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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Infirmier, un si beau m&#233;tier</title>
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		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Des services d'urgences en gr&#232;ve , des soignants essor&#233;s et des infirmiers r&#233;quisitionn&#233;s par des policiers. Chez les professionnels du soin, le mal-&#234;tre est palpable. Ma&#235;lle, une infirmi&#232;re en psychiatrie qui a cess&#233; d'exercer il y a un an, raconte son rapport intime &#224; un boulot qui aurait pu la broyer. Ma&#235;lle &#233;tait infirmi&#232;re. Mais &#224; trente-cinq ans, apr&#232;s cinq ann&#233;es de bons et loyaux services au sein d'un h&#244;pital psychiatrique de Bretagne, elle a arr&#234;t&#233; de travailler. Son dix-neuvi&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no179-septembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;179 (septembre 2019)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des services d'urgences en gr&#232;ve &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;217 au 19 ao&#251;t d'apr&#232;s Mediapart.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, des soignants essor&#233;s et des infirmiers r&#233;quisitionn&#233;s par des policiers. Chez les professionnels du soin, le mal-&#234;tre est palpable. Ma&#235;lle, une infirmi&#232;re en psychiatrie qui a cess&#233; d'exercer il y a un an, raconte son rapport intime &#224; un boulot qui aurait pu la broyer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3035 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH460/-1270-8e214.jpg?1782641148' width='400' height='460' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Sarah Fisthole
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;a&#235;lle &#233;tait infirmi&#232;re. Mais &#224; trente-cinq ans, apr&#232;s cinq ann&#233;es de bons et loyaux services au sein d'un h&#244;pital psychiatrique de Bretagne, elle a arr&#234;t&#233; de travailler. Son dix-neuvi&#232;me contrat &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e aura &#233;t&#233; le dernier : apr&#232;s une &#233;ni&#232;me garde, on ne l'a plus jamais appel&#233;e. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait act&#233; sans l'&#234;tre : on n'avait plus besoin de moi, je ne travaillais plus l&#224;-bas.&lt;/i&gt; &#187; Elle n'a pas insist&#233;, par amour pour un m&#233;tier d&#233;voy&#233; et pour cesser de cautionner. Ma&#235;lle raconte les h&#244;pitaux g&#233;r&#233;s par des financiers de chez L'Or&#233;al, les tableaux qui remplacent les mots et les coll&#232;gues qui d&#233;gringolent. Rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que la fa&#231;on dont s'est termin&#233;e ta collaboration avec cet h&#244;pital est &#224; l'image de ce que tu as pu y vivre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est en tous cas ce qui m'a permis de me rendre compte &#224; quel point je n'&#233;tais qu'un pion, que je n'&#233;tais pas sollicit&#233;e pour la qualit&#233; de mon travail, mais pour colmater une br&#232;che. Cette question du manque de reconnaissance, tu y es en permanence confront&#233;e. Quand tu es infirmi&#232;re, qui te gratifie &#224; part toi-m&#234;me ? Les patients ne sont pas toujours reconnaissants et c'est normal : ce n'est pas &#224; eux de te rassurer. En m&#234;me temps tu le fantasmes forc&#233;ment un peu. Parce que ce sont rarement tes coll&#232;gues et encore moins ta hi&#233;rarchie qui t'apportent cette reconnaissance. C'est &#224; toi de trouver seule du sens &#224; ce que tu fais. Je me souviens d'une coll&#232;gue sur mon dernier poste, elle &#233;tait, je pense, en &#233;tat de &lt;i&gt;burn out&lt;/i&gt;. Quand elle reprenait contact avec le service pendant ses arr&#234;ts, elle demandait toujours : &#8220;&lt;i&gt;Mais est-ce que les patients me demandent&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;&#8221;, parce qu'elle avait besoin d'une raison de revenir. Est-ce que le manque, l'absence, &#231;a cr&#233;e quelque chose ? Eh bien en fait non, et &#231;a c'est violent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel genre de rapports entretenais-tu avec la hi&#233;rarchie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lors de mon premier stage en tant qu'&#233;l&#232;ve infirmi&#232;re, j'&#233;tais en chirurgie. La premi&#232;re fois que je me suis adress&#233;e au chirurgien pour lui demander son accord pour passer au bloc il n'a m&#234;me pas daign&#233; me r&#233;pondre. J'&#233;tais dans mes petits souliers, je parlais doucement. J'ai reformul&#233; une deuxi&#232;me fois ma question et puis j'ai laiss&#233; tomber. &#192; l'h&#244;pital, il y a des murs hi&#233;rarchiques pos&#233;s &#224; tout endroit. Je ne sais pas quel sens &#231;a a pour certains m&#233;decins de faire vivre les rapports de hi&#233;rarchie dans des espaces et &#224; des moments o&#249; &#231;a n'a pas de sens. &#192; part asseoir une certaine sup&#233;riorit&#233;, signifier une d&#233;f&#233;rence que tu leur dois... Lui, on l'appelait &#8220;Dieu&#8221; dans le service. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il semble y avoir un v&#233;ritable foss&#233; entre la responsabilit&#233; qui p&#232;se sur les &#233;paules des infirmiers et la consid&#233;ration que l'on vous accorde...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une infirmi&#232;re, finalement, c'est le dernier maillon dans la cha&#238;ne des responsabilit&#233;s. Il y a par exemple un m&#233;decin qui prescrit un m&#233;dicament, un pharmacien qui le d&#233;livre et comme c'est toi qui le distribues, c'est toi qui es en charge de la derni&#232;re v&#233;rification. Le m&#233;decin peut se tromper, le pharmacien ne pas voir l'erreur et c'est toi qui es responsable. Lorsque j'&#233;tais en &#233;cole d'infirmi&#232;res, les formatrices nous conseillaient de prendre une assurance professionnelle pour nous prot&#233;ger, pour disposer d'un soutien juridique et financier en cas de probl&#232;me. D&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque, c'&#233;tait courant que les h&#244;pitaux ne soient plus garants d'une certaine protection de leurs &#233;l&#233;ments. On m'a parl&#233; de cas d'infirmiers incrimin&#233;s personnellement pour des erreurs qu'on leur impute et face auxquelles l'h&#244;pital refuse de porter ne serait-ce qu'une partie de cette responsabilit&#233;. Certaines coll&#232;gues ont aussi pens&#233; &#224; faire appel &#224; ces assurances pour prendre en charge leur &lt;i&gt;burn out&lt;/i&gt;. D'autres ne se sentaient tellement pas s&#233;curis&#233;s sur leur lieu de travail qu'ils ont ressenti le besoin d'avoir ce filet de s&#233;curit&#233; pour se rassurer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre infirmiers, est-ce que vous vous serriez les coudes face &#224; cette pression ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le travail d'&#233;quipe s'est largement d&#233;lit&#233;. Il rel&#232;ve plut&#244;t de connivences qui te permettent de te sentir entour&#233;e, plus que d'un esprit de corps. M&#234;me dans des moments de grandes difficult&#233;s. Je me souviens de l'appel au secours d'une coll&#232;gue qui s'est mise en danger, on n'&#233;tait que toutes les deux dans le service ce jour-l&#224;. Elle s'est scarifi&#233;e et a ing&#233;r&#233; des m&#233;dicaments. J'ai r&#233;ussi &#224; joindre les deux coll&#232;gues desquelles j'&#233;tais la plus proche pour qu'elles viennent m'aider. C'est &#224; elles et non pas au cadre que j'ai fait instinctivement appel. Dans le fond, il y a tr&#232;s peu de moyens donn&#233;s aux soignants pour prendre soin d'eux-m&#234;mes et de leurs coll&#232;gues. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; quoi imputes-tu le d&#233;litement du collectif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout &#231;a pour moi est en partie li&#233; aux logiques de privatisation de l'h&#244;pital. Aujourd'hui quand tu changes de directeur financier, de DRH, de pr&#233;sident, tu apprends que l'un tra&#238;ne une r&#233;putation de liquidateur, que l'autre a fait carri&#232;re chez L'Or&#233;al. C'est &#224; l'image de ce qu'il se passe en entreprise. Il faut &#234;tre productif, alors on ne te laisse plus de temps pour faire du lien. On communique uniquement en termes techniques, de fa&#231;on concise. On utilise moult tableaux, moult cahiers. Cette multiplication des supports pallie aussi la peur panique de ne pas tracer les choses. Dans un environnement professionnel de plus en plus oppressant, tu as envie de te pr&#233;munir de toute erreur. Dans le dernier service de psychiatrie au sein duquel j'ai travaill&#233;, on avait cinq supports de transmission : &#231;a devenait obsessionnel. Tu as peur de dire quelque chose &#224; une coll&#232;gue et qu'elle l'oublie, tu finis par mettre en doute la fiabilit&#233; des membres de ton &#233;quipe. D'un c&#244;t&#233; tracer rassure, de l'autre il y a une sensation de flicage. Tu finis en fait par int&#233;grer la banalit&#233; de la violence institutionnelle quotidienne. Le dysfonctionnement finit par faire syst&#232;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment faire, quand tu es &#224; ce point pressuris&#233; en tant que soignant, pour continuer &#224; &#234;tre efficient aupr&#232;s de tes patients ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; partir du moment o&#249; le soignant est maltrait&#233; par l'institution, le soin n'est plus possible. J'ai vu des coll&#232;gues s'&#233;nerver parce qu'un patient n'&#233;tait pas bien. Le seuil du supportable n'est plus le m&#234;me, tu vois certaines coll&#232;gues se transformer, se d&#233;shumaniser. L'h&#244;pital psy est cens&#233; &#234;tre un lieu d'accueil pour le mal-&#234;tre, tu dois &#234;tre capable de le recevoir, de l'accompagner. Le patient attend du calme, de la constance, de la congruence. Quand toi-m&#234;me tu ne vas pas bien du fait de tes conditions de travail et que l'&#233;quipe explose, rester soignant est un exercice de haute voltige. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les outils pour faire entendre cette souffrance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est compliqu&#233; de porter des revendications avec cette charge de travail et ces services hyper pleins. Comment mettre en attente des gens qui ont besoin de toi ? Et puis quand tu fais gr&#232;ve, tu reportes une charge de travail &#233;norme sur tes coll&#232;gues. Comment tu fais collectivement pour dire &#8220;&lt;i&gt;Moi je fais gr&#232;ve&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&#8221; ? Les syndicats sont &#224; pied d'&#339;uvre, mais sans r&#233;ussir vraiment &#224; faire entendre nos voix. En face il y a toujours plus haut pour justifier d'un manque de moyens. Au-del&#224; de la pr&#233;sidence de l'&#233;tablissement, il y a l'ARS&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agence r&#233;gionale de sant&#233;.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et au-dessus il y a un minist&#232;re et on te dit que personne n'est responsable &#224; part lui. Il existe bien quelques instances o&#249; les infirmi&#232;res ont le droit de si&#233;ger, mais pour nous c'est une vraie charge suppl&#233;mentaire. Quand je regarde actuellement les gr&#232;ves aux urgences je trouve &#231;a extr&#234;mement courageux et je me dis que pour en &#234;tre arriv&#233;s l&#224;, c'est qu'ils doivent &#234;tre dans des situations que je n'arrive m&#234;me pas &#224; imaginer, que je n'ai s&#251;rement m&#234;me pas v&#233;cues. Les seuils de tol&#233;rance sont tellement &#233;lev&#233;s. Notamment du fait de l'histoire de la profession qui &#233;tait &#224; l'origine quasi exclusivement f&#233;minine et endoss&#233;e par des bonnes s&#339;urs. Ce double h&#233;ritage fait qu'il est difficile de se mobiliser et de se d&#233;partir des logiques de soumission et d'abn&#233;gation. La dimension sacerdotale, c'est aussi ce qui permet de ne pas remettre en cause le syst&#232;me. Quand tu vois que les infirmi&#232;res se font r&#233;quisitionner chez elles par la police, c'est dire &#224; quel point la soci&#233;t&#233; estime qu'il n'y a pas de limite &#224; l'engagement attendu de toi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;217 au 19 ao&#251;t d'apr&#232;s &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Agence r&#233;gionale de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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