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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Paris dans sa bulle</title>
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		<dc:creator>Margo Chou</dc:creator>


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&lt;p&gt;C'&#233;tait en novembre 2016, porte de La Chapelle : la municipalit&#233; parisienne ouvrait un Centre d'accueil pour migrants de 400 lits. Las, cette vaste structure gonflable jaune et blanche est bien trop petite. Et les migrants n'ont d'autre choix que d'attendre encore et encore une &#233;ventuelle place. Partout, des hommes qui dorment au sol. Depuis que les tentes Quechua ont &#233;t&#233; interdites, il n'y a plus d'intimit&#233; possible. Les gestes du quotidien sont expos&#233;s &#224; tous, au soleil. Sur deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait en novembre 2016, porte de La Chapelle : la municipalit&#233; parisienne ouvrait un Centre d'accueil pour migrants de 400 lits. Las, cette vaste structure gonflable jaune et blanche est bien trop petite. Et les migrants n'ont d'autre choix que d'attendre encore et encore une &#233;ventuelle place.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3101 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH613/-1332-15b3d.jpg?1779603021' width='400' height='613' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;artout, des hommes qui dorment au sol. Depuis que les tentes Quechua ont &#233;t&#233; interdites, il n'y a plus d'intimit&#233; possible. Les gestes du quotidien sont expos&#233;s &#224; tous, au soleil. Sur deux kilom&#232;tres carr&#233;s, tout autour de la porte de La Chapelle, des corps humains sont &#233;grain&#233;s &#224; m&#234;me le sol, l&#224; o&#249; l'ombre subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'attente p&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; chacun son histoire. Ahmed et Humaira sont assis au pied des premi&#232;res barri&#232;res m&#233;talliques, adoss&#233;s &#224; leurs deux valises neuves bomb&#233;es. Ils ont quitt&#233; le Kurdistan iranien il y a cinq mois. La famille kurde de la demoiselle voulait tuer l'amoureux afghan. Ils sont l&#224; depuis sept jours et dorment sur des cartons, emmitoufl&#233;s l'un contre l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Mohammed a dormi deux mois dehors, puis cinq jours dans le centre. Mais depuis une semaine, il est h&#233;berg&#233; dans une auberge de Jeunesse &#224; Villiers-le-Bel. Il esp&#232;re ne pas &#234;tre dublin&#233;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression renvoie &#224; l'accord de Dublin, accord europ&#233;en qui pr&#233;voit que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, comme la plupart de ceux qui ont entam&#233; une proc&#233;dure dans un autre pays avant d'arriver en France. Pris en &#233;tau entre son Pakistan natal et sa famille &#8211; son cousin dans le collimateur du gouvernement essayait de l'embrigader dans des &#171; actes terroristes &#187; &#8211;, il a d&#251; se r&#233;soudre &#224; partir. Lui voulait seulement continuer ses &#233;tudes de m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis voil&#224; Sa&#239;d, arriv&#233; porte de La Chapelle il y a dix jours. Il dort avec d'autres hommes sous le pont, &#224; c&#244;t&#233; de l'arr&#234;t de tramway. C'est la police qui le r&#233;veille le matin : il est install&#233; sur la piste cyclable et d&#233;range ceux qui vont bosser en v&#233;lo. Si bien qu'il se l&#232;ve et fait comme les autres. Se rapproche de l'entr&#233;e &#8211; ce n'est pas mieux. Puis part en qu&#234;te d'un endroit o&#249; se laver. L'attente lui p&#232;se et tout le questionne. Il ne se sent pas d'attendre ici, sans rien faire. Il a besoin de bouger. Il veut aller &#224; Amiens, pensant que ce sera moins difficile d'y trouver un h&#233;bergement. Il s'est rencard&#233; avec un gars pour s'y rendre demain. Il a 24 ans et &#233;tudiait l'&#233;lectronique en Guin&#233;e, mais a &#233;t&#233; oblig&#233; de fuir, pour raisons politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non loin, Bouba attend aussi. Il a les yeux tout rouges. Et r&#233;p&#232;te, sur un ton d&#233;sesp&#233;r&#233; : &#171; &lt;i&gt;C'est le seul pays europ&#233;en o&#249; on dort dehors.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;V&#233;ritable loterie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques mois, la parisienne porte de La Chapelle est devenue un carrefour o&#249; s'entrecroisent les contradictions de la politique municipale. Elle s'est affirm&#233;e point de rendez-vous en novembre 2016, quand la maire Anne Hidalgo a fait b&#226;tir en urgence un centre d'h&#233;bergement. Soit une &#233;trange masse gonfl&#233;e g&#233;ante, dessinant une coquille d'escargot blanche et jaune, gard&#233;e en permanence et g&#233;r&#233;e par Emma&#252;s Solidarit&#233;. Sa construction faisait suite au d&#233;mant&#232;lement de la &#171; jungle &#187; de Calais et &#224; l'installation de nombreux squats dans la capitale. Le lieu est d&#233;limit&#233; par une grille et une rang&#233;e de plots en b&#233;ton, marquant aussi les limites d'un &#233;norme chantier qui fait face au centre d'h&#233;bergement. Ici sera bient&#244;t construit un h&#244;tel de luxe. &#171; Un nouveau quartier urbain et logistique pour un 18&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; plus durable &#187;, vante un panneau, renommant le quartier &#171; La Chapelle internationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les rails de la petite ceinture, en contrebas, un bidonville rom s'&#233;tend sur une bande de cinq m&#232;tres de large et des centaines en longueur. Pour y rentrer, un unique passage : un trou dans le grillage, sous un pont de l'autoroute. Les Roms sont les seuls &#224; l'emprunter : ils ont fait savoir qu'ils ne voulaient pas accueillir de migrants dans le bidonville. Porte close, la mis&#232;re ne se partage pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la route non loin, des bagnoles en continu, qui vont et viennent, klaxonnent, partent pour le nord et le terminus de la ligne 3 du tramway. Aux alentours, &#233;parpill&#233;s sur toute cette zone, des hommes allong&#233;s, assis, couch&#233;s, debout, plant&#233;s sur toutes les langues de terre possibles. Ils attendent de pouvoir entrer dans la structure d'h&#233;bergement. Mais il n'y a que quatre cents places. Chaque matin d&#233;marre donc une v&#233;ritable loterie, avec son lot de bousculades, attente, esp&#233;rances et violences polici&#232;res. Mohammed, par un coup de pot et gr&#226;ce &#224; une rencontre, a r&#233;ussi &#224; rentrer. Mais pas Sa&#239;d, qui n'y croit plus.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Moments de tension&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'endroit ouvre &#224; huit heures pile. Il y a des rang&#233;es de barri&#232;res m&#233;talliques et des flics en permanence. Mais c'est bien avant, vers quatre heures du matin, qu'arrivent les premiers migrants, d&#233;termin&#233;s &#224; acc&#233;der au mirage de l'&#201;tat. Rentrer permet de rester cinq &#224; dix nuits &#224; l'int&#233;rieur, avant d'&#234;tre pris en charge ailleurs. Ces moments d'attente sont donc charg&#233;s de tension et de fatigue. Au moindre remous, les flics gazent &#8211; cela arrive quasiment tous les jours. En pr&#233;vention, chacun a du s&#233;rum physiologique dans la poche, pour se nettoyer les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin, le centre n'a pas ouvert. Certains sont d&#233;j&#224; au courant. Eux savent que si aucune annonce n'a &#233;t&#233; faite &#224; 8h15, cela signifie que le centre restera clos. Depuis quelques jours, Emma&#252;s ne fait plus rentrer que par maraude. Des salari&#233;s de l'association partent r&#233;cup&#233;rer des migrants qui dorment dans Paris, en dehors du p&#233;rim&#232;tre de La Chapelle. Les deux cents qui attendent ce matin en sont pour leurs frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qu'un homme pr&#233;vient que personne ne pourra passer. Du silence, on passe aux cris sourds. Puis, rapidement, la masse d'hommes se d&#233;lite. Trois jeunes Afghans s'en vont au parc avec leur poign&#233;e d'affaires. Certains commencent &#224; balayer le sol &#224; l'endroit o&#249; ils dorment, d'autres retournent s'allonger &#224; l'ombre du pont, se coupent les cheveux, discutent. Petit &#224; petit, le quotidien se met en place, dans des gestes infimes et une attente poignante.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Distribution de nourriture&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur, l'association Utopia 56 est l'unique interm&#233;diaire entre l'&#201;tat et les &#171; migrants &#187;. En d&#233;saccord avec les violences du matin, certains des b&#233;n&#233;voles ont d&#233;cid&#233; de ne plus participer &#224; la gestion des files. Leurs missions : informer &#224; l'ext&#233;rieur, accompagner &#224; l'h&#244;pital, distribuer des couvertures et des produits d'hygi&#232;ne, r&#233;pondre aux questions juridiques, donner des adresses, enseigner le fran&#231;ais, nettoyer la zone laiss&#233;e &#224; l'abandon par la municipalit&#233; apr&#232;s une intox des m&#233;dias sur une &#233;pid&#233;mie de gale. &#171; &lt;i&gt;Chaque matin, nous gardions entre deux et cinq places pour des personnes tr&#232;s vuln&#233;rables : d&#233;pression, scoliose, coup de couteau, br&#251;lure, membre cass&#233;,&lt;/i&gt; explique Julie&lt;i&gt;, un cahier &#224; la main. Nous notions leurs noms, num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone, types de probl&#232;mes, avant de revenir vers eux au plus vite. Mais depuis plusieurs jours, ce n'est plus possible : Emma&#252;s ne nous laisse plus aucune place &#224; distribuer. Je me sens inutile.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des associations de quartiers viennent &#233;galement donner de quoi manger et se r&#233;chauffer &#8211; c'est le cas du collectif Solidarit&#233; migrants Wilson, dont les distributions de nourriture ont un temps &#233;t&#233; interdites. Et puis, il y a aussi des habitants qui apportent leur aide spontan&#233;ment. Pendant toute la dur&#233;e du ramadan, Nora et quatre autres femmes du Pr&#233;-Saint-Gervais sont ainsi venues &#224; la tomb&#233;e de la nuit, avec leurs enfants, pour donner &#224; manger.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des hommes avaient repris le droit de vivre dans des interstices urbains. Sans demander la permission. Mais voil&#224; qu'ils en ont &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233;s. On leur a construit une bulle, mais ils ne peuvent pas tous y entrer. Ils n'ont d&#233;sormais d'autre choix que d'attendre pr&#232;s de cette bulle, doublement rejet&#233;s par un nid faussement attrayant. &#192; la porte de la porte, l'espace agenc&#233; ne permet pas de recr&#233;er des lieux de vie, seulement les sas d'attente ali&#233;nants. De menues entraides &#233;ph&#233;m&#232;res se glissent entre les corps, qui deviennent paysage sur un bitume fixe.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margo Chou&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'expression renvoie &#224; l'accord de Dublin, accord europ&#233;en qui pr&#233;voit que les demandeurs d'asile doivent finaliser toutes leurs d&#233;marches dans le premier pays europ&#233;en o&#249; leur passage a &#233;t&#233; enregistr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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