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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Le tourisme est une industrie extractiviste &#187;</title>
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		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer, Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;&#192; Barcelone, la surfr&#233;quentation touristique d&#233;truit chaque ann&#233;e davantage les &#233;quilibres socio-urbains. Un rouleau compresseur &#233;conomique contre lequel s'&#233;l&#232;ve l'ABTS (Assemblea de barris per un turisme sostenible), un regroupement de diverses associations et assembl&#233;es de quartiers. Dans un petit bar de la vieille ville, entretien avec le militant Daniel Pardo. Ton organisation s'appelle &#171; Assembl&#233;e de quartiers pour un tourisme soutenable &#187;. C'est possible, un &#171; tourisme soutenable &#187; ? (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no176-mai-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;176 (mai 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Patrick-Cockpit-295" rel="tag"&gt;Patrick Cockpit&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Barcelone, la surfr&#233;quentation touristique d&#233;truit chaque ann&#233;e davantage les &#233;quilibres socio-urbains. Un rouleau compresseur &#233;conomique contre lequel s'&#233;l&#232;ve l'ABTS (&lt;i&gt;Assemblea de barris per un turisme sostenible&lt;/i&gt;), un regroupement de diverses associations et assembl&#233;es de quartiers. Dans un petit bar de la vieille ville, entretien avec le militant Daniel Pardo.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2955 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L280xH418/-1195-c601c.jpg?1779604303' width='280' height='418' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Patrick Cockpit
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton organisation s'appelle &#171; Assembl&#233;e de quartiers pour un tourisme soutenable &#187;. C'est possible, un &#171; tourisme soutenable &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non. (&lt;i&gt;Rires&lt;/i&gt;) Personne n'&#233;tait vraiment convaincu, mais il fallait bien trouver un nom. Certains se sont f&#226;ch&#233;s en disant qu'on n'&#233;tait pas assez radicaux. Toutefois cette appellation nous permet aussi de toucher un public qui se m&#233;fierait si on avait un nom plus frontal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, on ne croit pas vraiment &#224; la possibilit&#233; d'un tourisme soutenable &#224; Barcelone. L'id&#233;e est plut&#244;t de commencer &#224; le faire d&#233;cro&#238;tre avant de voir quel niveau de tourisme serait soutenable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment s'organise l'ABTS ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un groupe informel, sans porte-parole ni pr&#233;sident. Un espace de coordination : des &#8220;d&#233;l&#233;gu&#233;s&#8221; repr&#233;sentent chaque assembl&#233;e de quartier et on se retrouve une fois par mois. On traite de beaucoup de sujets : &#231;a va d'une lutte dans un quartier sp&#233;cifique au r&#233;seau anti-tourisme du sud de l'Europe (&lt;i&gt;lire plus loin&lt;/i&gt;). Voil&#224; pourquoi on s'organise en groupes de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part, en 2015, on &#233;tait une quinzaine de collectifs du centre-ville. Le degr&#233; de nuisances caus&#233;es par le tourisme est tel qu'il &#233;tait naturel pour les gens de se rassembler. Tr&#232;s vite, des quartiers plus p&#233;riph&#233;riques nous ont rejoints, conscients qu'ils &#233;taient les prochains sur la liste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur quoi se fonde votre critique du tourisme, concr&#232;tement ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme d'autres, l'industrie touristique est extractive, dans le sens o&#249; elle se fixe dans un lieu et en extrait d'&#233;normes profits qu'elle ne redistribue pas. Sachant que le tourisme de masse a un besoin syst&#233;matique de cro&#238;tre et maltraite le territoire ainsi que sa population. Il faut casser cette logique de croissance &#233;ternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier impact se ressent sur le logement. Sans oublier les ouvertures d'h&#244;tels &#8211; qui elles aussi r&#233;duisent le parc immobilier disponible &#8211;, le plus visible, ce sont les appartements touristiques, type AirBnB. &#192; Barcelone, il y a environ 10 000 locations l&#233;gales (avec licence) pour pr&#232;s de 15 000 ill&#233;gales. Pour beaucoup de gens, il faudrait simplement fermer les locations ill&#233;gales. Mais qu'elles soient l&#233;gales ou ill&#233;gales, le probl&#232;me reste le m&#234;me. L'attractivit&#233; touristique entra&#238;ne une attractivit&#233; immobili&#232;re. Alors m&#234;me si le probl&#232;me de la sp&#233;culation immobili&#232;re en Espagne d&#233;passe largement le facteur touristique, la &#8220;touristification&#8221; fonctionne comme un catalyseur de cette machine immobili&#232;re &#224; expulser &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Barcelone, quelle ville en commun ? &#187;, CQFD n&#176; 174, mars 2019.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constate aussi une transformation du tissu commercial : les commerces de proximit&#233; sont remplac&#233;s par des magasins touristiques qui ne sont d'aucune utilit&#233; aux habitants. Et dans les magasins mixtes, &#224; destination des locaux comme des touristes, les prix sont exorbitants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tourisme a aussi un impact sur les transports publics&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, &#224; plusieurs niveaux. D'une part, l'espace public est totalement satur&#233; dans certains quartiers par la masse de touristes et les v&#233;hicules de location type trottinettes &#233;lectriques ou &lt;i&gt;Segway&lt;/i&gt; qui rendent les d&#233;placements tr&#232;s compliqu&#233;s. Les vieux nous disent qu'ils sortent moins, que l'espace public leur para&#238;t plus hostile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, le r&#233;seau public de transport est lui aussi satur&#233;. &#192; certaines p&#233;riodes de l'ann&#233;e, le m&#233;tro et le bus ne s'arr&#234;tent plus &#224; certaines stations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, il y a aussi un impact &#233;cologique dramatique avec les vols &lt;i&gt;low cost&lt;/i&gt;, les croisi&#232;res, les bus et les voitures dans une ville qui avait d&#233;j&#224; de gros probl&#232;mes de pollution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et c'est fondamental, l'industrie touristique est le pire secteur &#233;conomique quant aux conditions de travail. Dans l'h&#244;tellerie et la restauration, le salaire moyen n'est que la moiti&#233; du salaire moyen g&#233;n&#233;ral. L'argument principal du secteur touristique est qu'il apporte des richesses et du travail. C'est mensonger : les salaires sont merdiques, souvent pay&#233;s au noir, les conditions de travail p&#233;nibles avec des journ&#233;es de douze heures. Ce qui nous am&#232;ne aussi &#224; penser le tourisme comme un probl&#232;me de sant&#233; publique : des riverains ne dorment plus la nuit et les travailleurs subissent une pression dingue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment lutter concr&#232;tement contre cette touristification ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme pour toute lutte sociale, il faut une base. Il s'agit de convaincre du monde et c'est loin d'&#234;tre facile. Ce qu'on a le mieux r&#233;ussi, c'est &#224; d&#233;velopper une autre narration du tourisme dans la ville. Le discours officiel &#8211; dans le secteur priv&#233; comme dans le public &#8211; consiste &#224; dire que le tourisme profite &#224; tout le monde. Alors que personne ne remettait &#231;a en question, des voix se sont progressivement fait entendre. Il y avait beaucoup de rage chez les gens, mais il fallait mettre un discours argument&#233; sur tout &#231;a. C'est pour &#231;a qu'on organise des conf&#233;rences, des rencontres. On n'a pas r&#233;ussi &#224; mobiliser tant de monde que &#231;a dans la rue, mais l'impact m&#233;diatique a &#233;t&#233; assez fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 2016, on s'est mis en r&#233;seau avec d'autres villes, pour constituer le r&#233;seau SET (Sud de l'Europe contre la touristification), avec des gens de Majorque, de Malaga, de Venise, qui &#233;taient impact&#233;s par les m&#234;mes ph&#233;nom&#232;nes et qui avaient des modes de lutte assez similaires. Puis en 2018, des gens de Lisbonne, Porto, Malte et d'autres villes d'Espagne et d'Italie nous ont rejoints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette notion de &lt;i&gt;sud de l'Europe &lt;/i&gt;est tr&#232;s importante. On relie &#231;a aux politiques d'aust&#233;rit&#233;, avec la sensation que le &lt;i&gt;sud de l'Europe&lt;/i&gt; repr&#233;sente le jardin de vacances du Premier monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Venise, des militants anti-tourisme se sont jet&#233;s &#224; l'eau pour forcer les bateaux de croisi&#232;re &#224; faire demi-tour. Quelles actions concr&#232;tes avez-vous men&#233;es ici ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; Venise, c'est particulier, tout le monde circule en bateau. Ici, la Guardia Civil arrive en dix minutes si tu t'approches du port. Il est plus envisageable de bloquer les bus de croisi&#233;ristes. En 2017, on a bloqu&#233; de fa&#231;on coordonn&#233;e sept bus dans sept points de la ville avec comme message &#8220;&lt;i&gt;Stop aux abus touristiques&lt;/i&gt;&#8221;. On a foutu un beau bordel sur fond de batucadas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une de nos actions qui a fait le plus de bruit avait pour but de d&#233;noncer la sp&#233;culation d'AirBnB. &#199;a consistait &#224; r&#233;server un appartement qu'on savait ill&#233;gal, car g&#233;r&#233; par quelqu'un qui en louait quinze autres et qui, pour ses affaires, vidait des b&#226;timents en expulsant les habitants. Une fois &#224; l'int&#233;rieur, on a appel&#233; l'inspection en disant : &#8220;&lt;i&gt;&#201;coutez, on est dedans, y a aucune licence ici.&lt;/i&gt;&#8221; On l'a fait &#224; deux reprises, en accompagnant l'action d'un dossier complet avec toutes les informations sur les propri&#233;t&#233;s et les g&#233;rants des appartements. &#199;a nous a aussi permis de d&#233;monter le discours d'AirBnB qui pr&#233;tend que la plateforme permet aux gens modestes d'am&#233;liorer leurs fins de mois, alors que les profits vont surtout aux gros propri&#233;taires. &#192; Barcelone, 80 % des h&#244;tes ont une seule propri&#233;t&#233; sur la plateforme, mais les 20 % restants g&#232;rent 70 % des propri&#233;t&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2015, Ada Colau, issue du mouvement social contre les expulsions immobili&#232;res, a &#233;t&#233; &#233;lue maire de Barcelone. Elle se repr&#233;sente aux &#233;lections du 26 mai. Que penses-tu de son action contre AirBnB ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour la premi&#232;re fois, la mairie a &#233;labor&#233; un plan pour organiser le logement touristique. C'est positif, mais pour nous il faudrait compl&#232;tement arr&#234;ter d'accorder des licences &#224; ce type de logements &#8211; h&#244;tels ou appartements. La municipalit&#233; a engag&#233; des poursuites, men&#233; des inspections. Mais le syst&#232;me administratif met beaucoup plus de temps &#224; sanctionner les appartements touristiques qu'&#224; expulser des gens de chez eux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mairie dit aussi vouloir aller vers une &#8220;d&#233;concentration&#8221; du tourisme : &#8220;&lt;i&gt;On a beaucoup de touristes sur certains lieux, du coup on va les amener dans d'autres quartiers p&#233;riph&#233;riques&lt;/i&gt;.&#8221; Super ! Sauf que les touristes continueront &#224; aller &#224; la Sagrada Fam&#237;lia ; ils iront simplement envahir aussi d'autres quartiers. La saturation de l'espace public s'&#233;tendra. Autre principe fallacieux : la &#8220;d&#233;saisonnalisation&#8221;. En gros, il faudrait d&#233;sengorger la p&#233;riode printani&#232;re et estivale en faisant venir davantage de touristes &#224; l'automne. Mais &#231;a ne marchera pas. Ces concepts sont des fa&#231;ons de d&#233;guiser l'accroissement &#233;ternel du tourisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re &amp; C&#233;cile Kiefer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire aussi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Un-raco-llibertari-a-Barcelona' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Un rac&#243; llibertari a Barcelona&lt;/a&gt; &#187; : entretien avec I&#241;aki, militant du centre social autog&#233;r&#233; barcelonais El Lokal, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Barcelone-quelle-ville-en-commun' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Barcelone, quelle ville en commun ?&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;n&#176; 174, mars 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> &#171; Le tourisme est une industrie de la compensation &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;De &#171; l'usage &#187; &#224; &#171; l'usure &#187; du monde... Le sociologue Rodolphe Christin a produit un corpus critique d&#233;zinguant l'industrie touristique. Apr&#232;s L'Usure du monde (&#233;ditions L'&#233;chapp&#233;e), son pamphlet Manuel de l'antitourisme (&#233;ditions &#201;cosoci&#233;t&#233;) s'offre une peau neuve avec une r&#233;&#233;dition revue et augment&#233;e. Entretien. Comment en es-tu venu &#224; une r&#233;flexion critique sur le tourisme ? &#171; Au d&#233;part, il y a des r&#234;ves d'adolescence, un attrait pour les voyages et l'aventure. Un imaginaire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no167-juillet-aout-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;167 (juillet-ao&#251;t 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De &#171; l'usage &#187; &#224; &#171; l'usure &#187; du monde...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sociologue Rodolphe Christin a produit un corpus critique d&#233;zinguant l'industrie touristique. Apr&#232;s &lt;i&gt;L'Usure du monde&lt;/i&gt; (&#233;ditions L'&#233;chapp&#233;e), son pamphlet &lt;i&gt;Manuel de l'antitourisme&lt;/i&gt; (&#233;ditions &#201;cosoci&#233;t&#233;) s'offre une peau neuve avec une r&#233;&#233;dition revue et augment&#233;e. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment en es-tu venu &#224; une r&#233;flexion critique sur le tourisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au d&#233;part, il y a des r&#234;ves d'adolescence, un attrait pour les voyages et l'aventure. Un imaginaire assez fort chez moi, auquel s'est combin&#233; un int&#233;r&#234;t pour les sciences humaines : sociologie, ethnologie et anthropologie. Au fil de mes voyages, j'ai constat&#233; qu'il &#233;tait de plus en plus difficile d'&#233;chapper aux organisations touristiques. Cette pr&#233;occupation a donn&#233; lieu &#224; une th&#232;se de sociologie sur l'imaginaire du voyage, qui m'a renvoy&#233; &#224; l'analyse critique de ce ph&#233;nom&#232;ne relativement r&#233;cent dans l'histoire de l'humanit&#233;. Pour qu'il y ait tourisme, il faut une mise en ordre touristique du monde, l'instauration d'un mod&#232;le &#233;conomique et culturel qui, contrairement aux id&#233;es re&#231;ues, contribue &#224; d&#233;truire la diversit&#233; humaine et territoriale. Tourisme et soci&#233;t&#233; de consommation sont indissociables. Cette d&#233;nonciation ne va pas forc&#233;ment de soi &#8211; l'industrie touristique a longtemps b&#233;n&#233;fici&#233; d'un large consensus sur ses bienfaits. Comme si elle portait en elle une &#233;thique rendant toute critique difficile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2570 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH299/-835-f139f.jpg?1779602742' width='500' height='299' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'origine, il s'agit quand m&#234;me d'une conqu&#234;te sociale, celle de 1936 et des cong&#233;s pay&#233;s. Comment la machine se grippe-t-elle par la suite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Effectivement, il y a &#224; partir de 1936 cette vis&#233;e suppos&#233;ment &#233;mancipatrice consistant &#224; lib&#233;rer &#8211; provisoirement &#8211; le travailleur gr&#226;ce &#224; l'acquisition du droit aux cong&#233;s pay&#233;s. Bien entendu, c'est un&#8197;leurre : ces cong&#233;s pay&#233;s restent d&#233;pendants du travail et du salariat. Plus qu'une lib&#233;ration, il s'agit d'un am&#233;nagement de peine. Une question s'est cependant pos&#233;e : comment occuper ce temps lib&#233;r&#233; de mani&#232;re &#224; ne pas laisser s'installer le vice et la d&#233;bauche qui, comme chacun le sait, se nourrissent de l'oisivet&#233; ? Associations, syndicats et diverses organisations ont propos&#233; des activit&#233;s et des s&#233;jours pour meubler un temps, au final, de moins en moins '' libre ''. Dans la foul&#233;e des cong&#233;s pay&#233;s na&#238;t ainsi le tourisme social. Une d&#233;marche d'&#233;ducation populaire guid&#233;e par l'id&#233;e de d&#233;couvrir l'autre et le monde. Mais, avec l'efficacit&#233; qu'on lui conna&#238;t, le capitalisme a pris en main cette tendance qui s'est rapidement av&#233;r&#233;e rentable. Depuis, la demande touristique n'a cess&#233; de cro&#238;tre dans un assentiment g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat : nous avons bascul&#233; dans l'industrie '' d&#233;complex&#233;e '' du tourisme de masse. Celle-ci a largement organis&#233; les territoires &#224; des fins mercantiles. Le tourisme n'a plus comme finalit&#233; la recherche de la diversit&#233; mais celle du divertissement. Il tend &#224; transformer des r&#233;gions enti&#232;res en zones commerciales &#224; ciel ouvert. Pour les territoires non dot&#233;s de capital touristique, on implante des espaces cr&#233;&#233;s de toutes pi&#232;ces &#8211; centres de vacances, parcs &#224; th&#232;mes ou zones de loisirs. Autant d'univers artificiels d&#233;di&#233;s &#224; l'accueil des vacanciers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;i&gt;L'Usure du monde&lt;/i&gt;, tu ressuscites un vieux terme de la psychiatrie, &#171; dromomanie &#187;, pour signifier cette injonction &#224; la mobilit&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La dromomanie signifie la manie du d&#233;placement. Or la mobilit&#233; &#8211; pas simplement le fait d'&#234;tre en vacances, mais de partir en vacances &#8211; a &#233;t&#233; survaloris&#233;e. Comme si rester chez soi &#233;tait une affaire de ringard. Pour &#234;tre moderne, voire postmoderne, il faut forc&#233;ment partir, se sentir &#8220; nomade ''. Pour &#234;tre heureux, intelligent et serein, il faut quitter son chez-soi. Il y a une connotation positive attach&#233;e au fait de se d&#233;placer. L'id&#233;e admise qu'on revient forc&#233;ment l'esprit plus ouvert d'un voyage ou d'un s&#233;jour touristique. Comme si un monde o&#249; les gens se d&#233;placent facilement devait &#234;tre plus harmonieux. Rien ne prouve cette id&#233;e. L'actualit&#233; en M&#233;diterran&#233;e montre que le tourisme effr&#233;n&#233; peut cohabiter avec la r&#233;pression des migrants la plus f&#233;roce. Le monde n'est pas devenu meilleur depuis que les gens se d&#233;placent sans r&#233;fl&#233;chir, de mani&#232;re quasi compulsive, &#224; des fins touristiques. Avant l'invention de la machine &#224; vapeur et du moteur &#224; explosion, et l'am&#233;nagement de voies fluides de circulation, se d&#233;placer &#233;tait une &#233;preuve. Une aventure. On ne savait pas ce qu'on allait rencontrer sur la route, tout pouvait arriver. Il a fallu motoriser le d&#233;placement, le rendre physiquement indolore, pour qu'on puisse se d&#233;placer aussi facilement et gommer un maximum de risques inh&#233;rents au voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pouvoirs publics et les op&#233;rateurs priv&#233;s ont am&#233;nag&#233; l'espace de mani&#232;re &#224; le rendre accessible sans trop d'effort, en s&#233;curit&#233;. Ce maillage du territoire en axes de circulations, zones touristiques et commerciales, canalise et oriente les d&#233;placements. On n'est plus dans l'imaginaire du routard, mais dans celui du circuit organis&#233; et balis&#233;. Chez Jack Kerouac ou Nicolas Bouvier&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;crivain et grand voyageur suisse. Il est l'auteur de L'Usage du monde, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; le voyage est indissociable de l'id&#233;e subversive de l'&#233;vasion. Quand il partait, Bouvier pouvait rester des ann&#233;es sur les routes, la gueule au vent. Cette philosophie a c&#233;d&#233; le pas face &#224; la mise en &#339;uvre d'itin&#233;raires structur&#233;s autour d'&#233;tapes oblig&#233;es, vendues sous forme de clich&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu parles aussi du d&#233;racinement, propre &#224; la fois au touriste et au migrant...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;racinement est en r&#233;alit&#233; le propre de l'homme moderne. Dans les textes de Jack London, on retrouve cet imaginaire de l'aventure li&#233;e au voyage. London vit dans la mis&#232;re &#224; San Francisco. Il d&#233;cide de partir chercher de l'or en Alaska &#8211; il n'en trouvera pas, mais &#233;crira un livre qui fera sa r&#233;putation. Ce Jack London-l&#224; est beaucoup plus proche du migrant d'aujourd'hui qui fuit son pays pour une vie meilleure que du touriste. Aujourd'hui, les v&#233;ritables h&#233;ros du voyage sont les migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a une autre lecture liant touristes et migrants. Le capitalisme a besoin de consommateurs et de producteurs. Le touriste est la version d&#233;localis&#233;e du consommateur, tandis que le migrant est un producteur &#8211; au moins potentiel &#8211; d&#233;racin&#233;. La mondialisation &#233;conomique n&#233;cessite une main-d'&#339;uvre mobile qu'elle pourra employer en fonction de ses besoins. Des individus pr&#234;ts &#224; rompre avec leur territoire, leur famille, pr&#234;ts pour l'exil. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En refa&#231;onnant le monde, l'industrie touristique a produit des &#171; non-lieux &#187;. Des espaces clon&#233;s, indiff&#233;renci&#233;s qu'on retrouve &#224; n'importe quel point du globe...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une expression que j'emprunte &#224; l'anthropologue Marc Aug&#233;, auteur de &lt;i&gt;Non-lieux &#8211; Introduction &#224; une anthropologie de la surmodernit&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233; au Seuil en 1992.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Alors que le tourisme a longtemps &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme une recherche de l'authenticit&#233; et de la diversit&#233;, il produit des lieux similaires o&#249; qu'on soit dans le monde. Des lieux qui ob&#233;issent &#224; des mod&#232;les et des crit&#232;res de qualit&#233; et d'accessibilit&#233; identiques. Rien ne ressemble autant &#224; un village baln&#233;aire de la M&#233;diterran&#233;e fran&#231;aise qu'un village baln&#233;aire de la M&#233;diterran&#233;e tunisienne ou espagnole. En outre, ces non-lieux ob&#233;issent souvent &#224; des logiques d'enfermement. Ils deviennent de plus en plus des espaces clos, d&#233;di&#233;s aux loisirs et &#224; la consommation, fr&#233;quent&#233;s par des gens qui se reconnaissent et n'ont plus de contact avec le monde ext&#233;rieur. Sinon des relations commerciales de prestataire &#224; client.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signe des temps : cette logique de l'enfermement est &#233;rig&#233;e en mod&#232;le par les professionnels du tourisme. Elle serait un moyen de lutter contre les nuisances du tourisme &#8220; sauvage '' ou de type Airbnb. Des touristes qui arrivent dans une ville et se diss&#233;minent de mani&#232;re anarchique seraient plus nocifs pour le territoire que des voyageurs regroup&#233;s dans des lieux d&#233;di&#233;s. Un certain discours de la contention se pare aujourd'hui des vertus du tourisme durable. R&#233;cemment un article du Quotidien du tourisme relatait des propos de dirigeants de soci&#233;t&#233;s expliquant que pour que le tourisme soit moins nuisible, il faut l'organiser de mani&#232;re plus pr&#233;cise. Avec des lieux et des circuits desquels les gens ne s'&#233;chappent pas. L'hyper-organisation comme solution pour lutter contre les nuisances du tourisme non organis&#233;. C'est aussi une fa&#231;on pour les industriels du tourisme de produire une contre-id&#233;ologie face &#224; la mode Airbnb.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sachant que dans ce dernier domaine, on voit pointer de nouvelles tendances avec la vente d' &#8220; exp&#233;riences ''. Non seulement le particulier loue une chambre, mais il peut proposer dor&#233;navant &#224; son client une partie de p&#234;che en montagne ou une soir&#233;e flamenco dans un bar de Paris. Ce qui &#233;tait de l'ordre de la gratuit&#233; entre amis, ou bien de la rencontre de hasard, devient, avec l'ub&#233;risation, source de profit. Tout le monde se mue en agent touristique potentiel et tout devient &#8220; touristiquement '' exploitable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Barcelone, des voix s'&#233;l&#232;vent contre une peste touristique invasive et faisant flamber l'immobilier. Penses-tu qu'on assiste l&#224; &#224; l'&#233;mergence d'une pens&#233;e critique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, je pense m&#234;me qu'on a franchi un palier cette ann&#233;e avec des concepts &#233;mergents comme le &#8220; surtourisme '' pour d&#233;signer des lieux gagn&#233;s par une saturation touristique. Les termes &#8220; tourismophobie'' ou &#8220; touristophobie '' sont de plus en plus utilis&#233;s. Les op&#233;rateurs touristiques s'inqui&#232;tent de ces contestations qui agitent des villes comme Barcelone, Dubrovnik ou Venise face &#224; ces perp&#233;tuels flots touristiques. En 2016, la mairie de Barcelone a inflig&#233; de fortes amendes &#224; six plate formes de location de logements en ligne. En novembre dernier, elle a sanctionn&#233; &#224; hauteur de 600 000 &#8364; Airbnb et HomeAway pour locations ill&#233;gales. La pression immobili&#232;re est telle que la mairie intervient pour que les Barcelonais ne se fassent pas &#233;reinter en cherchant &#224; se loger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste dans ces &#8220; &lt;i&gt;hot spot&lt;/i&gt; '' &#224; une intensification de l'emprise touristique qui chasse la vie locale en la rendant impossible. Les travailleurs ne peuvent plus bosser &#224; cause des embouteillages, la moindre action banale de la vie quotidienne, comme acheter une baguette de pain, implique de faire une demi-heure de queue. Le tourisme ne permet plus que la vie touristique. Il proc&#232;de par une privatisation de l'espace commun, mais la gestion de ses nuisances reste &#224; la charge des pouvoirs publics. Une externalisation des co&#251;ts assez forte au demeurant. Sans compter l'aspect environnemental et sanitaire. En M&#233;diterran&#233;e, il y a une grosse activit&#233; croisi&#233;riste. On sait qu'un bateau de croisi&#232;re &#233;met en moyenne en une journ&#233;e autant de particules fines qu'un million de voitures. 8 % des gaz &#224; effet de serre sont produits par l'industrie touristique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; ce proc&#232;s &#224; charge, la critique de l'industrie touristique n'est pas toujours facile...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a certains freins psychologiques. Une esp&#232;ce d'enchantement qui fait que les gens n'ont pas conscience des dessous de l'industrie touristique. La d&#233;couverte et le voyage sont plac&#233;s en premi&#232;re ligne du plaisir touristique, mais toute l'infrastructure qui permet au syst&#232;me d'&#234;tre ce qu'il est n'est pas per&#231;ue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On pourrait ressortir ce vieux concept d'ali&#233;nation...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, mais l'ali&#233;nation contient l'id&#233;e de souffrance alors que le tourisme prend les formes d'un certain h&#233;donisme. L'addiction touristique en est d'autant plus forte. Tout le monde a envie de partir en vacances et de profiter du soleil, des cocktails, des balades. On entend souvent les gens dire : &#8220; Il faut que je parte en vacances sinon je vais p&#233;ter un c&#226;ble. J'ai besoin de me ressourcer. '' Ces r&#233;flexes nous renvoient &#224; nos conditions de vie devenues invivables. &#192; tel point qu'on part oublier son quotidien dans des espaces produits &#224; cet effet. Le tourisme est une industrie de la compensation : je souffre, je travaille toute l'ann&#233;e, donc je m'octroie ces quelques semaines de r&#233;pit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition du tourisme est devenue tellement extensive que tout peut devenir &#8220; tourisme ''. Cons&#233;quence : tu ne peux plus critiquer le ph&#233;nom&#232;ne. Tu vas voir ta m&#232;re en Bretagne ? Tu fais du tourisme. Tu es en d&#233;placement professionnel et le soir, avant de rejoindre ta chambre d'h&#244;tel, tu vas voir une expo ? Tu fais du tourisme. Il y a une esp&#232;ce de naturalisation de l'activit&#233; touristique qui rend tout potentiellement touristique. Critiquer le tourisme, c'est alors comme critiquer le fait de respirer, boire et manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il faut revenir aux racines du probl&#232;me. Historiquement, le d&#233;veloppement du tourisme est li&#233; au d&#233;veloppement du capitalisme. Il se r&#233;pand avec la soci&#233;t&#233; industrielle. Sortir du capitalisme et de la soci&#233;t&#233; de consommation, c'est sortir du tourisme. C'est aller vers une soci&#233;t&#233; du bien-vivre, respectueuse des vies humaines et non humaines. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;crivain et grand voyageur suisse. Il est l'auteur de &lt;i&gt;L'Usage du monde&lt;/i&gt;, livre mythique publi&#233; en 1963 et auquel fait directement r&#233;f&#233;rence Rodolphe Christin dans le titre de son ouvrage&lt;i&gt; L'Usure du monde&lt;/i&gt; (2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Publi&#233; au Seuil en 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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