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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Perpignan, ville en morceaux</title>
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		<dc:creator>Mathilde Offroy</dc:creator>


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&lt;p&gt;Aux derni&#232;res municipales, Perpignan est devenue, vingt-cinq ans apr&#232;s Toulon, la premi&#232;re ville de plus de 100 000 habitant.es &#224; basculer dans l'escarcelle du Rassemblement national. Sit&#244;t &#233;lu, le nouveau maire a commenc&#233; &#224; imprimer sa marque s&#233;curitaire. Comment le candidat frontiste est-il parvenu &#224; s'imposer dans la cit&#233; catalane, territoire de passages et d'&#233;changes, qui en font une ville cosmopolite ? Quels espoirs de r&#233;sistance aujourd'hui ? Tentative de r&#233;ponses, &#224; l'issue de cinq (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aux derni&#232;res municipales, Perpignan est devenue, vingt-cinq ans apr&#232;s Toulon, la premi&#232;re ville de plus de 100 000 habitant.es &#224; basculer dans l'escarcelle du Rassemblement national. Sit&#244;t &#233;lu, le nouveau maire a commenc&#233; &#224; imprimer sa marque s&#233;curitaire. Comment le candidat frontiste est-il parvenu &#224; s'imposer dans la cit&#233; catalane, territoire de passages et d'&#233;changes, qui en font une ville cosmopolite ? Quels espoirs de r&#233;sistance aujourd'hui ? Tentative de r&#233;ponses, &#224; l'issue de cinq jours sur place &#224; parcourir la ville et rencontrer des militant.es associatifs et anticapitalistes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3499 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;64&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-1655-74c5d.jpg?1769066518' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Quartier Saint-Jacques, Perpignan, &#233;t&#233; 2016.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Denis Meyer
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 28 juin dernier, Louis Aliot a remport&#233; le second tour des municipales avec 59,03 % des suffrages face au maire sortant Les R&#233;publicains (LR) Jean-Marc Pujol. Cette victoire n'est pas une surprise : en 2014 d&#233;j&#224;, le frontiste &#233;tait arriv&#233; en t&#234;te au premier tour, et Pujol n'avait d&#251; sa r&#233;&#233;lection qu'au ralliement des autres listes et &#224; la mobilisation d'une partie des abstentionnistes. Cette fois, le &#171; barrage r&#233;publicain &#187; n'a pas suffi.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Entre cloisonnement et effritement&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le centre de Perpignan a toujours &#233;t&#233; un myst&#232;re pour moi. Impossible, pour la visiteuse que je suis, d'en dessiner une carte mentale claire. Hors des axes familiers, je t&#226;tonne dans les rues &#233;troites et m'&#233;tonne de mes trajectoires. Au premier abord, on peut &#234;tre frapp&#233;&#183;e par l'image d'un centre-ville en d&#233;sh&#233;rence, dans lequel s'&#233;tirent d'anciennes rues commerciales d&#233;sertes, jalonn&#233;es de devantures ferm&#233;es. Sur certaines, la m&#233;tropole a coll&#233; des photos d'int&#233;rieurs marchands t&#233;moins, mais cette tentative de redynamisation par le papier peint ne fait qu'ajouter &#224; une impression de tristesse fig&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, le centre n'est pas le lieu de la bourgeoisie. En dehors de quelques rues cossues et de la place de la R&#233;publique r&#233;nov&#233;e sur laquelle s'&#233;talent des terrasses proprettes autour d'un march&#233; de producteurs, elle demeure invisible. Les classes ais&#233;es se concentrent dans les quartiers p&#233;riph&#233;riques, se repliant dans des r&#233;sidences ferm&#233;es ou se d&#233;pliant dans un confortable p&#233;riurbain choisi. Elles laissent les pauvres entre eux, dans les quartiers populaires centraux ou rel&#233;gu&#233;s en proche bordure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perpignan est, aussi, une ville qui s'effondre. En 2006, 2009 et 2014, plusieurs immeubles se sont &#233;croul&#233;s dans les quartiers de Saint-Jacques et Saint-Mathieu. Un d&#233;faut d'entretien du b&#226;ti par des proprios prompts &#224; empocher des loyers, conjugu&#233; &#224; une inaction de la Ville, font du mal-logement une probl&#233;matique pr&#233;gnante &#8211; on estime &#224; 4 000 le nombre de logements insalubres dans le centre. Les rues portent les stigmates de l'effritement : &#233;tais de sout&#232;nement, d&#233;moli&#8202;tions en cours, immeubles dont ne subsistent que les fa&#231;ades, &#238;lots parsem&#233;s de dents creuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le centre, certains quartiers ne se traversent pas ; ils se contournent le long de fronti&#232;res, invisibles pour des yeux non initi&#233;s. Toutes les personnes rencontr&#233;es durant mon s&#233;jour affirment que ce cloisonnement s'est renforc&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Les quartiers se ferment.&lt;/i&gt; &#187; Perpignan est une ville marqu&#233;e par une forte s&#233;gr&#233;gation spatiale et les habitant.es s'y fr&#244;lent sans toujours se rencontrer. Cette image de populations fragment&#233;es, captives de territoires communautaris&#233;s, est omnipr&#233;sente dans les discours politiques et m&#233;diatiques : les Gitan.es de Saint-Jacques face aux Arabes de Saint-Mathieu, comme durant les &#233;meutes du printemps 2005 &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 29 mai 2005, &#224; la suite du meurtre d'un habitant de Saint-Mathieu, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un livre-dialogue&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Perpignan, laboratoire social et urbain, &#233;ditions de l'Aube, 2018.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; avec Jean-Paul Alduy, qui fut maire UMP de la ville de 1993 &#224; 2009, le sociologue Alain Tarrius nuance ces repr&#233;sentations. Il explique que, pour que le syst&#232;me client&#233;liste local fonctionne, les politiques ont besoin d'induire une immobilisation et un fractionnement des populations, celles-ci devenant alors le jouet de la concurrence entre la Ville et le conseil d&#233;partemental, historiquement &#224; gauche. Or, les habitant.es d&#233;veloppent des strat&#233;gies de contournement et de retournement de ces assignations. D'apr&#232;s Tarrius, si les &#233;changes entre populations semblent diminuer, cela ne dit pas grand-chose de leurs mobilit&#233;s r&#233;elles. Perpignan est une ville-&#233;tape, &#224; la fronti&#232;re de nombreux flux d'&#233;changes plus ou moins informels, une m&#233;tropole de la mondialisation entre pauvres, centrale dans les &#233;conomies souterraines.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une mairie bleu marine&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Territoire extr&#234;mement in&#233;galitaire, Perpignan se hisse au cinqui&#232;me rang des villes les plus pauvres de France. 32 % de ses habitant.es vivent sous le seuil de pauvret&#233; et le taux de ch&#244;mage atteint 85 % dans certains quartiers. Les associations, bien que nombreuses, sont d&#233;bord&#233;es, et font le constat d'une paup&#233;risation grandissante. Ornella, membre du Secours populaire, me confie que les demandes d'aide alimentaire ont augment&#233; de 30 % en 2019 et de 45 % cette ann&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Maintenant on voit m&#234;me des artisans venir chercher &#224; manger.&lt;/i&gt; &#187; Un appauvrissement d&#233;j&#224; visible avant la pand&#233;mie, et qui n'a fait qu'augmenter depuis le confinement. Les militantes associatives que je rencontre font le m&#234;me r&#233;cit d'une mis&#232;re sociale omnipr&#233;sente, et encha&#238;nent les histoires sordides dessinant la guerre entre pauvres qui fait rage. La situation &#233;tait d&#233;j&#224; au bord de l'implosion, et l'&#233;lection de Louis Aliot &#224; la mairie ne laisse rien pr&#233;sager de bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le vote Front national est historiquement fort &#224; Perpignan et dans la r&#233;gion, son candidat a d&#251;, pour se faire &#233;lire, nouer des alliances et conqu&#233;rir de nouveaux &#233;lectorats. Se pr&#233;sentant sans &#233;tiquette pour se distancier du RN, Louis Aliot s'est construit une image de notable du coin, figure respectable et pond&#233;r&#233;e. Tout en soignant son implantation locale, Aliot est parvenu &#224; se pr&#233;senter comme ext&#233;rieur aux pratiques vernaculaires de n&#233;potisme et de client&#233;lisme&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est une des raisons qui pourraient expliquer qu'il a r&#233;ussi &#224; capter une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Son programme, tr&#232;s ax&#233; sur la s&#233;cu&#8202;rit&#233;, diff&#233;rait peu de celui de Jean-Marc Pujol, le maire LR sortant. Son discours lib&#233;ral et rassembleur a su rassurer la bourgeoisie locale, de droite plut&#244;t r&#233;publicaine, lui permettant de rafler le vote des classes ais&#233;es p&#233;riph&#233;riques. Affichant volontiers sa proximit&#233; avec Robert M&#233;nard, le maire d'extr&#234;me droite de B&#233;ziers dont il prend l'action comme mod&#232;le, Aliot a n&#233;anmoins pris garde &#224; ne pas tomber dans la suren&#8202;ch&#232;re. Raciste, oui, mais pas outrancier. &#171; &lt;i&gt;Il n'a pas int&#233;r&#234;t &#224; ce que &#231;a se passe mal, pour ne pas ternir l'image de la ville&lt;/i&gt; &#187;, conjecture Sarah, membre du lieu associatif La Locale. &#171; &lt;i&gt;Mais il y a les effets d'annonce, et puis ce qui ne se voit pas dans les m&#233;dias. On a peur que l'&#233;lection d'Aliot empire ce qui se faisait d&#233;j&#224; ; c'est sur les populations fragiles qu'il va taper.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, les arr&#234;t&#233;s pleuvent d&#232;s les premi&#232;res semaines, interdisant p&#234;le-&#8202;m&#234;le : mendicit&#233;, occupation abusive de l'espace public, regroupement d'individus perturbateurs, tenue ind&#233;cente, divagation de chien ou m&#234;me jeux de boules sur le domaine public. Aliot ordonne &#233;galement la fermeture &#224; 22 heures des alimentations g&#233;n&#233;rales, arguant lors d'une conf&#233;rence de presse que &#171; &lt;i&gt;l'origine &lt;/i&gt;[de l'ins&#233;curit&#233;] &lt;i&gt;vient de l'ouverture de commerces illicites, d'&#233;piceries de nuit, qui occasionnent tapages nocturnes, ivresses publiques et des faits plus graves comme les trafics de cigarettes ou de stup&#233;fiants&lt;/i&gt; &#187;. Pour faire appliquer ces mesures, il augmente les effectifs de la police municipale (PM). Une &#233;volution qui se double, constatent les militant. es, d'une collaboration marqu&#233;e entre la mairie et la pr&#233;fecture. Si les populations fragiles &#233;taient loin d'&#234;tre m&#233;nag&#233;es sous l'an&#8202;cienne &#233;quipe municipale, le tour de vis annonc&#233; commence &#224; se faire sentir.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le maire et sa flicaille&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Samedi midi, place Cassanyes. Sur cette place entour&#233;e de petits commerces et de terrasses de caf&#233;, se tient un march&#233; quotidien o&#249; l'on trouve de tout. Tandis que les forains replient leurs stands &#224; la vitesse de l'&#233;clair, les cantonniers entrent en action et leurs machines prennent possession des lieux dans un bruit d'enfer. Malgr&#233; cette routine apparente, le quartier n'est pas tranquille : dans la matin&#233;e, la Bac (Brigade anti-criminalit&#233;) a fait une descente dans le four&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Point de deal.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; tout proche. Soudain, les &lt;i&gt;arah&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cri utilis&#233; par les guetteurs pour pr&#233;venir de l'arriv&#233;e des flics.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; retentissent : une voiture de police fait son entr&#233;e sur la place, avant de s'enfoncer &#224; faible allure dans une ruelle. Depuis les &#233;lections, la PM et son maire ne m&#233;nagent pas leurs efforts. &#171; &lt;i&gt;On a senti le changement d&#232;s le premier jour&lt;/i&gt; &#187;, me raconte Emma, une amie com&#233;dienne. &#171; &lt;i&gt;Le lendemain des &#233;lections, les flics paradaient, gyrophares allum&#233;s, et jouaient les cow-boys quand on les approchait de trop pr&#232;s. Ils avaient l'air de f&#234;ter quelque chose et &#233;taient clairement en confiance.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;galement dans le viseur d'Aliot, les squats d'exil&#233;&#183;es, qui subissaient d&#233;j&#224; une pression importante sous la mandature de Pujol. Roger Hillel, militant commu&#8202;niste, conserve la m&#233;moire de la longue campagne de r&#233;quisitions, port&#233;e par le collectif Bouge Toit. Si la premi&#232;re occupation, en 2011, s'&#233;tait plut&#244;t bien pass&#233;e &#8211; Pujol &#233;tant m&#234;me venu visiter l'ancienne &#233;cole occup&#233;e en promet&#8202;tant qu'il n'y aurait pas expulsion &#8211;, l'atti&#8202;tude de la municipalit&#233; s'&#233;tait rapidement durcie. Ces derni&#232;res ann&#233;es, les &#233;vacuations se sont succ&#233;d&#233;, et l'arriv&#233;e d'Aliot empire encore les choses. La derni&#232;re expulsion date du 12 ao&#251;t dernier &#8211; un ancien h&#244;tel appartenant &#224; la mairie et occup&#233; depuis d&#233;cembre 2018. La proc&#233;dure arrivant &#224; son terme au moment du confinement, un recours avait &#233;t&#233; d&#233;pos&#233; afin de repousser l'&#233;ch&#233;ance. Mais la mairie, contrairement &#224; la pratique en vigueur, a demand&#233; &#224; la pr&#233;fecture d'ordonner l'expulsion avant l'audience. Pour Roger, &#171; &lt;i&gt;cette intervention est une provocation et une tentative d'intimidation&lt;/i&gt; &#187;. Autre d&#233;cision &#233;loquente selon lui : l'affaire de l'h&#244;tel de la Cigale, un b&#226;timent pr&#233;empt&#233; par le conseil d&#233;partemental des Pyr&#233;n&#233;es-Orientales pour en faire une plate-forme d'accueil pour les mineur.es non accompagn&#233;. es. L'ancienne municipalit&#233; s'&#233;tait d&#233;j&#224; oppos&#233;e au projet, r&#233;pliquant vouloir y installer un commissariat de quartier. Louis Aliot, alors conseiller municipal, s'&#233;tait fendu d'une lettre ouverte dans laquelle il associait les migrant.&#8202;es &#224; &#171; [la] &lt;i&gt;toxicomanie,&lt;/i&gt; [les] &lt;i&gt;agressions de&lt;/i&gt; femmes, [l']&lt;i&gt;insalubrit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. D&#233;sormais au pouvoir, et bien qu'une d&#233;cision du tribunal administratif ait donn&#233; raison au D&#233;partement, il passe en force et vient de lancer les travaux du futur commissariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le nouveau maire et ses forces de l'ordre ne se donnent pas toujours la peine d'&#234;tre aussi proc&#233;duriers. Sous une pluie battante, je rejoins Fatouma, mili&#8202;tante associative tr&#232;s impliqu&#233;e aupr&#232;s des personnes &#224; la rue, et Mohammed, sans-&#8202;abri, dont le campement a &#233;t&#233; bruta&#8202;lement expuls&#233; quelques jours auparavant. Avec deux autres personnes, il &#233;tait install&#233; sous un pont depuis presque un an, pr&#232;s de la Croix-Rouge et des Restos du c&#339;ur. Le matin du 30 septembre, ces derniers leur ont refus&#233; un caf&#233;, le ton est mont&#233; et la directrice a appel&#233; le 17. Les policiers municipaux sont arriv&#233;s en un clin d'&#339;il et ont &#233;vacu&#233; sans m&#233;nagement les occu&#8202;pant.es et leurs affaires. &#171; &lt;i&gt;Les pauvres, on ne veut plus vous voir &#224; Perpignan&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, ont-ils dit &#224; Mohammed, tout en mena&#8202;&#231;ant Fatouma qui tentait de filmer la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Locale&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le soir des &#233;lections, pendant qu'Aliot f&#234;tait sa victoire dans un immeuble cossu du centre historique, seules quelques dizaines de personnes se sont rassembl&#233;es spontan&#233;ment pour protester. Roger me d&#233;crit &#171; &lt;i&gt;un v&#233;ritable coup de bambou. Les camarades sont sonn&#233;s. On est dans l'expectative, il va nous falloir un peu de temps pour sortir de la sid&#233;ration et r&#233;agir.&lt;/i&gt; &#187; Pourtant, entre fatigue de l'urgence sociale et incertitude des temps &#224; venir, malgr&#233; le tableau noir qu'ils dressent de la situation, les militant.es rencontr&#233;s ne l&#226;chent rien. Si certaines structures subissent des pressions et craignent pour leurs subventions, le tissu associatif local reste solide. Surtout, tous et toutes le disent, la solidarit&#233; tient bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce brouillard profond, une petite &#233;claircie : La Locale, lieu associatif, s'appr&#234;te &#224; ouvrir ses portes dans le centre, &#224; deux pas de la place Rigaud. L'id&#233;e a germ&#233; peu apr&#232;s l'&#233;lection. Face au constat d'une ambiance cloisonn&#233;e et de l'absence d'un r&#233;seau d'organisation efficace pour faire face aux situations d'urgence &#8211; en-dehors de celui des associations satur&#233;es &#8211;, la n&#233;cessit&#233; d'un lieu pour s'organiser s'est impos&#233;e. Est alors n&#233; le projet d'un local de luttes et d'activit&#233;s. Une base arri&#232;re, pour permettre &#224; celles et ceux qui agissent de se rencontrer, et aux solidarit&#233;s de se renforcer. Le tout sur des bases politiques claires : antiautoritaires et autogestionnaires. Cr&#233;&#233; &#224; l'origine par quelques-uns, le collectif s'est depuis &#233;largi, agr&#233;geant des personnes mues par une m&#234;me volont&#233; de recoller les morceaux. Une premi&#232;re r&#233;union publique a eu lieu en septembre, afin de pr&#233;senter le projet et lancer une souscription. Celle-ci a port&#233; ses fruits et l'ouverture est proche. Au programme : une cantine r&#233;guli&#232;re, des cycles de conf&#233;rences et de projections, des permanences juridiques pour les saisonnier.es, un atelier couture. Les r&#233;p&#233;titions de deux chorales f&#233;ministes et des r&#233;unions de Gilets jaunes devraient &#233;galement s'y tenir. Perpignan, ville morcel&#233;e ? Ne reste qu'&#224; tisser des ponts.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathilde Offroy&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 29 mai 2005, &#224; la suite du meurtre d'un habitant de Saint-Mathieu, Perpignan connaissait une nuit d'&#233;meutes, suivie d'une semaine de tensions entre les deux quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Perpignan, laboratoire social et urbain&lt;/i&gt;, &#233;ditions de l'Aube, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est une des raisons qui pourraient expliquer qu'il a r&#233;ussi &#224; capter une part importante du &#171; vote gitan &#187; dans le quartier Saint-Jacques : entre porte-&#224;-porte et rencontres avec les grandes familles du quartier, il a su se pr&#233;senter comme &#233;tant hors du syst&#232;me client&#233;liste et des magouilles d'instrumentalisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Point de deal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cri utilis&#233; par les guetteurs pour pr&#233;venir de l'arriv&#233;e des flics.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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