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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Face &#224; l'inflation, quelles poches de r&#233;sistance ?</title>
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		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Introduction de notre dossier d'octobre, consacr&#233; &#224; l'inflation, ses causes et quelques moyens d'essayer d'y faire face. Ces derniers mois, &#224; chaque fois qu'on passe &#224; la caisse, on se pince. Au supermarch&#233;, des plaquettes de beurre sont affich&#233;es &#224; 2,50 balles, des packs de bi&#232;re fr&#244;lent un euro la petite bouteille de 25 cl... De retour chez soi, on tombe sur des factures d'&#233;lec' et de gaz hallucinantes. Pas de doute, nos budgets mensuels sont &#224; revoir, il faut se r&#233;organiser, rogner les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no213-octobre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;213 (octobre 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/6col" rel="tag"&gt;6col&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/prix-4622" rel="tag"&gt;prix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/collective" rel="tag"&gt;collective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-inflation" rel="tag"&gt;l'inflation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/marks" rel="tag"&gt;marks&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Introduction de notre dossier d'octobre, consacr&#233; &#224; l'inflation, ses causes et quelques moyens d'essayer d'y faire face.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4740 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/zzz213_6col_03.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH432/zzz213_6col_03-2b13c.jpg?1783564318' width='500' height='432' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par 6col
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;es derniers mois, &#224; chaque fois qu'on passe &#224; la caisse, on se pince. Au supermarch&#233;, des plaquettes de beurre sont affich&#233;es &#224; 2,50 balles, des packs de bi&#232;re fr&#244;lent un euro la petite bouteille de 25 cl... De retour chez soi, on tombe sur des factures d'&#233;lec' et de gaz hallucinantes. Pas de doute, nos budgets mensuels sont &#224; revoir, il faut se r&#233;organiser, rogner les d&#233;penses, faire ses courses ailleurs &#8211; pour qui a encore les moyens d'en faire. Pendant ce temps, pour certains, le salaire grimpe. Un peu. Pas assez. On refait trois fois ses comptes : combien &#231;a fait de plaquettes de beurre &#224; 2,50 euros, un mi-temps au Smic horaire r&#233;&#233;valu&#233; de 4 % ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre, l'Insee estimait l'inflation &#224; 5,6 % sur un an. Mais sur certains produits du quotidien, &#231;a explose. L'huile de tournesol, en p&#233;nurie depuis la guerre en Ukraine, a pris 130 %. Les coquillettes, 30 %. Le PQ, 11 % &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde (29/09/2022).&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. C'est &#233;norme. Et tout laisse &#224; penser que ce n'est pas fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inflation nous parle d'un temps que les moins de 60 ans ne se rappellent pas des masses. On a vaguement en t&#234;te les photos des livres d'histoire o&#249; l'on voit les Allemands de 1923 retapissant leurs chambres avec des biffetons et achetant leurs patates avec des brouettes de marks contremarqu&#233;s au tampon rouge : &#171; &lt;i&gt; 5 000 marks 1 milliard de marks&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Petit exemple de la perte de valeur de la monnaie allemande &#224; l'&#233;poque : en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Mais pour la plupart des Europ&#233;ens d'aujourd'hui, m&#234;me quand on n'en a pas beaucoup, un sou est &#224; peu pr&#232;s un sou. Bien s&#251;r, sur le long terme, les trucs augmentent ; en une g&#233;n&#233;ration, le prix des loyers en France a largement d&#233;pass&#233; le seuil d'ind&#233;cence ; et, de temps &#224; autre, l'augmentation du prix d'un produit de base met une part de la population dans la mouise &#8211; et la jette sur les ronds-points. Mais dix balles, dans la vie de tous les jours, &#231;a restait dix balles. Plus maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient cette inflation ? Qui profite de la hausse des prix ? Comment interpr&#233;ter la r&#233;action des gouvernements qui jettent quelques miettes aux pauvres, et des banques centrales qui augmentent les taux d'int&#233;r&#234;t ? Et qu'est-ce qu'on peut faire pour s'en sortir ensemble et le moins mal possible ? &#192; l'origine de ce dossier, il y a notre besoin de r&#233;cup&#233;rer quelques billes de compr&#233;hension afin d'esp&#233;rer recevoir la vague moins violemment et, surtout, la n&#233;cessit&#233; d'aller gratter ici et l&#224; les pistes d'organisation collective &#224; imaginer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous aider &#224; mieux saisir les logiques de ce foutoir, Romaric Godin, journaliste &#233;conomique &#224; &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;, a r&#233;pondu &#224; nos questions. Sa conclusion est claire : l'inflation est le r&#233;sultat des dysfonctionnements du capitalisme contemporain ; pour pouvoir continuer de se goinfrer, les &#233;lites s'appr&#234;tent &#224; faire cracher les classes populaires ; et on ne s'en sortira que par les luttes &lt;i&gt;[lire pp. 12, 13 et 14]&lt;/i&gt;. C'est ce qu'ont bien compris nos camarades du Royaume-Uni, o&#249; la b&#233;r&#233;zina &#233;conomique a soudainement mis fin &#224; des d&#233;cennies d'atonie sociale. &lt;i&gt;Go on, folks ! [pp. 10 et 11]&lt;/i&gt;. Pendant ce temps, sur certains points du globe, d'autres emploient la mani&#232;re forte. Ainsi de ces Libanais qui, depuis quelques mois, se sont mis &#224; braquer leur propre banque pour r&#233;cup&#233;rer leurs &#233;conomies. Des mobilisations qui ne sont pas sans rappeler celles de S&#233;n&#233;galais qui en 2011 sont all&#233;s jusqu'&#224; mettre le feu &#224; des agences de la compagnie nationale d'&#233;lectricit&#233; &lt;i&gt;[p. 18]&lt;/i&gt;. Tout cramer. La recette est ancienne, elle n'en reste pas moins excellente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, on n'en est pas l&#224;. Les conseils des radios et des t&#233;l&#233;s &lt;i&gt;[p. 15]&lt;/i&gt; pour &#233;conomiser trois sous &#8211; &#171; &lt;i&gt;ne pas faire ses courses quand on a faim&lt;/i&gt; &#187; &#8211; pourraient donner &#224; plus d'un des envies de d&#233;capitation collective. Mais dans l'imm&#233;diat, il faut bien survivre. Alors de mille mani&#232;res on bricole, on se d&#233;brouille, par exemple comme ces chiffonniers qui vendent leurs maigres trouvailles sur le march&#233; informel qui jouxte les puces de Marseille, &#224; l'or&#233;e des quartiers Nord de la ville &lt;i&gt;[p. 16]&lt;/i&gt;. Et puis, ici comme ailleurs, des Gilets jaunes, toujours mobilis&#233;s, tentent d'initier un mouvement d'auto-organisation et de lutte contre l'augmentation des prix &lt;i&gt;[p. 17]&lt;/i&gt;. En attendant que le brasier prenne, on m&#233;dite des exp&#233;riences inspirantes, comme celle de ces quatre voisins qui, il y a une dizaine d'ann&#233;es, ont fait caisse commune pendant deux ans &#8211; avec des r&#233;sultats qui ont d&#233;pass&#233; tous leurs espoirs &lt;i&gt;[p. 19]&lt;/i&gt;. De petites pratiques d'auto-organisation comme celle-ci, il en faudra bien davantage. Car face au retour de l'inflation qui nous laisse comme deux ronds de flan, une chose est s&#251;re, il n'y aura de survie que collective. &lt;i&gt;Adelante !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (29/09/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Petit exemple de la perte de valeur de la monnaie allemande &#224; l'&#233;poque : en janvier 1923, un dollar am&#233;ricain s'&#233;change contre 18 000 marks. En novembre, il en vaut 4 200 milliards.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Kamel Daoudi : enferm&#233; dehors</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Kamel-Daoudi-enferme-dehors</link>
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		<dc:creator>Etom</dc:creator>


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		<dc:subject>Kamel Daoudi</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Lib&#233;r&#233; de prison en 2008 apr&#232;s avoir &#233;t&#233; condamn&#233; pour &#171; association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste &#187; islamiste, Kamel Daoudi est, depuis, assign&#233; &#224; r&#233;sidence. On a &#233;chang&#233; avec lui &#224; l'occasion de la parution de son livre Je suis libre... dans le p&#233;rim&#232;tre qu'on m'assigne (&#201;ditions du bout de la ville, mai 2022). Cela fait vingt et un ans que Kamel Daoudi est enferm&#233;. D'abord, sept ans de d&#233;tention (dont quatre de pr&#233;ventive), puis quatorze &#224; l'air libre, mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pointages" rel="tag"&gt;pointages&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lib&#233;r&#233; de prison en 2008 apr&#232;s avoir &#233;t&#233; condamn&#233; pour &#171; association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste &#187; islamiste, Kamel Daoudi est, depuis, assign&#233; &#224; r&#233;sidence. On a &#233;chang&#233; avec lui &#224; l'occasion de la parution de son livre &lt;i&gt;Je suis libre... dans le p&#233;rim&#232;tre qu'on m'assigne&lt;/i&gt; (&#201;ditions du bout de la ville, mai 2022).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4733 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd_212_victor_cqfdkamel1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH386/cqfd_212_victor_cqfdkamel1-21d48.jpg?1782663192' width='500' height='386' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Victor
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;ela fait vingt et un ans que Kamel Daoudi est enferm&#233;. D'abord, sept ans de d&#233;tention (dont quatre de pr&#233;ventive), puis quatorze &#224; l'air libre, mais avec interdiction de quitter une zone d&#233;limit&#233;e par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur : il est assign&#233; &#224; r&#233;sidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on lui reproche ? En 2001, &#171; &lt;i&gt;je me suis retrouv&#233; bien malgr&#233; moi dans l'affaire dite &#8220;du projet d'attentat contre l'ambassade des &#201;tats-Unis &#224; Paris&#8221; ou &#8220;affaire Beghal&#8221;&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit-il d&#232;s les premi&#232;res pages de son livre &lt;i&gt;Je suis libre... dans le p&#233;rim&#232;tre qu'on m'assigne &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tr&#232;s actif sur les r&#233;seaux sociaux, Kamel Daoudi y trouve un peu d'ouverture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, paru aux &#201;ditions du bout de la ville en mai dernier. &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r, j'ai toujours ni&#233; un quelconque projet d'attentat&lt;/i&gt;, se d&#233;fend-t-il.&lt;i&gt; Mais &lt;/i&gt;[en 2005]&lt;i&gt; j'ai &#233;cop&#233; malgr&#233; tout de six ans de prison ferme, d'une interdiction d&#233;finitive du territoire fran&#231;ais prononc&#233;s par la cour d'appel de Paris pour &#8220;association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste&#8221; et on m'a retir&#233; la nationalit&#233; fran&#231;aise acquise par naturalisation &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233; en Alg&#233;rie en 1974, Kamel Daoudi est arriv&#233; en France &#224; l'&#226;ge de 5 ans.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de deux d&#233;cennies plus tard, alors qu'il a purg&#233; sa peine, l'&#201;tat fran&#231;ais ne cesse de trouver de nouvelles strat&#233;gies pour continuer &#224; le contraindre. Le 22 juin dernier, la cour d'appel de Paris &#233;tait appel&#233;e &#224; statuer sur une requ&#234;te en rel&#232;vement de son interdiction d&#233;finitive du territoire fran&#231;ais, cens&#233;e &#233;valuer le sens de son assignation &#224; r&#233;sidence. Cette fois, ce sont de fantomatiques liens avec l'&#171; ultra-gauche &#187; qui lui sont reproch&#233;s &#224; l'audience : Kamel Daoudi a en effet co-sign&#233; une tribune pour la lib&#233;ration de Libre Flot (arr&#234;t&#233; en 2020 et accus&#233; d'avoir constitu&#233; sur le sol fran&#231;ais un &#171; groupe clandestin arm&#233; &lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet :&#171; Ce sont mes opinions politiques qu'on essaie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;) et apport&#233; son soutien sur Twitter au m&#233;dia &lt;i&gt;Nantes r&#233;volt&#233;e&lt;/i&gt;, menac&#233; de dissolution par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur &lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire : &#171; En annon&#231;ant vouloir dissoudre Nantes r&#233;volt&#233;e, &#8220;ce gouvernement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kamel Daoudi, qui a pour habitude de se pr&#233;senter comme un &#171; Sisyphe des temps modernes &#187; tant sa situation r&#233;v&#232;le l'absurdit&#233; d'un syst&#232;me qui s'acharne, a bien voulu d&#233;cortiquer dans nos pages sa situation kafka&#239;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s un long s&#233;jour en prison, tu as &#233;t&#233; assign&#233; &#224; r&#233;sidence. Quelle diff&#233;rence fais-tu entre ces deux r&#233;gimes de privation de libert&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; en 2001 et en six ans et neuf mois, j'ai &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233; dans &#224; peu pr&#232;s vingt-cinq prisons diff&#233;rentes. Comme j'avais le statut de &#8220;d&#233;tenu particulier signal&#233;&#8221; (DPS), j'&#233;tais chang&#233; d'&#233;tablissement en moyenne tous les trois mois. Parfois, je restais juste quelques jours. Au total, sur toute la dur&#233;e de ma d&#233;tention, j'ai pass&#233; pas loin de quatre ans en quartier d'isolement. Sans compter qu'en 2009, j'ai &#233;t&#233; r&#233;incarc&#233;r&#233; quatre mois et demi pour &#234;tre sorti du p&#233;rim&#232;tre d'assignation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je suis assign&#233; &#224; r&#233;sidence depuis plus de quatorze ans. Pour moi, avec l'assignation, c'est comme si on partait du principe que je suis irr&#233;cup&#233;rable, que je ne ferai plus jamais partie de la soci&#233;t&#233;. L'institution consid&#232;re que j'en refuse les r&#232;gles et que la seule fa&#231;on de me neutraliser, c'est de me mettre hors du temps et hors de l'espace. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu te souviens de la journ&#233;e du 24 avril 2008, date &#224; laquelle ton assignation a d&#233;but&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En fait, c'est plus pr&#233;cis&#233;ment dans la nuit du 24 au 25 avril 2008. Je sors de prison le 21 avril. Puis, je suis conduit &#224; la pr&#233;fecture de Paris. On m'informe que je dois quitter le territoire. On me transf&#232;re alors au centre de r&#233;tention administrative de Vincennes (Val-de-Marne). Le projet du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur et du gouvernement fran&#231;ais, c'est de m'expulser vers l'Alg&#233;rie. Mais l&#224;-bas, je risque de refaire de la prison puisqu'un individu peut y &#234;tre condamn&#233; &#224; nouveau pour des faits pour lesquels il a d&#233;j&#224; purg&#233; une peine. L'autre risque, c'est que je subisse des traitements d&#233;gradants et inhumains, allant &#224; l'encontre de la Convention europ&#233;enne des droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu de temps avant, j'avais fait une demande aupr&#232;s de la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme (CEDH) pour ne pas &#234;tre expuls&#233; vers l'Alg&#233;rie. En attendant que la Cour tranche, elle demande &#224; la France de suspendre mon expulsion. Comme on ne peut pas m'expulser, on me dit : &lt;i&gt;&#8220;Vous allez aller &#224; Aubusson dans les prochaines heures.&#8221;&lt;/i&gt; Je suis assign&#233; &#224; r&#233;sidence. J'ai &#224; peine le temps de passer chez mes parents que je me retrouve &#224; faire le trajet avec mon fr&#232;re entre la r&#233;gion parisienne et cette petite ville de la Creuse, de nuit pour arriver &#224; temps pour le premier pointage &#224; la gendarmerie, &#224; 8 h 45. J'aurai deux pointages &#224; faire par jour. Le premier &#224; 8 h 45, le deuxi&#232;me &#224; 17 h 45. L'&#201;tat m'assigne pour r&#233;sidence une chambre d'h&#244;tel, en bordure de la ville. Les premiers jours, je suis un peu en stress. Je viens de sortir de prison, j'&#233;tais en quartier d'isolement et me voil&#224; en pleine campagne. Je me demande pourquoi on m'a emmen&#233; dans un bled paum&#233;. Et &#224; la fois, je vis &#231;a presque comme un luxe. Je passe d'une cellule minuscule &#224; une &#233;tendue de vert, avec des vaches partout. C'est une esp&#232;ce de petit bonheur. Mais &#231;a, c'est parce que je ne sais pas encore ce que c'est que l'assignation &#224; r&#233;sidence. Je vais vite comprendre que ce n'est pas du tout une situation enviable, que c'est au contraire un pi&#232;ge bien aff&#251;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4734 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd_212_victor_kamel2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH922/cqfd_212_victor_kamel2-59c5a.jpg?1782663192' width='500' height='922' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Victor
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; quel moment tu le comprends ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au d&#233;but, je suis assez optimiste. Surtout parce que je rencontre rapidement celle qui va devenir ma compagne. Je sors de prison et dans mon malheur, je vis une histoire d'amour. Je suis un peu sur un nuage. L&#224; o&#249; je vais comprendre que les choses vont durer, c'est quand le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur demande &#224; ma femme de faire une attestation sur l'honneur pour d&#233;clarer que c'est elle qui prendra d&#233;sormais en charge mon h&#233;bergement. Ils avaient fait une enqu&#234;te et avaient constat&#233; que je ne dormais plus &#224; l'h&#244;tel mais chez ma compagne. Je comprends que mes faits et gestes sont surveill&#233;s. Que le chemin ne va pas &#234;tre facile. Que c'est une course de fond.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Je comprends que mes faits et gestes sont surveill&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Autre &#233;l&#233;ment : &#224; ce moment, les autorit&#233;s fran&#231;aises esp&#232;rent toujours voir se concr&#233;tiser l'interdiction d&#233;finitive du territoire fran&#231;ais &lt;i&gt;[prononc&#233;e en 2005]&lt;/i&gt;. Sauf que le 3 d&#233;cembre 2009, la CEDH rend sa d&#233;cision et s'oppose &#224; mon expulsion vers l'Alg&#233;rie. En fait, je me retrouve interdit de territoire tout en &#233;tant inexpulsable ! Et l&#224;, je comprends que la situation va durer un moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve que cette d&#233;cision tombe un jour particulier. Ce 3 d&#233;cembre, on est en plein hiver, les routes sont enneig&#233;es. Ma femme est enceinte de huit mois, elle doit se rendre &#224; Limoges, &#224; 90 km d'Aubusson, pour une &#233;chographie. Je prends la d&#233;cision de l'accompagner. Sur la route, on est arr&#234;t&#233;s &#224; 18 km d'Aubusson : on se trouve en dehors du p&#233;rim&#232;tre d'assignation. On comprend qu'on a &#233;t&#233; pris en filature. Je suis alors plac&#233; en garde &#224; vue, le procureur me poursuit pour non-respect de mon assignation. Je suis finalement condamn&#233; &#224; six mois de prison et incarc&#233;r&#233; &#224; 450 km de mon foyer. Je ne serai pas pr&#233;sent pour la naissance de mon enfant. Apr&#232;s quatre mois et demi au centre p&#233;nitentiaire de Vivonne (Vienne), une fois de plus comme DPS, les autorit&#233;s fran&#231;aises &#233;tudient de nouveau la possibilit&#233; de m'expulser mais &#231;a tombe &#224; l'eau. &#192; ma sortie de d&#233;tention, on m'envoie alors en Haute-Marne. C'est, bien s&#251;r, pour m'&#233;loigner de ma compagne qui vit toujours &#224; Aubusson : l'id&#233;e qu'elle ait pu tenter de me faire &#233;vader le jour o&#249; nous sommes all&#233;s &#224; l'h&#244;pital ne leur sort pas de la t&#234;te. Je suis conduit dans un petit village qui s'appelle Longeau-Percey, dont on peut au moins retenir qu'il a &#233;t&#233; le lieu d'une bataille pendant la guerre de 1870 contre les Prussiens... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu auras visit&#233; la France...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai connu sept lieux d'assignation &#224; r&#233;sidence. Aubusson, Longeau-Percey, Fayl-Billot dans la Haute-Marne toujours, Lacaune et Carmaux dans le Tarn, Saint-Jean-d'Ang&#233;ly en Charente-Maritime et Aurillac, dans le Cantal, o&#249; je vis encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y suis depuis trois ans. J'ai d'abord v&#233;cu &#224; l'h&#244;tel (je ne compte pas le nombre d'h&#244;tels dans lesquels j'ai habit&#233;...) et maintenant, depuis mai 2019, dans un appartement. Il est lou&#233; par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, je suis donc son sous-locataire ! C'est bien pratique, ils font ce qu'ils veulent, ils n'ont pas besoin de saisir le pr&#233;fet ou qui que ce soit pour faire une perquisition par exemple. Le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur se charge de payer le loyer et les charges, mais je n'ai droit &#224; rien, pas m&#234;me au revenu de solidarit&#233; active (RSA). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ton livre, tu &#233;cris : &#171; &lt;i&gt;L'assign&#233; &#224; r&#233;sidence doit analyser le moindre geste banal pour un individu libre afin de d&#233;terminer s'il est r&#233;alisable dans les limites d'espace et de temps qui lui sont imparties&lt;/i&gt; &#187;... Tu peux revenir sur cette notion de temps et d'espace ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai l'impression que finalement, mon quotidien est un jour sans fin. C'est-&#224;-dire que j'ai l'impression de vivre la m&#234;me journ&#233;e depuis le 24 avril 2008. La routine vient happer ce qui fait la singularit&#233; de chaque journ&#233;e. Elle est extr&#234;mement d&#233;l&#233;t&#232;re et finit par broyer. Il y a une expression qui dit :&lt;i&gt;&#8220;Les jours se suivent et se ressemblent.&#8221;&lt;/i&gt; Cette expression caract&#233;rise l'assignation &#224; r&#233;sidence et je pousserais m&#234;me l'expression plus loin en disant : &lt;i&gt;&#8220;Le jour se suit et se ressemble.&#8221;&lt;/i&gt; Ce qui va ponctuer cette journ&#233;e qui semble infinie, ce ne sont ni le soleil ni la lune, ni le jour ni la nuit mais les pointages. Ce sont eux qui organisent le temps. Tant&#244;t, il s'acc&#233;l&#232;re &#224; l'approche des pointages, tant&#244;t il est tr&#232;s coulant, un peu sirupeux. Une seconde peut &#234;tre une heure et une heure peut valoir une seconde, donc forc&#233;ment &#231;a cr&#233;e un d&#233;calage. Surtout avec ma famille, avec mes enfants qui vivent &#231;a. Ils vivent un rapport au temps normal pendant les cinq jours de la semaine et quand ils viennent me voir le week-end, ils sont plong&#233;s dans une 4e dimension o&#249; le temps n'a plus tout &#224; fait la m&#234;me valeur.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai l'impression de vivre la m&#234;me journ&#233;e depuis le 24 avril 2008.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ma femme et mes enfants vivent ainsi l'assignation &#224; r&#233;sidence chaque week-end et pendant les vacances. Le trajet du vendredi soir, que ma compagne fait pour venir me voir et qui dure 2 heures 30, elle l'utilise pour s'adapter &#224; moi, un peu comme un &lt;i&gt;jetlag&lt;/i&gt; quoi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elle est l&#224;, ma femme m'accompagne pour les pointages. L'espace est aussi limit&#233; donc tr&#232;s vite, on voit les choses possibles et celles qui ne le sont pas : toutes les activit&#233;s familiales, on les fait dans la limite de la commune. C'est une forme de solidarit&#233;, une mani&#232;re de dire qu'on est sur le m&#234;me bateau. Aller au cin&#233;ma par exemple, ce n'est pas envisageable, ou alors c'est compliqu&#233;. On ne peut pas choisir le film qu'on veut, il faut trouver une s&#233;ance intercalable entre les pointages. C'est pareil pour tout. &#192; un moment, j'ai eu quatre pointages quotidiens, j'avais &#224; peine le temps de quitter le commissariat qu'il fallait y retourner. Avec quatre pointages, tu n'as plus de vie. C'est extr&#234;mement stressant, il faut toujours regarder la montre. Et puis, il y a aussi le couvre-feu de 21 heures &#224; 7 heures du matin, auquel je suis toujours soumis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De ce v&#233;cu, tu as tir&#233; ton livre...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai toujours eu un rapport &#224; l'&#233;criture assez intime. Mon p&#232;re &#233;tant illettr&#233;, je lui servais un peu de secr&#233;taire quand il y avait des d&#233;marches &#224; faire. Apr&#232;s, on peut dire que j'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire en prison &lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a notamment &#233;crit pour le journal anticarc&#233;ral L'Envol&#233;e.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. C'est l&#224; que j'ai manifest&#233; un int&#233;r&#234;t pour l'&#233;criture. D&#233;j&#224; parce que j'avais beaucoup de temps. J'ai pour habitude de dire que c'est d'ailleurs la seule chose de libre qu'on a en prison : le temps. &#201;crire est une mani&#232;re de s'&#233;chapper. Une mani&#232;re d'&#234;tre un peu libre, de se construire un espace qui soit adapt&#233; &#224; ses d&#233;sirs, &#224; ses perceptions et pour essayer de le partager avec d'autres personnes, &#224; l'ext&#233;rieur. Je faisais des textes assez courts parce que la prison, c'est un monde o&#249; il est difficile de d&#233;velopper des id&#233;es, surtout vu les conditions d&#233;l&#233;t&#232;res dans lesquelles je me trouvais &#224; l'isolement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a faisait un petit moment que je pensais &#224; &#233;crire un livre. Mais &#233;crire un truc li&#233; intimement &#224; mon v&#233;cu ou &#224; mon quotidien, eh bien, &#231;a me rappelait ma condition en fait. C'&#233;tait un peu une double peine, quoi. Ma femme et moi, on a quand m&#234;me r&#233;fl&#233;chi &#224; comment on pouvait faire comprendre un peu plus ce qu'on vivait. On a fini par se dire qu'il fallait poser quelque chose. Et pour &#231;a, la chose la plus simple et qui existe depuis des lustres, c'&#233;tait d'&#233;crire un livre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Etom&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tr&#232;s actif sur les r&#233;seaux sociaux, Kamel Daoudi y trouve un peu d'ouverture sur le monde et y publie des billets d'humeur : son livre rassemble des textes &#233;crits ces derni&#232;res ann&#233;es. Il y d&#233;crit aussi sa lutte quotidienne et analyse le dispositif d'assignation &#224; r&#233;sidence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;N&#233; en Alg&#233;rie en 1974, Kamel Daoudi est arriv&#233; en France &#224; l'&#226;ge de 5 ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet :&#171; Ce sont mes opinions politiques qu'on essaie de criminaliser &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;210 (juin 2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire : &#171; En annon&#231;ant vouloir dissoudre Nantes r&#233;volt&#233;e, &#8220;ce gouvernement s'attaque &#224; la libert&#233; d'expression&#8221;, &lt;i&gt;Basta !&lt;/i&gt; (27/01/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il a notamment &#233;crit pour le journal anticarc&#233;ral &lt;i&gt;L'Envol&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>S'&#233;chapper de la zonz</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/S-echapper-de-la-zonz</link>
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		<dc:date>2022-03-11T11:43:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margaux Wartelle</dc:creator>


		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Se faire la malle, par tous les moyens possibles. Se faire prendre. Et recommencer. Dans &#171; Le M&#233;cano de l'&#233;vasion &#187;, podcast de neuf courts &#233;pisodes, Nordin raconte ses ann&#233;es de cabane en Belgique, la lente &#233;rosion de la raison, et ses tentatives &#8211; multiples et d&#233;sesp&#233;r&#233;es &#8211; de retrouver un peu de libert&#233;. Peut-&#234;tre manque-t-il le tunnel creus&#233; &#224; la petite cuill&#232;re. Et encore, il y a pens&#233;, c'est s&#251;r. Nordin pourrait &#233;crire un tuto &#233;vasion. Chapitre 1 : par la grande porte. Chapitre 2 : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no207-mars-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;207 (mars 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/temps" rel="tag"&gt;temps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/voix" rel="tag"&gt;voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Peut-etre" rel="tag"&gt;Peut-&#234;tre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nordin" rel="tag"&gt;Nordin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/evasion-18056" rel="tag"&gt;&#233;vasion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cuillere" rel="tag"&gt;cuill&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Se faire la malle, par tous les moyens possibles. Se faire prendre. Et recommencer. Dans &#171; Le M&#233;cano de l'&#233;vasion &#187;, podcast de neuf courts &#233;pisodes, Nordin raconte ses ann&#233;es de cabane en Belgique, la lente &#233;rosion de la raison, et ses tentatives &#8211; multiples et d&#233;sesp&#233;r&#233;es &#8211; de retrouver un peu de libert&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Peut-&#234;tre manque-t-il le tunnel creus&#233; &#224; la petite cuill&#232;re. Et encore, il y a pens&#233;, c'est s&#251;r. Nordin pourrait &#233;crire un tuto &#233;vasion. Chapitre 1 : par la grande porte. Chapitre 2 : avec une corde. Chapitre 3 : en h&#233;lico. On s'y perd dans le d&#233;roul&#233;, le nombre, les fa&#231;ons. Prison - &#233;vasion - cachot - &#233;vasion - cachot. Peu de personnes s'&#233;chappent des taules belges ? C'est que c'est encore un bon filon, se dit-il. Et en effet, peu importe le pays &#8211; Belgique, Pays-Bas &#8211;, peu importe le degr&#233; de s&#233;curit&#233;, il trouve une br&#232;che. Sans fanfaronnade, juste par n&#233;cessit&#233; vitale. Au prix d'une vie bien ab&#238;m&#233;e : dix-huit ann&#233;es de taule, dont quinze en r&#233;gime particulier, isol&#233; de tout et de tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tu entends le bruit du calme, au point parfois d'entendre les mouches marcher. Alors tu dois faire le bruit dans ta t&#234;te.&lt;/i&gt; &#187; De la prison qui casse, Nordin dit les hallucinations, la goutte d'eau qui rend fou, les paroles d&#233;bit&#233;es pour soi. &#171; &lt;i&gt;Tout ce que toi tu penses dans ta t&#234;te, moi je le disais &#224; haute voix : Ah je vais me brosser les dents&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Ah faut que je fasse le caf&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! &#201;tant donn&#233; qu'il y a pas de voix, ben j'&#233;coutais ma voix. Et &#231;a c'est des trucs que je fais tous les jours. Encore aujourd'hui.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, Nordin est dehors, avec femme et enfants. Et les voitures ne volent pas. &#171; &lt;i&gt;Tout le monde me disait : tu vas sortir, les voitures vont voler. Mais les gens se sont mis &#224; voler, &#224; avoir les chevilles qui enflent.&lt;/i&gt; &#187; Il remonte le fil, se confie, simplement, pendant une heure et demie : son enfance, ses ann&#233;es en &lt;i&gt;zonz&lt;/i&gt;, ce syst&#232;me pourri qui &#171; &lt;i&gt;restera le m&#234;me&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;On dompte pas un syst&#232;me qui existe depuis la nuit des temps. [&#8230;] On va passer, y'aura d'autres apr&#232;s nous. [&#8230;] C'est comme si tu disais : je perds mon temps. Non c'est le temps qui t'a perdu. Le temps il est l&#224; depuis la nuit des temps. Il va continuer &#224; &#234;tre l&#224; apr&#232;s ta mort. Donc qui a perdu qui&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margaux Wartelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le M&#233;cano de l'&#233;vasion &#187;, s&#233;rie radiophonique r&#233;alis&#233;e par Chedia Le Roij. &#192; &#233;couter sur &lt;i&gt;Radiola.be&lt;/i&gt; ou dans l'&#233;mission Mayday (Radio Canut).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4433 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;69&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd_186_mutinerie_covid_gwen_tomahawk-2-722x1024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH709/cqfd_186_mutinerie_covid_gwen_tomahawk-2-722x1024-a1ed8.jpg?1783318171' width='500' height='709' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Gwen Tomahawk (publi&#233;e dans le n&#176; 186 de CQFD)
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;duire le temps de travail : l'&#233;vidence abandonn&#233;e</title>
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		<dc:date>2021-12-29T23:51:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Manuel Rolland</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<dc:subject>fortune sociale</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est une bataille que la gauche semble avoir d&#233;laiss&#233;e. Comme s'il &#233;tait d&#233;sormais vain, voire honteux, de r&#233;clamer moins de labeur pour plus de bonheur. Et pourtant, la r&#233;duction du temps de travail, au c&#339;ur des luttes sociales des si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents, est une solution de bon sens. Retour sur l'histoire d'une id&#233;e. &#171; Et les &#233;conomistes s'en vont r&#233;p&#233;tant aux ouvriers : travaillez, travaillez pour augmenter la fortune sociale ! &#187; Paul Lafargue, Le droit &#224; la paresse (1883) *** Passer (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no190-septembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;190 (septembre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fortune-sociale" rel="tag"&gt;fortune sociale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est une bataille que la gauche semble avoir d&#233;laiss&#233;e. Comme s'il &#233;tait d&#233;sormais vain, voire honteux, de r&#233;clamer moins de labeur pour plus de bonheur. Et pourtant, la r&#233;duction du temps de travail, au c&#339;ur des luttes sociales des si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents, est une solution de bon sens. Retour sur l'histoire d'une id&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4204 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/zzzzhjhoih.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH342/zzzzhjhoih-6f1e7.jpg?1782641433' width='500' height='342' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Pirikk
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Et les &#233;conomistes s'en vont r&#233;p&#233;tant aux ouvriers : travaillez, travaillez pour augmenter la fortune sociale ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Paul Lafargue, &lt;i&gt;Le droit &#224; la paresse&lt;/i&gt; (1883)&lt;/div&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;asser aux 28 heures hebdomadaires ? Ils et elles ont dit non. Mi-juin 2020, la Convention citoyenne pour le climat &#233;tait appel&#233;e &#224; se prononcer sur la proposition suivante : &#171; &lt;i&gt;R&#233;duire le temps de travail sans perte de salaire dans un objectif de sobri&#233;t&#233; et de r&#233;duction des gaz &#224; effet de serre&lt;/i&gt; &#187;. Sur les 150 citoyen&#183;nes tir&#233;.&#8202;es au sort pour d&#233;finir une s&#233;rie de mesures contre le r&#233;chauffement climatique, 65 % ont vot&#233; contre. Comment expliquer ce rejet ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (20/06/2020) nous livre une cl&#233; : &#171; &lt;i&gt;Beaucoup d'intervenants se sont notamment inqui&#233;t&#233;s de ses cons&#233;quences &#233;conomiques et de l'image que son adoption donnerait de leurs travaux.&lt;/i&gt; &#187; Ainsi d'une certaine M&#233;lanie : &#171; &lt;i&gt;C'est totalement d&#233;connect&#233; de la r&#233;alit&#233; et c'est ind&#233;fendable dans le contexte actuel. Et cette mesure discr&#233;dite totalement la convention, c'est donner le b&#226;ton pour se faire battre. Si c'est propos&#233;, &#231;a sera rejet&#233; et &#231;a aura juste discr&#233;dit&#233; notre travail.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que les 28 heures hebdomadaires auraient suscit&#233;, chez les gens s&#233;rieux, sourires condescendants, doctes rappels &#224; la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; et aux sacrifices exig&#233;s par &#171; l'&#233;conomie &#187;. Et si l'autocensure des membres de la Convention n'avait pas suffi, les ministres et parlementaires &#224; qui seront soumises leurs propositions auraient sans doute &#233;cart&#233; celle-ci d'un revers de main, comme le fit Emmanuel Macron avec celle de taxer les dividendes : la &#171; d&#233;mocratie participative &#187; n'a jamais eu vocation &#224; trop bousculer les certitudes au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait pourtant pu imaginer la question, tr&#232;s s&#233;rieuse, soulev&#233;e comme telle dans &lt;i&gt;le monde d'apr&#232;s&lt;/i&gt;. &#171; L'opinion publique &#187; du confinement semblait pr&#234;te &#224; lever le pied : d&#233;but avril 2020, un sondage indiquait par exemple que 68 % des quidams interrog&#233;s &#233;taient &#171; &lt;i&gt;contents de pouvoir consacrer plus de temps &#224; eux ainsi qu'&#224; leurs proches&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Enqu&#234;te sur les impacts du confinement sur la mobilit&#233; et les modes de vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ; les t&#233;l&#233;travailleurs se prenaient &#224; penser au sens de la vie en dehors du bureau ; on f&#234;tait le travail chez soi, en r&#234;vassant peut-&#234;tre &#224; la poursuite du combat des martyrs de Haymarket &#224; Chicago, pendus en 1886 pour avoir voulu limiter &#224; 8 heures son emprise sur la journ&#233;e &lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces leaders anarchistes &#233;taient accus&#233;s d'avoir jet&#233; une bombe sur la police (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Et puis le Medef a clos le d&#233;bat avant qu'il ne soit ouvert : &#171; l'&#233;conomie &#187; exige qu'on charbonne davantage pour compenser les pertes du confinement. En face, trop occup&#233;e sans doute &#224; emp&#234;cher son allongement sous forme de retraite &#224; points, la gauche ne porte pas avec beau&#8202;coup d'ardeur la r&#233;duction du temps de travail &lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La CGT et le NPA demandent tout de m&#234;me les 32 heures hebdomadaires, tandis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le temps libre, c'est la gauche&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, la r&#233;duction du temps de travail est un vieil espoir r&#233;volutionnaire et un acquis tangible arrach&#233; &#224; la social-d&#233;mocratie. Avant d'&#234;tre une politique &#233;conomique &#8211; efficace &#8211; de technocrates sociaux-tra&#238;tres &lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;forme des 35 heures a permis de &#171; flexibiliser &#187; les emplois du temps. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#171; pour l'emploi &#187;, c'est un projet radical d'&#233;mancipation : celui de soustraire nos existences &#224; l'extorsion de plus-value par la torture du travail.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Goulags sovi&#233;tiques et autres &#171; camps de redressement par le travail &#187; l'ont fait oublier, mais le socialisme est le projet de moins travailler.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pendant la &#171; r&#233;volution industrielle &#187;, le capital s'est accumul&#233; en vampirisant le temps des paysans d&#233;racin&#233;s, celui des femmes, des enfants, parfois &#224; raison de 16 heures par jour. Il a supprim&#233; les jours ch&#244;m&#233;s de l'Ancien R&#233;gime (pr&#232;s d'un sur trois) et &#8211; d&#233;j&#224; ! &#8211; le dimanche, qui ne fut regagn&#233; qu'en 1906 en France. Il r&#233;&#233;duquait aussi les &#171; indigents valides &#187; par le travail forc&#233; dans les &lt;i&gt;workhouses&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1834 en Angleterre, une &#171; loi sur les pauvres &#187; instaure l'enfermement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Le mouvement social lui a toujours oppos&#233; la conqu&#234;te du temps libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grand Bond en avant chinois, goulags sovi&#233;tiques et autres &#171; camps de redressement par le travail &#187; l'ont fait oublier, mais le socialisme est le projet de moins travailler, depuis les &#171; utopistes &#187; Charles Fourier et Robert Owen &lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Owen pr&#233;conisait les 8 heures de travail quotidien et fit beaucoup pour que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; , inspir&#233;s par l'&lt;i&gt;Utopia&lt;/i&gt; de Thomas More o&#249; l'on travaillait 6 heures par jour (en 1516 !), jusqu'au &#171; socialisme scientifique &#187; de Karl Marx : &#171; &lt;i&gt;C'est au-del&#224;&lt;/i&gt; [de la sph&#232;re de la production mat&#233;rielle] &lt;i&gt;que commence l'&#233;panouissement de la puissance humaine qui est sa propre fin, le v&#233;ritable r&#232;gne de la libert&#233;.&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;La r&#233;duction de la journ&#233;e de travail est la condition fondamentale de cette lib&#233;ration&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit-il dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1866, lors du congr&#232;s de Gen&#232;ve, l'Association internationale des travailleurs (Premi&#232;re Internationale) inscrit dans ses statuts : &#171; &lt;i&gt;Nous d&#233;clarons que la limitation l&#233;gale de la journ&#233;e de travail repr&#233;sente la condition pr&#233;alable sans laquelle toutes les tentatives ult&#233;rieures d'am&#233;lioration et d'&#233;mancipation avorteront.&lt;/i&gt; &#187; Loin du travail exalt&#233; par la statuaire sovi&#233;tique, Marx imagine un monde o&#249; l'on travaillera &#171; &lt;i&gt; en d&#233;pensant le moins d'&#233;nergie possible, dans les conditions les plus dignes, les plus conformes &#224; leur nature humaine&lt;/i&gt; &#187;. Le communisme &#233;tait une promesse d'abondance mat&#233;rielle et de temps retrouv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les nations heureuses qui l&#233;zardent au soleil &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fid&#232;le &#224; la pens&#233;e de Marx, son gendre Paul Lafargue ne s'y trompe pas dans &lt;i&gt;Le Droit &#224; la paresse&lt;/i&gt; (1883) qui conspue la &#171; &lt;i&gt;passion moribonde du travail&lt;/i&gt; &#187; de la classe ouvri&#232;re, ainsi rendue &#8211; ironiquement &#8211; responsable de ses malheurs : &#171; &lt;i&gt;Honte au prol&#233;tariat fran&#231;ais !&lt;/i&gt; &#187; qui, en 1848, s'est soule&#8202;v&#233; pour le &#171; &lt;i&gt;droit au travail&lt;/i&gt; &#187; au lieu d'exiger qu'il soit, ainsi que les richesses, &#233;quitablement r&#233;parti. Alors que le progr&#232;s technique devrait &#234;tre le moyen de s'en lib&#233;rer, ce &#171; &lt;i&gt;dogme d&#233;sastreux&lt;/i&gt; &#187; est cause d'une surproduction qui provoque ch&#244;mage et baisses de salaires, encourage les gouvernements &#171; &lt;i&gt;&#224; s'annexer des Congo, &#224; s'emparer des Tonkin, &#224; d&#233;molir &#224; coups de canon les murailles de la Chine&lt;/i&gt; &#187; pour &#233;couler les marchandises. Et ces crises am&#232;nent les financiers &#171; &lt;i&gt;chez les nations heureuses qui l&#233;zardent au soleil en fumant des cigarettes, pour y poser des chemins de fer, &#233;riger des fabriques et importer la mal&#233;diction du travail&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; Lafargue montre l'absurde du &#171; &lt;i&gt;grand gaspillage&lt;/i&gt; &#187;, de l'obsolescence programm&#233;e, des &#171; &lt;i&gt;besoins factices&lt;/i&gt; &#187; qu'engendre cette &#171; &lt;i&gt;folie qu'est l'amour du travail&lt;/i&gt; &#187;. Il faut donc contraindre le prol&#233;tariat &#171; &lt;i&gt;&#224; ne travailler que trois heures par jour, &#224; fain&#233;anter et bombancer le reste de la journ&#233;e et de la nuit&lt;/i&gt; &#187;. Il participe &#224; l'organisation &#224; Fourmies, dans le Nord de l'industrie textile, de la premi&#232;re f&#234;te du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai en 1891, o&#249; l'on scande pacifiquement : &#171; &lt;i&gt;C'est les 8 heures qu'il nous faut !&lt;/i&gt; &#187; L'arm&#233;e fait dix morts, dont deux enfants, et 35 bless&#233;s. Lafargue est condamn&#233; &#224; un an de prison, et le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai prend d&#233;finitivement place dans notre calendrier.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Travailler &#224; tout prix&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien plus tard, John-Maynard Keynes, un &#233;conomiste lib&#233;ral confortablement install&#233; dans l'establishment britannique, &#233;crit une &lt;i&gt;Lettre &#224; nos petits-enfants&lt;/i&gt; (1930) dans laquelle la r&#233;duction du travail passe d'utopie &#224; fatalit&#233; : du fait de l'accumulation du capital et du progr&#232;s technique, il pr&#233;voit pour 2030 un niveau de vie quatre &#224; huit fois plus &#233;lev&#233;. L'humanit&#233; lib&#233;r&#233;e du &#171; &lt;i&gt;probl&#232;me &#233;conomique&lt;/i&gt; &#187; vivra dans l'abondance en ne travaillant plus que 3 heures par jour. Alors, &#233;crit-il, &#171; &lt;i&gt;il nous sera possible de nous d&#233;barrasser de nombreux principes pseudo-moraux qui nous ont tourment&#233;s pendant deux si&#232;cles et qui nous ont fait &#233;riger en vertus sublimes certaines des caract&#233;ristiques les plus d&#233;plaisantes de la nature humaine&lt;/i&gt; &#187;. L'amour de l'argent, par exemple, &#171; &lt;i&gt;sera reconnu pour ce qu'il est : un &#233;tat morbide plut&#244;t r&#233;pugnant, l'une de ces inclinations &#224; demi criminelles et &#224; demi pathologiques dont on confie le soin en frissonnant aux sp&#233;cialistes des maladies mentales&lt;/i&gt; &#187;. Peu de chances, h&#233;las, que la d&#233;cennie &#224; venir lui donne raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que le g&#233;nie des soci&#233;t&#233;s de consommation s'est employ&#233; &#224; cr&#233;er des &#171; besoins &#187; inutiles. Il y a aussi eu mille trouvailles pour &#171; cr&#233;er des emplois &#187; et les &#171; sauver &#187;. D'un c&#244;t&#233;, l'invention d'une &#171; &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; de valets&lt;/i&gt; &#187;, comme l'appelle Andr&#233; Gorz &lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pourquoi la soci&#233;t&#233; salariale a besoin de nouveaux valets &#187;, Le Monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, permise par la &#171; &lt;i&gt;croissance riche en emploi&lt;/i&gt; &#187; de la &#171; &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; de services&lt;/i&gt; &#187;, avec ses livreurs et livreuses &#224; v&#233;lo priv&#233;.es de droit du travail, ses damn&#233;.es des services &#224; la personne et de la soci&#233;t&#233; du care, ses pr&#233;caires occup&#233;&#183;es &#224; faire ce que les salari&#233;&#183;es &lt;i&gt;overbook&#233;&#183;es&lt;/i&gt; n'ont plus le temps de faire, tous ces gens pour qui &#171; &lt;i&gt;l'id&#233;ologie du travail est devenue une mauvaise farce&lt;/i&gt; &#187;. De l'autre c&#244;t&#233;, les &lt;i&gt;bullshit jobs&lt;/i&gt; &#233;tudi&#233;s par l'anthropologue David Graeber, reconnaissables &#224; leurs intitul&#233;s ronflants, &#224; leurs salaires parfois grandiloquents, et qui sont parfaitement inutiles quand ils ne sont pas socialement nuisibles : la finance, le marketing, les cabinets de conseil, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En toile de fond depuis un bail, le ch&#244;mage de masse et le sous-emploi, gardiens de la mod&#233;ration salariale &lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La pens&#233;e &#233;conomique dominante a donn&#233; le petit nom de NAIRU (&#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;, de l'acc&#233;l&#233;ration des cadences et de l'amour du travail.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Concr&#232;te utopie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Qui pensait, comme Keynes, le temps vou&#233; &#224; &#234;tre progressivement lib&#233;r&#233; des cha&#238;nes du travail, a sous-estim&#233; l'efficacit&#233; de la discipline n&#233;olib&#233;rale, capable de stopper la baisse multis&#233;culaire des heures qui y sont consacr&#233;es &lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis la r&#233;volution conservatrice aux &#201;tats-Unis et au Royaume-Uni, depuis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;Le surmenage pour les uns et la mis&#232;re pour les autres&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sumait d&#233;j&#224; en 1932 le philosophe Bertrand Russell, en conclusion de son bref et limpide &lt;i&gt;&#201;loge de l'oisivet&#233;&lt;/i&gt;, avant d'ajouter qu'&#171; &lt;i&gt;en cela, nous nous sommes montr&#233;s bien b&#234;tes, mais il n'y a pas de raison pour pers&#233;v&#233;rer dans notre b&#234;tise ind&#233;finiment&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, ce ne sont pas les arguments raisonnables qui manquent pour arr&#234;ter cette b&#234;tise, dont beaucoup sont d'ailleurs en phase avec la rationalit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;De nombreuses propositions de mise en &#339;uvre tout &#224; fait &#171; cr&#233;dibles &#187; et &#171; connect&#233;es &#224; la r&#233;alit&#233; &#187; sont pr&#234;tes &#224;... l'emploi.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction du temps de travail rend plus productif. Elle r&#233;duit le ch&#244;mage et son cort&#232;ge de malheurs, ses 10 000 morts par an au bas mot &lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le ch&#244;mage tuerait jusqu'&#224; 20 000 personnes par an chaque ann&#233;e &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;. C'est une politique qui peut &#234;tre indolore pour les finances publiques &lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Moins de ch&#244;mage, c'est moins de d&#233;penses sociales et plus de recettes fiscales.&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;. Sans compter que la diminution du nombre d'accidents, de l'usure physique et de la &#171; souffrance au travail &#187; repr&#233;senterait des &#233;conomies substantielles pour le syst&#232;me de sant&#233;. En travaillant moins, les gens sont moins stress&#233;s et rattrapent le sommeil perdu &#8211; on dort aujourd'hui en moyenne une heure et demie de moins qu'en 1970 &lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le temps de sommeil moyen des Fran&#231;ais passe en dessous de 7 heures par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt; ! Les relations de genre deviennent plus &#233;galitaires &lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple le livre de Dominique M&#233;da, Le Temps des femmes &#8211; Pour un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt; et, puisque c'&#233;tait le th&#232;me de la Convention citoyenne, la r&#233;duction du temps de travail r&#233;duit effectivement la pollution &lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un survol des &#233;tudes men&#233;es sur le sujet : &#171; R&#233;duire le temps de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses propositions de mise en &#339;uvre tout &#224; fait &#171; cr&#233;dibles &#187; et &#171; connect&#233;es &#224; la r&#233;alit&#233; &#187; sont pr&#234;tes &#224;... l'emploi, m&#234;me s'il est vrai qu'elles supposent souvent un autre partage des fruits du labeur. Une utopie concr&#232;te &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; populaire pour &#171; changer la vie &#187; donc, r&#233;unir ch&#244;meur&#183;ses, auto-entrepreneur&#183;ses et salari&#233;&#183;es de tous les pays, r&#233;concilier la gauche avec son projet d'&#233;mancipation : &#171; &lt;i&gt;C'est moins d'heures qu'il nous faut ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Qui craint le temps libre ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la morale pro-travail semble-t-elle se faire plus pesante &#224; mesure que celui-ci devient superflu ? L'humanit&#233; (des pays riches) sombre-t-elle dans la &#171; &lt;i&gt;&#8220;d&#233;pression nerveuse&#8221; universelle&lt;/i&gt; &#187; que craignait Keynes pour 2030 ? Priv&#233;e par le progr&#232;s technique de sa &#171; &lt;i&gt;finalit&#233; traditionnelle&lt;/i&gt; &#187; qu'avait &#233;t&#233; depuis son origine la recherche de la subsistance, mais devenue incapable de &#171; &lt;i&gt;pr&#233;server l'art de vivre et de le cultiver de mani&#232;re plus intense&lt;/i&gt; &#187; et trop habitu&#233;e au turbin pour &#171; &lt;i&gt;occuper les loisirs de mani&#232;re agr&#233;able, sage et bonne&lt;/i&gt; &#187;, cette humanit&#233; pr&#233;f&#232;re encore le travail &#224; tout prix et le ch&#244;mage qui va avec. &#171; &lt;i&gt;C'est une soci&#233;t&#233; de travailleurs que l'on va d&#233;livrer des cha&#238;nes du travail, et cette soci&#233;t&#233; ne sait plus rien des activit&#233;s plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette libert&#233;.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;On ne peut rien imaginer de pire&lt;/i&gt; &#187;, s'inqui&#233;tait aussi Hannah Arendt dans &lt;i&gt;La Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt; (1958).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc en partie la difficult&#233; &#224; affronter ce probl&#232;me existentiel qui fait obstacle &#224; la sortie de la &#171; soci&#233;t&#233; du travail &#187;. Mais qui craint le temps libre ? &#171; &lt;i&gt;L'id&#233;e que les pauvres puissent avoir des loisirs a toujours choqu&#233; les riches &lt;/i&gt; &#187;, rappelait Bertrand Russell. Il y a les potentialit&#233;s subversives de &#171; l'oisivet&#233; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Plus mes peuples travailleront, moins il y aura de vices&lt;/i&gt; &#187;, disait Napol&#233;on, &#171; &lt;i&gt;le travail est la meilleure des polices&lt;/i&gt; &#187;, disait Nietzsche, &#171; &lt;i&gt;le monde appartient &#224; ceux qui ont des ouvriers qui se l&#232;vent t&#244;t&lt;/i&gt; &#187;, disait Coluche. Pour les patrons philanthropes et autres hygi&#233;nistes du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le travail a cette vertu d'&#233;viter au peuple l'ivrognerie, la luxure, la d&#233;linquance et le socialisme. Seuls les riches savent s'occuper, et c'est en le faisant savoir que la &lt;i&gt;classe de loisir&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Th&#233;orie de la classe de loisir, Thorstein Veblen, 1899.&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt; affirme sa sup&#233;riorit&#233;, tout en louant pour les autres la &#171; dignit&#233; du travail &#187; et la simplicit&#233;. Comment diable les gueux occuperaient-ils leur temps autrement ? Et ne risquent-ils pas d'occuper les ronds-points et les Champs-&#201;lys&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le temps libre des masses inqui&#232;te la bourgeoisie s'entend, elle qui n'a jamais cess&#233; de traquer les &#171; temps morts &#187; au travail, mais que faire des angoisses que cette perspective fait na&#238;tre chez d'autres ? Ceux qui se demandent que faire avant et apr&#232;s le taf, pendant ce(s) jour(s) de la semaine lib&#233;r&#233;(s), ces ann&#233;es sabbatiques, ces vacances rallong&#233;es, cette retraite anticip&#233;e ? Et que r&#233;pondre lorsqu'on nous demande &#171; ce qu'on fait dans la vie &#187;, quand notre place dans la division du travail ne suffit plus &#224; le r&#233;sumer ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le temps libre rend libre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par &#171; r&#233;duire le temps de travail &#187;, il faut entendre &lt;i&gt;r&#233;duire&lt;/i&gt; le travail ali&#233;nant, abstrait, en miettes, sans qualit&#233;s. Avoir en t&#234;te, par exemple, une image du travail dans les abattoirs &lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple le documentaire Entr&#233;e du personnel de Manuela Fr&#233;sil (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt; , se rappeler qu'il y a toujours des ouvri&#232;res et des ouvriers qui triment dur, beaucoup trop dur. Il ne s'agit donc pas de s'en prendre au travail par lequel &#171; je r&#233;aliserais mon individualit&#233; &#187;, celui qui apporte, comme disait Marx, la &#171; &lt;i&gt;joie spirituelle de satisfaire un besoin humain&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;et d'apporter &#224; un autre ce qui lui est n&#233;cessaire&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuscrits, 1844.&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;. Bien au contraire, cette forme de travail que, dans le contexte actuel, les &#233;conomistes placent dans la cat&#233;gorie &#171; loisirs &#187; parce qu'elle ne cr&#233;e pas officiellement de &#171; richesses &#187; (l'autoproduction, le travail domestique et le b&#233;n&#233;volat), toutes ces activit&#233;s &#171; autod&#233;termin&#233;es &#187; dont on n'a pas &#224; chercher bien loin le sens, on aura tout le loisir de s'y livrer.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Plus de temps pour &#171; cueillir des ch&#226;taignes ou des orties &#187;.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au grand dam de l'emploi et de la richesse nationale sans doute, on pourra m&#234;me songer &#224; s'occuper davantage, par nous-m&#234;mes, de nos enfants et de nos vieux, ainsi que le r&#233;clamaient par la gr&#232;ve les m&#233;tallurgistes allemands du syndicat IG Metall en 2018. Apr&#232;s avoir gagn&#233; le droit aux 28 heures pendant deux ans, ils demandent aujourd'hui qu'elles deviennent la r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul besoin d'un &#171; minist&#232;re du temps libre &#187; en tout cas pour &#171; &lt;i&gt;go&#251;ter les joies de la terre, pour faire l'amour et rigoler ; pour banqueter joyeusement en l'honneur du r&#233;jouissant dieu de la Fain&#233;antise&lt;/i&gt; &#187;, comme pr&#233;conisait Lafargue. S'il faut des id&#233;es, on peut puiser parmi les plus belles des partisan&#183;es de la lib&#233;ration du temps, celles de Bertrand Russell par exemple : s'approprier les occupations autrefois r&#233;serv&#233;es &#224; la &#171; classe oisive &#187; comme les &#233;tudes, la pratique des arts et de l'&#233;criture, sans plus penser &#224; se vendre. Quand Russell dit qu'il faudra s'&#233;duquer &#224; vivre en travaillant moins, il ne pense &#171; &lt;i&gt;pas principalement aux choses dites &#8220;pour intellos&#8221;&lt;/i&gt; &#187; mais, par exemple, &#224; la red&#233;couverte des &#171; &lt;i&gt; impulsions qui ont command&#233; au d&#233;veloppement des danses paysannes et qui doivent toujours exister dans la nature humaine&lt;/i&gt; &#187;. Les occupations seront naturellement moins passives qu'&#224; pr&#233;sent o&#249; &#171; &lt;i&gt; les &#233;nergies actives sont compl&#232;tement accapar&#233;es par le travail&lt;/i&gt; &#187;. Yolande, par exemple, d&#233;fendait les 28 heures &#224; la Convention citoyenne car &#231;a lui aurait permis d'avoir plus de temps pour &#171; &lt;i&gt;cueillir des ch&#226;taignes ou des orties&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les citoyens de la Convention climat mettent Macron au pied du mur &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;. Osera-t-on l'en priver plus longtemps ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Manuel Rolland&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://lobsoco.com/enquete-sur-les-impacts-du-confinement-sur-la-mobilite-et-les-modes-de-vie-des-francais/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Enqu&#234;te sur les impacts du confinement sur la mobilit&#233; et les modes de vie des Fran&#231;ais&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Obsoco (avril 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ces leaders anarchistes &#233;taient accus&#233;s d'avoir jet&#233; une bombe sur la police dans un contexte de manifestations mortellement r&#233;prim&#233;es. Au terme d'un proc&#232;s tr&#232;s critiqu&#233;, quatre furent ex&#233;cut&#233;s. Un autre se suicida en prison.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La CGT et le NPA demandent tout de m&#234;me les 32 heures hebdomadaires, tandis que la France insoumise veut &#171; &lt;i&gt;ouvrir la discussion&lt;/i&gt; &#187; sur le sujet. La CGT, la FSU, Solidaires, le Fidl, le MNL, l'Unef et l'UNL ont lanc&#233; un appel &#224; la gr&#232;ve pour le 17 septembre qui revendique notamment la r&#233;duction du temps de travail sans perte de salaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La r&#233;forme des 35 heures a permis de &#171; flexibiliser &#187; les emplois du temps. Elle s'est accompagn&#233;e d'une baisse de cotisations sociales patronales, faisant porter sur les contribuables des sacrifices que le Parti socialiste n'osait pas demander au patronat. Leur mise en place s'est souvent accompagn&#233;e d'une augmentation du rythme de travail non contr&#244;l&#233;e, laissant ici et l&#224; le go&#251;t amer des pauses disparues aux travailleurs et travailleuses &#8211; tout de m&#234;me tr&#232;s majoritairement favorables au syst&#232;me des RTT (r&#233;duction du temps de travail).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1834 en Angleterre, une &#171; loi sur les pauvres &#187; instaure l'enfermement des indigents en capacit&#233; de travailler dans ces &#171; maisons de terreur &#187;, o&#249; l'on besogne jusqu'&#224; 18 heures par jour dans les pires conditions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Owen pr&#233;conisait les 8 heures de travail quotidien et fit beaucoup pour que soit vot&#233; le &lt;i&gt;Factory Act&lt;/i&gt; de 1819. Loin de ses ambitions, cette premi&#232;re loi r&#233;glementant le travail interdit th&#233;oriquement celui des enfants de moins de 9 ans, limita &#224; 12 heures par jour celui des 9-16 ans et &#224; 15 heures celui des adultes : semaine de 90 heures !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/1990/06/GORZ/42679&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi la soci&#233;t&#233; salariale a besoin de nouveaux valets &lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; (juin 1990).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La pens&#233;e &#233;conomique dominante a donn&#233; le petit nom de NAIRU (&#171; &lt;i&gt;non-accelerating inflation rate of unemployment&lt;/i&gt; &#187;) &#224; cette th&#233;orie du bon sens patronal : il faut un taux de ch&#244;mage suffisant pour menacer de mettre &#224; la porte les trublions qui r&#233;clament des hausses de salaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis la r&#233;volution conservatrice aux &#201;tats-Unis et au Royaume-Uni, depuis les 35 heures en France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/societe/2015/03/25/le-chomage-tuerait-jusqu-a-20-000-personnes-en-france-chaque-annee_1228132/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le ch&#244;mage tuerait jusqu'&#224; 20 000 personnes par an chaque ann&#233;e&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; (25/03/2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Moins de ch&#244;mage, c'est moins de d&#233;penses sociales et plus de recettes fiscales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/03/12/le-temps-de-sommeil-moyen-des-francais-passe-en-dessous-de-7-heures-par-nuit_5434599_3244.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le temps de sommeil moyen des Fran&#231;ais passe en dessous de 7 heures par nuit&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (12/03/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir par exemple le livre de Dominique M&#233;da, &lt;i&gt;Le Temps des femmes &#8211; Pour un nouveau partage des r&#244;les&lt;/i&gt;, Flammarion, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour un survol des &#233;tudes men&#233;es sur le sujet : &#171; &lt;a href=&#034;https://www.alternatives-economiques.fr/aurore-lalucq/reduire-temps-de-travail-sauver-lenvironnement/00086907&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;duire le temps de travail pour sauver l'environnement&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Alternatives &#233;conomiques&lt;/i&gt; (09/11/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Th&#233;orie de la classe de loisir&lt;/i&gt;, Thorstein Veblen, 1899.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir par exemple le documentaire &lt;i&gt;Entr&#233;e du personnel&lt;/i&gt; de Manuela Fr&#233;sil (2011) ou lire &lt;i&gt;Steak machine&lt;/i&gt; de Geoffrey Le Guilcher (Goutte d'or, 2017). Lire aussi pp. IV &amp; V du pr&#233;sent dossier notre entretien avec l'&#233;crivain Joseph Ponthus : &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Joseph-Ponthus-L-usine-te-bouffe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'usine te bouffe le temps, le corps et l'esprit&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manuscrits&lt;/i&gt;, 1844.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Les-citoyens-de-la-Convention-climat-mettent-Macron-au-pied-du-mur&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les citoyens de la Convention climat mettent Macron au pied du mur&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Reporterre&lt;/i&gt; (22/06/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ce temps qu'on nous vole</title>
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&lt;p&gt;Le temps vol&#233;. Vaste sujet. Colossal. M&#234;me qu'on ne fait pas plus central. Plus essentiel. Le tic-tac du temps qui passe, une seconde, trois heures, dix ans, on l'a tous aux oreilles &#224; un moment ou un autre, petite musique insidieuse qui susurre : &#171; Que fais-tu de ta vie ? &#187; Ou plut&#244;t : &#171; Que fait-on de ta vie ? &#187; Jadis, le champ de bataille &#233;tait d'une clart&#233; limpide : d'un c&#244;t&#233; les vampires exploiteurs, de l'autre ceux dont on volait l'existence. Le patron ventru &#224; chapeau Monopoly (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no190-septembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;190 (septembre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/chapeau-Monopoly" rel="tag"&gt;chapeau Monopoly&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le temps vol&#233;. Vaste sujet. Colossal. M&#234;me qu'on ne fait pas plus central. Plus essentiel. Le tic-tac du temps qui passe, une seconde, trois heures, dix ans, on l'a tous aux oreilles &#224; un moment ou un autre, petite musique insidieuse qui susurre : &#171; &lt;i&gt;Que fais-tu de ta vie ? &#187;&lt;/i&gt; Ou plut&#244;t : &#171; &lt;i&gt;Que fait-on de ta vie ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3443 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH510/-1611-12737.jpg?1782648650' width='400' height='510' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Gwen Tomahawk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jadis&lt;/strong&gt;, le champ de bataille &#233;tait d'une clart&#233; limpide : d'un c&#244;t&#233; les vampires exploiteurs, de l'autre ceux dont on volait l'existence. Le patron ventru &#224; chapeau Monopoly &lt;i&gt;versus &lt;/i&gt;les ouvriers &#224; qui l'on arrachait la moindre minute de productivit&#233;. Ce qui permettait &#224; tonton Marx de poser l'&#233;quation sans d&#233;tour : &#171; &lt;i&gt;Un homme qui ne dispose d'aucun loisir, dont la vie tout enti&#232;re, en dehors des simples interruptions purement physiques pour le sommeil, les repas, etc., est accapar&#233;e par son travail pour le capitaliste, est moins qu'une b&#234;te de somme. C'est une simple machine &#224; produire de la richesse pour autrui, &#233;cras&#233;e physiquement et abrutie intellectuellement. &#187;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Salaire, prix et profit, 1865.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le mouvement ouvrier des XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles, la lutte pour le temps a donc &#233;t&#233;, en quelque sorte, la m&#232;re de toutes les batailles. &#192; force de gr&#232;ves, de manifestations et autres &#233;meutes, un lent processus a abouti &#224; une r&#233;duction substantielle du temps de travail &lt;i&gt;(lire pp. II &amp; III)&lt;/i&gt;, sans pour autant briser la voracit&#233; des voleurs de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, &#171; &lt;i&gt;l'usine te bouffe le temps, le corps et l'esprit &#187;&lt;/i&gt;, t&#233;moigne l'&#233;crivain Joseph Ponthus, qui a besogn&#233; deux ans dans les abattoirs bretons &lt;i&gt;(pp. IV &amp; V)&lt;/i&gt;. L'actuel monde du travail regorge aussi de nouvelles formes d'exploitation effarantes, bas&#233;es notamment sur la pr&#233;carit&#233;, le temps partiel subi, l'int&#233;rim. Certes, on ne trime plus 16 heures par jour mais, sur fond de ch&#244;mage de masse, on se doit d'&#234;tre disponible &#224; tout instant pour recueillir la moindre heure de boulot qu'un g&#233;n&#233;reux patron daignera nous confier. Le capital voleur de temps n'est plus cantonn&#233; &#224; l'usine, mais cro&#238;t hors de son foyer originel, se d&#233;multiplie, floutant la fronti&#232;re entre temps libre et temps de (t&#233;l&#233;)travail &#8211; cf. le d&#233;sormais habituel mail &#171; urgent &#187; du chef de service &#224; 23 h 17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil du temps, la machine de d&#233;possession s'est perfectionn&#233;e. Et la question du temps vol&#233; et de sa n&#233;cessaire r&#233;appropriation, qui a longtemps infus&#233;, de Paul Lafargue (&lt;i&gt;Le Droit &#224; la paresse&lt;/i&gt;, 1883) &#224; Raoul Vaneigem (&lt;i&gt;Trait&#233; de savoir-vivre &#224; l'usage des jeunes g&#233;n&#233;rations&lt;/i&gt;, 1967), a fini par se d&#233;doubler avec l'av&#232;nement de ladite soci&#233;t&#233; de loisirs, encourag&#233;e par la course aux &#233;chalotes technologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces fameuses &#171; nouvelles technologies &#187; nous promettent toujours un gain de temps, un confort. Mais en retour, elles nous ass&#232;nent ce coup de b&#226;ton vertigineux qu'on appelle l'&lt;i&gt;acc&#233;l&#233;ration&lt;/i&gt;. Car ce temps pr&#233;tendument d&#233;gag&#233; par les outils techniques, nous n'en jouissons pas. Tr&#232;s vite, il est accapar&#233; par d'autres sollicitations, toujours plus nombreuses. Sans rel&#226;che, il faut d&#233;sormais non seulement travailler, mais aussi consommer, s'amuser, s'informer&#8230; Plus de temps, ni de lieu de r&#233;pit : nous voil&#224; connect&#233;s en permanence. C'est le r&#234;ve de la Silicon Valley et de ses h&#233;rauts, par exemple l'ex saint patron de Google, Eric Schmidt &lt;i&gt;(p. VII)&lt;/i&gt;, troubadour d&#233;complex&#233; d'une nouvelle civilisation o&#249; des gadgets miraculeux raccord&#233;s au r&#233;seau 5G &lt;i&gt;(pp. VIII &amp; IX) &lt;/i&gt;r&#233;pondront &#224; tous nos manques en envahissant nos vies, pour nous connecter et nous connecter encore jusqu'&#224; l'orgasme techno-existentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la technologie n'est pas le seul moteur de cette soci&#233;t&#233; accro &#224; la vitesse. En cause &#233;galement, l'id&#233;ologie du &lt;i&gt;tous contre tous&lt;/i&gt;, ou l'autre est forc&#233;ment concurrent, homme ou femme &#224; (a)battre dans la comp&#233;tition du quotidien. Pour ne pas perdre sa place, il ne faut donc pas tra&#238;ner en route, d&#233;nonce le philosophe Hartmut Rosa &lt;i&gt;(p. VI)&lt;/i&gt;, selon qui &#171; &lt;i&gt;les normes temporelles prennent un aspect quasiment totalitaire &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise Covid a eu &#224; cet &#233;gard un effet positif. Un temps la machine a stopp&#233;, acc&#233;l&#233;ration en berne. Le confinement, certes anxiog&#232;ne, a offert un aper&#231;u de ce que pourrait &#234;tre un monde d&#233;barrass&#233; de l'obsession de la productivit&#233; &lt;i&gt;&#252;ber alles&lt;/i&gt;. Mais les promoteurs de cette derni&#232;re ne l&#226;cheront rien, quitte &#224; foncer droit dans le mur &#8211; comme l'a bien r&#233;sum&#233; la journaliste Naomi Klein dans un r&#233;cent entretien au &lt;i&gt;Monde &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Seule une r&#233;ponse tr&#232;s audacieuse &#224; la crise nous m&#232;nera quelque part &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#192; chaque fois que nous essayons d'acc&#233;l&#233;rer pour revenir au niveau o&#249; nous &#233;tions avant la pand&#233;mie, le virus se propage de nouveau. On le voit dans les usines, qui red&#233;marrent puis doivent fermer une nouvelle fois. Acc&#233;l&#233;rer, c'est ce que le capitalisme veut que nous fassions. Le secteur des technologies veut que nous travaillions plus vite qu'auparavant, mais de chez nous. Mais la vitesse est l'ennemi. La bonne question &#224; se poser, c'est comment nous pouvons vivre bien, de mani&#232;re &#224; prot&#233;ger notre sant&#233; et celle de la plan&#232;te. &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;Je crois que beaucoup de gens ont ressenti d'une mani&#232;re tr&#232;s visc&#233;rale, lors de cette crise, &#224; quel point notre syst&#232;me &#233;conomique est en guerre avec la vie sur Terre. Car lorsque l'&#233;conomie s'arr&#234;te, nos syst&#232;mes naturels commencent &#224; r&#233;cup&#233;rer. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; &lt;i&gt;syst&#232;me &#233;conomique en guerre avec la vie sur Terre &#187;&lt;/i&gt; ne baissera pas les bras de lui-m&#234;me. Le capitalisme est en effet champion dans l'art de se renouveler face aux obstacles pour toujours mieux essorer, cam&#233;l&#233;on surdou&#233; qui a su s'adapter, par exemple, &#224; l'essor de l'&#233;cologie ti&#233;dasse, peignant ses avatars en vert (et contre tout). Partout, il est comme chez lui, s'invitant sur notre canap&#233;, notre lit et nos &#233;crans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et s'il est navrant de devoir encore le rappeler, c'est &#224; la base m&#234;me qu'il faut l'attaquer, aux racines. D&#233;missionner. Refuser. Pr&#244;ner la sieste &#8211; ou l'incendie. Contre-attaquer. Briser le r&#233;veil. Faire l'amour. Abattre les antennes voraces. Divaguer. Admirer les (derni&#232;res) lucioles. Faire la bombe (&lt;i&gt;tic-tac tic-tac&lt;/i&gt;). &#201;riger un empire de hamacs. Pr&#233;f&#233;rer ne pas. Baffer son conseiller P&#244;le emploi. Graisser les matin&#233;es. Lever le majeur ou le poing. Tout br&#251;ler. Pas de &lt;i&gt;temps &lt;/i&gt;&#224; perdre. &#9632;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Salaire, prix et profit&lt;/i&gt;, 1865.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/06/07/naomi-klein-seule-une-reponse-tres-audacieuse-a-la-crise-nous-menera-quelque-part_6042066_3244.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Seule une r&#233;ponse tr&#232;s audacieuse &#224; la crise nous m&#232;nera quelque part&lt;/a&gt; &#187; (07/06/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; On veut que ces questions soient prises en compte ! &#187;</title>
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&lt;p&gt;&#171; Il est o&#249; le patron ? &#187; Cette question, de nombreuses paysannes l'ont d&#233;j&#224; entendue. Une phrase sexiste r&#233;currente qui illustre bien les probl&#233;matiques auxquelles elles font face. C'est aussi le titre qu'ont choisi les Paysannes en polaire, cinq agricultrices du Sud-Est qui se sont alli&#233;es &#224; la dessinatrice Maud B&#233;n&#233;zit pour mettre en bande dessin&#233;e ces situations, les d&#233;noncer et se donner de la force pour lutter. Environ un quart des exploitant&#183;es agricoles en France sont des femmes. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no201-septembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;201 (septembre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maud-Benezit" rel="tag"&gt;Maud B&#233;n&#233;zit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il est o&#249; le patron ?&lt;/i&gt; &#187; Cette question, de nombreuses paysannes l'ont d&#233;j&#224; entendue. Une phrase sexiste r&#233;currente qui illustre bien les probl&#233;matiques auxquelles elles font face. C'est aussi le titre qu'ont choisi les Paysannes en polaire, cinq agricultrices du Sud-Est qui se sont alli&#233;es &#224; la dessinatrice Maud B&#233;n&#233;zit pour mettre en bande dessin&#233;e ces situations, les d&#233;noncer et se donner de la force pour lutter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3726 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH282/-1860-5846e.jpg?1782763053' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Maud B&#233;n&#233;zit
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Environ un quart des exploitant&#183;es agricoles en France sont des femmes. Si ces derni&#232;res d&#233;cennies, les agricultrices ont conquis certains droits, comme la cr&#233;ation en 1980 du statut de &#171; co-exploitante &#187; ou encore l'obtention d'un cong&#233; maternit&#233; &#233;quivalent &#224; celui des salari&#233;es en 2008, le tableau est loin d'&#234;tre reluisant&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet le rapport du S&#233;nat intitul&#233; &#171; &#202;tre agricultrice en 2017 &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Par des logiques patriarcales, entre autres, en mati&#232;re d'h&#233;ritage, l'acc&#232;s au foncier, aux ressources en capitaux n&#233;cessaires &#224; l'installation, leur est plus compliqu&#233;&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce propos le rapport du S&#233;nat titr&#233; &#171; Femmes et agriculture : pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Comme dans d'autres secteurs, leurs revenus sont inf&#233;rieurs &#224; ceux des hommes, tant pour les exploitantes que pour les salari&#233;es ou encore les retrait&#233;es. Et dans bien des cas, elles cumulent des t&#226;ches visibles et invisibilis&#233;es, &#224; la fois dans la sph&#232;re priv&#233;e et dans l'activit&#233; agricole &#8211; si tant est qu'il y ait une limite entre les deux. Face &#224; cette situation, des paysannes s'organisent pour rendre visibles leurs r&#233;alit&#233;s et lutter pour les transformer. C'est dans cette dynamique que s'inscrit la bande dessin&#233;e &lt;i&gt;Il est o&#249; le patron ?&lt;/i&gt;, parue cette ann&#233;e aux &#233;ditions Marabout, co-&#233;crite par cinq Paysannes en polaire et illustr&#233;e par Maud B&#233;n&#233;zit. Discussion &#224; sept voix.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quelques mots, que raconte votre bande dessin&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Paysannes en polaire (Pep) :&lt;/strong&gt; &#171; On suit trois paysannes au long d'une saison agricole. Jo reprend la ferme d'un chevrier qui part en retraite. Coline fait du fromage de brebis avec son mari sur la ferme de ses parents. Anouk est apicultrice et vit en coloc'. Le r&#233;cit raconte comment ces trois femmes sont confront&#233;es au sexisme ordinaire dans leur vie quotidienne et comment, petit &#224; petit, elles tissent des liens d'amiti&#233; et se donnent de la force les unes aux autres. Si on voulait d&#233;crire des situations &#224; d&#233;noncer, on a aussi eu envie que ce soit une BD qui donne la p&#234;che, l'envie de faire des choses ensemble et des pistes d'&#233;mancipation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les travaux agricoles et leurs techniques sont retranscrits de mani&#232;re tr&#232;s pr&#233;cise. Comment avez-vous proc&#233;d&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maud :&lt;/strong&gt; &#171; Les paysannes avaient une exigence de v&#233;racit&#233;, que ce soit techniquement cr&#233;dible. J'ai pass&#233; du temps sur les fermes, vu des plans, eu besoin de conceptualiser. Et c'est leur regard qui a permis d'affiner mes croquis. Elles me disaient par exemple : &#8220;&lt;i&gt;Une brebis ne s'allonge pas comme &#231;a.&lt;/i&gt;&#8221; Ou bien : &#8220;&lt;i&gt;Il n'y a pas de pommes &#224; cette p&#233;riode de l'ann&#233;e&lt;/i&gt;.&#8221; Etc. Ces retours m'ont aiguis&#233; l'&#339;il, me permettant d'ensuite ajouter des choses qui venaient de moi. On avait envie de porter des histoires cr&#233;dibles, qui ne soient pas fantasm&#233;es par une vision urbaine, pour que d'autres s'y reconnaissent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si c'est une fiction, toutes les situations d&#233;crites sont issues de vos v&#233;cus et de t&#233;moignages d'autres paysannes...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pep :&lt;/strong&gt; &#171; On a recueilli des t&#233;moignages autour de nous, dans diff&#233;rents r&#233;seaux : au sein du groupe femmes de la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, dans le cadre d'ateliers d'&#233;criture en mixit&#233; choisie avec &lt;i&gt;[le r&#233;seau impliqu&#233; dans les luttes pour la terre]&lt;/i&gt; Reclaim The Fields, dans un groupe au sein des Civam&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centres d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; et dans le cadre d'un travail de th&#233;&#226;tre-forum&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L&#226;che pas la ferme ! &#187;, th&#233;&#226;tre-forum mis en place avec l'association (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; o&#249; plusieurs d'entre nous s'&#233;taient rencontr&#233;es. Il y a aussi des situations issues de nos propres exp&#233;riences ou de celles qui nous entourent et avec qui on travaille. Ce sont des petites histoires, allant des plus banales aux plus graves, mais qui, mises bout &#224; bout, retranscrivent une soci&#233;t&#233; dans son ensemble. Au-del&#224; du c&#244;t&#233; l&#233;ger de la BD, on ne voulait pas juste partager des anecdotes qui arrivent &#224; l'une ou l'autre, mais expliquer que tout &#231;a est le fruit d'une soci&#233;t&#233; patriarcale et de la domination masculine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne partir que de faits r&#233;els est aussi li&#233; &#224; une question de l&#233;gitimit&#233;. En tant que f&#233;ministes, on a toutes v&#233;cu des situations o&#249; l'on nous reprochait d'exag&#233;rer, d'en rajouter. Sauf que non, on n'a pas besoin d'exag&#233;rer : la r&#233;alit&#233; est suffisamment difficile, &#224; tel point qu'on a d'ailleurs plut&#244;t tendance &#224; l'att&#233;nuer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il ne s'agit pas de dire que le monde agricole et rural serait plus sexiste, plus patriarcal qu'ailleurs, mais plut&#244;t d&#233;crire les sp&#233;cificit&#233;s que vous vivez...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pep :&lt;/strong&gt; &#171; En effet, le monde agricole n'est pas plus sexiste que le reste de la soci&#233;t&#233;. Il l'est, comme partout. Simplement, nous, on le conna&#238;t bien. On sait quelles en sont les sp&#233;cificit&#233;s : par exemple le peu de fronti&#232;res entre l'activit&#233; professionnelle et la vie priv&#233;e. &#202;tre son propre patron a des avantages, mais les limites peuvent &#234;tre plus floues. C'est d'autant plus vrai quand il s'agit de travail en couple. Une &#233;tude de la MSA &lt;i&gt;[S&#233;curit&#233; sociale agricole]&lt;/i&gt; sur les couples en agriculture a ainsi fait ressortir qu'une femme r&#233;alisait en moyenne douze fois plus de t&#226;ches diff&#233;rentes dans la journ&#233;e qu'un homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi prendre en compte un facteur d&#233;terminant : l'isolement g&#233;ographique. On passe la majeure partie de notre temps sur nos fermes, &#233;loign&#233;es des coll&#232;gues. &#199;a peut avoir des cons&#233;quences graves quand il y a besoin de soutien, notamment en cas de violences conjugales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre particularit&#233; : c'est un m&#233;tier physique. Cons&#233;quence de quoi, une question revient tout le temps : &lt;i&gt;&#8220;Comment tu fais physiquement toute seule ?&#8221;&lt;/i&gt; Parce que subsiste encore cet imaginaire du paysan viril, du tracteur, de la m&#233;canique. Dans le m&#234;me temps, il existe peu de repr&#233;sentations positives des paysannes, alors qu'elles ont toujours &#233;t&#233; pr&#233;sentes dans l'agriculture. Elles sont renvoy&#233;es aux t&#226;ches domestiques, aux &#8220;petites mains&#8221; et au statut de &#8220;femme de&#8221;. Soit, en gros : femme de chef d'exploitation. C'est pour cela qu'il est important d'ouvrir l'imaginaire et de montrer que si ! &#199;a existe, c'est possible. Qu'une femme peut &#233;videmment &#234;tre paysanne et qu'il n'y a pas besoin de soulever 200 kilos chaque matin pour faire de l'agriculture. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3727 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH282/-1861-20a26.jpg?1782763053' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Maud B&#233;n&#233;zit
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On voit dans la BD la mise en place d'actions collectives f&#233;ministes. Vous arrivez &#224; vous organiser autour de ces questions malgr&#233; l'isolement g&#233;ographique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pep : &lt;/strong&gt;&#171; Il existe diff&#233;rents groupes f&#233;ministes actifs dans les endroits o&#249; l'on vit, malgr&#233; les contraintes de distance et d'emploi du temps. Car au-del&#224; de l'isolement g&#233;ographique, on doit aussi faire avec un mode de vie atypique. En &#233;levage, par exemple, il est difficile de s'absenter sans s'organiser en amont : si on garde&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Garder &#187; au sens pastoral : soit les brebis p&#226;turent en parc, soit elles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; les brebis, on n'a pas de week-end. Il y a une grosse contrainte de rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les groupes f&#233;ministes, il y a aussi des r&#233;seaux plus informels : entre copines paysannes, on essaie de se serrer les coudes et de faire attention les unes aux autres. Le processus d'&#233;criture de ce livre a aussi jou&#233; ce r&#244;le entre nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les r&#233;seaux agricoles en rupture avec l'agriculture conventionnelle, de la Conf' &#224; Reclaim The Fields en passant par les Civam ou les Adear &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Associations pour le d&#233;veloppement de l'emploi agricole et rural.&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;, quel espace existe pour discuter les questions du sexisme et du patriarcat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pep&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt; &#171; &#199;a a clairement &#233;volu&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es. Les Adear ou les Civam sont maintenant plut&#244;t sensibles &#224; ces questions. Il y a par exemple des groupes techniques en mixit&#233; choisie&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce propos &#171; Contre le sexisme, des agricultrices s'organisent &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;. &#192; Reclaim The Fields par exemple, le f&#233;minisme a longtemps &#233;t&#233; vu comme un sujet secondaire et plut&#244;t rel&#233;gu&#233; &#224; des r&#233;unions &#224; la marge. On proclamait qu'il fallait lutter contre le patriarcat, mais ce n'&#233;tait pas vraiment incarn&#233;. Aujourd'hui, par contre, c'est une &#233;vidence, d'autant qu'on voit arriver des personnes pour qui ce sont des bases d&#233;j&#224; acquises. Si, par le pass&#233;, on a vu le cas de r&#233;unions libertaires o&#249; les gars sortaient tous fumer des clopes au moment d'aborder les questions f&#233;ministes, ce n'est plus trop le cas ces derniers temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a huit ans, je me souviens avoir lanc&#233; &lt;i&gt;&#8220;Je suis f&#233;ministe&#8221;&lt;/i&gt; dans un tour de table d'une rencontre entre paysannes et que c'&#233;tait tr&#232;s mal pass&#233;. Ce jour-l&#224;, un formateur mec devait nous apprendre &#224; nous servir d'un enregistreur &#8211; c'est-&#224;-dire, dans ce cas pr&#233;cis, juste appuyer sur le bouton &#8220;Enregistrer&#8221;. Aujourd'hui, on n'aurait plus id&#233;e de faire appel &#224; un homme dans ce type de situation. Des fronti&#232;res bougent et les bases communes sont plus claires. Avec ce constat : il y a des mots qui ne font plus peur. On a l'impression d'&#234;tre pass&#233;es de &#8220;on se retrouve entre femmes&#8221; &#224; &#8220;on se retrouve entre f&#233;ministes&#8221;. Et puis la mixit&#233; choisie est devenue une &#233;vidence, alors que ce n'&#233;tait pas le cas avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, c'est un processus classique, qui commence par des groupes de femmes qui s'organisent en divers endroit avant de lancer des ultimatums : &lt;i&gt;&#8220;On veut que ces questions soient prises en compte !&#8221;&lt;/i&gt; On est oblig&#233;es d'imposer &#231;a parce qu'en face il y a des personnes qui freinent, car elles vont perdre des privil&#232;ges. Il y a aussi toujours le risque de se reposer sur nos acquis, de se dire &#8220;Nous on est cool, on a d&#233;construit&#8221;, alors m&#234;me qu'il reste des r&#233;actions et comportements &lt;i&gt;craignos&lt;/i&gt;, y compris dans ces organisations. On ne doit pas proclamer &#8220;On en est sorti&#8221;, parce que ce n'est pas du tout le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi des moments de d&#233;pit, notamment quand on nous sort un discours de type : &#8220;&lt;i&gt;On aimerait aborder &#231;a, mais il n'y a pas de femmes dans nos orgas&lt;/i&gt;&#8221;. Or c'est &#233;videmment l'une des premi&#232;res questions &#224; se poser : pourquoi il n'y a pas de femmes ? Il y a de multiples raisons pour que m&#234;me les plus motiv&#233;es se d&#233;sinvestissent : la mani&#232;re de g&#233;rer les r&#233;unions, les horaires, la fa&#231;on de prendre et couper la parole... En clair, il y a beaucoup de choses &#224; questionner et &#224; travailler, partout. On n'a pas forc&#233;ment les outils, on exp&#233;rimente. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur les mobilisations collectives, il y avait aussi l'id&#233;e que cette BD serve de support pour impulser des dynamiques...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pep :&lt;/strong&gt; &#171; Il y a d&#233;j&#224; plein de paysannes et de non-paysannes qui s'y sont reconnues, dont des personnes qui ne sont pas proches de r&#233;seaux f&#233;ministes. La BD est un support populaire et facile d'acc&#232;s, qui peut permettre de toucher un public plus large, n'ayant pas forc&#233;ment l'&#233;nergie de se lancer dans un grand bouquin avec plein de concepts, mais qui peut se trouver pris dans la petite histoire et s'attacher aux personnages. D&#233;j&#224;, on esp&#232;re que le fait qu'elle soit lue et qu'elle circule fera son petit effet. Notre envie : casser l'isolement et cr&#233;er de la sororit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'autodidactes et d&#233;butantes, on a montr&#233; que c'&#233;tait possible de mener ce genre de projet, donc si &#231;a peut donner envie &#224; d'autres de s'exprimer autour d'oppressions subies, ce serait &#233;videmment positif. On a envie de dire que ce que l'on vit au quotidien a de l'int&#233;r&#234;t, m&#233;rite d'&#234;tre transmis. Et on commence aussi &#224; avoir des retours de paysannes qui se sont rencontr&#233;es lors de sessions de pr&#233;sentation d'&lt;i&gt;Il est o&#249; le patron&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;, et qui se disent qu'elles veulent rester en contact pour se soutenir, s'entraider. &#199;a fait vraiment chaud au c&#339;ur de savoir que cette BD permet aussi cela, qu'elle nous d&#233;passe ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une sc&#232;ne de la BD, o&#249; les paysannes lisent un article de magazine sur les femmes dans l'agriculture, d&#233;crit un processus de r&#233;assignation : en m&#234;me temps que les femmes cessent d'&#234;tre invisibles dans l'agriculture, elles restent cantonn&#233;es &#224; des r&#244;les tr&#232;s sp&#233;cifiques et souvent esth&#233;tis&#233;s comme la transformation et la vente directe...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pep :&lt;/strong&gt; &#171; Ces derni&#232;res ann&#233;es, c'est devenu politiquement correct de reconna&#238;tre que les paysannes existent. Mais d&#232;s qu'on gratte un peu, on voit bien qu'on tient &#224; ce qu'elles restent &#224; une certaine place : soutenir l'homme, &#233;videmment, mais aussi apporter de la diversit&#233; sur les fermes, y amener des pratiques &#233;cologiques ou encore prendre en charge l'accueil. Certes on fait une place aux femmes, mais une place qui ne bouleverse pas le mod&#232;le dominant. Et on ne sort pas des attentes d&#233;testables li&#233;es &#224; notre genre : c'est toujours d'abord sur des crit&#232;res physiques, esth&#233;tiques, que les femmes sont visibles, comme le montre cette sc&#232;ne de la BD sur le magazine. C'est aussi cela qu'on a voulu aborder dans la BD, en montrant des femmes qui sortent des normes de la &#8220;beaut&#233;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les productions agricoles sont tr&#232;s genr&#233;es : en plantes aromatiques et m&#233;dicinales, en &#233;levage de petits ruminants, dans la transformation fermi&#232;re, il y a beaucoup de femmes visibles. Mais elles le sont beaucoup moins d&#232;s qu'on va vers des exploitations avec de plus gros investissements, plus de capital, des grosses machines. En m&#234;me temps, ces grosses structures, nous, ce n'est pas ce qui nous fait r&#234;ver. &#199;a soul&#232;ve des questions d'articulation complexe entre f&#233;minisme et critique des mod&#232;les agricoles actuels. Lorsque des copines s'installent avec des petits troupeaux, peu de mat&#233;riel et en gal&#233;rant parfois financi&#232;rement, on peut se dire qu'elles ont plus de freins, de contraintes, qu'elles n'osent pas investir. Et en m&#234;me temps, c'est chouette de tenter de cr&#233;er un autre rapport &#224; la production et aux animaux ou encore de choisir de ne pas faire que &#231;a. La socialisation diff&#233;renci&#233;e qu'on a eue est peut-&#234;tre aussi une force pour remettre en cause le mod&#232;le agricole dominant. Globalement, on n'a pas envie de hi&#233;rarchiser, entre luttes f&#233;ministes et anticapitalistes : les deux sont &#233;videmment li&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Alexandre Hyacinthe&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet le rapport du S&#233;nat intitul&#233; &lt;a href=&#034;https://www.senat.fr/notice-rapport/2016/r16-579-notice.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &#202;tre agricultrice en 2017 &#187;&lt;/a&gt; (13/06/2017).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce propos le rapport du S&#233;nat titr&#233; &lt;a href=&#034;https://www.senat.fr/notice-rapport/2016/r16-615-notice.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Femmes et agriculture : pour l'&#233;galit&#233; dans les territoires &#187;&lt;/a&gt; (05/07/2017).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Centres d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; L&#226;che pas la ferme ! &#187;, th&#233;&#226;tre-forum mis en place avec l'association d'&#233;ducation populaire &#201;bullition.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Garder &#187; au sens pastoral : soit les brebis p&#226;turent en parc, soit elles sont &lt;i&gt;gard&#233;es&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire qu'une personne passe la journ&#233;e avec elles dans les zones de p&#226;ture, non cl&#244;tur&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Associations pour le d&#233;veloppement de l'emploi agricole et rural.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce propos &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Agricultrices-elles-s-organisent-contre-le-sexisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Contre le sexisme, des agricultrices s'organisent &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Reporterre &lt;/i&gt;(15/07/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Tout est &#224; inventer pour un service bancaire au service de la population &#187;</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans le fort punchy Force de vente : dans la peau d'un conseiller financier, publi&#233; aux belles &#233;ditions du Monde &#224; l'envers, Damien Leli&#232;vre (un pseudo) raconte son quotidien d'employ&#233; de banque et d&#233;crypte son malaise grandissant face aux r&#244;les qu'on lui fait jouer. Une certitude : son t&#233;moignage, pourtant touchant et sensible, ne va pas aider &#224; r&#233;habiliter l'image du secteur bancaire. On y repensera &#224; la prochaine manif un peu chaude &#8211; aucunes condol&#233;ances pour les familles des vitrines. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pirikk" rel="tag"&gt;Pirikk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le fort punchy &lt;i&gt;Force de vente : dans la peau d'un conseiller financier&lt;/i&gt;, publi&#233; aux belles &#233;ditions du Monde &#224; l'envers, Damien Leli&#232;vre (un pseudo) raconte son quotidien d'employ&#233; de banque et d&#233;crypte son malaise grandissant face aux r&#244;les qu'on lui fait jouer. Une certitude : son t&#233;moignage, pourtant touchant et sensible, ne va pas aider &#224; r&#233;habiliter l'image du secteur bancaire. On y repensera &#224; la prochaine manif un peu chaude &#8211; aucunes condol&#233;ances pour les familles des vitrines.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3712 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH356/-1847-4784e.jpg?1782934599' width='500' height='356' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Pirrik
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela fait un certain nombre d'ann&#233;es que tu bosses comme conseiller financier. Qu'est-ce qui t'a pouss&#233; &#224; sortir ce t&#233;moignage ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je voyais beaucoup de gens se faire d&#233;pouiller en frais bancaires, souvent pour des raisons b&#234;tes &#8211; des frais de rejet de pr&#233;l&#232;vement, des int&#233;r&#234;ts de carte de cr&#233;dit renouvelable avec leur fonctionnement opaque. Et puis mes amis me posaient un tas de questions sur les banques et ce qu'elles font avec notre &#233;pargne. Alors j'ai voulu faire un petit manuel d'autod&#233;fense bancaire pour expliquer les pi&#232;ges, dire comment &#233;viter de se retrouver avec cinquante balles de frais mensuels pour rien. C'est ce que je faisais d&#233;j&#224; avec mes clients, en donnant des explications assez brutes, parfois d&#233;sagr&#233;ables &#224; entendre &#8211; au final, les gens appr&#233;cient la franchise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis en &#233;crivant, j'ai commenc&#233; &#224; illustrer les propos avec mon v&#233;cu, avec celui d'autres conseillers. Je voulais aussi montrer au lecteur l'envers du d&#233;cor, balancer les techniques de vente qu'on nous oblige &#224; d&#233;biter, que l'on sente &#224; quel point les conseillers sont coinc&#233;s. C'est devenu un texte plus personnel, plus nuanc&#233;, plus &#233;nerv&#233; aussi, comme un exutoire &#224; la connerie hi&#233;rarchique qu'on encaisse souvent dans ce boulot. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'un des aspects marquants de ton t&#233;moignage, c'est le m&#233;pris envers les clients les plus pauvres, inculqu&#233; d&#232;s la formation...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a d&#233;pend des agences et des conseillers bien s&#251;r, mais globalement oui, il y a du m&#233;pris envers ces clients, surtout en tant que masse abstraite. Car dans le m&#234;me temps il peut y avoir de l'empathie pour chaque individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre ce qui se joue, je pense qu'il faut interroger l'organisation du travail : quand tu passes une heure &#224; expliquer &#224; quelqu'un de paum&#233; comment fonctionne son d&#233;couvert puis qu'il te rappelle pour comprendre pourquoi il n'a plus que 5,41 &#8364; sur son compte, tu n'es pas en train de vendre des cr&#233;dits et des placements. Les conseillers seraient tr&#232;s contents d'&#234;tre pay&#233;s juste pour faire de la p&#233;dagogie bancaire, mais on est embauch&#233;s pour vendre des produits, engranger du chiffre. Du coup il y a une tension qui se cr&#233;e. Et les &#8220;&lt;i&gt;cassos&lt;/i&gt;&#8221;, comme disent beaucoup de conseillers, c'est un peu l'abstraction ou l'excuse qui justifie tout le temps que tu passes &#224; faire autre chose que des ventes, c'est-&#224;-dire autre chose que ce que veut ton employeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je cite un extrait d'une formation bancaire qui dit tr&#232;s exactement : &#8220;&lt;i&gt;Les moyens consacr&#233;s &#224; un client doivent &#234;tre en rapport avec sa rentabilit&#233;.&lt;/i&gt;&#8221; C'est &#231;a qu'on nous demande. Et c'est &#224; double sens : les clients cherchent &#224; rentabiliser leur banque en retour, donc ils prennent leur conseiller pour un centre d'appels et appellent parfois pour tout et n'importe quoi. C'est l&#224; que les banques en lignes gagnent en rentabilit&#233; ; elles se d&#233;barrassent par des barri&#232;res techniques des clients qui veulent de l'humain, du temps, des clients qui ne sont pas &#8220;&lt;i&gt;autonomes&lt;/i&gt;&#8221; comme on dit dans le jargon, les moins &#8220;&lt;i&gt;rentables&lt;/i&gt;&#8221;. En agence c'est plus compliqu&#233; de bloquer les rendez-vous et les appels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, on peut bl&#226;mer les vendeurs pour leur condescendance, mais on est tous un peu comme &#231;a. Quand t'attends &#224; la pompe &#224; essence un vendredi soir fatigu&#233; et que le type devant toi gal&#232;re pendant trois plombes devant la machine, tu te dis que c'est un gros naze au lieu d'aller l'aider. On peut le voir comme du m&#233;pris, mais en v&#233;rit&#233; c'est plut&#244;t que tu vas focaliser sur lui l'usure de ta semaine, ton regret de ne pas avoir choisi l'autre file, de ne pas faire les bons choix, d'&#234;tre en retard, d'avoir une vie de merde... Je pense que nos jugements viennent plut&#244;t des situations qu'on subit &#8211; et en particulier au travail &#8211; que d'une sorte de bont&#233; ou de m&#233;chancet&#233; propre &#224; certaines professions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, il y a les clients valoris&#233;s, ceux qui ont de l'argent. Comment &#234;tes-vous pouss&#233;s &#224; les traiter ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La diff&#233;rence de traitement des clients riches commence dans le langage. On parle de client&#232;le &#8220;&lt;i&gt;haut de gamme&lt;/i&gt;&#8221; ou &#8220;&lt;i&gt;patrimoniale&lt;/i&gt;&#8221;. On doit &#8220;&lt;i&gt;travailler les hauts de portefeuille&lt;/i&gt;&#8221;, c'est-&#224;-dire se concentrer sur nos clients les plus riches ou qui le deviendront &#8211; les jeunes ing&#233;nieurs ou les internes en m&#233;decine par exemple. La bo&#238;te nous rappelle fr&#233;quemment que ces personnes g&#233;n&#232;rent un produit net bancaire important, que ce sont eux qui payent nos salaires. Quand on les re&#231;oit, on a une autre posture : il ne faut pas froisser leur orgueil. Ensuite ce sont des conseillers d&#233;di&#233;s, plus exp&#233;riment&#233;s, qui s'occupent des plus riches : les conseillers en gestion de patrimoine. Ils sont mieux pay&#233;s et consid&#233;r&#233;s par la banque. C'est un peu un club &#224; part. Les conseillers patrimoniaux font une dizaine de rendez-vous par semaine, souvent moins, mais les entretiens peuvent durer plusieurs heures, ils ont le temps d'&#233;changer, de faire un bilan personnalis&#233;. Pour un client &#8220;&lt;i&gt;haut de gamme&lt;/i&gt;&#8221;, on est moins en train de vendre des assurances &#224; la con &#8211; le conseiller doit plut&#244;t &#233;couter, faire un bilan puis proposer des solutions pour amadouer le client et l'amener vers des placements. Souvent c'est du temps consacr&#233; &#224; la fiscalit&#233; ou &#224; la transmission de son patrimoine, les combines pour payer moins d'imp&#244;ts. Placer 300 000 &#8364; d'un coup avec un client, c'est forc&#233;ment plus r&#233;mun&#233;rateur que de faire placer 1 000 &#8364; &#224; 300 personnes diff&#233;rentes, donc la banque est pr&#234;te &#224; mettre des moyens humains pour cette client&#232;le-l&#224;. C'est pour &#231;a que si t'es riche on ne te dira pas d'aller te d&#233;brouiller sur Internet pour tes questions et que tes mails seront trait&#233;s en priorit&#233;. M&#234;me si c'est pour une connerie. On te fera m&#234;me un geste sur les frais si t'es pas content.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conseillers des pauvres doivent faire de l'abattage, vu qu'ils ont beaucoup plus de clients dans leur portefeuille et moins &#224; en tirer. Les pauvres gagneraient &#224; avoir des conseils personnalis&#233;s aussi &#8211; beaucoup de salari&#233;s ne payeraient plus d'imp&#244;ts rien qu'en d&#233;clarant leurs revenus aux frais r&#233;els, mais ils ne sont pas assez rentables pour que les banques leur accordent un temps important de conseil. On le fait quand m&#234;me avec ceux qu'on aime bien, mais c'est &#224; la t&#234;te du client et quand on peut. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu &#233;cris que l'arriv&#233;e des banques en ligne et la g&#233;n&#233;ralisation des algorithmes aggravent encore la situation...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jusqu'&#224; pr&#233;sent il y avait des barri&#232;res physiques et sociales &#224; l'acc&#232;s bancaire. Par exemple l'implantation g&#233;ographique des banques : dans un quartier populaire ou une campagne pauvre, il y a peu d'agences. Les algorithmes permettent aux banques d'automatiser et d'affiner cette logique en toute discr&#233;tion. Chaque client est sans arr&#234;t not&#233; en fonction de centaines de param&#232;tres. Sans m&#234;me que j'aie besoin de regarder tes comptes ou ton travail, ce classement m'indique si tu es une priorit&#233; ou pas. Autrefois on disait &#8220;&lt;i&gt;Y a Monsieur Janot qui arrive, il va nous faire chier, bloquez la porte&lt;/i&gt;&#8221;, ou au contraire &#8220;&lt;i&gt;Vas-y laisse le rentrer, il est fou mais il a besoin d'aide.&lt;/i&gt;&#8221; Maintenant les logiciels d&#233;cident : il faut rappeler untel ou celui-l&#224; on s'en fout. Je sch&#233;matise un peu, mais c'est clairement cette direction qu'on prend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les banques en ligne c'est pire : si tu as du mal &#224; lire et &#233;crire, tu ne pourras m&#234;me pas finaliser le parcours de souscription. La plupart imposent aussi des revenus de plus de 1 000 &#8364; pour avoir une carte gratuite, ce qui exclut les travailleurs &#224; temps partiel, les gens au RSA, tout en gardant les actifs &#224; potentiel. Les banques internet ont des centres d'appels limit&#233;s, alors les algorithmes priorisent les appels entrants pour mettre les clients int&#233;ressants en haut de la file d'attente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce tableau, la question n'est pas &#224; mon sens : &#8220;Comment revenir en arri&#232;re ?&#8221;, puisque les banques classiques &#233;taient d&#233;j&#224; bien pourries ; mais plut&#244;t : &#8220;Comment changer de plan ?&#8221; Tout est &#224; inventer pour un service bancaire au service de la population et des vrais &#233;changes. Un des enjeux sera d'emp&#234;cher les banques de faire comme les GAFA &lt;i&gt;[Google, Apple, Facebook, Amazon]&lt;/i&gt; qui ont mon&#233;tis&#233; toutes nos donn&#233;es apr&#232;s nous avoir rendus captifs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Si la paresse squattait les urnes&#8230;</title>
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&lt;p&gt;Avec Paresse pour tous, l'&#233;crivain Hadrien Klent balance un pav&#233; dans la mare des imaginaires politiques radicaux, mettant en sc&#232;ne une candidature &#224; la pr&#233;sidentielle 2022 aussi bien r&#233;volutionnaire dans les id&#233;es qu'efficace dans les urnes. En premi&#232;re ligne, le joyeux refus du productivisme &#224; tous crins. Il y a des bouquins qui forcent le lecteur &#224; se d&#233;caler &#8211; que l'on partage ou pas leurs bases de d&#233;part, ils forent des appels d'air. Il en va ainsi de Paresse pour tous (Le Tripode, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;Paresse pour tous&lt;/i&gt;, l'&#233;crivain Hadrien Klent balance un pav&#233; dans la mare des imaginaires politiques radicaux, mettant en sc&#232;ne une candidature &#224; la pr&#233;sidentielle 2022 aussi bien r&#233;volutionnaire dans les id&#233;es qu'efficace dans les urnes. En premi&#232;re ligne, le joyeux refus du productivisme &#224; tous crins.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3680 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1816.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH716/-1816-1bc4f.jpg?1782647565' width='500' height='716' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de JMB
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a des bouquins qui forcent le lecteur &#224; se d&#233;caler &#8211; que l'on partage ou pas leurs bases de d&#233;part, ils forent des appels d'air. Il en va ainsi de &lt;i&gt;Paresse pour tous&lt;/i&gt; (Le Tripode, mai 2021&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;), ouvrage sign&#233; du myst&#233;rieux Hadrien Klent. Son postulat : &#224; la pr&#233;sidentielle 2022 se pr&#233;sente un certain &#201;milien Long, &#233;conomiste adepte de la r&#233;duction drastique du temps de travail, auteur d'un essai sur &lt;i&gt;Le Droit &#224; la paresse au XXI&lt;/i&gt;&lt;sup&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;/sup&gt;&lt;i&gt; si&#232;cle,&lt;/i&gt; et globalement radicalement hostile aux passions tristes gouvernant le monde politique. Un type qui pourrait &#234;tre un pote, un camarade de randonn&#233;e ou de discussion avin&#233;e, et qui d&#233;balle ces questions que le champ politique s'&#233;vertue &#224; consid&#233;rer comme farfelues alors m&#234;me que la plan&#232;te br&#251;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pourquoi pas &lt;/i&gt;[...]&lt;i&gt; lancer une candidature &lt;/i&gt;[...]&lt;i&gt; qui soit celle de cette vision-l&#224; de la soci&#233;t&#233;, &lt;/i&gt;s'interroge ainsi l'apprenti candidat au d&#233;but du texte&lt;i&gt;. Une soci&#233;t&#233; qui refuse le productivisme, qui refuse la destruction de la nature, qui refuse la fuite en avant. Une soci&#233;t&#233; o&#249; les gens peuvent respirer, dans tous les sens du terme : respirer un meilleur air, un air moins chaud, moins pollu&#233;, et respirer parce qu'ils ont du temps en dehors du travail, pour vivre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Hadrien Klent de d&#233;vider cette pelote, &#224; la fois &#233;vidente et inimaginable : une candidature vraiment &lt;i&gt;d&#233;sirable&lt;/i&gt;, entra&#238;nant dans son sillage un bouleversement drastique du champ politique. On n'est pas oblig&#233; d'y croire. On peut se montrer sceptique ou m&#234;me carr&#233;ment hostile. Mais l'exercice force en tout cas &#224; la r&#233;flexion, avec en guise d'accompagnement de nombreuses banderilles habilement plant&#233;es dans l'actualit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#8220;Prenez soin de vous.&#8221; Cette expression s'est impos&#233;e en quelques jours &#8211;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;pourquoi ? Pourquoi un temps d'&#233;pid&#233;mie serait-il le seul moment o&#249; il faudrait prendre soin de soi ? Pourquoi avant c'&#233;tait &#8220;bonne journ&#233;e&#8221;, &#8220;bon courage&#8221;, et &#224; cause d'un virus on doit prendre enfin soin de soi ? Pourquoi ne pas tout le temps prendre soin de soi, des autres, de la plan&#232;te o&#249; l'on vit&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors voil&#224;, Monsieur Klent, on ne vous remercie pas de nous forcer &#224; parler &#233;lections dans un journal &#224; ADN anar. Mais on avait tr&#232;s envie de lancer un dialogue. Le voil&#224; donc, mitonn&#233; entre deux siestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton roman et son personnage principal se revendiquent de Paul Lafargue et de son&lt;i&gt; Droit &#224; la paresse &lt;/i&gt;(1880). En quoi ce texte reste-t-il d'actualit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plus encore que le texte, c'est le principe qui est d'actualit&#233;. Le droit &#224; la paresse &#233;tait tr&#232;s actuel en 1880 &#224; l'&#233;poque de Lafargue o&#249; le capitalisme machiniste tournait &#224; plein r&#233;gime ; tr&#232;s actuel en 1930 quand l'&#233;conomiste Keynes s'adressait &#224; ses petits-enfants ; tr&#232;s actuel aussi en 52 apr&#232;s le d&#233;but de notre &#232;re, quand S&#233;n&#232;que &#233;crivait &lt;i&gt;De la bri&#232;vet&#233; de la vie &lt;/i&gt; ; et &#233;videmment tr&#232;s actuel aujourd'hui. Ce qui est s&#233;ditieux, c'est de refuser que le travail soit le centre de la vie et ce, &#224; quelque &#233;poque que ce soit : ce que cette formule de Lafargue a de tr&#232;s malin, c'est d'inverser la logique traditionnelle. Ce n'est pas offrir le droit au travail qu'il faut, mais le droit &#224; la paresse, c'est-&#224;-dire au temps libre, &#224; la connexion r&#233;elle entre chaque individu et sa vie. Je partage l'agacement de Lafargue contre toute une gauche qui mettait (et qui met encore) en avant le travail comme outil de lib&#233;ration, d'&#233;mancipation. L'&#233;mancipation ne se fera jamais dans le cadre du salariat ! Et il faut arriver &#224; se d&#233;prendre de cette id&#233;e qu'on est ce qu'on fait dans le champ social : on est, heureusement, bien plus qu'une fonction ou qu'un m&#233;tier. On est multiple, et le r&#244;le de la soci&#233;t&#233; ce devrait &#234;tre d'organiser la possibilit&#233; du d&#233;ploiement de cette multiplicit&#233;. D'o&#249; le pari du roman, qui est de proposer une r&#233;duction radicale du temps de travail : trois heures par jour maximum, comme chez Lafargue et comme chez Keynes &#8211; le reste, comme le dit &#201;milien Long, c'est pour la vie ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On est en m&#234;me temps dans le champ de l'&#233;vidence et dans celui de l'utopie, tant ce n'est pas dans l'air du temps. Exemple entre mille, le macroniste Stanislas Guerini vient de bramer : &#171; &lt;i&gt;Il faut travailler plus longtemps, c&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;est le sens de l&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;histoire.&lt;/i&gt; &#187; Et cette id&#233;e est tellement install&#233;e que plus grand monde n'ose l'&#233;br&#233;cher &#8211; m&#234;me dans notre &#171; camp &#187;. De l&#224; &#224; v&#233;ritablement s'y attaquer, il y a un gouffre... Pourquoi cette frilosit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e sur le sujet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pourrais expliquer cette frilosit&#233; en posant une question un peu plus large : pourquoi, alors qu'il y a plus de pauvres que de riches, plus de salari&#233;s que de patrons, plus de gens ouverts que de racistes, plus de gens dr&#244;les que de gens sinistres, eh bien pourquoi la richesse, le patronat, le racisme et la sinistrose squattent non seulement nos m&#233;dias, mais aussi nos imaginaires ? Rien de tr&#232;s nouveau sous le soleil, &#233;videmment, mais quand m&#234;me : le fait d'utiliser les &#8220;armes&#8221; de l'ennemi pour se construire son sch&#233;ma de pens&#233;e est un v&#233;ritable probl&#232;me. Penser le travail productif comme cadre de nos existences, &#234;tre un peu afflig&#233;s quand quelqu'un d&#233;cide de &#8220;refuser de parvenir&#8221; (c'est-&#224;-dire ne pas avoir le bon boulot et le gros salaire que ses &#233;tudes lui promettaient) ou tourne le dos &#224; une position sociale envi&#233;e (y compris un artiste qui en a marre de g&#226;cher sa vie en n'arr&#234;tant pas de produire de nouveaux objets culturels), vouloir que nos enfants se d&#233;terminent par le travail qu'ils vont devoir trouver (sans comprendre que c'est une part tr&#232;s minoritaire de l'ensemble de l'arc de la vie), et ainsi de suite : nous sommes tous, peu ou prou, coupables parfois de ce collaborationnisme au petit pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au sens de l'histoire, tel qu'on le voit actuellement, il montre une chose : que la dur&#233;e de la vie s'allonge. L&#224;-dessus il n'y a pas de doutes : mais pourquoi de ce fait incontestable on devrait d&#233;duire qu'il faut allonger le temps travaill&#233; au cours d'une vie ? Il y a plein d'autres choses qui vont, actuellement, dans le sens de l'histoire : par exemple les grands patrons et les d&#233;tenteurs de capital sont de plus en plus riches &#8211; on pourrait donc dire, avec ni plus ni moins de rigueur que la personne que tu cites : &#8220;&lt;i&gt;Il faut plus taxer les riches, c'est le sens de l'histoire.&lt;/i&gt;&#8221; Ce que j'essaie de montrer dans le roman, c'est qu'il y a une r&#233;alit&#233; ind&#233;niable : la productivit&#233; n'a cess&#233; d'augmenter, et les richesses aussi. On aurait pu d&#233;cider (on pourrait toujours !) d'affecter diff&#233;remment les gains de productivit&#233; : ne pas &#234;tre plus riches (plus de biens de consommation, plus de loisirs, plus de bouffes au resto, etc.), mais moins travailler. Et quand tu parles de &#8220;notre camp&#8221;, il faut quand m&#234;me parler des r&#233;sistants, et notamment rendre hommage &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; qui avait fait un tr&#232;s bon dossier sur le th&#232;me de la fin du travail il y a quelques ann&#233;es ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, on est des adeptes revendiqu&#233;s de la paresse telle que tu la d&#233;finis&#8230; Mais il y a une chose qui nous diff&#233;rencie de ton personnage : la plupart des camarades bricolant ce journal ne croient pas vraiment aux &#233;lections, encore moins pr&#233;sidentielles. Comment arriver &#224; concilier ce cirque vici&#233; vou&#233; &#224; perp&#233;tuer l'existant et l'espoir d'un changement radical ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je savais bien que tu allais finir par mordre ! On arrive au fameux point Godwin de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : la d&#233;mocratie c'est du caca ! &#201;lections pi&#232;ge &#224; con ! &#201;milien Long social-tra&#238;tre ! Dans le livre, j'affronte &#233;videmment cette question, et notamment dans une sc&#232;ne o&#249; mon personnage donne une interview &#224; une s&#233;rie de revues ou collectifs situ&#233;s entre l'extr&#234;me gauche et l'ultragauche (&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, &#233;videmment, mais aussi &lt;i&gt;Lundi matin&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Panth&#232;re premi&#232;re&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Actuel Marx&lt;/i&gt; et Pi&#232;ces et main-d'&#339;uvre). En gros, les intervieweurs lui font comprendre (comme tu le fais) que c'est sale, la politique &#8220;traditionnelle&#8221;, et qu'il n'aboutira &#224; rien en se pr&#233;sentant aux &#233;lections. Sa r&#233;ponse est tout &#224; fait celle des bons vieux r&#233;formistes : en gros, il y a deux fa&#231;ons de faire bouger le syst&#232;me. Soit de l'ext&#233;rieur, et jusqu'&#224; pr&#233;sent &#231;a n'a pas r&#233;ellement march&#233; en France (sauf par petits &#224;-coups sporadiques), soit de l'int&#233;rieur et, quoi qu'on en dise, on a un syst&#232;me &#233;lectoral qui reste ouvert et non truqu&#233; &#8211; ce qui n'est pas rien non plus. Jusqu'&#224; preuve du contraire, il n'y a pas de bourrage d'urnes ni d'assassinat cibl&#233; de candidats en France pour une pr&#233;sidentielle...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par contre un syst&#232;me sociologiquement ferm&#233;, puisqu'il est peu probable de se retrouver candidat &#224; la pr&#233;sidentielle quand on travaille dans un abattoir ou un Ehpad. D'o&#249; le fait que j'ai choisi un personnage qui est normalien, prix Nobel d'&#233;conomie, donc &#8220;l&#233;gitime&#8221; dans le champ politique traditionnel &#8211; sauf que, malgr&#233; ce parcours qui devrait le pousser &#224; nourrir la b&#234;te lib&#233;rale, il d&#233;cide de renverser la table et de faire du droit &#224; la paresse un programme &#233;lectoral. C'est une utopie, &#233;videmment, mais &#224; mes yeux pas moins attirante que d'autres... En tout cas, j'esp&#232;re que, si demain il y a un programme de cette radicalit&#233;-l&#224; dans le champ &#233;lectoral, vous ne l'enverrez pas balader au motif que ce n'est pas une r&#233;volution telle qu'elle est class&#233;e selon vos crit&#232;res &#224; vous... Quant &#224; voir ce qu'une utopie peut donner apr&#232;s une &#233;lection, &#231;a, tu le verras dans le tome 2 ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais l&#224; o&#249; cela semble vraiment utopique, c'est que ces id&#233;es soient d&#233;battues publiquement. Pas qu'une candidature autre &#233;merge, mais que la d&#233;croissance ou la r&#233;duction drastique du temps de travail soient discut&#233;es r&#233;ellement, sans &#233;touffoir, et rivalisent, par exemple, avec l'&#233;pouvantail ins&#233;curit&#233;. Comme si on avait totalement perdu la bataille des affects et des imaginaires. En ce sens, &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;An 01 &lt;/i&gt;de G&#233;b&#233; a fait &#224; mes yeux plus pour la &lt;i&gt;vraie &lt;/i&gt;&#233;cologie que n'importe quelle candidature verd&#226;tre. Et je me dis que c'est pour &#231;a que tu as choisi le champ de la fiction, parce que &#231;a peut plus &#171; peser &#187; qu'un essai...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L&#224;-dessus on va &#234;tre totalement d'accord. D'une part, en effet, cette d&#233;faite g&#233;n&#233;rale est assez dingue : qu'on n'entende qu'&#224; peine des voix d&#233;croissantes dans le monde &#8220;&lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;&#8221; (m&#233;dias, &#233;lections, etc.) alors que, d'un autre c&#244;t&#233;, de plus en plus de m&#233;dias et de responsables politiques sont d'accord pour alerter sur le fait qu'on va droit dans le mur, c'est assez incompr&#233;hensible. Comme si un discours officiel &#233;tait : on fait n'importe quoi, mais surtout continuons ! Au moins, pendant les Trente Glorieuses, le discours officiel c'&#233;tait : ce qu'on fait c'est g&#233;nial, alors continuons. Mais maintenant, on a le sentiment de l'&#233;chec sans pour autant vouloir de quelque fa&#231;on que ce soit changer le moindre iota. D'o&#249; un mouvement du type des Gilets jaunes qui, &#224; mes yeux, souligne l'impossibilit&#233; dans laquelle se trouve notre soci&#233;t&#233;, notre &#233;poque. Tout va mal, y compris la contestation : des gens dans des SUV &lt;i&gt;low cost&lt;/i&gt; mais sur&#233;quip&#233;s r&#233;clament de payer leur essence moins cher&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une vision des Gilets jaunes pour le moins partielle que ne partage pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;... L&#224;, on est tr&#232;s tr&#232;s loin de l'esprit de &lt;i&gt;L'An 01 &lt;/i&gt; ! Et donc, oui, bien s&#251;r, &#233;videmment, certainement, sans le moindre doute, &lt;i&gt;L'An 01 &lt;/i&gt;est un livre (et un film) de salubrit&#233; publique, hyper politique tout en &#233;tant hyper po&#233;tique. Typique des ann&#233;es 1970, o&#249; il &#233;tait plus facile d'&#234;tre contre le syst&#232;me en restant joyeux. &#192; ce propos, il n'est pas anodin de rappeler le lent ramollissement des candidatures &#233;colos aux &#233;lections pr&#233;sidentielles : en 1974, Ren&#233; Dumont &#233;tait un furieux (pr&#244;nant l'&#8220;&lt;i&gt;arr&#234;t de la fabrication des automobiles d&#233;passant 4 CV&lt;/i&gt;&#8221;, c'est-&#224;-dire de toutes les bagnoles sauf les plus petites) ; en 1981 Brice Lalonde &#233;tait un engag&#233; (d&#233;fenseur d'une &#8220;&lt;i&gt;soci&#233;t&#233; moins productiviste&lt;/i&gt;&#8221; et de &#8220;&lt;i&gt;l'&#233;conomie souterraine de bricolage&lt;/i&gt;&#8221;) ; en 1988 Antoine Waechter &#233;tait un politicien (&#8220;&lt;i&gt;ni droite ni gauche&lt;/i&gt;&#8221;...). En trois &#233;lections on &#233;tait pass&#233; d'une utopie flamboyante &#224; un piteux tour de piste &#233;lectoraliste. Et donc, dans mon roman j'imagine un &#201;milien Long qui marche sur les traces de Dumont tout en ayant les comp&#233;tences de &lt;i&gt;[l'&#233;conomiste Thomas]&lt;/i&gt; Piketty. Pour r&#233;pondre enfin &#224; ta question, oui,s le champ de la fiction permet de d&#233;ployer tr&#232;s bien tous ces enjeux anti-productivistes dans un monde qu'on aimerait &#234;tre le n&#244;tre, l&#224;, tout de suite, alors qu'un essai aurait tendance &#224; rappeler pour la &#233;ni&#232;me fois que le travail et la consommation occupent trop de place dans nos vies sans savoir vraiment comment d&#233;passer ce constat... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;J&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;esp&#233;rais que ce confinement serait un temps de remise en question du productivisme&lt;/i&gt; &#187;, dit &#201;milien Long. Face &#224; la grosse probabilit&#233; que ce type de crise se r&#233;p&#232;te, est-ce qu'on peut imaginer qu'il en naisse des cons&#233;quences positives, notamment dans notre addiction aux technologies ? C'&#233;tait d'ailleurs en partie le th&#232;me de ton pr&#233;c&#233;dent roman,&lt;i&gt; La Grande Panne &lt;/i&gt;(Le Tripode, 2016), qui r&#233;sonne &#233;trangement avec l'actualit&#233; r&#233;cente...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Honn&#234;tement, je ne crois pas que ces crises-ci suffiront &#224; faire changer les gens... Il y a ce truc un peu particulier de l'esp&#232;ce humaine, qui est une grande qualit&#233; et un grand d&#233;faut : sa plasticit&#233;. Elle a pu se passer de smartphone pendant des mill&#233;naires. Et depuis que le smartphone est arriv&#233;, il lui semble indispensable &#8211; et s'il disparaissait demain, l'humanit&#233; s'en passerait &#224; nouveau tr&#232;s bien. Mais, probl&#232;me : le smartphone est l&#224;, pour le moment. Le Covid a sembl&#233; faire vaciller plein de certitudes, mais en fait non : pendant deux mois, les gens ne sortaient qu'une heure par jour, d&#233;sinfectaient leurs chaussures, ne voyageaient plus. Fin du confinement, r&#233;ouverture des fronti&#232;res, vaccination : tout le monde repart comme si de rien n'&#233;tait ! Ce que je veux dire, c'est qu'aucune addiction ne s'arr&#234;tera toute seule : les nouvelles technologies disparaissaient pendant &lt;i&gt;La Grande panne&lt;/i&gt;, mais elles sont revenues en m&#234;me temps que le courant &#233;lectrique ! Demain, si cinq centrales nucl&#233;aires p&#233;taient en France, pass&#233;e la sid&#233;ration, les survivants s'organiseraient et reconcevraient une vie dans un monde apocalyptique. Donc il faut raisonner dans la situation du pr&#233;sent : qu'est-ce qu'on peut faire maintenant, aujourd'hui ? Moins travailler, moins consommer, moins se fermer aux autres, oui, &#231;a on peut le faire. Donc il faut le faire &#8211; sans attendre la crise ou la non-crise. C'est pour &#231;a que j'ai un peu de distance devant les discours messianiques de certains militantismes : on attend quelque chose qui va changer le monde. Mais ce n'est pas &lt;i&gt;quelque chose&lt;/i&gt;, ce n'est pas un moment, ce n'est pas un &#233;pisode : c'est nous, tout de suite, qui devons changer le monde. Car, comme le dit &#201;milien Long : nous sommes le monde ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Extrait : en marche avec l'&#226;ne Bourrichon&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il fait moins quatre degr&#233;s, un peu de neige tombe avec douceur. L'&#226;ne Bourrichon avance mollement &#8211; il fait la gueule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il fait la gueule, je t'assure, lance &#201;milien.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais t'inqui&#232;te pas pour lui : il en a vu d'autres, r&#233;pond le Baron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils partagent tous les trois cette marche lente sur la petite route d&#233;partementale 174 qui m&#232;ne de Peyrelevade, l&#224; o&#249; le Baron a sa ferme, &#224; la commune de Saint-Setiers, 285 habitants, dont la maire, Jacqueline Labarre, est une vieille communiste chaleureuse et dynamique &#8211; du moins c'est ainsi que le Baron l'a d&#233;crite &#224; &#201;milien, qui ne la conna&#238;t pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils partagent cette marche &#224; trois, mais les deux humains ont de gros K-way &#224; capuche qui les prot&#232;gent des intemp&#233;ries. Et surtout, ils n'ont rien de plus &#224; faire que marcher, alors que l'&#226;ne Bourrichon, lui, doit en plus tirer la roulotte sur laquelle un magnifique paresseux suspendu a &#233;t&#233; peint &#224; c&#244;t&#233; des mots &#8220;&#201;milien Long 2022&#8221; &lt;i&gt;[...]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#226;ne Bourrichon et la roulotte de campagne sont d&#233;pass&#233;s par un SUV gris. &#201;milien et le Baron regardent le v&#233;hicule, rutilant, orgueilleux, faramineux, bruyant, qui, en quelques secondes, a d&#233;j&#224; disparu de leur champ de vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Parfois je me dis que &#231;a va &#234;tre impossible, cette articulation entre utopie et r&#233;alit&#233;, soupire &#201;milien. Cette &#233;quation &#224; je ne sais combien d'inconnues.
&lt;br /&gt;&#8212; Bien s&#251;r que &#231;a va &#234;tre impossible, r&#233;pond le Baron. Mais tu te souviens de la phrase : ils ne savaient pas que c'&#233;tait impossible, alors ils l'ont fait.
&lt;br /&gt;&#8212; Sauf que moi je sais que c'est impossible.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais non ! Tu sais que c'est difficile, mais tu crois, au fond, tu crois que c'est possible. Sinon on ne serait pas l&#224;. &#192; marcher sous la neige pour aller chercher la toute premi&#232;re promesse de signature de maire... Pourquoi depuis le d&#233;but tu es capable d'y croire, &#224; ton avis ?
&lt;br /&gt;&#8212; Pff... Honn&#234;tement je n'en sais rien. Sans doute parce que je suis un peu m&#233;galomane sur les bords.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu es certainement m&#233;galo. Mais on ne se lance pas dans une entreprise aussi difficile simplement parce qu'on est m&#233;galo. Ce qui s'est pass&#233;, c'est que justement, avec ton sacr&#233; cerveau furieux, tu as r&#233;ussi &#224; poser les termes d'une &#233;quation qui peut &#234;tre r&#233;solue. L'utopie, oui. La r&#233;alit&#233;, oui, aussi. Les deux ensemble. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3681 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1817.jpg' width=&#034;400&#034; height=&#034;560&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une vision des Gilets jaunes pour le moins partielle que ne partage pas &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. L'&#233;quipe a d'ailleurs publi&#233; un bouquin sur le mouvement aux &#233;ditions du Chien Rouge, &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt;, de S&#233;bastien Navarro, qui ne roule pas en SUV. [NDLR]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De l'&#233;merveillement &#224; la lutte</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/De-l-emerveillement-a-la-lutte</link>
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		<dc:date>2021-05-14T07:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Corinne Morel Darleux</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;&#201;carquiller les yeux. Les promener sur le monde. S'&#233;merveiller. Ouvrir son imaginaire aux vies autres, animales, v&#233;g&#233;tales. Et puis, dans la foul&#233;e, avec elles, passer &#224; l'action. Voil&#224; ce que pr&#244;ne Corinne Morel Darleux, autrice notamment de l'essai Plut&#244;t couler en beaut&#233; que flotter sans gr&#226;ce (Libertalia, 2019) et du r&#233;cent roman L&#224; o&#249; le feu et l'ours (2021). En ce d&#233;but de XXIe si&#232;cle, l'espace sauvage n'occupe plus que 23 % de la superficie de la Terre. Il y a un si&#232;cle, c'&#233;tait 85 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no198-mai-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;198 (mai 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Lise-Lacombe" rel="tag"&gt;Lise Lacombe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sauvage" rel="tag"&gt;sauvage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;carquiller les yeux. Les promener sur le monde. S'&#233;merveiller. Ouvrir son imaginaire aux vies autres, animales, v&#233;g&#233;tales. Et puis, dans la foul&#233;e, avec elles, passer &#224; l'action. Voil&#224; ce que pr&#244;ne Corinne Morel Darleux, autrice notamment de l'essai &lt;i&gt;Plut&#244;t couler en beaut&#233; que flotter sans gr&#226;ce &lt;/i&gt;(Libertalia, 2019) et du r&#233;cent roman &lt;i&gt;L&#224; o&#249; le feu et l'ours&lt;/i&gt; (2021).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3630 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-1771-4a6bd.jpg?1782728251' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Lise Lacombe
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En ce d&#233;but de XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'espace sauvage n'occupe plus que 23 % de la superficie de la Terre. Il y a un si&#232;cle, c'&#233;tait 85 %. Dans ce contexte de r&#233;tr&#233;cissement de l'espace habitable, les conflits de territoire entre humains et &#171; non-humains &#187; sont appel&#233;s &#224; se multiplier. D&#233;j&#224;, en Alaska, on voit un nombre croissant d'ours fouiller les poubelles pour survivre. &#192; Marseille, ce sont des sangliers qui s'invitent en ville. &#192; Strasbourg et Londres, les renards investissent d&#233;sormais les parcs urbains. De plus en plus d'animaux sauvages sont condamn&#233;s &#224; partager les m&#234;mes zones que nous. Nous qui les avons chass&#233;s, expuls&#233;s de leurs territoires et avons cru pouvoir les exclure de nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte de cohabitation forc&#233;e, nous allons avoir besoin de &#171; &lt;i&gt;diplomates&lt;/i&gt; &#187;, comme le formule le philosophe Baptiste Morizot &lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Les Diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Cela implique de se d&#233;faire de nos pr&#233;jug&#233;s et de d&#233;velopper des sch&#233;mas de pens&#233;e permettant le d&#233;veloppement de relations politiques avec les animaux. Pour cela, il faut r&#233;&#233;valuer en profondeur notre place dans les &#233;cosyst&#232;mes. L'humain est un mammif&#232;re qui ne survit pas sans air respirable, sans ressources comestibles ni eau potable. Cette appartenance au monde vivant marque une interd&#233;pendance et devrait en toute logique instaurer un int&#233;r&#234;t commun &#224; pr&#233;server les conditions de vie sur Terre. Elle pourrait m&#234;me refonder l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, notion cl&#233; du droit public fran&#231;ais qui d&#233;signe la finalit&#233; d'institutions cens&#233;es servir une population consid&#233;r&#233;e &lt;i&gt;dans son ensemble&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire non seulement les &#234;tres humains mais aussi les autres animaux, les v&#233;g&#233;taux, microbes et champignons. Sans parler des virus qui nous ont douloureusement rappel&#233; qu'il faut composer avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Avec la nature contre ceux qui l'effondrent &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce constat nous invite en premier lieu &#224; &#233;carquiller les yeux. Car de l'&#233;merveillement na&#238;t aussi la force de se battre. L'&#233;crivain William Morris a ainsi &#233;tabli dans son texte &lt;i&gt;L'Art en ploutocratie&lt;/i&gt; (1883) la puissance d'&#233;mancipation du sentiment esth&#233;tique. Sa conviction : &#171; &lt;i&gt;Il n'existe rien de ce qui participe &#224; notre environnement qui ne soit beau ou laid, qui ne nous ennoblisse ou nous avilisse.&lt;/i&gt; &#187; C'est pourquoi il appelait &#224; &#171; &lt;i&gt;&#233;tendre le sens du mot art jusqu'&#224; englober la configuration de tous les aspects ext&#233;rieurs de notre vie&lt;/i&gt; &#187;. Dans cette optique, certains proposent de constituer des r&#233;serves sauvages &#8211; &#224; l'image de l'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas). D'autres sugg&#232;rent d'inventer de nouveaux m&#233;canismes de pr&#233;servation de la nature, sans pour autant gommer son alt&#233;rit&#233; &#8211; ce que porte notamment la philosophe de l'environnement Virginie Maris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre peut-on &#233;galement &#233;chafauder de nouvelles alliances, comme le proposent L&#233;na Balaud et Antoine Chopot dans leur livre &lt;i&gt;Nous ne sommes pas seuls&lt;/i&gt; (2021), afin d'&#171; &lt;i&gt;agir avec la nature contre ceux qui l'effondrent&lt;/i&gt; &#187;. Ainsi, aux jardins populaires autog&#233;r&#233;s des Va&#238;tes &#224; Besan&#231;on, c'est le tr&#232;s f&#233;ministe crapaudalyte (dit &#171; accoucheur &#187;) qui a permis de ralentir les travaux d'un &#233;coquartier mena&#231;ant de d&#233;truire 35 hectares de terre. En 2019, la finale du championnat de France de jet-ski a &#233;t&#233; stopp&#233;e en Corse par des dauphins qui, non contents de saboter la course de moteurs bruyants et polluants, se sont amus&#233;s en sautant entre les engins &#224; l'arr&#234;t. Dans le ciel de Paris, des go&#233;lands ont attaqu&#233; les drones de la Pr&#233;fecture de police pendant un acte des Gilets jaunes. Formellement, ils ne s'en prenaient pas aux drones : ils prot&#233;geaient leurs &#339;ufs. Mais la symbolique reste puissante : les activistes, qu'ils luttent pour la justice sociale ou pour le climat et la biodiversit&#233;, ne font rien d'autre que prot&#233;ger, eux aussi, la possibilit&#233; d'un avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, tout nous presse &#224; sortir de l'anthropocentrisme et &#224; repenser les fronti&#232;res entre le sauvage et le domestique. Toutes les fronti&#232;res. Ce n'est pas un hasard si la droite et les n&#233;o fascistes utilisent le terme d'ensauvagement pour d&#233;signer les violences urbaines et condamner les migrations. Tracer des fronti&#232;res entre sauvage et civilis&#233;, domestiquer et cr&#233;er des hi&#233;rarchies entre &#171; races &#187;, c'est toute l'histoire de la colonisation. Et tout ce qu'il faut d&#233;monter.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Des rencontres et frottement in&#233;dits &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;construction n&#233;cessite une certaine facult&#233; d'empathie, puisqu'elle impose de comprendre les sentiments et &#233;motions d'un autre individu. De se mettre &#224; sa place. La fiction peut nous y aider en permettant des rencontres et frottements in&#233;dits, en transposant les corps, affranchis des contraintes mat&#233;rielles de la vraie vie. Ainsi dans &lt;i&gt;Les M&#233;tamorphoses &lt;/i&gt;(2020), roman de Camille Brunel, une &#233;pid&#233;mie transforme les humains en animaux, sans distinction. On voit surgir des c&#233;tac&#233;s, bonobos, rhinoc&#233;ros et pythons qui sont autant d'amis, d'enfants, de maris ou de voisins. C'est aussi ce qui arrive &#224;&lt;i&gt; La femme chang&#233;e en renard &lt;/i&gt;(1924) de David Garnett. Dans la campagne anglaise, au passage d'une chasse &#224; courre, le mari de Silvia d&#233;couvre avec stupeur que celle-ci a &#233;t&#233; m&#233;tamorphos&#233;e en renarde, l'instinct vulpin &#233;clipsant progressivement la part &#171; civilis&#233;e &#187; de Sylvia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces deux romans, le passage d'une forme &#224; l'autre ne modifie pas fondamentalement la relation qui s'exerce entre humains et &#171; non-humains &#187;. Le fr&#232;re transform&#233; en lapin, comme la femme chang&#233;e en renard, sont tout bonnement devenus lapin et renard. Il n'y a pas &#224; proprement parler d'&#171; &lt;i&gt;&#234;tre de la m&#233;tamorphose&lt;/i&gt; &#187;, au sens o&#249; l'entendent Baptiste Morizot et Nastassja Martin, qui dans leur article &#171; Retour du temps du mythe &#187; &lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; lire sur le site du journal suisse Issue (13/12/2018).&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; d&#233;crivaient ainsi les caract&#233;ristiques de cette entit&#233; hybride : &#171; &lt;i&gt;Son statut n'est pas assignable, et les relations sociales qu'il entretient avec le collectif humain en pr&#233;sence ne sont pas stabilis&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est diff&#233;rente dans &lt;i&gt;L'homme qui savait la langue des serpents&lt;/i&gt; d'Andrus Kivir&#228;hk (2013), fabuleux roman empreint de la mythologie estonienne du XIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle o&#249; &#234;tres humains, serpents et ours parlent la m&#234;me langue, dialoguent et vont m&#234;me parfois jusqu'&#224; s'aimer. Pour reprendre les termes des auteurs du &#171; Retour du temps du mythe &#187;, c'est bien &#171; &lt;i&gt;un temps d'avant le temps, dans lequel les &#234;tres sont encore indistincts. Les formes de vies ne sont pas encore s&#233;par&#233;es. Les animaux ne sont pas encore distincts des humains&lt;/i&gt; &#187;. Las, l'arriv&#233;e des colons chr&#233;tiens va bouleverser statuts et relations, menacer la coexistence et teinter les rapports de m&#233;fiance, d'incompr&#233;hension et &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#171; &#234;tre de la m&#233;tamorphose &#187; d'un genre nouveau, qui vient interroger la notion m&#234;me de normalit&#233;, on le trouve &#233;galement dans &lt;i&gt;F&#233;lines &lt;/i&gt;(2019), roman de St&#233;phane Servant. Des jeunes femmes atteintes d'une mutation inconnue voient leur corps se couvrir de poils, leurs sens s'aiguiser et leurs forces d&#233;cupler. Mises au ban de la soci&#233;t&#233;, elles sont nomm&#233;es &#171; &lt;i&gt;obscures&lt;/i&gt; &#187; et trait&#233;es comme inf&#233;rieures. Mais elles conservent leurs singularit&#233;s et leur m&#233;moire. Pour reprendre les termes de l'anthropologue Philippe Descola, si leur &#171; &lt;i&gt;physicalit&#233;&lt;/i&gt; &#187; s'est modifi&#233;e, elles gardent leur &#171; &lt;i&gt;int&#233;riorit&#233;&lt;/i&gt; &#187; (&#233;motions, conscience, d&#233;sirs...). On peut interpr&#233;ter la mutation des f&#233;lines comme une r&#233;ponse adaptative aux d&#233;r&#232;glements provoqu&#233;s par l'Anthropoc&#232;ne. En faisant effraction du statut qui leur a &#233;t&#233; impos&#233;, elles se montrent inassignables. Une m&#233;tamorphose qui ouvre la voie &#224; une nouvelle soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier acte des &lt;a href=&#034;https://lessoulevementsdelaterre.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Soul&#232;vements de la terre &lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mobilisations &#171; d'habitant&#183;es et de paysan&#183; es &#187; ayant lanc&#233; un appel &#171; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, fin mars 2021, on a vu des femmes-renardes jouer des percussions. Auparavant, on a aussi crois&#233; des cort&#232;ges d&#233;guis&#233;s en animaux pour protester contre les cirques ou les abattoirs. Et des banderoles &#171; &lt;i&gt;Phoque le r&#233;chauffement climatique&lt;/i&gt; &#187; dans les manifestations pour le climat. Mais au-del&#224; de ces alliances &#233;videntes, l'imaginaire animal peut aussi s'inviter dans les luttes sociales. Inspirer des m&#233;canismes de fuite, de furtivit&#233; &#224; la Damasio &lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;crivain, notamment auteur du livre Les Furtifs (2019).&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, de camouflage et de terriers comme base arri&#232;re quand il y a besoin de se mettre au vert. Le biomim&#233;tisme, qui consiste &#224; s'inspirer des formes, mati&#232;res, propri&#233;t&#233;s, processus et fonctions du vivant, n'est pas le monopole de l'industrie. &#192; nous de nous en emparer autrement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Corinne Morel Darleux&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article fait partie de notre dossier &#171; Demain les b&#234;tes ! &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro 198 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Les Diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant &lt;/i&gt;(Wildproject, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; lire sur le site du journal suisse &lt;i&gt;Issue&lt;/i&gt; (13/12/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mobilisations &#171; d'habitant&#183;es et de paysan&#183; es &#187; ayant lanc&#233; un appel &#171; &lt;i&gt;&#224; reprendre les terres et &#224; bloquer les industries qui les d&#233;vorent&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; &#201;crivain, notamment auteur du livre &lt;i&gt;Les Furtifs&lt;/i&gt; (2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Joseph Ponthus : &#171; L'usine te bouffe le temps, le corps et l'esprit &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Joseph-Ponthus-L-usine-te-bouffe</link>
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		<dc:date>2021-02-24T16:27:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec l'auteur d'&#192; la ligne, p&#233;pite noire d&#233;crivant trois ann&#233;es pass&#233;es dans l'enfer quotidien des abattoirs et conserveries de poisson. Il y est question de temps vol&#233; par le capitalisme, de travail &#224; la cha&#238;ne, des diff&#233;rentes facettes du monstre-usine et de litt&#233;rature qui rue dans les brancards. Ce 24 f&#233;vrier 2021, six mois apr&#232;s la publication de cet entretien sur papier dans le n&#176;190 de CQFD, nous apprenons le d&#233;c&#232;s de Joseph Ponthus. Nous publions donc cet entretien sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no190-septembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;190 (septembre 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Baptiste-Alchourroun" rel="tag"&gt;Baptiste Alchourroun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Joseph-Ponthus" rel="tag"&gt;Joseph Ponthus&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quotidien" rel="tag"&gt;quotidien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec l'auteur d'&lt;i&gt;&#192; la ligne&lt;/i&gt;, p&#233;pite noire d&#233;crivant trois ann&#233;es pass&#233;es dans l'enfer quotidien des abattoirs et conserveries de poisson. Il y est question de temps vol&#233; par le capitalisme, de travail &#224; la cha&#238;ne, des diff&#233;rentes facettes du monstre-usine et de litt&#233;rature qui rue dans les brancards.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3572 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH704/-1717-f451b.jpg?1782643842' width='400' height='704' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Baptiste Alchourroun
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
&lt;i&gt;Ce 24 f&#233;vrier 2021, six mois apr&#232;s la publication de cet entretien sur papier dans le n&#176;190 de &lt;/i&gt;CQFD&lt;i&gt;, nous apprenons le d&#233;c&#232;s de Joseph Ponthus. Nous publions donc cet entretien sur ce site en guise d'hommage.&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ami Joseph Ponthus, dit Ubi pour les intimes d'alors, je l'ai connu il y a quelques ann&#233;es &#224; l'&#233;poque de feu &lt;a href=&#034;http://www.article11.info/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Article11&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, canard cousin de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; dans lequel il livrait des chroniques habit&#233;es sous l'intitul&#233; &#171; S&#233;vice social &#187;. D'une plume sensible et lyrique, il y racontait son quotidien d'&#233;ducateur dans un quartier de Nanterre &#8211; les gamins qui d&#233;connent gentiment, la justice implacable, les horizons balafr&#233;s. Il en a finalement tir&#233; un livre fort recommand&#233;, co&#233;crit avec quatre m&#244;mes qu'il suivait au quotidien : &lt;a href=&#034;https://www.editions-zones.fr/livres/nous-la-cite/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Nous, la Cit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (Zones, 2012). Depuis, de l'eau a coul&#233; sous les ponts et on s'est un peu perdus de vue &#8211; la vie. J'ai boug&#233; &#224; Marseille, lui &#224; Lorient, pas exactement la porte &#224; c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Bretagne, il a vite compris que ses comp&#233;tences litt&#233;raires et sociales n'allaient pas aider &#224; faire bouillir la marmite. Sans un rond, classique, il s'est tourn&#233; vers l'int&#233;rim. C'est ainsi qu'ont commenc&#233; trois ann&#233;es de labeur particuli&#232;rement &#233;prouvantes &#8211; une dans des conserveries de poisson, deux dans des abattoirs. Un quotidien bouff&#233; par l'usine, qu'il d&#233;crit dans &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editionslatableronde.fr/a-la-ligne/9782710389668&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; la ligne &#8211; feuillets d'usine&lt;/a&gt; &lt;/i&gt;(La Table ronde, 2019), bouquin &#224; la forme si &#171; exp&#233;rimentale &#187; &#8211; vers libres, pas la moindre ponctuation &#8211; qu'il semblait condamn&#233; &#224; v&#233;g&#233;ter en solitaire dans les rayons de librairie. Sauf que non : le livre cartonne, est traduit un peu partout, et Ubi a pu dire au revoir &#224; cette foutue usine. Il faut dire qu'il est parvenu, en bon alchimiste litt&#233;raire, &#224; rendre particuli&#232;rement vivant et touchant ce monde que l'on cantonne g&#233;n&#233;ralement &#224; des visions sanglantes de carcasses et de corps d&#233;coup&#233;s. Sans mis&#233;rabilisme mais avec les tripes, il livre un t&#233;moignage qui se veut universel, ode au courage de ses coll&#232;gues et r&#233;quisitoire implacable contre ce mangeur de vie que peut &#234;tre le salariat, surtout version int&#233;rim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte ci-dessous est le quasi verbatim d'un entretien t&#233;l&#233;phonique avec Ubi, entrecoup&#233; de quelques citations de son livre.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; Tout cela a commenc&#233; fort classiquement : ma compagne et moi n'ayant plus une thune, il fallait que je trouve du taf, sachant que dans ce coin les boulots pour un &#233;ducateur de quarante ans ne sont pas l&#233;gion. Je n'avais qu'une seule possibilit&#233; : l'int&#233;rim. Or, en Bretagne, ce qu'on t'y propose est g&#233;n&#233;ralement li&#233; &#224; l'agroalimentaire. C'est la plus grosse r&#233;gion d'Europe pour cette industrie, un h&#233;ritage de 1945, quand la r&#233;gion &#233;tait sinistr&#233;e et que les lobbies et le patronat local ont tout fait pour encourager cette fili&#232;re avec un discours simple en direction des politiques : &#8220;&lt;i&gt;Vous allez nous faire des belles routes et nous on va fournir tout ce que vous voulez en bouffe, poiscaille comme barbaque.&lt;/i&gt;&#8221; Leur argument : ils disposaient d'une r&#233;serve de mecs durs au mal, ceux qui tuent le cochon &#224; la ferme. Bref, c'est devenu une marque de fabrique. Aujourd'hui, un tiers de la population bretonne vit directement ou indirectement de l'agroalimentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immersion a &#233;t&#233; quasiment imm&#233;diate : &#8220;&lt;i&gt;Tu commences demain &#224; six heures du mat.&lt;/i&gt;&#8221; Et l&#224; je me suis retrouv&#233; plong&#233; dans un autre monde. La seule comparaison qui me vient &#224; l'esprit, c'est le film &lt;i&gt;Les Temps modernes&lt;/i&gt; de Charlie Chaplin et sa repr&#233;sentation du travail &#224; la cha&#238;ne abrutissant. On te file un poste, on te montre, puis on te dit : &#8220;&lt;i&gt;On se retrouve dans 8 heures.&#8221;&lt;/i&gt; Voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part, je ne pensais pas y rester longtemps. Je voyais l'int&#233;rim comme un mal temporaire, me disant que j'allais trouver autre chose. Mais &#231;a ne fonctionne pas comme &#231;a. L'usine te bouffe le temps, le corps et l'esprit. Quand tu rentres chez toi, tu n'as qu'une seule envie : dormir. Tu as beau avoir lu tous les bouquins possibles, prol&#233;taires, prol&#233;tariens, tu ne comprends pas ce qui t'arrive. C'est ce que dit Robert Linhart dans &lt;i&gt;L'&#201;tabli&lt;/i&gt; &lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ouvrage publi&#233; en 1978 et symbole de ces mao&#239;stes qui avaient choisi d'aller (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; quand il explique qu'il avait beau avoir boss&#233; sur Marx pendant vingt ans, il lui a fallu attendre sa premi&#232;re journ&#233;e d'usine pour comprendre ce qu'&#233;tait le concept de plus-value. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt; &#171; C'est le week-end / Je devrais reconstituer ma force de travail / C'est-&#224;-dire / Me reposer / Dormir / Vivre / Ailleurs qu'&#224; l'usine / Mais elle me bouffe &#187; &lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#232;s lors que tu y as mis les pieds, l'usine est partout. Elle te bouffe le quotidien. Cela m'&#233;voque la mani&#232;re dont les mineurs &#233;voquaient la mine, disant d'elle que c'&#233;tait une &#8220;&lt;i&gt;mangeuse d'hommes&lt;/i&gt;&#8221;. L'usine c'est pareil. Les hommes et les femmes qui y bossent ne pensent qu'&#224; &#231;a : l'heure que tu vas mettre sur le r&#233;veil, celle de la pause, le prochain arrivage. C'est une perp&#233;tuelle lutte contre le temps. Il n'est d'ailleurs pas anodin que le documentaire en quatre &#233;pisodes de Stan Neumann r&#233;cemment diffus&#233; sur Arte soit intitul&#233; &lt;i&gt;Le Temps des ouvriers&lt;/i&gt; &lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Joseph Ponthus intervient &#224; plusieurs occasions dans ce documentaire.&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Plongeant dans les racines du capitalisme, il d&#233;montre parfaitement que d&#232;s le XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle tout a &#233;t&#233; fait pour baisser les salaires et accro&#238;tre la productivit&#233;. Voler le temps des ouvriers, donc. Un syst&#232;me implacable, qui s'est totalement impos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela il faut ajouter la condition d'int&#233;rimaire, qui au d&#233;but passe par une forme de bizutage. On te propose quelques jours ici et quelques autres ailleurs. On modifie tes horaires. On te fait changer d'usine. Et toi tu sais que si tu l'ouvres et protestes, alors tu es grill&#233; : tu n'auras plus de boulot dans tout le bassin d'emploi. Il faut encaisser et fermer ta gueule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout d'un moment, on te file des missions plus longues. Ma premi&#232;re, &#231;a a &#233;t&#233; les bulots, dont je pelletais des tonnes tous les jours pour les faire cuire. Le troisi&#232;me jour, j'ai pos&#233; une question qui me semblait &#233;l&#233;mentaire : &#8220;&lt;i&gt;&#199;a serait pas plus simple avec une machine&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;&#8221; La r&#233;ponse du chef : &#8220;&lt;i&gt;Embaucher des int&#233;rimaires co&#251;te moins cher.&lt;/i&gt;&#8221; Sachant que si demain tu n'es pas l&#224;, rien de plus simple que de trouver quelqu'un d'autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; La r&#233;p&#233;tition des douleurs / La vanit&#233; de l'affaire / Tout &#231;a pour des bulots qui ne s'arr&#234;teront jamais &#187;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est le coup de g&#233;nie du patronat : ils ont r&#233;ussi &#224; faire en sorte que la conscience de classe ouvri&#232;re soit atomis&#233;e. Aujourd'hui, tu ne te d&#233;finis plus comme ouvrier, ou comme employ&#233; d'une usine sp&#233;cifique (Renault, Lip...), mais par rapport &#224; ton poste de travail, sur lequel il y a concurrence. Cela d&#233;bouche sur un constat : il n'y a plus de lutte collective possible. Avec en outre cette sp&#233;ci fi&#8202;cit&#233; bretonne : contraire&#8202;ment aux vieux bassins ouvriers, comme celui de la sid&#233;rurgie lorraine, l'habitat est extr&#234;mement dispers&#233;, les gens venant travailler de plusieurs dizaines de kilom&#232;tres &#224; la ronde. Cons&#233;quence : il n'y a pas de lieu de socialisation, de possibilit&#233; de se rencontrer ailleurs qu'&#224; l'usine. C'est le triomphe du capitalisme dans ce qu'il a de plus violent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, en bossant dans une usine d'agroalimentaire, tu n'as pas la fiert&#233; de la production. Dans une usine &#8220;normale&#8221;, tu pars de rien et tu arrives &#224; un produit fini. L'&lt;i&gt;agro&lt;/i&gt;, c'est l'inverse, c'est la d&#233;construction : tu prends un produit entier, une vache par exemple, et tu arrives &#224; un steak. Impossible de tirer une fiert&#233; de donner la mort. Il s'agit juste de faire son taf le mieux possible, de la mani&#232;re la plus noble et la moins douloureuse possible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; Les veaux ne me regardent plus de leurs yeux morts et froids &#187;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&#171; On m'a invit&#233; &#224; t&#233;moigner dans un documentaire que je trouve tr&#232;s r&#233;ussi, &lt;i&gt;Les damn&#233;s des ouvriers en abattoir&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Documentaire d'Anne-Sophie Reinhardt, visible sur le site de France T&#233;l&#233;visions.&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Son approche renverse la vision habituelle de ce boulot : ce sont des t&#233;moignages tr&#232;s puissants d'ouvriers racontant leur quotidien. Mais, pour ne pas les renvoyer &#224; cette imagerie de l'abattoir, du sang, des tripes, ils sont film&#233;s dans un d&#233;cor de for&#234;t. Il s'agit de ne pas les cantonner &#224; un d&#233;cor d&#233;valorisant. Et j'ai voulu faire pareil : un objet litt&#233;raire, ouvert et d&#233;glingu&#233;. Si tu racontes uniquement l'horreur quand tu rentres chez toi le soir, tu n'y retournes pas le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s ma premi&#232;re semaine d'embauche, j'ai commenc&#233; &#224; r&#233;diger des passages en rentrant &#224; la maison, l'apr&#232;s-midi ou le soir selon mes horaires, quand je n'&#233;tais pas trop K.-O. Mon objectif &#233;tait d'&#233;crire de mani&#232;re similaire &#224; celle dont fonctionnaient mes pens&#233;es quand j'&#233;tais au boulot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'usine, tu es confront&#233; &#224; la question de la cadence, soit la production impos&#233;e par l'usine. Tu as une minute pour faire la t&#226;che qu'on te demande. Par exemple serrer vingt boulons. Au d&#233;part tu ne connais pas le geste et tu es maladroit, donc tu ne fais que quinze boulons &#224; la minute. C'est le copain qui est derri&#232;re qui doit rattraper les cinq manquants. Car la cha&#238;ne avance in&#233;luctablement. Mais une fois que tu arrives &#224; effectuer le bon geste, &#224; faire corps avec l'outil, ou la machine, tu peux le faire en, par exemple, quarante-cinq secondes. Il te reste plus ou moins quinze secondes de &#8220;libre&#8221;. C'est l&#224; que tu as le temps de penser. Et moi je songeais &#224; des bouquins, des po&#233;sies, aux phrases que j'allais &#233;crire le soir en rentrant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; Ici le temps n'en finit pas &#187;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est ici que la question du rythme litt&#233;raire s'est impos&#233;e. Parce que je voulais &#233;crire sur ces quinze secondes de libert&#233;. Si j'avais choisi de m'adapter au rythme r&#233;gulier de l'usine, une t&#226;che par minute, alors j'aurais &#233;crit en vers r&#233;guliers, de type alexandrins. Mais mon rythme &#224; moi &#233;tait diff&#233;rent, puisque je luttais contre la cadence, avec des irr&#233;gularit&#233;s, des fois cinq secondes, des fois dix ou quinze. Je ne pouvais donc &#233;crire qu'en vers libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usine est le personnage principal de mon livre. Un peu comme Ivo Andri&#262; racontait l'histoire de la Bosnie &#224; travers son &lt;i&gt;Pont sur la Drina&lt;/i&gt; (1945). Mais pour cela il faut ruser, prendre ton sujet de biais. Cette masse d'acier, de mort, de souffrance, tu dois l'aborder par des moyens d&#233;tourn&#233;s : les coll&#232;gues, les moments vol&#233;s, les pauses gratt&#233;es, les micro-solidarit&#233;s, les petites r&#233;cups. Parce qu'il est impossible de vraiment d&#233;crire un univers o&#249; tu te fais bouffer, ces fragrances de peur, de merde, de m&#233;tal. Si l'usine est vivante, c'est seulement par les ouvriers qui bossent &#224; l'int&#233;rieur chaque jour. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; L'usine m'a eu / Je n'en parle plus qu'en disant / Mon usine &#187; &lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je me suis fait virer de l'abattoir le jour o&#249; j'ai envoy&#233; des exemplaires du livre &#224; l'agence d'int&#233;rim et &#224; la direction de l'abattoir. Pourtant je n'ai pas &#233;crit un t&#233;moignage &#224; charge. J'aurais pu d&#233;crire les magouilles, certains scandales qui auraient fait couler de l'encre. Si je ne l'ai pas fait, c'est par crainte que les copains se retrouvent au ch&#244;mage, avec leur cr&#233;dit &#224; payer et leur monde qui s'&#233;croule. Au fond, ce que je voulais c'est que eux soient fiers du livre, s'y reconnaissent. Parce qu'il est extr&#234;mement difficile de raconter ce quotidien. Quand tu dis &#8220;&lt;i&gt;Je bosse en abattoir&lt;/i&gt;&#8221;, la discussion est toujours fauss&#233;e, les gens te regardent autrement. Alors qu'en fait &#231;a renvoie &#224; nombre d'exp&#233;riences professionnelles d&#233;passant ce cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que je pr&#233;sente le livre dans divers endroits de France, je suis confront&#233; &#224; une foule de t&#233;moignages de gens racontant ne plus en pouvoir de leur quotidien professionnel. Des employ&#233;s en Ehpad qui te disent : &#8220;&lt;i&gt;Moi c'est pareil, je fais des trucs horribles parce qu'on ne me laisse pas le temps de bien bosser.&lt;/i&gt;&#8221; Des infirmiers qui soufflent : &#8220;&lt;i&gt;&#199;a fait quinze ans qu'on r&#233;clame des lits.&lt;/i&gt;&#8221; Des caissiers qui te l&#226;chent : &#8220;&lt;i&gt;Comme les pauses pipi sont interdites, on vient bosser en couches-culottes.&lt;/i&gt;&#8221; On en est l&#224;. Il faut imaginer la d&#233;tresse de ce mec qui va &#224; la pharmacie du village acheter ses couches, qu'il planque dans sa bagnole et enfile dans le vestiaire. L'humiliation absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce champ de ruines, si mon livre permet de rendre un peu de noblesse &#224; ce m&#233;tier d'ouvrier, alors c'est d&#233;j&#224; &#233;norme. Et c'est pour &#231;a que je me r&#233;jouis que quelque chose prenne autour du livre, avec des ventes inesp&#233;r&#233;es, des prix litt&#233;raires et des traductions dans plein de pays. Alors qu'au d&#233;part, c'&#233;tait tout sauf gagn&#233; : raconter l'agroalimentaire breton en vers libres ? Difficile de faire moins vendeur. Et pourtant il marche. Parce qu'il raconte simplement ce que c'est de devoir encaisser, bosser. Les int&#233;rimaires de cinquante ans qui ploient sous les carcasses. Le corps qui l&#226;che. La production qui impose tout. C'est universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai d&#233;bouch&#233; l&#224;-dedans, ce n'&#233;tait pas du tout mon monde. J'&#233;tais &#233;ducateur, avec des &#233;tudes de litt&#233;rature derri&#232;re moi. &#199;a a &#233;t&#233; une vraie exp&#233;rience de d&#233;classement, qui m'a appris &#233;norm&#233;ment de choses. Du jour au lendemain je me suis retrouv&#233; avec des mecs qui m'ont appris le m&#233;tier, &#224; m'occuper de mes mains, &#224; ne pas me blesser, me tuer. Toutes proportions gard&#233;es, je rapproche &#231;a de la litt&#233;rature de la guerre de 14, quand des gens comme Blaise Cendrars, Guillaume Apollinaire ou Maurice Genevoix se sont retrouv&#233;s confront&#233;s &#224; quelque chose auxquels ils n'&#233;taient pas du tout pr&#233;par&#233;s, avec le petit peuple, la boue, la mort. Apr&#232;s cela, ils ne pouvaient plus &#233;crire de la m&#234;me mani&#232;re, impossible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; Quand tu rentres / &#192; la d&#233;bauche / Tu zones / Tu comates / Tu penses d&#233;j&#224; &#224; l'heure qu'il faudra mettre sur le r&#233;veil / Peu importe l'heure / Il sera toujours trop t&#244;t &#187;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le documentaire sur les travailleurs en abattoir, je dis que chaque week-end il me fallait &#8220;&lt;i&gt;r&#233;apprendre &#224; parler le langage des vivants&lt;/i&gt;&#8221;. Parce qu'il faut bien comprendre qu'avec les coll&#232;gues tu ne parles pas pendant la semaine. D'abord parce que tu portes des bouchons d'oreille, des casques. Et ensuite pour dire quoi ? Les seuls &#233;changes sont des ordres, des invectives. Pendant une semaine tu es format&#233; en non-langage, en mode performatif &#8211; &lt;i&gt;combien d'heures il reste &#224; tirer, ta gueule, pousse plus fort&#8230; &lt;/i&gt;Tu ne parles pas. &#192; la pause, tu fumes ta clope, tu bois ton caf&#233;, et rien d'autre. Comme t'es dans l'industrie de la mort, &#231;a te bouffe le soir, la nuit, tu fais des cauchemars. Tu ne penses qu'&#224; une chose : au week-end prochain. Mais ce moment est lui aussi rattrap&#233; par l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est tr&#232;s dur &#224; expliquer. Qu'est-ce que tu veux raconter aux gens ? Le sang plein la gueule ? Les foies qui t'explosent dessus ? Tes huit heures &#224; balayer des bouses de vache ? Dans l'usine, t'es dans le purgatoire. Tu travailles avec la mort. &#199;a sent la mort. Tu participes &#224; &#231;a. T'es un bourreau &#224; ta fa&#231;on mais tu veux te faire croire que tu ne l'es pas. Imagine : 700 t&#234;tes de vaches par jour, 1 400 yeux de vaches qui agonisent. Et toi tu te dis : les coll&#232;gues tiennent depuis quarante ans, pourquoi je pourrais pas ? Une chose est s&#251;re : les groins coup&#233;s, les mamelles tranch&#233;es, &#231;a ne se raconte pas avec le langage des vivants, parce que personne ne peut comprendre. Le langage bute. Ce quotidien, il passe par les yeux, les expressions du visage de l'ouvrier, une main qui tape sur l'&#233;paule &#8211; mais pas par la voix. Il n'y a que l'&#233;criture qui permette de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exp&#233;rience m'habite encore : je fais des cauchemars toutes les semaines. Ce sera toujours l&#224;. L'exp&#233;rience la plus belle et la plus dure de ma vie. J'y ai v&#233;cu des choses que je n'aurais jamais imagin&#233;es, rencontr&#233; des camarades qui le seront toujours. Au fond du sordide se niche aussi la plus grande noblesse. Ce sont des gens qui ne la ram&#232;nent pas, n'&#233;talent pas leur condition sur la place publique, mais qui pourtant font bouffer la France. C'est pour cela que je tenais tant &#224; ce qu'ils appr&#233;cient le livre. Apr&#232;s en avoir chi&#233; tout ce temps &#224; leurs c&#244;t&#233;s, &#231;a m'a particuli&#232;rement touch&#233; de voir qu'ils insistaient pour que je mette leurs vrais noms et disent se reconna&#238;tre dans les passages qu'ils d&#233;couvraient. Ce sont les premiers &#224; qui je l'ai fait lire, comme &#231;a avait &#233;t&#233; le cas avec les gamins de Nanterre, pour &lt;i&gt;Nous, la cit&#233;&lt;/i&gt;. Sauf qu'&#224; Nanterre, j'&#233;tais en position de savoir. L&#224; c'&#233;tait l'inverse quand je suis arriv&#233; &#224; l'usine : ce sont eux qui m'ont tout appris sur cet univers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ouvrage publi&#233; en 1978 et symbole de ces mao&#239;stes qui avaient choisi d'aller travailler en usine pour fomenter la r&#233;volution aupr&#232;s des &#171; masses travailleuses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Joseph Ponthus intervient &#224; plusieurs occasions dans ce documentaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Documentaire d'Anne-Sophie Reinhardt, visible sur le site de France T&#233;l&#233;visions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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