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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Noailles sans toit ni loi</title>
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		<dc:creator>Margaux Wartelle</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le 5 novembre 2018, rue d'Aubagne, deux immeubles s'effondrent, emportant huit vies. La suite : des mois de faillite politique et d'&#233;vacuations un peu partout en ville. Et pour les milliers de d&#233;log&#233;s, le d&#233;but d'une gal&#232;re sans nom. Aper&#231;u. &#171; Il va s'effondrer et emporter tout Marseille dans son trou. &#187; Parmi les habitants du 65 rue d'Aubagne, la blague avait fait sourire. Entre les fuites, les fissures b&#233;antes, les portes qui ne fermaient plus, la situation d&#233;plorable de l'immeuble &#233;tait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-hotel" rel="tag"&gt;l'h&#244;tel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 5 novembre 2018, rue d'Aubagne, deux immeubles s'effondrent, emportant huit vies. La suite : des mois de faillite politique et d'&#233;vacuations un peu partout en ville. Et pour les milliers de d&#233;log&#233;s, le d&#233;but d'une gal&#232;re sans nom. Aper&#231;u.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3131 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH332/-1358-981d0.jpg?1780144241' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; I&lt;/span&gt;&lt;i&gt;l va s'effondrer et emporter tout Marseille dans son trou.&lt;/i&gt; &#187; Parmi les habitants du 65 rue d'Aubagne, la blague avait fait sourire. Entre les fuites, les fissures b&#233;antes, les portes qui ne fermaient plus, la situation d&#233;plorable de l'immeuble &#233;tait bien connue &#8211; et l'agence immobili&#232;re maintes fois pr&#233;venue, via des coups de fils, des mails, et m&#234;me des vid&#233;os. Le 18 octobre 2018, une &#233;vacuation en urgence avait &#233;t&#233; assur&#233;e par les pompiers suite &#224; une expertise de la mairie. Elle ne durera que quelques heures, le syndic assurant avoir fait les travaux n&#233;cessaires. Le 26, une salari&#233;e de l'agence laisse un message vocal &#224; Sophie, une locataire : &#171; &lt;i&gt;Vous pouvez rester dans l'appartement.&lt;/i&gt; &#187; Par la suite, Sophie l'a &#233;cout&#233; en boucle, ce message. Le ton est l&#233;ger : &#171; &lt;i&gt;Restez tranquille&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Dix jours apr&#232;s, l'immeuble s'&#233;croulait un peu avant 10 h du matin. Huit personnes meurent, la blague est loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille, Sophie avait dormi chez ses parents, de peur de ne pas pouvoir sortir de son studio &#8211; les murs, instables, risquaient de bloquer la porte. La jeune femme avait pris l'habitude d'aider sa voisine de palier, Marie, souvent coinc&#233;e chez elle. Depuis l'effondrement, Sophie croit parfois apercevoir son amie d&#233;c&#233;d&#233;e dans la rue. &#201;tudiante en master de philosophie, elle raconte un traumatisme persistant, des gal&#232;res administratives ubuesques et surtout un m&#233;pris constant de la part de la mairie. &#171; &lt;i&gt;J'ai pass&#233; ma vie rue Beauvau&lt;/i&gt; &#187; &#8211; l'espace d'accueil mis en place par la municipalit&#233;, l&#224; o&#249; les victimes puis les d&#233;log&#233;s d&#233;filent depuis un an pour chercher informations et solutions de relogement. Pendant quatre mois, Sophie et son mari se retrouvent &#224; l'h&#244;tel. Hasard ou destin, Julien, l'un de ses voisins disparus, travaillait dans l'&#233;tablissement. &#171; &lt;i&gt;Avec ses coll&#232;gues, on s'est parl&#233;, soud&#233;s par le malheur.&lt;/i&gt; &#187; Quatre mois, puis arrive une proposition de relogement &#224; Noailles, o&#249; le couple vit &#224; l'heure actuelle, m&#234;me si l'envie de quitter la ville le taraude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin novembre 2018, une information judiciaire pour &#171; &lt;i&gt;homicides involontaires&lt;/i&gt; &#187; aggrav&#233;s d'une &#171; &lt;i&gt;violation manifestement d&#233;lib&#233;r&#233;e d'une obligation de prudence ou de s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187; a &#233;t&#233; ouverte. Et le 18 octobre dernier, aux c&#244;t&#233;s des autres parties civiles&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec les autres survivants, les familles des victimes et des associations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, Sophie avait rendez-vous devant le juge d'instruction, qui a fait le point sur l'enqu&#234;te. Verdict : elle sera longue. L'expertise devrait se terminer en mars 2020, le temps de constituer un dossier solide afin de proc&#233;der &#224; des mises en examen. Sophie s'y attendait. Elle qui assure &#234;tre contre le syst&#232;me r&#233;pressif n'arrive pas &#224; trouver d'excuses &#224; ceux qui agissent &#171; &lt;i&gt;par app&#226;t du gain&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un &#233;tat catastrophique bien connu&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour qui ne vit pas &#224; Marseille, il est bon de rappeler le coup au cr&#226;ne et au c&#339;ur que fut ce mois de novembre 2018. Il faut dire le choc, l'&#233;motion, l'incompr&#233;hension, et aussi la lucidit&#233;, une col&#232;re bien orient&#233;e &#8211; vers la mairie et ses &#233;diles. Car l'&#233;tat catastrophique du parc immobilier &#233;tait connu. En 2015, le constat du rapport Nicol est &#233;difiant : 100 000 habitants vivraient dans des habitations pr&#233;sentant un risque pour la sant&#233; ou la s&#233;curit&#233;. Cela concerne 40 000 logements, principalement dans le centre et le nord de la ville. Parmi d'autres r&#233;jouissances, deux phrases retiennent l'attention : &#171; &lt;i&gt;Les moyens humains et le savoir-faire sont insuffisants dans les diff&#233;rents services (Ville et &#201;tat)&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;aucune hi&#233;rarchisation commune de l'urgence n'a &#233;t&#233; d&#233;finie face &#224; l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt; &#187;. Avant le 5 novembre, il y avait chaque ann&#233;e entre 2 000 et 2 500 signalements pour cause d'hygi&#232;ne. Pour moins de dix arr&#234;t&#233;s d'insalubrit&#233;. D'o&#249; cette certitude : la situation du logement indigne &#233;tait bel et bien de notori&#233;t&#233; municipale. Apr&#232;s des ann&#233;es d'incomp&#233;tence et d'inaction, le tragique s'est produit. Et au drame des victimes s'est ajout&#233;e la gal&#232;re des d&#233;log&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En moins d'un an, pr&#232;s de 4 000 personnes ont &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es de leur appartement. Chiffre aberrant, incroyable, que l'on peine &#224; expliquer. D'un c&#244;t&#233;, il y a eu la peur justifi&#233;e. Des habitants, qui depuis des ann&#233;es avaient vu leur logement se d&#233;grader, ont appel&#233; le num&#233;ro d'urgence mis en place par la mairie. La proc&#233;dure : un expert vient, juge le logement dangereux, les habitants sont d&#233;log&#233;s puis l'immeuble est soumis &#224; un arr&#234;t&#233; de p&#233;ril (il est m&#234;me arriv&#233; que l'arr&#234;t&#233; de p&#233;ril n'arrive jamais et que l'&#233;vacuation reste ainsi sans base l&#233;gale). Parfois, c'est la mairie qui a pris les devants. Probl&#232;me : depuis le 5 novembre, elle n'a &#233;tabli que des arr&#234;t&#233;s de p&#233;ril &#171; imminent &#187;, qui induisent forc&#233;ment l'&#233;vacuation de tous les habitants&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il existe &#233;galement des arr&#234;t&#233;s de p&#233;ril simple, moins contraignants et ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Les services municipaux auraient-ils fait des exc&#232;s de z&#232;le, dans la panique des effondrements ? Beaucoup le pensent.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les bourgeois des d&#233;log&#233;s &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Valentin et Lucie habitaient depuis quelques mois dans un appartement &#224; la Joliette. En d&#233;cembre 2018, alors qu'ils sont en week-end, un voisin les appelle : leur immeuble est barricad&#233;. Sur l'&#233;tat de leur logement, ils racontent des portes qui ne ferment plus, des cafards, de l'amiante, un compteur &#233;lectrique dangereux et de grandes fissures chez leurs voisins du rez-de-chauss&#233;e &#8211; &#171; &lt;i&gt;On pouvait y passer les deux mains.&lt;/i&gt; &#187; Bref, pas l'id&#233;al, loin de l&#224;, mais ils ne se sentaient pas en ins&#233;curit&#233;. &#171; &lt;i&gt;On habitait &#224; Noailles avant, on &#233;tait habitu&#233; aux fissures,&lt;/i&gt; raconte Valentin. &lt;i&gt;Et puis quand je loue, je pars du principe qu'on ne me propose pas un appartement qui va tomber.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cauchemar ne fait que commencer. Apr&#232;s le choc, ils se retrouvent d&#233;munis. Le num&#233;ro d'urgence mis en place ne leur est d'aucune aide. Par chance, ils tombent sur le &lt;i&gt;Guide de survie aux &#233;vacuations&lt;/i&gt; r&#233;dig&#233; dans l'urgence par un groupe d'habitants, le Collectif du 5 novembre, mont&#233; &#224; la suite du drame. Comme beaucoup d'autres d&#233;log&#233;s, ils seront h&#233;berg&#233;s &#224; l'h&#244;tel pendant deux semaines. Ils mesurent leur chance, presque g&#234;n&#233;s quand ils pensent &#224; ceux qui y sont rest&#233;s des mois, ceux aussi qui ont moins de ressources qu'eux. Eux qui parlent fran&#231;ais, travaillent, comprennent les rouages administratifs, ont des amis qui ont pu les aider. Th&#233;sard pour lui, producteurs de musique pour les deux. &#171; &lt;i&gt;On est les bourgeois des d&#233;log&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, leur r&#233;cit est accablant de gal&#232;res. Leurs affaires coinc&#233;es chez eux, leur vie &#224; l'&#233;troit dans un (re)logement (trop) petit qu'ils ont d&#251; trouver par eux-m&#234;mes, les rendez-vous et le stress qui empi&#232;tent sur leur vie personnelle et professionnelle, la peur que leur appartement soit &#171; visit&#233; &#187;, les frais suppl&#233;mentaires ; se nourrir &#224; l'ext&#233;rieur quand on est &#224; l'h&#244;tel, mais aussi continuer &#224; payer des factures en double (travaux pratiques : comment r&#233;silier un abonnement Internet quand la foutue box est coinc&#233;e derri&#232;re un scell&#233; ou l'&#233;lectricit&#233; quand on ne peut pas relever le compteur ? Vous avez un an).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et surtout, il y a l'attente. Quand pourront-ils regagner leur logement originel ? Dix mois plus tard, Lucie et Valentin n'ont toujours pas de date pr&#233;cise. Alors que les travaux de mise en s&#233;curit&#233; s'&#233;ternisent, le couple n'a que tr&#232;s peu d'informations, malgr&#233; des appels r&#233;guliers. Et garde encore en t&#234;te l'accueil qui lui a &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; rue Beauvau. Valentin : &#171; &lt;i&gt;Le premier contact, &#231;a a &#233;t&#233; : &#8220;Monsieur, enlevez votre capuche, Madame, faites voir votre sac.&#8221; Non content d'&#234;tre un indigent car tu n'as plus de toit, tu es per&#231;u comme une menace. Et si tu souhaites une aide juridique, tu dois &#234;tre escort&#233; par un agent de s&#233;curit&#233; jusqu'au service en question, o&#249; on te dit qu'il y a un vide, qu'il n'y a pas de fautif.&lt;/i&gt; &#187; Le seul soutien qu'ils ont re&#231;u, disent-ils, vient de la soci&#233;t&#233; civile, Collectif du 5 novembre en t&#234;te. &#171; &lt;i&gt;On est beaucoup all&#233;s aux r&#233;unions, mais on n'osait pas parler de nous tellement certains cas &#233;taient catastrophiques, &#231;a d&#233;fiait totalement le bon sens. On sait que le monde marche sur la t&#234;te, mais c'est diff&#233;rent de le savoir et d'en faire l'exp&#233;rience&lt;/i&gt; &#187;, assure-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nomades par n&#233;cessit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Valentin et Lucie se sont rapproch&#233;s d'un avocat. Leur seul recours pour &#234;tre indemnis&#233;s ? Se retourner contre leur propri&#233;taire qui, lui, pourrait par la suite incriminer le syndic ou l'agence. Dans leur cas comme dans beaucoup d'autres, porter plainte contre le propri&#233;taire n'est pas &#233;vident. Il y a parfois le sentiment qu'il n'est pas le vrai coupable, que cela le mettrait lui-m&#234;me dans une situation d&#233;licate. Pourtant, c'est bien le propri&#233;taire qui est responsable de la s&#233;curit&#233; de son logement. Lui aussi qui doit assurer un relogement &#224; ses locataires en cas d'&#233;vacuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que les preuves sont difficiles &#224; regrouper. L'avocat Antonin Sopena, membre d'un cabinet qui a pris en charge un grand nombre de d&#233;log&#233;s, &#233;num&#232;re les difficult&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Il y a dans un premier temps toutes les personnes qui ne viennent pas. Parmi celles qui sont all&#233;es voir un avocat, beaucoup n'osent pas aller jusqu'au bout de la proc&#233;dure. Elles peuvent avoir des ressources limit&#233;es, se sentir ill&#233;gitimes &#224; mener une action en justice. Et puis beaucoup ont &#233;norm&#233;ment d'autres soucis, tr&#232;s imm&#233;diats, compar&#233;s &#224; une proc&#233;dure qui prend des mois.&lt;/i&gt; &#187; Dans le cas o&#249; une action est lanc&#233;e, il faut d&#233;montrer les pr&#233;judices subis &#224; la fois avant&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le fait d'avoir v&#233;cu des mois ou des ann&#233;es dans un logement insalubre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; et apr&#232;s l'&#233;vacuation. Les preuves peuvent manquer, par exemple quand les r&#233;clamations li&#233;es &#224; l'&#233;tat du logement ont &#233;t&#233; faites &#224; l'oral. Autre casse-t&#234;te : les pr&#233;judices li&#233;s &#224; une &#233;vacuation peuvent &#234;tre &#224; la fois tr&#232;s concrets, comme des affaires d&#233;t&#233;rior&#233;es ou vol&#233;es, mais aussi plus diffus, comme des surco&#251;ts li&#233;s &#224; une vie &#224; l'h&#244;tel, des dommages sur la sant&#233; physique ou psychique, une vie professionnelle et personnelle qui se complique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;log&#233;s, comme Valentin et Lucie, souhaitent r&#233;int&#233;grer au plus vite leur logement. C'est aussi le cas de Djamil, d&#233;log&#233; avec sa compagne et leur fille en d&#233;cembre dernier &#224; Noailles. Dix mois de vie par &#224;-coups, &#171; &lt;i&gt;nomades par n&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. D'autres, raconte Antonin Sopena, avaient un appartement si insalubre qu'ils ne souhaitent plus y retourner, sans parler du traumatisme et de la peur de voir le toit s'effondrer sur soi.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;336 personnes encore &#224; l'h&#244;tel&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le drame est venue la col&#232;re. Puis l'auto-organisation. Impliqu&#233; dans le Collectif du 5 novembre, Emmanuel Patris nous raconte des mois de n&#233;gociations pour aboutir &#224; la signature par l'&#201;tat et la Ville d'une charte du relogement. M&#233;pris et incomp&#233;tence au programme, avec de nombreux points de frictions, comme la prise en compte des occupants sans droits ni titres (pourtant une obligation l&#233;gale), ou la prise en charge des repas quand il n'est pas possible de cuisiner &#224; l'h&#244;tel. La signature est arrach&#233;e de haute lutte en juillet, pour une application jusqu'ici d&#233;cevante, la mairie passant outre dans bien des cas. Ce fut le cas pour une soixantaine d'habitants de la cit&#233; Maison-Blanche, dans le nord de la ville, qui n'ont pas &#233;t&#233; relog&#233;s apr&#232;s un incendie cet &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour soutenir et informer les &#233;vacu&#233;s, le collectif tient encore aujourd'hui des permanences hebdomadaires. &#192; ce jour, 336 personnes sont toujours &#224; l'h&#244;tel. Et par-del&#224; les d&#233;sastres et les particularit&#233;s de chaque situation individuelle, une interrogation pointe : &#224; qui profite la d&#233;route ? Certains locataires pourraient ne jamais rejoindre leurs immeubles du centre-ville, dont la sociologie pourrait ainsi tranquillement changer. En haut de la rue d'Aubagne, devenue si embl&#233;matique, la mairie a rachet&#233; des immeubles. La menace des promoteurs n'est pas loin. Djamil, &#171; &lt;i&gt;noailleux dans l'&#226;me&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;La ville est en train d'&#234;tre b&#226;tie pour des touristes, moins pour les Marseillais. Ou bien : pour un certain type de Marseillais&lt;/i&gt; &#187;. Sous-titre s'il en faut un : blancs et riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des solutions propos&#233;es par le Collectif du 5 novembre : la construction de logements sociaux. Emmanuel Patris : &#171; &lt;i&gt;Il y a des disparit&#233;s &#233;normes. Dans les quartiers Nord, on trouve jusqu'&#224; 50 &lt;/i&gt;%&lt;i&gt; de logements sociaux, pour moins de 10 &lt;/i&gt;%&lt;i&gt; dans le Sud. &#192; Noailles, c'est seulement 4 &lt;/i&gt;%&lt;i&gt; alors que 80 &lt;/i&gt;%&lt;i&gt; de la population pourrait avoir acc&#232;s &#224; des logements tr&#232;s sociaux&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le logement &#171; tr&#232;s social &#187; concerne les personnes en grande pr&#233;carit&#233;. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Ce manque, &#231;a conduit les gens qui n'ont pas de moyens &#224; accepter des logements insalubres propos&#233;s par des marchands de sommeil.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;res nouvelles sur le front de la d&#233;b&#226;cle : en bas de la rue Curiol, au num&#233;ro 36, en plein centre-ville, a eu lieu en septembre une expulsion tr&#232;s controvers&#233;e. Une vingtaine de personnes ont &#233;t&#233; d&#233;log&#233;es. Le bailleur social li&#233; &#224; la mairie, Marseille Habitat&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le journal La Marseillaise a r&#233;v&#233;l&#233; qu'un autre de ses biens a fait l'objet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, n'avait dans un premier temps aucune intention de reloger les habitants. Tr&#232;s vite, des hommes envoy&#233;s par le bailleur ont d&#233;truit &#224; grands coups de marteaux les sanitaires &#8211; pour &#171; &lt;i&gt;s&#233;curiser l'immeuble&lt;/i&gt; &#187; a apr&#232;s coup d&#233;clar&#233; Arlette Fructus, &#233;lue de la majorit&#233; municipale et pr&#233;sidente de Marseille Habitat. L'&#233;vacuation par les forces de l'ordre est muscl&#233;e. Le lendemain, une action est men&#233;e au si&#232;ge du bailleur. Les militants du Collectif du 5 novembre y participent. L'un d'entre eux, une figure m&#233;diatique, est arr&#234;t&#233;, accus&#233; d'avoir bless&#233; le doigt d'une employ&#233;e. Sa garde &#224; vue choquera, &#224; juste titre : apr&#232;s huit morts rue d'Aubagne, le d&#233;c&#232;s de Zineb Redouane&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Zineb Redouane, notre d(r)ame &#187;, CQFD n&#176; 176 (mai 2019).&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; (touch&#233;e par une grenade lacrymog&#232;ne en marge d'une manifestation), pr&#232;s de 4 000 d&#233;log&#233;s, la premi&#232;re garde &#224; vue est celle d'un militant contre le logement indigne &#8211; finalement rel&#226;ch&#233;. Un exemple parmi tant d'autres d'une ann&#233;e dingue sous le soleil marseillais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure sur un peu de beaut&#233;, il faudrait relater les engagements, nouveaux pour beaucoup, raconter qu'ils soudent les gens et font bouger les lignes. Ou finir par une date : rendez-vous est donn&#233; samedi 9 novembre, 15 h, pour une manifestation d'hommage et de revendication. Un an apr&#232;s, les Marseillais marchent toujours.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margaux Wartelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Cet article est extrait du dossier &#171; Bons baisers de Marseille &#187; (habitat indigne, incurie municipale, chasse aux pauvres et r&#233;sistances populaires), publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 181 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Avec les autres survivants, les familles des victimes et des associations comme la Fondation Abb&#233;-Pierre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il existe &#233;galement des arr&#234;t&#233;s de p&#233;ril simple, moins contraignants et ne n&#233;cessitant pas forc&#233;ment l'&#233;vacuation imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Comme le fait d'avoir v&#233;cu des mois ou des ann&#233;es dans un logement insalubre ou dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le logement &#171; tr&#232;s social &#187; concerne les personnes en grande pr&#233;carit&#233;. Les seuils d'accessibilit&#233; sont plus bas que pour le logement social classique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le journal &lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt; a r&#233;v&#233;l&#233; qu'un autre de ses biens a fait l'objet d'une interdiction d&#233;finitive d'habiter pour insalubrit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Zineb-Redouane-notre-d-r-ame' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Zineb Redouane, notre d(r)ame&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 176 (mai 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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