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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Femmes de chambres : une gr&#232;ve quatre &#233;toiles</title>
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		<dc:creator>Margaux Wartelle</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#192; Marseille, les h&#244;tels de luxe poussent et les travailleuses souffrent. Mais elles r&#233;sistent : ces derni&#232;res ann&#233;es, les gr&#232;ves de femmes de chambre se succ&#232;dent. Celle lanc&#233;e le 11 avril par onze employ&#233;es du NH H&#244;tel, exploit&#233;es par le sous-traitant Elior, est exceptionnelle par sa dur&#233;e et par la surdit&#233; de l'employeur. Syndiqu&#233;es &#224; la CNT-SO, les gr&#233;vistes voient les soutiens affluer. Mais la police est &#233;galement de la partie. &#171; On ne fait pas cinquante jours de gr&#232;ve pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Marseille, les h&#244;tels de luxe poussent et les travailleuses souffrent. Mais elles r&#233;sistent : ces derni&#232;res ann&#233;es, les gr&#232;ves de femmes de chambre se succ&#232;dent. Celle lanc&#233;e le 11 avril par onze employ&#233;es du NH H&#244;tel, exploit&#233;es par le sous-traitant Elior, est exceptionnelle par sa dur&#233;e et par la surdit&#233; de l'employeur. Syndiqu&#233;es &#224; la CNT-SO, les gr&#233;vistes voient les soutiens affluer. Mais la police est &#233;galement de la partie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2951 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L325xH434/-1185-87da5.jpg?1782644047' width='325' height='434' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marine Summercity
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt; &#171; O&lt;/span&gt;&lt;i&gt;n ne fait pas cinquante jours de gr&#232;ve pour obtenir des bouteilles d'eau et des bonjours le matin.&lt;/i&gt; &#187; Non. Si les onze femmes de chambre du NH H&#244;tel de Marseille continuent leur combat, c'est certes parce que depuis le changement de sous-traitant en d&#233;cembre dernier, les conditions de travail se sont d&#233;t&#233;rior&#233;es, et parce que nombre d'heures boss&#233;es n'avaient pas &#233;t&#233; pay&#233;es (elles semblent l'&#234;tre peu &#224; peu &#224; mesure que le conflit se prolonge). Mais c'est surtout parce qu'&#224; force de trimer dans ce quatre &#233;toiles, elles m&#233;ritent bien un treizi&#232;me mois, une majoration de 50 % le dimanche (20 % actuellement), deux jours d'affil&#233;e de repos hebdomadaire et une augmentation des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tu te casses le dos, tu t'attends &#224; 1 000 &#8364;, tu finis le mois &#224; 800 &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;nonce Denise, une des employ&#233;es en lutte. Apr&#232;s plus de six semaines &#224; tenir le piquet de gr&#232;ve, c'est avec la voix l&#233;g&#232;rement cass&#233;e qu'elle raconte les r&#233;actions de son entourage. &#171; &lt;i&gt;Folie &#187;&lt;/i&gt; pour sa cousine, &#171; &lt;i&gt;perte de temps &#187;&lt;/i&gt; pour son copain. Elle en rigole. &#171; &lt;i&gt;On le fait pour tout le monde, peut-&#234;tre pour ceux qui n'ont pas le courage. &#187;&lt;/i&gt; Femme de chambre ? &#171; &lt;i&gt;Pas le meilleur m&#233;tier du monde. &#187;&lt;/i&gt; Comme ses dix coll&#232;gues, Denise est en CDI &#224; 25 heures par semaine. &#171; &lt;i&gt;On travaille parfois sans chariot, il faut tout porter&lt;/i&gt;, d&#233;taille Le&#239;la. &lt;i&gt;J'ai m&#234;me d&#233;j&#224; d&#251; nettoyer avec des taies d'oreiller faute de mat&#233;riel, et chaque mois il manque quelque chose, des heures ou des tickets-repas non pay&#233;s. On est oblig&#233;es de rester beaucoup plus tard que pr&#233;vu pour finir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;e au Cap-Vert, Le&#239;la a fait des &#233;tudes d'informatique au Portugal avant d'arriver &#224; Marseille, il y a quatre ans. Comme toutes ses coll&#232;gues gr&#233;vistes, elle s'est syndiqu&#233;e &#224; la CNT-SO (Conf&#233;d&#233;ration nationale du travail &#8211; Solidarit&#233; ouvri&#232;re). Le&#239;la a franchi le pas en novembre dernier, sur le conseil d'une &#171; &lt;i&gt;gouvernante d'un autre h&#244;tel &#187;&lt;/i&gt;. &#192; Marseille, environ 80 % des adh&#233;rents de cette branche du syndicat anarchiste sont des femmes de chambre.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Solidarit&#233; ouvri&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La CNT-SO est n&#233;e en 2012 d'une scission avec la CNT-F, &#224; la suite d'un d&#233;saccord strat&#233;gique sur la n&#233;cessit&#233; ou non d'avoir des permanents au sein d'une organisation anarcho-syndicaliste. La branche SO estimait ces derniers, form&#233;s aux m&#233;andres juridiques et administratifs, utiles pour d&#233;fendre au mieux les salari&#233;s. La CNT-F, elle, pr&#233;f&#232;re ne pas avoir de permanents pour &#233;viter, on r&#233;sume, une trop grande bureaucratisation. D&#232;s son arriv&#233;e &#224; Marseille en 2014, la CNT-SO a tout de suite regroup&#233; des travailleurs parmi les plus pr&#233;caires, surtout des femmes de m&#233;nage, tr&#232;s souvent noires et de nationalit&#233; &#233;trang&#232;re. Pourquoi elles en particulier ? Difficile &#224; expliquer, m&#234;me pour Lara et Camille, les deux juristes salari&#233;es par le syndicat &#224; Marseille. Le bouche-&#224;-oreille et l'efficacit&#233;, pourrait-on avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cinq ans, seize gr&#232;ves ont &#233;t&#233; men&#233;es par des femmes de chambre d'h&#244;tels marseillais. Toutes ont &#233;t&#233; gagn&#233;es. Mais pour les deux juristes, le conflit actuel est particulier : elles n'imaginaient pas qu'il serait aussi dur. Nombre d'&#233;l&#233;ments laissaient penser que l'employeur c&#233;derait rapidement : h&#244;tel de luxe, en plein centre-ville, dans une rue touristique, inaugur&#233; en grande pompe l'ann&#233;e derni&#232;re... Mais Elior, le sous-traitant, se montre particuli&#232;rement intransigeant. Alors, la gr&#232;ve s'est install&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On n'est jamais all&#233;es aussi loin en termes de nuisances &#187;&lt;/i&gt;, souligne Lara. Au d&#233;but, ce furent des casseroles, des affiches, des autocollants, un &#171; &lt;i&gt;mur de paroles &#187;&lt;/i&gt; sur corde &#224; linge o&#249; se sont vite retrouv&#233;es les culottes des gr&#233;vistes (&#171; &lt;i&gt;pour foutre la honte &#224; l'h&#244;tel &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;dixit une &lt;/i&gt;gr&#233;viste). Puis l'absence de dialogue et la pression accrue de la justice et de la police ont chang&#233; la dynamique du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Un acharnement disproportionn&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cela a commenc&#233; par des assignations pour entrave &#224; l'entr&#233;e des employ&#233;s, puis des convocations au commissariat pour nuisances diurnes. Le 29 avril, le tribunal rend une ordonnance autorisant les gr&#233;vistes &#224; rester sur la voie publique tant qu'elles ne bloquent pas les entr&#233;es. Mais le 2 mai, elles &#233;copent d'un rappel &#224; la loi pour d&#233;lit d'agressions sonores. Le 15 mai, des soutiens s'en donnent &#224; coeur joie en balan&#231;ant terre et gazon dans le hall de l'h&#244;tel. Alors qu'elles n'&#233;taient pas pr&#233;sentes, les deux juristes de la CNT sont convoqu&#233;es au commissariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce matin-l&#224;, le 23 mai, que les policiers en profitent pour expulser les gr&#233;vistes du trottoir (alors m&#234;me que l'ordonnance judiciaire autorisait leur pr&#233;sence). Arriv&#233;e apr&#232;s les sommations, Camille, enceinte de sept mois et demi, s'accroche &#224; une banderole ; les policiers la ceinturent et l'embarquent. Lara, venue en renfort, subit le m&#234;me sort. Les deux jeunes femmes sont plac&#233;es en garde &#224; vue. Au passage, selon plusieurs t&#233;moignages, les flics se l&#226;chent sur les gr&#233;vistes : &#171; &lt;i&gt;Je vais mettre tes enfants en foyer &#187;&lt;/i&gt; ; &#171; &lt;i&gt;Vous pouvez pas comprendre, dans votre pays il n'y a pas de r&#232;gles. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lara et Camille sont lib&#233;r&#233;es en fin d'apr&#232;s-midi. Elles devraient faire l'objet d'une composition p&#233;nale &#8211; proc&#233;dure pour des infractions minimes &#8211; en octobre. Pour Cl&#233;mence Lachkar, avocate des gr&#233;vistes au c&#244;t&#233; de Jane Becker, la forte pr&#233;sence poli-ci&#232;re quotidienne et les proc&#233;dures judiciaires constituent un &#171; &lt;i&gt;archarnement disproportionn&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Si &#171; &lt;i&gt;la police est dans ses comp&#233;tences &#187;&lt;/i&gt;, on peut se demander d'o&#249; les ordres viennent : de la direction de l'h&#244;tel ? D'Elior ? De la pr&#233;fecture ? Aussi, qui entre la direction de l'h&#244;tel et le sous-traitant Elior a le plus de poids dans la n&#233;gociation ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Paternalistes ou m&#233;chants, selon les jours &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elior est un grand groupe, avec pr&#232;s de 50 000 employ&#233;s en France. Pesant plus de 2 milliards de chiffre d'affaires, le mastodonte reste assez pr&#232;s de ses sous : depuis l'an dernier, il r&#233;clame 2,8 millions d'euros &#224; 183 de ses (ex-)salari&#233;s. L'histoire remonte &#224; 2012, quand les prud'hommes donnent raison &#224; ces femmes et hommes de m&#233;nage qui estimaient ne pas b&#233;n&#233;ficier de conditions salariales &#233;quitables par rapport &#224; d'autres employ&#233;s du groupe. Un jugement valid&#233; ensuite par la cour d'appel d'Aix avec, &#224; la cl&#233;, un versement de plusieurs milliers d'euros pour chacun des concern&#233;s. Mais Elior ne l&#226;che rien et en 2018, obtient de la Cour de cassation l'annulation de sa condamnation. R&#233;sultat : tous les employ&#233;s pay&#233;s au rabais se voient contraints de rembourser les sommes re&#231;ues quelques ann&#233;es plus t&#244;t &#8211; de 5 000 &#224; 30 000 &#8364; par personne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'affaire du NH H&#244;tel, &#171; &lt;i&gt;Elior a les moyens de faire des recherches juridiques pour chercher des noises sous n'importe quel pr&#233;texte, &lt;/i&gt;souligne Cl&#233;mence Lachkar. &lt;i&gt;Nous, on travaille avec un syndicat qui n'a pas beaucoup d'argent et des femmes qui en ont encore moins. &#187;&lt;/i&gt; Du c&#244;t&#233; de la CNT-SO, Lara et Camille analysent qu'Elior ne l&#226;che rien par peur de cr&#233;er un pr&#233;c&#233;dent pour ses autres sites. Du point de vue du syndicat, cette gr&#232;ve aussi est primordiale : &#171; &lt;i&gt;On joue une certaine cr&#233;dibilit&#233; et un rapport de force pour l'avenir. &#187;&lt;/i&gt; L'enjeu est d'autant plus important qu'en juillet, le groupe Elior va r&#233;cup&#233;rer le march&#233; de l'Adagio Marseille, un h&#244;tel o&#249; presque toutes les femmes de chambre sont syndiqu&#233;es... &#224; la CNT-SO. &#171; &lt;i&gt;On flippe pour toutes celles qui vont &#234;tre reprises par Elior &#187;&lt;/i&gt;, confie Lara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, pour celles du NH H&#244;tel, les soutiens viennent de toutes parts : syndicats, Gilets jaunes, partis de gauche, groupes f&#233;ministes et associations. Concert, bouffe solidaire et compagnie : il y a 15 000 &#8364; dans la caisse de gr&#232;ve, assez pour tenir les deux premiers mois. Sur le trottoir, devant l'h&#244;tel, malgr&#233; le stress et les flics, &#171; &lt;i&gt;paternalistes ou m&#233;chants selon les jours &#187;&lt;/i&gt;, l'ambiance est bonne et les id&#233;es ne manquent pas. La police refuse le collage d'affiches sur les vitres de l'&#233;tablisse-ment ? Ce sera &#224; m&#234;me la peau. Pour Manuela, une des gr&#233;vistes : &#171; &lt;i&gt;Si l'h&#244;tel m'appartient pas alors que c'est mon lieu de travail, mon corps, lui, m'appartient encore. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margaux Wartelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire sur le m&#234;me sujet&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Notre article de juillet (&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;178) : &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Les-femmes-de-chambre-luttent' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les femmes de chambre luttent (toujours)&lt;/a&gt; &#187;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Notre article de septembre(&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;179) : &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Femmes-de-chambre-en-lutte-a' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Femmes de chambre en lutte &#224; Marseille : encore et encore&lt;/a&gt; &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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