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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Le feu &#224; La Plaine</title>
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&lt;p&gt;Par deux fois, en d&#233;cembre (2016), les forains de La Plaine ont paralys&#233; une partie du centre de Marseille pour protester contre un projet de r&#233;novation de la place qui condamne le plus populaire des march&#233;s de la ville. La bataille, qui s'annonce rude, ne fait que commencer. &#171; Ils vont mettre 300 forains et leurs familles &#224; la rue, c'est comme un plan social ! &#187;, s'exclame Patricia, qui vend du pr&#234;t-&#224;-porter f&#233;minin sur ce march&#233; depuis le si&#232;cle dernier. Le projet de r&#233;novation de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Par deux fois, en d&#233;cembre (2016), les forains de La Plaine ont paralys&#233; une partie du centre de Marseille pour protester contre un projet de r&#233;novation de la place qui condamne le plus populaire des march&#233;s de la ville. La bataille, qui s'annonce rude, ne fait que commencer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3066 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1300.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH503/-1300-fb10c.jpg?1783749046' width='500' height='503' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; I&lt;/span&gt;ls vont mettre 300 forains et leurs familles &#224; la rue, c'est comme un plan social ! &#187;&lt;/i&gt;, s'exclame Patricia, qui vend du pr&#234;t-&#224;-porter f&#233;minin sur ce march&#233; depuis le si&#232;cle dernier. Le projet de r&#233;novation de la place Jean-Jaur&#232;s (La Plaine pour les Marseillais) vient de tomber le masque. &lt;i&gt;La Provence &lt;/i&gt;a publi&#233; de jolies images de synth&#232;se o&#249; la place appara&#238;t lumineuse et d&#233;gag&#233;e, avec des arbres de Jud&#233;e en fleurs et des &#234;tres diaphanes flottant sur une esplanade toute lisse. Qui ne se r&#233;jouirait pas d'un espace enfin lib&#233;r&#233; de l'emprise automobile, ouvert aux &#233;bats des minots et &#224; la sereine consommation de boissons rafra&#238;chissantes en terrasse des bars ? Qui s'opposerait &#224; la disparition des grilles qui enserrent aujourd'hui jeux d'enfants et magnolias centenaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, ce songe d'air pur&lt;/strong&gt; et de paix civile cache quelques entourloupes. Rien n'a &#233;t&#233; propos&#233; aux forains ni aux commer&#231;ants s&#233;dentaires, pour assurer leur survie pendant un chantier qui va s'&#233;terniser (deux ans et demi minimum). Onze millions d'euros ont &#233;t&#233; budg&#233;tis&#233;s pour ce grand chambardement, alors qu'il n'y a pas d'argent pour les &#233;coles ou les installations sportives de proximit&#233; : pour quel profit ? Aucune alternative n'est pr&#233;vue pour les 250 places de stationnement supprim&#233;es. Les grandes terrasses des nouveaux &#233;tablissements que la mairie r&#234;ve d'attirer (les commerces actuels auront fait faillite au fil du chantier) privatiseront l'espace et provoqueront des conflits d'usage avec le march&#233; (lift&#233; et r&#233;duit de moiti&#233;), les jeux d'adolescents ou les &#171; usages d&#233;viants &#187; type carnaval, sardinade du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai ou repas de quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les forains, &lt;/strong&gt;dans le collimateur d'une mairie qui veut expurger un march&#233; d'aubaines trop truculent et chaleureux &#224; son go&#251;t, ne d&#233;col&#232;rent pas. Ils ont fait entendre leurs voix et leurs klaxons jusque sous les fen&#234;tres du maire. Le jeudi 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, une centaine de fourgons d&#233;cor&#233;s de pancartes (&#171; &lt;i&gt;Le march&#233;, c'est le coeur du quartier &#187;&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i&gt;Tout ce qui se fait sans nous se fait contre nous &#187;&lt;/i&gt;&#8230;) ont d&#233;boul&#233; sur la Canebi&#232;re pour aller bloquer le quai de la Mairie. Mme Lota, d&#233;l&#233;gu&#233;e aux emplacements, a re&#231;u trois forains et un avocat pour leur confirmer que rien n'a &#233;t&#233; pr&#233;vu pour les sauver de la ruine, puis leur a claqu&#233; la porte au nez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le jeudi 15, &lt;/strong&gt;la m&#234;me op&#233;ration escargot, accompagn&#233;e par des membres de l'assembl&#233;e de La Plaine, a cette fois parcouru un itin&#233;raire trois fois plus long, pour finir devant les locaux de la Soleam (organisme charg&#233; de la r&#233;habilitation du centre-ville) et bloquer la Canebi&#232;re pendant deux heures. Pas de discours, mais des cris de col&#232;re, des ch&#339;urs d&#233;tournant les chants du V&#233;lodrome et une grondante Marseillaise&#8230; La suite ? une journ&#233;e d'information pour rompre avec l'opacit&#233; des man&#339;uvres municipales (le pr&#233;sident de la Soleam, G&#233;rard Chenoz, a d&#233;clar&#233; qu'il ne parlait pas aux &#233;ternels m&#233;contents) ; pourquoi pas une conf&#233;rence associant sociologues et forains pour r&#233;affirmer la l&#233;gitimit&#233; et l'utilit&#233; sociale du march&#233; ; de possibles recours l&#233;gaux ; et bien s&#251;r d'autres manifs plus massives. Comme le souligne un journalier, &#171; &lt;i&gt;pour l'instant, seuls les forains abonn&#233;s ont manifest&#233;, mais le jour o&#249; les journaliers, qui craignent des repr&#233;sailles, se rendront compte qu'ils n'ont plus rien &#224; perdre, &#231;a va faire mal ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sur La Plaine, le march&#233; des derniers jours</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Bien d&#233;cid&#233;e &#224; &#171; requalifier &#187; la plus grande place de Marseille, la mairie a pour abc&#232;s de fixation le march&#233; qui y campe trois fois par semaine et attire une population qu'on ne veut plus voir en ville. C'est que le souk, le bazar et toute la smala des vendeurs de rue incarnent aux yeux des &#233;lites un commerce honteux qu'il faut &#233;radiquer &#224; tout prix. Mais plus que la fin d'un march&#233; populaire, c'est l'essence m&#234;me d'une ville portuaire que l'on condamne &#224; mort. Chronique sur le vif. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L106xH150/arton2353-628eb.jpg?1783881924' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Bien d&#233;cid&#233;e &#224; &#171; requalifier &#187; la plus grande place de Marseille, la mairie a pour abc&#232;s de fixation le march&#233; qui y campe trois fois par semaine et attire une population qu'on ne veut plus voir en ville. C'est que le souk, le bazar et toute la smala des vendeurs de rue incarnent aux yeux des &#233;lites un commerce honteux qu'il faut &#233;radiquer &#224; tout prix. Mais plus que la fin d'un march&#233; populaire, c'est l'essence m&#234;me d'une ville portuaire que l'on condamne &#224; mort. Chronique sur le vif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jusqu'au bout, on n'arrive pas &#224; y croire. Samedi 29 septembre 2018, dernier jour officiel du march&#233; de La Plaine, place Jean-Jaur&#232;s. Chez les clients, les marchands, les mamies qui viennent y chercher de la chaleur humaine autant qu'une livre de haricots &#233;cheleurs, l'&#233;motion est palpable. Comme disent Monique et sa compagne, vendeuses de pr&#234;t-&#224;-porter f&#233;minin : &#171; &lt;i&gt; C'est la fin d'un monde. Ils ne veulent plus de nous. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De crainte que les forains ne se cabrent (des panneaux &#171; stationnement g&#234;nant &#187; annoncent l'entr&#233;e en action type &lt;i&gt;Blitzkrieg&lt;/i&gt; d'une arm&#233;e de poseurs de palissades pour fermer l'esplanade d&#232;s 13 h), le pacha de l'H&#244;tel de ville a fait un geste. Alors que, la veille encore, il sommait le pr&#233;fet de &#171; &lt;i&gt; faire respecter l'ordre r&#233;publicain &lt;/i&gt; &#187; en lan&#231;ant les CRS contre les &#171; &lt;i&gt;quelques individus&lt;/i&gt; &#187; qui paralysaient les autoroutes d'acc&#232;s &#224; Marseille, Jean-Claude Gaudin a accept&#233; de les recevoir lundi 1er octobre. &#171; &lt;i&gt;Si, &#233;videmment, ces derniers ont lev&#233; toute forme de blocus d'ici l&#224;. &lt;/i&gt; &#187; Il promet, en &#233;change, que le chantier de La Plaine ne d&#233;marrera pas avant qu'un accord soit trouv&#233;. Il &#233;tait temps. Si les journaux parisiens (nationaux ?) ignorent ce conflit qui menace de mettre le feu &#224; la deuxi&#232;me ville de France, &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; titre &#171; &lt;i&gt;Blocus&lt;/i&gt; &#187; en grosse manchette. Des travailleurs du port saluent pour leur part ceux de la place Jean-Jaur&#232;s : &#171; &lt;i&gt;La prochaine fois, on bloque ensemble, on a un ennemi commun.&lt;/i&gt; &#187; Oui, il &#233;tait temps.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2585 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-850.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH222/-850-bddc1.jpg?1783881924' width='500' height='222' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Benoit Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Zad de La Plaine&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Outre les blocages d'autoroutes, pr&#233;fecture et mairie ont beaucoup fantasm&#233; sur le spectre d'une Zad urbaine. Les RG &#233;voquent un noyau de 200 &#233;nerv&#233;s pr&#234;ts &#224; construire des cabanes dans les tilleuls et &#224; s'opposer &#224; l'avanc&#233;e des tractopelles. Mais l&#224;, un tour d'&#233;crou de plus vient pincer le muscle dans la poitrine des &#233;lus : et si les forains refusaient de remballer ? Et si une Zad &#224; Marseille, c'&#233;tait un souk permanent ? Doc Youcef le v&#233;lomane le pr&#233;conisait entre deux r&#233;parations : &#171; &lt;i&gt; Il faut arr&#234;ter le chantier en plantant des tentes et en d&#233;clarant le march&#233; ouvert 7 jours/7 et 24 h/24 ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plaisanterie &#224; part, la fraternisation des habitants avec les gens du march&#233; pr&#233;occupe ceux qui d&#233;nigraient les opposants &#8211; &#171; &lt;i&gt;une bande de punks &#224; chien qui aime casser des canettes et faire caca par terre&lt;/i&gt; &#187; (dixit le po&#232;te Chenoz&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;rard Chenoz, adjoint au maire charg&#233; des Grands projets d'attractivit&#233; et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; )&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; tri-hebdomadaire de La Plaine n'est pas qu'un march&#233; de quartier. L'esp&#232;ce de plan social &#224; la hussarde qu'impose le service des emplacements publics &#224; 300 marchands forains en pr&#233;tendant les disperser aux quatre vents, qui sous une bretelle d'autoroute, qui sur le port de l'Estaque, n'est que l'aspect le plus criant d'une guerre de position. Il s'agit de casser une dynamique qui lie encore le centre-ville aux quartiers populaires, pour le faire basculer du c&#244;t&#233; des quartiers Sud, plus hupp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Sans La Plaine, on est morts &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; C'est pas que pour d&#233;fendre mon gagne-pain ! &lt;/i&gt; &#187;, lance Manu par-dessus son &#233;talage. Avec sa d&#233;gaine de hipster tout-terrain et sa gouaille nordiste, il mart&#232;le : &#171; &lt;i&gt;Du boulot je peux m'en r&#233;inventer ailleurs. C'est ma dignit&#233; d'homme que je d&#233;fends, l&#224;.&lt;/i&gt; &#187; Vendredi 14 septembre, lors de la venue de Macron et Merkel &#224; Marseille, Hichem a sorti le barbecue, deux ou trois transats, un parasol, qu'il a pos&#233;s au milieu de la Canebi&#232;re bloqu&#233;e par des dizaines de forains, en face de la chambre de commerce. Deux coll&#232;gues gitans s'y sont install&#233;s avec une guitare et ont balanc&#233; une rumba. La sc&#232;ne voulait dire beaucoup : le collectif forain, divis&#233; et m&#233;pris&#233;, a retrouv&#233; sa fiert&#233;. Et la joie de faire front, m&#234;me si c'est le dos au mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milou, forain journalier depuis dix ans, raconte : &#171; &lt;i&gt; Un jour, j'ai fait remarquer &#224; un placier qu'il y en a qui sont titulaires &lt;/i&gt;[d'un emplacement au march&#233;] &lt;i&gt;alors qu'ils sont arriv&#233;s apr&#232;s moi. Il me r&#233;pond que je suis bien con&#8230; &#199;a veut dire quoi, d'apr&#232;s toi ?&lt;/i&gt; &#187; On les a bien balad&#233;s, les forains de La Plaine. Persuad&#233;e qu'elle les tient par l'entrejambe, l'&#233;lue charg&#233;e des march&#233;s, Marie-Louise Lota, leur parle avec d&#233;dain : &#171; &lt;i&gt; Vous vendez trop du bas de gamme.&lt;/i&gt; &#187; Son &#226;me damn&#233;e passait la main dans le dos des uns et des autres : &#171; &lt;i&gt;On compte sur vous pour le futur march&#233;, ce qu'on ne veut plus, c'est des barbus.&lt;/i&gt; &#187; Ou : &#171; &lt;i&gt; Vous les Gitans, on vous mettra sur la place de La Joliette, vous verrez, vous serez bien. &lt;/i&gt; &#187; Ce &#224; quoi les int&#233;ress&#233;s ont r&#233;pondu : &#171; &lt;i&gt; Non, nous on reste avec les Noirs et les Arabes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens savent bien que ce march&#233; est un tout. Les soldeurs et les fripiers font locomotive. Ils attirent le public et tout le monde en profite. Les commer&#231;ants s&#233;dentaires de la rue Saint-Michel aussi : les jours de march&#233;, leurs ventes augmentent, et pas qu'un peu. C'est une alchimie &#224; la fois rugueuse et fragile, un march&#233;. On n'y touche pas impun&#233;ment. &#171; &lt;i&gt;On veut rester l&#224;. &#192; la limite, on pourrait accepter de bouger &#224; c&#244;t&#233; pendant les travaux, mais ensemble. Et on s'appellera &#8220; march&#233; de La Plaine en exil &#8221;,&lt;/i&gt; l&#226;che Dalila dans un sourire. &lt;i&gt;Sans La Plaine, on est morts. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur son stand, le Nig&#233;rian Dolapo taille un clich&#233; en pi&#232;ces : &#171; &lt;i&gt;Les gens croient que si on vend si peu cher, c'est qu'on deale des trucs tomb&#233;s du camion. H&#233; non, c'est pas vol&#233; ! Regarde les Manouches, c'est les rois du d&#233;stockage. Ils font la tourn&#233;e des boutiques avec des liasses de billets et ils proposent de d&#233;barrasser le commer&#231;ant de la collection qui lui reste sur les bras. Il y en a qui sont m&#234;me branch&#233;s avec des directeurs de vente d'hypermarch&#233;s !&lt;/i&gt; &#187; Et ces m&#234;mes directeurs espionnent le commerce de rue pour voir ce qui marche et &#224; quel prix&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Diviser pour mieux r&#233;gner&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La promesse initiale du cahier des charges de la Soleam &#8211; deux tiers du march&#233; maintenu et le tiers restant relog&#233; &#224; proximit&#233; &#8211; s'est r&#233;duite comme peau de chagrin. Dans un deuxi&#232;me temps, seuls 80 forains allaient rester sur la place pendant les travaux. Soi-disant choisis selon des crit&#232;res d'anciennet&#233; et d'assiduit&#233;&#8230; Mais chassez le client&#233;lisme, il revient au petit trot. &#192; la sortie d'une r&#233;union en mairie, le forain Bakouche l&#226;che &#224; une journaliste : &#171; &lt;i&gt; La discussion ? C'est pas une discussion, Madame, c'est une requalification. Ils requalifient les forains.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Tu veux que je te dise comment les 80 qui resteront ont &#233;t&#233; choisis ? Par cat&#233;gorie d'origine. Ils ont pris 20 de telle origine, 20 de telle autre, et ils ont nettoy&#233; le probl&#232;me comme &#231;a.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La place sera totalement ferm&#233;e pendant les travaux pour des raisons de s&#233;curit&#233; et de salubrit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, a finalement tranch&#233; une lettre adress&#233;e aux forains le 1er ao&#251;t 2018. Pompier pyromane, Mme Lota a eu le culot de rejeter la faute de l'annulation du phasage des travaux sur les forains : selon elle, ils allaient s'&#233;triper pour une place, mettant la client&#232;le en danger. Elle les somme de choisir un &#171; site de repli &#187; parmi huit propos&#233;s. Des sites inhospitaliers, o&#249; rien n'a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; pour leur arriv&#233;e. Et puis, &#171; &lt;i&gt; la dame qui m'ach&#232;te du tissu, si elle cherche aussi des chaussures, je vais lui dire de prendre le bus et d'aller &#224; l'Estaque ?,&lt;/i&gt;interroge Rapha&#235;l. &lt;i&gt;Avec quoi ils pensent, &#224; la mairie, avec le cul ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sciemment divis&#233;s par communaut&#233;s, par statuts (journaliers, titulaires, pistonn&#233;s&#8230;), les gens du march&#233; ont r&#233;agi &#224; l'annulation du phasage des travaux. Tout le monde s'est retrouv&#233; nivel&#233; par le bas, partageant la m&#234;me pr&#233;carit&#233; quant &#224; leur avenir. R&#233;sultat, les rangs se sont resserr&#233;s. Les journaliers, qui ne participaient pas aux mobilisations parce qu'ils allaient de toute fa&#231;on &#171; gicler &#187;, se sont joints &#224; la protestation. En masse, plus de la moiti&#233; des marchands se sont affili&#233;s &#224; un m&#234;me syndicat, celui des march&#233;s de France, qui &#171; &lt;i&gt;d&#233;fend une &#233;thique des march&#233;s populaires&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Disperser les ind&#233;sirables&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les premi&#232;res manifs, la mairie a gagn&#233; une semaine de r&#233;pit avec la promesse d'une r&#233;union sous les auspices de la pr&#233;fecture. Jeudi 13 septembre &#224; 22 h 30, apr&#232;s trois heures de palabres, Mme Lota fait mine de c&#233;der sur un point. Alors qu'elle affirmait que les forains devraient se r&#233;inscrire individuellement une fois la place r&#233;nov&#233;e (ce qui est ill&#233;gal), voil&#224; qu'elle jure, par &#233;crit, que tous les titulaires seront r&#233;admis. Tous ? Sauf ceux qui auront chang&#233; de m&#233;tier, asphyxi&#233;s par trois ans de disette&#8230; Et les journaliers, sacrifi&#233;s sans consid&#233;ration. Si un des d&#233;l&#233;gu&#233;s est sorti les bras lev&#233;s en signe de victoire, un camarade l'a prestement ramen&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Oh, tu es entr&#233; forain et tu ressors syndicaliste ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la question est de savoir comment survivre pendant le chantier. Pour la relocalisation provisoire, Mme Lota consent &#224; donner une semaine au syndicat pour &#171; mod&#233;liser &#187; sur plan une &#233;ventuelle installation sur le boulevard Chave, &#224; c&#244;t&#233; de la place. Mais d&#232;s le lendemain, la maire de secteur s'offusque &#224; l'id&#233;e de voir d&#233;bouler la smala dans son quartier. Deux jours plus tard, le directeur du service des emplacements passe en coup de vent pour distiller ce qu'on savait d&#233;j&#224; : malgr&#233; ce qu'avait annonc&#233; &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; (&#171; &lt;i&gt;Ce sera Chave &lt;/i&gt; &#187;), la promesse n'engageait personne. Retour &#224; la case &#171; dispersion &#187;. &#192; une semaine du d&#233;but pr&#233;sum&#233; des travaux, l'incertitude r&#232;gne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ombre du chantier avance comme un monstre titubant, &#224; la fois &lt;i&gt;chapacan&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Chapacan &#187; : &#171; bras cass&#233; &#187;, en marseillais.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et pr&#234;t &#224; pi&#233;tiner tout ce qui permet ici la pr&#233;sence des ind&#233;sirables. Il est l&#224; pour durer, jusqu'&#224; ce que les gens oublient l'usage qu'ils avaient des lieux. Jusqu'&#224; provoquer suffisamment de faillites et de fuites d'habitants pour faire table rase avant que des investisseurs bien rencard&#233;s raflent la mise. Mais cette seconde &#233;tape dans des op&#233;rations sp&#233;culatives fait souvent pschitt &#224; Marseille. Les paysages urbains derni&#232;rement requalifi&#233;s ressemblent &#224; des d&#233;serts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'importe, G&#233;rard Chenoz a toujours le mot pour rire : &#171; &lt;i&gt;Les touristes, ils ne demandent pas qu'on enl&#232;ve les Arabes, &lt;/i&gt;blague-t-il &#224; la fin d'une r&#233;union avec des commer&#231;ants du quartier inquiets des effets d&#233;vastateurs du chantier. &lt;i&gt;Ils veulent juste qu'on balaye un peu plus les rues. Alors je pi&#233;tonnise et &#231;a va devenir un quartier branch&#233;. &lt;/i&gt; &#187; Et Hichem de traduire : &#171; &lt;i&gt; Chenoz ne parle pas comme un &#233;lu, mais comme un gouverneur colonial&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ils ont voulu la guerre &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a, parmi ces marchands ambulants qu'on regarde de haut, de vrais philosophes&#8200;de combat. Dolapo a &#233;tudi&#233; au South Bank Polytechnics de Londres avant que les al&#233;as de la vie l'am&#232;nent &#224; vendre des parfums et des sous-v&#234;tements f&#233;minins sur les march&#233;s du sud-est de la France : &#171; &lt;i&gt;Shakespeare disait que le bien que font les hommes est souvent oubli&#233; apr&#232;s leur mort, mais le mal, lui, persiste. C'est peut-&#234;tre ce petit go&#251;t d'immortalit&#233; que recherche Mme Lota en nous maltraitant ! &lt;/i&gt; &#187; Avant de partir d'un grand rire : &#171; &lt;i&gt;Mais c'est lui faire trop d'honneur. Cette dame n'a pas la carrure d'un personnage shakespearien ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 29 septembre, &#224; la fin du dernier march&#233;, s'est d&#233;roul&#233;e une sc&#232;ne encore inimaginable quelques jours auparavant. Une r&#233;union commune, o&#249; des forains et des foraines, les repr&#233;sentants de leur syndicat, des riveraines, des membres de l'assembl&#233;e de La Plaine, des jeunes d&#233;cid&#233;s &#224; ne pas laisser couper les arbres et quelques Insoumis ont partag&#233; un micro ouvert pour parler strat&#233;gie. Tristesse et col&#232;re &#233;taient &#233;troitement m&#234;l&#233;es. Mais aussi le sentiment qu'une situation in&#233;dite autorisait quelques espoirs. Tout n'est pas encore perdu. Que le vieux maire se sente oblig&#233; de recevoir des gens qu'il a ignor&#233;s, puis trait&#233;s &#8211; la veille encore &#8211; d'ill&#233;gitimes fauteurs de trouble, r&#233;v&#232;le l'instabilit&#233; de sa fin de r&#232;gne. Et prouve aussi que la cause de La Plaine est maintenant reconnue dans toute la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En verve, Hichem entreprenait ainsi un automobiliste coinc&#233; lors d'un blocage, le 7 septembre dernier : &#171; &lt;i&gt;O&#249; vous allez,&#8200;avec votre petite famille, quand vous voulez vous promener dans un endroit sympa, o&#249; les gens se m&#233;langent paisiblement ? Y a pas 36 solutions : sur les plages, au stade ou au march&#233; de La Plaine. Il faut d&#233;fendre La Plaine, Monsieur, c'est le c&#339;ur de Marseille ! &lt;/i&gt; &#187; Ayant grandi dans le quartier, le jeune homme &#224; la barbe en p&#233;tard a &#233;t&#233; berc&#233; par les chansons de Bob Marley dans l'&#233;picerie de son p&#232;re. Lui aussi utilise les armes de l'esprit : &#171; &lt;i&gt; Ils ont voulu la guerre et ils vont la perdre, parce qu'ils ne nous laissent aucune issue. Comment il s'appelait d&#233;j&#224;, le philosophe chinois des champs de bataille ? Il disait&lt;/i&gt; &#8220; Si tu veux prendre une ville, encercle-la, mais&#8200;laisse une porte de sortie pour que les faibles puissent s'enfuir. Sinon, s'il est accul&#233;, un gentil berger est capable de te tuer six ou sept soldats &#8221;. &lt;i&gt;Cette mairie, si elle voulait mettre le feu aux poudres, elle ne s'y prendrait pas autrement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Derni&#232;re minute&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; nous bouclions notre &#233;dition papier, lundi 1er octobre, un sursis avait &#233;t&#233; obtenu. Le march&#233; devait revenir sur La Plaine... pour une semaine. Pendant ce temps, un nouveau phasage des travaux devait &#234;tre &#233;tudi&#233;. Selon le maire Gaudin, afin d'assurer la permanence &lt;i&gt;&#171; d'une quarantaine de forains sur la place &#187;&lt;/i&gt; pendant le chantier. Les 250 autres seraient toujours dispers&#233;s sur diff&#233;rents sites. &#192; l'encontre du seul mot d'ordre qui unit les forains : &lt;i&gt;&#171; On reste tous ensemble. &#187;&lt;/i&gt; Cette cacophonie prouve bien que rien n'a &#233;t&#233; pens&#233; s&#233;rieusement pour garantir l'avenir du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Ce march&#233; c'est ma f&#234;te &#224; moi &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mesdames&lt;/strong&gt;,&lt;i&gt; achetez chez moi. Ici mieux qu'en face. Lui il est arabe et moi je suis juif. Et vous savez ce que c'est un Juif ? Un Arabe intelligent ! &lt;/i&gt; &#187; &#199;a grince &#224; l'oreille ? Oui, mais c'est dit en rigolant, sur un lieu public noir de monde. Ces m&#234;mes mots prononc&#233;s sur un plateau de t&#233;l&#233;vision seraient malsains. Ici, les frictions se th&#233;&#226;tralisent, et c'est dans la confrontation &#224; l'air libre que les pr&#233;jug&#233;s se d&#233;sarment. &#171; &lt;i&gt;Mais qu'est-ce que je ferais sans vous, &lt;/i&gt;s'alarme une vieille dame.&lt;i&gt; Ce march&#233;, c'est ma sortie, ma f&#234;te &#224; moi ! &lt;/i&gt; &#187; Popeye, le marchand d'olives, lui r&#233;pond sur un ton aigre-doux : &#171; &lt;i&gt;Faudra aller chez Monop'.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Mais c'est loin. Et c'est trop cher. Et puis c'est triste &#224; mourir, personne ne se parle.&lt;/i&gt; &#187; Voil&#224; comment r&#233;agissent les usagers &#224; la fermeture imminente de La Plaine. Voil&#224; pourquoi une mamie maghr&#233;bine a cuisin&#233; un couscous pour 40 personnes, qu'elle distribue dans le parc, aux forains, aux clientes, aux enfants du quartier. Pas besoin de carte d'identit&#233;, c'est &#171; &lt;i&gt; en solidarit&#233; avec le march&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thierry en a l'&#339;il humide : &#171; &lt;i&gt;Petit, je jouais dans les magnolias pendant que mes parents vendaient l&#224;. J'ai appris le m&#233;tier en aidant ma grand-m&#232;re, qui avait h&#233;rit&#233; la place de son p&#232;re, arriv&#233; ici dans les ann&#233;es 1930.&lt;/i&gt; &#187; De Thessalonique, en Gr&#232;ce. &#171; &lt;i&gt;On est commer&#231;ants de m&#232;re en fils, depuis longtemps, parce qu'en Espagne, avant l'expulsion des juifs et musulmans au XVIe si&#232;cle, ils n'avaient pas le droit de poss&#233;der la terre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si l'expulsion se poursuivait, Marie-Louise Lota, &#233;lue charg&#233;e des march&#233;s, l'a dit et r&#233;p&#233;t&#233; : &#171; &lt;i&gt;Je n'ai rien contre vous, mais vous attirez une population qu'on ne veut plus voir en ville. &lt;/i&gt; &#187; La vieille garde municipale parle cash. Elle veut se&#171; &lt;i&gt;d&#233;barrasser de la moiti&#233; des habitants, le c&#339;ur de ville m&#233;rite autre chose, on a besoin de gens qui cr&#233;ent de la richesse &lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Valette, ex-adjoint au maire d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; l'urbanisme, dans Le Figaro du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&#8230; Mais qui cr&#233;e la richesse ? Les fonds de pension et les g&#233;ants du BTP ? Ou les dizaines de milliers de petites mains qui, en se bricolant une vie, ont toujours anim&#233; les rues d'un centre-ville d&#233;sert&#233; par la bourgeoisie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un client parle de l'esprit du march&#233; : &#171; &lt;i&gt;L'autre jour, une femme pleurait parce qu'elle venait de se faire voler son porte-monnaie. Deux jeunes forains essouffl&#233;s le lui ont ramen&#233;. Ils avaient cours&#233; le voleur et r&#233;cup&#233;r&#233; l'argent. C'est &#231;a aussi, La Plaine. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire aussi&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; Marseille &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Marseille-La-Plaine-quartier-libre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La Plaine, quartier libre&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;138 (d&#233;cembre 2015).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; La Plaine souveraine &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Marseille-Quartier-Debout' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Marseille, quartier debout !&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;144 (juin 2016).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; Plaine, &#244; ma Plaine &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Un-quartier-a-cran' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Un quartier &#224; cran&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;168 (septembre 2018).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; Urbanisme &#224; la tron&#231;onneuse &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/La-Plaine-emmuree' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La Plaine emmur&#233;e&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;170 (novembre 2018).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;G&#233;rard Chenoz, adjoint au maire charg&#233; des Grands projets d'attractivit&#233; et pr&#233;sident de la Soleam, &#233;tablissement public &#224; la man&#339;uvre dans les op&#233;rations de r&#233;novation urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Chapacan &#187; : &#171; bras cass&#233; &#187;, en marseillais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Claude Valette, ex-adjoint au maire d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; l'urbanisme, dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; du 18/11/2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Marseille : La Plaine, quartier libre</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


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&lt;p&gt;La rumeur courait les &#233;tals et les comptoirs depuis quelque temps : une restructuration radicale de la place Jean-Jaur&#232;s &#233;tait dans les cartons de la mairie de Marseille. C'est alors que les plans, jusque-l&#224; tenus secrets, sont tomb&#233;s entre les mains de la pl&#232;be. A&#239;e ! Ils sont une quarantaine de forains, ce jeudi 26&#8200;novembre, &#224; descendre de La Plaine&#8200;&#8211;&#8200;&#224; Marseille, on &#171; descend &#187; de La Plaine puisque sa place Jean-Jaur&#232;s, anciennement &#171; plan de Sant-Miqu&#233;u &#187;, se situe au sommet d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La rumeur courait les &#233;tals et les comptoirs depuis quelque temps : une restructuration radicale de la place Jean-Jaur&#232;s &#233;tait dans les cartons de la mairie de Marseille. C'est alors que les plans, jusque-l&#224; tenus secrets, sont tomb&#233;s entre les mains de la pl&#232;be. A&#239;e !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ils sont une quarantaine de forains, ce jeudi 26&#8200;novembre, &#224; descendre de La Plaine&#8200;&#8211;&#8200;&#224; Marseille, on &#171; descend &#187; de La Plaine puisque sa place Jean-Jaur&#232;s, anciennement &#171; plan de Sant-Miqu&#233;u &#187;, se situe au sommet d'une colline. &#192; peine remball&#233;e la marchandise, ils d&#233;valent la pente de la rue des Trois-Mages, le long des grilles des terrains de boules Carli, en groupes serr&#233;s, comme on monte au baston. Une concertation publique sur l'avenir de leur march&#233; est organis&#233;e au Conservatoire r&#233;gional de musique. Forts en gueule de m&#233;tier, ils&#8200;&#8211;&#8200;et elles&#8200;&#8211;&#8200;grondent &#224; la vol&#233;e leur inqui&#233;tude et leur col&#232;re. &#171; &lt;i&gt;Trente ans que je fais ce march&#233; !&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Mon p&#232;re &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224; dans les ann&#233;es 1970 !&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;J'ai quatre enfants &#224; nourrir, moi !&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; Ils ne nous vireront pas comme &#231;a !&lt;/i&gt; &#187; Le ton est donn&#233; pour cette journ&#233;e de blabla que les autorit&#233;s viennent de se sortir de la manche quand elles se sont rendu compte que le quartier venait d'entrer en &#233;bullition. Autant dire que ces solides gaillards et gaillardes ne vont pas s'en laisser conter, malgr&#233; les jolis formulaires aux questions infantilisantes du style &#171; &lt;i&gt;D&#233;finissez La Plaine en trois mots&lt;/i&gt; &#187; que leur a pr&#233;par&#233; Res Publica, le cabinet de consultants parisiens embauch&#233;s par la mairie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1616 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/p24-holuxb-853a0.jpg?1782650184' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Patxi Beltzaiz.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rumeur courait.&lt;/strong&gt; Certains pr&#233;tendaient m&#234;me que les bulldozers allaient araser la butte aux magnolias et tout le terre-plein central pour op&#233;rer la jonction directe entre les rues Saint-Michel et Saint-Savournin&#8230; Du c&#244;t&#233; de la mairie, silence radio&#8230; Alors quand quatre plans tombent entre les mains des habitants, &#231;a n'a &#233;t&#233; qu'une demi-surprise. G&#233;rard Chenoz, grand manitou de ce non-projet, n'a d'ailleurs pas appr&#233;ci&#233; : &#171; &lt;i&gt;Ce ne sont que des documents de travail, rien n'est encore fait, je pourrais porter plainte contre la personne qui les a exfiltr&#233;s !&lt;/i&gt; &#187; Pourtant, les &#233;ch&#233;ances sont proches. L'&#233;quipe d'architectes et de paysagistes devrait &#234;tre choisie &#224; la mi-2016 et le chantier commencer en 2017, pour durer jusqu'en 2019. Les r&#233;am&#233;nageurs pr&#233;tendent ne rien avoir encore d&#233;cid&#233;, mais leur budget est d&#233;j&#224; de onze millions d'euros ! &#171; &lt;i&gt;Que vont-ils bien pouvoir faire de tout ce fric ?&lt;/i&gt;, interroge une maman. &lt;i&gt;Eux qui sont incapables de r&#233;parer les lampadaires et laissent le parc dans l'obscurit&#233; depuis des mois ! Eux qui laissent les jeux d'enfants tomber en ruine, sans WC publics ni eau &#224; la fontaine !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trente mois de chantier&lt;/strong&gt;, onze millions d'euros de budget&#8230; En m&#233;moire, le r&#233;sultat d&#233;sastreux de ces grandes man&#339;uvres urbanistiques qui s'&#233;ternisent et &#233;touffent litt&#233;ralement la vie d'un quartier et les commerces de proximit&#233;. D'apr&#232;s la Chambre de commerce, le chantier du tramway sur la rue de Rome a ruin&#233; 67 boutiques, probablement rachet&#233;s une bouch&#233;e de pain par les requins de la grande distribution. L'assembl&#233;e de La Plaine, regroupant des habitants et des habitu&#233;s du quartier, et comptant sur le soutien de nombreux forains, commer&#231;ants et associations, a rendu public ce que cachait soigneusement la Soleam, soci&#233;t&#233; d'&#233;conomie mixte charg&#233;e des projets de r&#233;habilitation urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dimanche 11&#8200;octobre&lt;/strong&gt;, une r&#233;union sur la place a rassembl&#233; plus de 200&#8200;personnes pour d&#233;battre de l'avenir du quartier. Le 5 novembre, &#224; partir de 7 h du matin, une rencontre avec les forains et les clients du march&#233; a donn&#233; lieu &#224; des &#233;changes fructueux et agr&#233;ablement fraternels autour de panneaux explicatifs et de photos de La Plaine au temps de sa splendeur. En effet, jadis, la place fut, avec le cours Julien, le ventre de Marseille, au m&#234;me titre que les Halles de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'inqui&#233;tude et l'effervescence&lt;/strong&gt; que cette r&#233;novation suscite a donc pouss&#233; la Soleam &#224; embaucher des experts en d&#233;bat bidon, Res Publica, pour organiser &#224; la va-vite une &#171; concertation publique &#187; qui sent l'enfumage. Les invariants : &#171; Mont&#233;e en gamme &#187; de la place avec r&#233;duction du march&#233; et implantation de terrasses de brasseries capables d'attirer touristes et client&#232;le hupp&#233;e. En filigrane : le d&#233;sir des gros propri&#233;taires (40 % des immeubles alentour sont des monopropri&#233;t&#233;s aux mains de soci&#233;t&#233;s ou de familles non r&#233;sidentes dans le secteur) d'augmenter la valeur de leurs biens en chassant le petit peuple qui fr&#233;quente le march&#233;, le jardin et les bancs publics, ainsi que les bars de nuit. Un des effets les plus visibles de cette volont&#233; politique d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre est le harc&#232;lement policier et administratif des &#233;piceries, &#224; qui un arr&#234;t&#233; municipal interdit de vendre de l'alcool apr&#232;s 20 heures. &#171; &lt;i&gt; Une patrouille de CRS est entr&#233;e &#224; 20 h 05&lt;/i&gt;, t&#233;moigne une commer&#231;ante, &lt;i&gt;ils ont vu que j'avais tir&#233; le rideau r&#233;glementaire sur les alcools, mais ils ont fait le tour de la boutique, ont m&#234;me ouvert la porte avec &#8220;priv&#233;&#8221; marqu&#233; dessus et ont trouv&#233; un meuble frigorifique avec des bi&#232;res dedans, alors ils m'ont mis 800&#8200;euros d'amende.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; une semaine&lt;/strong&gt; de la fameuse &#171; concertation publique &#187; sur la restructuration de La Plaine, Marie-Louise Lota, adjointe au maire d&#233;l&#233;gu&#233;e aux emplacements, a craqu&#233;. Lors d'une rencontre avec les forains, elle a tomb&#233; le masque : &#171; &lt;i&gt;Sur ce march&#233;, on vend beaucoup de merde !&lt;/i&gt; &#187; Et d'annoncer qu'apr&#232;s les deux ans de chantier&#8200;&#8211;&#8200;bien utile pour faire table rase&#8200;&#8211;, chaque commer&#231;ant devra aller mendier une r&#233;admission individuelle, au bon vouloir de madame. &#171; &lt;i&gt;Avant que je meure, j'aurai nettoy&#233; cette place !&lt;/i&gt; &#187;, a-t-elle menac&#233;. &#171; &lt;i&gt;C'est pourtant pas la faute aux forains si l'offre s'est appauvrie&lt;/i&gt;, s'&#233;nerve Cyril. &lt;i&gt;Mon p&#232;re, n&#233; ici apr&#232;s le g&#233;nocide arm&#233;nien, &#233;tait tailleur, ma m&#232;re couturi&#232;re, et ils vendaient leur production sur le march&#233;. J'ai repris le flambeau avec mes jean's&#8200;&#8211; j'&#233;tais &#8220;jeaneur&#8221;, j'avais un gars sur Marseille qui me les d&#233;teignait&#8200;&#8211;, mais l&#224;, on ne peut plus faire face &#224; la concurrence chinoise, surtout au niveau du prix de la main-d'&#339;uvre. Alors je vends des fringues made in China&#8230; La faute &#224; qui ? &#192; ces m&#234;mes politiques qui leur ont ouvert toutes grandes les portes et nous accusent maintenant de vendre de la mauvaise qualit&#233; ! Et &#224; Primark, ils vendent quoi ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adnan, qui tient le restaurant O'Pakistan depuis vingt-huit ans, s'insurge contre le d&#233;nigrement syst&#233;matique du quartier : &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce qu'ils veulent nous faire ? Les Terrasses du port&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Terrasses du port sont un m&#233;gacentre commercial rognant sur l'espace (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;i&gt;bis ? Ici, c'est un quartier populaire, mes clients ne peuvent pas payer sept euros de parking.&lt;/i&gt; &#187; Il vient de monter une asso de commer&#231;ants et riverains pour faire front. Celle-ci va &#233;diter un tract &#224; 10 000 exemplaires &#224; distribuer dans les commerces et les bo&#238;tes aux lettres, et veut faire un &#233;tat des lieux de la &#171; concertation &#187;&#8200;&#8211;&#8200;absence d'info, de consultation r&#233;elle&#8200;&#8211;&#8200;ainsi qu'appeler &#224; un rassemblement le samedi 12 d&#233;cembre &#224; 14 h sur la place, juste avant l'atelier de synth&#232;se mis en sc&#232;ne par Res Publica.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Le jour de la concertation,&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &lt;i&gt;il n'y avait que la Soleam et Res Publica qui parlaient&lt;/i&gt;, raconte Aurore, une foraine. &lt;i&gt;Ils captaient, bloquaient, coupaient la parole, ne r&#233;pondaient pas aux questions ou r&#233;pondaient sciemment &#224; c&#244;t&#233; ou en contradiction avec leurs propos pr&#233;c&#233;dents.&lt;/i&gt; &#187; Une dame &#233;l&#233;gante acquiesce avec une indulgence &#224; double tranchant : &#171; &lt;i&gt;Je crois que ce n'est pas de la manipulation, ils sont justes incomp&#233;tents.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les hu&#233;es et des avions en papier ont salu&#233; en salve les interventions de la charg&#233;e de mission de Res Publica, c'est que la m&#233;fiance est grande. La Soleam est le rejeton de Marseille-Am&#233;nagement qui, sous la houlette d'un certain Boumendil, s'est fait une sale r&#233;putation avec sa r&#233;novation du quartier Belsunce dans les ann&#233;es 2000. La sp&#233;culation y avait &#233;t&#233; dop&#233;e par l'argent public, &#224; tel point que son directeur a eu quelques d&#233;m&#234;l&#233;s avec la justice. La Soleam est aujourd'hui pr&#233;sid&#233;e par G&#233;rard Chenoz, ineffable adjoint au maire et d&#233;l&#233;gu&#233; aux &#171; grands projets d'attractivit&#233; &#187;, qui, &#224; propos de mixit&#233; sociale, d&#233;clarait il y a quelques ann&#233;es que &#171; &lt;i&gt;pour que les gens se m&#233;langent, il faut que certains partent&lt;/i&gt; &#187;&#8230; &#171; &lt;i&gt;Qui va devoir partir ?&lt;/i&gt;, s'interroge Nadia, une voisine historique. &lt;i&gt;Les Arabes ? Les Gitans ? Les forains ? Les &#233;piciers ? Les m&#232;res c&#233;libataires ? Les petits retrait&#233;s ? Les f&#234;tards du soir ? Moi ? Et pour que les touristes et les cadres viennent se m&#233;langer avec quoi ? Apr&#232;s deux ans de chantier, il ne restera plus qu'un d&#233;sert !&lt;/i&gt; &#187; Et l&#224;, les gens d'ici savent de quoi ils parlent, car &#224; Marseille, les exemples n&#233;fastes se ramassent &#224; la pelle : la rue de la R&#233;publique transform&#233;e en une art&#232;re en trompe-l'&#339;il, avec des appartements r&#233;nov&#233;s mais vides et des panneaux publicitaires cache-mis&#232;re de locaux commerciaux en mal de client&#232;le ; ou encore le paysage lunaire du cours d'Estienne-d'Orves, sans banc, sans arbre, o&#249; la seule fa&#231;on de jouir de l'espace public, est de consommer &#224; la terrasse d'une caf&#233;t&#233;ria sans &#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce ne sont pas les grandes gueules habituelles qui ont men&#233; cette contestation tr&#232;s remarqu&#233;e durant les s&#233;ances de concertation&lt;/i&gt;, constate avec un plaisir non dissimul&#233; Chris, membre actif de l'assembl&#233;e. &lt;i&gt;Ce sont des gens qu'on a crois&#233;s une fois ou deux, qu'on conna&#238;t plus ou moins, voire pas du tout. C'est cette dynamique-l&#224; qu'il m'appara&#238;t important de reconna&#238;tre et de soutenir.&lt;/i&gt; &#187; Face &#224; l'adversit&#233;, les rapprochements entre habitants, habitu&#233;s, &#233;piciers, patrons de bars, forains, clients du march&#233; et des caf&#233;s, malgr&#233; des points de vue souvent kal&#233;idoscopiques, ont permis de voir refleurir un sentiment d'appartenance et de fiert&#233;. Autour d'un des derniers bancs encore en place dans cette ville, une bande de jeunes scande un rap &#224; la nuit tomb&#233;e : &#171; &lt;i&gt;La Plaine, ils n'y arriveront pas, c'est trop pas possible, elle est trop l&#224;, c'est trop elle, elle bougera pas !&lt;/i&gt; &#187; Yvou, un ancien de l'association La Plaine sans fronti&#232;res, qui se mobilisa en son temps contre la pose de grilles autour des jardins et fut &#224; l'origine de la jeune tradition du carnaval ind&#233;pendant, reprend la balle au bond, hilare : &#171; &lt;i&gt;La Plaine sera la place Tahrir de Gaudin !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1617 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH241/p16-plaine-64c6c.jpg?1782660026' width='400' height='241' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire aussi&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; La Plaine souveraine &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Marseille-Quartier-Debout' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Marseille, quartier debout !&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;144 (juin 2016).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; Plaine, &#244; ma Plaine &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Un-quartier-a-cran' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Un quartier &#224; cran&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;168 (septembre 2018).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;strong&gt;Marseille : guerre aux ind&#233;sirables &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Sur-La-Plaine-le-marche-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Sur La Plaine, le march&#233; des derniers jours&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;169 (octobre 2018).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; Urbanisme &#224; la tron&#231;onneuse &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/La-Plaine-emmuree' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La Plaine emmur&#233;e&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;170 (novembre 2018).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les Terrasses du port sont un m&#233;gacentre commercial rognant sur l'espace portuaire et inaugur&#233; en grande pompe au printemps 2014 par le maire Gaudin. Visant surtout la client&#232;le des croisi&#233;ristes, la multinationale Hammerson qui le g&#232;re se plaint d&#233;j&#224; que les Marseillais aillent s'y promener sans acheter.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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