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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Politiser le handicap</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Peylet</dc:creator>


		<dc:subject>LMG</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le combat pour les droits des personnes handicap&#233;es a pris un vrai tournant ces derni&#232;res ann&#233;es, avec l&#700;&#233;mergence de collectifs militants apportant de nouvelles dimensions &#224; la lutte. Zoom sur trois d&#700;entre eux. C'&#233;tait une loi pour &#171; l'&#233;galit&#233; des droits et des chances, la participation et la citoyennet&#233; des personnes handicap&#233;es &#187;. En 2005, l'&#201;tat s'engageait, entre autres, &#224; rendre accessibles &#224; toutes et tous les transports collectifs dans un d&#233;lai de dix ans. Espoir d&#233;&#231;u : en 2014, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no197-avril-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;197 (avril 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/LMG" rel="tag"&gt;LMG&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le combat pour les droits des personnes handicap&#233;es a pris un vrai tournant ces derni&#232;res ann&#233;es, avec l&#700;&#233;mergence de collectifs militants apportant de nouvelles dimensions &#224; la lutte. Zoom sur trois d&#700;entre eux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C'&lt;/span&gt;&#233;tait une loi pour &#171; l'&#233;galit&#233; des droits et des chances, la participation et la citoyennet&#233; des personnes handicap&#233;es &#187;. En 2005, l'&#201;tat s'engageait, entre autres, &#224; rendre accessibles &#224; toutes et tous les transports collectifs dans un d&#233;lai de dix ans. Espoir d&#233;&#231;u : en 2014, le gouvernement actait par ordonnance le report des &#233;ch&#233;ances de mise aux normes. Les grandes entreprises de transport se voyaient ainsi octroyer une &#171; rallonge &#187; allant jusqu'&#224; neuf nouvelles ann&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2021, le constat est sans appel : certes, il y a eu une am&#233;lioration sur l'accessibilit&#233; aux b&#226;timents publics et aux commerces, mais en mati&#232;re de transports, on n'est pas loin de la catastrophe. Pour les personnes handies, se d&#233;placer en autonomie en milieu urbain demeure une &#233;preuve physique et psychologique, acc&#233;der au m&#233;tro reste une utopie (une ligne &#233;quip&#233;e sur quatorze &#224; Paris) et prendre le train solo est toujours une gageure. Le rapport de 2019 de la SNCF sur le sujet s'enorgueillit de moult succ&#232;s, mais lorsque l'on se plonge dans le d&#233;tail le r&#233;sultat donne envie de hurler : seules 30 % des 968 gares concern&#233;es par la loi sont d&#233;sormais accessibles aux personnes &#224; mobilit&#233; r&#233;duite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le militantisme handi, la trahison de la promesse gouvernementale a eu un effet d&#233;tonateur. Ces derni&#232;res ann&#233;es, elles et ils sont de plus en plus nombreux &#224; porter, en paroles et en actes, un rageur d&#233;sir d'&#233;galit&#233; et d'autonomie. Entre revendications th&#233;oriques et d&#233;sob&#233;issance civile, de nouvelles voix (souvent jeunes et tr&#232;s souvent f&#233;minines) sont venues positionner les personnes handies sur le front des combats sociaux et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bloquer l'a&#233;roport&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;&#233;e en 2001, Handi-Social &#233;tait initialement une association d'&#171; &lt;i&gt;entraide et de d&#233;fense des droits des personnes en situation de handicap ou de maladies invalidantes&lt;/i&gt; &#187;, aidant nombre d'handicap&#233;&#183;es &#224; faire valoir leur droit &#224; une allocation. Lass&#233;e des multiples atermoiements des politiques, l'asso a radicalis&#233; ses objectifs et annonc&#233; en 2018 qu'elle cessait &#171; &lt;i&gt;la d&#233;fense des droits individuels pour se recentrer sur le militantisme et l'action de d&#233;fense collective&lt;/i&gt; &#187;, sans exclure de recourir &#224; &#171; &lt;i&gt;l'action coup de poing&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 octobre 2018, Handi-Social organisait le blocage du d&#233;part d'un TGV en gare de Toulouse pour protester contre l'inaction de la SNCF. Rebelote deux mois plus tard : des militant&#183;es en fauteuil roulant s'invitaient sur le tarmac de l'a&#233;roport Toulouse-Blagnac. Ces actions fortes auront deux cons&#233;quences : une heureuse (la SNCF a acc&#233;l&#233;r&#233; son processus de mise en conformit&#233; de la gare), l'autre judiciaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 23 mars 2021, seize militant&#183;es &#233;taient convoqu&#233;&#183;es au tribunal suite aux plaintes de la SNCF, Air France, Airbus et A&#233;roport de Toulouse, dont les avocats r&#233;clament des d&#233;dommagements &#233;quivalents &#224; plusieurs ann&#233;es d'allocations adultes handicap&#233;s. Comme le rapporte France 3 Occitanie sur son site internet&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Personnes handicap&#233;es : le proc&#232;s &#224; Toulouse vire &#224; l'absurde et devient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, les pr&#233;venu&#183;es ont profit&#233; de l'audience pour faire le proc&#232;s d'une &#171; &lt;i&gt;justice incapable de s'adapter aux n&#233;cessit&#233;s d'accueil des handicap&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. D'abord, l'ascenseur, &#171; &lt;i&gt;pas aux normes, ne permet pas aux utilisateurs de s'en servir seuls&lt;/i&gt; &#187;. Quelqu'un avait besoin d'un interpr&#232;te pour s'exprimer : il n'y en avait pas. Aucune assistance pr&#233;vue non plus pour aller aux toilettes : &#171; &lt;i&gt;J'ai de la pisse plein les chaussures&lt;/i&gt; &#187;, disait, en pleurs, une des personnes concern&#233;es&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233;e sur Twitter par la journaliste Lola Cros.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le procureur a requis des peines de prison avec sursis (entre trois et huit mois). D&#233;lib&#233;r&#233; le 4 mai.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une lutte intersectionnelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2016, le Clhee (Collectif lutte et handicaps pour l'&#233;galit&#233; et l'&#233;mancipation) annonce sa naissance dans un manifeste puissant : &#171; &lt;i&gt;Notre combat est politique dans la mesure o&#249; nous savons qu'il est indissociable de celui qui vise &#224; transformer en profondeur la soci&#233;t&#233; pour restaurer la justice sociale et l'&#233;galit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Et les militant&#183;es d'ajouter que leur lutte est &#171; &lt;i&gt;n&#233;cessairement f&#233;ministe, antiraciste, anticapitaliste, anti-imp&#233;rialiste, anticolonialiste et internationaliste&lt;/i&gt; &#187;. Aussi, c'est plut&#244;t sur le terrain des mots et des id&#233;es que le Clhee croise le fer en d&#233;construisant les discours institutionnels et m&#233;diatiques, amenant dans le d&#233;bat une r&#233;flexion pouss&#233;e sur le validisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elena Chamorro, l'une des fondatrices du Clhee et r&#233;dactrice d'un blog &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; sur le sujet, rappelle la d&#233;finition qu'en donne Fiona Campbell, une chercheuse australienne en &#233;tudes critiques du handicap : &#171; &lt;i&gt;Un r&#233;seau de croyances, de processus et de pratiques qui produit un type particulier de soi et de corps (norme physique) et le projette comme parfait, sp&#233;cifique &#224; l'esp&#232;ce, et donc essentiel et compl&#232;tement humain. Le handicap est alors un &#233;tat inf&#233;rieur de l'&#234;tre humain.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Blog d'Elena Chamorro, post du 12 octobre 2020, &#171; Le validisme. Entretien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187; Au m&#234;me titre que le racisme ou le sexisme, le validisme impose ainsi &#171; &lt;i&gt;une inf&#233;riorisation construite &#224; partir d'un id&#233;al ou d'une norme&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;coule toute une logique du traitement des personnes handies que le Clhee entend remettre en cause. Au premier chef de ses revendications, la lutte pour la d&#233;sinstitutionnalisation : le placement en institut, syst&#233;matiquement privil&#233;gi&#233; par les pouvoirs publics faute d'alternative, constitue pour le Clhee &#171; &lt;i&gt;une s&#233;gr&#233;gation sociale et spatiale inacceptable &lt;/i&gt;[qui]&lt;i&gt;, par son fonctionnement en vase clos et la faiblesse des contr&#244;les ext&#233;rieurs, favorise &#233;galement les situations d'abus, d'exploitation salariale, d'atteintes &#224; la vie priv&#233;e et de maltraitance.&lt;/i&gt; &#187; La lutte du collectif pour la d&#233;fense de la vie autonome passe donc en partie par la d&#233;nonciation du r&#244;le des associations gestionnaires&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sp&#233;cialis&#233;es par type de handicap, elles g&#232;rent de nombreux services et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, qui &#171; &lt;i&gt;ont amplement d&#233;montr&#233; les limites de leurs actions, si ce n'est leur inefficience&lt;/i&gt; &#187; et sont, selon le Clhee, coupables de ne pas &#171; &lt;i&gt;d&#233;noncer l'incurie des politiques publiques en mati&#232;re de handicap&lt;/i&gt; &#187; et d'avoir choisi &#171; &lt;i&gt;de r&#233;guler et de main&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;tenir l'ordre social existant&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Antivalidisme et f&#233;minisme&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Suivant la piste trac&#233;e par le Clhee, un autre collectif voit le jour en 2018, dans l'effervescence des manifestations en soutien aux femmes victimes de violences sexuelles et sexistes. Constatant l'absence de femmes handicap&#233;es, les huit fondatrices des D&#233;valideuses s'entendent alors pour porter &#171; &lt;i&gt;la parole des femmes handica&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;p&#233;es : forte, fi&#232;re, n&#233;cessaire, politique&lt;/i&gt; &#187;. Dans leur texte fondateur, elles revendiquent leur opposition &#224; une &#171; &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; inadapt&#233;e &#224; nos particularit&#233;s,&lt;/i&gt; [oscillant] &lt;i&gt;entre m&#233;connaissance, rejet, paternalisme et charit&#233;, et&lt;/i&gt; [refusant] &lt;i&gt;en r&#233;alit&#233;, sans l'admettre, de nous consid&#233;rer comme &#233;gales, adultes, capables d'autod&#233;termination&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des D&#233;valideuses s'affiche, entre autres, sur les r&#233;seaux sociaux avec la publication en 2020 d'une s&#233;rie de 31 &#171; bonnes r&#233;solutions&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233;es sur Twitter, on peut toutes les retrouver sur le blog des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187; accompagn&#233;es de textes incisifs et &#233;clairants pour battre en br&#232;che autant d'id&#233;es re&#231;ues h&#233;rit&#233;es de la pens&#233;e validiste. De &#171; &lt;i&gt;Je demande l'accord d'une personne handicap&#233;e avant de l'aider&lt;/i&gt; &#187; &#224; &#171; &lt;i&gt;Je respecte l'espace personnel des personnes handicap&#233;es&lt;/i&gt; &#187; en passant par &#171; &lt;i&gt;Je renouvelle mon stock d'insultes&lt;/i&gt; &#187;, les plumes des D&#233;valideuses interrogent et bousculent les comportements vis-&#224;-vis du handicap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celles et ceux qui ne sont pas handicap&#233;s pourront ainsi m&#233;diter sur la bonne r&#233;solution n&#176; 20, &#171; &lt;i&gt;Je ne change pas de &#8220;regard&#8221; sur le handicap&lt;/i&gt; &lt;i&gt; &#187; : &#171; &lt;/i&gt; &lt;i&gt;Parmi les expressions les plus &#233;cul&#233;es au sujet du handicap, le sempiternel &#8220;changer de regard&#8221; m&#233;rite la palme d'or. Sous des apparences bienveillantes et ouvertes &#224; la diff&#233;rence, son usage r&#233;p&#233;t&#233; est devenu &#224; force un &lt;/i&gt;running gag &lt;i&gt;dont on se passerait bien.&lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;Vous pouvez bien nous regarder sous tous les angles que vous voudrez, avec une loupe ou un objectif grand angle, notre handicap sera toujours le m&#234;me, et nos difficult&#233;s seront toujours dues avant tout &#224; la non-ad&#233;quation de nos environnements de vie.&lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;Dire qu'il faut &#8220;changer de regard sur le handicap&#8221;, cela sous-entend qu'il n'y a pas de probl&#232;me structurel, et que la majorit&#233; des probl&#232;mes viennent de l'absence de sensibilisation du public aux questions du handicap. De fait, on individualise le probl&#232;me du validisme, et on le d&#233;politise.&lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;Du coup, forc&#233;ment, on perd un peu patience. Regardez-nous comme vous voulez, de dos, de face ou de travers, mais nous ce qu'on voudrait vraiment, ce sont des actions concr&#232;tes&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Peylet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/personnes-handicapes-le-proces-a-toulouse-vire-a-l-absurde-et-devient-celui-de-l-accessibilite-de-la-justice-2013088.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Personnes handicap&#233;es : le proc&#232;s &#224; Toulouse vire &#224; l'absurde et devient celui de l'accessibilit&#233; de la justice&lt;/a&gt; &#187; (24/03/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cit&#233;e sur Twitter par la journaliste Lola Cros.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Blog d'Elena Chamorro, post du 12 octobre 2020, &#171; &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/elena-chamorro/blog/121020/le-validisme-entretien-pour-liresmo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le validisme. Entretien pour l'Iresmo.&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sp&#233;cialis&#233;es par type de handicap, elles g&#232;rent de nombreux services et &#233;tablissements subventionn&#233;s par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Publi&#233;es sur Twitter, on peut toutes les retrouver sur le blog des D&#233;valideuses, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://lesdevalideuses.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lesdevalideuses.org.&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Que fait la prison &#224; nos corps ?</title>
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		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;C'est un petit bouquin &#233;dit&#233; par le collectif anticarc&#233;ral lillois La Br&#232;che. Sous-titr&#233; &#171; Notes sur l'enfermement sensoriel &#187;, un peu de bon sens, que diable !, r&#233;unit des textes initialement publi&#233;s dans le journal du collectif, Ligne 12B, qui a paru entre 2003 et 2005. Des membres de ce collectif ainsi que des prisonniers et prisonni&#232;res y &#233;voquent comment leurs cinq sens per&#231;oivent l'univers carc&#233;ral et l'enfermement. Extraits. L'odorat &#171; La prison pue. Pue la mort. Beaucoup le disent. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/n-est" rel="tag"&gt;n'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/prison" rel="tag"&gt;prison&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-odorat" rel="tag"&gt;L'odorat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pue" rel="tag"&gt;pue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/prison-pue" rel="tag"&gt;prison pue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/taule" rel="tag"&gt;taule&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/detenu" rel="tag"&gt;d&#233;tenu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est un petit bouquin &#233;dit&#233; par le collectif anticarc&#233;ral lillois La Br&#232;che. Sous-titr&#233; &#171; Notes sur l'enfermement sensoriel &#187;, un peu de bon sens, que diable !, r&#233;unit des textes initialement publi&#233;s dans le journal du collectif, &lt;i&gt;Ligne 12B&lt;/i&gt;, qui a paru entre 2003 et 2005. Des membres de ce collectif ainsi que des prisonniers et prisonni&#232;res y &#233;voquent comment leurs cinq sens per&#231;oivent l'univers carc&#233;ral et l'enfermement. Extraits.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3621 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-1763-ffa0d.jpg?1779734599' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de LMG N&#233;vroplasticienne
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'odorat&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; La prison pue. Pue la mort. Beaucoup le disent. Mais plus directement la bouffe en d&#233;composition, celle que les d&#233;tenu&#183;es jettent par la fen&#234;tre de leur cellule, et qui pourrit au pied des murs. Elle sert de nourriture au chats, aux rats ou aux mouettes. Toute une faune qui participe, elle aussi, &#224; l'odeur d&#233;testable qui r&#232;gne autour des taules et dont les relents p&#233;n&#232;trent cellules et couloirs. &#199;a pue le renferm&#233; et la moisissure. Les chiottes &#233;videmment. La merde dont certains badigeonnent les murs. Mais aussi le d&#233;tergent. &lt;i&gt;[&#8230;] &lt;/i&gt;Odeurs corporelles aussi. Celle des cod&#233;tenu&#183;es &#233;videmment, qui peuvent &#234;tre aussi p&#233;nibles qu'agr&#233;ables ou rassurantes. Celle aussi des matons, leur haleine, f&#233;tide, lorsqu'ils vous gueulent dessus, ou l'odeur de leurs semelles lorsqu'ils vous &#233;crasent la t&#234;te par terre avant de vous foutre au mitard. Celles des auxiliaires et des diff&#233;rents intervenants ext&#233;rieurs, source de joie ou d'angoisse. Mais jamais innocentes. Le parfum discret de l'avocat bien propre sur lui. Celui de son ch&#233;ri, de sa copine, sa m&#232;re ou son enfant. Celui enfin du directeur de taule. Celui qui sent le plus fort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'ou&#239;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui frappe lorsqu'on entre en prison, c'est le bruit des portes qui claquent, celui des verrous qui se tournent derri&#232;re vous, le rythme des chasses d'eau, les braillements du personnel, le cri des d&#233;tenu&#183;es, le bruit des mouettes et des pigeons, les insultes, les t&#233;l&#233;s qui gueulent, les parloirs sauvages, les bagarres, les pri&#232;res, les crises de pleurs, la musique du voisin, l'&#233;cho dans les coursives, les structures m&#233;talliques, tous ces &#233;l&#233;ments contribuent &#224; faire de la taule une &#233;norme caisse de r&#233;sonance. &lt;i&gt;[&#8230;]&lt;/i&gt; La promiscuit&#233;, ce n'est pas seulement le regard que l'autre porte sur moi. Ce n'est pas le fait de le voir tout le temps devant ma gueule. Ce ne sont pas que ses odeurs qu'il faut supporter. Ce ne sont pas que son corps et les craintes qu'il soul&#232;ve qu'il faut &#233;viter. C'est aussi ce qu'il raconte et qu'on n'a pas forc&#233;ment envie d'entendre, ses commentaires qui vous embarquent dans des trucs que vous auriez pr&#233;f&#233;r&#233; &#233;viter, ce sont ses ronflements, sa musique, le son de sa t&#233;l&#233; ou de la console. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le go&#251;t&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le deuxi&#232;me plaisir de la vie, c'est sans doute la gastronomie. Or, en prison, on mange de la merde. Le vin et la bi&#232;re n'existent pas. On ne re&#231;oit pas de boisson aux repas de midi. &#192; la prison de Forest (ailes A et B) et &#224; Saint-Gilles (ailes C et D), &lt;i&gt;[&#8230;]&lt;/i&gt; il n'y a m&#234;me pas de robinet : on boit l'eau croupie d'une cruche. Le matin et le soir, on re&#231;oit du caf&#233;, mais il est imbuvable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Paul Depouchon, prison de Saint-Gilles, Bruxelles, f&#233;vrier 1999. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le toucher&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le toucher n'est pas absent de taule. Il est quotidien et obligatoire. Le corps en d&#233;tention est objet de suspicion jusque dans ses orifices. Les gardien&#183;nes s'emploient donc &#224; fouiller au corps chaque d&#233;tenu&#183;e &#224; l'occasion des mouvements &#224; l'int&#233;rieur de l'&#233;tablissement ou des fouilles de cellules. La fouille intime comprend souvent le touch&#233; rectal chez les hommes et vaginal chez les femmes. Cela s'accompagne de violences et de sanctions pour ceux et celles qui s'y refusent. Car l'autre versant des contacts physiques qui lient les prisonnier&#183;es aux gardien&#183;nes est la bastonnade, lorsqu'il ne s'agit pas de torture ou de viol. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La vue&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des mois d&#233;j&#224; que je ne vois plus les &#233;toiles. La lumi&#232;re des r&#233;flecteurs est trop puissante... Peut-&#234;tre que, si je m'allonge par terre, sur les dalles, et que je colle mon visage contre le mur de cette cellule, juste sous la fen&#234;tre, je pourrais chercher un angle o&#249; la lumi&#232;re soit refl&#233;t&#233;e par la vitre, et qui sait ! Je pourrais peut-&#234;tre voir quelques-uns de ces petits points brillants qui nous ont tant fait r&#234;ver... Mais j'avais oubli&#233; le barbel&#233;, au-dessus de la fen&#234;tre. Ce qui brille, ce ne sont pas les &#233;toiles. Ce sont les lames. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Idoia&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos choisis par C&#233;cile Kiefer&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Violences sexuelles : penser l'apr&#232;s</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>LMG</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>femmes</dc:subject>
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		<dc:subject>sexualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>rapport</dc:subject>
		<dc:subject>agression</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comment continuer &#224; d&#233;sirer, aimer, s'extasier apr&#232;s avoir &#233;t&#233; agress&#233;e ? Si la trace des violences ne s'efface jamais, certaines femmes parviennent &#224; tisser, autour du traumatisme, un nouveau lien avec leur sexualit&#233;. Parmi des milliers d'histoires, toutes diff&#233;rentes, celle de Fanny et celle d'Emma. On ne se remet pas d'un viol . C'est en substance ce que drainent beaucoup de discours sur les violences sexuelles. Meurtries dans leur chair, les femmes victimes n'auraient plus qu'&#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rapport" rel="tag"&gt;rapport&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/agression" rel="tag"&gt;agression&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment continuer &#224; d&#233;sirer, aimer, s'extasier apr&#232;s avoir &#233;t&#233; agress&#233;e ? Si la trace des violences ne s'efface jamais, certaines femmes parviennent &#224; tisser, autour du traumatisme, un nouveau lien avec leur sexualit&#233;. Parmi des milliers d'histoires, toutes diff&#233;rentes, celle de Fanny et celle d'Emma.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3402 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH332/-1587-36c6b.jpg?1780067530' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par LMG
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On ne se remet pas d'un viol&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s le Code p&#233;nal fran&#231;ais, &#171; tout acte de p&#233;n&#233;tration sexuelle, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. C'est en substance ce que drainent beaucoup de discours sur les violences sexuelles. Meurtries dans leur chair, les femmes victimes n'auraient plus qu'&#224; renoncer &#224; leur d&#233;sir, &#224; faire une croix sur leur plaisir. Si pour certaines, d&#233;serter ces terrains est v&#233;cu comme une n&#233;cessit&#233;, d'autres s'attellent &#224; reconstruire leur sexualit&#233; sur les ruines du traumatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas de Fanny&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et Emma qui ont accept&#233; de livrer un t&#233;moignage intime, personnel et mouvant de leur rapport au &#171; sexe &#187; apr&#232;s leur agression. De ce par quoi elles sont pass&#233;es et du terrain gagn&#233;. Des blessures jamais referm&#233;es et des cicatrices sur lesquelles veiller.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fanny a 32 ans. Elle est lesbienne. Adolescente, un homme l'agresse. Il est plus &#226;g&#233; qu'elle, elle le conna&#238;t. Elle dit &#171; non &#187;, il insiste et la force. Quelques ann&#233;es plus tard, alors que Fanny sort avec des femmes, une deuxi&#232;me rencontre tourne mal : dans l'intimit&#233;, celle qu'elle aime fait d'elle son &#171; &lt;i&gt;objet sexuel&lt;/i&gt; &#187;. Douze ans plus tard, Fanny vit aujourd'hui avec Agathe. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon entr&#233;e dans la sexualit&#233; s'est faite par un rapport non consenti impos&#233; par un homme. Je n'&#233;tais pas du tout pr&#234;te, j'ai dit &#8220;non&#8221;. Trop de fois pour ne pas &#234;tre entendue. C'&#233;tait une agression sexuelle. Je le dis comme &#231;a parce que je n'arrive pas encore &#224; parler de viol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette agression, donc, a eu un impact direct sur mon rapport aux hommes : elle a certainement r&#233;duit le champ des possibles qui n'&#233;tait d&#233;j&#224; pas bien ouvert. Est-ce que je suis gouine parce que mon premier rapport avec un mec a &#233;t&#233; celui-l&#224; ? La question peut se poser, mais je crois que les choses sont plus complexes que &#231;a. Les femmes, je les aimais bien avant ce type-l&#224;, c'est une certitude. J'ai fait un slow avec un gar&#231;on quand j'avais cinq ans qui m'avait un peu &#233;mue, mais j'embrassais d&#233;j&#224; ma meilleure amie &#224; cette &#233;poque-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette violence n'est pas &#224; l'origine de mon d&#233;sir pour les femmes, je sais qu'elle a clairement impact&#233; ma sexualit&#233;. Pendant longtemps, j'avais des angoisses &#224; chaque rapport sexuel m&#234;me si mes partenaires &#233;taient des femmes. Ce premier mec n'a pas pu me p&#233;n&#233;trer parce que je n'&#233;tais pas consentante et pendant longtemps, &#224; chaque rapport, je me disais que mon corps n'allait pas r&#233;pondre. C'&#233;tait la crainte de ne pas mouiller assez, d'avoir un vagin trop &#233;troit. Jusqu'&#224; il y a peu, je v&#233;rifiais &#224; chaque fois si j'&#233;tais assez lubrifi&#233;e. &#199;a m'arrive encore aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, cette agression a aussi peut-&#234;tre influenc&#233; d'autres choses : si les hommes ne sont pas pour moi des objets de d&#233;sir, ils peuvent &#234;tre des objets de fantasme. Je ne parlerais pas de fantasmes de viol, mais quand m&#234;me : je pense souvent &#224; des rapports costauds, j'imagine un mec qui me &#8220;chope&#8221;. Pendant un moment, c'&#233;tait tellement pr&#233;sent que je me disais que j'allais me r&#233;veiller un jour en me rendant compte que c'&#233;taient les hommes que je d&#233;sirais vraiment. Donc la violence de ce mec, elle est inscrite dans mon corps jusque dans mes fantasmes et mon d&#233;sir &#8211; qui ne se porte pas sur les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette agression, je suis sortie avec plusieurs filles. J'avais 17 ou 18 ans, c'&#233;tait une sexualit&#233; un peu timide, les d&#233;buts o&#249; tu t&#226;tonnes. Et puis &#224; 20 ans, j'ai rencontr&#233; une femme qui avait dix ans de plus que moi et qui m'a brutalis&#233;e. Cette histoire a dur&#233; dix-huit mois pendant lesquels j'&#233;tais rel&#233;gu&#233;e au rang d'objet sexuel. &#199;a m'a bris&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand &#231;a s'est termin&#233;, pendant une ann&#233;e, plus aucune femme ne pouvait me toucher. Lorsque je sentais que l'une d'elles me d&#233;sirait, je le vivais comme quelque chose de sale, d'avilissant, de dangereux. Comme je ne pouvais plus envisager une sexualit&#233; avec des femmes, je suis all&#233;e vers des rapports destructeurs. Je me retrouvais dans des lits de mecs que je ne connaissais pas et dont je n'avais pas envie. Je me mettais en difficult&#233;. Je n'en ai quasiment aucun souvenir parce que j'&#233;tais absolument trop saoule pour savoir ce que je faisais, et que je ne voulais d'ailleurs pas savoir. Quand il y a des violences sexuelles dans un rapport amoureux, &#231;a te brise au-del&#224; du corps. Cette histoire montre que les rapports lesbiens sont aussi travers&#233;s par la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette p&#233;riode, j'ai recommenc&#233; &#224; coucher avec des femmes. Sauf que je m'&#233;tais d&#233;couverte dans la sexualit&#233; avec cette femme qui m'a fait subir des pratiques violentes qui m'emmenaient au-del&#224; de ce que je d&#233;sirais, de ce que voulais et de ce que je pouvais supporter. Cette violence-l&#224; a teint&#233; ma sexualit&#233;. J'avais l'impression que c'&#233;tait &#231;a le mod&#232;le. Parce que j'avais vingt ans, qu'elle en avait trente et que pour moi c'&#233;tait une femme avec un grand &#8220;F&#8221;. Paradoxalement, apr&#232;s je m'ennuyais presque de ne pas avoir mal quand je baisais. J'ai aussi connu des rapports que je consid&#233;rais comme sexuellement puissants alors que c'&#233;taient surtout des rapports dans lesquels je n'arrivais pas &#224; dire que c'&#233;tait trop pour moi. Je travaille encore sur le fait de r&#233;ussir &#224; dire &#8220;&lt;i&gt;&#199;a, &#231;a ne me va pas&lt;/i&gt;&#8221; ou &#8220;&lt;i&gt;Pas maintenant, pas de cette mani&#232;re-l&#224;, pas autant.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; longtemps dans la fuite du lien et je laissais du coup toute la place &#224; une sexualit&#233; v&#233;n&#232;re. Je revendiquais aussi avoir besoin de sexe, je disais que je ne pouvais pas m'en passer. Un peu comme une fiert&#233; virile &#224; la con. J'ai toujours un rapport tr&#232;s angoiss&#233; &#224; la baise : si dans mon couple, ma sexualit&#233; n'explose pas tout le temps, n'est pas au premier plan, je flippe parce que &#231;a veut dire que je laisse la place &#224; autre chose, &#224; une autre forme de lien. Jusqu'&#224; il y a peu, &#231;a me travaillait tous les jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je suis avec Agathe, c'est ma premi&#232;re relation longue depuis douze ans. Je peux maintenant &#234;tre avec une femme que j'aime, la d&#233;sirer sans avoir besoin de me sentir salie ou de la salir. C'est le r&#233;sultat d'un long processus. Elle est un vrai soutien. Entre autres parce qu'elle est beaucoup plus au clair que moi avec le consentement. C'est souvent elle qui me fait remarquer qu'il y a quelque chose qui ne me va pas. Elle le voit avant que je l'exprime. Je peux dire aujourd'hui qu'il y a des choses tr&#232;s joyeuses dans ma sexualit&#233;. J'aime la libert&#233; qu'offre un rapport sexuel de lesbiennes, le fait de ne pas &#234;tre pourvue d'un p&#233;nis et de pouvoir en jouer, d&#233;placer cette question du phallus, pour de vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que la fa&#231;on dont on se remet d'un viol d&#233;pend de la fa&#231;on dont on est entour&#233;e, entendue. Chez moi le traumatisme est toujours pr&#233;sent, il y a une fissure &#224; un endroit. Tu as beau colmater, poncer, c'est toujours pr&#233;sent. Tu travailles autour de ces failles, mais ton corps imprime, c'est comme une cicatrice. Heureusement qu'on peut se retrouver avec des personnes, lesbiennes ou non d'ailleurs, qu'on peut en parler, construire un discours autour de cette question des violences sexuelles, qu'on peut s'accompagner. Il y a une vraie force puis&#233;e dans la sororit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emma a 40 ans. Elle vit avec Alex et, ensemble, ils ont une petite fille. Il y a vingt ans, un homme lui impose avec beaucoup de violence une fellation. Une exp&#233;rience douloureuse v&#233;cue &#224; un moment o&#249; son &#233;quilibre &#233;tait d&#233;j&#224; sur la tangente. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'&#226;ge de vingt ans, dans un moment d'errance li&#233; &#224; une bouff&#233;e d&#233;lirante qui a dur&#233; plusieurs mois, j'ai atterri dans le lit d'un gars rencontr&#233; dans un bar. Il a d'abord voulu me p&#233;n&#233;trer, mais &#231;a m'a fait mal. Il m'a alors attrap&#233;e par les cheveux, a plaqu&#233; sa bite dans le fond de ma gorge et a choisi la vitesse des allers-retours de ma t&#234;te le long de sa verge. J'ai pouss&#233; un tout petit &#8220;&lt;i&gt;&#192; l'aide&lt;/i&gt;&#8221; qui a arrach&#233; un rictus au mec qui dormait au sol &#224; c&#244;t&#233; du lit, et qui n'a pas boug&#233;. Puis j'ai vomi et me suis endormie. Je trouve &#231;a n&#233;cessaire de raconter ce point de d&#233;part parce que toutes les agressions sexuelles ne se ressemblent pas, et leur impact sur la personne peut parfois d&#233;pendre de la nature de l'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224;, moi, je n'avais pas v&#233;cu moult exp&#233;riences sexuelles. Du coup, &#231;a a marqu&#233; mon rapport &#224; la fellation &#8211; passage souvent oblig&#233; de la sexualit&#233; h&#233;t&#233;ro &#8211; durant de nombreuses ann&#233;es. J'ai d&#233;test&#233; &#231;a pendant longtemps, j'avais tout le temps des haut-le-c&#339;ur quand je m'y attelais. Le fantasme que manipule le porno, selon lequel il faudrait aller tr&#232;s profond, tenir la meuf par les cheveux, lui faire faire des gargarismes improbables, limite lui faire rendre ses tripes, je le trouve particuli&#232;rement abject. Et j'ai l'impression d'avoir crois&#233; pas mal de mecs qui ne l'avaient pas remis en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, comme cette agression est arriv&#233;e au d&#233;but de ma vie sexuelle, &#231;a n'a pas contribu&#233; &#224; ce que je m'&#233;panouisse vraiment de ce c&#244;t&#233;-l&#224;. Je crois qu'il m'en est rest&#233; longtemps l'id&#233;e qu'il fallait avant tout satisfaire les d&#233;sirs de l'homme, pour &#233;viter qu'il finisse par me contraindre. Je n'ai pas re&#231;u d'&#233;ducation sexuelle de la part de mes parents, pourtant f&#233;ministes. C'&#233;tait vraiment un angle mort total, je n'&#233;tais pas outill&#233;e pour me sentir puissante dans ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi dire que dans la d&#233;cennie qui a suivi cette agression, j'ai fait plusieurs passages en h&#244;pital psychiatrique et que j'ai pris un antipsychotique qui m'a fait prendre beaucoup de poids, qui a maintenu mon corps et mes sensations &#224; distance, faisant piquer ma libido en rase-mottes. Je couchais ou avais des histoires affectives avec des gens aussi perdus que moi, et le besoin de tendresse primait largement sur celui de jouir. Pendant longtemps, j'ai eu l'impression de ne pas savoir faire du sexe, un truc d'incapacit&#233;, de handicap, une vision n&#233;gative de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je couchais avec quelqu'un, c'&#233;tait plus pour satisfaire des attentes sociales. Le sexe &#233;tait pour moi quelque chose d'assez plastique, sans affect, assez routinier au final : on s'embrasse avec la langue, il me pelote les seins, je lui embrasse la bite, il me p&#233;n&#232;tre, et puis voil&#224; c'est fini. Outre les probl&#232;mes de libido impos&#233;s par le m&#233;doc, je pense que cette agression &#224; 20 ans m'a un peu p&#233;t&#233;e dans mon &#233;lan. Qu'elle a mis de l'ins&#233;curit&#233; dans mon rapport au sexe, qu'elle a impact&#233; ma confiance en moi-m&#234;me. Grosso modo, la morale de l'histoire &#233;tait &#8220;&lt;i&gt;Si le mec n'est pas content, tu risques de passer un sale quart d'heure.&lt;/i&gt;&#8221; Ce qui ne me poussait pas &#224; mettre mon plaisir au centre, &#224; l'&#233;panouir, &#224; jouer et &#224; jouir. C'est parce que j'ai rencontr&#233; quelqu'un qui m'y invitait et qui me mettait en confiance pour le faire que j'ai pu remettre de l'&#233;vidence dans la recherche de mon plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette agression a aussi peut-&#234;tre eu un autre impact : ce n'est pas tr&#232;s &#233;tonnant, mais il n'y a pas de fellation dans mes fantasmes. Que ce soit dans ceux dans lesquels je me visualise en homme comme dans ceux dans lesquels je suis une femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai commenc&#233; &#224; reprendre de la ma&#238;trise sur ma vie en g&#233;n&#233;ral, apr&#232;s le long cycle des passages en HP et des lentes reconstructions, j'ai eu envie de rouvrir ce chantier du sexe. &#201;tonnamment c'est un bouquin qui m'a aid&#233;e, alors que je ne suis pas du tout habitu&#233;e &#224; ce genre de litt&#233;rature &#8220;d&#233;veloppement personnel&#8221;. Il &#233;tait biface : au recto, un guide de la fellation, au verso, un guide du cunnilingus. C'&#233;tait hyper h&#233;t&#233;rocentr&#233;, tr&#232;s romantique dans l'approche de l'acte, avec plein de m&#233;taphores &lt;i&gt;too much&lt;/i&gt;, mais &#231;a m'a aussi aid&#233;e &#224; ne plus voir le phallus comme un marteau-pilon, mais plut&#244;t comme un organe sensible, avec ses zones appelant de la d&#233;licatesse et de l'expertise. La fellation est devenue un acte ludique, o&#249; je restais ma&#238;tresse des choses que je voulais faire ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui je suis avec Alex. C'est moi qui l'ai dragu&#233; effront&#233;ment. Je lui ai rapidement parl&#233; de mon agression sexuelle, qui avait eu lieu douze ans auparavant. J'avais besoin d'&#234;tre sinc&#232;re, de vite expliciter mes zones d'inconfort pour qu'il ne m'y m&#232;ne pas direct, par maladresse. &#199;a a &#233;t&#233; un peu trop abrupt, comme un abordage un peu violent dans une histoire d'amour. Je ne mesurais pas tout ce que &#231;a allait pouvoir brasser chez lui. Du coup, il a eu besoin de me mettre &#224; distance tr&#232;s vite, pour mieux re&#8202;ve&#8202;nir vers moi au bout de quelques semaines, quand &#231;a s'&#233;tait apais&#233; pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ose esp&#233;rer que si j'avais d&#233;marr&#233; ma sexualit&#233; autrement, j'aurais pu plus vite faire de ma jouissance un axe central de mes pratiques sexuelles, et donc identifier plus rapidement les endroits o&#249; je n'avais pas envie d'aller. Il m'arrive encore des fois de dire apr&#232;s coup &#8220;&lt;i&gt;&#199;a m'a fait un peu mal, mais je ne voulais pas t'interrompre parce que tu avais l'air bien.&lt;/i&gt;&#8221; Alors m&#234;me qu'entendre l'autre dire la m&#234;me chose me r&#233;vulse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cette id&#233;e qu'on ne se remettrait pas d'un viol. Je ne me sens pas forc&#233;ment l&#233;gitime &#224; poser un regard dessus parce que j'ai l'impression d'avoir v&#233;cu plut&#244;t une agression sexuelle qu'un viol. Mais si j'ai &#233;t&#233; viol&#233;e et que j'ai une sexualit&#233; &#233;panouie derri&#232;re, alors quoi ? Cela sous-entend que je n'ai pas &#233;t&#233; vraiment viol&#233;e, pour m'en remettre si facilement ? C'est ultra d&#233;primant dans ce que &#231;a a de cat&#233;gorique, de d&#233;finitif aussi : cela revient &#224; dire que d&#232;s mes vingt ans, je pouvais faire une croix sur une vie sexuelle riche et &#233;panouissante. Heureusement que la vie est plus complexe que &#231;a. Dans mon cas, l'enjeu est plut&#244;t de ne pas d&#233;serter le terrain, de me r&#233;p&#233;ter que jouir c'est important et qu'il faut se donner les moyens d'y arriver, sans le vivre comme un truc martial, mais comme un truc auquel j'ai droit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Cet article est extrait d'un dossier de 17 pages consacr&#233; aux sexualit&#233;s, publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 189 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (juillet-ao&#251;t 2020). Voir &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no188' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le sommaire&lt;/a&gt; du journal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'apr&#232;s le Code p&#233;nal fran&#231;ais, &#171; &lt;i&gt;tout acte de p&#233;n&#233;tration sexuelle, de quelque nature que ce soit, commis sur la personne d'autrui par la violence, contrainte, menace ou surprise est un viol&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tous les corps sont d&#233;sirables</title>
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		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; qui exclut les corps qu'elle consid&#232;re comme dysfonctionnels, la question de l'assistanat sexuel divise. Entre ceux qui associent ce service &#224; de la prostitution et ceux qui consid&#232;rent qu'il rentre dans le cadre de la compensation du handicap, des voix s'&#233;l&#232;vent et avancent d'autres arguments &#8212; ou affirment que ce d&#233;bat est avant tout un &#233;cran de fum&#233;e. Tour d'horizon. &#171; Force est de constater qu'il n'y a que deux sujets qui passionnent et excitent les personnes valides (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no189-juillet-aout-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;189 (juillet-ao&#251;t 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Collectif-lutte" rel="tag"&gt;Collectif lutte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; qui exclut les corps qu'elle consid&#232;re comme dysfonctionnels, la question de l'assistanat sexuel divise. Entre ceux qui associent ce service &#224; de la prostitution et ceux qui consid&#232;rent qu'il rentre dans le cadre de la compensation du handicap, des voix s'&#233;l&#232;vent et avancent d'autres arguments &#8212; ou affirment que ce d&#233;bat est avant tout un &#233;cran de fum&#233;e. Tour d'horizon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Force est de constater qu'il n'y a que deux sujets qui passionnent et excitent les personnes valides nous concernant : nous aider &#224; mourir ; nous aider &#224; b*****&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Comment faire diversion : la strat&#233;gie politique du cul &#187;, Elisa Rojas, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, s'indignait Elisa Rojas, membre du Collectif lutte et handicaps pour l'&#233;galit&#233; et l'&#233;mancipation (CHLEE), en f&#233;vrier dernier. La secr&#233;taire d'&#201;tat charg&#233;e du handicap, Sophie Cluzel, venait de proposer de l&#233;galiser l'assistance sexuelle pour les personnes handicap&#233;es. Une pratique autoris&#233;e en Suisse et en Allemagne, mais interdite en France car assimil&#233;e &#224; de la prostitution &#8211; ce qui n'emp&#234;che pas qu'elle y existe en dehors de tout cadre l&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3404 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH635/-1589-be353.jpg?1779603212' width='400' height='635' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par LMG
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je ne peux &#234;tre ni pour, ni contre l'assistanat sexuel, la probl&#233;matique est complexe, mais il faut bien prendre en compte la question des personnes qui n'ont aucune possibilit&#233; d'acc&#232;s &#224; leur corps&lt;/i&gt; &#187;, expose Milena, militante du Planning familial de Marseille. Intervenante sur les questions de sexualit&#233; et de handicap, Milena n'oublie pas que cette question se pose dans une soci&#233;t&#233; intrins&#232;quement validiste. Le corps valide et en bonne sant&#233; reste le standard, quand ceux qui sont moins norm&#233;s continuent d'&#234;tre stigmatis&#233;s, d&#233;nigr&#233;s. Infantilis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour certaines personnes concern&#233;es, ce sont les bases m&#234;mes de ce d&#233;bat qui posent probl&#232;me. R&#233;mi Gendarme-Cerquetti, do&#8202;cumentariste et auteur du puissant pamphlet &lt;i&gt;Je n'accepterai aucune assistante sexuelle si lui faire l'amour ne la fait pas elle-m&#234;me trembler de plaisir &lt;/i&gt;(&#233;ditions FLBLB, 2014), s'oppose ainsi &#224; l'id&#233;e &#171; &lt;i&gt;essentialisante&lt;/i&gt; &#187; selon laquelle la sexualit&#233; est &#171; &lt;i&gt;une probl&#233;matique &#224; prendre plus sp&#233;cifiquement pour une personne handicap&#233;e que pour une personne valide&lt;/i&gt; &#187;. Et l'auteur, t&#233;trapl&#233;gique, de pr&#233;ciser son propos : &#171; &lt;i&gt;Amiti&#233;, amour, s&#233;duction, sexualit&#233;... Nous sommes tou&#183;tes confront&#233;.es aux diff&#233;rentes probl&#233;matiques que conna&#238;t le monde, et d'autres personnes l'ont parfois &#233;t&#233; beaucoup plus violemment que moi.&lt;/i&gt; &#187; R&#233;mi Gendarme-Cerquetti va m&#234;me plus loin, en affirmant que la focalisation m&#233;diatique sur l'accompagnement sexuel d&#233;tourne l'attention d'autres probl&#232;mes essentiels : &#171; &lt;i&gt;Il est facile de faire de jolis reportages France 3 en montrant un.e travailleur.se du sexe qui vient branler un.e gentil.le handicap&#233;.e. &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;Mais pour l'extr&#234;me pauvret&#233;, l'isolement social absolu, la maltraitance subis par les personnes handicap&#233;es, on fait quoi ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Normaliser la sexualit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#233;mi Gendarme-Cerquetti s'est senti profond&#233;ment bless&#233; lorsqu'il a entendu parler de ce projet, qu'il consid&#232;re comme d&#233;shumanisant : &#171; &lt;i&gt;Dire qu'on va mettre en place de l'accompagnement sexuel &#224; destination des personnes handicap&#233;es, c'est dire que leurs corps, &#224; cause de leur handicap, les disqualifient. Il en r&#233;sulte forc&#233;ment une ode au corps valide comme seul corps valable.&lt;/i&gt; &#187; La logique sur laquelle repose ce type de service serait en quelque sorte la suivante : les personnes handicap&#233;es doivent avoir droit &#224; un assistant sexuel parce qu'elles n'ont plus aucun espoir de s&#233;duire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des opposants &#224; l'assistance sexuelle consid&#232;rent &#233;galement que cette pratique v&#233;hicule l'image du corps valide comme &#233;tant le seul &#224; pouvoir procurer du plaisir. No An&#8202;ger, blogueuse f&#233;ministe et handicap&#233;e physique, trace m&#234;me un pertinent parall&#232;le entre la pr&#233;tendue passivit&#233; du corps f&#233;minin et celle du corps handicap&#233; : &#171; &lt;i&gt;L'activit&#233; du valide ou de l'homme va permettre l'exploration d'un corps passif qui se m&#233;conna&#238;t.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; De la masturbation et autres consid&#233;rations sexuelles &#187;, Amongestedefendant.wo&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique concernant l'assistanat sexuel va encore plus loin. Aux yeux de nombre de ses d&#233;tracteurs, il homog&#233;n&#233;iserait et aseptiserait la sexualit&#233; des personnes handicap&#233;es. Pour R&#233;mi Gendarme-Cerquetti, cet accompagnement v&#233;hicule une moralisation de la sexualit&#233;, l'imposition de &#171; bonnes pratiques &#187; sexuelles, de d&#233;sirs l&#233;gitimes. Autrement dit, une sexualit&#233; s&#233;curis&#233;e qui nie la part de troubles, d'exp&#233;rimentations, d'exc&#232;s que le sexe peut porter : &#171; &lt;i&gt;Ce projet est bas&#233; sur une sexualit&#233; &#233;minemment normative. L'id&#233;e est de &#8220;faire comme&#8221;. Comme les autres, les valides, dans les pubs et les s&#233;ries. J'affirme qu'il en faut plus que &#231;a pour rendre les gens libres et autonomes&lt;/i&gt;. &#187; S'ajoutant &#224; la marginalisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e dont sont victimes les personnes handicap&#233;es, ce service pourrait les enfermer dans une sexualit&#233; de seconde zone. Honteuse et tarif&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un lien ambigu avec la prostitution&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat autour de l'assistanat sexuel a un aspect hypocrite. Il serait en effet paradoxal de l&#233;galiser cette activit&#233; tout en continuant &#224; traquer les prostitu&#233;s et leurs clients. &#171; &lt;i&gt;Si l'assistance sexuelle est du soin, alors la prostitution l'est aussi, &lt;/i&gt;estime Kristin, ex-assistante sexuelle.&lt;i&gt; Et si elle l'est, alors chacun, valide ou non, a le droit de se faire soigner, non&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Alors, les prostitu&#233;s aussi sont des param&#233;dicaux et devraient &#234;tre reconnus.&lt;/i&gt; &#187; Et Kristin de souligner l'&#233;pineuse contradiction que pose cet aspect du d&#233;bat. Selon elle, certains se disent : &#171; &lt;i&gt;J'ai bonne conscience parce que je suis contre la prostitution (l'exploitation du corps de la femme)&lt;/i&gt; &#187; tandis que d'autres raisonnent &#224; partir du handicap : &#171; &lt;i&gt;J'ai bonne conscience parce que je permets aux personnes handicap&#233;es d'avoir une sexualit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des voix s'&#233;l&#232;vent &#233;galement pour d&#233;noncer la misogynie qui accompagne souvent l'id&#233;e de l'assistance sexuelle. Parmi elles, les militants de CHLEE qui, dans leur &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, affirment que &#171; &lt;i&gt;comme la prostitution, le syst&#232;me s'adresserait d'abord aux hommes handicap&#233;s qui feraient le m&#234;me raisonnement que les clients de prostitu&#233;s&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : leurs besoins sexuels sont irr&#233;pressibles et vitaux.&lt;/i&gt; &#187; D&#232;s lors, &#171; &lt;i&gt;ce serait un syst&#232;me archa&#239;que et misogyne de marchandisation du corps&lt;/i&gt; &#187;, mais cette fois-ci l&#233;galis&#233;. Une hypoth&#232;se que Kristin corrobore au vu de son exp&#233;rience de l'assistanat sexuel : &#187; &lt;i&gt;Tous mes clients n'&#233;taient pas des hommes, mais ces derniers &#233;taient tout de m&#234;me la majorit&#233;. Je pense que cette situation est due au fait que les femmes ne songent pas &#224; faire appel &#224; ce service et/ou qu'elles n'y ont pas acc&#232;s financi&#232;rement. De plus, pour les femmes, recevoir un homme peut &#234;tre associ&#233; au danger.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une histoire d'assistante sexuelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Kristin a effectu&#233; des prestations sexuelles de fa&#231;on occasionnelle, quatre fois par mois pendant trois ans. Sa vie sexuelle, avant, &#233;tait faite de rencontres furtives &#171; &lt;i&gt;sur le mode Tinder, mais sans l'application&lt;/i&gt; &#187;. Kristin le dit sans d&#233;tour : &#171; &lt;i&gt;J'ai une addiction au sexe.&lt;/i&gt; &#187; Un jour, elle a d&#233;couvert qu'une association belge proposait une formation &#224; l'accompagnement sexuel des personnes handicap&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Cette formation a constitu&#233; une solution &#224; mon probl&#232;me de libido d&#233;bordante. Une solution ad&#233;quate, c'est-&#224;-dire s&#233;cure et qui pr&#233;serve mon int&#233;grit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Kristin d&#233;crit la profonde lib&#233;ration que cette exp&#233;rience lui a apport&#233;e, notamment sur son rapport aux corps et &#224; la norme : &#171; &lt;i&gt;J'ai acquis la connaissance intime que le plaisir sexuel ne rel&#232;ve pas de l'attirance physique. N'importe qui peut s'av&#233;rer &#234;tre un partenaire sexuel satisfaisant. Petit, ob&#232;se, maigre, chauve, valide ou non, amput&#233;, atrophi&#233;, en chaise, avec des b&#233;quilles, une proth&#232;se&#8230; tout cela n'a aucune importance. Seule la qualit&#233; de la communication compte.&lt;/i&gt; &#187; Ces rencontres l'ont aussi aid&#233;e, en tant que femme, &#224; davantage formuler son consentement et ses d&#233;sirs, tout en &#233;tant &#224; l'&#233;coute de ceux de ses clients : &#171; &lt;i&gt;J'ai appris &#224; verbaliser les actes, &#224; demander, &#224; consentir, &#224; refuser, &#224; mettre des limites.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;St&#233;phanie, d&#233;cid&#233;e &#224; faire la formation d'assistante sexuelle en France, a quant &#224; elle rebrouss&#233; chemin. Elle explique qu'au d&#233;part, le cadre lui semblait rassurant, professionnel, qu'il y avait une r&#233;flexion sur les implications affectives et les motivations du candidat. Mais la rencontre avec R&#233;mi Gendarme-Cerquetti et la lecture de son pamphlet contre l'assistanat sexuel ont profond&#233;ment boulevers&#233; sa vision du handicap : &#171; &lt;i&gt;J'ai compris que la formation et le statut d'assistante sexuelle proposaient une vision aseptis&#233;e et &lt;/i&gt;safe&lt;i&gt; de la sexualit&#233;. Une forme de &#8220;service&#8221; assez jud&#233;o-chr&#233;tien, de sacrifice pour les &#8220;pauvres handicap&#233;s&#8221;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;ducation, autonomie et sextoys&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il existe diff&#233;rentes approches de l'accompagnement sexuel. Celle qui est d&#233;fendue en Espagne par le projet &#171; Tus manos, mis manos &#187; (&#171; Tes mains, mes mains &#187;) trace un cadre pr&#233;cis, o&#249; l'accompagnant sexuel n'apporte qu'une aide technique : &#171; &lt;i&gt;Le travail de l'assistant ne consiste ni &#224; exciter la personne assist&#233;e, ni &#224; s'exciter elle-m&#234;me ou &#224; ressentir du plaisir,&lt;/i&gt; lit-on sur le site internet du projet&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Asistenciasexual.org.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. Il ne s'agit pas non plus d'&#233;du&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;quer ou de r&#233;aliser une intervention th&#233;rapeutique. L'intervention de l'assistant est purement instrumentale.&lt;/i&gt; &#187; Responsable de &#171; Tus manos, mis manos &#187;, Antonio Centeno ne con&#231;oit ce service qu'&#224; destination des personnes n'ayant pas acc&#232;s &#224; leur propre corps &#8211; ou pour des couples ne pouvant pas avoir de relation sexuelle sans l'aide d'un tiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cor&#233;alis&#233; en 2015 par Antonio Centeno, l'excellent documentaire &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://vimeo.com/123177395&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Yes we fuck !&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; aborde, sans d&#233;tour et de fa&#231;on crue, la question de la sexualit&#233; des personnes handicap&#233;es (dans le film, le handicap est appel&#233; &#171; diversit&#233; fonctionnelle &#187;). Il met en lumi&#232;re le manque profond de repr&#233;sentation &#233;rotique ou pornographique des personnes handicap&#233;es dans notre soci&#233;t&#233;. On y voit, &#224; la fin, une vid&#233;o pr&#233;sentant une s&#233;ance d'accompagnement sexuel. &#171; &lt;i&gt;C'est fondamental qu'il y ait du feeling entre toi et moi&lt;/i&gt; &#187;, explique Soledad &#224; Teo, la personne qui l'assiste. Teo s'empare de la main de Soledad et l'aide &#224; se parcourir. Pour la premi&#232;re fois, Soledad d&#233;couvre la sensation de ses cheveux, de son visage, de ses t&#233;tons. L'&#233;change est beau. Respectueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son pamphlet, R&#233;mi Gendarme-Cerquetti d&#233;fend la cr&#233;ation de &lt;i&gt;sextoys&lt;/i&gt; adapt&#233;s permettant aux personnes handicap&#233;es de se masturber de mani&#232;re autonome : &#171; &lt;i&gt;Pourquoi un aide m&#233;dico-psychologique ne pourrait-il pas sortir un tel sextoy adapt&#233; d'un tiroir avant que la personne concern&#233;e ne passe une soir&#233;e d'extase&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Il s'agirait alors que le personnel soignant accepte simplement de nettoyer l'objet quelques heures plus tard.&lt;/i&gt; &#187; Une id&#233;e que porte aussi Milena avec le Planning familial, notamment en r&#233;ponse &#224; des cas comme celui de l'adolescent &#171; soulag&#233; &#187; par sa grand-m&#232;re&lt;i&gt; [voir&lt;/i&gt; &lt;i&gt;encadr&#233;]&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Si des sextoys &#233;taient rembours&#233;s par la S&#233;cu pour certaines personnes handicap&#233;es, on pourrait peut-&#234;tre &#233;viter ce genre de situation.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est s&#251;re : le d&#233;bat sur l'assistanat sexuel reste et restera &#233;pineux. &#171; &lt;i&gt;En France, on n'est pas m&#251;r pour &#231;a, &lt;/i&gt;opine Milena. &lt;i&gt;Tant qu'on n'aura pas fait de l'&#233;ducation &#224; la sexualit&#233; d&#232;s le plus jeune &#226;ge et qu'on n'aura pas donn&#233; la possibilit&#233; aux gens de choisir ce qui est bon pour eux, d'affirmer ses d&#233;sirs et son consentement, de rep&#233;rer et respecter le consentement de l'autre, de comprendre les questions de contraception et de consentement &#233;clair&#233;, ce sera un faux d&#233;bat.&lt;/i&gt; &#187; L'&#233;ducation sexuelle, notre rapport au sexe, &#224; la pr&#233;tendue normalit&#233;, l'acc&#232;s &#224; son propre corps, la d&#233;couverte de ses envies, ses d&#233;sirs, est affaire de tous, valides comme non-valides : &#171; &lt;i&gt;C'est bien &#224; l'&#233;chelle de toute une soci&#233;t&#233; qu'il faut revendiquer les id&#233;es de libert&#233;s, d'&#233;ducation et de sant&#233; sexuelles&lt;/i&gt; &#187;, nous affirme R&#233;mi Gendarme-Cerquetti. Avant de conclure : &#171; &lt;i&gt;Dans ma vie, mon handicap m'a apport&#233; autant de choses qu'il m'en a emp&#234;ch&#233;es. Sur le plan sexuel, c'est s&#251;rement identique. Aurais-je connu les personnes que j'ai rencontr&#233;es sans mon handicap&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Peut-&#234;tre que sans lui j'aurais &#233;t&#233; un as de la levrette. Je ne sais pas. J'aurais peut-&#234;tre aussi &#233;t&#233; un sale con.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile Kiefer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des violences sexuelles pass&#233;es sous silence&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si le d&#233;bat sur l'assistanat sexuel est port&#233; par un grand nombre de professionnels du handicap, c'est sans doute en partie parce qu'il leur permet de d&#233;l&#233;guer la question de la sexualit&#233; &#224; d'autres professionnels. Ce constat est dramatique pour Milena, militante au Planning familial et intervenante dans des institutions sp&#233;cialis&#233;es. Selon elle, c'est bien toutes ces structures qu'il faudrait sensibiliser &#224; la sexualit&#233; : &#171; La sexualit&#233; des personnes handicap&#233;es &#8211; mineures et majeures &#8211; reste extr&#234;mement taboue dans les institutions sp&#233;cialis&#233;es et le personnel n'est absolument pas form&#233; &#224; ces questions. Les gens ne nomment pas les parties du corps, n'ont pas int&#233;gr&#233; la question de l'intimit&#233;, du respect de l'autre, du consentement. Quand on leur dit qu'on fait de l'&#233;ducation sexuelle, ils pensent qu'on forme les personnes handicap&#233;es &#224; l'acte sexuel reproductif h&#233;t&#233;ronorm&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce manque de formation et/ou ce d&#233;ni am&#232;nent aussi parfois &#224; passer sous silence des violences sexuelles : &#171; J'ai re&#231;u un adolescent qui s'est fait masturber par sa grand-m&#232;re quand il &#233;tait en &#233;rection. Les parents ont &#233;t&#233; avertis, il n'est plus en contact avec sa grand-m&#232;re. On lui a expliqu&#233; que cela &#233;tait interdit, mais son d&#233;veloppement psychoaffectif a &#233;t&#233; effract&#233;, et maintenant, c'est difficile de pouvoir l'aider &#224; supporter la frustration, &#233;tant donn&#233; qu'il n'est pas en capacit&#233; de pouvoir se satisfaire tout seul. &#187; Par ailleurs, dans les groupes de parole que Milena anime, les t&#233;moignages de femmes handicap&#233;es victimes de violences sexuelles &#8211; dans leur famille ou au sein des institutions sp&#233;cialis&#233;es &#8211; abondent : &#171; &lt;i&gt;La majorit&#233; te raconte des incestes, des viols, dans la famille ou dans le couple, parfois c'est la premi&#232;re fois qu'elles en parlent. Quand les structures arrivent &#224; porter plainte, ce qui est rare, c'est plut&#244;t exceptionnel qu'un accompagnement adapt&#233; de la victime soit mis en place. Ils essayent plus ou moins d'&#233;loigner l'auteur de la victime, en le transf&#233;rant dans une autre structure. Si l'&#233;ducation au respect de l'autre et au consentement n'a pas &#233;t&#233; faite, il y a de fortes probabilit&#233;s que l'agresseur recommence. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un constat que partagent les militants du CHLEE, qui d&#233;noncent &#233;galement la mainmise des institutions sur la sexualit&#233; des personnes handicap&#233;es : &#171; Les institutions ont de tout temps cadr&#233; la vie intime, sexuelle et reproductive de leurs r&#233;sidents : interdiction d'avoir des relations sexuelles, st&#233;rilisations&#8230; L'assistance leur offre une nouvelle modalit&#233; de contr&#244;le des corps handicap&#233;s et de cadrage de leur sexualit&#233;. Pire encore, en proposant des formations &#8220;certifiantes&#8221; aux personnels du m&#233;dico-social qui y travaillent, en les &#8220;sensibilisant&#8221; &#224; la dimension sexuelle des personnes handicap&#233;es au lieu d'envisager en priorit&#233; une v&#233;ritable &#233;ducation sexuelle des concern&#233;s, on encourt le risque de multiplier les abus sexuels que ces milieux ferm&#233;s favorisent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://auxmarchesdupalais.wordpress.com/2020/02/10/comment-faire-diversion-la-strategie-politique-du-cul/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment faire diversion : la strat&#233;gie politique du cul&lt;/a&gt; &#187;, Elisa Rojas, &lt;i&gt;Auxmarchesdupalais.wordpress.com&lt;/i&gt; (10/02/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://amongestedefendant.wordpress.com/2015/02/24/de-la-masturbation-et-autres-considerations-sexuelles/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;De la masturbation et autres consid&#233;rations sexuelles&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Amongestedefendant.wordpress.com&lt;/i&gt; (24/02/2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://asistenciasexual.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Asistenciasexual.org&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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