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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Sucre amer</title>
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		<dc:creator>Eric Louis</dc:creator>


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&lt;p&gt;En 2012, deux cordistes perdaient la vie dans un silo de sucre. Condamn&#233;s en premi&#232;re instance il y a deux ans, leur employeur et son donneur d'ordre, le groupe Cristal Union, ont &#233;t&#233; rejug&#233;s en appel le 21 septembre. Lui-m&#234;me ancien cordiste, &#201;ric Louis* nous raconte ce proc&#232;s charg&#233; de violence sociale. Le 13 mars 2012, Arthur Bertelli, 23 ans, et Vincent Dequin, 33 ans, tous deux cordistes, descendent en rappel les 53 m&#232;tres du silo n&#176; 4 de la sucrerie Cristal Union de Bazancourt (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no202-octobre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;202 (octobre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Carrard" rel="tag"&gt;Carrard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2012, deux cordistes perdaient la vie dans un silo de sucre. Condamn&#233;s en premi&#232;re instance il y a deux ans, leur employeur et son donneur d'ordre, le groupe Cristal Union, ont &#233;t&#233; rejug&#233;s en appel le 21 septembre. Lui-m&#234;me ancien cordiste, &#201;ric Louis* nous raconte ce proc&#232;s charg&#233; de violence sociale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4086 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/600px_cordistes.jpg' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Pole Ka
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 13 mars 2012, Arthur Bertelli, 23 ans, et Vincent Dequin, 33 ans, tous deux cordistes, descendent en rappel les 53 m&#232;tres du silo n&#176; 4 de la sucrerie Cristal Union de Bazancourt (Marne). Arriv&#233;s sur le sucre, ils s'emploient &#224; d&#233;gager une porte lat&#233;rale, situ&#233;e &#224; 7 m&#232;tres au-dessus du niveau du sol. Mais au bout de dix minutes, la mati&#232;re se d&#233;robe sous leurs pieds. Deux trappes de vidage ont &#233;t&#233; ouvertes juste en dessous de l'endroit o&#249; ils travaillent. Erreur fatale : aspir&#233;s, les deux cordistes meurent ensevelis sous le sucre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propri&#233;taire du silo, Cristal Union est un mastodonte de l'agroalimentaire, poss&#233;dant les marques Daddy ou encore Erstein. Arthur et Vincent avaient &#233;t&#233; embauch&#233;s par un de ses prestataires, Carrard Services. En 2019, les deux entreprises sont condamn&#233;es &#224; 100 000 &#8364; d'amende et deux ans de mise sous surveillance judiciaire. Les chefs d'&#233;tablissement au moment du drame, Michel Mangion pour Cristal Union et David Duval pour Carrard Services, &#233;copent de six mois de prison avec sursis et 15 000 &#8364; d'amende. Les pr&#233;venus font appel de ce jugement. Une nouvelle audience s'est donc tenue le 21 septembre dernier.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Devant la cour d'appel de Reims, ce 21 septembre, il y a du monde. Il est 11 heures. M&#234;me si l'audience ne commence qu'&#224; 14 heures, c'est l'effervescence. Une large banderole se d&#233;ploie sur les grilles attenantes au b&#226;timent : &#171; &lt;i&gt;Pour Arthur, Vincent et Quentin&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quentin Zaraoui-Bruat est mort en juin 2017, enselevi sous 370 tonnes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, tu&#233;s au travail chez Cristal Union. Pour tous les coll&#232;gues aux vies d&#233;truites par leurs profits. Plus jamais&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#231;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux tables de camping charg&#233;es de tracts, d'affiches, de bouquins. Mais aussi de victuailles. Il faut prendre des forces, l'apr&#232;s-midi va &#234;tre longue. Tr&#232;s longue. Et &#233;prouvante. Mais ceux qui sont l&#224; ne sont pas &#224; &#231;a pr&#232;s. Ces femmes et ces hommes ont attendu sept longues ann&#233;es avant que la justice leur accorde une premi&#232;re audience. Elle avait dur&#233; douze heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans plus tard, &#224; l'entr&#233;e du tribunal, la responsable de la s&#233;curit&#233; s'arrache les cheveux. Fait l'appel des nombreuses parties civiles. Pas une ne manque. La jauge impos&#233;e par les mesures sanitaires risque de ne pas suffire. D'autant que de nombreux cordistes sont l&#224;, en soutien. Il faut &#233;galement caser les journalistes. La reporter de France Bleu confie : &#171; &lt;i&gt;C'est rare de voir autant de proches pr&#233;sents en appel. D'habitude, m&#234;me s'ils sont nombreux en premi&#232;re instance, ils se d&#233;couragent.&lt;/i&gt; &#187; Pour Arthur et Vincent, la mobilisation est intacte. Elle a m&#234;me grandi au fil des ann&#233;es. Comme une r&#233;ponse &#224; la lenteur de la justice. Comme un d&#233;fi au m&#233;pris des pr&#233;venus.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;Enlis&#233;s dans le d&#233;ni&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Il serait tentant de faire un copi&#233;-coll&#233; du compte-rendu de l'audience de premi&#232;re instance&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Un silo de sucre et de d&#233;dain &#187;, CQFD n&#176; 175 (avril 2019).&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; pour relater celle du 21 septembre. Tant l'ent&#234;tement dans le d&#233;ni, le rejet de la faute des uns sur les autres, le rab&#226;chage d'arguments techniquement faux se sont r&#233;p&#233;t&#233;s. Dans les m&#234;mes termes. Sur le m&#234;me ton. Leitmotiv d&#233;sesp&#233;rant. La m&#233;thode Cou&#233; en guise de d&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la barre, Maurice Lombard. Le repr&#233;sentant l&#233;gal de Cristal Union. L'entreprise compara&#238;t en tant que personne morale. Pour un directeur industriel &#8211; d'un groupe qui comporte une dizaine d'usines employant au total pr&#232;s de 2 000 salari&#233;s, Maurice Lombard est balbutiant, confus, h&#233;sitant. Mais il campe sur ses positions. &#192; son sens, Cristal Union est un parangon de s&#233;curit&#233; &#8211; six ouvriers sont pourtant morts dans ses usines entre 2010 et 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan de pr&#233;vention ne mentionne pas le terme &#171; &lt;i&gt;ensevelissement&lt;/i&gt; &#187;, cause de la mort de Vincent et Arthur ? Tout le monde sait qu'un silo encore empli de plus de 5 000 tonnes de sucre pr&#233;sente des risques d'ensevelissement, voyons. Pourquoi faire redondance et &#233;crire cette &#233;vidence ? En revanche, le tout premier risque mentionn&#233; sur ledit plan de pr&#233;vention est &#171; &lt;i&gt;la pollution du produit&lt;/i&gt; &#187;. La priorit&#233; est clairement &#233;tablie. Le sucre fait l'objet de beaucoup plus d'attention que les travailleurs qui viennent y piocher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cordistes n'ont pas pu entrer par la porte des 7 m&#232;tres, en bas du silo, parce que le niveau de sucre &#233;tait anormalement haut ? Ce n'est pas un probl&#232;me. R&#233;pondant &#224; la pr&#233;sidente de la cour, Maurice Lombard en est s&#251;r, l'accident serait arriv&#233; m&#234;me si les cordistes avaient pu acc&#233;der au fond du silo par cette porte des 7 m&#232;tres et donc travailler sur une masse r&#233;duite de mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Jean N&#233;ret, avocat de Cristal Union, la hauteur de sucre n'influe aucunement sur le travail &#224; fournir, ni sur les risques pr&#233;sents : &#171; &lt;i&gt;Il suffisait de d&#233;siler&lt;/i&gt; [vider le silo] &lt;i&gt;comme d'habitude selon la m&#233;thode des portions de camembert, sauf que l&#224;, les portions &#233;taient plus hautes. Et apr&#232;s&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Et apr&#232;s ? Faut-il rappeler &#224; M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; N&#233;ret que le sucre culminait &#224; 15 m&#232;tres ? C'est la taille d'un immeuble de six &#233;tages ! Effectivement, pas de quoi s'inqui&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; Les cris en guise d'alerte &#187;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Michel Mangion, le directeur de la sucrerie au moment des faits (il compara&#238;t en tant que personne physique), vient &#224; son tour &#224; la barre. Cristal Union a refus&#233; que son prestataire Carrard Services fournisse des talkies-walkies aux cordistes descendant au fond du silo ? Pas grave. Ceux-ci n'avaient qu'&#224; hurler &#224; l'attention de la vigie, 40 m&#232;tres plus haut. &#192; elle de courir au t&#233;l&#233;phone du monte-charge (&#224; condition qu'il soit bloqu&#233; au dernier &#233;tage du silo) et d'appeler la responsable des installations qui se trouve dans la cave. Si elle entend la sonnerie &#224; travers le fracas de la machinerie, il lui faudra alors tenter de comprendre le message au milieu du bruit ambiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; pr&#233;cis&#233; au cours de l'audience que le jour de l'accident, entre le moment o&#249; les cordistes informent du danger et la fermeture des trappes de vidage, 16 longues minutes se sont &#233;coul&#233;es. Ce d&#233;lai semble satisfaire Michel Mangion. Lui qui pr&#233;conise &#171; &lt;i&gt;les cris en guise d'alerte&lt;/i&gt; &#187;.
La question de ces talkies-walkies devait &#234;tre abord&#233;e lors de l'accueil s&#233;curit&#233; des ouvriers, pr&#233;vu &#224; 13 h 30. Arthur et Vincent sont morts aux alentours de 11 h 30...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interrog&#233; par les avocats, Michel Mangion est mis en difficult&#233;. &#192; ce moment, survient un &#233;pisode surr&#233;aliste. Maurice Lombard se l&#232;ve sans g&#234;ne du banc des pr&#233;venus et vient &#224; la barre au secours de son subordonn&#233;. Prend la parole, explique. La cour laisse faire. Les choses mises au point, Maurice Lombard retourne s'asseoir. Cette libert&#233; est r&#233;v&#233;latrice. Les gens de Cristal Union, pachyderme de l'agro-industrie dans la r&#233;gion, s'affranchissent des r&#232;gles en vigueur pour le commun des mortels dans l'enceinte du palais de justice. Pourquoi d&#232;s lors se soumettraient-ils aux lois applicables &#224; tout un chacun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de nouveau sous le soleil r&#233;mois. Cristal Union, imbue de ses milliards, &#233;tale sa suffisance. Rejette la faute sur son prestataire Carrard Services. Qui lui rend la pareille. Le d&#233;ni de responsabilit&#233; est total.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; Pr&#233;judice commercial &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;
&lt;/strong&gt;M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Maria-Claudette Aulon-Ponton, qui repr&#233;sente le SFETH, le Syndicat fran&#231;ais des entreprises de travaux en hauteur, est pr&#233;sente. Mais ne participe pas aux d&#233;bats. Ne pose pas une seule question aux pr&#233;venus, ni aux t&#233;moins. Le syndicat regroupe 43 des 600 entreprises de travaux sur cordes en France. Les plus importantes. En termes de chiffre d'affaires, s'entend. C'est un peu le Medef de la corde. D'ailleurs, il y est affili&#233;. Pas de hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SFETH cherche &#224; se constituer partie civile. Comme en premi&#232;re instance, o&#249; sa demande avait &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e irrecevable &#224; l'&#233;nonc&#233; du jugement. Heureusement. Quel est le pr&#233;judice subi par un groupement d'entreprises millionnaires &#224; l'occasion de la mort de deux travailleurs pay&#233;s &#224; peine au-dessus du Smic ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plaidoirie de l'avocate, seul moment o&#249; elle s'animera, donne la pleine mesure des revendications de son client : &#171; &lt;i&gt;La concurrence d&#233;loyale des entreprises comme Carrard Services nuit &#224; la r&#233;putation et &#224; la confiance tant des donneurs d'ordres que de l'Inspection du travail qui est devenue extr&#234;mement m&#233;fiante sur ce type de travaux, du fait des actions et des pratiques qui sont aujourd'hui tr&#232;s clairement expos&#233;es.&lt;/i&gt; &#187; Ah, le bon vieux temps de l'opacit&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il y a eu beaucoup d'articles de presse lors de l'audience en premi&#232;re instance. On a beaucoup parl&#233; des travaux sur cordes.&lt;/i&gt; &#187; Sous-entendu : des articles pas &#224; la gloire de ce m&#233;tier-passion, hors-norme (hors l&#233;gislation ?), qui fait r&#234;ver tout &#234;tre normalement constitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur d'un proc&#232;s traitant de la mort atroce de deux jeunes hommes, devant les souffrances endur&#233;es par leurs proches pendant pr&#232;s de dix ans en l'absence de r&#233;ponse de la justice, l'avocate des patrons de la corde vient parler r&#233;putation, concurrence, &#171; &lt;i&gt;pr&#233;judice commercial&lt;/i&gt; &#187;. Business, en un mot. M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Aulon-Ponton ne tiendra aucun propos sur le fond de l'affaire. N'aura aucune parole &#224; l'adresse des victimes et de leur famille. Elle r&#233;clame, au nom des pr&#233;judices subis par son client, 105 000 &#8364; de dommages et int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; Corde tendue ! &#187;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;La seule diff&#233;rence notable avec l'audience de premi&#232;re instance, c'est la pr&#233;sence de Julien Rivollet, cit&#233; en tant que t&#233;moin par les parties civiles. Il est cordiste, formateur, membre et pr&#233;sident de jurys d'examen. C'est l'un des professionnels les plus certifi&#233;s de France. Il a apport&#233; son expertise au groupe de travail sur les interventions en milieu confin&#233;, initi&#233; par le minist&#232;re du Travail, la MSA (la S&#233;curit&#233; sociale agricole) et l'Inspection du travail, &#224; la suite du d&#233;c&#232;s de Quentin, enseveli en 2017 dans un silo appartenant, l&#224; encore, &#224; Cristal Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant pr&#232;s d'une heure, il explique. Il pr&#233;cise. Fait la lumi&#232;re sur des zones d'ombre. R&#233;pond aux avocats. &#192; la cour. Ce point de vue technique est pr&#233;cieux. Cependant, il ne semble pas &#233;branler la conviction des avocats des pr&#233;venus. Surtout pas celle des conseils des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; N&#233;ret, en petite forme, ne plaidera qu'une heure, contre 1 h 45 en premi&#232;re instance. Ce qui ne l'emp&#234;chera pas de psalmodier son antienne favorite : &#171; &lt;i&gt;corde tendue&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; L'avocat de Cristal Union a utilis&#233; l'expression dix-huit fois en soixante minutes. Soit une fois toutes les trois minutes environ, restant imperm&#233;able aux explications de Julien. Ce dernier a pourtant longuement pr&#233;cis&#233; que piocher et pelleter le sucre en suspension, au bout d'une corde de 40 m&#232;tres, est mat&#233;riellement impossible. L'&#233;lasticit&#233; fait monter et descendre le cordiste comme un yoyo, et le fait accessoirement tourner sur lui-m&#234;me comme une toupie, puisqu'il n'a aucun point d'appui. Arthur et Vincent n'avaient donc d'autre choix que de travailler camp&#233;s sur la montagne de sucre. Qu'importe : M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; N&#233;ret reproche aux travailleurs de n'avoir pas appliqu&#233; une consigne inapplicable. Rejetant ainsi la faute sur les victimes apr&#232;s l'avoir rejet&#233;e sur Carrard Services. La boucle est boucl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Olivier Bernheim, avocat de Carrard Services, sera fid&#232;le au m&#234;me sch&#233;ma. Il interroge Julien : &#171; &lt;i&gt;Selon vous, la mentalit&#233; du cordiste est d'&#234;tre plut&#244;t ob&#233;issant aux consignes, ou au contraire il a une certaine id&#233;e de son ind&#233;pendance&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Sous-entendu, l'ouvrier serait un irresponsable ing&#233;rable bafouant les ordres et consignes de ses encadrants pour se mettre d&#233;lib&#233;r&#233;ment en danger. La r&#233;ponse de Julien fuse, sans &#233;quivoque : &#171; &lt;i&gt;Le cordiste demande des consignes claires.&lt;/i&gt; &#187; Mieux que tout autre, lui sait que le m&#233;tier souffre d'un manque de supervision et d'encadrement. Trop souvent, l'ouvrier cordiste est livr&#233; &#224; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En la mati&#232;re, Carrard Services est loin d'&#234;tre exemplaire. Le document unique d'&#233;valuation des risques (DUER) pr&#233;sent&#233; aux enqu&#234;teurs n'avait pas &#233;t&#233; mis &#224; jour depuis 2006, soit six ans avant le drame. Ce document n'&#233;voquait &#224; aucun endroit les risques d'enlisement et d'ensevelissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cynisme de l'entreprise envers les victimes, et donc envers leurs proches assistant &#224; l'audience, atteindra ensuite un sommet d'ind&#233;cence. Rescap&#233; de l'accident, Fr&#233;d&#233;ric Soulier est dans la salle. Il d&#233;crira comment il a vu mourir ses deux coll&#232;gues. Ces longues minutes d'horreur, de peur, de cris inentendus. Le sentiment d'isolement au fond de ce pi&#232;ge. Il expliquera &#224; son tour l'impossibilit&#233; de travailler en suspension. Il affirmera fermement &#224; la cour qu'il n'&#233;tait pas au courant que des trappes pr&#233;vues pour permettre au sucre de s'&#233;couler &#233;taient ouvertes sous ses pieds. Avocat de Carrard Services, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Bernheim pr&#233;tendra sans ciller, reprenant la fixette de son confr&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Comme dans tout accident du travail, les victimes ont oubli&#233; les consignes. Elles ont oubli&#233; de travailler sur corde tendue.&lt;/i&gt; &#187; Puis, d&#233;signant Fr&#233;d&#233;ric dans la salle : &#171; &lt;i&gt;Tout comme Monsieur Soulier a oubli&#233; qu'on l'avait inform&#233; que des trappes &#233;taient ouvertes.&lt;/i&gt; &#187; Apr&#232;s cette affirmation lumineuse d'humanit&#233;, tout commentaire serait vain. Toute insulte inutile.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;Pour 1 200 &#8364; par mois&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Comme en premi&#232;re instance, les pr&#233;venus se d&#233;faussent les uns sur les autres. Petite nouveaut&#233; tout de m&#234;me, les avocats des assurances des deux soci&#233;t&#233;s sont pr&#233;sents. Il faut savoir que les dommages et int&#233;r&#234;ts &#233;ventuels accord&#233;s aux parties civiles seront r&#233;gl&#233;s par les assurances. Il ne faudrait pas que ces sommes dues au titre de la r&#233;paration des pr&#233;judices subis par toutes ces personnes &#233;plor&#233;es viennent &#233;corner les bilans financiers des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cristal Union, 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires, accable Carrard Services, 60 millions d'euros de chiffre d'affaires, qui le lui rend bien. Puis les deux bo&#238;tes fondent comme un seul vautour sur les d&#233;pouilles d'Arthur et Vincent, les pr&#233;tendant fautifs de leur propre mort. Michel Mangion, directeur de la sucrerie de Bazancourt &#224; l'&#233;poque, 7 000 &#8364; net par mois, se joint &#224; la cur&#233;e. David Duval, chef d'&#233;tablissement du sous-traitant, 5 000 &#8364; net par mois, charge son subalterne, responsable du chantier sur site.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arthur et Vincent sont descendus sans sourciller au fond de ce silo pour environ 10 &#8364; brut de l'heure. Soit approximativement 1 200 &#8364; net par mois. Sans la moindre prime de risque, de p&#233;nibilit&#233; ou de confinement. Maurice Lombard, Michel Mangion et David Duval n'auront aucun mot &#224; l'attention des victimes. Ni &#224; l'attention des familles pr&#233;sentes dans la salle. Si la valeur d'un homme se mesure davantage &#224; sa probit&#233; et &#224; son courage qu'&#224; son compte en banque, ceux-l&#224; ne sont assur&#233;ment pas dignes d'estime.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt; &#171; Une peine de tristesse &#224; perp&#233;tuit&#233; &#187;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;L'estime est &#224; porter au cr&#233;dit de la maman de Vincent. Grave et droite, elle s'exprime &#224; la barre en quelques mots clairs et lourds de sens : &#171; &lt;i&gt;Je m'appelle Chantal Dequin, je suis toujours la maman de Vincent. Cette histoire, c'est celle du pot de terre contre le pot de fer. Mais ces messieurs doivent l'entendre, tant que je serais vivante, je ne les l&#226;cherai pas. Ils ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; six mois de sursis. Moi j'ai pris une peine &#224; perp&#233;tuit&#233; de tristesse.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avocate g&#233;n&#233;rale requiert les m&#234;mes peines qu'en premi&#232;re instance. Les avocats des pr&#233;venus plaident tous sans honte la relaxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est presque 23 heures. Apr&#232;s quasi neuf heures d'audience, la pr&#233;sidente de la cour met son arr&#234;t en d&#233;lib&#233;r&#233;. R&#233;ponse de la justice le 24 novembre. Deux mois de pression suppl&#233;mentaires pour les proches. Quelle va &#234;tre la d&#233;cision de la cour d'appel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224;, plane la menace du pourvoi en cassation des pr&#233;venus. Au lendemain de l'audience, je re&#231;ois ce message d'une personne bien renseign&#233;e sur les pratiques locales : &#171; &lt;i&gt;On me dit que Cristal Union ira jusqu'au bout pour ne pas cr&#233;er de pr&#233;c&#233;dent sur son site et qu'elle essaie d'actionner de nombreux leviers&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&#201;ric Louis *&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Membre fondateur de l'association Cordistes en col&#232;re, cordistes solidaires, l'auteur a travaill&#233; dans les m&#234;mes silos que Vincent et Arthur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Quentin Zaraoui-Bruat est mort en juin 2017, enselevi sous 370 tonnes de grain, sur ce m&#234;me site de Bazancourt, o&#249; Arthur et Vincent ont perdu la vie. Il avait 21 ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Un-silo-de-sucre-et-de-dedain' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Un silo de sucre et de d&#233;dain &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 175 (avril 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Commune, &#171; pivot de la vie sociale future &#187; ?</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-Commune-pivot-de-la-vie-sociale</link>
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		<dc:date>2019-06-17T00:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Marine Summercity</dc:subject>
		<dc:subject>d'une</dc:subject>
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		<dc:subject>Commune</dc:subject>
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		<dc:subject>Pierre Sauv&#234;tre</dc:subject>
		<dc:subject>Christian Laval</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Submerg&#233;e par l'&#201;tat-nation urbanis&#233; et vou&#233;e au capitalisme, la cit&#233; [...] abrite la m&#233;moire d'une libert&#233; perdue, de l'autogestion d'antan, de la libert&#233; civique d'autrefois pour laquelle les opprim&#233;s ont lutt&#233; pendant des si&#232;cles de d&#233;veloppement social &#187;, &#233;crit Janet Bielh, continuatrice de l'&#339;uvre de Murray Bookchin . Pour &#233;voquer l'exp&#233;rience communaliste, ses perspectives et ses impasses, CQFD propose ne discussion crois&#233;e avec l'historienne libertaire Marianne Enckell et le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no174-mars-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;174 (mars 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marine-Summercity" rel="tag"&gt;Marine Summercity&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/politique" rel="tag"&gt;politique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Christian-Laval" rel="tag"&gt;Christian Laval&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Submerg&#233;e par l'&#201;tat-nation urbanis&#233; et vou&#233;e au capitalisme, la cit&#233; [...] abrite la m&#233;moire d'une libert&#233; perdue, de l'autogestion d'antan, de la libert&#233; civique d'autrefois pour laquelle les opprim&#233;s ont lutt&#233; pendant des si&#232;cles de d&#233;veloppement social&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Janet Biehl, Le Municipalisme libertaire : la politique de l'&#233;cologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;, &#233;crit Janet Bielh, continuatrice de l'&#339;uvre de Murray Bookchin&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Les deux come-backs de Murray Bookchin &#187;, page IV de ce m&#234;me num&#233;ro (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Pour &#233;voquer l'exp&#233;rience communaliste, ses perspectives et ses impasses, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; propose ne discussion crois&#233;e avec l'historienne libertaire Marianne Enckell et le sociologue Pierre Sauv&#234;tre&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; lire de sa plume : &#171; Ne pas &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;. Gilets jaunes, l'auto-institution&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2958 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH463/-1198-69839.jpg?1782644243' width='400' height='463' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marine Summercity
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard (&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;) :&lt;/strong&gt; &#171; En conclusion de leur ouvrage &lt;i&gt;L'Ombre d'Octobre &lt;/i&gt;(Lux, 2017), Pierre Dardot et Christian Laval enterrent l'id&#233;e du communisme d'&#201;tat et invitent &#224; un &#8220;&lt;i&gt;mouvement de coordination d&#233;mocratique des communs politiques municipaux&lt;/i&gt;&#8221;. Relayant la pens&#233;e de Murray Boockchin, ils rappellent que &#8220;&lt;i&gt;la commune est le commun politique de base. Le projet d'un communisme des communs est en premier lieu celui d'une conf&#233;d&#233;ration des communes&lt;/i&gt;&#8221;. Vous retrouvez-vous dans cette approche ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pierre Sauv&#234;tre :&lt;/strong&gt; &#171; J'en suis venu &#224; m'int&#233;resser au communalisme &#224; partir de la notion de &#8220;communs&#8221;, qui a connu un int&#233;r&#234;t croissant dans le contexte d'un renforcement du n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, qu'est-ce que le commun en politique sinon la Commune ? Non pas au sens affadi et &#233;tatis&#233; des 36 000 &#8220;communes&#8221; de France, mais au sens historique des exp&#233;riences populaires d'auto-gouvernement. Je m'int&#233;resse aux exp&#233;riences du pass&#233; &#8211; comme les cit&#233;s grecques, les communes m&#233;di&#233;vales ou les communes r&#233;volutionnaires des XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles &#8211; en me demandant si elles incarnent ou non un commun en politique qui trancherait avec l'appropriation du pouvoir par une &#233;lite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bookchin s'est pench&#233; sur la &#8220;tradition&#8221; du municipalisme libertaire. Il fait une distinction essentielle entre la politique et l'&#201;tat, mais son projet est celui de la mise en place d'une souverainet&#233; communale sur la soci&#233;t&#233;. Pour des raisons li&#233;es &#224; sa critique de l'anarcho-syndicalisme, il se m&#233;fie de l'auto-gouvernement des activit&#233;s &#233;conomiques et sociales et estime qu'il faut confier tout le pouvoir aux assembl&#233;es populaires, dont les d&#233;lib&#233;rations sont cens&#233;es s'appliquer souverainement aux activit&#233;s &#233;conomiques dans le cadre d'une &#8220;municipalisation de l'&#233;conomie&#8221;. La coupure entre la politique et la soci&#233;t&#233; qu'implique cette souverainet&#233; communale n'est-elle pas une mani&#232;re de reconduire en miniature la forme &#201;tat, et de la d&#233;multiplier &#224; l'&#233;chelle des communes comme autant de micro-&#201;tats ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marianne Enckell :&lt;/strong&gt; &#171; La commune est-elle vraiment aujourd'hui &#8220;le commun politique de base&#8221; ? Chacun.e de nous r&#233;side certes dans une commune, mais quel sentiment d ' appartenance avons-nous ? C'est certes l&#224; qu'on a des droits politiques (et encore, pas tout le monde) ; mais on travaille souvent ailleurs, on a ses amis et sa famille ailleurs, comme son club de foot ou son groupe de musique. Si la vie associative peut &#234;tre riche dans un village ou un arrondissement parisien, cette limite g&#233;ographique est en fait due &#224; la structure politique, aux subventions, aux salles accord&#233;es par la mairie ; mais cela ne suffit pas &#224; en faire une r&#233;alit&#233; tangible &#224; laquelle chacun.e aurait envie de s'identifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Sauv&#234;tre rel&#232;ve avec justesse la coupure subjective qu'op&#232;re Murray Bookchin entre politique et soci&#233;t&#233;. Mais comment r&#234;ver d'une &#8220;municipalisation de l'&#233;conomie&#8221; ? M&#234;me dans les villages horlogers du Jura, il y a cent cinquante ans, les ouvriers qui chantaient &#8220;&lt;i&gt;Vive la Commune libre universelle !&lt;/i&gt;&#8221; savaient bien que le produit de leur travail d&#233;pendait d'une &#233;conomie mondialis&#233;e. Dans le Levant espagnol, les collectivit&#233;s libertaires savaient bien qu'il fallait se coordonner pour exporter des oranges, et champs et vergers ne s'arr&#234;taient pas n&#233;cessairement aux bornes communales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le f&#233;d&#233;ralisme ne se construit pas n&#233;cessairement sur des cellules de base homog&#232;nes : imaginer une f&#233;d&#233;ration de communes, d'associations de producteurs, de collectifs divers et vari&#233;s me semble un d&#233;fi plus int&#233;ressant que la seule conf&#233;d&#233;ration des communes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard :&lt;/strong&gt; &#171; Historiquement, il y a dans le communalisme une dimension insurrectionnelle &#8211; comme le rappelle l'historien Jacques Rougerie : &#8220;&lt;i&gt;Chaque r&#233;volution qu'on a &#233;cras&#233;e dans le sang a &#233;t&#233; tout naturellement d&#233;sign&#233;e comme une Commune &lt;/i&gt;[de Paris, de Berlin, de Kronstadt, de Budapest, etc.]&#8221; &#8211; mais aussi une dimension r&#233;formiste qui donnera le socialisme municipal. Cette tension &#233;merge dans les d&#233;bats de l'Association internationale des travailleurs apr&#232;s l'&#233;crasement de la Commune de Paris. Le livre de Patrizia Dogliani, &lt;i&gt;Le Socialisme municipal en France et en Europe de la Commune &#224; la Grande Guerre &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Arbre bleu, 2018.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, d&#233;crit pr&#233;cis&#233;ment cette bataille sourde entre une vision qui pr&#244;ne l'autonomie communale, le mouvement coop&#233;ratif, l'organisation &#224; la base et une autre qui s'appuie sur un programme centraliste &#224; partir du mod&#232;le du Parti-&#201;tat. Ainsi, le socialiste &#8220;int&#233;gral&#8221; Beno&#238;t Malon veut faire de l'administration communale &#8220;&lt;i&gt;le pivot de la vie sociale future&lt;/i&gt;&#8221;. Tandis que pour les socialistes &#233;tatistes , comme Jules Guesde, le &#8220;&lt;i&gt;terrain municipal ne peut &#234;tre qu'un champ de man&#339;uvre &lt;/i&gt;[pour] &lt;i&gt;pr&#233;parer les grands services collectivistes de la soci&#233;t&#233; de demain&lt;/i&gt;&#8221;. La banlieue rouge&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle d&#233;signe la trentaine de municipalit&#233;s d'&#206;le-de-France remport&#233;es par le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; est en quelque sorte l'illustration de cet &#233;cartement. En d&#233;pit de son r&#244;le de vitrine de propagande pour le Parti &#8211; qui garde le monopole en toutes choses &#8211;, la gestion municipale par les communistes avait acquis la r&#233;putation d'un laboratoire mod&#232;le qui r&#233;pondait aux besoins de services n&#233;glig&#233;s par l'&#201;tat et le capitalisme : logements, scolarit&#233;, maisons de la culture, colonies de vacances, sport, loisirs, sant&#233;, aide aux personnes &#226;g&#233;es, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose frappe cependant : le mot &#8220;communalisme&#8221; va quasiment dispara&#238;tre du champ lexical politique du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#8211; alors qu'il figure par exemple dans le titre de l'ouvrage de Gustave Lefran&#231;ais, &lt;i&gt;&#201;tude sur le mouvement communaliste &#224; Paris en 1871&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pierre Sauv&#234;tre :&lt;/strong&gt; &#171; Je crois que si le communalisme a pu r&#233;sonner si fort dans les ann&#233;es 1870, c'est parce qu'il y avait cette conviction dans une partie du mouvement ouvrier que l'auto-gouvernement, dans les associations ouvri&#232;res comme dans les institutions politiques municipales, &#233;tait la seule mani&#232;re de r&#233;soudre la &#8220;question sociale&#8221;. La bataille entre autonomie communale et socialisme municipal est d&#233;cisive et permet sans doute d'analyser encore aujourd'hui les limites du &#8220;municipalisme&#8221;. Dans ce d&#233;bat, chez les guesdistes puis aussi chez les broussistes &#8211; avec la brochure de Paul Brousse sur &lt;i&gt;La Propri&#233;t&#233; collective et les services publics &lt;/i&gt;en 1883 &#8211;, c'est la th&#232;se qui veut faire reposer le socialisme sur la g&#233;n&#233;ralisation des services publics qui va l'emporter. Or les services publics, &#233;manant d'une autorit&#233; contr&#244;lant des agents charg&#233;s d'en appliquer les directives, sont par nature &#233;tatiques, car la notion de &#8220;service&#8221; implique un rapport hi&#233;rarchique entre l'agent fonctionnaire et l'usager. Cette notion a pr&#233;cipit&#233; l'h&#233;g&#233;monie de l'&#233;tatisme &#224; gauche, et est rentr&#233;e en contradiction avec l'auto-gouvernement, ce qui peut expliquer la disparition progressive du lexique communaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, il me semble que l'impasse &#233;tatiste et gestionnaire des services publics n'est pas limit&#233;e aux services publics nationaux, mais affecte aussi les conceptions et les pratiques des &#8220;municipalistes&#8221; contemporains. Dans quelle mesure ne sont-ils pas les h&#233;ritiers de la conception de la &#8220;gestion municipale&#8221; dont tu parles pour les communistes fran&#231;ais &#224; partir des ann&#233;es 1930 ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marianne Enckell :&lt;/strong&gt; &#171; La dimension insurrectionnelle et la dimension r&#233;formiste s'opposent en effet depuis la Premi&#232;re Internationale. James Guillaume &#233;crivait que &#8220;&lt;i&gt;la calotte de conseiller municipal, de conseiller d'&#201;tat ou de conseiller f&#233;d&#233;ral, pos&#233;e sur la t&#234;te du socialiste le plus intelligent et le plus sinc&#232;re, c'est un &#233;teignoir qui &#233;touffe &#224; l'instant la flamme r&#233;volutionnaire &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;James Guillaume, L'Internationale, Paris, 1905, t. III.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&#8221;. Autre Suisse, membre de la F&#233;d&#233;ration jurassienne, Adh&#233;mar Schwitzgu&#233;bel estimait que &#8220;&lt;i&gt;l'autonomie communale pourrait devenir le point de d&#233;part d'une agitation populaire g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;&#8221;. Il d&#233;clarait : &#8220;&lt;i&gt;Nous sommes donc pour la r&#233;volte des communes contre l'&#201;tat.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi je plussoie &#224; la remarque pr&#233;c&#233;dente sur l'implication hi&#233;rarchique de la notion de services publics : les usagers ne savent plus o&#249; se situer. Cela ressort de mani&#232;re criante dans la d&#233;claration de l'Assembl&#233;e des assembl&#233;es [des Gilets jaunes] de Commercy, fin janvier : &#8220;&lt;i&gt;Partageons la richesse et pas la mis&#232;re ! Finissons-en avec les in&#233;galit&#233;s sociales ! Nous exigeons l'augmentation imm&#233;diate des salaires, des minimas sociaux, des allocations et des pensions, le droit inconditionnel au logement et &#224; la sant&#233;, &#224; l'&#233;ducation, des services publics gratuits et pour tous.&lt;/i&gt;&#8221; &#8220;&lt;i&gt;Partageons, finissons-en&lt;/i&gt;&#8221; &#8211; et puis : &#8220;&lt;i&gt;Nous exigeons !&lt;/i&gt;&#8221; Comment n'ont-ils pas vu la contradiction criante ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard :&lt;/strong&gt; &#171; L'&#233;mergence actuelle d'un municipalisme connect&#233;, &#224; travers les sommets et les plateformes &lt;i&gt;Fearless cities &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;lire ci-dessous&lt;/strong&gt;, laisse finalement plus entrevoir des techniques de gouvernance &#8220;participatives et inclusives&#8221; clefs en main que des formes r&#233;elles d'auto-organisation. &#192; Barcelone, un militant des quartiers jugeait que les candidatures citoyennes qui avaient amen&#233; la liste d'Ada Colau au pouvoir &#8220;&lt;i&gt;avaient saut&#233; l'&#233;tape cruciale de la coop&#233;ration, de l'articulation avec une base territoriale forte. Elles se sont davantage servies des mouvements sociaux comme tremplin vers le pouvoir, pour obtenir un puissant &#233;lectorat et gagner les institutions afin de mettre en place des id&#233;es de gauche r&#233;formiste &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Diego Miralles Buil, &#171; Les &#8220;nouveaux municipalismes&#8221; de Madrid et Barcelone (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pierre Sauv&#234;tre :&lt;/strong&gt; &#171; Le municipalisme des &lt;i&gt;Fearless cities&lt;/i&gt; me semble globalement pris dans les travers de la vieille politique. Je crois qu'apr&#232;s le cycle du &#8220;mouvement des places&#8221; les choses ont &#233;t&#233; envisag&#233;es essentiellement &#224; travers l'angle de la &lt;i&gt;d&#233;mocratisation de la politique&lt;/i&gt;, construit essentiellement autour des deux p&#244;les d'une &#8220;repr&#233;sentation &#233;thique&#8221; &#8211; avec la d&#233;nonciation de la corruption des gouvernants traditionnels et la mise en place de &#8220;codes &#233;thiques&#8221; &#8211; et d'une incitation &#224; la participation citoyenne active. Cet angle me semble aujourd'hui tr&#232;s largement insuffisant. De ce point de vue, il ne faut pas sous-estimer le r&#244;le, n&#233;gatif selon moi, que joue la r&#233;f&#233;rence au populisme &#8211; lui-m&#234;me contradictoire avec un projet d'auto-gouvernement &#8211; d'Ernesto Laclau et Chantal Mouffe&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Couple post-marxiste qui a th&#233;oris&#233; le populisme &#224; destination des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; dans le municipalisme espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui prime dans ces exp&#233;riences, comme celles des &lt;i&gt;Fearless cities&lt;/i&gt;, c'est la remunicipalisation des services publics : les municipalismes espagnols ont beaucoup pari&#233; sur les &#8220;droits sociaux fondamentaux&#8221; et les &#8220;mesures d'urgence&#8221; qui devaient &#234;tre prises pour rallier l'&#233;lectorat populaire &#224; leur programme. Cette logique essentiellement &#8220;servicielle&#8221; est ensuite compl&#233;t&#233;e par un ensemble de dispositifs participatifs (plateformes de propositions, budgets participatifs, assembl&#233;es ouvertes) pour inciter la population &#224; prendre part &#224; la d&#233;mocratie. Sauf que ces deux logiques sont contradictoires : on a des &#233;quipes municipales d&#233;vou&#233;es qui travaillent jour et nuit pour satisfaire les &lt;i&gt;desiderata &lt;/i&gt;sociaux d'une population que la logique &#233;lectorale met bien davantage dans la position de ceux qui exigent des r&#233;sultats que de ceux qui pourraient &#234;tre d&#233;sireux de prendre part &#224; un projet d'auto gouvernement. La division entre professionnels municipaux de la politique et citoyens profanes invit&#233;s &#224; &#8220;participer&#8221; dans le temps que ne leur laisse pas leur travail salari&#233; n'est pas r&#233;ellement effac&#233;e. Joan Subirats&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Joan Subirats est chercheur en science politique et porte-parole de la liste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt; a beau invoquer la &#8220;proximit&#233;&#8221; permise par une politique municipaliste, celle-ci ne suffit pas &#224; r&#233;duire cet &#233;cart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bilans mitig&#233;s des exp&#233;riences municipalistes r&#233;centes &#8211; qui restent bien s&#251;r &#224; &#233;tablir dans le d&#233;tail &#8211; incitent &#224; privil&#233;gier aujourd'hui les exp&#233;rimentations d&#233;velopp&#233;es en dehors de l'&#201;tat et du jeu &#233;lectoral, comme ce qui s'est tent&#233; &#224; Notre-Dame-des-Landes, qui aurait pu &#234;tre une exp&#233;rimentation communaliste au sens fort du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est sans doute utile d'&#233;tablir de ce point de vue une distinction forte entre le &lt;i&gt;municipalisme&lt;/i&gt;, entendu au sens de cette &#8220;gestion municipale&#8221;, et le &lt;i&gt;communalisme &lt;/i&gt;qui reste encore sans doute tr&#232;s largement &#224; construire. Si l'on pose la question du communalisme seulement comme question d'&#233;largissement de la d&#233;mocratie sans l'int&#233;grer au probl&#232;me de la confrontation du capitalisme, on a toutes les chances de se planter. C'est le m&#234;me probl&#232;me que celui de Gustave Lefran&#231;ais et des communalistes du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Ils ont parl&#233; parfois de &#8220;commune sociale&#8221; parce que le d&#233;veloppement de l'association ouvri&#232;re dans le domaine &#233;conomique et de la commune politique &#233;taient ins&#233;parables. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard :&lt;/strong&gt; &#171; Marianne, dans plusieurs textes, dont &#8220;La d&#233;mocratie mise &#224; mort par ses institutions m&#234;mes : l'exemple de la Suisse&#8221; (1990), tu fais la critique du mode de d&#233;mocratie suisse, qui est parfois pris en mod&#232;le pour sa &#8220;d&#233;mocratie directe&#8221;. Contre quelles illusions mettrais-tu en garde un mouvement qui en appellerait au syst&#232;me des votations par exemple ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marianne Enckell :&lt;/strong&gt; &#171; L'initiative populaire est l'axe dynamique de la d&#233;mocratie helv&#233;tique : chaque citoyen ou groupe de citoyens peut proposer un nouvel article constitutionnel ou une modification. Il suffit pour cela de r&#233;colter 100 000 signatures en 18 mois. Si ce nombre est atteint, l'initiative passera en votation populaire, et en cas de majorit&#233; du peuple et des cantons la Constitution sera modifi&#233;e. La Conf&#233;d&#233;ration &#233;laborera alors une loi d'application qui devra &#234;tre adopt&#233;e &#8211; pour l'assurance maternit&#233;, il a fallu pas moins de soixante ans&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la Suisse se caract&#233;rise aussi par son syst&#232;me de &#8220;milice&#8221; : les d&#233;put&#233;s conservent leurs activit&#233;s professionnelles, les s&#233;ances ont lieu le soir ou, au niveau f&#233;d&#233;ral, pendant des sessions de quelques semaines par an. Et chaque projet de loi passe par une proc&#233;dure de consultation des principales associations &#233;conomiques, syndicales, politiques, voire d'int&#233;r&#234;ts, en sus des entit&#233;s politiques. Rouages multiples, qui refl&#232;tent et valident la multiplicit&#233; des all&#233;geances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme renforce de fait le syst&#232;me de compromis, de consensus, ce qui est par nature conservateur et contribue &#224; tuer dans l'&#339;uf toute vell&#233;it&#233; de changement. Les d&#233;bats peuvent &#234;tre riches et instructifs au cours de la proc&#233;dure ; mais lorsqu'on passe au vote, c'est l'option la plus neutre qui est syst&#233;matiquement choisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me point, c'est l'autonomie des communes en Suisse. Elles l&#232;vent des imp&#244;ts ; elles accordent le droit de cit&#233; avant que les candidats obtiennent la nationalit&#233; suisse (principe rigoureux du droit du sang, contrairement &#224; la France) ; elles d&#233;cident librement de fusionner ou non avec leurs voisines ; ce n'est que si elles ne peuvent s'acquitter d'une t&#226;che que le canton intervient (principe dit de subsidiarit&#233;). Mais cela ne veut pas dire qu'elles peuvent s'autog&#233;rer, ni faire s&#233;cession, ni se f&#233;d&#233;rer avec n'importe qui. Ni m&#234;me ouvrir une cr&#232;che qui n'observe pas &#224; la lolette pr&#232;s toutes les prescriptions officielles. Il faut que je me renseigne sur leurs comp&#233;tences en mati&#232;re de ronds-points&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par M. L. &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Villes sans peur&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;L&lt;/petitelettrine&gt;e r&#233;seau des &#171; Fearless cities &#187; est en quelque sorte la vitrine internationale du projet Barcelona en Com&#250;. Plus de 700 participants du monde entier se sont r&#233;unis &#224; Barcelone d&#233;but juin 2018 pour porter l'&#233;mergence d'un municipalisme connect&#233;. Depuis lors, plusieurs sommets r&#233;gionaux ont eu lieu dans des villes comme Varsovie, New York, Bruxelles et Valparaiso, et la plateforme entend &#171; &lt;i&gt;appuyer la construction d'un r&#233;seau de &#8220;villes rebelles&#8221; afin de transformer l'Europe depuis la base &#187;&lt;/i&gt;. Un guide intitul&#233; &lt;i&gt;Comment remporter la ville en commun&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T&#233;l&#233;chargeable en PDF en fran&#231;ais sur le site de Barcelona en Com&#250;.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt; appelle &#224; la &#171; &lt;i&gt;r&#233;bellion d&#233;mocratique&lt;/i&gt; &#187; et &#224; la &#171; &lt;i&gt;r&#233;volution citoyenne&lt;/i&gt; &#187; en prodiguant des modes de gouvernement participatifs et transparents.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Janet Biehl, &lt;i&gt;Le Municipalisme libertaire : la politique de l'&#233;cologie sociale&lt;/i&gt; (1998), &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Les-deux-come-backs-de-Murray' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les deux come-backs de Murray Bookchin&lt;/a&gt; &#187;, page IV de ce m&#234;me num&#233;ro 174 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, mars 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; lire de sa plume : &#171; &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/pierre-sauvetre/blog/201218/ne-pas-etre-recupere-gilets-jaunes-lauto-institution-du-peuple&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ne pas &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;. Gilets jaunes, l'auto-institution du peuple&lt;/a&gt; &#187;, Blogs.mediapart.fr (20/12/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions Arbre bleu, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Elle d&#233;signe la trentaine de municipalit&#233;s d'&#206;le-de-France remport&#233;es par le Parti communiste dans les ann&#233;es 1930-1950.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;James Guillaume, &lt;i&gt;L'Internationale&lt;/i&gt;, Paris, 1905, t. III.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Diego Miralles Buil, &#171; &lt;a href=&#034;https://antreautre.hypotheses.org/649&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les &#8220;nouveaux municipalismes&#8221; de Madrid et Barcelone&lt;/a&gt; &#187;, revue &lt;i&gt;S !lence &lt;/i&gt;(09/08/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Couple post-marxiste qui a th&#233;oris&#233; le populisme &#224; destination des mouvements de gauche notamment au sein de Podemos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Joan Subirats est chercheur en science politique et porte-parole de la liste Barcelona En Com&#250;. Il a &#233;crit &lt;i&gt;El poder de lo pr&#243;ximo. Las virtudes del municipalismo&lt;/i&gt;, Catarata, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;T&#233;l&#233;chargeable &lt;a href=&#034;https://barcelonaencomu.cat/sites/default/files/-gagner-la-ville.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en PDF&lt;/a&gt; en fran&#231;ais sur le site de Barcelona en Com&#250;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Les services sociaux risquent de se bunk&#233;riser &#187;</title>
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&lt;p&gt;Keltoum Brahna et Muriel Bombardi sont assistantes sociales (AS) en Seine-Saint-Denis et syndiqu&#233;es &#224; SUD Sant&#233; sociaux/CT. Ce m&#233;tier, elles l'ont choisi et le d&#233;fendent depuis des ann&#233;es contre son d&#233;voiement par le management et la politique du chiffre. Visite dans les coulisses du travail social, o&#249; s'affrontent &#8211; comme ailleurs &#8211; travailleurs de base et managers cyniques. En 2011, vous avez particip&#233; &#224; un mouvement de boycott des statistiques dans les services sociaux de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no151-fevrier-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;151 (f&#233;vrier 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/service-social" rel="tag"&gt;service social&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/managers" rel="tag"&gt;managers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Keltoum Brahna et Muriel Bombardi sont assistantes sociales (AS) en Seine-Saint-Denis et syndiqu&#233;es &#224; SUD Sant&#233; sociaux/CT. Ce m&#233;tier, elles l'ont choisi et le d&#233;fendent depuis des ann&#233;es contre son d&#233;voiement par le management et la politique du chiffre. Visite dans les coulisses du travail social, o&#249; s'affrontent &#8211; comme ailleurs &#8211; travailleurs de base et managers cyniques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH569/-123-b50ee.jpg?1782641307' width='400' height='569' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2011, vous avez particip&#233; &#224; un mouvement de boycott des statistiques dans les services sociaux de Seine-Saint-Denis. Quel en &#233;tait le but ? &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Muriel :&lt;/strong&gt; Au d&#233;but, c'&#233;tait juste un moyen pour faire aboutir des revendications classiques. C'est seulement par la suite que l'on a commenc&#233; &#224; s'interroger sur le r&#244;le des statistiques.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Keltoum :&lt;/strong&gt; Jusqu'en 2011, on rendait une fois par an des grilles par nom et par dossier. Ces statistiques recensaient le nombre de personnes rencontr&#233;es, leur situation familiale, leurs caract&#233;ristiques socioprofessionnelles et les difficult&#233;s qu'elles rencontraient (on cochait diverses &#171; probl&#233;matiques &#187;). On recensait aussi ce que l'on faisait (les &#171; interventions &#187;). En 2010, la direction a rajout&#233; des statistiques, appel&#233;es &#171; enqu&#234;te population &#187;. &#199;a a d&#233;clench&#233; une grosse interrogation de notre part : il y a un truc l&#224;-dessous, c'est quoi encore ces chiffres, ces items et cette enqu&#234;te ? &#192; quoi &#231;a va servir ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Et puis il y avait des questions qui ont beaucoup g&#234;n&#233; les coll&#232;gues : &#171; Est-ce que l'un des membres du m&#233;nage travaille au Conseil d&#233;partemental (CD) ? &#187; C'est ainsi qu'a commenc&#233; notre questionnement sur les statistiques, le fichage et l'informatisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment la lutte s'est-elle d&#233;roul&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; Il y a eu des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales organis&#233;es sur le temps syndical. On pouvait y partager nos constats et discuter de la mani&#232;re de faire face aux consignes, dans un contexte de p&#233;nurie de moyens. Comment fait-on par exemple quand on re&#231;oit tous les jours des familles avec enfants qui se retrouvent &#224; la rue ? Le boycott a &#233;t&#233; une proposition parmi d'autres (aller manifester devant l'administration, faire des lettres, des p&#233;titions). Dans les &#233;quipes, les coll&#232;gues discutaient entre elles et faisaient remonter aux syndicats leur d&#233;cision de boycott total ou partiel. C'est comme cela que &#231;a a pris de l'ampleur : ce boycott a dur&#233; presque trois ans et concern&#233; au plus fort deux tiers des &#233;quipes de service social du d&#233;partement. C'est pendant ce mouvement qu'on s'est int&#233;ress&#233; aux grilles statistiques et au d&#233;ploiement informatique qui allait avec.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; &#192; partir du moment o&#249; tu boycottes les statistiques, tu commences &#224; te pencher sur les chiffres et tu te rends compte qu'ils servent en fait &#224; mesurer ton travail. Or, quand tu coches &#171; probl&#232;me avec la CAF &#187;, cela peut &#234;tre quelque chose qui se r&#232;gle en quelques minutes ou qui prend beaucoup plus de temps. Cela ne veut donc rien dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sauf pour les managers en qu&#234;te de performance&#8230; Mais quel sens et quel effet ce processus dans un m&#233;tier vou&#233; &#224; &#233;couter et aider des personnes pour lesquelles il faut prendre du temps ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Le nouveau management public est arriv&#233; en 2008, avec l'arriv&#233;e du PS et de Bartolone. Si le d&#233;partement &#233;tait rest&#233; PCF, cela aurait &#233;t&#233; sans doute la m&#234;me chose, mais peut-&#234;tre moins rapidement. Car c'&#233;tait dans la logique de la r&#233;vision g&#233;n&#233;rale des politiques publiques. &#192; cette &#233;poque, on avait commenc&#233; &#224; faire des AG pour discuter entre nous de ce que l'on vivait sur le terrain. Elles nous ont permis de voir que l'on rencontrait les m&#234;mes difficult&#233;s. Au moment o&#249; nos managers allaient faire leur grand-messe annuelle et, sur la base de leurs chiffres, nous expliquer que les personnes se pr&#233;sentent majoritairement pour une aide alimentaire alors qu'on pensait que c'&#233;tait pour l'h&#233;bergement, nous avions justement une AG et on s'est dit qu'il fallait faire quelque chose. On a d&#233;cid&#233; de lire &#224; plusieurs une lettre envoy&#233;e quelques mois auparavant &#224; la direction, dans laquelle on faisait un &#233;tat des lieux et des propositions, de d&#233;ployer une banderole &#171; Aujourd'hui 21 septembre 2010, enterrement du service social &#187;, et de cr&#233;er des affiches avec des slogans comme &#171; Familles &#224; la rue, assistantes sociales toutes nues &#187;. Quand on est arriv&#233;s &#224; la r&#233;union, la direction a introduit son discours en disant d'un air enjou&#233; qu'aujourd'hui on ne parlait plus de bilan d'activit&#233; mais de RAP pour &#171; rapport annuel de performance &#187; et de PAP pour &#171; plan annuel de performance &#187;. Puis, elle a demand&#233; &#224; l'assembl&#233;e si on avait des questions. Et l&#224;, les coll&#232;gues se sont lev&#233;es pour lire la lettre, en brandissant affiches et banderole. Tout le monde s'est lev&#233;, &#224; l'exception des cheffes, pour applaudir. On se serait cru sur un terrain de foot ! La direction a dit qu'elle annulait la pr&#233;sentation et nous laissait pour discuter entre nous avant l'arriv&#233;e du directeur g&#233;n&#233;ral adjoint. On lui a dit de rester parce qu'elle devait entendre ce que l'on avait &#224; dire. Ce qui a &#233;t&#233; g&#233;nial, c'est que les coll&#232;gues sont intervenues sans autocensure, comme si on avait pris le pouvoir !&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; Il faut bien se rendre compte que la grande diff&#233;rence entre &#171; bilan d'activit&#233; &#187; et &#171; RAP &#187;, c'est celle qu'il y a entre l'&#233;crit collectif d'une &#233;quipe et un tableau de chiffres fait par des managers. La plus grosse partie du RAP n'est faite que de chiffres. On a toujours d&#233;fendu le fait qu'on pouvait et qu'on devait raconter notre travail au fur et &#224; mesure de ce que l'on faisait. C'est ce que l'on fait d&#233;j&#224; entre nous. Mais d&#232;s qu'il s'agit de raconter son travail &#224; des gens qui en sont compl&#232;tement &#233;loign&#233;s, forc&#233;ment c'est eux qui imposent la forme. Alors qu'avant, chaque &#233;quipe r&#233;digeait ce qu'on appelait des &#171; monographies &#187; qui relataient des parcours de vie de famille, ce qui avait &#233;t&#233; compliqu&#233; pour elles et pour nous. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Le management a fait appara&#238;tre une nouvelle notion ; celle de r&#233;sultats. Dans un autre service, on nous a dit que ce que regardaient les &#233;lus, c'&#233;tait les r&#233;sultats : combien de personnes ont retrouv&#233; un boulot. Des postes de charg&#233;s d'&#233;tude et de gestion ont donc &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s pour traduire le travail en chiffres et le faire entrer dans des tableaux num&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'imagine que cette focalisation sur la performance chiffr&#233;e se traduit concr&#232;tement par des transformations du travail, par exemple en calibrant le temps pass&#233; avec les personnes en difficult&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; Pour nous, calibrer le temps d'entretien, c'est juste insupportable. Tout comme le sont les phrases assassines des responsables qui se permettent de dire : &#171; En dix minutes, tu peux &#233;valuer. &#187; Un autre effet du management est la mani&#232;re dont les institutions lancent des politiques sociales qui oublient et &#233;cartent les personnes &#224; qui elles sont destin&#233;es. Les gens ne rentrent pas dans les protocoles, et les conventions qui ont &#233;t&#233; &#233;dict&#233;s par les institutions et pour les institutions. Car elles se foutent des gens en eux-m&#234;mes, vivants, qui viennent dire leurs probl&#232;mes. Elles veulent juste des chiffres pour remplir des tableaux. Chez nous, P&#244;le emploi et le d&#233;partement ont sign&#233; une convention : il va falloir rendre des comptes au niveau europ&#233;en pour avoir les financements attendus. C'est quoi rendre des comptes ? C'est faire remonter des chiffres, par exemple dire combien de ch&#244;meurs sont entr&#233;s dans le cadre de cette convention. Or, il se trouve que d&#232;s la mise en place, &#231;a n'a pas march&#233; du tout : les gens sont chiants, on pense des choses pour eux mais ils ne jouent pas le jeu. Ils ne viennent pas, ils s'en foutent et en plus ils le disent. Malgr&#233; tout, il faut trouver un moyen de les faire rentrer dans ce protocole&#8230; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Les managers veulent aussi des chiffres pour &#171; objectiver &#187; ton travail. &#199;a permet de mettre en concurrence et sous pression : j'ai 150 suivis, toi t'en as 130, y a un truc qui ne va pas. Comme si un suivi en &#233;galait un autre.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; Juste pour rebondir sur la convention avec P&#244;le emploi : l'Europe attend des comptes du P&#244;le emploi, le P&#244;le emploi attend des comptes du d&#233;partement, qui attend des comptes des AS. &#201;videmment, les AS vont devoir demander aux gens de rendre des comptes, parce qu'on les attend au tournant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un autre effet imm&#233;diat du management, c'est le &#171; fractionnement de l'aide &#187;. K&#233;zako ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; Dans les services sociaux de Seine-Saint-Denis, cela consiste &#224; diviser l'&#233;quipe en deux p&#244;les, l'un pour l'accueil des personnes et l'autre pour leur accompagnement. Or, dans le m&#233;tier que l'on fait, que ce soit celui d'AS ou de secr&#233;taire, on est tous charg&#233;s de l'accueil et quelque part aussi de l'accompagnement. Les managers ont pens&#233; que ce serait bien de fractionner les &#233;quipes pour faire en sorte que le p&#244;le accueil, charg&#233; d'orienter les personnes qui arrivent pour la premi&#232;re fois, s'arr&#234;te &#224; la premi&#232;re demande des gens. Quand tu &#233;coutes quelqu'un, il va te dire : voil&#224;, je viens pour &#231;a. Mais selon la mani&#232;re dont s'est pass&#233;e cette premi&#232;re discussion, la personne va se permettre ou pas d'aborder d'autres probl&#232;mes. Dans la formation d'AS, on appelle cela la demande explicite et les demandes implicites ou d&#233;guis&#233;es, et on est cens&#233; permettre les deux. Mais avec la division en deux p&#244;les, c'est impossible parce qu'on demande aux AS &#224; l'accueil de s'en tenir &#224; la premi&#232;re demande explicite des personnes, qui parfois ne formuleront plus leurs demandes implicites parce qu'un RDV ne leur sera pas forc&#233;ment fix&#233; avec une AS du p&#244;le accompagnement. Bref, le p&#244;le accueil joue le r&#244;le de tamis par rapport aux demandes des gens.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Ce syst&#232;me d'accueil o&#249;, en gros, tu viens pour un probl&#232;me pr&#233;cis et on te r&#233;pond, et si tu reviens pour un autre probl&#232;me, tu es re&#231;u par une autre coll&#232;gue, ne personnalise pas la relation. En fait, c'est une mani&#232;re de se d&#233;barrasser des gens, de les d&#233;courager de faire valoir leurs droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a en effet plein de gens qui sont d&#233;bout&#233;s de services sociaux auxquels ils ont droit, mais qui ne font pas appel. C'est le &#171; non-recours &#187;. Pour des travailleurs sociaux qui se soucient de personnes en difficult&#233;, c'est un probl&#232;me. Mais pour les managers, n'est-ce pas une opportunit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; Cette question montre le cynisme des administrations et des institutions qui tablent sur un taux de non-recours loin d'&#234;tre n&#233;gligeable pour organiser le financement des politiques sociales. Cela veut dire que les administrations dans ce pays pensent des politiques sociales et mettent en place des dispositifs en partant du fait qu'un certain nombre de personnes n'y auront pas acc&#232;s. Du coup, les services sociaux de polyvalence de secteur comme celui o&#249; je travaille, cens&#233;s proposer un accueil inconditionnel, risquent de se bunk&#233;riser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans votre brochure &lt;i&gt;Les fossoyeurs du travail social&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour commander la brochure : &#201;cran total c/o Faut Pas Pucer Le Batz, 81140, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, &#233;crite en r&#233;ponse &#224; un article des directeurs g&#233;n&#233;raux des services, vous d&#233;montez la novlangue manag&#233;riale, par exemple l'expression &#171; consommateurs de service social &#187;...&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; C'est une expression qui a &#233;t&#233; utilis&#233;e par la cheffe du service social d&#233;partemental de Seine-Saint-Denis face &#224; une d&#233;l&#233;gation d'AS qui avaient fait gr&#232;ve 5 jours en novembre 2013 pour dire stop &#224; la division en P&#244;les accueil et accompagnement. Elle leur a dit que dans les services sociaux, il s'agit de &#171; g&#233;rer des flux &#187;, et que vu les flux en Seine-Saint-Denis, il faut s'en tenir aux demandes ponctuelles des gens : &#171; Ce sont des consommateurs de services sociaux comme partout ailleurs. Ils viennent, ils demandent une chose et on leur r&#233;pond. &#187; Tout dans notre pratique au quotidien d&#233;montre le contraire : vu la difficult&#233; d'acc&#232;s aux administrations, les gens imaginent des demandes explicites qui sont des strat&#233;gies pour lever les barri&#232;res du bunker, mais ce ne sont pas leurs demandes profondes. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Je voulais revenir sur l'&#233;cr&#233;mage dans l'acc&#232;s aux droits. Je vois plein de gens se faire refouler des services sociaux dans la ville o&#249; je travaille. Et le premier &#233;cr&#233;mage est fait par la secr&#233;taire qui renvoie les personnes qui se pr&#233;sentent pour la 1re fois vers d'autres services. Pour pouvoir acc&#233;der &#224; une AS, les gens doivent donc trouver les mots qui vont &#234;tre un &#171; s&#233;same &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les managers des services sociaux r&#233;cup&#232;rent de plus en plus la notion d'autonomie, comme injonction &#224; adresser aux ayants droit. Qu'est-ce que cela cache et signifie ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; C'est peu de dire qu'ils ne la prennent pas dans le m&#234;me sens que nous : comme mouvement collectif d'&#233;mancipation pour trouver ensemble des moyens d'entraide et de lutte face &#224; une domination. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Par exemple, face aux catastrophiques probl&#232;mes de logement, on leur a demand&#233; de se positionner sur la r&#233;quisition collective de logements vides. Mais ils n'ont jamais r&#233;pondu.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; Dans la brochure, nous avons cherch&#233; &#224; clarifier la notion d'autonomie, galvaud&#233;e dans le travail social. On nous dit que notre travail est de ramener les gens &#224; l'autonomie, qu'&#224; certains moments, les gens perdent les moyens de faire les choses par eux-m&#234;mes et qu'on doit les aider &#224; les retrouver. La premi&#232;re chose g&#234;nante, c'est que ce n'est pas une construction collective : c'est un travailleur social face &#224; une personne. Surtout, le mot est d&#233;voy&#233; puisqu'il sert de plus en plus &#224; culpabiliser la personne en face. Il nous a fallu, dans la brochure, nous questionner sur notre position de domination face aux personnes et nous demander de quel c&#244;t&#233; est le savoir &#8211; des questions qui ne sont jamais abord&#233;es dans le travail social, o&#249; la notion d'autonomie est juste utilis&#233;e, mais pas r&#233;fl&#233;chie. La vision des managers est claire : l'autonomie, c'est l'&lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt;, pour utiliser le terme &#224; la mode. Ils disent que le travail social doit cesser de s'occuper des gens, parce que les gens peuvent tr&#232;s bien s'appuyer sur un r&#233;seau ou une &#171; sph&#232;re &#187; qui peut &#234;tre la famille, les amis, etc. Mais ils ne disent pas face &#224; quoi, ils ne nomment pas les dominations. Nous, nous avons nomm&#233; ce que les personnes vivent et leur mani&#232;re de retrouver une autonomie dans les solidarit&#233;s qu'elles se cr&#233;ent, par exemple dans les h&#244;tels o&#249; elles sont h&#233;berg&#233;es et o&#249; elles s'entraident, se soutiennent, se donnent des informations sur les d&#233;marches administratives. Pour d&#233;placer la question, nous sommes parties du fait que les gens sont d&#233;j&#224; ind&#233;pendants, dans ce qu'ils pensent et ce qu'ils font, dans les d&#233;cisions qu'ils prennent. Nous, travailleurs sociaux, ce qu'on est cens&#233;s faire, c'est pas de les faire adh&#233;rer &#224; des normes mais, &#224; un moment de d&#233;nuement, de leur donner des armes pour faire valoir leurs droits face &#224; l'administration. Le pouvoir de l'administration, c'est un vrai pouvoir. Comment faire en sorte de le restreindre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si les managers incitent &#224; l'autonomie individuelle dans la vie, en va-t-il de m&#234;me avec l'autonomie collective dans le travail ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Ils organisent bien des temps collectifs et pr&#244;nent m&#234;me le travail collectif, mais ces moments collectifs sont des r&#233;unions &#224; leur sauce, par exemple sur les moyens de faire des &#233;conomies d'&#233;lectricit&#233;. Ils se sont r&#233;appropri&#233; le terme de &#171; collectif de travail &#187; pour parler des r&#233;unions classiques qu'ils organisent alors que pour nous, ce terme d&#233;signe un groupe de personnes qui font le m&#234;me travail et en parlent ainsi sur un pied d'&#233;galit&#233;. C'est ce qu'on a revendiqu&#233; et fini par obtenir au bout d'un an et demi de lutte, sous forme de temps d'&#233;change sans hi&#233;rarchie. Mais bien s&#251;r, les chefs ont tout fait pour nous mettre des b&#226;tons dans les roues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis 2013, vous participez au groupe &#201;cran Total. Quel int&#233;r&#234;t y a-t-il, pour vous qui tentez de d&#233;fendre le sens de votre m&#233;tier, de discuter et de vous organiser avec des profs, des libraires et des &#233;leveurs, c'est-&#224;-dire des m&#233;tiers tr&#232;s diff&#233;rents, au &#171; sens &#187; tr&#232;s sp&#233;cifique ? &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; J'aurais bien aim&#233; que ces m&#233;tiers restent &#233;loign&#233;s, qu'on reste dans notre sp&#233;cificit&#233; et qu'on se rencontre par curiosit&#233; de d&#233;couvrir le m&#233;tier de l'autre. Avec les autres personnes d'&#201;cran Total, on partage d&#233;j&#224; du commun : avoir r&#233;ellement choisi notre m&#233;tier. Mais j'&#233;tais vite sid&#233;r&#233;e d'entendre &#224; quel point les choses se ressemblaient. Quand je dis &#171; les choses &#187;, c'est le v&#233;cu d'un enseignant ou d'un &#233;leveur, d'un m&#233;decin ou d'un boulanger. Partant de m&#233;tiers diff&#233;rents, on constate que les mesures qui nous sont impos&#233;es sont les m&#234;mes, et qu'elles le sont avec les m&#234;mes mots. Les m&#233;canismes et les discours sont identiques, ce qui montre &#224; quel point les mesures sont fabriqu&#233;es et plaqu&#233;es d'en haut sur les diff&#233;rentes r&#233;alit&#233;s professionnelles. Pouvoir &#233;changer l&#224;-dessus, c'est d&#233;j&#224; vital. Mais &#201;cran Total permet aussi de construire des solidarit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#234;vons un peu : dans l'id&#233;al, &#224; quoi pourrait aboutir &#201;cran Total ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; Oh, mes r&#234;ves sont modestes : qu'&#224; chaque fois qu'elles nous nuisent, on aille toutes et tous occuper les administrations. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Si l'on pouvait enfin inverser l'absurde hi&#233;rarchie sociale des activit&#233;s et consid&#233;rer les boulots parasitaires de managers, de gestionnaires, comme des boulots nuisibles, et les boulots utiles (&#233;boueur, auxiliaire de vie&#8230;) comme des boulots nobles, ce serait d&#233;j&#224; un grand pas en avant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour commander la brochure : &#201;cran total c/o Faut Pas Pucer
Le Batz, 81140, Saint-Michel-de-Vax / ecrantotal@riseup.net&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Au sommaire du 131</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec, L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


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&lt;p&gt;En kiosque &#224; partir du vendredi 03 avril. Les articles sont mis en ligne au fil de l'eau apr&#232;s la parution du CQFD d'ensuite. D'ici-l&#224;, tu as tout le temps d'aller saluer ton kiosquier ou de t'abonner... CQFD parle dans le poste radio au cours de l'&#233;mission &#034;Presse Lib&#233;r&#233;e&#034; tous les deuxi&#232;mes mardis du mois de 11h30 &#224; 13h en direct sur Radio Gal&#232;re, rediffus&#233; tous les deuxi&#232;mes vendredis du mois de 12h30 &#224; 14h sur Radio Zinzine.. En Une : &#034;La croissance repart !&#034; de Sirou. Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L103xH150/arton1522-653e5.png?1782737412' class='spip_logo spip_logo_right' width='103' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En kiosque &#224; partir du vendredi 03 avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les articles sont mis en ligne &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/CQFD-no131-avril-2015&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;au fil de l'eau&lt;/a&gt; apr&#232;s la parution du &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; d'ensuite. D'ici-l&#224;, tu as tout le temps d'aller saluer ton kiosquier ou de &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Ce-qu-il-faut-debourser'&gt;t'abonner&lt;/a&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; parle dans le poste radio au cours de l'&#233;mission &#034;Presse Lib&#233;r&#233;e&#034; tous les deuxi&#232;mes mardis du mois de 11h30 &#224; 13h en direct sur &lt;a href=&#034;http://www.radiogalere.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Radio Gal&#232;re&lt;/a&gt;, rediffus&#233; tous les deuxi&#232;mes vendredis du mois de 12h30 &#224; 14h sur &lt;a href=&#034;http://www.zinzine.domainepublic.net/index2.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Radio Zinzine.&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En Une : &#034;La croissance repart !&#034; de &lt;a href=&#034;http://www.siroublog.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sirou&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le dossier : &#171; Ne plus rien attendre de l'&#201;tat ? &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans un monde aujourd'hui insupportable et qui, bient&#244;t, le sera bien plus encore, il est temps pour chacun de se prendre en main, sans attendre ind&#233;finiment des solutions miraculeuses&lt;/i&gt; &#187;, professe Jacques Attali dans son dernier opus, en vente dans tous les halls de gare. Il y encourage ses contemporains &#224; &#171; &lt;i&gt;ne plus rien attendre de l'&#201;tat&lt;/i&gt; &#187;. Plut&#244;t cocasse de la part d'un type qui vit pendu depuis trois d&#233;cennies au croupion de ce m&#234;me &#201;tat en tant que conseiller des princes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re le discours n&#233;olib&#233;ral sur l'indispensable d&#233;sengagement de l'&#201;tat se cache une relation incestueuse entre la puissance publique et les int&#233;r&#234;ts priv&#233;s. On a affaire l&#224; &#224; un Janus hypocrite &#8211; ou schizo&#8230; D'un c&#244;t&#233; il organise l'auto-sabordage, puis la privatisation de ses services publics &#8211; la Poste, la sant&#233;, l'&#233;ducation, P&#244;le emploi&#8230; &#8211;, et de l'autre il n'h&#233;site pas &#224; renflouer, en 2008, les banques sp&#233;culatives &#8211; juste apr&#232;s avoir clam&#233; que ses caisses &#233;taient vides ! Cette apparente contradiction peut-elle &#234;tre rectifi&#233;e de l'int&#233;rieur ? Peut-on esp&#233;rer, en votant Syriza, Podemos, Die Linke ou Front de gauche, revenir &#224; un suppos&#233; &#226;ge d'or du capitalisme industriel, quand la finance &#233;tait au service de la production et pas le contraire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que l'appareil &#233;tatique n'a jamais &#233;t&#233; une entit&#233; philanthropique servant d'arbitre entre le fort et le faible. Lorsqu'au XIXe si&#232;cle il dote le territoire d'un dense r&#233;seau de chemin de fer, c'est que le capital a besoin de transporter mati&#232;res premi&#232;res et produits manufactur&#233;s. Lorsqu'il instaure l'&#233;ducation gratuite et obligatoire, le patronat est friand de personnel comp&#233;tent. Lorsque Keynes pr&#244;ne une (relative) r&#233;partition des richesses, il se trouve que le march&#233; a besoin de nouveaux consommateurs. Et lorsque aujourd'hui le L&#233;viathan s'auto-d&#233;mant&#232;le, c'est parce que la concurrence exacerb&#233;e du march&#233; mondial exige la privatisation des services. Dans chacune de ces &#233;tapes, il est en ad&#233;quation avec les besoins de l'&#233;conomie. L'&#201;tat r&#233;gulateur de Keynes, tout comme la planification sovi&#233;tique, n'a &#233;t&#233; qu'un moment du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutter contre la grande braderie des acquis sociaux et des services publics est bien s&#251;r l&#233;gitime, mais sauf &#224; croire qu'un retour aux Trente Glorieuses est possible &#8211; et souhaitable ? &#8211;, on est en droit de critiquer les effets pernicieux de ce paternalisme. On serait bien avis&#233;, sauf &#224; r&#234;ver d'un salaire universel administr&#233; par un nouvel &#201;tat &#171; total &#187; &#8211; l'&#201;tat jusque dans la soupe ! &#8211;, d'imaginer une vie ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans les d&#233;mocraties, les citoyens&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;sont consommateurs &#233;go&#239;stes de services publics qu'ils ne songent plus eux-m&#234;mes &#224; rendre aux autres.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Je nomme ces gens &#8211; largement majoritaires, et pas seulement au sein des d&#233;mocraties &#8211; les &#8220;r&#233;sign&#233;s-r&#233;clamants&#8221;. R&#233;sign&#233;s &#224; ne pas choisir leur vie ; r&#233;clamant quelques compensations &#224; leur servitude.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la bouche d'un grand valet de l'&#201;tat comme Attali, ce constat plein de m&#233;pris n'est bien s&#251;r qu'une &#233;ni&#232;me couche de m&#233;lasse sur la tartine ultra-lib&#233;rale. N&#233;anmoins, une fois &#233;cart&#233; le baratin &#233;gocentr&#233; du coach sarko-mitterrandien, il faut reconna&#238;tre qu'il y a du vrai l&#224;-dedans. Partout o&#249; l'&#201;tat a mis les mains, la soci&#233;t&#233; a perdu en culture de l'entraide et en libert&#233; de man&#339;uvre. Partout o&#249; l'&#201;tat avance, la soci&#233;t&#233; civile recule. En France, l'administration, qui a servi de mod&#232;le &#224; la bureaucratie sovi&#233;tique comme au parti d'&#201;tat mexicain, a tendance &#224; investir toute la vie sociale, jusque dans la gestion des grandes &#233;motions collectives (&#171; Je suis Charlie &#187;). Quel secteur &#233;conomique n'est pas branch&#233; sur ses mannes ? Presse, agriculture, industrie, secteur associatif et culturel&#8230; L'&#201;tat r&#232;gne partout, et jusque dans les t&#234;tes. L&#224; o&#249; plus au sud la densit&#233; des liens sociaux est la condition indispensable &#224; la survie de chacun, ici, l'individu &#233;tablit une relation solitaire avec l'administration : qui pour obtenir une subvention, qui pour le RSA, les APL, l'ASS, la CAF, la prime agricole, un emploi aid&#233;&#8230; Est-ce un hasard si les Fran&#231;ais sont champions de la consommation d'antid&#233;presseurs rembours&#233;s par la S&#233;cu ? Demandez aux &#233;trangers, surtout s'ils viennent du Sud : &#171; &lt;i&gt;Les Fran&#231;ais sont r&#226;leurs, d&#233;prim&#233;s, on dirait qu'ils n'ont pas de sang dans les veines, ils ont du mal &#224; prendre des d&#233;cisions collectives sans tomber dans des questions d'ego&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Ces pr&#233;jug&#233;s ont leur part de v&#233;rit&#233;. Les grands mouvements sociaux (CPE, retraites, 1995&#8230;) auxquels l'&#232;re sarkozique a cass&#233; les reins ont fait l'admiration de nos voisins, mais vu d'ici, le soufflet retombait vite dans la morosit&#233;. On avait parfois cru vivre les fr&#233;missements d'un grand soir, mais m&#234;me les barricades se focalisaient sur l'&#201;tat. Peu d'exp&#233;riences p&#233;rennes et d'espaces communs survivaient &#224; ces &#233;ph&#233;m&#232;res flamb&#233;es de col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les temps de crise o&#249; le syst&#232;me tremble sur ses bases voient surgir des r&#233;sistances populaires pleines de promesses. C'est le cas de l'Argentine en 2001, de la Gr&#232;ce depuis quatre ans, mais aussi, finalement, partout o&#249; l'&#201;tat est v&#233;cu comme un corps &#233;tranger, coercitif et corrompu, et o&#249; le soutien mutuel demeure un ciment &#224; la fois vital et spirituellement revigorant. C'est le cas des communaut&#233;s zapatistes du Chiapas qui refusent toute aide de l'&#201;tat et construisent des cliniques, des &#233;coles, des coop&#233;ratives de production et des organes de d&#233;mocratie directe en ne comptant que sur leurs propres forces. Car l&#224; o&#249; l'&#201;tat se retire en faisant des courbettes aux grands pr&#233;dateurs, le darwinisme social des Anglo-Saxons fait des ravages ; ailleurs, ce sont les mafias ou les int&#233;gristes de tout poil qui s'immiscent dans les espaces laiss&#233;s vacants. L'alternative r&#233;side dans une r&#233;appropriation-relocalisation-autonomisation de l'activit&#233; humaine. Non pas solitairement, comme le prescrit le path&#233;tique gourou Attali, mais en associations librement consenties. Une utopie bien plus concr&#232;te et enthousiasmante que l'illusoire retour &#224; l'&#201;tat-providence&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Le Dantec&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1438 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH533/p08_cimg5629-c1967.png?1782677633' width='400' height='533' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Adi&#232;u, paure Carnav&#224;s ! &#187; : Une joyeuse victoire &gt;&lt;/strong&gt; Le carnaval ind&#233;pendant de La Plaine et de Noailles (quartiers populaires du centre de Marseille), menac&#233; d'extinction par le s&#233;curitarisme ambiant, s'est c&#233;l&#233;br&#233; de belle fa&#231;on le 15 mars 2015. &#171; &lt;i&gt;M&#234;me pas peur !&lt;/i&gt; &#187; 2 000 carnavaliers venus des quatre coins de la ville, mais aussi de l'&#233;tranger, ont envahi les rues, d&#233;filant en fanfare et en grande pompe d&#233;guis&#233;e, chantant et dansant en farandoles, avant de juger et br&#251;ler le vieil Hiver et tous ses maux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gr&#232;ce : Une sant&#233; autog&#233;r&#233;e &gt;&lt;/strong&gt; Dans une Gr&#232;ce frapp&#233;e par un ouragan de r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales, la population s'est souvent vue oblig&#233;e, pour lui survivre, de compter sur ses propres forces. Exemple : depuis 2012, des cliniques autog&#233;r&#233;es ont remplac&#233; un syst&#232;me de sant&#233; publique en voie d'effondrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Royaume-Uni : &#192; mort les&#8200;pauvres &gt;&lt;/strong&gt; &#192; quelques semaines des &#233;lections g&#233;n&#233;rales britanniques, la coalition conservatrice au pouvoir se targue d'avoir relanc&#233; le pays sur les rails de la croissance. Pour qui s'attarde sur son bilan social, en revanche, les louanges sont moins flamboyantes : depuis son arriv&#233;e au pouvoir en 2010, on compte environ 100 000 sans-abri suppl&#233;mentaires dans tout le royaume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Royaume-Uni (bis) : Sous-traiter l'&#201;tat social &gt;&lt;/strong&gt; En mati&#232;re de saillies n&#233;olib&#233;rales, il faut reconna&#238;tre au Royaume-Uni son caract&#232;re novateur. Lorsqu'en 2010, David Cameron lan&#231;ait son projet de &#171; Big Society &#187;, la plupart de ses &#233;lecteurs croyaient assister &#224; la renaissance du Conservative Party, alors &#233;corch&#233; par quatre d&#233;faites cons&#233;cutives face aux travaillistes et encore marqu&#233; par l'ombre thatch&#233;rienne.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les articles&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Derni&#232;res cartouches : Droits rechargeables &gt;&lt;/strong&gt; Pr&#233;sent&#233;e &#224; l'automne 2014 comme une avanc&#233;e sociale par la CFDT et le Medef, la nouvelle convention Unedic sur les droits rechargeables a surtout eu pour effet de rogner l'indemnisation de 500 000 ch&#244;meurs. Une vraie r&#233;gression tr&#232;s partiellement corrig&#233;e par le nouvel accord du 25 mars dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Construction europ&#233;enne : c'est la mafia qui fournit le ciment. Entretien avec le sociologue Alain Tarrius. &gt;&lt;/strong&gt; Quand il nous re&#231;oit dans sa maison de Prades (Pyr&#233;n&#233;es-Orientales), le sociologue Alain Tarrius rit. Lors d'un entretien avec des prostitu&#233;es dans un bar, des clients l'ont pris pour leur &#171; mac boiteux &#187;. Claudiquant jusqu'&#224; son bureau, ce souvenir continue de l'amuser. Il y a quatre ans, on avait d&#233;j&#224; parl&#233; de ses &#233;tudes autour des transmigrants, acteurs &#171; invisibilis&#233;s &#187; de la mondialisation du &lt;i&gt;poor to poor&lt;/i&gt; : pour les pauvres, par les pauvres. D'un c&#244;t&#233; des migrants afghans qui transportent de la marchandise depuis le Sud-Est asiatique ; de l'autre, des femmes originaires des Balkans ou du Caucase venues vendre leurs corps dans un des 272&#8200;bordels du Levant espagnol. Le professeur &#233;m&#233;rite de l'universit&#233; Jean Jaur&#232;s de Toulouse vient de sortir deux bouquins, deux nouvelles &#233;tapes dans ses recherches sur la &#171; mondialisation criminelle &#187;. Ses valoches boucl&#233;es pour de nouveaux vagabondages, il a accept&#233; de r&#233;pondre &#224; quelques questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reportage : &#192; Tunis, le printemps est l&#224; &gt;&lt;/strong&gt; &#171; &lt;i&gt;Tunis, c'est fini.&lt;/i&gt; &#187; Eh bien non, &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; (18/03) s'est tromp&#233;. Tunis est vivante. Vivante et chaotique. Les avenues bruissent au rythme des taxis jaunes et de la foule d'&#233;trangers venue des quatre coins du monde pour assister au Forum social mondial (FSM).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Culture. Karimouche : du stand-up au chant, l'&#233;nergie de la sc&#232;ne &gt;&lt;/strong&gt; Elle a sign&#233; son premier album, &lt;i&gt;Emballage d'origine&lt;/i&gt;, en 2010 (Atmosph&#233;riques), puis a &#233;cum&#233; les sc&#232;nes. La voici de retour avec &lt;i&gt;Action&lt;/i&gt; (Pias/Blue Line, dans les bacs depuis le 29 mars), un joli disque de dix titres o&#249; elle d&#233;ploie une nouvelle fois sa voix exceptionnelle. Elle &#233;tait sur sc&#232;ne le 6 mars &#224; Paris, pour un show quasi intimiste tout en beaut&#233;. On en a profit&#233; pour lui poser quelques questions. Chanteuse sensible et danseuse redoutable, Karimouche est une artiste &#224; d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Presse libre en danger : &#171; Sp&#233;ciale d&#233;dicace &#187; &gt;&lt;/strong&gt; Depuis 12 ans, &lt;i&gt;Le Ravi&lt;/i&gt; d&#233;crypte, dans une veine souvent satirique, les tortueux arcanes de la politique proven&#231;ale. Son ind&#233;pendance &#233;ditoriale, pas tout &#224; fait &#233;trang&#232;re &#224; ses actuels d&#233;boires financiers, m&#233;rite bien que &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; lui consacre sa page 16, en allant &#224; la rencontre de ses soutiens et en co-publiant une de ses enqu&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les amis du Ravi &gt; &lt;/strong&gt;Certains s'engagent pour sauver les baleines, ou les b&#233;b&#233;s phoques, d'autres pour prot&#233;ger les tritons des zones humides. Mais ceux-l&#224; se sont engag&#233;s pour sauver et soutenir un canard d'&#171; enqu&#234;te et satire en Paca &#187;. Rencontres avec des lecteurs du &lt;i&gt;Ravi&lt;/i&gt; qui ne baissent pas les bras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le FN se met au vert (de gris) &gt;&lt;/strong&gt; L'extr&#234;me droite braconne de plus en plus sur les terres de l'&#233;cologie. Enqu&#234;te sur le &#171; green washing &#187; &#224; la mode frontiste. Par S&#233;bastien Boistel du &lt;i&gt;Ravi&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les chroniques&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chronique du monde laboratoire : Ils savent y faire, ces savants. &gt; &lt;/strong&gt; (...) &#192; la fois champions de la gratuit&#233; et de la rentabilit&#233;, nos chercheurs en col&#232;re ne sont plus tr&#232;s loin de la franche manipulation quand ils organisent leurs journ&#233;es de mobilisation nationale avec des manifestations de rue &#224; l'allure estudiantine. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais qu'est-ce qu'on va faire du&#8230;Sadomasochisme &gt;&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;50 nuances de Grey&lt;/i&gt;, s&#251;rement un des films les plus rentables de 2015, a quelque chose d'assez inqui&#233;tant pour qu'on s'int&#233;resse &#224; ce navet : des ados aux s&#233;niors fascin&#233;s, il soul&#232;ve des foules qui s'identifient aux personnages de ce conte de f&#233;es moderne aux valeurs ultra-r&#233;acs. Et &#231;a, &#231;a fait froid dans le dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je vous &#233;cris de l'usine : J&#233;sus, reviens ! &gt;&lt;/strong&gt; Quand on pense CFDT, tout de suite viennent les qualificatifs de &#171; tra&#238;tres &#187; ou de &#171; vendus &#187;. Il se dit aussi que pendant l'esclavage, la CFDT aurait n&#233;goci&#233; le poids des cha&#238;nes. Existerait-il quand m&#234;me, dans la maison dirig&#233;e par Notat, Ch&#233;r&#232;que et maintenant Laurent Berger, des syndicalistes c&#233;d&#233;tistes soucieux de vraiment d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des salari&#233;s ? La question est loin d'&#234;tre incongrue, surtout lorsqu'on fr&#233;quente les repr&#233;sentants de ce syndicat dans ma bo&#238;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cap sur l'utopie : Le capitalisme ou la vie ! &gt;&lt;/strong&gt; Quelques-uns des meilleurs ouvrages r&#233;cents de critique ac&#233;r&#233;e des saloperies tr&#244;nantes prennent &#224; c&#339;ur de ne pas glandouiller, de d&#233;cocher d&#233;j&#224; l'essentiel de leurs propos offensifs dans leur 4e de couv' ou dans leur pr&#233;face...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ma cabane pas au Canada : Quand on s'attache &#224; La Tache &gt;&lt;/strong&gt; Jeudi 22 mars, je quitte l'ambiance studieuse du local de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; pour un reportage &#224; hauts risques quelques dizaines de m&#232;tres plus loin. Les d&#233;cibels du groupe d'&#233;lectro-clash King's Queer font danser et sauter les gens mais pr&#233;cautionneusement : le plafond est bas. Le concert se d&#233;roule dans le sous-sol de chez Izzy et Kril. Bienvenue &#224; La Tache&#8230; un autre lieu pas comme les autres de Marseille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Les v&#233;ritables causes de l'intervention am&#233;ricaine en Irak</title>
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		<dc:date>2012-09-17T06:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles Lucas</dc:creator>


		<dc:subject>Les vieux dossiers</dc:subject>
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&lt;p&gt;Id&#233;al en vacances sous le cagnard, une bonne histoire dans l'ombre des services de renseignements. Revenons donc sur les tribulations de Rafid Ahmed Alwan al-Janabi qui se retrouve en fort mauvaise posture en cette fin d'ann&#233;e 1998. Responsable au sein de l'unit&#233; de maintenance de la soci&#233;t&#233; irakienne de cin&#233;ma et de t&#233;l&#233;vision Babel TV, sise &#224; Bagdad, il sait qu'un mandat d'arr&#234;t a &#233;t&#233; d&#233;livr&#233; contre lui. Le motif ? Il aurait d&#233;tourn&#233; 1,5 million de dollars des caisses de l'entreprise (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no102-juillet-aout-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;102 (juillet-ao&#251;t 2012)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Les-vieux-dossiers" rel="tag"&gt;Les vieux dossiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Saddam-Hussein" rel="tag"&gt;Saddam Hussein&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ahmed" rel="tag"&gt;Ahmed&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Id&#233;al en vacances sous le cagnard, une bonne histoire dans l'ombre des services de renseignements. Revenons donc sur les tribulations de Rafid Ahmed Alwan al-Janabi qui se retrouve en fort mauvaise posture en cette fin d'ann&#233;e 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Responsable au sein de l'unit&#233; de maintenance de la soci&#233;t&#233; irakienne de cin&#233;ma et de t&#233;l&#233;vision Babel TV, sise &#224; Bagdad, il sait qu'un mandat d'arr&#234;t a &#233;t&#233; d&#233;livr&#233; contre lui. Le motif ? Il aurait d&#233;tourn&#233; 1,5 million de dollars des caisses de l'entreprise dans laquelle il travaille. Il parvient &#224; fuir et arrive, apr&#232;s de multiples p&#233;r&#233;grinations, &#224; Nuremberg (Allemagne) &#224; l'hiver 1999. Enferm&#233;e dans ce lieu &#224; l'aspect p&#233;nitentiaire r&#233;serv&#233; aux demandeurs d'asile, il sollicite l'autorisation d'aller visiter la ville toute proche. Cette demande &#233;crite suscite l'attention des services de renseignements teutons (BND), friands de ressortissants &#233;trangers venus des pays arabes, et surtout d'Irakiens pouvant &#233;ventuellement fournir des bribes d'informations sur les proches de Saddam Hussein, sur l'arm&#233;e irakienne, voire sur les armes de destruction massive (ADM) dont la presse et les dirigeants occidentaux ne cessent &#224; l'&#233;poque de parler. Le demandeur d'asile raconte prestement qu'il a travaill&#233; dans la Commission de l'industrie militaire destin&#233;e &#224; la recherche de nouvelles armes. Et le nouvel arrivant sur le sol germanique se fait prolixe. Au bout de plusieurs r&#233;unions, il appert qu'il d&#233;tient un grand nombre d'informations in&#233;dites et pr&#233;cises. Ce que confirme un professeur de biologie, lui-m&#234;me appoint&#233; par les services, venu assister ses coll&#232;gues lors des interrogatoires. Il explique que si les inspecteurs internationaux &#224; la recherche d'ADM n'ont rien trouv&#233;, c'est parce que l'arm&#233;e irakienne utilise des laboratoires mont&#233;s sur des camions. Il pr&#233;cise qu'au moment de son d&#233;part, une de ces unit&#233;s &#233;tait d&#233;j&#224; en fonction et que le r&#233;gime pr&#233;voyait alors d'en fabriquer six autres. Pour preuve de la dangerosit&#233; de l'affaire, il affirme qu'un accident causant la mort de douze personnes a eu lieu sur l'un des sites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'information remonte la cha&#238;ne hi&#233;rarchique de l'&#201;tat allemand jusqu'&#224; finalement aboutir sur un bureau de la Maison Blanche &#224; Washington. Les d&#233;n&#233;gations d'un neveu de Saddam Hussein, lui-m&#234;me en exil depuis 1995, n'y font rien. Les services fran&#231;ais, anglais, isra&#233;liens et &#233;tasuniens croient dur comme fer cet Irakien capable de dessiner dans le d&#233;tail les plans des sites ainsi que les camions incrimin&#233;s. Les Am&#233;ricains envoient un satellite dont les images infirment les propos de Rafid : la hauteur du passage d'entr&#233;e de l'usine emp&#234;che toute circulation de v&#233;hicules de grandes tailles. Qu'importe. M&#234;me si quelques-uns de ces interlocuteurs commencent &#224; le suspecter de mythomanie, le transfuge irakien est plac&#233; sous protection des services allemands, naturalis&#233;, pourvu d'un bel appartement et d'un revenu cons&#233;quent. L'heure n'est plus aux tergiversations apr&#232;s l'attentat du 11 septembre 2001. Les faucons am&#233;ricains veulent attaquer l'Irak sans &#233;videmment d&#233;voiler les raisons plus obscures qui les animent, depuis le bizness du lobby-militaro industriel jusqu'&#224; la m&#233;galomanie la plus tordue de ses dirigeants. Leurs missions officielles : exporter la d&#233;mocratie et liquider un criminel. Sans avoir jamais rencontr&#233; Rafid Ahmed Alwan al-Janabi, la CIA bricole maquettes, photos a&#233;riennes qu'elle va fournir au secr&#233;taire d'&#201;tat Colin Powell qui devant le Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU, le 5 f&#233;vrier 2003, agitera une &#233;prouvette remplie de suppos&#233;es souches d'anthrax &#171; similaires &#224; celles dont dispose Saddam Hussein &#187; pour justifier l'assaut militaire contre l'Irak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Las ! Les troupes am&#233;ricaines vont revenir bredouilles de leur chasse tous azimuts aux ADM. En territoire irakien, sur le site m&#234;me d&#233;crit par Rafid, il est confirm&#233; qu'effectivement aucun camion ne pouvait ni entrer ni sortir. Quant aux poids lourds suspects, ils &#233;taient destin&#233;s &#224; transporter de l'h&#233;lium pour des ballons-sondes m&#233;t&#233;orologiques&#8230; Plusieurs centaines de morts irakiens et la d&#233;mission de quelques hauts responsables de la CIA plus tard, Rafid Ahmed Alwan al-Janabi vit toujours en Allemagne sous protection du BND&#8230; La r&#233;v&#233;lation totale et d&#233;finitive de ses mensonges n'aura bien &#233;videmment rien chang&#233; ni aux fondements des principes dirigeant la soci&#233;t&#233; occidentale, ni m&#234;me &#224; la carri&#232;re et au prestige de ses d&#233;cideurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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