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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Prison pour femmes : cachez ce d&#233;sir que je ne saurais voir</title>
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		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans son livre La sexualit&#233; en prison de femmes, la sociologue Myriam Jo&#235;l l&#232;ve le voile sur un univers carc&#233;ral au f&#233;minin o&#249; le sexisme r&#232;gne en ma&#238;tre. Trois ans. C'est le temps que Myriam Jo&#235;l a pass&#233; aupr&#232;s des d&#233;tenues et des professionnels de sept &#233;tablissements p&#233;nitenciers fran&#231;ais. Dans le cadre de sa th&#232;se, celle qui est aujourd'hui docteure en sociologie s'est pench&#233;e sur l'&#233;pineuse question de la sexualit&#233; des femmes emprisonn&#233;es. Cet objet de recherche, ill&#233;gitime s'il en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no177-juin-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;177 (juin 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Myriam" rel="tag"&gt;Myriam&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jupe" rel="tag"&gt;jupe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans son livre &lt;i&gt;La sexualit&#233; en prison de femmes&lt;/i&gt;, la sociologue Myriam Jo&#235;l l&#232;ve le voile sur un univers carc&#233;ral au f&#233;minin o&#249; le sexisme r&#232;gne en ma&#238;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3016 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH616/-1252-5dafb.jpg?1782641148' width='400' height='616' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Nadia Berz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;T&lt;/span&gt;rois ans. C'est le temps que Myriam Jo&#235;l a pass&#233; aupr&#232;s des d&#233;tenues et des professionnels de sept &#233;tablissements p&#233;nitenciers fran&#231;ais. Dans le cadre de sa th&#232;se, celle qui est aujourd'hui docteure en sociologie s'est pench&#233;e sur l'&#233;pineuse question de la sexualit&#233; des femmes emprisonn&#233;es. Cet objet de recherche, ill&#233;gitime s'il en est, s'attaque de front &#224; deux tabous majeurs : le d&#233;sir f&#233;minin et les femmes incarc&#233;r&#233;es. De ces rencontres et de ces r&#233;flexions, Myriam Jo&#235;l a tir&#233; un livre, &lt;i&gt;La Sexualit&#233; en prison de femmes&lt;/i&gt;, paru en 2017 aux Presses de Sciences Po, qui jette un peu de lumi&#232;re sur un syst&#232;me carc&#233;ral agissant comme un &#171; &lt;i&gt;puissant relais des st&#233;r&#233;otypes de genre&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une jupe plut&#244;t qu'un jean&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La s&#339;ur d'Alice, je lui ai dit qu'elle pouvait avoir des rapports, je lui ai expliqu&#233;, je lui ai dit les trucs pour pouvoir le faire. La derni&#232;re fois je l'ai vue en jupe et elle avait une montre qui fait chronom&#232;tre.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tous les t&#233;moignages sont issus des recherches de Myriam Jo&#235;l.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; Quand Myriam Jo&#235;l rencontre Lilou, cela fait quatre mois que cette derni&#232;re est incarc&#233;r&#233;e. Assez de temps pour conna&#238;tre les combines et pouvoir rencarder les nouvelles arriv&#233;es. Le but ? D&#233;jouer la vigilance des surveillant.es quand vient l'heure des visites et que le d&#233;sir se fait palpable. Ruser. Porter une jupe plut&#244;t qu'un jean, tenter de se laisser aller au plaisir et d'en donner tout en gardant un &#339;il sur le ou la surveillant.e affair&#233;.e &#224; lire un livre ou r&#233;gler un conflit &#224; quelques m&#232;tres de soi. L'exercice semble ardu et, finalement, peu de femmes bravent l'interdit. Certaines disent botter en touche parce que &#171; &lt;i&gt;les conditions qui leur donnent envie ne sont pas r&#233;unies&lt;/i&gt; &#187;, d'autres ne s'y frottent pas par peur de la sanction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de sexualit&#233; en prison, les r&#232;gles du jeu sont floues. Seule r&#233;f&#233;rence qui vaille, le code de proc&#233;dure p&#233;nale stipule que &#171; &lt;i&gt;le fait, pour une personne d&#233;tenue&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt;, d'imposer &#224; la vue d'autrui des actes obsc&#232;nes ou susceptibles d'offenser la pudeur&lt;/i&gt; &#187; constitue une faute disciplinaire. D'apr&#232;s Myriam Jo&#235;l, &#171; &lt;i&gt;la loi est tellement large que chaque surveillant.e s'en saisit un peu &#224; sa mani&#232;re&lt;/i&gt; &#187;. Dans les faits, les sanctions pour atteinte &#224; la pudeur sont rares. Le plus souvent, les maton.nes se contentent de jouer les p&#233;dagogues : &#171; &lt;i&gt;Lors de leurs interventions, &lt;/i&gt;d&#233;crypte la sociologue,&lt;i&gt; les agents incitent non seulement les d&#233;tenues &#224; respecter autrui, mais &#233;galement &#224; se respecter elles-m&#234;mes.&lt;/i&gt; &#187; De quoi faire perdurer une image aussi vivace qu'&#233;cul&#233;e qui voudrait qu'une &#171; fille bien &#187; ne se vautre pas publiquement dans la luxure.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La femme peut plus m&#233;caniquement se retenir, les hommes non &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans les prisons fran&#231;aises, le seul espace d&#233;volu &#224; l'intimit&#233; des d&#233;tenu.&#8202;es et de leur conjoint.e est celui des UVF, les unit&#233;s de vie familiale. Dans ces petits appartements am&#233;nag&#233;s dans l'enceinte p&#233;nitentiaire, les couples et les familles peuvent se retrouver pour quelques heures ou quelques jours &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une visite en UVF peut durer de six &#224; soixante-douze heures.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et tenter de recr&#233;er un ersatz de vie familiale. Inaugur&#233;es pour la premi&#232;re fois &#224; Rennes en 2003, ces infrastructures sont encore loin d'&#233;quiper toutes les prisons : en 2016, seules 28 des 188 ge&#244;les fran&#231;aises en &#233;taient pourvues. L'acc&#232;s &#224; ces espaces ne se fait pas non plus sans restrictions : &#171; &lt;i&gt;Seuls les partenaires pouvant attester de la solidit&#233; de leur union en b&#233;n&#233;ficient&lt;/i&gt; &#187;, indique Myriam Jo&#235;l. L'administration p&#233;nitentiaire (AP) n'h&#233;site d'ailleurs pas &#224; mener l'enqu&#234;te. Des v&#233;rifications qui, pour la sociologue, font en substance &#171; &lt;i&gt;la promotion d'une sexualit&#233; f&#233;minine d&#233;pendante d'une relation conjugale exclusive&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lorsque Myriam Jo&#235;l aborde la question de la mise en place de parloirs intimes qui permettraient aux couples de se retrouver quelques heures dans une chambre comme cela se fait d&#233;j&#224; en Espagne, au Mexique ou au Danemark, les r&#233;actions des professionnel.les comme des d&#233;tenues ne se font pas attendre : &#171; &lt;i&gt;d&#233;gradant&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;humiliant&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;sordide&lt;/i&gt; &#187;, le concept est loin de faire l'unanimit&#233;. Pour la chercheuse, ces r&#233;actions sont elles aussi &#224; comprendre &#224; la lumi&#232;re de &#171; &lt;i&gt;l'injonction sociale pour les femmes &#224; inscrire leur sexualit&#233; dans la vie conjugale&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains acteurs et certaines actrices de l'AP s'accordent tout de m&#234;me &#224; dire qu'une vie sexuelle &#233;panouie est un droit pour tout &#234;tre humain &lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cens&#233; &#234;tre garanti par la Convention europ&#233;enne des droits de l'homme.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Mais pas pour autant de quoi faire bouger les lignes. En outre, de l'avis quasi g&#233;n&#233;ral, les femmes souffriraient moins du manque sexuel que les hommes. Une infirmi&#232;re psychologue a d'ailleurs expliqu&#233; &#224; Myriam Jo&#235;l que &#171; &lt;i&gt;la femme peut plus m&#233;caniquement se retenir, les hommes non. On le dit souvent, nous c'est plus intellectuel, on en convient tous que c'est comme &#231;a.&lt;/i&gt; &#187; Un constat &#224; l'emporte-pi&#232;ce qui n'assure du reste pas aux hommes incarc&#233;r&#233;s de voir leur libido trait&#233;e avec plus de respect.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un tabou &#224; deux vitesses&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Leur sexualit&#233;, c'est presque leur intimit&#233; ultime. Elles n'en ont plus beaucoup, donc je trouve que c'est un peu d&#233;licat de franchir ce dernier seuil.&lt;/i&gt; &#187; Pour Amandine comme pour la majorit&#233; de ses coll&#232;gues surveillant.&#8202;es, pas question de parler v&#233;ritablement de sexualit&#233; avec les d&#233;tenues. Car quand il s'agit d'autre chose que de d&#233;biter des propos lubriques &lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s la sociologue, en prison pour femmes, le sujet du sexe est sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, les agent.es p&#233;nitentiaires se parent d'une pudeur toute virginale. Myriam Jo&#235;l se souvient que m&#234;me les psychologues et les gyn&#233;cologues qu'elle a rencontr&#233;.es en prison n'abordaient pas cette question avec leurs patientes incarc&#233;r&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Ils ne leur demandaient jamais si elles &#233;prouvaient un manque ou du d&#233;sir, comment s'&#233;taient d&#233;roul&#233;s leurs rapports sexuels avec leur conjoint.e dans les UVF ou pendant les permissions, ou encore si elles angoissaient &#224; l'id&#233;e de renouer &#224; la sortie avec une activit&#233; sexuelle apr&#232;s une longue p&#233;riode d'abstinence.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'AP refuse de parler avec les d&#233;tenues de leur sexualit&#233;, elle se fait bien plus loquace quand il s'agit d'en faire le proc&#232;s. Jusqu'&#224; prendre parfois des allures de police des m&#339;urs. Un directeur adjoint de prison a racont&#233; &#224; la sociologue qu'il lui &#233;tait arriv&#233; de fournir aux magistrats des courriers envoy&#233;s par une d&#233;tenue &#224; son compagnon. Dans ses lettres, la femme laissait libre cours &#224; un imaginaire &#233;rotique d&#233;brid&#233; visiblement peu au go&#251;t de l'AP qui avait jug&#233; bon de transmettre ces &#233;crits &#224; la cour d'assises. Laquelle n'avait pas manqu&#233; de les lire &#224; l'audience. Selon Myriam Jo&#235;l, dans l'ensemble, &#171; &lt;i&gt;les d&#233;tenues savent que leur courrier va &#234;tre lu, donc elles s'autocensurent &#8211; notamment les pr&#233;venues, celles qui n'ont pas encore &#233;t&#233; jug&#233;es et qui savent que leur courrier va passer entre les mains du magistrat&lt;/i&gt; &#187;. Elle ajoute : &#171; &lt;i&gt;M&#234;me quand les infractions n'ont rien &#224; voir avec des crimes sexuels, la sexualit&#233; des femmes est sans cesse mise sur la table lors des jugements.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tenue correcte exig&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand l'&#233;t&#233; arrive et que la chaleur se fait &#233;touffante, les jupes raccourcissent, les tee-shirts se font plus l&#233;gers, les d&#233;collet&#233;s plus &#233;chancr&#233;s. L&#224; encore, les surveillant.es sont sur le qui-vive, pr&#234;t.es &#224; rappeler aux femmes que la &#171; tenue correcte &#187; est de rigueur. Pour Myriam Jo&#235;l, ces remontrances n'ont pas vraiment pour but de s'assurer que le r&#232;glement int&#233;rieur &lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon la chercheuse, les femmes ne sont pas soumises aux m&#234;mes contraintes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; soit appliqu&#233; mais plut&#244;t de faire int&#233;grer aux femmes &#171; &lt;i&gt;les modalit&#233;s socialement l&#233;gitimes de pr&#233;sentation du corps f&#233;minin&lt;/i&gt; &#187;. Des prescriptions qui valent aussi pour les d&#233;tenues qui &#171; se laissent aller &#187; et ne prennent plus soin de leur apparence physique. Une surveillante a aussi confi&#233; &#224; la sociologue que si ce n'&#233;tait pas elle qui faisait appliquer le r&#232;glement, les autres d&#233;tenues n'h&#233;sitaient pas &#224; s'en charger &#224; sa place : &#171; &lt;i&gt;Une avait une jupe ras-du-cul, elle aimait bien c'est tout, on voyait rien&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ; les premi&#232;res qui ont commenc&#233; &#224; faire des r&#233;flexions, c'est des d&#233;tenues&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tous les t&#233;moignages sont issus des recherches de Myriam Jo&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une visite en UVF peut durer de six &#224; soixante-douze heures.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cens&#233; &#234;tre garanti par la Convention europ&#233;enne des droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'apr&#232;s la sociologue, en prison pour femmes, le sujet du sexe est sur toutes les l&#232;vres quand il s'agit d'en rire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon la chercheuse, les femmes ne sont pas soumises aux m&#234;mes contraintes vestimentaires d'une prison &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La fabrique du th&#233;&#226;tre : entretien avec Guillaume Mazeau</title>
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		<dc:creator>Nicolas Norrito</dc:creator>


		<dc:subject>Culture</dc:subject>
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		<dc:subject>com&#233;diens</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Le travail du dramaturge ressemble &#224; celui de l'historien, de l'anthropologue ou du sociologue. &#187; Sp&#233;cialiste de la R&#233;volution fran&#231;aise, ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; la Sorbonne, Guillaume Mazeau est l'auteur du Bain de l'histoire. Charlotte Corday et l'attentat contre Marat (Champ Vallon, 2009), un livre &#233;poustouflant issu de sa th&#232;se. Il vient de consacrer dix-huit mois &#224; l'&#233;laboration de la pi&#232;ce &#199;a ira. Fin de Louis, avec Jo&#235;l Pommerat, l'un des poids lourds du th&#233;&#226;tre fran&#231;ais. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le travail du dramaturge ressemble &#224; celui de l'historien, de l'anthropologue ou du sociologue.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sp&#233;cialiste de la R&#233;volution fran&#231;aise, ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; la Sorbonne, Guillaume Mazeau est l'auteur du &lt;i&gt;Bain de l'histoire. Charlotte Corday et l'attentat contre Marat&lt;/i&gt; (Champ Vallon, 2009), un livre &#233;poustouflant issu de sa th&#232;se. Il vient de consacrer dix-huit mois &#224; l'&#233;laboration de la pi&#232;ce &lt;i&gt;&#199;a ira. Fin de Louis&lt;/i&gt;, avec Jo&#235;l Pommerat, l'un des poids lourds du th&#233;&#226;tre fran&#231;ais. D&#233;cryptage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1602 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/p14-c_a-ira-e62e2.jpg?1782973885' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo : Elizabeth Carecchio
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le spectacle &lt;i&gt;&#199;a ira. Fin de Louis&lt;/i&gt; sera jou&#233; tout le mois de novembre au th&#233;&#226;tre des Amandiers (Nanterre) puis partira en tourn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu tout d'abord nous expliquer comment tu t'es retrouv&#233; &#224; travailler avec la troupe de Jo&#235;l Pommerat, toi dont le terrain de jeu est habituellement l'universit&#233; Paris-I ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ils m'ont trouv&#233; par le biais de l'Institut d'histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise. Parmi les historiens de la R&#233;volution, je suis quelqu'un qui aime travailler en dehors du champ acad&#233;mique. Pour moi, le savoir historique ne se produit pas seulement dans les livres et je refuse d'&#233;tablir des hi&#233;rarchies. Au d&#233;part, c'est Marion Boudier, dramaturge de Pommerat, qui m'a contact&#233;. Elle cherchait un conseiller historique. Le processus de cr&#233;ation n'&#233;tait pas encore lanc&#233; et Jo&#235;l Pommerat avait besoin de cours d'histoire pour pr&#233;parer des stages d'exp&#233;rimentation. Bref, de quelqu'un qui enseigne et sugg&#232;re des lectures. On a entam&#233; notre collaboration il y a dix-huit mois, au printemps 2014. Initialement, j'avais plut&#244;t un r&#244;le &#8211; que je n'aime gu&#232;re &#8211; d'expert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais concr&#232;tement, en quoi consistait ton travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pos&#233; le contexte et propos&#233; un certain nombre de cours &#224; une trentaine de personnes, celles qui participaient aux stages de formation. Ensuite, quand la distribution a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e, les com&#233;diens ont visionn&#233; ces m&#234;mes cours. La consigne de Jo&#235;l &#233;tait d'&#234;tre le plus impartial possible. Je lui ai r&#233;pondu que cela me semblait impossible, voire non souhaitable, mais je me suis adapt&#233; &#224; ce qu'il voulait. Avec la dramaturge, notre travail consistait &#224; pr&#233;parer les sc&#232;nes d'improvisation : par exemple, lors d'une sc&#232;ne d'assembl&#233;e avec un d&#233;bat sur le vote, dire si les femmes et les pauvres peuvent participer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon r&#244;le &#233;tait d'identifier les lignes qui s'opposent et de proposer une transcription des archives en langage contemporain. Ce qui nous int&#233;ressait au d&#233;part, c'&#233;tait la confrontation des id&#233;ologies. Faire l'arch&#233;ologie des id&#233;es politiques contemporaines : d'o&#249; viennent-elles et comment sont-elles n&#233;es ? Mais ce projet a beaucoup &#233;volu&#233;, &#224; l'instar d'un travail d'historien. En pratique, chaque jour, on pr&#233;parait une pochette comprenant de nombreux documents pour chaque com&#233;dien, en fonction de la ligne &#224; d&#233;fendre selon le r&#244;le. J'ai donc particip&#233; &#224; un travail p&#233;dagogique et artistique. Les com&#233;diens ont tour &#224; tour incarn&#233; des personnages radicaux puis des contre-r&#233;volutionnaires, c'&#233;tait vraiment tr&#232;s int&#233;ressant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Jo&#235;l, les situations d'impro sont tr&#232;s travaill&#233;es, mais pleines d'incertitudes. &#192; partir de ces s&#233;ances film&#233;es et retranscrites, on a essay&#233; de retrouver de la sinc&#233;rit&#233; et on a nettoy&#233; la R&#233;volution de tout son fatras folklorique et des s&#233;dimentations m&#233;morielles. L'auteur travaillait sur la dramaturgie : un jeu sans sensiblerie et sans aff&#232;teries, car les gens de 1789 n'avaient pas conscience de faire l'histoire, cela n'est venu que petit &#224; petit. Dans d'autres spectacles sur la R&#233;volution, les acteurs optent au contraire pour une forme de grandiloquence quasi t&#233;l&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que tu nous dis, c'est que c'est seulement &#224; partir de ce corpus d'archives et de ce long travail d'improvisation que Jo&#235;l Pommerat a d&#233;cid&#233; d'un spectacle sur la R&#233;volution ? Pas avant ?
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas avant. Il a commenc&#233; &#224; croire en la faisabilit&#233; de ce spectacle en juin 2014, au terme des premiers stages, apr&#232;s un mois et demi de boulot. C'est un metteur en sc&#232;ne qui n'a pas d'intention, mais des questions. Il travaille &#224; la mani&#232;re d'un chercheur en sciences sociales : il est parti d'un questionnement, a opt&#233; pour un travail d'archives et une exp&#233;rimentation sur le plateau, donc le terrain, et le sens s'est d&#233;gag&#233;. En cela le travail du dramaturge ressemble &#224; celui de l'historien, de l'anthropologue ou du sociologue. Je m'y suis beaucoup retrouv&#233;. Et c'est &#224; ce moment-l&#224; seulement qu'il m'a embauch&#233; et que mon statut a chang&#233;, je n'&#233;tais plus l'expert, le conseiller historique sur un sujet marqueur comme la R&#233;volution, mais un membre de la compagnie, historien comme d'autres sont com&#233;diens ou costumiers. Et d'ailleurs j'ai &#233;t&#233; pay&#233; en droits d'auteur en tant que membre de la troupe et cr&#233;ateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rappelle-nous la chronologie pr&#233;cise de l'&#233;laboration de la pi&#232;ce&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a travaill&#233; au cours de l'&#233;t&#233; 2014 &#224; Ch&#226;teauvallon et &#224; Toulon, mais la distribution n'&#233;tait pas compl&#232;tement arr&#234;t&#233;e. Parmi les com&#233;diens choisis, il y a d'abord ceux avec lesquels Jo&#235;l travaille tout le temps, notamment les femmes ; il y a ensuite celles et ceux qui ont jou&#233; pour &lt;i&gt;La R&#233;unification des deux Cor&#233;es&lt;/i&gt; (2013) ; il y a enfin les quatre com&#233;diens qu'il a rep&#233;r&#233;s lors des stages. Et certains nous ont rejoints en f&#233;vrier 2015 seulement, au terme d'un stage &#224; Mons en septembre 2014 : rien n'est &#233;tabli, tout se construit petit &#224; petit chez Pommerat. Mais c'est une compagnie qui a de gros moyens et une grande exigence du m&#233;tier. Mais jusqu'ici, je ne t'ai parl&#233; que du processus, cela ne pr&#233;suppose rien du r&#233;sultat final.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, as-tu eu des retours des premi&#232;res repr&#233;sentations &#224; Mons et &#224; Toulouse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont plut&#244;t bons. La deuxi&#232;me partie comprend quelques longueurs, on peut s'ennuyer et il y a des redondances, notamment lors de la sc&#232;ne du &#171; 14 juillet &#187;. La volont&#233; de Jo&#235;l, auteur et metteur en sc&#232;ne, c'&#233;tait justement de ne pas couper parce que pour lui cette sc&#232;ne marque la suspension du temps au cours du mois de juillet 1789, apr&#232;s une grande tension et une acc&#233;l&#233;ration en mai et juin. Cette lenteur permet de ressentir l'ennui mortel et la folie incroyable v&#233;cus lors des &#201;tats g&#233;n&#233;raux, elle traduit les rapports de forces, les luttes concr&#232;tes : doit-on rester dans la m&#234;me salle ou non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attente qui procure de l'ennui, de l'exasp&#233;ration, fait partie de l'histoire de la R&#233;volution. Au risque de perdre certains spectateurs, on a choisi de recr&#233;er la temporalit&#233; des &#233;motions politiques. Oui les id&#233;es se chevauchent, oui les protagonistes se coupent la parole et se contredisent, rien n'est parfait c'est vrai, mais c'est le sens d'un &#233;v&#233;nement que l'on cherche &#224; red&#233;couvrir. Quand on &#233;crit l'histoire, on met de l'ordre ; au th&#233;&#226;tre, on peut laisser passer une certaine id&#233;e du d&#233;sordre et nous avons choisi de ne pas nous en priver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T'es-tu lib&#233;r&#233; &#224; chaque p&#233;riode de travail pour participer &#224; la cr&#233;ation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis lib&#233;r&#233; presque tout le temps : en ao&#251;t 2014 &#224; Ch&#226;teauvallon, en f&#233;vrier 2015 au 104, &#224; la ferme du Buisson (Nanterre) au printemps, puis tout l'&#233;t&#233; au th&#233;&#226;tre des Amandiers. Il n'y a qu'en septembre 2014, &#224; Mons, que je n'ai pas pu me lib&#233;rer : j'avais des cours ! Il faut bien comprendre que c'est la premi&#232;re fois qu'un historien travaille aussi longtemps avec un cr&#233;ateur. Cela a suppos&#233; un investissement total de ma part. L'&#233;t&#233; 2015, je n'ai pris qu'une semaine de vacances parce que j'avais ma rentr&#233;e &#224; pr&#233;parer. Je n'avais plus autant boss&#233; depuis ma th&#232;se. Je consid&#232;re que pour moi, sans me payer de mots, il s'agit d'un travail de recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Raconte-nous une journ&#233;e type du mois de juillet 2015.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soir&#233;e, Jo&#235;l annonce la sc&#232;ne qui sera travaill&#233;e le lendemain : le d&#233;bat sur la D&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen, par exemple. Avec Marion, on essayait toutefois de deviner &#224; l'avance ce qu'il allait nous demander, et cela fonctionnait souvent. On pr&#233;pare alors des pochettes comprenant de nombreux documents par th&#232;mes, qui ne sont jamais trait&#233;s de mani&#232;re caricaturale. Cela dit, en tant qu'historien, j'ai plaid&#233; pour certaines lignes plut&#244;t que d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus concr&#232;tement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;tait 12 &#224; 15 &#224; bosser sur le plateau, donc on pr&#233;parait 12 &#224; 15 pochettes. Chaque com&#233;dien avait trois ou quatre discours de plusieurs pages, soit une vingtaine de pages &#224; d&#233;couvrir pour le lendemain. Certains recevaient le m&#234;me dossier, car l'interpr&#233;tation change en fonction de l'acteur. Le panel devait repr&#233;senter les oppositions r&#233;elles, ce qui n'a pas &#233;t&#233; &#233;vident pour moi en tant qu'historien, puisque cela a demand&#233; une pr&#233;cision extr&#234;me et une grande exigence intellectuelle. Autour de la question de la D&#233;claration des droits de l'homme, tu as d&#233;j&#224; plusieurs oppositions : les contre-r&#233;volutionnaires &#233;videmment ; mais aussi ceux qui sont d'accord pour une d&#233;claration &#224; condition qu'elle soit pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une d&#233;claration des devoirs (Jean-Joseph Mounier, Pierre-Victor Malouet).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette pi&#232;ce, les grands hommes nous int&#233;ressent peu, ce sont les id&#233;es et les anonymes qui nous concernent, afin de rendre l'histoire plus universelle et de r&#233;veiller la conscience politique. Pour en revenir au d&#233;roulement d'une journ&#233;e type, d&#232;s le soir, mais plus s&#251;rement le matin, les com&#233;diens s'approprient le texte. Ils nous questionnent sur le contexte. La d&#233;claration des devoirs, par exemple, sous-entend que l'homme est en dette par rapport &#224; la soci&#233;t&#233;, c'est une vision conservatrice.
L'apr&#232;s-midi, les com&#233;diens jouent et font acc&#233;der le personnage &#224; des horizons que nous n'avions pas imagin&#233;s au d&#233;part. Dans &lt;i&gt;&#199;a ira&lt;/i&gt;, le personnage de Marie-Antoinette est ainsi d&#233;gag&#233; de sa gangue politique. La documentation accumul&#233;e a &#233;t&#233; colossale, peut-&#234;tre une tonne ! J'ai d&#233;couvert bien des archives. Il me semble que notre mani&#232;re de travailler est bien plus &#233;mancipatrice qu'une pi&#232;ce &#224; message, on ne fait pas la le&#231;on, on cherche &#224; interpeller le public, &#224; l'amener &#224; son propre cheminement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1603 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH502/p14-fin-de-louis-b3ec2.jpg?1782670830' width='400' height='502' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme pi&#232;ce &#224; message, tu penses au &lt;i&gt;1789&lt;/i&gt; de Mnouchkine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement. Mais Ariane Mnouchkine elle-m&#234;me reconna&#238;t que c'&#233;tait une pi&#232;ce caricaturale et qu'elle ne la rejouerait plus ainsi aujourd'hui. Cette pi&#232;ce du th&#233;&#226;tre du Soleil est ancr&#233;e dans une &#233;poque : elle a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 1971, elle &#233;tait &#171; dans son jus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as eu recours &#224; la vid&#233;o ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, pour ressentir la peur des gens, pour int&#233;grer la violence, on a visionn&#233; des images de la r&#233;volution ukrainienne et de la r&#233;volution roumaine. Comment rendre compte de la peur li&#233;e &#224; la pr&#233;sence de 30 000 soldats autour de Paris ? Eh bien en passant par un certain anachronisme contr&#244;l&#233; afin de mieux comprendre le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple de recours &#224; la vid&#233;o : pour expliquer le rapport &#224; la religion. Comment pouvait-on &#234;tre r&#233;volutionnaire et religieux ? D&#233;fendre des id&#233;es radicales mais adopter un positionnement conservateur en mati&#232;re de religion ? Cela peut sembler contre-nature. La R&#233;volution fran&#231;aise fut aussi le r&#233;sultat de cette contradiction : des id&#233;aux et des pratiques r&#233;volutionnaires, mais de fortes croyances religieuses. On a donc visionn&#233; des pr&#234;ches d'imams salafistes afin de donner de l'intelligibilit&#233; au fait que les manifestations avaient surtout lieu le dimanche pendant la R&#233;volution, &#224; l'instar des manifestations du vendredi en &#201;gypte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier exemple : comment comprendre que les aristocrates &#233;taient un vrai danger politique ? En les repr&#233;sentant tels qu'ils &#233;taient vraiment ! Non avec leur maquillage, leur poudre et leurs talons, mais en militaires. Ils &#233;taient presque tous officiers ! On a utilis&#233; des costumes plus contemporains pour d&#233;folkloriser la R&#233;volution : tu ressens mieux le danger qu'incarne un aristocrate s'il est d&#233;guis&#233; en Videla&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;n&#233;ral argentin qui prit le commandement de la dictature de 1976 &#224; 1981, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour finir, alors que la pi&#232;ce va enfin &#234;tre jou&#233;e, tu stresses encore ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais cess&#233; de stresser ! Parce qu'en tant qu'historien je me suis mis en danger. Nous avons &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; des situations historiques tr&#232;s pr&#233;cises auxquelles j'ai eu du mal &#224; r&#233;pondre. Il y a &#233;galement eu un positionnement &#224; adopter sur des cas d'histoire contrefactuelle. En travaillant avec la compagnie, j'ai davantage per&#231;u que les contre-r&#233;volutionnaires &#233;taient forts et que Louis XVI n'&#233;tait pas un personnage falot. On a rendu l'histoire plus complexe, mais cela a &#233;t&#233; tr&#232;s d&#233;stabilisant. Au th&#233;&#226;tre, tu dois r&#233;pondre &#224; des points tr&#232;s pr&#233;cis : comment embrasse-t-on un roi ? J'avais une id&#233;e vague, mais tu ne peux pas te permettre d'&#234;tre vague lors d'une repr&#233;sentation publique. Un geste mal fait, et c'est toute la cr&#233;dibilit&#233; du propos qui s'&#233;vapore. L'exigence de fiction est venue questionner mon d&#233;faut d'&#233;rudition, et r&#233;ciproquement. J'ai appris beaucoup de choses sur la R&#233;volution, et pas n&#233;cessairement d'un point de vue intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, j'ai peur parce que je n'ai jamais vu la troisi&#232;me partie de ce spectacle de quatre heures, puisqu'elle n'&#233;tait pas achev&#233;e lors des premi&#232;res repr&#233;sentations &#224; Mons et &#224; Toulouse et n'a jamais &#233;t&#233; jou&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;G&#233;n&#233;ral argentin qui prit le commandement de la dictature de 1976 &#224; 1981, responsable de la disparition de 10 &#224; 30 000 opposants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



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