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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>On ne s'&#233;crase pas</title>
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		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;La seconde audience des &#233;cras&#233;s du blocage de Vitrolles a eu lieu en juin, un an apr&#232;s les faits. Compte-rendu. 26 mai 2016, mouvement contre la loi Travail. &#192; Vitrolles comme dans toute la France, des irr&#233;ductibles tiennent le haut du pav&#233;, bloquant un rond-point &#224; la sortie d'une zone industrielle. Jusqu'&#224; ce que le conducteur d'un camion, Ludovic Zachar, p&#232;te les plombs et force le barrage filtrant, fon&#231;ant sur la foule. Bilan : deux syndicalistes gri&#232;vement bless&#233;s &#8211; Nadia Chergui, 25 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La seconde audience des &#233;cras&#233;s du blocage de Vitrolles a eu lieu en juin, un an apr&#232;s les faits. Compte-rendu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;26&lt;/petitelettrine&gt; mai 2016, mouvement contre la loi Travail. &#192; Vitrolles comme dans toute la France, des irr&#233;ductibles tiennent le haut du pav&#233;, bloquant un rond-point &#224; la sortie d'une zone industrielle. Jusqu'&#224; ce que le conducteur d'un camion, Ludovic Zachar, p&#232;te les plombs et force le barrage filtrant, fon&#231;ant sur la foule. Bilan : deux syndicalistes gri&#232;vement bless&#233;s &#8211; Nadia Chergui, 25 ans, et Abdelmajid Kalai, 44 ans. Et trois membres d'une m&#234;me famille, les Wagner, qui s'en tirent avec de l&#233;g&#232;res blessures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Las, lors d'un premier proc&#232;s surr&#233;aliste&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien r&#233;sum&#233; dans ce tr&#232;s bon papier mis en ligne le 22 d&#233;cembre 2016 sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, les victimes sont tra&#238;n&#233;es dans la boue par une juge exp&#233;ditive, bien d&#233;cid&#233;e &#224; renverser la vapeur pour incriminer la CGT. La pr&#233;sidente du tribunal de grande instance d'Aix n'h&#233;site pas &#224; parler d'une &#171; &lt;i&gt;foule folle et avin&#233;e&lt;/i&gt; &#187; qui &#171; &lt;i&gt;prend la France en otage&lt;/i&gt; &#187;. Et transforme le chauffard en victime : &#171; [Le conducteur] &lt;i&gt;a &#233;t&#233; pris &#224; partie par une foule au comportement animal.&lt;/i&gt; &#187; Au final, elle le relaxe. Scandale. Les victimes ont bien &#233;videmment fait appel. C'est ce qui se joue ce 14 juin.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce matin, &#224; Aix-en-Provence, les drapeaux CGT sont bien seuls devant le tribunal. &#201;trangement, le syndicat n'a que peu communiqu&#233; sur cette audience &#8211; pas d'appel public &#224; soutien. Et les militants se refusent &#224; parler &#224; la presse. &#192; l'int&#233;rieur, Abdelmajid Kalai attend sur son fauteuil roulant &#8211; il s'entretient avec Nadia. Leurs avocats parlent de &#171; &lt;i&gt;cauchemar absolu&lt;/i&gt; &#187; et insistent sur l'inversion des r&#244;les op&#233;r&#233;e lors du premier proc&#232;s, quand la justice a tir&#233; &#224; boulets rouges sur ces &#171; &lt;i&gt;manifestants &lt;/i&gt;[qui] &lt;i&gt;seraient des sauvages&lt;/i&gt; &#187;. Rien de neuf, le th&#232;me est cher &#224; la bourgeoisie depuis la Commune de Paris &#8211; le peuple ne serait pas vraiment humain. C'est vrai, le chauffeur a &#233;t&#233; rudement molest&#233;. Mais apr&#232;s qu'il a fonc&#233; sur la foule. Cela change beaucoup de choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'audience, J&#233;r&#244;me Wagner, le p&#232;re de famille, appara&#238;t aussi tremblant que les autres plaignants. Sa fille malvoyante n'est plus la m&#234;me, explique-t-il : &#171; &lt;i&gt;D&#233;sormais, un simple s&#232;che-cheveux l'effraye.&lt;/i&gt; &#187; Quant &#224; lui, il doute &#8211; comme toutes les victimes pas reconnues. Mais maintient sa version : &#171; &lt;i&gt;Cette histoire, c'est celle d'un gars qui p&#232;te les plombs et qui rentre dans le tas.&lt;/i&gt; &#187; Les t&#233;moins ayant assist&#233; &#224; la sc&#232;ne ne disent pas autre chose. Tous racontent comment le chauffeur a refus&#233; le tract qui lui &#233;tait tendu, avant de crier &#171; &lt;i&gt;Je vais tous vous &#233;craser !&lt;/i&gt; &#187; et d'appuyer sur le champignon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#233;r&#244;me Wagner n'est pas syndicaliste. Ce funeste 26 juin, il &#233;tait l&#224; par hasard. De passage. Mais maintenant qu'il a &#233;t&#233; confront&#233; &#224; la justice et &#224; la police, il a compris qu'&#234;tre syndicaliste &#233;tait consid&#233;r&#233; comme une tare. &#171; &lt;i&gt;Lors de mon audition, j'ai entendu un policier d&#233;clarer qu'il s'agissait d'une r&#233;union de petits cerveaux. &#199;a m'a choqu&#233;, presque autant que la relaxe du chauffeur.&lt;/i&gt; &#187; Et de s'emporter un peu : &#171; &lt;i&gt;Beaucoup de gens semblent oublier que le routier a roul&#233; volontairement sur des &#234;tres humains.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Abdelmajid Kalai a les yeux fatigu&#233;s. Le c&#339;ur lourd. En clinique, il a pass&#233; deux mois allong&#233; et huit mois hospitalis&#233;. Aujourd'hui, il se d&#233;place en fauteuil. Tout &#231;a pour avoir tendu un tract. Mais il tient malgr&#233; tout le coup. Lui est un syndicaliste de longue date : &#171; &lt;i&gt;J'ai commenc&#233; lors des gr&#232;ves de 1995. On avait tout bloqu&#233;, on dormait sur place.&lt;/i&gt; &#187; Depuis, il n'a jamais cess&#233; de militer. Sans jamais boire une goutte d'alcool, par contre &#8211; Abdelmajid est musulman. Autant pour les sous-entendus de la pr&#233;sidente, &#233;voquant une &#171; &lt;i&gt;foule avin&#233;e&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de cette audience en appel, l'avocat g&#233;n&#233;ral se l&#232;ve, cheveux blancs en avant. D'une voix faible et h&#233;sitante, il &#233;nonce : &#171; &lt;i&gt;Nous savons que le chauffeur a forc&#233; le barrage.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Je suis oblig&#233; de constater des voies de fait volontaires perp&#233;tr&#233;es avec une arme, causant des blessures cons&#233;quentes.&lt;/i&gt; &#187; C'est d&#233;j&#224; &#231;a. En face, l'avocate du routier tente de d&#233;fendre son client. Il insiste : &#171; &lt;i&gt;Il a subi des coups et un tir de Flash-Ball&lt;/i&gt; &#187;, avant d'embrouiller l'affaire en confondant les t&#233;moignages et de remercier &#171; &lt;i&gt;le formidable travail photographique de la police&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une plaidoirie emberlificot&#233;e qui ne convainc pas. La cour d'appel ordonne finalement un suppl&#233;ment d'informations, notamment pour entendre Abdelmajid Kalai &#8211; ce qui n'avait pas &#233;t&#233; fait jusqu'&#224; pr&#233;sent, un comble. Le proc&#232;s est donc renvoy&#233; &#224; mars 2018. La justice n'est pas toujours exp&#233;ditive.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Christophe Goby&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Bien r&#233;sum&#233; dans ce tr&#232;s bon papier mis en ligne le 22 d&#233;cembre 2016 sur &lt;i&gt;Basta&lt;/i&gt;, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.bastamag.net/Le-stupefiant-proces-du-barrage-de-Vitrolles-ou-comment-justifier-qu-un-camion&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le stup&#233;fiant proc&#232;s du barrage de Vitrolles&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Gaudin, assassin ! &#187;</title>
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		<dc:date>2018-12-06T20:59:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s les effondrements d'immeubles, la rue marseillaise a march&#233; trois fois pour rendre hommage aux morts et demander la d&#233;mission du maire. En face, ce ne fut que sadisme, matraques et grenades lacrymog&#232;nes. Samedi 10 novembre, cinq jours apr&#232;s les effondrements de la rue d'Aubagne, 10 000 personnes ont march&#233; en silence jusqu'&#224; la mairie centrale. Sans slogans, ni drapeaux. Juste une sobre banderole brandie en marge par deux voisines : &#171; Non, ce n'est pas la pluie &#187;. Signe des temps, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Soleam" rel="tag"&gt;Soleam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Plaine" rel="tag"&gt;Plaine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Noailles" rel="tag"&gt;Noailles&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s les effondrements d'immeubles, la rue marseillaise a march&#233; trois fois pour rendre hommage aux morts et demander la d&#233;mission du maire. En face, ce ne fut que sadisme, matraques et grenades lacrymog&#232;nes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2685 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-945-0246d.jpg?1779902470' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Tomagn&#233;tik
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Samedi 10 novembre, cinq jours apr&#232;s les effondrements de la rue d'Aubagne, 10 000 personnes ont march&#233; en silence jusqu'&#224; la mairie centrale. Sans slogans, ni drapeaux. Juste une sobre banderole brandie en marge par deux voisines : &#171; &lt;i&gt;Non, ce n'est pas la pluie&lt;/i&gt; &#187;. Signe des temps, cours Garibaldi, la corniche d'un balcon s'est bris&#233;e sous le poids d'une grand-m&#232;re et son petit-fils qui regardaient passer le cort&#232;ge, occasionnant trois bless&#233;s l&#233;gers. Depuis, les blocs de pierre sont toujours sur le trottoir et les barri&#232;res de s&#233;curisation entrouvertes pour laisser passer les clientes du salon de coiffure install&#233; au rez-de-chauss&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Je ne peux pas me permettre d'arr&#234;ter de travailler,&lt;/i&gt; explique la patronne. &lt;i&gt;L'assurance ne me couvre pas, vu qu'il n'y a pas d'arr&#234;t&#233; de p&#233;ril.&lt;/i&gt; &#187; Arriv&#233;e sous le balcon du maire, une dame ouvre son parapluie. &#171; &lt;i&gt; Gaudin, cr&#232;ve &lt;/i&gt; &#187;, a-t-elle griffonn&#233; dessus. Des cris fusent : &#171; &lt;i&gt;Gaudin assassin ! &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Gaudin d&#233;mission !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#192; qui profite le crime ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quatre jours plus tard, mercredi 14 novembre, c'est la marche de la Col&#232;re. Les portraits des huit morts se fraient un passage pour prendre la t&#234;te du cort&#232;ge. Mass&#233;e rue d'Aubagne, la foule s'&#233;carte et applaudit. Puis on se dirige en rangs compacts vers la mairie. Il y a encore plus de monde que samedi, pas loin de 15 000 personnes. Les quartiers Nord sont pr&#233;sents. L'habitat d&#233;grad&#233; y cause parfois des morts, mais &#231;a n'attire que rarement l'attention. Beaucoup parmi la population des cit&#233;s ont habit&#233; dans les logements insalubres du centre avant d'obtenir un HLM. Et le lien est encore fort, maintenu vivace par la fr&#233;quentation des march&#233;s de Noailles et de La Plaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers jours, une affiche siamoise a &#233;t&#233; placard&#233;e : &#171; &lt;i&gt;La mairie renvers&#233;e &#8211; Renversez la mairie&lt;/i&gt; &#187;, avec deux photos de l'&#233;difice &#224; l'endroit, puis &#224; l'envers. Le cort&#232;ge est plus nerveux. Une immense banderole noire clame une v&#233;rit&#233; qui fait scandale : &#171; &lt;i&gt; 20 millions pour d&#233;truire La Plaine, pas une thune pour sauver Noailles. &#192; qui profite le crime ? &lt;/i&gt; &#187; Une femme propose de peindre le nom des victimes en rouge sur la mairie.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Exp&#233;dition punitive&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais l'esplanade est barricad&#233;e derri&#232;re un entrelacs de barri&#232;res Vauban. Rapidement, des jeunes bousculent ce cordon de s&#233;curit&#233;. Des fumig&#232;nes, comme au stade. Deux ou trois fus&#233;es sont tir&#233;es contre la fa&#231;ade. Il n'en faut pas plus pour que les CRS inondent le quai de lacrymo. Dans les rues adjacentes, la Bac (brigade anti-criminalit&#233;) matraque tout ce qui bouge, de l'adolescent &#224; la dame charg&#233;e de courses. Malgr&#233; ce d&#233;cha&#238;nement aveugle, la foule reste soud&#233;e. Hors de question de c&#233;der le terrain aussi vite. On se prot&#232;ge le nez et on tient le pav&#233;, on lance des impr&#233;cations contre Gaudin et sa clique. Alors quand, deux heures plus tard, la manif reflue et se disperse, c'est l'exp&#233;dition punitive. Des hordes de baqueux ratissent les ruelles et s'en prennent aux passants autant qu'&#224; ceux qui fuient. Ils tabassent au hasard et gazent jusque dans la rue d'Aubagne, &#224; deux pas des maisons effondr&#233;es. Leurs chefs les ont l&#226;ch&#233;s en meute au c&#339;ur d'un territoire ennemi, ill&#233;gitime, &#224; conqu&#233;rir. Le Collectif du 5 novembre &#8211; Noailles en col&#232;re recueillera plus de 60 t&#233;moignages, dont 29 de personnes agress&#233;es. On d&#233;plore au moins huit fractures cr&#226;niennes, dont une op&#233;ration en urgence pour une fracture maxillo-cr&#226;nienne provoqu&#233;e par un &#233;clat de grenade de d&#233;sencerclement. Lors d'un rendez-vous avec le collectif, un commissaire aurait d&#233;clar&#233; qu'il est &#171; &lt;i&gt;quasiment impossible&lt;/i&gt; &#187; de &#171; &lt;i&gt;tenir&lt;/i&gt; &#187; la Bac, corps de police d'inspiration coloniale&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Les racines du mal &#187;, dans le dossier &#171; La police tue &#187;, CQFD n&#176; 153, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; qui n'a pas vocation &#224; maintenir l'ordre dans une manif, ni m&#234;me dans les quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On y arrivera tous ensemble &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Samedi 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, ce sont quelque 20 000 manifestants pour le droit &#224; un logement digne qui descendent le boulevard Salvator vers la pr&#233;fecture. L&#224;, des parents des victimes prennent la parole. &#171; &lt;i&gt;On est la famille de Ch&#233;rif, on revient de son enterrement en Alg&#233;rie. &#199;a fait chaud au c&#339;ur de voir autant de Marseillais r&#233;unis pour cette cause. Pour nous, c'est trop tard, il est parti, mais on vous accompagnera jusqu'au bout. Il a fallu malheureusement du temps &#224; Marseille pour se r&#233;veiller. Ne l&#226;chez rien, huit familles sont en deuil et ne s'en remettront jamais, mais il faut se battre. En 2018, c'est pas normal qu'on en arrive l&#224;. Soyez solidaires, on gagnera tous ensemble. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;bouch&#233; de la rue Saint-Ferr&#233;ol, un cort&#232;ge de la CGT et des gilets jaunes embo&#238;tent le pas &#224; cette troisi&#232;me marche de Noailles jusqu'&#224; la mairie. Mais l&#224;-bas, &#224; peine la dispersion annonc&#233;e, la foule est gaz&#233;e, provoquant encore une fois une bouff&#233;e de rage. M&#234;me si beaucoup manifestent pour la premi&#232;re fois, on ne c&#232;de pas &#224; la panique. Personne ne veut partir, ni les gens des quartiers Nord venus en nombre, ni les McDo en lutte, ni les chasubles rouges ou jaunes, ni les supporters et leur tambour, ni les profs et les parents d'&#233;l&#232;ves des &#233;coles d&#233;labr&#233;es, ni les lyc&#233;ens&#8230; Plusieurs sapins de la foire aux santons s'enflamment, tandis que des barri&#232;res de chantier sont jet&#233;es sur la chauss&#233;e pour entraver la charge des CRS. Comme le 14, des grenades de d&#233;sencerclement sont tir&#233;es dans la foule.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;meute en centre-ville&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une boutique Orange est pill&#233;e sur la Canebi&#232;re. Une premi&#232;re barricade se dresse, faite de poutres, d'un transformateur &#233;lectrique et d'&#233;chafaudages sortis du chantier des Feuillants &#8211; l&#224; o&#249; le promoteur Fondeville construit un h&#244;tel 4 &#233;toiles aux portes de Noailles, non sans avoir d&#233;clar&#233; que &#171; &lt;i&gt;le haut de gamme cohabite difficilement avec le bon march&#233;&lt;/i&gt; &#187;&#8230; De nombreux foyers de tension obligent les flics &#224; courir comme des poulets sans t&#234;te. Les jeunes &#233;meutiers essaiment de Noailles &#224; Belsunce, de La Plaine aux R&#233;form&#233;s, et jusqu'&#224; la gare Saint-Charles, o&#249; la Fnac est d&#233;valis&#233;e. Mais le point d'orgue des &#233;chauffour&#233;es, c'est la construction d'une imposante barricade de trente m&#232;tres de large coupant le haut de la Canebi&#232;re. Si on y ajoute celle dress&#233;e entre le chantier des Feuillants et le si&#232;ge de la Soleam &lt;i&gt;[lire la note au bas de la double page pr&#233;d&#233;dente]&lt;/i&gt;, plus les conteneurs en flamme sur les boulevards Dugommier et Garibaldi, le commissariat de Noailles se trouve virtuellement encercl&#233;. Atteint par une fus&#233;e &#233;clairante, un v&#233;hicule-patrouille est d'ailleurs incendi&#233; devant sa porte. Des feux de poubelle &#233;clairent la nuit pendant plusieurs heures. La nervosit&#233; de la police&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDLR : C'est cette m&#234;me &#171; nervosit&#233; &#187; qui est sans doute responsable de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, qui semble en sous-effectif, a clairement attis&#233; ce coup de nerf collectif, qu'on n'avait sans doute pas vu ici depuis les gr&#232;ves de 1947.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Novembre 1947 : la droite municipale, qui a chass&#233; le communiste Jean Cristofol de la mairie avec l'aide de la SFIO de Gaston Defferre, impose une hausse des tarifs de transport. La population, asphyxi&#233;e par les privations de l'apr&#232;s-guerre, proteste. Des jeunes renversent un tram. Arr&#234;t&#233;s, ils sont pr&#233;sent&#233;s aux juges. Mais la foule envahit le tribunal et les lib&#232;re. Puis, en masse, on se rend &#224; la mairie, o&#249; le bureau du maire est saccag&#233;. Est-ce ce souvenir qui hante le vieux Gaudin et son alli&#233; le pr&#233;fet ? En tout cas, la d&#233;fense hi&#233;ratique de la &#171; maison commune &#187; contre une population qui fait corps contre l'injustice, ce n'&#233;tait pas une bonne id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mur de la Plaine, lui, tombera sous les vivats&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt; Une poign&#233;e d'agitateurs souvent avin&#233;s et vivant aux crochets de la soci&#233;t&#233; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;. Voil&#224; comment G&#233;rard Chenoz, adjoint au maire de Marseille et pr&#233;sident de la Soleam, a d&#233;fini les opposants au projet de requalification de La Plaine&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lib&#233;ration, 16 novembre 2018.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Le bougre ne l'emportera pas au paradis : quand on s'enferre dans le d&#233;ni et le d&#233;nigrement, on finit mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sinistre mat&#233;rialisation de la psychose s&#233;curitaire&lt;/strong&gt; sauce Chenoz, un mur de mille tonnes de b&#233;ton &#233;touffe La Plaine depuis le 28 octobre. Mais le quartier ne baisse pas les bras. 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; novembre : grandioses fun&#233;railles de la pseudo-concertation, avec cercueil incin&#233;r&#233; devant le si&#232;ge de la Soleam. Puis, &#224; deux reprises, de joyeux lutins feront basculer plusieurs pans de la vilaine enceinte. Souvent, &#224; l'aube, de pr&#233;venantes &#233;quipes offrent le d&#233;jeuner aux ouvriers tout en les informant sur leur droit de retrait &#8211; ce qui a plusieurs fois port&#233; ses fruits. Samedi 24 novembre, un &lt;i&gt;Appel aux masses &lt;/i&gt;est lanc&#233;, rassemblant une mascarade de plus de 1 000 drilles totalement marteaux. Un mur de parpaings est &#233;rig&#233; devant le si&#232;ge de la Soleam. Et, depuis le 5 novembre, les liens entre La Plaine et Noailles se sont renforc&#233;s : quand on a un carnaval ind&#233;pendant en commun, on sait se serrer les coudes dans les moments difficiles. Est n&#233;e, avec la col&#232;re, une conscience partag&#233;e : c'est tout le Marseille populaire qui est entr&#233; en r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire sur le m&#234;me sujet&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Urbanisme et catastrophe &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/A-Marseille-la-mairie-s-effondre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#192; Marseille, la mairie s'effondre et la ville se soul&#232;ve&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Huit morts sous les d&#233;combres. Pourtant, pas de bombardier am&#233;ricain &#224; l'horizon, ni de dynamiteur allemand&#8230; Juste des sp&#233;culateurs, publics et priv&#233;s. Mais qu'on &#233;rige un mur de b&#233;ton autour de la Plaine pour imposer un chantier hostile ou qu'on laisse pourrir un quartier jusqu'&#224; l'effondrement de deux immeubles sur ses habitants, c'est d'une m&#234;me guerre qu'il s'agit. Celle que m&#232;ne la mairie au Marseille populaire. &#192; Noailles, huit personnes en sont mortes, &#233;cras&#233;es sous les gravats et le m&#233;pris. &#192; l'effroi a succ&#233;d&#233; la col&#232;re. Et un constat qui se propage : l'injustice n'a que trop dur&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Vent-de-panique-effet-d-aubaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Vent de panique, effet d'aubaine&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Et si la catastrophe de Noailles permettait &#224; la mairie de Marseille de r&#233;aliser enfin la gentrification massive dont elle r&#234;ve ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; Les racines du mal &#187;, dans le dossier &#171; La police tue &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 153, avril 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;NDLR : C'est cette m&#234;me &#171; nervosit&#233; &#187; qui est sans doute responsable de la mort d'une octog&#233;naire, d&#233;c&#233;d&#233;e &#224; l'h&#244;pital apr&#232;s avoir re&#231;u une grenade lacrymog&#232;ne &#224; la fen&#234;tre de son appartement du 4e &#233;tage lors de la manif du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 16 novembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> La Coupe du monde n'aura pas lieu</title>
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		<dc:creator>Ravi Tala</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;D&#232;s les pr&#233;paratifs de la gabegie mundialistique, les Br&#233;siliens ont saisi l'opportunit&#233; de ramener les d&#233;cideurs &#224; l'urgence des r&#233;alit&#233;s sociales. Que les contestations s'invitent bruyamment lors de ce m&#233;ga-&#233;v&#233;nement capitaliste au pays du futebol roi, c'est un juste retour des choses. A l'heure o&#249; nous imprimons, l'annonce d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale apporte l'espoir que la rue g&#226;che le coup d'envoi. A moins que l'hypnose du ballon rond n'endorme aussi les plus r&#233;fractaires &#224; l'op&#233;ration de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no123-juin-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;123 (juin 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Thierry-Guitard" rel="tag"&gt;Thierry Guitard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/monde" rel="tag"&gt;monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/foule" rel="tag"&gt;foule&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-Arena-Corinthians" rel="tag"&gt;l'Arena Corinthians&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Coupe-n-aura" rel="tag"&gt;Coupe n'aura&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Corinthians" rel="tag"&gt;Corinthians&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s les pr&#233;paratifs de la gabegie mundialistique, les Br&#233;siliens ont saisi l'opportunit&#233; de ramener les d&#233;cideurs &#224; l'urgence des r&#233;alit&#233;s sociales. Que les contestations s'invitent bruyamment lors de ce m&#233;ga-&#233;v&#233;nement capitaliste au pays du&lt;i&gt; futebol&lt;/i&gt; roi, c'est un juste retour des choses. A l'heure o&#249; nous imprimons, l'annonce d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale apporte l'espoir que la rue g&#226;che le coup d'envoi. A moins que l'hypnose du ballon rond n'endorme aussi les plus r&#233;fractaires &#224; l'op&#233;ration de diversion en cours. Fragments de lutte par notre correspondant sur place.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1072 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH597/foot-guitard001-13d0a.jpg?1779602989' width='400' height='597' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Thierry Guitard.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Jeudi 15 mai, ce matin l&#224;, devant l'Arena Corinthians, stade o&#249; doit bient&#244;t s'ouvrir la Coupe du Monde, &#224; S&#227;o Paulo, il flotte dans l'air comme une forte odeur de soufre. L'&#233;norme stade flambant neuf contraste avec les &#233;paisses colonnes de fum&#233;e noire provenant des barricades de pneus enflamm&#233;s entravant l'avenue. Les quelque 2 000 manifestants pr&#233;sents occupent depuis le d&#233;but du mois un terrain situ&#233; aux abords du stade. Derri&#232;re le foulard qui prot&#232;ge son visage de la fum&#233;e, Fabio parle fort, comme s'il s'adressait &#224; une foule : &#171; &lt;i&gt;Nous avons baptis&#233; notre occupation Copa do Povo&lt;/i&gt; (&#171; Coupe du Peuple &#187;) &lt;i&gt;car nous avons compris que cette coupe-l&#224;&lt;/i&gt; &#187;, il pointe alors son doigt en direction du stade, &#171; &lt;i&gt;cette coupe qui d&#233;pense des milliards tir&#233;s des coffres publiques pour enrichir les entreprises et les amis du maire, sans rien apporter au peuple, qui ne pourra m&#234;me pas se payer un billet pour assister aux matchs, cette coupe-l&#224; n'est pas la n&#244;tre. Mais de son c&#244;t&#233;, le peuple pr&#233;pare sa r&#233;ponse. &lt;/i&gt; &#187; Au m&#234;me moment, une dizaine de manifestations diff&#233;rentes bloquent les principales art&#232;res de la ville. Dans le centre-ville, une foule h&#233;t&#233;roclite se rassemble peu &#224; peu sur la place Dos Ciclistas. Bia, jeune enseignante d'un lyc&#233;e actuellement en gr&#232;ve, raconte : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est qu'un aper&#231;u d'un mouvement social beaucoup plus large et tr&#232;s diversifi&#233;. &lt;/i&gt; &#187; La foule grossit rapidement, jusqu'&#224; occuper la totalit&#233; de la place. L'avenue en face est peu &#224; peu investie et la circulation est interrompue. On y d&#233;ploie une large banderole, sous un concert de klaxons : &#171; &lt;i&gt;La Coupe n'aura pas lieu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la Coupe du monde est devenue la premi&#232;re cible de la contestation, c'est parce qu'elle a grandement contribu&#233; &#224; accentuer les difficult&#233;s v&#233;cues par la population. L'&#233;v&#233;nement a &#233;t&#233; utilis&#233; au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es comme cheval de Troie pour acc&#233;l&#233;rer la mise au pas de la soci&#233;t&#233; suivant les exigences des march&#233;s. Tandis que la manifestation se met en route, Bia explique : &#171; &lt;i&gt;La Coupe du monde est ce point pr&#233;cis &#224; partir duquel un tas de probl&#232;mes deviennent visibles. Ici cela a commenc&#233; avec la restructuration et la gentrification du centre, la prolif&#233;ration des cam&#233;ras, les expulsions en s&#233;rie&#8230; La Coupe du monde n'a fait que r&#233;v&#233;ler l'in&#233;galit&#233; et la violence d'un pays qui gaspille des millions pour organiser un m&#233;ga-&#233;v&#233;nement tout en traitant la population comme du b&#233;tail. &lt;/i&gt; &#187; En outre, l'organisation de l'&#233;v&#233;nement sportif est devenu le pr&#233;texte &#224; toute sorte de plans de r&#233;novation urbaine qui d&#233;figurent la ville au gr&#233; des investissements. Tout ce qui n'a pu &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233; et transform&#233; au profit de quelques gentils investisseurs est vou&#233; &#224; la destruction pure et simple. Ainsi, les vendeurs ambulants, les quartiers populaires, les occupations et marches de r&#233;sistance urbaine ont &#233;t&#233; les premiers dans le collimateur de la machine de guerre pr&#233;-Coupe. Depuis que le Br&#233;sil a &#233;t&#233; choisi comme l'h&#244;te du m&#233;ga-&#233;v&#233;nement sportif, plus de 170 000 personnes ont &#233;t&#233; expuls&#233;es&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon une &#233;tude r&#233;alis&#233;e par l'ANCOP (Articulation nationale des comit&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. S'ajoute &#224; cela une f&#233;roce r&#233;pression polici&#232;re cens&#233;e contenir et pr&#233;venir toute forme de contestation. En vue de la Coupe, c'est une v&#233;ritable guerre interurbaine qui se joue pour investir dans tel quartier ou militariser tel autre consid&#233;r&#233; &#171; &#224; risque &#187;, car &#233;chappant au contr&#244;le de l'&#233;tat&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour en savoir plus sur les op&#233;rations de &#171; pacification &#187; dans les favelas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1073 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/foot-food-not-foot-3d7ed.jpg?1779746830' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le sc&#233;nario semblait pourtant bien ficel&#233;, mais tout ne s'est pas pass&#233; exactement comme pr&#233;vu. Contrairement &#224; la &#171; pacification &#187; r&#234;v&#233;e &#8211; terme d&#233;sormais utilis&#233; pour d&#233;signer les sanglantes op&#233;rations polici&#232;res dans les favelas, sous couvert de lutte contre le trafic de drogues &#8211; la pression croissante a au contraire r&#233;veill&#233; un sentiment g&#233;n&#233;ralis&#233; de r&#233;volte. Ce n'est pas par hasard si cette col&#232;re a d'abord explos&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re, en juin 2013, en pleine Coupe des Conf&#233;d&#233;rations, volant d'ailleurs la vedette de l'&#233;v&#233;nement dans les m&#233;dias internationaux. C'est comme si une fracture s'&#233;tait alors ouverte dans l'histoire du pays et qui n'a cess&#233; de se creuser depuis. Bia, la jeune prof, se souvient : &#171; &lt;i&gt;Le mouvement a ouvert les portes pour de nouvelles formes d'organisations populaires. Cette &#233;bullition sociale a cr&#233;&#233; une situation nouvelle. On d&#233;couvre de nouveaux terrains de lutte et on exp&#233;rimente d'autres fa&#231;ons de s'organiser en dehors des partis et des vieilles structures politiques. Par exemple, certains coins de la banlieue de S&#227;o Paulo ont vu na&#238;tre des dizaines d'occupations spontan&#233;es de terrains en l'espace de quelques semaines. Je pourrais aussi te citer les assembl&#233;es de rues qui ont prolif&#233;r&#233; un peu partout, ou encore la gr&#232;ve historique des &#233;boueurs de Rio, en plein carnaval, qui a rompu avec la direction syndicale pour chercher ses propres modes d'organisation&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Elle s'interrompt. Quelques policiers tentent d'intervenir pour essayer de contr&#244;ler quelqu'un dans le cort&#232;ge des manifestants, ils sont repouss&#233;s. Altercation et mouvement de foule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bia reprend : &#171; &lt;i&gt; Le gouvernement parie sur un essoufflement du mouvement qui n'arrive pas. Ils veulent faire croire qu'&#224; l'approche de la Coupe, l'euphorie du foot s'emparera de toute la soci&#233;t&#233; et que les probl&#232;mes dispara&#238;tront comme par magie. Mais ce genre de m&#233;ga-&#233;v&#233;nements ne mobilise plus les masses, ce sont devenus de gigantesques op&#233;rations financi&#232;res. C'est un divertissement pour celui qui peut payer, mais les pauvres ne peuvent m&#234;me pas approcher du stade. Le gouvernement a r&#233;cemment fait voter une loi d'exception, la loi g&#233;n&#233;rale de la Coupe. C'est une loi qui, par exemple, interdit &#224; quinconque de circuler aux abords du stade, interdit les manifestations les jours de matchs, ou encore permet de juger les personnes arr&#234;t&#233;es en tant que terroristes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la tomb&#233;e de la nuit, la Police militaire charge pour disperser la foule sous une pluie de bombes lacrymog&#232;nes. La manif se r&#233;partit en plusieurs groupes dans les rues du centre-ville. Pierres jet&#233;es &#224; bout de bras contre tirs de Flash-ball. Des braseros improvis&#233;s forment des barricades aux travers des rues. Une cabine de la police vole en &#233;clat, ainsi que plusieurs banques et la succursale d'un concessionnaire automobile d'une firme sud-cor&#233;enne, marque sponsor de la Coupe du monde. Vingt-sept personnes sont finalement arr&#234;t&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jeudi, des manifestations ont lieu dans toutes les grandes villes du pays. &#224; Brasilia, des centaines de mal-log&#233;s occupent le si&#232;ge de l'entreprise propri&#233;taire du stade Man&#233; Garrincha, &#233;galement h&#244;te de la Coupe du monde. &#192; Recife, des centaines de supermarch&#233;s et magasins sont pill&#233;s apr&#232;s que la Police militaire s'est fort opportun&#233;ment mise en gr&#232;ve. Le gouverneur de l'&#201;tat a fini par faire appel &#224; l'arm&#233;e pour s&#233;curiser les rues, et deux matchs du Championnat br&#233;silien pr&#233;vus pour le week-end d'apr&#232;s ont &#233;t&#233; annul&#233;s. Dans les jours suivants, &#224; Bel&#233;m puis &#224; Brasilia, la c&#233;r&#233;monie au cours de laquelle le fameux troph&#233;e de la Coupe est pr&#233;sent&#233; officiellement au public est interrompue en urgence apr&#232;s avoir &#233;t&#233; assaillie par des manifestants. &#192; la fin du mois de mai, la gr&#232;ve des transports, qui avait commenc&#233;e &#224; Rio de Janeiro, s'&#233;tend &#224; presque toutes les grandes villes et aux autres secteurs : enseignants, fonctionnaires, employ&#233;s des h&#244;pitaux, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Beaucoup d'entre nous pensaient que l'expression &#8220;N&#227;o vai ter copa&#8221;&lt;/i&gt; (&#8220;La coupe n'aura pas lieu&#8221;) &lt;i&gt;n'&#233;tait prise au s&#233;rieux que par une minorit&#233; de radicaux, mais la situation actuelle tend &#224; prouver le contraire&lt;/i&gt; &#187;, conclut Bia. Cette phrase rev&#234;t &#233;galement une force symbolique. Une page s'est tourn&#233;e pour toute une g&#233;n&#233;ration qui a grandi avec la vision mythique de la Coupe du monde c&#233;l&#233;brant l'union des classes et des peuples autour d'un m&#234;me sentiment. Elle a eu exactement l'effet contraire. En ravivant les plaies, elle a jet&#233; la lumi&#232;re sur la violence sociale qui divise le pays. Ce sommet de la d&#233;politisation, r&#234;v&#233;e par le gouvernement et la Fifa, n'existe plus, malgr&#233; les appels au calme d'un Platini. Ce soir-l&#224;, dans les rues du centre de S&#227;o Paulo, entre les vitres bris&#233;es et les restes de barricades, seules les affiches multicolores de Coca-Cola veulent encore nous faire croire &#224; la magie du &lt;i&gt;Mundial&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1074 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH395/foot_mural-036e1.jpg?1779746830' width='400' height='395' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon une &#233;tude r&#233;alis&#233;e par l'ANCOP (Articulation nationale des comit&#233;s populaires de la Coupe du monde). Pour plus d'informations, &lt;a href=&#034;http://www.portalpopulardacopa.org.br/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour en savoir plus sur les op&#233;rations de &#171; pacification &#187; dans les favelas de Rio, consulter l'article d'Eduardo Tomazine Teixeira : &#171; La pacification des favelas de Rio de Janeiro : une &#8220;&lt;a href=&#034;http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/2012/01/bresil-favelas-et-contre-insurrection.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;contre-insurrection pr&#233;ventive&lt;/a&gt;&#8221; ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le monde &#224; l'envers</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-monde-a-l-envers</link>
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		<dc:date>2013-06-12T06:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iffik Le Guen, Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Thomas Azu&#233;los</dc:subject>
		<dc:subject>Marseille 2013 n'aura pas lieu</dc:subject>
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		<dc:subject>BAC</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;dition 2013 du carnaval ind&#233;pendant de la Plaine et de Noailles a &#233;t&#233; &#8211; capitale de la culture oblige ? &#8211; plus chaude que jamais. Et pas seulement du fait des carnavaliers&#8230; Une escorte polici&#232;re disproportionn&#233;e a bien failli faire d&#233;g&#233;n&#233;rer la f&#234;te en &#233;meute. On craignait l'orage, on a eu les flics. Ce 17 mars, six camions de CRS &#8211; six ! &#8211; attendaient les carnavaliers sur la Plaine. Apr&#232;s un &#233;ni&#232;me r&#232;glement de compte &#224; l'arme lourde, le sinistre Valls avait promis 350 cond&#233;s en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no110-avril-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;110 (avril 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Thomas-Azuelos" rel="tag"&gt;Thomas Azu&#233;los&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marseille-2013-n-aura-pas-lieu" rel="tag"&gt;Marseille 2013 n'aura pas lieu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;dition 2013 du carnaval ind&#233;pendant de la Plaine et de Noailles a &#233;t&#233; &#8211; capitale de la culture oblige ? &#8211; plus chaude que jamais. Et pas seulement du fait des carnavaliers&#8230; Une escorte polici&#232;re disproportionn&#233;e a bien failli faire d&#233;g&#233;n&#233;rer la f&#234;te en &#233;meute.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On craignait l'orage, on a eu les flics. Ce 17 mars, six camions de CRS &#8211; six ! &#8211; attendaient les carnavaliers sur la Plaine. Apr&#232;s un &#233;ni&#232;me r&#232;glement de compte &#224; l'arme lourde, le sinistre Valls avait promis 350 cond&#233;s en renfort &#171; pour rassurer les Marseillais &#187;&#8230; On a &#233;t&#233; servi !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_638 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/png/p16-carnaval.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH176/p16-carnaval-6f579.png?1780011296' width='500' height='176' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Thomas Azuelos
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nombreux sont ceux qui, venus avec leurs enfants, ont rebrouss&#233; chemin &#224; la vue de pareille occupation du territoire. C'est connu, la France a peur de la jeunesse et de ses exc&#232;s, mais &#224; ce point&#8230; Premier fait d'armes : la compagnie, harnach&#233;e comme pour un G7, tente d'emp&#234;cher le char et ses accompagnateurs de quitter la place. &#171; &lt;i&gt;On a entendu dire que des anarchistes allaient infiltrer le carnaval&lt;/i&gt; &#187;, grommelle un galonn&#233; en guise d'excuse&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La veille, pr&#232;s de la porte d'Aix, une manif contre la traque des pauvres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Malgr&#233; l'interdit, le cort&#232;ge finit par prendre la tangente, Caramentran au vent. Le Cerb&#232;re MP2013 nargue le peuple de ses trois t&#234;tes hideuses : le fric, le flic et la culture se sont associ&#233;s pour d&#233;vorer la ville. Les constructeurs b&#233;n&#233;voles du monstre promis aux flammes ne croyaient pas si bien dire ! Au pas de charge, les CRS se d&#233;ploient, puis emboitent le pas au d&#233;fil&#233;. Les enfants &#233;carquillent les yeux : qui est le m&#233;chant le plus m&#233;chant ? L'hydre de papier m&#226;ch&#233; ou la troupe arm&#233;e jusqu'aux dents ? Le vrai semble en tout cas confirmer le faux. Flashball sur le g&#226;teau, une &#233;quipe de la Brigade anti-criminalit&#233; (BAC) s'en m&#234;le aussi. On a beau leur dire qu'ils risquent d'essuyer les pl&#226;tres, les rouleurs de m&#233;caniques, tonfa gliss&#233; entre blouson et raie des fesses, se collent au plus pr&#232;s. Et ce qui devait arriver arriva : &#224; Noailles, un gars jette une poign&#233;e de farine &#224; sa copine, qui esquive, et le chef de la BAC prend le nuage poudreux en pleine poire. L'humour n'&#233;tant pas le fort de la brigade, le coupable, plaqu&#233; fissa au sol, est rou&#233; de coups. La foule r&#233;agit : les papas et les mamans s'&#233;loignent, mais les autres s'indignent et r&#233;clament la lib&#233;ration de l'enfarineur. Les baqueux dispersent alors les solidaires &#224; coups de &#171; &lt;i&gt;Casse-toi de l&#224;&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Retourne &#224; ton putain de carnaval&lt;/i&gt; &#187;&#8230; La bousculade est &#224; deux doigts de virer &#224; la bataille rang&#233;e. Seule l'intelligence de la foule aura &#233;vit&#233; le pire. Car du c&#244;t&#233; de la BAC, d&#251;ment prot&#233;g&#233;e par les CRS, les gazeuses et les matraques sont prestement brandies et gageons que la pr&#233;sence enfantine n'aurait pas g&#234;n&#233; ces honn&#234;tes p&#232;res de famille une fois lanc&#233;s en mode moissonneuse-batteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour sur la Plaine, le Caramentran est pouss&#233; vers le lieu de son ch&#226;timent. Mais l&#224; encore, la pression polici&#232;re s'exerce. Une commissaire en uniforme intime l'ordre de ne pas br&#251;ler la vilaine effigie, sous pr&#233;texte que le vent pourrait propager le feu aux arbres et aux voitures. &#171; &lt;i&gt;C'est pas nous, c'est un ordre qui vient de Paris&lt;/i&gt; &#187;, se justifie un flic embarrass&#233;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On murmure que l'&#233;moi provoqu&#233; par la fronde anti-vid&#233;osurveillance qui a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le proc&#232;s a lieu, avec r&#233;quisitoire du minist&#232;re carnavalesque et plaidoirie d'un avocat v&#233;reux. Les minots de Noailles font voler la toque du bavard et la foule hue et conspue le Caramentran qui, comme le veut la tradition, est condamn&#233;. En signe d'apaisement, le procureur a r&#233;clam&#233; que l'&#233;pouvantail soit simplement bastonn&#233; et d&#233;membr&#233;. Mais les habitudes reprennent le dessus : une allumette craque, le Cerb&#232;re part en fum&#233;e sous les vivats, le b&#251;cher est entour&#233; d'une folle farandole et les agents de la DCRI, l'air d&#233;sabus&#233;, ne peuvent que constater les d&#233;g&#226;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que les gagnants du &#171; Prix du d&#233;guisement le plus nul &#187; ont pourri l'ambiance. Alors que ce &#171; jour des fous &#187; aurait d&#251; attirer tous les allergiques aux couillonnades touristico-ludiques de MP2013, la police a r&#233;ussi &#224; faire fuir un certain nombre de familles et de novices. Par voie d'affiche et de communiqu&#233;, les carnavaliers ont protest&#233; d&#232;s le lendemain contre ces man&#339;uvres comminatoires. Ils se sont n&#233;anmoins r&#233;jouis d'avoir, malgr&#233; tout, men&#233; &#224; bien leur joyeux renversement du monde. F&#234;te populaire r&#233;invent&#233;e depuis l'an 2000, ce charivari-l&#224; ne peut se r&#233;duire &#224; une manif d&#233;guis&#233;e. On ne le jauge pas au nombre de flics d&#233;ploy&#233;s autour de lui, mais &#224; son esprit canaille et &#224; son bon plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N.A.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Petite histoire d'un carnaval de quartier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s sa premi&#232;re &#233;dition en l'an 2000, le carnaval de la Plaine, dans le centre de Marseille, a &#233;t&#233; le fruit de complicit&#233;s multiples entre habitants et habitu&#233;s des lieux. Tous se retrouvent de mani&#232;re informelle, les semaines pr&#233;c&#233;dant le mois de mars, pour partager quelques exp&#233;riences constructives. Le jour venu, la bataille de farine, pratique import&#233;e par la Chourmo&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association marseillaise historique regroupant quelques 1 500 adh&#233;rents (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; depuis le carnaval ind&#233;pendant de Saint-Roch (Nice), a pour effet d'interdire les spectateurs. Le proc&#232;s final de Caramentran, monstre grotesque et somme de toutes les avanies subies pendant l'ann&#233;e, est une tradition bien ancr&#233;e dans l'arri&#232;re-pays proven&#231;al, avec son tribunal en tenue, ses t&#233;moins, ses plaidoiries, son verdict, son feu et ses danses. Sans oublier le vin, qui coule &#224; flots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me ann&#233;e, les minots du quartier voisin de Noailles se sont joints au charivari et le parcours s'est &#233;tendu, l'ambiance color&#233;e et le rythme intensifi&#233;. D&#232;s l'origine, une dimension contestataire s'est affirm&#233;e &#8211; contrastant avec le pseudo-carnaval officiel, d&#233;fil&#233; bien sage des enfants des &#233;coles sous l'objectif &#233;mu des cam&#233;scopes familiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me ann&#233;e vit se formaliser le proc&#232;s de Caramentran &#224; l'occasion du r&#233;am&#233;nagement grillag&#233; de la Plaine d&#233;cid&#233; par la mairie d'arrondissement. La foule en d&#233;lire se d&#233;cha&#238;na en autant de farandoles concentriques autour de la mise &#224; feu d'un &#233;norme cochon rose sangl&#233; d'une &#233;charpe tricolore et muni d'un badge &#171; Maire du 4e/5e &#187;. Bruno Gilles, titulaire de la fonction, en fut tout chagrin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e suivante, un Sarkozy en uniforme de flic fa&#231;on Longtarin, juch&#233; sur un camion-plateau, se fit embarquer par une patrouille z&#233;l&#233;e de CRS et trimballer, un dimanche matin, &#224; travers le centre-ville jusqu'&#224; l'h&#244;tel de police &#8211; avant d'&#234;tre lib&#233;r&#233; par un officier de permanence au sens du ridicule plus d&#233;velopp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Furent par la suite incendi&#233;s Eurom&#233;diterran&#233;e, vaste op&#233;ration de nettoyage urbain, le Capital personnifi&#233; en crapaud v&#234;tu de billets de banque, l'Identit&#233; nationale en coq tricolore, la vid&#233;osurveillance en &#339;il cyclop&#233;en, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans faiblir, des &#233;quipes mouvantes, dans des locaux divers et vari&#233;s, s'ing&#233;nient depuis treize ans &#224; manier bois de palettes, colle, papier et peinture de r&#233;cup' pour faire exister cette faille dans la routine du quotidien. Longue vie au Carnaval de la Plaine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. L. G.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La veille, pr&#232;s de la porte d'Aix, une manif contre la traque des pauvres avait tourn&#233; &#224; la castagne et un gard&#233; &#224; vue se trouvait encore retenu au commissariat de Noailles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On murmure que l'&#233;moi provoqu&#233; par la fronde anti-vid&#233;osurveillance qui a inspir&#233; l'&#233;dition pr&#233;c&#233;dente du carnaval ainsi qu'un tumultueux charivari en juin 2012, ne serait pas &#233;tranger &#224; cette grotesque op&#233;ration polici&#232;re. Volont&#233; politique confirm&#233;e par un reportage diffus&#233; le 19 mars dans l'&#233;mission C dans l'air, sur France 5, &#171; &lt;i&gt;Marseille capitale de la violence&lt;/i&gt; &#187;, o&#249; l'on voit Caroline Pozmentier, ajointe au maire d&#233;l&#233;gu&#233;e &#224; la s&#233;curit&#233; et &#224; la pr&#233;vention de la d&#233;linquance, superviser le carnaval sur les &#233;crans de&#8230; la vid&#233;osurveillance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association marseillaise historique regroupant quelques 1 500 adh&#233;rents autour de la culture occitane.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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