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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Deux jambes sous terre</title>
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&lt;p&gt;Depuis trente ans, Hoshyar Ali d&#233;mine inlassablement les montagnes kurdes. L'ancien combattant a beau avoir perdu ses deux jambes &#224; l'ouvrage, il pers&#233;v&#232;re. Portrait. &#171; J'ai retir&#233; plus de deux millions de mines du sol &#187;, fanfaronne &#171; kak &#187; Hoshyar Ali, comme l'appellent affectueusement les habitant.es de la r&#233;gion de Halabja. Ici, au sud-est du Kurdistan irakien, pr&#232;s de la fronti&#232;re iranienne, il est devenu une c&#233;l&#233;brit&#233;. &#194;g&#233; de 56 ans, l'homme est trapu, costaud. &#192; c&#244;t&#233; du canap&#233; o&#249; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no177-juin-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;177 (juin 2019)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis trente ans, Hoshyar Ali d&#233;mine inlassablement les montagnes kurdes. L'ancien combattant a beau avoir perdu ses deux jambes &#224; l'ouvrage, il pers&#233;v&#232;re. Portrait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3049 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1283-d59f8.jpg?1780144434' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Loez
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; J&lt;/span&gt;&lt;i&gt;'ai retir&#233; plus de deux&lt;/i&gt; &lt;i&gt;millions de mines du sol&lt;/i&gt; &#187;, fanfaronne &#171; kak &#187; &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monsieur.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; Hoshyar Ali, comme l'appellent affectueusement les habitant.es de la r&#233;gion de Halabja. Ici, au sud-est du Kurdistan irakien, pr&#232;s de la fronti&#232;re iranienne, il est devenu une c&#233;l&#233;brit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#194;g&#233; de 56 ans, l'homme est trapu, costaud. &#192; c&#244;t&#233; du canap&#233; o&#249; il est assis, un tas d'explosifs d&#233;samorc&#233;s t&#233;moigne de son travail. Dans le lot, des mines antipersonnel et antichars am&#233;ricaines, russes, italiennes ou encore iraniennes ; des roquettes, des obus... Les marchands de mort du monde entier sont d&#251;ment repr&#233;sent&#233;s. Le gaillard se penche, saisit une mine en plastique beige, de la taille d'un gros beignet : &#171; &lt;i&gt;Elle a &#233;t&#233; fabriqu&#233;e en Italie. C'est une comme &#231;a qui m'a pris ma premi&#232;re jambe en 1989.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Contre Saddam Hussein&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Trois ans plus t&#244;t, en 1986, Hoshyar s'&#233;tait engag&#233; avec les &lt;i&gt;peshmergas&lt;/i&gt; de l'Union patriotique du Kurdistan, qui luttaient contre le r&#233;gime de Saddam Hussein, sous le commandement de Jalal Talabani et Nechirvan Mustafa. Ses parents mourront en 1988 durant l'attaque chimique de Halabja, dans le cadre de l'op&#233;ration Anfal, lanc&#233;e par Saddam Hussein et son triste acolyte Ali Hassan al-Majid &#171; le chimique &#187; pour exterminer la population kurde dans les zones de r&#233;bellion &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon Human Rights Watch, cette attaque chimique causa au moins 3 200 morts. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, on demande des volontaires pour &#234;tre d&#233;mineurs. Une poign&#233;e d'hommes se pr&#233;sentent, dont Hoshyar. Ils sont form&#233;s rapidement en Iran avant d'entrer en action. De nuit, rampant &#224; flanc de montagne, &#233;quip&#233;s de petites pelles pour creuser, ils ouvrent la voie au reste des combattants en retirant les mines du sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au cours d'un d&#233;placement qu'une mine emporte la premi&#232;re jambe de Hoshyar. Au m&#234;me moment, il est touch&#233; par une balle d'un soldat de l'arm&#233;e irakienne. Les &lt;i&gt;peshmergas&lt;/i&gt; l'&#233;vacuent &#224; Kermanshah, en Iran, o&#249; il est soign&#233; pendant quatre mois. Quand il revient, il demande ce qu'il peut faire pour aider : on lui dit de reprendre son activit&#233; de d&#233;minage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1991, le Kurdistan irakien obtient son autonomie. Les deux grands clans, Barzani et Talabani, se partagent le pouvoir et ne tardent pas &#224; s'affronter dans une sanglante guerre civile. Pendant ce temps-l&#224;, Hoshyar continue de d&#233;miner. &#192; cause de la guerre Iran-Irak (1980-1988), les montagnes &#224; la fronti&#232;re des deux &#201;tats sont infest&#233;es de mines. Il y a aussi, plus loin dans les terres, toutes les zones pi&#233;g&#233;es par l'arm&#233;e irakienne pour lutter contre la r&#233;bellion kurde. Les mutil&#233;s sont nombreux : bergers, paysans, enfants... De 1991 &#224; 2018, l'Iraqi Kurdistan Mine Action Agency (IKMAA), organisme officiel charg&#233; du d&#233;minage, a recens&#233; plus de 13 000 victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hoshyar perd sa deuxi&#232;me jambe en 1994, alors qu'il d&#233;mine dans la r&#233;gion frontali&#232;re de Penjwin. La veille, raconte-t-il, il avait perdu un de ses enfants &#226;g&#233; de trois ans ; mais il voulut tenir sa promesse de d&#233;miner. Les habitants du coin, voyant bien qu'il n'&#233;tait pas dans son assiette, lui dirent de ne pas y aller, mais il insista...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Proth&#232;ses japonaises&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Puis une ONG nippone,&lt;i&gt; Peace winds&lt;/i&gt;, entend parler de son cas et le fait venir au Japon, dans le but de r&#233;aliser une collecte de fonds qui lui permettra de faire fabriquer sur mesure deux proth&#232;ses articul&#233;es au genou. Il reste une dizaine d'ann&#233;es au pays du Soleil-Levant, et gardera un attachement sinc&#232;re &#224; cette lointaine contr&#233;e. Sur les murs de la pi&#232;ce o&#249; il re&#231;oit, des photos lui rappellent les souvenirs de l&#224;-bas. Au-dessus du petit mus&#233;e qu'il a ouvert un peu &#224; l'&#233;cart de la ville, et dans lequel il entrepose une partie des engins d&#233;samorc&#233;s qu'il a retir&#233;s du sol afin de t&#233;moigner de la violence exerc&#233;e contre la population kurde, flotte un immense drapeau japonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste en face, sur le flanc d'une colline, deux petites tombes marquent la s&#233;pulture de ses deux jambes, &#224; c&#244;t&#233; de celle de son fils a&#238;n&#233;, mort dans un accident de voiture alors qu'il &#233;tait en route pour aider son p&#232;re. Le portrait du fiston est aussi accroch&#233; dans le 4x4 d'Hoshyar, un mod&#232;le fait sp&#233;cialement pour lui et qui lui permet d'aller partout. Sur la porti&#232;re et le coffre, il a fait &#233;crire sous des photos de mines : &#171; &lt;i&gt;I'm ready to exterminate you where ever you are.&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Je suis pr&#234;t &#224; vous exterminer o&#249; que vous soyez. &#187;&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenu au Kurdistan, Hoshyar reprend son activit&#233; de d&#233;minage et se fait tr&#232;s vite conna&#238;tre &#8211; &#233;galement parce qu'il aime mettre son travail en avant aupr&#232;s des m&#233;dias. Aux nombreux visiteurs, il montre des photos, articles et vid&#233;os sur lui. &#192; Halabja, certains magasins affichent son portrait. Des rues de petits villages o&#249; il est intervenu ont &#233;t&#233; rebaptis&#233;es de son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, on l'appelle de partout. La d&#233;marche un peu claudiquante sur ses deux proth&#232;ses, il se d&#233;place sans besoin d'aide, s'appuyant sur une canne en bois, et continue &#224; gravir les montagnes. Arriv&#233; dans une zone min&#233;e, il retire ses proth&#232;ses et rampe &#224; m&#234;me le sol pour le nettoyer. Seul. Deux de ses fr&#232;res ont &#233;t&#233; victimes des mines en l'aidant. Hoshyar ne travaille pas avec l'IKMAA, qui lui reproche son &#171; amateurisme &#187; et son individualisme. Mais pas une semaine ne passe sans qu'il &#339;uvre quelque part, d&#232;s que la m&#233;t&#233;o le permet. Il ne demande aucune r&#233;mun&#233;ration : sa pension d'ancien &lt;i&gt;peshmerga&lt;/i&gt; au grade de g&#233;n&#233;ral lui suffit. Il intervient aussi dans les &#233;coles, pour faire de la pr&#233;vention et de la formation.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Face &#224; Daech, retour au front&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand Daesh lance ses attaques contre le Kurdistan en ao&#251;t 2014, Hoshyar reprend du service : il se porte volontaire pour d&#233;miner les maisons pi&#233;g&#233;es par les djihadistes. Un travail ardu, les explosifs &#233;tant maintenant bien plus complexes que par le pass&#233;. Hoshyar manque encore d'y rester. Dans une vid&#233;o hallucinante, film&#233;e sur le t&#233;l&#233;phone d'un &lt;i&gt;peshmerga&lt;/i&gt;, on le voit au loin fuir au volant de son 4x4 un village o&#249; il travaillait seul, poursuivi par une voiture-suicide qui finit par &#234;tre d&#233;truite &#224; quelques dizaines de m&#232;tres de lui par les &lt;i&gt;peshmergas&lt;/i&gt; qui assistaient &#224; la sc&#232;ne depuis leur ligne de front. Le d&#233;mineur s'en sort simplement un peu secou&#233;, avec quelques &#233;gratignures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de Hoshyar est devenu son obsession ; il a fait sienne la mission de nettoyer les montagnes du Kurdistan de la mort &#224; retardement qui les infeste. Le d&#233;bit de ses paroles est f&#233;brile, rapide, sa voix ab&#238;m&#233;e. Ses yeux passent rapidement d'un point &#224; un autre. Outre la perte de ses deux jambes, son corps est marqu&#233; par les cicatrices de multiples blessures. Plusieurs fois, il r&#233;p&#232;te les m&#234;mes phrases, que l'ami qui traduit peine &#224; comprendre. Curieux de son hyperactivit&#233;, on lui demande quel est son secret : &#171; &lt;i&gt;&#199;a n&#233;cessite beaucoup de concentration et je suis bon pour &#231;a.&lt;/i&gt; &#187; Songe-t-il &#224; prendre sa retraite ? &#171; &lt;i&gt;Tant que le sang coule dans mes veines, je continuerai &#224; travailler. Je suis d&#233;termin&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte et photo Loez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Monsieur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon Human Rights Watch, cette attaque chimique causa au moins 3 200 morts. D'apr&#232;s diverses sources, l'op&#233;ration Anfal dans son ensemble a co&#251;t&#233; la vie &#224; pr&#232;s de 180 000 personnes et 90 % des villages kurdes de la zone vis&#233;e ont &#233;t&#233; ray&#233;s de la carte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Je suis pr&#234;t &#224; vous exterminer o&#249; que vous soyez. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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