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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Bayram, musicien et danseur kurde : &#171; Ce n'est pas un vrai travail ! &#187;</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Bayram, musicien et danseur kurde d'une trentaine d'ann&#233;es, vit en France depuis l'&#226;ge de 23 ans. Il nous livre ici sa passion pour la musique et son engagement pour faire perdurer sa culture malgr&#233; la pression familiale, la r&#233;pression et la volont&#233; d'assimilation de la Turquie. &#171; Vers l'&#226;ge de 12 ans, &#224; Diyarbakir [Sud-Est anatolien], j'ai commenc&#233; &#224; l'&#233;cole &#224; faire de la danse folklorique kurde qui se fait au son du dawul et de la zurna, un genre de fl&#251;te. J'ai sympathis&#233; avec le dawul, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Bayram, musicien et danseur kurde d'une trentaine d'ann&#233;es, vit en France depuis l'&#226;ge de 23 ans. Il nous livre ici sa passion pour la musique et son engagement pour faire perdurer sa culture malgr&#233; la pression familiale, la r&#233;pression et la volont&#233; d'assimilation de la Turquie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3072 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH429/-1306-1ca1c.jpg?1783083583' width='500' height='429' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; V&lt;/span&gt;&lt;i&gt;ers l'&#226;ge de 12 ans, &#224; Diyarbakir &lt;/i&gt;[Sud-Est anatolien]&lt;i&gt;, j'ai commenc&#233; &#224; l'&#233;cole &#224; faire de la danse folklorique kurde qui se fait au son du &lt;/i&gt;dawul &lt;i&gt;et de la &lt;/i&gt;zurna&lt;i&gt;, un genre de fl&#251;te. J'ai sympathis&#233; avec le &lt;/i&gt;dawul&lt;i&gt;, une grosse caisse avec une baguette fine d'un c&#244;t&#233;, une baguette un peu plus &#233;paisse de l'autre. Pendant les pauses, j'allais voir les &lt;/i&gt;mertep &lt;i&gt;(musiciens gitans), pour leur demander si je pouvais l'utiliser. &#192; la m&#234;me &#233;poque, le soir, je cherchais des mariages, parce que chez nous il n'y a pas besoin d'&#234;tre invit&#233; dans les f&#234;tes. Tu peux y aller comme &#231;a &#8220;bonjour, bonjour&#8221;. Tu rentres dans l'&#233;quipe de danseurs et tu peux danser tant que tu veux. Les musiciens me demandaient de ramasser l'argent que les gens leur jetaient. C'est &#224; ce moment l&#224; que j'ai pris contact avec les groupes de musique et petit &#224; petit j'ai touch&#233; aux percussions, la &lt;/i&gt;darbouka &lt;i&gt;notamment. &#187; &lt;/i&gt;Mais, &#224; cette &#233;poque l&#224;, l'activit&#233; musicale &#233;tait d&#233;pr&#233;ci&#233;e par la soci&#233;t&#233; conservatrice kurde. &lt;i&gt;&#171; J'ai subi &#231;a. Mon p&#232;re me frappait et me disait &#8220;Pourquoi tu fais de la musique ? Ce n'est pas un vrai travail ! La musique, c'est pour les gitans&#8230; &#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Bayram &lt;/strong&gt;pratique &#233;galement le &lt;i&gt;daf&lt;/i&gt;, qui n'a fait son retour que r&#233;cemment dans la musique kurde apr&#232;s avoir &#233;t&#233; longtemps d&#233;laiss&#233;. &lt;i&gt;&#171; C'est un des plus anciens instruments kurdes, tr&#232;s populaires chez les Kurdes d'Iran&#8230; Nous, on l'appelle &lt;/i&gt;arbane. &lt;i&gt;Certains instruments, comme le &lt;/i&gt;daf &lt;i&gt;ou le &lt;/i&gt;dawul, &lt;i&gt;&#233;taient mal vus encore r&#233;cemment, car ils &#233;taient jou&#233;s dans la rue par les aveugles, les mendiants ou les gitans. J'ai crois&#233; le &lt;/i&gt;daf &lt;i&gt;la premi&#232;re fois, alors que mon p&#232;re vendait des produits dans la rue, on voyait de temps en temps une personne aveugle qui en jouait et en &#233;change les gens lui apportaient du boulgour, du riz, des lentilles corail. Seulement voil&#224;, les Kurdes sont un peuple pauvre, ils n'ont pas de temps pour &#231;a, ils travaillent treize ou quatorze heures par jour pour leur famille&#8230; Ils n'avaient pas d'instrument. C'est le PKK qui a remis en valeur la musique et la danse kurdes, en m&#234;me temps qu'il menait le combat pour la reconnaissance de la langue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Bayram constate tr&#232;s t&#244;t &lt;/strong&gt;que l'engagement dans la vie culturelle kurde est d'abord politique. Dans sa guerre d'assimilation, le pouvoir turc a voulu &#233;radiquer toute expression culturelle qui n'entre pas dans les sch&#233;mas de l'identit&#233; turque : &lt;i&gt;&#171; &#192; Istanbul, j'ai continu&#233; de fr&#233;quenter les cercles de danse kurde, ce qui m'a valu plusieurs arrestations. Je ne trouvais pas ma place dans la soci&#233;t&#233; turque, parce que je devais mettre un masque, dire que j'&#233;tais turc et vivre comme les Turcs en d&#233;laissant mon activit&#233; culturelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Cette r&#233;pression contre la musique kurde &lt;/strong&gt;a fait l'objet d'un documentaire de Myl&#232;ne Sauloy de 2001. &lt;i&gt;Quand le chant va-ten- guerre &lt;/i&gt;ouvre sur l'enterrement au P&#232;re-Lachaise en 2000 du chanteur d'origine kurde Ahmet Kaya, qui avait choisi l'exil, puis entra&#238;ne le spectateur dans un voyage au coeur de la r&#233;sistance des musiciens kurdes en Turquie. Au moment de la sale guerre des ann&#233;es 1980-90, la simple possession d'une cassette de chants kurdes pouvait vous mener en prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fuyant la r&#233;pression qui perdure, &lt;/strong&gt;Bayram arrive en France &#224; 23 ans avec le statut de r&#233;fugi&#233; politique. En 2008, &#224; Marseille, il forme avec ses amis Agit, Mahmout, Omer, Apo et Serdar le groupe QWX, qui est devenu depuis peu Awazin Raperin. &lt;i&gt;&#171; J'appr&#233;cie de jouer dans des styles et des rythmes diff&#233;rents, m&#234;me si le fond, la base, le mur porteur, ce sont les rythmes kurdes. On utilise aussi le rythme du hip-hop, mais on n'oublie pas le delilo, le rythme 2/4/2. C'est le rythme typique kurde, de m&#234;me que le 6/8. Pour moi bien s&#251;r, l'identit&#233; musicale kurde est tr&#232;s forte. J'arrive &#224; comparer aussi les musiques kurdes iraniennes, syriennes, irakiennes, on a tellement de richesse &#224; travers ces quatre pays. &#187; &lt;/i&gt;Il joue aussi au sein de trois autres groupes, par passion pour la musique et pour subvenir &#224; ses besoins, &lt;i&gt;&#171; parce que la vari&#233;t&#233; des styles m'int&#233;resse aussi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Son engagement &lt;/strong&gt;ne s'arr&#234;te pas l&#224;, Bayram participe comme il peut aux activit&#233;s de l'association des Kurdes de Marseille, en donnant des cours de danse b&#233;n&#233;volement : &lt;i&gt;&#171; Mais &#231;a prend beaucoup de temps. Je suis dans le syst&#232;me capitaliste, je loue un appartement, j'ai un fils, je dois nous nourrir. Ils &#233;taient d'accord pour me payer, mais finalement, apr&#232;s deux jours de r&#233;flexion, j'ai compris que &#231;a me fait profond&#233;ment mal de les faire payer. Je leur ai dit &#8220;Non, je ne veux pas d'argent, avec vous, je ne peux pas&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Pour Bayram, &lt;/strong&gt;c'est une &#233;vidence que la musique kurde est porteuse d'un message : &lt;i&gt;&#171; Avec Awazin Raperin, on choisit un message &#224; transmettre pour le Rojava, pour Koban&#233;. On a trois th&#232;mes principaux : la politique, la nature et l'amour. Souvent les gens viennent apr&#232;s le concert me demander &#8220;Quel est l'origine de cet instrument ?&#8221; Mon message commence l&#224; : &#8220;Je suis kurde, mon instrument est kurde&#8230;&#8221; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Daphn&#233;&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#192; chaque bled son synth&#233;</title>
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		<dc:creator>Margo Chou, Mohamed Kably</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Un samedi soir, nous d&#233;rivons jusque dans un cabaret oriental de la rue de Lyon. Dans ce d&#233;cor sombre, intime et sans esth&#233;tique particuli&#232;re, nous nous lan&#231;ons dans une longue tchatche autour des claviers kitsch qui nappent la vie nocturne des Balkans et du Maghreb. Ici, c'est Marseille. D&#232;s l'entr&#233;e, similaire &#224; celle du palais de justice avec ses colonnes ath&#233;niennes en faux stuc, un son aigu de clavier-synth&#233;tiseur nous souhaite la bienvenue. Ambiance feutr&#233;e / enfum&#233;e. Des gens sap&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un samedi soir, nous d&#233;rivons jusque dans un cabaret oriental de la rue de Lyon. Dans ce d&#233;cor sombre, intime et sans esth&#233;tique particuli&#232;re, nous nous lan&#231;ons dans une longue tchatche autour des claviers kitsch qui nappent la vie nocturne des Balkans et du Maghreb. Ici, c'est Marseille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3065 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;62&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1299.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH709/-1299-9496a.jpg?1782644492' width='500' height='709' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;150 de CQFD, illustr&#233;e par Bruno Bartkowiak
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;&#232;s l'entr&#233;e, similaire &#224; celle du palais de justice avec ses colonnes ath&#233;niennes en faux stuc, un son aigu de clavier-synth&#233;tiseur nous souhaite la bienvenue. Ambiance feutr&#233;e / enfum&#233;e. Des gens sap&#233;s sont attabl&#233;s autour d'une piste ronde &#224; moquette rouge sur laquelle on danse d&#233;j&#224;. Au fond, sur une estrade, un homme-orchestre en smoking noir, barbe taill&#233;e au millim&#232;tre, fait tout tout seul. Au synth&#233;tiseur, il chante et sourit fig&#233;, &#224; la fois aux d&#233;hanch&#233;s et &#224; ceux qui jettent du fric sur le plateau pos&#233; devant lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On s'attendait &#224; voir un orchestre &lt;/strong&gt;et voil&#224; qu'on plonge dans une discussion technique sur l'origine du synth&#233;tiseur et son emploi syst&#233;matique dans la musique orientalo-maghr&#233;bine. Tout &#231;a accompagn&#233; par cet imposteur qui fait bouger l'assembl&#233;e &#224; lui tout seul. Kably d&#233;couvre mon amour immod&#233;r&#233; pour le synth&#233; balkanique et me rencarde sur l'origine du clavier maghr&#233;bin. &lt;i&gt;&#171; Pourquoi ce d&#233;lire sur le synth&#233;, Margo ? &#187; &lt;/i&gt;Embrayage automatique : &lt;i&gt;&#171; J'ai d&#233;couvert le synth&#233; &#224; travers la musique tzigane il y a une douzaine d'ann&#233;es dans les bidonvilles de Seine-Saint-Denis. J'arrivais l&#224;-bas. Un verre de soda. Taraf-TV, une des trois cha&#238;nes musicales roumaines, &#233;tait allum&#233;e en permanence et des clips de man&#233;l&#233; d&#233;filaient dans les 12 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; de baraque. C'est une musique peu connue en France, avec synth&#233;, bo&#238;te &#224; rythmes, reverb' et th&#232;mes traditionnels. Les grands noms sont Nicolas Guca, Florin Salam, Sandu Corba. Des invitations r&#233;p&#233;t&#233;es &#224; des bapt&#234;mes avec orchestre m'ont rendue accro. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Musique orientale et Maghreb&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans les restos et les cabarets, ils ne prennent plus d'orchestre. Le synth&#233; l'a remplac&#233;. Un mec tout seul qui fait tous les sons et d&#233;clenche la bo&#238;te &#224; rythmes, c'est &#233;conomique. Le synth&#233;tiseur pour remplacer la basse, les cordes, les cuivres. La bo&#238;te &#224; rythmes fait les percussions, la batterie. Kably, d'un air nostalgique : &lt;i&gt;&#171; Quand m&#234;me, il y a l&#224; aussi un manque de go&#251;t et de classe g&#233;n&#233;ralis&#233;. &#187; un &lt;/i&gt;mec assis &#224; ma droite s'en m&#234;le : &lt;i&gt;&#171; Dans les ensembles traditionnels et populaires &#233;gyptiens, en Nubie, on jouait beaucoup d'accord&#233;on avec le quart de ton. Au Maghreb, il n'y avait pas assez d'argent pour en acheter, donc on en a bidouill&#233;. On ouvrait les accord&#233;ons et avec de la cire de bougie, on traficotait les touches pour cr&#233;er ce fameux quart de temps. &#187; un &lt;/i&gt;monde s'ouvre &#224; nous. &lt;i&gt;&#171; Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, le synth&#233; arrive, capable de reproduire tous les sons de tous les instruments et d'y injecter des effets. Quand il s'impose comme instrument novateur dans la musique moderne occidentale, Ammar al-Chere&#239;, auteur-compositeur &#233;gyptien, chanteur, joueur de oud et de clavier, se d&#233;m&#232;ne pour trouver un synth&#233; avec le quart de temps. La marque am&#233;ricaine &#8220;Intercontinental&#8221; lui en fabrique un. Au Caire, on l'appellera &#8220;uni&#8221; ou &#8220;uni-intercontinental&#8221;. &#187; &lt;/i&gt;Comme toute nouveaut&#233; qui d&#233;barque sans pr&#233;venir, ce son amplifi&#233; et modifi&#233; g&#234;nera les puristes. Il faudra que les grands orchestres d'Oum Khaltoum, d'Abdel Halim Hafez et de Farid El Atrache l'int&#232;grent pour que ce son soit valid&#233;. La musique populaire se transforme.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Du c&#244;t&#233; des Balkans, je te dis pas&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est fin 1980 &#8211; d&#233;but 1990, en Serbie, puis en Roumanie et en Bulgarie, que le synth&#233;tiseur d&#233;barque. &#192; chaque fois, &#231;a co&#239;ncide avec l'effondrement des syst&#232;mes politiques en place. Des styles musicaux naissent des r&#233;volutions et sont aujourd'hui des ph&#233;nom&#232;nes sociaux. En Serbie, dans un moment de d&#233;composition et de perte de rep&#232;res, les jeunes trouveront une force lib&#233;ratrice et dans la guerre et dans la musique. Le turbo-folk, synth&#233;tiseur, bo&#238;te &#224; rythmes au go&#251;t de No-Future techno&#239;de, s'installe dans les discoth&#232;ques, interpr&#233;t&#233; par des chanteuses ras le d&#233;collet&#233;. Ceca en sera une ic&#244;ne et Miki Cortan, le clavi&#233;riste le plus sollicit&#233;. Sur Youtube, on peut visionner des centaines de vid&#233;os o&#249; on le voit jouer, des liasses de billets en vrac devant lui. &#192; la mort de Ceaucescu, le man&#233;l&#233; appara&#238;t en Roumanie, influenc&#233; par le turbo-folk . C'est une musique de f&#234;te exub&#233;rante, porteuse d'un imaginaire consum&#233;riste et sexiste, &#233;voquant l'argent, les mafias, le pouvoir. Jeunes et vieux se l'approprient et s'identifient. En Bulgarie, ce sera la chalga, forme de pop folklorique. Ces musiques sont la plupart du temps jou&#233;es par des tziganes. Quand elles ne sont pas enregistr&#233;es ou jou&#233;es dans les discoth&#232;ques, elles se donnent dans des cabarets, salles des f&#234;tes, mariages et bapt&#234;mes, et c'est toute l'assembl&#233;e qui participe &#224; la f&#234;te. &lt;i&gt;&#171; Le ra&#239;, c'est pareil, &lt;/i&gt;acquiesce Kably. &lt;i&gt;M&#234;me style de paroles. M&#234;me d&#233;clinaison du son et m&#234;me succ&#232;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bakchich et fum&#233;e noire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Tu sais, Margo, le gars, ce soir, doit &#234;tre pay&#233; aux alentours de cent euros, mais le plateau fait le reste. &#187; une &lt;/i&gt;assiette est pos&#233;e l&#224;, n'importe qui peut y balancer un gros pourboire. Ce sont des musiques &#224; bakchich. En g&#233;n&#233;ral, un cachet est pr&#233;vu par l'organisateur, mais le public commande ses chansons moyennant un billet. &lt;i&gt;&#171; Chez les Tziganes, on les glisse dans l'instrument ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Ici, la culture &lt;/strong&gt;n'est pas sur un pi&#233;destal. On la vit. Elle est imbriqu&#233;e dans le quotidien et ses histoires de fric. Les mariages et les bapt&#234;mes orientaux, maghr&#233;bins ou balkaniques font manger des familles enti&#232;res de musiciens. Comme chaque son a son style vestimentaire, ces rythmes ont leurs lieux secrets, sem&#233;s dans la g&#233;ographie marseillaise depuis les ann&#233;es 1980 et 1990. Certains ont disparu, d'autres sont encore l&#224; malgr&#233; la r&#233;pression, dans la semi-clandestinit&#233; : cabarets, bouibouis, arri&#232;re-cours, portes ferm&#233;es, fonds d'escaliers, caves et sous-sols o&#249; &#231;a suinte. Vers la rue Roger-Salengro, vers le march&#233; aux puces, on a tir&#233; les rideaux. Ciao les convenances !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margo Chou avec Mohamed Kably&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Rap et politique, l'idylle impossible</title>
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		<dc:date>2019-09-03T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Cerna, Cizif</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Absolute Negative</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Cerna et Cizif, ce sont deux rappeurs hors des circuits commerciaux, qui pratiquent leur musique en toute ind&#233;pendance. Cizif est membre du groupe Dialectik Musik et vient de sortir le projet Le Bousier . Cerna a quand &#224; lui sorti son premier album Sur Terre en 2015 . Bref, des passionn&#233;s qui interrogent ici le rapport entre leur pratique et la sph&#232;re politique radicale. *** Cizif : &#171; Le rap, c'est d'la merde, le rap, c'est ma vie... &#187; &#171; &#199;a fait des lustres que je n'ai pas &#233;crit autre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no176-mai-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;176 (mai 2019)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2983 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH257/-1222-afc2b.jpg?1782961978' width='500' height='257' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Absolute Negative
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;erna et Cizif, ce sont deux rappeurs hors des circuits commerciaux, qui pratiquent leur musique en toute ind&#233;pendance. Cizif est membre du groupe Dialectik Musik et vient de sortir le projet Le Bousier &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Album disponible, ainsi que toute sa discographie sur Mix-down.net.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Cerna a quand &#224; lui sorti son premier album &lt;i&gt;Sur Terre&lt;/i&gt; en 2015 &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut guetter ses clips NRBC et Sans rem&#232;de sur YouTube.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Bref, des passionn&#233;s qui interrogent ici le rapport entre leur pratique et la sph&#232;re politique radicale.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Cizif : &#171; Le rap, c'est d'la merde, le rap, c'est ma vie... &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;&#171; &#199;&lt;/petitelettrine&gt;a fait des lustres que je n'ai pas &#233;crit autre chose que des textes de rap. J'ai arr&#234;t&#233; de r&#233;diger des textes politiques au moment o&#249; j'ai d&#233;finitivement d&#233;sesp&#233;r&#233; de l'action militante, aussi radicale soit-elle. Cependant je n'attends plus rien du rap, lequel a &#233;t&#233; dig&#233;r&#233; par l'industrie de la culture. J'aurais m&#234;me tendance &#224; dire qu'il se situe de l'autre c&#244;t&#233; de la barricade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant&lt;/strong&gt;, le rap est au centre de ma vie depuis bient&#244;t vingt ans, notamment pour ce qu'il contient de &#8220;subversif&#8221;. Parce qu'il m'a rendu possible une forme d'expression politique qui me &lt;i&gt;touche&lt;/i&gt;. En m&#234;me temps il correspond aussi &#224; ma frustration de ne pas savoir comment changer les choses. Il comble le vide, il est ersatz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ado&lt;/strong&gt;, je pensais qu'on pouvait agir sur le monde dans une perspective r&#233;volutionnaire en faisant du rap. En bon puriste je voulais combattre sa commercialisation et revenir &#224; ses &#8220;vrais valeurs&#8221; hip-hop &#8211; selon le fameux &#171; &lt;i&gt;keep it real&lt;/i&gt; &#187;. Le &#8220;vrai&#8221; rap ne correspondait en r&#233;alit&#233; qu'&#224; ce que j'y projetais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rap est n&#233; mort-vivant&lt;/strong&gt;. D&#232;s le d&#233;part intrins&#232;quement commercialisable, il a toujours servi de soupape et transmis des normes compatibles avec la soci&#233;t&#233; marchande &#8211; &#224; travers l'approche festive et le culte de la comp&#233;tition notamment &#8211; tout en d&#233;gageant des espaces de vie s'articulant dans une certaine opposition &#224; la culture dominante. Le rap pose la question de la contre-culture, qui intervient l&#224; o&#249; la perspective r&#233;volutionnaire se dissout. Elle est simultan&#233;ment le lieu o&#249; r&#233;siste ce qui vit encore et la tombe o&#249; gisent les d&#233;pouilles des mouvements de lutte d&#233;funts. Pour moi, c'est le sensible qui constitue l'aspect subversif du rap, bien plus que le degr&#233; de radicalit&#233; de ses discours. Ce n'est pas juste un genre de musique que l'on pratique, c'est quelque chose qui &lt;i&gt;se vit&lt;/i&gt;. Il y a deux dimensions : l'approche introspective, sorte d'autoth&#233;rapie exutoire, et la cr&#233;ation de communs, d'espaces publics de communication sensible. Sur les deux plans le sujet peut se formuler ainsi : comment trouver du plaisir dans un univers moribond ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rap &lt;/strong&gt; se d&#233;finissant comme r&#233;volutionnaire est, depuis Public Enemy, un ph&#233;nom&#232;ne marginal. Il s'est d'ailleurs r&#233;pandu tardivement dans les milieux radicaux. Quand on a commenc&#233; &#224; faire des concerts dans les squats, on &#233;tait souvent les seuls. Maintenant il y a en France un v&#233;ritable milieu rap militant, sorte de pendant radicalis&#233; du rap conscient, dans lequel je ne me reconnais pas. Je pr&#233;f&#232;re un bon morceau de&lt;i&gt; gangsta rap &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous-genre du hip-hop ayant &#233;merg&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 1980 aux &#201;tats-Unis. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#224; un morceau de rap militant pourri. D'abord parce que la description d'un quotidien affreux m'affecte plus que la juxtaposition rim&#233;e de slogans, d'autre part parce que je trouve le rap militant g&#233;n&#233;ralement fade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec Dialectik Muzik&lt;/strong&gt;, il nous semblait &#233;vident de faire du rap gratuit. Nous rappons pour le plaisir, pour nous, pour les copains, pour cracher la merde&#8230; Nous avons m&#234;me arr&#234;t&#233; les concerts &#224; une &#233;poque en voyant que la gratuit&#233; ne suffisait pas &#224; emp&#234;cher que notre musique soit &lt;i&gt;consomm&#233;e&lt;/i&gt;. Nous avons recommenc&#233; puis trouv&#233; des complices autour de la plate forme Mix-Down Production. Une dynamique commune s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; travers des &lt;i&gt;mix-tapes&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;open-mics&lt;/i&gt;, des concerts et autres&lt;i&gt; freestyles&lt;/i&gt;. Nous partageons l'amour d'un rap qui vient des tripes et la haine d'un monde qui nous d&#233;truit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'oscille toujours&lt;/strong&gt; entre le m&#233;pris pour mon r&#244;le de rappeur et le besoin de m'accrocher &#224; ce vieux fusil us&#233; que je me tend &#224; moi-m&#234;me et qui me permet de ne pas couler... Parce qu'il me fait du bien. Le rap est un fruit pourri des &#233;checs r&#233;volutionnaires, un repli sur la contre-culture qui s'est tr&#232;s bien int&#233;gr&#233; &#224; la culture dominante. Il y en a pour tous les go&#251;ts, comme sur Netflix, jusqu'&#224; la marchandise pour les petits rebelles. Le rap ne change rien &lt;i&gt;&#224; la&lt;/i&gt; merditude, mais en m&#234;me temps qu'il la renforce, il offre aussi &#224; d'innombrables personnes un exutoire, un semblant de sens. Ce n'est pas rien &lt;i&gt;dans &lt;/i&gt;la merditude&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Cerna : &#171; Toujours &#231;a de pris pour cette voix qu'on n'aurait jamais d&#251; entendre &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;&#171; J&lt;/petitelettrine&gt;'ai beau faire du rap &#233;tiquet&#233; &#8220;conscient&#8221;, je n'en ai jamais attendu grand-chose au niveau politique. Ni en tant qu'auditeur ni en tant que rappeur, je n'ai jamais cru qu'on puisse changer le monde avec de la musique. Encore moins qu'une musique &#8220;alternative&#8221; puisse exister hors le monde, et tout ce qui va avec en termes de domination, marchandisation, idol&#226;trie&#8230; &#192; vrai dire, je n'aime pas le concept d'avant-garde. Les proph&#232;tes et les grands gourous, on en a soup&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ma rencontre&lt;/strong&gt; avec le hip-hop date de bien avant mes premiers engagements politiques, &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; le quartier o&#249; j'ai grandi, St-Blaise (Paris, 20&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;). Nos textes n'&#233;taient pas moins contestataires que la bande-son de l'&#233;poque, mais notre r&#233;volution &#224; nous &#233;tait avant tout musicale et po&#233;tique. Pour moi, la politisation s'est jou&#233;e apr&#232;s, et dans d'autres espaces (contre-sommets, squats&#8230;), des milieux alors herm&#233;tiques &#224; mon courant musical. Cette indiff&#233;rence, je m'en accommodais tr&#232;s bien : ne pas investir mon rapport au rap de trop de consid&#233;ration politique, c'&#233;tait une fa&#231;on de tenir mon kif &#224; l'abri des jugements d&#233;finitifs que j'entendais dans les milieux politis&#233;s. C'&#233;tait aussi un bras d'honneur &#224; cette injonction qui nous &#233;tait faite partout de r&#233;pondre aux crit&#232;res et exigences des non-initi&#233;s pour se voir accorder un tant soit peu de l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis&lt;/strong&gt;, pas mal de choses ont chang&#233; dans la fa&#231;on dont s'entrem&#234;lent rap et politique dans ma vie. Apr&#232;s les &#233;meutes de 2005, les questions politiques et sociales li&#233;es aux quartiers populaires se sont petit &#224; petit impos&#233;es &#224; l'ordre du jour, port&#233;es en partie par une g&#233;n&#233;ration qui a grandi avec le rap pour bande-son. Au d&#233;but, on en blaguait en mode &#8220;le milieu fait les yeux doux au rap pour s'acheter une street-cr&#233;dibilit&#233;&#8221;, mais j'ai vite pig&#233; que c'&#233;tait du s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les plan&#232;tes&lt;/strong&gt; s'alignaient enfin. Ces espaces o&#249; nous tenions nos assembl&#233;es pouvaient aussi accueillir ateliers d'&#233;criture, &lt;i&gt;open-mics &lt;/i&gt;et concerts ! Sans &#231;a, je crois que j'aurais arr&#234;t&#233; la musique depuis longtemps. J'ai rencontr&#233; des complices et un auditoire, ce qui m'a donn&#233; une finalit&#233; et plus d'exigence, dans un cadre pas (trop) oppressif, pas (trop) spectaculaire, pas marchand du tout et en soutien &#224; de justes causes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des &lt;i&gt;blocks parties&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire page III de ce dossier, &#171; Premiers brasiers &#187;, CQFD n&#176;176, mai 2019.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; originelles &#224; nos&lt;i&gt; open-mics&lt;/i&gt; sans fin, une certaine histoire se boucle peut-&#234;tre. Bien que devenu une culture mondiale et un &#233;norme march&#233;, le rap n'en reste pas moins une musique de pirates, avec ses instrumentaux qui agglom&#232;rent des boucles musicales pill&#233;es un peu partout, et sa culture&lt;i&gt; do it yourself&lt;/i&gt;. Pour rapper, il ne faut qu'une voix et une instru, et pour &#233;crire un stylo et du papier. Ni solf&#232;ge ni instrument : difficile d'imaginer une pratique musicale plus partageable...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ni plus solitaire&lt;/strong&gt;. Un texte de rap s'&#233;crit et s'interpr&#232;te seul, &#224; la premi&#232;re personne la plupart du temps &#8211; &lt;i&gt;dans son d&#233;lire&lt;/i&gt;. On se met plus volontiers &#224; nu quand on est face &#224; soi. Le moment de gr&#226;ce, c'est quand cette subjectivit&#233; rencontre son public. Rapper, &#231;a n'est jamais que tenter de fabriquer du commun &#224; partir de nos solitudes et s&#233;parations et du beau avec nos stigmates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui est en jeu&lt;/strong&gt;, c'est &#224; la fois le&lt;i&gt; je&lt;/i&gt; qui &lt;i&gt;nous &lt;/i&gt;concerne et l'alt&#233;rit&#233; qui &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; convoque. Qui parle fort et exige r&#233;paration. Qui en arrache d&#233;j&#224; une, symbolique, en obtenant la parole et l'&#233;coute de l'assembl&#233;e. Toujours &#231;a de pris pour cette voix qu'on n'aurait jamais d&#251; entendre. Quelques complicit&#233;s se tissent, quelques lignes s'ajoutent &#224; notre liste de griefs contre ce monde et quelques poings se l&#232;vent. Le micro tourne, l'&lt;i&gt;open-mic&lt;/i&gt; est mondial. Le rap n'en finit pas d'&#234;tre renouvel&#233; de fond en comble par ses marges, innombrables. Je ne sais pas si c'est politique, mais c'est bouleversant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et si la grande erreur&lt;/strong&gt; des rappeurs conscients &#233;tait d'avoir voulu mettre la po&#233;sie au service de la r&#233;volution quand il fallait mettre la r&#233;volution au service de la po&#233;sie ?&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hommage, plagiat ou d&#233;tournement d'un certain Guy Debord, je vous laisse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Album disponible, ainsi que toute sa discographie sur &lt;a href=&#034;http://mix-down.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mix-down.net&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On peut guetter ses clips &lt;a href=&#034;https://youtu.be/oKaPXklJuog&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;NRBC&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; et &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://youtu.be/BB2bRAXmarc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sans rem&#232;de&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; sur YouTube.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sous-genre du hip-hop ayant &#233;merg&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 1980 aux &#201;tats-Unis. Il fut notamment v&#233;hicul&#233; par des artistes comme Dr. Dre, Tupac et Snoop Dogg, avec des clips souvent remplis d'argent, d'armes et de femmes-objets.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire page III de ce dossier, &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Rap-premiers-brasiers' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Premiers brasiers&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt; n&#176;176, mai 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Hommage, plagiat ou d&#233;tournement d'un certain Guy Debord, je vous laisse seul.e.s juges.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Du blues au rap, m&#233;pris en boucle</title>
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		<dc:date>2019-06-21T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Manu Makak</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;La trap est une d&#233;clinaison du rap, ralentie, tr&#232;s sombre, n&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 2000 du c&#244;t&#233; d'Atlanta et tr&#232;s populaire aux &#201;tats-Unis. Une musique sulfureuse, jou&#233;e &#224; l'origine dans les bo&#238;tes de strip-tease. Et qui voit s'abattre sur elle le m&#234;me genre de m&#233;pris culturel que d'autres musiques noires &#224; leurs d&#233;buts. Retour historique. &#171; C'est pas de la musique ! &#187; Combien de potes trentenaires, hip-hop addicts de la premi&#232;re heure, a-t-on entendu &#233;ructer cette sentence mortelle (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La trap est une d&#233;clinaison du rap, ralentie, tr&#232;s sombre, n&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 2000 du c&#244;t&#233; d'Atlanta et tr&#232;s populaire aux &#201;tats-Unis. Une musique sulfureuse, jou&#233;e &#224; l'origine dans les bo&#238;tes de strip-tease. Et qui voit s'abattre sur elle le m&#234;me genre de m&#233;pris culturel que d'autres musiques noires &#224; leurs d&#233;buts. Retour historique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; C'&lt;/span&gt;&lt;i&gt;est pas de la musique !&lt;/i&gt; &#187; Combien de potes trentenaires, &lt;i&gt;hip-hop addicts &lt;/i&gt;de la premi&#232;re heure, a-t-on entendu &#233;ructer cette sentence mortelle depuis que la &lt;i&gt;trap generation&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Caract&#233;ris&#233;e par une rythmique lente, des phrases r&#233;p&#233;t&#233;es en boucle, des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; venue du sud des &#201;tats-Unis, du &lt;i&gt;Dirty South &lt;/i&gt;si longtemps regard&#233; de haut, a pris le contr&#244;le des &#233;couteurs ? La phrase de vieux con par excellence, qui nous laissait hilares et un peu fi&#233;rots quand les darons tambourinaient &#224; nos portes adolescentes. Darons qui se d&#233;lectaient d'un bon vieux disque de blues, de soul, de rock'n'roll ou de jazz&#8230; oubliant comme les aigris &#224; casquette d'aujourd'hui que ces musiques devenues nobles avec les ans ont toutes &#233;t&#233; frapp&#233;es de la m&#234;me condamnation sans appel lors de leur naissance tapageuse. N&#233;gligeant, surtout, le fait que ce sont les branches du m&#234;me arbre : celui de la musique africaine-am&#233;ricaine, plongeant ses racines dans la souffrance et les luttes de si&#232;cles d'exploitation, de s&#233;gr&#233;gation et de n&#233;gation, une histoire qui b&#233;gaye, des navires n&#233;griers aux ghettos de la Nouvelle-Orl&#233;ans, d'Atlanta, de Houston et d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trap, c'est le dernier bourgeon &#233;clos&#8230; Y voir une d&#233;g&#233;n&#233;rescence, c'est vraiment avoir la m&#233;moire courte. Peu importe que les trappeurs &lt;i&gt;Auto-Tun&#233;s&lt;/i&gt; ne montrent pas suffisamment de respect &#224; Biggie ou KRS One au go&#251;t des gardiens du temple poussi&#233;reux du hip-hop. Tant mieux, m&#234;me, parce que la musique qu'ils pratiquent porte en elle la s&#232;ve de celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e. Dans son esth&#233;tique, mais aussi par les violentes attaques qu'elle suscite.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des work songs aux spirituals&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les premiers esclaves n'avaient pas d'&#226;me, disait-on : c'&#233;taient des outils de chair et de sang, tout au plus du b&#233;tail pour les planteurs du sud qui fond&#232;rent leur puissance sur l'importation &#224; fond de cale de millions de vies, sacrifi&#233;es &#224; la culture du coton, du riz, de la canne. S'ils leur conc&#233;daient le droit de chanter, c'est que &#231;a semblait augmenter le rendement du cheptel ; mais toute m&#233;lancolie ou revendication &#233;tait proscrite &#8211; le ma&#238;tre exigeait des airs gais et des paroles futiles, au tempo contraint par l'effort et la frappe lancinante de l'outil. Ces &lt;i&gt;work songs&lt;/i&gt; furent la premi&#232;re expression des Noirs sur le sol am&#233;ricain. On y trouve d&#233;j&#224; nombre d'&#233;l&#233;ments constitutifs des musiques qui leur succ&#233;deront, du blues &#224; la trap : la litanie incessante du m&#234;me motif m&#233;lodique, la forme du &lt;i&gt;call and response&lt;/i&gt; (le soliste lance une phrase &#224; laquelle le ch&#339;ur r&#233;pond en &#233;cho), un rythme alternant temps fort (le coup de pioche) et temps faible (la respiration)&#8230; et la douleur contenue sous une insouciance de fa&#231;ade. Une musique r&#233;p&#233;titive, et pour cause : elle &#233;pouse ses conditions mat&#233;rielles de production, comme toutes celles qui suivront &#8211; toutes les musiques noires portent le nom des conditions sociales qui les ont fait &#233;clore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile de pr&#233;ciser que les ma&#238;tres n'y ont pas vu de l'art, apanage de l'esp&#232;ce humaine. Il faudra attendre le XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et ce qu'on appelle &#171; le grand r&#233;veil &#187; pour que s'op&#232;re un habile retournement : des &#233;vang&#233;listes venus du Nord am&#232;nent la religion du Blanc aux esclaves ; les Noirs acc&#232;dent alors au statut d'enfants que les Blancs doivent dresser. Si les planteurs finissent par conc&#233;der une &#226;me &#224; leur cheptel, c'est qu'ils y voient le moyen d'apaiser des r&#233;voltes de plus en plus nombreuses, entre &#233;vasions, sabotages et rebellions collectives. La promesse que leur vie de souffrance serait suivie de f&#233;licit&#233; &#233;ternelle dans l'au-del&#224; semblait aider &#224; contenir la col&#232;re des esclaves, &#224; leur faire accepter un sort qui n'&#233;tait apr&#232;s tout que le fruit de la volont&#233; divine. Dans les &#233;glises nouvellement b&#226;ties na&#238;t une version noire des psaumes : les &lt;i&gt;spirituals&lt;/i&gt;. Adress&#233;s &#224; Dieu pour exorciser une peine, nombre d'entre eux &#224; double sens : sous leur inoffensive liturgie se cachent des appels &#224; l'&#233;vasion, au soul&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Blues, jazz, soul...&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1865 que l'&#233;mancipation tant esp&#233;r&#233;e est enfin prononc&#233;e, arrach&#233;e par les capitalistes du Nord &#224; la concurrence d&#233;loyale des planteurs du Sud. L'esclavage est aboli, du moins dans les textes. &#192; leur monstrueuse condition commune succ&#232;de la guerre de tous contre tous : les anciens esclaves se voient contraints de louer leurs corps &#224; prix de mis&#232;re sur les m&#234;mes plantations ou sur des chantiers de construction pharaoniques (digue du Mississippi, chemins de fer, routes). Tr&#232;s vite se mettent en place les lois de s&#233;gr&#233;gation dites &#171; loi de Jim Crow &#187; &#8211; du nom du h&#233;ros des &lt;i&gt;minstrel shows&lt;/i&gt;, ces spectacles itin&#233;rants dans lesquels des Blancs grim&#233;s au charbon singent les Noirs, et leurs chansons, en les d&#233;peignant comme des feignants idiots et lubriques. &#171; L'&#233;mancipation &#187; ne signifie pas la libert&#233;, juste quelques heures de &#171; loisirs &#187; par semaine. Et la solitude. C'est de cette nouvelle condition sociale que va na&#238;tre le &lt;i&gt;blues&lt;/i&gt;, sensation am&#232;re qui s'empare des &#226;mes d&#233;sesp&#233;r&#233;es par cette libert&#233; qui n'en a que le nom. Une musique d'homme seul, qui erre de chantier en plantation, ou bien qui tente sa chance vers le Nord. Ce n'est pas pour autant la fin des &lt;i&gt;work songs&lt;/i&gt;, qui continuent &#224; r&#233;sonner dans tous les lieux de souffrance&#8230; comme les p&#233;nitenciers, vite remplis par les lois contre le vagabondage. Les &lt;i&gt;bluesmen &lt;/i&gt;errent seuls de plantation en plantation, de chantier en camp de travail, de &lt;i&gt;crossroads&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le carrefour, l&#224; ou les routes et les destins se nouent, c&#233;l&#233;br&#233; par le blues.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; en gare de marchandises. C'est la musique de ceux que Dieu a abandonn&#233;s apr&#232;s leur avoir si longtemps d&#233;ni&#233; leur humanit&#233;, et qui le r&#233;pudient ; la musique du Diable. Les Blancs et les classes moyennes noires &#233;mergentes &#8211; initialement surtout constitu&#233;es des affranchis d'avant l'&#233;mancipation (les &#171; &lt;i&gt;N&#232;gres de maison&lt;/i&gt; &#187; stigmatis&#233;s par Malcolm X) et des pasteurs noirs venus du Nord &#8211; n'ont pas de mots assez durs pour d&#233;noncer ce mode de vie impie et sa musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le blues soutenait que le destin des personnes noires,&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;leurs vies et affres quotidiennes &#8220;triviales&#8221; ainsi que ce qu'elles r&#233;v&#233;laient&#8211; leurs d&#233;sirs, leurs ennuis, leurs probl&#232;mes, leurs frustrations, leurs r&#234;ves &#8211; &#233;taient importants, dignes d'int&#233;r&#234;t et d'&#234;tre partag&#233;s en chanson. En mettant l'accent sur l'exp&#233;rience personnelle et la coh&#233;rence de groupe dans le m&#234;me temps, le blues &#233;tait une musique introspective qui insistait sur le sens profond des vies noires.&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Blues et f&#233;minisme noir, Angela Davis, &#233;d. Libertalia.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Angela Davis nous fait sentir combien, dans les musiques africaines-am&#233;ricaines, &#171; Je &#187; est un &#171; On &#187;. La l&#233;gende veut qu'un certain Robert Johnson, musicien errant de &lt;i&gt;juke joints&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cabanes de bord de route o&#249; les travailleurs noirs se retrouvaient pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; en &lt;i&gt;crossroads&lt;/i&gt;, pass&#226;t, un soir d'ivresse mal ma&#238;tris&#233;e, un pacte avec Papa Legba &lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Diable dans la tradition vaudoue.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; : il vendit son &#226;me contre le g&#233;nie qui a fait de lui le p&#232;re du &lt;i&gt;blues&lt;/i&gt;. Il fut &#224; l'&#233;poque fustig&#233; pour son manque de conscience collective (par un Nord ignorant du r&#233;gime de la s&#233;gr&#233;gation), pour sa c&#233;l&#233;bration des &#233;tats seconds provoqu&#233;s par l'abus de substances prohib&#233;es &#8211; &#224; commencer par l'alcool, &#224; l'&#233;poque &#8211;, des femmes de &#171; mauvaise vie &#187; et aussi pour l'obsession de l'argent mal gagn&#233; et si vite d&#233;pens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le blues &#233;tait sexiste, individualiste, geignard ; c'&#233;tait toujours la m&#234;me chose, tant dans sa musique que dans ses paroles, toutes deux rudimentaires. Les m&#234;mes accords en boucle, les m&#234;mes th&#232;mes grivois rab&#226;ch&#233;s jusqu'&#224; la naus&#233;e. C'est du moins ce qu'en disaient ceux &#224; qui il ne s'adressait pas. Le &lt;i&gt;jazz&lt;/i&gt; issu du march&#233; aux esclaves de Congo Square (Nouvelle-Orl&#233;ans) subira le m&#234;me d&#233;go&#251;t ; la &lt;i&gt;soul&lt;/i&gt;, mariage impie de la musique du Diable et de celle de Dieu menait tout droit aux enfers ; le &lt;i&gt;funk &lt;/i&gt;(du nom de la sueur qui couvre le corps des amant.e.s) n'&#233;tait qu'ind&#233;cence. Quant au&lt;i&gt; hip-hop&lt;/i&gt;, il volait, effront&#233;ment. Il fallait apposer un avertissement parental sur chaque disque, pour pr&#233;venir les familles pavillonnaires du danger qui guettait les t&#234;tes blondes converties aux symphonies du ghetto. La vie est un &lt;i&gt;sample&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait d'un enregistrement d'un autre musicien copi&#233; et r&#233;utilis&#233;.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte de Manu Makak&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;i&gt;L'histoire en plus long et en musique : &lt;a href=&#034;http://blackmir.blogspot.com)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blackmir.blogspot.com&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Illustration d'Olivier Monthaye&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://rimrimrim.fr)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rimrimrim.fr&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Caract&#233;ris&#233;e par une rythmique lente, des phrases r&#233;p&#233;t&#233;es en boucle, des &lt;i&gt;ad-libs&lt;/i&gt; (voix en retrait) qui r&#233;pondent &#224; la voix principale, des th&#233;matiques centr&#233;es sur la drogue, l'argent &#171; facile &#187; et le sexe, la trap tient son nom de la &lt;i&gt;trap house&lt;/i&gt;, o&#249; le dealer coffre armes, drogues et argent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le carrefour, l&#224; ou les routes et les destins se nouent, c&#233;l&#233;br&#233; par le blues.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Blues et f&#233;minisme noir&lt;/i&gt;, Angela Davis, &#233;d. Libertalia.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cabanes de bord de route o&#249; les travailleurs noirs se retrouvaient pour boire, danser et baiser.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le Diable dans la tradition vaudoue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Extrait d'un enregistrement d'un autre musicien copi&#233; et r&#233;utilis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Femmes du jazz</title>
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&lt;p&gt;La lecture, en tant qu'homme, de Femmes du jazz &#8211; Musicalit&#233;s, f&#233;minit&#233;s, marginalisations de la sociologue Marie Buscatto vous apprend des choses sur le milieu du jazz fran&#231;ais &#8211; aussi. On y apprend surtout sur soi, homme hors du jazz. Sur les barri&#232;res qu'on impose sans y penser, les violences qu'on exerce par habitude. *** &#171; Je l'ai dit souvent et je le r&#233;p&#232;te : &#8220;O&#249; sont mes s&#339;urs ?&#8221; &#187; Jo&#235;lle L&#233;andre, contrebassiste *** Le point de d&#233;part de Marie Buscatto pourrait suffire : dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La lecture, en tant qu'homme, de &lt;i&gt;Femmes du jazz &#8211; Musicalit&#233;s, f&#233;minit&#233;s, marginalisations&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233; en 2008 aux &#233;ditions CNRS, puis r&#233;&#233;dit&#233; en 2018.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de la sociologue Marie Buscatto vous apprend des choses sur le milieu du jazz fran&#231;ais &#8211; aussi. On y apprend surtout sur soi, homme hors du jazz. Sur les barri&#232;res qu'on impose sans y penser, les violences qu'on exerce par habitude.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2953 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH428/-1193-c4baa.jpg?1782641314' width='400' height='428' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Je l'ai dit souvent et je le r&#233;p&#232;te : &#8220;O&#249; sont mes s&#339;urs ?&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;Jo&#235;lle L&#233;andre, contrebassiste&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; voix basse, entretiens avec Franck M&#233;dioni, &#233;d. MF, 2013.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e point de d&#233;part de Marie Buscatto pourrait suffire : dans le monde du jazz professionnel, de cette musique que l'on penserait plus libre que d'autres, seulement 8 % de femmes. Avec &#171; une double s&#233;gr&#233;gation &#187;. 1) horizontale &#8211; il y a des emplois masculins et des emplois f&#233;minins : les instrumentistes sont surtout des hommes (96 %), alors que les chanteur.se.s sont surtout des femmes (65 %). 2) verticale &#8211; ce sont les hommes qui font carri&#232;re, les femmes se dirigeant en majorit&#233; vers des emplois subalternes. Quand elles n'abandonnent pas le milieu, elles occupent finalement des r&#244;les de soutien (faire de la communication pour des artistes masculins, g&#233;rer les concerts et la carri&#232;re d'hommes, se charger des enfants). Si elles continuent &#224; jouer en amatrices, elles diversifient leurs revenus, en enseignant la musique ou en jouant dans d'autres registres &#8211; rock, vari&#233;t&#233;s, spectacles pour enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un d&#233;tour&lt;/strong&gt; par la musique classique, Buscatto valide le terme de &#171; s&#233;gr&#233;gation &#187; : des diff&#233;rences fond&#233;es non pas sur la qualit&#233; de la musique jou&#233;e, mais sur le genre. Aux &#201;tats-Unis, le nombre de femmes recrut&#233;es dans les orchestres a augment&#233; de 30 % apr&#232;s les auditions en paravent &#8211; les musicien.ne.s jouent sans &#234;tre vu.e.s, et ne sont donc jug&#233;.e.s que pour leur performance technique et artistique. Dans &lt;i&gt;Femmes du jazz, &lt;/i&gt;ce qu'on apprend des logiques de domination, on le pressent d&#233;j&#224;, ailleurs. Un esprit de corps, bien masculin, qui n'aime pas &#234;tre entrav&#233;, bouscul&#233;. Qui ne fait rien, et qui donc fait tout pour que rien ne change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les jazzmen&lt;/strong&gt; reprochent aux chanteuses de rabaisser leur art. Loin de l'image mythologique des (rares) divas du jazz (Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Sarah Vaughan, etc.), le chant reste m&#233;pris&#233; des instrumentistes. Malgr&#233; tout le travail qu'elle demande, malgr&#233; les &#233;tudes qui montrent qu'il s'agit bien d'un &lt;i&gt;&#171; instrument &#224; vents et &#224; cordes &#187;, &lt;/i&gt;d'une &lt;i&gt;&#171; machinerie complexe &#187; &lt;/i&gt;socialement et techniquement construite&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claire Gillie-Gilbert &#171; &#8220;Et la voix s'est faite chair&#8230;&#8221; Naissance, essence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, la voix reste rel&#233;gu&#233;e &#224; un don, d'une facilit&#233; toute instinctive. &lt;i&gt;&#171; La voix, c'est naturel &#187;&lt;/i&gt;, disent les jazzmen rencontr&#233;s par Marie Buscatto. Il suffirait pourtant d'&#233;couter les gammes d'une artiste jazz comme Youn Sun Nah pour r&#233;viser un tel jugement. Et ces messieurs de reprocher aux chanteuses de leur imposer une transposition des partitions, un changement de tonalit&#233; plus proche de celles de la voix que des vibrations d'un sax t&#233;nor ou d'une trompette. Comme un refus m&#226;le et obstin&#233; de s'adapter aux modalit&#233;s du chant, et donc des chanteuses. Un refus, au final, de c&#233;der sa place : on pourra s'effacer le temps d'un solo de batterie ou de trompette, on rechignera &#224; se caler sur la voix. La cour d'&#233;cole n'est pas si loin : on ne joue pas avec les filles. Le &#171; vrai &#187; jazz se joue ailleurs, entre instrumentistes. Entre mecs. Pour Buscatto, on retrouve ici la prolongation de st&#233;r&#233;otypes sociaux genr&#233;s dans la musique : le chant est du c&#244;t&#233; de la parole, de la relation, de la communication (femmes). L'instrument dans celui de la technique, de la cr&#233;ativit&#233;, de la virtuosit&#233; (hommes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus avant&lt;/strong&gt;, la sociologue r&#233;v&#232;le des motifs ext&#233;rieurs &#224; la musique m&#234;me. Les musiciens ont en effet tendance &#224; imposer une injonction contradictoire aux femmes, comme c'est le cas ailleurs. Ne te mets pas trop en avant comme chanteuse, au centre de la sc&#232;ne, puisque tu n'es pas musicienne. Mais ne sois pas trop effac&#233;e comme chanteuse, sois plus musicienne. Paradoxe incapacitant et r&#233;pressif : elles se retrouvent &#224; &lt;i&gt;&#171; &#234;tre incit&#233;es &#224; s'exprimer de mani&#232;re &#8220;f&#233;minine&#8221; et se voir d&#233;nigr&#233;es professionnellement de ce fait ; se comporter de mani&#232;re &#8220;masculine&#8221; et se voir d&#233;valoris&#233;es pour leur manque de &#8220;f&#233;minit&#233;&#8221; &#187;&lt;/i&gt;. Au final, c'est au moins cela qui se confirme sur la place des femmes dans le monde (du jazz) : elles doivent en permanence se positionner par rapport aux d&#233;finitions fig&#233;es des conventions masculines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tandis que la musique&lt;/strong&gt; jou&#233;e par des hommes se veut universelle, pr&#233;tendument d&#233;nu&#233;e d'ambigu&#239;t&#233; genr&#233;e, de dimensions subjectives extra-artistiques ou de sensiblerie non technicienne, les notes jou&#233;es par une femme portent en elles le soup&#231;on. Celui de chercher &#224; envo&#251;ter le public, les programmateurs, les critiques &#8211; l'homme &#8211;, celui d'user de leurs charmes non musicaux pour briller. Dans les faits, observe la sociologue, les rapports de s&#233;duction sont tout autres. C'est bien plut&#244;t les hommes qui m&#233;langent pratique artistique et possibilit&#233; de drague, jeux de sc&#232;ne et &#233;rotisation des situations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les filles saxophonistes&lt;/strong&gt; que j'ai rencontr&#233;es apr&#232;s la lecture de &lt;i&gt;Femmes de jazz &lt;/i&gt;en ont fait l'exp&#233;rience. Camille : &lt;i&gt;&#171; Sans faire de g&#233;n&#233;ralit&#233;s, il arrive que les musiciens soient sympas, en sortant de jam par exemple, ils viennent te dire que tu joues bien. Au d&#233;but, t'es na&#239;ve, merci c'est cool, et puis parfois tu te rends compte que tout ce qui se joue l&#224;, c'est de la drague. Donc en grandissant, sans vraiment t'en rendre compte, tu mets des radars ! Je suis une personne avec un corps comme tout le monde, &#231;a fait partie de qui je suis, mais quand on m'appelle pour jouer, je n'ai pas envie que ce soit pour mes nibards, seulement pour la musique. Quand t'es un gars, il y a moins de doute : on t'appelle pour un concert, tu sais pourquoi t'y vas &#8211; jouer de la musique. &#187; &lt;/i&gt;Cathy : &lt;i&gt;&#171; Dans le programme d'un festival consacr&#233; aux femmes, tu trouvais par exemple des peintures de femmes d&#233;v&#234;tues face aux biographies des musiciennes. Pourquoi ? Quel rapport avec la musique ? Et pourquoi uniquement quand il s'agit de nanas ? &#187; &lt;/i&gt;L&#224; o&#249; les hommes, souvent n&#233;glig&#233;s, ne r&#233;fl&#233;chissent pas &#224; leur tenue lors de concerts ou des jams, les femmes s'interrogent sur leur fringues, trop, pas assez f&#233;minines&#8230; ? Camille : &lt;i&gt;&#171; Je me suis longtemps habill&#233;e sans mettre de jupe ! Ce n'est pas toujours &#233;vident quand on &#233;volue dans un milieu masculin de grandir et de s'&#233;panouir pleinement en tant que femme. Je voulais qu'on me voit comme saxophoniste, pas comme femme. De mani&#232;re inconsciente, s&#251;rement, tu essaies toujours de te mettre &#224; &#233;galit&#233;, tu veux &#234;tre comme les gars qui jouent &#224; c&#244;t&#233; de toi. M&#234;me si, &#233;videmment, la f&#233;minit&#233; ne se r&#233;sume pas aux jupes, c'est une invisibilisation de son corps de femme. On est oblig&#233;es de bien montrer qu'on &#8220;n'essaie pas&#8221; de s&#233;duire. &#187; &lt;/i&gt;&#192; tel point que pour toute femme qui cherche &#224; continuer son &#233;volution dans la musique, &lt;i&gt;&#171; quel que soit leur capital s&#233;duction et les usages plus ou moins &#8220;f&#233;minins&#8221; de leurs corps, un apprentissage fondamental se r&#233;alise ainsi au cours du temps : fermer la s&#233;duction &#187;&lt;/i&gt;, note Marie Buscatto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que disent ces femmes &lt;/strong&gt;parle au-del&#224; du jazz, r&#233;sonne avec la vie de n'importe quel collectif, n'importe quelle situation sociale. C'est la puissance du travail de Marie Buscatto, et celle des instrumentistes rencontr&#233;es au cours de cette lecture. Camille : &lt;i&gt;&#171; Ceux qui persistent dans le jazz, homme ou femme, ont men&#233; leur barque, cr&#233;&#233; leur groupe, pouss&#233; leur art avec une passion qui ne fait pas de doute en bossant et en y croyant sans se d&#233;courager. Peut-&#234;tre malgr&#233; tout que, quand tu es une femme, tu dois encore plus prouver de choses pour y arriver ! &#187; &lt;/i&gt;De l&#224;, quelle marge d'action &#8211; ou d'inaction &#8211; pour les hommes ? Cathy : &lt;i&gt;&#171; Il s'agit d'h&#233;ritages. Des choses dont on ne se rend souvent pas compte au moment o&#249; on les vit. Pour aller contre, il faut &#234;tre vigilant tout le temps. Que les mecs apprennent &#224; &#233;couter et &#224; composer, autant entre eux qu'avec des femmes. Nous les femmes, on peut avoir tendance &#224; &#234;tre plus timides, &#224; moins l'ouvrir pour donner du poids &#224; ce qu'on fait. On nous a plus appris &#224; ne pas nous valoriser. Dans les formations que je donne, j'observe que les mecs sont g&#233;n&#233;ralement plus s&#251;rs d'eux, d&#232;s l'enfance. Ce qui m'int&#233;resse alors, c'est le moment o&#249; chacun.e va pouvoir prendre la parole, d&#233;cider d'un geste musical, d'un choix au sein du groupe. Faire que l'ensemble cr&#233;e une musique o&#249; chacun.e a sa place. Moi, je sers de m&#233;diatrice pour trouver une esp&#232;ce d'autor&#233;gulation dans le groupe. Faire &#233;merger l'&#233;coute au del&#224; des r&#233;partitions genr&#233;es, et que cela donne une cr&#233;ation commune. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Publi&#233; en 2008 aux &#233;ditions CNRS, puis &lt;a href=&#034;http://www.cnrseditions.fr/sociologie/7604-femmes-du-jazz.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;&#233;dit&#233;&lt;/a&gt; en 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#192; voix basse&lt;/i&gt;, entretiens avec Franck M&#233;dioni, &#233;d. MF, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Claire Gillie-Gilbert &#171; &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ethnomusicologie/71&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#8220;Et la voix s'est faite chair&#8230;&#8221; Naissance, essence du geste vocal&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Cahiers de musiques traditionnelles&lt;/i&gt;, 2001, cit&#233;e par Marie Buscatto.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Parce que c'est notre transe</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Parce-que-c-est-notre-transe</link>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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		<dc:subject>Titi attaque</dc:subject>
		<dc:subject>musiciens gitans</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec une vingtaine de disques au compteur, Titi Robin a frott&#233; ses cordes aux rythmes gitans, arabes et indiens. De passage &#224; Perpignan, il a renou&#233; le temps d'un concert avec le clan Saadna des Rumberos catalans. La rumba gitane comme transe d'autod&#233;fense. *** Quand on lui demande s'il a vu l'&#233;tat du quartier gitan de Perpignan (que la mairie tente de vider en d&#233;truisant moult immeubles ), Thierry &#171; Titi &#187; Robin r&#233;pond simplement : &#171; Oui. C'est la guerre. &#187; On se lance dans une s&#233;quence (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec une vingtaine de disques au compteur, Titi Robin a frott&#233; ses cordes aux rythmes gitans, arabes et indiens. De passage &#224; Perpignan, il a renou&#233; le temps d'un concert avec le clan Saadna des Rumberos catalans. La rumba gitane comme transe d'autod&#233;fense.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2754 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH506/-1010-229e1.jpg?1782641244' width='400' height='506' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Juliette Barban&#232;gre
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand on lui demande s'il a vu l'&#233;tat du quartier gitan de Perpignan&lt;/strong&gt; (que la mairie tente de vider en d&#233;truisant moult immeubles&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Tentative de putsch &#224; la place du Puig &#187;, CQFD n&#176; 168, septembre 2018.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;), Thierry &#171; Titi &#187; Robin r&#233;pond simplement : &#171; &lt;i&gt;Oui. C'est la guerre.&lt;/i&gt; &#187; On se lance dans une s&#233;quence d'humour noir : au fond l'id&#233;al pour la mairie serait de larguer une bombe qui d&#233;truise toute vie sur place et laisse l'habitat intact. Une gentrification par tabula rasa. Titi ne sourit pas. Il se souvient : &#171; &lt;i&gt;J'ai vu &#231;a au Liban. Je me souviens d'une poussi&#232;re blanche dans les maisons vides. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Musicien itin&#233;rant&lt;/strong&gt; &#8211; il joue de la guitare, du bouzouki et du oud &#8211;, Titi Robin inscrit sa d&#233;marche dans le rebours de l'historique migration rom : des rives m&#233;diterran&#233;ennes jusqu'au nord de l'Inde. En 1993, il sort le disque &lt;i&gt;Gitans&lt;/i&gt; en compagnie des Rumberos catalans (musiciens gitans perpignanais), du guitariste andalou Paco El Lobo, du souffleur breton Bernard Subert, du percussionniste d'origine marocaine Karim Sami et de la danseuse du Rajasthan Gulabi Sapera. De Los Angeles &#224; Tokyo en passant par Johannesburg et Oslo, ce combo h&#233;t&#233;roclite parcourt le monde pendant plusieurs ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vingt-cinq ans apr&#232;s&lt;/strong&gt;, l'histoire tisse son &#233;pilogue le temps d'un unique concert le 9 octobre avec un une formation recentr&#233;e autour des Gitans perpignanais. Dans le quartier historique de Saint-Jacques o&#249; vit une partie de la communaut&#233;, les pelleteuses de la mairie ont cess&#233; la mise &#224; bas des immeubles. Les r&#233;unions de &#171; conciliation &#187; chapeaut&#233;es par le pr&#233;fet se suivent et cultivent leur point mort. Titi : &#171; &lt;i&gt;Je viens d'Angers o&#249; il y a peu, des gens modestes occupaient encore le vieux centre-ville. Les promoteurs ont tout retap&#233; et envoy&#233; les pauvres en p&#233;riph&#233;rie de la ville. C'est une histoire assez universelle. &#192; Perpignan, c'est plus embl&#233;matique parce que la communaut&#233; gitane a une forte identit&#233;. Les gens qui nous dirigent ne se rendent pas compte. La soci&#233;t&#233; ne peut que payer en retour ce genre de sacrifice.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une pieuvre aux percussions&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#232;s que le m&#233;diator de Titi attaque les cordes du bouzouki&lt;/strong&gt;, il y a comme une l&#233;vitation qui vous colle les tripes au plafond. Le musicien brode une s&#233;rie de fioritures &#233;ph&#233;m&#232;res, &#233;claboussures de m&#233;tal qui jaillissent en escarbilles. Puis surgit la voix de Roberto Saadna : &#171; &lt;i&gt;Cuando la vi...&lt;/i&gt; &#187; &#8211; un chant de poitrine, tout en expectoration, bourr&#233; de vibrato &#8211; &#171; &lt;i&gt;&#8230; por primera vez...&lt;/i&gt; &#187; Et tandis que Roberto &#233;voque un tue-t&#234;te &#224; gorge d&#233;ploy&#233;e, Mambo Saadna l'encourage la main ouverte, le pousse dans ses derniers retranchements. Titi attaque alors un riff qui annonce la couleur. Cul pos&#233; sur son caj&#243;n, le percussionniste br&#233;silien Z&#233; Luis envoie ses doigts frapper la peau d'un daf&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le caj&#243;n est une percussion andine, le daf est un tambour originaire de Perse.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; coinc&#233; entre ses genoux. Ce type est une pieuvre. Francis, indig&#232;ne musette, harponne le clavier de son soufflet &#224; bretelles. La locomotive des &lt;i&gt;palmas &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claquement de mains qui rythme la musique.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; balance son train d'enfer. Le morceau d&#233;colle. On est tous clou&#233;s quelque part. Punais&#233;s comme une collection de papillons b&#233;ats. Et &#231;a va durer presque deux heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus t&#244;t, dans l'apr&#232;s-midi&lt;/strong&gt;, Titi nous avait expliqu&#233; le fonctionnement organique de ses diff&#233;rentes familles musicales : &#171; &lt;i&gt;La musique est le reflet de ce qu'on vit. Certains peuvent zapper l'aspect humain pour se concentrer sur le c&#244;t&#233; professionnel ; chez moi c'est pas possible. Si je ne suis pas bien avec quelqu'un, je ne peux pas jouer avec. Avec les musiciens qui m'ont accompagn&#233;, on a travers&#233; des affrontements, appris &#224; devenir proches. Une famille d'autant plus li&#233;e qu'il a fallu faire tomber des pr&#233;jug&#233;s : les Gitans catalans avaient des &lt;/i&gt;a priori&lt;i&gt; sur les Gitans andalous ou sur le musicien parisien, etc. Il s'est construit quelque chose. Une sorte d'&#238;le. Exceptionnelle.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mort aux &#233;tiquettes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment en est-il arriv&#233; &#224; fureter si jeune&lt;/strong&gt; du c&#244;t&#233; des musiques orientales ou gitanes ? Le guitariste marque un temps d'arr&#234;t comme s'il &#233;tait &#233;tonn&#233; qu'on lui pose toujours la m&#234;me question. Au temps de son adolescence, les zicos de son acabit reprenaient les standards du blues, du rock ou du reggae. &#171; &lt;i&gt;Mais ils ne connaissaient aucun Am&#233;ricain ni Jama&#239;cain ni bluesman de Louisiane. C'&#233;tait juste parce que la radio, la t&#233;l&#233; et le cin&#233;ma leur disaient :&lt;/i&gt; &#8220; Voil&#224; la musique moderne et branch&#233;e du moment. &#8221; &lt;i&gt;J'ai grandi avec des Arabes et des Gitans, des orientaux et des Fran&#231;ais mais c'est toujours &#224; moi qu'on demande pourquoi je joue cette musique-l&#224;. Tout est parti d'une exp&#233;rience humaine. J'&#233;coutais aussi les Beatles mais j'ai jamais rencontr&#233; de rockeur de Liverpool. Par contre, si je cherchais un percussionniste, les meilleurs &#233;taient autour de moi. Chez les Berb&#232;res marocains. Demandez plut&#244;t aux autres pourquoi ils jouent du jazz, du rock ou du reggae. Ces musiques ne viennent pas d'ici. Tandis que chez moi, c'est mon v&#233;cu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;World music, musiques ethniques, fusion&lt;/strong&gt;. L'homme a une sainte horreur des &#233;tiquettes. Et des assignations g&#233;ographiques. Quand bien m&#234;me il serait le premier &#224; dire que sa musique est avant tout&#8230; fran&#231;aise ! &#171; &lt;i&gt;Je joue sur une guitare manouche Di Mauro. Comme je joue aussi du oud, je me sers d'un m&#233;diator et mon jeu s'est li&#233; aux musiques gitanes du Sud : le flamenco et la rumba. Du coup si je suis aux &#201;tats-Unis par exemple, je dis que mon style est purement fran&#231;ais : la guitare manouche du nord de la France alli&#233;e au style rumba du sud. &#199;a ne peut arriver qu'en France ! Bien s&#251;r, c'est irrecevable de dire &#231;a dans les m&#233;dias mais faut que les gens enl&#232;vent leurs lunettes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand on lui parle m&#233;tissage&lt;/strong&gt;, le guitariste sourit poliment et parle de Vincent Van Gogh. Voil&#224; un Hollandais qui, pour construire son &#339;uvre, est all&#233; chercher sa lumi&#232;re en Provence et ses formes dans des estampes japonaises. &#171; &lt;i&gt;On n'a jamais dit de Van Gogh qu'il avait m&#233;tiss&#233; des influences japonaise et proven&#231;ale. &#199;'aurait &#233;t&#233; ridicule ! On dit juste que c'est un grand peintre avec son propre langage. Le m&#233;tissage n'a aucune importance dans mon processus de cr&#233;ation. Je pars de moi pour arriver &#224; un langage que je vais partager avec les autres. La source de mon inspiration est li&#233;e &#224; une culture m&#233;diterran&#233;enne en lien avec le nord de l'Inde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Modernit&#233; m&#233;diterran&#233;enne&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La M&#233;diterran&#233;e.&lt;/strong&gt; Le guitariste n'a de cesse de vouloir en rapprocher les rives. L'homme y recherche les traces d'un vieux courant homog&#232;ne o&#249; se m&#234;lent po&#233;sie, philosophie et musique. &#171; &lt;i&gt;On retrouve les traces du flamenco dans les ghazal&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Genre po&#233;tique n&#233; en Perse au Xe si&#232;cle puis d&#233;velopp&#233; en Inde au XIIe si&#232;cle.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;i&gt;de la Turquie ou du nord de l'Inde. Il y a l&#224; une esth&#233;tique, un tronc commun qui n'est ni du m&#233;tissage, ni de la fusion. Juste une vieille histoire que je r&#233;active. Je ne fais pas de hi&#233;rarchie entre les cultures musicales mais je m'interroge sur leur instrumentalisation politique. J'ai fait un disque avec Mehdi Nassouli, jeune musicien gnawa du Maroc. Sorte de blues, mais sans traverser l'Atlantique, uniquement en rapprochant les rives sud et nord de notre M&#233;diterran&#233;e. Fran&#231;ais et Marocains, on a grandi ensemble, on est li&#233;s. Il peut se passer des choses modernes dans nos &#233;changes tout en respectant nos anciens et nos cultures respectives. Les jeunes tent&#233;s par l'int&#233;grisme ont &#233;t&#233; convaincus par la culture dominante que la modernit&#233; ne peut &#234;tre qu'occidentale. Du coup, si elle ne convient pas, il faut revenir &#224; l'&#233;poque du proph&#232;te. Comme s'il n'y avait pas d'alternatives&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Il peut y avoir une modernit&#233; m&#233;diterran&#233;enne. &#192; nous de l'inventer et d'&#233;chapper &#224; ce cadre de guerre des civilisations. Je viens de la campagne, d'un milieu modeste et mes valeurs sont tr&#232;s proches des gens du quartier Saint-Jacques &#224; Perpignan. Pour moi, c'est un tr&#233;sor.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; la fin du concert&lt;/strong&gt;, des adolescentes gitanes sont invit&#233;es &#224; danser sur sc&#232;ne. Une partie du public, happ&#233;e par la fi&#232;vre, s'est lev&#233;e et coll&#233;e &#224; l'estrade. &#201;ph&#233;m&#232;re communion o&#249; barri&#232;res sociales et raciales volent en &#233;clat. Titi avait pr&#233;venu : &#171; &lt;i&gt; C'est nous &#231;a, c'est notre transe. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Navarro&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Tentative-de-putsch-a-la-place-du' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Tentative de putsch &#224; la place du Puig&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 168, septembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le caj&#243;n est une percussion andine, le daf est un tambour originaire de Perse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Claquement de mains qui rythme la musique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Genre po&#233;tique n&#233; en Perse au X&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle puis d&#233;velopp&#233; en Inde au XII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les trompettes de Babylone</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-trompettes-de-Babylone</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Les-trompettes-de-Babylone</guid>
		<dc:date>2018-07-24T08:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Legars</dc:creator>


		<dc:subject>Caroline Sury</dc:subject>
		<dc:subject>Bouquin</dc:subject>
		<dc:subject>discours</dc:subject>
		<dc:subject>musique</dc:subject>
		<dc:subject>musique d'ambiance</dc:subject>
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		<dc:subject>L'espace sonore</dc:subject>
		<dc:subject>Burris-Meyer</dc:subject>
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		<dc:subject>discours scientifique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Juliette Volcler, camarade de la n&#233;buleuse CQFD, vient de commettre un nouvel ouvrage : Contr&#244;le. Comment s'inventa l'art de la manipulation sonore (&#233;d. La D&#233;couverte &#8211; La Rue musicale). Elle y d&#233;taille l'histoire d'Harold Burris-Meyer, anonyme nuisible &#224; qui l'on doit des usages du son dans l'industrie, la guerre... CQFD : On a du mal &#224; cerner ce Burris-Meyer... &#201;tait-il uniquement un savant fou, passionn&#233; par ses recherches, ou portait-il un discours politique ? Juliette Volcler : Il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Caroline-Sury" rel="tag"&gt;Caroline Sury&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/discours" rel="tag"&gt;discours&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Juliette Volcler, camarade de la n&#233;buleuse &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, vient de commettre un nouvel ouvrage : &lt;i&gt;Contr&#244;le. Comment s'inventa l'art de la manipulation sonore&lt;/i&gt; (&#233;d. La D&#233;couverte &#8211; La Rue musicale). Elle y d&#233;taille l'histoire d'Harold Burris-Meyer, anonyme nuisible &#224; qui l'on doit des usages du son dans l'industrie, la guerre...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2505 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH279/-771-33ec7.jpg?1782651560' width='400' height='279' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : On a du mal &#224; cerner ce Burris-Meyer... &#201;tait-il uniquement un savant fou, passionn&#233; par ses recherches, ou portait-il un discours politique ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Juliette Volcler :&lt;/strong&gt; Il &#233;tait parfaitement conscient de la port&#233;e politico-sociale de son travail, et &#339;uvrait pour des institutions dans lesquelles il avait confiance. Il &#233;tait patriote, convaincu que son pays ne pouvait faire que le bien. Il a &#233;t&#233; soutenu par un membre de la fondation Rockefeller, qui finan&#231;ait certains de ses travaux, que les d&#233;mocraties devaient se d&#233;p&#234;cher de ma&#238;triser les technologies de manipulation des masses avant que les dictatures ne s'en emparent... Le fait qu'il consid&#232;re sa recherche de facto comme l&#233;gitime et n&#233;cessaire lui a permis de faire sauter toutes les limites &#233;thiques. Il &#233;tait en qu&#234;te, non pas du pouvoir absolu, mais du contr&#244;le absolu. Il r&#234;vait d'un paradis acoustique, belle m&#233;taphore d'un ordre social toujours capitaliste, d&#233;barrass&#233; de toute conflictualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment se fait-il qu'il soit si m&#233;connu ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; soutenu par nombre d'institutions, mais il n'a pas &#233;t&#233; pris au s&#233;rieux par tout le monde, son apport scientifique ayant &#233;t&#233; r&#233;guli&#232;rement remis en question. Mais s'il a travaill&#233; aussi longtemps sur le son, c'est qu'il &#233;tait port&#233; par les r&#234;ves de manipulation des structures qui le finan&#231;aient. Cela dit, il dispose d'une vraie reconnaissance dans le domaine pr&#233;cis de l'acoustique au th&#233;&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme n'&#233;tait pas forc&#233;ment exceptionnel : il existe des centaines de milliers de Burris-Meyer. Mais c'&#233;tait un employ&#233; du syst&#232;me capitaliste qui a servi fid&#232;lement, un rouage satisfait de son r&#244;le, il &#233;tait au bon endroit au bon moment. C'est ce qui est int&#233;ressant chez lui : ses inventions sont douteuses, ses r&#233;sultats sp&#233;cieux, mais il a particip&#233; &#224; construire le discours scientifique d'une &#233;poque, a fait le lien entre le comportementalisme, l'industrie culturelle et l'arm&#233;e. Il a transmis une fa&#231;on de concevoir le son qui est toujours en vigueur aujourd'hui : un outil de contr&#244;le des foules. On est en plein dedans, au cin&#233;ma, dans la d&#233;fense avec le d&#233;veloppement des armes acoustiques, avec le marketing sonore...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le marketing sonore ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, par exemple l'introduction de logos sonores dans l'espace public. Ou encore la musique d'ambiance. Burris-Meyer a &#233;t&#233; un des premiers aux &#201;tats-Unis &#224; tenir un discours scientifique sur l'efficacit&#233; de la musique d'ambiance. Il consid&#233;rait le son comme un outil disciplinaire, la musique d'ambiance comme un moyen pour augmenter la productivit&#233;. Selon les &#233;tudes brandies par les soci&#233;t&#233;s fournissant de la musique d'ambiance, toujours questionnables, elle peut inciter &#224; acheter d'avantage, &#224; travailler en rythme. Le pouvoir de la musique est surtout d'&#233;noncer un discours. Elle peut notamment d&#233;signer des ind&#233;sirables : dans un magasin, une musique forte, avec un rythme de bo&#238;te de nuit fait comprendre que les plus de 40 ans ne sont pas les bienvenus. A contrario, un parc public belge a d&#233;cid&#233; de diffuser de la musique classique pour signifier aux jeunes d'aller ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que lui doit-on dans le domaine militaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a, par exemple, permis l'am&#233;lioration de la diffusion du son par voie a&#233;rienne, sans quoi les tactiques militaires de harc&#232;lement sonore lors de la guerre du Vietnam n'auraient pas pu &#234;tre institu&#233;es. Si beaucoup de ses recherches ont &#233;chou&#233;, il y a eu un cadre conceptuel mis en place &#224; cette &#233;poque, lequel aboutit aujourd'hui aux LRAD (des alarmes directionnelles de tr&#232;s forte intensit&#233;) ou &#224; l'usage assum&#233; du son comme moyen de torture dans les prisons de la CIA. Je vois une g&#233;n&#233;alogie entre les id&#233;es et les techniques d&#233;velopp&#233;es &#224; l'&#233;poque, et les usages qui existent aujourd'hui. Le substrat comportementaliste sur lequel Burris-Meyer a b&#226;ti toute sa recherche, c'est-&#224;-dire l'objectif de &#171; pr&#233;dire et contr&#244;ler le comportement &#187;, n'a jamais &#233;t&#233; remis en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le son comme outil de manipulation a-t-il un &#171; bel &#187; avenir devant lui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace sonore fait figure de nouvel eldorado pour un certain nombre d'acteurs. Dans un futur pas si lointain, une d&#233;ambulation sur les trottoirs pourra &#234;tre hach&#233; par des messages publicitaires cibl&#233;s et des &#233;l&#233;ments de signal&#233;tique sonore. En mati&#232;re de technologie sonore, on va dans le sens de la ma&#238;trise de l'espace de diffusion et dans le filtrage de l'environnement sonore. Les recherches dans ce qu'on pourrait nommer la r&#233;alit&#233; sonore augment&#233;e sont tr&#232;s actives. On travaille &#224; individualiser l'espace sonore qui &#233;tait jusqu'ici partag&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Telle la tarentelle...</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


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&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir camp&#233; l'universalit&#233; d'une histoire de Marseille que l'histoire officielle s'ent&#234;te &#224; provincialiser, Al&#232;ssi Dell'Umbria rend hommage dans Tarantella ! aux pratiques musicales et &#224; certains rituels magiques d'un Sud italien pr&#233;tendument attard&#233;. Discussion &#224; b&#226;tons rompus. &#192; l'oppos&#233; de la musique vendue comme fond sonore de l'hypermarch&#233; global, ton livre parle de transe, de possession et de magie. D'o&#249; vient cette sauvagerie aux marges de l'Europe ? &#171; Ce livre montre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir camp&#233; l'universalit&#233; d'une histoire de Marseille que l'histoire officielle s'ent&#234;te &#224; provincialiser&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Histoire universelle de Marseille de l'an mil &#224; l'an 2000, Agone, 2006.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, Al&#232;ssi Dell'Umbria rend hommage dans &lt;i&gt;Tarantella !&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tarantella ! &#8211; Possession et d&#233;possession dans l'ex-royaume de Naples, L'&#339;il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; aux pratiques musicales et &#224; certains rituels magiques d'un Sud italien pr&#233;tendument attard&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discussion &#224; b&#226;tons rompus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1945 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH350/-236-d5845.jpg?1782638350' width='400' height='350' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Juliette Barban&#232;gre.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'oppos&#233; de la musique vendue comme fond sonore de l'hypermarch&#233; global, ton livre parle de transe, de possession et de magie. D'o&#249; vient cette sauvagerie aux marges de l'Europe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce livre montre comment des gens opprim&#233;s ont pu se construire un langage dramatique dans lequel ils se racontent. Dans le monde des paysans d'Italie m&#233;ridionale, &#231;a s'op&#232;re par la musique, qui remonte en partie aux temps antiques. Celle-ci ne d&#233;gage ses intensit&#233;s qu'en situation : on ne l'&#233;coute pas dans une salle d'op&#233;ra ou en faisant ses courses chez Carrefour. Donc, de la transe des &lt;i&gt;tarantolate&lt;/i&gt; poss&#233;d&#233;es par une araign&#233;e mythique jusqu'aux r&#233;cits tragiques des &lt;i&gt;cantastorie&lt;/i&gt;, mon livre propose un voyage &#224; l'int&#233;rieur d'un monde qui n'est pas encore totalement dig&#233;r&#233; par la civilisation occidentale. &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui pousse un Marseillais &#224; se lancer dans pareille exp&#233;dition ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un Marseillais n'est pas d&#233;pays&#233; dans le Sud de l'Italie, d'o&#249; viennent d'ailleurs beaucoup de nos compatriotes. J'ai commenc&#233; &#224; fr&#233;quenter ce territoire &#224; la fin des ann&#233;es 1980, pour des raisons qui n'avaient initialement rien &#224; voir avec la musique. J'y ai vu na&#238;tre et se d&#233;velopper un mouvement de r&#233;appropriation des musiques et danses traditionnelles de la part des jeunes, et je me suis retrouv&#233; &#224; partager beaucoup de moments forts avec eux. Des d&#233;bats, parfois virulents, ont ensuite commenc&#233; &#224; prendre de l'ampleur sur la tradition, l'innovation&#8230; Puis la r&#233;cup&#233;ration des f&#234;tes &#224; travers les festivals a provoqu&#233; des pol&#233;miques, etc. Arriv&#233; &#224; un certain point, quelques amis &lt;i&gt;meridionali&lt;/i&gt; m'ont incit&#233; &#224; &#233;crire l&#224;-dessus, vu que je connaissais un peu la question et sa complexit&#233; tout en b&#233;n&#233;ficiant d'un certain recul. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rituel d&#233;ambulatoire de la &lt;i&gt;tarantata&lt;/i&gt; a-t-il une relation avec l'esprit du carnaval ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est ce que j'affirme, en effet. C'est l'expression, &lt;i&gt;carnavaletto delle donne&lt;/i&gt;, qui m'a mis la puce &#224; l'oreille. Il y a souvent plus de v&#233;rit&#233; dans le parler commun que dans les termes savants&#8230; Il y a tellement d'&#233;l&#233;ments que l'on retrouve dans les deux : la musique, qui est pratiquement la m&#234;me, le travestissement rituel, par mim&#232;sis dans un cas, par le jeu du masque dans l'autre, et tout cela en d&#233;ambulant... Sauf que dans le carnaval, cette sortie du moi s'op&#232;re comme une transe de basse intensit&#233;, tandis qu'elle &#233;tait beaucoup plus violente dans le rituel de la &lt;i&gt;tarantata&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toi qui as vibr&#233; avec le rock'n'roll, on ne t'imagine pas aussi amer qu'Adorno&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Theodor Adorno, mort en 1969, &#233;tait un philosophe allemand &#8211; l'un des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&#8230; Pourquoi refuses-tu de parler de musique
ou de culture &#171; populaires &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'adjectif &#8220; populaire &#8221; offre une facilit&#233; s&#233;mantique que je me refuse. Le peuple, c'est les 99 % chers aux Indign&#233;s... Un gloubi-boulga qui n'a aucune consistance sociale. Je parle dans ce livre d'une musique de paysans pauvres. Quel que soit leur statut, ouvriers agricoles, m&#233;tayers, et m&#234;me petits propri&#233;taires, ces gens sont exploit&#233;s depuis toujours et sous toutes les formes. Leur musique en porte la marque. De plus c'est une musique non &#233;crite, dont une bonne partie &#233;chappe &#224; l'harmonie tonale. Je pr&#233;f&#232;re donc parler de musique de tradition orale &#8211; ce qui m'oblige &#224; restaurer le sens du mot tradition, passablement galvaud&#233;, surtout en France ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois o&#249; j'ai entendu une &lt;i&gt;pizzica&lt;/i&gt;, j'ai ressenti une &#233;nergie aussi forte que dans le rock'n'roll, quoique d'une nature assez diff&#233;rente. Une fois on a &#233;t&#233; invit&#233;, avec deux copains ritals, &#224; une soir&#233;e Sud Side, dans les quartiers Nord. Tu sais que l&#224;-bas, c'est rock'n'roll&#8230; Bref, on a jou&#233; une &lt;i&gt;pizzica&lt;/i&gt;, il y avait deux &lt;i&gt;tamburelli&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;organetto&lt;/i&gt;, un qui chantait, tous ces bikers ont ador&#233;, il y en a un qui m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Mais c'est aussi puissant que le rock'n roll !&lt;/i&gt; &#187; Normal, le rythme est trop mortel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon approche de la musique est aux antipodes de celle d'Adorno. Son horizon &#233;tait clairement celui de la culture bourgeoise, tout marxiste qu'il ait &#233;t&#233;. Il &#233;tait d'ailleurs lui-m&#234;me pianiste &#224; ses heures et avait une connaissance tr&#232;s fine de la musique classique. Mais comme beaucoup d'intellectuels, il ne ressentait pas l'intensit&#233; des musiques qui font bouger le corps... Exil&#233; aux USA, il a d&#233;couvert les grands orchestres de jazz swing qui faisaient danser les foules. Il a trouv&#233; &#231;a vulgaire et a parl&#233; &#224; ce propos d'&#233;coute r&#233;gressive. Pour lui, il n'y a de v&#233;ritable &#233;coute que celle de l'individu immobile et attentif... J'y ai fait une allusion perfide, &#224; propos des &lt;i&gt;tarantolate&lt;/i&gt; d&#233;cha&#238;n&#233;es qui demeuraient tr&#232;s sensibles aux fautes d'ex&#233;cution, disant qu'elles &#233;taient loin de toute forme d'&#233;coute r&#233;gressive... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En contrepoint du prol&#233;taire d&#233;racin&#233;, tu soulignes la puissance subversive de l'enracinement dans un territoire, qu'il soit portuaire, paysan, indig&#232;ne&#8230; Es-tu devenu nostalgique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1946 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L283xH400/-237-e6fa7.jpg?1782649772' width='283' height='400' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'ai pas l'impression d'&#234;tre si loin que &#231;a du prol&#233;taire d&#233;racin&#233; que tu &#233;voques... Les immigr&#233;s du Mezzogiorno&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme Mezzogiorno d&#233;signe l'ensemble des r&#233;gions p&#233;ninsulaires et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, par exemple... L&#224;-bas, j'en ai connu plein, revenus d&#233;finitivement ou juste pour les vacances. Ils te racontaient l'Europe, l'Allemagne, la Belgique, la France, la Suisse... Et ils te le racontaient dans le dialecte de leur village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, bien avant, j'avais appris une chose aux c&#244;t&#233;s des sid&#233;rurgistes des Ardennes en 1982, des mineurs du Yorkshire en 1984, et d'autres encore qui se battaient contre la fermeture de l'usine qui les faisait bosser : ces gens d&#233;fendaient bien plus qu'un emploi, ils d&#233;fendaient la possibilit&#233; d'habiter un territoire. La mine, le haut-fourneau, c'&#233;taient des lieux d'exploitation et ils ne nous avaient pas attendus pour le savoir, mais c'&#233;tait aussi, contradictoirement, &#224; partir de l&#224; qu'ils avaient construit des liens de solidarit&#233; et d'amiti&#233; irrempla&#231;ables. Ces ouvriers qui vivaient dans des villages &#233;taient enracin&#233;s, encore tr&#232;s proches de la campagne, et ils savaient que tout &#231;a allait se terminer, brutalement, et qu'ils n'auraient plus d'autre choix que de se laisser aspirer par les flux de la m&#233;tropole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, toute l'humanit&#233; se retrouve contenue dans un seul monde. C'est le r&#232;gne de la tomate hollandaise : hors-sol et hors-champ. Alors nous en sommes &#224; nous bricoler des appartenances, et pour cela nous pouvons nous appuyer sur les &#233;l&#233;ments &#233;pars de mondes qui ont surnag&#233;. Un peu comme un naufrag&#233; se construit un radeau en assemblant des morceaux de bois flottant... Ce n'est donc pas surprenant de voir surgir depuis quelque temps une dimension territoriale dans les luttes. Et je pense pas seulement &#224; la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, ou &#224; nos camarades istme&#241;os du sud du Mexique d&#233;fendant leurs palmeraies et leurs lagunes contre l'industrie &#233;olienne. S'approprier un territoire est la condition pour que du commun surgisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nostalgie du pass&#233; est le point d'appui d'une critique r&#233;volutionnaire du pr&#233;sent. Rien n'a &#233;t&#233; plus nocif que la croyance na&#239;ve au progr&#232;s dans le mouvement r&#233;volutionnaire &#8211; c'est d'ailleurs ce que je critique chez De Martino&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Intellectuel proche du PCI, De Martino a observ&#233;, &#224; la fin des ann&#233;es 1950, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Tu as remarqu&#233; que je cite Walter Benjamin dans le dernier chapitre, &#8220; Magie noire &#8221;. C'est le premier mat&#233;rialiste historique &#224; rompre avec l'id&#233;ologie du progr&#232;s, avec cette conception lin&#233;aire et cumulative de l'histoire. Benjamin a eu le courage d'aller &#224; contre-courant de cette doxa &#8211; sa fin tragique illustre &#224; quel point la catastrophe &#233;tait effectivement l&#224;, l'intuition proph&#233;tique qu'il avait eue et qui devait se confirmer si lourdement avec Auschwitz et Hiroshima ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, le temps cyclique des paysans
et des primitifs se r&#233;v&#232;le moins fataliste
que l'id&#233;ologie du progr&#232;s&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La t&#233;l&#233;ologie du Progr&#232;s se veut autrement plus fatale... C'est bien connu, on n'arr&#234;te pas le progr&#232;s ! Le temps de la modernit&#233; est tendu, mais il n'est pas tendu vers une fin, vers un av&#232;nement dans lequel il trouverait sa v&#233;rit&#233;. Ce n'est pas un temps messianique. C'est un temps fa&#231;onn&#233; par l'accumulation et la reproduction du capital. Or la conception du temps se trouve au c&#339;ur du conflit. Quand des paysans d&#233;fendent leur territoire, comme ceux que j'ai film&#233;s dans l'isthme de Tehuantepec, au Mexique&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Istme&#241;o, le vent de la r&#233;volte, Tita Prod 2015.&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, ils opposent ce faisant une autre conception du temps &#224; celle des investisseurs et des politiciens, c'est ce que j'ai essay&#233; de restituer. Un temps rempli, non quantifiable. Un indig&#232;ne disait, lors d'une assembl&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Pour ces politiciens, l'&#233;ch&#233;ance c'est les prochaines &#233;lections. Pour nous, c'est la prochaine g&#233;n&#233;ration.&lt;/i&gt; &#187; Sans parler des investisseurs pour qui l'&#233;ch&#233;ance est encore plus courte &#8211; la prochaine AG des actionnaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il faut fonder le concept de progr&#232;s sur l'id&#233;e de catastrophe. Que les choses continuent &#224; &#8220; aller ainsi &#8221;, voil&#224; la catastrophe&lt;/i&gt; &#187;, disait Benjamin. Le progr&#232;s a remplac&#233; la c&#233;l&#233;bration des cycles de la nature. Aujourd'hui, c'est l'innovation incessante, le renouvellement acc&#233;l&#233;r&#233; des produits que l'on c&#233;l&#232;bre comme le naturel : &#8220; Ma ville acc&#233;l&#232;re &#8221;... C'est fort, chez Benjamin, cette aptitude &#224; se situer &#224; l'intersection de la religiosit&#233; et de la politique. Exactement comme les paysans r&#233;volt&#233;s du Mezzogiorno. Il r&#233;introduit la dimension messianique, occult&#233;e par des d&#233;cennies de &#8220; socialisme scientifique &#8221;. Apr&#232;s-guerre, le Mezzogiorno a connu un temps messianique, pendant une dizaine d'ann&#233;es &#8211; p&#233;riode ouverte par l'insurrection dans&#233;e de la reppublica de Caulonia, en 1945. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La m&#233;moire orale, contre-feu des perdants
et des oubli&#233;s, est-elle encore une forme
de r&#233;sistance active &#224; l'histoire officielle
et aux romans nationaux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En cette fin d'&#233;poque, le plus archa&#239;que se r&#233;v&#232;le parfois le plus moderne... Le fait d'&#234;tre marginalis&#233;es a fait que dans ces r&#233;gions du monde des langages se sont conserv&#233;s, qui offrent autant de points d'appui pour une d&#233;colonisation de la vie.
Il n'y a de m&#233;moire que des vaincus. Les vainqueurs eux &#233;crivent l'Histoire. Et dans le sud de l'Italie, cette m&#233;moire est essentiellement orale &#8211; depuis les chants de &lt;i&gt;brigandsa&lt;/i&gt; et d'&#233;migrants du XIXe si&#232;cle jusqu'aux chansons de 'E Zezi &#224; la fin du XXe, il y a tout un corpus de paroles qui porte cette m&#233;moire dans le Mezzogiorno. Mais elle reste marginale, dans un monde o&#249; l'&#233;crit et plus encore l'image &#233;crasent tout. La narration qui se construit &#224; travers tous ces chants va aussi &#224; l'encontre du roman national &#8211; c'est ce que j'ai voulu signifier en consacrant un chapitre entier &#224; la conqu&#234;te du royaume de Naples en 1860. Et ce n'est pas non plus hasardeux que tant de jeunes m&#233;ridionaux se soient passionn&#233;s pour leur tradition musicale au moment m&#234;me o&#249; se d&#233;veloppait dans le nord de l'Italie le racisme anti-m&#233;ridional de la Lega&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soit la Ligue du Nord pour l'ind&#233;pendance de la Padanie, parti r&#233;gionaliste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;moire active, la rem&#233;moration, la &lt;i&gt;mn&#233;mosum&#233;&lt;/i&gt; dont parle Benjamin, c'est ce souffle que j'ai senti passer dans le chant tragique des &lt;i&gt;cantastorie&lt;/i&gt;. La rem&#233;moration de toutes les victimes, c'est ce qui se passait quand Matteo Salvatore chantait&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mort en 2005, Matteo Salvatore &#233;tait un grand chanteur de la tradition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &#8220; &lt;i&gt;Rassembler ce qui a &#233;t&#233; bris&#233;&lt;/i&gt; &#8221;, disait Walter Benjamin. De son c&#244;t&#233;, Matteo Salvatore demandait dans une de ces chansons les plus poignantes : &#8220; &lt;i&gt;Oh&#8230; chi lu vaia a racunt'a ?...&lt;/i&gt; &#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exode rural n'est pas que le fruit de la mis&#232;re, mais aussi d'un d&#233;sir de libert&#233; individuelle, afin de desserrer des liens jug&#233;s parfois contraignants. On l'a vu avec l'exil volontaire de jeunes zapatistes aux USA&#8230; T'en dis quoi ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Mezzogiorno est un pays qui se vide de sa jeunesse &#8211; on en retrouve certains &#224; Marseille&#8230; Ce n'est plus une immigration de la faim comme jadis, mais l'envie de fuir un quotidien o&#249; tout est compliqu&#233; : le boulot, le ch&#244;mage, le logement, l'acc&#232;s aux soins m&#233;dicaux. Il faut glisser des enveloppes pour obtenir ce &#224; quoi on a droit l&#233;galement... L'agriculture paysanne a &#233;t&#233; sinistr&#233;e, les industries implant&#233;es dans les ann&#233;es 1970 licencient. Et en plus, les salaires sont bien inf&#233;rieurs au reste de l'Italie... Du coup les jeunes restent longtemps dans leur famille, &#231;a peut &#234;tre pesant &#224; la longue... Et puis les lumi&#232;res de Babylone attirent, fatalement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu fais allusion au travail de notre amie Alejandra, qui a suivi de jeunes indig&#232;nes zapatistes dans leur communaut&#233;, au Chiapas, et ensuite aux USA o&#249; certains avaient &#233;migr&#233;&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alejandra Aquino Moreschi, Des luttes indiennes au r&#234;ve am&#233;ricain, Presses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;. Pour ces jeunes, ce n'&#233;tait pas &#233;vident de vivre constamment sous la pression des paramilitaires, de l'arm&#233;e, qui implique une discipline de tous les jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la vie dans les &lt;i&gt;pueblos&lt;/i&gt; zapatistes est quand m&#234;me aust&#232;re... On comprend que certains aient eu envie de partir voir le monde, d'en faire leur propre exp&#233;rience &#8211; beaucoup sont revenus, d'ailleurs. En outre, il n'est pas dit qu'ils perdent tout lien communautaire en &#233;migrant. &#192; East Los Angeles, tu as des quartiers entiers o&#249; les habitants parlent les idiomes indig&#232;nes du Mexique, o&#249; ils c&#233;l&#232;brent les m&#234;mes f&#234;tes, o&#249; ils manifestent pour les 43 d'Ayotzinapa&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la nuit du 26 au 27 septembre 2014, 43 &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole normale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt; et envoient du fric aux communaut&#233;s frapp&#233;es par le &lt;i&gt;terremoto&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 19 septembre, un tremblement de terre de magnitude 7,1 a frapp&#233; Mexico et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La conclusion de ton &lt;i&gt;Histoire universelle de Marseille&lt;/i&gt; n'&#233;tait gu&#232;re optimiste&#8230; &lt;i&gt;Tarantella ! &lt;/i&gt; laisse quelques portes ouvertes. Les contr&#233;es lointaines te rendent plus joyeux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1947 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH703/-238-08547.jpg?1782649772' width='400' height='703' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'avais fini d'&#233;crire &lt;i&gt;l'Histoire universelle de Marseille&lt;/i&gt; en 2006, alors que le programme de requalification urbaine Eurom&#233;diterran&#233;e commen&#231;ait. J'annon&#231;ais donc ce qui advenait, mais je ne pensais quand m&#234;me pas qu'on allait &#234;tre puni &#224; ce point ! Du coup, r&#233;trospectivement, je trouve que j'&#233;tais en de&#231;&#224; de la catastrophe. Il n' y a qu'&#224; faire un tour au Panier ou &#224; la Joliette pour en prendre la mesure. J'ai &#233;crit l'oraison fun&#232;bre de ma ville, en tout cas du Marseille portuaire o&#249; j'ai grandi. Quand &#224; &lt;i&gt;Tarantella !&lt;/i&gt;, il se conclut en &#233;voquant la catastrophe &#233;cologique qui frappe le Mezzogiorno, de Taranto &#224; Napoli : je vois vraiment rien d'optimiste, l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le reste, &#224; Marseille comme dans le Mezzogiorno profond, des gens tentent de se construire un territoire, d'ouvrir une &#233;claircie dans l'opacit&#233; du monde. Pas &#233;tonnant que tant d'interpr&#232;tes de la tradition musicale du Mezzogiorno soient venus ici, dans le quartier marseillais de La Plaine, et s'y soient sentis comme chez eux. Nul ne nous enl&#232;vera les intensit&#233;s que nous avons v&#233;cues avec eux. La &lt;i&gt;tarantella&lt;/i&gt; peut &#234;tre un bon levier pour renverser le r&#232;gne de la tomate hollandaise. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Histoire universelle de Marseille de l'an mil &#224; l'an 2000&lt;/i&gt;, Agone, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Tarantella ! &#8211; Possession et d&#233;possession dans l'ex-royaume de Naples&lt;/i&gt;, L'&#339;il d'or, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Theodor Adorno, mort en 1969, &#233;tait un philosophe allemand &#8211; l'un des principaux repr&#233;sentants de l'&#201;cole de Francfort. Il &#233;tait aussi musicien et musicologue, domaines dans lesquels il lui a souvent &#233;t&#233; reproch&#233; un certain &#233;litisme culturel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le terme Mezzogiorno d&#233;signe l'ensemble des r&#233;gions p&#233;ninsulaires et insulaires du sud de l'Italie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Intellectuel proche du PCI, De Martino a observ&#233;, &#224; la fin des ann&#233;es 1950, les derniers rituels publics de la Tarantolata, qu'il voyait comme un vestige archa&#239;que que le progr&#232;s social allait effacer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Istme&#241;o, le vent de la r&#233;volte&lt;/i&gt;, Tita Prod 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Soit la Ligue du Nord pour l'ind&#233;pendance de la Padanie, parti r&#233;gionaliste et x&#233;nophobe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mort en 2005, Matteo Salvatore &#233;tait un grand chanteur de la tradition musicale du Mezzogiorno.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alejandra Aquino Moreschi, &lt;i&gt;Des luttes indiennes au r&#234;ve am&#233;ricain&lt;/i&gt;, Presses Universitaires de Rennes, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans la nuit du 26 au 27 septembre 2014, 43 &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole normale d'Ayotzinapa ont disparu &#8211; leurs corps n'ont jamais &#233;t&#233; retrouv&#233;s. Voir &#171; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Mexique-Barbare-vraiment&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; Mexique barbare, vraiment ?&lt;/a&gt; &#187;, article paru dans le n&#176;158 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 19 septembre, un tremblement de terre de magnitude 7,1 a frapp&#233; Mexico et ses environs, faisant plus de 300 morts.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Activisme musical et exp&#233;rimentations soniques</title>
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		<dc:date>2017-01-12T03:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Grillet</dc:creator>


		<dc:subject>Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>musique</dc:subject>
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		<dc:subject>Comelade</dc:subject>
		<dc:subject>Pascal Comelade</dc:subject>
		<dc:subject>Fluence</dc:subject>
		<dc:subject>Disques Eighties</dc:subject>
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		<dc:subject>Disques</dc:subject>
		<dc:subject>Robert Wyatt</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cerner l'&#339;uvre de Pascal Comelade ? &#171; Musicien de critique et d'exp&#233;rimentations sociales &#187; serait une assez bonne d&#233;finition du larron. &#192; l'heure o&#249; sort un maxi best of, sans soda ni sunday &#224; l'huile de palme, sur 42 ans d'activisme sonore, puis une bio sur une &#171; carri&#232;re &#187; qui n'en est pas une, tellement elle se compla&#238;t dans l'incoh&#233;rence la plus totale, Pascal Comelade se rappelle aux oublieux de sa d&#233;marche novatrice. C'est en 1974 que sort son premier disque, maintenant Graal de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Rien-que-pour-le-web" rel="directory"&gt;Rien que pour le web&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Culture" rel="tag"&gt;Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/musique" rel="tag"&gt;musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/scene" rel="tag"&gt;sc&#232;ne&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Disques" rel="tag"&gt;Disques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Robert-Wyatt" rel="tag"&gt;Robert Wyatt&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cerner l'&#339;uvre de Pascal Comelade ? &#171; Musicien de critique et d'exp&#233;rimentations sociales &#187; serait une assez bonne d&#233;finition du larron. &#192; l'heure o&#249; sort un maxi best of, sans soda ni sunday &#224; l'huile de palme, sur 42 ans d'activisme sonore, puis une bio sur une &#171; carri&#232;re &#187; qui n'en est pas une, tellement elle se compla&#238;t dans l'incoh&#233;rence la plus totale, Pascal Comelade se rappelle aux oublieux de sa d&#233;marche novatrice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1803 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L225xH225/-110-160cd.jpg?1782677622' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1974 que sort son premier disque, maintenant Graal de collectionneur, &#171; Fluence &#187;. Marrant pour un musicien compl&#232;tement anti-acad&#233;mique de voir aujourd'hui le constructeur Renault appeler une de ces bagnoles monstrueusement laide et toc du m&#234;me nom. &#171; Fluence &#187;. On doute que les concepteurs post acn&#233;iques de ces chefs d'&#339;uvres de t&#244;les foireuse aient pu un jour se pencher sur les d&#233;buts chaotiques du g&#233;nie de Vernet-les-Bains. Ancienne station thermale des Pyr&#233;n&#233;es Orientales, o&#249; quelques curistes v&#233;g&#233;taient en regardant le Canigou, sans se douter des boucles musicales n&#233;vrotiques qui se cr&#233;aient &#224; travers ce paysage bucolique. Pour r&#233;sumer, et c'est pas simple, sa premi&#232;re d&#233;cennie musicale est faite de rencontres diverses avec le milieu musical catalan, Lluis Llach, Toti Soler, Maria Del Mar ; &#224; Paris avec Richard Pinhas, G&#233;rard Nguyen. Il &#233;dite en autoprod son premier album &#171; Fluence &#187;, bosse avec un magn&#233;to Revox A77 et un synth&#233; EMS/AKS, bref une certaine &#232;re troglodyte exp&#233;rimentale psychotique. Puis c'est la sc&#232;ne montpelli&#233;raine des ann&#233;es 80, o&#249; il vit et fonde le Bel Canto Orchestra. Sa base de cr&#233;ation sera les instruments jouets. Toy piano, saxo en plastoc, Ukul&#233;l&#233; de brocante, triangle isoc&#232;le percussif pour auditeurs tourment&#233;s&#8230; &lt;br class='manualbr' /&gt;(&lt;strong&gt;Disques Eighties 1 :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Fluence&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Paralelo&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Sentimentos&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie des ann&#233;es 80 se joue souvent avec la sc&#232;ne ind&#233;pendante de Montpellier. Pascal Comelade collabore avec OTH, Les Provisoires, Les Vierges, General Alcazar, Laurent Sinclair de Taxi Girl&#8230; Sc&#232;ne engag&#233;e et militante, le rock vecteur d'une jeunesse sudiste &#233;nerv&#233;e et bord&#233;lique face &#224; un Comelade Arty - d&#233;calqu&#233;, qui avec sa musique instrumentale compos&#233;e en autodidacte du solf&#232;ge ennuyeux, fait copuler dans ses instrumentaux Suicide, Satie, Can et l'esprit de Soft Machine. D'ailleurs &#224; cette &#233;poque il correspond avec Robert Wyatt dont Pascal Comelade reste un fan. Un fan de Rocanroll, de musique bruitiste, de folklore d&#233;complex&#233; &#224; qui il fait subir un traitement par onde de choc.&lt;br class='manualbr' /&gt;(&lt;strong&gt;Disques Eighties 2&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;D&#233;tail Monochrome&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Bel Canto&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;El Primitivismo&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;33 Bars&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1804 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L222xH227/-111-e40f7.jpg?1782643830' width='222' height='227' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Toujours &#224; cheval avec la sc&#232;ne barcelonnaise (il vit dans le quartier de Gracia, rencontre le po&#232;te catalan Enric Casasses), il s'installe &#224; Vernet-les-Bains au d&#233;but des nineties, joue au Japon o&#249; sa popularit&#233; commence &#224; faire trembler la jeunesse nippone, toujours friande de traitements psychiatriques de la musique. Avec Comelade elle a de la mati&#232;re. Ensuite, le Japon restera toujours fid&#232;le &#224; Comelade et il remplira dans le futur les salles aussi rapidement qu'un trait de Katana dans un film de d'Hid&#233;o Gosha. Les ann&#233;es 90 seront celles des collaborations exceptionnelles : Robert Wyatt, PJ Harvey, Miossec, Arno, Jeanne Moreau, Jac Berrocal&#8230; Il recevra des prix &#224; Barcelone, &#224; Madrid&#8230; et la France toujours &#224; la tra&#238;ne, ainsi que son d&#233;partement des Pyr&#233;n&#233;es-Orientales, continueront la plupart du temps &#224; le regarder comme le martien qu'il a toujours &#233;t&#233;. &#192; la marge, clairement, mais sa fan-base n'en est que plus fid&#232;le et acharn&#233;e. Comelade d&#233;range. Comme tous les inclassables, il &#233;nerve. Les chantres constip&#233;s d'une pseudo culture catalane confondent toujours folklore &#224; deux balles (A&#239;oli, rugby, sardane, cargolade. La cargolade &#233;tant un g&#233;nocide d'escargots), avec v&#233;ritable cr&#233;ativit&#233; subversive et jouissive. C'est aussi anachronique que le bouquin de Macron intitul&#233; &#171; R&#233;volution &#187;. Ben voyons ! La v&#233;ritable r&#233;volution c'est Comelade qui l'a toujours apport&#233;e vers nos tympans trop souvent habitu&#233;s &#224; de la m&#233;lasse commerciale et &#224; des st&#233;r&#233;otypes de notes ampoul&#233;es. Comelade, pour les m&#233;lomanes pas blas&#233;s, reste le sauveur. &lt;br class='manualbr' /&gt;(&lt;strong&gt;Disques Nineties :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Raggazin The blues&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Haikus de Pianos&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Traffic d'abstraction&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;El Cabaret Galactic&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Musiques pour films&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Danses et chants de Syldavie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;The Oblique Sessions&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'argot du bruit&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1801 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-108-cb725.jpg?1782677622' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La suite pour le XXI&#232;me si&#232;cle, c'est une pl&#233;iade d'albums o&#249; Pascal Comelade se transforme en un Toy G&#233;nius, am&#233;liorant sa trame, signant chez Because music (Manu Chao, Charlotte Gainsbourg&#8230;), devenant parrain malgr&#233; lui d'une sc&#232;ne musicale perpignanaise toujours f&#233;conde en talents (The Liminanas avec lesquels il collabore r&#233;guli&#232;rement sur disque comme sur sc&#232;ne depuis maintenant 3 ans). &lt;br class='manualbr' /&gt;(&lt;strong&gt;Disques XXI&#232;me si&#232;cle :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Psicotic Music'Hall&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Espontex Sinfonia&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;M&#233;tode de Rocanrol&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;A Freak Serenade&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;El Pianista Del Antifaz N'IX&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Trait&#233; de Guitares triolectiques&lt;/i&gt;&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors si l'envie vous prend d'aller pr&#234;ter une audition sur l'&#339;uvre gargantuesque d'un artiste-cr&#233;ateur de g&#233;nie, le r&#233;sum&#233; en 6 CDs de la Box &#171; Rocanrolorama &#187;, ainsi que la bio toute fra&#238;che qui vient de para&#238;tre sont pour vous. &#171; &lt;i&gt;La politique c'est comme la musique. Ni th&#233;orie, ni dogme. Jamais !&lt;/i&gt; &#187;. Parole de Comelade.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Du blues au dancehall : musiques en r&#233;sistance</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;Les musiques &#171; noires &#187; ou &#171; afro-am&#233;ricaines &#187; d&#233;signent les musiques &#233;labor&#233;es au sein des diasporas des Africains d&#233;port&#233;s sur le continent am&#233;ricain et dans les Cara&#239;bes. Musiques de r&#233;sistance n&#233;es dans l'esclavage et d&#233;velopp&#233;es dans la s&#233;gr&#233;gation, elles se sont brass&#233;es et diffus&#233;es &#224; travers le monde &#224; la fois comme conscience transnationale et langage universel. Discussion avec J&#233;r&#233;mie Kroubo Dagnini, chercheur et sp&#233;cialiste des musiques jama&#239;caines, qui a coordonn&#233; le recueil (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no150-janvier-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;150 (janvier 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Philip-Tagg" rel="tag"&gt;Philip Tagg&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/musique-jamaicaine" rel="tag"&gt;musique jama&#239;caine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tradition-musicale" rel="tag"&gt;tradition musicale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les musiques &#171; noires &#187; ou &#171; afro-am&#233;ricaines &#187; d&#233;signent les musiques &#233;labor&#233;es au sein des diasporas des Africains d&#233;port&#233;s sur le continent am&#233;ricain et dans les Cara&#239;bes. Musiques de r&#233;sistance n&#233;es dans l'esclavage et d&#233;velopp&#233;es dans la s&#233;gr&#233;gation, elles se sont brass&#233;es et diffus&#233;es &#224; travers le monde &#224; la fois comme conscience transnationale et langage universel. Discussion avec J&#233;r&#233;mie Kroubo Dagnini, chercheur et sp&#233;cialiste des musiques jama&#239;caines, qui a coordonn&#233; le recueil d'articles &lt;i&gt;Musiques noires : l'histoire d'une r&#233;sistance sonore&lt;/i&gt; (Camion blanc, 2016).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1793 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-105-3519c.jpg?1782641244' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt; : Le terme &#171; musiques noires &#187; n'&#233;chappe pas aux controverses sur l'usage des cat&#233;gories raciales. Votre texte &#171; Musique noire : un pl&#233;onasme ? &#187; est une r&#233;ponse &#224; un article du musicologue britannique Philip Tagg &#171; Lettre ouverte sur les musiques &#8220;noires&#8221;, &#8220;afro-am&#233;ricaines&#8221; et &#8220;europ&#233;ennes&#8221; &#187;, qui, derri&#232;re le refus affirm&#233; de l'essentialisation, dissimule mal, selon vous, un &#171; ethnocentrisme exacerb&#233; &#187;. Comment d&#233;finir les &#171; musiques noires &#187; ? Et pourquoi le fait de les qualifier ainsi peut faire pol&#233;mique ? &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;J&#233;r&#233;mie Kroubo Dagnini :&lt;/strong&gt; Scientifiquement parlant, tout le monde s'accorde &#224; dire que l'utilisation des termes &#171; race &#187;, &#171; Noir &#187; ou &#171; Blanc &#187; est aberrante. La g&#233;n&#233;tique a montr&#233; qu'il n'existe qu'une seule race, la race humaine. Ainsi, il para&#238;t clairement inappropri&#233; pour un chercheur de faire preuve d'ethnocentrisme. Mais pour autant, il doit &#234;tre en mesure, le cas &#233;ch&#233;ant, de reconna&#238;tre et d'accepter les diff&#233;rences socioculturelles des groupes humains. Des principes fondamentaux que Philip Tagg feint d'ignorer, et c'est ce que je lui reproche au fond.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'expression &#171; musique noire &#187; n'a rien d'incongru, il s'agit seulement d'un terme g&#233;n&#233;rique englobant l'ensemble des genres musicaux cr&#233;&#233;s et influenc&#233;s par les Afro-Am&#233;ricains, ces descendants d'esclaves africains qui appartiennent &#224; un groupe ethnique important de la population &#233;tasunienne. Il faut rappeler que l'expression &#171; musique noire &#187; est apparue aux &#201;tats-Unis et qu'il convient donc de d&#233;finir les mots &#171; Noir &#187; et &#171; Blanc &#187;, non pas de mani&#232;re &#171; g&#233;n&#233;rale &#187;, comme le fait Philip Tagg dans son article, mais conform&#233;ment &#224; la tradition intellectuelle am&#233;ricaine dans laquelle un &#171; Noir &#187; repr&#233;sente une personne &#224; la peau fonc&#233;e d'ascendance africaine et un &#171; Blanc &#187; une personne &#224; la peau claire d'ascendance europ&#233;enne. Il faut aussi ajouter qu'&#171; &#234;tre noir &#187; aux &#201;tats-Unis ne se r&#233;duit pas au taux de m&#233;lanine, mais c'est aussi le fruit d'un processus historique. C'est un fait social, ancr&#233; dans la traite n&#233;gri&#232;re et g&#233;n&#233;r&#233; par des rapports sociaux discriminants. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pour en revenir aux musiques noires, il s'agit des genres musicaux apparus dans les communaut&#233;s afro-am&#233;ricaines et qui puisent dans des traditions musicales issues d'Afrique noire. De la sorte, le blues, le gospel, le jazz, le swing, le bebop, le rhythm and blues, le rock and roll, la soul, le funk et le rap parmi tant d'autres sont consid&#233;r&#233;s comme &#233;tant des musiques noires puisque, jusqu'&#224; preuve du contraire, ces musiques sont n&#233;es et se sont d&#233;velopp&#233;es au sein des populations afro-am&#233;ricaines. Il semble toutefois maladroit de cantonner l'expression &#171; musiques noires &#187; ou &#171; musiques afro-am&#233;ricaines &#187; aux &#201;tats-Unis. Il est plus judicieux de l'&#233;tendre &#224; toutes les musiques ayant pris corps dans les diasporas africaines telles que la rumba afro-cubaine, la samba afro-br&#233;silienne, le merengue afro-dominicain, le calypso afro-trinidadien, le zouk afro-antillais et le reggae afro-jama&#239;cain pour ne citer qu'elles. Et pourquoi pas m&#234;me &#233;tendre l'expression aux musiques populaires ayant pris directement corps en Afrique comme le zouglou ivoirien ou la rumba congolaise ? En continuant d'&#233;tirer cette formule langagi&#232;re, la musique &#233;lectronique, elle-m&#234;me, pourrait aussi &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une musique noire puisqu'elle d&#233;rive du dub jama&#239;cain. En fait, il semblerait que la tr&#232;s grande majorit&#233; des musiques populaires contemporaines soient des musiques noires et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui semble d&#233;ranger ce cher Philip Tagg !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, ces musiques noires ne sont-elles pas aussi le produit d'hybridations ? Dans une soci&#233;t&#233; s&#233;gr&#233;gationniste comme les &#201;tats-Unis, la musique a &#233;t&#233; l'une des seules possibilit&#233;s d'un &#233;change, par-del&#224; l'interdit social, entre des cultures diverses qui ont emprunt&#233; les unes aux autres. Pour simple exemple : le creuset musical de la Nouvelle-Orl&#233;ans d'o&#249; a &#233;merg&#233; le jazz au d&#233;but du XXe si&#232;cle. &lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Tout &#224; fait, elles sont clairement le fruit d'une hybridit&#233; interculturelle. On retrouve bien entendu des caract&#233;ristiques musicales europ&#233;ennes dans ces genres musicaux, des instruments europ&#233;ens, mais on parle de &#171; musiques noires &#187; tout simplement parce que, quand on &#233;coute ces musiques, ce qui &#171; saute aux oreilles &#187;, ce sont des caract&#233;ristiques musicales issues de la tradition musicale africaine, comme l'appel-r&#233;ponse ou l'improvisation. D'apr&#232;s P. Tagg, la pr&#233;sence de ces traits musicaux dans les musiques &#171; noires &#187; am&#233;ricaines n'est pas forc&#233;ment la cons&#233;quence d'une tradition musicale africaine car, dit-il, on les retrouve &#233;galement dans la tradition musicale europ&#233;enne. D'une certaine mani&#232;re, il n'a pas tort, mais de l&#224; &#224; dire que la pr&#233;sence de l'appel-r&#233;ponse, de l'improvisation, de la syncope ou des &lt;i&gt;blue notes&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La blue note, ou note bleue en fran&#231;ais, est une note interpr&#233;t&#233;e avec une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; dans le blues ou le jazz est le fruit du bagage culturel europ&#233;en, je trouve qu'il fait preuve de mauvaise foi. M&#234;me si ces &#233;l&#233;ments existent ci et l&#224; dans la tradition musicale europ&#233;enne, cela ne fait aucun doute qu'ils appartiennent plus que jamais &#224; la tradition musicale africaine, et notamment aux musiques d'Afrique de l'Ouest, d'o&#249; proviennent beaucoup des esclaves d&#233;port&#233;s aux &#201;tats-Unis. Ainsi, bien que m&#233;tiss&#233;es, ces musiques sont qualifi&#233;es de &#171; noires &#187; car les &#233;l&#233;ments musicaux qui dominent sont &#171; noirs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1800 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-107-959ad.jpg?1782647499' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1956, Franz Fanon &#233;voque bri&#232;vement le blues dans sa conf&#233;rence &#171; Racisme et culture &#187; : &#171; &lt;i&gt;Sans oppression et sans racisme pas de blues. La fin du racisme sonnerait le glas de la grande musique noire&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Que pensez-vous de cette affirmation ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Sans esclavage, sans racisme, sans souffrance, pas de blues et pas de musiques noires en g&#233;n&#233;ral. Toutes ces musiques sont apparues comme des exutoires &#224; la captivit&#233; et aux s&#233;vices dont &#233;taient victimes ces Africains d&#233;port&#233;s. Ces musiques permettaient aux esclaves et descendants d'esclaves d'&#233;chapper &#224; la mis&#232;re de leur quotidien. La souffrance est donc effectivement l'essence m&#234;me du blues et de toutes ces musiques issues des Am&#233;riques cr&#233;&#233;es, il faut bien l'avouer, de mani&#232;re compl&#232;tement impr&#233;visible. Car qui aurait pu pr&#233;voir qu'en quelques d&#233;cennies seulement, ces populations noires r&#233;duites &#224; l'&#233;tat de b&#234;tes, traqu&#233;es, viol&#233;es, pendues et br&#251;l&#233;es vives pendant des si&#232;cles allaient cr&#233;er des musiques joyeuses, dansantes, pertinentes, engag&#233;es, spirituelles, nouvelles, transcendantales et universelles comme le blues, le jazz ou le reggae, devenus finalement patrimoine mondial ? Le titre du livre &lt;i&gt;Musiques noires : l'histoire d'une r&#233;sistance sonore&lt;/i&gt;, n'a d'ailleurs rien d'anodin, car le d&#233;nominateur commun de toutes ces musiques est la r&#233;sistance, ce refus de capituler m&#234;me encha&#238;n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rock'n'roll, le reggae ou le rap se sont d&#233;clin&#233;s sur tous les continents, en toutes les langues. Finalement ces musiques noires se sont elles-m&#234;mes d&#233;tach&#233;es de leur contexte d'origine pour devenir langage universel. Y voyez-vous un rayonnement ou une forme d'&#171; appropriation culturelle &#187; (selon un concept en vogue sur les campus am&#233;ricains) ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Personnellement, je n'ai rien contre ce que certains critiquent comme &#171; appropriation culturelle &#187;. Tout le monde a le droit de jouer de tout type d'instruments ou de musiques, et encore heureux ! Un monde dans lequel les Blancs joueraient de la cithare, les Noirs du djemb&#233; et les Aborig&#232;nes du didgeridoo serait bien triste et plus que caricatural. En revanche, je suis contre le r&#233;visionnisme. Quand P. Tagg dit que le jazz n'est plus une musique noire parce que, je cite, &#171; &lt;i&gt;le jazz traditionnel&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;a eu un auditoire majoritairement blanc depuis la guerre et le &#8220;Motown&#8221;&lt;/i&gt; [une] &lt;i&gt;majorit&#233; d'auditeurs blancs depuis le milieu des ann&#233;es 1960&lt;/i&gt; &#187;, c'est du r&#233;visionnisme ! Le fait qu'une pr&#233;tendue majorit&#233; de &#171; Blancs &#187; &#233;coute ou joue du jazz n'efface pas soudainement les origines de ce genre musical. Quand bien m&#234;me Elvis Presley fut baptis&#233; par la critique blanche &#171; le roi du rock and roll &#187;, le rock and roll reste une musique noire, un point un trait !&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH398/-106-b7d49.jpg?1782647499' width='400' height='398' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prenons le cas de la musique jama&#239;caine &#224; laquelle vous avez consacr&#233; votre th&#232;se. Ce que l'on souligne assez peu, c'est l'extraordinaire vitalit&#233; de la production musicale qui irrigue toute la vie sociale et politique d'une &#238;le &#224; peine plus grande que la Corse. Comment expliquez-vous le ph&#233;nom&#232;ne jama&#239;cain ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;On en revient &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne de r&#233;sistance culturelle. La musique en Jama&#239;que a plus que jamais jou&#233; un r&#244;le de r&#233;sistance pour ces descendants d'Africains d&#233;port&#233;s. Tous les genres musicaux jama&#239;cains, sans exception, ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s par les couches sociales les plus d&#233;favoris&#233;es et, hormis le mento, qui est apparu dans les zones rurales jama&#239;caines &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, sont n&#233;s dans les ghettos de Kingston. Le ska, le rocksteady, le reggae et le dancehall sont des genres musicaux urbains apparus, &#224; l'instar du blues, comme des &#233;chappatoires &#224; la pression sociale. Ils se sont &#233;rig&#233;s comme des sortes d'exutoires &#224; la duret&#233; de la vie, d&#233;non&#231;ant chacun &#224; leur mani&#232;re les maux qui rongent la soci&#233;t&#233; postcoloniale jama&#239;caine. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans mon livre &lt;i&gt;Vibrations jama&#239;caines&lt;/i&gt; (Camion blanc, 2011), je montre comment l'histoire de la musique jama&#239;caine est ancr&#233;e dans l'histoire sociopolitique de l'&#238;le. Les implications sociales et politiques de la musique jama&#239;caine sont l&#233;gion. Je pourrais citer un tas d'exemples &#224; commencer par le morceau &lt;i&gt;Slavery Days&lt;/i&gt; (1975) de Burning Spear qui d&#233;nonce les horreurs de l'esclavage. Dans un autre registre, le titre &lt;i&gt;Forward March&lt;/i&gt; (1962) de Derrick Morgan symbolise l'ind&#233;pendance de l'&#238;le le 6 ao&#251;t 1962. &lt;i&gt;Socialism is Love&lt;/i&gt; (1974) de Max Romeo &#233;voque l'&#232;re socialiste de Michael Manley dans les ann&#233;es 1970. Quant &#224; &lt;i&gt;Trench Town Rock&lt;/i&gt; (1971) des Wailers, c'est la chanson embl&#233;matique de la &#171; &lt;i&gt;ghetto life&lt;/i&gt; &#187; &#224; la Jama&#239;que. Les artistes jama&#239;cains sont des sortes de journalistes informels qui s'adressent directement aux laiss&#233;s-pour-compte avec un sens aigu du commentaire social. &lt;br class='manualbr' /&gt;Enfin, pourquoi la musique jama&#239;caine a eu un tel impact dans le monde ? C'est plus un concours de circonstances, je pense. Mais il faut bien avouer aussi que le succ&#232;s plan&#233;taire de Bob Marley a contribu&#233; &#224; mettre en lumi&#232;re cette petite &#238;le des Cara&#239;bes ainsi que son vivier musical dense et vari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le march&#233; de la musique s'est consid&#233;rablement transform&#233;. Qu'est-ce qui maintient aujourd'hui encore l'esprit de r&#233;sistance des musiques noires ? &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Le monde &#233;volue tout comme la musique &#233;volue. Peut-&#234;tre que cette notion de &#171; r&#233;sistance &#187; est moins explicite dans la musique noire contemporaine qu'elle ne l'&#233;tait dans le jazz, le blues ou le reggae des ann&#233;es 1970, mais pour autant les musiques noires d'aujourd'hui restent profond&#233;ment subversives. Prenons le cas du dancehall. Avec ses paroles en patois jama&#239;cain &#224; couper au couteau, son rythme fr&#233;n&#233;tique et ses th&#233;matiques ancr&#233;es dans la r&#233;alit&#233; de la rue jama&#239;caine, il se d&#233;marque tr&#232;s clairement des autres genres musicaux urbains comme le rap et r&#233;siste en quelque sorte &#224; l'imp&#233;rialisme culturel anglo-am&#233;ricain. Je pense donc que la r&#233;sistance a simplement chang&#233; de visage, tout comme le monde change continuellement de visage, mais qu'elle reste porteuse de la continuit&#233; et de l'&#233;nergie des musiques noires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La &lt;i&gt;blue note&lt;/i&gt;, ou note bleue en fran&#231;ais, est une note interpr&#233;t&#233;e avec une alt&#233;ration d'un demi-ton au maximum vers le haut ou le bas, qu'on retrouve typiquement dans le blues puis le jazz. On parle aussi de notes tordues, floues ou flottantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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