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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Pas de mac, pas d'amarres</title>
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		<dc:creator>La Maltourn&#233;e</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Les ports, elle conna&#238;t. Depuis ses 17 ans, Delphine y vit. C'est une &#171; fille qui travaille &#187; comme elle dit. Elle est prostitu&#233;e. Dans sa bouche o&#249; le fran&#231;ais et l'espagnol sont indissociables, elle nous a racont&#233; son histoire. Aussi une histoire de la place des femmes dans les ports. Dans les ann&#233;es 1970, cette femme colombienne circule du Panama &#224; la Guyane fran&#231;aise, autour de la mer des Cara&#239;bes. Toujours, elle est rest&#233;e la m&#234;me - une femme forte, qui sait ne pouvoir compter que sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no152-mars-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;152 (mars 2017)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les ports, elle conna&#238;t. Depuis ses 17 ans, Delphine&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom qu'elle s'est choisi.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; y vit. C'est une &#171; fille qui travaille &#187; comme elle dit. Elle est prostitu&#233;e. Dans sa bouche o&#249; le fran&#231;ais et l'espagnol sont indissociables, elle nous a racont&#233; son histoire. Aussi une histoire de la place des femmes dans les ports. Dans les ann&#233;es 1970, cette femme colombienne circule du Panama &#224; la Guyane fran&#231;aise, autour de la mer des Cara&#239;bes. Toujours, elle est rest&#233;e la m&#234;me - une femme forte, qui sait ne pouvoir compter que sur elle-m&#234;me. Jamais de maquereau, ni d'amoureux, ni d'amarres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3096 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH586/-1327-2a964.jpg?1782643807' width='400' height='586' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;&#233;but des ann&#233;es 1970, Delphine doit quitter son pays natal et choisit le Venezuela voisin, o&#249; des filles lui ont dit qu'elle pourrait travailler. Il faut passer la fronti&#232;re en douce. Elles sont quatre &#224; tenter le coup, de nuit, &#224; bord de la barque d'un p&#234;cheur-passeur traversant le rio Chama. Discret. Mais pas assez. Surprises par une patrouille de police, les femmes doivent sauter &#224; l'eau. Elles parviennent finalement &#224; gagner la r&#237;ve et se mettent en marche pour El Vigia, une ville du Nord-Ouest. Elles tentent le stop mais c'est la police, dans une jeep banalis&#233;e, qui s'arr&#234;te. Les femmes sont enferm&#233;es. Maltrait&#233;es. Puis parviennent &#224; prendre la poudre d'escampette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un passage &#224; El Vig&#237;a, Delphine se rend &#224; Punto Fijo, un port p&#233;trolier au nord du pays. Elle y travaille dans un club, sur la plage, avec les marins am&#233;ricains, italiens, grecs ou chinois qui bossent sur les p&#233;troliers. Il y a du travail, certes, mais aussi une pesante pression polici&#232;re. Pour &#233;chapper aux descentes, Delphine doit se cacher dans des r&#233;servoirs d'eau. Ou encore, s'enfouir au pied des dunes de sable. Ce qui ne lui pla&#238;t vraiment pas, c'est qu'elle doit boire, encore et encore, histoire de pousser les marins &#224; faire de m&#234;me. En revanche, elle refusera toujours de toucher &#224; la drogue, partout pr&#233;sente : &#171; &lt;i&gt;Pas besoin de &#231;a pour tenir ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'endroit &#034;donde va&#034; toutes les filles &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors elle reprend la route. Direction le Panama, o&#249; la prostitution est l&#233;gale. Delphine d&#233;barque avec un contrat de travail de trois mois, qui lui donne droit &#224; un visa. Sur place, elle d&#233;couvre un syst&#232;me r&#233;gul&#233; par l'&#201;tat. Un avocat s'assure ainsi qu'elle est correctement log&#233;e et que le bar l'ayant engag&#233;e honore son contrat. &#192; la fin de celui-ci, elle est convoqu&#233;e au bureau de l'immigration pour une premi&#232;re prolongation (payante) de trois mois. Une deuxi&#232;me suivra, avant le d&#233;part forc&#233; : au bout de neuf mois, il faut quitter le pays... et en attendre six de plus avant de revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour son premier s&#233;jour, Delphine passe ces neuf mois dans le petit port de Col&#243;n (&#224; l'entr&#233;e du canal, c&#244;t&#233; Atlantique). 14 000 navires empruntant chaque ann&#233;e le canal de Panama, la client&#232;le ne manque pas. Delphine garde un bon souvenir du contr&#244;le m&#233;dical auquel elle doit se soumettre chaque semaine &#8211; &#171; &lt;i&gt; Tu y es oblig&#233;e, c'est bien. C'est l'endroit &lt;/i&gt;donde va&lt;i&gt; toutes les filles&lt;/i&gt; &#187; &#8211; du carnet de sant&#233; qui l'accompagne. Et de cette journ&#233;e d'examens approfondis, r&#233;alis&#233;s par des m&#233;decins pay&#233;s par l'&#201;tat : prise de sang, pr&#233;sentation des maladies v&#233;n&#233;riennes dans un th&#233;&#226;tre, sur grand &#233;cran, examen gyn&#233;cologique et piq&#251;re de p&#233;nicilline (&#224; titre pr&#233;ventif). En cas de probl&#232;me m&#233;dical, l'interruption de travail est obligatoire, &#171; &lt;i&gt;et c'est le gouvernement qui te soigne&lt;/i&gt; &#187;. Quant au bar, il doit veiller &#224; la bonne tenue du carnet.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pugnacit&#233; de la police&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une fois &#233;puis&#233; son quota de prolongations, Delphine s'en va. Destination Santo Domingo, d'abord. Ha&#239;ti, ensuite, pour un an. Et enfin Cura&#231;ao, une &#238;le des Antilles n&#233;erlandaises au large du Venezuela. Elle y travaille clandestinement, la prostitution &#233;tant interdite. Seule exception, un quartier r&#233;serv&#233;, pr&#232;s de l'a&#233;roport : le Campo Alegre. L'endroit, encercl&#233; de murs, se compose de dizaines de maisons o&#249; les filles sont log&#233;es &#8211; des taxis y am&#232;nent directement les &#233;quipages des bateaux. Delphine, elle, doit &#339;uvrer en cachette, dans un h&#244;tel en ville. Des conditions de travail difficiles, encore compliqu&#233;es par la pugnacit&#233; de la police n&#233;erlandaise. Il faut partir, derechef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouveau point de chute ? Le Suriname, sur les conseils d'autres filles. Delphine d&#233;barque ainsi &#224; Paramaribo, la capitale. Pour clients, elle a les marins japonais et cor&#233;ens op&#233;rant sur les crevettiers. Ils sont nombreux : la p&#234;che &#224; la crevette est depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1960 une activit&#233; florissante, que se partagent des compagnies &#233;trang&#232;res. Mais, pour celles-ci, la f&#234;te n'a qu'un temps. Elle prend fin avec l'ind&#233;pendance du Suriname en 1975, puis l'instauration en 1977 d'une zone &#233;conomique exclusive qui place les ressources marines sous contr&#244;le des &#201;tats c&#244;tiers. Les crevettiers et leurs marins mettent alors les voiles. Delphine fait de m&#234;me. Direction la Guyane fran&#231;aise et Cayenne - dont elle garde &#171; &lt;i&gt;un tr&#232;s mauvais souvenir &lt;/i&gt; &#187; - puis Kourou, &#224; l'&#233;poque base de l&#233;gionnaires. L'escale ne dure pas : &#224; Kourou, les filles ne choisissent pas les hommes avec qui elles couchent. Delphine se refuse &#224; fonctionner ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Pas un maquereau ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On the road, again&lt;/i&gt;. Retour au Panama, dans le port de Panama City cette fois, c&#244;t&#233; Pacifique, dans un gros bar. 180 filles. Les contacts entre elles sont rares, chacune veillant jalousement sur sa client&#232;le. Rapidement, Delphine choisit de ne travailler qu'avec les marins japonais. Ils la contactent directement, et elle verse une commission au bar, o&#249; elle ne descend pas. Pour beaucoup, il s'agit d'habitu&#233;s, que Delphine retrouve tous les trois mois, quand leur navire fait escale. Elle passe alors avec eux leurs quatre jours de permission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui n'ont pas de fille attitr&#233;e d&#233;barquent par taxi afin d'en s&#233;lectionner une. La sc&#232;ne se d&#233;roule au matin, les marins - tout juste descendus du bateau - sont d&#233;j&#224; en habit de travail, poisseux. Leur choix fait, ils s'en vont ; ils ne reviendront qu'en fin de journ&#233;e, &#171; &lt;i&gt;propres et beaux comme tout&lt;/i&gt; &#187;. De son c&#244;t&#233;, Delphine aura rev&#234;tu une &#233;l&#233;gante robe longue. C'est qu'il faut s'habiller pour la tourn&#233;e des grands ducs : restaurant, cin&#233;ma et casino. Les marins payent tout, lui fournissent m&#234;me l'argent pour jouer. Et les &#233;ventuels gains lui reviennent, de m&#234;me que les cadeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme du visa sonne (encore) le glas de ce s&#233;jour panam&#233;en. Retour &#224; Cura&#231;ao, cette fois avec un visa pour le quartier r&#233;serv&#233; de Campo Alegre. Delphine y retrouve des femmes colombiennes et dominicaines bossant en appartement. Et des marins toujours, qui arrivent du port en taxi. Le produit des passes est collect&#233; chaque jour par un bureau sp&#233;cial ; une fois par semaine, les filles d&#233;posent leur recette &#224; la banque. Pour &#171; &lt;i&gt;&#234;tre tranquille&lt;/i&gt; &#187;, Delphine prend aussi un &#171; &lt;i&gt;copain&lt;/i&gt; &#187;, originaire de l'&#238;le. Attention : &#171; &lt;i&gt;Un copain, pas un maquereau ! Jamais de la vie !&lt;/i&gt; &#187;, elle y tient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois nouveaux mois s'&#233;coulent, il faut repartir, d&#233;j&#224;. Loin, beaucoup plus loin. Ce sera l'Espagne, &#224; l'initiative d'une copine. Nous sommes en 1978, Delphine rejoint les ports europ&#233;ens. Une autre histoire commence.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Maltourn&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom qu'elle s'est choisi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Panama Papers : Sous le chapeau, le bas de laine</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Panama-Papers-Sous-le-chapeau-le</link>
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		<dc:date>2018-04-15T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Legars, Tristan Thil</dc:creator>


		<dc:subject>Pirikk</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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&lt;p&gt;C'est le nouveau scandale financier, la cuv&#233;e 2016. L'affaire des Panama Papers, relay&#233;e par tous les m&#233;dias, est une petite bombe &#224; fragmentation qui vient de p&#233;ter &#224; la tronche des capitalistes et politiques de tout poil. L'&#233;ni&#232;me du genre avant la prochaine ? Ce qu'on appelle les Panama Papers n'est rien de moins que 11,5 millions de fichiers qu'un consortium de journalistes d'investigation s'est procur&#233;s. Ces fichiers d&#233;taillent des informations sur plus de 214 000 soci&#233;t&#233;s offshore (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Panama-Papers" rel="tag"&gt;Panama Papers&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est le nouveau scandale financier, la cuv&#233;e 2016. L'affaire des Panama Papers, relay&#233;e par tous les m&#233;dias, est une petite bombe &#224; fragmentation qui vient de p&#233;ter &#224; la tronche des capitalistes et politiques de tout poil. L'&#233;ni&#232;me du genre avant la prochaine ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce qu'on appelle les Panama Papers n'est rien de moins que 11,5 millions de fichiers qu'un consortium de journalistes d'investigation s'est procur&#233;s. Ces fichiers d&#233;taillent des informations sur plus de 214 000 soci&#233;t&#233;s offshore ainsi que les noms des actionnaires de ces soci&#233;t&#233;s. Parmi eux, des banques, des industriels, des hommes politiques, des milliardaires ou des c&#233;l&#233;brit&#233;s. La source de ces fichiers provient d'un cabinet d'affaires panam&#233;en, Mossack Fonseca. Ce cabinet, comme tant d'autres, est l'un des rouages essentiels de la trame opaque des paradis fiscaux. Vous ne voyez pas le lien ? Normal, c'est fait pour. Mais tentons une explication par l'exemple. Vous avez de l'argent et vous trouvez que vous payez trop d'imp&#244;ts. Il faut dissimuler une partie du pactole. Vous pensez &#224; la Suisse, mais c'est une solution de moins en moins s&#251;re. Vous vous adressez donc &#224; votre avocat fiscaliste qui va vous conseiller de cr&#233;er une soci&#233;t&#233; offshore, c'est &#224; dire domicili&#233;e dans un pays &#224; la fiscalit&#233; faible, voire nulle. Votre avocat fait alors appel &#224; un cabinet charg&#233; de cr&#233;er cette soci&#233;t&#233;, comme Mossack Fonseca si vous avez choisi le Panama. Et il s'occupe des formalit&#233;s administratives dans le paradis fiscal le mieux adapt&#233; &#224; votre cas. Bref, du cl&#233;s en main option &lt;i&gt;all inclusive&lt;/i&gt; et, surtout, en toute discr&#233;tion, en vous assurant de masquer tous les liens entre vous &#8211; le propri&#233;taire r&#233;el &#8211; et la soci&#233;t&#233; qui en est le propri&#233;taire officiel. Enfin, libre &#224; vous de d&#233;poser et de disposer des fonds, tout en vous gardant bien, personne n'en doute, de vous laisser tenter par le blanchiment d'argent, la fraude fiscale ou la corruption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre plan&#232;te ? Pas du tout, c'est bien la m&#234;me o&#249; nous vivons tous, et tout cet argent qui dispara&#238;t au profit d'un petit nombre d'initi&#233;s s'&#233;vapore forc&#233;ment au d&#233;triment de beaucoup d'autres. Nous en avons discut&#233; avec le r&#233;alisateur de documentaires Jean-Robert Viallet qui, depuis de nombreuses ann&#233;es, travaille sur des th&#232;mes qui croisent ces zones grises de la finance internationale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2312 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH301/-584-6daa4.jpg?1782641292' width='400' height='301' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Pirikk.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Tu as travaill&#233; sur les affaires fran&#231;aises &#8211; Clearstream, les fr&#233;gates de Ta&#239;wan, la DCN et les attentats de Karachi &#8211; pour ta s&#233;rie documentaire &lt;i&gt;Manipulations&lt;/i&gt;. De ce fait, tu connaissais d&#233;j&#224; le syst&#232;me des paradis fiscaux. Quoi de neuf avec les Panama Papers ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Robert Viallet :&lt;/strong&gt; Cela fait un moment que l'on sait que l'&#233;vasion fiscale est colossale, mais on d&#233;couvre que le syst&#232;me est de plus en plus performant. Depuis 2008, avec la crise des subprimes, on s'est rendu compte qu'on avait un vrai probl&#232;me avec les banques, qu'elles &#233;taient complices d'organisations qui portent pr&#233;judice aux gens. On a compris qu'il y avait des truands chez les banquiers. L&#224;, avec les r&#233;v&#233;lations des Panama Papers, on se rend compte qu'il y a une horde d'individus sans conscience qui flirtent avec la criminalit&#233;. Ce sont les juristes et avocats d'affaires qui permettent aux entreprises d'organiser l'&#233;vasion fiscale, tels que le cabinet panam&#233;en Mossack Fonseca. Il y a donc un trio syst&#232;me bancaire, consultants, et avocats d'affaires qui s'organise pour exploiter les possibilit&#233;s offertes par les paradis fiscaux et se met au service de ceux qui veulent dissimuler des fonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ? Pendre les banquiers avec les tripes des avocats d'affaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La criminalit&#233; financi&#232;re est plus dure &#224; conceptualiser que, par exemple, celle de la Mafia. On s'imagine facilement d'o&#249; cet argent provient : drogue, armes, d&#233;chets&#8230; Le crime financier consiste, pour sa part, &#224; ne pas payer d'imp&#244;t, ce qui est ill&#233;gal, mais en utilisant des circuits l&#233;gaux. De fait, il n'y a pas vraiment de justice p&#233;nale pour ces crimes-l&#224;. Il s'agit plut&#244;t d'une justice transactionnelle. C'est de la n&#233;gociation. Il existe des tribunaux p&#233;naux internationaux pour les crimes de guerre. Pourquoi ne cr&#233;e-t-on pas une justice p&#233;nale internationale pour les crimes financiers ? C'est compliqu&#233; &#224; monter, mais il faut que des p&#233;nalistes, des avocats, y r&#233;fl&#233;chissent pour contrecarrer les mecs qui &#233;taient &#224; l'&#233;cole avec eux, ces super-techniciens de l'arnaque. Pour l'heure, et c'est ahurissant, on juge Antoine Deltour&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lanceur d'alerte des LuxLeaks &#8211; scandale financier mettant en lumi&#232;re les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'attend le monde politique pour agir ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont sans vision pour contrecarrer ce syst&#232;me. Avec la lib&#233;ralisation de la finance, le syst&#232;me est devenu de plus en plus performant, et les politiques de plus en plus d&#233;pass&#233;s. Ils ont une attitude moutonni&#232;re, sans vision &#233;conomique &#224; part le prisme lib&#233;ral. Le vrai courage serait de criminaliser le crime financier. Il faut les emp&#234;cher d'agir. Mais il y a trop de liens, trop d'int&#233;r&#234;ts complexes. Et puis il n'y a pas que le Panama. La City, par exemple, est la plus grande machine d'&#233;vasion fiscale europ&#233;enne. On a laiss&#233; se construire un tissu entrem&#234;l&#233;, et tout le monde a peur, en le contrecarrant, de ne plus &#234;tre comp&#233;titif. Or il faut, dans l'urgence, r&#233;guler la finance de mani&#232;re autoritaire, muscl&#233;e, despotique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple... Il n'a pas de lien avec les paradis fiscaux, mais il montre comment la finance s'immisce partout, et ce avec l'accord des hommes politiques : en Grande-Bretagne, l'universit&#233; &#233;tait gratuite. Pr&#233;tendument pour faire faire des &#233;conomies &#224; l'&#201;tat, elles sont devenues payantes il y a une dizaine d'ann&#233;es. Les frais d'inscription sont pass&#233;s &#224; 9 000 livres. Il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de faire des pr&#234;ts d'&#201;tat aux &#233;tudiants pour qu'ils puissent payer. Dans le contrat, il est stipul&#233; qu'ils doivent rembourser &#224; partir du moment o&#249; ils gagnent au moins 30 000 livres par an. Les premi&#232;res &#233;tudes pr&#233;voyaient que 25 % des &#233;tudiants ne gagneraient pas cette somme et ne pourraient pas rembourser. En 2015, ils &#233;taient plus de 47 % ! L'&#201;tat s'est donc retrouv&#233; &#224; supporter une dette qui lui co&#251;te plus cher que le financement de l'enseignement sup&#233;rieur &#224; l'&#233;poque o&#249; celui-ci &#233;tait gratuit. Et qu'a-t-il &#233;t&#233; propos&#233; ? De revendre cette dette au priv&#233;, en la mixant avec d'autres produits sur les march&#233;s. Ce n'est rien moins que les subprimes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cet argent qui &#233;chappe &#224; l'imp&#244;t, quelles cons&#233;quences cela a-t-il sur notre quotidien ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes &#224; un moment de convergence d'une crise &#233;conomique, d'une crise de la dette et d'une crise &#233;cologique. Pour la premi&#232;re fois de l'histoire, on a les trois. Si cet argent revenait &#224; l'&#201;tat, il irait au bien commun. Cela permettrait d'aider la Gr&#232;ce, de continuer &#224; financer la culture&#8230; En somme, de redistribuer l'argent. Car cet argent qui dispara&#238;t dans les paradis fiscaux, il est li&#233; au travail, il est produit par l'activit&#233; d'individus. Les entreprises qui d&#233;fiscalisent viennent du b&#226;timent, de l'&#233;nergie, de l'armement, de l'automobile. Cela ne concerne pas seulement l'argent de la sp&#233;culation. L'essentiel de la richesse &#233;conomique est encore produit par l'exploitation des salari&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lanceur d'alerte des LuxLeaks &#8211; scandale financier mettant en lumi&#232;re les pratiques d'&#233;vitement fiscal mises en &#339;uvre au Luxembourg et dans d'autres pays &#8211; poursuivi par la justice luxembourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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