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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Rap : ma nuit avec You Tube</title>
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		<dc:creator>Mathieu K.</dc:creator>


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&lt;p&gt;La petite est couch&#233;e et le soleil s'enfonce doucement &#224; l'horizon, comme une grande cuill&#232;re en bois dans un aligot m&#339;lleux. Nous sommes en Aveyron. Tenant Babylone en respect, nich&#233;.es &#224; quelques un.es dans une de ces fermes o&#249; l'on essaie de vivre (diff&#233;remment). Ce soir c'est repos : un peu de weed, une tisane et YouTube. Je range mon corps sur le porte-manteau et convoque mon cerveau pour un entretien en t&#234;te-&#224;-t&#234;te : c'est (re)parti pour une &#171; soir&#233;e rap fran&#231;ais &#187; sur l'Internet (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La petite est couch&#233;e et le soleil s'enfonce doucement &#224; l'horizon, comme une grande cuill&#232;re en bois dans un aligot m&#339;lleux. Nous sommes en Aveyron. Tenant Babylone en respect, nich&#233;.es &#224; quelques un.es dans une de ces fermes o&#249; l'on essaie de vivre (diff&#233;remment). Ce soir c'est repos : un peu de&lt;i&gt; weed&lt;/i&gt;, une tisane et YouTube. Je range mon corps sur le porte-manteau et convoque mon cerveau pour un entretien en t&#234;te-&#224;-t&#234;te : c'est (re)parti pour une &#171; soir&#233;e rap fran&#231;ais &#187; sur l'Internet mondial.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2981 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH347/-1220-9995c.jpg?1782668559' width='500' height='347' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mano&#239;&#239;&#239;&#239;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;I&lt;/span&gt;nspiration. Expiration. Les neurones alanguis, YouTube et ses algorithmes roublards me mettent&lt;i&gt; direct&lt;/i&gt; face &#224; la retentissante v&#233;rit&#233; : PNL a sorti un nouveau clip. Le doigt tremblant, je clique. Le missile est arm&#233;. 3, 2, 1. Touch&#233;. Je prends ma dose de m&#233;galomanie m&#233;lancolique : les mots flottent sur des volutes de fum&#233;e, &#224; la crois&#233;e de la mont&#233;e et de la descente, &#233;gar&#233;s dans une perche sans fin. Le foyer incandescent d'un joint en guise de lampe torche, les deux fr&#232;res de PNL auscultent leur succ&#232;s pr&#233;sent, plomb&#233; par le pass&#233; et ses disques ray&#233;s. Coinc&#233;s entre avant et maintenant, ils implorent le dieu Auto-Tune &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Logiciel qui permet de modifier la voix.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de fixer une bonne fois pour toutes leurs reflets dans le miroir. Et quand je regarde autour de moi, cette grande ferme et cette petite fille, les yeux riv&#233;s sur mon &#233;cran, je fais tout pareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rap il est venu puis il est reparti, puis il est revenu. D'abord, ado, il s'est agi de s'opposer aux guitares &lt;i&gt;seventies&lt;/i&gt; du daron et de s'&#233;manciper en se mettant dans la roue de Difool et de sa bande. Puis les guitares ont gagn&#233;, les cheveux longs aussi. Mais le rap n'avait pas dit son dernier mot : alors que lunettes de vue et bedaine s'imposaient comme signes ext&#233;rieurs de la trentaine, il a d&#233;finitivement gagn&#233; la bataille. &#192; chaque fois que la vie exige de moi une mue, j'ai besoin de cette cohorte de MCs &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Litt&#233;ralement Master of Ceremony : d&#233;signe les rappeurs et rappeuses.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; accroch&#233;s &#224; leurs micros comme des marins au m&#226;t dans une temp&#234;te plus forte que pr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cramer les &lt;i&gt;wagos&lt;/i&gt; &#224; Booba&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans la colonne de droite, YouTube me propose le dernier single de Booba. Vas-y, envoie Internet, je suis chaud. B2Oba &lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Prononcer &#171; B, deux O, B, A &#187;.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; : ses villas, ses bagnoles et ses &lt;i&gt;punchlines&lt;/i&gt; d&#233;vastatrices. Quand je suis au volant de mon Espace II de 1996, la thune de Booba me fait du bien. Pourquoi ? Je ne sais pas vraiment. D'autant qu'elle ne me fait pas r&#234;ver pour autant. En r&#233;alit&#233;, &#171; d&#233;cro&#238;tre &#187; gaiement avec mes petits camarades me va tr&#232;s bien. Mais quand je flippe en ouvrant un courrier de la Caf &lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Caisse des allocations familiales.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, la casquette de Booba &#8211; qui cache pourtant mal son regard vorace d'entrepreneur capitaliste lambda &#8211; me rend plus fort. N&#233;cessaire contrepoint &#224; une pr&#233;carit&#233; choisie mais parfois pesante, le rap &lt;i&gt;bling-bling&lt;/i&gt; c'est mon &#233;vacuation du trop-plein de simplicit&#233; volontaire, l'arri&#232;re-salle o&#249; vivre OKLM &lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au calme.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; des versions d&#233;vitalis&#233;es des fantasmes mat&#233;riels les plus absurdes. Pire encore : l'&#233;trange pendant du plaisir &#224; voir ces m&#234;mes symboles de richesses br&#251;ler lors d'un meeting autonome &lt;i&gt;downtown&lt;/i&gt;. Mais n'emp&#234;che : alors que Booba finit son morceau et que moi je le salue en dabbant &lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ex&#233;cuter un dab (mouvement chor&#233;graphique).&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; seul face &#224; mon &#233;cran, je me dis que &#231;a a l'air &lt;i&gt;chanm&#233;&lt;/i&gt; de conduire une grosse bagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En rouler un autre. Remettre de l'eau sur la tisane. Et accueillir SCH et son &#171; rap de gangster &#187;. Fascin&#233;, je le regarde me raconter des histoires d'&#233;change de petites coupures sur des parkings mal &#233;clair&#233;s et autres spleens de braqueurs hagards au petit matin. Le deal, les &lt;i&gt;braquos &lt;/i&gt;et l'ill&#233;galit&#233; comme in&#233;vitable rapport au monde, voil&#224; un motif qui irrigue une bonne partie du rap fran&#231;ais actuel. Est-ce r&#233;jouissant ? Pas forc&#233;ment. Et alors ? On ne demande &#224; personne de se justifier au sortir d'une projection du &lt;i&gt;Parrain&lt;/i&gt;. Moi, j'ai besoin de m&#233;chants pour avancer. De grands braqueurs et de petits voleurs. Ceux avec lesquels je ris sous cagoule invisible quand je passe &#224; la caisse de la Biocoop charg&#233; comme une mule. Ceux dont l'imaginaire et les actes d&#233;fient l'&#201;tat, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et le Smic. Tierc&#233; gagnant. Et puis en attendant que le CNC &lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centre national du cin&#233;ma et de l'image anim&#233;e.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; et autres tamponneurs d'expression l&#233;gitime consentent &#224; financer des films ambitieux r&#233;alis&#233;s depuis certaines marges de la soci&#233;t&#233;, il fait bon se construire des fictions puissantes en utilisant ce rap de bandit comme un lexique. Des d&#233;cors, des situations, des d&#233;tails quant aux &lt;i&gt;modus operandi&lt;/i&gt;, des sensations et surtout : des &#233;motions. De celles qu'on imagine glan&#233;es aupr&#232;s des premiers concern&#233;s, dans une pr&#233;cision quasi documentaire. Ne reste qu'&#224; mettre tout cela en sc&#232;ne dans sa t&#234;te, avec le plaisir immense de voir d&#233;filer un film unique renouvel&#233; &#224; chaque &#233;coute.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;On dirait que &#231;a te g&#234;ne de marcher dans la boue&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui se passe pour que chaque soir, devant mon &#233;cran, je frissonne devant des mecs qui font des roues arri&#232;re en quad alors que par ma fen&#234;tre la cambrousse s'&#233;tend &#224; perte de vue ? De la m&#234;me mani&#232;re que j'ai toujours un peu l'impression de me battre contre le CPE (Contrat premi&#232;re embauche), je crois que je n'ai jamais vraiment oubli&#233; les &#233;meutes de 2005 (et celles depuis). L'impression de r&#233;aliser que le &#171; sujet r&#233;volutionnaire &#187;, c'&#233;tait pas nous, depuis notre classe moyenne ti&#232;de, et qu'&#224; l'inverse le traitement que la France r&#233;servait &#224; ses &#171; quartiers populaires &#187; en disait long sur la clef de vo&#251;te post-coloniale. Je crois que j'avale mes kilos de rap fran&#231;ais quotidien anim&#233; par un m&#233;lange de col&#232;re, de tristesse et d'impuissance concernant ces &#171; quartiers &#187;, enjoints &#224; grand renfort de tonfas &#224; honorer le dieu&lt;i&gt; Charlie&lt;/i&gt; et sa r&#233;publique tout en &#233;tant chaque ann&#233;e un peu plus trahis et m&#233;pris&#233;s par &#171; la gauche &#187; et une la&#239;cit&#233; qui a bon dos. &#192; d&#233;faut de savoir quoi faire de &#231;a, je vibre &#224; distance par la lorgnette de cette &#233;pop&#233;e musicale, qui est un grand et fier majeur dress&#233; face &#224; ceux qui verraient bien les ghettos s'autod&#233;truire. Et un peu &#233;mu, j'y pense devant mon ordi, alors que Sofiane me dit que &#171; &lt;i&gt;Tout l'monde s'en fout&lt;/i&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. M&#234;me pas vrai. Le clip est cool, et &#234;tre un des 81 millions de personnes qui s'en sentent proches en en &#233;tant aussi loin m'interroge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, quoi, je me d&#233;foule &#224; peu de frais en &#233;coutant des gens que je ne c&#244;toie pas me raconter des trucs que je ne vis pas ? N'y a-t-il pas un peu d'appropriation culturelle sous ma planche de surf alors que je &lt;i&gt;ride&lt;/i&gt; l'Internet mondial de clip en clip et de &lt;i&gt;ter-ter en ter-ter&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Territoires, quartiers.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; ? Et puis pourquoi je passe &#224; des bonhommes &lt;i&gt;rebeus&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;renois&lt;/i&gt; certains exc&#232;s violents et autres nivellements par le bas que je n'excuse pas chez Lomepal et Vald quand ils tendent un miroir peu reluisant &#224; ma blanche trentaine de branleur cynique ? Et puis en termes d'imaginaire, une cit&#233; r&#233;duite &#224; Kalashland et 30 millions de pitbulls, pass&#233; le frisson facile d'un ailleurs dangereux, est-ce vraiment une bonne op&#233;ration pour les &#171; quartiers populaires &#187; ? En v&#233;rit&#233;, j'aime le rap fran&#231;ais car il me met dans une situation d'inconfort politique stimulante et fertile. Je me lance &lt;i&gt;Roi des sauvages&lt;/i&gt; de Kalash Criminel pour f&#234;ter &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2982 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH355/-1221-49a53.jpg?1782668559' width='500' height='355' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mano&#239;&#239;&#239;&#239;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Il s'est rien pass&#233; depuis La Rumeur &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je me fais chier quand j'&#233;coute un certain rap dit &#171; conscient &#187; o&#249; les perles politiques s'enfilent sur un collier un peu ringard, avec dans le d&#233;sordre prison, flics et capital qui ronronnent dans une ambiance ampoul&#233;e, le tout sur des 16 &lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Seize lignes de textes correspondant &#224; la taille habituelle d'un couplet.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt; pas toujours tr&#232;s cal&#233;s ni novateurs. En r&#233;alit&#233;, on vit une &#233;poque &#233;trange : des musiciens de g&#233;nie produisent des disques majeurs, le rap est l'une des plus grandes industries culturelles au monde mais dans le m&#234;me temps beaucoup ne le reconnaissent plus (ou ne l'ont jamais reconnu). Parce qu'il ne d&#233;nonce pas assez, ou pas comme avant. Parce que le rouleau compresseur &lt;i&gt;trap&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Courant musical venant du sud des &#201;tats-Unis, &#224; la rythmique tr&#232;s lente, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt; a tout chang&#233;, et que les vieux jeunes sont perdus. C'est ainsi qu'on d&#233;nie au rap le droit d'&#234;tre simplement une musique. Et non pas l'officielle tribune des quartiers pour se pr&#233;senter comme il faut. Qui plus est, n'attendre que le verbe pour reconna&#238;tre la subversion, c'est passer &#224; c&#244;t&#233; de tout le reste : la d&#233;merde, l'autonomie, le culte du &#171; monter son label &#187;, l'entraide (&lt;i&gt;QLF&lt;/i&gt; !&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que la famille est un morceau du groupe PNL.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;), le nihilisme revanchard, la recherche artistique et l'audace qui caract&#233;risent certains pans du rap fran&#231;ais actuel et le fait qu'il soit encore et toujours un cri de ralliement et un outil d'&lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; &#233;nonc&#233; depuis des zones de rel&#233;gation urbaines... Si on accepte de se d&#233;centrer deux secondes du besoin d'une d&#233;nonciation qui nous brosse dans le sens des pr&#233;con&#231;us de la r&#233;volte, il y a l&#224; un ind&#233;niable c&#244;t&#233; punk. Eh oui : on peut danser (mal), les yeux riv&#233;s sur des rappeurs p&#233;t&#233;s de thune et tatou&#233;s jusque sous le slibard, tout en y mettant une &#233;nergie politique. Il n'y a qu'&#224; voir les banderoles renforc&#233;es qui animent gaiement les cort&#232;ges ces derni&#232;res ann&#233;es. &lt;i&gt;Le monde ou rien&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autre morceau de PNL.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;. Si si.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Toutes, sauf ma m&#232;re et ma s&#339;ur&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, il y a une ombre au tableau. De taille. Avec laquelle je gal&#232;re. Entendre mes rappeurs favoris avilir leurs ennemis et plus g&#233;n&#233;ralement les femmes &#224; grand renfort de &#171; cassages de cul &#187; n'est pas vraiment ma tasse de th&#233;. Une industrie d'hommes, taill&#233; pour des hommes par des hommes o&#249; la violence sexiste est massive et in&#233;vitable. Face &#224; tout &#231;a, j'ai &#233;t&#233; oblig&#233; de me positionner, tant minorer l'&#233;cueil aurait fris&#233; la malhonn&#234;tet&#233;. Au vrai, je suis en pleine contradiction quand j'&#233;coute certains de mes rappeurs pr&#233;f&#233;r&#233;s. Et pourtant, &#231;a fait sens malgr&#233; tout. Notamment dans l'espace que &#231;a a ouvert avec mes copines fans de rap, quand il s'est agi de poser des mots sur l'id&#233;e d'un imaginaire sexiste, antichambre du sexisme tout court. &lt;i&gt;Ouep&lt;/i&gt;, je ne suis pas vraiment fier d'&#234;tre un homme et tente quotidiennement de d&#233;construire ce qui doit l'&#234;tre. Or, certains rappeurs me permettent de faire la vidange d'une &#233;nergie masculine toxique qui, m&#234;me si elle n'a pas de place dans le r&#233;el que je tente de changer, ne dispara&#238;t pas pour autant d'un coup de baguette magique. Damso dans la voiture, avec ma fille qui &#233;coute derri&#232;re avec moi, c'est une question en mouvement, un conflit avec quatre roues. Et pour aller plus loin dans l'inconfort : il est des rappeurs &#171; qui font du sale &#187; et qui pourtant ne le font pas gratuitement ou en valorisant simplement la crasse sexiste. Des mecs qui auscultent leurs bassesses avec la pr&#233;cision d'un chirurgien et qui, en creux, m'aident &#224; faire de m&#234;me. Le probl&#232;me est alors que ce soit eux, et leur point de vue d'oppresseur, qui ait massivement acc&#232;s &#224; l'espace de parole en pr&#233;sence. Qu'est-ce qui se vend ? Pourquoi ? Et &#224; qui ? Et force est de constater que le f&#233;minisme ou la lutte contre les violences faites aux femmes n'est ni la priorit&#233; du rap fran&#231;ais ni celle de l'industrie qui le sous-tend. Un peu penaud, je botte en touche quant &#224; mes (d&#233;)go&#251;ts, me r&#233;fugiant derri&#232;re le fait que chaque &#233;poque a ses Gainsbourg. Des connards par moments pertinents, des zones d'ombre bip&#232;des. Sauf que ceux du rap fran&#231;ais, avec leur couleur de peau, sont souvent somm&#233;s d'incarner &#171; toute la violence &#187; faites aux femmes. Des &#171; sauvages &#187; paratonnerres, qui &#233;vitent au joyeux monde de la culture couleur blanc l&#233;gitime l'examen de conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 h du mat'. Je me suis perdu. Il commence &#224; y avoir des vid&#233;os d'Alain Soral dans la colonne de droite de YouTube. Au dodo, les algorithmes. Finir sur une bonne note, sur une note simple. Et retrouver les rappeurs avec lesquels je peux mettre le cerveau sur pause, ou bien plut&#244;t l'agiter sans danger. Parce que politiquement, je suis &#224; la maison, sans que les choses tournent en rond pour autant. Parce qu'en termes de sexisme, je suis face &#224; des hommes (et des femmes) qu'ont pas besoin d'&#234;tre des connards pour exister publiquement. Et parce qu'avant toute chose, cette musique et ses r&#233;volutions me font du bien quand elles me font simplement bouger la t&#234;te de mani&#232;re saccad&#233;e au rythme de mots qui transportent &#171; du corps &#187;. Celui des MCs et le mien. Mon d&#233;volu se jettera donc sur Arm. Du rap &#233;l&#233;gant, qu'on ne verra jamais l&#226;cher ses fondements. Des mots qu'on peut tour &#224; tour susurrer &#224; l'oreille d'un amoureux ou d'une amoureuse et gueuler dans l'&#233;meute. Des mots qui donnent foi dans le fait que, quelles que que soient ses m&#233;tamorphoses, le rap reste in&#233;branlable dans sa capacit&#233; &#224; permettre &#224; ceux qui le font et &#224; ceux qui l'&#233;coutent de tenir droit dans leurs godasses. Et c'est d&#233;j&#224; pas mal.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathieu K.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Logiciel qui permet de modifier la voix.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Litt&#233;ralement &lt;i&gt;Master of Ceremony&lt;/i&gt; : d&#233;signe les rappeurs et rappeuses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Prononcer &#171; B, deux O, B, A &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Caisse des allocations familiales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Au calme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ex&#233;cuter un dab (mouvement chor&#233;graphique).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Centre national du cin&#233;ma et de l'image anim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Territoires, quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Seize lignes de textes correspondant &#224; la taille habituelle d'un couplet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Courant musical venant du sud des &#201;tats-Unis, &#224; la rythmique tr&#232;s lente, parfois inqui&#233;tante, et aux sonorit&#233;s charleston. Lire aussi p. VII. de ce dossier, &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Du-blues-au-rap-mepris-en-boucle' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Du blues au rap, m&#233;pris en boucle&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 176, mai 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Que la famille&lt;/i&gt; est un morceau du groupe PNL.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Autre morceau de PNL.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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