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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Les oubli&#233;s du fleuve</title>
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		<dc:date>2019-11-13T12:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>Globe Trottoir</dc:subject>
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		<dc:subject>Thibaut Lemi&#232;re</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'enclavement du sud de la Guyane (quinze jours sans Internet) a emp&#234;ch&#233; CQFD d'inclure &#224; son dossier Dom-Tom du mois de juin le point de vue de Thibaut Lemi&#232;re. Cet instituteur syndiqu&#233; &#224; Sud-&#201;ducation a particip&#233; &#224; la grande gr&#232;ve du printemps, ainsi qu'aux n&#233;gociations de Cayenne. Voici son t&#233;moignage en diff&#233;r&#233;. &#171; Le mouvement social du printemps est arriv&#233; chez nous avec un certain retard, vu notre isolement. Il n'y a pas de route, on ne peut venir &#224; Maripasoula qu'en avion ou en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no156-juillet-aout-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Globe-Trottoir" rel="tag"&gt;Globe Trottoir&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'enclavement du sud de la Guyane (quinze jours sans Internet) a emp&#234;ch&#233; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; d'inclure &#224; son dossier Dom-Tom du mois de juin le point de vue de Thibaut Lemi&#232;re. Cet instituteur syndiqu&#233; &#224; Sud-&#201;ducation a particip&#233; &#224; la grande gr&#232;ve du printemps, ainsi qu'aux n&#233;gociations de Cayenne. Voici son t&#233;moignage en diff&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3102 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH352/-1333-9075d.jpg?1782829562' width='500' height='352' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Globe Trottoir
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; L&lt;/span&gt;&lt;i&gt;e mouvement social du printemps est arriv&#233; chez nous avec un certain retard, vu notre isolement. Il n'y a pas de route, on ne peut venir &#224; Maripasoula qu'en avion ou en pirogue. Et les t&#233;l&#233;coms, comme tout le service public, laissent grandement &#224; d&#233;sirer, encore plus que sur la c&#244;te.&lt;/i&gt; &#187; Thibaut Lemi&#232;re est professeur des &#233;coles dans &#171; &lt;i&gt;la commune fran&#231;aise la plus &#233;tendue, mais aussi la moins peupl&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, situ&#233;e au sud-ouest de la Guyane. Originaire de m&#233;tropole, il a pr&#233;c&#233;demment enseign&#233; &#224; Mayotte. Et a fait partie de la d&#233;l&#233;gation envoy&#233;e fin mars &#224; Cayenne par le Collectif Lawa, regroupant les habitants du fleuve Maroni, pour n&#233;gocier avec la ministre des Outre-Mer. &#171; &lt;i&gt;Nous avons rejoint la gr&#232;ve sur le tard, mais notre mouvement a &#233;t&#233; plus populaire et uni, plus homog&#232;ne que sur le littoral, o&#249; le patronat local (TPE et PME) tenait assez fermement les r&#234;nes du m&#233;contentement. Sans oublier les revendications s&#233;curitaires des 500 fr&#232;res, &#224; Cayenne, et de Trop de violence, &#224; Kourou. Leur mouvement &#233;tait plus corporatiste, sectoriel, structurel.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Strat&#233;gie du blocage&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'autre composante importante du mouvement de ce printemps, c'&#233;tait le r&#244;le moteur d'un syndicat du secteur de l'&#233;nergie, tr&#232;s pr&#233;sent &#224; Kourou. Et surtout, celui de l'Union des travailleurs guyanais (UTG), &#233;quivalent de la CGT en m&#233;tropole, mais avec une claire sensibilit&#233; ind&#233;pendantiste : le drapeau de l'UTG est le m&#234;me que le drapeau nationaliste, devenu c&#233;l&#232;bre lors du mouvement social de 1997-98. &#171; &lt;i&gt;Contrairement aux autres leaders du mouvement r&#233;cent, l'UTG a de longue date une forte assise populaire. Ce qui lui a permis de lancer, le 27 mars, un premier appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale intercat&#233;gorielle, relay&#233; ensuite par Solidaires. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des particularit&#233;s de ce mouvement tenait &#224; la strat&#233;gie choisie, celle du blocage. &#171; &lt;i&gt;D&#233;j&#224; en 2009, des blocages avaient dur&#233; 15 jours, quelques semaines avant la grande gr&#232;ve du LKP de Guadeloupe.&lt;/i&gt; &#187; Bloquer les administrations et les carrefours, &#171; &lt;i&gt;&#231;a permet au personnel de participer au mouvement sans se d&#233;clarer gr&#233;viste, sans perdre son salaire&lt;/i&gt; &#187;. Strat&#233;gie qui a aussi le m&#233;rite de mettre &#224; nu les contradictions de classes existant au sein du mouvement. &#192; terme, la paralysie engendr&#233;e ne peut qu'entrer en opposition avec les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie locale&#8230; &#171; &lt;i&gt;Mais comme le mouvement a r&#233;ussi assez vite &#224; asseoir la ministre et le pr&#233;fet &#224; la table des n&#233;gociations, ces tensions n'&#233;taient pas encore trop vives. Mieux encore, Les &#8220;500 Fr&#232;res&#8221; et Trop de violence se sont align&#233;s sur les demandes sociales en mati&#232;re de sant&#233;, d'&#233;ducation&#8230; Au fil des jours, leur discours s&#233;curitaire et x&#233;nophobe a fini par passer au second plan.&lt;/i&gt; &#187; Le rapport de force est ainsi devenu plus favorable au mouvement populaire.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une question qui divise&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la sensibilit&#233; ind&#233;pendantiste de l'UTG, &#171; &lt;i&gt;elle trouve un &#233;cho paradoxal chez certains patrons, qui r&#234;vent d'une logique de zone franche pour la Guyane&#8230; Je pense pour ma part que ce d&#233;voiement de la question sociale a contribu&#233; &#224; l'essoufflement du mouvement&lt;/i&gt;, soutient Thibaut&lt;i&gt;. La question de la subordination coloniale est complexe, et il faut faire la diff&#233;rence entre d&#233;colonisation et ind&#233;pendance. Car pour la majorit&#233; des Noirs-marrons et des Am&#233;rindiens, il est clair que la Guyane est un territoire administr&#233; de mani&#232;re coloniale ; c'est sur l'apr&#232;s-d&#233;colonisation que les points de vue divergent. Pour beaucoup, d&#233;colonisation signifierait &#233;galit&#233; r&#233;elle entre ultramarins et m&#233;tropolitains, et non pas un statut autonome voulu par le patronat ou une ind&#233;pendance d&#233;fendue par une partie de la communaut&#233; cr&#233;ole. Le discours nationaliste a atteint ses limites et la fracture s'est faite, comme &#224; Mayotte, sur l'apr&#232;s-d&#233;colonisation. Il est en tout cas ind&#233;niable que la question du changement de statut de la Guyane a divis&#233; profond&#233;ment le front social.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question, qui ne figurait pas dans les revendications de d&#233;part, a sembl&#233; surgir par calcul politique. Pourtant, lors des l&#233;gislatives de juin 2017, aucun candidat nationaliste n'a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; &#8211; contrairement &#224; la Nouvelle-Cal&#233;donie, o&#249; des ind&#233;pendantistes ont remport&#233; plusieurs si&#232;ges. Seul un candidat se r&#233;clamant du mouvement social, syndicaliste de l'UTG, a eu leur soutien, plut&#244;t ti&#232;de. &#171; &lt;i&gt;Ceci n'est pas une opinion &#8220;d'expat&#8221;,&lt;/i&gt; se d&#233;fend Thibaut.&lt;i&gt; J'exprime l&#224; ce que j'ai pu recueillir des faits et des points de vue qui se sont exprim&#233;s au c&#339;ur du mouvement. Il faut voir les fissures provoqu&#233;es par les questions de changement de statut de la Guyane, dont le corollaire a &#233;t&#233; la d&#233;fection d'un certain nombre de leaders du Kollectif pou La Gwyane d&#233;kol&#233;.&lt;/i&gt; &#187; La question de l'autod&#233;termination des peuples n'en demeure pas moins pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clivages et pr&#233;jug&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Revenons aux sp&#233;cificit&#233;s du Sud. &#171; &lt;i&gt;Chez nous, les Am&#233;rindiens ont particip&#233; au collectif des habitants du Maroni, sur la base de revendications communes, en d&#233;passant les strat&#233;gies d'enfermement des logiques communautaires et identitaires. Notre collectif &#233;tait intercat&#233;goriel, intercommunautaire, avec des repr&#233;sentants de tous les habitants du fleuve. Au final, on avait un coup d'avance par rapport au littoral, plus sectoris&#233; et divis&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Ce qui n'a pas emp&#234;ch&#233; les pr&#233;jug&#233;s de jouer contre eux. &#171; &lt;i&gt;&#192; notre arriv&#233;e &#224; Cayenne, on n'a pas &#233;t&#233; pris au s&#233;rieux, ni par le pr&#233;fet, ni par le Collectif du littoral. On repr&#233;sentait la Guyane oubli&#233;e (soit pr&#232;s de la moiti&#233; du territoire), mais nous avons &#233;t&#233; amalgam&#233;s au &#8220;p&#244;le autochtone&#8221;, cat&#233;goris&#233;s et minoris&#233;s, comme les Am&#233;rindiens et les Bushinengu&#233;s &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Bushinengu&#233;s (&#171; gens des for&#234;ts &#187;) sont des descendants d'esclaves (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;&#8230; Alors que chez nous, on avait d&#233;pass&#233; ces clivages !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce propos, Thibaut mentionne un exemple parlant : une vague de suicide touche la jeunesse du fleuve, mais seuls les suicides d'Am&#233;rindiens ont &#233;t&#233; m&#233;diatis&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Le pr&#233;fet est venu en h&#233;licopt&#232;re, avec une cellule psychologique. Par contre, il y a quelques ann&#233;es, quand deux &#233;l&#232;ves du coll&#232;ge se sont donn&#233; la mort &#224; quelques jours d'intervalle, silence !&lt;/i&gt; &#187; Le fait que les raisons de ces suicides plongent sans aucun doute leurs racines dans l'injustice sociale et l'abandon de la r&#233;gion est plus difficilement r&#233;ductible par le paternalisme des autorit&#233;s, plus &#224; l'aise avec ces &#171; &lt;i&gt;pauvres indiens&lt;/i&gt; &#187; inadapt&#233;s &#224; la modernit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Esprit de r&#233;sistance&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le Sud guyanais est &#224; la marge d'un territoire lui-m&#234;me marginalis&#233; par la m&#233;tropole. &#171; &lt;i&gt;Le premier lyc&#233;e est &#224; Cayenne, &#224; 300 kilom&#232;tres de Maripasoula ! La ville compte 8 000 habitants, avec un bassin de population d'au moins 25 000 personnes, mais il n'y a pas d'h&#244;pital. Seulement un dispensaire, et une poign&#233;e de postes de sant&#233; implant&#233;s le long du fleuve, o&#249; le personnel tente de faire des miracles avec des bouts de ficelle. On n'a pas un seul ophtalmologiste, pas de dentiste, pas de maternit&#233;, juste quelques sages-femmes. Quand &#231;a se complique, il faut &#233;vacuer par h&#233;licopt&#232;re jusqu'&#224; Cayenne.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des n&#233;gociations du 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; avril, la Guyane a obtenu une rallonge budg&#233;taire de deux milliards d'euros. &#171; &lt;i&gt;Mais l'ensemble des fonds et des projets structurels (routes, h&#244;pitaux&#8230;) sont destin&#233;s au littoral. Aucun axe terrestre de d&#233;senclavement du Sud n'est &#224; l'ordre du jour.&lt;/i&gt; &#187; Malgr&#233; leur mobilisation, tr&#232;s peu d'avanc&#233;es ont &#233;t&#233; obtenues par les gens du fleuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que reste-t-il aujourd'hui de ce printemps ? &#171; &lt;i&gt;&#192; Cayenne, le CHU Andr&#233;e-Rosemon &#233;tait encore en gr&#232;ve il y a quelques jours. Ils ont tenu 70 jours &#8211; plus de deux mois de blocage !&lt;/i&gt; &#187; Et puis, l'esprit de r&#233;sistance collective s'est renforc&#233;. &#171; &lt;i&gt;&#192; notre retour, les habitants de Maripasoula se sont sentis frustr&#233;s, mais pas d&#233;mobilis&#233;s. Le Collectif est maintenu, des liens forts ont &#233;t&#233; tiss&#233;s entre les gens, entre les communaut&#233;s, les villages, sur la base d'une conscience commune de l'injustice qui nous est faite.&lt;/i&gt; &#187; L'exp&#233;rience v&#233;cue a laiss&#233; des traces dans le paysage. &#171; &lt;i&gt;La voix du fleuve a &#233;t&#233; port&#233;e par les habitants du fleuve. Le littoral a appris &#224; ne plus parler &#224; notre place.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les Bushinengu&#233;s (&#171; gens des for&#234;ts &#187;) sont des descendants d'esclaves marrons, enfuis des plantations du Suriname, qui fond&#232;rent des r&#233;publiques d'hommes et de femmes libres dans les profondeurs amazoniennes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Autochtones, mais irr&#233;guliers</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Autochtones-mais-irreguliers</link>
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		<dc:date>2014-11-18T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>P&#233;pito Pinas</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Bertoyas</dc:subject>
		<dc:subject>fleuve</dc:subject>
		<dc:subject>Surinam</dc:subject>
		<dc:subject>fleuve Maroni</dc:subject>
		<dc:subject>taxi collectif</dc:subject>
		<dc:subject>fronti&#232;re naturelle</dc:subject>
		<dc:subject>Maroni</dc:subject>
		<dc:subject>Gendarmerie</dc:subject>
		<dc:subject>At&#233;ni voyage</dc:subject>
		<dc:subject>Gendarmerie nationale</dc:subject>
		<dc:subject>Vient ensuite</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En Guyane, o&#249; les manies de la bureaucratie coloniale ont toujours cours, tout est fait pour que les indig&#232;nes ne se sentent pas chez eux. La politique du chiffre en mati&#232;re d'expulsions a encore de beaux jours devant elle. La dignit&#233; et la malice des autochtones aussi. At&#233;ni voyage dans un taxi collectif qui doit le ramener chez lui, sur le fleuve Maroni, fronti&#232;re naturelle entre la Guyane et le Surinam. Il approche de la ville d'Iracoubo, sachant pertinemment ce qui l'attend juste (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no125-octobre-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;125 (octobre 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gendarmerie-nationale" rel="tag"&gt;Gendarmerie nationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Vient-ensuite" rel="tag"&gt;Vient ensuite&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En Guyane, o&#249; les manies de la bureaucratie coloniale ont toujours cours, tout est fait pour que les indig&#232;nes ne se sentent pas chez eux. La politique du chiffre en mati&#232;re d'expulsions a encore de beaux jours devant elle. La dignit&#233; et la malice des autochtones aussi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1235 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH460/p12-cqfguyane-48412.jpg?1782638827' width='400' height='460' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Bartoyas.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;At&#233;ni voyage dans un taxi collectif qui doit le ramener chez lui, sur le fleuve Maroni, fronti&#232;re naturelle entre la Guyane et le Surinam. Il approche de la ville d'Iracoubo, sachant pertinemment ce qui l'attend juste apr&#232;s le pont, un pr&#233;fabriqu&#233; blanc fatigu&#233; et des hommes en uniforme &#224; la rengaine &#233;ternelle : &#171; &lt;i&gt;Gendarmerie nationale, papiers d'identit&#233;s svp !&lt;/i&gt; &#187; Vient ensuite le changement de v&#233;hicule, le &#171; taxi bleu &#187;, nom donn&#233; au fourgon de gendarmerie qui lui fera parcourir les 112 km restants jusqu'&#224; la fronti&#232;re surinamaise &#8211;&#8200;autant d'&#233;conomis&#233; sur le taxico de d&#233;part. Depuis 2007, deux barrages routiers permanents aux extr&#233;mit&#233;s du d&#233;partement permettent &#224; la gendarmerie de contr&#244;ler tous les allers-retours sur les deux routes nationales qui longent la c&#244;te&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;troites bandes de terre o&#249; r&#233;sident en fait plus de 90 % de la population.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;J'ai l'habitude de tout ce cirque. Je connais quelqu'un qui s'est d&#233;j&#224; fait expulser trois fois la m&#234;me semaine. Leur soi-disant contr&#244;le des fronti&#232;res, c'est une blague. On est expuls&#233; au Surinam, et en dix minutes de pirogue sur le Maroni on est de retour en France&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Guyane partage 1 240&#8200;km de fronti&#232;res perm&#233;ables avec ses voisins (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Le contr&#244;le fixe sert juste &#224; &#233;carter du littoral les populations du fleuve. Si on veut vraiment &#233;viter le barrage, on passe 500 m&#232;tres plus loin, dans la for&#234;t.&lt;/i&gt; &#187; Les agents de la PAF de Saint-Laurent-du-Maroni confirment officieusement l'inutilit&#233; de leur t&#226;che : &#171; &lt;i&gt;Sous Sarko, on nous obligeait &#224; douze reconduites par jour, Valls nous en exige huit par jour, &#231;a reste la politique du chiffre, sans aucune autre logique ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces contr&#244;les de gendarmerie aux barrages sont ill&#233;gaux. Ils sont renouvel&#233;s tous les six mois par des arr&#234;t&#233;s pr&#233;fectoraux, explique le communiqu&#233; des associations&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aides, la Cimade, le Collectif Ha&#239;ti de France, le Comede, la Fasti, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; qui ont d&#233;cid&#233; de porter l'affaire devant la justice. &#171; &lt;i&gt;Ces postes fixes, syst&#233;matisant les contr&#244;les d'identit&#233;, impactent directement les droits des &#233;trangers en situation administrative pr&#233;caire et des peuples autochtones d&#233;pourvus de preuves de leur identit&#233; et/ou de leur nationalit&#233; fran&#231;aise en entravant leur acc&#232;s &#224; la pr&#233;fecture, &#224; certains tribunaux, &#224; des formations professionnelles ou universitaires et &#224; plusieurs services &#173;hospitaliers et consultations sp&#233;cialis&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, indiquent-elles. Les professionnels de sant&#233; de l'Ouest guyanais constatent notamment, pour ces seuls patients, &#171; &lt;i&gt;des retards au diagnostic, des retards voire une absence de prise en charge, des urgences mal trait&#233;es ou de mani&#232;re inad&#233;quate, des ruptures dans la continuit&#233; des soins. Les proc&#233;dures complexes requises, m&#234;me pour raisons m&#233;dicales, pour franchir le barrage d'Iracoubo, retardent en effet les examens compl&#233;mentaires ou dissuadent de les demander&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons &#224; At&#233;ni. Il est apatride, n&#233; sur une des nombreuses &#238;les du fleuve Maroni, entre France et Surinam, il n'a pas d'&#233;tat civil&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme des milliers d'autres personnes ici, principalement &#224; cause des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Les populations am&#233;rindiennes et noires-marrones du fleuve Maroni, d&#233;finies comme autochtones par des conventions internationales et des jugements de la Cour am&#233;ricaine des droits de l'Homme, sont rendues juridiquement &#233;trang&#232;res &#224; leurs propres territoires et g&#233;n&#233;alogie. Au regard du droit fran&#231;ais, certains de leurs membres sont ainsi consid&#233;r&#233;s comme des &#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re ; et d'autres personnes sans &#233;tat civil au Surinam ou en Guyane sont apatrides, sans que ce statut, qui leur ouvrirait des droits civiques et politiques, ne leur soit reconnu&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s le choc p&#233;trolier de 1973, les lois relatives &#224; l'immigration (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux habitants du Maroni vivent entre les deux rives. Ils sillonnent le fleuve entre leur foyer, l'&#233;cole ou le commerce, r&#233;partis de mani&#232;re disparate selon les diff&#233;rents endroits du fleuve entre le Surinam et la Guyane, sans se poser la question de leur l&#233;gitimit&#233; &#224; vivre dans deux pays diff&#233;rents. Ici, c'est chez eux. Ils &#233;taient l&#224; les premiers, comme l'a rappel&#233; un &#233;pisode, pr&#233;sent dans toutes les m&#233;moires, au sujet d'un chef de village am&#233;rindien &#171; surinamais &#187; de Galibi, qui s'&#233;tait fait arr&#234;ter sur le march&#233; de Saint-Laurent avant d'&#234;tre reconduit de l'autre c&#244;t&#233; du fleuve. Les notions d'&#201;tats ou de fronti&#232;res impos&#233;es par les derniers arriv&#233;s n'ont aucun sens pour eux. Ils sont Alukus, Ndjukas, Kali'nas ou Wayanas. Ils n'ont pas besoin de papiers pour savoir qui ils sont, ni de policiers pour leur dire o&#249; leur pirogue peut aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Am&#233;rindiens, depuis une dizaine d'ann&#233;es, la situation devient intenable. Certains se voient octroyer des titres de s&#233;jour d'un an. Leur statut de peuple autochtone n'&#233;tant pas reconnu par la France, ils cherchent au moins &#224; &#234;tre en r&#232;gle pour se d&#233;placer o&#249; bon leur semble. L'exemple de cet autre chef coutumier d'un village indien proche de Saint-Laurent-du-Maroni, qui a servi dans l'arm&#233;e fran&#231;aise et a pris conscience en Afghanistan de la place de rel&#233;gation dans laquelle il se trouve, laisse pr&#233;sager des possibles changements. &#171; &lt;i&gt;J'ai saign&#233; pour la France, je saignerai pour mon peuple&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clare-t-il impassible. Il se pr&#233;sente &#224; l'accueil de la sous-pr&#233;fecture de Saint-Laurent-du-Maroni o&#249; il est re&#231;u par un peu affable &#171; &lt;i&gt;Faites la queue ! &lt;/i&gt; &#187;, auquel il r&#233;torque, calme mais ferme : &#171; &lt;i&gt;Chez moi on dit bonjour. Je suis chef coutumier, vous &#234;tes ici sur mes terres. Vous n'avez pas &#224; me parler ainsi, j'exige de parler au sous-pr&#233;fet.&lt;/i&gt; &#187; Les revendications sont pos&#233;es : une r&#233;gularisation globale du peuple dont on n'entend pas la voix. La balle est dans le camp de la bureaucratie, pendant que l'&#233;quipe jouant &#224; domicile s'&#233;chauffe progressivement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;troites bandes de terre o&#249; r&#233;sident en fait plus de 90 % de la population.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La Guyane partage 1 240&#8200;km de fronti&#232;res perm&#233;ables avec ses voisins br&#233;silien et surinamais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Aides, la Cimade, le Collectif Ha&#239;ti de France, le Comede, la Fasti, le Gisti, la Ligue des droits de l'Homme, M&#233;decins du Monde.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Comme des milliers d'autres personnes ici, principalement &#224; cause des m&#233;canismes d&#233;faillants d'enregistrement de l'&#233;tat civil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Apr&#232;s le choc p&#233;trolier de 1973, les lois relatives &#224; l'immigration s'opposent aux quatre figures de l'&#233;tranger telles que Paul Ric&#339;ur les a analys&#233;es. &#192; ces quatre figures qui sont celles du visiteur, de l'immigr&#233;, du r&#233;fugi&#233; et du &#171; suppliant &#187;, Catherine Benoit (anthropologue au Connecticut College) propose d'ajouter celle de l'autochtone en situation irr&#233;guli&#232;re pour la Guyane.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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