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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; L'universit&#233;, un lieu d'exp&#233;rimentation de la pr&#233;carit&#233; &#187;</title>
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		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Le collectif national des pr&#233;caires de l'Enseignement sup&#233;rieur et de la recherche a &#233;t&#233; fond&#233; en 2016. Regroupant plus de vingt collectifs locaux autonomes dans toute la France, il d&#233;nonce la pr&#233;carisation en cours dans les universit&#233;s, l'obsession de la rentabilit&#233; et les jeux de pouvoir syst&#233;miques. Discussion collective avec des doctorants en lutte de Paris 1, Paris 8 et Aix-Marseille.Et attention, ils sont chauds comme des baraques &#224; frites. R&#233;sistance doctorale ! Universit&#233; Paris 1 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no149-decembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;149 (d&#233;cembre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le collectif national des pr&#233;caires de l'Enseignement sup&#233;rieur et de la recherche a &#233;t&#233; fond&#233; en 2016. Regroupant plus de vingt collectifs locaux autonomes dans toute la France, il d&#233;nonce la pr&#233;carisation en cours dans les universit&#233;s, l'obsession de la rentabilit&#233; et les jeux de pouvoir syst&#233;miques. Discussion collective avec des doctorants en lutte de Paris 1, Paris 8 et Aix-Marseille.Et attention, ils sont chauds comme des baraques &#224; frites. R&#233;sistance doctorale !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2994 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH555/-1232-49283.jpg?1768649711' width='400' height='555' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Jean-Michel Bertoyas
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Universit&#233; Paris 1 Sorbonne. Caf&#233; Le Duc, rue de la Sorbonne, Paris 5&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeanne :&lt;/strong&gt; Tout a commenc&#233; en mai 2015, par une r&#233;union des repr&#233;sentant.e.s des &#233;coles doctorales, en Histoire, G&#233;ographie, Philosophie, etc., concernant les dates de rendu des th&#232;ses que l'administration venait d'avancer au mois d'octobre. Jusqu'ici, si on rendait sa th&#232;se avant d&#233;cembre, on ne devait pas se r&#233;inscrire. D&#233;sormais, il allait falloir payer de nouveaux frais d'inscription. Parall&#232;lement, les doctorant.e.s affili&#233;. e.s &#224; la section Sud &#201;ducation de Paris 1 ont commenc&#233; &#224; r&#233;agir. D'autant que dans la foul&#233;e, une autre mesure est tomb&#233;e, &#224; savoir la suppression des frais d'exon&#233;ration pour les doctorant.e.s financ&#233;.e.s de l'Universit&#233; : jusque-l&#224;, &#224; Paris 1, les doctorant. e.s qui obtenaient un financement de la fac &#233;taient exon&#233;r&#233;.e.s de leurs frais d'inscription, car consid&#233;r&#233;.e.s comme des salari&#233;.e.s de l'Universit&#233;. Or, cette exon&#233;ration a &#233;t&#233; supprim&#233;e en catimini par le Conseil d'administration en juillet 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estelle :&lt;/strong&gt; En utilisant le fait que nous ayons encore un statut d'&#233;tudiant.e, ils nous faisaient payer pour travailler pour eux en tant que chercheur.e.s et profs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeanne :&lt;/strong&gt; Les r&#233;unions et AG organis&#233;es par les repr&#233;sentant.e.s des doctorant.e.s ont r&#233;uni d&#232;s le d&#233;but des syndiqu&#233;.e.s &#224; Sud &#201;ducation (personnel et enseignant.e.s) et &#224; l'Unef (&#233;tudiant.e.s) &#8211; les doctorant.e.s ayant le double statut de personnel et d'&#233;tudiant.e.s &#8211;, mais surtout des non syndiqu&#233;.e.s. En &#233;changeant sur nos exp&#233;riences, on s'est rendu compte que les doctorant. e.s &#233;taient trait&#233;.e.s de diff&#233;rentes mani&#232;res selon les disciplines, mais que les abus &#233;taient assez r&#233;pandus. Nous avons d&#233;couvert une banalisation des pratiques ill&#233;gales au sein des &#233;coles doctorales : heures suppl&#233;mentaires non pay&#233;es, personnes travaillant sans contrat, corrections de copies hors service, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estelle :&lt;/strong&gt; On nous fait corriger gratuitement des copies suppl&#233;mentaires qui ne correspondent pas aux mati&#232;res qu'on enseigne. On s'est donc rendu compte que la question des frais d'inscription n'&#233;tait qu'une petite partie du probl&#232;me et qu'elle ne concernait qu'une minorit&#233; de doctorant.e.s : les contractuel.le.s et les Attach&#233;.e.s temporaires d'enseignement et de recherche (Ater). Nous sommes pour la plupart vacataires, sans financement, ou travaillons &#224; c&#244;t&#233; pour payer nos &#233;tudes. Une de nos difficult&#233;s tenait pr&#233;cis&#233;ment &#224; notre &#233;clatement : nous avions des parcours diff&#233;rents et appartenions &#224; des disciplines distinctes ; nos degr&#233;s d'engagement et nos orientations politiques &#233;taient parfois divergents. En droit, par exemple, l'id&#233;e d'un mouvement collectif, d'une lutte sociale ou d'un rapport de force &#233;tait loin d'&#234;tre acquise ! Cela a jou&#233; dans le r&#244;le assign&#233; aux syndicats, car on ne voulait pas que leur pr&#233;sence soit un frein &#224; la participation d'un certain nombre de personnes. Les syndicats &#233;taient aussi per&#231;us tr&#232;s diff&#233;remment selon les personnes mobilis&#233;es : m&#234;me s'ils ont jou&#233; un r&#244;le dans le mouvement, expliciter ou afficher ce r&#244;le a toujours suscit&#233; des d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeanne :&lt;/strong&gt; On pr&#233;sente alors une liste de revendications communes &#224; la pr&#233;sidence de Paris 1, qui rejette tout en bloc. Ces revendications ont aussi fait l'objet d'une p&#233;tition qui a recueilli plus de 850 signatures, et d'une motion de soutien sign&#233;e par pr&#232;s d'une centaine de titulaires. C'&#233;tait juste avant les &#233;lections pour renouveler la pr&#233;sidence et les conseils centraux. Nous avons donc choisi d'y pr&#233;senter des listes (Doctorant. e.s mobilis&#233;.e.s pour l'Universit&#233;) en tant qu'enseignant.e.s et &#233;tudiant.e.s, ce qui a abouti &#224; l'&#233;lection d'une de nos candidates au conseil d'administration et &#224; la pr&#233;sence d'&#233;lu.e.s dans tous les conseils centraux. Cela a bouscul&#233; les habitudes des titulaires qui voient rarement des non titulaires si&#233;ger avec eux &#8211; et les n&#244;tres, car il fallait jouer le jeu institutionnel et continuer la lutte de terrain en m&#234;me temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estelle :&lt;/strong&gt; Les profs pouvaient nous soutenir sur des revendications sp&#233;cifiques, notamment pour les contractuel.le.s consid&#233;r&#233;.e.s par eux comme les meilleurs &#233;l&#233;ments, mais...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thierry :&lt;/strong&gt; &#8230; il y a beaucoup d'hypocrisie de la part des profs titulaires qui se disent engag&#233;. e.s pour des sujets politiques hors de l'universit&#233;, mais qu'on n'entend plus quand &#231;a concerne leur lieu de travail. Ils nous mettent m&#234;me souvent des b&#226;tons dans les roues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estelle :&lt;/strong&gt; Par ailleurs, le syst&#232;me universitaire est tr&#232;s d&#233;favorable &#224; la mobilisation et &#224; la lutte, car l'essentiel de la titularisation fonctionne sur la base de la cooptation. Puisqu'on est recrut&#233;.e.s par nos pair.e.s, aucun.e doctorant.e n'a int&#233;r&#234;t &#224; se mettre en porte &#224; faux vis-&#224;-vis des profs qui ont le pouvoir de le recruter et d'assurer sa carri&#232;re d'enseignant.e. D'o&#249; le chantage qui ne dit pas son nom : accepte de bosser gratuitement si tu veux continuer &#224; travailler &#224; l'Universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thierry :&lt;/strong&gt; On est dans un univers extr&#234;mement concurrentiel &#224; cause de la baisse des budgets de la recherche depuis des ann&#233;es. Il n'y a pas assez de postes ouverts &#224; l'Universit&#233;, donc chacun.e essaie de remplir son CV au maximum, quitte &#224; bosser gratuitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeanne :&lt;/strong&gt; Le processus d'&#233;lection du nouveau pr&#233;sident a r&#233;v&#233;l&#233; un syst&#232;me de tractations de couloirs qui nous a conduit &#224; nous abstenir pour l'&#233;lection de la pr&#233;sidence. Par ailleurs, les promesses qui nous avaient &#233;t&#233; faites avant les &#233;lections n'ont pas &#233;t&#233; imm&#233;diatement tenues. Afin de faire bouger les choses, une action collective est lanc&#233;e en mai 2016 : la r&#233;tention des notes tant que nos revendications ne seront pas satisfaites. Tou.te.s celles et ceux qui parmi nous enseignent ne rendent pas les notes des copies corrig&#233;es pour l'examen final du second semestre. Cela met l'administration dans une situation tr&#232;s compliqu&#233;e, car ils ont des d&#233;lais l&#233;gaux de traitement pr&#233;cis pour que les rattrapages se fassent dans les temps. Tr&#232;s vite, la plupart des enseignant.e.s titulaires qui avaient entam&#233; l'action avec nous l&#226;chent l'affaire. On se retrouve &#224; une soixantaine de pr&#233;caires et une poign&#233;e de titulaires pour tenir bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estelle :&lt;/strong&gt; Lors du conseil d'administration, nous pr&#233;sentons plusieurs motions : le retour &#224; l'exon&#233;ration des frais d'inscription pour les contractuel.le.s et les Ater, l'extension de cette exon&#233;ration aux vacataires, et la mensualisation des salaires des doctorant.e.s vacataires, qui sont pour l'instant pay&#233;s en une fois, six mois apr&#232;s le premier jour de travail. Enfin, la fin du travail gratuit, pour les cours ou les copies suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thierry :&lt;/strong&gt; Et la cr&#233;ation d'un Observatoire de la pr&#233;carit&#233; &#224; l'Universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeanne :&lt;/strong&gt; La seule motion qui a fait consensus, c'est celle de l'exon&#233;ration pour les contractuel.le.s, car les profs les consid&#232;rent davantage comme des pair.e.s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estelle :&lt;/strong&gt; Du coup, la lutte continue, on tient une semaine de plus sur la r&#233;tention des notes. Le CA finit par c&#233;der sur la mensualisation des vacations, pour la rentr&#233;e 2017, et l'Observatoire de la pr&#233;carit&#233;. Sur l'exon&#233;ration des vacataires, elle est repouss&#233;e &#224; 2017, et en attendant, ils peuvent &#234;tre exon&#233;r&#233;s des frais d'inscription sur crit&#232;res sociaux. La victoire n'est pas totale, mais quand m&#234;me de taille ; on finit par rendre les notes et par aider les personnels administratifs &#224; les enregistrer, pour ne pas les p&#233;naliser davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeanne :&lt;/strong&gt; Apr&#232;s les vacances d'&#233;t&#233;, &#231;a a aussi &#233;t&#233; la rentr&#233;e de la mobilisation. On n'&#233;tait pas s&#251;r.e.s que les promesses seraient tenues, et on s'est demand&#233;.e.s si on devait constituer un collectif de pr&#233;caires plus large, qui pourrait accueillir aussi les revendications du personnel administratif, des docteurs, des biblioth&#233;caires, etc. Aujourd'hui, No&#235;l approche, la mensualisation des salaires n'est pas du tout en route, et on nous redemande de corriger des copies non pay&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estelle :&lt;/strong&gt; Depuis le d&#233;part, la question de la place des syndicats dans notre lutte pose probl&#232;me. Pour certain.e.s, on ne fait pas s&#233;rieux sans syndicat derri&#232;re nous. Pour d'autres, les mettre en avant, c'est se couper de tou.te.s celles et ceux qui s'en m&#233;fient. On a finalement opt&#233; pour ne pas s'affilier explicitement aux syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thierry :&lt;/strong&gt; Ce qui fait peur &#224; certain.e.s, c'est qu'il pourrait y avoir une r&#233;cup&#233;ration politique par des syndicats d&#233;j&#224; constitu&#233;s, qui ont des positions politiques plus englobantes que celle du collectif pour le moment. Nous sommes n&#233;anmoins nombreux &#224; les partager, et il faut admettre que la mobilisation aurait &#233;t&#233; difficile sans eux. Il y a toutefois diff&#233;rents points de vue qui s'affrontent &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estelle :&lt;/strong&gt; Certain.e.s doctorant.e.s de Paris 1, clairement hostiles &#224; toute mention de la lutte des classes, ne voulaient pas se rapprocher de celles et ceux qui manifestaient dans les rues contre la loi Travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thierry :&lt;/strong&gt; Le collectif national des pr&#233;caires de l'ESR est n&#233; pendant la loi Travail, mais il n'a pas de pouvoir d&#233;cisionnaire : ce n'est qu'une coordination des luttes men&#233;es au sein de chaque universit&#233;. Chaque groupe local d&#233;cide de quoi faire dans sa fac, selon le contexte et les r&#233;glementations auxquelles il est confront&#233;. Cela donne des situations &#233;tonnantes : par exemple, c'est &#224; Paris 1 qu'on a pour l'instant obtenu le plus d'avanc&#233;es, avec les actions les plus radicales, alors que parall&#232;lement, seule une petite partie du collectif &#233;tait vraiment active pendant le mouvement de la loi Travail, ou &#224; Nuit Debout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeanne :&lt;/strong&gt; L'enjeu des collectifs locaux maintenant, c'est d'arriver &#224; articuler la mobilisation au niveau local et la coordination nationale.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paris 8 Saint-Denis et Universit&#233; Aix-Marseille. Bar de la Passerelle, rue des Trois Mages, Marseille 6&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andrea :&lt;/strong&gt; Le collectif des pr&#233;caires de l'enseignement et de la recherche de Paris 8 s'est cr&#233;&#233; pendant le mouvement contre la loi Travail, qui mettait en avant la question de la pr&#233;carit&#233;, une probl&#233;matique que les syndicats ont du mal &#224; appr&#233;hender, car ils syndiquent peu de pr&#233;caires, notamment chez les enseignant.e.s et chercheur.e.s. L'envie premi&#232;re &#233;tait de nous organiser entre coll&#232;gues vivant la m&#234;me r&#233;alit&#233;. L'Universit&#233;, et la fonction publique en g&#233;n&#233;ral, est pourtant depuis longtemps un lieu d'exp&#233;rimentation de la pr&#233;carit&#233;. Depuis la rentr&#233;e, on s'est concentr&#233; sur l'exon&#233;ration de frais d'inscription pour les doctorant.e.s. On s'est mis en lien avec l'intersyndicale &#8211; je suis pour ma part &#224; la CGT &#8211;, qui organise relativement bien les personnels non-enseignants (Biatoss) pour pouvoir recenser les probl&#232;mes de pr&#233;carit&#233; dans les d&#233;partements, les laboratoires, les services de l'Universit&#233;. On essaie enfin de faire de la formation autour de la question des droits du ch&#244;mage. Les administrations ne donnent que trop tardivement les papiers n&#233;cessaires attestant la fin du contrat et permettant de s'inscrire &#224; P&#244;le Emploi, ce qui pose des gros probl&#232;mes de d&#233;lai de carence, et certains coll&#232;gues se font r&#233;guli&#232;rement sucrer deux ou trois mois de ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emma :&lt;/strong&gt; Pour ma part, je ne suis pas syndiqu&#233;e. L'universit&#233; Aix-Marseille est &#233;clat&#233;e entre plusieurs sites, et notre premi&#232;re difficult&#233; est de faire en sorte que tout le monde se rencontre. Plusieurs doctorant.e.s se sont r&#233;uni.e.s et nous avons constitu&#233; un cort&#232;ge de pr&#233;caires de l'ESR dans les manifs contre la loi Travail. Puis, apr&#232;s une discussion avec Toulouse, Paris 1 et Paris 8, on a organis&#233; la premi&#232;re journ&#233;e nationale contre la pr&#233;carisation de l'Universit&#233; le 13 avril, et de nombreux collectifs ont r&#233;pondu &#224; l'appel, venus de toute la France. C'&#233;tait une victoire de rassembler tous ces gens et de faire un &#233;change d'exp&#233;riences sur ce qui se pratiquait, pour prendre le meilleur. Lors des rencontres, on s'est aper&#231;u.e.s par exemple, que, dans quelques facs, les doctorant.e.s &#233;taient exon&#233;r&#233;s de frais d'inscription, ce dont on n'avait jamais entendu parler. Il y a environ 25 collectifs en France, avec une vingtaine de personnes dans chacun. Ce qui est &#233;norme par rapport &#224; notre tradition d'isolement. Un collectif &#224; Toulouse avait produit une brochure sur la question de la pr&#233;carit&#233; &#224; l'universit&#233; qui nous a beaucoup servi. La notion de pr&#233;carit&#233;, ce n'est pas qu'une question de salaire. Elle articule deux dimensions : la premi&#232;re c'est l'incertitude, tu ne sais pas ce qu'il y aura apr&#232;s. En ce moment, tu as ton contrat de th&#232;se pay&#233; 1600 euros, mais dans trois ans, c'est termin&#233;, et tu ne sais pas ce qui va arriver. Cette dimension implique une seconde notion : les rapports de domination exacerb&#233;s avec les titulaires et directeurs de recherche. Tu ne sais pas ce qui viendra apr&#232;s, donc tu acceptes tout et n'importe quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andrea :&lt;/strong&gt; Lors de notre premi&#232;re AG, une coll&#232;gue a racont&#233; neuf ans de lutte en tant que pr&#233;caire &#224; l'universit&#233;. Dans la salle, il y avait des gens, des n&#233;o-doctorant.e.s, avec des histoires tr&#232;s diff&#233;rentes. Finalement, en d&#233;cortiquant nos cas personnels, on a r&#233;ussi &#224; d&#233;monter ces impasses d'individualisation et &#224; mettre en avant des logiques de surpr&#233;carisation communes. Avec la r&#233;forme qui vient de passer, on nous explique que nos doctorats ne valent que dalle et qu'il faut s'adapter aux besoins du march&#233;. D&#233;velopper notre &#171; portefeuille de comp&#233;tences &#187;. On nous dit, entre les lignes, qu'il n'y aura pas de boulot dans la recherche et qu'il faut &#234;tre capable d'expliquer clairement au patronat ce qu'on sait faire plut&#244;t que ce que l'on sait tout court. C'est un non-sens, les docteur.e.s sont bien ins&#233;r&#233;.e.s sur le march&#233; du travail, tout simplement parce qu'on a d&#233;j&#224; un m&#233;tier : chercheur.e.s. Comme &#224; chaque fois, le probl&#232;me n'est pas la formation, mais les emplois disponibles. Sur ce point, l'&#201;tat-employeur est le premier responsable de la pr&#233;carit&#233; lorsqu'il diminue les budgets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emma :&lt;/strong&gt; La logique de rentabilit&#233; implique une pression permanente, si bien qu'on a l'impression de ne plus avoir le droit de se tromper. Quand tu fais de la recherche, il est normal de se planter en permanence pour faire avancer les choses. Nous revendiquons et d&#233;fendons une recherche publique de qualit&#233; qui s'&#233;loigne le plus possible des logiques &#171; rentabilistes &#187;. Pour faire de la recherche, on a besoin de temps. L'intrusion des financeurs priv&#233;s implique qu'il y a recherche du profit dans un temps le plus court possible pour le compte du priv&#233; &#8211; et cette logique va &#224; l'encontre de notre conception d'une recherche collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andrea :&lt;/strong&gt; La fonction publique emploie de moins en moins de fonctionnaires titulaires : on estime aujourd'hui (selon le minist&#232;re) qu'il y a pr&#232;s de 40% de personnels pr&#233;caires, Biatoss ou enseignant.e.s-chercheur.e.s &#224; l'Universit&#233;. Et ce chiffre ne prend m&#234;me pas en compte les vacataires, totalement invisibilis&#233;. e.s, qu'on estime &#224; 7 000 &#233;quivalents temps plein. Autant de personnes qui ne savent pas d'une ann&#233;e &#224; l'autre, voire d'un semestre &#224; l'autre, de quoi elles vivront, ni o&#249;. Les vacataires ne sont pas pay&#233;.e.s tous les mois, mais tous les six mois, voire plus. Comment payer son loyer dans ces conditions ? &#192; Paris 8, une coll&#232;gue s'est m&#234;me vue propos&#233; de faire un pr&#234;t &#233;tudiant aupr&#232;s de la fac en attendant qu'on lui paie son salaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emma :&lt;/strong&gt; Par ailleurs, avec les d&#233;lais de plus en plus longs avant d'&#234;tre titularis&#233;, tu peux &#234;tre vacataire et contractuel pendant dix ans, sans cotiser pour la retraite par exemple. La loi Sauvadet de 2012 &#233;tait cens&#233;e lutter contre la multiplication des CDD et ouvrir l'acc&#232;s au CDI ou au fonctionnariat pour les contractuels. Pour contourner cela, Aix-Marseille-Universit&#233; s'est appuy&#233; sur une filiale priv&#233;e, Protisvalor, qui sert de portage salarial : quand tu es sur le point de passer en CDI, hop, on te r&#233;engage via Protisvalor, et on remet les compteurs &#224; z&#233;ro. Du coup, tu continues le m&#234;me boulot, mais avec un employeur priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andrea :&lt;/strong&gt; Les syndicats ont mis du temps &#224; prendre en compte les probl&#232;mes des pr&#233;caires. Dans toute l'histoire des revendications de cat&#233;gories sp&#233;cifiques, il a toujours fallu que les premier.e.s concern&#233;.e.s se mettent en avant et visibilisent leur situation pour que le reste du champ militant le prenne en compte. C'est valable pour les femmes, les travailleurs &#233;trangers, les pr&#233;caires. Les inerties, les lenteurs sp&#233;cifiques &#224; l'universit&#233;, ont fait que &#231;a a pris plus de temps qu'ailleurs. Par ailleurs, il est difficile de se syndiquer en &#233;tant pr&#233;caire. Le propre de la pr&#233;carit&#233;, c'est que tu passes beaucoup de temps &#224; essayer d'en sortir. En tout cas, la relation aux syndicats n'est pas un d&#233;bat clivant &#224; l'int&#233;rieur du mouvement des pr&#233;caires. Tu peux y appartenir en &#233;tant syndiqu&#233;.e ou pas, tant que tu restes ind&#233;pendant.e.s. On a r&#233;ussi &#224; construire une relation d'&#233;change avec les syndicats. Une reconnaissance nationale o&#249; le collectif a &#233;t&#233; int&#233;gr&#233; &#224; l'inter-syndicale nationale de l'Enseignement Sup&#233;rieur et de la Recherche par exemple. Les syndicats ont conscience qu'ils ont besoin de ce type de collectifs, car ils sont en difficult&#233; pour toucher les pr&#233;caires, parfois m&#233;fiant.e.s et souvent insaisissables, car on change d'institution- employeur sans arr&#234;t. De notre c&#244;t&#233;, on a conscience que nos revendications ne peuvent pas avancer si on ne cr&#233;e pas des alliances avec l'ensemble des travailleurs, quelles que soient leurs cat&#233;gories, pr&#233;caires ou non. Dans tous les cas, il n'y a pas de contradiction entre les deux. Un collectif unitaire a vocation &#224; s'orienter vers la mobilisation imm&#233;diate, avec les syndicats et au-del&#224; des syndicats. Ces derniers ont toute leur place l&#224;-dedans, mais projettent leur action sur long terme, acqu&#233;rant ainsi une expertise utile. Les deux se compl&#232;tent tr&#232;s bien. Je pense que certain.e.s r&#234;vent du moment o&#249; les syndicats seront adapt&#233;s &#224; recevoir des pr&#233;caires et o&#249; les pr&#233;caires seront pr&#234;ts &#224; se syndiquer aussi. Mais cette jonction l&#224; n'est pas encore faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emma :&lt;/strong&gt; Jusqu'alors, on &#233;tait en r&#233;seau peu formalis&#233; de collectifs locaux, qui &#233;taient anciens ou en train de se cr&#233;er, puis on a cr&#233;&#233; ces rencontres nationales pour nous rencontrer, et tenter de coordonner nos actions et revendications &#8211; en partant du constat qu'il y avait d&#233;j&#224; eu des mobilisations locales qui butaient toujours sur le fait qu'&#224; un moment donn&#233;, il fallait passer aux questions nationales, aux questions de budget, aux questions de droit du travail, avoir des circulaires contraignantes de la part des minist&#232;res pour obliger les universit&#233;s &#224; ne pas faire n'importe quoi. On a donc d&#233;cid&#233; au consensus d'une plateforme de revendications. Les copains syndicalistes nous ont dit alors : mais c'est hallucinant, vous avez mis une demi-heure pour vous mettre d'accord ! Ils &#233;taient impressionn&#233;s qu'on d&#233;cide aussi vite, au consensus, parce qu'on parlait de nos exp&#233;riences imm&#233;diates, de notre quotidien. Aussi, le syndicalisme, et c'est normal, est charg&#233; d'histoire, de d&#233;bats, qui ne se r&#233;solvent pas si rapidement. Par exemple, revendiquer des CDI pour les contractuels, &#231;a peut &#234;tre per&#231;u comme une fa&#231;on de participer &#224; la fin du statut de fonctionnaire, et les coll&#232;gues qui ont int&#233;gr&#233; la fonction publique avant qu'explose la pr&#233;carit&#233; y sont &#224; juste titre attach&#233;s. Mais pour nous c'est diff&#233;rent, on tient au statut de fonctionnaire, mais on se dit aussi que, dans l'imm&#233;diat, des CDI, c'est pas si mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andrea :&lt;/strong&gt; &#192; partir de ces rencontres nationales, on a essay&#233; de cr&#233;er une structure nationale qui nous permette de constituer le collectif national autour de commissions th&#233;matiques sur des questions de revendication, de relation avec la presse, ou juridiques&#8230; Il y a aussi une commission d'animation nationale qui essaie de coordonner le tout, et d'organiser l'&#233;change d'exp&#233;riences, d'informations, de r&#233;pondre aux sollicitations des r&#233;seaux syndicaux, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emma :&lt;/strong&gt; &#192; Toulouse, &#231;a fait un peu plus de trois ans qu'ils tiennent une permanence toutes les semaines. Il y a un bureau avec une porte ouverte, o&#249; tu peux aller dire : moi, ils ne m'ont pas pay&#233;, &#231;a fait tant de temps, qu'est-ce qu'on fait ? Du coup, ils ont r&#233;ussi &#224; monter des petites actions, faire des mini-occupations de l'administration pour mettre la pression. L'id&#233;e est de garder ce lien avec le local, parce qu'on est pris dans le syst&#232;me de l'autonomie des universit&#233;s, qui implique des contextes et des r&#233;glementations multiples. Le patron principal reste le minist&#232;re de l'Enseignement et de la Recherche, mais on doit garder l'articulation avec le local.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#192; Nanterre, &#171; notre gr&#232;ve de pr&#233;caires &#187;</title>
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		<dc:date>2018-08-29T06:00:00Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;Cinquante ans apr&#232;s, dans la fac o&#249; d&#233;buta Mai-68, des pr&#233;caires de l'enseignement sup&#233;rieur et de la recherche ont repris la lutte. En bloquant les notes de leurs &#233;tudiants, ils et elles ont d&#233;nonc&#233; l'introduction de la s&#233;lection &#224; l'universit&#233;, d&#233;j&#224; mise &#224; mal par une d&#233;cennie de r&#233;formes lib&#233;rales. Ils prennent la plume ici, pour expliquer leur combat. Tribune. Devant la maison des examens d'Arcueil (Val-de-Marne), ce 11 mai au matin, une foule h&#233;t&#233;rog&#232;ne se pr&#233;pare &#224; livrer bataille : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no167-juillet-aout-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;167 (juillet-ao&#251;t 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Poste" rel="tag"&gt;Poste&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L108xH150/arton2309-10feb.jpg?1768686929' class='spip_logo spip_logo_right' width='108' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cinquante ans apr&#232;s, dans la fac o&#249; d&#233;buta Mai-68, des pr&#233;caires de l'enseignement sup&#233;rieur et de la recherche ont repris la lutte. En bloquant les notes de leurs &#233;tudiants, ils et elles ont d&#233;nonc&#233; l'introduction de la s&#233;lection &#224; l'universit&#233;, d&#233;j&#224; mise &#224; mal par une d&#233;cennie de r&#233;formes lib&#233;rales. Ils prennent la plume ici, pour expliquer leur combat. Tribune.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Devant la maison des examens d'Arcueil (Val-de-Marne), ce 11 mai au matin, une foule h&#233;t&#233;rog&#232;ne se pr&#233;pare &#224; livrer bataille : &#224; grands frais, la fac de droit de Nanterre (Hauts-de-Seine) a d&#233;cid&#233; d'y d&#233;placer les partiels, ne pouvant les organiser sur son campus habituel. Celui-ci est enti&#232;rement bloqu&#233;, b&#226;timent de droit compris, fait historique autant que symbolique. Dans la confrontation, avec leurs matraques et leur gaz au poivre, les CRS, eux, ne font pas le tri entre &#233;tudiant.e.s partisans du blocage et candidat.e.s aux examens, personnel universitaire mobilis&#233;, employ&#233;.e.s de La Poste et cheminot.e.s de la gare Saint-Lazare venus soutenir le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nanterre bouillonne depuis plusieurs semaines, malgr&#233; (ou gr&#226;ce) &#224; l'empressement du pr&#233;sident de l'universit&#233; &#224; faire intervenir les CRS le 9 avril pour disperser les contestataires de la loi Orientation et r&#233;ussite des &#233;tudiants (ORE). Mais le temps presse : alors que certains d&#233;partements ont refus&#233; de former des comit&#233;s de s&#233;lection, alors qu'on ne sait pas avec quels moyens seront mont&#233;s les dispositifs voulus par le minist&#232;re dans une universit&#233; cruellement sous-dot&#233;e, il est pr&#233;vu que la machine Parcoursup livre ses premiers r&#233;sultats le 22 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeunes chercheur.e.s en droit, sciences politiques, histoire ou encore philosophie, nous nous retrouvons dans une volont&#233; commune de passer &#224; une autre &#233;tape dans la construction du rapport de force. Non titulaires, c'est-&#224;-dire sans poste fixe, nous assurons pourtant une mission d'enseignement tout en menant une recherche scientifique. Une partie d'entre nous s'est retrouv&#233;e exclue des rares votes &#224; propos de Parcoursup, d'autres se mobilisaient d&#233;j&#224; contre des charges de surveillances et de corrections de copies, non pay&#233;es mais devenues monnaie courante dans le contexte des r&#233;ductions budg&#233;taires. Ensemble, fort.e.s de 68 signatures initiales de jeunes chercheur.e.s, doctorant.e.s, Ater&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Attach&#233;s temporaires d'enseignement et de recherche (enseignant.e.s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, vacataires, au ch&#244;mage ou sans poste, nous d&#233;cidons de nous mettre en gr&#232;ve &#171; pour de vrai &#187; et de retenir les notes de nos &#233;tudiant.e.s. Nous rentrons ainsi dans la confrontation, pour montrer notre d&#233;termination &#224; lutter contre la loi ORE et son dispositif de s&#233;lection sociale, Parcoursup, alors m&#234;me que les actions men&#233;es jusqu'ici au niveau national comme &#224; Nanterre se heurtent &#224; la surdit&#233; de la pr&#233;sidence de l'universit&#233; et du minist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'universit&#233; vaut de l'ORE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers r&#233;sultats de Parcoursup confirment nos pr&#233;tendues &#171; &lt;i&gt;sp&#233;culations id&#233;ologiques&lt;/i&gt; &#187; : un &#233;l&#232;ve sur deux en attente, des lyc&#233;es de banlieue sans un seul &#171; oui &#187;. Patience, tout le monde aura une place &#224; la rentr&#233;e, promet le minist&#232;re : c'est un &#171; &lt;i&gt;processus dynamique&lt;/i&gt; &#187;. Chaque jour, les &#233;l&#232;ves, renvoy&#233;.e.s violemment &#224; un statut de seconde zone, attendent anxieusement que les &#171; meilleur.e.s &#187; fassent leur choix et lib&#232;rent des places, qui ne correspondent pas forc&#233;ment &#224; leurs d&#233;sirs. &#192; Nanterre, les responsables des comit&#233;s de s&#233;lection se f&#233;licitent na&#239;vement de la diversit&#233; des crit&#232;res de classement : on pourrait ainsi panacher la liste en usant de discrimination positive, afin d'obtenir une s&#233;lection &#171; la moins injuste &#187; et la plus sociale possible, respectant &#171; l'esprit de Nanterre &#187;. Mais les crit&#232;res de classement, notes et appr&#233;ciations, quotas de boursiers ou d'autres acad&#233;mies, choisis par les formations &#224; travers des comit&#233;s de s&#233;lection volontaires ou nomm&#233;s de force, sont in&#233;vitablement vecteurs des discriminations sociales contre lesquelles la loi joliment nomm&#233;e Orientation et r&#233;ussite des &#233;tudiants pr&#233;tend lutter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au probl&#232;me qui gr&#232;ve l'universit&#233;, celui du manque de places et de moyens, le gouvernement n'a bien &#233;videmment pas fait le choix de bon sens de r&#233;pondre au besoin d'&#233;ducation de la population &#8211; il faudrait construire cinq universit&#233;s ! Il pr&#233;tend cyniquement que le probl&#232;me, c'est surtout tous ces pauvres qui veulent aller &#224; la fac, et il y r&#233;pond par la s&#233;lection. L'universit&#233; a toujours &#233;t&#233; une machine de reproduction sociale, mais cette fois on ne s'embarrasse m&#234;me plus du droit qu'avait chacun et chacune d'y tenter sa chance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Management autoritaire VS pr&#233;caires en gal&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ORE ne s'arr&#234;te pas l&#224; : si l'acc&#232;s aux &#233;tudes sup&#233;rieures devient un march&#233;, la r&#233;volution manag&#233;riale d&#233;j&#224; en cours &#224; l'universit&#233; s'approfondit. La loi de 2007 (LRU) a impos&#233; aux universit&#233;s l'autonomie dans la gestion de leur budget et de leur masse salariale. Et le plan Campus de 2008 a index&#233; le financement des universit&#233;s &#224; leur &#171; excellence &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; leur capacit&#233; &#224; attirer les fonds priv&#233;s et &#224; produire des profils correspondant &#224; ce que recherche le march&#233; du travail. Le personnel enseignant sacrifie sa recherche scientifique au montage chronophage de projets &#171; innovants &#187; et &#224; la recherche de fonds, et ne peut que faire l'amer constat du sous-encadrement et de la sous-dotation : aucun nouveau poste n'est cr&#233;&#233;, tandis que ceux qui existent sont transform&#233;s en contrats pr&#233;caires, voire en absence de contrats, alors que la masse estudiantine augmente. Pour la seule universit&#233; de Nanterre, en 2016-2017, 97 000 heures d'enseignement, soit l'&#233;quivalent de 500 postes d'enseignement et de recherche &#224; temps plein, &#233;taient assur&#233;es par des vacataires !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2532 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH248/-798-20d33.jpg?1768649505' width='400' height='248' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Kalem.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jeunes pr&#233;caires de l'enseignement sup&#233;rieur et de la recherche, nous sommes donc concern&#233;.e.s &#224; plus d'un titre par la loi ORE. D'abord, parce que c'est nous qui accueillerons et accompagnerons les futur.e.s s&#233;lectionn&#233;.e.s, puisqu'&#224; Nanterre plus de la moiti&#233; des cours de licence sont assur&#233;s par des non-titulaires aux statuts divers &#8211; en contrat doctoral de trois ans, en poste d'Ater d'un an ou en vacation pay&#233;e six mois plus tard. Ensuite, parce qu'en l'absence de cr&#233;ations de postes et donc de d&#233;bouch&#233;s dans la recherche, notre nombre augmente et nous confronte &#224; une situation de concurrence g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Nous faisons fonctionner l'universit&#233; avec la certitude de ne pouvoir y trouver un poste, peut-&#234;tre, qu'au terme d'un long parcours de gal&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;branler l'apathie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ne rendant pas les notes de nos &#233;tudiantes et &#233;tudiants, nous avons voulu peser sur les instances dirigeantes de notre universit&#233; pour les obliger, d'une part, &#224; prendre en compte la masse des pr&#233;caires qui font fonctionner la fac, et d'autre part &#224; ouvrir enfin le d&#233;bat sur cette loi appliqu&#233;e &#224; marche forc&#233;e. Nous demandions la neutralisation de Parcoursup, et la cr&#233;ation des places manquantes par un plan d'urgence, comme cela s'&#233;tait d&#233;j&#224; fait en 1969 et 1991. Mais aussi la publication des &#171; algorithmes locaux &#187;, c'est-&#224;-dire de l'ensemble des m&#233;thodes de tri, souvent automatis&#233;es, qui affectent un candidat &#224; un rang dans la liste &#8211; exigence de transparence appel&#233;e m&#234;me par le pr&#233;sident de l'universit&#233;, mais en pratique refus&#233;e tant elle s'apparente &#224; ouvrir &#171; la bo&#238;te de Pandore &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien timide des titulaires, somm&#233;.e.s de g&#233;rer la p&#233;nurie, l'aveu d'impuissance des instances dirigeantes, ainsi que les discours culpabilisants qui nous accusent de sacrifier le dipl&#244;me de nos &#233;tudiant.e.s alors que l'administration &#233;tait pr&#234;te &#224; contourner notre droit de gr&#232;ve en neutralisant nos mati&#232;res, quitte &#224; d&#233;livrer des dipl&#244;mes &#171; en chocolat &#187;, tout cela nous r&#233;v&#232;le une chose : la d&#233;mocratie universitaire n'est qu'une fa&#231;ade. Elle ne cache plus que l'amoncellement des t&#226;ches abrutissantes qui maintiennent chacun et chacune &#224; son poste d'ex&#233;cutant, dans un &#233;tat d'apathie que cette mobilisation nationale aura eu pour m&#233;rite d'&#233;branler. &#192; l'issue de trois semaines de gr&#232;ve, de rencontres st&#233;riles avec des directions d'UFR&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Unit&#233;s de formation et de recherche constituent les diff&#233;rentes branches (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et de multiples pressions, nous avons fini par rendre nos notes. Le combat n'est cependant pas termin&#233;, et en nous appuyant sur les solidarit&#233;s qui en sont n&#233;es, on sera toujours aussi d&#233;ter' &#224; la rentr&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par les 68+ de Nanterre, collectif de pr&#233;caires.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Attach&#233;s temporaires d'enseignement et de recherche (enseignant.e.s contractuel.le.s).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les Unit&#233;s de formation et de recherche constituent les diff&#233;rentes branches d'une universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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