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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Noailles sans toit ni loi</title>
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		<dc:creator>Margaux Wartelle</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le 5 novembre 2018, rue d'Aubagne, deux immeubles s'effondrent, emportant huit vies. La suite : des mois de faillite politique et d'&#233;vacuations un peu partout en ville. Et pour les milliers de d&#233;log&#233;s, le d&#233;but d'une gal&#232;re sans nom. Aper&#231;u. &#171; Il va s'effondrer et emporter tout Marseille dans son trou. &#187; Parmi les habitants du 65 rue d'Aubagne, la blague avait fait sourire. Entre les fuites, les fissures b&#233;antes, les portes qui ne fermaient plus, la situation d&#233;plorable de l'immeuble &#233;tait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-hotel" rel="tag"&gt;l'h&#244;tel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 5 novembre 2018, rue d'Aubagne, deux immeubles s'effondrent, emportant huit vies. La suite : des mois de faillite politique et d'&#233;vacuations un peu partout en ville. Et pour les milliers de d&#233;log&#233;s, le d&#233;but d'une gal&#232;re sans nom. Aper&#231;u.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3131 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH332/-1358-981d0.jpg?1782763781' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; I&lt;/span&gt;&lt;i&gt;l va s'effondrer et emporter tout Marseille dans son trou.&lt;/i&gt; &#187; Parmi les habitants du 65 rue d'Aubagne, la blague avait fait sourire. Entre les fuites, les fissures b&#233;antes, les portes qui ne fermaient plus, la situation d&#233;plorable de l'immeuble &#233;tait bien connue &#8211; et l'agence immobili&#232;re maintes fois pr&#233;venue, via des coups de fils, des mails, et m&#234;me des vid&#233;os. Le 18 octobre 2018, une &#233;vacuation en urgence avait &#233;t&#233; assur&#233;e par les pompiers suite &#224; une expertise de la mairie. Elle ne durera que quelques heures, le syndic assurant avoir fait les travaux n&#233;cessaires. Le 26, une salari&#233;e de l'agence laisse un message vocal &#224; Sophie, une locataire : &#171; &lt;i&gt;Vous pouvez rester dans l'appartement.&lt;/i&gt; &#187; Par la suite, Sophie l'a &#233;cout&#233; en boucle, ce message. Le ton est l&#233;ger : &#171; &lt;i&gt;Restez tranquille&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Dix jours apr&#232;s, l'immeuble s'&#233;croulait un peu avant 10 h du matin. Huit personnes meurent, la blague est loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille, Sophie avait dormi chez ses parents, de peur de ne pas pouvoir sortir de son studio &#8211; les murs, instables, risquaient de bloquer la porte. La jeune femme avait pris l'habitude d'aider sa voisine de palier, Marie, souvent coinc&#233;e chez elle. Depuis l'effondrement, Sophie croit parfois apercevoir son amie d&#233;c&#233;d&#233;e dans la rue. &#201;tudiante en master de philosophie, elle raconte un traumatisme persistant, des gal&#232;res administratives ubuesques et surtout un m&#233;pris constant de la part de la mairie. &#171; &lt;i&gt;J'ai pass&#233; ma vie rue Beauvau&lt;/i&gt; &#187; &#8211; l'espace d'accueil mis en place par la municipalit&#233;, l&#224; o&#249; les victimes puis les d&#233;log&#233;s d&#233;filent depuis un an pour chercher informations et solutions de relogement. Pendant quatre mois, Sophie et son mari se retrouvent &#224; l'h&#244;tel. Hasard ou destin, Julien, l'un de ses voisins disparus, travaillait dans l'&#233;tablissement. &#171; &lt;i&gt;Avec ses coll&#232;gues, on s'est parl&#233;, soud&#233;s par le malheur.&lt;/i&gt; &#187; Quatre mois, puis arrive une proposition de relogement &#224; Noailles, o&#249; le couple vit &#224; l'heure actuelle, m&#234;me si l'envie de quitter la ville le taraude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin novembre 2018, une information judiciaire pour &#171; &lt;i&gt;homicides involontaires&lt;/i&gt; &#187; aggrav&#233;s d'une &#171; &lt;i&gt;violation manifestement d&#233;lib&#233;r&#233;e d'une obligation de prudence ou de s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187; a &#233;t&#233; ouverte. Et le 18 octobre dernier, aux c&#244;t&#233;s des autres parties civiles&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec les autres survivants, les familles des victimes et des associations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, Sophie avait rendez-vous devant le juge d'instruction, qui a fait le point sur l'enqu&#234;te. Verdict : elle sera longue. L'expertise devrait se terminer en mars 2020, le temps de constituer un dossier solide afin de proc&#233;der &#224; des mises en examen. Sophie s'y attendait. Elle qui assure &#234;tre contre le syst&#232;me r&#233;pressif n'arrive pas &#224; trouver d'excuses &#224; ceux qui agissent &#171; &lt;i&gt;par app&#226;t du gain&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un &#233;tat catastrophique bien connu&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour qui ne vit pas &#224; Marseille, il est bon de rappeler le coup au cr&#226;ne et au c&#339;ur que fut ce mois de novembre 2018. Il faut dire le choc, l'&#233;motion, l'incompr&#233;hension, et aussi la lucidit&#233;, une col&#232;re bien orient&#233;e &#8211; vers la mairie et ses &#233;diles. Car l'&#233;tat catastrophique du parc immobilier &#233;tait connu. En 2015, le constat du rapport Nicol est &#233;difiant : 100 000 habitants vivraient dans des habitations pr&#233;sentant un risque pour la sant&#233; ou la s&#233;curit&#233;. Cela concerne 40 000 logements, principalement dans le centre et le nord de la ville. Parmi d'autres r&#233;jouissances, deux phrases retiennent l'attention : &#171; &lt;i&gt;Les moyens humains et le savoir-faire sont insuffisants dans les diff&#233;rents services (Ville et &#201;tat)&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;aucune hi&#233;rarchisation commune de l'urgence n'a &#233;t&#233; d&#233;finie face &#224; l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt; &#187;. Avant le 5 novembre, il y avait chaque ann&#233;e entre 2 000 et 2 500 signalements pour cause d'hygi&#232;ne. Pour moins de dix arr&#234;t&#233;s d'insalubrit&#233;. D'o&#249; cette certitude : la situation du logement indigne &#233;tait bel et bien de notori&#233;t&#233; municipale. Apr&#232;s des ann&#233;es d'incomp&#233;tence et d'inaction, le tragique s'est produit. Et au drame des victimes s'est ajout&#233;e la gal&#232;re des d&#233;log&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En moins d'un an, pr&#232;s de 4 000 personnes ont &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es de leur appartement. Chiffre aberrant, incroyable, que l'on peine &#224; expliquer. D'un c&#244;t&#233;, il y a eu la peur justifi&#233;e. Des habitants, qui depuis des ann&#233;es avaient vu leur logement se d&#233;grader, ont appel&#233; le num&#233;ro d'urgence mis en place par la mairie. La proc&#233;dure : un expert vient, juge le logement dangereux, les habitants sont d&#233;log&#233;s puis l'immeuble est soumis &#224; un arr&#234;t&#233; de p&#233;ril (il est m&#234;me arriv&#233; que l'arr&#234;t&#233; de p&#233;ril n'arrive jamais et que l'&#233;vacuation reste ainsi sans base l&#233;gale). Parfois, c'est la mairie qui a pris les devants. Probl&#232;me : depuis le 5 novembre, elle n'a &#233;tabli que des arr&#234;t&#233;s de p&#233;ril &#171; imminent &#187;, qui induisent forc&#233;ment l'&#233;vacuation de tous les habitants&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il existe &#233;galement des arr&#234;t&#233;s de p&#233;ril simple, moins contraignants et ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Les services municipaux auraient-ils fait des exc&#232;s de z&#232;le, dans la panique des effondrements ? Beaucoup le pensent.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les bourgeois des d&#233;log&#233;s &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Valentin et Lucie habitaient depuis quelques mois dans un appartement &#224; la Joliette. En d&#233;cembre 2018, alors qu'ils sont en week-end, un voisin les appelle : leur immeuble est barricad&#233;. Sur l'&#233;tat de leur logement, ils racontent des portes qui ne ferment plus, des cafards, de l'amiante, un compteur &#233;lectrique dangereux et de grandes fissures chez leurs voisins du rez-de-chauss&#233;e &#8211; &#171; &lt;i&gt;On pouvait y passer les deux mains.&lt;/i&gt; &#187; Bref, pas l'id&#233;al, loin de l&#224;, mais ils ne se sentaient pas en ins&#233;curit&#233;. &#171; &lt;i&gt;On habitait &#224; Noailles avant, on &#233;tait habitu&#233; aux fissures,&lt;/i&gt; raconte Valentin. &lt;i&gt;Et puis quand je loue, je pars du principe qu'on ne me propose pas un appartement qui va tomber.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cauchemar ne fait que commencer. Apr&#232;s le choc, ils se retrouvent d&#233;munis. Le num&#233;ro d'urgence mis en place ne leur est d'aucune aide. Par chance, ils tombent sur le &lt;i&gt;Guide de survie aux &#233;vacuations&lt;/i&gt; r&#233;dig&#233; dans l'urgence par un groupe d'habitants, le Collectif du 5 novembre, mont&#233; &#224; la suite du drame. Comme beaucoup d'autres d&#233;log&#233;s, ils seront h&#233;berg&#233;s &#224; l'h&#244;tel pendant deux semaines. Ils mesurent leur chance, presque g&#234;n&#233;s quand ils pensent &#224; ceux qui y sont rest&#233;s des mois, ceux aussi qui ont moins de ressources qu'eux. Eux qui parlent fran&#231;ais, travaillent, comprennent les rouages administratifs, ont des amis qui ont pu les aider. Th&#233;sard pour lui, producteurs de musique pour les deux. &#171; &lt;i&gt;On est les bourgeois des d&#233;log&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, leur r&#233;cit est accablant de gal&#232;res. Leurs affaires coinc&#233;es chez eux, leur vie &#224; l'&#233;troit dans un (re)logement (trop) petit qu'ils ont d&#251; trouver par eux-m&#234;mes, les rendez-vous et le stress qui empi&#232;tent sur leur vie personnelle et professionnelle, la peur que leur appartement soit &#171; visit&#233; &#187;, les frais suppl&#233;mentaires ; se nourrir &#224; l'ext&#233;rieur quand on est &#224; l'h&#244;tel, mais aussi continuer &#224; payer des factures en double (travaux pratiques : comment r&#233;silier un abonnement Internet quand la foutue box est coinc&#233;e derri&#232;re un scell&#233; ou l'&#233;lectricit&#233; quand on ne peut pas relever le compteur ? Vous avez un an).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et surtout, il y a l'attente. Quand pourront-ils regagner leur logement originel ? Dix mois plus tard, Lucie et Valentin n'ont toujours pas de date pr&#233;cise. Alors que les travaux de mise en s&#233;curit&#233; s'&#233;ternisent, le couple n'a que tr&#232;s peu d'informations, malgr&#233; des appels r&#233;guliers. Et garde encore en t&#234;te l'accueil qui lui a &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; rue Beauvau. Valentin : &#171; &lt;i&gt;Le premier contact, &#231;a a &#233;t&#233; : &#8220;Monsieur, enlevez votre capuche, Madame, faites voir votre sac.&#8221; Non content d'&#234;tre un indigent car tu n'as plus de toit, tu es per&#231;u comme une menace. Et si tu souhaites une aide juridique, tu dois &#234;tre escort&#233; par un agent de s&#233;curit&#233; jusqu'au service en question, o&#249; on te dit qu'il y a un vide, qu'il n'y a pas de fautif.&lt;/i&gt; &#187; Le seul soutien qu'ils ont re&#231;u, disent-ils, vient de la soci&#233;t&#233; civile, Collectif du 5 novembre en t&#234;te. &#171; &lt;i&gt;On est beaucoup all&#233;s aux r&#233;unions, mais on n'osait pas parler de nous tellement certains cas &#233;taient catastrophiques, &#231;a d&#233;fiait totalement le bon sens. On sait que le monde marche sur la t&#234;te, mais c'est diff&#233;rent de le savoir et d'en faire l'exp&#233;rience&lt;/i&gt; &#187;, assure-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nomades par n&#233;cessit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Valentin et Lucie se sont rapproch&#233;s d'un avocat. Leur seul recours pour &#234;tre indemnis&#233;s ? Se retourner contre leur propri&#233;taire qui, lui, pourrait par la suite incriminer le syndic ou l'agence. Dans leur cas comme dans beaucoup d'autres, porter plainte contre le propri&#233;taire n'est pas &#233;vident. Il y a parfois le sentiment qu'il n'est pas le vrai coupable, que cela le mettrait lui-m&#234;me dans une situation d&#233;licate. Pourtant, c'est bien le propri&#233;taire qui est responsable de la s&#233;curit&#233; de son logement. Lui aussi qui doit assurer un relogement &#224; ses locataires en cas d'&#233;vacuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que les preuves sont difficiles &#224; regrouper. L'avocat Antonin Sopena, membre d'un cabinet qui a pris en charge un grand nombre de d&#233;log&#233;s, &#233;num&#232;re les difficult&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Il y a dans un premier temps toutes les personnes qui ne viennent pas. Parmi celles qui sont all&#233;es voir un avocat, beaucoup n'osent pas aller jusqu'au bout de la proc&#233;dure. Elles peuvent avoir des ressources limit&#233;es, se sentir ill&#233;gitimes &#224; mener une action en justice. Et puis beaucoup ont &#233;norm&#233;ment d'autres soucis, tr&#232;s imm&#233;diats, compar&#233;s &#224; une proc&#233;dure qui prend des mois.&lt;/i&gt; &#187; Dans le cas o&#249; une action est lanc&#233;e, il faut d&#233;montrer les pr&#233;judices subis &#224; la fois avant&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le fait d'avoir v&#233;cu des mois ou des ann&#233;es dans un logement insalubre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; et apr&#232;s l'&#233;vacuation. Les preuves peuvent manquer, par exemple quand les r&#233;clamations li&#233;es &#224; l'&#233;tat du logement ont &#233;t&#233; faites &#224; l'oral. Autre casse-t&#234;te : les pr&#233;judices li&#233;s &#224; une &#233;vacuation peuvent &#234;tre &#224; la fois tr&#232;s concrets, comme des affaires d&#233;t&#233;rior&#233;es ou vol&#233;es, mais aussi plus diffus, comme des surco&#251;ts li&#233;s &#224; une vie &#224; l'h&#244;tel, des dommages sur la sant&#233; physique ou psychique, une vie professionnelle et personnelle qui se complique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;log&#233;s, comme Valentin et Lucie, souhaitent r&#233;int&#233;grer au plus vite leur logement. C'est aussi le cas de Djamil, d&#233;log&#233; avec sa compagne et leur fille en d&#233;cembre dernier &#224; Noailles. Dix mois de vie par &#224;-coups, &#171; &lt;i&gt;nomades par n&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. D'autres, raconte Antonin Sopena, avaient un appartement si insalubre qu'ils ne souhaitent plus y retourner, sans parler du traumatisme et de la peur de voir le toit s'effondrer sur soi.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;336 personnes encore &#224; l'h&#244;tel&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le drame est venue la col&#232;re. Puis l'auto-organisation. Impliqu&#233; dans le Collectif du 5 novembre, Emmanuel Patris nous raconte des mois de n&#233;gociations pour aboutir &#224; la signature par l'&#201;tat et la Ville d'une charte du relogement. M&#233;pris et incomp&#233;tence au programme, avec de nombreux points de frictions, comme la prise en compte des occupants sans droits ni titres (pourtant une obligation l&#233;gale), ou la prise en charge des repas quand il n'est pas possible de cuisiner &#224; l'h&#244;tel. La signature est arrach&#233;e de haute lutte en juillet, pour une application jusqu'ici d&#233;cevante, la mairie passant outre dans bien des cas. Ce fut le cas pour une soixantaine d'habitants de la cit&#233; Maison-Blanche, dans le nord de la ville, qui n'ont pas &#233;t&#233; relog&#233;s apr&#232;s un incendie cet &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour soutenir et informer les &#233;vacu&#233;s, le collectif tient encore aujourd'hui des permanences hebdomadaires. &#192; ce jour, 336 personnes sont toujours &#224; l'h&#244;tel. Et par-del&#224; les d&#233;sastres et les particularit&#233;s de chaque situation individuelle, une interrogation pointe : &#224; qui profite la d&#233;route ? Certains locataires pourraient ne jamais rejoindre leurs immeubles du centre-ville, dont la sociologie pourrait ainsi tranquillement changer. En haut de la rue d'Aubagne, devenue si embl&#233;matique, la mairie a rachet&#233; des immeubles. La menace des promoteurs n'est pas loin. Djamil, &#171; &lt;i&gt;noailleux dans l'&#226;me&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;La ville est en train d'&#234;tre b&#226;tie pour des touristes, moins pour les Marseillais. Ou bien : pour un certain type de Marseillais&lt;/i&gt; &#187;. Sous-titre s'il en faut un : blancs et riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des solutions propos&#233;es par le Collectif du 5 novembre : la construction de logements sociaux. Emmanuel Patris : &#171; &lt;i&gt;Il y a des disparit&#233;s &#233;normes. Dans les quartiers Nord, on trouve jusqu'&#224; 50 &lt;/i&gt;%&lt;i&gt; de logements sociaux, pour moins de 10 &lt;/i&gt;%&lt;i&gt; dans le Sud. &#192; Noailles, c'est seulement 4 &lt;/i&gt;%&lt;i&gt; alors que 80 &lt;/i&gt;%&lt;i&gt; de la population pourrait avoir acc&#232;s &#224; des logements tr&#232;s sociaux&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le logement &#171; tr&#232;s social &#187; concerne les personnes en grande pr&#233;carit&#233;. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Ce manque, &#231;a conduit les gens qui n'ont pas de moyens &#224; accepter des logements insalubres propos&#233;s par des marchands de sommeil.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;res nouvelles sur le front de la d&#233;b&#226;cle : en bas de la rue Curiol, au num&#233;ro 36, en plein centre-ville, a eu lieu en septembre une expulsion tr&#232;s controvers&#233;e. Une vingtaine de personnes ont &#233;t&#233; d&#233;log&#233;es. Le bailleur social li&#233; &#224; la mairie, Marseille Habitat&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le journal La Marseillaise a r&#233;v&#233;l&#233; qu'un autre de ses biens a fait l'objet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, n'avait dans un premier temps aucune intention de reloger les habitants. Tr&#232;s vite, des hommes envoy&#233;s par le bailleur ont d&#233;truit &#224; grands coups de marteaux les sanitaires &#8211; pour &#171; &lt;i&gt;s&#233;curiser l'immeuble&lt;/i&gt; &#187; a apr&#232;s coup d&#233;clar&#233; Arlette Fructus, &#233;lue de la majorit&#233; municipale et pr&#233;sidente de Marseille Habitat. L'&#233;vacuation par les forces de l'ordre est muscl&#233;e. Le lendemain, une action est men&#233;e au si&#232;ge du bailleur. Les militants du Collectif du 5 novembre y participent. L'un d'entre eux, une figure m&#233;diatique, est arr&#234;t&#233;, accus&#233; d'avoir bless&#233; le doigt d'une employ&#233;e. Sa garde &#224; vue choquera, &#224; juste titre : apr&#232;s huit morts rue d'Aubagne, le d&#233;c&#232;s de Zineb Redouane&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Zineb Redouane, notre d(r)ame &#187;, CQFD n&#176; 176 (mai 2019).&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; (touch&#233;e par une grenade lacrymog&#232;ne en marge d'une manifestation), pr&#232;s de 4 000 d&#233;log&#233;s, la premi&#232;re garde &#224; vue est celle d'un militant contre le logement indigne &#8211; finalement rel&#226;ch&#233;. Un exemple parmi tant d'autres d'une ann&#233;e dingue sous le soleil marseillais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure sur un peu de beaut&#233;, il faudrait relater les engagements, nouveaux pour beaucoup, raconter qu'ils soudent les gens et font bouger les lignes. Ou finir par une date : rendez-vous est donn&#233; samedi 9 novembre, 15 h, pour une manifestation d'hommage et de revendication. Un an apr&#232;s, les Marseillais marchent toujours.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margaux Wartelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Cet article est extrait du dossier &#171; Bons baisers de Marseille &#187; (habitat indigne, incurie municipale, chasse aux pauvres et r&#233;sistances populaires), publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 181 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Avec les autres survivants, les familles des victimes et des associations comme la Fondation Abb&#233;-Pierre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il existe &#233;galement des arr&#234;t&#233;s de p&#233;ril simple, moins contraignants et ne n&#233;cessitant pas forc&#233;ment l'&#233;vacuation imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Comme le fait d'avoir v&#233;cu des mois ou des ann&#233;es dans un logement insalubre ou dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le logement &#171; tr&#232;s social &#187; concerne les personnes en grande pr&#233;carit&#233;. Les seuils d'accessibilit&#233; sont plus bas que pour le logement social classique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le journal &lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt; a r&#233;v&#233;l&#233; qu'un autre de ses biens a fait l'objet d'une interdiction d&#233;finitive d'habiter pour insalubrit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Zineb-Redouane-notre-d-r-ame' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Zineb Redouane, notre d(r)ame&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 176 (mai 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Femmes de chambres : une gr&#232;ve quatre &#233;toiles</title>
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&lt;p&gt;&#192; Marseille, les h&#244;tels de luxe poussent et les travailleuses souffrent. Mais elles r&#233;sistent : ces derni&#232;res ann&#233;es, les gr&#232;ves de femmes de chambre se succ&#232;dent. Celle lanc&#233;e le 11 avril par onze employ&#233;es du NH H&#244;tel, exploit&#233;es par le sous-traitant Elior, est exceptionnelle par sa dur&#233;e et par la surdit&#233; de l'employeur. Syndiqu&#233;es &#224; la CNT-SO, les gr&#233;vistes voient les soutiens affluer. Mais la police est &#233;galement de la partie. &#171; On ne fait pas cinquante jours de gr&#232;ve pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no177-juin-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;177 (juin 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Hotel" rel="tag"&gt;H&#244;tel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Marseille, les h&#244;tels de luxe poussent et les travailleuses souffrent. Mais elles r&#233;sistent : ces derni&#232;res ann&#233;es, les gr&#232;ves de femmes de chambre se succ&#232;dent. Celle lanc&#233;e le 11 avril par onze employ&#233;es du NH H&#244;tel, exploit&#233;es par le sous-traitant Elior, est exceptionnelle par sa dur&#233;e et par la surdit&#233; de l'employeur. Syndiqu&#233;es &#224; la CNT-SO, les gr&#233;vistes voient les soutiens affluer. Mais la police est &#233;galement de la partie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2951 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L325xH434/-1185-87da5.jpg?1782644047' width='325' height='434' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marine Summercity
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt; &#171; O&lt;/span&gt;&lt;i&gt;n ne fait pas cinquante jours de gr&#232;ve pour obtenir des bouteilles d'eau et des bonjours le matin.&lt;/i&gt; &#187; Non. Si les onze femmes de chambre du NH H&#244;tel de Marseille continuent leur combat, c'est certes parce que depuis le changement de sous-traitant en d&#233;cembre dernier, les conditions de travail se sont d&#233;t&#233;rior&#233;es, et parce que nombre d'heures boss&#233;es n'avaient pas &#233;t&#233; pay&#233;es (elles semblent l'&#234;tre peu &#224; peu &#224; mesure que le conflit se prolonge). Mais c'est surtout parce qu'&#224; force de trimer dans ce quatre &#233;toiles, elles m&#233;ritent bien un treizi&#232;me mois, une majoration de 50 % le dimanche (20 % actuellement), deux jours d'affil&#233;e de repos hebdomadaire et une augmentation des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tu te casses le dos, tu t'attends &#224; 1 000 &#8364;, tu finis le mois &#224; 800 &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;nonce Denise, une des employ&#233;es en lutte. Apr&#232;s plus de six semaines &#224; tenir le piquet de gr&#232;ve, c'est avec la voix l&#233;g&#232;rement cass&#233;e qu'elle raconte les r&#233;actions de son entourage. &#171; &lt;i&gt;Folie &#187;&lt;/i&gt; pour sa cousine, &#171; &lt;i&gt;perte de temps &#187;&lt;/i&gt; pour son copain. Elle en rigole. &#171; &lt;i&gt;On le fait pour tout le monde, peut-&#234;tre pour ceux qui n'ont pas le courage. &#187;&lt;/i&gt; Femme de chambre ? &#171; &lt;i&gt;Pas le meilleur m&#233;tier du monde. &#187;&lt;/i&gt; Comme ses dix coll&#232;gues, Denise est en CDI &#224; 25 heures par semaine. &#171; &lt;i&gt;On travaille parfois sans chariot, il faut tout porter&lt;/i&gt;, d&#233;taille Le&#239;la. &lt;i&gt;J'ai m&#234;me d&#233;j&#224; d&#251; nettoyer avec des taies d'oreiller faute de mat&#233;riel, et chaque mois il manque quelque chose, des heures ou des tickets-repas non pay&#233;s. On est oblig&#233;es de rester beaucoup plus tard que pr&#233;vu pour finir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;e au Cap-Vert, Le&#239;la a fait des &#233;tudes d'informatique au Portugal avant d'arriver &#224; Marseille, il y a quatre ans. Comme toutes ses coll&#232;gues gr&#233;vistes, elle s'est syndiqu&#233;e &#224; la CNT-SO (Conf&#233;d&#233;ration nationale du travail &#8211; Solidarit&#233; ouvri&#232;re). Le&#239;la a franchi le pas en novembre dernier, sur le conseil d'une &#171; &lt;i&gt;gouvernante d'un autre h&#244;tel &#187;&lt;/i&gt;. &#192; Marseille, environ 80 % des adh&#233;rents de cette branche du syndicat anarchiste sont des femmes de chambre.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Solidarit&#233; ouvri&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La CNT-SO est n&#233;e en 2012 d'une scission avec la CNT-F, &#224; la suite d'un d&#233;saccord strat&#233;gique sur la n&#233;cessit&#233; ou non d'avoir des permanents au sein d'une organisation anarcho-syndicaliste. La branche SO estimait ces derniers, form&#233;s aux m&#233;andres juridiques et administratifs, utiles pour d&#233;fendre au mieux les salari&#233;s. La CNT-F, elle, pr&#233;f&#232;re ne pas avoir de permanents pour &#233;viter, on r&#233;sume, une trop grande bureaucratisation. D&#232;s son arriv&#233;e &#224; Marseille en 2014, la CNT-SO a tout de suite regroup&#233; des travailleurs parmi les plus pr&#233;caires, surtout des femmes de m&#233;nage, tr&#232;s souvent noires et de nationalit&#233; &#233;trang&#232;re. Pourquoi elles en particulier ? Difficile &#224; expliquer, m&#234;me pour Lara et Camille, les deux juristes salari&#233;es par le syndicat &#224; Marseille. Le bouche-&#224;-oreille et l'efficacit&#233;, pourrait-on avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cinq ans, seize gr&#232;ves ont &#233;t&#233; men&#233;es par des femmes de chambre d'h&#244;tels marseillais. Toutes ont &#233;t&#233; gagn&#233;es. Mais pour les deux juristes, le conflit actuel est particulier : elles n'imaginaient pas qu'il serait aussi dur. Nombre d'&#233;l&#233;ments laissaient penser que l'employeur c&#233;derait rapidement : h&#244;tel de luxe, en plein centre-ville, dans une rue touristique, inaugur&#233; en grande pompe l'ann&#233;e derni&#232;re... Mais Elior, le sous-traitant, se montre particuli&#232;rement intransigeant. Alors, la gr&#232;ve s'est install&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On n'est jamais all&#233;es aussi loin en termes de nuisances &#187;&lt;/i&gt;, souligne Lara. Au d&#233;but, ce furent des casseroles, des affiches, des autocollants, un &#171; &lt;i&gt;mur de paroles &#187;&lt;/i&gt; sur corde &#224; linge o&#249; se sont vite retrouv&#233;es les culottes des gr&#233;vistes (&#171; &lt;i&gt;pour foutre la honte &#224; l'h&#244;tel &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;dixit une &lt;/i&gt;gr&#233;viste). Puis l'absence de dialogue et la pression accrue de la justice et de la police ont chang&#233; la dynamique du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Un acharnement disproportionn&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cela a commenc&#233; par des assignations pour entrave &#224; l'entr&#233;e des employ&#233;s, puis des convocations au commissariat pour nuisances diurnes. Le 29 avril, le tribunal rend une ordonnance autorisant les gr&#233;vistes &#224; rester sur la voie publique tant qu'elles ne bloquent pas les entr&#233;es. Mais le 2 mai, elles &#233;copent d'un rappel &#224; la loi pour d&#233;lit d'agressions sonores. Le 15 mai, des soutiens s'en donnent &#224; coeur joie en balan&#231;ant terre et gazon dans le hall de l'h&#244;tel. Alors qu'elles n'&#233;taient pas pr&#233;sentes, les deux juristes de la CNT sont convoqu&#233;es au commissariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce matin-l&#224;, le 23 mai, que les policiers en profitent pour expulser les gr&#233;vistes du trottoir (alors m&#234;me que l'ordonnance judiciaire autorisait leur pr&#233;sence). Arriv&#233;e apr&#232;s les sommations, Camille, enceinte de sept mois et demi, s'accroche &#224; une banderole ; les policiers la ceinturent et l'embarquent. Lara, venue en renfort, subit le m&#234;me sort. Les deux jeunes femmes sont plac&#233;es en garde &#224; vue. Au passage, selon plusieurs t&#233;moignages, les flics se l&#226;chent sur les gr&#233;vistes : &#171; &lt;i&gt;Je vais mettre tes enfants en foyer &#187;&lt;/i&gt; ; &#171; &lt;i&gt;Vous pouvez pas comprendre, dans votre pays il n'y a pas de r&#232;gles. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lara et Camille sont lib&#233;r&#233;es en fin d'apr&#232;s-midi. Elles devraient faire l'objet d'une composition p&#233;nale &#8211; proc&#233;dure pour des infractions minimes &#8211; en octobre. Pour Cl&#233;mence Lachkar, avocate des gr&#233;vistes au c&#244;t&#233; de Jane Becker, la forte pr&#233;sence poli-ci&#232;re quotidienne et les proc&#233;dures judiciaires constituent un &#171; &lt;i&gt;archarnement disproportionn&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Si &#171; &lt;i&gt;la police est dans ses comp&#233;tences &#187;&lt;/i&gt;, on peut se demander d'o&#249; les ordres viennent : de la direction de l'h&#244;tel ? D'Elior ? De la pr&#233;fecture ? Aussi, qui entre la direction de l'h&#244;tel et le sous-traitant Elior a le plus de poids dans la n&#233;gociation ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Paternalistes ou m&#233;chants, selon les jours &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elior est un grand groupe, avec pr&#232;s de 50 000 employ&#233;s en France. Pesant plus de 2 milliards de chiffre d'affaires, le mastodonte reste assez pr&#232;s de ses sous : depuis l'an dernier, il r&#233;clame 2,8 millions d'euros &#224; 183 de ses (ex-)salari&#233;s. L'histoire remonte &#224; 2012, quand les prud'hommes donnent raison &#224; ces femmes et hommes de m&#233;nage qui estimaient ne pas b&#233;n&#233;ficier de conditions salariales &#233;quitables par rapport &#224; d'autres employ&#233;s du groupe. Un jugement valid&#233; ensuite par la cour d'appel d'Aix avec, &#224; la cl&#233;, un versement de plusieurs milliers d'euros pour chacun des concern&#233;s. Mais Elior ne l&#226;che rien et en 2018, obtient de la Cour de cassation l'annulation de sa condamnation. R&#233;sultat : tous les employ&#233;s pay&#233;s au rabais se voient contraints de rembourser les sommes re&#231;ues quelques ann&#233;es plus t&#244;t &#8211; de 5 000 &#224; 30 000 &#8364; par personne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'affaire du NH H&#244;tel, &#171; &lt;i&gt;Elior a les moyens de faire des recherches juridiques pour chercher des noises sous n'importe quel pr&#233;texte, &lt;/i&gt;souligne Cl&#233;mence Lachkar. &lt;i&gt;Nous, on travaille avec un syndicat qui n'a pas beaucoup d'argent et des femmes qui en ont encore moins. &#187;&lt;/i&gt; Du c&#244;t&#233; de la CNT-SO, Lara et Camille analysent qu'Elior ne l&#226;che rien par peur de cr&#233;er un pr&#233;c&#233;dent pour ses autres sites. Du point de vue du syndicat, cette gr&#232;ve aussi est primordiale : &#171; &lt;i&gt;On joue une certaine cr&#233;dibilit&#233; et un rapport de force pour l'avenir. &#187;&lt;/i&gt; L'enjeu est d'autant plus important qu'en juillet, le groupe Elior va r&#233;cup&#233;rer le march&#233; de l'Adagio Marseille, un h&#244;tel o&#249; presque toutes les femmes de chambre sont syndiqu&#233;es... &#224; la CNT-SO. &#171; &lt;i&gt;On flippe pour toutes celles qui vont &#234;tre reprises par Elior &#187;&lt;/i&gt;, confie Lara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, pour celles du NH H&#244;tel, les soutiens viennent de toutes parts : syndicats, Gilets jaunes, partis de gauche, groupes f&#233;ministes et associations. Concert, bouffe solidaire et compagnie : il y a 15 000 &#8364; dans la caisse de gr&#232;ve, assez pour tenir les deux premiers mois. Sur le trottoir, devant l'h&#244;tel, malgr&#233; le stress et les flics, &#171; &lt;i&gt;paternalistes ou m&#233;chants selon les jours &#187;&lt;/i&gt;, l'ambiance est bonne et les id&#233;es ne manquent pas. La police refuse le collage d'affiches sur les vitres de l'&#233;tablisse-ment ? Ce sera &#224; m&#234;me la peau. Pour Manuela, une des gr&#233;vistes : &#171; &lt;i&gt;Si l'h&#244;tel m'appartient pas alors que c'est mon lieu de travail, mon corps, lui, m'appartient encore. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margaux Wartelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire sur le m&#234;me sujet&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Notre article de juillet (&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;178) : &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Les-femmes-de-chambre-luttent' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les femmes de chambre luttent (toujours)&lt;/a&gt; &#187;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Notre article de septembre(&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;179) : &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Femmes-de-chambre-en-lutte-a' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Femmes de chambre en lutte &#224; Marseille : encore et encore&lt;/a&gt; &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les mains dans le luxe</title>
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		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le 7 mai 2014, une dizaine de femmes de chambre d&#233;non&#231;aient leurs conditions de travail devant l'Intercontinental, h&#244;tel cinq &#233;toiles dominant le Vieux-Port de Marseille. L'occasion d'a&#233;rer un peu les pratiques de la sous-traitance dans le nettoyage&#8230; CQFD &#233;tait pr&#233;sent. &#171; Ici, c'est de l'esclavage &#187;, s'&#233;trangle Samir devant l'h&#244;tel Intercontinental. Un room-service accessible 24h/24 pour 192 chambres, 22 suites, dont une pr&#233;sidentielle, si l'envie prenait au bon Fran&#231;ois de visiter son (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no123-juin-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;123 (juin 2014)&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 7 mai 2014, une dizaine de femmes de chambre d&#233;non&#231;aient leurs conditions de travail devant l'Intercontinental, h&#244;tel cinq &#233;toiles dominant le Vieux-Port de Marseille. L'occasion d'a&#233;rer un peu les pratiques de la sous-traitance dans le nettoyage&#8230; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; &#233;tait pr&#233;sent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Ici, c'est de l'esclavage&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;trangle Samir devant l'h&#244;tel Intercontinental. Un room-service accessible 24h/24 pour 192 chambres, 22 suites, dont une pr&#233;sidentielle, si l'envie prenait au bon Fran&#231;ois de visiter son royaume&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1115 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH307/p03-miettes-140ff.jpg?1782640246' width='400' height='307' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Pirikk.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Samir habite Toulon et sa bo&#238;te peut du jour au lendemain l'envoyer &#224; Aix-en-Provence en le pr&#233;venant &#224; 7 h du matin. Il n'y a pas de train &#224; cette heure-l&#224;. Samir est &#233;quipier, un nouveau nom pour les loufiats qui nettoient les chambres des riches : t&#234;te de lit en cuir blanc, plaid brod&#233;&#8230; Tout doit &#234;tre nickel, dans les h&#244;tels de luxe. Pourtant en CDI, Samir pointe les risques du m&#233;tier : &#171; &lt;i&gt;Pour laver les vitres, on me fait travailler seul dans une nacelle en fa&#231;ade.&lt;/i&gt; &#187; Et puis, au-del&#224; de la peur du vide, il y a la peur de se faire jeter. La pression est mise par la direction de l'h&#244;tel, qui d&#233;briefe chaque matin la Fran&#231;aise de Services, soci&#233;t&#233; sous-traitante et leader dans le nettoyage. Nettoyage des droits, entre autres : ceux l&#224; sont balay&#233;s. Il y a eu plusieurs gr&#232;ves &#224; Paris, en 2013. &#171; &lt;i&gt;Le dress code est de se changer tous les jours, voire deux fois par jour, s'il y a des odeurs corporelles&lt;/i&gt; &#187;, rappelle Marie-Fran&#231;oise Litaudon, qualifi&#233;e de m&#232;re-sup&#233;rieure de l'hygi&#232;ne par &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Marseille, la sueur des petites mains n'importunera pas le client dans son Spa avec sauna ou sa salle de relaxation : Samir ne s'est jamais rendu dans la salle de techno-gym. Soutenus par le syndicat CNT-solidarit&#233; ouvri&#232;re, qui a convoqu&#233; ce rassemblement devant l'h&#244;tel, les salari&#233;s rappellent leurs conditions de travail d&#233;plorables. &#171; &lt;i&gt;M. Four&#233; m' a menac&#233;&lt;/i&gt; &#187;, raconte Samir. Four&#233;, c'est le DRH parisien. Des femmes de chambre venues de l'h&#244;tel Massalia, dans le 8 e arrondissement, parlent de manque de respect. La gouvernante de cet h&#244;tel est per&#231;ue comme une harpie. &#171; &lt;i&gt;Elle adore travailler avec nous, parce que nous nous taisons&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moigne une jeune Portugaise. Ses coll&#232;gues s&#233;n&#233;galaises et cap-verdiennes approuvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Armelle, une ancienne salari&#233;e, n'a pas tenu plus de trois semaines &#224; son poste de gouvernante d'&#233;tage. &#171; &lt;i&gt; &#192; 11 h, j'ai demand&#233; &#224; la DRH les fiches de poste des femmes de chambre.&lt;/i&gt; &#187; &#192; 15 h, &#224; sa prise de poste, elle est vir&#233;e. Exp&#233;ditif. &#171; &lt;i&gt;Je suis tomb&#233;e des nues !&lt;/i&gt; &#187; Quel li&#232;vre avait-elle lev&#233; ? &#171; &lt;i&gt; Les filles sont sous pay&#233;es. Sur leurs contrats, elles doivent cinq heures, mais en fait, c'est un syst&#232;me &#224; la chambre qui fonctionne.&lt;/i&gt; &#187; Un travail &#224; la t&#226;che, mais pay&#233; sur des heures fixes. &#171; &lt;i&gt;De plus, les filles n'ont pas de pause.&lt;/i&gt; &#187; Samir, toujours remont&#233;, en rajoute une couche : &#171; &lt;i&gt;C'est deux euros pour que je m'assoie manger dans l'h&#244;tel !&lt;/i&gt; &#187; Il peut aussi d&#233;jeuner dehors&#8230; Les filles non. &#171; &lt;i&gt;J'&#233;tais la seule &#224; manger&lt;/i&gt; &#187;, raconte Armelle. En tout cas, personne n'aura les miettes de la table de Lionel Levy, le chef-cuisinier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Medji est &#233;quipier et montre des plaies sur ses mains : &#171; &lt;i&gt; La Javel ? Non&#8230; La bo&#238;te a chang&#233; les produits, mais ils sont encore plus forts.&lt;/i&gt; &#187; La faute &#224; des mat&#233;riaux inadapt&#233;s et &#224; un management qui exige que tout brille. &#171; &lt;i&gt;Comment nettoyer des sols rugueux et des moquettes qui peluchent ?&lt;/i&gt; &#187; D'apr&#232;s la FDS, on n'emploie plus de Javel, tout va bien. Medji aurait besoin d'une s&#233;ance au sauna, mais sa condition le lui interdit. Pourtant, il devrait savoir que le Spa &#171; &lt;i&gt; traite la peau avec douceur avec des man&#339;uvres fluides, des pressions bien r&#233;guli&#232;res, sans jamais provoquer de d&#233;placements de tissus&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mme Suarez brandit elle aussi sa main droite, bien plus grosse que la gauche : un choc qu'elle a subi en faisant les lits, il y a trois mois. La m&#233;decine du travail lui demande de reprendre son poste sur un pied. &#171; &lt;i&gt;Apte d'une main&lt;/i&gt; &#187;, grince Mme Suarez&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patricia, neuf mois en France, neuf mois de m&#233;nage. &#171; &lt;i&gt;Parfois 19 chambres pour un service et le dimanche compris. On ne conna&#238;t nos jours de travail que d'une semaine sur l'autre. &lt;/i&gt; &#187; Un paquet d'heures ne sont pas pay&#233;es, les heures suppl&#233;mentaires, notamment. &#171; &lt;i&gt;On a m&#234;me des retenues&lt;/i&gt; &#187;, affirme une coll&#232;gue. Un syst&#232;me infantilisant o&#249; les femmes de chambre sont trait&#233;es comme du menu fretin. Les menaces sont monnaie courante. Et si cela ne suffit pas, &#171; &lt;i&gt;ils essayent de nous pi&#233;ger en laissant tra&#238;ner des objets de valeur pour voir si on les vole&lt;/i&gt; &#187;. La gouvernante du Massalia, abhorr&#233;e de son personnel, pr&#233;tend que ses filles ont &#233;t&#233; licenci&#233;es d'autres h&#244;tels, ce qui est faux : Patricia vient d'arriver du Portugal. &#171; &lt;i&gt;Il y a un rapport familial entre nous, mais elles n'ont jamais compris leurs contrats&lt;/i&gt; &#187;, affirme la m&#232;re-sup&#233;rieure maison, qui se dit choqu&#233;e par la manifestation et estime qu'elle a toujours fait en sorte de payer les employ&#233;es. &#171; &lt;i&gt; D'ailleurs, elles ne sont que cinq devant l'h&#244;tel !&lt;/i&gt; &#187; Et pour cause : ce sont les cinq femmes de chambre en CDI. Toutes les autres, en CDD, craignent de perdre leur place. &#171; &lt;i&gt;Elle nous insulte !&lt;/i&gt; &#187;, affirme Amalia devant ces coll&#232;gues qui approuvent d'un hochement du chef. Des insultes familiales, peut-&#234;tre ? La gouvernante parle d'incompr&#233;hension due au manque de ma&#238;trise de la langue&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 mai, la directrice de l'Intercontinental n'a pas tra&#238;n&#233; devant son &#233;tablissement, o&#249; elle a laiss&#233; le soin aux gouvernantes et aux membres de la s&#233;curit&#233; de prendre en photo les salari&#233;s r&#233;calcitrants. Elle nie les mauvaises conditions de travail et renvoie les gueux &#224; leur soci&#233;t&#233; sous-traitante. Samir est heureux de la mobilisation : &#171; &lt;i&gt;Ils pensent que je suis un con, un &#233;tranger, mais je suis Fran&#231;ais. Quand tu parles de tes droits, tu es &#224; &#233;liminer !&lt;/i&gt; &#187; Un mois plus tard, il v&#233;g&#232;te &#224; Aix-en-Provence sur une voie de garage. Son salaire couvre &#224; peine ses frais de transports, mais il tient bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mois plus tard, Julien, de la CNT-SO, confirme que c'est &#224; nouveau la bagarre. &#171; &lt;i&gt;Ils l'ont mal pris&lt;/i&gt; &#187;, &#224; la Fran&#231;aise des Services. Doux euph&#233;misme, car sur place, les petits chefs sont devenus hargneux. Ils ont adress&#233; aux salari&#233;s cet avertissement : &#171; &lt;i&gt;On a vos photos !&lt;/i&gt; &#187; D'apr&#232;s Julien, ils ont un double discours. Un CDD n'a pas &#233;t&#233; renouvel&#233;, mais le syndicat est encore intervenu et la travailleuse devrait &#234;tre reprise. Chose plus curieuse, certaines femmes de chambre du Massalia travaillent parfois au Novotel, mais pour le groupe Medifrance, dont St&#233;phane Four&#233;, le DRH de la FDS, est propri&#233;taire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le Massalia, le 6 juin dernier, la Fran&#231;aise de Services a envoy&#233; sa directrice du D&#233;veloppement, Isabelle Rocca, qui communique avec brio et d&#233;ment toutes les accusations, &#224; l'unisson du directeur de l'h&#244;tel. Un beau duo. &#171; &lt;i&gt;La Fran&#231;aise de Services a m&#234;me pr&#233;vu un treizi&#232;me mois et offre la participation &#224; une mutuelle.&lt;/i&gt; &#187; Isabelle Rocca explique que le syndicat CNT-SO n'est pas repr&#233;sentatif : &#171; &lt;i&gt;Notre d&#233;l&#233;gu&#233; n'exprime aucune plainte.&lt;/i&gt; &#187; Elle parle de la CGT-Nettoyage, qui semble tr&#232;s compr&#233;hensive avec sa direction. &#171; &lt;i&gt; Et puis la CGC, l'UNSA et la CFDT ont sign&#233; notre charte, on a toutes les garanties, nous respectons la loi &lt;/i&gt; &#187;, insiste le directeur de l'Intercontinental. Tra&#231;abilit&#233;, normes, contr&#244;les, tout y passe pour d&#233;montrer que l'h&#244;tel est un lieu idyllique pour des travailleuses qui, par malchance, ne parlent souvent qu'un fran&#231;ais approximatif et sont abus&#233;es par les petits caract&#232;res de leur contrat.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Se faire sous-traiter&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le but de la sous-traitance est de faire &#233;clater la communaut&#233; de travail et de r&#233;aliser plus de profits en sous-payant les femmes de chambre, gouvernantes et &#233;quipiers (en g&#233;n&#233;ral de &#8211; 15 &#224; &#8211; 40 %) qui ne b&#233;n&#233;ficient pas de la convention collective de l'h&#244;tel&lt;/i&gt; &#187;, affirme de son c&#244;t&#233; la CGT de l'h&#244;tel Parc-Hyatt Paris-Vend&#244;me, dont les salari&#233;s &#233;taient aux prud'hommes le 6 juin 2014. L'h&#244;tel se trouve dans la rue la plus ch&#232;re de Paris au Monopoly&#8230; Rue de la Paix &#8211; pas de la paix sociale, en tout cas. &#192; Marseille, Sabrina est venue soutenir les femmes de chambre du Massalia. Elle a &#233;t&#233; d&#233;barqu&#233;e de l'h&#244;tel Kyriad, &#224; la Capelette. Elle contestait sa date d'embauche : il manquait trois jours. Propeo, la soci&#233;t&#233; de nettoyage, l'a renvoy&#233;e une semaine apr&#232;s. &#171; &lt;i&gt;C'est du travail &#224; la t&#226;che&lt;/i&gt; &#187;, affirme cette ancienne secr&#233;taire de bo&#238;te d'int&#233;rim qui conna&#238;t ses droits. &#171; &lt;i&gt;J'ai tap&#233; &#8220;Protection des ouvriers&#8221; sur Internet&lt;/i&gt; &#187;, comme on tape soci&#233;t&#233; protectrice des animaux, &#171; &lt;i&gt;et j'ai imm&#233;diatement adh&#233;r&#233; &#224; la CNT-SO.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ni bonnes, ni connes !</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


		<dc:subject>Camille</dc:subject>
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		<dc:subject>groupe Accor</dc:subject>

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&lt;p&gt;Depuis le 6 octobre, les femmes de m&#233;nage et des &#233;quipiers de nuit d'un sous-traitant du groupe h&#244;telier Accor sont en gr&#232;ve au Novotel de Paris-Les Halles. Si les tauliers leur envoient police et huissiers, les gr&#233;vistes, elles, provoquent un sacr&#233; remue-m&#233;nage ! &#171; Il faut payer ! Il faut payer ! &#187; scandent en ch&#339;ur les manifestantes dans leurs m&#233;gaphones, tout en tambourinant sur des casseroles. R&#233;unies devant leur h&#244;tel, aux Halles, ces femmes immigr&#233;es, en majorit&#233; africaines, s'en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis le 6 octobre, les femmes de m&#233;nage et des &#233;quipiers de nuit d'un sous-traitant du groupe h&#244;telier Accor sont en gr&#232;ve au Novotel de Paris-Les Halles. Si les tauliers leur envoient police et huissiers, les gr&#233;vistes, elles, provoquent un sacr&#233; remue-m&#233;nage !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il faut payer ! Il faut payer ! &#187;&lt;/i&gt; scandent en ch&#339;ur les manifestantes dans leurs m&#233;gaphones, tout en tambourinant sur des casseroles. R&#233;unies devant leur h&#244;tel, aux Halles, ces femmes immigr&#233;es, en majorit&#233; africaines, s'en prennent bruyamment &#224; leur employeur, l'entreprise Sin&amp;stes &#224; qui Novotel sous-traite le nettoyage de ses piaules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 26 octobre, apr&#232;s vingt jours de gr&#232;ve, une dizaine de gros bras de la s&#233;curit&#233; matent d'un &#339;il impassible la sc&#232;ne tandis qu'un taxi d&#233;pose deux clients bling-bling qui d&#233;tournent le regard face au joyeux bordel d&#233;ploy&#233; par les gr&#233;vistes. Monique, qui trime dans les suites du Novotel depuis six ans, explique &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; C'est la premi&#232;re fois qu'on se met en gr&#232;ve. Mais les cadences de travail sont devenues impossibles pour nous ! &#187; &lt;/i&gt; Avec moins de 1 000 euros par mois, des contrats &#224; temps partiel sans horaires d&#233;finis et un rythme de trois chambres par heure, ces femmes b&#233;n&#233;ficieraient de conditions de travail bien pires que celles des employ&#233;s de l'h&#244;tel. Ch&#233;rif, &#233;quipier de nuit, d&#233;boule avec une lettre de menace de&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_227 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH421/94menage_camille-a61cc.png?1782641988' width='400' height='421' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Camille
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;licenciement. &#201;nerv&#233;, il raconte : &lt;i&gt;&#171; Je travaille de 15 heures &#224; 21 heures, or ils nous ont annul&#233; la majoration pour le travail de nuit ! De plus, sur 7 heures de travail, nous n'avons m&#234;me pas le droit de faire une pause pour manger, alors qu'une coll&#232;gue est diab&#233;tique ! &#187;&lt;/i&gt;. Depuis peu, l'h&#244;tel est mont&#233; en grade, et arbore fi&#232;rement quatre &#233;toiles : &lt;i&gt;&#171; Ils ont mis beaucoup d'argent dans l'espace business avec des &#233;crans, des ordinateurs, des canap&#233;s&#8230; Et nous, on n'a rien eu ! &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, la direction de l'h&#244;tel et Sin&amp;stes font la sourde oreille ou se renvoient la balle&#8230; &lt;i&gt;&#171; Il n'y a aucun dialogue, ils sont en train de nous narguer ! Et quand on va les voir, ils nous disent de ne pas &#233;couter les organisations syndicales, qu'elles nous manipulent &#187;&lt;/i&gt;, rench&#233;rit une des femmes de m&#233;nage. Pourtant, leurs revendications sont loin d'&#234;tre extravagantes : un treizi&#232;me mois &#8211; fichtre &#8211;, des tickets-resto &#224; quatre euros &#8211; diantre &#8211;, la dotation par l'employeur de gants pour l'ensemble des salari&#233;s &#8211; ventrebleu, c'est carr&#233;ment la libert&#233; d'entreprendre qu'on assassine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Novotel r&#233;pond aux exigences de la pl&#232;be en d&#233;p&#234;chant lardus et huissiers de justice. Ainsi, l'h&#244;tel a port&#233; plainte contre les trente-huit gr&#233;vistes pour occupation ill&#233;gale d'une salle et Hakim, repr&#233;sentant syndical, a eu droit &#224; une garde &#224; vue agr&#233;ment&#233;e d'une convocation au tribunal de grande instance suite &#224; une plainte de la direction&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de conflit entre salari&#233;s et sous-traitants du groupe Accor &#8211; ou d'autres grands h&#244;tels parisiens &#8211; se multiplierait. Selon Claude L&#233;vy, permanent de la CGT Commerce, &lt;i&gt;&#171; la sous-traitance du nettoyage et de la s&#233;curit&#233; se g&#233;n&#233;ralise dans le milieu h&#244;telier jusque dans les maisons quatre &#233;toiles : en externalisant des services, il y a moins de charges patronales &#224; payer, et le management se n&#233;gocie au rabais. &#187;&lt;/i&gt; En attendant, le soutien aux gr&#233;vistes s'organise : un collectif leur a apport&#233; quelques centaines d'euros et de quoi casser la cro&#251;te, la CGT a offert &#224; chacune deux cents euros pour le mois et des employ&#233;s de l'h&#244;tel du Louvre et de Lafayette se radinent en soutien aux rassemblements. Avant que le cort&#232;ge bigarr&#233; de ces femmes de m&#233;nage ne se mette en route vers le tribunal, une autre femme, huissier de justice, vient constater le tohu-bohu des gr&#233;vistes devant l'h&#244;tel&#8230; Elles n'en ont cure et partent, comme un seul homme, oups, une seule femme, assister &#224; l'audience consacr&#233;e &#224; la plainte pour occupation ill&#233;gale. Faty, militante associative, d'ajouter : &lt;i&gt;&#171; Au-del&#224; des revendications salariales, il s'agit clairement d'une lutte f&#233;ministe &#187;&lt;/i&gt;. Car si le groupe Accor se targue sur son site d'&#171; ouvrir de nouvelles fronti&#232;res dans l'hospitalit&#233; &#187;, il a surtout ouvert, avec l'utilisation de la sous-traitance, de nouvelles fronti&#232;res dans la pr&#233;carit&#233; des femmes&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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