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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Le bonheur go&#251;t MentaMur&#174;</title>
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		<dc:creator>Chien Noir</dc:creator>


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&lt;p&gt;Inspir&#233; par le th&#232;me de ce dossier, notre fid&#232;le camarade Chien Noir s'est laiss&#233; porter par son c&#233;l&#232;bre optimisme. Il en a tir&#233; cette nouvelle dystopique, o&#249; il est question de cerveaux productivistes, d'affinage mental, de sant&#233; connect&#233;e et de puces &#224; l'oreille. Phase 1 C'est fou : je vais bien. Tr&#232;s bien. Tellement bien. J'aurais jamais cru &#231;a possible. Un tel apaisement. Une telle motivation. Une telle communion avec le monde du travail et mes semblables. Alors certes #C&#233;dric83, mon (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Inspir&#233; par le th&#232;me de ce dossier, notre fid&#232;le camarade Chien Noir s'est laiss&#233; porter par son c&#233;l&#232;bre optimisme. Il en a tir&#233; cette nouvelle dystopique, o&#249; il est question de cerveaux productivistes, d'affinage mental, de sant&#233; connect&#233;e et de puces &#224; l'oreille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4194 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/418_soutter_num4000_em-1536x1189.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH387/418_soutter_num4000_em-1536x1189-6684d.jpg?1782888294' width='500' height='387' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Louis Soutter, &#034;Souplesse&#034;, 1939
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Phase 1&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est fou : je vais bien. Tr&#232;s bien. Tellement bien. J'aurais jamais cru &#231;a possible. Un tel apaisement. Une telle motivation. Une telle communion avec le monde du travail et mes semblables. Alors certes #C&#233;dric83, mon MentaManageur virtuel, me l'avait garanti lors de ma derni&#232;re &lt;i&gt;consultation&lt;/i&gt;, me promettant des r&#233;sultats incroyables, mais je doutais. On croit toujours &#234;tre particulier. Que nos souffrances nous sont irr&#233;ductiblement propres. Qu'il n'y a pas de solution miracle universelle. En fait, c'est l'ego qui parle, qui r&#233;siste &#224; ce changement pourtant si confortable. Pignouf d'ego.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais bien, donc. Si bien. Sortir de mon appartement un jour gris n'est plus un probl&#232;me. Aller d&#233;jeuner au resto ou discuter des r&#233;sultats du foutu foot avec les coll&#232;gues &#224; la machine &#224; caf&#233; non plus. M&#234;me les foules ne me font plus flipper, alors qu'auparavant un simple march&#233; de No&#235;l pouvait d&#233;clencher en moi d'intol&#233;rables crispations assorties de sueurs froides et d'oreilles sifflant comme des locomotives. Oui, les crises ont pris le chemin de l'exil, loin, tr&#232;s loin, l&#224; o&#249; les nuages sont d'affables compagnons de route, des bonshommes ronds sympas comme tout &#8211; Madame Bonheur, Monsieur Nigaud, ce genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la Cog&#233;fish, leader mondial de la nourriture pour poissons d'aquariums, j'&#233;tais le dernier des &#171; &lt;i&gt;productifs++&lt;/i&gt; &#187; du secteur ventes &#224; n'avoir pas franchi le pas de la r&#233;volution MentaMur&#174;. Ce qui me conf&#233;rait une &#233;tiquette de mouton noir peu seyante. Pour mes coll&#232;gues, je n'existais plus. Ils ne me saluaient plus, des gla&#231;ons dans les yeux quand je les d&#233;visageais. Et moi qui d&#233;j&#224; n'&#233;tais pas vraiment un pro du&lt;i&gt; game&lt;/i&gt; social, je me retrouvais &#224; d&#233;vorer les salsifis bio de la cantoche avec ces nuls d'agents de nettoyage et de r&#233;ceptionnistes, class&#233;s seulement &#171; &lt;i&gt;productifs+&lt;/i&gt; &#187;, donc pas concern&#233;s par la &#171; &lt;i&gt;phase d'exp&#233;rimentation&lt;/i&gt; MentaMur&#174; &lt;i&gt;en milieu professionnel&lt;/i&gt; &#187; lanc&#233;e par le gouvernement, en concertation avec la fondation &#233;ponyme. Ma place, alors ? Avec les invisibles, les rat&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que j'ai d&#233;cid&#233; d'op&#233;rer ma mue mentale, tout est rentr&#233; dans l'ordre. Ou plut&#244;t : dans un &lt;i&gt;meilleur&lt;/i&gt; ordre que le pr&#233;c&#233;dent. Je fais d&#233;sormais partie de la famille royale Cog&#233;fish. Mes coll&#232;gues : des semblables. Via l'appli MentaMur&#174;, ils savent que j'ai rejoint leur caste. Ils me voient. Ils me &lt;i&gt;consid&#232;rent&lt;/i&gt;. Ils connaissent ma note de disponibilit&#233; sociale. Et &#231;a change tout. On oublie parfois &#224; quel point un petit &#171; &lt;i&gt;Salut Georges&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! C'&#233;tait bien ton week-end&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; peut changer la vie. Surtout quand votre r&#233;ponse n'est pas un marmonnement embarrass&#233; sous-entendant un dimanche de d&#233;prime &#224; base de vodkas-Tranxenes devant &lt;i&gt;Jos&#233;phine, ange gardien&lt;/i&gt;, mais bien le r&#233;cit de r&#233;jouissances bucoliques &lt;i&gt;normales&lt;/i&gt; &#8211; &#171; &lt;i&gt;Super, Sylvette&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! J'ai fait du VTT virtuel &#224; Fontainebleau avec des passionn&#233;s d'&#233;cureuils hyper sympas.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MentaMur&#174;, c'est &#231;a : le bonheur productif &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; l'insertion parmi ses pairs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre franc, je me souviens avoir &#233;t&#233; vaguement oppos&#233; &#224; ce qui d&#233;sormais structure ma vie mentale et sociale. Il me semble m&#234;me avoir ass&#233;n&#233; en priv&#233; des discours presque v&#233;h&#233;ments contre la premi&#232;re directive MentaMur&#174; qui lan&#231;ait l'exp&#233;rimentation dans quelques entreprises tri&#233;es sur le volet. Le ministre de la e-sant&#233; l'avait pourtant garanti : &#171; &lt;i&gt;On a mis en place tous les garde-fous n&#233;cessaires.&lt;/i&gt; &#187; N'emp&#234;che : j'&#233;tais m&#233;fiant, supputais qu'on allait faire de nous des petits soldats de l'entreprise. J'allais jusqu'&#224; parler de &#171; zombies &#187; pour &#233;voquer mes coll&#232;gues MentaMuris&#233;s, si pimpants de vie et d'enthousiasme, mais lointains. Un effet secondaire de ma d&#233;pression &#224; n'en pas douter, qui me poussait &#224; la parano g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Voire : &#224; la jalousie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; a mis du temps &#224; &#233;merger. Mes premiers entretiens d'affinage mental, l'op&#233;ration chirurgicale b&#233;nigne mais symbolique, l'acceptation de cette puce incrust&#233;e &#224; proximit&#233; de ma tempe droite, tout cela je l'ai fait en conservant au fond de moi une forme de d&#233;fiance. Si je suivais ce chemin, c'&#233;tait avant tout pour ne pas perdre mon boulot et ne pas me retrouver &#224; la rue, parmi les &#171; &lt;i&gt;productifs&#8212;&lt;/i&gt; &#187;. Mais une fois ce processus travers&#233; et mes barri&#232;res synaptiques r&#233;tablies par le cocktail neuronal personnalis&#233; diffus&#233;, les choses ont &#233;t&#233; tr&#232;s simples. Le bonheur est bien chimique, au fond. Une question de perception aussi, de regard sur le monde et ses nuages.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Phase 2&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je me fais parfois l'effet d'une caricature de nouveau converti. De ceux qui apr&#232;s avoir affich&#233; leur r&#233;ticence basculent dans l'enthousiasme effr&#233;n&#233;. Mon ancien moi aurait sans doute un tantinet moqu&#233; cette volte-face. Mais je m'en fiche, je ne vois plus que l'horizon d&#233;tendu et les &#233;tendues de r&#233;ussite professionnelle qui s'offrent &#224; moi. Et c'est pour &#231;a que j'ai d&#233;cid&#233; d'acc&#233;l&#233;rer le processus en me portant volontaire pour la phase 2 d'exp&#233;rimentation MentaMur&#174;. &#171; &lt;i&gt;Je peux vous garantir que ce mur d'&#233;panouissement sera largement b&#233;n&#233;fique &#224; votre productivit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, m'a f&#233;licit&#233; #C&#233;dric83 en fin de consultation, joignant &#224; son message un gif de f&#233;licitation repr&#233;sentant un PDG en smoking sabrant le champagne. Sympa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela restant exp&#233;rimental, voire un tantinet &lt;i&gt;sensible&lt;/i&gt;, il me faut encha&#238;ner les rendez-vous, les vrais, en chair et en os. &#171; &lt;i&gt;La phase 2, c'est l'application de notre principe de dissociation mentale socialo-affinitaire &#224; la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, m'explique doctement l'expert moustachu aux faux airs de Philippe Martinez rencontr&#233; au si&#232;ge de la fondation, dans une immense tour de La D&#233;fense. En clair : ce qui se joue n'est plus seulement cantonn&#233; &#224; l'&#233;chelle du boulot, mais se d&#233;ploie dans tous les espaces publics certifi&#233;s MentaMur&#174; que je suis possiblement amen&#233; &#224; fr&#233;quenter &#8211; les rues, les transports, les magasins. Concr&#232;tement, en zone MM&#174;, topologie gagnant vitesse grand V du terrain dans la capitale, je ne serai plus confront&#233; au spectacle de personnes ne gravitant pas dans le m&#234;me champ socialo-mental que moi. Exit les clodos crasseux, les balayeurs, les punks &#224; chien, les ch&#244;meurs mous, tous ceux dont la vue insuffle au fier travailleur-winneur un sentiment d'angoisse. Par la magie de MentaMur&#174;, je ne verrai plus que mes semblables &#224; vocation &#171; ++ &#187; voire plus, tandis que les minables d&#233;nu&#233;s de puce s'estomperont dans un l&#233;ger brouillard &#8211; magie de la reconstruction optique virtuelle. La mis&#232;re des autres ? &#201;vapor&#233;e. Il n'y aura plus que moi, Georges Choupot le Conqu&#233;rant, grimpant gaillardement les &#233;chelons de l'industrie de la nourriture pour poissons.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Phase 3&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est fou fou fou comme je vais bien. Je triomphe de tout. Je suis au top. J'ai conquis mon troisi&#232;me &#171; + &#187;, d&#233;crochant le Graal &#171; &lt;i&gt;Productivit&#233; +++&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;cern&#233; par #C&#233;dric83 via l'appli TopTopToday. Je ne fr&#233;quente plus mes coll&#232;gues, trop insipides. Je vais bien, tellement bien. Je voudrais que cette course vers les sommets ne s'arr&#234;te jamais. J'ai rompu avec ma famille et mes anciens amis qui me freinaient. Je suis seul, tr&#232;s seul. Je vais tellement bien, dingue. J'adore croiser les petits brouillards dans la rue. Je pense &#224; Patrick Bateman dans &lt;i&gt;American Psycho&lt;/i&gt;, &#224; sa mani&#232;re de latter &#224; mort les clodos &#8211; je l'envie un peu. Quand je songe &#224; ma p&#233;riode d&#233;pressive et non productive, j'ai tellement honte que je voudrais me lac&#233;rer jusqu'&#224; l'os. Mais je vais bien, tellement bien &#8211; la flamme absolue. Je l'ai dit &#224; mon boss : &#171; &lt;i&gt;Emmanuel, je pense que vous ne serez pas d&#233;&#231;u par mon travail cette ann&#233;e, je vais carr&#233;ment foutre le feu aux tableaux Excel.&lt;/i&gt; &#187; Il m'a regard&#233; bizarrement. J'ai m&#234;me cru voir de la peur dans son regard &#8211; le loup dominant sentant qu'un autre loup dominant est dans la place.
Phase 4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est fou : je vais bien je. Tellement bien je. Tout rutile. La Cog&#233;fish grimpe vers les sommets sous ma cravache de motivation. Les femmes s'arrachent mon profil sur les applis de drague parce que je suis beau moi aussi, un tombeur, un &lt;i&gt;lover&lt;/i&gt;. J'ai une confiance absolument totale en moi je, en l'avenir, en mon destin je. Et alors que je d&#233;guste un d&#233;licieux gratin dauphinois &#224; la pause d&#233;jeuner, j'ai comme envie de le proclamer &#224; la face du r&#233;fectoire, d'enfin tomber le voile de ma grandeur, je, que le monde me d&#233;couvre, je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Savourant l'effet, enfin d&#233;livr&#233; de mes peurs, je monte sur une chaise et entame mon discours : &#171; &lt;i&gt;Mes chers administr&#233;s, moi Georges 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt;, je vous garantis que la grande Cog&#233;fish n'aura pas &#224; se plaindre de moi pour l'ann&#233;e &#224; venir. Et quand je songe &#224; ces milliards de poissons que nous allons nourrir dans notre croissance exponentielle...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste se perd dans une sorte de smog, de cri flou, avec trois coll&#232;gues me maintenant &#224; terre et ces deux phrases saisies au vol, en provenance des petits brouillards install&#233;s &#224; la table des rat&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt;Encore un qui a d&#233;goupill&#233; &#8211; il est carr&#233;ment tout cass&#233; le +++.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; &lt;i&gt;M'en parle pas, ils me font tellement piti&#233;, ces zombies.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis c'est l'irruption de blouses blanches et des reflets de gyrophares bleus tambourinant &#224; la porte de mon cerveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Krschhhhhhhhh&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adieu l'aquarium.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Chien Noir&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On peut lire d'autres nouvelles du camarade Chien Noir sur &lt;a href=&#034;https://chien-noir.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ce site&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Infirmier, un si beau m&#233;tier</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Infirmier-un-si-beau-metier</link>
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		<dc:date>2019-10-24T18:51:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Sarah Fisthole</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
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		<dc:subject>coll&#232;gues</dc:subject>
		<dc:subject>d'une coll&#232;gue</dc:subject>
		<dc:subject>infirmi&#232;re</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Des services d'urgences en gr&#232;ve , des soignants essor&#233;s et des infirmiers r&#233;quisitionn&#233;s par des policiers. Chez les professionnels du soin, le mal-&#234;tre est palpable. Ma&#235;lle, une infirmi&#232;re en psychiatrie qui a cess&#233; d'exercer il y a un an, raconte son rapport intime &#224; un boulot qui aurait pu la broyer. Ma&#235;lle &#233;tait infirmi&#232;re. Mais &#224; trente-cinq ans, apr&#232;s cinq ann&#233;es de bons et loyaux services au sein d'un h&#244;pital psychiatrique de Bretagne, elle a arr&#234;t&#233; de travailler. Son dix-neuvi&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/service" rel="tag"&gt;service&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/charge" rel="tag"&gt;charge&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/collegues" rel="tag"&gt;coll&#232;gues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une-collegue" rel="tag"&gt;d'une coll&#232;gue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/infirmiere" rel="tag"&gt;infirmi&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des services d'urgences en gr&#232;ve &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;217 au 19 ao&#251;t d'apr&#232;s Mediapart.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, des soignants essor&#233;s et des infirmiers r&#233;quisitionn&#233;s par des policiers. Chez les professionnels du soin, le mal-&#234;tre est palpable. Ma&#235;lle, une infirmi&#232;re en psychiatrie qui a cess&#233; d'exercer il y a un an, raconte son rapport intime &#224; un boulot qui aurait pu la broyer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3035 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH460/-1270-8e214.jpg?1782641148' width='400' height='460' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Sarah Fisthole
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;a&#235;lle &#233;tait infirmi&#232;re. Mais &#224; trente-cinq ans, apr&#232;s cinq ann&#233;es de bons et loyaux services au sein d'un h&#244;pital psychiatrique de Bretagne, elle a arr&#234;t&#233; de travailler. Son dix-neuvi&#232;me contrat &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e aura &#233;t&#233; le dernier : apr&#232;s une &#233;ni&#232;me garde, on ne l'a plus jamais appel&#233;e. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait act&#233; sans l'&#234;tre : on n'avait plus besoin de moi, je ne travaillais plus l&#224;-bas.&lt;/i&gt; &#187; Elle n'a pas insist&#233;, par amour pour un m&#233;tier d&#233;voy&#233; et pour cesser de cautionner. Ma&#235;lle raconte les h&#244;pitaux g&#233;r&#233;s par des financiers de chez L'Or&#233;al, les tableaux qui remplacent les mots et les coll&#232;gues qui d&#233;gringolent. Rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que la fa&#231;on dont s'est termin&#233;e ta collaboration avec cet h&#244;pital est &#224; l'image de ce que tu as pu y vivre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est en tous cas ce qui m'a permis de me rendre compte &#224; quel point je n'&#233;tais qu'un pion, que je n'&#233;tais pas sollicit&#233;e pour la qualit&#233; de mon travail, mais pour colmater une br&#232;che. Cette question du manque de reconnaissance, tu y es en permanence confront&#233;e. Quand tu es infirmi&#232;re, qui te gratifie &#224; part toi-m&#234;me ? Les patients ne sont pas toujours reconnaissants et c'est normal : ce n'est pas &#224; eux de te rassurer. En m&#234;me temps tu le fantasmes forc&#233;ment un peu. Parce que ce sont rarement tes coll&#232;gues et encore moins ta hi&#233;rarchie qui t'apportent cette reconnaissance. C'est &#224; toi de trouver seule du sens &#224; ce que tu fais. Je me souviens d'une coll&#232;gue sur mon dernier poste, elle &#233;tait, je pense, en &#233;tat de &lt;i&gt;burn out&lt;/i&gt;. Quand elle reprenait contact avec le service pendant ses arr&#234;ts, elle demandait toujours : &#8220;&lt;i&gt;Mais est-ce que les patients me demandent&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;&#8221;, parce qu'elle avait besoin d'une raison de revenir. Est-ce que le manque, l'absence, &#231;a cr&#233;e quelque chose ? Eh bien en fait non, et &#231;a c'est violent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel genre de rapports entretenais-tu avec la hi&#233;rarchie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lors de mon premier stage en tant qu'&#233;l&#232;ve infirmi&#232;re, j'&#233;tais en chirurgie. La premi&#232;re fois que je me suis adress&#233;e au chirurgien pour lui demander son accord pour passer au bloc il n'a m&#234;me pas daign&#233; me r&#233;pondre. J'&#233;tais dans mes petits souliers, je parlais doucement. J'ai reformul&#233; une deuxi&#232;me fois ma question et puis j'ai laiss&#233; tomber. &#192; l'h&#244;pital, il y a des murs hi&#233;rarchiques pos&#233;s &#224; tout endroit. Je ne sais pas quel sens &#231;a a pour certains m&#233;decins de faire vivre les rapports de hi&#233;rarchie dans des espaces et &#224; des moments o&#249; &#231;a n'a pas de sens. &#192; part asseoir une certaine sup&#233;riorit&#233;, signifier une d&#233;f&#233;rence que tu leur dois... Lui, on l'appelait &#8220;Dieu&#8221; dans le service. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il semble y avoir un v&#233;ritable foss&#233; entre la responsabilit&#233; qui p&#232;se sur les &#233;paules des infirmiers et la consid&#233;ration que l'on vous accorde...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une infirmi&#232;re, finalement, c'est le dernier maillon dans la cha&#238;ne des responsabilit&#233;s. Il y a par exemple un m&#233;decin qui prescrit un m&#233;dicament, un pharmacien qui le d&#233;livre et comme c'est toi qui le distribues, c'est toi qui es en charge de la derni&#232;re v&#233;rification. Le m&#233;decin peut se tromper, le pharmacien ne pas voir l'erreur et c'est toi qui es responsable. Lorsque j'&#233;tais en &#233;cole d'infirmi&#232;res, les formatrices nous conseillaient de prendre une assurance professionnelle pour nous prot&#233;ger, pour disposer d'un soutien juridique et financier en cas de probl&#232;me. D&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque, c'&#233;tait courant que les h&#244;pitaux ne soient plus garants d'une certaine protection de leurs &#233;l&#233;ments. On m'a parl&#233; de cas d'infirmiers incrimin&#233;s personnellement pour des erreurs qu'on leur impute et face auxquelles l'h&#244;pital refuse de porter ne serait-ce qu'une partie de cette responsabilit&#233;. Certaines coll&#232;gues ont aussi pens&#233; &#224; faire appel &#224; ces assurances pour prendre en charge leur &lt;i&gt;burn out&lt;/i&gt;. D'autres ne se sentaient tellement pas s&#233;curis&#233;s sur leur lieu de travail qu'ils ont ressenti le besoin d'avoir ce filet de s&#233;curit&#233; pour se rassurer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre infirmiers, est-ce que vous vous serriez les coudes face &#224; cette pression ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le travail d'&#233;quipe s'est largement d&#233;lit&#233;. Il rel&#232;ve plut&#244;t de connivences qui te permettent de te sentir entour&#233;e, plus que d'un esprit de corps. M&#234;me dans des moments de grandes difficult&#233;s. Je me souviens de l'appel au secours d'une coll&#232;gue qui s'est mise en danger, on n'&#233;tait que toutes les deux dans le service ce jour-l&#224;. Elle s'est scarifi&#233;e et a ing&#233;r&#233; des m&#233;dicaments. J'ai r&#233;ussi &#224; joindre les deux coll&#232;gues desquelles j'&#233;tais la plus proche pour qu'elles viennent m'aider. C'est &#224; elles et non pas au cadre que j'ai fait instinctivement appel. Dans le fond, il y a tr&#232;s peu de moyens donn&#233;s aux soignants pour prendre soin d'eux-m&#234;mes et de leurs coll&#232;gues. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; quoi imputes-tu le d&#233;litement du collectif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout &#231;a pour moi est en partie li&#233; aux logiques de privatisation de l'h&#244;pital. Aujourd'hui quand tu changes de directeur financier, de DRH, de pr&#233;sident, tu apprends que l'un tra&#238;ne une r&#233;putation de liquidateur, que l'autre a fait carri&#232;re chez L'Or&#233;al. C'est &#224; l'image de ce qu'il se passe en entreprise. Il faut &#234;tre productif, alors on ne te laisse plus de temps pour faire du lien. On communique uniquement en termes techniques, de fa&#231;on concise. On utilise moult tableaux, moult cahiers. Cette multiplication des supports pallie aussi la peur panique de ne pas tracer les choses. Dans un environnement professionnel de plus en plus oppressant, tu as envie de te pr&#233;munir de toute erreur. Dans le dernier service de psychiatrie au sein duquel j'ai travaill&#233;, on avait cinq supports de transmission : &#231;a devenait obsessionnel. Tu as peur de dire quelque chose &#224; une coll&#232;gue et qu'elle l'oublie, tu finis par mettre en doute la fiabilit&#233; des membres de ton &#233;quipe. D'un c&#244;t&#233; tracer rassure, de l'autre il y a une sensation de flicage. Tu finis en fait par int&#233;grer la banalit&#233; de la violence institutionnelle quotidienne. Le dysfonctionnement finit par faire syst&#232;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment faire, quand tu es &#224; ce point pressuris&#233; en tant que soignant, pour continuer &#224; &#234;tre efficient aupr&#232;s de tes patients ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; partir du moment o&#249; le soignant est maltrait&#233; par l'institution, le soin n'est plus possible. J'ai vu des coll&#232;gues s'&#233;nerver parce qu'un patient n'&#233;tait pas bien. Le seuil du supportable n'est plus le m&#234;me, tu vois certaines coll&#232;gues se transformer, se d&#233;shumaniser. L'h&#244;pital psy est cens&#233; &#234;tre un lieu d'accueil pour le mal-&#234;tre, tu dois &#234;tre capable de le recevoir, de l'accompagner. Le patient attend du calme, de la constance, de la congruence. Quand toi-m&#234;me tu ne vas pas bien du fait de tes conditions de travail et que l'&#233;quipe explose, rester soignant est un exercice de haute voltige. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les outils pour faire entendre cette souffrance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est compliqu&#233; de porter des revendications avec cette charge de travail et ces services hyper pleins. Comment mettre en attente des gens qui ont besoin de toi ? Et puis quand tu fais gr&#232;ve, tu reportes une charge de travail &#233;norme sur tes coll&#232;gues. Comment tu fais collectivement pour dire &#8220;&lt;i&gt;Moi je fais gr&#232;ve&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&#8221; ? Les syndicats sont &#224; pied d'&#339;uvre, mais sans r&#233;ussir vraiment &#224; faire entendre nos voix. En face il y a toujours plus haut pour justifier d'un manque de moyens. Au-del&#224; de la pr&#233;sidence de l'&#233;tablissement, il y a l'ARS&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agence r&#233;gionale de sant&#233;.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et au-dessus il y a un minist&#232;re et on te dit que personne n'est responsable &#224; part lui. Il existe bien quelques instances o&#249; les infirmi&#232;res ont le droit de si&#233;ger, mais pour nous c'est une vraie charge suppl&#233;mentaire. Quand je regarde actuellement les gr&#232;ves aux urgences je trouve &#231;a extr&#234;mement courageux et je me dis que pour en &#234;tre arriv&#233;s l&#224;, c'est qu'ils doivent &#234;tre dans des situations que je n'arrive m&#234;me pas &#224; imaginer, que je n'ai s&#251;rement m&#234;me pas v&#233;cues. Les seuils de tol&#233;rance sont tellement &#233;lev&#233;s. Notamment du fait de l'histoire de la profession qui &#233;tait &#224; l'origine quasi exclusivement f&#233;minine et endoss&#233;e par des bonnes s&#339;urs. Ce double h&#233;ritage fait qu'il est difficile de se mobiliser et de se d&#233;partir des logiques de soumission et d'abn&#233;gation. La dimension sacerdotale, c'est aussi ce qui permet de ne pas remettre en cause le syst&#232;me. Quand tu vois que les infirmi&#232;res se font r&#233;quisitionner chez elles par la police, c'est dire &#224; quel point la soci&#233;t&#233; estime qu'il n'y a pas de limite &#224; l'engagement attendu de toi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;217 au 19 ao&#251;t d'apr&#232;s &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Agence r&#233;gionale de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Je vous &#233;cris de l'usine : La derni&#232;re</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-usine-La</link>
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		<dc:date>2018-05-11T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>Efix</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;&#199;a y est, &#231;a se termine. A l'heure o&#249; j'&#233;cris ces lignes, il me reste &#224; peine 20 jours &#224; tenir. Et apr&#232;s, basta ! Bye bye turbin ! L'usine, c'est fini ! Je dois avouer que depuis quelques jours, je n'en branle plus une. J'en ai vraiment marre. Je m'&#233;couterais, je me mettrais en arr&#234;t maladie, d'autant qu'une fois en retraite, je ne pourrai plus le faire. L'usine me sort par les yeux. Il est temps que je prenne la tangente. Et encore, j'ai de la chance, le placard o&#249; l'on m'a plac&#233; pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no134-juillet-aout-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;134 (juillet-ao&#251;t 2015)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-usine" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Efix" rel="tag"&gt;Efix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/boite" rel="tag"&gt;bo&#238;te&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nono" rel="tag"&gt;Nono&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/copains" rel="tag"&gt;copains&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2151 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH753/-424-69f03.jpg?1782638370' width='400' height='753' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Efix.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#199;a y est, &#231;a se termine. A l'heure o&#249; j'&#233;cris ces lignes, il me reste &#224; peine 20 jours &#224; tenir. Et apr&#232;s, basta ! &lt;i&gt;Bye bye&lt;/i&gt; turbin ! L'usine, c'est fini ! Je dois avouer que depuis quelques jours, je n'en branle plus une. J'en ai vraiment marre. Je m'&#233;couterais, je me mettrais en arr&#234;t maladie, d'autant qu'une fois en retraite, je ne pourrai plus le faire. L'usine me sort par les yeux. Il est temps que je prenne la tangente. Et encore, j'ai de la chance, le placard o&#249; l'on m'a plac&#233; pour ces derniers mois est nettement moins p&#233;nible que devoir continuer &#224; faire les postes, travailler de nuit ou devoir se lever &#224; 4 h du mat', jusqu'&#224; mon d&#233;part, comme cela arrive trop souvent &#224; mes coll&#232;gues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passe causer avec quelques copains et copines dans les ateliers ou les bureaux. Je bosse pour moi. J'&#233;cris cet article. La hi&#233;rarchie s'en fout, puisque je pars bient&#244;t. Je donne mes heures pour le syndicat en essayant de continuer de sortir le journal mensuel du syndicat, en me demandant qui prendra vraiment la rel&#232;ve. C'est un des probl&#232;mes : si mon syndicat compte pas mal d'adh&#233;rents (en gros, un tiers de l'usine), il n'y a pas beaucoup de militants qui &#233;mergent vraiment. Peut-&#234;tre que face aux probl&#232;mes futurs, des coll&#232;gues s'impliqueront davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si, depuis plus de dix ans, on pense que la bo&#238;te va fermer, la vie continue &#224; l'usine. L'exploitation aussi. On continue de se poser des questions sur le nombre de mois ou d'ann&#233;es pendant lesquels elle va encore tourner. Les usines alentour ferment petit &#224; petit : Petroplus, Schneider, LCI, etc. La Chapelle Darblay voit ses effectifs divis&#233;s par deux&#8230; Quand on monte sur les hauteurs de Rouen, les seules fum&#233;es d'usine que l'on voit sont celles de ma bo&#238;te. C'est &#233;vident que &#231;a va fermer. Mais quand ? Suspendus &#224; cette question, nous sommes rest&#233;s &#224; bosser, croyant qu'elle fermerait et qu'on pourrait partir plus t&#244;t. Mais rien pour l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois avouer que j'ai h&#226;te de passer du statut de &#171; vieux salari&#233; &#187; &#224; celui de &#171; jeune retrait&#233; &#187;, m&#234;me si le terme de jeune fasse bizarre (faut dire qu'en vieillissant, les petits tracas de sant&#233; s'accumulent quand m&#234;me). Parce que, dans la bo&#238;te, je fais partie des monuments, notamment aupr&#232;s de certains cadres. Tu parles ! 42&#8200;ans que je suis &#224; l'usine, alors qu'eux n'y restent que 5-6 ans. Ils me traitent presque avec condescendance &#171; malgr&#233; tout ce que vous avez pu &#233;crire sur l'usine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois quelques copains qui ont un coup de blues au moment de partir. Ce n'est pas vraiment mon cas. C'est vrai qu'il y a des coll&#232;gues que je ne reverrai pas et que les moments pass&#233;s dans les luttes, ou autour d'un ap&#233;ro au r&#233;fectoire, seront d&#233;finitivement derri&#232;re moi. Mais quitter ces lieux, ces chefs, ces patrons, ces horaires&#8230; Et m&#234;me si c'est toujours jouissif de dire merde au boss, ne plus conna&#238;tre les contraintes du salariat, c'est comme retrouver la libert&#233;. Il est vraiment temps de partir. Il me reste tant de choses &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, du coup, mon d&#233;part signe aussi la fin de cette chronique que j'ai tenue une dizaine d'ann&#233;es. C'est plut&#244;t rare, par les temps qui courent, qu'un prolo puisse donner son point de vue. Et c'est vraiment chouette que &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; ait accept&#233; de me laisser vous narrer ce qui se passait dans ma bo&#238;te. Renouant ainsi avec une vieille pratique de la presse r&#233;volutionnaire du d&#233;but du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas trop du genre &#224; revenir sur le pass&#233; mais, j'ai essay&#233;, pendant ces ann&#233;es, de vous faire partager des moments d'usine, de croiser des coll&#232;gues plus ou moins convenables. Il y a eu aussi les copains d&#233;c&#233;d&#233;s, l'amiante, les accidents du travail et le proc&#232;s AZF. Il y a eu des bagarres, des r&#233;ussites et des &#233;checs. J'ai aussi essay&#233; de parler d'autres entreprises en lutte ou pas. De plus, ces chroniques m'ont permis de croiser dans d'autres coins, de France, des prolos qui ne se laissent pas marcher sur les pieds, et de les raconter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;galement rencontr&#233; des lecteurs de ces chroniques, lors de mes d&#233;placements pour mes bouquins, et re&#231;u pas mal de retours par courrier, &#233;lectronique ou non. C'est toujours agr&#233;able. J'aurais aim&#233; vous causer encore de quelques copains, comme Patrice. Un mec costaud, motard, le c&#339;ur sur la main. Un peu raciste, m&#234;me si ses meilleurs copains s'appellent Djamel et Driss. Il y a quinze jours, au sortir d'une r&#233;union intersyndicale d'information, lui qui a toujours le sens de la formule, m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Avec la CFDT, on ne doit pas avoir le m&#234;me code du travail. Moi, dans mon code il n'y a pas le mot &#8220;travail&#8221;, dans celui de la CFDT, il ne doit pas y avoir le mot &#8220;gr&#232;ve&#8221;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je sais que vous &#234;tes assez friands d'histoires de prolos, je vous en raconte une petite derni&#232;re qui vient de se d&#233;rouler. Nono semble ne pas avoir invent&#233; l'eau ti&#232;de. Il a le cr&#226;ne d&#233;garni, mais les cheveux longs et filasses sur les c&#244;t&#233;s, une voix &#224; la Daffy Duck et des mains aussi grandes que des gants de base-ball. Son boulot dans l'usine ne demande pas de connaissances techniques tr&#232;s pouss&#233;es. Pourtant c'est primordial, Nono doit surveiller les r&#233;seaux d'eau, les pompages, les traitements et les canalisations. C'est le c&#339;ur m&#234;me de l'usine et &#231;a couvre une tr&#232;s grande superficie. Pour effectuer ces kilom&#232;tres, Nono a d'ailleurs une voiture de fonction quelque peu disloqu&#233;e. C'est un boulot qui lui va bien parce qu'il est assez libre pour organiser son boulot comme il l'entend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que Nono est moins b&#234;te qu'il ne le laisse croire, il cherche aussi &#224; faire des petites &#233;conomies sur le dos de la bo&#238;te. Aussi, lorsqu'il va faire le plein de sa voiture de fonction, il en profite pour remplir un jerrican de 10 litres sur le compte du patron. Je l'ai appris parce que certains n'ont pas su tenir leurs langues. Pire, il y en a un qui, cach&#233;, a pris Nono en flagrant d&#233;lit et en photo avec son t&#233;l&#233;phone. Il a ensuite envoy&#233; la photo au chef de service. Sans doute a-t-il pris le terme utilis&#233; par les DRH de &#171; collaborateur &#187; selon les crit&#232;res de 1942. Normalement, un vol est puni par un renvoi du jour au lendemain sans autre forme de proc&#232;s, pour faute grave. Pour Nono, ce serait une catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a me fait tout dr&#244;le de pr&#233;senter (surtout pour une derni&#232;re chronique) un chef de service pas trop con et plut&#244;t sympa, mais ce dernier n'a pas pris de sanction contre Nono. Il lui a simplement dit d'arr&#234;ter son man&#232;ge. Ce que Nono s'est empress&#233; d'accepter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre concernant l'auteur de la photo, je sais que d&#233;sormais, le chef a du mal &#224; lui serrer la main. Nono peut continuer son petit bonhomme de chemin, dans sa voiture aux amortisseurs fatigu&#233;s, sur les chemins de ronde de l'usine. Voil&#224;, elle &#233;tait courte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc ici que s'ach&#232;ve ma derni&#232;re chronique &#233;crite &#224; l'usine. C'est un peu tristouille mais c'est ainsi. Pour autant, je sais que je suis du genre &#224; &#233;crire tout le temps et &#224; vouloir continuer &#224; t&#233;moigner et raconter. Alors on risque fort de se retrouver bient&#244;t dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, et sans doute ailleurs, pour des histoires glan&#233;es au fil de rencontres, de combats et de voyages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, &#224; bient&#244;t pour de nouvelles aventures.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La quille</title>
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		<dc:date>2013-05-31T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>Nardo</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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&lt;p&gt;Dans l'usine, il n'y a pas eu de plan de restructuration depuis bient&#244;t sept ans, et il n'y a donc pas eu de ces d&#233;parts en pr&#233;retraite tant souhait&#233;s par les plus anciens. Du coup, la moyenne d'&#226;ge &#233;tant &#233;lev&#233;e, on peut s'attendre &#224; ce que, d'ici quatre ans, plus du tiers de l'ensemble du personnel aura quitt&#233; l'usine. Ce qui est &#233;norme. Et rien n'a &#233;t&#233; pr&#233;vu ces derni&#232;res ann&#233;es pour pallier cette perte de savoir. Pour l'instant, la direction essaie d'embaucher pour combler les trous, mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no110-avril-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;110 (avril 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Christian" rel="tag"&gt;Christian&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans l'usine, il n'y a pas eu de plan de restructuration depuis bient&#244;t sept ans, et il n'y a donc pas eu de ces d&#233;parts en pr&#233;retraite tant souhait&#233;s par les plus anciens. Du coup, la moyenne d'&#226;ge &#233;tant &#233;lev&#233;e, on peut s'attendre &#224; ce que, d'ici quatre ans, plus du tiers de l'ensemble du personnel aura quitt&#233; l'usine. Ce qui est &#233;norme. Et rien n'a &#233;t&#233; pr&#233;vu ces derni&#232;res ann&#233;es pour pallier cette perte de savoir. Pour l'instant, la direction essaie d'embaucher pour combler les trous, mais les jeunes n'ont pas trop envie de bosser dans une industrie en perte de vitesse. Heureusement pour la direction, il y a quelques bo&#238;tes de la chimie qui ferment dans le coin, alimentant un vivier de salari&#233;s. En regardant de plus pr&#232;s, tout en se gardant d'une vision par trop &#171; complotiste &#187;, on peut penser qu'un d&#233;part aussi massif permettra au repreneur de l'usine de restructurer en &#233;conomisant un plan de suppression d'emplois. Globalement, cela fonctionnerait, mais on sait qu'il y aura des manques dans certains services.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_630 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH309/p11-levaray04-2013-95c8e.png?1782641120' width='400' height='309' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Nardo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le mois dernier, huit sont partis. Sur un total de 340, &#231;a commence &#224; se voir, et ce n'est qu'un d&#233;but. Parmi ces huit coll&#232;gues, des copains, mais pas tous. Certains comptaient les jours depuis d&#233;j&#224; des ann&#233;es tandis que d'autres semblaient surpris d'apprendre qu'ils devaient quitter le bleu de travail. Jadis, la quille signifiait pot de d&#233;part, avec &lt;i&gt;speech&lt;/i&gt; du chef de service, organisation d'une collecte, cadeaux et autres. Lorsque j'ai &#233;t&#233; embauch&#233;, le cadeau pour bons et loyaux services, c'&#233;tait une paire de chaussons et un fauteuil. Pourquoi pas une concession directe au cimeti&#232;re ? Aujourd'hui ce n'est plus le cas. La plupart des pots, quand ils ont lieu, se font en petit comit&#233; ou hors de l'usine. D'une part, parce que le &#171; z&#233;ro alcool &#187; r&#232;gne dans la bo&#238;te (en th&#233;orie, du moins), d'autre part, parce que la plupart des coll&#232;gues n'ont pas envie de faire la f&#234;te &#224; l'usine. De plus en plus, d'ailleurs, filent en catimini, comme s'ils s'en allaient en cong&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christian n'est pas de ceux-l&#224;. Avec ses allures de b&#251;cheron rigolard, crini&#232;re et barbe grisonnante, il a pass&#233; 35 ann&#233;es dans la bo&#238;te. Pendant ses derni&#232;res ann&#233;es de boulot, il s'est investi dans le syndicat, apr&#232;s avoir occup&#233; une partie de son temps libre &#224; bouquiner la philosophie. Christian a boss&#233; la majeure partie de son temps dans un des ateliers les plus sales de l'usine &#224; fabriquer des engrais. Mais, &#224; cause de ses articulations us&#233;es et de probl&#232;mes cardiaques, il a fini sa carri&#232;re comme gardien. Un gardien philosophe &#231;a ne court pas les rues. Deux mois avant son d&#233;part, il a pris la r&#233;solution de ne plus bosser &#224; son poste. Sans craindre une &#233;ventuelle sanction. Il n'avait pas envie de voir son chef et ce dernier avait peur des possibles &#233;tincelles que produiraient leurs altercations. Christian a donc pass&#233; une partie de ses heures de travail au syndicat, ou dans les autres services &#224; causer avec d'anciens coll&#232;gues. Il a aussi saut&#233; sur chaque occasion de r&#233;union pour batailler avec la direction. Il en a aussi profit&#233; pour piquer pas mal d'heures au patron, ce qu'il ne pourra plus faire en retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, malgr&#233; ces arrangements tr&#232;s personnels, Christian est all&#233; de moins en moins bien. &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas le travail que je vais regretter, loin s'en faut. C'est plut&#244;t le fait que j'ai boss&#233; tant d'ann&#233;es, avec des contraintes, des horaires, des coll&#232;gues, et que j'ai un peu peur de l'avenir &lt;/i&gt; &#187;, dit-il. &#171; &lt;i&gt;C'est un saut dans le vide, une petite mort, une page qui se tourne.&lt;/i&gt; &#187; Il a fallu qu'il vide ses armoires et placards au vestiaire. &#171; &lt;i&gt;C'est vraiment bizarre cette impression : comme si tout s'effa&#231;ait. Bient&#244;t mon nom dispara&#238;tra des registres.&lt;/i&gt; &#187; Oui, c'est ce blues-l&#224; qui a atteint Christian. Difficile &#224; imaginer de la part de ce colosse. Arr&#234;ter de bosser &#233;tait depuis des ann&#233;es son souhait le plus fort, mais l&#224;, face &#224; l'&#233;ch&#233;ance de la retraite, il a du mal &#224; s'y faire. Fichue ali&#233;nation li&#233;e au travail salari&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour f&#234;ter son d&#233;part, il a organis&#233; un pot au local syndical (lieu prot&#233;g&#233;) o&#249; beaucoup de monde est venu le saluer ou le chambrer. N'arrivant pas &#224; quitter ses potes, il a promis de revenir de fa&#231;on assidue aux prochaines r&#233;unions&#8230; Puis il est all&#233;, pour la derni&#232;re fois, au service du personnel chercher son solde de tous comptes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Pedro&#8230; On ne veut plus de vous. &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Pedro-On-ne-veut-plus-de-vous</link>
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		<dc:date>2012-01-04T07:31:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>Efix</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>CQFD</dc:subject>
		<dc:subject>l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>n'y</dc:subject>
		<dc:subject>coll&#232;gues</dc:subject>
		<dc:subject>Poste</dc:subject>
		<dc:subject>Pedro</dc:subject>
		<dc:subject>pr&#233;c&#233;dent num&#233;ro</dc:subject>
		<dc:subject>derni&#232;re catastrophe</dc:subject>
		<dc:subject>secou&#233; l'usine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans le pr&#233;c&#233;dent num&#233;ro de CQFD, je vous racontais la derni&#232;re catastrophe qui a secou&#233; l'usine, cette explosion qui a provoqu&#233; un incendie et pas mal de casse. Heureusement, il n'y avait personne dans les parages, et les coll&#232;gues ont r&#233;ussi &#224; ma&#238;triser le feu et &#224; stopper les installations &#224; temps. Encore un vrai coup de chance. Le quatri&#232;me en deux ans, &#231;a commence &#224; bien faire. &#192; l'heure o&#249; j'&#233;cris cet article, on ne conna&#238;t toujours pas l'&#233;tendue des d&#233;g&#226;ts, d'autant que l'explosion (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no94-novembre-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;94 (novembre 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD" rel="tag"&gt;CQFD&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-usine" rel="tag"&gt;l'usine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/n-y" rel="tag"&gt;n'y&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Poste" rel="tag"&gt;Poste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pedro" rel="tag"&gt;Pedro&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/precedent-numero" rel="tag"&gt;pr&#233;c&#233;dent num&#233;ro&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/derniere-catastrophe" rel="tag"&gt;derni&#232;re catastrophe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/secoue-l-usine" rel="tag"&gt;secou&#233; l'usine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le pr&#233;c&#233;dent num&#233;ro de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, je vous racontais la derni&#232;re catastrophe qui a secou&#233; l'usine, cette explosion qui a provoqu&#233; un incendie et pas mal de casse. Heureusement, il n'y avait personne dans les parages, et les coll&#232;gues ont r&#233;ussi &#224; ma&#238;triser le feu et &#224; stopper les installations &#224; temps. Encore un vrai coup de chance. Le quatri&#232;me en deux ans, &#231;a commence &#224; bien faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; j'&#233;cris cet article, on ne conna&#238;t toujours pas l'&#233;tendue des d&#233;g&#226;ts, d'autant que l'explosion a lib&#233;r&#233; de l'amiante. Du coup, l'atelier a &#233;t&#233; mis sous &#171; cocon &#187; pour d&#233;samiantage, et l'expertise de la casse n'est pas termin&#233;e. La direction parle d'au moins quatre mois de travaux de r&#233;paration, s'il n'y a pas trop de mat&#233;riel bousill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_234 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH535/94efix-bc95c.png?1782645957' width='400' height='535' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Efix
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si c'est plus grave, il est question &#8211; &#224; mots couverts &#8211; de l'arr&#234;t d&#233;finitif de l'installation, voire de toute l'usine. Mais il semble que l'incident soit arriv&#233; trop t&#244;t dans la strat&#233;gie de d&#233;sengagement de Total, le proprio : il y a un d&#233;ficit d'ammoniac sur le march&#233;, et les unit&#233;s du Moyen-Orient ne sont pas encore op&#233;rationnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'emp&#234;che qu'&#224; l'usine, on se pose des questions. Un plan de pr&#233;retraites en satisferait plus d'un, mais en termes d'emplois, se serait catastrophique. Dans la r&#233;gion, le papetier M-real vient d'annoncer la fermeture de son site normand et la mise sur le carreau de 330 salari&#233;s. Et nos voisins de P&#233;troplus viennent d'apprendre la restructuration de leur raffinerie avec 120 suppressions d'emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; notre dernier incident, il y a eu quand m&#234;me des d&#233;g&#226;ts collat&#233;raux, comme ce pompier qui a perdu de l'acuit&#233; auditive pour avoir man&#339;uvr&#233; dans le barouf caus&#233; par la fuite de gaz (et &#224; deux cents bars, c'est une vraie torture fa&#231;on Guantanamo). Quatre personnes ont &#233;galement &#233;t&#233; choqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi elles, Pedro. Il est int&#233;rimaire et travaille au poste de chargement d'acide. Un poste isol&#233; o&#249; sont utilis&#233;s du mat&#233;riel et des produits dangereux. Un poste o&#249; devrait &#234;tre plac&#233; du personnel &#224; statut de l'usine, avec une formation ad&#233;quate, notamment en mati&#232;re de s&#233;curit&#233;. Pedro y travaille pourtant depuis treize mois. Tout seul, dans son coin.
Au moment de l'explosion, il charge un wagon d'acide nitrique juste &#224; c&#244;t&#233; de l'atelier d'ammoniac. Il entend un &#171; boum &#187; et voit un &#233;norme panache de fum&#233;e noire. Un coll&#232;gue lui hurle &#224; la radio : &lt;i&gt;&#171; Reviens vite en salle de contr&#244;le ! &#187;&lt;/i&gt; Ni une ni deux, Pedro arr&#234;te la pompe, ferme la vanne de chargement et monte sur son v&#233;lo pour rejoindre la salle bunkeris&#233;e qui se trouve &#224; deux cents m&#232;tres. Malgr&#233; son encombrante combinaison anti-acide, il p&#233;dale le plus vite possible, d'autant qu'il voit les flammes surgir du toit de l'atelier. Arriv&#233; en zone de repli, il n'est pas bien du tout. Voil&#224; qu'il fait un malaise et des coll&#232;gues s'occupent de lui. Lorsque d&#233;barque la responsable de la cellule psychologique, il passe en premier. Pedro a &#233;t&#233; tr&#232;s choqu&#233;. Peut-&#234;tre la peur de sa vie. La psy le d&#233;clare en &#171; premiers soins &#187; puis en &#171; accident du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine suivante, Pedro reprend son poste, mais &#231;a ne va toujours pas. L'isolement favorise rarement la joie de vivre, surtout au boulot. &#192; un moment, imaginant ce &#224; quoi il a &#233;chapp&#233;, il &#233;clate en sanglots. Ces pleurs arrivent &#224; l'oreille du chef de service, et Pedro est convoqu&#233;. Le contrema&#238;tre lui annonce directement que, pour sa s&#233;curit&#233; et celle de ses coll&#232;gues, sa mission &#224; l'usine est termin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pedro croit comprendre qu'on lui offre une pause, et qu'il reviendra d'ici quelques semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Non, c'est termin&#233;&lt;/i&gt;, lui dit le contrema&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; Je pourrais revenir dans un autre secteur de l'usine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, c'est termin&#233;, on ne veut plus de vous. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans autre forme de proc&#232;s, Pedro se retrouve &#224; devoir vider son casier &lt;i&gt;&#171; dans les plus brefs d&#233;lais &#187;&lt;/i&gt;. Quelques coll&#232;gues s'en &#233;meuvent, d'autant que certains ont eu aussi peur que lui, mais qu'ils ne sont pas sanctionn&#233;s pour autant. Encore heureux ! Le syndicat intervient, mais rien n'y fait, et Pedro se retrouve jet&#233; comme un malpropre. Dans l'usine, la plupart des copains sont d&#233;go&#251;t&#233;s de la fa&#231;on dont est trait&#233; cet int&#233;rimaire, mais comment r&#233;agir dans une bo&#238;te totalement arr&#234;t&#233;e ?
C'est tout, pour aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le bureaucrate enguirland&#233;</title>
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		<dc:date>2007-10-22T10:15:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#199;A Y EST, C'EST FINI, oubli&#233;s les vacances, la plage, le soleil ( ?). Retour au travail, au turbin, au chagrin. J'allais &#233;crire qu'il ne s'est rien pass&#233; d'extraordinaire &#224; l'usine au cours des deux mois d'&#233;t&#233;. Juste les trucs habituels : heures suppl&#233;mentaires et jours de cong&#233;s qui sautent &#224; cause du manque de personnel. La seule nouvelle digne d'int&#233;r&#234;t a &#233;t&#233; l'annonce par le directeur g&#233;n&#233;ral du groupe qu'il allait sans doute &#234;tre le prochain &#224; sauter, vu que les r&#233;sultats &#233;conomiques ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no48-septembre-2007" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;48 (septembre 2007)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-usine" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#199;A Y EST, C'EST FINI, oubli&#233;s les vacances, la plage, le soleil ( ?). Retour au travail, au turbin, au chagrin. J'allais &#233;crire qu'il ne s'est rien pass&#233; d'extraordinaire &#224; l'usine au cours des deux mois d'&#233;t&#233;. Juste les trucs habituels : heures suppl&#233;mentaires et jours de cong&#233;s qui sautent &#224; cause du manque de personnel. La seule nouvelle digne d'int&#233;r&#234;t a &#233;t&#233; l'annonce par le directeur g&#233;n&#233;ral du groupe qu'il allait sans doute &#234;tre le prochain &#224; sauter, vu que les r&#233;sultats &#233;conomiques ne sont pas bons du tout. Mais de son d&#233;part on se fiche, on ne le regrettera pas et on sait tous que son rempla&#231;ant ne sera qu'un copi&#233;-coll&#233;. Et voil&#224; que le dernier week-end d'ao&#251;t, dans mon atelier, arrive l'incident qu'on pressentait tous. Le compresseur d'air qui casse, l'arbre de transmission qui se met en banane, le carter qui se retrouve projet&#233; &#224; une dizaine de m&#232;tres&#8230; Coup de pot, il n'y avait personne &#224; c&#244;t&#233;. L'atelier qui d&#233;clenche, la course (de nuit) dans l'atelier pour le s&#233;curiser. Une soupape qui ne se referme pas et qui crache du gaz pendant une heure. Alerte sur la r&#233;gion, pompiers, pr&#233;fet r&#233;veill&#233; en pleine nuit&#8230; Et tout qui rentre dans l'ordre apr&#232;s quelques heures d'efforts pour arr&#234;ter l'installation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, on n'est pas pass&#233; loin&#8230; Pourtant, ce compresseur d&#233;fectueux, &#231;a fait bient&#244;t deux ans qu'on dit qu'il faut le r&#233;parer, sinon on risque la casse. La direction a attendu le dernier moment et voil&#224; ce qui arrive. La situation se d&#233;grade et un jour la machine l&#226;che. C'est toujours le m&#234;me sc&#233;nario. Apr&#232;s, il faut r&#233;parer. Cette fois, pour fabriquer la pi&#232;ce de rechange, c'est au minimum un d&#233;lai de quatre mois. Si tel &#233;tait le cas, &#231;a voudrait dire la fermeture (peut-&#234;tre d&#233;finitive) de la bo&#238;te. Du coup, les r&#233;parations sont faites a minima. On reprend le m&#234;me arbre, on le polit et, malgr&#233; un manque de dents (je vous passe les d&#233;tails), la machine repart au bout de quinze jours. Le r&#233;gime de l'atelier passe de 1 100 tonnes par jour &#224; 800 : pour la direction, c'est la bonne solution. Voil&#224; pour les derni&#232;res nouvelles du front. Parce qu'en fait je voulais vous parler d'Andr&#233;, un coll&#232;gue que j'aime bien. Un ouvrier comme on en fait de moins en moins. R&#226;leur, bien s&#251;r, dr&#244;le, souvent, et conscient de sa place. Andr&#233; travaille aux exp&#233;ditions d'engrais. C'est le dernier endroit de l'usine o&#249; il n'y a pas besoin d'une grande technicit&#233;. C'est l&#224; o&#249; on trouve les derniers vrais prolos de l'usine, avec leurs bons et leurs mauvais c&#244;t&#233;s : ceux qui font le plus souvent gr&#232;ve, ceux qui savent dire&lt;i&gt; &#171; non, chef &#187;&lt;/i&gt;, mais aussi, parfois, racistes ou courant apr&#232;s les heures suppl&#233;mentaires. Andr&#233;, lui, ne court pas apr&#232;s les heures. Il a m&#234;me un mal de chien &#224; arriver &#224; l'heure le matin. On ne peut commencer &#224; lui parler que lorsqu'il a aval&#233; son premier caf&#233;. &#192; le voir arriver, bourru, un v&#233;ritable ours, on a du mal &#224; penser qu'il va ensuite passer ses temps de pause &#224; faire des pitreries pour amuser ses coll&#232;gues. Donc, apr&#232;s avoir bu son caf&#233; et fum&#233; sa troisi&#232;me clope, Andr&#233; devient op&#233;rationnel. Il coiffe sa casquette rouge r&#233;glementaire, &#224; laquelle il a accroch&#233; un morceau de guirlande de No&#235;l dor&#233;e, et il monte sur son Klark ou sur son chouleur, pour charger l'engrais, en sacs de 600 kg ou en vrac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est sans doute l'un des seuls &#224; &#233;couter Radio Classique ou France Musique dans l'habitacle de son engin. C'est pas qu'il soit v&#233;ritablement fan de Mahler ou de Chostakovitch, c'est plut&#244;t son c&#244;t&#233; punk, comme pour dire merde &#224; ceux qui pensent que les prolos ne peuvent s'&#233;clater que sur Bigard ou sur Rires &amp; chansons. Au r&#233;fectoire, le midi, avant de partir, c'est lui qui lance toujours la premi&#232;re vanne pour que les autres rebondissent et que le climat soit &#224; la b&#234;tise. Il m'a fait visiter le petit potager que ses copains et lui entretiennent aux abords des hangars : &lt;i&gt;&#171; L&#224; on fait pousser des tomates cerises&#8230; Pour l'ap&#233;ro &#187;&lt;/i&gt;, dit-il en souriant. Mais Andr&#233; ce n'est pas que &#231;a. Ce qui l'int&#233;resse, c'est l'hygi&#232;ne et la s&#233;curit&#233; et il est souvent sur le terrain, &#224; chercher le probl&#232;me, la faille qui pourrait &#234;tre pr&#233;judiciable, dangereuse pour les coll&#232;gues. Parce qu'il n'a pas appris &#224; parler en public, il a parfois du mal &#224; trouver ses mots devant le directeur, mais d&#232;s qu'il l'ouvre, il est &#233;cout&#233; et il adore mettre le patron en difficult&#233;. Derni&#232;rement, sa vie au travail a chang&#233;. Dans l'usine, le syndicat CGT est pour la rotation des t&#226;ches, pour qu'il n'y ait pas de bureaucratisation qui s'installe. Mais personne ne voulait prendre le poste de secr&#233;taire du syndicat, laiss&#233; vacant. Ploum-ploum. C'est tomb&#233; sur Andr&#233;, qui n'en demandait pas tant. Il a accept&#233; parce que pendant deux ans, &#231;a allait le changer du quotidien. Pourtant, &#231;a ne lui va pas trop. Il fait son boulot syndical, mais ce n'est pas son truc. Andr&#233; pr&#233;f&#232;re &#234;tre avec les copains. Alors, d&#232;s qu'il peut, il retourne tra&#238;ner ses grolles aux exp&#233;ditions. Et l&#224;, autour du caf&#233; partag&#233; avec ses coll&#232;gues, c'est lui qui se fait vanner, vu qu'il est &#171; un bureaucrate &#187; pour deux ans.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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