, la population a bien compris qu'elle &#233;tait livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me et devait compter sur ses propres savoir-faire pour que le confinement fonctionne. Elle a refus&#233; la passivit&#233; dans laquelle les pouvoirs publics pr&#233;tendaient l'enfermer ; au contraire, elle a multipli&#233; les initiatives pour essayer de compenser les moyens que les politiques ne mettaient pas &#224; sa disposition.
Elle s'est organis&#233;e &#224; l'&#233;chelle micro-locale et constitu&#233;e en r&#233;seaux de solidarit&#233; d'aide directe mat&#233;rielle (masques, m&#233;dicaments, nourriture) mais aussi d'auto-information. Elle a mis en place collectes, cagnottes redistributives, repas pour les laiss&#233;&#183;es-pour-compte. Sans cette auto-organisation, le confinement n'aurait pas pu tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons l'exemple des masques. La population, qui est loin d'&#234;tre irresponsable, a compris que m&#234;me si ce n'&#233;tait pas l'id&#233;al, le masque allait non pas prot&#233;ger mais au moins limiter les risques. Chacun&#183;e s'est mis&#183;e selon son savoir-faire &#224; fabriquer des masques, &#224; en coudre, &#224; en distribuer et &#224; adopter de fa&#231;on micro-locale une strat&#233;gie de r&#233;duction des risques alors que le gouvernement en &#233;tait incapable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le confinement a donn&#233; lieu &#224; des mesures liberticides graves (gardes &#224; vue sans avocat, prolongation sans audience des d&#233;tentions provisoires&#8230;) et &#224; des injustices aux cons&#233;quences moindres (comme les verbalisations arbitraires suivant les normes morales de policiers majoritairement hommes blancs de classe moyenne). Si on ignorait qu'on &#233;tait des administr&#233;. es, on l'a bien compris sur ce coup-ci ! Les moyens publics semblent avoir &#233;t&#233; mis sur la r&#233;pression plus que sur la pr&#233;vention et le soin. &#192; venir, le flicage des personnes contamin&#233;es. Tu peux nous expliquer le danger d'une telle politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'histoire des luttes contre les &#233;pid&#233;mies nous apprend que les mesures autoritaires sont contre-productives. Le gouvernement voudrait faire croire qu'autoritarisme et absence de consentement sont n&#233;cessit&#233; de sant&#233; publique alors que c'est exactement le contraire. Et m&#234;me dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si se faire tester suscite la crainte de subir une forme d'incarc&#233;ration, de stigmatisation ou de discrimination, cela provoquera immanquablement une m&#233;fiance vis-&#224;-vis des m&#233;decins et du m&#233;dico-social, du d&#233;ni, des conduites d'&#233;vitement, de refus et d'&#233;chappement. Ce qui favorise m&#233;caniquement la persistance de cha&#238;nes de contaminations invisibles, plus difficiles &#224; briser, soit l'exact inverse d'une politique de sant&#233; responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laquelle r&#233;clame plut&#244;t des individus inform&#233;s et adh&#233;rant aux mesures propos&#233;es et &#224; leur mise en &#339;uvre, parce qu'ils per&#231;oivent &#224; la fois individuellement et collectivement les b&#233;n&#233;fices attendus de la connaissance de leur &#233;tat de sant&#233; et d'une prise en charge respectueuse offrant des moyens de prendre soin de soi et des siens. Des individus qui deviennent, &#224; leur tour, des acteurs de pr&#233;vention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de sant&#233; comme de libert&#233;s publiques, se passer du consentement est la pire des options. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le confinement avait bien mis la pression aux gens mais le d&#233;confinement va continuer. Et parall&#232;lement &#224; &#231;a, on voit les dirigeants organiser leur auto-amnistie (pas encore vot&#233;e &#224; l'heure de cet entretien &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s plusieurs allers-retours entre le gouvernement, le S&#233;nat et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;). Il y a un deux poids, deux mesures en mati&#232;re de responsabilit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La politique du gouvernement, c'est : il d&#233;cide de tout mais n'est responsable de rien et inversement les citoyens ne d&#233;cident de rien mais sont responsables de tout. Le d&#233;confinement ne changera rien &#224; ce positionnement id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; la pression s'exerce pour un retour g&#233;n&#233;ral au travail sans que l'organisation de protection des conditions de travail soit premi&#232;re. Depuis le d&#233;but, la pression n'est pas d'abord mise sur les entreprises mais sur les travailleurs. On s'est servi d'un m&#233;lange de m&#233;pris social et d'h&#233;ro&#239;sation de celles et ceux qui devaient continuer &#224; travailler dans ces conditions pour rendre acceptable le sacrifice de leur protection et leur sant&#233;. Mais le consensus qui s'&#233;tait d&#233;gag&#233; sur cette base pour rendre acceptable le sacrifice de certaines cat&#233;gories sociales aurait &#233;t&#233; plus difficile &#224; universaliser. D'autant plus difficile que la population n'avait pas fait sien le discours national-martial, le &#8220;&lt;i&gt;Nous sommes en guerre&lt;/i&gt;&#8221; qui aurait pu permettre aux pouvoirs publics de justifier cette extension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or d&#233;confiner, c'est peu &#224; peu g&#233;n&#233;raliser ce retour au travail, m&#234;me si les hi&#233;rarchies sociales offrent des d&#233;lais et une meilleure protection &#224; ceux qui peuvent se passer de reprendre physiquement leur activit&#233; professionnelle. Ce qui signifie une visibilit&#233; accrue de cette protection m&#233;diocre des travailleurs et notamment du fait que la distanciation physique est peu mise en &#339;uvre par les entreprises et autres structures, priv&#233;es comme publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un hasard si c'est d'ailleurs &#224; ce moment-l&#224; que le masque redevient, dans le discours &#233;tatique, utile. Voire m&#234;me obligatoire. Encore une fois, on renvoie &#224; la responsabilit&#233; individuelle ce qui devrait relever de d&#233;cisions politiques. Et c'est au public et aux employ&#233;&#183;es qu'il est demand&#233; de compenser les d&#233;ficits d'organisation et de protection tant des pouvoirs publics que des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le constate concr&#232;tement, la d&#233;cision de d&#233;confiner a pr&#233;c&#233;d&#233; sa pr&#233;paration et non l'inverse. Ce n'est pas la performance de cette pr&#233;paration qui en a d&#233;cid&#233; mais la relance de l'&#233;conomie qui a prim&#233;. Y compris sur le plan &#233;pid&#233;mique. Le gouvernement avait pr&#233;tendu que le d&#233;confinement d&#233;pendrait du niveau de circulation du virus et d'occupation des lits de r&#233;animation. Or, s'il avait respect&#233; ses propres crit&#232;res, il ne pouvait d&#233;cr&#233;ter le d&#233;confinement en &#206;le-de-France (o&#249; le taux de passage aux urgences pour suspicion de Covid-19 et les hospitalisations &#8211; plus de deux fois sup&#233;rieures &#224; la pr&#233;valence nationale &#8211; restaient &#233;lev&#233;s) sans &#224; tout le moins une meilleure organisation pr&#233;alable, tant au niveau des transports que dans les entreprises. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Aude Vidal&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Apr&#232;s plusieurs allers-retours entre le gouvernement, le S&#233;nat et l'Assembl&#233;e, cette volont&#233; de cr&#233;er une sorte d'amnistie pr&#233;ventive pour les &#233;lus locaux et/ou les ministres a finalement &#233;t&#233; bien att&#233;nu&#233;e : la loi du 11 mai 2020 prolongeant l'&#233;tat d'urgence sanitaire renvoie essentiellement au cadre juridique existant, &#224; savoir la loi du 10 juillet 2000 sur la responsabilit&#233; des &#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Qui a tu&#233; Mehdi ? &#187;</title>
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		<dc:date>2020-03-09T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Vendredi 14 f&#233;vrier au soir, dans une cit&#233; des quartiers Nord de Marseille, Mehdi, 18 ans, est tomb&#233; sous les balles d'un &#233;quipage de la Brigade anticriminalit&#233; (BAC). Ses proches et son quartier veulent savoir pourquoi. Rendez-vous a &#233;t&#233; donn&#233; ce samedi 22 f&#233;vrier au pied d'un immeuble de la cit&#233; Maison-Blanche. L'&#233;t&#233; dernier, le b&#226;timent a souffert un grave incendie : la fa&#231;ade sinistr&#233;e est repeinte de frais &#8211; pas les autres. En signe de deuil, on va marcher d'ici, la cit&#233; o&#249; Mehdi a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no185-mars-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;185 (mars 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Emilie-Seto" rel="tag"&gt;Emilie Seto&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alors" rel="tag"&gt;Alors&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cite-2336" rel="tag"&gt;cit&#233;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mehdi-s-extraire" rel="tag"&gt;Mehdi s'extraire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Vendredi 14 f&#233;vrier au soir, dans une cit&#233; des quartiers Nord de Marseille, Mehdi, 18 ans, est tomb&#233; sous les balles d'un &#233;quipage de la Brigade anticriminalit&#233; (BAC). Ses proches et son quartier veulent savoir pourquoi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3265 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L436xH400/-1471-6a220.jpg?1782642042' width='436' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Emilie Seto
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;R&lt;/span&gt;endez-vous a &#233;t&#233; donn&#233; ce samedi 22 f&#233;vrier au pied d'un immeuble de la cit&#233; Maison-Blanche. L'&#233;t&#233; dernier, le b&#226;timent a souffert un grave incendie&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; La cit&#233; qui fait des &#233;tincelles &#187;, CQFD n&#176;180 (octobre 2019).&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : la fa&#231;ade sinistr&#233;e est repeinte de frais &#8211; pas les autres. En signe de deuil, on va marcher d'ici, la cit&#233; o&#249; Mehdi a grandi, jusqu'&#224; celle des Marronniers, o&#249; il est mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un silence tendu, charg&#233; de tristesse et de col&#232;re, une dizaine de tr&#232;s jeunes filles et gar&#231;ons, portant une banderole &#171; &lt;i&gt;Justice pour Mehdi&lt;/i&gt; &#187;, prennent la t&#234;te du cort&#232;ge. Des lascars &#224; peine plus &#226;g&#233;s soutiennent un autre calicot : &#171; &lt;i&gt;RIP Mehdi&lt;/i&gt; &#187;, avec un c&#339;ur tagu&#233;, et en bas &#171; &lt;i&gt;On oublie pas Zineb&lt;/i&gt; &#187;, du nom de l'octog&#233;naire tu&#233;e par une grenade lacrymog&#232;ne, fin 2018, dans le quartier de Noailles. Derri&#232;re, des m&#232;res, des amis serrent des roses blanches. Les solidaires venus d'en ville ont pu constater que la r&#233;cente inauguration de la station de m&#233;tro G&#232;ze, livr&#233;e avec cinq ans de retard, a eu pour effet de r&#233;duire la desserte des bus. Pour rejoindre la cit&#233;, il faut zigzaguer un quart d'heure entre les maigres &#233;tals des vendeurs &#224; la sauvette refoul&#233;s des abords du march&#233; aux Puces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la police, ce 14 f&#233;vrier vers 20 h, des malfaiteurs fuient en voiture apr&#232;s avoir braqu&#233; un supermarch&#233;. Pris en chasse par une patrouille de la BAC Nord, ils s'engouffrent sous le tunnel des Marronniers. C'est l&#224; que, en suppos&#233; &#233;tat de l&#233;gitime d&#233;fense (il aurait &#233;t&#233; mis en joue avec un fusil &#224; pompe), un flic tire sur Mehdi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#232;se, que la procureure et le quotidien &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; ont imm&#233;diatement reprise &#224; leur compte, est contredite par des t&#233;moins contact&#233;s par le collectif Maison-Blanche&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Regroupant des habitants de cette copropri&#233;t&#233; d&#233;grad&#233;e, il a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; apr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Lesquels livrent d'autres d&#233;tails : alors que ses coll&#232;gues courent apr&#232;s deux individus qui s'&#233;chappent &#224; pied, un agent reste en couverture. Il voit alors Mehdi s'extraire du v&#233;hicule &#8211; ce qui laisse penser que le jeune homme s'&#233;tait couch&#233; sur la banquette arri&#232;re et voulait s'esquiver. Une vid&#233;o (assez floue) et des riverains font &#233;tat de deux (ou trois) coups de feu c&#244;t&#233; policier, puis de coups de pied et de menottes pass&#233;es au mourant. Quand des voisins demandent aux policiers d'appeler les secours, ils se font insulter et gazer. &#192; l'arriv&#233;e des pompiers, le gosse est d&#233;c&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lumi&#232;re sera peut-&#234;tre faite un jour. La justice probablement jamais. Comme &#224; l'accoutum&#233;e, IGPN et juges couvriront sans aucun doute le policier. La version officielle diabolise sa victime. Sur Internet, la haine des trolls se d&#233;cha&#238;ne : la racaille n'a eu que ce qu'elle m&#233;ritait. St&#233;phane Ravier, candidat &#224; la mairie centrale et chef local du RN (parti qui dirige d&#233;j&#224; la mairie du secteur), se pavane d&#232;s le lendemain &#224; l'entr&#233;e de la cit&#233;, assurant les policiers de son soutien total &#8211; soutien r&#233;ciproque, puisqu'on estime que 50 % de la profession vote pour lui&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce m&#234;me Ravier avait d&#233;clar&#233; &#224; propos des sinistr&#233;s de l'incendie : &#171; On va (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trop souvent, la police p&#233;n&#232;tre dans les quartiers populaires comme en territoire ennemi. En ao&#251;t 2019, &#224; Maison-Blanche, alors que des femmes et des ados collectent des vivres pour les familles &#233;vacu&#233;es apr&#232;s l'incendie, des flics font irruption dans un local associatif, provoquant une algarade. Trois mamans finissent en garde &#224; vue. Ce jour-l&#224;, le plus arrogant des hommes en uniforme arbore sur son gilet pare-balle un &#233;cusson du BOPE, corps de police militaire br&#233;silien craint dans les favelas de Rio pour ses ex&#233;cutions sommaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la mort de Mehdi n'est pas le fait exclusif d'un flic &#224; la g&#226;chette facile. Apr&#232;s des mois de brutalit&#233;s polici&#232;res contre les Gilets jaunes et autres manifestants, elle vient rappeler la g&#233;n&#233;alogie d'une violence d'&#201;tat d'abord appliqu&#233;e en banlieue. D'o&#249; la question faussement na&#239;ve de Naer, du collectif Maison-Blanche : &#171; &lt;i&gt;Qui a tu&#233; Mehdi&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Il s'agit au mieux d'une &#171; bavure &#187; de flic en panique, mais c'est aussi un message envoy&#233; &#224; la jeunesse des quartiers : vos vies valent moins que d'autres. Tant que vous vous entretuez dans les guerres du trafic, tant que vous ne sortez pas de vos r&#233;serves de b&#233;ton, assomm&#233;s de shit et de jeux vid&#233;o, pas de souci. Mais si vous venez foutre le bordel en ville, nous n'h&#233;siterons pas &#224; tirer les premiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la minute de silence, Naer parle d'un sentiment d'&#233;chec, du souvenir de ce minot que les grands fr&#232;res tentaient de cadrer. Syndicaliste du McDo de Sainte-Marthe en lutte, Kamel encha&#238;ne : &#171; &lt;i&gt;Pendant que la famille m&#232;ne le combat juridique, nous les soutiens, on doit porter le message politique.&lt;/i&gt; &#187; Rage et courage sont l&#224;. Sur la pr&#233;sence de politiques en campagne, les choses sont claires : &#171; &lt;i&gt;S'ils se mettent en avant, on ne l'acceptera pas, ce n'est pas un cirque.&lt;/i&gt; &#187; Et Naer de poser une des seules questions qui vaillent : &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce qui fait qu'un jeune se l&#232;ve le matin pour aller braquer&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement aux politiques et aux sp&#233;culateurs responsables des effondrements d'immeubles du 5 novembre 2018 &#224; Noailles (huit morts), Mehdi n'aura pas eu droit aux lenteurs scrupuleuses de la justice. Alors les mots anciens de Walter Benjamin cheminent aujourd'hui &#224; c&#244;t&#233; des gens. &#171; &lt;i&gt;C'est la tradition des opprim&#233;s qui nous l'enseigne : l'&#233;tat d'exception dans lequel nous vivons est en v&#233;rit&#233; la r&#232;gle.&lt;/i&gt; &#187; Au fil de la marche qui parcourait la distance s&#233;parant les deux cit&#233;s, des groupes serr&#233;s de jeunes sont venus grossir le cort&#232;ge. Sans un mot, capuche rabattue, mine s&#233;rieuse. Force collective en suspens, il leur faudra se battre pour &#233;chapper au destin de Mehdi.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/La-cite-qui-fait-des-etincelles' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La cit&#233; qui fait des &#233;tincelles&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;180 (octobre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Regroupant des habitants de cette copropri&#233;t&#233; d&#233;grad&#233;e, il a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; apr&#232;s la chute d'un balcon ayant caus&#233; la mort d'une fillette, en juillet 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce m&#234;me Ravier avait d&#233;clar&#233; &#224; propos des sinistr&#233;s de l'incendie : &#171; &lt;i&gt;On va les reloger&#8230;, dans leur pays.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Vous vous d&#233;merdez &#187;</title>
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		<dc:creator>Pierre Souchon</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;L'ami Pierre Souchon, journaliste d'&#233;lite (notamment au Monde Diplo), est bipolaire. Une maladie qui a plusieurs fois transform&#233; sa vie en montagnes russes. Il l'a racont&#233; dans un livre poignant, Encore vivant, publi&#233; en 2017 . Il y revient ici, en insistant sur son dernier s&#233;jour en clinique psychiatrique et le comportement m&#233;prisant de certains soignants. &#171; Excusez-moi ? &#187; L'infirmier de nuit cesse de manger ses maquereaux pour me regarder de travers. &#171; Je me suis perdu plusieurs (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no184-fevrier-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;184 (f&#233;vrier 2020)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'ami Pierre Souchon, journaliste d'&#233;lite (notamment au &lt;i&gt;Monde Diplo&lt;/i&gt;), est bipolaire. Une maladie qui a plusieurs fois transform&#233; sa vie en montagnes russes. Il l'a racont&#233; dans un livre poignant, &lt;i&gt;Encore vivant&lt;/i&gt;, publi&#233; en 2017 &lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aux &#233;ditions du Rouergue. Voir aussi l'entretien qu'il avait accord&#233; &#224; CQFD (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Il y revient ici, en insistant sur son dernier s&#233;jour en clinique psychiatrique et le comportement m&#233;prisant de certains soignants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3244 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH561/-1456-d25a3.jpg?1782643556' width='400' height='561' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Jean-Michel Bertoyas
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Excusez-moi&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'infirmier de nuit cesse de manger ses maquereaux pour me regarder de travers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je me suis perdu plusieurs fois dans les couloirs, je voudrais aller dans le parc&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &lt;i&gt;Y a un ascenseur, vous vous d&#233;merdez.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &lt;i&gt;Merci. Bonne soir&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me d&#233;merde tellement bien, l'&#233;t&#233; dernier, dans cette clinique psychiatrique o&#249; je viens d'&#233;chouer, que je me paume de nouveau pendant un quart d'heure dans des corridors d&#233;mentiels. Je trouve enfin la voie jusqu'&#224; ma clope du soir sous les grands arbres. &#171; &lt;i&gt;Julien&lt;/i&gt; &#187;, il s'appelle, je l'ai lu sur sa blouse. Mon Juju. Mon Julien. Mon Julounet. J'expire des grands coups de fum&#233;e par tout mon nez, et je sais de longue exp&#233;rience, ma vieille fr&#233;quentation bipolaire des asiles me le certifie, qu'avec le Jujunet, &#231;a va &#234;tre tr&#232;s compliqu&#233;. Je me d&#233;merde ? Dis donc ducon, c'est insurmontable, de parler correctement aux gens ? C'est ton m&#233;tier, non ? Tu fais quoi, l&#224;, dans ta putain d'infirmerie, &#224; part bosser pour nous ? Pour nous r&#233;pondre ? Nous &#233;couter et nous entendre ? Pour nous soigner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si encore, si au moins. Si conform&#233;ment au temps de mes ancestrales splendeurs d&#233;lirantes, j'avais p&#233;n&#233;tr&#233; comme une fus&#233;e dans ton antre, en te fusillant de menaces, d'impr&#233;cations et de quelques visions, j'aurais compris que tu m'envoies me d&#233;merder. Mais l&#224; Juju, c'est un gentil, c'est un tout doux, c'est un mignon, c'est un toutou qui vient juste d'arriver, qui veut aller fumer, et qui te le demande en mouchant son nez.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et cette bande de connasses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles me reviennent d'un fameux n&#233;ant, Julien, sous mon ch&#234;ne nocturne, tes s&#339;urs de m&#233;pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait il y a dix ans. Hospitalis&#233; alors pour la troisi&#232;me fois, sous contrainte. Phase maniaque, d&#233;lirante, tout ce qu'on voudra &#8211; elle s'achevait lentement au terme d'un mois d'internement. Un matin, je sors prendre l'air. Cinq infirmi&#232;res fument une clope &#224; c&#244;t&#233; d'un laurier. Elles portent toutes un brassard &#171; &lt;i&gt;Gr&#233;viste&lt;/i&gt; &#187;. Je m'approche, int&#233;ress&#233; et heureux : &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes en gr&#232;ve&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui oui c'est &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui oui.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles me tournent le dos, ostensiblement. Moins de deux mois auparavant, je faisais des reportages sur ladite mobilisation. J'&#233;tais dans les rues, aussi, je militais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Oui oui c'est &#231;a.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vous vous d&#233;merdez.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; notre parole : stigmatis&#233;e. Jusqu'&#224; la plus nue, la plus innocente d'entre elles, celle qui demande de l'aide, du r&#233;confort, un caf&#233;, celle qui veut s'informer : elle n'est jamais rien d'autre qu'un sympt&#244;me. Par cons&#233;quent, elle fait chier. Et elle est en permanence disqualifi&#233;e. C'est une terrible violence, ajout&#233;e &#224; celle qui veut qu'on est souvent enferm&#233; l&#224; sans son consentement. Il faut alors une terrible patience, pour s'obliger &#224; entrevoir la lumi&#232;re des soins dans cette longue nuit.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Julien m'y a aid&#233;, cet &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son m&#233;pris allait croissant, pendant une semaine. Il &#233;tait tr&#232;s net que ses maquereaux l'int&#233;ressaient plus que ma bipolarit&#233;. Il se bourrait fabuleusement de sardines, aussi, directement dans la bo&#238;te. Je m'accrochais &#224; la lumi&#232;re des soins, aux conditions de travail dans la clinique, rudes, aux suppressions de postes dans la sant&#233;, &#224; ses difficult&#233;s familiales &#233;ventuelles, etc. Par une sorte de souci que je voulais &#224; la fois sociologique et politique, c'est vrai, mais essentiellement pour &#233;viter de l'&#233;trangler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis un soir, Julien a ouvert sa porte extr&#234;mement guilleret : &#171; &lt;i&gt;Entrez, entrez, M. Souchon, je vous en prie, je vais vous donner vos cachets&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait tr&#232;s enjou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dites-moi, j'ai lu dans votre dossier que vous &#233;tiez journaliste, alors je suis all&#233; voir sur Google...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Julien s'est mis pr&#233;cis&#233;ment &#224; sauter dans son infirmerie nocturne et vitr&#233;e :
&#171; &lt;i&gt;Mais c'est super, ce que vous faites&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! J'ai regard&#233; vos interventions &#224; la t&#233;l&#233;, &#224; la radio&#8230; Vous vous exprimez tr&#232;s bien, il y a un vrai fond, et une sacr&#233;e prestance&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Et puis vous travaillez pour des journaux prestigieux, j'ai m&#234;me vu que vous alliez &#224; l'&#233;tranger&#8230; J'ai command&#233; votre livre, il a eu des prix, si j'ai bien compris ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai bafouill&#233; des imb&#233;cillit&#233;s sans aucun vrai fond et d&#233;nu&#233;es de toute sacr&#233;e prestance &#224; propos de mes activit&#233;s que Julien trouvait d&#233;cid&#233;ment mirobolantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis ce fut la torture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vraie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les soirs, je n'avais plus du tout &#224; me d&#233;merder. J'&#233;tais l'oracle de l'infirmerie, le Confucius du cachet. Sur tout, j'&#233;tais consult&#233; : politique int&#233;rieure, g&#233;opolitique europ&#233;enne, rapports de force internationaux, Histoire, journalisme et litt&#233;rature. J'avais beau protester que ma sp&#233;cialit&#233; c'&#233;tait l'Ard&#232;che, surtout celle du sud, car l'Ard&#232;che du nord je connaissais nettement moins, rien n'y faisait : Julien sautillait de d&#233;clarations de politique g&#233;n&#233;rale en lois &#233;conomiques, que je connaissais selon lui toutes intimement et de longue date. Sur la fin, il m'a offert des livres. Il me les a d&#233;dicac&#233;s. Et le dernier soir, il m'a pr&#233;par&#233; un au revoir particuli&#232;rement os&#233; : il m'a serr&#233; la main tr&#232;s longuement, ce qu'il ne faisait jamais, en m'appelant &#171; &lt;i&gt;Pierre&lt;/i&gt; &#187; tr&#232;s fort, les yeux dans les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un choc : j'avais un pr&#233;nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lui, surtout, car moi, m&#234;me absolument farci de chimie, je m'en souvenais un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors tu vois, mon Julien, tu m'as vachement aid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Que &#231;a soit clair : tu ne m'as jamais soign&#233;. Jamais, pas un seul instant. Comme tes copines gr&#233;vistes contre la politique de Sarkozy. Et si je ne vous ai pas foutu sur la gueule, si ce miracle a eu lieu, c'est que les laboratoires pharmaceutiques vous ont prot&#233;g&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tu m'as permis de comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car tu es pass&#233; subitement de l'hostilit&#233; absolue &#224; la sympathie la plus exorbitante lorsque tu t'es rendu compte que derri&#232;re mon cas clinique, se cachait quelqu'un. En l'occurrence, qui racontait des conneries &#224; la radio et dans les journaux. Il aurait fallu que j'aie la surhumaine patience de t'expliquer que c'&#233;tait le cas pour chacun d'entre nous. Que tout le monde, dans cette putain de clinique, n'&#233;tait pas journaleux. Mais que chacun, ici, avait une vie extraordinaire, des exp&#233;riences, des envies et des luttes, des esp&#233;rances, qui m&#233;ritaient qu'on le prenne pour un oracle, qu'on le consid&#232;re, et qu'on fraternise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis tu vois, mon Julien, je hais les discours monolithiques sur la psychiatrie, machine &#224; broyer, etc., car elle m'a sauv&#233;, et tant d'autres de mes camarades avec moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, tu m'as encourag&#233; : qui ? Qui m'a soign&#233;, au fond, en fraternit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, j'ai vu dans ma m&#233;moire se dresser deux toubibs. Deux seulement, en vingt ans. Un mec et une nana.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi je les aimais ? Pourquoi je les aime &#224; ce point-l&#224; ? Qu'est-ce que j'aime, au sens affectif, sentimental du terme, chez ces gens qui m'ont enferm&#233;, qui m'ont fait attacher, piquer, tr&#233;bucher sous les charges m&#233;dicamenteuses ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de ces consultations &#224; rallonge, une heure, deux heures, o&#249; je d&#233;&#8202;verrouillais tr&#232;s s&#233;v&#232;rement. Ou pas du tout. Ou alors juste un peu. Je les revois, pas &#224; pas, &#224; millim&#232;tre compt&#233;, progresser, m'accompagner, m'&#233;couter, relevant tout, s'int&#233;ressant partout &#8211; votre s&#339;ur ? La Tunisie ? Combien d'insomnies ? Pourquoi L&#233;nine ? Avec les Gilets jaunes ? Quelle angoisse ? &#8211;, des chasseurs, des traqueurs, des pisteurs. Obs&#233;d&#233;s par ma vie, mes tressaillements, mes int&#233;r&#234;ts, mes humeurs, mes col&#232;res. Rentrant en moi, m'&#233;pousant, riant, s'&#233;garant, revenant au sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet, M. Souchon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet qui nous occupe, c'est que vous &#234;tes malade. Maintenant, voil&#224; ce qu'on va faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, ils dessinaient le chemin. Dans cette salle de consultation, nous &#233;tions toujours trois : le m&#233;decin, moi &#8211; et la maladie. Ils disaient : nous faisons face &#224; cette saloperie qui va vous tuer. &#192; ce troisi&#232;me &#233;l&#233;ment dans la pi&#232;ce. Et ne vous inqui&#233;tez pas, M. Souchon : &lt;i&gt;on&lt;/i&gt; va se la faire, &lt;i&gt;on&lt;/i&gt; va se la cogner, &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt;. Et ne vous inqui&#233;tez pas : &lt;i&gt;on&lt;/i&gt; va y arriver. &lt;i&gt;On&lt;/i&gt; va l'exploser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on l'a fait.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t que Freud appelait &#231;a &#171; &lt;i&gt;l'alliance th&#233;rapeutique&lt;/i&gt; &#187;. Le concept a fleuri, depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des th&#233;ories psychanalytiques, lorsqu'on travaille avec ces rares praticiens, on marche en terre d'&#233;galit&#233;. Pas celle des suffisantes bo&#238;tes &#224; sardines, ni celle des fumeuses embusqu&#233;es dans les lauriers. Celle qui abandonne l'exploit de juger. Celle qui ne r&#233;duit pas au sympt&#244;me, mais l'isole et l'inscrit dans une totalit&#233; dont elle prend soin. Celle qui soigne fraternellement, car elle se reconna&#238;t dans notre humanit&#233; bris&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun manuel n'existe pour l'enseigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, c'est vrai qu'appeler quelqu'un par son pr&#233;nom, c'est tr&#232;s compliqu&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pierre Souchon&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Aux &#233;ditions du Rouergue. Voir aussi l'entretien qu'il avait accord&#233; &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; en septembre 2017 (n&#176; 157), &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/J-aurais-aime-en-gagner-autrement' class=&#034;spip_in&#034;&gt;J'aurais aim&#233; en gagner autrement, de l'humanit&#233;&lt;/a&gt; &#187;, disponible en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Adieu Baumettes &#187; : une op&#233;ration d'enfumage</title>
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&lt;p&gt;Quelques mois avant la d&#233;molition des Baumettes &#171; historiques &#187;, l'administration p&#233;nitentiaire a ouvert l'ancienne prison au public. Journaliste et militante des droits humains, auteure en 2018 d'un rapport accablant sur le sujet, Rabha Attaf a tent&#233; d'effectuer cette visite touristique. Mais pour avoir pos&#233; des questions qui f&#226;chent, elle en a &#233;t&#233; expuls&#233;e illico. Voici son r&#233;cit. L'annonce se voulait aguicheuse : &#171; Ouverture au public du 18 septembre au 30 novembre : venez visiter les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no183-janvier-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;183 (janvier 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/directrice-adjointe" rel="tag"&gt;directrice adjointe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quelques mois avant la d&#233;molition des Baumettes &#171; historiques &#187;, l'administration p&#233;nitentiaire a ouvert l'ancienne prison au public. Journaliste et militante des droits humains, auteure en 2018 d'un rapport accablant sur le sujet, Rabha Attaf a tent&#233; d'effectuer cette visite touristique. Mais pour avoir pos&#233; des questions qui f&#226;chent, elle en a &#233;t&#233; expuls&#233;e illico. Voici son r&#233;cit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3196 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH355/-1413-fff6b.jpg?1782766249' width='500' height='355' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par L. L. de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L'&lt;/span&gt;annonce se voulait aguicheuse : &#171; &lt;i&gt;Ouverture au public du 18 septembre au 30 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;novembre : venez visiter les Baumettes avant d&#233;molition du site historique.&lt;/i&gt; &#187; Exemple embl&#233;matique de l'indignit&#233; des conditions de d&#233;tention, la vieille prison des Baumettes, ferm&#233;e en 2018, doit en effet &#234;tre d&#233;molie courant 2020. Elle laissera place &#224; une nouvelle ge&#244;le, Baumettes 3, construite sur le m&#234;me mod&#232;le que&#8230; Baumettes 2. Ouverte en mai 2017, cette nouvelle prison, attenante &#224; l'ancienne, pose d&#233;j&#224; de nombreux probl&#232;mes structurels &lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans m&#234;me parler de l'architecture s&#233;curitaire et d&#233;shumanis&#233;e des lieux, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Ils avaient &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;s dans le rapport &lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centre p&#233;nitentiaire de Marseille : des conditions de d&#233;tentions d&#233;gradantes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; de janvier 2018 que j'avais dirig&#233; pour Confluences, une ONG de d&#233;fense des droits humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet automne, dans le cadre d'une campagne de communication intitul&#233;e &#171; Adieu Baumettes &#187;, l'administration p&#233;nitentiaire a donc install&#233;, au sein de la prison historique, un mus&#233;e &#233;ph&#233;m&#232;re. Cens&#233; &#234;tre ouvert au grand public, il n'a finalement accueilli qu'une population assez homog&#232;ne. C'est que pour faire la visite, il fallait s'inscrire par Internet. Le nombre de visiteurs &#233;tait limit&#233; &#224; vingt par session, r&#233;parties sur quatre jours chaque semaine. R&#233;sultat : quinze jours apr&#232;s l'inauguration, toutes les places &#233;taient r&#233;serv&#233;es. En grande partie par des proches des personnels de l'administration p&#233;nitentiaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parviens tout de m&#234;me &#224; m'inscrire deux fois. Lors de ma premi&#232;re visite, le 27 septembre, les journalistes sont nombreux. L'administration p&#233;nitentiaire fait les choses en grand. Un d&#233;l&#233;gu&#233; du minist&#232;re de la Justice et une repr&#233;sentante de la direction interr&#233;gionale de la p&#233;nitentiaire sont pr&#233;sents, avec un public tri&#233; sur le volet. La visite se fait au pas de course, guid&#233;e par la directrice adjointe de la prison des Baumettes 2 qui d&#233;bite un discours th&#233;orique et aseptis&#233;, ne laissant aucun espace &#224; des questions concr&#232;tes concernant les conditions de d&#233;tention. Il faut donc se contenter de faire le parcours du d&#233;tenu, depuis le sas d'entr&#233;e jusqu'au &#171; quartier des arrivants &#187;. En guise de mise en immersion, la d&#233;ambulation se fait sur fond de bruitages, dont celui de la cour de promenade &#8211; musique techno &#8211; laisse dubitatif. Clou du spectacle : la guillotine, install&#233;e pour l'occasion dans un couloir (c'est aux Baumettes qu'eut lieu, le 10 septembre 1977, la derni&#232;re ex&#233;cution capitale en France, celle de Hamida Djandoubi).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; C'est comme cela que vous traitez les d&#233;tenus ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 4 octobre, deuxi&#232;me visite. J'arrive avec ma fille. &#192; peine ai-je rejoint le groupe de visiteurs qu'un surveillant-chef m'interpelle : &#171; &lt;i&gt;C'est la deuxi&#232;me fois que vous venez, vous n'avez pas compris la premi&#232;re fois&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Du tac au tac, je r&#233;ponds : &#171; &lt;i&gt;La premi&#232;re fois, je suis venue dans le cadre de la presse, aujourd'hui je suis l&#224; &#224; titre priv&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visite commence. Un ex-directeur adjoint de la direction interr&#233;gionale nous raconte rapidement l'histoire de la prison devant une vitrine o&#249; sont expos&#233;s d'anciens instruments de contention, avant de passer la main &#224; la directrice adjointe des Baumettes 2, improvis&#233;e guide pour toutes les visites. Elle annonce qu'on peut poser des questions, mais pr&#233;cise aussit&#244;t que le temps est compt&#233;. Nous sommes alors introduits dans le couloir d'arriv&#233;e des personnes mises sous mandat de d&#233;p&#244;t, puis nous passons devant les cabines individuelles d'attente. Nous p&#233;n&#233;trons ensuite dans le local de la fouille au corps, o&#249; se trouve la cabine de d&#233;shabillage de l'arrivant. Premi&#232;re pause explicative sur les effets personnels non autoris&#233;s et la remise du paquetage &#171; d&#233;tenus &#187; (couverture, draps, couverts, produits d&#233;tergents, dentifrice, brosse &#224; dents). Le d&#233;tenu doit cantiner (acheter) les autres objets dont il a besoin. &#192; condition, bien s&#251;r, d'en avoir les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe s'arr&#234;te ensuite dans le sas d'attente, devant le bureau des comptes nominatifs. Notre guide explique alors que les d&#233;tenus peuvent recevoir de l'argent et que les indigents per&#231;oivent une aide. Je pose ma premi&#232;re question : &#171; &lt;i&gt;Quel est le montant de cette aide&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; &#8211; &#171; &lt;i&gt;10 &#224; 20 &#8364; par mois&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pond-elle, g&#234;n&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que nous montons au premier &#233;tage, je remarque que la guide me surveille du coin de l'&#339;il. Je pense qu'elle m'a reconnue ; mon nom ne lui &#233;tait sans doute pas inconnu. Mon rapport avait produit son effet : le directeur de la prison, J&#233;rome Piney, avait &#233;t&#233; mut&#233; un an seulement apr&#232;s sa prise de fonction. Durant son passage aux Baumettes, deux suicides et un tabassage &#224; mort d'un d&#233;tenu avaient eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, nous entrons dans le &#171; quartier des arrivants &#187;, repeint pour l'occasion. La guide explique alors que tout est fait pour pr&#233;venir les suicides, que les surveillants sont form&#233;s pour cela, et que les sujets &#224; risque n'y sont pas enferm&#233;s seuls, etc. Je pose alors ma seconde question : &#171; &lt;i&gt;Alors pourquoi y a-t-il de nombreux suicides aux Arrivants&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; &#8211; &#171; &lt;i&gt;La prison des Baumettes a le nombre de suicides le plus &#233;lev&#233; de France, mais c'est proportionnel &#224; la population&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pond-elle un peu agac&#233;e. J'ose alors une relance : &#171; &lt;i&gt;Comment se fait-il qu'un jeune d&#233;tenu, Bilal Elabdani, signal&#233; &#224; son arriv&#233;e comme souffrant d'une maladie psychiatrique, ait r&#233;ussi &#224; se suicider la nuit de son incarc&#233;ration&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224;, la directrice adjointe perd son sang-froid : &#171; &lt;i&gt;C'est la deuxi&#232;me fois que vous venez, sortez&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Elle me saisit fermement par l'&#233;paule en faisant signe &#224; l'un des surveillants qui accompagnent le groupe. &#171; &lt;i&gt;Ne me touchez pas&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, dis-je en me d&#233;gageant. &#171; &lt;i&gt;Pour qui vous prenez-vous&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, s'emporte-t-elle, rouge de col&#232;re. Je r&#233;plique : &#171; &lt;i&gt;C'est comme cela que vous traitez les d&#233;tenus&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Contr&#244;ler les visiteurs &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je quitte ensuite les lieux, escort&#233;e par un surveillant confus qui m'explique que l'administration p&#233;nitentiaire a limit&#233; les inscriptions &#224; vingt personnes pour &#171; &lt;i&gt;contr&#244;ler les visiteurs&lt;/i&gt; &#187;, mais que des personnes de la maison sont rajout&#233;es au dernier moment. Effectivement, ce jour-l&#224; encore, la majorit&#233; du public a un lien avec l'administration p&#233;nitentiaire, &#224; l'exception d'un couple de jeunes &#233;tudiants en droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois &#224; l'ext&#233;rieur, j'attends sagement le reste du groupe sur un banc. Les deux &#233;tudiants viennent me dire qu'ils ne sont pas dupes du discours qui leur a &#233;t&#233; servi. Mais une r&#233;f&#233;rente Spip (Service p&#233;nitentiaire d'insertion et de probation) &#224; la retraite m'interpelle aussi. Selon elle, ma question &#233;tait orient&#233;e et la visite &#233;tait historique &#8211; comme dans un mus&#233;e. Je r&#233;ponds que mes questions factuelles ne concernaient que les propos tenus par la directrice adjointe et que la population incarc&#233;r&#233;e aux Baumettes depuis son ouverture fait aussi partie de l'Histoire. Ma fille, enfin, me rapporte que la suite de la visite s'est d&#233;roul&#233;e au pas de course, et sans aucune question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Adieu Baumettes ? &#187; une op&#233;ration de communication obsc&#232;ne qui ne visait qu'&#224; renforcer l'opacit&#233; de mise concernant les conditions de d&#233;tention. Aux Baumettes 2, la surpopulation s'est aggrav&#233;e : 916 personnes d&#233;tenues au 31 octobre 2019, pour une capacit&#233; op&#233;rationnelle de 614 places &#8211; soit une densit&#233; de 149,2 %. Selon les t&#233;moignages de plusieurs familles, leur souffrance psychologique s'est accrue &#8211; du fait du manque d'interactions humaines et de la surveillance &#233;lectronique. Paradoxalement, ceux qui avaient connu les cellules v&#233;tustes des Baumettes historiques y vivaient mieux, car ils pouvaient s'y balader sans &#234;tre sous l'&#339;il de cam&#233;ras et &#233;changer ne serait-ce qu'avec les surveillants. Aujourd'hui, ceux-ci, toujours en sous-effectif, passent souvent leurs nuits seuls, bloqu&#233;s devant leurs &#233;crans de contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Rabha Attaf&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sans m&#234;me parler de l'architecture s&#233;curitaire et d&#233;shumanis&#233;e des lieux, notons que les cellules ne comportent pas de syst&#232;me de chauffage et qu'elles sont tr&#232;s mal isol&#233;es. Il n'y a pas d'eau chaude pour les douches. Quant aux parloirs, ils ont &#233;t&#233; inond&#233;s &#224; la premi&#232;re forte averse. Par temps de canicule, il y r&#232;gne une temp&#233;rature suffocante sans qu'aucune ventilation ait &#233;t&#233; pr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Centre p&#233;nitentiaire de Marseille : des conditions de d&#233;tentions d&#233;gradantes et inhumaines persistantes.&lt;/i&gt; Disponible &lt;a href=&#034;http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=22588&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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