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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; La fabrique des apparences est politique &#187;</title>
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		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


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&lt;p&gt;D&#232;s l'enfance, le v&#234;tement d&#233;termine les normes des genres : aux filles, les jupettes roses ; aux gar&#231;ons, les shorts bleus. Il est donc un reflet id&#233;al des rapports de domination &#224; diverses &#233;poques, ainsi qu'un enjeu majeur des luttes f&#233;ministes. L'historienne Christine Bard, professeure d'histoire contemporaine &#224; l'universit&#233; d'Angers et pr&#233;sidente de l'association Archives du f&#233;minisme, a ainsi publi&#233; en 2010 une histoire politique du pantalon et Ce que soul&#232;ve la jupe : identit&#233;s, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/phenomene-relativement" rel="tag"&gt;ph&#233;nom&#232;ne relativement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s l'enfance, le v&#234;tement d&#233;termine les normes des genres : aux filles, les jupettes roses ; aux gar&#231;ons, les shorts bleus. Il est donc un reflet id&#233;al des rapports de domination &#224; diverses &#233;poques, ainsi qu'un enjeu majeur des luttes f&#233;ministes. L'historienne Christine Bard, professeure d'histoire contemporaine &#224; l'universit&#233; d'Angers et pr&#233;sidente de l'association Archives du f&#233;minisme, a ainsi publi&#233; en 2010 une &lt;i&gt;histoire politique du pantalon&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Ce que soul&#232;ve la jupe : identit&#233;s, transgressions, r&#233;sistances&lt;/i&gt;, qui prolongeaient son essai sur &lt;i&gt;Les Gar&#231;onnes &#8212; mode et fantasmes des Ann&#233;es folles&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;dit&#233; cet automne chez Autrement. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les femmes portent des robes &#224; fleurs roses, les mecs se fringuent comme des croque-morts : les normes vestimentaires en vigueur jusqu'aux ann&#233;es 1960, et les assignations de genre qu'elles supportent et prolongent jusqu'&#224; nos jours, sont un ph&#233;nom&#232;ne relativement r&#233;cent &#224; l'&#233;chelle de l'histoire, reflet des bouleversements politiques et sociaux de la fin du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Tel est du moins ce que montre l'historienne Christine Bard dans une &lt;i&gt;histoire politique du pantalon &lt;/i&gt;(Seuil) et &lt;i&gt;Ce que soul&#232;ve la jupe&lt;/i&gt; (Autrement), tous deux parus en 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au commencement est un &#171; Ancien R&#233;gime &#187; vestimentaire o&#249;, si les hommes sont commis au v&#234;tement ferm&#233; &#224; l'entrejambe, plus pratique, et les femmes aux robes et jupons ouverts, moins moulants, les unes comme les autres sont autoris&#233;s &#224; rechercher le plaisir et la fantaisie des couleurs, des formes et des textures. Avec la R&#233;volution fran&#231;aise, fini de rigoler, m&#234;me un peu : la figure du &#171; sans-culotte &#187;, c'est-&#224;-dire de l'ouvrier en pantalon, symbolise la citoyennet&#233; nouvellement acquise ; en m&#234;me temps que les femmes sont priv&#233;es de droits politiques, la loi leur interdit le port du pantalon. C'est que le citoyen respectable &#8211; prolo comme bourgeois &#8211; bosse au lieu de zoner dans les boutiques. D&#232;s lors, le moindre &#233;cart &#224; la norme est une transgression : rares sont les femmes qui se risquent &#224; porter le pantalon, avec ou sans l'autorisation des cond&#233;s, et encore plus rares, les hommes qui empruntent au vestiaire f&#233;minin. Le v&#234;tement illustre donc &#224; la perfection les rapports de domination en vigueur &#224; diff&#233;rentes &#233;poques &#8211; raison pour laquelle nous avons demand&#233; &#224; Christine Bard&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui revient sur l'ensemble de sa trajectoire dans un recueil d'entretiens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de nous en dire un peu plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les diff&#233;rentes vagues f&#233;ministes co&#239;ncident, &#224; chaque &#233;poque, avec des modes vestimentaires tr&#232;s diff&#233;rentes. Quel regard portent les mouvements f&#233;ministes sur le v&#234;tement ? Le port du pantalon, par exemple, fait-il consensus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les f&#233;minismes ont toujours &#233;t&#233; diversifi&#233;s. Plus ils sont radicaux, plus ils sont attir&#233;s par la critique de la norme vestimentaire et cr&#233;ateurs de propositions nouvelles. Pour la premi&#232;re vague &lt;i&gt;[fin XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, d&#233;but XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle]&lt;/i&gt;, on peut penser &#224; Hubertine Auclert, Asti&#233; de Valsayre ou Madeleine Pelletier qui va, la premi&#232;re, th&#233;oriser la n&#233;cessit&#233; politique de la virilisation des femmes. Ces f&#233;ministes s'approprient &#224; des degr&#233;s divers la masculinit&#233; vestimentaire, jusqu'au pantalon, symbole le plus &#233;clatant de la virilit&#233; et du pouvoir. Mais cela ne va pas de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait d&#233;bat, c'est ce que le psychologue anglais John Carl Fl&#252;gel a appel&#233; dans les ann&#233;es 1930 &lt;i&gt;&#8220;la grande renonciation des hommes &#224; la parure&#8221;&lt;/i&gt;. Les femmes doivent-elles les &#8220;imiter&#8221;, alors que la plupart ressentent la norme vestimentaire f&#233;minine comme un privil&#232;ge esth&#233;tique, source d'un certain pouvoir et pourvoyeur de leur identit&#233; de genre ? La f&#233;ministe r&#233;publicaine Maria Deraismes dit pr&#233;f&#233;rer les couleurs des femmes &#224; l'allure triste des &#8220;hommes en noir&#8221; du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre probl&#232;me : d&#233;jouer le pi&#232;ge patriarcal qui d&#233;finit le f&#233;minisme comme une pathologie de l'inversion des genres (masculinisation des femmes et f&#233;minisation des hommes). Une fa&#231;on d'ignorer que la demande f&#233;ministe porte, surtout lors de la premi&#232;re vague, avant tout sur l'&#233;galit&#233; des droits. Aussi, de nombreuses f&#233;ministes semblent jouer le jeu de la f&#233;minit&#233; tout en r&#233;clamant un autre statut pour les femmes. Elles veulent montrer que l'on peut &#234;tre f&#233;ministe et f&#233;minine. J'&#233;voque l&#224; un temps dans l'histoire du f&#233;minisme o&#249; la notion de genre est encore peu pr&#233;sente. Pour beaucoup d'entre elles, le pantalon pour les femmes est une excentricit&#233; qui nuit &#224; la cause. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusqu'au milieu du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le pantalon chez les femmes reste l'apanage de personnalit&#233;s marginales, souvent issues des classes sup&#233;rieures, qui transgressaient volontairement les codes. Comment ce choix s'est-il g&#233;n&#233;ralis&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par de nombreuses voies : le sport, la visibilit&#233; de l'homosexualit&#233; f&#233;minine, le travail f&#233;minin dans les usines, l'usine &#224; r&#234;ves qu'est le cin&#233;ma (avec ses stars androgynes des ann&#233;es 1930), la mode cool du jean venue des &#201;tats-Unis dans les ann&#233;es 1950, la d&#233;contraction baln&#233;aire avec ses pantalons fluides de plage &#224; la fin des ann&#233;es 1920, ses corsaires moulants dans les ann&#233;es 1950&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est frappant, c'est la subite g&#233;n&#233;ralisation du port du pantalon dans les ann&#233;es 1960, car elle d&#233;montre &#224; elle seule la dimension profond&#233;ment politique de la fabrique des apparences. Dans le contexte de l'effervescence culturelle et politique des &lt;i&gt;sixties&lt;/i&gt;, l'av&#232;nement du pantalon co&#239;ncide notamment avec le droit &#224; la contraception (la pilule, entre autres). Mais aussi avec le port de la minijupe, et l&#224;, cela devient encore plus int&#233;ressant. C'est pourquoi, dans &lt;i&gt;Ce que soul&#232;ve la jupe&lt;/i&gt;, j'ai voulu analyser l'attachement d'une majorit&#233; de femmes &#224; la libert&#233; de choisir, le pantalon ou la jupe, le ferm&#233; ou l'ouvert, le long ou le court, couvrir ou montrer&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contrairement aux apparences, la libert&#233; vestimentaire reste limit&#233;e aujourd'hui...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a l'impression que Mai 68 a d&#233;r&#233;gul&#233; le syst&#232;me vestimentaire et ce n'est pas compl&#232;tement faux. Les contraintes sont moins fortes, comme le montre la disparition du v&#234;tement du dimanche, du v&#234;tement de deuil, du v&#234;tement pour femmes &#226;g&#233;es. Mais les femmes paient cher cette &#8220;libert&#233;&#8221; vestimentaire qu'elles ch&#233;rissent et qui fut si difficilement acquise. Leurs choix sont toujours risqu&#233;s, le plus souvent critiqu&#233;s et limit&#233;s par un fort contr&#244;le social. Car derri&#232;re le v&#234;tement : la sexualit&#233;. L'appropriation sociale du corps des femmes se fait selon des modalit&#233;s diverses, directes ou indirectes, dans la famille ou dans la rue, ou encore dans les m&#233;dias bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au travail aussi : je suis frapp&#233;e par la persistance de l'uniforme jupe et talons que pas mal d'entreprises imposent &#224; leurs employ&#233;es. Bien qu'elles en aient le droit, c'est choquant, excluant, p&#233;nible et tr&#232;s sexiste. Les hommes salari&#233;s sont &#233;galement soumis &#224; des contraintes, dont je ne ferai pas l'&#233;quivalent de l'obligation du port d'un v&#234;tement plus ou moins &#233;rotisant. Mais tout de m&#234;me, l'interdiction des bermudas estivaux est, par exemple, &#224; l'origine de plaintes aux prud'hommes et de plusieurs mouvements sociaux allant jusqu'&#224; la gr&#232;ve ou &#224; la protestation par le port de jupes&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En juin 2017, en pleine canicule, des chauffeurs de bus nantais se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Pour certains de ces protestataires, c'est une mani&#232;re de dire que les femmes seraient privil&#233;gi&#233;es par une possibilit&#233; de choisir que les hommes n'ont pas. On a vu que ce n'est pas toujours le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la jupe masculine est d'ailleurs un r&#233;v&#233;lateur int&#233;ressant des rapports de genre et sans doute annonciateur de transformations &#224; venir. Dans les r&#233;cits des porteurs de jupes, on voit par ordre croissant de difficult&#233; quels sont les espaces sociaux dans lesquels ils &#233;voluent : l'espace intime, en solo, puis en couple, en famille, puis le cercle amical, enfin les sorties dans la rue. Ce qui r&#233;siste, le bastion le plus normatif, c'est le monde du travail. D&#233;fendre le droit des hommes &#224; porter la jupe est pour moi compl&#232;tement dans la logique du combat f&#233;ministe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans une interview, Virginie Despentes disait que &#171; &lt;i&gt;les mecs sont vachement lents sur des trucs extr&#234;mement simples : ils sont extr&#234;mement lents &#224; porter des jupes, extr&#234;mement lents &#224; se maquiller, extr&#234;mement lents &#224; se vernir les ongles... &#187;&lt;/i&gt; Partagez-vous ce constat ? Comment l'expliquer ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je le dis avec mes mots d'historienne depuis longtemps : les hommes, avec leur costume, sont englu&#233;s dans un XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle bourgeois qui semble interminable. Ils ont renonc&#233;, sauf dans certaines marges et&lt;i&gt; subcultures&lt;/i&gt;, &#224; des formes d'&#233;rotisation du corps jug&#233;es f&#233;minines et f&#233;minisantes. C'est bien s&#251;r la d&#233;virilisation en tant que perte de pouvoir symbolique qui les retient. Une certaine peur aussi dans une soci&#233;t&#233; qui demeure tr&#232;s normative sur le genre et la sexualit&#233;. Pourtant, l'&#233;galit&#233; passe par le partage du travail de la s&#233;duction et de l'&#233;rotisation des apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des essayistes f&#233;ministes, comme Mona Chollet dans &lt;i&gt;Beaut&#233; fatale&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous-titr&#233; &#171; Les nouveaux visages d'une ali&#233;nation f&#233;minine &#187; et paru en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, insistent &#8211; &#224; juste titre &#8211; sur les aspects oppressifs de nos pratiques. Moi, ce que je veux souligner, aussi, c'est le besoin humain de parure. On s'accorde &#224; dire que le v&#234;tement a trois fonctions : parure, pudeur et protection. Nous en avons tous besoin, mais sous quelles formes ? Les ann&#233;es 1960- 1970 &#233;taient riches d'utopies qui se voulaient lib&#233;ratrices ; elles ont en partie repens&#233; les dosages, contest&#233; l'injonction &#224; la pudeur&#8230; Qu'allons-nous &#234;tre capables d'inventer aujourd'hui, en int&#233;grant par exemple la dimension &#233;cologique ? Pour concr&#233;tiser la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; sur le plan vestimentaire, sans mod&#232;le unique, mais au contraire, en d&#233;fendant l'amour de la diversit&#233; ? Quelle sera la politique vestimentaire des personnes se d&#233;finissant comme non binaires ? La mode non genr&#233;e semble progresser, mais il me semble qu'elle rel&#232;ve surtout pour le moment de l'&#233;tiquetage commercial. Sur le plan formel, rien de nouveau. Mais cela viendra, forc&#233;ment, puisque le syst&#232;me vestimentaire de genre est l'expression de notre syst&#232;me de genre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis plus de dix ans, chaque &lt;i&gt;fashion week&lt;/i&gt; voit annoncer l'adoption prochaine du vestiaire f&#233;minin par les hommes, &#224; commencer par la jupe. Dans les faits, &#224; part un fr&#233;missement en faveur du &lt;i&gt;crop top&lt;/i&gt; masculin, les &#233;volutions sont lentes. La haute couture a-t-elle un r&#244;le &#224; jouer dans la transformation des pratiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les d&#233;fil&#233;s, les mannequins, les couturiers et couturi&#232;res, les magazines de mode jouent un r&#244;le dans le changement. Le syst&#232;me de la mode est tr&#232;s puissant et prescripteur. Il est aussi attentif &#224; de nouvelles tendances et n'est pas totalement indiff&#233;rent aux enjeux de transformation politique tels que le f&#233;minisme, la d&#233;fense des minorit&#233;s de genre, l'&#233;cologie. Il repr&#233;sente un pouvoir consid&#233;rable affectant nos vies et il est bien l&#233;gitime de lui adresser des critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les forces du changement sont aussi du c&#244;t&#233; des marges et des jeunes, depuis le XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Un changement vestimentaire majeur ne se produit jamais seul. Une nouvelle configuration des rapports de genre produira forc&#233;ment de nouvelles mani&#232;res de s'habiller. Cela se fera dans un cadre mondialis&#233; tr&#232;s diff&#233;rent du cadre ancien de production des normes. Mais on ne pourra pas faire table rase du pass&#233; pour autant : il est inscrit en nous, pour le meilleur et pour le pire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Laurent Perez&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Qui revient sur l'ensemble de sa trajectoire dans un recueil d'entretiens paru ce printemps aux Puf, &lt;i&gt;Mon genre d'histoire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En juin 2017, en pleine canicule, des chauffeurs de bus nantais se pr&#233;sentent &#224; l'embauche en jupe pour protester contre l'interdiction du port du bermuda. Ils obtiennent gain de cause, de m&#234;me que les deux chauffeurs de Forbach (Moselle) qui les imitent quelques jours plus tard. Leur exemple est r&#233;guli&#232;rement imit&#233; depuis, en p&#233;riode de forte chaleur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sous-titr&#233; &#171; Les nouveaux visages d'une ali&#233;nation f&#233;minine &#187; et paru en 2012 chez Zones.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Il n'existe pas de &#8220;vrai homme&#8221; &#187;</title>
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		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


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		<dc:subject>culture gay</dc:subject>

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&lt;p&gt;N&#233;e dans les ann&#233;es 1980 au sein de la communaut&#233; gay californienne, la sous-culture bear (ours) sublime les corps gros et poilus. En jouant avec les codes de la masculinit&#233; traditionnelle, les bears d&#233;boulonnent le mythe de la soi- disant &#171; nature masculine &#187;, qui se veut h&#233;t&#233;rosexuelle et virile. Entretien avec le sociologue Javier S&#225;ez del &#193;lamo, activiste gay espagnol... et bear. Comment d&#233;finirais-tu la culture bear ? Quand et o&#249; est-elle n&#233;e ? &#171; C'est une culture qui valorise le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no189-juillet-aout-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;189 (juillet-ao&#251;t 2020)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;N&#233;e dans les ann&#233;es 1980 au sein de la communaut&#233; gay californienne, la sous-culture &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt; (ours) sublime les corps gros et poilus. En jouant avec les codes de la masculinit&#233; traditionnelle, les bears d&#233;boulonnent le mythe de la soi- disant &#171; nature masculine &#187;, qui se veut h&#233;t&#233;rosexuelle et virile. Entretien avec le sociologue Javier S&#225;ez del &#193;lamo, activiste gay espagnol... et bear.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3406 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH472/-1591-c3a7e.jpg?1782641165' width='400' height='472' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Romain, Monsieur Ours Occitanie M&#233;diterran&#233;e 2019 / Photo Alexis Le Roux
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment d&#233;finirais-tu la culture &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt; ? Quand et o&#249; est-elle n&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une culture qui valorise le corps des hommes gros, avec une pilosit&#233; corporelle assum&#233;e ainsi qu'un certain d&#233;braillement. Elle &#233;rotise des traits de masculinit&#233; li&#233;s aux personnes &#226;g&#233;es ou matures, comme la barbe ou la corpulence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une sous-culture gay qui est n&#233;e en Californie &#224; la fin des ann&#233;es 1980. Elle rassemblait au d&#233;part un m&#233;lange de motards gays, de personnes issues de la communaut&#233; &#8220;cuir&#8221; et d'autres hommes qui ne se sentaient pas repr&#233;sent&#233;s dans la culture gay am&#233;ricaine dominante : ils ne se reconnaissaient ni dans le quartier Castro &#224; San Francisco, ni dans les films ou les magazines qui montraient toujours des hommes athl&#233;tiques, jeunes et glabres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette culture s'est rapidement &#233;tendue &#224; d'autres pays. En Espagne, au d&#233;but des ann&#233;es 1990, il existait d&#233;j&#224; des associations comme Gorditos (&#8220;Petits gros&#8221;), dont je faisais partie, et il y a eu des bars d&#233;di&#233;s &#224; cette communaut&#233; pendant de nombreuses ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle a &#233;t&#233; la port&#233;e subversive des &#171; ours &#187; au sein de la communaut&#233; gay mais aussi dans le milieu h&#233;t&#233;rosexuel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pense que cette sous-culture a &#233;t&#233; subversive parce qu'elle a rompu avec une image st&#233;r&#233;otyp&#233;e du monde gay : jusqu'alors, le gay &#233;tait le personnage eff&#233;min&#233;, &#224; plumes, la &#8220;folle&#8221; &#8211; ou le minet qui fr&#233;quente le gymnase. Tout &#224; coup, les h&#233;t&#233;rosexuels se sont rendu compte qu'un gros homme barbu, ressemblant en tout point &#224; un homme h&#233;t&#233;ro, pouvait &#234;tre homo. Qu'un boucher, un chauffeur de camion, un travailleur agricole, un homme qui a l'air tr&#232;s masculin, peut potentiellement &#234;tre gay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette image est tr&#232;s d&#233;rangeante parce que l'homosexuel n'est plus l'&lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; absolu. Il n'est pas un extraterrestre habill&#233; en rose, il peut &#234;tre n'importe qui : votre voisin, votre oncle, votre partenaire de travail ou de football. C'est en cela que le &lt;i&gt;bear &lt;/i&gt;est subversif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En termes de films, de revues ou d'iconographie, quelles sont les principales r&#233;f&#233;rences culturelles &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt; en Europe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le film &lt;i&gt;Cachorro&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Diffus&#233; en fran&#231;ais sous le titre Le Gamin.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de Miguel Albaladejo, sorti en 2004, a &#233;t&#233; une r&#233;f&#233;rence c&#233;l&#232;bre dans toute l'Europe. La s&#233;rie TV sur les &#8220;ours&#8221; anglais &lt;i&gt;Where the Bears are&lt;/i&gt; (2012-2018) est vraiment dr&#244;le et assez c&#233;l&#232;bre. Aux &#201;tats-Unis, il existe des dizaines de revues, de sites web, de rassemblements, etc., ainsi que tout un tas de soci&#233;t&#233;s de production pornographique sp&#233;cialis&#233;es dans le porno &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt; depuis les ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images des grands rassemblements &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt; sont &#233;galement tr&#232;s connues : la &lt;i&gt;Bear Pride &lt;/i&gt;de Cologne, &lt;i&gt;Mad Bear&lt;/i&gt; &#224; Madrid, Bearcelona... mais ce ne sont peut-&#234;tre pas des &#233;v&#233;nements culturels &#224; proprement parler, plut&#244;t des f&#234;tes de plaisir, de danse, de sexe. Il y a aussi les campagnes de lutte contre le sida que j'ai men&#233;es en 2003 et 2007 et qui ont eu du succ&#232;s dans toute l'Europe en termes de diffusion. La premi&#232;re s'intitulait &#8220;Pelos s&#237;, a pelo no&#8221; &lt;i&gt;[litt&#233;ralement : &#8220;Des poils oui, &#224; poil (sans capote), non&#8221;]&lt;/i&gt; et la seconde &#233;tait &#8220;Osos : especie protegida&#8221;&lt;i&gt; [&#8220;Ours, esp&#232;ce prot&#233;g&#233;e&#8221;]&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La culture &lt;i&gt;bear &lt;/i&gt; joue beaucoup sur une masculinit&#233; id&#233;alis&#233;e, li&#233;e &#224; la nature sauvage, l'animalit&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une relation paradoxale. D'un c&#244;t&#233;, cela entretient quelque chose d'&#233;rotique, une certaine id&#233;e de l'homme naturel, de l'homme sauvage de la for&#234;t, de la montagne, du b&#251;cheron... mais en r&#233;alit&#233;, ce n'est qu'un fantasme. La plupart des gens de la culture &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt; sont des hommes de la classe moyenne, urbains, qui n'ont jamais vu un arbre de leur vie et qui ne savent m&#234;me pas faire un feu ou utiliser une hache.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes cens&#233;s &#234;tre &#8220;naturels&#8221;, c'est-&#224;-dire ne pas porter de fioritures ou ne pas prendre soin de nous. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, il y a toute une gamme de fringues, de produits de beaut&#233;, d'huiles pour barbe, d'accessoires tels que des bretelles, des chemises &#224; carreaux, des slips avec le petit drapeau &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt;... C'est en fait tr&#232;s artificiel, nous ressemblons &#224; Barbie Bear, &lt;i&gt;Bearbie [rires]&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y a des gens qui se passent tr&#232;s bien de tout cela et n'ach&#232;tent pas ces choses : ceux qui habitent dans des petites villes et qui sont indiff&#233;rents &#224; ce marketing ; les plus pauvres qui ne peuvent pas d&#233;penser d'argent pour cela... Et il y a les autres, ceux qui passent leurs journ&#233;es &#224; acheter les derniers accessoires &#224; la mode et assistent &#224; tous les rassemblements &lt;i&gt;bears&lt;/i&gt; du monde &#8211; des hommes riches qui sont g&#233;n&#233;ralement blancs aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, pour moi, cela d&#233;montre le sens performatif de la masculinit&#233;, c'est-&#224;-dire qu'elle est le r&#233;sultat d'une s&#233;rie d'actes r&#233;p&#233;t&#233;s, de mani&#232;res de se comporter, de parler, de s'habiller... Bien entendu, la masculinit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle est comme &#231;a aussi : ses fondements sont fragiles. Dans notre mouvement &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt;, il est clairement &#233;tabli que la masculinit&#233; est une performance, qu'il n'y a pas d'essence masculine tout comme il n'existe pas de &#8220;vrai homme&#8221;. Elle se construit au moyen d'objets ou de r&#233;p&#233;titions, et c'est en quelque sorte paradoxal que les &lt;i&gt;bears &lt;/i&gt;r&#233;cup&#232;rent ces codes pour la culture gay. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En se r&#233;appropriant les codes masculins virils, les &lt;i&gt;bears&lt;/i&gt; ne se font-ils pas assimiler par le monde h&#233;t&#233;ro ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En effet, ce qui &#233;tait au d&#233;part tr&#232;s lib&#233;rateur a une face sombre et, d'une certaine mani&#232;re, nous participons aussi &#224; renforcer les traditionnels codes masculins machistes. En fait, nous sommes g&#233;n&#233;ralement beaucoup plus accept&#233;s que d'autres dans le milieu h&#233;t&#233;rosexuel parce que nous ne donnons pas l'image typique du gay eff&#233;min&#233;. Cela a parfois conduit &#224; des discours&lt;i&gt; follophobes&lt;/i&gt; merdiques qui reproduisent le machisme et l'homophobie et s'attaquent &#224; nos fr&#232;res homosexuels eff&#233;min&#233;s, victimes de violences. Il faut aussi se rappeler qu'il y a des &lt;i&gt;bears &lt;/i&gt;&#8220;folles&#8221;, ce que j'adore parce que je trouve &#231;a vraiment agr&#233;able de voir un homme grand et tr&#232;s masculin qui a en m&#234;me temps des gestes ou une voix f&#233;minine. C'est quelque chose qui m'attire &#233;norm&#233;ment et pour lequel j'ai beaucoup d'affection. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'existe-t-il pas le danger que le mouvement &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt; soit aussi une culture de &#171; dissimulation &#187; en ne remettant pas en cause la masculinit&#233; et la binarit&#233; du genre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour certains gays, &#234;tre &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt; peut &#234;tre une sorte de placard, qui permet de se cacher derri&#232;re un aspect masculin ou h&#233;t&#233;rosexuel afin de passer inaper&#231;u ou de pouvoir insulter et pers&#233;cuter les p&#233;d&#233;s eff&#233;min&#233;s. Il y a un aspect assez macho dans la communaut&#233; &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt;. Il ne concerne pas tout le monde bien s&#251;r, mais on peut y entendre des commentaires contre les femmes, contre les lesbiennes, contre les transsexuels, contre les gays &#8220;folles&#8221;. C'est un discours tr&#232;s conservateur que j'ai d&#233;nonc&#233; &#224; maintes reprises dans des articles. J'ai &#233;galement r&#233;dig&#233; un manifeste&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte intitul&#233; &#171; Manifiesto BearPride 2007 &#187;, &#224; lire en espagnol sur le site (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; pour avertir de ce danger tout en demandant aux associations &lt;i&gt;bears&lt;/i&gt; de le signer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, c'est une culture tr&#232;s traditionnelle ; aujourd'hui, il n'y a que des rassemblements autour du sexe ou de la danse, ce qui est bien, j'y vais aussi, mais je ne vois pas beaucoup de r&#233;flexions sur la solidarit&#233;, l'homophobie ou les activit&#233;s culturelles. Je pense donc que le capitalisme a &#233;norm&#233;ment absorb&#233; la culture &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt; ; il faut le reconna&#238;tre et ne pas l'id&#233;aliser. Nous sommes devenus un ph&#233;nom&#232;ne de mode dans de nombreux endroits et nous devons d&#233;sormais vivre avec ce paradoxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, le mouvement a &#233;t&#233; tr&#232;s actif contre le sida et pour aider les personnes atteintes du VIH dans les ann&#233;es 1990. Aujourd'hui, c'est fini, nous ne voyons plus de campagnes ou de discours politiques au sein de notre communaut&#233;. Mais j'esp&#232;re toujours que les &lt;i&gt;bears&lt;/i&gt; pourront &#224; nouveau se montrer plus solidaires, aller au-del&#224; de la simple consommation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Micka&#235;l Correia&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Cet article est extrait d'un dossier de 17 pages consacr&#233; aux sexualit&#233;s, publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 189 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (juillet-ao&#251;t 2020).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Diffus&#233; en fran&#231;ais sous le titre&lt;i&gt; Le Gamin&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Texte intitul&#233; &#171; &lt;a href=&#034;http://archivo.dosmanzanas.com/index.php/archives/2896&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Manifiesto BearPride 2007&lt;/a&gt; &#187;, &#224; lire en espagnol sur le site &lt;i&gt;DosManzanas.com&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Antif&#233;ministe, tu perds ton sang froid</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Antifeministe-tu-perds-ton-sang</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Antifeministe-tu-perds-ton-sang</guid>
		<dc:date>2020-05-20T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucile Dumont</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
		<dc:subject>femmes</dc:subject>
		<dc:subject>f&#233;ministes</dc:subject>
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		<dc:subject>discours</dc:subject>
		<dc:subject>discours antif&#233;ministes</dc:subject>
		<dc:subject>antif&#233;ministes</dc:subject>
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		<dc:subject>l'antif&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>femmes antif&#233;ministes</dc:subject>
		<dc:subject>discours f&#233;ministes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La persistance de discours antif&#233;ministes et masculinistes prouverait en creux la force de frappe du mouvement f&#233;ministe. Ils seraient une forme de backlash , de retour de b&#226;ton, face aux victoires &#233;mancipatrices. Las, les choses sont plus complexes et plus graves que cela. En France, au Canada et ailleurs, &#231;a fait belle lurette que des antif&#233;minismes et masculinismes de tout bord politique cherchent &#224; dresser des barrages aux combats f&#233;ministes. Ils sont l'expression politique du sexisme et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no184-fevrier-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;184 (f&#233;vrier 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/feministes" rel="tag"&gt;f&#233;ministes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/hommes" rel="tag"&gt;hommes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/discours" rel="tag"&gt;discours&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/discours-antifeministes" rel="tag"&gt;discours antif&#233;ministes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes-antifeministes" rel="tag"&gt;femmes antif&#233;ministes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/discours-feministes" rel="tag"&gt;discours f&#233;ministes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La persistance de discours antif&#233;ministes et masculinistes prouverait en creux la force de frappe du mouvement f&#233;ministe. Ils seraient une forme de &lt;i&gt;backlash&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Backlash : la guerre froide contre les femmes, paru en 1991, Susan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, de retour de b&#226;ton, face aux victoires &#233;mancipatrices. Las, les choses sont plus complexes et plus graves que cela. En France, au Canada et ailleurs, &#231;a fait belle lurette que des antif&#233;minismes et masculinismes de tout bord politique cherchent &#224; dresser des barrages aux combats f&#233;ministes. Ils sont l'expression politique du sexisme et de la misogynie ordinaires. Radioscopie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3327 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH637/-1520-3e358.jpg?1782673783' width='400' height='637' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les f&#233;ministes ont toujours eu le don de me faire rager. Elles veulent conserver les avantages des femmes (ex. assurances moins cher&lt;/i&gt; [sic], &lt;i&gt;cong&#233; de maternit&#233; prolong&#233; pr&#233;c&#233;d&#233; d'un retrait pr&#233;ventif, etc.) tout en s'accaparant de ceux des hommes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots, d'une banalit&#233; confondante pour qui a &#233;t&#233; confront&#233; &#224; des discours antif&#233;ministes, sont extraits d'une lettre r&#233;dig&#233;e par Marc L&#233;pine et trouv&#233;e dans sa poche apr&#232;s qu'il eut tu&#233; quatorze femmes le 6 d&#233;cembre 1989 &#224; l'&#201;cole polytechnique de Montr&#233;al. Longtemps attribu&#233; &#224; un trouble de la personnalit&#233; de son auteur, le massacre a &#233;t&#233; r&#233;cemment requalifi&#233;. Trente ans apr&#232;s les faits, en lieu et place de la plaque comm&#233;morative initiale qui faisait r&#233;f&#233;rence aux &#171; &lt;i&gt;victimes de la trag&#233;die&lt;/i&gt; &#187;, un nouvel &#233;criteau a &#233;t&#233; accroch&#233; : &#171; &lt;i&gt;En m&#233;moire des 14 femmes assassin&#233;es lors de l'attentat antif&#233;ministe survenu &#224; l'&#201;cole polytechnique le 6 d&#233;cembre 1989.&lt;/i&gt; &#187; Il &#233;tait temps, sachant que L&#233;pine avait expliqu&#233; son geste d'une phrase limpide : &#171; &lt;i&gt;Je hais les f&#233;ministes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Canada, l'attentat de 1989 a nourri les r&#233;flexions sur ces contre-mouvements, revenus sur le devant de la sc&#232;ne en avril 2018 lorsque Alek Minassian, impliqu&#233; dans la communaut&#233; masculiniste des &lt;i&gt;incels&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Incel est un mot-valise pour &#171; involuntary celibate &#187; &#8211; c&#233;libataire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, a fonc&#233; dans une foule au volant de son v&#233;hicule &#224; Toronto, tuant dix personnes dont huit femmes. Si la violence de l'antif&#233;minisme et du masculinisme culmine dans ce type de trag&#233;die, elle s'exprime surtout de mani&#232;re plus indirecte (et parfois inconsciente), se nichant dans des discours politiques et intellectuels qui peuvent nous &#234;tre familiers. C'est l&#224; toute la force de la construction socio-m&#233;diatique que ces massacres nous invitent &#224; d&#233;samorcer.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Du &#171; masculisme &#187; aux antif&#233;minismes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le masculinisme n'a pas toujours d&#233;sign&#233; un mouvement de pens&#233;e, mais plut&#244;t un trouble dans le genre : on parlait ainsi du &#171; masculisme &#187; des femmes ayant des traits et/ou des attitudes per&#231;ues comme masculines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'antif&#233;minisme, le masculinisme condamne donc les femmes qui ne sont pas &#171; &#224; leur place &#187; et d&#233;rogent aux normes traditionnelles de la f&#233;minit&#233;, sans qu'elles se disent n&#233;cessairement f&#233;ministes &#8211; le cas de la communarde Louise Michel, qui ne se revendiquait pas de ces id&#233;es mais faisait l'objet de virulentes attaques &#224; ce propos, montre que l'antif&#233;minisme vise principalement &#224; exclure les femmes en tant que sujets politiques. Plus qu'une opposition th&#233;orique pr&#233;cise &#224; des courants f&#233;ministes, le discours antif&#233;ministe est finalement une r&#233;affirmation de la domination masculine et de la sacro-sainte virilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, de la m&#234;me mani&#232;re qu'il n'y a pas&lt;i&gt; un &lt;/i&gt;f&#233;minisme mais que le mot recouvre des strat&#233;gies de lutte distinctes tendant toutes vers l'&#233;mancipation, il n'existe pas un antif&#233;minisme mais plusieurs, qui s'engouffrent sans vergogne dans la br&#232;che des divergences entre les diff&#233;rents courants f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cas d'&#233;cole : l'opposition au f&#233;minisme intersectionnel&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Courant de pens&#233;e f&#233;ministe qui consid&#232;re le genre, la race, la classe ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; devient pour certains un support id&#233;al pour tenir des discours p&#233;tris de racisme ou d'islamophobie. Ils voient dans ce f&#233;minisme un cheval de Troie de &#171; &lt;i&gt;revendications identitaires et culturalistes de minorit&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, qui chercheraient &#224; se faire passer pour &#171; &lt;i&gt;des luttes sociales men&#233;es au nom de l'&#233;galit&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Laurent Bouvet, &#171; L'exacerbation des figures identitaires est d'abord une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Les discours antif&#233;ministes et masculinistes s'adaptent ainsi aux &#233;volutions des discours f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus de l'&#233;galit&#233; a toutefois quelques limites : les antif&#233;ministes d'aujourd'hui valident g&#233;n&#233;ralement les acquis de la &#171; premi&#232;re vague &#187; f&#233;ministe, marqu&#233;e par l'obtention du droit de vote pour les femmes. Le poids historique de certaines figures f&#233;ministes du pass&#233; pousse &#233;galement les antif&#233;ministes &#224; adopter des strat&#233;gies de d&#233;tournement. Parfaite illustration : les Survivants, mouvement de jeunes contre l'avortement, a tent&#233; il y a quelques ann&#233;es de s'approprier le nom de domaine &lt;i&gt;Simoneveil.com&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'objectif : recadrer les femmes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le credo des discours antif&#233;ministes et masculinistes . Une rh&#233;torique basiquement r&#233;actionnaire, alli&#233;e &#224; des discours racistes et homophobes. Selon eux, le f&#233;minisme est un non-sens aux effets pervers, puisqu'il risque de mettre en p&#233;ril l'ordre &#233;tabli. Pour le d&#233;noncer, ils s'appuient sur des strat&#233;gies classiques de disqualification des femmes et de leurs prises de parole (accusations d'hyst&#233;rie, renvoi &#224; des st&#233;r&#233;otypes comme celui de la femme-m&#232;re, de la femme-enfant ou de la femme-ogresse, etc.), mais aussi sur des strat&#233;gies de division entre les &#171; vraies &#187; et les &#171; fausses &#187; femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, ces discours renvoient les femmes &#224; leur corps (trop f&#233;minin ou pas assez, trop viril, etc.) et &#224; leur r&#244;le traditionnel dans l'ordre h&#233;t&#233;rosexuel et patriarcal : les femmes doivent d'abord &#234;tre des m&#232;res. Les marier avec des hommes, ce serait les (re)cadrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la figure aujourd'hui d&#233;cri&#233;e comme l'arch&#233;type de la f&#233;ministe n'est pas celle de la virago (femme d'allure masculine) ni celle de la sorci&#232;re. Il s'agit du st&#233;r&#233;otype de la femme ambitieuse qui ferait courir aux hommes le m&#234;me danger que les &#171; femmes savantes &#187;. Des relents d'anti-intellectualisme qui tendent aussi &#224; r&#233;duire le f&#233;minisme &#224; un mouvement bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a la menace &#171; f&#233;minazie &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Insulte faite aux f&#233;ministes par les antif&#233;ministes et les masculinistes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, qui conduit &#224; une strat&#233;gie de victimisation des hommes, que l'on retrouve dans les discours sur les hommes battus, les p&#232;res seuls ou l'&#233;ternelle &#171; &lt;i&gt;crise de la masculinit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Cette victimisation a pour corollaire une forte culpabilisation des femmes et des f&#233;ministes, accus&#233;es d'avoir d&#233;clench&#233; la &#171; guerre des sexes &#187;. C'est pourquoi les discours antif&#233;ministes et masculinistes posent qu'il faut contenir les femmes, pr&#233;venir leurs lubies &#233;mancipatrices et &#233;ventuellement les punir, symboliquement autant que physiquement. Selon eux, le masculinisme a donc tout du combat de l&#233;gitime d&#233;fense, comme un rempart &#224; leur privil&#232;ge menac&#233;. Et pour se r&#233;aliser, ce mouvement devrait alors porter un discours &#171; positif &#187;, &#224; l'image du f&#233;minisme. Certains antif&#233;ministes vont par exemple jusqu'&#224; c&#233;l&#233;brer une &#171; Journ&#233;e internationale de l'homme &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une strat&#233;gie d'inversion d'arguments est d&#232;s lors mise en place. L'&#171; alterf&#233;minisme &#187; port&#233; par des personnages m&#233;diatiques r&#233;actionnaires comme la journaliste Eug&#233;nie Basti&#233; (&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, revue &lt;i&gt;Limite&lt;/i&gt;) n'est qu'un autre nom de l'antif&#233;minisme. On y retrouve toute l'ambigu&#239;t&#233; des discours sur le postf&#233;minisme, qui soutiennent parfois que l'&#233;galit&#233; est d&#233;j&#224; atteinte &#8211; afin de rendre caduques les luttes pour l'&#233;mancipation. Tout cela sur fond de conformit&#233; n&#233;olib&#233;rale, les analyses &#233;tant toujours concentr&#233;es &#224; l'&#233;chelle de l'individu et d&#233;tach&#233;es de toute consid&#233;ration sur les rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des hommes et des femmes, de droite comme de gauche&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On aurait cependant tort de croire que les antif&#233;minismes et les masculinismes sont forc&#233;ment l&#224; o&#249; on les attend. L'opposition f&#233;minismes/antif&#233;minismes est un conflit structurel, absolument pas r&#233;ductible au spectre politique droite-gauche. C'est ce que montre le chercheur qu&#233;b&#233;cois Francis Dupuis-D&#233;ri, notamment &#224; partir de l'exemple du th&#233;oricien de l'anarchie Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), chez qui coexistaient une pens&#233;e progressiste avec des id&#233;es misogynes et antif&#233;ministes. Autrement dit, le &#171; progressisme &#187; ne prot&#232;ge pas de certains discours r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, &#234;tre une femme n'est pas un rempart &#224; l'antif&#233;minisme. Les femmes mobilis&#233;es contre leur droit de vote &#233;taient nombreuses, rappelle l'historienne Christine Bard : le positionnement face aux questions f&#233;ministes ne se fait pas qu'en fonction du genre &#8211; bien d'autres facteurs jouent. Par ailleurs, l'opposition actuelle de certaines femmes au f&#233;minisme en dit long sur les st&#233;r&#233;otypes qui lui sont associ&#233;s. Autrice d'une &#233;tude sur le site internet &lt;i&gt;Women against Feminism&lt;/i&gt;, dont l'une des animatrices se pr&#233;sente comme une &#171; &lt;i&gt;f&#233;ministe antif&#233;ministe&lt;/i&gt; &#187;, H&#233;lo&#239;se Michaud montre que la mobilisation de ces femmes contre &#171; le f&#233;minisme &#187; s'explique plus par leur rejet du terme en lui-m&#234;me que par leur opposition &#224; la cause des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le des m&#233;dias&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; droite comme &#224; gauche, chez les hommes comme chez les femmes, les antif&#233;minismes et les masculinismes ont une longue histoire. Des ligues et des soci&#233;t&#233;s masculinistes ont vu le jour au d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle en Allemagne, en Angleterre, et aux &#201;tats-Unis. Mais c'est surtout par l'interm&#233;diaire de figures individuelles, de publications et de pamphlets que l'antif&#233;minisme s'est diffus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le des m&#233;dias a &#233;t&#233; et reste tout &#224; fait central dans la diffusion de ces discours &#8211; que l'on pense &#224; la surexposition m&#233;diatique dont b&#233;n&#233;ficient des figures comme Alain Finkielkraut en France ou le psychologue Jordan Peterson au Canada. La mise en avant de femmes antif&#233;ministes dans les m&#233;dias &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; parviendrait presque &#224; faire oublier qu'elles doivent leur appartenance au camp des dominants &#224; des luttes f&#233;ministes ; citons Eug&#233;nie Basti&#233;, &#201;lisabeth L&#233;vy (directrice du magazine &lt;i&gt;Causeur&lt;/i&gt;) ou l'essayiste B&#233;r&#233;nice Levet, autrice en 2018 d'un tr&#232;s explicite &lt;i&gt;Lib&#233;rons-nous du f&#233;minisme&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Nation fran&#231;aise, galante et libertine, ne te renie pas&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'&#224; partir des ann&#233;es 1980 que l'antif&#233;minisme s'est structur&#233;, &#224; proprement parler, en associations, et s'est mobilis&#233; de mani&#232;re plus ou moins spectaculaire, notamment autour de la question du droit de garde des enfants de parents s&#233;par&#233;s. &lt;i&gt;Fathers 4 justice&lt;/i&gt;, un groupe britannique de d&#233;fense du droit des p&#232;res, connu pour avoir organis&#233; la grimpette de plusieurs de ses membres d&#233;guis&#233;s en superh&#233;ros sur des b&#226;timents, avait ainsi planifi&#233; l'enl&#232;vement du fils de Tony Blair en 2006. En 2013 &#224; Nantes, un certain Serge Charnay est rest&#233; trois jours perch&#233; sur une grue, pour protester contre la &#171; justice sexiste &#187; dont il se consid&#233;rait victime&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2014, il sera condamn&#233; pour la troisi&#232;me fois pour soustraction d'enfant. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, et donner des id&#233;es &#224; d'autres militants de la cause des p&#232;res qui se sont ensuite f&#233;d&#233;r&#233;s dans un &#171; Collectif de la grue jaune &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Comment riposter ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le terrain de jeu favori des antif&#233;ministes contemporains reste cependant internet, dont les dispositifs permettant l'anonymat ont servi une recrudescence des discours masculinistes et ouvert les vannes &#224; une expression toujours plus violente de ces id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment faire barrage &#224; la d&#233;ferlante ? En ripostant collectivement : c'est ce que font le collectif Stop Masculinisme &#224; Grenoble ou le Collectif antimasculiniste d'&#206;le-de-France. Surtout, il devient imp&#233;ratif de prendre au s&#233;rieux les discours explicites, tout en se m&#233;fiant de ceux qui, avan&#231;ant masqu&#233;s, essayent de d&#233;finir l'antif&#233;minisme autrement que comme un d&#233;sir de justifier et d&#233;fendre le syst&#232;me patriarcal. Parano&#239;a ? Preuve suppl&#233;mentaire que les f&#233;ministes vont trop loin ? Pour reprendre les mots de la sociologue Christine Delphy, cit&#233;e par une membre du collectif grenoblois : &#171; &lt;i&gt;Quand une f&#233;ministe se voit reprocher d'aller trop loin, c'est qu'elle est sur la bonne voie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lucile Dumont&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;Backlash : la guerre froide contre les femmes&lt;/i&gt;, paru en 1991, Susan Faludi examine la mani&#232;re dont les m&#233;dias ont aliment&#233; les r&#233;actions n&#233;gatives aux avanc&#233;es f&#233;ministes aux &#201;tats-Unis pendant les ann&#233;es Reagan, montrant ainsi qu'elles ne sont jamais acquises.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Incel&lt;/i&gt; est un mot-valise pour &#171; involuntary celibate &#187; &#8211; c&#233;libataire involontaire. Il d&#233;signe des communaut&#233;s en ligne misogynes et violentes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Courant de pens&#233;e f&#233;ministe qui consid&#232;re le genre, la race, la classe ou l'orientation sexuelle comme des diff&#233;renciations sociales non cloisonn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Laurent Bouvet, &#171; L'exacerbation des figures identitaires est d'abord une construction des &#233;lites &#187;, entretien avec Matthieu Giroux, &lt;i&gt;Philitt.fr&lt;/i&gt; (17/02/2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Insulte faite aux f&#233;ministes par les antif&#233;ministes et les masculinistes, qui n'h&#233;sitaient pas &#224; parler de &#171; gaystapo &#187; au moment des mobilisations en faveur du mariage homosexuel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 2014, il sera condamn&#233; pour la troisi&#232;me fois pour soustraction d'enfant. En 2011, il avait enlev&#233; son fils pendant deux mois et demi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Mixit&#233; choisie : une histoire de chiottes</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Mixite-choisie-une-histoire-de</link>
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		<dc:date>2019-11-13T17:14:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aude Vidal</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Liza Kaka</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>femmes</dc:subject>
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		<dc:subject>question</dc:subject>
		<dc:subject>Toilettes</dc:subject>
		<dc:subject>non-mixit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Derri&#232;re leurs portes recouvertes de graffitis ou leurs rideaux de fortune, les toilettes publiques posent la question d'une non-mixit&#233; parfois n&#233;cessaire. C'est l'analyse d'Aude Vidal, auteur de La Conjuration des ego (&#233;ditions Syllepse.). Un livre dans lequel elle critique certains f&#233;minismes travers&#233;s d'id&#233;es individualistes et lib&#233;rales. Parmi les armes de d&#233;fense du f&#233;minisme, avec la d&#233;rision et la sororit&#233;, figure la non-mixit&#233;. Se priver des m&#226;les lumi&#232;res de nos camarades ou de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no178-juillet-aout-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;178 (juillet-ao&#251;t 2019)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Derri&#232;re leurs portes recouvertes de graffitis ou leurs rideaux de fortune, les toilettes publiques posent la question d'une non-mixit&#233; parfois n&#233;cessaire. C'est l'analyse d'Aude Vidal, auteur de &lt;i&gt;La Conjuration des ego&lt;/i&gt; (&#233;ditions Syllepse.). Un livre dans lequel elle critique certains f&#233;minismes travers&#233;s d'id&#233;es individualistes et lib&#233;rales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3145 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH357/-1371-a77f6.jpg?1782740547' width='500' height='357' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Liza Kaka
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;armi les armes de d&#233;fense du f&#233;minisme, avec la d&#233;rision et la sororit&#233;, figure la non-mixit&#233;. Se priver des m&#226;les lumi&#232;res de nos camarades ou de leurs bras muscl&#233;s a bien des avantages : entre femmes, notre parole prend enfin la place qu'elle m&#233;rite et nous nous r&#233;v&#233;lons puissantes, bien plus que ce que les r&#244;les sociaux qui nous sont d&#233;volus nous laissaient imaginer. Pour certaines, la non-mixit&#233; est un moment de prise de conscience, de ressourcement, de questionnement libre, sans pression externe, des agendas f&#233;ministes. Pour d'autres, il s'agit de mener des vies s&#233;par&#233;es, autant que possible, de la classe des hommes, per&#231;us comme agresseurs et exploiteurs. L'id&#233;e est alors d'assurer le respect de son autonomie ou de son int&#233;grit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignant.es aussi s'interrogent sur les bienfaits de la non-mixit&#233; pour prot&#233;ger les filles de l'ambiance masculine que les gar&#231;ons imposent si vite, de m&#234;me qu'ils monopolisent l'attention de leurs profs. Est-ce le signe d'une r&#233;gression, d'un retour au temps des tabliers et des &#233;coles de filles, avec des enseignements diff&#233;renci&#233;s accompagnant des r&#244;les de genre rigides et hi&#233;rarchis&#233;s ? La non-mixit&#233; fait enrager quelques universalistes persuad&#233;.es que des valeurs communes de justice sociale suffisent &#224; assurer l'&#233;galit&#233; entre nous. Ainsi que certains prof&#233;ministes convaincus d'avoir assez &#171; d&#233;construit &#187; leur masculinit&#233; ou trahi la classe des hommes&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rupture anarchiste et trahison prof&#233;ministe, L&#233;o Thiers-Vidal, Bambule, 2013.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; pour m&#233;riter que leur place soit partout, y compris dans des groupes de femmes qui souhaitent un moment de r&#233;pit.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Toilettes pour licornes&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La non-mixit&#233; fait causer et depuis quelques ann&#233;es celle des toilettes est en d&#233;bat. &#171; &lt;i&gt;Whatever, just wash your hands !&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Peu importe, tant que vous vous lavez les mains. &#187;&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187; : c'est le mot d'ordre de la lib&#233;ration des st&#233;r&#233;otypes de genre dans les toilettes. Les pictogrammes stupides, figure neutre pour les hommes et en robe pour les femmes, sont remplac&#233;s par des licornes ou des dragons de Komodo&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le dragon de Komodo est un gros reptile end&#233;mique de l'&#238;le de Komodo, en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Au-del&#224; des cercles militants &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, l'id&#233;e fait son chemin chez les d&#233;cideurs, pr&#233;sident.&#8202;es d'universit&#233; ou des &#201;tats-Unis&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En mai 2016, l'administration Obama recommandait qu'en milieu scolaire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, qui rendent les toilettes neutres ou autorisent l'acc&#232;s aux toilettes du sexe de son choix sur les bases de l'auto-d&#233;claration. Voil&#224; qui a de quoi s&#233;duire : cela r&#233;glerait ainsi des conflits qui surgissent autour de cette question moins anecdotique qu'elle n'en a l'air. Dans quelles toilettes peut-on aller tranquillement faire ses besoins quand on est une personne trans ? Si on &#171; passe &#187; facilement, aller aux chiottes sans se faire remarquer devient un jeu gratifiant. Si ce n'est pas le cas, on risque des agressions verbales ou physiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lib&#233;rer les toilettes aurait de plus le m&#233;rite de r&#233;soudre une question trop souvent n&#233;glig&#233;e : quand des architectes (tr&#232;s majoritairement masculins pour les grosses commandes de b&#226;timents destin&#233;s &#224; recevoir du public) dessinent les sanitaires, ils attribuent la m&#234;me place aux femmes et aux hommes. Parfaite &#233;galit&#233;, parfait exemple d'iniquit&#233;. Dans le m&#234;me espace, pour peu qu'on installe des urinoirs chez les hommes, il y a plus d'endroits pour se soulager que chez les femmes. Or, celles-ci devraient avoir plus de toilettes &#224; leur disposition parce qu'elles ont besoin de plus de temps que les hommes : elles emm&#232;nent plus souvent des enfants faire pipi, elles ont r&#233;guli&#232;rement leurs r&#232;gles et ont donc besoin de plus de temps pour changer une serviette ou vider une coupe menstruelle, plus de temps aussi parce qu'elles doivent se d&#233;nuder en partie, quand beaucoup d'hommes qui n'imaginent pas pisser assis n'ont qu'&#224; ouvrir leur braguette. C'est ainsi que la moiti&#233; des toilettes publiques est plus souvent satur&#233;e que l'autre et que les femmes peuvent y attendent jusqu'&#224; un quart d'heure. Que de temps perdu dans une vie...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des toilettes non mixtes : une question de survie&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ration des toilettes serait-elle un pas en avant pour plus d'&#233;galit&#233; et de libert&#233; ? Allons plus loin : la lib&#233;ration des personnes des injonctions genr&#233;es qui les contraignent ne r&#233;glerait-elle pas le probl&#232;me ? Revenons aux toilettes, sans trop th&#233;oriser. L'ONU consacre une journ&#233;e aux toilettes chaque ann&#233;e parce que trop de personnes dans le monde sont priv&#233;es de sanitaires et de syst&#232;mes d'&#233;vacuation et de traitement de leurs excr&#233;ments. Elles vivent dans des conditions d'hygi&#232;ne qui font de la diarrh&#233;e la deuxi&#232;me cause de mortalit&#233; dans les pays pauvres&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;OMS, donn&#233;es 2016.&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. En outre, pour certaines d'entre elles, qui se trouvent &#234;tre des femmes, qui se per&#231;oivent et sont per&#231;ues comme telles, aller uriner ou d&#233;f&#233;quer est chaque jour une &#233;preuve. Elles doivent trouver le parfait endroit, assez isol&#233; pour que personne ne les voie, assez pr&#232;s pour qu'on puisse les entendre si elles sont agress&#233;es sexuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les violences sexuelles ne disparaissent pas pour autant quand les WC sont en dur. Les toilettes, subtile mosa&#239;que de lieux publics et d'autres plus intimes, cach&#233;es du regard des autres, sont ainsi des lieux propices aux agressions&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De m&#234;me, on a pu remarquer que dans les transports c'&#233;tait la nuit qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. D'autres in&#233;galit&#233;s peuvent sembler plus anecdotiques que la vuln&#233;rabilit&#233; au viol, par exemple le fait que beaucoup de femmes ne s'hydratent pas correctement tout aux long de la journ&#233;e car hors de chez elles, elles n'ont pas de sanitaires suffisamment propres &#224; leur disposition. Elles souffrent alors de migraines ou d'infections urinaires, des probl&#232;mes de sant&#233; que m'a d&#233;crits un m&#233;decin qui a pris le temps de comprendre le comportement de ses patientes. Faire cohabiter dans de m&#234;mes espaces des personnes qui sont structurellement plus attentives &#224; la propret&#233; de l'assise et d'autres qui peuvent rechigner &#224; relever l'abattant avant de pisser debout, voil&#224; autre chose qui porte tort aux premi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le genre sera aboli quand le viol aura disparu&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Abolir le genre, c'est une id&#233;e r&#233;volutionnaire et &#224; laquelle je souscris. Mais cette abolition ne se d&#233;cr&#232;te pas parce que les meilleur.es d'entre nous ont choisi de devenir des dragons de Komodo. Elle sera effective quand les hommes devront user des m&#234;mes stratag&#232;mes que les femmes face aux cuvettes de propret&#233; douteuse, quand femmes et hommes auront le m&#234;me acc&#232;s &#224; la parole en public et les m&#234;mes opportunit&#233;s, quand elles et ils passeront autant de temps &#224; laver leurs chaussettes et quand &#224; travail &#233;gal elles et ils seront r&#233;mun&#233;r&#233;.es de m&#234;me. Et enfin : le genre sera aboli quand le viol aussi aura disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant cette abolition, &#234;tre une femme, ce n'est pas se sentir &#171; f&#233;minine &#187;, c'est ne pas se sentir tout &#224; fait &#224; l'abri de ces in&#233;galit&#233;s et de ces violences. Et il n'est ni ill&#233;gitime ni ringard qu'un groupe de personnes concern&#233;es par la pr&#233;valence des agressions sexuelles et des viols dans leurs vies exige le droit d'uriner dans des lieux s&#251;rs. &#192; Stockholm, o&#249; les toilettes de la gare centrale sont mixtes (et payantes), le personnel est tr&#232;s pr&#233;sent dans les lieux et peut-&#234;tre que les hommes su&#233;dois ont appris &#224; mettre leur fiert&#233; ailleurs que dans le fait d'uriner debout. La question de toilettes dans lesquelles les femmes trans seraient les bienvenues est alors r&#233;gl&#233;e mais la mixit&#233; ne se d&#233;cide pas d'un coup de baguette magique, sans se soucier de ce que vivent les autres femmes et &#224; leurs d&#233;pens.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Aude Vidal&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Rupture anarchiste et trahison prof&#233;ministe&lt;/i&gt;, L&#233;o Thiers-Vidal, Bambule, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Peu importe, tant que vous vous lavez les mains. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le dragon de Komodo est un gros reptile end&#233;mique de l'&#238;le de Komodo, en Indon&#233;sie. C'est un animal beaucoup plus laid qu'une licorne et qui n'est le symbole de rien, mais dont le nom excite les imaginations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En mai 2016, l'administration Obama recommandait qu'en milieu scolaire, l'acc&#232;s aux toilettes se fasse selon le sexe auquel l'&#233;l&#232;ve s'identifie, et non selon son sexe de naissance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;OMS, donn&#233;es 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;De m&#234;me, on a pu remarquer que dans les transports c'&#233;tait la nuit qui donnait une certaine intimit&#233; &#224; un lieu public, m&#234;me dens&#233;ment occup&#233; comme un avion de ligne, et que cette contigu&#239;t&#233; entre public et intime &#233;tait propice aux agressions sexuelles. Nora Caplan-Bricker, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.slate.fr/story/126980/viol-de-nuit-avion&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En avion, le douloureux tabou des viols de nuit&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Slate.fr&lt;/i&gt;, 26 octobre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Paris dans sa bulle</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Paris-dans-sa-bulle</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Paris-dans-sa-bulle</guid>
		<dc:date>2019-11-13T12:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margo Chou</dc:creator>


		<dc:subject>Benoit Guillaume</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>migrants</dc:subject>
		<dc:subject>centre</dc:subject>
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		<dc:subject>matin</dc:subject>
		<dc:subject>porte</dc:subject>
		<dc:subject>dorment</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'&#233;tait en novembre 2016, porte de La Chapelle : la municipalit&#233; parisienne ouvrait un Centre d'accueil pour migrants de 400 lits. Las, cette vaste structure gonflable jaune et blanche est bien trop petite. Et les migrants n'ont d'autre choix que d'attendre encore et encore une &#233;ventuelle place. Partout, des hommes qui dorment au sol. Depuis que les tentes Quechua ont &#233;t&#233; interdites, il n'y a plus d'intimit&#233; possible. Les gestes du quotidien sont expos&#233;s &#224; tous, au soleil. Sur deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no156-juillet-aout-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/hommes" rel="tag"&gt;hommes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/migrants" rel="tag"&gt;migrants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/centre" rel="tag"&gt;centre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dorment" rel="tag"&gt;dorment&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait en novembre 2016, porte de La Chapelle : la municipalit&#233; parisienne ouvrait un Centre d'accueil pour migrants de 400 lits. Las, cette vaste structure gonflable jaune et blanche est bien trop petite. Et les migrants n'ont d'autre choix que d'attendre encore et encore une &#233;ventuelle place.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3101 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH613/-1332-15b3d.jpg?1782641584' width='400' height='613' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;artout, des hommes qui dorment au sol. Depuis que les tentes Quechua ont &#233;t&#233; interdites, il n'y a plus d'intimit&#233; possible. Les gestes du quotidien sont expos&#233;s &#224; tous, au soleil. Sur deux kilom&#232;tres carr&#233;s, tout autour de la porte de La Chapelle, des corps humains sont &#233;grain&#233;s &#224; m&#234;me le sol, l&#224; o&#249; l'ombre subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'attente p&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; chacun son histoire. Ahmed et Humaira sont assis au pied des premi&#232;res barri&#232;res m&#233;talliques, adoss&#233;s &#224; leurs deux valises neuves bomb&#233;es. Ils ont quitt&#233; le Kurdistan iranien il y a cinq mois. La famille kurde de la demoiselle voulait tuer l'amoureux afghan. Ils sont l&#224; depuis sept jours et dorment sur des cartons, emmitoufl&#233;s l'un contre l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Mohammed a dormi deux mois dehors, puis cinq jours dans le centre. Mais depuis une semaine, il est h&#233;berg&#233; dans une auberge de Jeunesse &#224; Villiers-le-Bel. Il esp&#232;re ne pas &#234;tre dublin&#233;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression renvoie &#224; l'accord de Dublin, accord europ&#233;en qui pr&#233;voit que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, comme la plupart de ceux qui ont entam&#233; une proc&#233;dure dans un autre pays avant d'arriver en France. Pris en &#233;tau entre son Pakistan natal et sa famille &#8211; son cousin dans le collimateur du gouvernement essayait de l'embrigader dans des &#171; actes terroristes &#187; &#8211;, il a d&#251; se r&#233;soudre &#224; partir. Lui voulait seulement continuer ses &#233;tudes de m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis voil&#224; Sa&#239;d, arriv&#233; porte de La Chapelle il y a dix jours. Il dort avec d'autres hommes sous le pont, &#224; c&#244;t&#233; de l'arr&#234;t de tramway. C'est la police qui le r&#233;veille le matin : il est install&#233; sur la piste cyclable et d&#233;range ceux qui vont bosser en v&#233;lo. Si bien qu'il se l&#232;ve et fait comme les autres. Se rapproche de l'entr&#233;e &#8211; ce n'est pas mieux. Puis part en qu&#234;te d'un endroit o&#249; se laver. L'attente lui p&#232;se et tout le questionne. Il ne se sent pas d'attendre ici, sans rien faire. Il a besoin de bouger. Il veut aller &#224; Amiens, pensant que ce sera moins difficile d'y trouver un h&#233;bergement. Il s'est rencard&#233; avec un gars pour s'y rendre demain. Il a 24 ans et &#233;tudiait l'&#233;lectronique en Guin&#233;e, mais a &#233;t&#233; oblig&#233; de fuir, pour raisons politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non loin, Bouba attend aussi. Il a les yeux tout rouges. Et r&#233;p&#232;te, sur un ton d&#233;sesp&#233;r&#233; : &#171; &lt;i&gt;C'est le seul pays europ&#233;en o&#249; on dort dehors.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;V&#233;ritable loterie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques mois, la parisienne porte de La Chapelle est devenue un carrefour o&#249; s'entrecroisent les contradictions de la politique municipale. Elle s'est affirm&#233;e point de rendez-vous en novembre 2016, quand la maire Anne Hidalgo a fait b&#226;tir en urgence un centre d'h&#233;bergement. Soit une &#233;trange masse gonfl&#233;e g&#233;ante, dessinant une coquille d'escargot blanche et jaune, gard&#233;e en permanence et g&#233;r&#233;e par Emma&#252;s Solidarit&#233;. Sa construction faisait suite au d&#233;mant&#232;lement de la &#171; jungle &#187; de Calais et &#224; l'installation de nombreux squats dans la capitale. Le lieu est d&#233;limit&#233; par une grille et une rang&#233;e de plots en b&#233;ton, marquant aussi les limites d'un &#233;norme chantier qui fait face au centre d'h&#233;bergement. Ici sera bient&#244;t construit un h&#244;tel de luxe. &#171; Un nouveau quartier urbain et logistique pour un 18&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; plus durable &#187;, vante un panneau, renommant le quartier &#171; La Chapelle internationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les rails de la petite ceinture, en contrebas, un bidonville rom s'&#233;tend sur une bande de cinq m&#232;tres de large et des centaines en longueur. Pour y rentrer, un unique passage : un trou dans le grillage, sous un pont de l'autoroute. Les Roms sont les seuls &#224; l'emprunter : ils ont fait savoir qu'ils ne voulaient pas accueillir de migrants dans le bidonville. Porte close, la mis&#232;re ne se partage pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la route non loin, des bagnoles en continu, qui vont et viennent, klaxonnent, partent pour le nord et le terminus de la ligne 3 du tramway. Aux alentours, &#233;parpill&#233;s sur toute cette zone, des hommes allong&#233;s, assis, couch&#233;s, debout, plant&#233;s sur toutes les langues de terre possibles. Ils attendent de pouvoir entrer dans la structure d'h&#233;bergement. Mais il n'y a que quatre cents places. Chaque matin d&#233;marre donc une v&#233;ritable loterie, avec son lot de bousculades, attente, esp&#233;rances et violences polici&#232;res. Mohammed, par un coup de pot et gr&#226;ce &#224; une rencontre, a r&#233;ussi &#224; rentrer. Mais pas Sa&#239;d, qui n'y croit plus.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Moments de tension&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'endroit ouvre &#224; huit heures pile. Il y a des rang&#233;es de barri&#232;res m&#233;talliques et des flics en permanence. Mais c'est bien avant, vers quatre heures du matin, qu'arrivent les premiers migrants, d&#233;termin&#233;s &#224; acc&#233;der au mirage de l'&#201;tat. Rentrer permet de rester cinq &#224; dix nuits &#224; l'int&#233;rieur, avant d'&#234;tre pris en charge ailleurs. Ces moments d'attente sont donc charg&#233;s de tension et de fatigue. Au moindre remous, les flics gazent &#8211; cela arrive quasiment tous les jours. En pr&#233;vention, chacun a du s&#233;rum physiologique dans la poche, pour se nettoyer les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin, le centre n'a pas ouvert. Certains sont d&#233;j&#224; au courant. Eux savent que si aucune annonce n'a &#233;t&#233; faite &#224; 8h15, cela signifie que le centre restera clos. Depuis quelques jours, Emma&#252;s ne fait plus rentrer que par maraude. Des salari&#233;s de l'association partent r&#233;cup&#233;rer des migrants qui dorment dans Paris, en dehors du p&#233;rim&#232;tre de La Chapelle. Les deux cents qui attendent ce matin en sont pour leurs frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qu'un homme pr&#233;vient que personne ne pourra passer. Du silence, on passe aux cris sourds. Puis, rapidement, la masse d'hommes se d&#233;lite. Trois jeunes Afghans s'en vont au parc avec leur poign&#233;e d'affaires. Certains commencent &#224; balayer le sol &#224; l'endroit o&#249; ils dorment, d'autres retournent s'allonger &#224; l'ombre du pont, se coupent les cheveux, discutent. Petit &#224; petit, le quotidien se met en place, dans des gestes infimes et une attente poignante.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Distribution de nourriture&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur, l'association Utopia 56 est l'unique interm&#233;diaire entre l'&#201;tat et les &#171; migrants &#187;. En d&#233;saccord avec les violences du matin, certains des b&#233;n&#233;voles ont d&#233;cid&#233; de ne plus participer &#224; la gestion des files. Leurs missions : informer &#224; l'ext&#233;rieur, accompagner &#224; l'h&#244;pital, distribuer des couvertures et des produits d'hygi&#232;ne, r&#233;pondre aux questions juridiques, donner des adresses, enseigner le fran&#231;ais, nettoyer la zone laiss&#233;e &#224; l'abandon par la municipalit&#233; apr&#232;s une intox des m&#233;dias sur une &#233;pid&#233;mie de gale. &#171; &lt;i&gt;Chaque matin, nous gardions entre deux et cinq places pour des personnes tr&#232;s vuln&#233;rables : d&#233;pression, scoliose, coup de couteau, br&#251;lure, membre cass&#233;,&lt;/i&gt; explique Julie&lt;i&gt;, un cahier &#224; la main. Nous notions leurs noms, num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone, types de probl&#232;mes, avant de revenir vers eux au plus vite. Mais depuis plusieurs jours, ce n'est plus possible : Emma&#252;s ne nous laisse plus aucune place &#224; distribuer. Je me sens inutile.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des associations de quartiers viennent &#233;galement donner de quoi manger et se r&#233;chauffer &#8211; c'est le cas du collectif Solidarit&#233; migrants Wilson, dont les distributions de nourriture ont un temps &#233;t&#233; interdites. Et puis, il y a aussi des habitants qui apportent leur aide spontan&#233;ment. Pendant toute la dur&#233;e du ramadan, Nora et quatre autres femmes du Pr&#233;-Saint-Gervais sont ainsi venues &#224; la tomb&#233;e de la nuit, avec leurs enfants, pour donner &#224; manger.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des hommes avaient repris le droit de vivre dans des interstices urbains. Sans demander la permission. Mais voil&#224; qu'ils en ont &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233;s. On leur a construit une bulle, mais ils ne peuvent pas tous y entrer. Ils n'ont d&#233;sormais d'autre choix que d'attendre pr&#232;s de cette bulle, doublement rejet&#233;s par un nid faussement attrayant. &#192; la porte de la porte, l'espace agenc&#233; ne permet pas de recr&#233;er des lieux de vie, seulement les sas d'attente ali&#233;nants. De menues entraides &#233;ph&#233;m&#232;res se glissent entre les corps, qui deviennent paysage sur un bitume fixe.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margo Chou&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'expression renvoie &#224; l'accord de Dublin, accord europ&#233;en qui pr&#233;voit que les demandeurs d'asile doivent finaliser toutes leurs d&#233;marches dans le premier pays europ&#233;en o&#249; leur passage a &#233;t&#233; enregistr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Voile, prostitution : pi&#232;ge &#224; cons</title>
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		<dc:date>2019-10-18T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie Hermann</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;Le voile et la prostitution ont supplant&#233; depuis longtemps, parmi les f&#233;ministes fran&#231;aises, les fameux &#171; religion et politique &#187; interdits pendant les repas de famille pour &#233;viter les bastons. On les contourne, y &#233;chappe, les repousse : et l'auteure de cette chronique sait bien quel amour du risque n&#233;vrotique l'am&#232;ne &#224; en parler ici. Il existe pourtant un angle rarement abord&#233; qui gagnerait &#224; l'&#234;tre plus souvent &#8211; &#233;tant entendu d'embl&#233;e que nous ne parlerons ici de voile et de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no178-juillet-aout-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;178 (juillet-ao&#251;t 2019)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Queen-Kong-Kronik" rel="tag"&gt;Queen Kong Kronik&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sarah-Fisthole" rel="tag"&gt;Sarah Fisthole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/prostitution" rel="tag"&gt;prostitution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/imposes" rel="tag"&gt;impos&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-elles-fournissent" rel="tag"&gt;qu'elles fournissent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le voile et la prostitution ont supplant&#233; depuis longtemps, parmi les f&#233;ministes fran&#231;aises, les fameux &#171; religion et politique &#187; interdits pendant les repas de famille pour &#233;viter les bastons. On les contourne, y &#233;chappe, les repousse : et l'auteure de cette chronique sait bien quel amour du risque n&#233;vrotique l'am&#232;ne &#224; en parler ici.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3057 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH519/-1291-04d4e.jpg?1782640067' width='400' height='519' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Sarah Fisthole
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;I&lt;/span&gt;l existe pourtant un angle rarement abord&#233; qui gagnerait &#224; l'&#234;tre plus souvent &#8211; &#233;tant entendu d'embl&#233;e que nous ne parlerons ici de voile et de prostitution que dans le cas o&#249; l'un et l'autre ne sont pas impos&#233;s par un tiers. Pourquoi les femmes concern&#233;es par ces cat&#233;gories sont-elles les seules femmes de classe populaire qui &#233;meuvent la bourgeoisie&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Question qui traverse en filigrane l'excellent &#233;pisode d'un podcast &#224; soi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ? Pourquoi ne s'indigne-t-on pas tout aussi bruyamment du sort fait aux assistantes maternelles et aux aides &#224; domicile, de la sant&#233; d&#233;truite des caissi&#232;res, des horaires inhumains des femmes de m&#233;nage, de la violence abyssale que vivent dans la rue les femmes sans domicile fixe ? Pourquoi ne cherche-t-on pas &#224; lib&#233;rer avec la m&#234;me urgence et la m&#234;me d&#233;termination les m&#232;res isol&#233;es condamn&#233;es &#224; un temps partiel pr&#233;caire et en proie &#224; tous les harc&#232;lements, sans recours possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un cas comme dans l'autre, &lt;/strong&gt;on le sait, ce qui s'engouffre dans ces d&#233;bats d&#233;passe largement la domination masculine et le patriarcat : bien plus que de souffrance insupportable et de veille sur la la&#239;cit&#233;, il s'agit ici de morale et de racisme institutionnalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais ces figures arch&#233;typales,&lt;/strong&gt; caricaturales et r&#233;ductrices, reproduites partout jusqu'&#224; la naus&#233;e, de la prostitu&#233;e et de la femme voil&#233;e domin&#233;es, immatures, priv&#233;es de libre arbitre, ne sont-elles pas avant tout des repoussoirs utiles &#224; maintenir le syst&#232;me en place ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certaines prostitu&#233;es&lt;/strong&gt; disent qu'en les faisant payer, elles ont l'impression d'&#233;tablir un rapport plus &#233;quilibr&#233; avec les hommes que dans un lien de s&#233;duction classique &#8211; voire qu'elles se sentent ainsi mieux trait&#233;es par eux, que l'absence de gentillesse, d'empathie, de douceur, les blesse moins quand ce qu'elles fournissent en retour n'est pas de surcro&#238;t gratuit. D'autres disent qu'elles pr&#233;f&#232;rent se prostituer que de travailler chez McDo. Beaucoup avancent que ce qui rend leur vie difficile est bien moins le m&#233;tier en lui-m&#234;me que l'opprobre social et l'ins&#233;curit&#233; (&#233;conomique, corporelle) soigneusement orchestr&#233;e par les pouvoirs publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si la prostitution n'&#233;tait pas si mal consid&#233;r&#233;e,&lt;/strong&gt; est-ce que dans ce monde-l&#224; &#8211; tr&#232;s violemment patriarcal et n&#233;olib&#233;ral &#8211;, il n'y aurait pas beaucoup plus de femmes qui voudraient l'exercer ? Est-ce qu'elles ne seraient pas bien plus nombreuses &#224; choisir d'&#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;es pour ce qu'elles fournissent d&#233;j&#224; gratuitement et parfois sans joie, et &#224; consid&#233;rer rationnellement que ce m&#233;tier n'est pas pire que beaucoup d'autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La prostitution est aussi tr&#232;s utile&lt;/strong&gt; pour asseoir la domination &#233;conomique exerc&#233;e sur l'ensemble des femmes. L'&#233;cart salarial moyen entre hommes et femmes en France est actuellement de 24 %, &#224; quoi s'ajoutent les in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s au ch&#244;mage et &#224; la retraite dues aux p&#233;riodes non travaill&#233;es pour s'occuper des enfants, les temps partiels impos&#233;s par des modes de garde d&#233;faillants, les carri&#232;res ralenties ou bloqu&#233;es. &#192; quoi s'ajoute aussi le fait qu'&#234;tre une femme co&#251;te bien plus cher que d'&#234;tre un homme, depuis les frais incompressibles (sous peine, une fois encore, d'opprobre social) concernant l'apparence physique jusqu'&#224; ceux de sant&#233; et d'hygi&#232;ne, en passant par ceux impos&#233;s par la s&#233;curit&#233; (comme un retour en taxi la nuit par peur d'&#234;tre agress&#233;e dans la rue, si tant est qu'on puisse se le permettre). Au bout de la cha&#238;ne de cette oppression, il y a la prostitution, qui agit comme une menace agit&#233;e devant toutes les femmes : &#171; Si tu n'acceptes pas les r&#232;gles du jeu, tu sais ce qui t'attend. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le voile joue sur les m&#234;mes ressorts&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;rien de plus efficace, pour faire oublier la violence tranquille, quotidienne, unanimement tol&#233;r&#233;e, des hommes blancs, que de ne montrer que celle, pr&#233;tendument culturelle, des hommes noirs et arabes, dont seraient victimes les femmes voil&#233;es. D&#233;signer le voile comme une obligation vestimentaire dont il faudrait se lib&#233;rer de toute urgence est aussi utile &#224; faire oublier le contr&#244;le du corps auquel sont soumises les femmes qui ne sont pas voil&#233;es, de l'&#233;pilation &#224; la longueur de jupe en passant par la minceur, le maquillage et plus largement la s&#233;duction. Car c'est bien ce que le voile (entre autres) signale : le refus de s&#233;duire selon les crit&#232;res impos&#233;s par cette soci&#233;t&#233;. La fin d'une communication, de l'acceptation d'une r&#232;gle du jeu, d'une tentative de se faire aimer &#8211; y compris par ceux qui orchestrent et participent &#224; une haine raciste. Sans oublier le fait de se donner &#224; voir alors m&#234;me que son existence &#233;tait ni&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfin,&lt;/strong&gt; la mise en avant constante de ces deux figures sert bien &#233;videmment &#224; rendre invisible la question de la classe, pourtant indissociable du f&#233;minisme, en mettant l'accent sur des questions de diversit&#233; et de communaut&#233;s, et &#224; d&#233;politiser ces questions, &#224; cacher les responsabilit&#233;s institutionnelles comme les mobilisations collectives, pour faire croire que ces choix ne sont qu'individuels et doivent uniquement &#234;tre trait&#233;s comme tels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour conclure,&lt;/strong&gt; ces quelques lignes de &lt;i&gt;L'Hymne des femmes&lt;/i&gt; ne devraient pas nous faire de mal : &#171; &lt;i&gt;Ils nous ont divis&#233;es, les femmes / Et de nos s&#339;urs s&#233;par&#233;es. / Le temps de la col&#232;re, les femmes / Notre temps est arriv&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marie Hermann&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Question qui traverse en filigrane l'excellent &#233;pisode d'un &lt;i&gt;podcast &#224; soi&lt;/i&gt; (Arte Radio) que Charlotte Bienaim&#233; a consacr&#233; &#224; la prostitution, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.arteradio.com/son/61660960/le_prix_du_sexe_15&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le prix du sexe. Prostitution, quel est le probl&#232;me ?&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Encore aujourd'hui, la violence des femmes surprend, d&#233;range, choque &#187;</title>
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		<dc:date>2019-06-25T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Emilie Seto</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>femmes</dc:subject>
		<dc:subject>hommes</dc:subject>
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		<dc:subject>violence</dc:subject>
		<dc:subject>D'un point</dc:subject>
		<dc:subject>roman Harlequin</dc:subject>
		<dc:subject>Caroline Granier</dc:subject>
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		<dc:subject>personnages f&#233;minins</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec &#192; armes &#233;gales, les femmes arm&#233;es dans les romans policiers (&#201;ditions Ressouvenances), Caroline Granier interroge la place des figures f&#233;minines dans le polar, leur puissance et leur force de frappe quand il s'agit de d&#233;construire les st&#233;r&#233;otypes de genre. Entretien. Les violences faites aux femmes sont un peu au polar ce que les histoires d'amour sont au roman Harlequin. Inspir&#233;.es des chroniques judiciaires les plus sordides, les auteur.es de romans noirs font souvent du f&#233;minicide (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;&#192; armes &#233;gales, les femmes arm&#233;es dans les romans policiers&lt;/i&gt; (&#201;ditions Ressouvenances), Caroline Granier interroge la place des figures f&#233;minines dans le polar, leur puissance et leur force de frappe quand il s'agit de d&#233;construire les st&#233;r&#233;otypes de genre. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2803 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH344/-1058-b843e.jpg?1782767703' width='500' height='344' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Emilie Seto
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;es violences faites aux femmes sont un peu au polar ce que les histoires d'amour sont au roman Harlequin. Inspir&#233;.es des chroniques judiciaires les plus sordides, les auteur.es de romans noirs font souvent du f&#233;minicide la cl&#233; de vo&#251;te de leurs intrigues. Plus qu'un miroir grossissant de ce qui se joue dans la r&#233;alit&#233;, ce genre, explique Caroline Granier, peut aussi devenir un support de choix quand il s'agit de penser la critique sociale. Interview.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi les auteures de polars sont-elles plus attendues au tournant que leurs homologues masculins ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Prenons l'exemple d'un &lt;i&gt;&#233;t&#233; pourri &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai lu, 2000.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, de Maud Tabachnik. L'intrigue repose sur des violences commises envers des pr&#233;dateurs sexuels qui se retrouvent agress&#233;s &#224; leur tour. &#192; la sortie du livre, beaucoup de critiques ont r&#233;agi vivement en demandant &#224; l'auteure : &#8220;&lt;i&gt;Dans votre livre, des hommes sont &#233;mascul&#233;s. Est-ce une forme de vengeance ou n'aimez-vous pas les hommes ?&lt;/i&gt;&#8221; une question qu'on ne poserait pas &#224; un auteur masculin qui raconterait une sc&#232;ne de crime sexuel. En fait, cela renvoie &#224; la question de la violence exerc&#233;e par les femmes. Encore aujourd'hui, cette violence surprend, d&#233;range, choque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est ce qui explique cette approche genr&#233;e de la violence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'un point de vue historique, sociologique, anthropologique, la violence des femmes reste un tabou qui puise ses origines dans notre construction sociale. Dans l'id&#233;e selon laquelle les hommes, de par leur pr&#233;sence dans la sph&#232;re publique, seraient naturellement m&#234;l&#233;s &#224; la guerre, au pouvoir. Leur violence serait en partie l&#233;gitime. L'image de la femme a &#233;t&#233; construite comme plus passive, plus soumise. Comme si c'&#233;tait une donn&#233;e naturelle. Sauf que les anthropologues ont clairement d&#233;montr&#233; comment la soci&#233;t&#233; avait confisqu&#233; aux femmes les outils de cette violence. Par exemple, alors que les femmes avaient pris une grande part &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise, la Constitution de l'an I fait de tous les hommes des citoyens et des soldats, tandis que les femmes sont exclues des arm&#233;es en 1793. Finalement on leur a interdit de se d&#233;fendre, comme l'explique Elsa Dorlin dans &lt;i&gt;Se d&#233;fendre, une philosophie de la violence &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Zones, 2017.&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il existe une id&#233;e &#233;cul&#233;e selon laquelle une lectrice peut facilement s'identifier &#224; un personnage masculin&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qu'il y a d'int&#233;ressant dans les romans policiers utilisant des personnages f&#233;minins pour mener l'enqu&#234;te, c'est qu'ils permettent aux femmes de ne pas s'identifier qu'au personnage de victime. Avoir des mod&#232;les identificatoires sur lesquels s'appuyer, sur lesquels se projeter me semble extr&#234;mement pr&#233;cieux pour la construction de soi. Quand bien m&#234;me cela reste du domaine du fantasme. Le fait pour une femme d'admirer des h&#233;ros essentiellement masculins n'est pas sans effet sur sa construction. Ce que j'ai voulu d&#233;montrer, c'est l'importance de ces images de femmes puissantes qui ont un pouvoir sur leur propre vie. Des femmes qui ne sont pas celles mises en avant dans le polar traditionnellement et qui rompent avec les clich&#233;s de femmes fatales, pr&#233;sent&#233;es comme nocives, ou de victimes en attente du secours d'un homme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les enqu&#234;trices &lt;i&gt;hard-boiled&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Litt&#233;ralement &#171; dures &#224; cuire &#187;. Le terme fait r&#233;f&#233;rence &#224; un sous-genre du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; reprennent souvent &#224; leur compte des codes tr&#232;s masculins. Que penser de cette virilisation des personnages f&#233;minins ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En d&#233;tournant les codes virilistes, on ne remet pas forc&#233;ment en cause l'ordre patriarcal. Les d&#233;tectives construites sur le mod&#232;le des enqu&#234;teurs masculins ne modifient pas fondamentalement l'ordre des choses : elles parviennent &#224; se faire une place au sein d'un univers masculin en partie parce qu'elles mettent de c&#244;t&#233; tout un pan de leur vie, amoureuse et familiale. Cela v&#233;hicule encore une fois l'id&#233;e selon laquelle une femme, si elle ne se travestit pas, doit rester bien &#224; sa place dans la sph&#232;re priv&#233;e. La division est tenace entre d'un c&#244;t&#233;, les femmes &#8220; libres &#8221; dans la sph&#232;re publique et de l'autre, les &#233;pouses et m&#232;res, cantonn&#233;es &#224; la sph&#232;re priv&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand elle n'est pas virilis&#233;e, l'image de ces enqu&#234;trices flirte parfois avec le ridicule. Comme quand l'h&#233;ro&#239;ne de la s&#233;rie &lt;i&gt;Hannah Wolfe&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Scribner.&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;, de Sarah Dunant, s'approprie des st&#233;r&#233;otypes sexistes en affirmant au sujet de son sac &#224; main : &#171; &lt;i&gt;Le poids de tout le bazar que j'y transporte est suffisant pour mettre KO n'importe quel assaillant&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour moi, &#224; ce moment-l&#224;, on est &#233;galement dans le d&#233;tournement. De m&#234;me que les talons, qui peuvent aussi &#234;tre une entrave abominable, le sac &#224; main peut &#224; un moment devenir une arme extr&#234;mement efficace entre les mains d'une enqu&#234;trice ! &#192; ce moment-l&#224; ce qui &#233;tait un outil de domination devient une force. En revanche, ce genre d'h&#233;ro&#239;ne peut aussi tr&#232;s vite tomber dans une sorte de &#8220;&lt;i&gt;girl power&lt;/i&gt;&#8221; assez affligeant. On voit de nombreux polars avec des h&#233;ro&#239;nes qui ne remettent pas en cause les attributs st&#233;r&#233;otyp&#233;s de la f&#233;minit&#233; ni leur statut d'objet sexuel. C'est par exemple le cas d'un roman de Carolina Garcia-Aguilera, &lt;i&gt;Bloody Waters &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Bourgois, 1997.&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, dans lequel l'enqu&#234;trice Lupe Solano disserte sur les armes &#224; feu : &#8220;&lt;i&gt;Si c'&#233;tait une femme qui avait con&#231;u le premier revolver, elle aurait bien trouver le moyen de le recharger sans ab&#238;mer son vernis &#224; ongles. &lt;/i&gt;&#8221; Cela devient ridicule. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi estimes-tu qu'il &#171; &lt;i&gt;ne suffit pas de se trouver du bon c&#244;t&#233; du couteau pour s'affranchir des rapports de domination&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai voulu nuancer un peu mon enthousiasme pour ces romans f&#233;ministes, en montrant que j'&#233;tais consciente que certains ne remettent pas fondamentalement en cause la structure du pouvoir. Parfois on est face &#224; des enqu&#234;trices qui deviennent aussi violentes et dominatrices que les hommes. Ce qui, certes, est int&#233;ressant d'un point de vue f&#233;ministe, mais qui a des limites d'un point de vue politique. Certains personnages f&#233;minins font une critique plus radicale de la soci&#233;t&#233; en se servant de leur position sociale pour critiquer toute forme de rapport de pouvoir. Je pense par exemple &#224; des justici&#232;res qui agissent en dehors de toute institution, comme par exemple les amazones dans le roman &lt;i&gt;Les Carnassi&#232;res&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Baleine, 1999.&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; de Catherine Fradier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;J'ai lu, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions Zones, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Litt&#233;ralement &#171; dures &#224; cuire &#187;. Le terme fait r&#233;f&#233;rence &#224; un sous-genre du roman noir particuli&#232;rement violent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions Scribner.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions Bourgois, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions Baleine, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Femmes du jazz</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Caroline Sury</dc:subject>
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		<dc:subject>Buscatto</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;La lecture, en tant qu'homme, de Femmes du jazz &#8211; Musicalit&#233;s, f&#233;minit&#233;s, marginalisations de la sociologue Marie Buscatto vous apprend des choses sur le milieu du jazz fran&#231;ais &#8211; aussi. On y apprend surtout sur soi, homme hors du jazz. Sur les barri&#232;res qu'on impose sans y penser, les violences qu'on exerce par habitude. *** &#171; Je l'ai dit souvent et je le r&#233;p&#232;te : &#8220;O&#249; sont mes s&#339;urs ?&#8221; &#187; Jo&#235;lle L&#233;andre, contrebassiste *** Le point de d&#233;part de Marie Buscatto pourrait suffire : dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La lecture, en tant qu'homme, de &lt;i&gt;Femmes du jazz &#8211; Musicalit&#233;s, f&#233;minit&#233;s, marginalisations&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233; en 2008 aux &#233;ditions CNRS, puis r&#233;&#233;dit&#233; en 2018.&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de la sociologue Marie Buscatto vous apprend des choses sur le milieu du jazz fran&#231;ais &#8211; aussi. On y apprend surtout sur soi, homme hors du jazz. Sur les barri&#232;res qu'on impose sans y penser, les violences qu'on exerce par habitude.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2953 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH428/-1193-c4baa.jpg?1782641314' width='400' height='428' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Je l'ai dit souvent et je le r&#233;p&#232;te : &#8220;O&#249; sont mes s&#339;urs ?&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;Jo&#235;lle L&#233;andre, contrebassiste&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; voix basse, entretiens avec Franck M&#233;dioni, &#233;d. MF, 2013.&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e point de d&#233;part de Marie Buscatto pourrait suffire : dans le monde du jazz professionnel, de cette musique que l'on penserait plus libre que d'autres, seulement 8 % de femmes. Avec &#171; une double s&#233;gr&#233;gation &#187;. 1) horizontale &#8211; il y a des emplois masculins et des emplois f&#233;minins : les instrumentistes sont surtout des hommes (96 %), alors que les chanteur.se.s sont surtout des femmes (65 %). 2) verticale &#8211; ce sont les hommes qui font carri&#232;re, les femmes se dirigeant en majorit&#233; vers des emplois subalternes. Quand elles n'abandonnent pas le milieu, elles occupent finalement des r&#244;les de soutien (faire de la communication pour des artistes masculins, g&#233;rer les concerts et la carri&#232;re d'hommes, se charger des enfants). Si elles continuent &#224; jouer en amatrices, elles diversifient leurs revenus, en enseignant la musique ou en jouant dans d'autres registres &#8211; rock, vari&#233;t&#233;s, spectacles pour enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un d&#233;tour&lt;/strong&gt; par la musique classique, Buscatto valide le terme de &#171; s&#233;gr&#233;gation &#187; : des diff&#233;rences fond&#233;es non pas sur la qualit&#233; de la musique jou&#233;e, mais sur le genre. Aux &#201;tats-Unis, le nombre de femmes recrut&#233;es dans les orchestres a augment&#233; de 30 % apr&#232;s les auditions en paravent &#8211; les musicien.ne.s jouent sans &#234;tre vu.e.s, et ne sont donc jug&#233;.e.s que pour leur performance technique et artistique. Dans &lt;i&gt;Femmes du jazz, &lt;/i&gt;ce qu'on apprend des logiques de domination, on le pressent d&#233;j&#224;, ailleurs. Un esprit de corps, bien masculin, qui n'aime pas &#234;tre entrav&#233;, bouscul&#233;. Qui ne fait rien, et qui donc fait tout pour que rien ne change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les jazzmen&lt;/strong&gt; reprochent aux chanteuses de rabaisser leur art. Loin de l'image mythologique des (rares) divas du jazz (Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Sarah Vaughan, etc.), le chant reste m&#233;pris&#233; des instrumentistes. Malgr&#233; tout le travail qu'elle demande, malgr&#233; les &#233;tudes qui montrent qu'il s'agit bien d'un &lt;i&gt;&#171; instrument &#224; vents et &#224; cordes &#187;, &lt;/i&gt;d'une &lt;i&gt;&#171; machinerie complexe &#187; &lt;/i&gt;socialement et techniquement construite&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claire Gillie-Gilbert &#171; &#8220;Et la voix s'est faite chair&#8230;&#8221; Naissance, essence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, la voix reste rel&#233;gu&#233;e &#224; un don, d'une facilit&#233; toute instinctive. &lt;i&gt;&#171; La voix, c'est naturel &#187;&lt;/i&gt;, disent les jazzmen rencontr&#233;s par Marie Buscatto. Il suffirait pourtant d'&#233;couter les gammes d'une artiste jazz comme Youn Sun Nah pour r&#233;viser un tel jugement. Et ces messieurs de reprocher aux chanteuses de leur imposer une transposition des partitions, un changement de tonalit&#233; plus proche de celles de la voix que des vibrations d'un sax t&#233;nor ou d'une trompette. Comme un refus m&#226;le et obstin&#233; de s'adapter aux modalit&#233;s du chant, et donc des chanteuses. Un refus, au final, de c&#233;der sa place : on pourra s'effacer le temps d'un solo de batterie ou de trompette, on rechignera &#224; se caler sur la voix. La cour d'&#233;cole n'est pas si loin : on ne joue pas avec les filles. Le &#171; vrai &#187; jazz se joue ailleurs, entre instrumentistes. Entre mecs. Pour Buscatto, on retrouve ici la prolongation de st&#233;r&#233;otypes sociaux genr&#233;s dans la musique : le chant est du c&#244;t&#233; de la parole, de la relation, de la communication (femmes). L'instrument dans celui de la technique, de la cr&#233;ativit&#233;, de la virtuosit&#233; (hommes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus avant&lt;/strong&gt;, la sociologue r&#233;v&#232;le des motifs ext&#233;rieurs &#224; la musique m&#234;me. Les musiciens ont en effet tendance &#224; imposer une injonction contradictoire aux femmes, comme c'est le cas ailleurs. Ne te mets pas trop en avant comme chanteuse, au centre de la sc&#232;ne, puisque tu n'es pas musicienne. Mais ne sois pas trop effac&#233;e comme chanteuse, sois plus musicienne. Paradoxe incapacitant et r&#233;pressif : elles se retrouvent &#224; &lt;i&gt;&#171; &#234;tre incit&#233;es &#224; s'exprimer de mani&#232;re &#8220;f&#233;minine&#8221; et se voir d&#233;nigr&#233;es professionnellement de ce fait ; se comporter de mani&#232;re &#8220;masculine&#8221; et se voir d&#233;valoris&#233;es pour leur manque de &#8220;f&#233;minit&#233;&#8221; &#187;&lt;/i&gt;. Au final, c'est au moins cela qui se confirme sur la place des femmes dans le monde (du jazz) : elles doivent en permanence se positionner par rapport aux d&#233;finitions fig&#233;es des conventions masculines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tandis que la musique&lt;/strong&gt; jou&#233;e par des hommes se veut universelle, pr&#233;tendument d&#233;nu&#233;e d'ambigu&#239;t&#233; genr&#233;e, de dimensions subjectives extra-artistiques ou de sensiblerie non technicienne, les notes jou&#233;es par une femme portent en elles le soup&#231;on. Celui de chercher &#224; envo&#251;ter le public, les programmateurs, les critiques &#8211; l'homme &#8211;, celui d'user de leurs charmes non musicaux pour briller. Dans les faits, observe la sociologue, les rapports de s&#233;duction sont tout autres. C'est bien plut&#244;t les hommes qui m&#233;langent pratique artistique et possibilit&#233; de drague, jeux de sc&#232;ne et &#233;rotisation des situations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les filles saxophonistes&lt;/strong&gt; que j'ai rencontr&#233;es apr&#232;s la lecture de &lt;i&gt;Femmes de jazz &lt;/i&gt;en ont fait l'exp&#233;rience. Camille : &lt;i&gt;&#171; Sans faire de g&#233;n&#233;ralit&#233;s, il arrive que les musiciens soient sympas, en sortant de jam par exemple, ils viennent te dire que tu joues bien. Au d&#233;but, t'es na&#239;ve, merci c'est cool, et puis parfois tu te rends compte que tout ce qui se joue l&#224;, c'est de la drague. Donc en grandissant, sans vraiment t'en rendre compte, tu mets des radars ! Je suis une personne avec un corps comme tout le monde, &#231;a fait partie de qui je suis, mais quand on m'appelle pour jouer, je n'ai pas envie que ce soit pour mes nibards, seulement pour la musique. Quand t'es un gars, il y a moins de doute : on t'appelle pour un concert, tu sais pourquoi t'y vas &#8211; jouer de la musique. &#187; &lt;/i&gt;Cathy : &lt;i&gt;&#171; Dans le programme d'un festival consacr&#233; aux femmes, tu trouvais par exemple des peintures de femmes d&#233;v&#234;tues face aux biographies des musiciennes. Pourquoi ? Quel rapport avec la musique ? Et pourquoi uniquement quand il s'agit de nanas ? &#187; &lt;/i&gt;L&#224; o&#249; les hommes, souvent n&#233;glig&#233;s, ne r&#233;fl&#233;chissent pas &#224; leur tenue lors de concerts ou des jams, les femmes s'interrogent sur leur fringues, trop, pas assez f&#233;minines&#8230; ? Camille : &lt;i&gt;&#171; Je me suis longtemps habill&#233;e sans mettre de jupe ! Ce n'est pas toujours &#233;vident quand on &#233;volue dans un milieu masculin de grandir et de s'&#233;panouir pleinement en tant que femme. Je voulais qu'on me voit comme saxophoniste, pas comme femme. De mani&#232;re inconsciente, s&#251;rement, tu essaies toujours de te mettre &#224; &#233;galit&#233;, tu veux &#234;tre comme les gars qui jouent &#224; c&#244;t&#233; de toi. M&#234;me si, &#233;videmment, la f&#233;minit&#233; ne se r&#233;sume pas aux jupes, c'est une invisibilisation de son corps de femme. On est oblig&#233;es de bien montrer qu'on &#8220;n'essaie pas&#8221; de s&#233;duire. &#187; &lt;/i&gt;&#192; tel point que pour toute femme qui cherche &#224; continuer son &#233;volution dans la musique, &lt;i&gt;&#171; quel que soit leur capital s&#233;duction et les usages plus ou moins &#8220;f&#233;minins&#8221; de leurs corps, un apprentissage fondamental se r&#233;alise ainsi au cours du temps : fermer la s&#233;duction &#187;&lt;/i&gt;, note Marie Buscatto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que disent ces femmes &lt;/strong&gt;parle au-del&#224; du jazz, r&#233;sonne avec la vie de n'importe quel collectif, n'importe quelle situation sociale. C'est la puissance du travail de Marie Buscatto, et celle des instrumentistes rencontr&#233;es au cours de cette lecture. Camille : &lt;i&gt;&#171; Ceux qui persistent dans le jazz, homme ou femme, ont men&#233; leur barque, cr&#233;&#233; leur groupe, pouss&#233; leur art avec une passion qui ne fait pas de doute en bossant et en y croyant sans se d&#233;courager. Peut-&#234;tre malgr&#233; tout que, quand tu es une femme, tu dois encore plus prouver de choses pour y arriver ! &#187; &lt;/i&gt;De l&#224;, quelle marge d'action &#8211; ou d'inaction &#8211; pour les hommes ? Cathy : &lt;i&gt;&#171; Il s'agit d'h&#233;ritages. Des choses dont on ne se rend souvent pas compte au moment o&#249; on les vit. Pour aller contre, il faut &#234;tre vigilant tout le temps. Que les mecs apprennent &#224; &#233;couter et &#224; composer, autant entre eux qu'avec des femmes. Nous les femmes, on peut avoir tendance &#224; &#234;tre plus timides, &#224; moins l'ouvrir pour donner du poids &#224; ce qu'on fait. On nous a plus appris &#224; ne pas nous valoriser. Dans les formations que je donne, j'observe que les mecs sont g&#233;n&#233;ralement plus s&#251;rs d'eux, d&#232;s l'enfance. Ce qui m'int&#233;resse alors, c'est le moment o&#249; chacun.e va pouvoir prendre la parole, d&#233;cider d'un geste musical, d'un choix au sein du groupe. Faire que l'ensemble cr&#233;e une musique o&#249; chacun.e a sa place. Moi, je sers de m&#233;diatrice pour trouver une esp&#232;ce d'autor&#233;gulation dans le groupe. Faire &#233;merger l'&#233;coute au del&#224; des r&#233;partitions genr&#233;es, et que cela donne une cr&#233;ation commune. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Publi&#233; en 2008 aux &#233;ditions CNRS, puis &lt;a href=&#034;http://www.cnrseditions.fr/sociologie/7604-femmes-du-jazz.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;&#233;dit&#233;&lt;/a&gt; en 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#192; voix basse&lt;/i&gt;, entretiens avec Franck M&#233;dioni, &#233;d. MF, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Claire Gillie-Gilbert &#171; &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ethnomusicologie/71&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#8220;Et la voix s'est faite chair&#8230;&#8221; Naissance, essence du geste vocal&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Cahiers de musiques traditionnelles&lt;/i&gt;, 2001, cit&#233;e par Marie Buscatto.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Trente ans dans la vie d'une femme</title>
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		<dc:date>2018-10-21T04:00:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;&#192; 5 ans, on est marrante : on raconte des blagues sur les crottes de nez, on a bien compris qu'on n'avait pas de zizi, mais &#231;a nous convient parfaitement, et on adore expliquer &#224; qui veut l'entendre comment on fait les b&#233;b&#233;s. &#192; 10 ans, on est contente : on a des couettes, on boit de la grenadine et on trouve les gar&#231;ons b&#234;tes, parce qu'on pr&#233;f&#232;re les chats, les chevaux, les dauphins ou les motos. &#192; 15 ans, on est l&#233;g&#232;re : on a nos r&#232;gles en plus d'un tas de boutons blancs, on a h&#226;te de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no142-avril-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;142 (avril 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Caroline-Sury" rel="tag"&gt;Caroline Sury&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Queen-Kong-Kronik" rel="tag"&gt;Queen Kong Kronik&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/hommes" rel="tag"&gt;hommes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/ans" rel="tag"&gt;ans&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/veut-l-entendre" rel="tag"&gt;veut l'entendre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-on-n-avait" rel="tag"&gt;qu'on n'avait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Est-ce-qu-a" rel="tag"&gt;Est-ce qu'&#224;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/disparait" rel="tag"&gt;dispara&#238;t&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sur" rel="tag"&gt;s&#251;r&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2599 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-861-21d05.jpg?1782641714' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; 5 ans, &lt;/strong&gt;on est marrante : on raconte des blagues sur les crottes de nez, on a bien compris qu'on n'avait pas de zizi, mais &#231;a nous convient parfaitement, et on adore expliquer &#224; qui veut l'entendre comment on fait les b&#233;b&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; 10 ans, &lt;/strong&gt;on est contente : on a des couettes, on boit de la grenadine et on trouve les gar&#231;ons b&#234;tes, parce qu'on pr&#233;f&#232;re les chats, les chevaux, les dauphins ou les motos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; 15 ans, &lt;/strong&gt;on est l&#233;g&#232;re : on a nos r&#232;gles en plus d'un tas de boutons blancs, on a h&#226;te de faire quelque chose de ce corps qui se d&#233;forme autant qu'il se forme, on aimerait bien rouler des pelles aux voisin, voisine, mais on ne sait pas comment s'y prendre avec cet encombrant appareil dentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; 20 ans, &lt;/strong&gt;on est insouciante : on commence &#224; s'&#233;panouir sexuellement, on ma&#238;trise notre contraception, on exp&#233;rimente des choses, on en exige d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; 25 ans, &lt;/strong&gt;on a la vie devant nous : on commence tant bien que mal &#224; travailler, on essuie &#8211; rapidement &#8211; nos premi&#232;res larmes de chagrins d'amour, on se demande si s'installer en couple c'est bourgeois ou &#171; romantchique &#187;, on doute d'arriver un jour &#224; arr&#234;ter de boire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#224; 30 ans... &lt;/strong&gt;&#192; 30 ans ? Ben, c'est termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; 30 ans, &lt;/strong&gt;on dispara&#238;t de la litt&#233;rature, du cin&#233;ma, des affiches de publicit&#233;, de la peinture, de la sculpture, des profils mis en avant sur les sites de rencontres&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus pr&#233;cis&#233;ment, on pourrait dire qu'avant 30 ans, les femmes sont d&#233;j&#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. On dispara&#238;t de l'entourage des hommes grisonnants (comme George Clooney), de la rue o&#249; on se faisait siffler, des bars o&#249; &#231;a draguait. On dispara&#238;t des &#233;chelles de comparaison, des magazines f&#233;minins, des podiums et des salons &lt;i&gt;hard&lt;/i&gt;. On dispara&#238;t des petites annonces et des grandes &#233;pop&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si on voulait r&#233;sumer &lt;/strong&gt;cette situation un peu brutalement, on dirait que pour qu'une femme soit baisable, visible, cr&#233;dible et per&#231;ue comme digne d'int&#233;r&#234;t, il vaut mieux qu'elle soit aussi capable d'enfanter. La bonne blague, c'est que &#231;a ne marche d&#233;j&#224; plus quand elle est pr&#233;cis&#233;ment en train d'enfanter. Et que &#231;a marche &#233;videmment encore moins une fois qu'elle l'a fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien s&#251;r, tout n'est pas si affreux. &lt;/strong&gt;Bien s&#251;r, il existe des hommes qui ont plus r&#233;fl&#233;chi que d'autres. Bien s&#251;r, il existe des femmes heureuses qu'on leur foute un peu la paix. Bien s&#251;r, il existe toutes sortes de variations et de r&#233;sistances individuelles &#224; ce constat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais il n'emp&#234;che que l'int&#233;r&#234;t que les hommes &lt;/strong&gt;portent aux femmes, donc aussi l'int&#233;r&#234;t que le public de tout ce qui est produit par des hommes porte aux femmes, semble fortement d&#233;termin&#233; par un instinct de reproduction digne d'un v&#233;lociraptor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui nous conduit &#224; un certain nombre de questions. &lt;/strong&gt;Est-ce qu'&#224; un moment, on va pouvoir trouver belle une femme de 60 ans sans &#234;tre suspect&#233; de condescendance ? Est-ce qu'&#224; un moment, dans les films, les femmes pourront avoir &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me &#226;ge que les hommes avec qui elles couchent ? Est-ce qu'&#224; un moment, on pourra se d&#233;faire de ce sentiment si oppressant qui s'abat sur nous d&#232;s qu'on atteint la trentaine &#8211; celui de ne disposer que d'une toute petite fen&#234;tre, d'une dizaine d'ann&#233;es maximum, pour faire ce que nous voulons de nos vies amoureuse, sexuelle, professionnelle et familiale ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, on pourrait dire qu'avant 30 ans, les femmes sont d&#233;j&#224; plut&#244;t absentes de la partie cr&#233;ation ou production de ces domaines (par exemple en termes de r&#233;alisatrices de cin&#233;ma) ; apr&#232;s 30 ans, elles quittent aussi la partie &#171; repr&#233;sentation &#187; (par exemple en termes d'actrices avec des r&#244;les importants).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Parlons beaucoup et parlons bien</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Parlons-beaucoup-et-parlons-bien</link>
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		<dc:date>2018-06-12T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie Hermann</dc:creator>


		<dc:subject>Queen Kong Kronik</dc:subject>
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&lt;p&gt;On la voit pr&#233;parer son intervention avec minutie. Ployant sous ses dossiers, encha&#238;nant les nuits blanches et s'exer&#231;ant aux interrogatoires pi&#233;geux avec son assistant, elle fourbit ses arguments, aff&#251;te son raisonnement, m&#233;morise une grande quantit&#233; d'informations chiffr&#233;es. Pourtant, une fois devant son auditoire &#8211; exclusivement masculin &#8211;, elle se d&#233;compose. Elle consulte fr&#233;n&#233;tiquement ses notes, formule des phrases dans sa t&#234;te sans jamais les dire, guette les silences de ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Washington-Post" rel="tag"&gt;Washington Post&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On la voit pr&#233;parer son intervention avec minutie. Ployant sous ses dossiers, encha&#238;nant les nuits blanches et s'exer&#231;ant aux interrogatoires pi&#233;geux avec son assistant, elle fourbit ses arguments, aff&#251;te son raisonnement, m&#233;morise une grande quantit&#233; d'informations chiffr&#233;es. Pourtant, une fois devant son auditoire &#8211; exclusivement masculin &#8211;, elle se d&#233;compose. Elle consulte fr&#233;n&#233;tiquement ses notes, formule des phrases dans sa t&#234;te sans jamais les dire, guette les silences de ses interlocuteurs pour s'y engouffrer... Et ne prononcera finalement pas un seul mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sc&#232;ne de &lt;i&gt;Pentagon Papers&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce film r&#233;alis&#233; par Steven Spielberg en 2017 revient sur la publication dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; o&#249; Meryl Streep doit d&#233;fendre l'entr&#233;e en Bourse du &lt;i&gt;Washington Post&lt;/i&gt; devant des investisseurs et des actionnaires et s'av&#232;re trop intimid&#233;e pour s'exprimer en public, sans conteste la premi&#232;re de ce type dans un film grand public r&#233;alis&#233; par un homme, a pour toutes les femmes un amer go&#251;t de d&#233;j&#224;-vu. &#192; l'&#233;cole, nous avons mille fois renonc&#233; &#224; lever la main parce que ce que nous voulions dire ne nous paraissait finalement plus si int&#233;ressant. &#192; la fac, lors d'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale pendant une occupation, nous nous sommes convaincues que quelqu'un &#8211; probablement un homme &#8211; finirait bien par &#233;noncer ce que nous avions envie de dire. Au travail, pendant une r&#233;union, nous avons d&#233;sesp&#233;r&#233;ment essay&#233; de nous ins&#233;rer entre deux prises de parole masculines, sans jamais oser les interrompre ni avoir assez de temps pour intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, l'acc&#232;s des femmes &#224; la prise de parole en public est compliqu&#233; pour de multiples raisons. Elles se sentent fonci&#232;rement moins l&#233;gitimes, bien s&#251;r, mais sont aussi bien plus fr&#233;quemment interrompues par leurs interlocuteurs, et ont plus de difficult&#233; &#224; conserver leur attention&lt;a href=&#034;#nb10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous n'&#233;voquerons pas ici le probl&#232;me de la langue elle-m&#234;me, pourtant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, on pourrait penser que la prise de parole en public n'est ais&#233;e pour personne. Qu'&#224; l'&#233;vidence, elle demande de l'entra&#238;nement. Or, o&#249; s'entra&#238;ner &#224; prendre la parole, sinon dans le cadre bienveillant et familier du cercle intime ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est l&#224; que le b&#226;t blesse &#224; nouveau : avec leurs proches aussi, il est difficile pour la plupart des femmes de s'approprier un type de prise de parole (argument&#233;e, longue, construite) et des sujets (professionnels, intellectuels, politiques) qui leur permettraient de se sentir plus confiantes &#224; l'ext&#233;rieur. Et il s'agit peut-&#234;tre d'une des racines du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre amies femmes, la majorit&#233; des conversations concernent l'intimit&#233;, qu'on nous &#233;duque tant &#224; consid&#233;rer en priorit&#233;. &#201;changes certes souvent riches, b&#233;n&#233;fiques, profonds, permettant entraide et partage de connaissances, mais aussi engonc&#233;s dans ce carcan que nous avons tant de mal &#224; briser, fait d'empathie et de sacrifice, de travail constant visant &#224; se mettre puis &#224; rester en couple, de besoin d'exprimer nos humiliations, nos violences subies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec nos amis hommes (g&#233;n&#233;ralement rares, parce que nombre de ces amiti&#233;s ont &#233;t&#233; entach&#233;es d'une d&#233;ception amoureuse sanctionn&#233;e par un &#233;loignement), l'intimit&#233; tient aussi une place importante. Parce que la plupart des hommes en parlent peu entre eux et se r&#233;jouissent de b&#233;n&#233;ficier de notre expertise, dont nous les faisons m&#234;me parfois profiter avec une certaine satisfaction &#8211; pour une fois, ils nous reconnaissent un savoir...Dans un contexte de s&#233;duction potentielle, il peut &#234;tre &#233;galement compliqu&#233; de se sentir prise au s&#233;rieux : combien d'entre nous ont vu une conversation de haute vol&#233;e s'achever dans une mis&#233;rable tentative de drague, donnant l'impression d&#233;sagr&#233;able que l'individu concern&#233; n'avait fait mine de participer &#224; la conversation qu'&#224; cette unique fin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il n'est pas rare de surprendre une conversation entre amis hommes o&#249; s'&#233;change tout ce qui peut faire d&#233;faut &#224; la prise de confiance en elles des femmes : des r&#233;f&#233;rences, une &#233;bauche d'argumentation, des th&#232;ses avanc&#233;es &#224; la h&#226;te, une r&#233;flexion &#233;chafaud&#233;e en commun. Ce n'est sans doute que dans ce t&#226;tonnement, cette recherche, cette exp&#233;rimentation, au sein du cadre attentionn&#233; de nos proches, hommes et femmes, que l'on pourra puiser l'assurance n&#233;cessaire pour parler devant un public &#8211; certes, de toute &#233;vidence &#224; d'autres fins que la d&#233;fense de l'entr&#233;e en Bourse d'un journal&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb10-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce film r&#233;alis&#233; par Steven Spielberg en 2017 revient sur la publication dans le &lt;i&gt;Washington Post,&lt;/i&gt; alors dirig&#233; par Katharina Graham, d'extraits des Pentagon Papers, rapport secret du minist&#232;re de la D&#233;fense &#233;tatsunien montrant notamment comment il a volontairement &#233;tendu et intensifi&#233; la guerre du Vi&#234;t Nam alors qu'il la savait perdue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Nous n'&#233;voquerons pas ici le probl&#232;me de la langue elle-m&#234;me, pourtant notoirement sexiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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