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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Quand les k&#233;pis font la loi</title>
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		<dc:creator>Karima Younsi, Olivier Cyran</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Nicolas de la Casini&#232;re</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Et si la police n'&#233;tait plus seulement le bras arm&#233; de l'&#201;tat, mais une force d'occupation autonome, capable de dicter sa loi aux politiques ? &#201;l&#233;ments d'analyse avec Mohamed, membre du collectif Quartiers 21 et militant aguerri contre les violences polici&#232;res. &#171; Dans l'affaire Adama Traor&#233;, il n'y a pas que le procureur et la maire de Beaumont-sur-Oise qui ont pris fait et cause pour les gendarmes tueurs, le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur a pes&#233; lui aussi de tout son poids. Quand Bruno Le Roux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no153-avril-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;153 (avril 2017)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Et si la police n'&#233;tait plus seulement le bras arm&#233; de l'&#201;tat, mais une force d'occupation autonome, capable de dicter sa loi aux politiques ? &#201;l&#233;ments d'analyse avec Mohamed, membre du collectif Quartiers 21 et militant aguerri contre les violences polici&#232;res.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3014 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH315/-1250-ff78b.jpg?1782664072' width='500' height='315' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Nicolas de la Casini&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; D&lt;/span&gt;ans l'affaire Adama Traor&#233;, il n'y a pas que le procureur et la maire de Beaumont-sur-Oise qui ont pris fait et cause pour les gendarmes tueurs, le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur a pes&#233; lui aussi de tout son poids. Quand Bruno Le Roux a &#233;t&#233; nomm&#233; ministre, c'est &#224; la gendarmerie de Persan, o&#249; Adama est mort, qu'il a effectu&#233; son premier d&#233;placement officiel. C'est le gouvernement qui en a fait une affaire d'&#201;tat. Pour comprendre pourquoi, il faut garder &#224; l'esprit que les forces de l'ordre constituent un pouvoir de plus en plus hostile au gouvernement, qui esp&#232;re contenir cette r&#233;bellion en leur accordant mille faveurs, depuis le droit de porter leur arme m&#234;me quand ils ne sont pas en service jusqu'&#224; l'extension de l'usage de la l&#233;gitime d&#233;fense, en passant par la gratuit&#233; des transports RATP ou l'&#233;quipement de la BAC en fusils d'assaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 18 mai 2016, lors du rassemblement de flics&lt;/strong&gt; organis&#233; place de la R&#233;publique &#224; Paris par le syndicat Alliance, Marion Le Pen et Gilbert Collard sont venus s'afficher aux c&#244;t&#233;s des manifestants. C'est la premi&#232;re fois qu'on a vu des leaders d'extr&#234;me droite aussi chaleureusement accueillis par des policiers aussi nombreux. Dans le m&#234;me temps, des &#233;tudes indiquaient qu'entre 50 et 70 % des policiers et gendarmes votaient Front national. L&#224;-dessus, t'as des centaines de policiers qui manifestent cagoul&#233;s et arm&#233;s dans les rues de Paris. Quand tu additionnes tout &#231;a, tu ne t'&#233;tonnes plus que les dirigeants politiques baissent de plus en plus la t&#234;te devant les syndicats de police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce &#224; quoi on assiste, c'est une autonomisation des forces de l'ordre.&lt;/strong&gt; La police n'est plus seulement le bras arm&#233; de l'&#201;tat, c'est une force qui impose par elle-m&#234;me son propre agenda politique. Cette &#233;volution s'est d'abord manifest&#233;e sur le terrain m&#233;diatique : chaque fois que les violences polici&#232;res font un mort, dans l'heure qui suit les syndicats de flics envahissent les plateaux t&#233;l&#233; pour marteler leur version, qui devient aussit&#244;t la version officielle, celle que les m&#233;dias vont relayer en boucle. La famille ou le comit&#233; de soutien de la victime auront beau d&#233;masquer les mensonges de la version officielle, leur parole aura du mal &#224; faire le poids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La puissance des syndicats de flics&lt;/strong&gt; en France reste un angle mort, on n'en parle jamais, alors que la police constitue un &#201;tat dans l'&#201;tat, un minist&#232;re dans l'Int&#233;rieur. Lors du mouvement social contre la loi Travail, tout se passait comme si le gouvernement laissait sa police r&#233;primer en roue libre. Des policiers se sont m&#234;me &#233;tonn&#233;s publiquement : on ne re&#231;oit pas d'ordres, ils nous laissent faire ce qu'on veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette autonomisation saute aux yeux&lt;/strong&gt; quand tu vas sur les comptes Facebook communautaires des flics, o&#249; ils se l&#226;chent compl&#232;tement, sur le mode : laissez-nous faire, on va nettoyer la France. Exemple, la page Facebook de Robert Paturel, un ancien du Raid qui s'est pr&#233;sent&#233; comme l'un des meneurs des manifs cagoul&#233;es d'octobre dernier : il y partage des vid&#233;os ouvertement d'extr&#234;me droite. C'est devenu banal. Quand t'as le directeur g&#233;n&#233;ral de la police nationale qui se fait huer et mettre la pression par des flics en armes chauff&#233;s &#224; blanc par leurs syndicats, comme en octobre 2016, tu te dis que dans n'importe quel pays cela provoquerait des enqu&#234;tes et des mises &#224; pied. Pas en France. Il y a m&#234;me une vid&#233;o o&#249; l'on entend des flics crier &#8220;les francs-macs en prison&#8221;, &#224; se demander s'ils ne visaient pas leurs propres sup&#233;rieurs. Tout &#231;a passe comme une lettre &#224; la Poste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; droite et &#224; gauche&lt;/strong&gt;, on continue de nous bassiner avec la &#8220;police r&#233;publicaine&#8221;, pendant que l'un de ses repr&#233;sentants les plus en vue dans les m&#233;dias se sent suffisamment &#224; l'aise pour faire l'apologie du mot &#8220;bamboula&#8221; sur un plateau de t&#233;l&#233;vision. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Olivier Cyran &amp; Karima Younsi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Qui a peur des lyc&#233;ens ?</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


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&lt;p&gt;Quand la jeunesse d&#233;boule, tout peut basculer. Le pouvoir le sait et met le paquet pour tuer dans l'&#339;uf cette &#233;nergie incontr&#244;lable que la fi&#232;vre jaune a r&#233;veill&#233;e sur tout le territoire. D&#233;valant le boulevard d'Ath&#232;nes, &#224; Marseille, voil&#224; une &#233;quipe de tr&#232;s jeunes gar&#231;ons au dress code sans &#233;quivoque : K-ways &#224; capuche, trainings et baskets de dieux messagers : noir c'est noir. Un gars d'&#226;ge m&#251;r distribue du s&#233;rum phy' : &#171; Vous en aurez besoin. Nous, sur La Plaine, &#231;a fait un mois qu'ils (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Martin-Barzilai-105" rel="tag"&gt;Martin Barzilai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/center" rel="tag"&gt;center&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marseille" rel="tag"&gt;Marseille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/decembre" rel="tag"&gt;d&#233;cembre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dress-code" rel="tag"&gt;dress code&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand la jeunesse d&#233;boule, tout peut basculer. Le pouvoir le sait et met le paquet pour tuer dans l'&#339;uf cette &#233;nergie incontr&#244;lable que la fi&#232;vre jaune a r&#233;veill&#233;e sur tout le territoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2882 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1126-20dce.jpg?1782962479' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Martin Barzilai
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;&#233;valant le boulevard d'Ath&#232;nes, &#224; Marseille, voil&#224; une &#233;quipe de tr&#232;s jeunes gar&#231;ons au &lt;i&gt;dress code&lt;/i&gt; sans &#233;quivoque : K-ways &#224; capuche, trainings et baskets de dieux messagers : noir c'est noir. Un gars d'&#226;ge m&#251;r distribue du s&#233;rum phy' : &#171; &lt;i&gt; Vous en aurez besoin. Nous, sur La Plaine, &#231;a fait un mois qu'ils nous gazent.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Merci, Monsieur !&lt;/i&gt; &#187; On cherche la manif lyc&#233;enne, insaisissable comme il se doit. L'h&#233;licopt&#232;re qui fait du surplace au-dessus de l'ex-Poste Colbert donne une id&#233;e d'o&#249; &#231;a se passe. Les v&#233;hicules bourr&#233;s de flics casqu&#233;s qui tracent toute sir&#232;ne hurlante aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humiliation publique des lyc&#233;ens de Mantes-la-Jolie, jamais condamn&#233;e par le ministre Castaner et applaudie par S&#233;gol&#232;ne Royal, a tourn&#233; en boucle. Tant pis si l'image rabaisse la &#171; patrie des droits de l'Homme &#187; au rang d'un vulgaire &#201;tat policier. Avis &#224; la population : gardez vos gosses &#224; la maison. L'&#201;tat craint leur irruption dans l'ar&#232;ne de cet automne inesp&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Maintenant que tout le monde est en col&#232;re... &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ah, si jeunesse savait ! Justement, la voie ouverte par les inexp&#233;riment&#233;s Gilets jaunes avec leurs blocages, leurs Zad autorouti&#232;res et leurs manifs errantes a frapp&#233; les esprits. Les lyc&#233;ens y voient un &#233;cho de leur spontan&#233;it&#233;. Comme si les parents avaient appris de leurs gosses&#8230; D&#233;but d&#233;cembre, sous l'arc de triomphe de la porte d'Aix, un jeune le dit tout &#224; trac &#224; l'AFP : &#171; &lt;i&gt;Maintenant que tout le monde est en col&#232;re, on va finir ce qu'on avait commenc&#233; au printemps dernier.&lt;/i&gt; &#187; Cette &lt;i&gt;punchline&lt;/i&gt; fait r&#233;f&#233;rence aux gr&#232;ves perdues contre Parcoursup et la r&#233;forme des lyc&#233;es. Mais elle ouvre surtout la bo&#238;te de pandore d'un r&#232;glement de comptes g&#233;n&#233;ralis&#233; contre l'arrogance antisociale des derniers gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre &lt;i&gt;punchline&lt;/i&gt;, cette fois-ci lanc&#233;e par Olivier Mateu, secr&#233;taire d&#233;partemental de la CGT, lors du rassemblement du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre devant la pr&#233;fecture : &#171; &lt;i&gt;Nous ferons payer chaque coup de matraque et chaque goutte de sang vers&#233;e par nos enfants.&lt;/i&gt; &#187; &#192; bon entendeur. Car la violence polici&#232;re frappe aussi Marseille. Et les syndicalistes y ont go&#251;t&#233;, comme &#224; Fos il y a deux ans, lors du blocage des raffineries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifs suivantes sont encadr&#233;es par les profs et personnels. Sud, FSU et service d'ordre CGT. Les flics sont moins vaillants face aux dockers. Mais la bienveillance se r&#233;v&#232;le &#233;touffante. Abel&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, un bloqueur du lyc&#233;e Saint-Charles, regrette le rythme impos&#233; : &#171; &lt;i&gt;Ils nous ont &#224; peine laiss&#233; le temps de nous mettre &#224; genoux les mains sur la nuque en hommage aux copains de Mantes-la-Jolie. Ils voulaient qu'on boucle &#231;a vite fait. Alors nous, on repart cadenasser le bahut. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 4 d&#233;cembre. 21 lyc&#233;es bloqu&#233;s &#224; Marseille en solidarit&#233; avec les Gilets jaunes. Frustr&#233;s par une dispersion trop rapide, quelques centaines de jeunes tra&#238;nent devant l'inspection d'acad&#233;mie. Une bousculade et les flics gazent le carrefour. Les yeux en feu, on se r&#233;fugie sur l'esplanade de la gare. Les plus speeds caillassent les fourgons de CRS en contrebas. Devant le lyc&#233;e Victor-Hugo, que fr&#233;quentent les gamins de la Belle de Mai &#8212; quartier le plus paup&#233;ris&#233; de France, selon l'Insee &#8212;, une voiture br&#251;le. &#192; l'arriv&#233;e des pompiers, un minot monte sur le camion et y esquisse un pas de danse. Le fond de l'air est jaune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 13 d&#233;cembre, m&#234;me endroit. Les portes de la gare, de la fac et du bahut sont ferm&#233;es. O&#249; aller ? Comment penser le mouvement quand on en est r&#233;duit &#224; errer sur un bitume hostile ? Un commando de civils cagoul&#233;s est &#224; l'aff&#251;t, le lanceur de balle de d&#233;fense en joue. Une lyc&#233;enne &#224; la coupe afro brandit une pancarte sous leur nez : &#171; &lt;i&gt;Et si on visait l'&#233;galit&#233; des chances ?&lt;/i&gt; &#187; En r&#233;ponse, les mastards plaquent contre le mur un gosse de 15 ans (noir lui aussi) qui passait par l&#224;. Ils se mettent &#224; dix pour le palper et braquer ceux qui protestent. Un retrait&#233; du port crache son d&#233;go&#251;t : &#171; &lt;i&gt;Ces cond&#233;s, c'est la lie de la soci&#233;t&#233;. En 1986, sur la place de la Joliette, on leur avait mis une belle branl&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Violences polici&#232;res : Ali Ziri, mort d'un chibani</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Violences-policieres-Ali-Ziri-mort</link>
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		<dc:date>2019-03-15T02:35:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


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		<dc:subject>Omar Slaouti</dc:subject>
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		<dc:subject>Cour europ&#233;enne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ouvrier &#224; la retraite, Ali Ziri a eu le malheur de revenir de Kabylie en France pour faire quelques achats avant le mariage de son fils... Mais le 9 juin 2009, &#224; Argenteuil (Val-d'Oise), il joue aux dominos et boit plus que de raison avec un ami. La suite : un contr&#244;le routier, le commissariat, puis la mort. Le d&#233;c&#232;s survient 48 heures apr&#232;s. La police voudrait vite renvoyer le corps au bled apr&#232;s une expertise m&#233;dicale bidonn&#233;e qui diagnostique une hypertrophie cardiaque. &#171; Une sorte (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ouvrier &#224; la retraite, Ali Ziri a eu le malheur de revenir de Kabylie en France pour faire quelques achats avant le mariage de son fils...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais le 9 juin 2009, &#224; Argenteuil (Val-d'Oise), il joue aux dominos et boit plus que de raison avec un ami. La suite : un contr&#244;le routier, le commissariat, puis la mort. Le d&#233;c&#232;s survient 48 heures apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police voudrait vite renvoyer le corps au bled apr&#232;s une expertise m&#233;dicale bidonn&#233;e qui diagnostique une hypertrophie cardiaque. &#171; &lt;i&gt;Une sorte de mort subite&lt;/i&gt;, explique Omar Slaouti. &lt;i&gt;Sauf que les expertises qui vont suivre &#8211; car le corps ne part pas, la famille refuse, comme dans le cas d'Adama Traor&#233; &#8211; vont prouver que la technique d'immobilisation par &#8220;pliage&#8221; pratiqu&#233;e par les flics est en cause, sans oublier la pr&#233;sence de 27 h&#233;matomes, dont un de 17 cm de long.&lt;/i&gt; &#187; La famille porte plainte, mais le juge d'instruction refuse la reconstitution, ne visionne pas les images vid&#233;o, n'auditionne ni les flics, ni les t&#233;moins&#8230; &#171; &lt;i&gt;Quand on coupe le son et l'image&lt;/i&gt;, regrette Slaouti, &lt;i&gt;c'est clair, les flics ont raison et la famille a tort.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce drame casse en tout cas une certaine id&#233;e de la police confront&#233;e &#224; &#171; des jeunes &#224; casquette et dent qui brille &#187;. Car ici, c'est un monsieur de 69 ans, menott&#233; dans le dos, qui re&#231;oit des coups jusqu'&#224; en mourir. Son compagnon, Arezki Kerfali, 63 ans, invalide, a &#233;t&#233; lui aussi menott&#233; et tabass&#233;. Les policiers ont &#233;t&#233; jusqu'&#224; porter plainte pour outrage et r&#233;bellion &#8211; aujourd'hui en France, on d&#233;nombre 15 000 d&#233;lits d'outrages par an. Arezki, traumatis&#233; par la mort de son ami, a &#233;t&#233; pour sa part poursuivi et condamn&#233;. Quant &#224; Ali, il &#233;tait, selon les agents, excit&#233; et insultant&#8230; &#171; On salit post-mortem les victimes pour l&#233;gitimer sa propre violence &#187;, s'insurge Slaouti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier non-lieu est confirm&#233; en octobre 2012 par la cour d'appel de Versailles. &#171; &lt;i&gt;En f&#233;vrier 2014, la Cour de cassation a cass&#233; le non-lieu. L'affaire a &#233;t&#233; rejug&#233;e &#224; Rennes, mais le non-lieu est prononc&#233; &#224; nouveau en f&#233;vrier 2016. Depuis, la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme a accept&#233; le dossier. Si le recours prosp&#232;re, ce ne sont pas les flics qui seront condamn&#233;s, mais l'&#201;tat fran&#231;ais.&lt;/i&gt; &#187; Ce ne serait pas la premi&#232;re condamnation de la France, notamment pour la technique d'immobilisation responsable de la mort de Hakim Ajimi, Lamine Dieng ou encore Adama Traor&#233;, mais sans que rien ne change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, &#224; quoi bon se battre ? &#171; &lt;i&gt;Mener la bataille juridique jusqu'au bout, c'est &#224; la fois une sorte de chemin de dignit&#233; pour les familles et c'est faire la d&#233;monstration publique que la justice ne va pas au bout pour les n&#244;tres&lt;/i&gt;, conclut Omar Slaouti. &lt;i&gt;Quand je dis cela, j'inclus R&#233;mi Fraisse, les sans-papiers, les Rroms&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;B. L. D.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La France finalement condamn&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En juin 2018, quatorze mois apr&#232;s la parution de cet article sur papier, la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme (CEDH) a condamn&#233; l'&#201;tat fran&#231;ais pour &#171; n&#233;gligence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les juges n'ont pas remis en cause l'utilisation de la technique du &#171; pliage &#187; lors de l'arrestation d'Ali Ziri, mais ils ont consid&#233;r&#233; que les forces de l'ordre avaient ensuite tard&#233; &#224; lui porter secours : &#171; &lt;i&gt;La situation de M. Ziri au commissariat d'Argenteuil a &#233;t&#233; trait&#233;e avec n&#233;gligence par les autorit&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, a estim&#233; la CEDH, retenant que &#171; &lt;i&gt;les autorit&#233;s n'ont pas fait ce que l'on pouvait raisonnablement attendre d'elles pour pr&#233;venir le risque de d&#233;c&#232;s auquel il &#233;tait expos&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;C. R.&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;(Mise &#224; jour de d&#233;cembre 2018)&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; Marseille, un automne sous les gaz</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/A-Marseille-un-automne-sous-les</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/A-Marseille-un-automne-sous-les</guid>
		<dc:date>2019-03-03T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Arnaud Kaba</dc:creator>


		<dc:subject>Patxi Beltzaiz</dc:subject>
		<dc:subject>Tomagnetik</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes</dc:subject>
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		<dc:subject>col&#232;re</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec les travaux de la Plaine, les effondrements de Noailles et les Gilets jaunes, la fin de l'ann&#233;e 2018 a &#233;t&#233; marqu&#233;e &#224; Marseille par les manifestations&#8230; et la r&#233;pression. Entre analyse des comportements policiers et t&#233;moignage de manifestant, ce texte, &#233;crit par un habitant du centre-ville, revient sur ces semaines de luttes et d'injustice. Zineb Redouane, 80 ans, est morte le dimanche 2 d&#233;cembre 2018, pendant son op&#233;ration du visage. La veille, pendant la manifestation contre les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/colere" rel="tag"&gt;col&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec les travaux de la Plaine, les effondrements de Noailles et les Gilets jaunes, la fin de l'ann&#233;e 2018 a &#233;t&#233; marqu&#233;e &#224; Marseille par les manifestations&#8230; et la r&#233;pression. Entre analyse des comportements policiers et t&#233;moignage de manifestant, ce texte, &#233;crit par un habitant du centre-ville, revient sur ces semaines de luttes et d'injustice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2683 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-943-bd922.jpg?1783298723' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Patxi Beltzaiz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Z&lt;/span&gt;ineb Redouane, 80 ans, est morte le dimanche 2 d&#233;cembre 2018, pendant son op&#233;ration du visage. La veille, pendant la manifestation contre les logements indignes, elle s'&#233;tait pris une grenade lacrymog&#232;ne (ou l'un de ses plots) en pleine poire, alors qu'elle fermait les volets de son quatri&#232;me &#233;tage. Ce drame fut en un sens le paroxysme d'une mont&#233;e de violence qui s'est maintenue tout l'automne &#224; Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La col&#232;re qui monte&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La col&#232;re a commenc&#233; avec les travaux de requalification de la place de la Plaine&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Officiellement d&#233;nomm&#233;e &#171; place Jean-Jaur&#232;s &#187;.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, d&#233;but&#233;s le 11 octobre sous bonne garde polici&#232;re, malgr&#233; pr&#232;s de trois ans de luttes contre ce projet municipal loin de faire l'unanimit&#233;. Dans les jours qui suivent, des habitants du quartier s'encha&#238;nent aux arbres, mais ils sont ma&#238;tris&#233;s, gaz&#233;s, re-gaz&#233;s et frapp&#233;s par les &#171; forces de l'ordre &#187;. Apr&#232;s une semaine de mobilisation, une manifestation rassemble le samedi 20 octobre plusieurs milliers de personnes. La marche finit en mode festif sur la Plaine. On chante, on danse, des &#233;l&#233;ments de bois sont amen&#233;s puis mont&#233;s : c'est une cabane, magnifique, d&#233;plac&#233;e depuis Notre-Dame-des-Landes. Le &lt;i&gt;Gourbi 8&lt;/i&gt;, c'est son nom, reste l&#224; le temps d'un week-end, comme un petit monument sous lequel on se retrouve, comme la premi&#232;re pierre d'un espoir, d'une autre Plaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, on s'est bien dit que &#231;a n'allait pas durer&#8230; Dans la nuit du lundi au mardi, &lt;i&gt;bingo&lt;/i&gt; ! Op&#233;ration de police entre 3 h et 4 h du mat'. &#192; la tron&#231;onneuse, la cabane est d&#233;fonc&#233;e en moins de vingt minutes. Ils envoient un militant &#224; l'h&#244;pital en le blessant &#224; la hanche en le descendant d'un hamac. Et puis une semaine plus tard, c'est l'hallucination collective. Un mur&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce mur compos&#233; de panneaux en b&#233;ton mesure 2,5 m&#232;tres de hauteur. Lire aussi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, comme &#224; Berlin ou &#224; Alep, enfin, toutes proportions gard&#233;es&#8230; mais quand m&#234;me ! Personne ne veut y croire au d&#233;but, qu'ils aient os&#233; faire &#231;a pour &#171; prot&#233;ger &#187; leurs travaux. Suivent la marche fun&#232;bre pour la Plaine, les sabotages, les moments d'excitation o&#249; tombent des bouts de mur, qui se reconstituent le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis c'est l'effondrement rue d'Aubagne, le 5 novembre, de deux immeubles. &#192; Noailles, le quartier voisin de la Plaine. Drame, horreur, incompr&#233;hension... 8 morts. Le Collectif du 5 novembre se monte, tout le quartier et les environs y vont de leur solidarit&#233;. Le lien est recr&#233;&#233; sur la col&#232;re partag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une col&#232;re, noire, face aux d&#233;clarations d'un maire qui a le culot d'invoquer la pluie quand on lui parle de ses responsabilit&#233;s. Un maire, Jean-Claude Gaudin (LR), qui ne s'excuse pas, qui a tellement l'air de s'en cogner que c'en est surr&#233;aliste. G&#233;rard Chenoz, son adjoint, pr&#233;sident de la Soleam (la soci&#233;t&#233; publique d'urbanisme de la m&#233;tropole marseillaise) aura le culot de condamner sur Twitter l'attaque de la vitrine de l'organisme le 8 d&#233;cembre. &#171; &lt;i&gt;Tol&#233;rance z&#233;ro pour les casseurs&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit celui qui vient d'investir pr&#232;s de 400 000 balles dans un mur en b&#233;ton pour emp&#234;cher les &lt;i&gt;g&#244;chistes&lt;/i&gt; de s'en prendre &#224; sa belle gentrification de la Plaine alors qu'il &#233;tait de son devoir de pallier &#224; l'urgence pos&#233;e par ces immeubles de la rue d'Aubagne qu'on savait dangereux&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; &#192; Marseille, la mairie s'effondre et la ville se soul&#232;ve &#187;, CQFD (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la marche blanche (10 novembre), la marche de la Col&#232;re (14 novembre) finira vite par un gazage en r&#232;gle, apr&#232;s qu'une barri&#232;re prot&#233;geant la mairie a &#233;t&#233; &#224; peine secou&#233;e par des personnes du cort&#232;ge de t&#234;te. C'est &#224; partir de l&#224; que la col&#232;re a pu &#234;tre distill&#233;e en tension, au point que flics et pouvoirs publics mouill&#233;s jusqu'&#224; l'os arrivent &#224; renverser la situation en pr&#233;sentant les militant.es comme sources de la violence.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Strat&#233;gie(s) de la tension&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je n'ai jamais vu un tel niveau de violence &lt;/i&gt;[en France]&lt;i&gt;, &#231;a me rappelle d'ailleurs beaucoup mes reportages sur l'&#201;gypte, sauf qu'on y tirait sur les manifestants avec de vraies balles. C'est le degr&#233; d'intensit&#233; de la violence qui varie, mais l'objectif est le m&#234;me. &#187; &lt;/i&gt;Rabha Attaf, grand reporter, sp&#233;cialiste du Moyen-Orient et par ailleurs pr&#233;sidente de l'association de d&#233;fense des droits humains Confluences, a constat&#233;, &#224; la manif du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, l'utilisation de certaines tactiques pour provoquer la col&#232;re des manifestants et ainsi, justifier leur r&#233;pression :&lt;i&gt; &#171; Ce type de dispositif a &#233;t&#233; test&#233; dans les banlieues lors des &#233;meutes de 2005 : on utilise des grenades dispersantes, qui gazent tous le monde. Il y avait peu de CRS, dont c'est pourtant la charge de g&#233;rer les foules. Les forces de l'ordre &#233;taient surtout compos&#233;es de policiers et de la Bac&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Brigade anti-criminalit&#233;.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#233;quip&#233;s de protections et plus nerveux. Je ne suis pas une complotiste, mais je sais par exp&#233;rience que les manifestations sont infiltr&#233;es. Le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, j'ai vu un agent de la Bac provoquer un jeune manifestant avec un Taser, en face de la mairie, peu avant le lancer des gaz.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le t&#233;moignage de F. D., pr&#233;sent lors de la marche de la Col&#232;re, va dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2682 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-942-88d52.jpg?1783298723' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Patxi Beltzaiz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, j'&#233;tais aussi dans la manifestation, comme beaucoup d'amis, et nous avons tous vu la m&#234;me chose : deux ou trois fumig&#232;nes, trois p&#233;tards lanc&#233;s vers les flics, rien de plus. Ni cocktails Molotov, ni bouteilles, ni m&#234;me la moindre canette. Les flics se mettent imm&#233;diatement en tortue, et gazent, devant, mais aussi derri&#232;re, en lan&#231;ant des grenades dispersantes qui gravitent en cloche, puis se s&#233;parent en une multitude de disques, comme une bombe &#224; fragmentation. Rien de mieux pour faire d&#233;g&#233;n&#233;rer la situation : contrairement &#224; un gazage &#171; classique &#187; par l'avant qui cr&#233;e un mouvement de foule vers l'arri&#232;re, l&#224; les nuages sortant de partout, on ne sait pas o&#249; aller. Sans exactement savoir pourquoi, je me retrouve sur les rues adjacentes, puis vers le bas du Vieux-Port, en face de l'&#233;glise Saint-Ferr&#233;ol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois des flics qui tiennent la foule en joue au flash-ball, un flic communicant qui essaye de discuter, c'est le bordel. Des sapins de No&#235;l commencent &#224; br&#251;ler. Une femme en gilet jaune crie : &#171; &lt;i&gt;Mais je leur dis depuis tout &#224; l'heure d'arr&#234;ter les mecs qui mettent le feu au sapin, ils ne font rien.&lt;/i&gt; &#187; Effectivement, alors qu'&#224; ma droite un mec essaie p&#233;niblement d'allumer un sapin au briquet, les flics, distants de moins de dix m&#232;tres, se tournent beno&#238;tement de l'autre c&#244;t&#233;. Le feu, qui a eu d&#233;cid&#233;ment du mal &#224; prendre, sera ensuite &#233;teint par les pompiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis les charges polici&#232;res s'encha&#238;nent, semant le trouble absolu dans la manif. Un homme d'une quarantaine d'ann&#233;es rencontr&#233; furtivement dans les mouvements de foule affirme qu'il a d&#251; vider son stock de s&#233;rum physiologique pour aider une gamine de 6 ans. Comme l'observe Rabha Attaf : &#171; &lt;i&gt;&#192; ce moment-l&#224;, heureusement que les manifestants ne sont pas si mal intentionn&#233;s, car les flics sont entour&#233;s de chaque c&#244;t&#233; par des groupes de manifestants ; s'ils avaient voulu encercler et lyncher les flics, &#231;a aurait &#233;t&#233; facile.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 20 heures, une pluie incroyable de lacrymos s'abat sur tout le monde. Elles sont lanc&#233;es en cloche, dans toutes les directions. &#192; cet instant, je suis de l'autre c&#244;t&#233; de l'ombri&#232;re du Vieux-Port, c&#244;t&#233; place D'Estienne d'Orves. Je vois distinctement les grenades parcourir pr&#232;s ou plus de 200 m&#232;tres, en passant au-dessus de l'ombri&#232;re pour se s&#233;parer en disques multiples qui tombent en &#233;toile, au-dessus de nous. Le gaz s'&#233;chappe de tous les c&#244;t&#233;s. Une femme panique, elle a perdu sa petite fille dans la cohue. On la lui ram&#232;ne, parcourue de quintes de toux. C'est vers ce moment que Zineb Redouane est touch&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, la version des flics est que les tirs de grenade ne se font qu'en cloche. Pourtant, le 8 d&#233;cembre, &#224; une autre manif rassemblant la Marche pour le climat, la marche contre l'habitat pr&#233;caire et les Gilets jaunes, dans laquelle je d&#233;couvre les blind&#233;s pour la premi&#232;re fois, je suis t&#233;moin direct de ce qu'ils disent impossible : alors que des jeunes commencent &#224; piller la boutique de l'OM sur la Canebi&#232;re, une bombe lacrymog&#232;ne en tir tendu rebondit sur la fen&#234;tre du premier &#233;tage, et les disques tombent directement sur les jeunes en train de d&#233;foncer la vitrine. L'effet est plut&#244;t radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de la tension semble m&#233;thodique et ob&#233;it &#224; un protocole bien en place : un premier gazage en r&#232;gle et aveugle, puis on laisse br&#251;ler quelques poubelles, d&#233;truire un peu de mobilier urbain, probablement pour avoir de belles images, et on en finit avec les manifestants. C'est aussi ce qui s'est pass&#233; &#224; Toulouse &#224; la manif du 15 d&#233;cembre : du canon &#224; eau, des lacrymog&#232;nes et les grenades assourdissantes utilis&#233;es contre des Gilets jaunes qui attendaient simplement assis, nass&#233;s, de trouver une issue. Une demi-heure plus tard, quand tout le monde aura &#233;t&#233; rabattu vers les all&#233;es Jean-Jaur&#232;s, des dizaines de CRS assisteront tranquillement au d&#233;zinguage d'un chantier, &#224; la construction de barricades et &#224; leur mise en flammes avant de lancer la derni&#232;re charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela s'ajoute l'acharnement syst&#233;matique envers ceux qui filment les violences. G&#233;rard, vid&#233;aste bas&#233; &#224; Marseille, est pr&#233;sent &#224; la manif du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre et filme les violences. Ce sexag&#233;naire est un vieux routard des affaires marseillaises et un fin connaisseur des techniques de flics : &#171; &lt;i&gt;Tu sais, mon p&#232;re &#233;tait au Sac&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Service d'action civique, &#171; service d'ordre &#187; mais surtout groupe de nervis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. C'&#233;tait un militaire &#224; la retraite, il y &#233;tait rentr&#233; pour &#233;ponger ses dettes de jeu, j'ai pass&#233; mon enfance &#224; entendre des r&#233;unions parlant de ratonnades dans la cuisine.&lt;/i&gt; &#187; Il t&#233;moigne : &#171; &lt;i&gt;Le jour de la manif, j'&#233;tais sous un porche, il n'y avait que mon bras, avec la cam&#233;ra, qui d&#233;passait. Je voyais les flics en &#233;quipe de deux, avec un qui pointait du doigt, l'autre qui tirait au flash-ball &#224; hauteur de torse. Alors que je me tourne vers le c&#244;t&#233; oppos&#233; aux flics, je prends un tir de flash-ball, qui ne me cause pas beaucoup de d&#233;g&#226;ts car mon manteau est solide. Quand je viens leur demander pourquoi ils ont fait &#231;a, en les insultant un peu, je crois, un flic dont je me rappelle, avec son regard plein de haine sous ses lunettes, me vide int&#233;gralement une bombe lacrymog&#232;ne sur le visage, et son coll&#232;gue m'en vide une seconde. Apr&#232;s &#231;a, un autre flic me dit de d&#233;gager. Je lui dis que je ne peux pas, vu que je n'arrive m&#234;me pas ouvrir les yeux. Il revient &#224; moi avec du s&#233;rum phy' et me dit&lt;/i&gt; &#034;Ah, vous voyez, les flics ne sont pas si m&#233;chants !&#034; &lt;i&gt;Je lui ai r&#233;pondu que &#231;a n'allait pas vraiment rattraper les deux bombes que je venais de me faire vider dans la figure. Ensuite, j'ai eu du mal &#224; dormir pendant quinze jours, d'abord parce que mes yeux restaient br&#251;lants, ensuite parce que j'ai une fibromyalgie&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Syndrome essentiellement caract&#233;ris&#233; par des douleurs diffuses et une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; et que l'apr&#232;s-midi de violences a d&#233;clench&#233; une nouvelle pouss&#233;e. La lacrymo' a tellement d&#233;cap&#233; mes lunettes qu'elles sont pass&#233;es du bleu turquoise au bleu marine.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2685 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-945-0246d.jpg?1783298723' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Tomagn&#233;tik
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La technique du point&#233;-chop&#233;, quoiqu'on puisse dire de son efficacit&#233;, est aussi l'opportunit&#233;, pour les flics, de se l&#226;cher sur des personnes d&#233;sign&#233;es en toute tranquillit&#233;. Par exemple, Pascal, vid&#233;aste install&#233; de G&#234;nes, a &#233;t&#233; choqu&#233; par la g&#233;n&#233;ralisation de cette m&#233;thode dans la manif marseillaise du 15 d&#233;cembre : &#171; &lt;i&gt;La Bac se concentrait sur les jeunes, j'ai bien vu faire l'un des groupes en particulier. La cheffe du groupe pointait des petits groupes de jeunes et ses coll&#232;gues les chopaient. Ce qui m'a vraiment choqu&#233;, c'est quand je l'ai vue pointer un groupe de deux jeunes &#8211; je ne suis pas s&#251;r qu'ils n'avaient pas pr&#233;par&#233; des cailloux mais en tous cas je suis s&#251;r qu'ils n'&#233;taient pas en train de les lancer. Ses deux coll&#232;gues en ont plaqu&#233; un &#224; terre avec la chaussure dans le dos et elle lui a align&#233; quatre ou cinq coups de poings &#224; terre, de mani&#232;re compl&#232;tement gratuite.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Punir les militants et leurs quartiers&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette logique r&#233;pressive s'est instaur&#233;e dans un contexte local marseillais qui s'est combin&#233; avec la lutte nationale des Gilets jaunes. Elle ne peut pas ne pas avoir &#233;t&#233; organis&#233;e au plus haut niveau de l'&#201;tat. Il y a un objectif &#233;vident de manipulation m&#233;diatique : il faut bien qu'il y ait de la violence pour pouvoir r&#233;primer aux blind&#233;s l&#233;gers et en m&#234;me temps, il faut la garder sous contr&#244;le. Mais au-del&#224; de &#231;a, il y a &#233;galement un objectif punitif pur, de d&#233;moralisation des militants, de d&#233;foulement pour les flics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire du gazage de quartiers entiers ? Violaine a vu le bar dans lequel elle travaille se faire enti&#232;rement gazer. &#171; &lt;i&gt;Le soir de la marche de la Col&#232;re, je suis rentr&#233;e vers 18 heures pour ouvrir le bar. Il y avait de nombreuses &#233;chauffour&#233;es du c&#244;t&#233; de la Plaine et &#224; partir de 20 heures, des personnes sont arriv&#233;es au bar avec les yeux en pleurs, en toussant. Nous leur avons offert du soutien, des solidarit&#233;s se sont cr&#233;&#233;es entre employ&#233;s, clients et manifestants tout au long de la soir&#233;e. Autour de 23 heures 30, j'ai remarqu&#233; que le bar d'en face &#233;tait ferm&#233; et j'ai commenc&#233; &#224; vouloir fermer les volets mais &#224; ce moment les CRS chargeaient en pleine rue. Puis ils ont lanc&#233; des lacrymos en direction du bar. Tout l'int&#233;rieur du bistrot s'est trouv&#233; surcharg&#233; de gaz, les clients ont d'abord cherch&#233; refuge au fond du bar, sans succ&#232;s, puis j'ai r&#233;ussi &#224; les &#233;vacuer par la sortie de secours. Ensuite, quand ils sont sortis, une seconde charge a eu lieu et nous avons &#233;t&#233; re-gaz&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces charges en pleine rue passante et ne visant visiblement pas que les manifestants n'ont pas &#233;t&#233; faites au hasard. Elles visent &#224; punir l'ensemble d'un quartier pour sa solidarit&#233; envers le mouvement s'opposant au projet de la Plaine et &#224; celui r&#233;clamant la justice pour les victimes de Noailles. Certes, tout le monde &#224; la Plaine n'est pas contre le projet de requalification, mais la solidarit&#233; avec les sinistr&#233;s de Noailles fait quasiment l'unanimit&#233; et dans le quartier, plusieurs bars sont connus pour leur client&#232;le plut&#244;t militante. Par ailleurs, face &#224; la police, les habitants de la place Jean-Jaur&#232;s font souvent bloc tout en subissant eux aussi et de mani&#232;re indiscrimin&#233;e la r&#233;pression. Qa&#239;s, qui habite juste sur la place, d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;D&#232;s le d&#233;but et pendant une dizaine de jours, le gaz rentrait au minimum dans toute la cage d'escalier et se r&#233;pandait souvent jusque chez nous bien qu'on soit au quatri&#232;me &#233;tage. &#199;a passait par les fen&#234;tres. Les grenades balanc&#233;es en l'air atterrissent sur les toits, sur les balcons. Nos voisins ont eu les m&#234;mes probl&#232;mes. Qu'on soit pour ou contre le projet, tout le monde &#233;tait sur les balcons, la plupart du temps pour interpeller les policiers, et leur dire que ce n'&#233;tait pas normal ce qui se passait. Je n'ai vu qu'une personne qui &#233;tait contre les manifestants et qui avait balanc&#233; un seau d'eau sur eux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette extension de la r&#233;pression au quartier entier, combin&#233;e avec l'ensemble de la mont&#233;e en tension calcul&#233;e sur des fronts multiples, montre qu'on a l&#226;ch&#233; la bride. On l'a l&#226;ch&#233;e au plus haut niveau de l'&#201;tat, et pas seulement en ce qui concerne la r&#233;pression polici&#232;re, mais aussi et surtout dans le discours id&#233;ologique.
Car en apparence, quel rapport entre Macron, les Gilets jaunes et les luttes locales marseillaise ? C'est l'expression lib&#233;r&#233;e du m&#233;pris des pauvres. Ce qui permet &#224; Gaudin et &#224; Chenoz d'afficher un tel cynisme tout en r&#233;primant &#224; toute berzingue, c'est un &#171; racisme de classe &#187; d&#233;complex&#233;, qui n'a plus &#224; se cacher le moins du monde, d&#233;j&#224; qu'il le faisait bien peu &#224; Marseille. C'est ce qui rend possible de r&#233;pondre &#171; &lt;i&gt;Tiens, prends ces lacrymos dans ta gueule&lt;/i&gt; &#187; quand les habitants de quartiers populaires demandent&#8230; &#224; ne pas craindre que leurs domiciles s'effondrent sur eux, ou d'&#234;tre relog&#233;s s'ils sont &#233;vacu&#233;s ! De tuer une innocente au passage. Et de s'en tirer tranquille. Cr&#232;me. Circulez, y a rien &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On gaze les quartiers populaires, &#171; &lt;i&gt;mais ce n'est pas l&#233;tal, hein, faut pas exag&#233;rer&lt;/i&gt; &#187;, comme disait le m&#233;decin l&#233;giste &#224; G&#233;rard, le vid&#233;aste, alors qu'il faisait constater son &#233;tat pour appuyer sa plainte. Pas l&#233;tal, en g&#233;n&#233;ral. Sauf pour Zineb.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Arnaud Kaba, anthropologue, habitu&#233; de la Plaine&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Officiellement d&#233;nomm&#233;e &#171; place Jean-Jaur&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce mur compos&#233; de panneaux en b&#233;ton mesure 2,5 m&#232;tres de hauteur. Lire aussi &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/La-Plaine-emmuree' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La Plaine emmur&#233;e&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;170, novembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/A-Marseille-la-mairie-s-effondre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#192; Marseille, la mairie s'effondre et la ville se soul&#232;ve&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;171, d&#233;cembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Brigade anti-criminalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le t&#233;moignage de F. D., pr&#233;sent lors de la marche de la Col&#232;re, va dans le m&#234;me sens : &#171; &lt;i&gt;Au fur et &#224; mesure, les gens s'en vont. La Bac provoque sous les arcades, puis fait des raids pour extraire des manifestants, &#224; grand renfort de gazeuses et de matraques t&#233;lescopiques. Ils sortent de partout, et en particulier des rangs des manifestants. Sans brassard, les capuches rabattues sur des foulards qui cachent leur visage. On comprend alors que plusieurs d'entre eux se sont gliss&#233;s dans le cort&#232;ge...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Service d'action civique, &#171; service d'ordre &#187; mais surtout groupe de nervis proches du pouvoir gaulliste, actif dans les ann&#233;es 1960 et 1970, finalement dissous en 1982 apr&#232;s la &#171; tuerie d'Auriol &#187; (six morts).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Syndrome essentiellement caract&#233;ris&#233; par des douleurs diffuses et une fatigue chronique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Blocages normands : Quand tout s'arr&#234;te, tout commence !</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Blocages-normands-Quand-tout-s</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Blocages-normands-Quand-tout-s</guid>
		<dc:date>2018-05-13T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>lieu</dc:subject>
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		<dc:subject>d&#233;p&#244;t Rubis</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Se retrouver, en ce beau mois de mai, &#224; bloquer le d&#233;p&#244;t de carburants Rubis sur la zone industrielle de Grand Quevilly pr&#232;s de Rouen, c'est, outre bloquer les camions citernes alimentant les stations service du secteur, renouer avec l'histoire sociale locale. D&#233;j&#224; en 2010, pour les retraites, nous occupions ce lieu, nuit et jour. Cela avait donn&#233; lieu &#224; des &#233;chauffour&#233;es avec les flics, par un petit matin glacial. Il y avait eu aussi des blocages en soutien &#224; la raffinerie Petroplus, ou (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no144-juin-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;144 (juin 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/lieu" rel="tag"&gt;lieu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-autres" rel="tag"&gt;d'autres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CGT" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/depot-Rubis" rel="tag"&gt;d&#233;p&#244;t Rubis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Se retrouver, en ce beau mois de mai, &#224; bloquer le d&#233;p&#244;t de carburants Rubis sur la zone industrielle de Grand Quevilly pr&#232;s de Rouen,
c'est, outre bloquer les camions citernes alimentant les stations service du secteur, renouer avec l'histoire sociale locale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2392 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH534/-659-cd168.jpg?1782690117' width='400' height='534' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; en 2010, pour les retraites, nous occupions ce lieu, nuit et jour. Cela avait donn&#233; lieu &#224; des &#233;chauffour&#233;es avec les flics, par un petit matin glacial. Il y avait eu aussi des blocages en soutien &#224; la raffinerie Petroplus, ou pour d'autres causes. Rubis se trouvant juste &#224; c&#244;t&#233; de la bo&#238;te o&#249; je bossais, c'&#233;tait facile pour nous de nous y rendre et d'occuper les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but du mouvement, il est question d'actions plus fortes face &#224; un gouvernement droit dans ses bottes qui fait passer ses lois &#224; coup de 49.3, pour imposer les ordres du Medef, de la Commission europ&#233;enne et de l'OCDE. Une dictature larv&#233;e qui envoie ses flics contre la jeunesse et les salari&#233;s, faisant ainsi monter la tension. Parce que lorsque tu te fais r&#233;primer pour rien, t'as pas envie que &#231;a recommence, du coup tu reviens avec de quoi te d&#233;fendre, et &#231;a monte d'un cran &#224; chaque fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves sont devenues quasi inefficaces, pour stopper le pays c'est devenu plus compliqu&#233; que &#231;a. Les centrales, les raffineries, les usines de production sont de plus en plus dures &#224; arr&#234;ter et &#224; remettre en route, ce qui en rebute plus d'un. Les grandes industries sont moins nombreuses qu'il y a trente ans et, lorsqu'elles existent encore, le travail est s&#233;par&#233; entre salari&#233;s &#224; statut d'entreprise et les PME sous-traitantes, les int&#233;rimaires, voire les auto-entrepreneurs qui ne peuvent pas faire gr&#232;ve. De m&#234;me, dans les transports, l'&#233;nergie, la sant&#233;, de puissants gardes fous ont &#233;t&#233; mis en place pour que le &#171; service &#187; soit rendu co&#251;te que co&#251;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en arrive donc &#224; bloquer le nerf de la guerre &#233;conomique : l'essence, le d&#233;placement, la logistique. &#201;l&#233;ments essentiels de la production et de la consommation. Bloquer les axes routiers, les zones industrielles, les ponts, les rails est devenu la pratique de lutte sociale de ces derni&#232;res ann&#233;es. &#171; &lt;i&gt;Une nouvelle fois, la strat&#233;gie du blocage s'impose comme la pratique la plus imm&#233;diate, la plus &#233;vidente et la plus efficace dans un conflit politique&lt;/i&gt; &#187;, dixit le Comit&#233; invisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, ce 16 mai, on se retrouve &#224; bloquer le d&#233;p&#244;t Rubis. Des ouvriers du port CGT et des camionneurs, mais pas seulement. Il y a des jeunes de ma bo&#238;te, des syndicalistes de Solidaires et des jeunes de Nuit Debout. Cette fois &#8211; et fort des exp&#233;riences pr&#233;c&#233;dentes &#8211;, c'est une v&#233;ritable barricade qui est &#233;rig&#233;e avec des pneus, des palettes, du mat&#233;riel de chantier et autres encombrants recycl&#233;s. D'autres pneus br&#251;lent plus loin pour annoncer le blocage, avec la fum&#233;e noire et d&#233;gueulasse qui va avec. &#199;a discute ferme, m&#234;me si on est tous plus ou moins d'accord. Un lyc&#233;en essaie de faire comprendre son point de vue &#224; de vieux dockers &#224; moiti&#233; &#233;m&#233;ch&#233;s. Pas mal de gens passent et s'attardent sous une tente mont&#233;e &#224; la h&#226;te. L'ambiance est plut&#244;t bon enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au carrefour, les camions sont immobilis&#233;s, et la plupart des chauffeurs prennent la chose &#224; la rigolade. J'entends un Belge, qui transporte des morceaux immenses d'&#233;oliennes, t&#233;l&#233;phoner &#224; son patron pour pr&#233;venir qu'il risque d'&#234;tre bloqu&#233; au moins trois jours. Les camionneurs sont touch&#233;s par la loi El Khomri et, eux aussi, en ont marre de Hollande et Valls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La file des camions s'est allong&#233;e, un type en camionnette qui, lui, est &#233;nerv&#233;, s'enquille &#224; contre-courant et manque de percuter un motocycliste. C'est le seul incident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, on attend les repr&#233;sentants de la maison poulaga, d'autant qu'on en voit souvent qui viennent faire un tour en voiture. Le jeudi 19, la pr&#233;fecture pr&#233;vient la CGT que la police va lever le barrage. Il n'en faut pas plus pour rameuter du monde le soir et le lendemain matin. Les flics, apr&#232;s avoir re&#231;u des renforts, interviennent le vendredi &#224; 17h. Pas facile de tenir un si&#232;ge. Le feu est remis aux pneus, et une immense colonne de fum&#233;e s'&#233;l&#232;ve, comme pour pr&#233;venir la population de cette forfaiture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des r&#233;unions ont lieu par la suite pour r&#233;fl&#233;chir &#224; comment reprendre Rubis. D'une part, la pr&#233;sence polici&#232;re y est, depuis le 20, importante (on a compt&#233; au moins dix cars de cond&#233;s en faction certains jours). D'autre part, avec la gr&#232;ve qui touche les raffineries Total de Gonfreville et Exxon de Notre-Dame-de-Gravenchon (toutes deux en banlieue havraise), ainsi que celle qui affecte la CIM&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La CIM r&#233;ceptionne 40% des importations fran&#231;aises en p&#233;trole brut, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, laquelle ne d&#233;pote plus les tankers restant au large du Havre &#8211; le d&#233;p&#244;t Rubis n'est plus approvisionn&#233;. Valls peut toujours dire qu'il n'y aura pas p&#233;nurie, c'est &#233;vident qu'on s'en approche. Sauf abandon de la loi ou recours &#224; la r&#233;quisition des gr&#233;vistes. Ce que le PS est capable de faire. On sait jusqu'o&#249; il peut aller pour mettre en &#339;uvre la politique d'aust&#233;rit&#233; vers laquelle il s'est tourn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2391 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH300/-658-97f4d.jpg?1782643820' width='400' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur Rouen, un autre lieu s'est cr&#233;&#233; pour partager, bloquer, discuter, c'est un nouveau squat, situ&#233; dans une &#233;glise d&#233;saffect&#233;e. Il s'agit de la &#171; Commune Saint-Nicaise &#187;, o&#249; se r&#233;unissent les gens de Nuit Debout. &#192; l'entr&#233;e, un drapeau rouge et un drapeau noir donnent la couleur. La police menace d'intervenir, mais cela semble compliqu&#233; et, &#224; l'heure o&#249; j'&#233;cris ces lignes, ce n'est toujours pas fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Havre, c'est autre chose. Plus beau, plus fort. Dans cette ville, la tradition de luttes ouvri&#232;res est encore tr&#232;s vivace, derni&#232;rement encore c'&#233;tait la Sidel&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir article dans CQFD du mois de novembre 2015.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; qui tenait le haut du pav&#233;. D'autres actions restent aussi dans les m&#233;moires, comme le soutien en 2014 aux quatre militants syndicaux inculp&#233;s parce que, lors d'une manifestation, le local du PS avait &#233;t&#233; quelque peu d&#233;cor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but du conflit contre la loi El Khomri, les actions de blocage sont quasi quotidiennes. C'est m&#234;me au Havre que &#231;a a commenc&#233;, par les blocages du port et du boulevard industriel. Les manifs y sont importantes et les gens enthousiastes. La mairie du Havre s'est trouv&#233;e occup&#233;e, comme d'autres lieux. Et lorsque les flics ont mis fin au blocage des raffineries, c'est l&#224; que les raffineurs sont entr&#233;s dans la gr&#232;ve, puis ont particip&#233; aux op&#233;rations de ralentissement sur les ponts de Tancarville et surtout de Normandie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Havre, la CGT (et dans une moindre mesure Solidaires) ont un pass&#233; de syndicalisme r&#233;volutionnaire, et la m&#233;moire de l'affaire Jules Durand est loin d'&#234;tre perdue&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1907, Jules Durand, responsable du syndicat des charbonniers, a &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. J'ai m&#234;me rencontr&#233; des vieux c&#233;g&#233;tistes, autrefois cocos et staliniens, se dire aujourd'hui h&#233;ritiers de l'anarchisme havrais&#8230;
Le Havre reste, sans conteste un v&#233;ritable bastion ouvrier, comme on souhaiterait en trouver ailleurs. Et il faut voir la peur changer de camp lorsque 2 000 dockers d&#233;boulent en manif, unis derri&#232;re leur banderole, arborant le gilet CGT et avan&#231;ant au rythme des tambours &#8211; m&#234;me s'il y a un c&#244;t&#233; militaro-viriliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres actions de blocages sont pr&#233;vues &#224; l'heure de la &lt;i&gt;deadline&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, je ne peux donc pas en parler, mais je peux vous le dire : on continue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La CIM r&#233;ceptionne 40% des importations fran&#231;aises en p&#233;trole brut, le distribuant par ol&#233;oducs vers les raffineries de Basse-Seine : Total &#224; Gonfreville-l'Orcher (Seine-Maritime) et Grandpuits (Seine-et-Marne), et ExxonMobil &#224; Notre-Dame-de-Gravenchon. Sont &#233;galement concern&#233;s par cette redistribution des ressources, la r&#233;gion parisienne, et les a&#233;roports de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir article dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; du mois de novembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1907, Jules Durand, responsable du syndicat des charbonniers, a &#233;t&#233; accus&#233; &#224; tort de la mort d'un jaune. Ce fut un genre d'affaire Dreyfus. Si vous &#234;tes sages, un jour, je vous raconterai &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Immigration : Dieppe, l'autre Calais</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Immigration-Dieppe-l-autre-Calais</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Immigration-Dieppe-l-autre-Calais</guid>
		<dc:date>2018-04-25T14:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>migrants</dc:subject>
		<dc:subject>Calais</dc:subject>
		<dc:subject>conditions</dc:subject>
		<dc:subject>avril</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;fugi&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>flics</dc:subject>
		<dc:subject>ferry transmanche</dc:subject>
		<dc:subject>Dieppe</dc:subject>
		<dc:subject>Albanais</dc:subject>
		<dc:subject>Itin&#233;rance Dieppe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand on ne peut passer par ici, il faut passer par l&#224;. La cit&#233; normande accueille elle aussi des candidats au d&#233;part pour la Grande-Bretagne. Au grand dam du maire, tout communiste qu'il soit. Dieppe, sa plage, ses galets, son ch&#226;teau, son port et son ferry transmanche. Une porte pour l'Angleterre avec des travers&#233;es vers Newhaven deux fois par jour. Depuis quelques mois, pour sortir du bourbier de Calais, des r&#233;fugi&#233;s descendent le long des c&#244;tes normandes. Dieppe, comme Ouistreham, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no143-mai-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;143 (mai 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/migrants" rel="tag"&gt;migrants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Calais" rel="tag"&gt;Calais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/conditions" rel="tag"&gt;conditions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/avril" rel="tag"&gt;avril&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Albanais" rel="tag"&gt;Albanais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Itinerance-Dieppe" rel="tag"&gt;Itin&#233;rance Dieppe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand on ne peut passer par ici, il faut passer par l&#224;. La cit&#233; normande accueille elle aussi des candidats au d&#233;part pour la Grande-Bretagne. Au grand dam du maire, tout communiste qu'il soit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dieppe, sa plage, ses galets, son ch&#226;teau, son port et son ferry transmanche. Une porte pour l'Angleterre avec des travers&#233;es vers Newhaven deux fois par jour. Depuis quelques mois, pour sortir du bourbier de Calais, des r&#233;fugi&#233;s descendent le long des c&#244;tes normandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dieppe, comme Ouistreham, Cherbourg et depuis peu Le Havre&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis peu... en mai 2016. (Note du webmaster.)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, est devenu un lieu de passage. Mais la cit&#233; normande n'a rien &#224; voir avec Calais en termes d'affluence, les migrants n'&#233;tant qu'entre quatre-vingts et cent quarante suivant les jours. Par contre, question conditions de vie, c'est kif-kif. &#171; &lt;i&gt;Les migrants vivent dans des conditions difficiles : pas de toilettes, pas de douches, pas de points d'eau, pas de poubelles... La situation est comparable &#224; celle de Calais : rien n'est fait pour accueillir les personnes dans des conditions dignes&lt;/i&gt; &#187;, souligne Christian, de M&#233;decins du monde. La mairie ? Elle ne fait rien. &#171; &lt;i&gt;Il n'y a aucun point de distribution de nourriture de la part de la municipalit&#233;. Les gens peuvent crever !&lt;/i&gt; &#187;, s'insurge Sophie, ancienne travailleuse sociale devenue b&#233;n&#233;vole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la plupart des r&#233;fugi&#233;s campent face aux vents et &#224; la mer, certains ont investi les &#171; gobes &#187;, grottes aux pieds des falaises &#224; deux pas de l'embarquement des ferries. Ces cavit&#233;s, ouvertes au XVIIe si&#232;cle pour extraire des pierres et de l'argile destin&#233;s &#224; la construction de la ville, ont ensuite servi d'habitation &#224; une population pauvre jusqu'au d&#233;but du XXe si&#232;cle. Aujourd'hui, elles sont occup&#233;es par des Albanais, ainsi que des &#201;rythr&#233;ens, des Irakiens et des Soudanais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce camp est devenu un sujet de crispation, m&#234;me si les migrants viennent peu en centre-ville. Fin mars, Herv&#233; Morin, nouveau pr&#233;sident de la r&#233;gion normande (UDI) et S&#233;bastien Jumel, maire de Dieppe (PCF), ont demand&#233; l'expulsion de ce campement. Le discours du maire est digne de Tartuffe, puisqu'il assure qu'il faut aider les Syriens, Irakiens et autres victimes de guerre, mais veut se d&#233;barrasser des Albanais, migrants &#233;conomiques, dont certains se seraient montr&#233;s agressifs. Jumel parle m&#234;me de &#171; &lt;i&gt;mafia albanaise&lt;/i&gt; &#187;, sauf que la vie des &#171; mafieux &#187; albanais, dans leurs tentes Quechua et leurs fringues de r&#233;cup, n'a rien &#224; voir avec Les Soprano. Le tribunal administratif a suivi les d&#233;sirs des &#233;diles ainsi que du syndicat mixte du port, et a ordonn&#233; l'expulsion du camp le 1er avril. Quand flics, pelleteuses et bulldozers sont arriv&#233;s, les migrants avaient quitt&#233; les lieux, dispers&#233;s un peu plus loin, dans des endroits plus dangereux, sous des falaises risquant de s'&#233;bouler. L'&#201;tat, face &#224; l'accroissement de la pression migratoire, au lieu de proposer des b&#226;timents en dur pour loger les personnes ou pour stocker v&#234;tements et nourriture, a diligent&#233; plus de flics encore. Le 21 avril, les migrants ont re&#231;u une nouvelle notification d'huissier pour un avis d'audience au tribunal administratif se tenant... d&#232;s le lendemain matin (!), vendredi 22 avril &#224; 9h &#224; Rouen ! Aucune possibilit&#233; pour eux d'organiser une d&#233;fense dans ces conditions, ni de prendre le temps de trouver une solution de repli ! L'ordonnance d'expulsion a &#233;t&#233; prise le 22 avril... 80 personnes vont donc se retrouver une nouvelle fois expuls&#233;es de nulle part...vers nulle part, dont des mineurs isol&#233;s, et sans qu'aucune solution leur soit propos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien ? Il existe &#224; travers le Centre d'accueil des demandeurs d'asile et M&#233;decins du monde. Par ailleurs, chaque soir, une association issue de la communaut&#233; turque locale, Point Humanitaire 76, distribue 90 &#224; 100 repas aux migrants quai de la Marne. Des collectes de v&#234;tements et de repas secs sont organis&#233;es &#224; F&#233;camp, Yvetot et m&#234;me &#224; Rouen. Un agriculteur de F&#233;camp a donn&#233; 250 kilogrammes de pommes de terre. Un concert de soutien a rapport&#233; 1 000 euros&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre association s'est cr&#233;&#233;e, Itin&#233;rance Dieppe, qui aborde les aspects juridiques, les probl&#232;mes d'h&#233;bergement, la sant&#233; et l'hygi&#232;ne, l'alphab&#233;tisation et surtout, assure collectes et redistributions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces assos sont appr&#233;ci&#233;es par les migrants, il n'en va pas de m&#234;me des pouvoirs publics locaux. Il est plus que compliqu&#233; d'obtenir des locaux pour stocker le mat&#233;riel et recevoir les r&#233;fugi&#233;s. La mairie accuse m&#234;me ces associations de favoriser la mont&#233;e du Front national !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espoir d'un autre chemin vers l'Angleterre s'&#233;tant d&#233;velopp&#233;, on peut penser que, malgr&#233; les hautes cl&#244;tures install&#233;es ces jours derniers et les flics de plus en plus nombreux, la pr&#233;sence de migrants est partie pour durer. &#171; &lt;i&gt;Nous avons toujours peur que, sous pr&#233;texte d'&#233;tat d'urgence, la distribution de repas au quai de la Marne soit remise en cause et que les flics viennent faire des rafles&lt;/i&gt; &#187;, souligne Nicolas Legrand, d'Itin&#233;rance Dieppe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis peu... en mai 2016. (Note du webmaster.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Un degr&#233; de violence rare &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<dc:subject>grosse journ&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>cort&#232;ges lyc&#233;ens</dc:subject>
		<dc:subject>d'action</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Paul s'est fait d&#233;molir la rotule par des flics lors d'une r&#233;cente&#8232;manifestation parisienne contre la Loi Travail. T&#233;moignage. &#171; Ce 9 avril est une grosse journ&#233;e d'action, avec des cort&#232;ges lyc&#233;ens et &#233;tudiants d&#232;s le matin. L'apr&#232;s-midi, il y a une certaine tension d&#232;s le d&#233;but de la manif, notamment parce qu'on est beaucoup &#224; ne pas vouloir laisser les syndicats en dicter le d&#233;roulement. Quoi qu'il en soit, les flics ont mis le paquet : un drone de surveillance et un h&#233;licopt&#232;re de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Paul s'est fait d&#233;molir la rotule par des flics lors d'une r&#233;cente&#8232;manifestation parisienne contre la Loi Travail. T&#233;moignage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2310 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH391/-582-cbb23.jpg?1782651843' width='400' height='391' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mickomix.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce 9 avril est une grosse journ&#233;e d'action, avec des cort&#232;ges lyc&#233;ens et &#233;tudiants d&#232;s le matin. L'apr&#232;s-midi, il y a une certaine tension d&#232;s le d&#233;but de la manif, notamment parce qu'on est beaucoup &#224; ne pas vouloir laisser les syndicats en dicter le d&#233;roulement. Quoi qu'il en soit, les flics ont mis le paquet : un drone de surveillance et un h&#233;licopt&#232;re de la s&#233;curit&#233; civile sont de sortie pendant toute la manifestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;but de cort&#232;ge, alors que la situation semble calme, je file dans une boulangerie pour acheter une pizza. Trois CRS sont post&#233;s juste &#224; c&#244;t&#233;, mais je ne me m&#233;fie pas. De l'int&#233;rieur, je vois l'un d'eux avec une petite cam&#233;ra GoPro. Quand je ressors, j'essaye de passer discr&#232;tement de mani&#232;re &#224; ce qu'il ne me filme pas &#8211; je consid&#232;re qu'il est important de lutter contre le fichage syst&#233;matique en manif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je sors, le CRS me crie &#8220;&lt;i&gt;Photo !&lt;/i&gt;&#8221; Je remonte mon col et continue ma route. Puis j'entends un &#8220;&lt;i&gt;Monsieur !&lt;/i&gt;&#8221;, lanc&#233; un peu plus fort. Je fais celui qui n'entend pas. Et l&#224;, au moment o&#249; il me dit &#8220;&lt;i&gt;Monsieur avec le sac &#224; dos !&lt;/i&gt;&#8221;, trois ou quatre policiers en civil sortis de nulle part m'agrippent par-derri&#232;re et me projettent violemment au sol. Deux d'entre eux me tombent dessus lourdement pour me faire une cl&#233; au bras : c'est l&#224; que ma rotule morfle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'instant, je ne sens pas la douleur. Mais je suis choqu&#233;. Je hurle &#8220;&lt;i&gt;Je ne r&#233;siste pas !&lt;/i&gt;&#8221; Ils s'en foutent. Ils me rel&#232;vent et me plaquent contre un mur, avant de me laisser aux mains des CRS, lesquels fouillent mon sac et confisquent deux ou trois trucs anodins, li&#233;s &#224; mon implication dans la m&#233;dic-team : les ciseaux pour d&#233;couper les pansements, du gel d&#233;sinfectant, des comprim&#233;s de Maalox. Ils en profitent pour me prendre en photo avec la GoPro, puis font pareil avec ma carte d'identit&#233;. Avant de me sermonner : &#8220;&lt;i&gt;Si vous n'avez rien d'ill&#233;gal sur vous, pourquoi ne pas vous arr&#234;ter ?&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me concernant, le point important est l&#224; : si tu refuses d'&#234;tre identifi&#233;, tu es forc&#233;ment suspect et tu t'exposes &#224; des violences. C'est symptomatique. Dans les derni&#232;res manifs, le fichage &#233;tait omnipr&#233;sent. Il n'y a pas que les drones ou les GoPro des flics, il y a aussi les nasses. Tr&#232;s souvent, apr&#232;s avoir immobilis&#233; les gens, ils les font sortir par un entonnoir, un par un. Ils ont alors tout le loisir de les filmer. Le but de la man&#339;uvre ? Ficher. Dans mon cas, ils l'ont fait &#224; l'ancienne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La douleur arrive une fois qu'ils me laissent repartir. En fait, j'ai la rotule cass&#233;e. J'en ai pour six semaines d'immobilit&#233;, avec peut-&#234;tre une op&#233;ration &#224; suivre. Mais je ne suis pas le plus &#224; plaindre. &#192; l'h&#244;pital, je tombe sur une femme qui s'est pris un ricochet de FlashBall dans le nez &#8211; sa blessure est impressionnante, avec notamment une fracture de la pommette. Sinon, lors de la m&#234;me manif, un gars est plaqu&#233; au sol alors qu'il buvait une canette, laquelle explose dans sa main (14 points de suture) ; deux autres personnes sont bless&#233;es par des tirs de FlashBall (ventre et hanche) ; un flic en civil se d&#233;foule sur la t&#234;te de quelqu'un &#224; coups de matraque (12 points de suture), et pas mal de gens ont des plaies li&#233;es &#224; des &#233;clats de grenade de d&#233;sencerclement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pourtant pas la manif r&#233;cente o&#249; ils se sont montr&#233;s les plus violents. Trois ou quatre jours plus t&#244;t, lors d'un cort&#232;ge sauvage, j'ai vu quelques flics p&#233;ter les plombs et arroser les gens de coups de matraque, cassant notamment le bras d'une fille. Il y a en ce moment un degr&#233; de violence rare de leur part. Quand on voit le nombre de cartouches LBD40 utilis&#233;es quotidiennement, les grenades de d&#233;sencerclement balanc&#233;es au milieu de la foule, le retour de la matraque, le FlashBall omnipr&#233;sent, tu te rends compte qu'il y a une strat&#233;gie de terreur. Il s'agit de d&#233;courager les manifestants en les faisant flipper. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Vierge des clandestins</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-Vierge-des-clandestins</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/La-Vierge-des-clandestins</guid>
		<dc:date>2013-06-27T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Sophie Del Mambo</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>Pascal</dc:subject>
		<dc:subject>flics</dc:subject>
		<dc:subject>bancs publics</dc:subject>
		<dc:subject>Fatima</dc:subject>
		<dc:subject>l'Eldorado europ&#233;en</dc:subject>
		<dc:subject>derniers bancs</dc:subject>
		<dc:subject>Pascal raconte</dc:subject>
		<dc:subject>J'avais vingt-cinq</dc:subject>
		<dc:subject>p&#232;lerins</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pascal est venu du S&#233;n&#233;gal au Portugal pour un p&#232;lerinage &#224; la Vierge de Fatima. Il en conserve un souvenir narquois, entre frustration de n'avoir pas pu fausser compagnie aux flics qui les escortaient et souvenir amus&#233; des rebondissements de l'aventure. Assis sur un des derniers bancs publics de Marseille pour savourer le soleil de ce 1er mai, Pascal raconte sa premi&#232;re incursion dans l'Eldorado europ&#233;en. &#171; J'avais vingt-cinq ans, j'&#233;tais menuisier &#224; mon compte &#224; Dakar et on m'a propos&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pascal est venu du S&#233;n&#233;gal au Portugal pour un p&#232;lerinage &#224; la Vierge de Fatima. Il en conserve un souvenir narquois, entre frustration de n'avoir pas pu fausser compagnie aux flics qui les escortaient et souvenir amus&#233; des rebondissements de l'aventure.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Assis sur un des derniers bancs publics de Marseille pour savourer le soleil de ce 1er mai, Pascal raconte sa premi&#232;re incursion dans l'Eldorado europ&#233;en. &#171; &lt;i&gt;J'avais vingt-cinq ans, j'&#233;tais menuisier &#224; mon compte &#224; Dakar et on m'a propos&#233; un p&#232;lerinage &#224; la Vierge de Fatima. J'ai pay&#233; avec l'aide de ma famille, dans l'espoir qu'une fois au Portugal, je pourrais m'esquiver.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le voyage est organis&#233; par un avocat cap-verdien. Chaque p&#232;lerin d&#233;bourse 1 200 euros, une somme que beaucoup ne gagnent m&#234;me pas en un an. &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;collage, certains ont paniqu&#233;, ils nous ont fait remarquer.&lt;/i&gt; &#187; Arriv&#233;s &#224; l'a&#233;roport de Lisbonne, les quarante-quatre p&#232;lerins sont retenus par la police des fronti&#232;res pendant plus de douze heures. &#171; &lt;i&gt;On a &#233;t&#233; entour&#233;s par des flics en civil, dans les gr&#233;sillements de talkie-walkie. Je me suis dit que c'&#233;tait foutu, j'ai &#244;t&#233; mon badge et je l'ai mis dans ma poche. L'avocat en &#233;tait &#224; son troisi&#232;me p&#232;lerinage, les autorit&#233;s voulaient le faire tomber. Ils l'ont mis sur le gril pendant deux ou trois heures, mais il avait des arguments : nous &#233;tions accompagn&#233;s d'un pr&#234;tre et lui-m&#234;me avait la double nationalit&#233;, portugaise et s&#233;n&#233;galaise.&lt;/i&gt; &#187; Pendant ce temps, les p&#232;lerins passent un par un en salle d'interrogatoire. On leur tend un pi&#232;ge : &#171; &lt;i&gt;Si tu as envie de bosser, on peut t'arranger l'affaire.&lt;/i&gt; &#187; Les deux seuls na&#239;fs qui tombent dans le panneau sont imm&#233;diatement expuls&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Pas dupe, la police nous a plac&#233;s sous surveillance.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_663 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH550/p12-sophie_raimbault-cba41.png?1782646029' width='400' height='550' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Sophie Del Mambo.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; Fatima, une patrouille stationne jour et nuit devant l'h&#244;tel. Les p&#232;lerins doivent sortir par groupes de cinq ou six, accompagn&#233;s par une paire de flics. &#171; &lt;i&gt;Un soir, l'un d'entre nous a picol&#233; et a essay&#233; de s'enfuir. Rattrap&#233;, ils l'ont expuls&#233;. Nous &#233;tions furax, &#224; cause de lui, la surveillance s'est encore renforc&#233;e : &#224; pr&#233;sent, chaque groupe &#233;tait escort&#233; par quatre ou cinq policiers. Ils ont fait le p&#232;lerinage avec nous ! &lt;/i&gt; &#187; Jusqu'au point de finir par les trouver attachants&#8230; &#171; &lt;i&gt;De retour &#224; Lisbonne, les flics qui dormaient dans la bagnole gar&#233;e devant notre h&#244;tel nous ont propos&#233; de traverser le pont m&#233;tallique qui enjambe le Tage pour aller visiter un monast&#232;re. Avant de rentrer en ville, nous avons mang&#233; ensemble dans un restaurant et j'ai bu de l'alcool pour la premi&#232;re fois, une poire d&#233;licieuse. En me voyant grimacer, les flics &#233;taient hilares. J'en avais pris mon parti. Perdu pour perdu, autant savourer l'aventure, je n'aurai peut-&#234;tre plus jamais l'occasion de revenir. Ces policiers portugais, qui parlaient fran&#231;ais, n'&#233;taient pas m&#233;chants.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; la fin du s&#233;jour, il n'y a pas assez de place dans l'avion du retour. &#171; &lt;i&gt;Je me porte volontaire pour embarquer dans un vol de Sabena, sans savoir qu'il fait escale &#224; Bruxelles. L&#224;, gr&#226;ce &#224; ma casquette du Benfica, un douanier m'invite &#224; voir un match de foot dans sa gu&#233;rite. Pour les plus &#226;g&#233;s d'entre nous, l'aventure a &#233;t&#233; v&#233;cue comme un &#233;chec cuisant. Nous, les plus jeunes, on a pris &#231;a comme des vacances, un coup d'essai&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La le&#231;on que j'en ai tir&#233;e, c'est qu'il faut passer seul. En 2001, je suis revenu avec un visa de commer&#231;ant et une invitation sign&#233;e par une bo&#238;te allemande d'export-import qui certifiait que j'allais acheter des BMW pour les revendre au pays&lt;/i&gt;. &#187; Vol Dakar-Madrid, puis Madrid-Munich. &#171; &lt;i&gt;L&#224;, j'ai &#233;t&#233; mis &#224; poil et fouill&#233; au corps. J'&#233;tais le seul Black dans l'avion : ils m'ont pris pour une mule du trafic de drogue !&lt;/i&gt; &#187; Pour obtenir le visa, il faut laisser une caution de 1 500 euros &#224; l'ambassade allemande de Dakar, suppos&#233;e garantir le retour du voyageur. &#171; &lt;i&gt;Une fois en Europe, j'ai envoy&#233; mon passeport &#224; un ami rest&#233; au pays et il est pass&#233; r&#233;cup&#233;rer l'argent. Comme les Blancs ont du mal &#224; reconna&#238;tre un Noir d'un autre, les fonctionnaires lui ont rendu l'argent et le copain a pay&#233; les gars qui m'avaient fourni les fiches de paye n&#233;cessaires au dossier&#8230;&lt;/i&gt; &#187; De Munich, Pascal passe en Italie, puis au Portugal et enfin &#224; Marseille. &#171; &lt;i&gt;J'ai abandonn&#233; la menuiserie. Ici, les gens ne valorisent pas l'artisanat, ils pr&#233;f&#232;rent acheter dans les grandes surfaces. Je viens de passer mon permis poids lourds.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'entr&#233;e du jardin d'enfants, une bande de pr&#233;-ados s'embrouille avec deux passants. Insultes, bousculade, une bouteille vide explose sur l'asphalte, &#224; deux pas des bambins qui jouent sur le toboggan. Pascal hausse les &#233;paules : &#171; &lt;i&gt;Personne ne dit rien. C'est le style de vie occidental : chacun pour soi.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une zone &#224; d&#233;fendre</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Une-zone-a-defendre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Une-zone-a-defendre</guid>
		<dc:date>2012-11-17T10:28:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles Lucas</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>ann&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>d'autres</dc:subject>
		<dc:subject>zone</dc:subject>
		<dc:subject>Zad</dc:subject>
		<dc:subject>flics</dc:subject>
		<dc:subject>maisons</dc:subject>
		<dc:subject>paysage entourant</dc:subject>
		<dc:subject>l'agriculture intensive</dc:subject>
		<dc:subject>locaux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;voqu&#233;e du bout des l&#232;vres par les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s, la r&#233;sistance au projet d'a&#233;roport sur les terres agricoles de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, n'est pas pr&#234;te d'&#234;tre effac&#233;e malgr&#233; les assauts policiers. En t&#233;moignent les colonnes de tracteurs paralysant Nantes il y a quelques mois, l'inventivit&#233; des occupants r&#233;fractaires et leur pugnacit&#233; face aux actuelles man&#339;uvres militaro-polici&#232;res pr&#233;tendant imposer la loi de Vinci. La parole est aux r&#233;sistants. Cela fait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-autres" rel="tag"&gt;d'autres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/zone" rel="tag"&gt;zone&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Zad" rel="tag"&gt;Zad&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/flics" rel="tag"&gt;flics&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/maisons" rel="tag"&gt;maisons&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/paysage-entourant" rel="tag"&gt;paysage entourant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-agriculture-intensive" rel="tag"&gt;l'agriculture intensive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/locaux" rel="tag"&gt;locaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;voqu&#233;e du bout des l&#232;vres par les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s, la r&#233;sistance au projet d'a&#233;roport sur les terres agricoles de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, n'est pas pr&#234;te d'&#234;tre effac&#233;e malgr&#233; les assauts policiers. En t&#233;moignent les colonnes de tracteurs paralysant Nantes il y a quelques mois, l'inventivit&#233; des occupants r&#233;fractaires et leur pugnacit&#233; face aux actuelles man&#339;uvres militaro-polici&#232;res pr&#233;tendant imposer la loi de Vinci. La parole est aux r&#233;sistants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cela fait quarante ans que le paysage entourant le village de Notre-Dame-des-Landes, &#224; une vingtaine de kilom&#232;tres au nord de Nantes, r&#233;siste aux injonctions de l'agriculture intensive et aux coups de boutoir de l'am&#233;nagement du territoire. Mais loin d'&#234;tre un oubli, ce paisible abandon va enfanter un monstre : l'&#201;tat et les d&#233;cideurs locaux visent en fait, et ce depuis plusieurs d&#233;cennies, l'&#233;crasement de cette vaste zone humide sous une dalle de b&#233;ton destin&#233;e &#224; recevoir l'a&#233;roport du Grand Ouest&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce projet s'inscrit parmi d'autres joyeuset&#233;s con&#231;ues par les technocrates (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et les infrastructures urbaines et routi&#232;res aff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raison officielle de ce m&#233;gaprojet ? Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, il &#233;tait acquis pour les d&#233;cideurs de la R&#233;gion que les installations a&#233;roportuaires de Nantes seraient satur&#233;es d&#232;s les ann&#233;es 1984-1985. Le d&#233;menti d'une telle perspective &#8211; en 2012, elles tournent autour des deux tiers de leur capacit&#233; maximum &#8211; contraint alors les technocrates &#224; pr&#233;senter l'habituel et bienveillant argument de la s&#233;curit&#233;, li&#233; au survol de zones urbanis&#233;es. Aujourd'hui, malgr&#233; le dur labeur men&#233; par les communicants du porteur actuel du projet, la soci&#233;t&#233; Vinci Airport, il vient &#224; l'esprit des gens du coin une intuition qu'expose l'un d'entre eux : &lt;i&gt;&#171; Cette multinationale s'investit depuis peu dans les activit&#233;s a&#233;roportuaires. Il lui faut un prototype, une esp&#232;ce de show-room d'apparence &#233;cologique pour pr&#233;senter et vendre ses produits. Tout laisse &#224; penser que les 800 millions d'euros que devrait co&#251;ter cet ensemble font partie du budget publicitaire de cette entreprise, puisqu'il est &#233;vident que &#231;a ne va rien leur rapporter directement. D'autant qu'il s'agit d'un partenariat public &#8211; priv&#233; pour le moins suspect&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;fet qui avait lanc&#233;, en 2009, l'appel d'offres finalement remport&#233; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; La d&#233;finition de la zone d'am&#233;nagement diff&#233;r&#233;e (Zad) d&#233;cr&#233;t&#233;e en 1974 signifiait qu'aucun permis de construire n'&#233;tait plus accord&#233; pendant sept ans. Cette d&#233;cision a &#233;t&#233; renouvel&#233;e en 1981. Entre cette derni&#232;re ann&#233;e et 2005, le projet semblait &#234;tre pass&#233; aux oubliettes. Haies bocag&#232;res, chemins, routes &#233;troites, petites surfaces cultiv&#233;es, v&#233;g&#233;tation et faune n'auront pas eu &#224; subir les effets d&#233;vastateurs des remembrements et de l'urbanisation sur les deux mille hectares concern&#233;s par la Zad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1970, &#224; l'annonce du projet, des agriculteurs se regroupent dans une association. Au rythme erratique des d&#233;cisions puis des mises en sommeil des projets de l'&#201;tat et des industriels, cette premi&#232;re opposition va s'&#233;tioler pour r&#233;apparaitre avec la r&#233;surrection du projet au milieu des ann&#233;es 2000, prenant le nom d'&lt;a href=&#034;http://acipa.free.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Association citoyenne intercommunale des populations concern&#233;es&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;&#171; En ao&#251;t 2009&lt;/i&gt;, explique Caroline, &lt;i&gt;l'Acipa a organis&#233; une semaine de r&#233;sistance avec des projections, des d&#233;bats et des concerts. Un &#8220;camp climat&#8221; compos&#233; d'un r&#233;seau de r&#233;fractaires aux projets industriels s'est r&#233;uni &#224; cette occasion. Des opposants locaux ont alors appel&#233; &#224; l'occupation de la zone. On a commenc&#233; alors &#224; ouvrir des lieux, &#224; occuper des maisons d&#233;sert&#233;es, &#224; s'installer dans les bois, &#224; construire des cabanes. Et l'acronyme Zad est alors devenu la &lt;a href=&#034;http://zad.nadir.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Zone &#224; d&#233;fendre&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/i&gt; Kevin, install&#233; depuis trois ans, poursuit : &lt;i&gt;&#171; C'est une tr&#232;s grande surface de friches et de terres cultivables. Certains font des jardins collectifs pour les l&#233;gumes et les oignons, par exemple. D'autres sont plus individuels. Une ferme maraich&#232;re produit de grosses quantit&#233;s. Un boulanger fournit &#224; prix libre du pain deux fois par semaine. Un &#233;leveur fabrique des fromages de ch&#232;vre. Certains ont mis des ann&#233;es &#224; construire des habitations. Les maisons abandonn&#233;es ont &#233;t&#233; r&#233;am&#233;nag&#233;es. Des ateliers sont consacr&#233;s au bricolage des voitures et &#224; la r&#233;paration des v&#233;los. On a construit un th&#233;&#226;tre. Il y a des biblioth&#232;ques et aussi un journal qui diffuse des informations sur les activit&#233;s des trente-cinq lieux de la Zad. On a fait des concerts. Les bagnoles servent pour la r&#233;cup&#233;ration de mat&#233;riaux et de mauvaises bouffes sur les supermarch&#233;s. Cette derni&#232;re est distribu&#233;e et laiss&#233;e dans un lieu qui s'appelle La Planchette, afin que tout le monde puisse se servir. &#187;&lt;/i&gt; Caroline reprend : &lt;i&gt;&#171; On peut pas dire qu'il y ait un &#8220;nous&#8221; sur la Zad. C'est vrai : on est tous antiproductivistes, anticapitalistes, anti-autoritaires, et notre envie commune est de vivre autrement, mais les mani&#232;res de faire sont diff&#233;rentes selon chacun. Il y en a qui vivent dans des cabanes install&#233;es &#224; vingt m&#232;tres de haut. D'autres sont dans des maisons et disposent d'un tr&#232;s relatif confort dont tout le monde peut se servir. Chaque lieu a sa personnalit&#233; et sa couleur avec son propre collectif. Mais bon&#8230; En fait, aujourd'hui on peut parler de tout cela au pass&#233;, depuis que l'offensive des flics a commenc&#233; le 16 octobre&#8230; &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 octobre, deux h&#233;licopt&#232;res tournent d'une mani&#232;re plus pressante qu'&#224; l'habitude, et chacun per&#231;oit qu'une armada bleue va d&#233;ferler dans les heures &#224; venir, fait confirm&#233; par des informations ayant fuit&#233; depuis les autorit&#233;s. &#192; l'aube, mille cinq cents robocops se d&#233;ploient depuis les principales routes goudronn&#233;es. &lt;i&gt;&#171; On a r&#233;cup&#233;r&#233; les mat&#233;riaux qui nous int&#233;ressaient et on a tranquillement d&#233;m&#233;nag&#233; avant l'arriv&#233;e des flics &#187;&lt;/i&gt;, raconte un des habitants du Bellish, dont les installations seront retrouv&#233;es br&#251;l&#233;es apr&#232;s le passage des forces de l'ordre. &#192; partir de cette date, les saccages et violences men&#233;es par les CRS et gendarmes mobiles vont se multiplier. Sur le lieu appel&#233; le Sabot, le jardin mara&#238;cher est arros&#233; de grenades lacrymog&#232;nes. La r&#233;sidante ramassera des centaines de ces projectiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tactique r&#233;currente, les policiers s'approchent des installations afin de laisser le temps aux employ&#233;s de la DDE de charger les mat&#233;riaux. Lorsqu'une maison est d&#233;truite, les gravats sont surveill&#233;s jour et nuit par des robocops afin d'&#234;tre s&#251;r qu'ils ne soient pas r&#233;employ&#233;s. Dans la for&#234;t de Rohan, o&#249; nombre de personnes ont install&#233; des cabanes dans les arbres, ce sont avec des tractopelles &#233;quip&#233;s de godet et de bras t&#233;lescopique que les CRS et des gendarmes du Groupe de recherche et d'intervention en milieu p&#233;rilleux cherchent &#224; d&#233;loger les occupants. Ils cognent les arbres avec leurs engins, se font hisser dans les branches, pendant qu'un h&#233;licopt&#232;re tournoie &#224; basse altitude. Lors d'un de ces assauts, un CRS a chut&#233; d'une hauteur de sept m&#232;tres et s'est gravement bless&#233;. Les occupants sont violemment interpell&#233;s : pression dans les orbites et sur les art&#232;res, torsion des membres. Plusieurs d'entre eux se d&#233;placent depuis avec des b&#233;quilles. &#192; chaque intervention, militaires et policiers saturent l'air de lacrymog&#232;ne, que le vent ram&#232;ne souvent vers eux. C'est le plus souvent dans la nuit, &#224; l'abri des cam&#233;ras, que se d&#233;cha&#238;nent les plus z&#233;l&#233;s fonctionnaires. Tirs tendus de flashball, jets de grenades de d&#233;sencerclement projetant des dizaines de fragments. Dans la fr&#233;n&#233;sie, un flic fait exploser au milieu de sa troupe un de ces projectiles, qui blesse trois de ses complices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon certaines estimations, l'op&#233;ration co&#251;te plus de 500 000 euros par semaine. &lt;i&gt;&#171; Les chefs de la police avaient dit &#224; leurs hommes qu'ils allaient avoir affaire &#224; des gens cagoul&#233;s &#233;quip&#233;s de cocktails Molotov. Si beaucoup d'entre-nous se masquent le visage, c'est pour ne pas avoir de probl&#232;mes judiciaires. En fait de guerriers aguerris, pour beaucoup de monde, c'&#233;tait la premi&#232;re fois qu'ils se retrouvaient sur une barricade et avec comme but principal celui de prot&#233;ger les lieux &#187;&lt;/i&gt;, explique Lau. Armes majeures dans les mains des r&#233;sistants : des &#339;ufs, des sacs de peinture et de la boue, qui vont d&#233;corer de nombreux policiers. Sur la route d&#233;partementale 81, entre Vigneux et le bourg de Notre-Dame-des-Landes, occupants et locaux creusent une profonde tranch&#233;e et dressent une barricade. &lt;i&gt;&#171; &#199;a fait du bien de d&#233;truire la route des flics &#224; coups de pioche &#187;&lt;/i&gt;, reconna&#238;t Louise, une habitante, pendant qu'un autre barricadier s'amuse : &lt;i&gt;&#171; Les flics ont peur des champs et du bocage. &#187;&lt;/i&gt; Sur la Zad, quelques connaisseurs ont mont&#233; radio Klaxon, d&#233;tournant la fr&#233;quence 107.7 appartenant &#224; Vinci, qui diffuse sans cesse des informations sur les d&#233;placements de l'armada polici&#232;re, la position des barrages, le nombre des forces en pr&#233;sence, les besoins de chacun. &lt;i&gt;&#171; Une physionomiste travaillant pour la gendarmerie, et dont le boulot consiste &#224; m&#233;moriser les visages, circulait dans sa bagnole sur la Zad&lt;/i&gt;, raconte, hilare, un Zadiste. &lt;i&gt;Des gens ont appel&#233; la radio et en quelques instants, ces d&#233;placements ont &#233;t&#233; connus de tous, qui &#224; leur tour nourrissaient l'info, jusqu'au moment o&#249; le gars de la radio a annonc&#233; que sa bagnole avait &#233;t&#233; repeinte en rose apr&#232;s une embuscade color&#233;e. &#187; &#171; Pendant plusieurs nuits, des cohortes de flics marchant au pas poussaient des cris en tapant sur leurs boucliers. D'autres fois, ils scandent des chants de l&#233;gionnaires &#187;&lt;/i&gt;, rapporte un autre occupant. Mais, en faction pendant des heures dans les sous-bois, les chemins ou autour de tas de gravats, des policiers craquent. L'un d'entre eux s'est m&#234;me effondr&#233;, en larmes. On entend dire que des gendarmes de la brigade de Blain ont demand&#233; leur mutation. D'autres robocops disent ne pas &#234;tre d'accord avec le boulot qu'on leur fait faire, tout en b&#233;gayant que &lt;i&gt;&#171; c'est leur m&#233;tier &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les strat&#232;ges de l'op&#233;ration C&#233;sar &#8211; nom donn&#233; &#224; cette d&#233;ferlante polici&#232;re sur la Zad &#8211; avaient choisi d'attaquer d'abord les squatters plut&#244;t que de s'en prendre aussi aux locaux, histoire de diviser, comme d'habitude. Mal leur en a pris &#187;&lt;/i&gt;, rigole Caroline. Au premier jour de l'invasion polici&#232;re, l'Acipa, qui avait jusqu'alors pour slogan &#171; Vinci d&#233;gage ! &#187;, y a ajout&#233; &#171; R&#233;sistance et Sabotage ! &#187;. &lt;i&gt;&#171; Les relations avec les locaux n'ont pas toujours &#233;t&#233; simples&lt;/i&gt;, dit Kevin.&lt;i&gt; Les squatters &#233;taient &#233;videmment vus comme des drogu&#233;s et des feignants. Ils &#233;taient accus&#233;s de d&#233;truire les enclos barbel&#233;s, etc. &#187;&lt;/i&gt; Mais la solidarit&#233; et la bienveillance qui r&#233;gnaient entre les Zadistes se sont d'un coup &#233;largies &#224; de nombreuses personnes de la zone, ainsi qu'&#224; d'autres r&#233;gions et pays &#233;loign&#233;s. Contrairement &#224; ce qu'escomptait l'offensive militaire des promoteurs de l'a&#233;roport, la prise de parti en faveur des opposants se d&#233;veloppe. &lt;i&gt;&#171; Sur le site &lt;a href=&#034;http://zad.nadir.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zad.nadir.org&lt;/a&gt;, ce sont plus de 100 000 visites quotidiennes qui sont relev&#233;es &#187;&lt;/i&gt;, comptabilise Camille. Sur une barricade, un membre de l'Acipa, connu jusqu'alors pour sa grande pond&#233;ration, entasse branches et mat&#233;riaux. Un couple de paysans raconte : &lt;i&gt;&#171; On a &#233;t&#233; bloqu&#233;s par les gendarmes. On leur a dit que nous allions apporter du riz et des p&#226;tes aux insurg&#233;s. On a d&#251; faire un d&#233;tour pour passer les barrages. &#187;&lt;/i&gt; Des appels t&#233;l&#233;phoniques signalent les convois policiers montant vers le nord depuis Bordeaux, Angers ou Poitiers. L'Acipa a ouvert son local de la Vache R&#238;t aux occupants. Des habitants des maisons non expulsables avant la fin de proc&#233;dures en cours, qui manifestaient jusqu'alors une grande d&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des squatters, leur ouvrent les portes. Dans plusieurs villes des collectifs de soutien se forment. Des locaux du Parti socialiste ont &#233;t&#233; d&#233;cor&#233;s de quelques slogans rageurs &#224; la Rochelle, Paris, Bordeaux&#8230; Des opposants &#224; Vinci ont &#233;t&#233; gaz&#233;s et frapp&#233;s &#224; N&#238;mes.&lt;i&gt; &#171; &#199;a donne une force incroyable. On n'imaginait pas r&#233;ussir &#224; r&#233;sister si longtemps et voir une solidarit&#233; aussi forte&#8230; Il y a quelques jours, on a f&#234;t&#233; la centi&#232;me barricade &#187;&lt;/i&gt;, relate Camille, qui poursuit : &lt;i&gt;&#171; On re&#231;oit de partout des v&#234;tements, des matelas, des couvertures, de la nourriture, de l'argent&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Mais Caroline pr&#233;cise, sans amertume : &lt;i&gt;&#171; Depuis toutes ces ann&#233;es, il y avait beaucoup de monde &#8211; des organisations politiques, l'Acipa, les anars, y compris certains habitants de la zone &#8211; qui attendait que l'on se fasse expulser. Ils pensaient qu'alors cette situation serait m&#233;diatis&#233;e et que cela permettrait &#224; la solidarit&#233; de se d&#233;velopper. Nous, les squatters, nous avons &#233;t&#233; un peu des &#8220;idiots utiles&#8221;, comme l'ont dit certains. &#187;&lt;/i&gt; Qu'importe. L'ensemble des gens vivant sur la zone concern&#233;e, alli&#233;s &#224; tous les opposants, appellent &#224; une &#171; manifestation de r&#233;occupation &#187; le 17 novembre. &lt;i&gt;&#171; De toute fa&#231;on, pr&#233;cise un squatter, les possibilit&#233;s de reconstruire sont encore nombreuses. D'autres maisons vont se vider et nous les rouvrirons. Ils devront revenir sans cesse. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 novembre, &#224; l'occasion d'une conf&#233;rence de presse, le ministre de l'Int&#233;rieur, Manuel &#171; Nicolas &#187; Valls, a d&#233;sign&#233;, &#224; l'instar de ces successeurs, &lt;i&gt;&#171; les formes de violence provenant de l'ultra-gauche, de mouvements anarchistes ou autonomes &lt;/i&gt; &#187; &#224; propos de l'opposition &#224; la ligne TGV dans le Val de Suza et de celle &#224; l'a&#233;roport de Notre-Dame-des-Landes, histoire, sans rire, d'annoncer quelques arrestations spectaculaires, similaires &#224; celles qu'ont subies des habitants du village de Tarnac en novembre 2008&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, si sur la zone suppos&#233;e de l'a&#233;roport nombre de maisons, cabanes et abris ont &#233;t&#233; d&#233;truits, la victoire des industriels est loin d'&#234;tre acquise. Il leur faudra ensuite ouvrir un chantier, d&#233;placer des engins, stocker des mat&#233;riaux, installer des bureaux, toutes choses dont les habitants de Narita au Japon&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1971, les premi&#232;res expropriations sur le site d'un futur a&#233;roport &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, et d'Atenco au Mexique&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En octobre 2001, le gouvernement mexicain annonce l'implantation d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, ont en leur temps &#233;prouv&#233; la grande fragilit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce projet s'inscrit parmi d'autres joyeuset&#233;s con&#231;ues par les technocrates de l'am&#233;nagement du territoire, qui planchent depuis les ann&#233;es 1960 sur des alternatives &#224; la croissance exponentielle de Paris par le d&#233;veloppement de capitales r&#233;gionales &#233;quip&#233;es d'infrastructures cons&#233;quentes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;fet qui avait lanc&#233;, en 2009, l'appel d'offres finalement remport&#233; par Vinci travaille aujourd'hui pour cette multinationale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1971, les premi&#232;res expropriations sur le site d'un futur a&#233;roport &#224; proximit&#233; de Tokyo provoquent de dramatiques affrontements. La r&#233;sistance &#224; ce projet va durer plusieurs d&#233;cennies. En 2012, l'a&#233;roport n'est toujours pas achev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En octobre 2001, le gouvernement mexicain annonce l'implantation d'un a&#233;roport sur les terres communales de San Salvador Atenco, &#224; proximit&#233; de la capitale. Les paysans manifestent massivement, d&#233;mettent le maire corrompu et le remplacent par un conseil municipal autonome. Le 1er ao&#251;t 2002, apr&#232;s de multiples manifestations, actes de r&#233;sistance et soutiens venus de tout le Mexique et de l'&#233;tranger, le gouvernement renonce &#224; son projet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Expulser les d&#233;log&#233;s</title>
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		<dc:date>2012-09-25T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles Lucas</dc:creator>


		<dc:subject>JMB</dc:subject>
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		<dc:subject>pass&#233;e l'expulsion</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le mardi 28 ao&#251;t, le Centre social autog&#233;r&#233; de Toulouse, plus connu sous le nom de Crea (Collectif pour la r&#233;quisition, l'entraide et l'autogestion), a &#233;t&#233; expuls&#233; par la police. CQFD, dans le reportage qu'il lui avait consacr&#233; dans son num&#233;ro de mars dernier, &#233;voquait d&#233;j&#224; cette sinistre &#233;ventualit&#233;. Rencontre &#224; chaud avec cinq participants de cette d&#233;funte exp&#233;rimentation sociale qui n'a pas tard&#233; &#224; rena&#238;tre ailleurs. Le 7 septembre, un nouveau b&#226;timent a &#233;t&#233; ouvert&#8230; CQFD : Comment (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no103-septembre-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;103 (septembre 2012)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le mardi 28 ao&#251;t, le Centre social autog&#233;r&#233; de Toulouse, plus connu sous le nom de &lt;a href=&#034;http://creatoulouse.squat.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Crea&lt;/a&gt; (Collectif pour la r&#233;quisition, l'entraide et l'autogestion), a &#233;t&#233; expuls&#233; par la police. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, dans le &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Salade-de-squats'&gt;reportage&lt;/a&gt; qu'il lui avait consacr&#233; dans son num&#233;ro de mars dernier, &#233;voquait d&#233;j&#224; cette sinistre &#233;ventualit&#233;. Rencontre &#224; chaud avec cinq participants de cette d&#233;funte exp&#233;rimentation sociale qui n'a pas tard&#233; &#224; rena&#238;tre ailleurs. Le 7 septembre, un nouveau b&#226;timent a &#233;t&#233; ouvert&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_454 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH394/103jmb-72b5a.jpg?1782643513' width='400' height='394' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par JMB
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Comment s'est pass&#233;e l'expulsion ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibi :&lt;/strong&gt; Depuis quelques jours, les flics nous harcelaient, tournaient autour du b&#226;timent. Ils cherchaient &#224; savoir comment on s'&#233;tait organis&#233;s en pr&#233;vision de leur arriv&#233;e. Il y a m&#234;me eu un inspecteur de la Bac, connu pour participer aux expulsions, qui a tent&#233; de s'infiltrer dans la Commission de s&#233;curit&#233; de nos voisins du GPS [Groupement pour la d&#233;fense du travail social], un b&#226;timent occup&#233; &#8211; et &#171; l&#233;galis&#233; &#187; &#8211; par des travailleurs sociaux. Le pandore a &#233;t&#233; &#233;videmment reconduit &#224; l'ext&#233;rieur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cumba :&lt;/strong&gt; Une armada de flics rassemblant des policiers nationaux, municipaux, des gendarmes, des types de la Bac a d&#233;barqu&#233; &#224; 6 heures du matin. Il y avait dans le b&#226;timent des familles et d'autres habitants. Des CRS de haute montagne sont entr&#233;s par les fen&#234;tres. Tout ce qu'on avait pr&#233;par&#233; et barricad&#233; n'a servi &#224; rien. Quatre habitants ont eu le temps de grimper sur le toit. Un d'entre eux est mont&#233; sur une planche pendant que les trois autres tentaient de n&#233;gocier avec les flics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B :&lt;/strong&gt; Une personne a &#233;t&#233; violemment frapp&#233;e, une autre a &#233;t&#233; tas&#233;e &#224; cinq reprises&#8230;
Laurent : Pour l'instant, il n'y a pas de poursuites engag&#233;es contre les trois qui sont partis en garde &#224; vue. &#192; l'ext&#233;rieur, les personnes qui &#233;taient l&#224; en soutien ont essuy&#233; les charges polici&#232;res. Une copine a eu un poignet cass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La presse locale rapporte les propos du pr&#233;fet selon lesquels vous auriez refus&#233; toute discussion. Vous &#234;tes d&#233;sign&#233;s comme les seuls responsables de cette situation. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marguerite :&lt;/strong&gt; C'est faux ! Cela fait des mois qu'on essaie d'entrer en contact avec eux. Ils ont toujours refus&#233; de nous recevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Pour protester contre ces mensonges, nous avons occup&#233; le lendemain une antenne locale du minist&#232;re de la Sant&#233; et de la Coh&#233;sion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B :&lt;/strong&gt; On a demand&#233; &#224; une responsable de nous mettre en contact avec le minist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M : &lt;/strong&gt; On avait d&#233;j&#224; occup&#233; ce lieu il y a deux mois, mais cette fois ils ont envoy&#233; les CRS. Il y a eu plusieurs bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant l'expulsion de la rue des Demoiselles, d'autres lieux avaient &#233;t&#233; expuls&#233;s sans aucune r&#233;quisition ni acte l&#233;gal. Vous aviez alors port&#233; plainte contre les forces de police.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Flora :&lt;/strong&gt; Il n'y a eu &#233;videmment aucune suite et cela n'a pas frein&#233; les expulsions ill&#233;gales alors qu'on avait toutes les preuves sur le fait que nous &#233;tions effectivement install&#233;s. Lors de la premi&#232;re plainte, il y a environ quatre mois, nous avons &#233;t&#233; auditionn&#233;s. Depuis, aucune nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des projets ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F : &lt;/strong&gt; On va &#233;videmment rouvrir, on ne va pas en rester l&#224;. Toutes les familles ne sont pas relog&#233;es. Il y a eu des nuits d'h&#244;tel &#8211; genre trois nuits renouvelables &#8211; propos&#233;es &#224; deux personnes du Crea. Les huit familles ainsi que deux autres habitants pr&#233;caires sont &#224; droite, &#224; gauche, dans des sleepings, des squats&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment voyez-vous votre rapport avec l'&#233;tat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F :&lt;/strong&gt; Ne pas en &#234;tre d&#233;pendant. Il ne propose rien, il laisse crever les gens dans la rue, il expulse. On fait les choses en parall&#232;le. On s'organise, on s'entraide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Nous avons prouv&#233; depuis qu'on pouvait compl&#232;tement s'en passer. On ne demande qu'une chose : nous laisser le b&#226;timent &#224; disposition. C'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Consid&#233;rez-vous que le fait qu'il y ait des gens &#224; la rue est de la seule responsabilit&#233; de l'&#201;tat ou pensez-vous que tout le monde peut s'en pr&#233;occuper ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C :&lt;/strong&gt; Concernant les logements sociaux, c'est &#224; l'&#201;tat de s'en occuper. On est l&#224; pour le rappeler. C'est &#224; lui de reloger les gens qui sont sans toit. Par contre, nous ne demandons rien &#224; l'&#201;tat. On veut juste vivre dans ce b&#226;timent qui est ferm&#233; depuis des ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'&#234;tes pas un groupe de pression, de protestataires. Vous prenez l'initiative, vous vous organisez&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F : &lt;/strong&gt; On fait selon nos moyens et nos besoins. Mais il faut savoir qu'il y a aussi, entre les travailleurs sociaux, les familles, les pr&#233;caires, etc., une grande diversit&#233; de points de vue. On essaie de faire avec toutes ces diff&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Au d&#233;part, il y a une volont&#233; de sortir de l'assistanat, d'inventer une forme d'organisation qui tende vers des choses plus logiques entre nous. Nous luttons ensemble. Nous agissons concr&#232;tement. Nous ne sommes pas dans le bla-bla. Des b&#226;timents s'ouvrent et les gens sont log&#233;s. Des rencontres se font.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; C'est simple : il y a des gens qui dorment dehors et beaucoup de b&#226;timents sont vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hazar :&lt;/strong&gt; Et puis surtout, il y a une envie commune de cr&#233;er des alliances entre des gens qui en g&#233;n&#233;ral ne s'allient pas, et qui, en principe, ne se rencontrent pas. C'est s&#251;r que tous, on se pose des questions sur ce qu'on fait avec tous nos points de vue diff&#233;rents, dans quelles directions on va. Avons-nous besoin d'avoir une ligne politique commune &#224; nous tous ? Si ces questions nous font souvent perdre du temps, ce sont aussi elles qui nous animent et nous font avancer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F :&lt;/strong&gt; Et on n'est pas tout seul. Le week-end apr&#232;s l'expulsion, d'autres collectifs venus de toute la France et qui font &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me chose que nous se sont retrouv&#233;s &#224; Toulouse. Ce mouvement est en train d'essaimer&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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