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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; La fabrique des apparences est politique &#187;</title>
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		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


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&lt;p&gt;D&#232;s l'enfance, le v&#234;tement d&#233;termine les normes des genres : aux filles, les jupettes roses ; aux gar&#231;ons, les shorts bleus. Il est donc un reflet id&#233;al des rapports de domination &#224; diverses &#233;poques, ainsi qu'un enjeu majeur des luttes f&#233;ministes. L'historienne Christine Bard, professeure d'histoire contemporaine &#224; l'universit&#233; d'Angers et pr&#233;sidente de l'association Archives du f&#233;minisme, a ainsi publi&#233; en 2010 une histoire politique du pantalon et Ce que soul&#232;ve la jupe : identit&#233;s, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/phenomene-relativement" rel="tag"&gt;ph&#233;nom&#232;ne relativement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s l'enfance, le v&#234;tement d&#233;termine les normes des genres : aux filles, les jupettes roses ; aux gar&#231;ons, les shorts bleus. Il est donc un reflet id&#233;al des rapports de domination &#224; diverses &#233;poques, ainsi qu'un enjeu majeur des luttes f&#233;ministes. L'historienne Christine Bard, professeure d'histoire contemporaine &#224; l'universit&#233; d'Angers et pr&#233;sidente de l'association Archives du f&#233;minisme, a ainsi publi&#233; en 2010 une &lt;i&gt;histoire politique du pantalon&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Ce que soul&#232;ve la jupe : identit&#233;s, transgressions, r&#233;sistances&lt;/i&gt;, qui prolongeaient son essai sur &lt;i&gt;Les Gar&#231;onnes &#8212; mode et fantasmes des Ann&#233;es folles&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;dit&#233; cet automne chez Autrement. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les femmes portent des robes &#224; fleurs roses, les mecs se fringuent comme des croque-morts : les normes vestimentaires en vigueur jusqu'aux ann&#233;es 1960, et les assignations de genre qu'elles supportent et prolongent jusqu'&#224; nos jours, sont un ph&#233;nom&#232;ne relativement r&#233;cent &#224; l'&#233;chelle de l'histoire, reflet des bouleversements politiques et sociaux de la fin du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Tel est du moins ce que montre l'historienne Christine Bard dans une &lt;i&gt;histoire politique du pantalon &lt;/i&gt;(Seuil) et &lt;i&gt;Ce que soul&#232;ve la jupe&lt;/i&gt; (Autrement), tous deux parus en 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au commencement est un &#171; Ancien R&#233;gime &#187; vestimentaire o&#249;, si les hommes sont commis au v&#234;tement ferm&#233; &#224; l'entrejambe, plus pratique, et les femmes aux robes et jupons ouverts, moins moulants, les unes comme les autres sont autoris&#233;s &#224; rechercher le plaisir et la fantaisie des couleurs, des formes et des textures. Avec la R&#233;volution fran&#231;aise, fini de rigoler, m&#234;me un peu : la figure du &#171; sans-culotte &#187;, c'est-&#224;-dire de l'ouvrier en pantalon, symbolise la citoyennet&#233; nouvellement acquise ; en m&#234;me temps que les femmes sont priv&#233;es de droits politiques, la loi leur interdit le port du pantalon. C'est que le citoyen respectable &#8211; prolo comme bourgeois &#8211; bosse au lieu de zoner dans les boutiques. D&#232;s lors, le moindre &#233;cart &#224; la norme est une transgression : rares sont les femmes qui se risquent &#224; porter le pantalon, avec ou sans l'autorisation des cond&#233;s, et encore plus rares, les hommes qui empruntent au vestiaire f&#233;minin. Le v&#234;tement illustre donc &#224; la perfection les rapports de domination en vigueur &#224; diff&#233;rentes &#233;poques &#8211; raison pour laquelle nous avons demand&#233; &#224; Christine Bard&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui revient sur l'ensemble de sa trajectoire dans un recueil d'entretiens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de nous en dire un peu plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les diff&#233;rentes vagues f&#233;ministes co&#239;ncident, &#224; chaque &#233;poque, avec des modes vestimentaires tr&#232;s diff&#233;rentes. Quel regard portent les mouvements f&#233;ministes sur le v&#234;tement ? Le port du pantalon, par exemple, fait-il consensus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les f&#233;minismes ont toujours &#233;t&#233; diversifi&#233;s. Plus ils sont radicaux, plus ils sont attir&#233;s par la critique de la norme vestimentaire et cr&#233;ateurs de propositions nouvelles. Pour la premi&#232;re vague &lt;i&gt;[fin XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, d&#233;but XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle]&lt;/i&gt;, on peut penser &#224; Hubertine Auclert, Asti&#233; de Valsayre ou Madeleine Pelletier qui va, la premi&#232;re, th&#233;oriser la n&#233;cessit&#233; politique de la virilisation des femmes. Ces f&#233;ministes s'approprient &#224; des degr&#233;s divers la masculinit&#233; vestimentaire, jusqu'au pantalon, symbole le plus &#233;clatant de la virilit&#233; et du pouvoir. Mais cela ne va pas de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait d&#233;bat, c'est ce que le psychologue anglais John Carl Fl&#252;gel a appel&#233; dans les ann&#233;es 1930 &lt;i&gt;&#8220;la grande renonciation des hommes &#224; la parure&#8221;&lt;/i&gt;. Les femmes doivent-elles les &#8220;imiter&#8221;, alors que la plupart ressentent la norme vestimentaire f&#233;minine comme un privil&#232;ge esth&#233;tique, source d'un certain pouvoir et pourvoyeur de leur identit&#233; de genre ? La f&#233;ministe r&#233;publicaine Maria Deraismes dit pr&#233;f&#233;rer les couleurs des femmes &#224; l'allure triste des &#8220;hommes en noir&#8221; du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre probl&#232;me : d&#233;jouer le pi&#232;ge patriarcal qui d&#233;finit le f&#233;minisme comme une pathologie de l'inversion des genres (masculinisation des femmes et f&#233;minisation des hommes). Une fa&#231;on d'ignorer que la demande f&#233;ministe porte, surtout lors de la premi&#232;re vague, avant tout sur l'&#233;galit&#233; des droits. Aussi, de nombreuses f&#233;ministes semblent jouer le jeu de la f&#233;minit&#233; tout en r&#233;clamant un autre statut pour les femmes. Elles veulent montrer que l'on peut &#234;tre f&#233;ministe et f&#233;minine. J'&#233;voque l&#224; un temps dans l'histoire du f&#233;minisme o&#249; la notion de genre est encore peu pr&#233;sente. Pour beaucoup d'entre elles, le pantalon pour les femmes est une excentricit&#233; qui nuit &#224; la cause. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusqu'au milieu du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le pantalon chez les femmes reste l'apanage de personnalit&#233;s marginales, souvent issues des classes sup&#233;rieures, qui transgressaient volontairement les codes. Comment ce choix s'est-il g&#233;n&#233;ralis&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par de nombreuses voies : le sport, la visibilit&#233; de l'homosexualit&#233; f&#233;minine, le travail f&#233;minin dans les usines, l'usine &#224; r&#234;ves qu'est le cin&#233;ma (avec ses stars androgynes des ann&#233;es 1930), la mode cool du jean venue des &#201;tats-Unis dans les ann&#233;es 1950, la d&#233;contraction baln&#233;aire avec ses pantalons fluides de plage &#224; la fin des ann&#233;es 1920, ses corsaires moulants dans les ann&#233;es 1950&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est frappant, c'est la subite g&#233;n&#233;ralisation du port du pantalon dans les ann&#233;es 1960, car elle d&#233;montre &#224; elle seule la dimension profond&#233;ment politique de la fabrique des apparences. Dans le contexte de l'effervescence culturelle et politique des &lt;i&gt;sixties&lt;/i&gt;, l'av&#232;nement du pantalon co&#239;ncide notamment avec le droit &#224; la contraception (la pilule, entre autres). Mais aussi avec le port de la minijupe, et l&#224;, cela devient encore plus int&#233;ressant. C'est pourquoi, dans &lt;i&gt;Ce que soul&#232;ve la jupe&lt;/i&gt;, j'ai voulu analyser l'attachement d'une majorit&#233; de femmes &#224; la libert&#233; de choisir, le pantalon ou la jupe, le ferm&#233; ou l'ouvert, le long ou le court, couvrir ou montrer&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contrairement aux apparences, la libert&#233; vestimentaire reste limit&#233;e aujourd'hui...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a l'impression que Mai 68 a d&#233;r&#233;gul&#233; le syst&#232;me vestimentaire et ce n'est pas compl&#232;tement faux. Les contraintes sont moins fortes, comme le montre la disparition du v&#234;tement du dimanche, du v&#234;tement de deuil, du v&#234;tement pour femmes &#226;g&#233;es. Mais les femmes paient cher cette &#8220;libert&#233;&#8221; vestimentaire qu'elles ch&#233;rissent et qui fut si difficilement acquise. Leurs choix sont toujours risqu&#233;s, le plus souvent critiqu&#233;s et limit&#233;s par un fort contr&#244;le social. Car derri&#232;re le v&#234;tement : la sexualit&#233;. L'appropriation sociale du corps des femmes se fait selon des modalit&#233;s diverses, directes ou indirectes, dans la famille ou dans la rue, ou encore dans les m&#233;dias bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au travail aussi : je suis frapp&#233;e par la persistance de l'uniforme jupe et talons que pas mal d'entreprises imposent &#224; leurs employ&#233;es. Bien qu'elles en aient le droit, c'est choquant, excluant, p&#233;nible et tr&#232;s sexiste. Les hommes salari&#233;s sont &#233;galement soumis &#224; des contraintes, dont je ne ferai pas l'&#233;quivalent de l'obligation du port d'un v&#234;tement plus ou moins &#233;rotisant. Mais tout de m&#234;me, l'interdiction des bermudas estivaux est, par exemple, &#224; l'origine de plaintes aux prud'hommes et de plusieurs mouvements sociaux allant jusqu'&#224; la gr&#232;ve ou &#224; la protestation par le port de jupes&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En juin 2017, en pleine canicule, des chauffeurs de bus nantais se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Pour certains de ces protestataires, c'est une mani&#232;re de dire que les femmes seraient privil&#233;gi&#233;es par une possibilit&#233; de choisir que les hommes n'ont pas. On a vu que ce n'est pas toujours le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la jupe masculine est d'ailleurs un r&#233;v&#233;lateur int&#233;ressant des rapports de genre et sans doute annonciateur de transformations &#224; venir. Dans les r&#233;cits des porteurs de jupes, on voit par ordre croissant de difficult&#233; quels sont les espaces sociaux dans lesquels ils &#233;voluent : l'espace intime, en solo, puis en couple, en famille, puis le cercle amical, enfin les sorties dans la rue. Ce qui r&#233;siste, le bastion le plus normatif, c'est le monde du travail. D&#233;fendre le droit des hommes &#224; porter la jupe est pour moi compl&#232;tement dans la logique du combat f&#233;ministe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans une interview, Virginie Despentes disait que &#171; &lt;i&gt;les mecs sont vachement lents sur des trucs extr&#234;mement simples : ils sont extr&#234;mement lents &#224; porter des jupes, extr&#234;mement lents &#224; se maquiller, extr&#234;mement lents &#224; se vernir les ongles... &#187;&lt;/i&gt; Partagez-vous ce constat ? Comment l'expliquer ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je le dis avec mes mots d'historienne depuis longtemps : les hommes, avec leur costume, sont englu&#233;s dans un XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle bourgeois qui semble interminable. Ils ont renonc&#233;, sauf dans certaines marges et&lt;i&gt; subcultures&lt;/i&gt;, &#224; des formes d'&#233;rotisation du corps jug&#233;es f&#233;minines et f&#233;minisantes. C'est bien s&#251;r la d&#233;virilisation en tant que perte de pouvoir symbolique qui les retient. Une certaine peur aussi dans une soci&#233;t&#233; qui demeure tr&#232;s normative sur le genre et la sexualit&#233;. Pourtant, l'&#233;galit&#233; passe par le partage du travail de la s&#233;duction et de l'&#233;rotisation des apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des essayistes f&#233;ministes, comme Mona Chollet dans &lt;i&gt;Beaut&#233; fatale&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous-titr&#233; &#171; Les nouveaux visages d'une ali&#233;nation f&#233;minine &#187; et paru en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, insistent &#8211; &#224; juste titre &#8211; sur les aspects oppressifs de nos pratiques. Moi, ce que je veux souligner, aussi, c'est le besoin humain de parure. On s'accorde &#224; dire que le v&#234;tement a trois fonctions : parure, pudeur et protection. Nous en avons tous besoin, mais sous quelles formes ? Les ann&#233;es 1960- 1970 &#233;taient riches d'utopies qui se voulaient lib&#233;ratrices ; elles ont en partie repens&#233; les dosages, contest&#233; l'injonction &#224; la pudeur&#8230; Qu'allons-nous &#234;tre capables d'inventer aujourd'hui, en int&#233;grant par exemple la dimension &#233;cologique ? Pour concr&#233;tiser la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; sur le plan vestimentaire, sans mod&#232;le unique, mais au contraire, en d&#233;fendant l'amour de la diversit&#233; ? Quelle sera la politique vestimentaire des personnes se d&#233;finissant comme non binaires ? La mode non genr&#233;e semble progresser, mais il me semble qu'elle rel&#232;ve surtout pour le moment de l'&#233;tiquetage commercial. Sur le plan formel, rien de nouveau. Mais cela viendra, forc&#233;ment, puisque le syst&#232;me vestimentaire de genre est l'expression de notre syst&#232;me de genre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis plus de dix ans, chaque &lt;i&gt;fashion week&lt;/i&gt; voit annoncer l'adoption prochaine du vestiaire f&#233;minin par les hommes, &#224; commencer par la jupe. Dans les faits, &#224; part un fr&#233;missement en faveur du &lt;i&gt;crop top&lt;/i&gt; masculin, les &#233;volutions sont lentes. La haute couture a-t-elle un r&#244;le &#224; jouer dans la transformation des pratiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les d&#233;fil&#233;s, les mannequins, les couturiers et couturi&#232;res, les magazines de mode jouent un r&#244;le dans le changement. Le syst&#232;me de la mode est tr&#232;s puissant et prescripteur. Il est aussi attentif &#224; de nouvelles tendances et n'est pas totalement indiff&#233;rent aux enjeux de transformation politique tels que le f&#233;minisme, la d&#233;fense des minorit&#233;s de genre, l'&#233;cologie. Il repr&#233;sente un pouvoir consid&#233;rable affectant nos vies et il est bien l&#233;gitime de lui adresser des critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les forces du changement sont aussi du c&#244;t&#233; des marges et des jeunes, depuis le XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Un changement vestimentaire majeur ne se produit jamais seul. Une nouvelle configuration des rapports de genre produira forc&#233;ment de nouvelles mani&#232;res de s'habiller. Cela se fera dans un cadre mondialis&#233; tr&#232;s diff&#233;rent du cadre ancien de production des normes. Mais on ne pourra pas faire table rase du pass&#233; pour autant : il est inscrit en nous, pour le meilleur et pour le pire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Laurent Perez&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Qui revient sur l'ensemble de sa trajectoire dans un recueil d'entretiens paru ce printemps aux Puf, &lt;i&gt;Mon genre d'histoire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En juin 2017, en pleine canicule, des chauffeurs de bus nantais se pr&#233;sentent &#224; l'embauche en jupe pour protester contre l'interdiction du port du bermuda. Ils obtiennent gain de cause, de m&#234;me que les deux chauffeurs de Forbach (Moselle) qui les imitent quelques jours plus tard. Leur exemple est r&#233;guli&#232;rement imit&#233; depuis, en p&#233;riode de forte chaleur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sous-titr&#233; &#171; Les nouveaux visages d'une ali&#233;nation f&#233;minine &#187; et paru en 2012 chez Zones.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mixit&#233; choisie : une histoire de chiottes</title>
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		<dc:creator>Aude Vidal</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<dc:subject>non-mixit&#233;</dc:subject>

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&lt;p&gt;Derri&#232;re leurs portes recouvertes de graffitis ou leurs rideaux de fortune, les toilettes publiques posent la question d'une non-mixit&#233; parfois n&#233;cessaire. C'est l'analyse d'Aude Vidal, auteur de La Conjuration des ego (&#233;ditions Syllepse.). Un livre dans lequel elle critique certains f&#233;minismes travers&#233;s d'id&#233;es individualistes et lib&#233;rales. Parmi les armes de d&#233;fense du f&#233;minisme, avec la d&#233;rision et la sororit&#233;, figure la non-mixit&#233;. Se priver des m&#226;les lumi&#232;res de nos camarades ou de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Derri&#232;re leurs portes recouvertes de graffitis ou leurs rideaux de fortune, les toilettes publiques posent la question d'une non-mixit&#233; parfois n&#233;cessaire. C'est l'analyse d'Aude Vidal, auteur de &lt;i&gt;La Conjuration des ego&lt;/i&gt; (&#233;ditions Syllepse.). Un livre dans lequel elle critique certains f&#233;minismes travers&#233;s d'id&#233;es individualistes et lib&#233;rales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3145 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH357/-1371-a77f6.jpg?1782740547' width='500' height='357' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Liza Kaka
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;armi les armes de d&#233;fense du f&#233;minisme, avec la d&#233;rision et la sororit&#233;, figure la non-mixit&#233;. Se priver des m&#226;les lumi&#232;res de nos camarades ou de leurs bras muscl&#233;s a bien des avantages : entre femmes, notre parole prend enfin la place qu'elle m&#233;rite et nous nous r&#233;v&#233;lons puissantes, bien plus que ce que les r&#244;les sociaux qui nous sont d&#233;volus nous laissaient imaginer. Pour certaines, la non-mixit&#233; est un moment de prise de conscience, de ressourcement, de questionnement libre, sans pression externe, des agendas f&#233;ministes. Pour d'autres, il s'agit de mener des vies s&#233;par&#233;es, autant que possible, de la classe des hommes, per&#231;us comme agresseurs et exploiteurs. L'id&#233;e est alors d'assurer le respect de son autonomie ou de son int&#233;grit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignant.es aussi s'interrogent sur les bienfaits de la non-mixit&#233; pour prot&#233;ger les filles de l'ambiance masculine que les gar&#231;ons imposent si vite, de m&#234;me qu'ils monopolisent l'attention de leurs profs. Est-ce le signe d'une r&#233;gression, d'un retour au temps des tabliers et des &#233;coles de filles, avec des enseignements diff&#233;renci&#233;s accompagnant des r&#244;les de genre rigides et hi&#233;rarchis&#233;s ? La non-mixit&#233; fait enrager quelques universalistes persuad&#233;.es que des valeurs communes de justice sociale suffisent &#224; assurer l'&#233;galit&#233; entre nous. Ainsi que certains prof&#233;ministes convaincus d'avoir assez &#171; d&#233;construit &#187; leur masculinit&#233; ou trahi la classe des hommes&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rupture anarchiste et trahison prof&#233;ministe, L&#233;o Thiers-Vidal, Bambule, 2013.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; pour m&#233;riter que leur place soit partout, y compris dans des groupes de femmes qui souhaitent un moment de r&#233;pit.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Toilettes pour licornes&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La non-mixit&#233; fait causer et depuis quelques ann&#233;es celle des toilettes est en d&#233;bat. &#171; &lt;i&gt;Whatever, just wash your hands !&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Peu importe, tant que vous vous lavez les mains. &#187;&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187; : c'est le mot d'ordre de la lib&#233;ration des st&#233;r&#233;otypes de genre dans les toilettes. Les pictogrammes stupides, figure neutre pour les hommes et en robe pour les femmes, sont remplac&#233;s par des licornes ou des dragons de Komodo&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le dragon de Komodo est un gros reptile end&#233;mique de l'&#238;le de Komodo, en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Au-del&#224; des cercles militants &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, l'id&#233;e fait son chemin chez les d&#233;cideurs, pr&#233;sident.&#8202;es d'universit&#233; ou des &#201;tats-Unis&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En mai 2016, l'administration Obama recommandait qu'en milieu scolaire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, qui rendent les toilettes neutres ou autorisent l'acc&#232;s aux toilettes du sexe de son choix sur les bases de l'auto-d&#233;claration. Voil&#224; qui a de quoi s&#233;duire : cela r&#233;glerait ainsi des conflits qui surgissent autour de cette question moins anecdotique qu'elle n'en a l'air. Dans quelles toilettes peut-on aller tranquillement faire ses besoins quand on est une personne trans ? Si on &#171; passe &#187; facilement, aller aux chiottes sans se faire remarquer devient un jeu gratifiant. Si ce n'est pas le cas, on risque des agressions verbales ou physiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lib&#233;rer les toilettes aurait de plus le m&#233;rite de r&#233;soudre une question trop souvent n&#233;glig&#233;e : quand des architectes (tr&#232;s majoritairement masculins pour les grosses commandes de b&#226;timents destin&#233;s &#224; recevoir du public) dessinent les sanitaires, ils attribuent la m&#234;me place aux femmes et aux hommes. Parfaite &#233;galit&#233;, parfait exemple d'iniquit&#233;. Dans le m&#234;me espace, pour peu qu'on installe des urinoirs chez les hommes, il y a plus d'endroits pour se soulager que chez les femmes. Or, celles-ci devraient avoir plus de toilettes &#224; leur disposition parce qu'elles ont besoin de plus de temps que les hommes : elles emm&#232;nent plus souvent des enfants faire pipi, elles ont r&#233;guli&#232;rement leurs r&#232;gles et ont donc besoin de plus de temps pour changer une serviette ou vider une coupe menstruelle, plus de temps aussi parce qu'elles doivent se d&#233;nuder en partie, quand beaucoup d'hommes qui n'imaginent pas pisser assis n'ont qu'&#224; ouvrir leur braguette. C'est ainsi que la moiti&#233; des toilettes publiques est plus souvent satur&#233;e que l'autre et que les femmes peuvent y attendent jusqu'&#224; un quart d'heure. Que de temps perdu dans une vie...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des toilettes non mixtes : une question de survie&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ration des toilettes serait-elle un pas en avant pour plus d'&#233;galit&#233; et de libert&#233; ? Allons plus loin : la lib&#233;ration des personnes des injonctions genr&#233;es qui les contraignent ne r&#233;glerait-elle pas le probl&#232;me ? Revenons aux toilettes, sans trop th&#233;oriser. L'ONU consacre une journ&#233;e aux toilettes chaque ann&#233;e parce que trop de personnes dans le monde sont priv&#233;es de sanitaires et de syst&#232;mes d'&#233;vacuation et de traitement de leurs excr&#233;ments. Elles vivent dans des conditions d'hygi&#232;ne qui font de la diarrh&#233;e la deuxi&#232;me cause de mortalit&#233; dans les pays pauvres&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;OMS, donn&#233;es 2016.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. En outre, pour certaines d'entre elles, qui se trouvent &#234;tre des femmes, qui se per&#231;oivent et sont per&#231;ues comme telles, aller uriner ou d&#233;f&#233;quer est chaque jour une &#233;preuve. Elles doivent trouver le parfait endroit, assez isol&#233; pour que personne ne les voie, assez pr&#232;s pour qu'on puisse les entendre si elles sont agress&#233;es sexuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les violences sexuelles ne disparaissent pas pour autant quand les WC sont en dur. Les toilettes, subtile mosa&#239;que de lieux publics et d'autres plus intimes, cach&#233;es du regard des autres, sont ainsi des lieux propices aux agressions&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De m&#234;me, on a pu remarquer que dans les transports c'&#233;tait la nuit qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. D'autres in&#233;galit&#233;s peuvent sembler plus anecdotiques que la vuln&#233;rabilit&#233; au viol, par exemple le fait que beaucoup de femmes ne s'hydratent pas correctement tout aux long de la journ&#233;e car hors de chez elles, elles n'ont pas de sanitaires suffisamment propres &#224; leur disposition. Elles souffrent alors de migraines ou d'infections urinaires, des probl&#232;mes de sant&#233; que m'a d&#233;crits un m&#233;decin qui a pris le temps de comprendre le comportement de ses patientes. Faire cohabiter dans de m&#234;mes espaces des personnes qui sont structurellement plus attentives &#224; la propret&#233; de l'assise et d'autres qui peuvent rechigner &#224; relever l'abattant avant de pisser debout, voil&#224; autre chose qui porte tort aux premi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le genre sera aboli quand le viol aura disparu&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Abolir le genre, c'est une id&#233;e r&#233;volutionnaire et &#224; laquelle je souscris. Mais cette abolition ne se d&#233;cr&#232;te pas parce que les meilleur.es d'entre nous ont choisi de devenir des dragons de Komodo. Elle sera effective quand les hommes devront user des m&#234;mes stratag&#232;mes que les femmes face aux cuvettes de propret&#233; douteuse, quand femmes et hommes auront le m&#234;me acc&#232;s &#224; la parole en public et les m&#234;mes opportunit&#233;s, quand elles et ils passeront autant de temps &#224; laver leurs chaussettes et quand &#224; travail &#233;gal elles et ils seront r&#233;mun&#233;r&#233;.es de m&#234;me. Et enfin : le genre sera aboli quand le viol aussi aura disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant cette abolition, &#234;tre une femme, ce n'est pas se sentir &#171; f&#233;minine &#187;, c'est ne pas se sentir tout &#224; fait &#224; l'abri de ces in&#233;galit&#233;s et de ces violences. Et il n'est ni ill&#233;gitime ni ringard qu'un groupe de personnes concern&#233;es par la pr&#233;valence des agressions sexuelles et des viols dans leurs vies exige le droit d'uriner dans des lieux s&#251;rs. &#192; Stockholm, o&#249; les toilettes de la gare centrale sont mixtes (et payantes), le personnel est tr&#232;s pr&#233;sent dans les lieux et peut-&#234;tre que les hommes su&#233;dois ont appris &#224; mettre leur fiert&#233; ailleurs que dans le fait d'uriner debout. La question de toilettes dans lesquelles les femmes trans seraient les bienvenues est alors r&#233;gl&#233;e mais la mixit&#233; ne se d&#233;cide pas d'un coup de baguette magique, sans se soucier de ce que vivent les autres femmes et &#224; leurs d&#233;pens.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Aude Vidal&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Rupture anarchiste et trahison prof&#233;ministe&lt;/i&gt;, L&#233;o Thiers-Vidal, Bambule, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Peu importe, tant que vous vous lavez les mains. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le dragon de Komodo est un gros reptile end&#233;mique de l'&#238;le de Komodo, en Indon&#233;sie. C'est un animal beaucoup plus laid qu'une licorne et qui n'est le symbole de rien, mais dont le nom excite les imaginations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En mai 2016, l'administration Obama recommandait qu'en milieu scolaire, l'acc&#232;s aux toilettes se fasse selon le sexe auquel l'&#233;l&#232;ve s'identifie, et non selon son sexe de naissance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;OMS, donn&#233;es 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;De m&#234;me, on a pu remarquer que dans les transports c'&#233;tait la nuit qui donnait une certaine intimit&#233; &#224; un lieu public, m&#234;me dens&#233;ment occup&#233; comme un avion de ligne, et que cette contigu&#239;t&#233; entre public et intime &#233;tait propice aux agressions sexuelles. Nora Caplan-Bricker, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.slate.fr/story/126980/viol-de-nuit-avion&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En avion, le douloureux tabou des viols de nuit&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Slate.fr&lt;/i&gt;, 26 octobre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dystopie : entre lib&#233;ration et r&#233;signation</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Dystopie-entre-liberation-et</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Dystopie-entre-liberation-et</guid>
		<dc:date>2019-03-25T12:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Marine Summercity</dc:subject>
		<dc:subject>genre</dc:subject>
		<dc:subject>d'une</dc:subject>
		<dc:subject>monde</dc:subject>
		<dc:subject>guerre</dc:subject>
		<dc:subject>soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>genre dystopique</dc:subject>
		<dc:subject>utopies</dc:subject>
		<dc:subject>dystopique</dc:subject>
		<dc:subject>Wells</dc:subject>
		<dc:subject>dystopie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De La Servante &#233;carlate &#224; Hunger games, pourquoi les dystopies, ou contre-utopies, font-elles tant recette au cin&#233;ma, &#224; la t&#233;l&#233;vision ou dans la litt&#233;rature ? Parce qu'elles anticipent l'apocalypse qui vient et r&#233;solvent une inconnue ? Parce qu'elles encouragent une r&#233;signation &#224;quoiboniste ? Parce qu'elles collent une image sur nos peurs visc&#233;rales ? Tour d'horizon d'un genre prolifique et prot&#233;iforme. Dans une &#233;tude publi&#233;e sur le Net, Michel Antony souligne les difficult&#233;s &#224; d&#233;finir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/genre-dystopique" rel="tag"&gt;genre dystopique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dystopie" rel="tag"&gt;dystopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De &lt;i&gt;La Servante &#233;carlate&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;Hunger games&lt;/i&gt;, pourquoi les dystopies, ou contre-utopies, font-elles tant recette au cin&#233;ma, &#224; la t&#233;l&#233;vision ou dans la litt&#233;rature ? Parce qu'elles anticipent l'apocalypse qui vient et r&#233;solvent une inconnue ? Parce qu'elles encouragent une r&#233;signation &lt;i&gt;&#224;quoiboniste&lt;/i&gt; ? Parce qu'elles collent une image sur nos peurs visc&#233;rales ? Tour d'horizon d'un genre prolifique et prot&#233;iforme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2833 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L411xH400/-1086-2d676.jpg?1782647935' width='411' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marine Summercity
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;ans une &#233;tude publi&#233;e sur le Net, Michel Antony&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Dystopies et anti-utopies sont-elles libertaires ? &#187; Travail mutualiste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; souligne les difficult&#233;s &#224; d&#233;finir clairement le genre dystopique, sinon comme double invers&#233; de l'utopie. La &#171; &lt;i&gt;contre-utopie t&#233;moigne d'un violent pessimisme en l'Homme, en la nature, ce qui la d&#233;marque de presque toutes les utopies classiques qui, elles, sont largement optimistes et qui popularisent le mythe du bon sauvage. La dystopie peut donc &#224; juste titre &#234;tre interpr&#233;t&#233;e comme une utopie du d&#233;senchantement qui prosp&#232;re sur les ruines des utopies, sur ce monde r&#233;el dont les caract&#233;ristiques ont parfois largement d&#233;pass&#233; dans l'horreur les plus syst&#233;matiques propositions utopiques. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Utopies-cauchemar, utopies sombres ou utopies totalitaires rec&#232;lent en effet peu de motifs d'espoir, m&#234;me chez Jonathan Swift, consid&#233;r&#233; comme l'un des grands pr&#233;curseurs des fictions dystopiques au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Dans &lt;i&gt;Les voyages de Gulliver&lt;/i&gt;, la soci&#233;t&#233; des chevaux-philosophes des &lt;i&gt;Houyhnhnms&lt;/i&gt; semble s'approcher d'une sorte d'id&#233;al libertaire, sans chef ni guerre, mais &#171; &lt;i&gt;l'utopie libertaire et &#233;galitaire est r&#233;serv&#233;e &#224; une &#233;lite, une aristocratie&lt;/i&gt;, [...] &lt;i&gt;&#224; une caste de privil&#233;gi&#233;s, non &#224; une soci&#233;t&#233; libertaire totalement assum&#233;e&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Noir c'est noir &#233;galement chez le fondateur du genre, H. G. Wells, qui passe en revue les grandes th&#233;matiques auxquelles s'abreuveront ses &#233;pigones en litt&#233;rature dystopique : machinisme et d&#233;sastre &#233;cologique dans &lt;i&gt;La Machine &#224; remonter le temps&lt;/i&gt;, savants fous et manipulations g&#233;n&#233;tiques dans &lt;i&gt;L'&#206;le du docteur Moreau&lt;/i&gt; et&lt;i&gt; L'Homme invisible&lt;/i&gt;, guerre totale et invasion extraterrestre dans&lt;i&gt; La Guerre des mondes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;ressante aussi, l'&#339;uvre d'un contemporain m&#233;connu de Wells, William Olaf Stapledon. Dans &lt;i&gt;Le dernier et le premier homme&lt;/i&gt;, il imagine un &#201;tat mondial au pouvoir en l'an 2500, dans lequel les loisirs et l'abondance dominent gr&#226;ce &#224; la science et la r&#233;duction drastique du temps de travail. Seul b&#233;mol : une technocratie r&#232;gne sur fond de racisme et d'eug&#233;nisme, qui finira par pr&#233;cipiter l'humanit&#233; dans un cataclysme atomique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Enfin le lib&#233;rateur vint&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les univers les plus sombres m&#233;nagent quelques portes de sortie. Michel Antony insiste sur la dimension didactique des contre-utopies. &#171; &lt;i&gt;Cependant ces dystopies sont rarement &#224; sens unique, ou totalement d&#233;sesp&#233;r&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit-il. &#171; &lt;i&gt;Elles poss&#232;dent souvent une part d'utopie positive, m&#234;me t&#233;nue et vou&#233;e souvent &#224; l'&#233;chec. Car il y existe souvent des br&#232;ches, des lignes de fuite&#8230; Ainsi dans la plupart des ouvrages anti-utopiques, le seul recours au monde inhumain est le rebelle, l'opposant, le dissident, le fugitif, le r&#233;fractaire, les prol&#233;taires d'Orwell, les sauvages d'Huxley... &lt;/i&gt; &#187; Ou le geai moqueur des &lt;i&gt;Hunger Games&lt;/i&gt; et le N&#233;o de &lt;i&gt;Matrix&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour beaucoup de r&#233;cits d'anticipation, la fiction se veut un avertissement, une mise en garde adress&#233;e &#224; l'humanit&#233; pour qu'elle d&#233;vie de sa trajectoire fatale. Les proc&#233;d&#233;s les plus courants sont alors &#171; &lt;i&gt;l'ironie, la parodie, la caricature, la parabole, l'all&#233;gorie, la fable, le pamphlet... Les ouvrages sont souvent d&#233;sesp&#233;r&#233;s, mais lucides : pour eux le totalitarisme, l'&#233;tatisme omnipr&#233;sent, l'infantilisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e, le bonheur gr&#233;gaire, l'asservissement des individus et l'absence de libert&#233;... sont l'antith&#232;se absolue d'une soci&#233;t&#233; libertaire, et malheureusement la barbarie de notre XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle leur donne fr&#233;quemment raison.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;En finir avec le vieux monde&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; d'une issue est bien ce trait commun aux fictions contre-utopiques pour Alain Musset&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Syndrome de Babylone, 2012.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;La dystopie est le contraire de la destruction finale&lt;/i&gt; &#187;, estime-t-il, &#171; &lt;i&gt;car elle se pr&#233;sente comme une forme d'adaptation au d&#233;sastre, un moyen pire que le d&#233;sastre lui-m&#234;me de prolonger l'&#233;ch&#233;ance dans un univers agonisant. Dans le voyage dans le temps de Wells, plusieurs fins du monde sont pass&#233;es en revue avant l'ultime disparition de l'humanit&#233;. C'est la fin d'un monde plut&#244;t que la fin du monde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans la &lt;i&gt;Bible&lt;/i&gt; &#8211; le genre dystopique est domin&#233; par des auteurs anglo-saxons f&#233;rus de r&#233;f&#233;rences &#224; l'Ancien Testament &#8211; les villes sont en premi&#232;re ligne. Lieux de corruption de l'humanit&#233; par excellence, leur destruction devrait permettre le retour aux valeurs de la terre &#8230; qui ne ment pas, comme on sait. &#171; &lt;i&gt;Puisque la patate vaut davantage que l'or, puisque l'&#233;croulement de la civilisation urbaine a rendu les comp&#233;tences des citadins inutiles, les derniers culs-terreux de la plan&#232;te deviennent les nouveaux ma&#238;tres du monde&lt;/i&gt; &#187;, poursuit Musset. Il s'agit l&#224; d'une repr&#233;sentation profond&#233;ment enracin&#233;e dans notre culture jud&#233;o-chr&#233;tienne : &#171; &lt;i&gt; La ville incarnant le mal, la campagne est la voie de la r&#233;demption.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence religieuse transpara&#238;t aussi quand l'apr&#232;s-l'apocalypse d&#233;bouche sur des communaut&#233;s rurales, prend la forme d'une arche-vaisseau spatial ou voit survivre le couple de la gen&#232;se biblique. Musset cite le cas &#233;tonnant d'un film am&#233;ricain de 1959 &#8211; &lt;i&gt;The World, the flesh and the devil&lt;/i&gt; &#8211; dans lequel un Adam noir et un autre personnage blanc se disputent une &#200;ve blonde apr&#232;s une guerre nucl&#233;aire totale. L'issue est un improbable m&#233;nage &#224; trois pour &#233;viter l'extinction de l'esp&#232;ce humaine.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La dystopie enterre les utopies&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour d'autres auteurs, le succ&#232;s contemporain de la dystopie est le signe d'une mont&#233;e en puissance de la culture de la r&#233;signation, en particulier chez les plus jeunes. Et la presse&lt;i&gt; mainstream&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, de s'alarmer sur les d&#233;g&#226;ts que le pessimisme v&#233;hicul&#233; par la litt&#233;rature, les films et les s&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es peut provoquer sur les soci&#233;t&#233;s occidentales. Pour Valentin Goujon&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le vent se l&#232;ve, 9 janvier 2018.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, &#171; &lt;i&gt;le pessimisme radical inh&#233;rent &#224; la dystopie fait que la proposition d'une alternative, caract&#233;ristique majeure de l'utopie classique, peine &#224; &#233;merger de la critique dystopique. D'autant plus que cette m&#234;me critique n'a plus la force qu'elle avait auparavant. &#201;l&#233;ment omnipr&#233;sent de la culture contemporaine depuis son &#226;ge d'or am&#233;ricain des ann&#233;es 1950, la science-fiction englobe aujourd'hui largement le genre dystopique, au point qu'en plus de partager les m&#234;mes p&#232;res fondateurs (Jules Verne, H. G. Wells, Edgar Poe), ils en sont venus &#224; partager le m&#234;me d&#233;faut, l'abdication de la subversion au profit du divertissement si cher &#224; la soci&#233;t&#233; de consommation. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours utopique serait alors r&#233;cup&#233;r&#233; par les thurif&#233;raires de la technoscience et autres transhumanistes. &#192; moins que des auteurs r&#233;ussissent &#224; renouveler le genre de l'anticipation politique, &#224; l'instar d'Alain Damasio, qui interroge les questions d'&#233;cologie radicale &#233;mergeant d'exp&#233;riences telles que la Zad de Notre-Dame-Des-Landes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le ver &#233;tait dans le fruit&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais tous s'accordent sur un fait : si l'apocalypse est un fantasme, la soci&#233;t&#233; qui l'invente pour se faire peur est bien r&#233;elle. Ainsi, chaque fin du monde est le reflet de son &#233;poque. Alain Musset est formel : &#171; &lt;i&gt;Depuis plus de quarante ans, cin&#233;astes et romanciers d'anticipation font de nous les principaux coupables du sort qui nous attend.&lt;/i&gt; &#187; Incurable humanit&#233; qui s'enlise sans m&#234;me s'en apercevoir ainsi que l'&#233;voquait l'un des ma&#238;tres du genre dystopique, Aldous Huxley : &#171; &lt;i&gt;La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la d&#233;mocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas &#224; s'&#233;vader, un syst&#232;me d'esclavage o&#249;, gr&#226;ce &#224; la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l'amour de leur servitude.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Iffik Le Guen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Dystopies et anti-utopies sont-elles libertaires ? &#187; Travail mutualiste consultable sur le site Acratie.eu dans la partie consacr&#233;e aux utopies libertaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Syndrome de Babylone&lt;/i&gt;, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le vent se l&#232;ve&lt;/i&gt;, 9 janvier 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Burn-out in Progress</title>
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&lt;p&gt;Sobre. &#192; l'image d'un open space ou d'un call center. Le propos n'en est que plus violent. Avec Work in Regress, le collectif Plateforme met en sc&#232;ne des t&#233;moignages de travail. Un inventaire &#224; la Pr&#233;vert des bullshit jobs racont&#233;s au ras de la vie de bureau. &#171; Je suis r&#233;dactrice, j'&#233;cris les textes du catalogue du genre &#8220;Hyper sexy le soutien-gorge'' ou &#8216;&#8220;Trop mimi le petit t-shirt''... Enfin voil&#224;, je sers &#224; rien. &#187; &#171; Je suis videuse de volaille, 500 poulets par jour. M&#234;me apr&#232;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pierre-Boudeulle" rel="tag"&gt;Pierre Boudeulle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/redactrice" rel="tag"&gt;r&#233;dactrice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ecris" rel="tag"&gt;j'&#233;cris&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sobre. &#192; l'image d'un &lt;i&gt;open space&lt;/i&gt; ou d'un &lt;i&gt;call center&lt;/i&gt;. Le propos n'en est que plus violent. Avec &lt;i&gt;Work in Regress&lt;/i&gt;, le collectif Plateforme met en sc&#232;ne des t&#233;moignages de travail. Un inventaire &#224; la Pr&#233;vert des &lt;i&gt;bullshit jobs&lt;/i&gt; racont&#233;s au ras de la vie de bureau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je suis r&#233;dactrice, j'&#233;cris les textes du catalogue du genre &#8220;Hyper sexy le soutien-gorge'' ou &#8216;&#8220;Trop mimi le petit t-shirt''... Enfin voil&#224;, je sers &#224; rien.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&#171; Je suis videuse de volaille, 500 poulets par jour. M&#234;me apr&#232;s trois douches, tu sens toujours la volaille morte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je travaille dans une structure associative. En stage depuis deux ans. Je commence &#224; penser &#224; me faire payer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai longtemps h&#233;sit&#233; &#224; partir, parce qu'il y a un truc g&#233;nial au boulot... c'est les gens. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Manager,&lt;/i&gt; conseill&#232;re en insertion, agent de s&#233;curit&#233;, garniteur &#224; la cha&#238;ne de pizzas-lasagnes, &lt;i&gt;dog-sitter&lt;/i&gt;... Des t&#233;moignages sur le turbin, les trois com&#233;diens du collectif Plateforme en ont r&#233;cup&#233;r&#233; presque 200. Et ce, avec le g&#233;nie de la simplicit&#233; qui manque &#224; bien des groupes militants : &#171; &lt;i&gt;On s'est install&#233;s sur des places &#224; H&#233;nin-Beaumont, Berck, Roubaix. Le deal c'&#233;tait : on vous offre le caf&#233; et vous nous racontez votre travail&lt;/i&gt; &#187;, explique Pierre Boudeulle, l'un des com&#233;diens. De cette mati&#232;re brute, ils ont tir&#233; le spectacle &lt;i&gt;Work in Regress.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'&#233;poque des suicides &#224; France Telecom, du management toxique, et de l'apparition dans les m&#233;dias et manuels de sociologie des &#171; Risques psychosociaux &#187; : &#171; &lt;i&gt;Jacob est venu me voir pour &#233;crire une fable sur le travail. Il avait des comptes &#224; rendre. Il souhaitait une sorte de Don Quichotte contre le Monstre Chiffre. Alors on a organis&#233; nos premiers ap&#233;ros-travail.&lt;/i&gt; &#187; L'affaire s'est r&#233;v&#233;l&#233;e plus facile qu'attendu : &#171; &lt;i&gt;Il n'y avait qu'&#224; appuyer sur le bouton, et c'&#233;tait parti, les gens ne s'arr&#234;taient plus. Pour eux, c'&#233;tait lib&#233;rateur.&lt;/i&gt; &#187; Les paroles du quotidien sont politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu d'un tel spectacle n'est pas de prendre le public, lui-m&#234;me travailleur, pour des moutons tondus avec leur assentiment. Et &#231;a marche plut&#244;t bien. &#171; &lt;i&gt;On a jou&#233; devant des coll&#233;giens&lt;/i&gt;, se souvient Pierre. &lt;i&gt;Eux-m&#234;mes sont dans le monde du travail, leurs parents travaillent, et on leur casse les pieds sur leur orientation professionnelle. L'un d'eux nous a racont&#233; comment son p&#232;re &#233;tait devenu fou &#224; l'usine, &#224; cause de la r&#233;p&#233;tition et de la routine.&lt;/i&gt; &#187; &#192; la fin des spectacles, les d&#233;bats fusent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les com&#233;diens s'inscrivent eux-m&#234;mes dans ce processus d'ali&#233;nation. Par un subtil jeu de distanciation, on comprend qu'&#234;tre intermittent du spectacle, c'est du boulot. &#171; &lt;i&gt;La multiplication des donneurs d'ordre, la perte de sens, tout &#231;a, c'est aussi notre quotidien. Au d&#233;but, on se croyait &#233;pargn&#233;s. Alors que non. Cette prise de conscience personnelle, on en fait part.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste une question. La violence du travail n'est-elle que celle subie par les travailleurs ? Comment mettre en sc&#232;ne ce chimiste qui travaille dans le cadre apais&#233; d'une for&#234;t de l'Essonne, nourri, log&#233; et grassement pay&#233; par l'arm&#233;e fran&#231;aise pour tester des gaz toxiques sur les animaux ? Ou ceux de Facebook, sans horaires ni dress-code, nourris aux smoothies bio et aux graines germ&#233;es, mais qui servent au final d'agence de renseignement de l'arm&#233;e am&#233;ricaine ? Souffrance au travail et souffrance du travail, le th&#233;&#226;tre peut-il mettre en sc&#232;ne la banalit&#233; du mal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Work in Regress&lt;/i&gt; de et par Pierre Boudeulle, David Lacomblez et Jacob Vouters. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Livres jeunesse : &#171; Les enfants ont besoin de comprendre le monde social &#187;</title>
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		<dc:date>2015-12-21T06:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby, Lola Weber, Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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		<dc:subject>litt&#233;rature jeunesse</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;diteurs engag&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>livre jeunesse</dc:subject>
		<dc:subject>Charlotte Dugrand</dc:subject>
		<dc:subject>Bruno Bartkowiak</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les &#233;ditions La ville br&#251;le se sont lanc&#233;es dans la &#171; litt&#233;rature jeunesse engag&#233;e &#187; depuis deux ans et ont rencontr&#233; un beau succ&#232;s avec deux manifestes antisexistes, On n'est pas des poup&#233;es et On n'est pas des super h&#233;ros. Trois questions &#224; Marianne Zuzula, animatrice de la maison d'&#233;dition. Qu'est-ce que les &#233;diteurs engag&#233;s peuvent apporter &#224; la litt&#233;rature jeunesse ? Marianne Zuzula : Les &#233;diteurs engag&#233;s ont beaucoup &#224; apporter &#224; la litt&#233;rature jeunesse ! Tout d'abord parce que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no138-decembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;138 (d&#233;cembre 2015)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;ditions La ville br&#251;le se sont lanc&#233;es dans la &#171; litt&#233;rature jeunesse engag&#233;e &#187; depuis deux ans et ont rencontr&#233; un beau succ&#232;s avec deux manifestes antisexistes, &lt;i&gt;On n'est pas des poup&#233;es&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;On n'est pas des super h&#233;ros&lt;/i&gt;. Trois questions &#224; Marianne Zuzula, animatrice de la maison d'&#233;dition.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1620 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH560/p20-couv_eclair_1_-66c56.jpg?1782652498' width='400' height='560' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que les &#233;diteurs engag&#233;s peuvent apporter &#224; la litt&#233;rature jeunesse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marianne Zuzula :&lt;/strong&gt; Les &#233;diteurs engag&#233;s ont beaucoup &#224; apporter &#224; la litt&#233;rature jeunesse ! Tout d'abord parce que notre ind&#233;pendance &#233;conomique et &#233;ditoriale nous permet de prendre des risques et de proposer des livres diff&#233;rents, aussi bien dans la forme que dans le fond. Ensuite parce que je pense qu'on peut (et qu'on doit !) sensibiliser tr&#232;s t&#244;t les enfants &#224; ces sujets-l&#224; si on veut avoir une chance de faire le poids face au lavage de cerveau auxquels ils sont soumis de plus en plus t&#244;t&#8230; Les enfants ont besoin de r&#234;ver, de d&#233;velopper leur imagination, mais ils ont aussi besoin de comprendre le monde social dans lequel ils vont grandir et vivre&#8200;&#8211; et peut-&#234;tre alors pourront-ils le rendre meilleur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible d'avoir la m&#234;me ligne &#233;ditoriale pour les enfants et pour les adultes : pour ces deux types de lecteurs, on peut proposer des livres qui prennent parti, qui affirment un point de vue sans essayer de plaire au plus grand nombre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1623 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH569/p20ni-poupees-superheros-37cb3.jpg?1782652498' width='400' height='569' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquez-vous le succ&#232;s de&lt;i&gt; On n'est pas des poup&#233;es&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;On n'est pas des super h&#233;ros&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que ces deux titres, mais aussi&lt;i&gt; Pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ?&lt;/i&gt;, le premier livre jeunesse des Pin&#231;on-Charlot, qui s'adresse aux ados, sont tomb&#233;s au bon moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de parents et de professionnels qui travaillent avec les enfants ne trouvaient pas de livres leur permettant de partager leurs convictions politiques avec eux. Avec ces trois livres, on a r&#233;pondu &#224; ce manque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On n'est pas des poup&#233;es !&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;On n'est pas des super-h&#233;ros !&lt;/i&gt; sont des manifestes f&#233;ministes et antisexistes qui abordent la question des st&#233;r&#233;otypes de genre de fa&#231;on tr&#232;s directe, sans s'appuyer sur un r&#233;cit. Contrairement aux nombreux livres qui existent d&#233;j&#224; sur cette question, il y a un vrai parti pris d'affirmer les choses, et de laisser le champ libre pour qu'enfants et adultes en discutent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste une pr&#233;cision : nous venons de les r&#233;&#233;diter en un seul volume, pour que les filles et les gar&#231;ons puissent acc&#233;der &#224; &#173;l'ensemble des contenus.&#8200;On s'&#233;tait rendu compte via les libraires qu'en fait les gens faisaient lire &lt;i&gt;Les poup&#233;es&lt;/i&gt; aux filles et &lt;i&gt;Les Super-h&#233;ros&lt;/i&gt; aux gar&#231;ons, ce qui n'&#233;tait bien s&#251;r pas notre but !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre dernier livre traite de la diff&#233;rence, sujet difficile. Comment l'avez-vous abord&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1621 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH564/p20-hd-pas-si-differents-a85f0.jpg?1782643966' width='400' height='564' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;On n'est pas si diff&#233;rents&lt;/i&gt; est un livre dont l'objectif est de combattre les st&#233;r&#233;otypes li&#233;s au handicap, et qui s'adresse &#224; tous les enfants, handicap&#233;s ou non. Aux premiers il dit : &#171; Votre handicap est une composante de ce que vous &#234;tes, mais il ne vous d&#233;finit pas : vous &#234;tes avant tout des enfants &#187; ; aux seconds il dit : &#171; Les enfants handicap&#233;s sont des enfants comme vous, ils sont forts, ils sont courageux, et vous pouvez faire plein de trucs ensemble. &#187; C'est vrai que ce n'est pas un sujet facile, et on l'a abord&#233; de la m&#234;me fa&#231;on : directe, frontale, sans tourner autour du pot, ni dans les textes, ni dans les illustrations. Dans la plupart des livres sur ce sujet, les images sont tr&#232;s &#233;dulcor&#233;es, les enfants sont grosso modo dessin&#233;s sans diff&#233;rence visible. Nous avons fait ce livre avec une forte volont&#233; de ne pas lisser, de ne pas euph&#233;miser le handicap. L'auteure des textes est m&#232;re d'un enfant d&#233;ficient intellectuel, et c'est &#233;galement mon cas. Claire Cantais, l'illustratrice, a pass&#233; beaucoup de temps avec les enfants d'un institut m&#233;dico-&#233;ducatif de Montreuil pour s'impr&#233;gner de leurs postures, de leurs expressions avant de les dessiner tels qu'ils sont, avec leurs dr&#244;les de t&#234;tes, leurs corps parfois tordus, leurs lourds fauteuils, leurs proth&#232;ses ou leurs corsets. On a d'ailleurs eu quelques retours de gens un peu heurt&#233;s par les dessins&#8230; Mais on ne voulait surtout pas nier la r&#233;alit&#233; du handicap, sinon le livre n'aurait servi &#224; rien ! Et l&#224; encore, je pense qu'on a pu se permettre &#231;a parce qu'on n'a pas au-dessus de nous une longue cha&#238;ne de chefs de projets, gens du marketing, services commerciaux &lt;i&gt;and co&lt;/i&gt;, qui ne nous auraient jamais laiss&#233; traiter ce sujet de cette fa&#231;on-l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Lola Weber.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Trouble dans la piraterie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avec l'ouvrage &lt;i&gt;Jojo le pirate partage le butin&lt;/i&gt;, Charlotte Dugrand nous entra&#238;ne dans l'univers flibustier &#224; travers la probl&#233;matique de la redistribution des richesses et d'une solidarit&#233; non hi&#233;rarchique via le prisme de l'&#233;conomie informelle. Influenc&#233;e par l'analyse redikerienne&#8200;&#8211;&#8200;qui s'inscrit elle-m&#234;me dans la lign&#233;e des travaux de l'historien Christopher Hill, connus comme &#171; &lt;i&gt;history from below &lt;/i&gt; &#187; en anglais ou &#171; &lt;i&gt;Geschichte von unten&lt;/i&gt; &#187; en allemand&#8200;&#8211;&#8200;d'une piraterie sociale qui op&#233;ra au XVIIIe&#8200;si&#232;cle une hypoth&#232;se &#233;galitariste et libertaire sur les mers caraib&#233;ennes, l'auteur accr&#233;dite les th&#232;ses anthropologiques du don et du contre-don, ici de type agonistique. Le r&#233;cit s'affranchit &#233;galement des divisions de genre et d'esp&#232;ce. Pourtant, lorsqu'il s'exclame : &#171; &lt;i&gt; Tu dois apprendre &#224; partager, Cocotte !&lt;/i&gt; &#187;, le r&#244;le de Jojo le pirate reste &#224; interroger dans une perspective de domination genr&#233;e, m&#234;me si par ailleurs il bouge de fa&#231;on concomitante les lignes de la discrimination validiste. Au final, on peut probl&#233;matiser avec Judith Butler, &#224; savoir si &#171; &lt;i&gt; la d&#233;construction du cadre binaire d&#233;naturalis&#233; est li&#233;e &#224; la contingence normative d'une d&#233;finition du genre produite involontairement par le pouvoir&lt;/i&gt; &#187; ? &#192; partir de 3 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1622 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH373/p20-jojo-le-pirate-wip01-f370b.jpg?1782652498' width='400' height='373' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;PS : Les illustrations de Bruno Bartkowiak sont dr&#244;lement chouettes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;Charlotte Dugrand, Bruno Bartkowiak,&lt;i&gt; Jojo le pirate partage le butin&lt;/i&gt;, Tous solidaires !, Libertalia, 2015, 13 euros.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; la recherche du sommeil perdu&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avec le conte musical &lt;i&gt;Le Voleur de sommeil&lt;/i&gt;, le musicien Rit nous conduit dans la for&#234;t du Garlaban &#224; la rencontre d'insectes insomniaques et d'un hibou angoiss&#233; par la solitude, &#224; travers le biais de la m&#233;taphore anthropomorphique bien connue par les petits nenfants de moins de 6 ans. Tel un m&#233;nestrel proven&#231;al, Rit rythme ce gentil et doux r&#233;cit qui c&#233;l&#232;bre l'amiti&#233; et l'&#233;cologie dans un style folk et country tr&#232;s r&#233;ussi. &lt;i&gt;Le Voleur de sommeil&lt;/i&gt; est un livre-CD illustr&#233; par Vincent Bourgourd, mais aussi un spectacle de 26&#8200;minutes bient&#244;t en tourn&#233;e dans tous les bons abris anti-a&#233;riens. Bon maintenant, dodo les minots, sinon on appelle Daech !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;i&gt;Le Voleur de sommeil&lt;/i&gt;, Textes &amp; chansons de Rit, illustrations Vincent Bourgourd, Actes Sud Junior, 2015, 21&#8200;euros.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1624 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH269/p21--vds-verso-fc79e.jpg?1782652498' width='400' height='269' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Promenons-nous dans le genre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La guerre, &#231;a suffit ! Ce soir, je vais danser&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clare un enfant devant un cheval attique qui porte sur sa croupe un gramophone. Un autre coloriage montre une dinette jet&#233;e dans la poubelle avec ce titre :&lt;i&gt; A chaque fois qu'une fille jette sa dinette, il y a un gar&#231;on pr&#234;t &#224; jouer avec&lt;/i&gt;. On commence &#224; comprendre&#8230; mais cela se confirme quand Omar, en fauteuil roulant, s'arr&#234;te pour sentir les lilas en allant &#224; l'entra&#238;nement de majorettes. Ce joli livre de coloriage ne retourne pas trop facilement les clich&#233;s. Il s'attaque aussi au militarisme et montre des enfants en fauteuil roulant. Le sexe est biologique, le genre construction sociale explique-t-on &#224; la fin de ce bel ouvrage, &#224; gribouiller comme on veut !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christophe Goby&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;&lt;i&gt; C'est quoi ton genre ?&lt;/i&gt; Cahier de coloriage. Jacintha Bunnel-Nathaniel Kusinitz, &#233;ditions Goater, 8,90 euros.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Si tu ne d&#233;construis pas le genre, il ne peut pas y avoir de r&#233;volution. &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Si-tu-ne-deconstruis-pas-le-genre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Si-tu-ne-deconstruis-pas-le-genre</guid>
		<dc:date>2015-02-08T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Norrito</dc:creator>


		<dc:subject>Culture</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>genre</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>monde</dc:subject>
		<dc:subject>Barcelone</dc:subject>
		<dc:subject>Vernon Subutex</dc:subject>
		<dc:subject>Vernon</dc:subject>
		<dc:subject>tome</dc:subject>
		<dc:subject>Subutex</dc:subject>
		<dc:subject>Virginie Despentes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; La vie se joue souvent en deux manches : dans un premier temps, elle t'endort en te faisant croire que tu g&#232;res, et sur la deuxi&#232;me partie, elle repasse les plats et te d&#233;fonce. &#187; L'auteure de King Kong Th&#233;orie revient avec une trilogie trash, les aventures de Vernon Subutex. Rencontre avec Virginie Despentes. Nicolas Norrito : Ton nouveau roman fait 396&#8200;pages, tu ne nous avais pas habitu&#233;s &#224; si long ; or tu pr&#233;pares un tome&#8200;2 et m&#234;me un tome&#8200;3 ! Quelle est la gen&#232;se de ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Vernon" rel="tag"&gt;Vernon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tome" rel="tag"&gt;tome&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Virginie-Despentes" rel="tag"&gt;Virginie Despentes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La vie se joue souvent en deux manches : dans un premier temps, elle t'endort en te faisant croire que tu g&#232;res, et sur la deuxi&#232;me partie, elle repasse les plats et te d&#233;fonce.&lt;/i&gt; &#187; L'auteure de &lt;i&gt;King Kong Th&#233;orie&lt;/i&gt; revient avec une trilogie trash, les aventures de Vernon Subutex. Rencontre avec Virginie Despentes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1343 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH599/p16-despentesnb_jfpaga_c_grasset-bcf14.jpg?1782646043' width='400' height='599' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo : JFPAGA&#169;Grasset.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Norrito : Ton nouveau roman fait 396&#8200;pages, tu ne nous avais pas habitu&#233;s &#224; si long ; or tu pr&#233;pares un tome&#8200;2 et m&#234;me un tome&#8200;3 ! Quelle est la gen&#232;se de ce r&#233;cit-fleuve ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Virginie Despentes :&lt;/strong&gt; En fait, les deux premiers tomes sont &#233;crits. J'ai commenc&#233; &#224; r&#233;diger sans me poser de questions puisque j'avais mon histoire : un mec perd son appart, il &#233;tait disquaire, il sombre progressivement dans la clochardisation. Au bout de quelques semaines, j'avais 1 400 pages ! J'ai coup&#233; pour arriver &#224; 600-800, l'&#233;diteur m'a alors conseill&#233;e de faire deux tomes. En finissant le tome&#8200;2, j'ai compris qu'il me faudrait un tome&#8200;3, je vais me lancer dans la r&#233;daction maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les titres de tous tes livres sont incisifs et excellents. Subutex, je vois bien. Mais Vernon, c'est une r&#233;f&#233;rence &#224; Vian et &#224; son pseudonyme Vernon Sullivan ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un hasard. Vernon Subutex, c'&#233;tait le nom de mon avatar sur Facebook. Originellement, c'&#233;tait pour regarder ce qui se passait sur Facebook, puisque Coralie [Trinh Thi] animait la page de &lt;i&gt;Bye-bye Blondie&lt;/i&gt; et je voulais pouvoir lui envoyer des messages en priv&#233;, et finalement je suis tomb&#233;e dans Facebook&#8230; J'ai conserv&#233; le nom. Vernon Subutex, c'est un peu comme &#171; Despentes &#187;, ce pseudo qui me suit depuis les pentes de Lyon, il y a plus de vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'exception d'une &#233;chapp&#233;e &#224; Barcelone, tout ton roman se d&#233;roule &#224; Paris. Barcelone fait d'ailleurs l'objet d'un excellent chapitre avec un face-&#224;-face entre A&#239;cha et la Hy&#232;ne, h&#233;ro&#239;ne r&#233;currente puisqu'elle apparaissait d&#233;j&#224; dans &lt;i&gt;Apocalypse b&#233;b&#233;&lt;/i&gt;. Cette escapade &#224; Barcelone colle avec ta vie, non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, c'est ma vie. Pour moi, il est tr&#232;s important d'&#234;tre souvent en Espagne, &#224; Madrid notamment, et en Catalogne. La situation politique est tellement diff&#233;rente. J'ai v&#233;cu trois ans &#224; Barcelone, j'ai &#233;crit pratiquement tout Vernon Subutex l&#224;-bas. Pendant les occupations, j'&#233;tais sur place, &#231;a a &#233;branl&#233; mon pessimisme habituel. Au-del&#224; des partis politiques, qu'on peut critiquer, y compris Podemos, il y a une place importante, au sein de la soci&#233;t&#233;, pour les assembl&#233;es citoyennes, pour des initiatives alternatives et participatives. Donc oui, on a bien fait de discuter autant sur les places et dans les appartements. Pour moi, l'Espagne, c'est aussi une le&#231;on. En France, j'ai l'impression de vivre dans un pays dans la merde et en panne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si je te dis qu'il y a un c&#244;t&#233; balzacien&#8200;2.&#8200;0. dans ton r&#233;cit, tu en penses quoi ? La Com&#233;die humaine du XXIe&#8200;si&#232;cle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre un peu plus punk que Balzac&#8230; Sauf pour l'&#233;criture qui d&#233;roule le r&#233;cit de fa&#231;on quasi automatique. L'id&#233;e, c'est que tout le monde puisse me comprendre. Je ne fais pas de belles phrases, j'essaie d'&#234;tre intelligible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu racontes les p&#233;r&#233;grinations de personnages ambitieux ou d&#233;class&#233;s dans les bas-fonds parisiens. Il semble y avoir une forte dimension autobiographique dans toute ta galerie de personnages. O&#249; se cache Virginie Despentes ? Chez Lydia ? Chez Alex ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les personnages, il y a quelque chose qui me ressemble un peu, m&#234;me chez les plus &#233;loign&#233;s. C'est un point d'ancrage qui me permet de dresser des portraits. Patrice et Kiko, ce n'est pas moi, mais j'entre dans chaque personnage par une donn&#233;e biographique que je d&#233;veloppe ensuite &#224; la mani&#232;re d'un collage, en fonction de choses que j'ai pu observer, ou que je cr&#233;e. Il y a une anecdote, une fringue que je pique ici ou l&#224; mais je ne reproduis jamais totalement une personne r&#233;elle. Je me suis aussi interrog&#233;e sur le devenir de ces personnages, deux d&#233;cennies plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ta r&#233;f&#233;rence ultime en mati&#232;re de litt&#233;rature ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui,&lt;i&gt; Autant en emporte le vent&lt;/i&gt;. C'est un bouquin qui &#233;voque un monde qui meurt et un autre qui va na&#238;tre. Je l'ai lu &#224; 13 ans. N&#233;e dans un milieu de gauche, j'avais un peu honte en le lisant. Si j'&#233;tais black, je serais un peu &#233;nerv&#233;e que le livre et le film les plus connus sur la guerre de S&#233;cession soient celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Page 28, tu &#233;cris : &#171; &lt;i&gt;Maintenant c'est mort aux vaincus, m&#234;me dans le rock.&lt;/i&gt; &#187; C'est &#231;a, le monde qui meurt ? Quel est celui qui na&#238;tra, alors ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai 45 ans, j'ai grandi dans un autre horizon. On &#233;tait les h&#233;ritiers des ann&#233;es 1960. Le monde du travail de mes parents fonctionnaires est mort. Qui parle encore du service public et de toutes ces choses &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; et populaires ? De sant&#233; publique et d'&#233;ducation ? Ce sont des choses que je regrette, m&#234;me si certains points &#233;taient critiquables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;f&#233;rences musicales sont tr&#232;s nombreuses, de Fugazi &#224; Bad Brains en passant par Einst&#252;rzende Neubauten, les Thugs, La Souris d&#233;glingu&#233;e. Tous les lecteurs ne vont pas te suivre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on ne situe pas tous ces groupes, ce n'est pas grave. C'est comme quand moi je lis du latin, cela ne m'arr&#234;te pas forc&#233;ment, m&#234;me si je ne le comprends pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'ailleurs tu reprends une citation d'Horace en &#233;pigraphe !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Non omnis moriar&lt;/i&gt; &#187; (&#171; &lt;i&gt;Je ne mourrai pas tout entier&lt;/i&gt; &#187;), c'est le tatouage de ma fianc&#233;e, c'&#233;tait une fa&#231;on de la saluer sans mentionner son nom. Elle est tr&#232;s latiniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu parles beaucoup de d&#233;fonce dans ton livre et pourtant, depuis le d&#233;but de l'entretien, tu ne bois que du gingembre&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu beaucoup de drogues et d'alcool dans ma vie, autour de moi. J'observe ce que boivent les gens, cela m'aide &#224; les d&#233;finir et &#224; cibler leur comportement. Plus loin dans le livre, je m'int&#233;resse au lien entre politique et d&#233;fonce. La coke puis l'h&#233;ro&#239;ne peuvent te d&#233;truire un mouvement en quelques semaines. On n'a peut-&#234;tre pas assez r&#233;fl&#233;chi &#224; la place de la d&#233;fonce dans le milieu alternatif. &#199;a semble un sujet tabou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as r&#233;alis&#233; deux films et un documentaire. Tu penses revenir au cin&#233;ma ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aime bien faire des films. &lt;i&gt;Bye-bye Blondie&lt;/i&gt;, c'est une bluette, mais j'&#233;tais contente de la faire comme cela. J'aimerais faire un documentaire sur les prisons de filles et adapter un bouquin qui s'appelle &lt;i&gt;Girlfight&lt;/i&gt;, d'Audrey Chenu, une ancienne dealeuse devenue instit. Ce que j'aimerais aussi filmer, ce sont des meufs tatou&#233;es qui font de la moto, elles me plaisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur la prison, tu as fait un portrait-interview de Sylvie Piciotti&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In Observatoire international des prisons, Pass&#233;s par la case prison, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, la compagne de Christophe Khider, qui l'a aid&#233; &#224; s'&#233;vader.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prison, &#231;a m'int&#233;resse. C'est pour moi comme le viol. On fait comme si c'&#233;tait quelque chose d'ext&#233;rieur alors que c'est au centre de tout. La prison d&#233;finit le capitalisme ultralib&#233;ral. En regardant la prison, tu r&#233;sumes la soci&#233;t&#233;, c'est son miroir, on y voit ce qu'on fait des pauvres, comment on les contr&#244;le, comme on les g&#232;re racialement et en termes de genre. J'avais ador&#233; un bouquin qui s'appelle &lt;i&gt;9&#8200;m2&lt;/i&gt; de Vanessa Cosnefroy. Pour comprendre la f&#233;minit&#233;, regarde les prisons de femmes. Personne ne vient au parloir. B&#233;atrice Dalle m'a beaucoup ouvert les yeux sur la question. Et Angela Davis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont tes auteurs f&#233;tiches ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selby et Bukowski, &#233;videmment ! Bukowski me tient toujours compagnie. Quand &#231;a ne va pas, il me remet sur pied, je le relis souvent. Mais je lis aussi Roberto Bola&#241;o (&lt;i&gt;2666&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les D&#233;tectives sauvages&lt;/i&gt;), Castellanos Moya (&lt;i&gt;Le D&#233;go&#251;t&lt;/i&gt;, texte court et intense). L&#224; je suis en train de lire Padura, c'est bien ! Le probl&#232;me avec les auteurs sud-am&#233;ricains, c'est qu'ils portent avec eux beaucoup de douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En juillet dernier, pour &lt;i&gt;Le Monde des Livres&lt;/i&gt;, avec Beatriz Preciado, tu as sign&#233; une recension du livre &lt;i&gt;Caliban et la Sorci&#232;re&lt;/i&gt; (&#233;ditions Entremonde) de la penseuse f&#233;ministe marxiste Silvia Federici. Peux-tu m'en dire davantage sur les philosophes du genre qui ont nourri ta r&#233;flexion ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Judith Butler a beaucoup compt&#233;. Tout comme Donna Haraway. Mais paradoxalement, elles m'ont davantage influenc&#233;e lors de s&#233;minaires de trois jours &#224; Barcelone que par la lecture de leurs livres. Gr&#226;ce &#224; l'oralit&#233; et au collectif, tu sors du s&#233;minaire en te disant que tu n'es plus la m&#234;me personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qui porte sur le genre m'int&#233;resse. Les manifs antigays m'ont crisp&#233;e. Si tu ne d&#233;construis pas le genre, il ne peut pas y avoir de r&#233;volution. Tu peux toucher au genre et te planter, mais si tu n'y touches pas, il ne se passera rien, parce que les rapports de production ne changeront pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concr&#232;tement, on touche comment au genre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; n'est pas obligatoire. Deuxi&#232;mement, il faut s'interroger sur la virilit&#233;, sur le guerrier, sur l'ouvrier le poing lev&#233;. Les mecs, interrogez-vous sur la violence, sur le viol, sur les repr&#233;sentations o&#249; vous apparaissez cagoul&#233;s, et qui vous font bander. Cassez les codes de la virilit&#233; ! Mettez des mini-jupes, des talons, du rouge &#224; l&#232;vres. Sortez du carcan de fa&#231;on m&#234;me ludique. Va &#224; la prochaine manif antifa en mini-jupe, tu verras, tu n'en seras pas moins efficace !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1342 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH556/p16-despentes_vernon-1-ex-9c727.jpg?1782674740' width='400' height='556' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;In Observatoire international des prisons, &lt;i&gt;Pass&#233;s par la case prison&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Farida Belghoul : &#171; Vaincre ou mourir &#187;</title>
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		<dc:date>2014-04-01T05:10:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean-Baptiste Legars</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Un nouveau ph&#233;nom&#232;ne de foire fait les d&#233;lices des m&#233;dias avides de scandale et fait trembler l'&#233;cole r&#233;publicaine. Farida Belghoul, ancienne &#233;g&#233;rie des luttes de l'immigration devenue figure r&#233;actionnaire, plut&#244;t du genre exalt&#233;e, fait le buzz sur la toile et remplit les salles. Son combat : mettre &#224; bas une pseudo-th&#233;orie du genre qui serait enseign&#233;e dans les &#233;coles. Compte-rendu d'une conf&#233;rence marseillaise. Farida belghoul insiste. &#171; J'ai bien dit : &#8220;Vaincre ou mourir !&#8221; &#187; Ouille. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no120-mars-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;120 (mars 2014)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un nouveau ph&#233;nom&#232;ne de foire fait les d&#233;lices des m&#233;dias avides de scandale et fait trembler l'&#233;cole r&#233;publicaine. Farida Belghoul, ancienne &#233;g&#233;rie des luttes de l'immigration devenue figure r&#233;actionnaire, plut&#244;t du genre exalt&#233;e, fait le &lt;i&gt;buzz&lt;/i&gt; sur la toile et remplit les salles. Son combat : mettre &#224; bas une pseudo-th&#233;orie du genre qui serait enseign&#233;e dans les &#233;coles. Compte-rendu d'une conf&#233;rence marseillaise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Farida belghoul insiste. &#171; &lt;i&gt; J'ai bien dit : &#8220;Vaincre ou mourir !&#8221; &lt;/i&gt; &#187; Ouille. C'est que &#231;a doit &#234;tre grave. Pour elle, &#231;a l'est : l'&#233;ducation nationale tripoterait les neurones des minots avec des id&#233;es pas propres, et saperait les fondements m&#234;me de notre soci&#233;t&#233;. L'homme, la femme, le couple, les enfants, la famille, c'est termin&#233; tout &#231;a. Elle &#8211; avec d'autres, souvent d'extr&#234;me droite &#8211; nomme cela la th&#233;orie du genre. Un exemple ? Tel livre pour enfant qui proposerait comme mod&#232;le familial deux femmes et deux hommes &#8211; &#171; &lt;i&gt;une v&#233;ritable partouze&lt;/i&gt; &#187;, s'indigne Belghoul. &#171; &lt;i&gt;En 2011, dans les manuels de sciences de la vie et de la terre, on expliquait que l'on pouvait devenir homme ou femme.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Des profs disaient : &#8220;On va pouvoir changer de sexe plusieurs fois dans la vie&#8221;&lt;/i&gt; &#187;, soutient-elle. Ils trouvaient &#231;a formidable, para&#238;t-il. Farida Belghoul, elle, trouve &#231;a d&#233;gueu. Elle le fait savoir en organisant depuis le mois de janvier dernier des Journ&#233;es de retrait de l'&#233;cole (JRE)&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Derni&#232;re en date, le lundi 31 mars.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#8211; les parents n'am&#232;nent pas les minots en classe pour protester contre l'enseignement suppos&#233; de la n&#233;gation des diff&#233;rences. Elle affirme que le 10 f&#233;vrier, suite &#224; son appel, 17 000 enfants n'ont pas &#233;t&#233; scolaris&#233;s dans toute la France.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_979 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH465/p12-farida.genre-5f2be.jpg?1782644834' width='400' height='465' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Charmag.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le hic, c'est qu'il n'y a pas de &#171; th&#233;orie du genre &#187;. Et que, par cons&#233;quent, elle n'est pas enseign&#233;e dans les &#233;coles. Il y a bien des &#233;tudes qui distinguent le &#171; genre &#187;, la construction sociale du sexe biologique, mais elles ne p&#233;n&#232;trent pas vraiment les salles de classe. L'&#233;ducation nationale s'&#233;chine tout au plus &#224; inculquer aux gamins l'&#233;galit&#233; des sexes, &#224; donner des cours d'&#233;ducation sexuelle, &#224; expliquer qu'un gar&#231;on peut s'habiller en rose et une fille manier un vilebrequin, et que, si, si, deux personnes du m&#234;me sexe peuvent parfois se frotter, et m&#234;me s'aimer. Rien qui, a priori, ne menace directement le mariage, la famille et la procr&#233;ation. Bref, pas de quoi chambouler l'univers de madame Michu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que Farida Belghoul n'est pas de cet avis. Lors de sa conf&#233;rence du 23 f&#233;vrier dernier dans le 15e arrondissement de Marseille au Diamant Palace, cette ancienne militante communiste fustigeait &#171; &lt;i&gt;l'&#233;galit&#233; homme-femme&lt;/i&gt; &#187; &#224; laquelle elle pr&#233;f&#232;re la &#171; &lt;i&gt;compl&#233;mentarit&#233;&lt;/i&gt; &#187; entre les deux sexes. Car &#171; &lt;i&gt; cette fausse &#233;galit&#233; conduit &#224; ce que nos enfants finissent par &#234;tre sacrifi&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Ce serait donc l'&#233;galit&#233; le probl&#232;me&#8230; C'est pourtant ce qu'elle exigeait pour les minots des quartiers, en 1984, lorsqu'elle participait activement &#224; la deuxi&#232;me &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Echec-a-l-auto-organisation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;marche pour l'&#233;galit&#233;&lt;/a&gt; (justement) organis&#233;e par son association Convergence 84. Mais &#231;a, c'&#233;tait il y a 30 ans. Depuis, apr&#232;s un projet de cours particuliers pour les enfants des quartiers populaires et un soutien &#224; la candidature de Dominique de Villepin aux &#233;lections pr&#233;sidentielles, elle a ralli&#233; la bande du &#171; nationaliste social &#187; Alain Soral. Dont elle semble &#234;tre la caution populaire et musulmane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'image du public de cette nouvelle &#171; &lt;i&gt;Jeanne d'Arc&lt;/i&gt; &#187; &#8211; comme l'aurait r&#233;cemment qualifi&#233; un abb&#233; &#8211; tr&#232;s appr&#233;ci&#233;e de Christine Boutin et des cathos traditionnalistes de Civitas. Son objectif ? Faire le lien entre catholiques et musulmans, et ratisser large sur des terres d'ordinaire &#233;trang&#232;res &#224; l'extr&#234;me droite. &#192; Marseille, Farida Belghoul partageait la tribune avec l'essayiste Albert Ali, fondateur du Rassemblement des musulmans souverainistes, et Salim La&#239;bi&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le Web, Salim La&#239;bi, dit Le Libre penseur, est un grand pourvoyeur de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, dentiste marseillais grenouillant lui aussi dans la sph&#232;re soralienne. Ce dernier a r&#233;cemment post&#233; sur Internet son appr&#233;ciation sur cette rencontre : &#171; &lt;i&gt;La journ&#233;e s'est tr&#232;s bien d&#233;roul&#233;e. Une convergence historique est en train de se r&#233;aliser entre les musulmans et les catholiques, mais &#233;galement avec les agnostiques et autres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les 5 euros &#224; d&#233;bourser &#224; l'entr&#233;e, pr&#232;s de 200 personnes sont pr&#233;sentes dans la salle. L'ambiance est plut&#244;t familiale, on est venus avec les enfants. Il y a quelques gars avec barbe, djellaba et survet' &#224; trois bandes. Deux ou trois autres ont plut&#244;t des looks de travellers, avec barbiche et cheveux longs. Mais, globalement, le public n'a rien de particulier : nous sommes dans les quartiers Nord, et il ressemble aux gens que l'on croise le dimanche au march&#233; aux puces des Crottes. Mais on trouve aussi dans les rangs quelques &#171; &lt;i&gt; catholiques fran&#231;ais de souche&lt;/i&gt; &#187;, comme se d&#233;finit l'un d'eux. Il se dit heureux de ce &#171; &lt;i&gt;rapprochement avec les musulmans &#224; travers cet ultime combat&lt;/i&gt; &#187;, musulmans avec qui il se trouve, du coup, des points communs : &#171; &lt;i&gt;L'autre jour, un livreur est venu, il &#233;tait color&#233;. Nous avons parl&#233; de la th&#233;orie du genre, et nous nous sommes sentis tr&#232;s proches. Nous avons quelque chose &#224; faire ensemble.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ils se sentent si proches, c'est que le discours est bien rod&#233;. Quoi de plus simple que de rallier sous une banni&#232;re aussi universelle que celle des minots ? Qui est pour l'apprentissage de la masturbation &#224; l'&#233;cole primaire ? Pour la p&#233;dophilie ? Personne, bien &#233;videmment. Or, pour les tribuns, c'est ce &#224; quoi m&#232;ne la th&#233;orie du genre. Farida Belghoul insiste : &#171; &lt;i&gt;Si l'on ne gagne pas, nos enfants seront sacrifi&#233;s sous nos yeux.&lt;/i&gt; &#187; Un point. Salim La&#239;bi rench&#233;rit : &#171; &lt;i&gt;Les &#233;lites sont compl&#232;tement d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;es.&lt;/i&gt; &#187; C'est un peu d&#233;mago, mais &#231;a fonctionne. Deux points. Ils sont &#171; &lt;i&gt;tous pourris : Cahuzac, Balkany, Dassault&lt;/i&gt; &#187;. Trois points. Et si on y ajoute les francs-ma&#231;ons&#8230; &#171; &lt;i&gt;Jean-Marc Ayrault a parl&#233; de &#8220;d&#233;p&#233;nalisation universelle de l'homosexualit&#233;&#8221;. Or l'universalisme n'est elle pas une notion franc-ma&#231;onne ?&lt;/i&gt; &#187; Quatre points. On enfonce le clou ? Listons ces &#171; &lt;i&gt;p&#233;dophiles&lt;/i&gt; &#187; c&#233;l&#232;bres, dont certains nous gouvernent : &#171; &lt;i&gt;Fr&#233;d&#233;ric Mitterrand, Daniel Cohn-Bendit, Jack Lang, Roman Polanski, Michel Polac, Woody Allen.&lt;/i&gt; &#187; Cinq points. Pour finir, une bonne couche de radicalit&#233;. Salim La&#239;bi n'est pas pour le d&#233;bat : &#171; &lt;i&gt;C'est vous ou moi, il n'y a pas de place pour nous deux sur cette plan&#232;te.&lt;/i&gt; &#187; Bingo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la salle chauff&#233;e &#224; blanc, Farida Belghoul appelle le public &#224; se mobiliser et &#224; convaincre les autres parents du bien fond&#233; de la d&#233;marche. Selon elle, si le travail est bien fait, les salles de classe seront vides lors de la prochaine JRE qui devrait avoir lieu en mars. Elle conclut, p&#233;remptoire : &#171; &lt;i&gt;Les quartiers Nord vous sont acquis d'avance. Impossible de trouver ici le moindre petit esprit LGBT.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour lesbien, gay, bi et trans.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187; Comme si l'homosexualit&#233; n'y existait pas&#8230; On lui dit ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Derni&#232;re en date, le lundi 31 mars.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur le Web, Salim La&#239;bi, dit Le Libre penseur, est un grand pourvoyeur de d&#233;lires conspirationnistes, avec une obsession particuli&#232;re pour les francs-ma&#231;ons, les satanistes et les p&#233;dophiles, omnipr&#233;sents selon lui parmi les &#233;lites politiques et culturelles. Il d&#233;clarait r&#233;cemment, dans un de ses nombreux soliloques film&#233;s, que les pamphlets antis&#233;mites de L. F. C&#233;line constituaient &#171; &lt;i&gt;la plus belle litt&#233;rature fran&#231;aise&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour lesbien, gay, bi et trans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quoi de plus naturel, en somme ?</title>
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&lt;p&gt;Il y en a que &#231;a aide pour draguer, d'autres pour qui c'est un chemin de croix. Il y a ceux qui sont si convaincus qu'ils vont jusqu'&#224; trouver misogyne la description d'une femme laide dans un roman. Il existe mille fa&#231;ons d'&#234;tre un homme f&#233;ministe, et autant de difficult&#233;s &#224; le revendiquer. &#202;tre un homme f&#233;ministe implique de reconna&#238;tre qu'il y a deux camps et que l'un est moins fort que l'autre. C'est &#234;tre affili&#233;, par le biais de son genre, au camp des violeurs, des harceleurs et des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y en a que &#231;a aide pour draguer, d'autres pour qui c'est un chemin de croix. Il y a ceux qui sont si convaincus qu'ils vont jusqu'&#224; trouver misogyne la description d'une femme laide dans un roman. Il existe mille fa&#231;ons d'&#234;tre un homme f&#233;ministe, et autant de difficult&#233;s &#224; le revendiquer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#202;tre un homme f&#233;ministe implique de reconna&#238;tre qu'il y a deux camps et que l'un est moins fort que l'autre. C'est &#234;tre affili&#233;, par le biais de son genre, au camp des violeurs, des harceleurs et des clients de prostitu&#233;es, mais affirmer : &#171; &lt;i&gt;Je ne suis pas comme eux&lt;/i&gt; &#187; &#8211; sans endosser leur culpabilit&#233; ni en faire des monstres&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'embarras est tel qu'une branche masculine du f&#233;minisme tendance Chiennes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. C'est s'approprier le mot &#171; f&#233;ministe &#187;, dans lequel on entend &#171; &lt;i&gt;pour les femme&lt;/i&gt;s &#187; plut&#244;t que &#171; &lt;i&gt;pour l'&#233;galit&#233; entre hommes et femmes&lt;/i&gt; &#187;, qui fige la dichotomie hommes-coupables / femmes-victimes. C'est traquer en soi un genre de virus si bien ancr&#233; qu'on dit souvent d'un homme, m&#234;me ami, qu'il a &#171; &lt;i&gt;des restes de misogynie en lui&lt;/i&gt; &#187; ; c'est porter ce combat sans confisquer la parole &#224; des femmes d&#233;j&#224; trop souvent muettes ; c'est faire sienne l'id&#233;e que les hommes souffrent eux aussi du patriarcat et renoncer au droit de mettre les pieds sous la table en &#233;change du droit de pleurer si on est triste. C'est se retrouver face &#224; des injonctions contradictoires, t&#226;tonnements in&#233;vitables dans une redistribution des r&#244;les d'une telle ampleur &#8211; et louvoyer au milieu des &#171; &lt;i&gt;soyez respectueux mais pas charmeurs, attentifs mais pas protecteurs&lt;/i&gt; &#187; &#8211; tout en prot&#233;geant ce qu'on consid&#232;re, au-del&#224; du genre, comme constitutif de sa personnalit&#233;&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le public auquel s'adresse la presse dite &#171; f&#233;minine &#187;, qui affronte chaque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_573 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/p10-sury_cqfd108-289ea.png?1782640067' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Caroline Sury
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La sinc&#233;rit&#233; du f&#233;minisme des hommes s'&#233;prouve dans les comportements quotidiens. Nombreux sont les atavismes dont l'abolition exige un effort permanent, effort &#224; investir dans des t&#226;ches aussi prestigieuses et r&#233;mun&#233;ratrices que la vaisselle et le changement de couches. Cette attention de tous les instants n'est pas moins difficile &#224; fournir par une femme f&#233;ministe, astreinte &#224; retenir dans sa gorge ses &#171; &lt;i&gt;Je sais mieux le faire, &#231;a ira plus vite&lt;/i&gt; &#187; et &#224; plonger les mains sans broncher dans ce siphon infect bourr&#233; de crasse d&#233;gueu.
Mais par-del&#224; les scories, &#234;tre un homme f&#233;ministe, ne serait-ce pas, aussi, parvenir enfin &#224; &#233;laborer un dialogue intime entre hommes, une parole sur le sexe dont on ne craindrait pas qu'elle soit vulgaire ni comp&#233;titrice, un discours sur les sentiments qui s'int&#233;resserait vraiment aux faiblesses, aux d&#233;raillements ; et prendre cette libert&#233;-l&#224; sans faire appel aux femmes ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'embarras est tel qu'une branche masculine du f&#233;minisme tendance Chiennes de garde, baptis&#233;e Z&#233;ro macho, s'est cru oblig&#233;e de poser avec des pancartes &#171; &lt;i&gt;Fier de ne pas &#234;tre client&lt;/i&gt; &#187; &#224; la mani&#232;re des clients inculp&#233;s par la justice am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le public auquel s'adresse la presse dite &#171; f&#233;minine &#187;, qui affronte chaque semaine une avalanche de doubles injonctions insolubles de ce type (soyez sexy mais pas salopes, minces mais pas anorexiques), aurait des raisons de consid&#233;rer ce ph&#233;nom&#232;ne comme un juste retour de b&#226;ton.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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