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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Au grand jeu de la m&#233;tropolisation, ce sont les patrons qui raflent la mise &#187;</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Contre Euralille. Jusque dans son titre, le livre r&#233;cemment sorti aux &#233;ditions Les &#201;taques par Antonio Delfini et Rafa&#235;l Snoriguzzi (confr&#232;res de presse ind&#233;pendante au canard lillois [La Brique-&gt;http://labrique.net) ne s'embarrasse pas de faux-semblants. Mais en s'attaquant &#224; la sulfateuse au troisi&#232;me plus grand centre d'affaires fran&#231;ais, c'est surtout l'id&#233;ologie m&#233;tropolitaine qu'ils d&#233;noncent. &#192; Lille comme ailleurs, elle massacre la ville. D&#233;monstration. Cet entretien est la version (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Contre Euralille&lt;/i&gt;. Jusque dans son titre, le livre r&#233;cemment sorti aux &#233;ditions Les &#201;taques par Antonio Delfini et Rafa&#235;l Snoriguzzi (confr&#232;res de presse ind&#233;pendante au canard lillois &lt;a href=&#034;http://labrique.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Brique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;) ne s'embarrasse pas de faux-semblants. Mais en s'attaquant &#224; la sulfateuse au troisi&#232;me plus grand centre d'affaires fran&#231;ais, c'est surtout l'id&#233;ologie m&#233;tropolitaine qu'ils d&#233;noncent. &#192; Lille comme ailleurs, elle massacre la ville. D&#233;monstration.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2957 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH275/-1197-48265.jpg?1768732026' width='500' height='275' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Victor
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;i&gt;Cet entretien est la version allong&#233;e d'une interview publi&#233;e dans le num&#233;ro 177 de &lt;/i&gt;CQFD&lt;i&gt;, en kiosques tout le mois de juin.&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concr&#232;tement, &#231;a ressemble &#224; quoi Euralille ? C'est un lieu o&#249; il vous arrive de passer ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a ressemble &#224; un quartier d'affaires moche comme il en pousse un peu partout depuis quarante ans. Un assemblage chaotique de b&#226;timents gris et noirs, articul&#233; autour d'une gare internationale et d'un &#233;norme centre commercial. On y &#8220;passe&#8221; effectivement plus qu'on y vit, et pour cause : le quartier, qui a surgi de la plus grosse op&#233;ration urbaine de l'histoire de la ville, a moins &#233;t&#233; pens&#233; pour les habitants que pour les investisseurs, les consommateurs et les cadres sup&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le livre ne s'attaque pas simplement &#224; un quartier sinistre, il prend pour cible une &lt;i&gt;matrice&lt;/i&gt; &#233;conomique et sociale, qui se r&#233;sume assez simplement : il faut renouer avec les bonnes recettes du capitalisme, non plus dans l'industrie mais dans le tertiaire marchand. C'est ce mirage d&#233;vastateur, qui a produit le quartier avant d'&#233;tendre sa logique &#224; la m&#233;tropole enti&#232;re, que le livre prend pour objet. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;crivez : &#171; &lt;i&gt;Par-del&#224; les plans d'urbanisme, Euralille consiste surtout &#224; projeter cette id&#233;ologie de la m&#233;tropole qui s&#233;vit aujourd'hui dans la plupart des grandes zones urbaines fran&#231;aises.&lt;/i&gt; &#187; C'est quoi cette id&#233;ologie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis les ann&#233;es 1980, la phase n&#233;o-lib&#233;rale du capitalisme est souvent racont&#233;e sur le mode du changement d'&#233;chelle par le haut : &#8220;l'Europe&#8221; et la &#8220;mondialisation&#8221; auraient ainsi aspir&#233; l'essentiel des pouvoirs d'un &#8220;&#201;tat providence&#8221; d&#233;sormais impuissant face aux &#8220;multinationales&#8221;. Mais il faut aussi regarder ce dessaisissement de l'&#201;tat par le bas. Le n&#233;o-lib&#233;ralisme n'a pas seulement internationalis&#233; l'&#233;conomie, il l'a aussi infra-nationalis&#233;e. Ce que traduit la mont&#233;e en puissance progressive des m&#233;tropoles, c'est le transfert &#224; un niveau local d'une partie toujours plus importante de l'&#233;conomie et de sa r&#233;gulation politique. Parler de m&#233;tropolisation, c'est donc d&#233;signer l'&#233;chelle &#224; laquelle se produit une partie toujours plus grande de l'accumulation de richesse dans le capitalisme d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie de la m&#233;tropole, c'est la pens&#233;e qui accompagne cette r&#233;organisation &#233;conomique et politique. Pour les tenants de ce discours, chaque ville est un produit &#224; positionner sur le march&#233; des m&#233;tropoles nationales et internationales. Pour concurrencer sa voisine, chaque m&#233;tropole doit donc tenter de jouer de ses avantages comparatifs, de &lt;i&gt;marchandiser&lt;/i&gt; ses particularit&#233;s locales dans la culture, le sport, la gastronomie, etc. &#8211; quitte &#224; s'en inventer des factices. Tout ce petit jeu ne visant qu'un seul but : attirer les capitaux sur son territoire et les nouveaux cadres dans son centre-ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; court d'id&#233;es pour relancer leurs agglom&#233;rations industrielles en d&#233;clin, tous les petits notables locaux se mettent &#224; se copier les uns les autres, &#224; l'image de ce pr&#233;fixe risible qui chapeaute la plupart des projets m&#233;tropolitains et dont Euralille a &#233;t&#233; la premi&#232;re mouture : Euratlantique &#224; Bordeaux, EuroSudOuest &#224; Toulouse, Eurom&#233;diterran&#233;e &#224; Marseille, etc. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;organisation du capital &#224; l'&#233;chelle des agglom&#233;rations suppose la mobilisation de ses soutiers locaux : le patronat et ses chambres de commerce et d'industrie, les politiques et leurs communaut&#233;s urbaines. L'avantage dans cette affaire, c'est qu'ils repr&#233;sentent des cibles bien plus atteignables que ne le sont un fonds sp&#233;culatif, un march&#233; d&#233;riv&#233; ou un centre de d&#233;cision d'une multinationale am&#233;ricaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Euralille semble condenser tous les pires travers de ce genre de projet hors-sol, pens&#233; contre ses habitants. Pourquoi ses promoteurs et leurs suiveurs s'ent&#234;tent &#224; en proposer des excroissances, type Euralille 2, ou Euralille 3000 ? &#199;a ne fonctionne m&#234;me pas tr&#232;s bien &#233;conomiquement, non ? Qui en tire quelque chose ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au grand jeu de la m&#233;tropolisation, certains ont tout &#224; perdre : les habitants ; d'autres naviguent &#224; vue : les &#233;lus ; quand les troisi&#232;mes raflent la mise : les patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des &#233;lus, on est effectivement en droit de se poser la question : pourquoi continuent-ils ce genre de projets ? Pourquoi, malgr&#233; les d&#233;mentis factuels incessants, continuent-ils de croire en cette mythologie que certains &#233;conomistes r&#233;sument par un sigle &#233;vocateur : CAME, pour comp&#233;tition, attractivit&#233;, m&#233;tropolisation, excellence ? D'autant que le marketing territorial qu'ils d&#233;veloppent a deux cons&#233;quences : d'un c&#244;t&#233;, il fabrique l'uniformisation des villes &#8211; &#224; l'image des slogans publicitaires que se construisent toutes les agglom&#233;rations, de &lt;i&gt;So Toulouse&lt;/i&gt;, &#224; &lt;i&gt;OnlyLyon&lt;/i&gt; en passant par &lt;i&gt;Hello Lille &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;Invest in Provence&lt;/i&gt; ; de l'autre, les promesses de cette uniformisation sont tr&#232;s in&#233;galement distribu&#233;es : beaucoup d'appel&#233;s, tr&#232;s peu d'&#233;lus &#8211; Lille, par exemple, n'aura jamais les atouts pour devenir Lyon, Paris ou Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lus sont donc condamn&#233;s &#224; &#233;chouer, et le paysage est d&#233;solant : le mirage de l'&#233;conomie &lt;i&gt;high tech&lt;/i&gt; maintient les pauvres hors de l'emploi, et la ville s'organise autour du mode de vie des cadres sup&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce f&#233;tichisme de la m&#233;tropole renvoie aux transformations du pouvoir local depuis quarante ans. Pour Lille : l'&#233;rosion de l'ancrage populaire du socialisme local, la place plus centrale occup&#233;e par la technocratie territoriale, le chantage exerc&#233; par le patronat dans un contexte de ch&#244;mage de masse, ou encore l'irruption de toute une s&#233;rie de cercles informels o&#249; &#233;lus et entrepreneurs se fabriquent un langage commun. En quelques d&#233;cennies, le socialisme s'est d&#233;plac&#233; depuis la soci&#233;t&#233; vers le champ du pouvoir. R&#233;sultat : leurs scores &#233;lectoraux ne font que chuter, et m&#234;me les baronnies les plus install&#233;es sont aujourd'hui chancelantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands gagnants de l'affaire sont indubitablement les milieux &#233;conomiques, et notamment locaux. En ce sens, Euralille raconte une histoire qu'il faudrait pouvoir &#233;tayer ailleurs : pens&#233; comme une piste d'atterrissage pour le capital international, ce quartier d'affaires a surtout servi de piste de d&#233;collage pour les capitaux locaux. Au point que la mainmise de quelques anciennes familles de la bourgeoisie textile sur la soci&#233;t&#233; lilloise s'est perp&#233;tu&#233;e. Reconverties dans les nouveaux secteurs &#233;conomiques de la grande distribution, l'immobilier ou les assurances, les familles Mulliez, Dutilleul ou Verspieren ont su sortir leurs capitaux avant la crise industrielle et les r&#233;investir dans les secteurs porteurs de l'&#233;conomie m&#233;tropolitaine. La m&#233;tropole est faite par et pour eux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
Dans votre livre, un personnage ressort particuli&#232;rement : l'architecte Rem Koolhaas, en charge d'Euralille, qui a multipli&#233; les d&#233;clarations m&#233;prisantes envers la population &#171; normale &#187;, bien r&#233;sum&#233;es par son c&#233;l&#232;bre &#171; &lt;i&gt;Fuck the context&lt;/i&gt; &#187;. Une phrase qui r&#233;sume bien l'ensemble du projet, non ? Histoire, habitants, usages, il s'agit de dire &#171; &lt;i&gt;Fuck&lt;/i&gt; &#187; &#224; tout, semble-t-il. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si notre livre se concentre sur le quartier d'affaires Euralille, c'est effectivement qu'il est l'incarnation, chez nous, de cette nouvelle phase du capitalisme urbain. Mais c'est aussi parce qu'il nous semblait concentrer &#224; l'&#233;tat de caricature quelques-unes des plus grandes vilenies dont les m&#233;tropoles sont coutumi&#232;res. Au premier rang desquelles l'esth&#233;tique ali&#233;nante de ces nouvelles constructions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant trente ans, &#224; Lille, les d&#233;bats sur la forme urbaine de ce quartier ont &#233;t&#233; enferm&#233;s dans des consid&#233;rations morales, sur le mode : &lt;i&gt;&#8220;L'architecture, c'est comme les couleurs : on aime ou on aime pas.&#8221;&lt;/i&gt; Sans &#234;tre des sp&#233;cialistes de la question, il nous a sembl&#233; opportun de tenter de retrouver toute la port&#233;e politique de la question esth&#233;tique. Cette approche &#233;tait d'autant plus int&#233;ressante que le quartier a &#233;t&#233; construit par quelques-uns des architectes fran&#231;ais les plus renomm&#233;s (Jean Nouvel, Christian de Portzamparc, Claude Vasconi, Dominique Perrault) et puis par celui qui est devenu l'un des plus branch&#233;s au monde, Rem Koolhaas, l'architecte en chef d'Euralille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rem Koolhaas est un personnage qui fascine jusque dans les rangs de la gauche, et qui a pour particularit&#233; de joindre &#224; ses r&#233;alisations, d&#233;sormais diss&#233;min&#233;es aux quatre coins du globe, une propension quasi maladive &#224; se mettre en sc&#232;ne dans les m&#233;dias. R&#233;sultat : nous n'avons eu qu'&#224; nous pencher pour recueillir les saillies cyniques qu'il a encha&#238;n&#233;es au sujet d'Euralille, et dans lesquelles il d&#233;roule ostensiblement tout son m&#233;pris de l'habitat populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce quartier d'affaires a &#233;t&#233; pour lui l'occasion d'une mise en pratique de th&#233;ories qu'il &#233;laborait depuis la fin des ann&#233;es 1970. Pour faire court, Koolhaas a d&#233;cr&#233;t&#233; l'entr&#233;e de l'architecture dans une nouvelle &#232;re de la d&#233;mesure qu'il appelle &lt;i&gt;&#8220;bigness&#8221;&lt;/i&gt;. Cette rupture historique suppose pour lui une rupture esth&#233;tique : assumer de produire des constructions qu'il qualifie d'&lt;i&gt;&#8220;extravagantes&#8221;&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;&#8220;m&#233;galomaniaques&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, l'esth&#233;tique d'Euralille traduit la vision de la ville de ceux que l'on appelle &#8211; c'est une expression &#224; la mode &#8211; les &#8220;starchitectes&#8221;. Ils sont l'incarnation de cette &#233;lite transnationale hors sol qui fixe l'environnement quotidien de plusieurs millions de personnes &#224; coups de provocations esth&#233;tiques qui ne r&#233;sonnent que dans leurs petits c&#233;nacles d'&lt;i&gt;happy few&lt;/i&gt;. Un propos qu'on r&#233;sume par une sorte de clin d'&#339;il sociologique : Euralille est l'incarnation de l'&lt;i&gt;habitus&lt;/i&gt; de ceux qui ont perdu l'habitude d'&lt;i&gt;habiter&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On est un peu d&#233;munis face &#224; ce rouleau-compresseur urbain, &#224; Lille comme ailleurs. Quelles pistes pour faire obstacle au d&#233;sert qu'ils imposent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; Il faut &#234;tre lucide : les quelques luttes r&#233;centes contre l'extension m&#233;tropolitaine, dans le bocage nantais ou par chez vous &#224; Marseille &#8211; avec le chantier de La Plaine &#8211; ont &#233;t&#233; avant tout d&#233;fensives et se sont sold&#233;es, au mieux, par des demi-victoires. Donc il faut rouvrir une voie strat&#233;gique, qui s'&#233;tage sur trois niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier, le plus imm&#233;diat, consiste d'abord &#224; mieux articuler des r&#233;pertoires d'actions qui sont souvent dispers&#233;s : le squat, les occupations et la gu&#233;rilla judiciaire notamment. Ces derniers mois, par exemple, la SPL Euralille, l'am&#233;nageur du quartier, vient de se manger deux beaux r&#226;teaux juridiques. De la part des habitants d'un &#238;lot &#8211; dit P&#233;pini&#232;re &#8211; qui devaient &#234;tre expropri&#233;s, et de la part des opposants &#224; l'urbanisation de l'ancienne gare de marchandises Saint-Sauveur &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; &#192; Lille, gu&#233;rilla judiciaire contre projet nuisible &#187;, CQFD n &#176; 170 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Si ces issues ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des victoires, elles permettent de suspendre les coups de pelleteuses et de repartir &#224; l'offensive sur le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second niveau suppose de d&#233;ployer de fa&#231;on plus m&#233;thodique des syndicats de quartiers. Dans des territoires sinistr&#233;s par le ch&#244;mage, ces collectifs permettent de recr&#233;er du lien, des &#233;changes de pratiques et de ressources, et de tenir durablement un rapport de force avec les d&#233;cideurs. Le troisi&#232;me niveau, &#224; plus long terme, consiste &#224; tout remettre &#224; plat : inventer une &#233;conomie soustraite aux sir&#232;nes du &lt;i&gt;high tech&lt;/i&gt;, penser une vie sociale lib&#233;r&#233;e des flux ali&#233;nants, et redonner toute leur place aux architectures populaires et vernaculaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un terrain en friche que doit occuper prochainement une nouvelle extension d'Euralille, &#224; proximit&#233; d'une cabane en bois au doux nom d' &#8220;El Gourbi&#8221;, tr&#244;ne depuis un mois un doigt d'honneur de 4 m&#232;tres de haut construit en cagettes et orient&#233; directement vers le beffroi de la mairie. C'est un joli panneau d'indication. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/A-Lille-guerilla-judiciaire-contre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#192; Lille, gu&#233;rilla judiciaire contre projet nuisible&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n &#176; 170 (novembre 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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