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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Grand Soir et petits ponts</title>
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		<dc:creator>Toto et Maurice</dc:creator>


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&lt;p&gt;L'organisation du Mondial au Qatar nous rappelle &#224; quel point le sport peut &#234;tre monopolis&#233; par le fric et son spectacle. Mais s'en indigner tous les quatre ans ne suffit pas. &#192; Toulouse, c'est tous les jours que le foot populaire dribble le foot-business et, qu'entre deux petits ponts, des solidarit&#233;s se cr&#233;ent. Ce dimanche matin de f&#233;vrier &#224; Toulouse, les premiers joueurs et joueuses s'&#233;chauffent d&#233;j&#224;. Le soleil r&#233;chauffe la pelouse du stade Henri-Gr&#233;ard, recouvert de graffs (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no214-novembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;214 (novembre 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mixite" rel="tag"&gt;mixit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'organisation du Mondial au Qatar nous rappelle &#224; quel point le sport peut &#234;tre monopolis&#233; par le fric et son spectacle. Mais s'en indigner tous les quatre ans ne suffit pas. &#192; Toulouse, c'est tous les jours que le foot populaire dribble le foot-business et, qu'entre deux petits ponts, des solidarit&#233;s se cr&#233;ent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4832 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_cqfd_foot_pop_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH363/web_cqfd_foot_pop_-405a1.jpg?1779748323' width='500' height='363' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Elena Vieillard
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;e dimanche matin de f&#233;vrier &#224; Toulouse, les premiers joueurs et joueuses s'&#233;chauffent d&#233;j&#224;. Le soleil r&#233;chauffe la pelouse du stade Henri-Gr&#233;ard, recouvert de graffs antifascistes, et coinc&#233; entre une ligne de chemin de fer et des logements pour militaires. Toute la journ&#233;e, dix-huit &#233;quipes vont s'affronter : mineurs isol&#233;s, r&#233;fugi&#233;s albanais, syndicalistes et personnes queers cagoul&#233;es, entre autres. Du beau monde s'empare du terrain. Il y a m&#234;me une &#233;quipe des pompes fun&#232;bres musulmanes, attaqu&#233;es deux semaines plus t&#244;t par des fachos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tournoi est organis&#233; dans le cadre d'un week-end de la campagne &#171; &lt;i&gt;Antiracisme et Solidarit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. La veille, des concerts faisaient vibrer les vitraux de la Chapelle &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Squat ouvert en 1993, p&#233;rennis&#233; en 2018 par le biais d'un bail emphyt&#233;otique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Ce dimanche, au rythme des tambours du collectif f&#233;ministe La Frappe, les matchs s'encha&#238;nent dans trois poules, dont une en mixit&#233; choisie &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans mecs cisgenre, une personne cisgenre &#233;tant une personne qui se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Quelque 500 participant&#183;es soutiennent les &#233;quipes bariol&#233;es en entonnant des chants ultras revisit&#233;s. Certain&#183;es d&#233;gainent une bombe de peinture pour apporter leur touche &#224; une fresque collective arborant le slogan &#171; Pour un football antiraciste et populaire &#187;. D'autres s'affairent &#224; la cantine. &#171; &lt;i&gt;D&#232;s le d&#233;part, le foot &#233;tait un pr&#233;texte de rencontre, adoss&#233; &#224; ce foisonnement d'activit&#233;s&lt;/i&gt;, se rappelle Solen, l'une des organisatrices du tournoi. &lt;i&gt;Versant sport, l'objectif &#233;tait d'organiser des matchs avec une attention aux autres bien plus forte que dans le foot mainstream : rassembler des personnes sur et en dehors du terrain.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;unir des personnes si diff&#233;rentes autour d'un sport comp&#233;titif et tr&#232;s majoritairement masculin n'a pas &#233;t&#233; une mince affaire pour les organisateur&#183;ices, parmi lesquels des membres du BLS 31 &lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour &#171; Bien-&#234;tre, libert&#233; et solidarit&#233; &#187;. Club omnisport mixte cr&#233;&#233; en 2017 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, club h&#244;te de l'&#233;v&#233;nement. Mais malgr&#233; les cernes, les sourires complices disent que la journ&#233;e est une r&#233;ussite, fruit de trois ann&#233;es &#224; tisser deux fois par semaine des liens autour du ballon rond.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Foot-foot-foot populaire, contre les fronti&#232;res !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est en 2019 que l'&#233;quipe de foot a &#233;t&#233; lanc&#233;e. Premi&#232;res esquisses : des flyers avec les horaires d'entra&#238;nement distribu&#233;s &#224; l'occasion d'une r&#233;union organis&#233;e &#224; la Bourse du travail. Sont pr&#233;sents le syndicat local de la CGT-Construction, des camarades r&#233;volutionnaires et des personnes sans-papiers, uni&#183;es pour faire pression sur les patrons afin d'obtenir embauches et r&#233;gularisations. Quelques jours plus tard a lieu le premier entra&#238;nement avec une cinquantaine de copains sans-papiers, deux membres du syndicat et quelques ballons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monter une &#233;quipe de foot, un acte politique ? &#171; &lt;i&gt;Le temps libre arrach&#233; par les luttes au fil de l'histoire a &#233;t&#233; compl&#232;tement abandonn&#233; &#224; la bourgeoisie &#187;&lt;/i&gt;, explique Kevin, &#224; l'initiative de la section de foot &#224; 7 &lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le foot &#224; 7 est d&#233;riv&#233; du football. Plus souple et convivial, il est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Et pour lui, &#171; &lt;i&gt;les valeurs et les id&#233;es se transmettent mieux sur le terrain, par le fait. Sachant qu'on partage aussi plein de moments non sportifs : on organise des bouffes, on danse, on se marre, on regarde des matchs... La solidarit&#233; est rendue possible lorsque des personnes partagent des moments de vie ensemble.&lt;/i&gt; &#187; Et d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;C'est pas des trucs de fous, mais par exemple on essaye d'orienter : l&#224; pour des cours de fran&#231;ais, ici pour une aide juridique pour les papiers ou les contrats de travail.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Le temps libre arrach&#233; par les luttes au fil de l'histoire a &#233;t&#233; compl&#232;tement abandonn&#233; &#224; la bourgeoisie &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je suis arriv&#233; par un camarade d'une permanence juridique. Il m'a parl&#233; de ce club, et je me suis dit &#8220;vas-y, je le tente&#8221;&lt;/i&gt; &#187;, glisse Yass entre deux passements de jambe. Pour lui, le foot r&#233;sonne avec son enfance au Maroc, pieds nus sur la plage, entre potes : &#171; &lt;i&gt;C'est le sport du peuple. Tu peux jouer avec n'importe qui et n'importe o&#249;, pas oblig&#233; d'&#234;tre riche comme au golf. Et le BLS, c'est un club qui accepte vraiment tout le monde.&lt;/i&gt; &#187; Des crampons sont &#224; disposition dans les vestiaires, tandis qu'on paye la licence selon ses moyens, et qu'on joue selon ses envies.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Partager l'espace et le ballon&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; r&#233;cemment, au BLS, le foot se pratiquait en mixit&#233;. Pour bien des mecs, c'est souvent la premi&#232;re occasion de ne pas jouer en &#171; bande &#187; et dans un cadre non comp&#233;titif, alors que beaucoup ont &#233;t&#233; d&#233;go&#251;t&#233;s de leurs ann&#233;es de foot dans des clubs affili&#233;s &#224; la F&#233;d&#233;ration fran&#231;aise de football. L&#224;, rires et encouragements rythment les s&#233;ances au cours desquelles le ballon atterrit fr&#233;quemment au beau milieu des rails derri&#232;re les tribunes. Sur la pelouse caboss&#233;e et sous la lumi&#232;re capricieuse des projecteurs, les entra&#238;nements peuvent &#234;tre pris en charge de mani&#232;re tournante par des personnes qui proposent des ateliers. Mais tout n'est pas rose. Les s&#233;ances se r&#233;sument ainsi souvent &#224; l'encha&#238;nement classique entre &#233;chauffement collectif, balle &#224; dix et match, faute de b&#233;n&#233;voles disponibles pour encadrer la pratique. Pas toujours la meilleure mani&#232;re d'apprendre &#224; faire une passe et &#224; prendre confiance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mixit&#233; de genre, si elle existe et qu'elle est revendiqu&#233;e, a aussi ses limites. &#171; &lt;i&gt;Les entra&#238;nements auxquels sont venues quelques copines ont pu les rebuter&lt;/i&gt; &#187;, se souvient Sarah, qui encha&#238;ne les une-deux depuis la cour de r&#233;cr&#233; et joue dans l'&#233;quipe du BLS depuis trois ans. En r&#233;ponse, elle a mont&#233;, avec d'autres, une section en mixit&#233; choisie dans le but &#171; &lt;i&gt;d'accueillir des personnes &#233;loign&#233;es des terrains et de rendre accessible le foot&lt;/i&gt; &#187;. &#192; l'heure du premier entra&#238;nement, le stress monte : &#171; &lt;i&gt;La nuit d'avant, je n'ai pas dormi. Alors qu'on avait juste lanc&#233; l'info dans les r&#233;seaux, quarante personne se sont point&#233;es ! L&#224;, tu te dis que l'&#233;v&#233;nement que tu organises r&#233;sonne dans la t&#234;te de pas mal de monde.&lt;/i&gt; &#187; Une fois l'intervalle pris, les passes s'encha&#238;nent. Et la pratique diff&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Entre nous, on partage l'espace et le ballon. Avec les mecs, il y a davantage ce c&#244;t&#233; foot perso que j'aime moins.&lt;/i&gt; &#187; Syd, lat&#233;ral droit aux Footeuses de M. &lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;quipe de femmes et personnes trans en foot loisir &#224; 8 du club AS Toulouse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; rencontr&#233; au tournoi, pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;Ces enjeux de confiance en soi et de rapport au corps dans l'espace font qu'il y a plein de personnes qui pr&#233;f&#232;rent pratiquer le sport sans mecs cis pour reprendre confiance en leurs capacit&#233;s physiques hors des rapports de domination.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Droit au but et aux terrains&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La dimension populaire de ce foot est r&#233;elle, mais continue de se heurter au mur de l'accessibilit&#233; des terrains, un enjeu crucial pour garantir la pratique de toutes et tous. Si les crampons du BLS foulent le gazon d'un stade de la SNCF g&#233;r&#233; par ses syndicats, pour d'autres clubs, c'est parfois la croix et la banni&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Une fois sur quatre on devait se friter avec des gars sur place pour pouvoir jouer&lt;/i&gt; &#187;, raconte Syd, &#224; propos de l'&#233;poque o&#249; il s'entra&#238;nait avec l'&#233;quipe queer Footacagoule, le soir, sur des terrains sans r&#233;servation. Avant de rejoindre le BLS, Sarah a pass&#233; trois ans dans l'&#233;quipe des Tropikettes &lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;quipe f&#233;minine du Tropik Club Toulouse, association sportive des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, avec &#224; la cl&#233; une finale de coupe d&#233;partementale, dans des conditions pas vraiment optimales : &#171; &lt;i&gt;On en a eu marre, parce qu'on s'entra&#238;nait sur une partie du terrain des gar&#231;ons, qui n'&#233;tait pas &#233;clair&#233;e, c'&#233;tait dangereux.&lt;/i&gt; &#187;. &#192; la rentr&#233;e, la mairie de Toulouse a voulu rendre payant l'acc&#232;s &#224; ses infrastructures, en particulier pour les clubs non affili&#233;s &#224; certaines f&#233;d&#233;rations de sport amateur. Face &#224; la menace de la mobilisation de milliers d'adh&#233;rent&#183;es, notamment de la FSGT &lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F&#233;d&#233;ration sportive et gymnique du travail, historiquement issue du sport (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, elle a finalement fait machine arri&#232;re. Cette alerte a permis de mettre en lumi&#232;re la pr&#233;carit&#233; mat&#233;rielle de ces clubs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant d'&#233;pisodes qui condamnent le foot populaire &#224; jouer le maintien ? Pas si s&#251;r. Juste avant l'&#233;t&#233;, le BLS a organis&#233; un festival le mettant &#224; l'honneur parmi d'autres sports. En septembre, des mineurs isol&#233;s expuls&#233;s de leur squat sont venus taper le cuir, profiter des douches et se changer les id&#233;es. Les Footeuses de M. pr&#233;parent leurs premiers matchs avec &#171; &lt;i&gt;des entra&#238;nements aux petits oignons&lt;/i&gt; &#187; et la section en mixit&#233; choisie du BLS se p&#233;rennise. &#192; Toulouse et ailleurs, des dizaines d'&#233;quipes s'approprient les pelouses du foot populaire. L&#224; o&#249; la victoire n'est pas le but ultime, mais o&#249; faire du beau jeu, s'amuser et cr&#233;er du lien au quotidien, c'est d&#233;j&#224; une partie du match de gagn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Toto et Maurice&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Squat ouvert en 1993, p&#233;rennis&#233; en 2018 par le biais d'un bail emphyt&#233;otique de 40 ans. Lieu de vie culturelle et politique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sans mecs cisgenre, une personne cisgenre &#233;tant une personne qui se reconna&#238;t dans le genre qui lui a &#233;t&#233; assign&#233; &#224; la naissance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour &#171; Bien-&#234;tre, libert&#233; et solidarit&#233; &#187;. Club omnisport mixte cr&#233;&#233; en 2017 &#224; Toulouse et d&#233;fendant les valeurs du sport populaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le foot &#224; 7 est d&#233;riv&#233; du football. Plus souple et convivial, il est pratiqu&#233; autant dans le handisport que par des personnes valides.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;quipe de femmes et personnes trans en foot loisir &#224; 8 du club AS Toulouse Mirail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;quipe f&#233;minine du Tropik Club Toulouse, association sportive des ultramarins de Toulouse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;F&#233;d&#233;ration sportive et gymnique du travail, historiquement issue du sport ouvrier, &#224; laquelle le BLS est affili&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quand la prison se met &#224; table</title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Homer</dc:creator>


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&lt;p&gt;C'est &#224; Marseille que va bient&#244;t ouvrir le premier restaurant en prison de France accessible au public. Un &#233;tablissement semi-gastronomique qui fleure bon le greenwashing carc&#233;ral tout en se voulant &#171; chantier d'insertion &#187;. Et qui ne risque pas d'am&#233;liorer les conditions de d&#233;tention. &#192; commencer par les probl&#232;mes de nourriture. En prison, la plupart des d&#233;tenus ont un surnom. Lui, trapu, l'air bourru, c'est &#171; le Russe &#187;. Sa passion ? Le jardinage. Avec mille pr&#233;cautions, il arrose (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no213-octobre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;213 (octobre 2022)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est &#224; Marseille que va bient&#244;t ouvrir le premier restaurant en prison de France accessible au public. Un &#233;tablissement semi-gastronomique qui fleure bon le &lt;i&gt;greenwashing&lt;/i&gt; carc&#233;ral tout en se voulant &#171; chantier d'insertion &#187;. Et qui ne risque pas d'am&#233;liorer les conditions de d&#233;tention. &#192; commencer par les probl&#232;mes de nourriture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4794 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/213_tbedar_prison-r_duit.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/213_tbedar_prison-r_duit-44a8e.jpg?1779661602' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Th&#233;o B&#233;dard
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;n prison, la plupart des d&#233;tenus ont un surnom. Lui, trapu, l'air bourru, c'est &#171; le Russe &#187;. Sa passion ? Le jardinage. Avec mille pr&#233;cautions, il arrose chacune des plantes de son dr&#244;le de jardin. Le soleil tape dur et les murs qui encerclent le potager renvoient la chaleur. Apr&#232;s avoir fini d'arroser, voil&#224; qu'il propose ses tomates &#224; la cantonade. &#199;a a quel go&#251;t, une tomate qui a pouss&#233; en prison ? Rouge et ronde, croquante et juteuse, elle ne semble gu&#232;re diff&#233;rer de ses cong&#233;n&#232;res. Il y a pourtant comme un arri&#232;re-go&#251;t...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en sera vraisemblablement de m&#234;me pour les plats qui seront bient&#244;t servis &#224; la client&#232;le du premier restaurant carc&#233;ral hexagonal accessible au public. L'ouverture est pr&#233;vue en octobre au centre p&#233;nitentiaire des Baumettes, &#224; Marseille : un resto semi-gastronomique d'une quarantaine de couverts avec, en cuisine comme en salle, des d&#233;tenus. Le nom est d'un go&#251;t aussi douteux que l'initiative : Les Beaux Mets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur son site web, la table promet une &#171; &lt;i&gt;exp&#233;rience culinaire&lt;/i&gt; &#187; et un &#171; &lt;i&gt; moment savoureux&lt;/i&gt; &#187;. Pas de barreaux aux fen&#234;tres, une vue tr&#232;s partielle sur le reste de la prison et une d&#233;co tout en sobri&#233;t&#233; : il ne faudrait pas que les convives perdent l'app&#233;tit. Mais, on reste en prison. Pour manger aux Beaux Mets, il faudra r&#233;server au plus tard 72 heures &#224; l'avance, le temps que les casiers judiciaires soient pass&#233;s au peigne fin. Et, &#224; l'int&#233;rieur, comme dans toute prison, les poches ne devront contenir ni argent ni t&#233;l&#233;phone. Quant &#224; l'alcool : proscrit.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Chantier d'insertion &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re hexagonale s'inspire d'&#233;tablissements d&#233;j&#224; existants en Italie et en Angleterre. La version fran&#231;aise, &#224; vocation com' p&#233;nitentiaire, se trouvera &#224; la SAS, la &#171; &lt;i&gt; structure d'accompagnement vers la sortie&lt;/i&gt; &#187;. Un quartier exp&#233;rimental visant &#224; &#233;viter les sorties &#171; s&#232;ches &#187; pour la petite centaine de d&#233;tenus en fin de peine qui y sont incarc&#233;r&#233;s. Car Les Beaux Mets se veut aussi &#171; &lt;i&gt;chantier d'insertion&lt;/i&gt; &#187;. La dizaine de d&#233;tenus qui s'activeront en salle comme en cuisine seront en effet form&#233;s (et pay&#233;s, &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt; au Smic horaire) pendant au moins quatre mois par une association, Festin, &#224; l'origine de plusieurs projets m&#234;lant social et cuisine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La brigade s'agitera sous la houlette d'une cheffe pass&#233;e &#8211; excusez du peu &#8211; par les cuisines de G&#233;rald Passedat, le chef du Petit-Nice, la table multi-&#233;toil&#233;e du front de mer marseillais (370 euros la bouillabaisse sans les vins). Aux Beaux Mets, les menus tourneront plus &#171; modestement &#187; autour de 20-30 euros et les plats seront r&#233;alis&#233;s avec des &#171; &lt;i&gt;produits frais, locaux et de saison&lt;/i&gt; &#187;. Un comble, dans un &#233;tablissement o&#249; la nourriture qui est servie d'ordinaire aurait bien du mal &#224; trouver sa place dans le guide Michelin.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; M&#234;me un chien n'en voudrait pas &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La &#171; gamelle &#187; &#8211; comme on appelle le repas servi aux d&#233;tenus &#8211; , porte malheureusement bien son nom. Aux antipodes du trois &#233;toiles. Dans son dernier rapport d'inspection aux Baumettes, en mars 2020, le Contr&#244;leur g&#233;n&#233;ral des lieux de privation de libert&#233; (CGLPL) indiquait en effet que &#171; &lt;i&gt;l'attention [...] a &#233;t&#233; attir&#233;e par des grammages et pr&#233;-conditionnements relativement faibles. &#192; titre d'exemple, une pi&#232;ce de viande de 110 g, une portion de fromage de 20 g, ou un dessert de 100 g. De tels conditionnements [...] peuvent aboutir &#224; des repas insuffisants en quantit&#233;, en particulier pour des d&#233;tenus [...] pratiquant un sport et/ou une activit&#233; r&#233;mun&#233;r&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; En clair, alors qu'aux Beaux Mets certains mettront bient&#244;t les pieds sous la table, aux Baumettes, ceux qui sont enferm&#233;s n'ont pas assez &#224; manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite d'une mission d'inspection du minist&#232;re de la Justice datant de 2019, une &#171; &lt;i&gt; commission restauration&lt;/i&gt; &#187; avait pourtant d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mise en place dans le centre p&#233;nitentiaire. Preuve, si besoin est, qu'il y a quelques soucis. Outre les probl&#232;mes de quantit&#233;, il n'est pas rare que les barquettes en plastique servies de cellule en cellule finissent directement &#224; la poubelle. La raison ? &#171; &lt;i&gt; C'est d&#233;gueulasse ! M&#234;me un chien n'en voudrait pas !&lt;/i&gt; &#187; l&#226;che un d&#233;tenu. Au point qu'un de ses camarades de gal&#232;re a r&#233;dig&#233; un manuel pour &#171; &lt;i&gt;accommoder ou transformer les plats servis&lt;/i&gt; &#187;. Las, visiblement &#231;a ne suffit pas. &#171; &lt;i&gt;J'ai beau savoir cuisiner, souvent, c'est impossible de rattraper ou d'utiliser ce qu'on nous sert&lt;/i&gt; &#187;, rench&#233;rit un cuistot incarc&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, aux Beaux Mets, il se pourrait que des chefs s'invitent pour &#171; &lt;i&gt;signer&lt;/i&gt; &#187; un plat ou animer une &lt;i&gt;masterclass&lt;/i&gt;. La &#171; &lt;i&gt; table bistronomique&lt;/i&gt; &#187; pourrait m&#234;me inscrire &#224; sa carte les fruits et l&#233;gumes produits en prison. Qui, jusqu'&#224; pr&#233;sent, servaient aux d&#233;tenus &#224; am&#233;liorer l'ordinaire. Mais, avis aux gourmets : une tomate qui a pouss&#233; en d&#233;tention, elle a beau &#234;tre rouge et ronde, croquante et juteuse, elle a un go&#251;t amer.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Homer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;De l'air !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pendant que d'un c&#244;t&#233;, la prison fait mine de s'ouvrir, de l'autre, elle n'en finit pas de se refermer. En 2019, la p&#233;nitentiaire &#233;quipe la partie la plus r&#233;cente des Baumettes, nomm&#233;e Baumettes 2, de fen&#234;tres anti-bruit, pour un budget de 1,5 million d'euros. Le dispositif est suppos&#233; r&#233;duire les &#171; &lt;i&gt;nuisances sonores&lt;/i&gt; &#187; d&#233;nonc&#233;es par les riverains. Avec, sans surprise, le relais du Rassemblement national (RN), notamment de la conseill&#232;re municipale et r&#233;gionale &#201;l&#233;onore Bez qui, dans une vid&#233;o, parle de l'&#171; &lt;i&gt;enfer&lt;/i&gt; &#187; que vivent les voisins. Rien que &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probl&#232;me : ces fen&#234;tres emp&#234;chent l'air de circuler. Dans son rapport de visite des Baumettes 2 en mars 2020, le Contr&#244;leur g&#233;n&#233;ral des lieux de privation de libert&#233; (CGLPL) avait alert&#233; sur le sujet des fen&#234;tres anti-bruit. R&#233;ponse du minist&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Un &#233;quipement de soufflerie a &#233;t&#233; install&#233; pour compenser l'effet de &#8220;manque d'air&#8221; induit par le dispositif antibruit. &lt;/i&gt; &#187; Pas suffisant&#8230; Au point que le b&#226;tonnier de Marseille a fait jouer cet &#233;t&#233; son droit de visite : &#171; &lt;i&gt;La plupart des d&#233;tenus que j'ai rencontr&#233;s m'ont dit que, de jour comme de nuit, c'&#233;tait insupportable&lt;/i&gt; &#187;, dira-t-il &#224; la presse locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but ao&#251;t, en r&#233;action, des d&#233;tenues de la maison d'arr&#234;t pour femmes ont d&#233;grad&#233; leurs fen&#234;tres. &#192; la cl&#233;, des sanctions disciplinaires. Fin septembre, elles ont saisi le tribunal administratif pour que soit nomm&#233; en urgence un expert charg&#233; de se prononcer sur les cons&#233;quences de ce dispositif. En attendant la r&#233;ponse du juge, le garde des Sceaux &#201;ric Dupont-Moretti s'est rendu sur place pour annoncer la r&#233;paration des fen&#234;tres, la pose d'un pare-vue sur le mur d'enceinte et des rondes contre les parloirs sauvages&#8230; Autrement dit, pile-poil ce que r&#233;clamait le RN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas fini. Une nouvelle extension des Baumettes est en projet, au sujet de laquelle le magazine &lt;i&gt;TPBM&lt;/i&gt;, sp&#233;cialis&#233; dans le BTP et les travaux publics dans le Sud-Est, ne recule devant aucune obsc&#233;nit&#233; : &#171; Le centre p&#233;nitentiaire des Baumettes 3 rendra ses riverains plus libres &#187;, titre-t-il en ao&#251;t dernier. En effet, &#233;tant donn&#233; les probl&#232;mes de conception des Baumettes 2, la p&#233;nitentiaire a d&#251; revoir sa copie pour &#171; B3 &#187;. Au programme, l'installation de &#171; &lt;i&gt;fen&#234;tres de cellules innovantes&lt;/i&gt; &#187;. L'Observatoire international des prisons ironise : &#171; &lt;i&gt;C'est-&#224;-dire&#8230; des fen&#234;tres qui ne s'ouvrent pas ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au service com' du CGLPL, on soupire que &#231;a pourrait &#234;tre pire. Comme &#224; la prison de Caen, en 2018 : &#171; &lt;i&gt; Il y a avait un probl&#232;me de vis-&#224;-vis, les d&#233;tenus avaient vue sur les cellules des femmes. La solution trouv&#233;e ? Poser des plaques de m&#233;tal aux fen&#234;tres ! &lt;/i&gt; &#187; C'est pour &#231;a qu'on appelle &#231;a la &#171; t&#244;le &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; L'espoir, c'est de d&#233;manteler l'infrastructure de vid&#233;osurveillance &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/L-espoir-c-est-de-demanteler-l</link>
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		<dc:date>2022-10-07T18:34:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>police</dc:subject>
		<dc:subject>Etienne Savoye</dc:subject>
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&lt;p&gt;Au nom de 15 248 personnes, La Quadrature du Net vient de d&#233;poser trois plaintes contre le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur aupr&#232;s de la Cnil. L'audacieux objectif ? Obtenir le d&#233;montage des syst&#232;mes de vid&#233;osurveillance qui prosp&#232;rent aux quatre coins de la France et interdire &#224; la police de recourir &#224; la reconnaissance faciale. Entretien avec F&#233;lix Tr&#233;guer, membre de l'association. Le mail est parti samedi 24 septembre dans la soir&#233;e, de Marseille, en conclusion d'un festival de lutte contre la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/police" rel="tag"&gt;police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye-737" rel="tag"&gt;Etienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/reconnaissance-faciale" rel="tag"&gt;reconnaissance faciale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faciale" rel="tag"&gt;faciale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/reconnaissance" rel="tag"&gt;reconnaissance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/videosurveillance" rel="tag"&gt;vid&#233;osurveillance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Quadrature" rel="tag"&gt;Quadrature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Fichier" rel="tag"&gt;Fichier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parti-samedi" rel="tag"&gt;parti samedi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au nom de 15 248 personnes, La Quadrature du Net vient de d&#233;poser trois plaintes contre le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur aupr&#232;s de la Cnil. L'audacieux objectif ? Obtenir le d&#233;montage des syst&#232;mes de vid&#233;osurveillance qui prosp&#232;rent aux quatre coins de la France et interdire &#224; la police de recourir &#224; la reconnaissance faciale. Entretien avec F&#233;lix Tr&#233;guer, membre de l'association.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4746 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/213_savoye.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH490/213_savoye-0c929.jpg?1779937750' width='500' height='490' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par &#201;tienne Savoye
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e mail est parti samedi 24 septembre dans la soir&#233;e, de Marseille, en conclusion d'un festival de lutte contre la &#171; technopolice &#187;. La destinataire : la Commission nationale de l'informatique et des libert&#233;s (Cnil)&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autorit&#233; administrative ind&#233;pendante cens&#233;e jouer les garde-fous en termes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. L'exp&#233;ditrice ? La principale association de d&#233;fense des libert&#233;s num&#233;riques, La Quadrature du Net&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est elle qui, il y a trois ans, a lanc&#233; la campagne intitul&#233;e &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. En pi&#232;ce jointe : les mandats de 15 248 personnes, missionnant ladite association pour agir en leur nom. L'objet du mail : trois plaintes visant le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambition ? Obtenir de la Cnil qu'elle ordonne &#224; la place Beauvau de mettre un grand stop au d&#233;ploiement sans limite des technologies de surveillance num&#233;rique. Parmi les dispositifs vis&#233;s, on retrouve la reconnaissance faciale (d&#233;j&#224; largement utilis&#233;e au quotidien par les forces de l'ordre) et la vid&#233;osurveillance, qu'il s'agit tout bonnement de faire dispara&#238;tre &#8211; ou presque &#8211; des rues de l'Hexagone !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quinze ans qu'elle ferraille contre l'&#201;tat sur le plan juridique, La Quadrature du Net a connu trop de cuisantes d&#233;faites pour attendre de purs miracles du droit. Mais l'association a aussi remport&#233; plusieurs retentissantes victoires. Alors qui sait ? &#171; &lt;i&gt;Si on continue de jouer ce jeu-l&#224;, c'est parce qu'on pense qu'articul&#233; &#224; d'autres modes d'action, cet outil peut encore avoir son efficacit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, juge en tout cas F&#233;lix Tr&#233;guer, l'un des piliers de l'association. On en parle plus en d&#233;tail avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Quadrature du Net vient de d&#233;poser une s&#233;rie de plaintes collectives contre la &#171; technopolice &#187; aupr&#232;s de la Cnil, en ciblant en particulier la vid&#233;osurveillance. Politiquement, quel est votre objectif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; Ces derni&#232;res ann&#233;es, on a remport&#233; quelques combats sur le plan juridique. Il y a eu, par exemple, l'affaire de la reconnaissance faciale dans les lyc&#233;es &lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2018, la r&#233;gion Paca a voulu lancer une exp&#233;rimentation de portiques &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, qu'on peut consid&#233;rer comme une r&#233;ussite de long terme. Mais le plus souvent, ce sont des victoires temporaires. &#199;a a &#233;t&#233; le cas, typiquement, pour l'usage des drones par la police. On a obtenu, &#224; l'arrach&#233;, plusieurs d&#233;cisions tr&#232;s favorables devant le Conseil d'&#201;tat, ce qui a fortement d&#233;rang&#233; le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur &#8211; la police venait de commander des centaines de drones et de former des pilotes. Mais finalement, &#231;a n'a retard&#233; le processus que d'une douzaine de mois, le temps que le gouvernement fasse adopter par sa majorit&#233; parlementaire aux ordres une loi qui l&#233;galise cet usage technopolicier (bien que l'utilisation des drones par les polices municipales reste pour l'heure interdite).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le meilleur des cas, on r&#233;ussit &#224; cr&#233;er un rapport de forces politique qui fait peur au gouvernement et il d&#233;cide en cons&#233;quence de ne pas tenter de faire adopter telle ou telle disposition, du moins pas dans l'imm&#233;diat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cette plainte collective, il s'agit d'adopter une approche un peu plus offensive : l'espoir, c'est de d&#233;manteler l'infrastructure de vid&#233;osurveillance qui s'est d&#233;velopp&#233;e depuis quinze ans &#224; coups de centaines de millions d'euros d'argent public, si ce n'est de milliards (il n'existe pas de chiffrage global).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Aucune &#233;valuation officielle du rapport co&#251;t/efficacit&#233; de la vid&#233;osurveillance n'a jamais &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e en France, ce qui est en soi scandaleux quand on voit le prix que &#231;a co&#251;te &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une sc&#232;ne m'a marqu&#233; lors de ma visite au salon Milipol &lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Salon professionnel de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure, organis&#233; tous les deux ans &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; l'an dernier : l'un des commerciaux de Genetec, une entreprise canadienne qui vend des syst&#232;mes de visionnage des flux de vid&#233;osurveillance, a expliqu&#233; que la cam&#233;ra est le capteur n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt;1 de la &#171; &lt;i&gt;smart city&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mod&#232;le cauchemardesque de la ville &#171; intelligente &#187; de demain, o&#249; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Et il est vrai qu'il y a plein d'applications qui se greffent &#224; la vid&#233;osurveillance. On le voit bien aujourd'hui avec le d&#233;veloppement de la vid&#233;osurveillance automatis&#233;e, et on le pressent pour demain avec la reconnaissance faciale en direct, coupl&#233;e &#224; des syst&#232;mes de gestion des foules. Tous ces dispositifs s'appuient sur les capteurs vid&#233;o. S'attaquer &#224; ces capteurs-l&#224;, c'est s'attaquer &#224; l'ensemble, ou presque, de la technopolice. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La soci&#233;t&#233; se porterait mieux sans les cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, parce qu'elles monopolisent beaucoup d'argent public qui pourrait aller &#224; la recherche de solutions alternatives pour g&#233;rer les probl&#232;mes de s&#233;curit&#233; et les conflits qui traversent la soci&#233;t&#233; &#8211; on pourrait peut-&#234;tre commencer par se poser la question de comment les r&#233;gler sans la police ? Cet argent pourrait aussi &#234;tre consacr&#233; aux &#233;coles et &#224; plein d'autres choses importantes sous-financ&#233;es dans cette &#233;poque de n&#233;olib&#233;ralisme autoritaire d&#233;brid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, la soci&#233;t&#233; n'irait pas plus mal : si on en croit les quelques rares &#233;tudes ind&#233;pendantes sur la question, la vid&#233;osurveillance ne joue un r&#244;le significatif que dans la r&#233;solution d'un tr&#232;s petit nombre d'affaires (1,2 % &#224; 3 % des affaires selon les &#233;tudes). Quant &#224; son r&#244;le pr&#233;ventif, il est &#224; peu pr&#232;s nul. Pourtant, comme l'a rappel&#233; la Cour des comptes en 2020, aucune &#233;valuation officielle du rapport co&#251;t/efficacit&#233; de la vid&#233;osurveillance n'a jamais &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e en France, ce qui est en soi scandaleux quand on voit le prix que &#231;a co&#251;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe, c'est que les policiers et les responsables politiques continuent de proclamer l'importance de cet outil dans la lutte contre la d&#233;linquance et la criminalit&#233;. Il y a un attachement visc&#233;ral &#224; cette technologie. Et ils trouvent plein d'anecdotes pour la justifier, des cas o&#249; elle a sauv&#233; des gens, o&#249; elle a permis d'&#233;lucider des crimes affreux, etc. Et ce, alors m&#234;me que les quelques rares donn&#233;es impartiales, ind&#233;pendantes, objectives qui ont &#233;t&#233; r&#233;unies sur le sujet am&#232;nent au plus grand scepticisme quant &#224; ces all&#233;gations. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4747 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/zzz213_elias.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/zzz213_elias-647bb.jpg?1779937751' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par &#201;lias
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la premi&#232;re des trois plaintes d&#233;pos&#233;es le 24 septembre, La Quadrature du Net demande, en substance, le d&#233;mant&#232;lement de toutes les cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance install&#233;es par les communes de France. Par quel truchement juridique comptez-vous obtenir gain de cause aupr&#232;s de la Cnil ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; En droit, toute mesure de surveillance mise en place par les autorit&#233;s publiques doit &#234;tre proportionn&#233;e &#224; l'objectif qui lui est assign&#233; ; c'est-&#224;-dire qu'il ne doit pas exister une autre mesure qui permette d'atteindre le m&#234;me objectif tout en &#233;tant moins attentatoire aux libert&#233;s. Chaque mesure de surveillance doit donc &#234;tre clairement justifi&#233;e. Or, les autorisations pr&#233;fectorales d'installation de cam&#233;ras ne font jamais &#233;tat du lien pr&#233;cis entre les futures cam&#233;ras et la finalit&#233; qui justifie leur autorisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce titre qu'en 2018, la cour administrative d'appel de Nantes a jug&#233; disproportionn&#233; le dispositif de vid&#233;osurveillance mis en place &#224; Plo&#235;rmel (Morbihan) : la commune n'avait pas d&#233;montr&#233; en quoi les lieux o&#249; les cam&#233;ras &#233;taient implant&#233;es seraient &#8220;&lt;i&gt;particuli&#232;rement expos&#233;s &#224; des risques d'agression, de vol ou de trafic de stup&#233;fiants&lt;/i&gt;&#8221;, dixit la cour. Par extension, il y a dans cette jurisprudence le rappel fondamental qu'il revient &#224; l'&#201;tat de d&#233;montrer la pertinence et l'efficacit&#233; de la vid&#233;osurveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un raisonnement parfaitement logique sur le plan juridique, mais assez subversif du point de vue politique. Notre id&#233;e &#224; travers cette plainte, c'est donc d'essayer de g&#233;n&#233;raliser cette jurisprudence &#224; l'ensemble du territoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vos deux autres plaintes concernent, plus ou moins directement, la reconnaissance faciale. Vous y contestez en particulier la l&#233;galit&#233; du fichier TAJ (Traitement d'ant&#233;c&#233;dents judiciaires) et du fichier TES (Titres &#233;lectroniques s&#233;curis&#233;s). En quoi sont-ils probl&#233;matiques ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le TAJ, c'est un fichier dont la police se sert pour tout et n'importe quoi. On y trouve non seulement des personnes suspect&#233;es puis condamn&#233;es, mais aussi des personnes innocent&#233;es, de simples t&#233;moins et des victimes. Ce qu'on attaque &#224; travers cette plainte, c'est &#224; la fois le caract&#232;re fourre-tout du fichier et le fait que la police s'en serve pour faire de la reconnaissance faciale de mani&#232;re massive, hors de tout cadre l&#233;gislatif. Il contient plus de 8 millions de photographies. La police peut donc y faire mouliner ses algorithmes, par exemple pour identifier des fiches en lien avec des personnes suspect&#233;es ou dont le visage est apparu sur des images de vid&#233;osurveillance.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Il n'y avait aucun besoin de cr&#233;er une telle base de donn&#233;es centralis&#233;e avec les empreintes faciales, si ce n'&#233;tait pour faire, &#224; terme, de la reconnaissance faciale d'&#201;tat &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quant au fichier TES, cr&#233;&#233; en 2016, il consigne toutes les donn&#233;es, notamment biom&#233;triques, des demandeurs de cartes d'identit&#233; et de passeports. &#192; terme, il va donc contenir les empreintes faciales et digitales de l'ensemble de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la plainte, on l'attaque en arguant qu'il n'y a plus besoin de centraliser toutes ces donn&#233;es parce qu'il y a maintenant des puces biom&#233;triques sur les cartes d'identit&#233;. Comme nous le disions d&#233;j&#224; au moment de la cr&#233;ation du TES, il n'y avait aucun besoin de cr&#233;er une telle base de donn&#233;es centralis&#233;e avec les empreintes faciales, si ce n'&#233;tait pour faire, &#224; terme, de la reconnaissance faciale d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; La Quadrature, nous ne sommes pas pour autant favorables &#224; la carte d'identit&#233; biom&#233;trique, loin de l&#224;. On voit aussi tous les dangers qui d&#233;coulent du fait d'avoir notre empreinte faciale sur une carte d'identit&#233; pouvant &#234;tre utilis&#233;e pour nous identifier par authentification faciale &#8211; raison pour laquelle on a par exemple attaqu&#233; l'exp&#233;rimentation Alicem (le Conseil d'&#201;tat a rejet&#233; notre recours) &lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alicem, acronyme de &#171; Authentification en ligne certifi&#233;e sur mobile &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Mais au moins, d'un point de vue juridique, l'existence de la carte d'identit&#233; biom&#233;trique nous permet de contester le fichier TES en pointant sa disproportion. En l'occurrence, il existe bien une mesure alternative au fichier TES &#8211; un syst&#232;me d&#233;centralis&#233; est moins attentatoire aux libert&#233;s qu'un fichier centralis&#233; &#8211; qui permet de remplir l'objectif de lutte contre la fraude &#224; l'identit&#233;, ce qui &#233;tait le grand argument ayant pr&#233;sid&#233; &#224; la cr&#233;ation du fichier TES en 2016. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Il y a des technologies de surveillance si dangereuses qu'une d&#233;mocratie qui se respecte doit simplement y renoncer, et se refuser &#224; les d&#233;ployer &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis un rapport s&#233;natorial publi&#233; en mai dernier, on sait qu'au cours de l'ann&#233;e 2021, la police et la gendarmerie ont utilis&#233; la reconnaissance faciale plus de 1 680 fois par jour en moyenne. &#192; La Quadrature du Net, vous demandez l'interdiction de cette technique&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, de fait. La reconnaissance faciale fait partie d'une myriade de technologies extr&#234;mement dangereuses et nous savons d'exp&#233;rience que le syst&#232;me juridique sera incapable d'en r&#233;guler v&#233;ritablement les usages. Ce qu'on dit depuis le d&#233;but avec cette campagne &#8220;Technopolice&#8221;, c'est qu'il y a des technologies de surveillance &#8211; et des technologies de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale &#8211; qui sont tellement dangereuses qu'une d&#233;mocratie qui se respecte doit simplement y renoncer, et se refuser &#224; les d&#233;ployer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Autorit&#233; administrative ind&#233;pendante cens&#233;e jouer les garde-fous en termes de respect de la vie priv&#233;e et d'atteinte aux libert&#233;s dans le domaine num&#233;rique, elle fait g&#233;n&#233;ralement preuve d'attentisme quand il s'agit de s'opposer aux vell&#233;it&#233;s de surveillance de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est elle qui, il y a trois ans, a lanc&#233; la campagne intitul&#233;e &#171; Technopolice &#187; (dans laquelle s'inscrivait le festival marseillais), qui vise &#224; alerter sur le d&#233;veloppement tous azimuts des outils de surveillance technologique, notamment dans la gestion de l'environnement urbain. &#192; l'&#233;poque d&#233;j&#224;, nous avions interview&#233; F&#233;lix Tr&#233;guer &#224; ce sujet : &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Felix-Treguer-La-technopolice' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La technopolice progresse partout&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;183 (janvier 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 2018, la r&#233;gion Paca a voulu lancer une exp&#233;rimentation de portiques &#224; reconnaissance faciale &#224; l'entr&#233;e de deux lyc&#233;es. La Cnil et le tribunal administratif de Marseille (saisi par La Quadrature du Net et plusieurs autres organisations) s'y sont finalement oppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Salon professionnel de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure, organis&#233; tous les deux ans &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mod&#232;le cauchemardesque de la ville &#171; intelligente &#187; de demain, o&#249; la multiplication de capteurs et autres outils technologiques est cens&#233;e faciliter la vie quotidienne (l'automobiliste sera inform&#233; &#224; l'avance de la localisation des places de stationnement libre)&#8230; mais aussi la surveillance et le contr&#244;le des foules.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alicem, acronyme de &#171; Authentification en ligne certifi&#233;e sur mobile &#187;, &#233;tait une application pour smartphone permettant &#224; l'utilisateur de prouver son identit&#233; en ligne par reconnaissance faciale. Apr&#232;s une phase d'exp&#233;rimentation, sa g&#233;n&#233;ralisation, annonc&#233;e pour fin 2020, a finalement &#233;t&#233; abandonn&#233;e. En mati&#232;re d'authentification de l'identit&#233; en ligne, les plans du gouvernement et des industriels se concentrent d&#233;sormais sur la carte d'identit&#233; &#233;lectronique, lanc&#233;e &#224; l'&#233;t&#233; 2021, en lien avec des initiatives en cours au niveau de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kamel Daoudi : enferm&#233; dehors</title>
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		<dc:date>2022-09-30T11:13:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Etom</dc:creator>


		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>Kamel Daoudi</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Lib&#233;r&#233; de prison en 2008 apr&#232;s avoir &#233;t&#233; condamn&#233; pour &#171; association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste &#187; islamiste, Kamel Daoudi est, depuis, assign&#233; &#224; r&#233;sidence. On a &#233;chang&#233; avec lui &#224; l'occasion de la parution de son livre Je suis libre... dans le p&#233;rim&#232;tre qu'on m'assigne (&#201;ditions du bout de la ville, mai 2022). Cela fait vingt et un ans que Kamel Daoudi est enferm&#233;. D'abord, sept ans de d&#233;tention (dont quatre de pr&#233;ventive), puis quatorze &#224; l'air libre, mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lib&#233;r&#233; de prison en 2008 apr&#232;s avoir &#233;t&#233; condamn&#233; pour &#171; association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste &#187; islamiste, Kamel Daoudi est, depuis, assign&#233; &#224; r&#233;sidence. On a &#233;chang&#233; avec lui &#224; l'occasion de la parution de son livre &lt;i&gt;Je suis libre... dans le p&#233;rim&#232;tre qu'on m'assigne&lt;/i&gt; (&#201;ditions du bout de la ville, mai 2022).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4733 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd_212_victor_cqfdkamel1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH386/cqfd_212_victor_cqfdkamel1-21d48.jpg?1779696456' width='500' height='386' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Victor
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;ela fait vingt et un ans que Kamel Daoudi est enferm&#233;. D'abord, sept ans de d&#233;tention (dont quatre de pr&#233;ventive), puis quatorze &#224; l'air libre, mais avec interdiction de quitter une zone d&#233;limit&#233;e par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur : il est assign&#233; &#224; r&#233;sidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on lui reproche ? En 2001, &#171; &lt;i&gt;je me suis retrouv&#233; bien malgr&#233; moi dans l'affaire dite &#8220;du projet d'attentat contre l'ambassade des &#201;tats-Unis &#224; Paris&#8221; ou &#8220;affaire Beghal&#8221;&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit-il d&#232;s les premi&#232;res pages de son livre &lt;i&gt;Je suis libre... dans le p&#233;rim&#232;tre qu'on m'assigne &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tr&#232;s actif sur les r&#233;seaux sociaux, Kamel Daoudi y trouve un peu d'ouverture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, paru aux &#201;ditions du bout de la ville en mai dernier. &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r, j'ai toujours ni&#233; un quelconque projet d'attentat&lt;/i&gt;, se d&#233;fend-t-il.&lt;i&gt; Mais &lt;/i&gt;[en 2005]&lt;i&gt; j'ai &#233;cop&#233; malgr&#233; tout de six ans de prison ferme, d'une interdiction d&#233;finitive du territoire fran&#231;ais prononc&#233;s par la cour d'appel de Paris pour &#8220;association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste&#8221; et on m'a retir&#233; la nationalit&#233; fran&#231;aise acquise par naturalisation &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233; en Alg&#233;rie en 1974, Kamel Daoudi est arriv&#233; en France &#224; l'&#226;ge de 5 ans.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de deux d&#233;cennies plus tard, alors qu'il a purg&#233; sa peine, l'&#201;tat fran&#231;ais ne cesse de trouver de nouvelles strat&#233;gies pour continuer &#224; le contraindre. Le 22 juin dernier, la cour d'appel de Paris &#233;tait appel&#233;e &#224; statuer sur une requ&#234;te en rel&#232;vement de son interdiction d&#233;finitive du territoire fran&#231;ais, cens&#233;e &#233;valuer le sens de son assignation &#224; r&#233;sidence. Cette fois, ce sont de fantomatiques liens avec l'&#171; ultra-gauche &#187; qui lui sont reproch&#233;s &#224; l'audience : Kamel Daoudi a en effet co-sign&#233; une tribune pour la lib&#233;ration de Libre Flot (arr&#234;t&#233; en 2020 et accus&#233; d'avoir constitu&#233; sur le sol fran&#231;ais un &#171; groupe clandestin arm&#233; &lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet :&#171; Ce sont mes opinions politiques qu'on essaie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;) et apport&#233; son soutien sur Twitter au m&#233;dia &lt;i&gt;Nantes r&#233;volt&#233;e&lt;/i&gt;, menac&#233; de dissolution par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur &lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire : &#171; En annon&#231;ant vouloir dissoudre Nantes r&#233;volt&#233;e, &#8220;ce gouvernement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kamel Daoudi, qui a pour habitude de se pr&#233;senter comme un &#171; Sisyphe des temps modernes &#187; tant sa situation r&#233;v&#232;le l'absurdit&#233; d'un syst&#232;me qui s'acharne, a bien voulu d&#233;cortiquer dans nos pages sa situation kafka&#239;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s un long s&#233;jour en prison, tu as &#233;t&#233; assign&#233; &#224; r&#233;sidence. Quelle diff&#233;rence fais-tu entre ces deux r&#233;gimes de privation de libert&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; en 2001 et en six ans et neuf mois, j'ai &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233; dans &#224; peu pr&#232;s vingt-cinq prisons diff&#233;rentes. Comme j'avais le statut de &#8220;d&#233;tenu particulier signal&#233;&#8221; (DPS), j'&#233;tais chang&#233; d'&#233;tablissement en moyenne tous les trois mois. Parfois, je restais juste quelques jours. Au total, sur toute la dur&#233;e de ma d&#233;tention, j'ai pass&#233; pas loin de quatre ans en quartier d'isolement. Sans compter qu'en 2009, j'ai &#233;t&#233; r&#233;incarc&#233;r&#233; quatre mois et demi pour &#234;tre sorti du p&#233;rim&#232;tre d'assignation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je suis assign&#233; &#224; r&#233;sidence depuis plus de quatorze ans. Pour moi, avec l'assignation, c'est comme si on partait du principe que je suis irr&#233;cup&#233;rable, que je ne ferai plus jamais partie de la soci&#233;t&#233;. L'institution consid&#232;re que j'en refuse les r&#232;gles et que la seule fa&#231;on de me neutraliser, c'est de me mettre hors du temps et hors de l'espace. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu te souviens de la journ&#233;e du 24 avril 2008, date &#224; laquelle ton assignation a d&#233;but&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En fait, c'est plus pr&#233;cis&#233;ment dans la nuit du 24 au 25 avril 2008. Je sors de prison le 21 avril. Puis, je suis conduit &#224; la pr&#233;fecture de Paris. On m'informe que je dois quitter le territoire. On me transf&#232;re alors au centre de r&#233;tention administrative de Vincennes (Val-de-Marne). Le projet du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur et du gouvernement fran&#231;ais, c'est de m'expulser vers l'Alg&#233;rie. Mais l&#224;-bas, je risque de refaire de la prison puisqu'un individu peut y &#234;tre condamn&#233; &#224; nouveau pour des faits pour lesquels il a d&#233;j&#224; purg&#233; une peine. L'autre risque, c'est que je subisse des traitements d&#233;gradants et inhumains, allant &#224; l'encontre de la Convention europ&#233;enne des droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu de temps avant, j'avais fait une demande aupr&#232;s de la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme (CEDH) pour ne pas &#234;tre expuls&#233; vers l'Alg&#233;rie. En attendant que la Cour tranche, elle demande &#224; la France de suspendre mon expulsion. Comme on ne peut pas m'expulser, on me dit : &lt;i&gt;&#8220;Vous allez aller &#224; Aubusson dans les prochaines heures.&#8221;&lt;/i&gt; Je suis assign&#233; &#224; r&#233;sidence. J'ai &#224; peine le temps de passer chez mes parents que je me retrouve &#224; faire le trajet avec mon fr&#232;re entre la r&#233;gion parisienne et cette petite ville de la Creuse, de nuit pour arriver &#224; temps pour le premier pointage &#224; la gendarmerie, &#224; 8 h 45. J'aurai deux pointages &#224; faire par jour. Le premier &#224; 8 h 45, le deuxi&#232;me &#224; 17 h 45. L'&#201;tat m'assigne pour r&#233;sidence une chambre d'h&#244;tel, en bordure de la ville. Les premiers jours, je suis un peu en stress. Je viens de sortir de prison, j'&#233;tais en quartier d'isolement et me voil&#224; en pleine campagne. Je me demande pourquoi on m'a emmen&#233; dans un bled paum&#233;. Et &#224; la fois, je vis &#231;a presque comme un luxe. Je passe d'une cellule minuscule &#224; une &#233;tendue de vert, avec des vaches partout. C'est une esp&#232;ce de petit bonheur. Mais &#231;a, c'est parce que je ne sais pas encore ce que c'est que l'assignation &#224; r&#233;sidence. Je vais vite comprendre que ce n'est pas du tout une situation enviable, que c'est au contraire un pi&#232;ge bien aff&#251;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4734 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd_212_victor_kamel2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH922/cqfd_212_victor_kamel2-59c5a.jpg?1779696457' width='500' height='922' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Victor
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; quel moment tu le comprends ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au d&#233;but, je suis assez optimiste. Surtout parce que je rencontre rapidement celle qui va devenir ma compagne. Je sors de prison et dans mon malheur, je vis une histoire d'amour. Je suis un peu sur un nuage. L&#224; o&#249; je vais comprendre que les choses vont durer, c'est quand le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur demande &#224; ma femme de faire une attestation sur l'honneur pour d&#233;clarer que c'est elle qui prendra d&#233;sormais en charge mon h&#233;bergement. Ils avaient fait une enqu&#234;te et avaient constat&#233; que je ne dormais plus &#224; l'h&#244;tel mais chez ma compagne. Je comprends que mes faits et gestes sont surveill&#233;s. Que le chemin ne va pas &#234;tre facile. Que c'est une course de fond.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Je comprends que mes faits et gestes sont surveill&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Autre &#233;l&#233;ment : &#224; ce moment, les autorit&#233;s fran&#231;aises esp&#232;rent toujours voir se concr&#233;tiser l'interdiction d&#233;finitive du territoire fran&#231;ais &lt;i&gt;[prononc&#233;e en 2005]&lt;/i&gt;. Sauf que le 3 d&#233;cembre 2009, la CEDH rend sa d&#233;cision et s'oppose &#224; mon expulsion vers l'Alg&#233;rie. En fait, je me retrouve interdit de territoire tout en &#233;tant inexpulsable ! Et l&#224;, je comprends que la situation va durer un moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve que cette d&#233;cision tombe un jour particulier. Ce 3 d&#233;cembre, on est en plein hiver, les routes sont enneig&#233;es. Ma femme est enceinte de huit mois, elle doit se rendre &#224; Limoges, &#224; 90 km d'Aubusson, pour une &#233;chographie. Je prends la d&#233;cision de l'accompagner. Sur la route, on est arr&#234;t&#233;s &#224; 18 km d'Aubusson : on se trouve en dehors du p&#233;rim&#232;tre d'assignation. On comprend qu'on a &#233;t&#233; pris en filature. Je suis alors plac&#233; en garde &#224; vue, le procureur me poursuit pour non-respect de mon assignation. Je suis finalement condamn&#233; &#224; six mois de prison et incarc&#233;r&#233; &#224; 450 km de mon foyer. Je ne serai pas pr&#233;sent pour la naissance de mon enfant. Apr&#232;s quatre mois et demi au centre p&#233;nitentiaire de Vivonne (Vienne), une fois de plus comme DPS, les autorit&#233;s fran&#231;aises &#233;tudient de nouveau la possibilit&#233; de m'expulser mais &#231;a tombe &#224; l'eau. &#192; ma sortie de d&#233;tention, on m'envoie alors en Haute-Marne. C'est, bien s&#251;r, pour m'&#233;loigner de ma compagne qui vit toujours &#224; Aubusson : l'id&#233;e qu'elle ait pu tenter de me faire &#233;vader le jour o&#249; nous sommes all&#233;s &#224; l'h&#244;pital ne leur sort pas de la t&#234;te. Je suis conduit dans un petit village qui s'appelle Longeau-Percey, dont on peut au moins retenir qu'il a &#233;t&#233; le lieu d'une bataille pendant la guerre de 1870 contre les Prussiens... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu auras visit&#233; la France...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai connu sept lieux d'assignation &#224; r&#233;sidence. Aubusson, Longeau-Percey, Fayl-Billot dans la Haute-Marne toujours, Lacaune et Carmaux dans le Tarn, Saint-Jean-d'Ang&#233;ly en Charente-Maritime et Aurillac, dans le Cantal, o&#249; je vis encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y suis depuis trois ans. J'ai d'abord v&#233;cu &#224; l'h&#244;tel (je ne compte pas le nombre d'h&#244;tels dans lesquels j'ai habit&#233;...) et maintenant, depuis mai 2019, dans un appartement. Il est lou&#233; par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, je suis donc son sous-locataire ! C'est bien pratique, ils font ce qu'ils veulent, ils n'ont pas besoin de saisir le pr&#233;fet ou qui que ce soit pour faire une perquisition par exemple. Le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur se charge de payer le loyer et les charges, mais je n'ai droit &#224; rien, pas m&#234;me au revenu de solidarit&#233; active (RSA). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ton livre, tu &#233;cris : &#171; &lt;i&gt;L'assign&#233; &#224; r&#233;sidence doit analyser le moindre geste banal pour un individu libre afin de d&#233;terminer s'il est r&#233;alisable dans les limites d'espace et de temps qui lui sont imparties&lt;/i&gt; &#187;... Tu peux revenir sur cette notion de temps et d'espace ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai l'impression que finalement, mon quotidien est un jour sans fin. C'est-&#224;-dire que j'ai l'impression de vivre la m&#234;me journ&#233;e depuis le 24 avril 2008. La routine vient happer ce qui fait la singularit&#233; de chaque journ&#233;e. Elle est extr&#234;mement d&#233;l&#233;t&#232;re et finit par broyer. Il y a une expression qui dit :&lt;i&gt;&#8220;Les jours se suivent et se ressemblent.&#8221;&lt;/i&gt; Cette expression caract&#233;rise l'assignation &#224; r&#233;sidence et je pousserais m&#234;me l'expression plus loin en disant : &lt;i&gt;&#8220;Le jour se suit et se ressemble.&#8221;&lt;/i&gt; Ce qui va ponctuer cette journ&#233;e qui semble infinie, ce ne sont ni le soleil ni la lune, ni le jour ni la nuit mais les pointages. Ce sont eux qui organisent le temps. Tant&#244;t, il s'acc&#233;l&#232;re &#224; l'approche des pointages, tant&#244;t il est tr&#232;s coulant, un peu sirupeux. Une seconde peut &#234;tre une heure et une heure peut valoir une seconde, donc forc&#233;ment &#231;a cr&#233;e un d&#233;calage. Surtout avec ma famille, avec mes enfants qui vivent &#231;a. Ils vivent un rapport au temps normal pendant les cinq jours de la semaine et quand ils viennent me voir le week-end, ils sont plong&#233;s dans une 4e dimension o&#249; le temps n'a plus tout &#224; fait la m&#234;me valeur.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai l'impression de vivre la m&#234;me journ&#233;e depuis le 24 avril 2008.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ma femme et mes enfants vivent ainsi l'assignation &#224; r&#233;sidence chaque week-end et pendant les vacances. Le trajet du vendredi soir, que ma compagne fait pour venir me voir et qui dure 2 heures 30, elle l'utilise pour s'adapter &#224; moi, un peu comme un &lt;i&gt;jetlag&lt;/i&gt; quoi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elle est l&#224;, ma femme m'accompagne pour les pointages. L'espace est aussi limit&#233; donc tr&#232;s vite, on voit les choses possibles et celles qui ne le sont pas : toutes les activit&#233;s familiales, on les fait dans la limite de la commune. C'est une forme de solidarit&#233;, une mani&#232;re de dire qu'on est sur le m&#234;me bateau. Aller au cin&#233;ma par exemple, ce n'est pas envisageable, ou alors c'est compliqu&#233;. On ne peut pas choisir le film qu'on veut, il faut trouver une s&#233;ance intercalable entre les pointages. C'est pareil pour tout. &#192; un moment, j'ai eu quatre pointages quotidiens, j'avais &#224; peine le temps de quitter le commissariat qu'il fallait y retourner. Avec quatre pointages, tu n'as plus de vie. C'est extr&#234;mement stressant, il faut toujours regarder la montre. Et puis, il y a aussi le couvre-feu de 21 heures &#224; 7 heures du matin, auquel je suis toujours soumis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De ce v&#233;cu, tu as tir&#233; ton livre...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai toujours eu un rapport &#224; l'&#233;criture assez intime. Mon p&#232;re &#233;tant illettr&#233;, je lui servais un peu de secr&#233;taire quand il y avait des d&#233;marches &#224; faire. Apr&#232;s, on peut dire que j'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire en prison &lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a notamment &#233;crit pour le journal anticarc&#233;ral L'Envol&#233;e.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. C'est l&#224; que j'ai manifest&#233; un int&#233;r&#234;t pour l'&#233;criture. D&#233;j&#224; parce que j'avais beaucoup de temps. J'ai pour habitude de dire que c'est d'ailleurs la seule chose de libre qu'on a en prison : le temps. &#201;crire est une mani&#232;re de s'&#233;chapper. Une mani&#232;re d'&#234;tre un peu libre, de se construire un espace qui soit adapt&#233; &#224; ses d&#233;sirs, &#224; ses perceptions et pour essayer de le partager avec d'autres personnes, &#224; l'ext&#233;rieur. Je faisais des textes assez courts parce que la prison, c'est un monde o&#249; il est difficile de d&#233;velopper des id&#233;es, surtout vu les conditions d&#233;l&#233;t&#232;res dans lesquelles je me trouvais &#224; l'isolement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a faisait un petit moment que je pensais &#224; &#233;crire un livre. Mais &#233;crire un truc li&#233; intimement &#224; mon v&#233;cu ou &#224; mon quotidien, eh bien, &#231;a me rappelait ma condition en fait. C'&#233;tait un peu une double peine, quoi. Ma femme et moi, on a quand m&#234;me r&#233;fl&#233;chi &#224; comment on pouvait faire comprendre un peu plus ce qu'on vivait. On a fini par se dire qu'il fallait poser quelque chose. Et pour &#231;a, la chose la plus simple et qui existe depuis des lustres, c'&#233;tait d'&#233;crire un livre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Etom&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tr&#232;s actif sur les r&#233;seaux sociaux, Kamel Daoudi y trouve un peu d'ouverture sur le monde et y publie des billets d'humeur : son livre rassemble des textes &#233;crits ces derni&#232;res ann&#233;es. Il y d&#233;crit aussi sa lutte quotidienne et analyse le dispositif d'assignation &#224; r&#233;sidence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;N&#233; en Alg&#233;rie en 1974, Kamel Daoudi est arriv&#233; en France &#224; l'&#226;ge de 5 ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet :&#171; Ce sont mes opinions politiques qu'on essaie de criminaliser &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;210 (juin 2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire : &#171; En annon&#231;ant vouloir dissoudre Nantes r&#233;volt&#233;e, &#8220;ce gouvernement s'attaque &#224; la libert&#233; d'expression&#8221;, &lt;i&gt;Basta !&lt;/i&gt; (27/01/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il a notamment &#233;crit pour le journal anticarc&#233;ral &lt;i&gt;L'Envol&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>C&#233;vennes : tiens, voil&#224; du bidasse !</title>
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		<dc:creator>&#201;. Minasyan</dc:creator>


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&lt;p&gt;Des mois de mobilisation n'y auront rien fait : &#224; Saint-Jean-du-Gard, dans les C&#233;vennes, plusieurs hectares de terres agricoles viennent d'&#234;tre vendus &#224; la L&#233;gion &#233;trang&#232;re. Quatre militants reviennent sur cette lutte, qui a reconduit la distance entre &#171; n&#233;os &#187; et &#171; locaux &#187;. Saint-Jean-du-Gard est &#224; une heure au nord-ouest de N&#238;mes (Gard). C'est le sud des C&#233;vennes ; l'&#233;t&#233;, le soleil brille et les touristes affluent. On est sur les routes parcourues par Stevenson avec son &#226;nesse (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no212-septembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;212 (septembre 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bannieres-18227" rel="tag"&gt;Banni&#232;res&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des mois de mobilisation n'y auront rien fait : &#224; Saint-Jean-du-Gard, dans les C&#233;vennes, plusieurs hectares de terres agricoles viennent d'&#234;tre vendus &#224; la L&#233;gion &#233;trang&#232;re. Quatre militants reviennent sur cette lutte, qui a reconduit la distance entre &#171; n&#233;os &#187; et &#171; locaux &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4704 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd_212_mehrakeghods_iillustration_1-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/cqfd_212_mehrakeghods_iillustration_1-2-ed55c.jpg?1779696458' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Mehrake Ghodsi
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;aint-Jean-du-Gard est &#224; une heure au nord-ouest de N&#238;mes (Gard). C'est le sud des C&#233;vennes ; l'&#233;t&#233;, le soleil brille et les touristes affluent. On est sur les routes parcourues par Stevenson avec son &#226;nesse Modestine, au c&#339;ur du pays camisard &lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Louis Stevenson, Voyage avec un &#226;ne dans les C&#233;vennes, 1879.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. L'accueil paysan et les campings &#233;colos font flor&#232;s. L'hiver, en revanche, l'&#233;conomie locale entre en hibernation, repli&#233;e sur ses 2 400 habitants permanents. On s'aper&#231;oit alors que, derri&#232;re la fa&#231;ade touristique, la bourgade est pauvre. Le taux de ch&#244;mage &#233;tait en 2019 de 23 %, contre une moyenne nationale de 8 %. J'ai v&#233;cu ici un peu moins d'une ann&#233;e, il y a trois ans de &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne dernier, une rumeur court : la L&#233;gion &#233;trang&#232;re serait sur le point d'acqu&#233;rir la ferme de Banni&#232;res et ses 12 hectares de terrain. Une grande partie du foncier de ce mas, en vente depuis trois ans, est pourtant compos&#233;e de terres agricoles, et c'est la Safer qui sert d'interm&#233;diaire pour la transaction &lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Soci&#233;t&#233;s d'am&#233;nagement foncier et d'&#233;tablissement rural (Safer), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Irait-elle les attribuer au 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;giment &#233;tranger d'infanterie (REI) ? Cela para&#238;t incroyable mais, au printemps, la presse locale confirme la rumeur : la vente est en passe d'&#234;tre finalis&#233;e. Les militants sonnent alors le branle-bas de combat pour tenter de contrer ce projet, avec pour mot d'ordre : &#171; &lt;i&gt;Non &#224; la militarisation des C&#233;vennes !&lt;/i&gt; &#187; C'est le d&#233;but d'une mobilisation qui va scander la vie du village jusqu'&#224; l'annonce officielle de la vente, le 7 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#192; l'automne dernier, une rumeur court : la L&#233;gion &#233;trang&#232;re serait sur le point d'acqu&#233;rir la ferme de Banni&#232;res et ses 12 hectares de terrain.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui s'est jou&#233; dans cette lutte et pourquoi a-t-elle &#233;chou&#233; ? Pour reconstituer ces trois mois et quelque de mobilisation et en tirer un bilan provisoire, j'ai propos&#233; &#224; des camarades de Saint-Jean de se r&#233;unir et de parler. Ils sont quatre, fortement impliqu&#233;s dans la lutte. Jorge &lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; est un ancien ouvrier agricole, lecteur de Machiavel ; Jim, b&#233;n&#233;vole dans une association culturelle, travaille au noir dans le b&#226;timent, tout comme Jacques ; quant &#224; Jules, il est pion au coll&#232;ge. Personne n'est du cru, tout le monde a la trentaine grosse ou petite et une formation politique dans des milieux plut&#244;t radicaux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les citoyens de gauche contre l'arm&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'annonce officielle du projet d'installation, &#171; &lt;i&gt;on a appel&#233; &#224; une r&#233;union d'information pour le 26 mars&lt;/i&gt;, commence Jim.&lt;i&gt; Elle a r&#233;uni une soixantaine de personnes. Il y avait l&#224; tout un tas de gens li&#233;s aux milieux associatifs et &#224; la Conf' &lt;/i&gt;[la Conf&#233;d&#233;ration paysanne]&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187; Depuis les ann&#233;es 1960, les C&#233;vennes ont attir&#233; des vagues de n&#233;o-ruraux, souvent de sensibilit&#233; &#233;colo-gauchisante : c'est la base naturelle d'une mobilisation contre une implantation militaire. Mais cette fois-ci, il y a un os dans le potage : les vendeurs de la ferme de Banni&#232;res sont eux-m&#234;mes &#224; la Conf, ce sont des &#171; n&#233;os &#187; de gauche tr&#232;s impliqu&#233;s dans la vie associative locale. Jim : &#171; &lt;i&gt; On a constat&#233; avec surprise que beaucoup de gens pr&#233;sents &#224; la r&#233;union ne voulaient pas d'une opposition tranch&#233;e. Ils insistaient sur le fait que les agriculteurs qui vendaient la ferme avaient bien droit &#224; une retraite d&#233;cente, et que le projet visait seulement &#224; &#233;tablir un camp de repos pour les l&#233;gionnaires.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un camp de repos ? &#171; &lt;i&gt; D&#232;s le d&#233;but, on a compris qu'y croyaient ceux qui voulaient y croire &lt;/i&gt; &#187;, explique Jacques. Une plaquette de pr&#233;sentation de l'installation &#171; agricole &#187; du 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; REI, produite par l'arm&#233;e, annonce la couleur : &#171; &lt;i&gt;entra&#238;nements &#224; pied dans le pays c&#233;venol&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;et &#171; &lt;i&gt;combat &#224; pied en zone bois&#233;e&lt;/i&gt; &#187; sont au menu. Et d&#233;j&#224; les bruits de bottes se rapprochent : trois jours avant la premi&#232;re assembl&#233;e, le 23 mars, &#171; &lt;i&gt;600 l&#233;gionnaires se sont balad&#233;s dans la vall&#233;e de Saint-Jean. Ensuite ils ont parad&#233; dans le bourg, ont nettoy&#233; les armes dans la rue, tout le tintouin&lt;/i&gt; &#187;, raconte Jacques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 avril, une nouvelle assembl&#233;e d&#233;cide de cr&#233;er un collectif, qui prend pour nom &#171; Vall&#233;es c&#233;venoles d&#233;militaris&#233;es &#187;. Il va se constituer en organe de lutte unitaire et rassembler chaque semaine entre vingt et trente personnes. Au programme, dans un premier temps : ratisser large. La part belle est faite &#224; l'argumentaire selon lequel la venue des militaires va nuire au cadre de vie mais aussi aux affaires locales, les troufions risquant de faire fuir les touristes. &#171; &lt;i&gt;On a suivi dans ce cadre qui jouait l'&#8220;unitaire&#8221; &#224; fond, mais &#231;a ne nous satisfaisait &#233;videmment pas&lt;/i&gt;, pr&#233;cise Jim.&lt;i&gt; On l'a fait parce qu'on avait, je crois, l'espoir d'aboutir &#224; une sorte de mobilisation populaire, qui brasserait, avec un vrai ancrage local.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours du mois d'avril, diverses organisations rejoignent la mobilisation, parmi lesquelles Attac, ou encore le petit syndicat agricole Modef (Mouvement de d&#233;fense des exploitants familiaux), qui s'implique fortement. Le collectif lance alors un appel &#224; manifester pour le 8 mai. Ce jour-l&#224;, une marche part de Saint-Jean pour rejoindre le col Saint-Pierre qui surplombe la ferme de Banni&#232;res. Elle r&#233;unit 300 personnes. Les journalistes sont pr&#233;sents ; au col, les repr&#233;sentants des orgas se livrent &#224; des prises de parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois cents : le nombre, au regard de la population du pays c&#233;venol, n'est pas ridicule. Pourtant, selon Jorge, le compte n'y est pas : &#171; &lt;i&gt;Le 8 mai, ce sont surtout des n&#233;os qui sont venus &#224; la manifestation. L'objectif de ratisser large n'a pas fonctionn&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Jim pr&#233;cise :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;Mobiliser largement et localement, cela impliquait de d&#233;passer les clivages habituels. Or l&#224;, on constate que l'entre-soi est large, mais que &#231;a reste un entre-soi.&lt;/i&gt; &#187; Par ailleurs, ajoute Jacques, &#171; &lt;i&gt;juste apr&#232;s la manif, on a re&#231;u un mail d'un type qui se pr&#233;sentait comme le repr&#233;sentant des trois campings du coin. Ils nous informait que les mecs s'&#233;taient r&#233;unis et qu'ils avaient d&#233;cid&#233; d'une position commune, qui &#233;tait : oui au projet.&lt;/i&gt; &#187; La propagande bas&#233;e sur un impact n&#233;gatif sur le tourisme n'avait pas trouv&#233; sa cible.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Safer contre les paysans&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pas de massification locale, pas de forces pour appuyer une dynamique de type zadiste, pas de soutien des campings : la massification unitaire a du plomb dans l'aile. C'est l'occasion d'un virage dans la lutte, qui &#171; &lt;i&gt;enfin&lt;/i&gt; &#187; va produire un antagonisme concret : les membres du collectif choisissent de cibler la Safer, responsable de l'attribution des terres &#224; l'arm&#233;e. Deux rassemblements sont organis&#233;s, l'un devant les locaux de la Safer &#224; N&#238;mes (8 juin), l'autre devant ceux de la chambre d'agriculture &#224; Al&#232;s (28 juin). &#199;a bataille sur la question des terres agricoles du site, que la L&#233;gion est suppos&#233;e louer &#224; un agriculteur, et, toujours, sur celle de l'usage militaire des terres (repos &lt;i&gt;or not&lt;/i&gt; repos). Mais surtout, explique Jorge, &#171; &lt;i&gt;c'est l'occasion d'aborder de mani&#232;re plus large l'enjeu de l'acc&#232;s aux terres &lt;/i&gt; &#187;. Car si la soldatesque a emport&#233; l'achat de la ferme de Banni&#232;res, c'est d'abord parce qu'elle y a mis le prix : 550 000 euros, rubis sur l'ongle. Les vendeurs avaient re&#231;u des propositions &#224; 400 000 et les avaient r&#233;cus&#233;es ; de son c&#244;t&#233;, la Safer avait soutenu le prix de vente exig&#233; par les vendeurs alors qu'elle avait la possibilit&#233; d'imposer une baisse. &#171; &lt;i&gt;En surestimant les prix de vente, [la Safer] contribue &#224; &#233;vincer les projets agricoles au profit d'activit&#233;s non agricoles et de r&#233;sidences secondaires&lt;/i&gt; &#187;, pointe un tract.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de cette deuxi&#232;me phase de la lutte, alors que l'id&#233;e est d'imposer un rapport de forces &#224; l'organisme pour qu'il revienne sur sa d&#233;cision d'attribution, la Conf &#171; r&lt;i&gt;&#233;v&#232;le son triste visage de cogestionnaire&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;elle soutenait officiellement la mobilisation contre la Safer tout en y si&#233;geant&lt;/i&gt;, explique Jim&lt;i&gt;. Elle n'a auparavant rien fait pour emp&#234;cher l'attribution de la ferme &#224; la L&#233;gion, alors qu'elle avait vu la plaquette o&#249; il &#233;tait question des entra&#238;nements. Maintenant, son repr&#233;sentant pr&#233;tendait vouloir &#8211; encore &#8211; imposer que &#231;a se limite &#224; un centre de repos. &lt;/i&gt; &#187; Les repr&#233;sentants de la Safer temporisent, font des promesses et protestent de leur droiture mais le rapport de forces reste insuffisant : la presse locale r&#233;v&#232;le le 7 juillet que la vente a bien &#233;t&#233; finalis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'unit&#233; contre la lutte&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La lutte, ou du moins une phase de celle-ci, se cl&#244;t donc sur une d&#233;faite. La ferme a bien &#233;t&#233; vendue &#224; la L&#233;gion, et cela, insiste Jorge, &#171; &lt;i&gt;sans opposition massive&lt;/i&gt; &#187;. C'est d'abord sur ce dernier point, abonde Jules, que porte la d&#233;ception. Demeure la tentative : &#171; &lt;i&gt;T'es sur un village et tu te retrouves &#224; construire une activit&#233; commune tourn&#233;e vers le refus avec des gens qui ne sont pas tes potes&lt;/i&gt;, relativise Jim. &lt;i&gt;C'est &#231;a, l'enjeu d'une telle lutte.&lt;/i&gt; &#187; Il y a eu des erreurs de commises, bien s&#251;r. Ce qu'il aurait fallu &#8211; tout le monde est d'accord l&#224;-dessus &#8211;, c'est une assembl&#233;e de lutte. C'est-&#224;-dire, pr&#233;cise Jorge, &#171; &lt;i&gt;un lieu o&#249; se retrouvent les diff&#233;rentes composantes de la lutte pour &#233;changer et s'organiser ensemble, sans chercher &#224; produire une ligne unitaire&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;Avec une assembl&#233;e de lutte&lt;/i&gt;, dit Jacques,&lt;i&gt; on aurait pu porter un discours clair contre l'arm&#233;e en tant que telle, et disposer d'un mode d'organisation qui accepte les &#8220;&#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs&#8221; comme partie prenante de la mobilisation. On aurait pu peut-&#234;tre trouver les forces pour pousser &#224; une occupation du lieu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours consistant &#224; s'aligner sur le suppos&#233; plus petit d&#233;nominateur commun pour demeurer &#171; cr&#233;dibles &#187; est rest&#233; dominant dans le collectif ; et Jorge, Jacques, Jules et Jim ont accept&#233; de composer plut&#244;t que de &#171; scissionner &#187;. La discussion que j'ai avec eux sur ce choix est tortueuse. J'avais d'abord cru comprendre que s'ils n'avaient pas produit un discours propre, plus radical, au sein de la mobilisation, c'&#233;tait du fait d'une sorte de d&#233;cision strat&#233;gique. Mais ce n'est pas &#231;a : plut&#244;t un engrenage produit par l'implication dans la lutte. &#171; &lt;i&gt;Tu as l'air de nous consid&#233;rer comme un groupe politique, mais on est d'abord des gens qui avons notre vie ici, et c'est de cette mani&#232;re-l&#224; qu'on s'est retrouv&#233;s embarqu&#233;s dans la mobilisation &lt;/i&gt; &#187;, pointe Jorge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a pourtant eu des moments de tension, &#224; propos desquels le bilan est dissonant. Par exemple : au cours de la marche du 8 mai, quelques militants venus d'ailleurs ont tent&#233;, afin d'augmenter le niveau de conflictualit&#233;, de d&#233;vier la manif pour marcher vers la ferme, mais, renvoy&#233;s &#224; leur ext&#233;riorit&#233; &#224; la mobilisation, ils se sont fait rabrouer par des membres du collectif soucieux de pr&#233;server l'unit&#233; et de ne pas ouvrir les hostilit&#233;s avec les gendarmes. Jacques s'interroge : est-ce que &#231;a aurait chang&#233; quelque chose de scissionner du cadre unitaire pour soutenir ce genre d'initiative ? &#171; &lt;i&gt;On n'avait pas les forces&lt;/i&gt;, insiste Jim.&lt;i&gt; S'il y avait eu une dynamique de lutte dans la lutte, on aurait &#233;t&#233; les premiers &#224; en &#234;tre, mais on n'a jamais atteint ce stade.&lt;/i&gt; &#187; Et puis : &#171; &lt;i&gt;Dans ce qu'on pensait &#234;tre les d&#233;buts d'un mouvement, il nous semblait plus important de nouer des liens avec des syndicalistes paysans comme ceux du Modef qu'avec des super militants hors-sol. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;N&#233;os pro-touristes contre locaux pro&#8209;treillis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jacques, Jorge, Jules et Jim s'accordent sur un autre point : quelle que soit la strat&#233;gie adopt&#233;e, on n'abat pas les d&#233;terminations sociales &#224; coups de volontarisme militant. Quelle base sociale pour refuser la pr&#233;sence des l&#233;gionnaires ? Derri&#232;re les dynamiques id&#233;ologiques, quels int&#233;r&#234;ts sont en jeu dans les clivages qu'une telle lutte r&#233;v&#232;le ? C'est sur la question de la force sociale repr&#233;sent&#233;e par les &#171; n&#233;os &#233;colos &#187; que &#231;a d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Cette mobilisation a &#233;t&#233; port&#233;e principalement par des gens qui sont dans des logiques de tranquillit&#233; et de mythification des lieux&lt;/i&gt;, attaque Jorge. &lt;i&gt;L'opposition est demeur&#233;e essentiellement id&#233;ologique. Il y a eu beaucoup de r&#233;sistances pour entrer dans le vif du sujet : le prix du foncier&lt;/i&gt;. &#187; Aussi maigres soient-elle, les forces militantes &#233;taient tiraill&#233;es par de souterraines logiques contradictoires. &#171; &lt;i&gt;La base naturelle de la lutte &#233;tait compos&#233;e de propri&#233;taires, agricoles ou non&lt;/i&gt;, poursuit Jorge&lt;i&gt;. Ils sont contre le l&#233;gionnaire qui s'entra&#238;ne dans les bois parce qu'il va nuire au tourisme vert, mais ils ne sont pas contre son repos &#224; 550 000 balles. Pourquoi ? Parce que ces gens trouvent leur int&#233;r&#234;t dans la flamb&#233;e du foncier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce compte, la &#171; trahison &#187; de la Conf n'en est pas vraiment une : &#171; &lt;i&gt;La base sociale d'un syndicat comme la Conf, c'est des agriculteurs comme ceux qui ont vendu le mas de Banni&#232;res. Ils affichent des valeurs de gauche, ils font du bio, de l'accueil &#224; la ferme, du g&#238;te. Et au final, le mod&#232;le &#233;conomique, c'est : ton activit&#233; paie un peu, mais c'est sur la valorisation du foncier que tu capitalises &#224; mort.&lt;/i&gt; &#187; Face &#224; ces petits capitalistes verts aux positions ambigu&#235;s, les commer&#231;ants locaux ont soutenu l'installation de grivetons : c'est que, augment&#233;s de leurs familles en visite, ces derniers repr&#233;sentent autant de consommateurs. Il y a eu une contre-mobilisation : le 11 mai, une p&#233;tition &#171; Pour le vivre ensemble et le repos de nos militaires en C&#233;vennes &#187;, adress&#233;e aux opposants, est mise en ligne. On y lit : &#171; &lt;i&gt;Notre arm&#233;e n'est ni agressive ni sanguinaire. Elle est constitu&#233;e de femmes et d'hommes qui ont d&#233;cid&#233;, m&#234;me si cela n'est pas votre choix, d'exposer leur vie pour d&#233;fendre la d&#233;mocratie.&lt;/i&gt; &#187; Le sarcasme y est mani&#233; avec un certain talent, mais &#231;a pue le ressentiment : &#171; &lt;i&gt;Les C&#233;vennes, terre de refuge et d'accueil, ont s&#251;rement accueilli nombre d'entre vous. Elles n'ont jamais promulgu&#233; de loi consistant &#224; trier des populations ind&#233;sirables.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le clich&#233; du clivage entre &#171; n&#233;os de gauche &#187; et &#171; locaux de droite &#187; a-t-il &#233;t&#233; reconduit ? &#171; &lt;i&gt;La lutte ne s'est jamais vraiment confront&#233;e &#224; des pro-L&#233;gion&lt;/i&gt;, explique Jules.&lt;i&gt; On s'est heurt&#233;s &#224; des gens qui &#233;taient contre nous, contre ce qu'on repr&#233;sente. Les opposants aux opposants disaient : &#8220;Quand c'est les Parisiens qui ach&#232;tent des g&#238;tes aux m&#234;mes prix, vous vous en foutez.&#8221; Eh bien, ce n'est pas compl&#232;tement faux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Ainsi, &#171; &lt;i&gt;on s'est rendu compte que dans les perceptions locales, les zadistes et les n&#233;o-ruraux propri&#233;taires qui distribuent des tracts sont mis dans le m&#234;me sac. L&#224; aussi, ce n'est pas aberrant : sociologiquement on pourrait dire que les uns sont les enfants des autres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Les opposants aux opposants disaient : &#8220;Quand c'est les Parisiens qui ach&#232;tent des g&#238;tes aux m&#234;mes prix, vous vous en foutez.&#8221; Eh bien, ce n'est pas compl&#232;tement faux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais faire des &#171; locaux &#187; un groupe social homog&#232;ne, c'est aller vite en besogne. &#171; &lt;i&gt;Les propri&#233;taires du cru sont autant dans une logique de capitalisation du foncier que les n&#233;os&lt;/i&gt; &#187;, rappelle Jacques. Reste la figure du &#171; prol&#233;taire local &#187;, spectre qui semble hanter Jorge. Le prol&#233;taire local ne s'est pas point&#233; pour d&#233;brider la parole unitaire et citoyenne port&#233;e par le collectif Vall&#233;es c&#233;venoles d&#233;militaris&#233;es et mettre le feu &#224; la ferme de Banni&#232;res. O&#249; est-il rest&#233; ? Au boulot, ou chez lui. &#171; &lt;i&gt;Le prol&#233;taire local, int&#233;gr&#233; au capital global, agit dans le cadre de ses int&#233;r&#234;ts au sein du capital&lt;/i&gt;, pointe Jorge.&lt;i&gt; Dans le cadre de l'antagonisme tel qu'il a &#233;t&#233; pos&#233;, les prolos n'ont rien &#224; perdre &#224; la pr&#233;sence de l'arm&#233;e. Une retrait&#233;e originaire du village m'a dit un jour : &#8220;Je pr&#233;f&#232;re les militaires aux touristes. On nous dit que les militaires vont g&#226;cher le paysage en marchant sur nos sentiers, mais c'est d&#233;j&#224; ce que font les touristes, non ? Les touristes viennent quelques mois et ils ont tous les droits. Au moins les militaires ils seront l&#224; toute l'ann&#233;e et ils s'int&#233;greront au pays au lieu de le consommer.&#8221; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les bruits de bottes, contre qui ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#224; la pr&#233;sence r&#233;elle des militaires que les Saint-Jeannais vont finalement &#234;tre confront&#233;s. Au moins, rel&#232;ve Jacques, &#171; &lt;i&gt;fini les tergiversations avec la Conf&#233;d&#233;ration paysanne. Maintenant, on va enfin pouvoir produire un discours antimilitariste ouvert, cibler l'arm&#233;e en tant que telle, parler de son r&#244;le concret. &#199;a a cruellement manqu&#233; au cours de la lutte.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le spectacle des tambours de guerre se d&#233;ploie sur les &#233;crans, &#231;a ne sent jamais bon &#224; l'arri&#232;re. L'automne dernier, &#224; Mende, au nord des C&#233;vennes, les l&#233;gionnaires de la 13&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; demi-brigade de L&#233;gion &#233;trang&#232;re se sont empar&#233;s de la ville pour un exercice grandeur nature. Les pioupious ont jou&#233; &#224; la guerre urbaine en pleine rue, faisant r&#233;sonner le son des armes automatiques avec force beuglements dramatiques. Selon &lt;i&gt;La Loz&#232;re nouvelle&lt;/i&gt;, l'ambiance &#233;tait &#171; &lt;i&gt;insolite&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Saint-Jeannais vont-ils &#234;tre confront&#233;s &#224; une militarisation de la vie sociale ? Les intentions sont l&#224; : &#171; &lt;i&gt;La pr&#233;sence d&lt;/i&gt;u&lt;i&gt; d&#233;tachement &#224; la ferme de Banni&#232;res contribuera &#224; la s&#233;curit&#233; locale&lt;/i&gt; &#187;, explique un communicant troupier dans un courrier adress&#233; au collectif Vall&#233;es c&#233;venoles d&#233;militaris&#233;es. Qu'est-ce qui menace la s&#233;curit&#233; locale ? C'est ce qui n'est pas dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview&#233; par la presse, le colonel Geoffroy Desgr&#233;es du Lo&#251; &#8211; 46 ans et six enfants au compteur &#8211; assure :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;On s'appuiera sur les commer&#231;ants locaux. &#187;&lt;/i&gt; Voil&#224; une alliance qui promet.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;. Minasyan&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Robert Louis Stevenson, &lt;i&gt;Voyage avec un &#226;ne dans les C&#233;vennes&lt;/i&gt;, 1879.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les Soci&#233;t&#233;s d'am&#233;nagement foncier et d'&#233;tablissement rural (Safer), organis&#233;es au niveau d&#233;partemental, sont entre autres charg&#233;es de l'am&#233;nagement des campagnes et de la r&#233;gulation du march&#233; des terres agricoles. Jouissant d'un vaste droit de pr&#233;emption, elles exercent par ailleurs un contr&#244;le sur les prix et les attributions lors des ventes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La chasse au colibri</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-chasse-au-colibri</link>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Ce ne sont pas des r&#233;volutionnaires de la fourche ni des avant-gardistes autoproclam&#233;s, mais leur d&#233;marche est fonci&#232;rement politique. En s'installant dans un coin paum&#233; de l'Hexagone il y a quelques ann&#233;es, les jeunes paysans et paysannes de la Grange aux Merles avaient en t&#234;te de proposer un autre mod&#232;le agricole, afin de le diffuser largement. Depuis, leurs r&#233;flexions ont &#233;volu&#233;. Point d'&#233;tape. Un dimanche d'ao&#251;t 2022, dans un petit village banal de la France rurale. C'est jour de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no212-septembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;212 (septembre 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Adrien-Zammit" rel="tag"&gt;Adrien Zammit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce ne sont pas des r&#233;volutionnaires de la fourche ni des avant-gardistes autoproclam&#233;s, mais leur d&#233;marche est fonci&#232;rement politique. En s'installant dans un coin paum&#233; de l'Hexagone il y a quelques ann&#233;es, les jeunes paysans et paysannes de la Grange aux Merles avaient en t&#234;te de proposer un autre mod&#232;le agricole, afin de le diffuser largement. Depuis, leurs r&#233;flexions ont &#233;volu&#233;. Point d'&#233;tape.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4727 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd_212_zammit_tournerie-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH381/cqfd_212_zammit_tournerie-2-d25ec.jpg?1779678133' width='500' height='381' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Adrien Zammit
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;U&lt;/span&gt;n dimanche d'ao&#251;t 2022, dans un petit village banal de la France rurale. C'est jour de comices agricoles et on se balade avec Xavier &lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et Sophia aux abords de ces festivit&#233;s rurales traditionnelles rameutant nombre de gens du coin &#8211; pas que les agriculteurs. Au programme : un festin de grillades sur de grandes tables &#224; tr&#233;teaux, un ch&#226;teau gonflable pour les m&#244;mes, l'in&#233;vitable buvette bond&#233;e, un rassemblement de rutilants tracteurs anciens ou un concours de bovins. Occasion pour les &#233;leveurs locaux d'afficher leur savoir-faire, cette comp&#233;tition m&#234;le diverses cat&#233;gories de b&#234;tes. Au fil des heures, les quadrup&#232;des d&#233;filent, massifs, placides, m&#233;ticuleusement bross&#233;s. Et quand le commentateur &#233;voque au micro les diff&#233;rents candidats pr&#233;sent&#233;s par lots de huit, complimentant &#171; &lt;i&gt;le maintien du filet&lt;/i&gt; &#187; de tel b&#339;uf mastoc ou &#171; &lt;i&gt;l'amplitude du bassin&lt;/i&gt; &#187; de telle vache XXL, on se marre tous les trois un peu b&#234;tement. Comme s'il y avait un c&#244;t&#233; folklorique, l'expression d'un autre monde au sabir &#224; la fois ancestral et exotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Xavier et Sophia sont pourtant agriculteurs. Ils participent de longue date &#224; une ferme collective implant&#233;e &#224; quelques kilom&#232;tres, la Grange aux Merles &lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Au cours de ces comices dominicaux, ils croisent plusieurs personnes qu'ils connaissent et saluent, notamment les organisateurs. Sophia, qui est &#233;leveuse au sein du collectif, participe m&#234;me ce jour-l&#224; &#224; une d&#233;monstration de chiens de troupeau. Pourtant, ils ne le formuleraient peut-&#234;tre pas ainsi, mais ils donnent l'impression d'&#234;tre &#224; la fois&lt;i&gt; dedans&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;dehors&lt;/i&gt;, int&#233;gr&#233;s mais pas totalement assimil&#233;s. Dans un entre-deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je lui en fais la remarque, Xavier &#233;voque la notion de &#171; &lt;i&gt;capital d'autochtonie &lt;/i&gt; &#187;, mobilis&#233;e notamment par le sociologue Nicolas Renahy dans &lt;i&gt;Les Gars du coin &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Gars du coin &#8211; Enqu&#234;te sur une jeunesse rurale, La D&#233;couverte, 2010.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, qui d&#233;signe le sentiment d'appartenance collective propre aux ruraux &#171; du cru &#187;. Il y a des codes, une culture, des rites, auxquels les nouveaux venus, pourtant install&#233;s depuis sept ans, n'ont pas totalement acc&#232;s. Rien &#224; voir avec les &#171; n&#233;o-ruraux &#187; de l'&#232;re Covid, abonn&#233;s au t&#233;l&#233;travail et d&#233;connect&#233;s de leur environnement. Mais quand m&#234;me : il subsiste un foss&#233;. Et c'est l'une des probl&#233;matiques agitant la grosse dizaine de personnes du collectif &#8211; ainsi r&#233;sum&#233;e par Ludo : &#171; &lt;i&gt;On cherche &#224; davantage s'int&#233;grer dans le r&#233;seau local. C'est bien d'&#234;tre autonomes, mais c'est enfermant de ne se retrouver qu'avec des gens qui ont les m&#234;mes id&#233;es. Il faut d&#233;border de nos milieux, ne pas se contenter de la Conf[&#233;d&#233;ration paysanne] ou d'initiatives militantes marqu&#233;es &#224; gauche. D'o&#249; l'importance de participer &#224; des collectifs locaux, qu'il s'agisse d'associations de chiens d'&#233;levage ou de la soci&#233;t&#233; de chasse si c'est ton truc.&lt;/i&gt; &#187; L'objectif : rompre la logique des bulles sociales, des r&#233;seaux affinitaires et de classe, pour b&#226;tir des ponts. Et parfois, &#231;a marche :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;Il y a quelques jours, on tenait une table avec les produits de la ferme dans une f&#234;te de village o&#249; on ne connaissait pas grand monde. Quelques jours plus tard, certaines personnes rencontr&#233;es l&#224;-bas sont venues assister &#224; un spectacle de th&#233;&#226;tre qu'on organisait sur la ferme. Ces rapprochements mettent du temps mais sont tr&#232;s pr&#233;cieux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Piou piou les p'tits oiseaux &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cela fait sept ans que les complices de la Grange aux Merles sont install&#233;s &#8211; plus vraiment des n&#233;o-ruraux, donc, mais pas non plus des &lt;i&gt;gens du coin&lt;/i&gt;. Une dizaine d'amis qui, au sortir de leurs &#233;tudes sup&#233;rieures en agronomie, ont d&#233;cid&#233; d'envoyer bouler la vie urbaine et la perspective d'un salaire confortable pour s'installer &#224; la campagne. Ils ont mont&#233; une ferme collective bio, bas&#233;e sur les circuits courts et une agriculture la plus saine&lt;i&gt; &lt;/i&gt;possible. Ils y produisent des l&#233;gumes, du pain, du fromage de vache et de ch&#232;vre, de la viande de porc, de la bi&#232;re, des fraises ou des champignons, qu'ils mettent en vente sur place via leur magasin ouvert deux jours par semaine et dans quelques lieux de la r&#233;gion sp&#233;cialis&#233;s dans les produits bio. Bossant de concert avec des camarades architectes qui ont leurs bureaux &#224; la ferme, ils organisent aussi des &#233;v&#233;nements sur place : spectacles, projections, d&#233;bats ou concerts. Rien de r&#233;volutionnaire mais une d&#233;marche qui, d&#232;s le d&#233;part, se voulait aux antipodes de l'agro-industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur trajectoire rappelle celle des &#233;tudiants d'AgroParisTech qui, en mai dernier, ont profit&#233; de leur remise de dipl&#244;me pour d&#233;noncer le mod&#232;le dominant et annoncer publiquement leur d&#233;sertion&lt;i&gt; &lt;/i&gt;group&#233;e, fustigeant notamment &#171; &lt;i&gt;une formation qui pousse globalement &#224; participer aux ravages &#233;conomiques et sociaux en cours &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire notamment &#171; Appel &#224; d&#233;serter : il s'est pass&#233; quelque chose &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Le collectif valide le rapprochement : eux qui ont fait leurs &#233;tudes ensemble dans une formation similaire ont &#233;galement ru&#233; dans les brancards le jour de la validation de leur cursus. &#171; &lt;i&gt;Sauf que notre discours &#233;tait sans doute moins bon &lt;/i&gt; &#187;, rigole Ad&#232;le. De leurs &#233;tudes, ils ont gard&#233; la conviction qu'il fallait s'engager dans le domaine agricole, mais dans la direction inverse de ce qu'on leur enseignait. &#171; &lt;i&gt;Les tenants et aboutissants de la question agricole sont souvent minimis&#233;s, alors que c'est le pilier du syst&#232;me productiviste, au premier plan des d&#233;g&#226;ts environnementaux&lt;/i&gt; &#187;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;rappelle Tristan. Lui explique qu'il se sentait alors beaucoup plus proche des activistes de la ZAD que des ti&#232;des militants urbains d'Europe &#201;cologie-Les Verts (EELV). Et qu'&#224; ses yeux claquer la porte des villes &#233;tait une &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouver le lieu ad&#233;quat n'a pas &#233;t&#233; chose ais&#233;e, entre cartes de France ratur&#233;es &#224; l'exc&#232;s et escapades en pagaille pour prospecter. L'id&#233;e &#233;tait de trouver un territoire neutre, &lt;i&gt;normal&lt;/i&gt;, pas phagocyt&#233; par l'agro-industrie d&#233;lirante comme la Beauce, mais pas non plus envahi de n&#233;o-ruraux &lt;i&gt;babos&lt;/i&gt; comme la Dr&#244;me. Une fois l'endroit parfait d&#233;gott&#233; et les b&#226;timents retap&#233;s, les premi&#232;res ann&#233;es ont marqu&#233; une confrontation avec la r&#233;alit&#233; du boulot agricole et du collectif en autogestion qui crisse parfois. R&#233;trospectivement, ils confessent une certaine na&#239;vet&#233; dans l'approche politique. &#171; &lt;i&gt;Il faut bien comprendre qu'on avait 22 ou 23 ans quand on a lanc&#233; le projet&lt;/i&gt; &#187;, rappelle Ad&#232;le. &#171; &lt;i&gt;Il y avait des &#233;vidences : ne pas bosser pour des gros saccageurs et avoir une d&#233;marche paysanne ayant du sens. Mais &#224; c&#244;t&#233; de &#231;a on &#233;tait aussi un peu &#8220;piou-piou les p'tits oiseaux&#8221;.&lt;/i&gt; &#187; D'autres comparent leur approche initiale aux satan&#233;s colibris de feu Pierre Rabhi &#8211; la parabole du petit oiseau qui, face &#224; l'incendie, balance quelques gouttes sur les flammes pour &#171; faire sa part &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;et inspirer les autres animaux de la for&#234;t, youpi youpi. &#171; &lt;i&gt;On arrivait avec l'id&#233;e de faire tache d'huile en cr&#233;ant une ferme agronomiquement int&#233;ressante, viable &#224; peu d'hectares par actif et sans utilisation de produits phytosanitaires&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;taille Tristan. En clair : montrer par l'exemple qu'un autre monde agricole est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ils se d&#233;clarent aujourd'hui &#233;panouis dans leurs pratiques et heureux de consommer et de commercialiser des produits &#233;chappant &#224; la catastrophe de l'agro-industrie, ils ne se leurrent plus sur cette capacit&#233; &#224; faire &lt;i&gt;tache d'huile&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;On a compris que notre exemple n'est pas g&#233;n&#233;ralisable &lt;/i&gt; &#187;, explique Tristan. &#171; &lt;i&gt;On est sur un march&#233; de niche, qui nous permet de vendre nos produits cher, &#224; des gens qui ont un minimum de pouvoir d'achat. Pour imaginer que &#231;a se d&#233;veloppe largement, il faudrait que la structuration de la soci&#233;t&#233; le permette, ce qui est tout le sauf le cas. C'est une question syst&#233;mique. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Syst&#233;mique&lt;/i&gt;. Le mot cl&#233; est l&#226;ch&#233;. Il reviendra.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ne pas se poser en donneurs de le&#231;ons &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pas de m&#233;ga-fermes dans les environs de la Grange aux Merles, mais beaucoup d'agriculteurs ayant recours aux pesticides ou accul&#233;s &#224; une fuite en avant productiviste. Face &#224; ces pratiques n&#233;fastes exerc&#233;es &#224; relativement petite &#233;chelle, la critique frontale serait aussi facile que vaine, estime Ludo : &#171; &lt;i&gt;Tu ne peux pas arriver comme une fleur et te poser en donneur de le&#231;ons. On sait que les gens qui font des compromis ne peuvent pas faire autrement, ou ne savent pas comment. D'ailleurs, nous aussi, on en fait. On vend nos produits cher. On utilise du p&#233;trole. Et on a parfois recours &#224; de la main-d'&#339;uvre gratuite via le &lt;/i&gt;woofing&lt;i&gt;. De mani&#232;re syst&#233;mique, eux comme nous, on ne peut pas gagner notre vie sans compromis.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Eux comme nous, on ne peut pas gagner notre vie sans compromis&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une n&#233;cessaire humilit&#233;, qui d&#233;borde la question des pratiques agricoles. Ainsi, certains membres du collectif disent avoir un temps baign&#233; dans le discours de la &#171; &lt;i&gt;redynamisation du territoire&lt;/i&gt; &#187;, registre lexical un brin m&#233;prisant typique d'assos (pourtant pr&#233;cieuses) comme Terre de liens &lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F&#233;d&#233;ration qui lutte contre la sp&#233;culation fonci&#232;re et qui propose des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, alors m&#234;me que le coin o&#249; ils sont &#173;install&#233;s n'a rien de sinistr&#233;. &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but on &#233;tait un peu dans cette posture, comme si on d&#233;barquait dans un d&#233;sert&lt;/i&gt;, se rappelle Xavier&lt;i&gt;. Mais c'est loin d'&#234;tre le cas. Il y a plein d'assos locales ici. Et quand le village voisin organise une f&#234;te de la bi&#232;re, il y a un millier de personnes qui s'y rendent. Nous, quand il y en a cent cinquante qui viennent &#224; nos &#233;v&#233;nements, on est super contents.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Du coup, on est beaucoup moins arrogants qu'&#224; notre installation.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas s'y tromper : s'ils parlent d'&lt;i&gt;arrogance&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;celles et ceux de la Grange aux Merles n'ont pas d&#233;boul&#233; le couteau entre les dents en hurlant qu'ils allaient r&#233;&#233;duquer les bouseux. Pas leur genre. Ce qu'ils disent en substance, c'est qu'il leur a fallu du temps pour saisir le tableau dans son ensemble. Et comprendre que, pour vertueuse qu'elle soit, leur d&#233;marche n'&#233;tait pas suffisante si elle rimait avec repli sur soi. En trouvant une forme d'autonomie individuelle et collective, ils ont certes r&#233;alis&#233; un premier pas, tout sauf n&#233;gligeable. Mais cela ne leur donne pas prise sur le monstre industriel dominant, qui s'accommode fort bien de ces marges paysannes. Ludo r&#233;sume la situation ainsi : &#171; &lt;i&gt;Quand je me suis install&#233;, il y avait d'abord des aspects individuels &#233;vidents. Pour ma compagne et moi, &#233;lever notre gamine dans de bonnes conditions, par exemple. Ou bien acqu&#233;rir des formes d'autonomie, de r&#233;silience face &#224; la catastrophe en cours. Mais la part individuelle n'est politiquement garante de rien. Et m&#234;me si le collectif t'offre l'acc&#232;s &#224; une autonomie accrue, tu peux vite tomber dans des formes de colibrisme mou, des pratiques qui n'ont aucun autre impact que sur ton bien-&#234;tre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;La part individuelle n'est politiquement garante de rien.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cet aspect est d&#233;sormais ent&#233;rin&#233; par les membres du collectif. Lesquels sont d'ailleurs nombreux &#224; militer dans des structures qui s'attaquent de front aux questions les plus br&#251;lantes g&#233;n&#233;r&#233;es par l'agro-industrie &#8211; de l'accaparement des terres &#224; la b&#233;tonisation des campagnes en passant par la pollution imputable &#224; l'&#233;levage intensif. Beaucoup sont par exemple impliqu&#233;s &#224; la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, syndicat agricole oppos&#233; au magist&#232;re de la tr&#232;s industrialo-compatible F&#233;d&#233;ration nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA). D'autres s'investissent dans les campagnes des Soul&#232;vements de la Terre, collectif qui multiplie les actions dans toute la France &lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment notre article consacr&#233; &#224; une action de ce collectif : &#171; To-do (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Et un certain nombre aff&#251;tent les fourches dans l'&#233;ventualit&#233; d'un grand projet inutile particuli&#232;rement hors-sol actuellement dans les tuyaux des &#233;lus des environs. Mais concernant la ferme en elle-m&#234;me, la v&#233;ritable question est ailleurs : avant d'envisager le grand soir agricole, il s'agit d'abord de s'enraciner dans un territoire, d'y d&#233;velopper des liens.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Un exode urbain de malade &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les paysans et paysannes de la Grange aux Merles consid&#232;rent aujourd'hui que leur approche agricole n'est que le pr&#233;-requis d'une transformation sociale plus radicale. Ils pensent aussi que cela ne pourra pas se faire en petit comit&#233; avant-gardiste, coup&#233; des r&#233;alit&#233;s agricoles dominantes. Alors que beaucoup, dans ces milieux, brocardent la figure du n&#233;o-rural, eux y voient plut&#244;t une r&#233;alit&#233; moins caricaturale et n&#233;faste que celle d&#233;crite dans les m&#233;dias, en tout cas dans leur coin. Dans la lign&#233;e de la Conf', ils estiment qu'un afflux de jeunes d&#233;sertant la folie des villes serait une bonne chose. Tristan pose les choses ainsi : &#171; &lt;i&gt;Si on veut g&#233;n&#233;raliser l'agriculture paysanne, ce qui indispensable, il faut deux millions et demi de paysans. Un exode urbain de malade ! Et il sera imp&#233;ratif d'op&#233;rer ce changement de la mani&#232;re la plus &#233;galitaire possible, la plus communiste, &#224; rebours des mod&#232;les actuels. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, il importe de ne pas se tromper d'ennemi : &#171; &lt;i&gt; Je pr&#233;f&#232;re que dans le coin il reste des agriculteurs qui s'agrandissent plut&#244;t qu'un gros investisseur &#233;tranger rach&#232;te des terres et mette des salari&#233;s &#224; leur place&lt;/i&gt; &#187;, estime Ad&#232;le. Qui rappelle la situation : &#171; &lt;i&gt;On ne peut pas tous &#234;tre en vente directe et en circuit court. Les supermarch&#233;s ne vont pas fermer du jour au lendemain. On a donc pour l'instant besoin d'agri' qui font du circuit long. L'id&#233;al serait d'abord qu'ils reprennent la main sur les prix, ce qui leur donnerait la possibilit&#233; d'&#233;voluer vers une agriculture moins toxique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois des liens se cr&#233;ent, des ponts. Ainsi de la Cuma &lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Coop&#233;rative d'utilisation de mat&#233;riels agricoles.&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; locale, coop&#233;rative de d&#233;coupe et de transformation de viande, o&#249; se retrouvent aussi bien des &#233;leveurs bio que d'autres fonctionnant en conventionnel, et qui mettent en commun des outils indispensables &#224; leur m&#233;tier. Autre espace de rapprochement, plus inattendu : la chasse. Ad&#232;le la pratique, mais arm&#233;e d'un arc : &#171; &lt;i&gt;C'est une excellente mani&#232;re de rencontrer tes voisins. Tu as des moments d'&#233;change avec des gens que tu ne rencontrerais sinon pas et qui sont loin de la caricature du viandard. &lt;/i&gt; &#187; Et de citer ce jour o&#249; un chasseur, agriculteur conventionnel proche de la retraite, lui a expliqu&#233; qu'il aimerait bien transmettre son exploitation &#224; des gens pratiquant le m&#234;me type de paysannerie que celles et ceux de la Grange. Une petite victoire, pas si anodine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fort heureusement, pas besoin de pratiquer la chasse pour faire avancer les choses. Ainsi de Ludo, partisan de l'&#233;ducation populaire, qui estime qu'il faut faire feu de tout bois : &#171; &lt;i&gt;Il y a tellement de questions sur lesquelles se bouger, sans faire de hi&#233;rarchie des luttes. Ce n'est pas parce qu'on est autonomes dans notre coin que tout est r&#233;gl&#233;. Il faut un travail quotidien, des formations, des remises en cause, &#224; l'&#233;chelle de notre collectif, mais aussi tourn&#233;es vers l'ext&#233;rieur.&lt;/i&gt; &#187; Question f&#233;minisme, par exemple, cela se traduit entre autres par l'implication de plusieurs femmes du collectif dans un festival local annuel d&#233;di&#233; &#224; ces probl&#233;matiques. Avec cette position : pour s'attaquer au mod&#232;le destructeur en place, il faut affronter toutes les formes de domination, les mettre chacune sur un m&#234;me plan.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On tient la bouffe &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au final, allant de pair avec l'obsession pour le terme &#171; syst&#233;mique &#187;, une conviction revient : &#171; &lt;i&gt;Ce qu'on apporte doit s'inscrire dans un mouvement global. &lt;/i&gt; &#187; Dans cette optique, les pistes ne manquent pas. Elles peuvent se pr&#233;senter sous des atours techniques, comme cette proposition avanc&#233;e par Ludo :&lt;i&gt; &#171; Avec la Conf', on voudrait cr&#233;er un label &#8220;b&#234;te engraiss&#233;e &#224; l'herbe&#8221;, pour diff&#233;rencier de celles nourries au ma&#239;s, c&#233;r&#233;ale qui pompe &#233;norm&#233;ment d'eau. Il s'agirait de d&#233;velopper des fili&#232;res o&#249; les pratiques traditionnelles sont mieux valoris&#233;es tout en pointant du doigt le gaspillage d&#233;mentiel de ressources de l'&#233;levage au ma&#239;s. Une mani&#232;re de faire &#233;merger le politique via l'&#233;cologique en partant d'aspects prosa&#239;ques&lt;/i&gt;. &#187; Ces pistes et horizons peuvent aussi brasser plus large, avec en t&#234;te les braises encore fumantes des Gilets jaunes. Dans le coin, le mouvement avait bien pris et certains membres du collectif y avaient particip&#233;. Un hic cependant : les agriculteurs y &#233;taient au final peu repr&#233;sent&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce manque de conflictualit&#233; de la profession, hors luttes sectorielles, fait d'ailleurs r&#233;agir Ludo : &#171; &lt;i&gt;On devrait &#234;tre beaucoup plus pr&#233;sents dans les luttes sociales et &#233;cologiques. Les agriculteurs, c'est &#224; peine 2 % de la population [fran&#231;aise] pour un poids immense dans le r&#233;chauffement climatique &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le secteur a &#233;mis 21 % des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre en 2020, selon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. &#187;&lt;/i&gt; Et Ad&#232;le de r&#234;ver &#224; une prise de conscience g&#233;n&#233;ralis&#233;e, port&#233;e par des paysans refusant de s'allier aux gros bonnets de l'agriculture industrielle inf&#233;od&#233;s &#224; la FNSEA et &#224; la pompe &#224; fric europ&#233;enne : &#171; &lt;i&gt; Si des paysans et agriculteurs d&#233;termin&#233;s &#224; vraiment peser se regroupaient pour s'opposer au mod&#232;le industriel, &#231;a pourrait avoir un gros impact. Car il ne faut pas oublier une chose : on tient la bouffe. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Gars du coin &#8211; Enqu&#234;te sur une jeunesse rurale&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire notamment &#171; Appel &#224; d&#233;serter : il s'est pass&#233; quelque chose &#224; AgroParisTech &#187;, &lt;i&gt;Slate&lt;/i&gt; (12/05/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;F&#233;d&#233;ration qui lutte contre la sp&#233;culation fonci&#232;re et qui propose des solutions aux paysans non conventionnels cherchant &#224; acqu&#233;rir des terrains ou b&#226;timents agricoles. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, elle joue un r&#244;le tr&#232;s important dans la sauvegarde d'un mod&#232;le paysan non pr&#233;dateur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir notamment notre article consacr&#233; &#224; une action de ce collectif : &#171; To-do list : d&#233;sarmer le b&#233;ton, reprendre la terre, sortir les poubelles &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;200 (juillet-ao&#251;t 2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Coop&#233;rative d'utilisation de mat&#233;riels agricoles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le secteur a &#233;mis 21 % des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre en 2020, selon le bilan publi&#233; le 30 juin 2021 par le Centre interprofessionnel technique d'&#233;tudes de la pollution atmosph&#233;rique (Citepa).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le nucl&#233;aire &#224; l'agonie&#8230; mais &#224; l'offensive</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-nucleaire-a-l-agonie-mais-a-l</link>
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		<dc:date>2022-09-16T10:18:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>Jean-Marc Jancovici</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;La moiti&#233; des r&#233;acteurs fran&#231;ais ont pass&#233; l'&#233;t&#233; &#224; l'arr&#234;t mais le gouvernement voit toujours l'atome comme une fili&#232;re d'avenir. Vant&#233; comme une solution miracle au d&#233;r&#232;glement climatique, le nucl&#233;aire y est surtout tr&#232;s vuln&#233;rable. Sale temps pour le nucl&#233;aire civil fran&#231;ais. Plomb&#233;e par d'indispensables op&#233;rations de maintenance et un probl&#232;me de corrosion sur plusieurs de ses centrales les plus r&#233;centes, EDF a d&#251; mettre plus de la moiti&#233; de ses 56 r&#233;acteurs en pause forc&#233;e. Le 25 ao&#251;t, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no212-septembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;212 (septembre 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/nucleaire-597" rel="tag"&gt;nucl&#233;aire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Emmanuel-Macron" rel="tag"&gt;Emmanuel Macron&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/milliards-d-euros" rel="tag"&gt;milliards d'euros&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/climatique" rel="tag"&gt;climatique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dereglement-climatique" rel="tag"&gt;d&#233;r&#232;glement climatique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/centrales" rel="tag"&gt;centrales&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jean-Marc-Jancovici" rel="tag"&gt;Jean-Marc Jancovici&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Charlotte-Mijeon" rel="tag"&gt;Charlotte Mijeon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jancovici" rel="tag"&gt;Jancovici&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH145/a-3-e84e5.jpg?1779696462' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='145' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La moiti&#233; des r&#233;acteurs fran&#231;ais ont pass&#233; l'&#233;t&#233; &#224; l'arr&#234;t mais le gouvernement voit toujours l'atome comme une fili&#232;re d'avenir. Vant&#233; comme une solution miracle au d&#233;r&#232;glement climatique, le nucl&#233;aire y est surtout tr&#232;s vuln&#233;rable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4720 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd_212_c_bue_nucleaire-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH694/cqfd_212_c_bue_nucleaire-2-629b9.jpg?1779696463' width='500' height='694' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Cl&#233;ment Bu&#233;e
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;ale temps pour le nucl&#233;aire civil fran&#231;ais. Plomb&#233;e par d'indispensables op&#233;rations de maintenance et un probl&#232;me de corrosion sur plusieurs de ses centrales les plus r&#233;centes, EDF a d&#251; mettre plus de la moiti&#233; de ses 56 r&#233;acteurs en pause forc&#233;e. Le 25 ao&#251;t, 32 &#233;taient toujours &#224; l'arr&#234;t. La baisse de production a &#233;t&#233; telle que l'Hexagone, habituellement exportateur, a d&#251; acheter de l'&#233;lectricit&#233; &#224; ses voisins pour subvenir &#224; ses besoins. Sur fond de p&#233;nurie de gaz russe, l'hiver s'annonce incertain pour le r&#233;seau &#233;lectrique europ&#233;en. Y aura-t-il de l'&#233;lectricit&#233; &#224; No&#235;l ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Figure de proue du secteur, EDF tra&#238;ne une dette qui d&#233;passera bient&#244;t les 50 milliards d'euros. Et, symbole des errances de la fili&#232;re, le tout nouveau r&#233;acteur pressuris&#233; europ&#233;en (EPR) de Flamanville (Manche) ne rentrera en production que fin 2023 au mieux &#8211; avec onze ans de retard et un surco&#251;t de pr&#232;s 16 milliards d'euros selon la Cour des comptes (19,1 milliards contre 3,3 pr&#233;vus initialement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourtant sur cette fili&#232;re &#224; l'agonie que le gouvernement parie pour assurer, aux c&#244;t&#233;s des &#233;nergies renouvelables, l'essentiel de la production &#233;lectrique du si&#232;cle &#224; venir. Le 10 f&#233;vrier dernier, Emmanuel Macron a annonc&#233; la mise en chantier prochaine de six nouveaux EPR et le lancement des &#233;tudes pr&#233;paratoires pour huit autres. Un milliard d'euros vont par ailleurs &#234;tre investis dans le d&#233;veloppement d'un nouveau type de r&#233;acteurs, moins puissants mais en principe plus ais&#233;s &#224; construire et g&#233;rer : les petits r&#233;acteurs modulaires (SMR).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'argument du bilan carbone&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour justifier ce retour en arri&#232;re (aucune centrale n'a &#233;t&#233; mise en service depuis 2002), le pr&#233;sident a eu recours &#224; un classique du &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; atomique fran&#231;ais : l'&#171; &lt;i&gt;ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique&lt;/i&gt; &#187; du pays &#8211; alors m&#234;me que l'uranium qui fait tourner les centrales est int&#233;gralement import&#233;. Mais il a surtout vant&#233; le faible bilan carbone du nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Au sein m&#234;me des familles de pens&#233;e &#233;cologistes et d&#233;croissantes, la doctrine pronucl&#233;aire se r&#233;pand peu &#224; peu, sous l'influence notamment de Jean-Marc Jancovici.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Depuis que le d&#233;r&#232;glement climatique fait la une des journaux, tout ce que le secteur atomique compte de communicants et de lobbyistes reprend cet argument &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt;. &#199;a a fini par payer : au sein m&#234;me des familles de pens&#233;e &#233;cologistes et d&#233;croissantes, la doctrine pronucl&#233;aire se r&#233;pand peu &#224; peu, sous l'influence notamment de l'ing&#233;nieur Jean-Marc Jancovici. M&#234;lant un discours convaincant sur l'urgence climatique et les limites de la croissance &#224; un solutionnisme nucl&#233;aire aveugle, cette &#171; star du climat &#187; a l'oreille des puissants comme du grand public. Avec ses vid&#233;os qui font un tabac sur internet et sa bande dessin&#233;e &lt;i&gt;Le Monde sans fin &lt;/i&gt;(Dargaud, 2021) qui s'est d&#233;j&#224; vendue &#224; plus de 300 000 exemplaires, Jean-Marc Jancovici a sensibilis&#233; des foules enti&#232;res au risque d'effondrement qui guette nos soci&#233;t&#233;s. Or, &#171; &lt;i&gt;prendre conscience de l'urgence climatique, c'est tr&#232;s d&#233;stabilisant &#233;motionnellement. Pour amortir le choc, on a besoin d'une solution. Avec le nucl&#233;aire, Jancovici en apporte une sur un plateau&lt;/i&gt; &#187;, analyse Charlotte Mijeon, porte-parole du r&#233;seau Sortir du nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux de cette militante, l'atome est surtout &#171; &lt;i&gt;une fausse solution qui emp&#234;che de voir les probl&#232;mes en face&lt;/i&gt; &#187;. Une option &#171; &lt;i&gt;ni efficace pour les d&#233;cennies &#224; venir, ni r&#233;siliente dans un monde marqu&#233; par le r&#233;chauffement climatique&lt;/i&gt; &#187;, mais qui va capter des centaines de milliards d'euros, au d&#233;triment des &#233;nergies renouvelables et des efforts de sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des centrales d&#233;j&#224; touch&#233;es par la s&#233;cheresse&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parlons efficacit&#233; &#224; moyen terme : quand les centrales actuelles auront fini par fermer, les nouvelles seront-elles pr&#234;tes ? Au vu du fiasco de Flamanville, il est permis d'en douter. Alors que les deux premiers des six nouveaux EPR annonc&#233;s par Emmanuel Macron sont cens&#233;s &#234;tre mis en service &#171; &lt;i&gt;&#224; l'horizon 2035&lt;/i&gt; &#187;, cette &#233;ch&#233;ance est jug&#233;e illusoire&#8230; par l'&#201;tat lui-m&#234;me. Dans une version de travail d'un rapport gouvernemental d&#233;nich&#233;e par le m&#233;dia &lt;i&gt;Contexte &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Nucl&#233;aire : pas encore lanc&#233;s, les futurs EPR d&#233;j&#224; en retard et plus chers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, on apprend que l'administration vise plut&#244;t une mise en service en 2040. En cas de &#171; &lt;i&gt;sc&#233;nario fortement d&#233;grad&#233;&lt;/i&gt; &#187;, le d&#233;marrage serait m&#234;me repouss&#233; au-del&#224; de 2045...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comble, c'est qu'alors que le nucl&#233;aire se pose en solution miracle au d&#233;r&#232;glement climatique, il y est lui-m&#234;me extr&#234;mement vuln&#233;rable. Ces derni&#232;res ann&#233;es, les r&#233;acteurs fran&#231;ais commencent d&#233;j&#224; &#224; souffrir de la s&#233;cheresse. En ao&#251;t 2018, les centrales du Bugey (Ain) et de Saint-Alban (Is&#232;re) ont d&#251; &#234;tre partiellement arr&#234;t&#233;es afin de pr&#233;server la faune et la flore du Rh&#244;ne : recrach&#233;e dans la nature, l'eau r&#233;chauff&#233;e par le refroidissement des centrales aurait dangereusement augment&#233; la temp&#233;rature du fleuve, d&#233;j&#224; impact&#233;e par une vague de chaleur. Cette ann&#233;e, c'est d&#232;s le mois de mai que le probl&#232;me s'est pos&#233; &#224; la centrale du Blayais (Gironde). Pire : durant l'&#233;t&#233;, cinq centrales ont &#233;t&#233; autoris&#233;es &#224; rejeter leurs eaux chaudes dans les rivi&#232;res pour cause de risque de p&#233;nurie &#233;lectrique, en d&#233;pit des potentiels d&#233;g&#226;ts sur la biodiversit&#233; aquatique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le comble, c'est qu'alors que le nucl&#233;aire se pose en solution miracle au d&#233;r&#232;glement climatique, il y est lui-m&#234;me extr&#234;mement vuln&#233;rable.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; long terme, ce sont surtout des enjeux de s&#251;ret&#233; qui vont se poser. Cons&#233;quence du r&#233;chauffement global, les paysages vont se modifier durablement (mont&#233;e des eaux marines, par exemple) et les catastrophes climatiques (s&#233;ismes, tsunamis, inondations, s&#233;cheresses, temp&#234;tes, etc.) risquent de se multiplier au cours des prochaines d&#233;cennies. Les centrales ont donc des chances de se retrouver confront&#233;es &#224; des situations extr&#234;mes non anticip&#233;es au moment de leur conception &lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce sujet, lire &#171; Le r&#233;chauffement climatique met en &#233;vidence la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;Le nucl&#233;aire est une industrie dangereuse et complexe, qui n&#233;cessite une pr&#233;visibilit&#233; tr&#232;s forte&lt;/i&gt; &#187;, pointe Charlotte Mijeon, du r&#233;seau Sortir du nucl&#233;aire. Or, le r&#233;chauffement climatique, c'est l'inconnu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Et les d&#233;chets ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Reste la sempiternelle question des d&#233;chets, que Jean-Marc Jancovici balaye d'un revers de la main, arguant sur le site d'Orano (ex-Areva) qu'ils &#171; &lt;i&gt;n'ont jamais fait un seul mort&lt;/i&gt; &#187;. Les plus dangereux de ces d&#233;chets resteront tout de m&#234;me radioactifs pendant pr&#232;s d'un million d'ann&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce front-l&#224; aussi, l'&#201;tat avance. D&#233;but juillet, la future poubelle nucl&#233;aire de Bure (Meuse) a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e d'utilit&#233; publique. Une &#233;tape importante : si le recours que les opposants au projet s'appr&#234;tent &#224; d&#233;poser n'aboutit pas, l'Agence nationale pour la gestion des d&#233;chets radioactifs (Andra) pourra recourir &#224; l'expropriation pour r&#233;cup&#233;rer le foncier qui lui manque encore. &#171; &lt;i&gt;Rien ne doit arr&#234;ter la relance du nucl&#233;aire en France&lt;/i&gt; &#187;, grimace Charlotte Mijeon, qui d&#233;nonce entre autres un projet &#171; &lt;i&gt;pas m&#251;r&lt;/i&gt; &#187; technologiquement. Sur place, la r&#233;sistance continue de s'organiser.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.contexte.com/article/energie/info-contexte-nucleaire-pas-encore-lances-les-futurs-epr-deja-en-retard-et-plus-chers_140631.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nucl&#233;aire : pas encore lanc&#233;s, les futurs EPR d&#233;j&#224; en retard et plus chers&lt;/a&gt; &#187; (26/10/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; ce sujet, lire &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/05/15/nucleaire-le-rechauffement-climatique-met-en-evidence-la-vulnerabilite-des-centrales-a-l-elevation-des-temperatures_6126175_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le r&#233;chauffement climatique met en &#233;vidence la vuln&#233;rabilit&#233; des centrales &#224; l'&#233;l&#233;vation des temp&#233;ratures&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (15/05/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La parole est &#224; la d&#233;fonce</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;En mati&#232;re de drogues, toute exp&#233;rience est singuli&#232;re. Quel que soit le produit, chacun, chacune y vient et le consomme &#224; sa mani&#232;re. Voil&#224; ce que racontent les r&#233;cits intimes qui suivent, r&#233;colt&#233;s aupr&#232;s de personnes de notre entourage : des histoires de conso &#8211; pass&#233;e ou pr&#233;sente &#8211; et les raisons qui y ont pouss&#233; les unes et les autres. Si on a choisi de faire figurer ici alcool et antid&#233;presseurs, c'est qu'&#224; CQFD, l'id&#233;e selon laquelle il y aurait des drogues plus propres que d'autres (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH106/duras_picole1-b45d8.jpg?1779678135' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En mati&#232;re de drogues, toute exp&#233;rience est singuli&#232;re. Quel que soit le produit, chacun, chacune y vient et le consomme &#224; sa mani&#232;re. Voil&#224; ce que racontent les r&#233;cits intimes qui suivent, r&#233;colt&#233;s aupr&#232;s de personnes de notre entourage : des histoires de conso &#8211; pass&#233;e ou pr&#233;sente &#8211; et les raisons qui y ont pouss&#233; les unes et les autres. Si on a choisi de faire figurer ici alcool et antid&#233;presseurs, c'est qu'&#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, l'id&#233;e selon laquelle il y aurait des drogues plus propres que d'autres nous para&#238;t bien hypocrite. Place aux mots des premi&#232;res et premiers concern&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je me croyais plus forte que tout &#187; / (&lt;i&gt;P&#233;n&#233;lope, ex-consommatrice d'h&#233;ro&#239;ne et de crack&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai commenc&#233; par prendre de l'h&#233;ro &#224; 16 ans, le jour o&#249; une copine qui avait essay&#233; m'a dit : &#8220;C'est trop g&#233;nial, je connais le dealer, viens, je te le pr&#233;sente !&#8221; J'&#233;tais dans un coll&#232;ge de bourges dans le Marais &#224; Paris, ann&#233;es 1980, o&#249; d&#233;j&#224; on sniffait de la colle. Quand je voyais les punks aux Halles, je voulais tra&#238;ner avec eux, leur ressembler. Alors je suis vite tomb&#233;e dans l'h&#233;ro. J'avais un rituel : un gros trait avant le caf&#233; du matin, &#231;a lan&#231;ait la journ&#233;e. Je me croyais plus forte que tout : j'&#233;tais belle, jeune, j'allais conqu&#233;rir le monde. Et puis le monde des gens normaux ne m'int&#233;ressait pas, tandis que la drogue m'en ouvrait un autre, avec la musique &#8211; en t&#234;te The Stranglers &#8211;, l'art&#8230; Dans le m&#234;me temps, je tra&#238;nais souvent dans un milieu un peu snob, et l'h&#233;ro &#231;a avait un c&#244;t&#233; politique, &#231;a me mettait ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces dix ans de consommation, il y a eu &#233;videmment des drames, notamment avec ma famille. Mais il y a eu autant de d&#233;couvertes, avec des lieux et des gens un peu fous, en bien comme en mal. &#199;a cr&#233;ait des situations. Tu connais les queues de renard ? C'est quand t'as pris de l'h&#233;ro, que t'as la gerbe et que t'as pas le temps d'arriver jusqu'aux chiottes du bar o&#249; tu es &#8211; &#231;a fait un vomi en forme de queue de renard. Ceci dit, l'h&#233;ro, surtout quand tu te l'injectes pas, &#231;a peut rester relativement g&#233;rable. C'est aussi plus subtil que d'autres drogues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, j'ai d&#233;couvert le crack. Je pensais na&#239;vement que &#231;a me ferait arr&#234;ter l'h&#233;ro. R&#233;sultat : &#224; 24 ans je me suis retrouv&#233;e accro aux deux. Je vivais &#224; Paris, &#224; Stalingrad, avec mon mec de l'&#233;poque, et je pense dans le fond que j'ai pris du crack pour le d&#233;go&#251;ter, parce qu'il ne voulait pas me quitter. Niveau plaisir, c'est le seul truc qui peut d&#233;passer l'h&#233;ro. Par contre, tu bascules vite. T'es d&#233;gueulasse, tu fais des trucs d&#233;gueulasses. J'ai consomm&#233; &#231;a pendant environ deux ans. J'&#233;tais de plus en plus grill&#233;e dans le quartier, sans thunes, avec plein d'embrouilles craignos. Un dealer gentil dont j'&#233;tais proche m'a dit un jour : &#8220;Il y a trop de contrats sur ta t&#234;te, tu dois te casser.&#8221; Il m'a fil&#233; un billet de train pour Londres et pas mal de dope pour &#233;viter le manque &#8211; j'ai tout pris dans le train. Et c'est &#224; partir de Londres que je me suis &#233;loign&#233;e de tout &#231;a. J'ai &#233;t&#233; en cure de d&#233;sintox', j'ai repris le contr&#244;le &#8211; depuis, je me suis refait une sant&#233; et une vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en ai souffert, mais la drogue m'a aussi port&#233;e. J'ai toujours gard&#233; un optimisme. Et je voyais l'addiction comme une forme de subversion. &#192; chaque fois que je me sentais pas en ad&#233;quation, j'utilisais la drogue, avec un c&#244;t&#233; fuck you ! &#8211; sauf que c'est moi que je d&#233;truisais... Ensuite c'est quelque chose qui te constitue, que tu gardes en toi. &lt;i&gt;Once an addict, always an addict.&lt;/i&gt; Malgr&#233; tout, je me rappellerai toujours des kifs et du c&#244;t&#233; lumineux de tout &#231;a. Les probl&#232;mes ne sont pas termin&#233;s, maintenant c'est l'alcool, mais je me soigne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Comme une potion magique &#187; / (&lt;i&gt;Greg, consommateur outrancier d'alcool depuis quinze ans&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi j'ai bu et je bois ? Pas facile &#224; r&#233;sumer. Je crois que &#231;a me renvoie d'abord &#224; la sensation ressentie quand j'ai d&#233;couvert, au lyc&#233;e, qu'il existait ce produit capable de me sortir temporairement d'une angoisse sociale carabin&#233;e qui me pourrissait la vie. J'&#233;tais pas bien dans mon corps, tout me stressait, et voil&#224; qu'ing&#233;rer ce liquide rose, rouge ou blanc (j'ai commenc&#233; au vin) rendait l'existence plus facile, plus fluide. Le ticket d'or ! Comme une potion magique qui aidait &#224; repousser ce qui me raidissait, tout en envoyant bouler les convenances pour peu qu'on pousse un chou&#239;a le bouchon &#8211; &#224; la punk. D'autant que je m'abreuvais dans le m&#234;me temps d'une contre-culture assoiff&#233;e, de Bukowski aux Sex Pistols, et que &#231;a donnait une aura &#224; la d&#233;glingue, presque une mystique. Pendant des ann&#233;es, ma sociabilit&#233; sous quasiment toutes ses formes, qu'il s'agisse d'amiti&#233;, de concerts, de manifs, de r&#233;seau pro ou d'amour, a donc &#233;t&#233; forc&#233;ment li&#233;e &#224; l'horizon du boire &#8211; des petits verres ou de grandes bouteilles, selon l'ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, &#231;a n'a pas toujours &#233;t&#233; une r&#233;ussite, entre r&#233;veils en cellule de d&#233;grisement et trous noirs &#224; r&#233;p&#233;tition, mais &#231;a a aussi cr&#233;&#233; pas mal d'envol&#233;es chouettes, de moments gris&#233;s, d'&#233;lans po&#233;tiques &#8211; une mani&#232;re de flouter le monde pour mieux l'enchanter. Et puis, c'est parfois agr&#233;able de s'effacer, de s'oublier dans la lourde ivresse &#8211; enfin dans mon cas. Sachant aussi que je ne me suis jamais r&#233;v&#233;l&#233; violent ou agressif dans mes ivresses, seulement con et balbutiant &#8211; &#231;a aide. Le probl&#232;me c'est qu'au fil du temps, l'aspect magique dispara&#238;t. Que les r&#233;veils sont toujours plus durs. Que les marques physiques commencent &#224; poindre sur le visage (et le foie ?). Et que j'en arrive souvent &#224; boire pour boire, sans cr&#233;ation, sans magie. Chez soi, les jours d'angoisse, &#231;a donne parfois des strat&#233;gies sous forme d'arithm&#233;tique bien triste &#8211; combien de verres avant de sortir de l'appart' ? Et en soci&#233;t&#233;, une r&#233;currence du boire trop vite qui efface tout le c&#244;t&#233; chaleureux et festif de la picole, tout en te propulsant dans la honte au r&#233;veil. C'est pour &#231;a qu'&#224; un moment j'ai essay&#233; de creuser, via une d&#233;marche psy, ce qu'ainsi j'essayais d'effacer, d'anesth&#233;sier. Sauf que j'ai jamais mis le doigt sur une cause &#233;vidente. C'est sans doute un tas de trucs amalgam&#233;s. En tout cas, j'ai de plus en plus l'impression d'avoir fait le tour de ce que l'alcool pouvait m'apporter et j'ai en t&#234;te d&#233;sormais d'&#234;tre plus malin dans mon rapport &#224; lui, tout en trouvant d'autres b&#233;quilles &#8211; que &#231;a ne finisse pas par me d&#233;finir comme individu, ou par m'envoyer dans la tombe. Quinze ans pour tirer ce constat, c'est pas glorieux, je sais, mais on fait comme on peut&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Sortir de soi et y retourner tr&#232;s vite &#187; / (&lt;i&gt;Louise, consommatrice de coca&#239;ne et d'amph&#233;tamines&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les premi&#232;res fois o&#249; je rencontre vraiment la drogue, les produits chelous bien dos&#233;s de l'internet mondial, c'est avec mon amoureux de l'&#233;poque. J'ai la vingtaine, je suis coinc&#233;e, un peu prude, assez timide et, du haut de mon m&#232;tre quatre-vingts, assez impressionn&#233;e par les grandes personnes. Alors je sniffe, je gobe. Un peu, beaucoup. Puis &#231;a devient syst&#233;matique dans l'intimit&#233; que je partage avec cet homme. C'est l'explosion : je sors de ce corps qui me fait d&#233;faut, je me sens plus int&#233;ressante, plus curieuse, plus cultiv&#233;e, plus d&#233;sirable. Mes blocages sexuels volent en &#233;clat, mes complexes s'&#233;vanouissent. Alors je continue, je m'ab&#238;me, je me d&#233;fonce, je fais des trucs que j'ai pas forc&#233;ment envie de faire. La drogue devient l'&#233;quation de ma sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis ma consommation se fait plus solitaire, moins intense dans le champ de bataille de ma sexualit&#233;, voire parfois bien glauque. Je me mets &#224; la 3-MMC, une mol&#233;cule de synth&#232;se de la famille des cathinones, bien d&#233;gueu, bien addictive. Je me coupe de moi, de mes &#233;motions, de mes sensations. En r&#233;alit&#233;, je tombe dans une grosse d&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, c'est la coca&#239;ne qui m'accompagne dans mes journ&#233;es solitaires. Caf&#233;-trace le matin, le petit-d&#233;j' des championnes : je vais la bouffer, cette journ&#233;e ! Un rendez-vous avec un pote ? Hop, une petite trace ! Un mail &#224; &#233;crire ? Allez, une autre ! La vaisselle &#224; faire ? Bon OK, une derni&#232;re. Mais la motivation dispara&#238;t toujours au bout de la deuxi&#232;me. D'une drogue sociale j'ai fait une drogue solitaire, une d&#233;fonce qui me permet de m'affronter, moi et mes d&#233;mons, sans les diluer dans une pseudo-sociabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'envisagerai toujours ma vie avec des trucs &#224; sniffer pas loin. Parce que j'y cherche toujours ce d&#233;calage, ce &lt;i&gt;fucking&lt;/i&gt; l&#226;cher-prise, ce moment o&#249; ton corps et ta t&#234;te d&#233;cident ensemble de te foutre un peu la paix. En fait, une d&#233;fonce r&#233;ussie, c'est comme l'orgasme, on sait qu'il existe mais on l'attend toujours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je me fous la paix &#187; / (&lt;i&gt;Edith, consommatrice d'antid&#233;presseurs&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;cemment, apr&#232;s un &#233;pisode d&#233;pressif plus s&#233;v&#232;re que d'habitude, je me suis retrouv&#233;e &#224; amorcer un traitement d'ISRS&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Inhibiteur s&#233;lectif de recapture de s&#233;rotonine.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, la dose minimum : 20 mg. J'ai toujours eu un temp&#233;rament triste mais je n'avais jamais vraiment envisag&#233; la prise d'antid&#233;presseurs. J'avais l'impression que c'&#233;tait pas pour moi, mais pour ceux qui &#233;taient plus gravement touch&#233;s. Moi j'avais appris &#224; vivre avec, et m&#234;me &#224; en faire un trait central de mon identit&#233; : je faisais rire de mon manque d'entrain. Bien s&#251;r j'avais suivi un nombre cons&#233;quent de th&#233;rapies en tous genres depuis mon adolescence. Mais il est sacr&#233;ment long, le chemin de la r&#233;paration et de l'acceptation de son pass&#233;. Et puis le Covid m'a bien mise dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers jours du traitement, j'ai la sensation, &#224; juste titre, d'&#234;tre en descente de drogue. En mode zombie, affal&#233;e sur mon canap&#233;, je suis trop mal. Mais &#224; la fin de la semaine, je pars prendre des vacances avec des amies. J'&#233;tais r&#233;solue &#224; ne pas boire d'alcool, et je m'y suis tenue &#8211; cela devait faire dix ans que je n'avais pas fait de cure de plus de dix jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, coup de baguette chimique, &#231;a marche vraiment, j'ai l'impression d'&#234;tre non stop en mont&#233;e de MDMA. Le pied. Exit les angoisses permanentes et le stress g&#233;n&#233;r&#233; par le moindre truc. Je me fous la paix. Et surtout, je vois les diff&#233;rents aspects de ma vie sous un angle positif. &#199;a me perturbe, surtout au d&#233;but. Je ne me reconnais pas, et les autres non plus. Mon amoureux me dit m&#233;tamorphos&#233;e. Euphorique. Je me sens l&#233;g&#232;re, rien ne m'atteint assez pour que je me prenne la t&#234;te comme je faisais avant. Ma m&#233;moire op&#232;re un tri drastique, je ne retiens plus qu'un dixi&#232;me de ce que les gens me racontent. Je d&#233;limite mieux, en termes d'affects, ce qui est de mon ressort et ce qui ne m'appartient pas. Je m'extirpe de noeuds dans lesquels j'&#233;tais bloqu&#233;e, pour certains depuis des ann&#233;es. L'impression d'&#234;tre sur un petit nuage, que tout glisse sur moi. C'est fluide, quoiqu'un peu dans le brouillard. Je me sens bien, &#224; ma place, l&#233;gitime. Mue par la toute-puissance que conf&#232;re la drogue, en somme. Les sentiments n&#233;gatifs de g&#234;ne sociale, de culpabilit&#233; &#233;ternelle, de honte ultime n'ont plus droit de cit&#233;. Les choses sont &#224; leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un truc me chiffonne cependant : depuis le d&#233;but du traitement, je n'atteins plus l'orgasme. Ma libido est plus ou moins intacte mais je reste neutralis&#233;e, maintenue &#224; un seuil maximum d'excitation. Je p&#232;se rapidement le pour et le contre, et j'en conclus que le reste en vaut la peine, tant pis pour la jouissance. Enfin, &#224; moyen terme. Faut pas d&#233;conner. &#199;a renforce quand m&#234;me mon d&#233;sir de ne pas poursuivre ind&#233;finiment les antid&#233;p'. &#199;a, et puis le reste : la fatigue, d'abord. Mais aussi le fait que la m&#233;moire imm&#233;diate soit consid&#233;rablement amoch&#233;e. Et puis toujours cette impression de planer, d'avoir deux de tension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ressens parfois cette sensation fugace d'&#234;tre comme anesth&#233;si&#233;e. Et je ne sais plus quoi penser de ce lien de causalit&#233; qui revient &#224; se faire aider par la chimie. Je crois que je ne veux plus me sentir autant d&#233;connect&#233;e de la r&#233;alit&#233;, si agr&#233;able que ce soit. Je suis ravie d'avoir atteint un tel degr&#233; de d&#233;tachement et de confiance en moi, mais j'en per&#231;ois les limites. Au bout de trois mois, je commence &#224; r&#233;duire de moiti&#233; les doses. Je redescends rapidement de mon petit nuage, &#224; regret il faut l'avouer. Mais j'ai en t&#234;te que cette b&#233;quille existe. Et je sais d&#233;sormais intimement &#224; quoi peut ressembler la vie quand on est bien, avec la ferme intention de garder &#231;a pr&#233;cieusement au fond de moi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Percuter son rapport &#224; la r&#233;alit&#233; &#187; / (&lt;i&gt;Simon, un temps consommateur de k&#233;tamine&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai tir&#233; mes premi&#232;res lignes de k&#233;tamine dans un environnement festif. C'&#233;tait agr&#233;able, d&#233;sinhibant et &#231;a faisait voyager. C'est le propre de ce produit qui entra&#238;ne une forte euphorie, une modification de la r&#233;alit&#233; per&#231;ue, des hallucinations visuelles, une perte de contr&#244;le sur son corps ou, &#224; plus forte dose, une anesth&#233;sie compl&#232;te. J'ai vite appr&#233;ci&#233; les sensations que &#231;a m'apportait, ces moments de pause... Et j'ai aussi tellement ri avec des potes que quand &#231;a se pr&#233;sentait, je sautais sur l'occasion. Puis la consommation s'est banalis&#233;e. De plus en plus. Jusqu'au tous les jours, et trop. Ce que je cherchais ? Creuser toujours plus profond dans les m&#233;andres de ma conscience. J'ai aussi v&#233;cu plein d'exp&#233;riences intrigantes dans ces univers d'ailleurs. Par exemple, sous l'emprise de la k&#233;ta, j'avais l'impression d'&#234;tre en contact avec l'histoire des objets qui m'entouraient. Si je jouais du piano, je m'imaginais comment on avait invent&#233; cet instrument, et je me sentais en connexion avec son histoire et celle des gens qui l'avaient utilis&#233; avant moi. Les effets visuels sont assez sympas aussi. Au piano encore, selon les gammes et l'ambiance de ce que je jouais, j'ai d&#233;j&#224; vu les touches se colorer, tout en g&#233;om&#233;trie, comme en harmonie avec la couleur de la musique jou&#233;e. La curiosit&#233; m'a pouss&#233; &#224; vouloir en permanence mettre ce filtre pour voir l'autre face du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recherche de soi, compr&#233;hension des autres, appr&#233;hension du monde... Je trouvais des raisons pour justifier ma consommation, qui en cachaient finalement d'autres. Je prenais de la k&#233;ta parce qu'elle m'envoyait loin des soucis du quotidien, chassait l'angoisse, adoucissait le pr&#233;sent. Je profitais pleinement de l'instant, m&#234;me si la r&#233;alit&#233; &#233;tait une montagne de trucs gal&#232;res &#224; g&#233;rer. Sous l'effet, j'ai pu d&#233;lirer des heures sur de la musique, une peinture, des plantes&#8230; Les imp&#233;ratifs &#8211; r&#233;pondre aux messages, faire le m&#233;nage, payer mes factures ou passer ce coup de fil urgent &#8211; perdaient toute importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pris de la k&#233;tamine parce qu'elle me faisait du bien. Je sais pourquoi je n'en prends plus. Un ami m'a dit un jour : &#8220;Si Jules Verne a d&#233;crit le tour du monde en 80 jours, vous, vous faites le tour du jour en 80 mondes.&#8221; Et c'&#233;tait vrai. Je crois qu'aucun ancrage n'est possible lorsque l'on percute autant son rapport &#224; la r&#233;alit&#233;. Pour moi, au final, la k&#233;tamine est une fausse amie des passionn&#233;s de psych&#233;d&#233;liques. Tous ses effets r&#233;pondent &#224; premi&#232;re vue &#224; ce qu'on attend d'un psych&#233;d&#233;lique comme, par exemple, le LSD : modifications visuelles et sensorielles, changement de point de vue... Et aussi : pas de descente, pas de contrecoup direct. Mais ce n'est qu'une impression : &#224; faible dose, elle est en fait un puissant anxiolytique, ce qui change tout. Finalement, ce sont ces effets que je recherchais, car j'&#233;tais dans une p&#233;riode assez compliqu&#233;e et dark apr&#232;s une douloureuse s&#233;paration, et &#224; un moment o&#249; je ne savais pas du tout quelle &#233;tait ma direction. Or cette famille de m&#233;dicaments (dont la pharmacop&#233;e moderne raffole) ne cible pas les causes du mal-&#234;tre, mais ses sympt&#244;mes. Quand on en abuse, ils emp&#234;chent le cerveau et l'esprit de r&#233;tablir un fonctionnement sain par un travail de fond. De mon exp&#233;rience d'amateur de substances en tout genre, la k&#233;tamine devrait garder sa place d'anesth&#233;siant : j'en ai en t&#234;te des sc&#232;nes o&#249; j'aurais voulu r&#233;agir vivement, affirmer ma position, tenter de d&#233;nouer une situation, me concentrer sur ce qui me semblait important, et qui se sont d&#233;roul&#233;es sous mes yeux sans que les mots ne me viennent o&#249; que j'aie l'&#233;nergie d'intervenir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense aussi que l'usage r&#233;cr&#233;atif de plus en plus r&#233;pandu de la k&#233;tamine risque de nuire grandement &#224; la sc&#232;ne alternative. On en trouve partout ! Dans les lieux autog&#233;r&#233;s, les f&#234;tes, les milieux militants. Et &#231;a reste quelque chose qui ralentit. On r&#233;agit moins, on pense diff&#233;remment, et les r&#233;flexes sont&#8230; anesth&#233;si&#233;s. Pour une contre-culture, qui voudrait construire d'autres bases que le monde de merde qui nous entoure, et r&#233;agir avec les dents quand l'oppresseur opprime trop, la k&#233;ta n'est s&#251;rement pas la meilleure arme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Faire durer l'enfance &#187; / (&lt;i&gt;Pablo, longtemps consommateur d'h&#233;ro&#239;ne&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai connu l'h&#233;ro&#239;ne peu apr&#232;s &#234;tre parti de chez mes parents pour m'installer dans un quartier populaire de Marseille. J'&#233;tais tr&#232;s jeune, 17 ans, et la drogue &#233;tait partout dans la ville. Il y avait les suites de la French Connection, les d&#233;buts du punk, une ville alors sinistr&#233;e &#8211; tout &#233;tait r&#233;uni pour que les jeunes consomment, si bien qu'autour de moi, &#231;a tournait beaucoup. J'ai tout de suite aim&#233; les effets de l'h&#233;ro, mais j'adorais aussi les drogues psych&#233;d&#233;liques, notamment les acides. Et je crois que je prenais de l'h&#233;ro&#239;ne dans la m&#234;me optique que les produits plus &#8220;psych&#233;&#8221; : m'ouvrir au monde, sortir de mes blocages. Je d&#233;couvrais le Velvet Underground et Lou Reed, le cin&#233;ma de John Cassavetes, des univers autres, tr&#232;s tentants. C'&#233;tait une &#233;poque d'effervescence ; j'avais l'impression de faire durer l'enfance, de go&#251;ter au fruit d&#233;fendu. Et je me souviens m&#234;me d'une forme de d&#233;ception apr&#232;s ma premi&#232;re exp&#233;rience d'h&#233;ro : &#231;a n'allait pas assez loin, &#231;a manquait de visions. &#192; l'&#233;poque on prenait tout, on sniffait aussi de l'&#233;ther, de l'eau &#233;carlate, du trichlo &#8211; on n'&#233;tait pas regardants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais &#233;t&#233; vraiment accro, question de chance. Parce qu'autour de moi, beaucoup de gens sont morts, d'overdose ou du sida. Mais quelque chose m'a emp&#234;ch&#233; de tomber totalement dedans, m&#234;me s'il m'est arriv&#233; de me shooter tous les jours pendant une semaine. Le simple fait de voir une shooteuse me donnait directement ce go&#251;t de m&#233;tal si caract&#233;ristique dans la bouche&#8230; Je me rappelle de cette fois o&#249; un ami m'a rembours&#233; une dette en me filant dix grammes d'h&#233;ro pure. Ce jour-l&#224;, on s'est regard&#233;s avec ma copine et on s'est dit que si on gardait tout pour nous, on n'en sortirait jamais. Alors on a voulu la revendre, mais &#231;a a &#233;t&#233; un fiasco, on l'a mal coup&#233;e&#8230; Reste que &#231;a a sans doute &#233;vit&#233; qu'on devienne des junkies. Tout &#231;a, c'est des coups de chance. Ou l'instinct de survie. Comme cette fois o&#249; la soeur de ma copine, morte peu apr&#232;s du sida dont elle &#233;tait infect&#233;e sans le savoir, m'a propos&#233; de me faire un shoot avec sa seringue : j'en avais tr&#232;s envie, mais j'ai d&#233;clin&#233;. Je me souviens aussi de Frenzy, un copain rockeur de cit&#233; que j'adorais, beau comme un dieu, qui un jour m'a secou&#233; par le colbac en pleine rue en m'engueulant : &#8220;On m'a dit que tu tombais dans l'h&#233;ro&#239;ne, t'as pas de figure !&#8221; Lui aussi est mort du sida.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, ce qui m'a sauv&#233;, c'est de partir. La curiosit&#233; que j'avais pour la drogue, je l'ai appliqu&#233;e aux voyages. Je suis parti en Angleterre, au Mexique, en Andalousie, une bonne quinzaine d'ann&#233;es en tout. Loin de Marseille, du travail en int&#233;rim et des gens qui tombaient comme des mouches &#8211; morts, en HP, en d&#233;tention... J'ai continu&#233; &#224; prendre des drogues, &#224; exp&#233;rimenter, notamment le peyotl au Mexique, qui m'a vraiment marqu&#233; &#8211; ceci dit, ce n'est pas une drogue ! &#8211; et &#224; boire beaucoup d'alcool, par p&#233;riodes. Mais &#231;a n'a jamais pris le pas sur ma vie. Il n'emp&#234;che qu'encore aujourd'hui, je peux &#234;tre tent&#233; par des exp&#233;riences de ce genre. Je me suis rendu compte par exemple qu'en cas de mal de dos ou de coup de stress, j'adorais le tramadol et ses effets. Et r&#233;cemment, je me suis d&#233;fonc&#233; avec une amie en phase terminale d'un cancer, qui avait lou&#233; un appart' en bord de mer. On s'est pay&#233; un bel hommage &#224; la vie : hu&#238;tres, petits g&#226;teaux arabes, th&#233; au gingembre et&#8230; de la morphine de synth&#232;se. C'&#233;tait un beau moment, une mani&#232;re privil&#233;gi&#233;e de se dire au revoir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Parce que Dieu n'existe pas &#187; / (&lt;i&gt;Marguerite, six litres de rouge par jour&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4665 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/duras_picole.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH478/duras_picole-df417.jpg?1779678136' width='500' height='478' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Inhibiteur s&#233;lectif de recapture de s&#233;rotonine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La&#226;youne, tombeau des invisibles</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard, Mathilde Offroy</dc:creator>


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&lt;p&gt;Autour de la capitale du Sahara occidental, territoire en pleine crise g&#233;opolitique o&#249; le Maroc r&#233;prime toute vell&#233;it&#233; ind&#233;pendantiste, d'autres drames humains se jouent. En phase avec une Europe forteresse &#233;tendant toujours plus au sud ses barri&#232;res meurtri&#232;res, les autorit&#233;s marocaines traquent les personnes venues d'Afrique subsaharienne. Au c&#339;ur d'une ville sous tension, des milliers de candidat&#183;es au passage se terrent avant d'entreprendre leur p&#233;rilleuse travers&#233;e vers les &#238;les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no210-juin-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;210 (juin 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/presque-emu" rel="tag"&gt;presque &#233;mu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH100/c7-0c615.jpg?1780102940' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Autour de la capitale du Sahara occidental, territoire en pleine crise g&#233;opolitique o&#249; le Maroc r&#233;prime toute vell&#233;it&#233; ind&#233;pendantiste, d'autres drames humains se jouent. En phase avec une Europe forteresse &#233;tendant toujours plus au sud ses barri&#232;res meurtri&#232;res, les autorit&#233;s marocaines traquent les personnes venues d'Afrique subsaharienne. Au c&#339;ur d'une ville sous tension, des milliers de candidat&#183;es au passage se terrent avant d'entreprendre leur p&#233;rilleuse travers&#233;e vers les &#238;les Canaries. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4596 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/a6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/a6-cccbf.jpg?1780102942' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photos L&#233;mi
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&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &lt;/span&gt; Regardez bien : c'est la toute premi&#232;re maison construite &#224; La&#226;youne&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Pointant du doigt une petite demeure peinte en blanc &#224; la porte de m&#233;tal piqu&#233;e de rouille, le p&#232;re Valerio semble recueilli, presque &#233;mu. C'est ici qu'en 1934 tout a commenc&#233;, explique-t-il, l'ann&#233;e z&#233;ro d'une capitale &#224; nulle autre pareille &#8211; une plaque vermoulue en fait foi. &#192; peine le temps de s'esbaudir que le pr&#234;tre de la proche cath&#233;drale Saint-Fran&#231;ois-d'Assise, construite en 1954, quand la cit&#233; &lt;i&gt;appartenait&lt;/i&gt; encore &#224; l'Espagne, nous conduit avec enthousiasme devant &#171; &lt;i&gt;le premier commerce de la ville&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;sormais petite &lt;i&gt;comida&lt;/i&gt; tenue par un transfuge de Marrakech sp&#233;cialis&#233; dans les grillades. Plus t&#244;t, le volubile pr&#233;lat nous avait longuement comment&#233; une vieille photographie noir et blanc de La&#226;youne, alors mini-ville de garnison coloniale encercl&#233;e par un d&#233;sert rocailleux, avant de fi&#232;rement nous tendre le fascicule qu'il a consacr&#233; au passage en ville dans les ann&#233;es 1970 d'une &#233;crivaine chinoise oubli&#233;e : Sanmao.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affable et enjou&#233;, &#224; contre-courant de la tension latente pesant sur les rues, Valerio, &lt;i&gt;padre del desierto&lt;/i&gt;, se veut la m&#233;moire des vieilles pierres de la ville, expert &lt;i&gt;&#232;s&lt;/i&gt; La&#226;youne d'antan. Ceci dit, il n'&#233;chappe pas totalement au pr&#233;sent. Au moment de nous quitter, sur une petite place bord&#233;e de terrasses proche de la tr&#232;s moderne avenue Hassan-II, le voil&#224; qui nous pr&#233;vient : &#171; &lt;i&gt;Faites attention &#224; ce que vous dites si vous venez dans ces caf&#233;s. Ici la plupart des consommateurs sont des truands ou des espions de la police.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Chaque quartier a sa baraque des RG &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Changement d'ambiance. Il faut dire que, aussi attachante qu'elle soit, la capitale r&#233;gionale n'a plus grand-chose &#224; voir avec la petite cit&#233; des sables pour laquelle s'enthousiasmait la proto-hippie Sanmao &#8211; laquelle a inspir&#233; au p&#232;re Valerio cet &#233;lan litt&#233;raire : &#171; &lt;i&gt;Sanmao a donn&#233; vie et sens au d&#233;sert ; c'est au d&#233;sert qu'elle avait entendu les pleurs des chameaux et le sens des dunes.&lt;/i&gt; &#187; Si des dromadaires &lt;i&gt;pleurent&lt;/i&gt; encore pr&#232;s de l'oued Seguia el-Hamra&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Litt&#233;ralement, &#171; le canal rouge &#187;. Les Espagnols ont choisi le site de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; bordant la ville au nord-est, et si subsistent encore quelques &#171; maisons &#339;ufs &#187; aux toits en d&#244;me, La&#226;youne a grandement mu&#233;. Dans un amoncellement de cubes roses et gris de quelques &#233;tages, les quartiers r&#233;sidentiels jouxtent d&#233;sormais des quartiers plus commer&#231;ants aux rues bord&#233;es d'&#233;tals. Au fil du temps, la ville a enfl&#233; sur ses bases, notamment dans les ann&#233;es 1990, s'&#233;tendant vers le sud au point de compter aujourd'hui environ 250 000 habitants, pour la plupart Marocains &#233;loign&#233;s de la culture sahraouie. Car depuis 1975, le royaume ch&#233;rifien exerce d'une main de fer sa mainmise sur le Sahara occidental et ses richesses mini&#232;res, r&#233;primant violemment les vell&#233;it&#233;s d'ind&#233;pendance du peuple sahraoui, apr&#232;s avoir vivement encourag&#233; ses ressortissants &#224; s'y installer en masse pour diluer ses particularit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quence : il r&#232;gne dans la cit&#233; une parano palpable, comme diffus&#233;e par le vent du d&#233;sert, assourdissant toute voix dissonante. Le ton est donn&#233; sur la route qui descend du nord depuis Tarfaya, o&#249; barrages et contr&#244;les se succ&#232;dent. Une fois &#224; l'int&#233;rieur de la ville, les b&#226;timents &#224; vocation militaire ou polici&#232;re hissent leurs aust&#232;res fa&#231;ades &#224; tous les coins de rue. Partout, on croise des contingents de forces de l'ordre &#8211; fourgons de la S&#251;ret&#233; nationale, grad&#233;s sigl&#233;s &#171; commando &#187;, civils patibulaires, camions-citernes kakis en goguette, policiers quill&#233;s en terrasse, &#233;missaires de l'ONU&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Mission des Nations unies pour l'organisation d'un r&#233;f&#233;rendum au Sahara (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; d&#233;s&#339;uvr&#233;s... Jusqu'aux vendeurs de clopes &#224; l'unit&#233; qui arborent des casquettes &#171; Police &#187;, ou &#224; ce doberman tra&#238;n&#233; par des m&#244;mes hilares et v&#234;tu d'un gilet &#171; &lt;i&gt;Police dog&lt;/i&gt; &#187;. Ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Chaque quartier a sa baraque des RG [Renseignement g&#233;n&#233;raux] ; pour moi, un habitant marocain de La&#226;youne sur cinq est un flic&lt;/i&gt; &#187;, estime au doigt mouill&#233; un camarade s&#233;n&#233;galais. Inv&#233;rifiable. Plausible. Ce qui est s&#251;r : nous sommes au &#171; sud du Maroc &#187;, les mots de &#171; Sahara occidental &#187; n'ont pas droit de cit&#233; en public, pas plus que le nom du Front Polisario&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Front populaire de lib&#233;ration de la Saguia el-Hamra et du R&#237;o de Oro.&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; qui lutte pour l'ind&#233;pendance du territoire &#8211; la derni&#232;re colonie d'Afrique. Au risque, sinon, de se faire expulser &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt;, m&#233;saventure arriv&#233;e d&#233;but 2019 &#224; Nicolas Marvey, le pr&#233;c&#233;dent &#233;missaire de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Sahara occidental : voir La&#226;youne et repartir (de force) &#187;, CQFD n&#176; 176 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &#192; premi&#232;re vue, cette &lt;i&gt;omerta&lt;/i&gt; nous concerne peu, puisque nous sommes d'abord venus enqu&#234;ter sur la condition des personnes exil&#233;es de passage &#224; La&#226;youne. Le hic : les deux questions sont li&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un secret de polichinelle : dans le cadre de la politique d'externalisation des fronti&#232;res de l'Espagne et, partant, de l'Europe, le Maroc a de longue date endoss&#233; le r&#244;le de garde-chiourme en chef. Autour des enclaves ib&#233;riques de Ceuta et Melilla, mais aussi des grandes villes de Nador ou Oujda, les policiers marocains sont ainsi charg&#233;s de la sale besogne visant &#224; dissuader les migrant&#183;es subsaharien&#183;nes de pousser plus avant leur projet&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que documente bien un rapport de l'association marocaine Gadem : &#171; Co&#251;ts (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Une politique qui, par ricochet, a transform&#233; La&#226;youne en &#233;tape centrale du p&#233;riple migratoire. Depuis que le passage vers l'Espagne continentale est devenu difficile voire impossible &#224; partir du nord du pays, c'est d'ici que s'organisent les exp&#233;ditions pour les zones de d&#233;parts de bateaux visant les &#238;les Canaries. Toujours plus nombreuses, les embarcations s'&#233;lancent depuis le littoral qui s'&#233;tend de Tan-Tan &#224; Dakhla, soit une c&#244;te de pr&#232;s de mille kilom&#232;tres &lt;i&gt;(voir carte)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4610 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200cartelaacyouneok_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH638/1200cartelaacyouneok_resultat-420ab.jpg?1780102943' width='500' height='638' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Carte de C&#233;cile Kiefer
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cent rapport du r&#233;seau AlarmPhone sur la zone indique que 7 430 personnes ont r&#233;ussi la travers&#233;e entre janvier et f&#233;vrier 2022, contre 3 915 pour la m&#234;me p&#233;riode en 2021 &lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La Marchandisation des fronti&#232;res &#8211; Comment la militarisation de l'UE (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Une &#233;volution qui explique en partie un r&#233;cent s&#233;isme diplomatique : le 18 mars dernier, le premier ministre espagnol Pedro S&#225;nchez a en effet infl&#233;chi la position historique du pays sur le Sahara occidental. Alors que l'Espagne affichait jusqu'ici une relative neutralit&#233; sur la question, son gouvernement a soudain estim&#233; que le plan du royaume de Mohammed VI pour le territoire constituait une position &#171; &lt;i&gt;s&#233;rieuse, r&#233;aliste et cr&#233;dible&lt;/i&gt; &#187;, au m&#233;pris du droit des Sahraouis &#224; l'autod&#233;termination&lt;a href=&#034;#nb8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Droit constamment r&#233;affirm&#233; par l'ONU, derni&#232;rement dans sa r&#233;solution n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;. L'objectif pour Madrid, dans cet &#233;change de bons proc&#233;d&#233;s : entre autres, encourager Rabat &#224; se montrer encore plus ferme dans sa lutte contre l'immigration dite ill&#233;gale. En termes diplomatiques, le communiqu&#233; du gouvernement marocain annon&#231;ant le revirement espagnol pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;[Nous affichons notre] d&#233;termination &#224; relever ensemble les d&#233;fis communs, notamment la coop&#233;ration pour la gestion des flux migratoires dans la M&#233;diterran&#233;e et l'Atlantique, en agissant toujours dans un esprit de pleine coop&#233;ration.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; La&#226;youne m&#234;me, ce bel esprit de &#171; &lt;i&gt;pleine coop&#233;ration&lt;/i&gt; &#187; a eu un effet aussi imm&#233;diat que brutal.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Chass&#233;s comme des rats &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est terrible, ce que l'on vit depuis deux mois : tous les jours il y a des rafles. &#199;a peut te tomber dessus &#224; n'importe quel moment. Ici, tout le monde a d&#233;j&#224; v&#233;cu &#231;a : ils d&#233;barquent au petit matin, cassent la porte, te volent ton portable et ton argent, puis ils te mettent dans un bus pour le nord. &#192; toi de te d&#233;brouiller pour revenir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette petite cantine ivoirienne o&#249; mijote un plat de riz et de poisson sauce arachide, pr&#232;s du quartier populaire de Skikima, les habitu&#233;&#183;es appuient sans r&#233;serve les dires de la tenanci&#232;re des lieux, portant haut tresses et &#233;l&#233;gante robe turquoise : la situation est devenue intenable, tant la police s'acharne sur les personnes subsahariennes depuis que l'Espagne a offert son soutien &#224; l'autoritarisme marocain il y a deux mois. Et si ce jour-l&#224;, ces exil&#233;&#183;es se retrouvent attabl&#233;&#183;es &#224; discuter, commentant des vid&#233;os du pays sur leurs smartphones, c'est parce qu'ils b&#233;n&#233;ficient d'un bref r&#233;pit pendant la grande pri&#232;re du vendredi apr&#232;s-midi qui occupe tout le monde, flics compris. Un trentenaire timide au sourire triste, occup&#233; &#224; ravauder un sac, confirme : &#171; &lt;i&gt;Depuis que j'ai &#233;t&#233; rafl&#233;, je pars de chez moi tous les jours &#224; cinq heures du matin, pour ne pas risquer de revivre &#231;a. Je vais me poser en plein d&#233;sert ou bien &#224; tout autre endroit &#224; l'&#233;cart des zones dangereuses.&lt;/i&gt; &#187; Dans ce marasme, personne n'est dupe des rouages qui les broient, &#224; l'image de cette dame r&#233;cemment rafl&#233;e avec sa fille de 18 ans, direction le lointain nord, avec &#224; la clef un retour aussi compliqu&#233; qu'on&#233;reux : &#171; &lt;i&gt;Tout &#231;a, c'est pour faire plaisir &#224; l'Europe.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4595 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200laayoune1_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/1200laayoune1_resultat-04828.jpg?1780102943' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Depuis que j'ai &#233;t&#233; rafl&#233;, je pars de chez moi tous les jours &#224; cinq heures du matin, pour ne pas risquer de revivre &#231;a.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Selon les rares associatifs de la ville, il y aurait aujourd'hui environ 20 000 personnes subsahariennes pr&#233;sentes &#224; La&#226;youne, issues d'une douzaine de pays, du S&#233;n&#233;gal &#224; la Sierra Leone en passant par le Niger ou la Guin&#233;e. Et la grande majorit&#233; ne r&#234;verait que d'une chose : tenter la &#171; travers&#233;e &#187;. C'est ici, dans les quartiers populaires de Skikima, Texas, Quartier 84 ou 25-Mars, que l'on fait &#233;tape avant le dernier bond vers l'embarcation. C'est aussi ici que l'on se planque, parfois des mois entiers sans sortir, dans des habitations surpeupl&#233;es aux conditions d'hygi&#232;ne douteuses. C'est ici toujours que l'on revient encore et encore apr&#232;s avoir &#233;t&#233; d&#233;port&#233; au nord et avoir endur&#233; une ou deux nuits dans des centres de tri sommaires, payant &#224; prix d'or le retour dans des &#171; voitures mafia &#187; roulant &#224; travers le d&#233;sert pour &#233;chapper aux barrages. Dans la tension ambiante, c'est une population terrifi&#233;e qui se fait invisible, terr&#233;e, dans l'attente du convoi qui les guidera jusqu'&#224; l'Atlantique et ses &#233;cueils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout cela, on discute longuement avec plusieurs personnes impliqu&#233;es dans l'Adispros (Association des immigrants des provinces du sud), install&#233;e dans un grand appartement de Skikima, aux murs orn&#233;s de mosa&#239;ques bleues. Ici, diverses communaut&#233;s se c&#244;toient, s'entraident, tentent de faire face ensemble. Qu'elles ou ils soient originaires du S&#233;n&#233;gal, de Guin&#233;e, du Niger ou de C&#244;te d'Ivoire, toutes et tous s'accordent &#224; dire que l'heure est grave. L'un raconte : &#171; &lt;i&gt;Lors d'une r&#233;cente rafle, les chefs des flics nous ont dit : &#8220;On va tous vous faire sortir de la ville.&#8221;&lt;/i&gt; &#187; Une autre s'&#233;meut de voir ses compatriotes &#171; &lt;i&gt;chass&#233;s comme des rats&lt;/i&gt; &#187;, insistant sur la violence des coups de b&#233;liers dans les portes au petit jour et sur les personnes terroris&#233;es qui parfois se cassent les jambes en sautant par les fen&#234;tres. Un troisi&#232;me souligne que le Maroc bafoue tous les droits des personnes exil&#233;es, qu'elles soient en r&#232;gle ou pas : &#171; &lt;i&gt;M&#234;me des gens qui ont la carte de r&#233;sident sont envoy&#233;s dans ces centres indignes du nord, o&#249; on te jette la bouffe &#224; la gueule et o&#249; on te frappe avant de te l&#226;cher en pleine nature. Le pire, c'est que c'est rentable : le Maroc prend l'argent de partout, de l'Europe et des migrants &#224; qui l'on d&#233;robe tout.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Tout a chang&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le tableau est sombre, repr&#233;sentatif de la r&#233;pression qui fait rage dans tout le pays. Pourtant, La&#226;youne a eu un temps la r&#233;putation d'&#234;tre moins violente pour les exil&#233;&#183;es que les fronti&#232;res du nord, notamment parce qu'y subsistait un soup&#231;on de tradition d'accueil sahraouie. Au point que certain&#183;es ont su s'y faire une place, &#224; l'image de Babacar, qui raconte qu'en d&#233;barquant il y a de longues ann&#233;es il la voyait comme sa &#171; &lt;i&gt;ville de c&#339;ur&lt;/i&gt; &#187;. Las, les temps ont chang&#233;, &#224; mesure que les routes migratoires d&#233;viaient vers la ville au moment m&#234;me o&#249; l'&#233;conomie marocaine flanchait : &#171; &lt;i&gt;D'abord, il y a eu le covid qui nous a mis &#224; genoux, avec notamment la fin du tourisme&lt;/i&gt; &#187;, raconte un chauffeur de taxi venu de Ouarzazate il y a quelques ann&#233;es et qui d&#233;chante d&#233;sormais. &#171; &lt;i&gt;Et maintenant c'est la hausse des prix de l'essence et des produits alimentaires, on n'y arrive plus&lt;/i&gt; &#187;, poursuit-il, expliquant que lui aussi songe &#224; rejoindre l'Europe. Pour les personnes en migration, la gravit&#233; de la situation est d&#233;cupl&#233;e. Plus aucune possibilit&#233; de trouver du travail pour payer la travers&#233;e, pas m&#234;me dans la ville portuaire de Dakhla, &#224; 500 kilom&#232;tres au sud, o&#249; l'on pouvait auparavant trimer dans les usines de poisson. Et un racisme qui se fait omnipr&#233;sent, les for&#231;ant d'autant plus &#224; se calfeutrer. Pr&#233;cision accablante, &#233;tay&#233;e par plusieurs t&#233;moignages : des petits magouilleurs locaux profiteraient de la situation pour racketter &#224; leur tour les exil&#233;&#183;es, copiant les m&#233;thodes de la police en toute impunit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors il reste la solidarit&#233;. Celle que porte Babacar Ndiaye, qui avec des camarades a organis&#233; des collectes aupr&#232;s de la communaut&#233; s&#233;n&#233;galaise afin d'ouvrir une maison d'accueil pour les personnes d&#233;sargent&#233;es atterrissant &#224; La&#226;youne&lt;a href=&#034;#nb8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour soutenir ce pr&#233;cieux projet qui a clairement besoin d'aide, se rendre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;. Celle aussi de ce m&#234;me Babacar et de son coll&#232;gue Abdou, qui, au sein de l'association Sakia El Hamra pour la migration et le d&#233;veloppement, o&#249; ils travaillent comme &#171; m&#233;diateurs sanitaires &#187;, s'emploient notamment &#224; identifier les d&#233;pouilles des personnes mortes en mer, tenant m&#233;ticuleusement un registre des d&#233;c&#232;s aux entr&#233;es gla&#231;antes (&#171; &lt;i&gt;Fait partie de l'accident de Zodiac du ***&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;&#201;tait sur telle embarcation de fortune avec ***&lt;/i&gt; &#187;) et informant les familles rest&#233;es au pays. Celle aussi des militants associatifs sillonnant les prisons pour identifier et apporter un soutien aux personnes subsahariennes emprisonn&#233;es souvent sans preuves pour des d&#233;lits mineurs, ou accus&#233;es d'avoir particip&#233; &#224; l'organisation de travers&#233;es, sans recours possible ni d&#233;fense &#233;quitable. Celle encore de l'Adispros, o&#249; les diff&#233;rentes communaut&#233;s se serrent les coudes dans la temp&#234;te, et o&#249; certain&#183;es r&#234;vent d'une r&#233;action de masse, &#224; l'image d'Ousmane : &#171; &lt;i&gt;Il faudrait r&#233;ussir &#224; organiser une manif contre les d&#233;portations rassemblant tout le monde, les gens qui ont la carte de r&#233;sidents et les autres. &#199;a ferait de l'effet. Mais les gens ont peur, ils sont dans la terreur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4598 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/c6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/c6-2bde8.jpg?1780102947' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais la solidarit&#233; ne suffit pas. &#192; tel point que m&#234;me chez les plus farouches partisans de l'int&#233;gration sur place qui soulignent les dangers de la route maritime, le doute se fraye un chemin. Ainsi de Clarisse, Ivoirienne et pr&#233;sidente de la section femmes de l'Adispros, classe de &lt;i&gt;lady&lt;/i&gt; et immenses lunettes de soleil au nez, qui avoue son d&#233;sarroi : &#171; &lt;i&gt;Avant, j'essayais de dissuader les femmes de traverser. Parce qu'&#224; La&#226;youne tu pouvais t'installer, faire ton petit commerce, et tu &#233;tais respect&#233;e. Mais tout a chang&#233;. Alors je vous le dis tout net : je ne sais plus quoi opposer aux souhaits de d&#233;part.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette ville tombeau, &#224; l'avenir barr&#233; d'un trait de barbel&#233;, les esprits sont plus que jamais tourn&#233;s vers un unique horizon, porteur &#224; la fois d'espoir et de mort : le mur de l'Atlantique&lt;a href=&#034;#nb8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lirel'article du m&#234;me nom, publi&#233; dans le n&#176; 209 de CQFD (mai 2022) et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Une organisation conjointe &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; une trentaine de kilom&#232;tres de la ville, au bout d'une route mang&#233;e par les dunes et sem&#233;e de tractopelles qui tentent de repousser les avanc&#233;es du sable, voici l'oc&#233;an et le grand port de La&#226;youne, dit El Marsa. Au nord comme au sud s'&#233;tendent des centaines de kilom&#232;tres de rivages bord&#233;s de d&#233;sert, de plis et replis de sable et de rocaille. Si cette c&#244;te, militaris&#233;e comme toute la zone, est tr&#232;s surveill&#233;e, ce n'est pas gr&#226;ce &#224; la technologie. Les seules cam&#233;ras qu'on aper&#231;oit sont fixes et dirig&#233;es le long des interminables murs d'enceinte de la gigantesque usine de phosphate Phosboucraa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nord de ce port d'El Marsa, la c&#244;t&#233; est parsem&#233;e de gu&#233;rites espac&#233;es de quelques centaines de m&#232;tres. Le soir, elles se peuplent d'agents de surveillance. Impossible &#224; premi&#232;re vue de passer entre les mailles du filet. C'est pourtant depuis cette zone qu'ont lieu beaucoup de d&#233;parts. Au bord de l'eau, &#224; quelques encablures de familles affair&#233;es &#224; pique-niquer, tr&#244;ne la carcasse m&#233;tallique d'un sardinier islandais &#233;chou&#233; en 2007, le &lt;i&gt;Que sera sera&lt;/i&gt;. Point de rep&#232;re utile : des mises &#224; l'eau se feraient &#224; l'abri de cette &#233;pave, lorsque les occupants des gu&#233;rites qui l'entourent acceptent de d&#233;tourner le regard. Moyennant corruption, bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4594 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200laayoune2_resultat-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/1200laayoune2_resultat-2-02574.jpg?1780102947' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Des mises &#224; l'eau se feraient &#224; l'abri de cette &#233;pave, lorsque les occupants des gu&#233;rites qui l'entourent acceptent de d&#233;tourner le regard. Moyennant corruption, bien s&#251;r. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est que le &lt;i&gt;modus operandi &lt;/i&gt;est r&#244;d&#233;, ainsi que nous le confie un camarade s&#233;n&#233;galais : &#171; &lt;i&gt;Pour que les convois puissent toucher l'eau, il faut une organisation conjointe entre les thiamen et les Marocains. &#192; toutes les &#233;tapes. Et ce sont les Marocains qui paient les gardes pour qu'ils regardent ailleurs.&lt;/i&gt; &#187; Les &lt;i&gt;thiamen&lt;/i&gt;, ou&lt;i&gt; chairmen&lt;/i&gt;, ce sont les responsables des communaut&#233;s charg&#233;s de l'organisation des voyages. &#171; &lt;i&gt;Ils n'ont aucun int&#233;r&#234;t &#224; ce que les convois fassent naufrage&lt;/i&gt; &#187;, explique notre interlocuteur. Mais les &lt;i&gt;chairmen &lt;/i&gt;se retrouvent de fait d&#233;pendants d'interm&#233;diaires locaux pour tout ce qui a trait &#224; la logistique. Sans compter qu'ils sont eux aussi soumis &#224; des logiques de profit&lt;a href=&#034;#nb8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un business des fronti&#232;res bien d&#233;taill&#233; dans le dernier rapport AlarmPhone (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;. Avec pour cons&#233;quence des bateaux ou des moteurs en mauvais &#233;tat, des t&#233;l&#233;phones satellites sans cr&#233;dit, ou encore des r&#233;serves d'essence insuffisantes pour arriver de l'autre c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, les personnes qui embarquent n'ont aucunement la main sur la mani&#232;re dont s'organise leur voyage. C'est pour cette raison que les associations de La&#226;youne tentent de sensibiliser les candidat&#183;es au d&#233;part sur les dangers de la travers&#233;e, tout en leur fournissant des outils pour l'affronter. Un bon exemple de cette transmission de savoir ? Le jeune Ben, avec qui on se retrouve &#224; &#233;changer sur les applications m&#233;t&#233;o et les temps de travers&#233;e selon les lieux de d&#233;part. Arriv&#233; au Maroc pour poursuivre ses &#233;tudes en fac de m&#233;decine tout en travaillant, il s'est heurt&#233; &#224; des frais d'inscription prohibitifs. Il a alors tent&#233; la travers&#233;e vers les Canaries. Un &#233;chec : &#171; &lt;i&gt;La premi&#232;re fois, c'&#233;tait il y a huit mois. On &#233;tait cinquante-deux, la m&#233;t&#233;o &#233;tait bonne, mais le boudin du Zodiac s'est perc&#233; au moment de le gonfler. J'ai pris &#231;a comme un signe, alors j'ai d&#233;cid&#233; de rester. Mais c'est impossible de s'int&#233;grer avec les changements des derniers mois. Je me dis que je vais peut-&#234;tre retenter. Sinon il ne me reste que le suicide. C'est impossible pour moi de revenir. Avec les dettes, la honte, toute une famille qui s'est saign&#233;e...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Bar&#231;a ou barsakh ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tenter et tenter encore, malgr&#233; les risques. Pour beaucoup, c'est toujours &#171; &lt;i&gt;Bar&#231;a ou barsakh&lt;/i&gt; &#187;, Barcelone ou la mort. Et la plupart des candidat&#183;es &#224; l'exil sont on ne peut plus conscient&#183;es qu'ils s'appr&#234;tent &#224; emprunter un itin&#233;raire extr&#234;mement dangereux, devenu la plus meurtri&#232;re des routes vers l'Europe. En 2021, plus de 4 404 personnes y auraient laiss&#233; la vie&lt;a href=&#034;#nb8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chiffres avanc&#233;s par l'association espagnole Caminando Fronteras : &#171; El peor (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;, soit un cinqui&#232;me des personnes ayant tent&#233; la travers&#233;e. Le d&#233;but de l'ann&#233;e 2022 a encore vu les drames se succ&#233;der. Parmi les derniers naufrages en date, celui d'une embarcation au large de Boujdour le 8 mai dernier, dans lequel quarante-quatre personnes ont trouv&#233; la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre le Sahara occidental et les Canaries s'&#233;tend un oc&#233;an aux conditions de navigation p&#233;rilleuses. Soumises aux vents et courants, les travers&#233;es vers l'archipel sont longues. S'il est possible d'atteindre l'&#238;le de Fuerteventura en une journ&#233;e depuis Tarfaya, il faut compter deux &#224; trois jours depuis Boujdour, et trois &#224; cinq depuis Dakhla. Sur ces distances, les avaries ne sont pas rares ; et sans t&#233;l&#233;phone satellite, les personnes &#224; bord n'ont aucun moyen de pr&#233;venir les secours. Il arrive alors que des bateaux partent &#224; la d&#233;rive au milieu de l'oc&#233;an. Certains sont parfois retrouv&#233;s &#224; des centaines de kilom&#232;tres des Canaries apr&#232;s avoir err&#233; sur les flots des jours ou des semaines. Selon l'association espagnole Caminando Fronteras, en 2021, quatre-vingt-trois embarcations auraient disparu avec l'ensemble de leurs occupant&#183;es. En r&#233;alit&#233;, il est impossible de d&#233;compter tous les naufrages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces conditions p&#233;rilleuses s'ajoutent les effets des petits arrangements &#233;tatiques autour des zones de recherche et de secours (en anglais &#171; Search and Rescue &#187;, SAR). H&#233;ritage de la colonisation, les eaux c&#244;ti&#232;res du Sahara occidental sont en effet sous la double responsabilit&#233; de l'Espagne et du Maroc. Or les sauveteurs espagnols du Salvamento Mar&#237;timo ne s'aventurent plus que tr&#232;s rarement dans cette zone floue et le Centre de coordination et de sauvetage de Madrid d&#233;l&#232;gue d&#233;sormais les interventions &#224; la Marine royale du Maroc. Laquelle est, de l'avis g&#233;n&#233;ral, plus prompte &#224; intercepter les embarcations qu'&#224; secourir celles qui se trouvent en d&#233;tresse. Le 16 janvier dernier, AlarmPhone a ainsi twitt&#233; &#224; propos d'un bateau de cinquante-cinq personnes, parti de Tarfaya, et en difficult&#233; &#224; seulement 10 kilom&#232;tres des c&#244;tes marocaines. La Marine royale, pr&#233;venue imm&#233;diatement, est arriv&#233;e sur place onze heures apr&#232;s la premi&#232;re alerte. Seules dix personnes ont surv&#233;cu au naufrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; espagnol, les travailleurs du Salvamento Mar&#237;timo n'ont de cesse de d&#233;noncer la baisse de leurs moyens, qui va de pair avec une militarisation de l'organisme de secours civil, d&#233;sormais plac&#233; sous un commandement unique en &#233;troite collaboration avec la garde civile. Autant de changements politiques qui ont des cons&#233;quences imm&#233;diates et funestes sur les vies humaines &lt;i&gt;(voir &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Tout-le-monde-est-tombe-a-l-eau' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le t&#233;moignage d'Eva&lt;/a&gt;, qui a perdu sa fille dans la travers&#233;e)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la r&#233;pression grandissante s'abattant sur La&#226;youne et ses environs, elle aggrave largement la situation, et contraint les candidat&#183;es au passage &#224; jouer le tout pour le tout. &#171; &lt;i&gt;Les rafles et d&#233;portations am&#232;nent &#224; des d&#233;parts pr&#233;cipit&#233;s,&lt;/i&gt; explique Babacar. &lt;i&gt;Quand les gens arrivent sur la plage et que le temps n'est pas bon, ils continuent parce qu'ils pensent qu'on va les arr&#234;ter s'ils retournent. Les naufrages sont souvent li&#233;s &#224; cette pr&#233;cipitation. La r&#233;pression cause aussi ces drames-l&#224;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#171; &lt;i&gt;drames-l&#224;&lt;/i&gt; &#187;, comme au large de la Libye, comme &#224; la fronti&#232;re gr&#233;co-turque, comme en tant d'endroits, sont largement imputables &#224; une Europe &#233;rigeant toujours plus de barri&#232;res meurtri&#232;res, aussi bien &#224; ses fronti&#232;res qu'au c&#339;ur de pays &#171; alli&#233;s &#187;, r&#233;mun&#233;r&#233;s pour cette t&#226;che ingrate. Ainsi les mort&#183;es demeurent des ombres, des invisibles. &#192; l'image de ce cimeti&#232;re improvis&#233; dans le d&#233;sert, dont une courte vid&#233;o tourne parmi les migrant&#183;es de La&#226;youne. On y voit un vieil homme qui arrose gravement quelques tombes abritant les d&#233;pouilles de personnes mortes en mer, d&#233;risoires petits monticules de terre orn&#233;s de pierres blanches. Et celui qui nous montre ces images de l&#226;cher : &#171; &lt;i&gt;Avec le vent, le sable ne tardera pas &#224; les recouvrir. Il n'y aura plus trace d'eux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&#201;milien Bernard &amp; Mathilde Offroy&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Loueila Mint : &#171; Ces accords cachent beaucoup d'irr&#233;gularit&#233;s et de sang &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avocate et activiste sahraouie, Loueila Mint vit aux Canaries. Elle est tr&#232;s impliqu&#233;e dans la d&#233;fense des personnes exil&#233;es arrivant sur place et a notamment particip&#233; &#224; un documentaire consacr&#233; au sujet, &lt;i&gt;Aqui estamos&lt;/i&gt; (2021). En compl&#233;ment de l'article que nous avons consacr&#233; &#224; la situation des personnes bloqu&#233;es &#224; La&#226;youne dans l'attente d'une travers&#233;e vers ces m&#234;mes Canaries, elle a accept&#233; de r&#233;pondre &#224; quelques questions pour CQFD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que se passe-t-il pour les personnes migrantes &#224; leur arriv&#233;e aux Canaries ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord que beaucoup de personnes migrantes perdent la vie pendant la travers&#233;e, &#224; cause des politiques migratoires. Pour celles qui parviennent sur les c&#244;tes des &#238;les Canaries, elles sont soumises &#224; la r&#233;glementation nationale en mati&#232;re d'immigration. D'apr&#232;s cette r&#233;glementation, toute personne qui entre de mani&#232;re irr&#233;guli&#232;re fera l'objet d'une proc&#233;dure d'expulsion, c'est-&#224;-dire qu'une proc&#233;dure visant &#224; la renvoyer dans son pays d'origine sera engag&#233;e contre elle. En pratique, toutes les personnes ne peuvent pas &#234;tre renvoy&#233;es. C'est par exemple le cas pour les femmes les plus vuln&#233;rables, les enfants accompagn&#233;s de leur m&#232;re, les mineurs &#233;trangers non accompagn&#233;s et les demandeurs de protection internationale. Mais tout autre adulte en r&#233;gime g&#233;n&#233;ral sera renvoy&#233; dans son pays d'origine &#8211; d'autant plus s'ils sont ressortissants du Maroc ou du S&#233;n&#233;gal&lt;a href=&#034;#nb8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces deux pays ont sign&#233; des accords bilat&#233;raux avec l'Espagne, qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;. Et si c'est un Sahraoui, il sera alors trait&#233; comme un Marocain et remis aux autorit&#233;s marocaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles &#233;volutions ont eu lieu aux &#238;les Canaries en mati&#232;re d'accueil et de l&#233;gislation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es 2020-2021, on a constat&#233; de nombreuses violations des droits fondamentaux, notamment les droits &#224; la dignit&#233; de la personne, &#224; l'int&#233;grit&#233; physique, &#224; un avocat de qualit&#233; ou &#224; un interpr&#232;te. Heureusement, le bilan est plus positif aujourd'hui. Dans ce bilan, il faut diff&#233;rencier la r&#233;ception des bateaux &#224; leur arriv&#233;e, qui rel&#232;ve du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, et de l'accueil, qui rel&#232;ve du minist&#232;re de l'Inclusion et de la migration. Et c'est cette deuxi&#232;me dimension, l'accueil, qui s'est am&#233;lior&#233; en un an et demi. Disons qu'aujourd'hui il y a plus de ressources, plus d'organisation. Il y a aussi davantage de transferts de personnes arrivant aux Canaries vers le continent espagnol, une chose tr&#232;s positive : ceux qui entrent et veulent poursuivre leur voyage peuvent le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rappeler qu'en 2020 et encore plus en 2021, les &#238;les Canaries &#233;taient devenues une prison pour toute les personnes migrantes qui arrivaient. Beaucoup de personnes ont souffert de cette situation, aussi bien la population immigr&#233;e en transit que le reste de la population immigr&#233;e des &#238;les Canaries. D&#233;sormais les personnes qui arrivent ne sont plus pi&#233;g&#233;es ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles &#233;volutions constates-tu dans ton travail d'avocate ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'avocate travaillant avec les populations immigr&#233;es, mais &#233;galement en tant qu'avocate moi-m&#234;me immigr&#233;e, je n'ai pas vu de transformation ou de changement dans la l&#233;gislation. Par contre, avec les autres avocats engag&#233;s aux c&#244;t&#233;s des populations immigr&#233;es, nous sommes parvenus &#224; impulser un d&#233;bat juridique, dans les &#238;les Canaries, qui nous a permis d'aller devant les tribunaux pour faire stopper toutes les irr&#233;gularit&#233;s qui avaient lieu. C'est certain qu'il y a encore beaucoup d'irr&#233;gularit&#233;s et de violations des droits fondamentaux. Malgr&#233; tout, l'accueil des personnes exil&#233;es s'est beaucoup am&#233;lior&#233;. Quand &#224; la r&#233;ception des rescap&#233;.es au moment de l'arriv&#233;e des bateaux, je pense qu'il varie selon l'&#238;le o&#249; ils d&#233;barquent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il une criminalisation de certaines personnes ? Notamment des conducteurs de bateaux, comme dans d'autres pays d'arriv&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, bien s&#251;r. L'entr&#233;e ill&#233;gale de personnes migrantes sur le territoire est une infraction administrative, en d'autres termes, c'est un peu comme si vous gariez mal votre voiture et que vous receviez une amende. Migrer et arriver en bateau n'est pas un crime, c'est une infraction administrative. Pourtant, les personnes concern&#233;es sont trait&#233;es comme si elles avaient commis un crime. D&#232;s qu'elles arrivent, elles sont plac&#233;es en d&#233;tention. On leur lit leurs droits et elles sont d&#233;tenues pendant des heures. Et ensuite, selon qu'elles souhaitent &#234;tre renvoy&#233;es dans leur pays d'origine ou bien continuer leur voyage, on cherche &#224; les criminaliser. En tant qu'avocate, je suis amen&#233;e &#224; assister des personnes migrantes venant du continent africain, mais aussi des ressortissants espagnols, r&#233;sidant ici, aux Canaries, et je constate que les diff&#233;rences de traitement entre ces deux populations sont tr&#232;s grandes. J'ai d&#233;j&#224; &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233;e d'acc&#233;der &#224; des personnes d&#233;tenues qui m'avaient d&#233;sign&#233;e comme leur avocate. Ce qui est pourtant, en termes de droit, quelque chose de basique et d'essentiel, et n'arriverait jamais s'il s'agissait d'Espagnols ayant commis un crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La criminalisation peut toucher les mineurs comme les adultes qui arrivent. Mais elle est surtout focalis&#233;e sur conducteurs suppos&#233;s des bateaux. On se trouve devant un syst&#232;me qui cherche &#224; tout prix un coupable, une personne &#224; condamner pour pouvoir adresser un message aux autres. Et cela se traduit par des enqu&#234;tes men&#233;es par les services de l'immigration pour tenter de trouver la personne responsable, celle qui, selon eux, appartient &#224; une organisation criminelle et a mis la vie d'autres personnes en danger &#8211; dans leur t&#234;te, le capitaine. Sauf que dans la plupart des cas, il s'agit seulement d'une personne migrante parmi les autres, qui voulait voyager et faire la travers&#233;e. Ils ne se soucient pas de savoir si les personnes survivent ou meurent dans l'Atlantique, &#224; cause de leur politique migratoire. Par contre, si tu survis et que quelqu'un dit que c'est toi qui conduisait le bateau, c'est suffisant pour &#234;tre mis en d&#233;tention pr&#233;ventive, et ensuite te condamner &#224; quatre, cinq, ou six ans de privation de libert&#233; dans un centre de d&#233;tention p&#233;nitentiaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et que peux-tu dire des accords d'expulsion que l'Espagne a sign&#233;s avec des pays comme le Maroc, le S&#233;n&#233;gal ou la Mauritanie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a effectivement des accords bilat&#233;raux qui existent entre l'Espagne et certains pays concernant le rapatriement soit de leurs propres ressortissants, soit de ceux de pays tiers. Le Maroc utilise cet accord dans sa strat&#233;gie de rapprochement avec l'Union europ&#233;enne. Ce qui est &#233;trange, c'est qu'il stipule que peuvent &#234;tre expuls&#233;s vers la Maroc non seulement ses propres ressortissants, mais &#233;galement ceux de pays tiers, or cette disposition n'est jamais appliqu&#233;e. D'autre part, cet accord ratifi&#233; entre la Maroc et l'Espagne n'est pas seulement relatif &#224; la question des expulsions, mais aussi &#224; celle des extraditions. Et tout &#224; fait l&#233;galement, puisqu'il a &#233;t&#233; valid&#233; par la Cour de justice de l'Union europ&#233;enne. M&#234;me chose pour la S&#233;n&#233;gal, et d&#233;sormais pour la Mauritanie. Dans son accord bilat&#233;ral, la Mauritanie a accept&#233; de recevoir des ressortissants maliens expuls&#233;s qui avaient transit&#233; par son territoire, en &#233;change, &#233;videmment, d'un r&#233;tribution de l'&#201;tat espagnol. Et bien que cela s'opposait &#224; une r&#233;solution europ&#233;enne, puisqu'il s'agissait de renvoyer contre leur gr&#233; des populations venant d'un pays en guerre. Tout ceci, tous ces accords pass&#233;s dans un cadre pr&#233;tendument l&#233;gal, cachent beaucoup d'irr&#233;gularit&#233;s, beaucoup de sang et beaucoup de vies.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Litt&#233;ralement, &#171; le canal rouge &#187;. Les Espagnols ont choisi le site de La&#226;youne en grande partie &#224; cause de ses nappes phr&#233;atiques appr&#233;ciables.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La Mission des Nations unies pour l'organisation d'un r&#233;f&#233;rendum au Sahara occidental (Minurso) tra&#238;ne depuis 1991 son spleen &#224; La&#226;youne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Front populaire de lib&#233;ration de la Saguia el-Hamra et du R&#237;o de Oro.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Sahara-occidental-voir-Laayoune-et' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Sahara occidental : voir La&#226;youne et repartir (de force) &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 176 (mai 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce que documente bien un rapport de l'association marocaine Gadem : &#171; Co&#251;ts et blessures &#8211; Rapports sur les op&#233;rations des forces de l'ordre men&#233;es dans le nord du Maroc entre juillet et septembre 2018. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://alarmphone.org/fr/2022/03/31/la-marchandisation-des-frontieres/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; La Marchandisation des fronti&#232;res &#8211; Comment la militarisation de l'UE alimente les r&#233;seaux de trafic entre l'Afrique du Nord et l'Espagne &#187;&lt;/a&gt;, site d'AlarmPhone (31/03/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Droit constamment r&#233;affirm&#233; par l'ONU, derni&#232;rement dans sa r&#233;solution n&#176; 2602 du 29 octobre 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour soutenir ce pr&#233;cieux projet qui a clairement besoin d'aide, se rendre sur la page HelloAsso &lt;a href=&#034;https://www.helloasso.com/associations/kalliope/collectes/soutenons-les-migrant-e-s-a-laayun&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Soutenons les migrant.es &#224; L&#226;ayun ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-mur-de-l-Atlantique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l'article du m&#234;me nom&lt;/a&gt;, publi&#233; dans le n&#176; 209 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (mai 2022) et consacr&#233; au rapport du r&#233;seau AlarmPhone sur les travers&#233;es vers les Canaries.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Un business des fronti&#232;res bien d&#233;taill&#233; dans le dernier rapport AlarmPhone d&#233;j&#224; cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chiffres avanc&#233;s par l'association espagnole Caminando Fronteras : &lt;a href=&#034;https://caminandofronteras.org/el-peor-ano-en-las-fronteras-4404-victimas-en-las-rutas-de-acceso-a-espana-durante-2021/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; El peor a&#241;o en las fronteras : 4 404 v&#237;ctimas en las rutas de acceso a Espa&#241;a durante 2021 &#187;&lt;/a&gt;, site de l'association (03/01/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ces deux pays ont sign&#233; des accords bilat&#233;raux avec l'Espagne, qui facilitent l'expulsion de leurs ressortissants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Serbie : les exil&#233;s au pied des murs</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Serbie-les-exiles-au-pied-des-murs</link>
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		<dc:date>2022-05-13T10:09:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard, Laurent Perez</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>migrants</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Dans les Balkans comme ailleurs, toutes sortes de barri&#232;res entravent le p&#233;riple des personnes exil&#233;es. Des murs concrets h&#233;riss&#233;s de barbel&#233;s, comme celui que la Hongrie a fait construire &#224; la fronti&#232;re de la Serbie. Mais aussi des murs l&#233;gislatifs, technologiques, policiers ou politiques, b&#226;tis en vue de satisfaire l'Union europ&#233;enne (UE) et ses politiques concert&#233;es de rejet des &#171; ind&#233;sirables &#187;. Pour les principaux concern&#233;s, venus d'Afghanistan, de Syrie ou d'Afrique du Nord, c'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no209-mai-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;209 (mai 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/police" rel="tag"&gt;police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/migrants" rel="tag"&gt;migrants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontiere" rel="tag"&gt;fronti&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Serbie" rel="tag"&gt;Serbie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mur" rel="tag"&gt;mur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-Union-europeenne" rel="tag"&gt;l'Union europ&#233;enne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Hongrie" rel="tag"&gt;Hongrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Rados-%C4%90urovic" rel="tag"&gt;Rado&#353; &#272;urovi&#263;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans les Balkans comme ailleurs, toutes sortes de barri&#232;res entravent le p&#233;riple des personnes exil&#233;es. Des murs concrets h&#233;riss&#233;s de barbel&#233;s, comme celui que la Hongrie a fait construire &#224; la fronti&#232;re de la Serbie. Mais aussi des murs l&#233;gislatifs, technologiques, policiers ou politiques, b&#226;tis en vue de satisfaire l'Union europ&#233;enne (UE) et ses politiques concert&#233;es de rejet des &#171; ind&#233;sirables &#187;. Pour les principaux concern&#233;s, venus d'Afghanistan, de Syrie ou d'Afrique du Nord, c'est l'assurance de violences accrues et de destins enlis&#233;s. Reportage au nord de la Serbie, aux confins de l'UE.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4539 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200serbie1_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/1200serbie1_resultat-0efbc.jpg?1779635205' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;remi&#232;re vision du centre-ville de Sombor : quatre jeunes migrants prennent tranquillement le soleil sur un banc d'une art&#232;re commer&#231;ante. C'est le d&#233;but de l'apr&#232;s-midi, le dernier dimanche avant la P&#226;que orthodoxe, et les rues sont presque vides dans cette ville moyenne et proprette de la r&#233;gion de la Ba&#269;ka, au nord-ouest de la Serbie. Deux flics approchent : &#233;change de signes, contr&#244;le des papiers, fouille des sacs, c'est bon pour cette fois. Illico, les quatre jeunes d&#233;campent, message re&#231;u : ils ne sont pas bienvenus en ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus loin, sur la route qui m&#232;ne aux fronti&#232;res hongroise et croate (toutes deux &#224; environ 25 km de Sombor), on roule le long d'un faubourg r&#233;sidentiel. Sur le bas-c&#244;t&#233;, des silhouettes discr&#232;tes charg&#233;es de sacs de course. &#192; l'or&#233;e d'un petit bois, on d&#233;bouche sur une sorte de kermesse pas dr&#244;le. Une vingtaine de taxis attendent les clients potentiels, qui prennent le frais sous les ombrages en attendant la rupture du je&#251;ne du Ramadan. Derri&#232;re l'enseigne &#171; Night-Club Grizzly &#187;, des exil&#233;s se pressent dans une petite boutique ou papotent sur un vieux terrain de basket, assis en cercle sur des chaises en plastique. Dans une arri&#232;re-cour, de jeunes types du cru d'allure pas commode &#8211; surv&#234;t', bombers, cr&#226;ne ras&#233; &#8211; rigolent autour d'un barbecue. Une impression latente et d&#233;sagr&#233;able, confirm&#233;e plus tard par des connaisseurs du site : on est tomb&#233;s au c&#339;ur d'un business, o&#249; chauffeurs de taxis et jeunes du coin profitent de la d&#233;tresse des exil&#233;s pour arrondir les fins de mois. Pas vraiment le temps d'approfondir : le ma&#238;tre des lieux, un colosse patibulaire, nous prie virilement d'aller voir ailleurs&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon certains associatifs, le colosse et ses suppl&#233;tifs seraient pay&#233;s par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ailleurs &#187;, c'est le camp officiel, &#224; quelques centaines de m&#232;tres. Une all&#233;e d'arbres conduit &#224; une ancienne colonie de vacances, r&#233;affect&#233;e &#224; un Centre d'accueil du Commissariat pour les r&#233;fugi&#233;s et les migrations de la R&#233;publique de Serbie (KIRS). Le grillage est d&#233;fonc&#233; et le portail ouvert. Assis sur un banc, quatre jeunes Syriens d&#233;crivent &#224; gros traits le quotidien du camp de Sombor plein &#224; craquer, o&#249; tout est pourri. Ils sont l&#224; depuis huit mois dans le vide absolu &#8211; &#171; &lt;i&gt;No money, no work&lt;/i&gt; &#187;. Le dialogue est interrompu par l'irruption d'un employ&#233; tremblotant qui nous fait raccompagner par un vigile. Devant l'entr&#233;e, le mot a tourn&#233; : personne ne veut causer. Ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruxelles sous-traite&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le camp de Sombor est l'un des quatorze ouverts par la Serbie &#224; destination des migrants pr&#233;sents sur son sol. Frontali&#232;re de quatre pays membres de l'Union europ&#233;enne (Croatie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie) dont un (la Hongrie) fait partie de l'espace Schengen, elle-m&#234;me candidate &#224; l'adh&#233;sion et d&#233;pendante des subsides europ&#233;ens, la Serbie ob&#233;it aux &lt;i&gt;desiderata&lt;/i&gt; de Bruxelles. Les proc&#233;dures d'adh&#233;sion pr&#233;voient un alignement progressif des candidats sur les politiques communautaires &#8211; y compris en mati&#232;re d'immigration. C'est la quadrature du cercle qui enserre la Serbie, la Bosnie-Herz&#233;govine ou encore l'Albanie dans ses rets : pays de transit, ils se voient n&#233;anmoins contraints de d&#233;fendre les murs d'une forteresse Europe dont ils ne font pas partie, et contribuent donc, bon gr&#233; mal gr&#233;, &#224; l'externalisation de la politique migratoire europ&#233;enne, en deuxi&#232;me ligne derri&#232;re la Turquie, la Libye ou le Maroc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En jeu ? L'exemption de visas pour leurs ressortissants dans l'espace Schengen (obtenue par la Serbie en 2009 seulement), et surtout le fonds, sonnant et tr&#233;buchant, de pr&#233;adh&#233;sion &#224; l'UE. Quand il s'agit de repousser les migrants aussi, l'Union crame la CB : 90 % du budget du KIRS en provient. Les camps ne s'en portent pas mieux pour autant. &#171; &lt;i&gt;On peut mettre tout l'argent qu'on veut, &#231;a ne change rien car personne ne prend soin des lieux&lt;/i&gt; &#187;, explique le juriste Rado&#353; &#272;urovi&#263;, directeur de l'association de soutien juridique Azylum Protection Center (APC), &#224; Belgrade. Son organisation, pourtant reconnue par l'&#201;tat serbe, jouit d'un acc&#232;s limit&#233; &#224; l'int&#233;rieur des camps. C'est par des vid&#233;os fuit&#233;es qu'elle documente la v&#233;tust&#233; des lieux, l'absence d'hygi&#232;ne, les toilettes infectes, le surpeuplement et le d&#233;sespoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au camp de Subotica, la grande ville du nord de la Serbie, &#224; un jet de pierres de la fronti&#232;re hongroise, &#171; &lt;i&gt;la gale est end&#233;mique&lt;/i&gt; &#187;, affirme un membre de l'association de soutien aux exil&#233;s Collective Aid, qui remet une couche : &#171; &lt;i&gt;Nous avons vu des migrants porteurs de plaies ouvertes surinfect&#233;es par la gale.&lt;/i&gt; &#187; Quand on y passe au petit matin, des exil&#233;s dorment dans des duvets &#224; l'ext&#233;rieur, par un froid peu printanier. Selon l'APC, ils seraient 350 pour une capacit&#233; d'accueil de 200. Deux jours plus tard, un Marocain y sera retrouv&#233; mort : d'une overdose d'alcool et d'opio&#239;des, affirme le KIRS. Comment savoir ? Les m&#233;decins sont sp&#233;cialement appoint&#233;s par l'administration des camps, &#224; qui ils doivent leur gagne-pain, explique encore Rado&#353; &#272;urovi&#263; &#8211; difficile, d&#232;s lors, de d&#233;noncer la corruption, les trafics, les mauvais traitements&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incurie de la Serbie dans la gestion des camps refl&#232;te son r&#244;le de petit rouage de la machine &#224; refouler europ&#233;enne. Les violences de la police serbe sont document&#233;es, mais sans commune mesure avec celles de ses homologues croate et hongroise. La Serbie prend tout de m&#234;me sa part du jeu sinistre des &#171; &lt;i&gt;pushbacks&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expulsion ill&#233;gale des personnes vers le pays pr&#233;c&#233;dent, sur la base (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; en cascade &#187;, d'un pays &#224; l'autre, d'Italie ou d'Autriche vers la Slov&#233;nie, puis la Croatie, puis la Serbie, le long de ce que le r&#233;seau Migreurop d&#233;nonce comme &#171; &lt;i&gt;une cha&#238;ne de violation de droits&lt;/i&gt; &#187;. Dans le sens retour aussi, la Serbie est un cul-de-sac : la Mac&#233;doine du Nord, pays de transit pr&#233;c&#233;dent sur la route de l'Europe, refuse syst&#233;matiquement les r&#233;admissions. Triste routine, les autorit&#233;s conduisent donc les &lt;i&gt;pushback&#233;s&lt;/i&gt; au camp serbe de Pre&#353;evo, aux confins de la Mac&#233;doine et du Kosovo. &#192; Pre&#353;evo, les exil&#233;s sont retenus quelques jours ill&#233;galement avant de reprendre, &#224; prix d'or, un taxi pour la capitale et le nord du pays. Man&#232;ge absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une r&#233;gion qui a r&#233;cemment connu d'importants d&#233;placements de population, les habitants semblent globalement ne pas sombrer en masse dans la haine contre les migrants. Des milices d'extr&#234;me droite ont bien entrepris de les terroriser, mais le ph&#233;nom&#232;ne reste relativement marginal&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Serbie : entre r&#233;fugi&#233;s et extr&#234;me droite, le d&#233;sarroi de Sombor &#187;, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Politiquement, cependant, le sujet peut se montrer aussi porteur en Serbie qu'ailleurs : les tablo&#239;ds proches du r&#233;gime d'Aleksandar Vu&#269;i&#263; &lt;i&gt;(voir encadr&#233;)&lt;/i&gt; font &#224; l'occasion leur beurre d'un fait divers, et le ministre de l'Int&#233;rieur, l'aboyeur ultranationaliste Aleksandar Vulin, multiplie les d&#233;clarations tonitruantes. Mais en dehors de ces effets de manche x&#233;nophobes, la tendance est surtout &#224; l'occultation : la Serbie n'est pas concern&#233;e par la crise migratoire, d'ailleurs elle la g&#232;re &#224; merveille. Et les keufs d'assurer l'invisibilit&#233; des ind&#233;sirables en mettant des b&#226;tons dans les roues des collectifs d'aide&lt;a href=&#034;#nb9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En janvier 2020, trois b&#233;n&#233;voles &#233;trangers du collectif No Name Kitchen, &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, en d&#233;mantelant squats et campements informels et en faisant la chasse aux migrants dans les centres-villes, toujours direction Pre&#353;evo. &#171; &lt;i&gt;La&lt;/i&gt; &lt;i&gt;police communique toujours sur les m&#234;mes nombres de migrants, multiples du nombre de bus mobilis&#233;s dans l'op&#233;ration, lesquels peuvent accueillir 84 personnes. &#199;a n'a aucun sens&lt;/i&gt; &#187;, grincent &#224; Belgrade les militants d'une autre association de soutien aux exil&#233;s, Klikaktiv. Rien qu'en avril, deux grandes rafles ont &#233;t&#233; men&#233;es contre les exil&#233;s dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais squats et campements sont fatalement l'exutoire de l'insalubrit&#233; et de la saturation des camps. Employ&#233; &#224; la gare de Subotica, Marko nous raconte que certains jours, il a compt&#233; 100 &#224; 130 personnes migrantes sur les voies de fret, entre les squats et wagons mis&#233;rables qu'ils occupent de part et d'autre des rails. &#171; &lt;i&gt;&#199;a me fait de la peine. Je suis orthodoxe, pour moi tous les hommes sont &#233;gaux.&lt;/i&gt; &#187; Il les a film&#233;s &#224; destination d'un copain journaliste, qui a prudemment refus&#233; de diffuser les images. &#171; &lt;i&gt;Le gouvernement raconte que les migrants envahissent les villes. Mais en r&#233;alit&#233;, c'est l&#224; qu'ils tra&#238;nent, sur les voies.&lt;/i&gt; &#187; Le milieu du rail bruisserait de rumeurs de migrants morts sous les roues de trains de marchandises. La ran&#231;on, peu surprenante, de l'indiff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Murs et ch&#226;timents&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si les personnes migrantes sont aussi nombreuses &#224; Sombor et Subotica, c'est &#233;videmment &#224; cause de la proximit&#233; de l'Union europ&#233;enne. D'un c&#244;t&#233;, la Croatie, dont la fronti&#232;re est principalement marqu&#233;e par le Danube, large &#224; cet endroit de plusieurs centaines de m&#232;tres. &#199;a se tente. Le journaliste Philippe Bertinchamps, correspondant du &lt;i&gt;Courrier des Balkans&lt;/i&gt; &#224; Belgrade, nous montre les images film&#233;es par ses soins d'un Zodiac se dirigeant vers la berge. Mais, depuis deux ans, la police croate s'est rendue tristement c&#233;l&#232;bre par les violences exerc&#233;es contre les exil&#233;s et le caract&#232;re syst&#233;matique de ses refoulements. Sur tout le territoire, f&#251;t-ce &#224; l'autre bout du pays, les personnes migrantes arr&#234;t&#233;es sont brutalis&#233;es et renvoy&#233;es en Serbie ou en Bosnie-Herz&#233;govine. C&#244;t&#233; hongrois, c'est pire : non seulement les violences et les &lt;i&gt;pushbacks&lt;/i&gt;, mais aussi le &#171; mur &#187; construit en 2015 sous les ordres du Premier ministre d'extr&#234;me droite Viktor Orb&#225;n, sur toute la fronti&#232;re sud du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mur, le voil&#224;. Balafrant la plaine plate comme la main, immense et monotone, qui s'&#233;tend de Budapest &#224; Belgrade, coupant en deux une opulente r&#233;gion agricole dont les populations m&#234;l&#233;es ont toujours jou&#233; &#224; saute-fronti&#232;res. &#192; l'arri&#232;re des jardins du village de Rastina, &#224; une vingtaine de kilom&#232;tres au nord de Sombor, parmi les vergers et les cultures de colza, deux barri&#232;res m&#233;talliques, hautes de quatre et trois m&#232;tres, h&#233;riss&#233;es de barbel&#233;s concertina, encadrent une voie r&#233;serv&#233;e aux patrouilles des flics et des douaniers. Le dispositif s&#233;curitaire est agr&#233;ment&#233; d'un arsenal de gadgets dernier cri, comme le rappelle un r&#233;cent rapport du pr&#233;cieux r&#233;seau Migreurop : &#171; &lt;i&gt;Cette barri&#232;re est &#233;quip&#233;e de technologies capables de d&#233;livrer des chocs &#233;lectriques, de capteurs de chaleur, de cam&#233;ras ainsi que de haut-parleurs s'adressant aux personnes exil&#233;es en plusieurs langues&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Exils sans fin &#8211; Chantages anti-migratoires le long de la route des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187; Le nec plus ultra.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Cette barri&#232;re est &#233;quip&#233;e de technologies capables de d&#233;livrer des chocs &#233;lectriques, de capteurs de chaleur, de cam&#233;ras ainsi que de haut-parleurs s'adressant aux personnes exil&#233;es en plusieurs langues.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour financer ces petits bijoux et encadrer le sale boulot des gardes-fronti&#232;res, on retrouve Frontex, l'agence de surveillance des fronti&#232;res ext&#233;rieures de l'Union europ&#233;enne, dot&#233;e de moyens colossaux&lt;a href=&#034;#nb9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A ce sujet, lire &#171; Frontex : une machine de mort europ&#233;enne &#187;, article (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. T&#233;moin voire complice quotidien des abus de la police hongroise, des chiens d'attaque lanc&#233;s sur les passe-fronti&#232;res ou des migrants enferm&#233;s dans des conteneurs avant d'&#234;tre refoul&#233;s&lt;a href=&#034;#nb9-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment le t&#233;moignage de H. dans le rapport de Migreurop, d&#233;j&#224; cit&#233; : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, Frontex a attendu f&#233;vrier 2021 pour quitter le pays d'Orb&#225;n, sous la pression m&#233;diatique et apr&#232;s que la Cour de justice de l'Union europ&#233;enne a interdit (en vain) &#224; la Hongrie de proc&#233;der aux &lt;i&gt;pushbacks&lt;/i&gt;. La duplicit&#233; europ&#233;enne &#8211; se dire &#233;tranger aux exactions tout en les supervisant &#8211; avait fini par se voir. Sur le terrain, il y a longtemps qu'elle ne faisait de doute pour personne. Apr&#232;s des ann&#233;es pass&#233;es en lien avec les institutions internationales, Rado&#353; &#272;urovi&#263; s'est fait une religion sur la question : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas de politique migratoire europ&#233;enne commune. Dans la pratique, elle consiste tout simplement &#224; freiner voire arr&#234;ter les migrations.&lt;/i&gt; &#187; &#192; n'importe quel prix. &#171; &lt;i&gt;L'Europe sait parfaitement ce qui se passe ici. Toutes les associations ont des contacts avec les institutions europ&#233;ennes, &#224; qui elles font remonter les infos.&lt;/i&gt; &#187; Violences comprises ? Oui. &#171; &lt;i&gt;&#192; cette &#233;chelle, des violences aussi syst&#233;matiques ne peuvent &#234;tre orchestr&#233;es que d'en haut&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de Frontex, des accords bilat&#233;raux entre &#201;tats permettent aussi d'organiser des op&#233;rations de police communes. Quand cette coop&#233;ration s'effectue au sein du tr&#232;s r&#233;ac' groupe de Visegr&#225;d&lt;a href=&#034;#nb9-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fond&#233; en 1991, il r&#233;unit la Pologne, la Tch&#233;quie, la Slovaquie et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; au nom de la &#171; &lt;i&gt;d&#233;fense collective des fronti&#232;res de l'Europe&lt;/i&gt; &#187; ch&#232;re &#224; Orb&#225;n, le pire est attendu : la police tch&#232;que pr&#234;terait la main aux brutalit&#233;s de la police hongroise. En revanche, la pr&#233;sence de la police allemande exercerait des vertus apaisantes, l'opinion du pays &#233;tant plus scrupuleuse en mati&#232;re de droits humains. Mis&#232;re des petits jeux diplomatiques...
Passer, &#224; tout prix&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4540 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200carteserbieok_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/1200carteserbieok_resultat-21e96.jpg?1779635205' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Carte de C&#233;cile Kiefer
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si m&#233;diatis&#233; soit-il, le mur hongrois fait p&#226;le figure &#224; c&#244;t&#233; de ses pr&#233;d&#233;cesseurs des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, ou de la fronti&#232;re gr&#233;co-turque. Un jeune Marocain, rencontr&#233; &#224; Subotica, ne s'est m&#234;me pas pos&#233; la question : &#171; &lt;i&gt;La fronti&#232;re espagnole, c'est juste impossible. C'est grave ce qui se passe l&#224;-bas. La Hongrie, &#231;a va beaucoup plus vite.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Le&lt;/i&gt; &lt;i&gt;mur n'a rien d'efficace,&lt;/i&gt; confirme Rado&#353; &#272;urovi&#263;. &lt;i&gt;Il alimente juste le trafic des passeurs.&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me son de cloche du c&#244;t&#233; de l'association Klikaktiv : &#171; &lt;i&gt;Les gens continuent &#224; tenter de passer par le mur parce que c'est la voie la plus rapide. Les barbel&#233;s et les chiens n'y changent rien.&lt;/i&gt; &#187; De temps &#224; autre, la police d&#233;couvre un tunnel creus&#233; sous le mur, au risque pour ceux qui l'empruntent de se faire cueillir &#224; la sortie, ou de mourir &#233;touff&#233;s sous les &#233;boulis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer, donc, &#231;a se fait. Le d&#233;sespoir donne des ailes et l'adr&#233;naline occulte momentan&#233;ment la douleur &lt;i&gt;(voir le t&#233;moignage de Zyed ci-contre)&lt;/i&gt;. Surtout, il n'est aucun probl&#232;me auquel le march&#233; ne propose sa solution frelat&#233;e, et le &#171; &lt;i&gt;game&lt;/i&gt; &#187; du passage nourrit une &#233;conomie florissante&lt;a href=&#034;#nb9-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le rapport&#171; Spot prices &#8211; Analyzing flows of people, drugs and money in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;. De la course en taxi surtax&#233;e au &#171; &lt;i&gt;package&lt;/i&gt; &#187; migratoire complet, tout un catalogue de services est mis &#224; disposition &#8211; auxquels certains migrants pr&#234;tent parfois la main pour financer leur prochaine tentative. Aux plus offrants, les passeurs proposent un &#171; &lt;i&gt;guarantee game&lt;/i&gt; &#187;, un passage &#171; garanti &#187;, comme nous l'expliquent les membres de Klikaktiv : pendant qu'une premi&#232;re troupe est envoy&#233;e en diversion, les candidats plus fortun&#233;s tentent la travers&#233;e &#224; un autre endroit. C&#244;t&#233; hongrois, si tout va bien, un v&#233;hicule attend et les douaniers &#8211; dont la corruption est proverbiale en Hongrie &#8211; regardent ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les personnes migrantes s'&#233;vanouissent dans la campagne hongroise. Lanc&#233; d&#233;but 2015, le groupe de solidarit&#233; MigSzolt, &#224; Szeged (&#224; 15 km au nord de la fronti&#232;re serbe), a ainsi ferm&#233; boutique d&#232;s novembre 2017. Parmi ses fondateurs, le chercheur Mark K&#233;kesi raconte : &#171; &lt;i&gt;Nous n'avions plus d'activit&#233;. Les migrants avaient disparu de Hongrie. Il faut dire que les arrestations sont permanentes et que beaucoup d'exil&#233;s se retrouvent en prison ou expuls&#233;s, souvent apr&#232;s d&#233;nonciation des habitants. Ceux qui passent r&#233;&#233;mergent ensuite en Autriche ou en Allemagne, mais leur circulation sur le territoire est invisible, et sans doute li&#233;e au crime organis&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux, nombreux, qui n'ont pas les moyens financiers n&#233;cessaires, les chances sont beaucoup plus minces. Dans un square proche de la gare routi&#232;re de Belgrade, Djelaluddin r&#233;sume la situation en quelques phrases d&#233;sabus&#233;es : &#171; &lt;i&gt;&#199;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt;fait quatre mois que je suis dans ce pays et j'ai d&#233;j&#224; tent&#233; plusieurs fois de passer. Et partout j'ai &#233;t&#233; brutalis&#233;. En Hongrie, en Croatie, en Roumanie, on te tape &#224; chaque fois. Ils m'ont aussi pris mon argent et mon t&#233;l&#233;phone. Je ne sais plus quoi faire.&lt;/i&gt; &#187; Pourtant, son histoire ne laisse aucun doute sur son droit &#224; l'asile politique : &#171; &lt;i&gt;Je suis parti d'Afghanistan quand les talibans sont revenus&lt;/i&gt; [en ao&#251;t 2021]&lt;i&gt;. &#192; cette &#233;poque, j'&#233;tais dans l'arm&#233;e. Nous n'&#233;tions m&#234;me pas au combat, seulement en exercice. &#199;a a suffi pour que les talibans me consid&#232;rent comme un ennemi&lt;/i&gt; &#187;, raconte-t-il en montrant les stigmates des exactions subies : un doigt tordu dans le mauvais sens et une vilaine cicatrice au cou. Il retrace &#224; grands traits son p&#233;riple, l'Iran, la Turquie, la Gr&#232;ce, la Bulgarie, un trajet assez rapide, mais sem&#233; d'emb&#251;ches. &#171; &lt;i&gt;Je connais trois personnes qui ont &#233;t&#233; tu&#233;es par des chiens &#224; la fronti&#232;re bulgare. Partout, on nous traite comme des animaux.&lt;/i&gt; &#187; Ses yeux s'illuminent encore quand il raconte son r&#234;ve : le Canada. En attendant la rupture du je&#251;ne, Djelaluddin propose de nous payer un sandwich. Il peut se le permettre, dit-il : il lui reste 14 ou 15 euros. Quand on le quitte, il l&#232;ve le pouce, souriant.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;En Hongrie, en Croatie, en Roumanie, on te tape &#224; chaque fois.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D'autres n'ont plus cette &#233;nergie. Chez Klikaktiv, Vuk Vu&#269;kovi&#263; ne compte plus les personnes bless&#233;es en franchissant le mur, ou apr&#232;s avoir rencontr&#233; les matraques hongroises, qui reprennent la route sans attendre d'&#234;tre gu&#233;ries &#8211; et finissent invalides. Quand tous les horizons sont bouch&#233;s, &#171; &lt;i&gt;certains sombrent dans la drogue ou la folie&lt;/i&gt; &#187;, nous explique Rado&#353; &#272;urovi&#263;. Ils perdent alors de vue ce territoire r&#234;v&#233; qui se d&#233;m&#232;ne pour les refouler : l'Europe, juste de l'autre c&#244;t&#233; du mur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le triangle mord &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout a une fin &#8211; les murs aussi. Depuis 2020, une nouvelle route s'est ouverte afin de contourner le mur hongrois par le Banat, r&#233;gion &#224; cheval sur la Serbie et la Roumanie&lt;a href=&#034;#nb9-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; R&#233;fugi&#233;s : contourner la Croatie par le &#8220;triangle&#8221; Serbie-Roumanie-Hongrie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;. Au niveau du poste-fronti&#232;re qui relie Rabe (Serbie) &#224; K&#252;bekh&#225;za (Hongrie), la cl&#244;ture aboutit &#224; un simple portail m&#233;tallique. De l'autre c&#244;t&#233; de la chauss&#233;e, une campagne ouverte, ponctu&#233;e de quelques bosquets : la fronti&#232;re serbo-roumaine, que rien n'indique sur le terrain, pas m&#234;me un bout de grillage. Un pick-up de la police roumaine se dirige vers nous avant de se garer pr&#232;s de la gu&#233;rite des douaniers. Quelques minutes plus t&#244;t, on l'avait rep&#233;r&#233;, arr&#234;t&#233; &#224; notre hauteur, tandis que nous approchions d'un squat de personnes migrantes, dans une usine abandonn&#233;e entre les hameaux de Majdan et Rabe.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4541 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200serbie2_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH321/1200serbie2_resultat-df34b.jpg?1779635206' width='500' height='321' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Car, en d&#233;pit des apparences, la Roumanie n'est gu&#232;re plus accessible que la patrie d'Orb&#225;n. Cam&#233;ras &#224; vision thermique, chiens &#233;quip&#233;s de GPS, dispositifs de d&#233;tection des battements du c&#339;ur&#8230; Toute la quincaillerie de Frontex est mobilis&#233;e pour interdire le passage. Certains exil&#233;s s'y seraient repris des dizaines de fois. Pendant des semaines ou des mois d'attente, ils rasent alors les murs des villages sinistres, aux trois quarts vides et en ruines, que relient des routes en b&#233;ton d&#233;fonc&#233; le long de la fronti&#232;re. Les derniers mois, on a compt&#233; jusqu'&#224; 300 migrants squattant les maisons abandonn&#233;es de Majdan &#8211; soit davantage que la population officielle du village. Ils se font discrets, car les relations avec les habitants sont tendues ; quelques-unes des belles pintades qui errent au milieu des rues auraient assouvi la faim d'exil&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une dizaine de kilom&#232;tres &#224; l'ouest, par-del&#224; les champs, le village de &#272;ala s'&#233;tend mollement jusqu'&#224; la rivi&#232;re Tisza qui, sur quelques kilom&#232;tres, marque la fronti&#232;re entre Serbie et Hongrie. D&#233;but 2020, la Hongrie a d&#233;ploy&#233; des unit&#233;s maritimes arm&#233;es pour dissuader les migrants de tenter la travers&#233;e &#224; la nage. C&#244;t&#233; serbe, une grosse bagnole de police patrouille sur la berge, parmi les herbes hautes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu en retrait, le bourg de Srpski Krstur semble presque vivant. C'est la sortie des classes, des enfants roms, nombreux dans la commune, gambadent sur les trottoirs. Un peu &#224; l'&#233;cart de la route principale, un faubourg d&#233;labr&#233; s'&#233;tire en direction de la rivi&#232;re. Devant une &#233;picerie, une dizaine d'exil&#233;s papotent ou boivent des coups. Un Marocain nous raconte qu'il prend la route pour la deuxi&#232;me fois. Apr&#232;s treize ans &#224; Bologne, malgr&#233; femme et enfant, il a &#233;t&#233; expuls&#233; au Maroc, d'o&#249; il est reparti pour rentrer chez lui. Son r&#233;cit est interrompu quand, branle-bas de combat, deux taxis d&#233;barquent coup sur coup, d&#233;chargeant des personnes migrantes en provenance de villes voisines. Deux autres voitures arrivent dans la foul&#233;e et font chacune monter un groupe. Le conducteur de la deuxi&#232;me, un jeune Serbe &#233;l&#233;gamment mis, nous jette un regard peu am&#232;ne. Derri&#232;re nous, la porte de l'&#233;picerie se ferme brusquement &#224; double tour, &lt;i&gt;clac&lt;/i&gt;. En quelques minutes, les exil&#233;s s'&#233;vaporent dans la nature. L'un d'eux, avec qui nous venions d'&#233;changer quelques mots, se cache derri&#232;re l'angle du mur, son foulard remont&#233; sur son visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#224; Sombor, nous d&#233;rangeons. C'est toute une &#233;conomie locale dont les voyageurs de l'exil, pris au pi&#232;ge, sont la client&#232;le captive. Du petit taxi ind&#233;pendant au r&#233;seau transfrontalier arm&#233; de sa propre flotte de voitures, le trafic des passeurs aux fronti&#232;res nord de la Serbie aurait repr&#233;sent&#233; entre 8,5 et 10,5 millions d'euros en 2020, selon les chiffres de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime. Avec la complicit&#233; in&#233;vitable de la police, tr&#232;s pr&#233;sente au quotidien dans tous les pays de la r&#233;gion, et largement corrompue. Prises en &#233;tau entre l'Europe qui les rejette et les mafias qui leur font les poches, les flics qui les frappent et ceux qui les rackettent, les personnes exil&#233;es subissent un enfer humain. Attendant le moment o&#249; elles seront lib&#233;r&#233;es de ce bourbier de fronti&#232;res. Et o&#249;, &#224; l'instar de Zyed, jeune Tunisien arriv&#233; en Autriche apr&#232;s des ann&#233;es d'errance, elles pourront enfin dire : &#171; &lt;i&gt;C'est la fin des t&#233;n&#232;bres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte et photos &#201;milien Bernard &amp; Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vu&#269;i&#263; : r&#233;&#233;lection d'un acrobate autoritaire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 3 avril dernier, le pr&#233;sident serbe Aleksandar Vu&#269;i&#263; est r&#233;&#233;lu haut la main, avec 60 % des voix. Mais ce triomphe est en trompe-l'&#339;il : son parti n'a pas obtenu la majorit&#233; absolue aux l&#233;gislatives, et risque de perdre la mairie de Belgrade. Remotiv&#233;e l'hiver dernier par un soul&#232;vement populaire massif et (pour l'instant) victorieux contre un projet de mine de lithium du groupe Rio Tinto&lt;a href=&#034;#nb9-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Serbie : contre Rio Tinto, la mobilisation continue &#187;, Le Courrier des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;, la gauche a massivement document&#233; les fraudes &#233;lectorales du r&#233;gime. Pendant ce temps, et malgr&#233; le corsetage des m&#233;dias, les liens du r&#233;gime avec le grand banditisme et les gros bras des supporters ultras, au c&#339;ur de tous les trafics, sont de plus en plus apparents. Le d&#233;but de la fin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'arriv&#233;e du Parti progressiste serbe au pouvoir en 2012, la Serbie maintient un &#233;quilibre inconfortable entre l'Union europ&#233;enne &#8211; horizon d&#233;clar&#233; et financier indispensable &#8211;, le traditionnel alli&#233; russe, et une Chine toujours contente de pousser ses pions en Europe. Position d'autant plus acrobatique que le r&#233;gime et ses m&#233;dias encouragent presque ouvertement une nouvelle &#171; opposition pro-Poutine &#187;, pl&#233;biscit&#233;e par la jeunesse. Sur les murs de Belgrade, ces derniers mois, ont fleuri les portraits du g&#233;n&#233;ral g&#233;nocidaire Ratko Mladi&#263; ; jusque dans les campagnes les plus paum&#233;es, les tags &#171; &lt;i&gt;Ratko Mladi&#263;, h&#233;ros serbe&lt;/i&gt; &#187; sont omnipr&#233;sents. Vu&#269;i&#263; n'en reste pas moins l'interlocuteur privil&#233;gi&#233; de l'Occident, au nom d'une &#171; stabilit&#233; &#187; synonyme pour la population de pauvret&#233;, de corruption et d'&#233;migration massive.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Zyed : &#171; Bienvenue chez Frontex ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand il raconte son p&#233;riple de la Tunisie &#224; l'Autriche o&#249; il vit actuellement, Zyed est intarissable. Lui qui pr&#233;pare un livre sur son exp&#233;rience a v&#233;cu de multiples enlisements, en Gr&#232;ce, en Bosnie, etc. Au final : trois ans et huit mois sur la route apr&#232;s son d&#233;part en octobre 2017. Plusieurs fois tabass&#233;, notamment par la police croate &#8211; &#171; &lt;i&gt;Je vois toujours leurs visages.&lt;/i&gt; &#187; &#8211;, il revient ici sur la fin de son p&#233;riple, en Serbie et Roumanie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je suis rest&#233; quatre mois en Serbie. Et j'ai encore en t&#234;te ma premi&#232;re tentative de passer le mur. C'est un passeur de la mafia qui nous a amen&#233;s. On &#233;tait une trentaine.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Arriv&#233; au mur, il a sorti un grand couteau, l'a agit&#233; et nous a dit de foncer. Une fois en haut de l'&#233;chelle, il fallait se jeter de quatre m&#232;tres. J'ai tent&#233; d'atterrir en roul&#233;-boul&#233;, mais je me suis quand m&#234;me foul&#233; la cheville. Malgr&#233; tout, j'ai continu&#233; et grimp&#233; la deuxi&#232;me barri&#232;re. Il faut imaginer la sc&#232;ne : les barbel&#233;s, le courant &#233;lectrique, la douleur&#8230; C'est l'adr&#233;naline qui m'a fait passer. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C&#244;t&#233; hongrois, je me suis retrouv&#233; dans un mar&#233;cage. J'ai march&#233; dans la nuit, en essayant de m'&#233;loigner des cris que j'entendais. Puis un h&#233;licopt&#232;re est arriv&#233;, une mani&#232;re de nous dire : &#8220;Bienvenue dans l'Union europ&#233;enne, bienvenue chez Frontex.&#8221; Ils ont illumin&#233; les environs et utilis&#233; des cam&#233;ras thermiques. Forc&#233;ment, il m'ont attrap&#233; et refoul&#233; en Serbie. Il m'a fallu un moment pour soigner mon pied, dans le camp de Subotica, aux conditions d'hygi&#232;ne terribles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, j'ai voulu passer par la Roumanie, via le triangle. J'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; deux fois. Au final, j'ai r&#233;ussi &#224; traverser gr&#226;ce &#224; deux militantes. Elles m'ont indiqu&#233; o&#249; passer la fronti&#232;re Roumanie/Hongrie, un coin d&#233;sert, au milieu de nulle part. Apr&#232;s trois ans et huit mois je foulais le sol europ&#233;en sans policiers pour me refouler. Plus loin, mes amies m'attendaient. Elles m'ont amen&#233; &#224; Budapest, puis m'ont fait passer la fronti&#232;re autrichienne. Moi qui avait &#233;t&#233; foul&#233; et refoul&#233; tant de fois, j'&#233;tais de l'autre c&#244;t&#233; gr&#226;ce &#224; elles. C'&#233;tait la fin des t&#233;n&#232;bres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon certains associatifs, le colosse et ses suppl&#233;tifs seraient pay&#233;s par les autorit&#233;s pour &#171; fixer &#187; les exil&#233;s en p&#233;riph&#233;rie de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Expulsion ill&#233;gale des personnes vers le pays pr&#233;c&#233;dent, sur la base d'accords bilat&#233;raux plus ou moins officieux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.courrierdesbalkans.fr/Serbie-entre-refugies-et-extreme-droite-le-desarroi-de-Sombor&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Serbie : entre r&#233;fugi&#233;s et extr&#234;me droite, le d&#233;sarroi de Sombor &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Courrier des Balkans&lt;/i&gt; (27/11/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En janvier 2020, trois b&#233;n&#233;voles &#233;trangers du collectif No Name Kitchen, &#224; &#352;id (fronti&#232;re serbo-croate), ont &#233;t&#233; expuls&#233;s apr&#232;s une altercation avec de jeunes fascistes locaux. Tout r&#233;cemment, des membres d'un autre collectif auraient eu vent de directives d'expulsion non officielles vis-&#224;-vis des Occidentaux pr&#233;sents &#224; proximit&#233; des fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://migreurop.org/article3069.html?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Exils sans fin &#8211; Chantages anti-migratoires le long de la route des Balkans &#187;&lt;/a&gt;(novembre 2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;A ce sujet, lire &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Frontex-une-machine-de-mort' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Frontex : une machine de mort europ&#233;enne &#187;&lt;/a&gt;, article d'Olivier Cyran publi&#233; dans ce m&#234;me dossier sur la forteresse Europe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir notamment le t&#233;moignage de H. dans le rapport de Migreurop, d&#233;j&#224; cit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Bless&#233;, la police hongroise m'a battu et m'a laiss&#233; plusieurs heures dans un conteneur avant de me refouler en Serbie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Fond&#233; en 1991, il r&#233;unit la Pologne, la Tch&#233;quie, la Slovaquie et la Hongrie, qui s'opposent souvent collectivement aux politiques bruxelloises, notamment en termes d'accueil des migrants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir le rapport&lt;a href=&#034;https://globalinitiative.net/analysis/western-balkans-crime-hotspots-3/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Spot prices &#8211; Analyzing flows of people, drugs and money in the Western Balkans &#187;&lt;/a&gt; de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.courrierdesbalkans.fr/Refugies-contourner-la-Croatie-par-le-triangle-Serbie-Roumanie-Hongrie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; R&#233;fugi&#233;s : contourner la Croatie par le &#8220;triangle&#8221; Serbie-Roumanie-Hongrie &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Courrier des Balkans&lt;/i&gt; (15/04/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.courrierdesbalkans.fr/serbie-contre-rio-tinto-la-mobilisation-continue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Serbie : contre Rio Tinto, la mobilisation continue &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Courrier des Balkans &lt;/i&gt;(29/12/2001).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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