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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Les habits (presque) neufs du pr&#233;sident Erdo&#287;an</title>
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		<dc:creator>&#201;tienne Copeaux</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#171; D&#233;mocrature &#187; ? Dictature ? Nous avons demand&#233; &#224; &#201;tienne Copeaux, historien du nationalisme turc, de nous livrer son analyse sur les r&#233;sultats contest&#233;s du r&#233;f&#233;rendum du 16 avril, qui accroissent les pouvoirs du pr&#233;sident Erdo&#287;an. Ce fut donc une victoire du &#171; oui &#187; au r&#233;f&#233;rendum constitutionnel le 16 avril en Turquie, m&#234;me si cette victoire est contestable et contest&#233;e, car la campagne &#233;lectorale a &#233;t&#233; inique. Les partisans du &#171; non &#187; risquaient d'&#234;tre inculp&#233;s de soutien &#224; un mouvement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no154-mai-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;154 (mai 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Erdogan-pourra" rel="tag"&gt;Erdogan pourra&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; D&#233;mocrature &#187; ? Dictature ? Nous avons demand&#233; &#224; &#201;tienne Copeaux, historien du nationalisme turc, de nous livrer son analyse sur les r&#233;sultats contest&#233;s du r&#233;f&#233;rendum du 16 avril, qui accroissent les pouvoirs du pr&#233;sident Erdo&#287;an.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3111 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-1342-f09dc.jpg?1782836687' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Loez
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;e fut donc une victoire du &#171; oui &#187; au r&#233;f&#233;rendum constitutionnel le 16 avril en Turquie, m&#234;me si cette victoire est contestable et contest&#233;e, car la campagne &#233;lectorale a &#233;t&#233; inique. Les partisans du &#171; non &#187; risquaient d'&#234;tre inculp&#233;s de soutien &#224; un mouvement terroriste. Les dirigeants du parti d'opposition HDP, favorable &#224; une solution pacifique de la question kurde, &#233;taient en prison, comme treize de ses d&#233;put&#233;s. Les affiches et calicots pour le &#171; non &#187; &#233;taient souvent enlev&#233;s par les municipalit&#233;s, ou par la police qui dispersait sans m&#233;nagement les rassemblements de rue, m&#234;me modestes, et arr&#234;tait les orateurs et distributeurs de tracts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le jour du scrutin, &lt;/strong&gt;les irr&#233;gularit&#233;s ont &#233;t&#233; g&#233;n&#233;rales et probablement organis&#233;es par le parti d'Erdogan, l'AKP. Au cours de la journ&#233;e, le Haut conseil &#233;lectoral (YSK) a valid&#233; l'emploi de bulletins non conformes, en contradiction avec la loi qu'il est suppos&#233; faire respecter. Toutes sortes de tricheries ont &#233;t&#233; constat&#233;es, souvent film&#233;es : bourrages d'urnes, votes multiples d'une m&#234;me personne, pr&#233;sence de policiers lourdement arm&#233;s dans les bureaux de vote, de blind&#233;s &#224; proximit&#233;, manoeuvres d'intimidation, obligation de voter &#224; d&#233;couvert sous la menace, modifications inopin&#233;es des lieux de vote, etc. Les observateurs &#233;trangers d&#233;l&#233;gu&#233;s par des ONG, et m&#234;me ceux de l'Organisation pour la s&#233;curit&#233; et la coop&#233;ration en Europe (OSCE), n'ont eu acc&#232;s ni au d&#233;roulement du scrutin, ni au d&#233;pouillement. L'OSCE est formelle : le r&#233;f&#233;rendum s'est d&#233;roul&#233; tr&#232;s en de&#231;&#224; des crit&#232;res de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Or, malgr&#233; &lt;/strong&gt;toutes ces irr&#233;gularit&#233;s, 51,4% seulement des &#233;lecteurs ont vot&#233; &#171; oui &#187;. Le nombre de bulletins non conformes &#224; la loi, mais valid&#233;s, se monte &#224; un million et demi, et si l'on tient compte des autres fraudes, on peut estimer que le &#171; non &#187; l'aurait emport&#233; si le scrutin s'&#233;tait d&#233;roul&#233; r&#233;guli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Formellement, &lt;/strong&gt;Erdogan est vainqueur. La moiti&#233; des Turcs n'a donc pas peur d'un pouvoir personnel ; ils ressentent le besoin d'une nouvelle figure paternelle et protectrice, mais autre que celle d'Atat&#252;rk, qui les lib&#232;re du poids des d&#233;sastres du d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et de la culpabilit&#233; engendr&#233;e par le g&#233;nocide de 1915. Pour r&#233;ussir, Erdogan a su, magistralement, se montrer en phase avec le &#171; tr&#233;sor de repr&#233;sentations&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression est de Sigmund Freud dans L'Avenir d'une illusion, 1931.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; de son &#233;lectorat, distill&#233; par l'&#233;cole depuis des d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici en quoi &lt;/strong&gt;consistent les r&#233;formes. Le Premier ministre et le Conseil des ministres sont supprim&#233;s. Les ministres seront nomm&#233;s par le pr&#233;sident &#224; sa guise. Celui-ci pourra nommer un ou plusieurs vice-pr&#233;sidents de son choix, sans aucun contr&#244;le. Disposant de la totalit&#233; du pouvoir ex&#233;cutif, il pourra librement dissoudre l'Assembl&#233;e tandis que celle-ci ne pourra plus opposer de motion de censure au gouvernement. Le pr&#233;sident aura un droit de veto face aux d&#233;cisions de l'Assembl&#233;e. Lui seul proposera le budget. Il pourra &#234;tre chef de son parti, et ainsi d&#233;cider lui-m&#234;me des candidatures &#224; la d&#233;putation. Les &#233;lections pr&#233;sidentielles et g&#233;n&#233;rales devront avoir lieu le m&#234;me jour, et l'Assembl&#233;e ne pourra jamais &#234;tre renouvel&#233;e au cours d'un mandat pr&#233;sidentiel. L'&#233;tat d'exception pourra &#234;tre instaur&#233; plus facilement, instituant un &#201;tat policier sur lequel l'Assembl&#233;e n'aura aucune prise. La mise en accusation du pr&#233;sident deviendra presque impossible, ce dernier &#233;tant ma&#238;tre des nominations au Conseil des Juges et des Procureurs&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur Susam-sokak.fr mon analyse de la loi constitutionnelle.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. En bref, l'Assembl&#233;e ne sera plus qu'une chambre d'enregistrement. En principe, Erdogan ira au bout de son mandat actuel (2014-1019). Puis, le 3 novembre 2019, on &#233;lira l'Assembl&#233;e et le pr&#233;sident, pour un mandat de cinq ans renouvelable. Erdogan pourra, en th&#233;orie, exercer un pouvoir personnel jusqu'en 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On discute beaucoup &lt;/strong&gt;de la nature du pouvoir en Turquie. Pour comprendre, il n'est pas inutile de prendre du recul. La Turquie n'a jamais &#233;t&#233; une d&#233;mocratie, sauf si l'on confond ce concept avec celui de parlementarisme. D'une part parce que le r&#233;gime a toujours fonctionn&#233; avec ce qu'Achille Mbembe appelle &#171; le corps nocturne&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Achille Mbembe, Politiques de l'inimiti&#233;, La D&#233;couverte, 2016.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187; de la d&#233;mocratie : une face inavouable, violente, qui non seulement coexiste avec le syst&#232;me, mais lui permet de fonctionner. En Turquie, c'est la succession de violences de masse (g&#233;nocide des Arm&#233;niens, expulsions des orthodoxes, massacres d'Al&#233;vis, massacres et d&#233;portation de Kurdes et guerre quasi permanente contre cette population depuis 1925, discriminations, expropriations, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certes, depuis 1950, &lt;/strong&gt;le syst&#232;me parlementaire pluripartite fonctionne. Mais seulement de fa&#231;on segmentaire. Il a &#233;t&#233; interrompu r&#233;guli&#232;rement par des coups d'&#201;tat violents (1960, 1971, 1980) ou sous la menace d'intervention de l'arm&#233;e (1997). En temps &#171; normal &#187;, ce r&#233;gime est alt&#233;r&#233; par des mesures qui limitent la d&#233;mocratie : le &#171; barrage &#187; &#233;lectoral de 10% qui a emp&#234;ch&#233; toute repr&#233;sentation kurde jusqu'en 2015 ; des articles de la Constitution et du code p&#233;nal qui instituent des d&#233;lits d'opinion tr&#232;s vagues pouvant &#234;tre mis en oeuvre en permanence ; des institutions de contr&#244;le et de r&#233;pression des m&#233;dias, de l'enseignement, de la justice ; une loi antiterroriste en vigueur depuis 1991, qui permet d'inculper facilement tout opposant ou suppos&#233; tel ; l'&#233;tat d'exception, en vigueur de 1987 &#224; 2002 dans le Sud-Est, reconduit sous forme de &#171; zones de s&#233;curit&#233; &#187;, et r&#233;instaur&#233; dans tout le pays en juillet dernier ; enfin des d&#233;crets de couvre-feu interdisant &#224; la population de sortir dans la rue, parfois pour des semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces mesures, &lt;/strong&gt;conformes &#224; la Constitution de 1982, frappaient principalement la population kurde. Depuis 2011 et surtout 2016, elles sont le quotidien de l'ensemble des citoyens de Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paradoxalement, &lt;/strong&gt;les premi&#232;res ann&#233;es de la gouvernance d'Erdogan avaient ouvert beaucoup d'esp&#233;rances, m&#234;me sur les sujets tabous comme la reconnaissance du g&#233;nocide, les questions kurde et chypriote. La guerre dans le sud-est avait connu une pause. Mais cette esp&#233;rance a pris fin d&#232;s 2011, avec une vague de r&#233;pression touchant particuli&#232;rement les partisans d'une solution pacifique au Kurdistan. Le r&#233;gime s'est emball&#233; apr&#232;s la tentative de putsch de juillet 2016 : arrestations de journalistes, de juges, d'avocats, de d&#233;put&#233;s et des dirigeants du parti HDP ; licenciement de plus de 60 000 fonctionnaires ; destitution et mise sous tutelle de l'&#201;tat des municipalit&#233;s tenues par le HDP dans le Sud-Est ; renvoi de plus de 11 000 enseignants de tous niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En somme, &lt;/strong&gt;Erdogan n'avait gu&#232;re besoin d'une telle modification constitutionnelle : le r&#233;gime autoritaire existait d&#233;j&#224;. Simplement, la nouvelle version de la Constitution ent&#233;rine et consolide le caract&#232;re personnel du pouvoir. Lorsqu'il proclame, au soir du r&#233;f&#233;rendum, que c'est la premi&#232;re fois qu'un changement de r&#233;gime a lieu sans coup d'&#201;tat, il masque la r&#233;alit&#233;, car la r&#233;pression de l'automne 2016 a tous les caract&#232;res d'un coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; D&#233;mocrature &#187;, &lt;/strong&gt;dictature, en tout cas &#201;tat policier : m&#234;me si le d&#233;roulement et le r&#233;sultat du r&#233;f&#233;rendum avaient &#233;t&#233; r&#233;guliers, m&#234;me en consid&#233;rant qu'Erdogan et l'assembl&#233;e ont &#233;t&#233; &#233;lus &#171; d&#233;mocratiquement &#187; par la majorit&#233; des &#233;lecteurs, cela ne fait pas du pays une &#171; d&#233;mocratie &#187;, dont la condition d'existence selon Achille Mbembe est la libert&#233; pour les citoyens &#171; &lt;i&gt;de chercher et de faire valoir, sans cesse et chaque fois qu'il le faut la v&#233;rit&#233;, la raison, la justice et le bien commun &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem, pp. 25-26.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a deux &#233;l&#233;ments &lt;/strong&gt;nouveaux d&#233;sormais. D'abord, Erdogan a &#233;t&#233; en situation de perdre, en partie parce qu'une partie de la base du parti fasciste MHP refusait de le soutenir. Il en avait peur sans doute, puisque son parti a organis&#233; la fraude. Ensuite, en raison des tricheries, l' &#187; Occident &#187; maintenant se m&#233;fie et se d&#233;fie plus ouvertement de lui. Au soir du scrutin et les jours suivants, de nombreux manifestants descendaient dans les rues &#224; Istanbul, Izmir, Ankara, apr&#232;s r&#233;v&#233;lation des fraudes. C'est la premi&#232;re fois qu'un scrutin est &#224; ce point contest&#233; en Turquie. Erdogan est au pouvoir l&#233;galement, mais il a perdu au moins une part de sa l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tienne Copeaux&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'expression est de Sigmund Freud dans &lt;i&gt;L'Avenir d'une illusion&lt;/i&gt;, 1931.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir sur &lt;a href=&#034;http://www.susam-sokak.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Susam-sokak.fr&lt;/a&gt; mon analyse de la loi constitutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Achille Mbembe, &lt;i&gt;Politiques de l'inimiti&#233;&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;, pp. 25-26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'empire du m&#226;le ottoman</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/L-empire-du-male-ottoman</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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&lt;p&gt;En Turquie, la r&#233;gression de la condition des femmes amenait un site d'analyse sur le Moyen-Orient &#224; s'interroger : &#171; La politique de l'AKP a-t-elle caus&#233; la hausse de la violence contre les femmes ? &#187; (Al-Monitor.com, f&#233;vrier 2015). De 2003 &#224; 2010, le taux d'augmentation des meurtres de femmes &#233;tait de 1 400 % ! Puis de 2010 &#224; 2015, ce sont 1 100 femmes qui ont &#233;t&#233; tu&#233;es suite &#224; des violences principalement conjugales &#8211; 413 pour la seule ann&#233;e 2015 . Plut&#244;t que de prot&#233;ger les victimes de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/s-interroger" rel="tag"&gt;s'interroger&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-AKP" rel="tag"&gt;l'AKP&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cause" rel="tag"&gt;caus&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;n Turquie, la r&#233;gression de la condition des femmes amenait un site d'analyse sur le Moyen-Orient &#224; s'interroger : &lt;i&gt;&#171; La politique de l'AKP a-t-elle caus&#233; la hausse de la violence contre les femmes ? &#187; &lt;/i&gt;(Al-Monitor.com, f&#233;vrier 2015). De 2003 &#224; 2010, le taux d'augmentation des meurtres de femmes &#233;tait de 1 400 % ! Puis de 2010 &#224; 2015, ce sont 1 100 femmes qui ont &#233;t&#233; tu&#233;es suite &#224; des violences principalement conjugales &#8211; 413 pour la seule ann&#233;e 2015 &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En France, qui compte environ dix millions d'habitants de moins que la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de prot&#233;ger les victimes&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;de cette recrudescence des violences faites aux femmes, la r&#233;ponse de la justice et du parti islamo-nationaliste au pouvoir est syst&#233;matiquement de retourner la culpabilit&#233;, d'encourager les proc&#233;dures de &#171; r&#233;conciliation &#187; au sein des familles et la cl&#233;mence judiciaire vis-&#224;-vis des agresseurs. Ainsi, le 17 novembre dernier, la majorit&#233; AKP pr&#233;sentait au Parlement une motion qui pr&#233;voyait l'annulation d'une condamnation pour agression sexuelle sur mineure si l'agresseur &#233;pousait sa victime ! Devant le toll&#233; provoqu&#233;, le projet de loi a &#233;t&#233; retoqu&#233; et le gouvernement a cru bon de pr&#233;ciser que cela concernait exclusivement les mariages pr&#233;coces consomm&#233;s avant la majorit&#233; de l'&#233;pouse. L'int&#233;r&#234;t cach&#233; d'une telle loi, dans un contexte de r&#233;pression tout azimut, aurait &#233;t&#233; de lib&#233;rer 4 000 places de prison&#8230; afin d'y placer les journalistes, les syndicalistes, les g&#252;lenistes ou les Kurdes s'opposant &#224; la d&#233;rive despotique du pr&#233;sident Erdogan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but juin, le &#171; berger de son peuple &#187; Erdogan, comme il se d&#233;finit d&#233;sormais, proclamait lors d'une campagne contre la contraception : &lt;i&gt;&#171; Rejeter la maternit&#233; signifie renoncer &#224; l'humanit&#233;. Les familles fortes m&#232;nent aux nations fortes. &#187; &lt;/i&gt;Il pr&#233;conisait trois enfants au minimum par foyer. D&#233;j&#224;, en 2014, il avait d&#233;clar&#233; : &lt;i&gt;&#171; Notre religion a d&#233;fini une place pour les femmes : la maternit&#233;. &#187; &lt;/i&gt;Religion, famille, patrie, un refrain dans l'air du temps&#8230; Mais quel sale temps !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En France, qui compte environ dix millions d'habitants de moins que la Turquie, ce sont 143 femmes tu&#233;es sous les coups en 2014. En 2015, une femme sur cinq en Europe a &#233;t&#233; victime de violences physiques de la part de son partenaire. Pas de quoi pavoiser non plus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Erdogan : Une syntaxe de brute</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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		<dc:subject>IIIe Reich</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Erdogan est connu pour &#234;tre l'homme des petites phrases malodorantes et brutales. Une de ses derni&#232;res sorties, le 31 d&#233;cembre 2015, concernait l'efficacit&#233; du mod&#232;le d'hyper-pr&#233;sidence auquel il aspire, qu'il a tout simplement compar&#233; au&#8230; IIIe Reich : &#171; Dans un syst&#232;me unitaire [comme la Turquie], un syst&#232;me pr&#233;sidentiel peut parfaitement exister. Il y a actuellement des exemples dans le monde et aussi des exemples dans l'Histoire. Vous en verrez l'exemple dans l'Allemagne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Erdogan est connu pour &#234;tre l'homme des petites phrases malodorantes et brutales. Une de ses derni&#232;res sorties, le 31 d&#233;cembre 2015, concernait l'efficacit&#233; du mod&#232;le d'hyper-pr&#233;sidence auquel il aspire, qu'il a tout simplement compar&#233; au&#8230; IIIe Reich : &#171; &lt;i&gt;Dans un syst&#232;me unitaire&lt;/i&gt; [comme la Turquie], &lt;i&gt;un syst&#232;me pr&#233;sidentiel peut parfaitement exister. Il y a actuellement des exemples dans le monde et aussi des exemples dans l'Histoire. Vous en verrez l'exemple dans l'Allemagne nazie.&lt;/i&gt; &#187; En plein rapprochement diplomatique et commercial avec Isra&#235;l, les &#233;quipes de communication du gouvernement turc n'ont pas manqu&#233; d'effectuer un rapide r&#233;trop&#233;dalage en invoquant une phrase sortie de son contexte et pr&#233;cisant qu'&#171; &lt;i&gt; il &lt;/i&gt;[&#233;tait] &lt;i&gt;inacceptable que l'on pr&#233;sente comme une r&#233;f&#233;rence positive les remarques de notre pr&#233;sident, qui a d&#233;clar&#233; que l'Holocauste et l'antis&#233;mitisme &#233;taient, avec l'islamophobie, des crimes contre l'Humanit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de son virage autoritaire et la r&#233;v&#233;lation de lourdes affaires de corruption, son image de leader de l'Islam et de champion de la cause palestinienne perdure. Avant son arriv&#233;e au pouvoir en 2002, il d&#233;clarait martialement : &#171; &lt;i&gt;Les minarets sont nos ba&#239;onnettes, les coupoles nos casques, les mosqu&#233;es nos casernes et les croyants nos soldats.&lt;/i&gt; &#187; Au moment des r&#233;volutions arabes, la Turquie se voulait le mod&#232;le de conciliation entre l'islam politique et la d&#233;mocratie, jusqu'&#224; s'autoproclamer l'&#171; &lt;i&gt;&#233;toile polaire du Moyen-Orient&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;L'exemple turc doit &#234;tre une source d'inspiration pour nous&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clarait alors Tariq Ramadan, qui, depuis, conseille plut&#244;t &#224; Erdogan de ne pas s'accrocher au pouvoir et de passer la main. Il faut dire que l'Hubris du chef d'&#201;tat, et son r&#234;ve &#224; peine masqu&#233; d'un califat ottoman qui r&#233;gnerait sur tous les sunnites, ont de quoi inqui&#233;ter. Ainsi se fait-il construire un palais blanc de 200 000 m&#232;tres carr&#233;s &#224; Ankara, dans un style n&#233;o-seldjoukide pour plus de 350 millions de dollars. Erdogan, partisan d'une politique ultralib&#233;rale, a aussi pu manifester son m&#233;pris pour la classe ouvri&#232;re &#224; l'occasion du grave accident de la mine de charbon de Soma, le 13 mai 2014, au cours duquel 301 mineurs ont perdu la vie. Il d&#233;clara alors de fa&#231;on laconique : &#171; &lt;i&gt;Ces choses-l&#224; sont courantes&lt;/i&gt;. &#187; Concernant la place des femmes dans la soci&#233;t&#233;, le pr&#233;sident turc n'a pas moins de certitudes : &#171; &lt;i&gt;Notre religion a d&#233;fini une place pour les femmes : la maternit&#233;. Certaines personnes peuvent le comprendre, d'autres non. Vous ne pouvez pas expliquer &#231;a aux f&#233;ministes parce qu'elles n'acceptent pas l'id&#233;e m&#234;me de la maternit&#233;&lt;/i&gt;.(24/11/2014) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Erdogan ne se contente pas de prononcer des paroles d&#233;finitives, il met aussi parfois en sc&#232;ne son omnipotence de sultan thaumaturge. Le 25 d&#233;cembre dernier &#224; Istanbul, le convoi pr&#233;sidentiel passe sur un pont qui enjambe le Bosphore et l&#224; &#8211; miracle ! &#8211;, depuis sa limousine, le pr&#233;sident rep&#232;re avec une acuit&#233; quasi surnaturelle un candidat au suicide &#224; deux doigts de faire le grand saut. Il ordonne &#224; son staff de ramener le pauvre h&#232;re jusqu'&#224; la porti&#232;re de son v&#233;hicule, et le persuade en une phrase de renoncer &#224; son funeste projet, sans l&#226;cher son t&#233;l&#233;phone portable coll&#233; &#224; l'oreille. Le malheureux baise alors la main de son sauveur. Le tout est naturellement film&#233; sous diff&#233;rents angles par les &#233;quipes de t&#233;l&#233; qui suivaient le convoi. Tr&#232;s vite, sur les r&#233;seaux sociaux, on d&#233;couvre l'identit&#233; du d&#233;sesp&#233;r&#233;, il s'agissait d'un militant de l'AKP, le parti au pouvoir ! Comme aurait dit un c&#233;l&#232;bre ministre de la Propagande allemand d'une &#233;poque cit&#233;e plus haut en r&#233;f&#233;rence par Erdogan : &#171; &lt;i&gt;Plus c'est gros, plus &#231;a passe !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela serait presque banalement grotesque, si la politique du pr&#233;sident turc, n'avait pas quelques cons&#233;quences dramatiques. Lors d'un meeting de campagne le 5 octobre 2015, &#224; Strasbourg, devant plus de 12 000 ressortissants turcs captiv&#233;s, Erdogan les exalte &#224; la guerre contre le terrorisme : &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes les porte-parole de l'ultranationalisme&lt;/i&gt; (sic)&lt;i&gt; du XXI e si&#232;cle en Europe.&lt;/i&gt; &#187; Pas une seule fois le nom de Daech ne sera cit&#233; lors de ce meeting. La mont&#233;e en puissance de l'autonomie kurde est l'obsession premi&#232;re d'Erdogan qui voudrait faire taire tous ceux qui &#233;voqueraient ses liens d'indulgence ou celle de son entourage vis-&#224;-vis du groupe &#201;tat islamique. Le 17 d&#233;cembre, le pr&#233;sident Erdogan tonnait encore contre le PKK dans un discours aux intonations exterminatrices : &#171; &lt;i&gt;Vous serez an&#233;antis dans vos maisons, vos immeubles, les tranch&#233;es que vous avez creus&#233;es. Nos forces de s&#233;curit&#233; vont poursuivre leur combat jusqu'&#224; ce que tout le pays soit compl&#232;tement nettoy&#233;.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comment ne pas rapprocher cette citation de celle du sinistre g&#233;n&#233;ral (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; Autre leitmotiv verbal qui r&#233;v&#232;le le caract&#232;re parano&#239;aque d'Erdogan, sa promptitude &#224; qualifier syst&#233;matiquement de &#171; &lt;i&gt;tra&#238;tres&lt;/i&gt; &#187; tous ceux qui se trouvent sur son chemin : ses anciens alli&#233;s de la confr&#233;rie G&#252;len, les journalistes trop ind&#233;pendants&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2015, 774 journalistes ont &#233;t&#233; renvoy&#233;s de leur m&#233;dia, 156 emprisonn&#233;s et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, les manifestants de la place Gezi, les d&#233;put&#233;s de la coalition pro-kurde HDP (dont son leader Selahattin Demirtas), les universitaires qui appellent &#224; la paix. L'historien Hamit Bozarslan &#233;voque une &#171; &lt;i&gt;syntaxe de brutalit&#233; qui se r&#233;duit &#224; une dizaine de mots &#8211; &#8220;terrorisme&#8221;, &#8220;5e colonne&#8221;, &#8220;trahison&#8221;, &#8220;forces obscures&#8221;, etc. &#8211; et traduit un processus de brutalisation d'un pouvoir qui n'a plus de rationalit&#233; interne.&#8202;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Conf&#233;rence de presse &#224; l'EHESS sur &#171; la libert&#233; de recherche et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel des universitaires du 11 janvier, &#171; &lt;i&gt;Nous ne serons pas complices de ce crime&lt;/i&gt; &#187;, qui r&#233;clamait le retour &#224; la paix au Kurdistan, a provoqu&#233; l'ire du pr&#233;sident turc. &#192; peine une heure apr&#232;s l'attentat-suicide d'Istanbul du 12&#8239;janvier dernier, Erdogan r&#233;v&#233;lait l'identit&#233; d'un djihadiste syrien, insistant sur le fait qu'&#224; ses yeux, &#171; &lt;i&gt;il n'y &lt;/i&gt; [avait] &lt;i&gt;aucune diff&#233;rence entre Daech, le PKK ou le PYD&lt;/i&gt; [parti syrien proche du PKK] &#187;, puis, sans rapport direct, il consacrait quinze longues minutes &#224; vilipender ces &#171; &lt;i&gt;brouillons d'intellectuels&lt;/i&gt; &#187; coupables de parjure, martelant qu'il n'y avait pas de &#171; &lt;i&gt;diff&#233;rence entre les terroristes et ceux qui parlent comme eux&lt;/i&gt; &#187;. Une accusation lourde de cons&#233;quences&#8230; Depuis, les signataires ont re&#231;u une s&#233;rie de menaces et d'intimidations. La palme revient au mafieux patent&#233; et fasciste Sedat Peker, nervi du pouvoir en place, qui promet de se &#171; &lt;i&gt;doucher dans le sang&lt;/i&gt; &#187; des signataires. Cela n'a pas emp&#234;ch&#233; la p&#233;tition de voir ses signataires doubler en une semaine, atteignant plus de 2 150&#8239;signatures. Les milieux artistiques se mobilisent &#224; leur tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les &#233;lections de juin &#8211; qu'il a fait retoquer en novembre au prix de nombreux arrangements afin d'obtenir une majorit&#233; absolue &#8211; Erdogan a les coud&#233;es franches pour bafouer les droits des Kurdes et r&#233;primer toute opposition, avec l'indiff&#233;rence complice de ses alli&#233;s de l'Otan. La fameuse &#171; voie turque &#187; a-t-elle trouv&#233; son aboutissement dans la synth&#232;se islamo-nationaliste-mafieuse et dans le massacre ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Comment ne pas rapprocher cette citation de celle du sinistre g&#233;n&#233;ral Bugeaud en 1845 durant la conqu&#234;te de l'Alg&#233;rie : &#171; &lt;i&gt;J'entrerai dans vos montagnes ; je br&#251;lerai vos villages et vos moissons ; je couperai vos arbres fruitiers et, alors, ne vous en prenez qu'&#224; vous seuls.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 2015, 774 journalistes ont &#233;t&#233; renvoy&#233;s de leur m&#233;dia, 156 emprisonn&#233;s et 500 poursuites ont &#233;t&#233; engag&#233;es. La Turquie est selon Amnesty international, &#171; &lt;i&gt;la premi&#232;re prison au monde pour les membres de cette profession&lt;/i&gt; &#187;. Les journalistes Can D&#252;ndar et Erdem G&#252;l risquent la perp&#233;tuit&#233; pour avoir r&#233;v&#233;l&#233; dans &lt;i&gt;Cumhuriyet&lt;/i&gt; les livraisons d'armes des services secrets turcs &#224; des groupes islamistes syriens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Conf&#233;rence de presse &#224; l'EHESS sur &#171; la libert&#233; de recherche et d'enseignement en Turquie &#187;, lundi 18 janvier 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Turquie : Le &#171; cadeau du ciel &#187; &#224; Erdogan</title>
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		<dc:date>2016-10-03T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Loez</dc:subject>
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		<dc:subject>Turquie</dc:subject>
		<dc:subject>Erdogan</dc:subject>
		<dc:subject>pouvoir civil</dc:subject>
		<dc:subject>putsch</dc:subject>
		<dc:subject>Yenikapi</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 15 juillet dernier, une tentative de coup d'&#233;tat a capot&#233; en quelques heures et a permis, par sa r&#233;pression, au pr&#233;sident Recep Tayyip Erdogan de renforcer son pouvoir sans partage. &#201;tienne Copeaux, historien du nationalisme turc, revient sur l'arri&#232;re-plan politique de ces tragiques querelles byzantines. Istanbul, quartier de Yenikapi, 7 ao&#251;t. Des hommes font le signe des loups gris, groupe ultranationaliste, lors du meeting d'union nationale appel&#233; par le pr&#233;sident Erdogan trois (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Yann-Renoult-172" rel="tag"&gt;Loez&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pouvoir" rel="tag"&gt;pouvoir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/n-est" rel="tag"&gt;n'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/repression" rel="tag"&gt;r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/guerre" rel="tag"&gt;guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-armee" rel="tag"&gt;l'arm&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Turquie" rel="tag"&gt;Turquie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Erdogan" rel="tag"&gt;Erdogan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pouvoir-civil" rel="tag"&gt;pouvoir civil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/putsch" rel="tag"&gt;putsch&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Yenikapi" rel="tag"&gt;Yenikapi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 15 juillet dernier, une tentative de coup d'&#233;tat a capot&#233; en quelques heures et a permis, par sa r&#233;pression, au pr&#233;sident Recep Tayyip Erdogan de renforcer son pouvoir sans partage. &#201;tienne Copeaux&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir CQFD n&#176;140, &#171; Il existe une triste cha&#238;ne de violences d'&#201;tat depuis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, historien du nationalisme turc, revient sur l'arri&#232;re-plan politique de ces tragiques querelles byzantines.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1739 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-58-e4b50.jpg?1782747314' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Yann Renoult.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Istanbul, quartier de Yenikapi, 7 ao&#251;t. Des hommes font le signe des loups gris, groupe ultranationaliste, lors du meeting d'union nationale appel&#233; par le pr&#233;sident Erdogan trois semaines apr&#232;s le coup d'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Comment expliquer l'&#233;chec des militaires putschistes et le succ&#232;s d'Erdogan ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;tienne Copeaux :&lt;/strong&gt; L'&#233;chec du putsch est un fait surprenant. La r&#233;publique de Turquie a &#233;t&#233; fond&#233;e en 1923, par un g&#233;n&#233;ral, Mustafa Kemal [Atat&#252;rk], &#224; la suite d'une guerre. Depuis, et jusqu'&#224; r&#233;cemment , l'arm&#233;e, institution purement k&#233;maliste, se consid&#233;rait comme la &#171; gardienne &#187; des r&#233;formes impos&#233;es par Atat&#252;rk. Avant 2002, elle n'&#233;tait pas un contre-pouvoir mais le pouvoir, contr&#244;lant le pays &#224; travers une institution de d&#233;cision sup&#233;rieure au pouvoir civil, qui existe depuis 1933 sous divers noms &#8211; aujourd'hui le Conseil national de s&#233;curit&#233;. L'arm&#233;e a toujours r&#233;ussi ce qu'elle a entrepris (trois coups d'&#201;tat) et en 1997, par la simple menace d'intervenir, elle a mis fin &#224; un gouvernement islamiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec du putsch du 15 juillet n'est donc le fait que d'un groupe restreint d'officiers qui ne s'&#233;taient pas s&#233;rieusement pr&#233;par&#233;s. L'amateurisme des putschistes saute aux yeux, mais je ne crois pas pour autant aux all&#233;gations selon lesquelles Erdogan aurait lui-m&#234;me pr&#233;par&#233; le coup. Il a en revanche su l'instrumentaliser : &#171; &lt;i&gt; C'est un cadeau du ciel&lt;/i&gt; &#187;, comme il le dit lui-m&#234;me. Il avait d&#233;j&#224; fortement purg&#233; l'arm&#233;e voici dix ans, et le putsch lui a fourni l'occasion de poursuivre son nettoyage bien au-del&#224; des responsables, tout en pla&#231;ant des proches ambitieux, dans tous les domaines cl&#233;s de la vie &#233;tatique (arm&#233;e, &#233;ducation, justice, sant&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Erdogan a-t-il r&#233;ussi &#224; abattre tous les contre-pouvoirs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il r&#233;ussit &#224; mettre durablement l'arm&#233;e sous le contr&#244;le du pouvoir civil, ce sera une r&#233;volution. Sur le principe, c'est bien. Mais de quel pouvoir civil s'agit-il ? Je ne suis pas rassur&#233; par le fait qu'Erdogan soit d&#233;sormais le chef des arm&#233;es ! En th&#233;orie, la presse turque joue le r&#244;le de contre-pouvoir, mais il y a longtemps que l'AKP, le parti islamo-conservateur au pouvoir, cherche &#224; la juguler. La r&#233;pression s'est abattue sur les journalistes et les organes de presse kurdes d&#232;s 2009 (surtout en 2011) ainsi que sur les intellectuels, universitaires, &#233;tudiants, militants des droits de l'homme, LGBT, &#233;cologistes, et les avocats qui les d&#233;fendaient. Quant aux m&#233;dias &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;, ils soutiennent par essence le pouvoir ! La purge actuelle risque d'appauvrir la vie intellectuelle en poussant les intellectuels &#171; non conformes &#187;, notamment ceux qui s'opposent &#224; la guerre, &#224; se r&#233;fugier &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir d&#233;clare cibler les partisans de Fethullah G&#252;len&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fethullah G&#252;len est un th&#233;ologien musulman turc, r&#233;fugi&#233; aux &#233;tats-unis. Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. En fait, il ratisse beaucoup plus large. Des arrestations, expulsions, licenciements visent aussi des gens qui ne peuvent pas &#234;tre soup&#231;onn&#233;s de &#171; g&#252;lenisme &#187;, des Arm&#233;niens ou des al&#233;vis (branche h&#233;t&#233;rodoxe de l'islam) en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au mouvement de Gezi de 2013, qui sonnait comme l'&#233;mergence d'un ph&#233;nom&#232;ne profond de contestation et de prise en mains des questions politiques, sociales et environnementales par une grande partie de la population, il para&#238;t malheureusement mort, &#224; moins qu'il ne refasse surface un jour de mani&#232;re inattendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu remets en cause la vision sch&#233;matique qui ferait de l'arm&#233;e un garant de la la&#239;cit&#233; face au pouvoir de l'AKP qui chercherait &#224; islamiser la soci&#233;t&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croyance de l'Occident en une Turquie la&#239;que prouve l'efficacit&#233; de la propagande turque depuis les ann&#233;es 1930. En r&#233;alit&#233;, l'islam y est religion d'&#201;tat. Le gouvernement poursuit un mouvement d'&#233;radication des populations non musulmanes, non seulement depuis 1915 avec le g&#233;nocide des Arm&#233;niens, mais en 1923 (expulsion de masse des orthodoxes d'Anatolie), puis de 1955 &#224; 1964 (pogroms, expulsion des orthodoxes d'Istanbul). Les dirigeants de tous bords se sont toujours conform&#233;s au dogme du nationalisme turc, &#171; la Turquie est musulmane &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e elle-m&#234;me est confessionnelle. Un non- musulman ne peut &#234;tre officier. Les g&#233;n&#233;raux de 1980 ont rendu obligatoire l'enseignement religieux musulman, encourag&#233; les lyc&#233;es religieux priv&#233;s, d&#233;-la&#239;cis&#233; le contenu des manuels scolaires. Elle a fait chuter le gouvernement islamiste de 1997, mais s'est ensuite efforc&#233;e de montrer au peuple qu'elle n'&#233;tait pas contre l'islam ; on a vu se multiplier des photos de g&#233;n&#233;raux et de politiciens faisant leurs d&#233;votions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les confr&#233;ries interdites par Atat&#252;rk ont r&#233;apparu &#224; partir des ann&#233;es 1950, et se sont d&#233;velopp&#233;es ; la confr&#233;rie G&#252;len n'est que l'une d'entre elles. Cette derni&#232;re a r&#233;ussi &#224; drainer des sommes colossales et &#224; cr&#233;er un r&#233;seau jusqu'en Asie centrale et en Afrique du Nord ; elle a r&#233;ussi &#224; s'infiltrer dans tous les rouages de l'&#201;tat, disposait d'un r&#233;seau d'&#233;ducation complet et d'organes de presse. Son id&#233;ologie est plus mod&#233;r&#233;e, plus tol&#233;rante que celle d'Erdogan, dont elle a &#233;t&#233; l'alli&#233;e lors de la phase d'&#171; ouverture &#187; du gouvernement AKP (2002-2008).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1740 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-59-c71d2.jpg?1782747314' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Yann Renoult.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Istanbul, place Taksim, 30 juillet. Rassemblement de soutien &#224; Erdogan, deux semaines apr&#232;s le coup d'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un de tes champs de recherches concerne l'enr&#244;lement des foules par l'id&#233;ologie d'&#201;tat. Peux-tu nous expliquer les m&#233;canismes de cette manipulation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve qu'au moment du putsch, je travaillais sur le massacre d'intellectuels al&#233;vis perp&#233;tr&#233; en juillet 1993 &#224; Sivas, par une foule d'&#233;meutiers excit&#233;s par des pr&#233;dicateurs. Je venais de visionner &lt;a href=&#034;http://www.susam-sokak.fr/2016/07/le-massacre-de-sivas-1993-un-film-de-mehmet-ali-birand.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;des films de l'&#233;v&#233;nement&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit m&#234;me du putsch de juillet dernier, j'ai vu en direct les foules lanc&#233;es dans les rues par Erdogan : les slogans &#233;taient les m&#234;mes, les attitudes aussi, et les cibles n'&#233;taient pas seulement l'arm&#233;e et les putschistes, mais les Al&#233;vis, les r&#233;fugi&#233;s syriens&#8230; des &#233;glises ont &#233;t&#233; vis&#233;es &#224; Trabzon et Malatya. Autrement dit, ces foules s'attaquaient &#224; tout ce qui n'est pas &#171; turc-musulman &#187;, c'est-&#224;-dire nationaliste et islamiste. Il me semble que c'est la premi&#232;re fois qu'un tel mouvement se produit &#224; l'appel d'un Pr&#233;sident de la r&#233;publique, qui ainsi couvre les actes de la foule. Une telle foule est un ensemble d'individus en &#233;tat temporaire de r&#233;gression mentale. Tout est alors possible, y compris les pires violences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mouvements de masse sont accompagn&#233;s d'un climat d'intimidation, de contr&#244;le social qui &#233;tait latent, mais devient concret avec la cr&#233;ation de milices. On rapporte des agressions, des femmes battues dans la rue &#224; cause de leur tenue &#171; trop courte &#187;. Le parti AKP n'est pas le seul impliqu&#233; dans ce processus. Il est puissamment soutenu par le parti fasciste et raciste MHP (les fameux Loups Gris), tout aussi &#171; religieux &#187; que l'AKP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas para&#238;tre &#171; essentialiste &#187;, mais il existe en Turquie un habitus de violence ; les passages &#224; tabac, mises &#224; sac, lynchage ne sont pas rares et leurs auteurs rarement punis. Il faut se demander si cet habitus n'est pas la cons&#233;quence de la non-reconnaissance du g&#233;nocide de 1915, qui induirait l'id&#233;e inconsciente d'une l&#233;gitimit&#233; de la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment consid&#232;res-tu la fa&#231;on dont les m&#233;dias fran&#231;ais ont re&#231;u l'&#233;v&#233;nement et per&#231;oivent, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la nature du syst&#232;me turc ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#233;courageant de voir comment la propagande turque, depuis les ann&#233;es 1930, a marqu&#233; les esprits. La complaisance vis-&#224;-vis de la Turquie est le fait des &#201;tats occidentaux, de leurs diplomates, et m&#234;me d'une partie de leurs chercheurs. Il ne faut surtout pas critiquer la Turquie : &#171; Elle est un pont entre Orient et Occident &#187;, &#171; Un rempart contre le communisme &#187;, puis &#171; contre le djihadisme &#187;, &#171; C'est le seul &#201;tat stable de la r&#233;gion &#187;. La Turquie b&#233;n&#233;ficie ainsi d'une rente de situation : on peut y mener la politique la plus r&#233;pressive, la plus antid&#233;mocratique qui soit, l'Occident fermera toujours les yeux. L'accord de mars dernier sur les r&#233;fugi&#233;s est un aspect de cette politique. Et puis, en ce qui concerne la France, la Turquie est un lieu d'investissement tr&#232;s important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, dans leurs interventions t&#233;l&#233;vis&#233;es, les diplomates turcs adorent comparer la Turquie &#224; la France : &#171; Erdogan veut faire comme de Gaulle, c'est tout ! &#187; ; &#171; L'&#233;tat d'urgence n'est pas plus grave qu'en France ! &#187; Malheureusement, nombre de journalistes fran&#231;ais omettent d'&#233;voquer tous les manquements graves et continus &#224; la d&#233;mocratie depuis des d&#233;cennies, ou d'&#233;voquer les articles extr&#234;mement r&#233;pressifs du code p&#233;nal turc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis Atat&#252;rk, la d&#233;mocratie &#233;lectorale repose sur ce que le th&#233;oricien du post-colonialisme Achille Mbembe appelle &#171; &lt;i&gt; le corps nocturne&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;le d&#233;p&#244;t amer&lt;/i&gt; &#187; de la d&#233;mocratie&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Achille Mbembe, Politiques de l'inimiti&#233;, La D&#233;couverte, 2016.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Pour que le syst&#232;me &#233;lectoral fonctionne, il faut qu'existe par ailleurs une violence, une brutalit&#233;, qui mette hors jeu une partie de la population. De m&#234;me qu'on ne peut &#233;crire l'histoire des &#201;tats-Unis sans &#233;voquer l'esclavage, on ne peut comprendre la Turquie sans &#233;voquer par exemple la r&#233;pression violente des Kurdes qui dure depuis un si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; quoi peut-on s'attendre concernant la guerre dans le sud-est anatolien contre les Kurdes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'est pr&#233;visible. Pour l'instant le HDP, la formation de gauche pro-kurde, fait profil bas. La guerre dure depuis 1984, voire m&#234;me depuis 1925. Les choses sont all&#233;es loin au cours de l'ann&#233;e &#233;coul&#233;e : proclamations d'autonomie du c&#244;t&#233; kurde, r&#233;pression inou&#239;e du c&#244;t&#233; turc. Dans les ann&#233;es 1990, la r&#233;pression avait &#233;t&#233; f&#233;roce (plus de 3&#8202;000 villages kurdes ray&#233;s de la carte). Ce sont les enfants de cette &#233;poque qui se battent aujourd'hui contre l'&#201;tat turc. Croit-on que la nouvelle g&#233;n&#233;ration va oublier la r&#233;pression plus vite que leurs a&#238;n&#233;s ? La r&#233;pression nourrit la guerre. Depuis trente ans, la guerre est devenue un moyen de gouvernement. Certes, en 2013, Erdogan a permis la mise en place d'un processus de pacification avec la gu&#233;rilla du PKK, brutalement rompu en &#233;t&#233; 2015 ; les deux parties s'accusent mutuellement de l'&#233;chec des n&#233;gociations. La simple existence de ces deux ann&#233;es de calme relatif prouve, malgr&#233; tout, que la n&#233;gociation est possible. Toutefois, l'affaiblissement de l'arm&#233;e qui est en cours n'affaiblira pas forc&#233;ment la r&#233;pression, qui est d&#233;sormais men&#233;e par des forces sp&#233;ciales et des milices paramilitaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1741 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH201/-60-13aba.jpg?1782644096' width='400' height='201' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo publi&#233;e sur kedistan.net. D. R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Sc&#232;ne du 16 juillet 2016 &#224; Istanbul. Un partisan d'Erdogan fouette des soldats &#224; terre, pour la plupart des appel&#233;s embarqu&#233;s malgr&#233; eux dans le putsch, sous les yeux de la police. Photo publi&#233;e sur kedistan.net. D. R.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;140, &#171; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Turquie-Il-existe-une-triste&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Il existe une triste cha&#238;ne de violences d'&#201;tat depuis 1915&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Fethullah G&#252;len est un th&#233;ologien musulman turc, r&#233;fugi&#233; aux &#233;tats-unis. Le mouvement G&#252;len, au d&#233;part proche d'Erdogan, s'&#233;loigne de ce dernier apr&#232;s son tournant autoritaire de 2011. Les r&#233;seaux de G&#252;len sont accus&#233;s par le pouvoir d'&#234;tre &#224; l'initiative de la tentative de putsch de juillet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Achille Mbembe, &lt;i&gt;Politiques de l'inimiti&#233;&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Des barricades pour le droit &#224; la ville</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Des-barricades-pour-le-droit-a-la</link>
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		<dc:date>2013-06-14T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aristide Bostan</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;mi</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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&lt;p&gt;Au printemps 2011, nous avions pass&#233; une dizaine de jours &#224; Istanbul avec Ulus Atayurt, journaliste au magazine stambouliote Express et infatigable militant du droit &#224; la ville, pour tenter de comprendre ce qu'une capitale europ&#233;enne de la culture avait &#224; voir avec la gentrification. Forc&#233;ment, quand la menace de destruction du parc Gezi, en plein centre de la ville, a conduit &#224; un rassemblement spontan&#233; le 28 mai 2013, on a demand&#233; &#224; Ulus de nous &#233;clairer sur la situation. Pour retrouver (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au printemps 2011, nous avions pass&#233; une dizaine de jours &#224; Istanbul avec Ulus Atayurt, journaliste au magazine stambouliote &lt;i&gt;Express&lt;/i&gt; et infatigable militant du droit &#224; la ville, pour tenter de comprendre ce qu'une capitale europ&#233;enne de la culture avait &#224; voir avec la gentrification. Forc&#233;ment, quand la menace de destruction du parc Gezi, en plein centre de la ville, a conduit &#224; un rassemblement spontan&#233; le 28 mai 2013, on a demand&#233; &#224; Ulus de nous &#233;clairer sur la situation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour retrouver l'article de la rencontre avec Ulus Atayurt, c'est &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Capitale-Istanbul'&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_651 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/png/p07-erdogan.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH238/p07-erdogan-0462a.png?1782676051' width='500' height='238' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sent sur place depuis le premier jour, avec &#171; &lt;i&gt; M&#252;&#351;terekler&lt;/i&gt; &#187; (&#171; les Communs &#187;) un regroupement de collectifs luttant pour le droit &#224; la ville, Ulus revient sur la mont&#233;e du m&#233;contentement &#224; l'&#233;gard du premier ministre, Recep Tayyip Erdo&#287;an. &#171; &lt;i&gt;Le dernier mois a &#233;t&#233; une sorte d'apog&#233;e dans l'autoritarisme croissant d'Erdo&#287;an. &#199;a a commenc&#233; le 1er mai, par l'annonce de l'interdiction de toutes les manifestations sur la place Taksim.&lt;/i&gt; &#187; Une date et un lieu qui n'ont rien de fortuit : depuis l'assassinat de 34 manifestants par des paramilitaires lors du premier mai 1977, la c&#233;l&#233;bration &#233;tait interdite &#224; Taksim. En 2009, &#171; &lt;i&gt;apr&#232;s 3 ans de lutte acharn&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, le gouvernement avait r&#233;-autoris&#233; les rassemblements sur la place pour cette journ&#233;e hautement symbolique. Ulus poursuit : &#171; &lt;i&gt;Erdo&#287;an me fait vraiment penser &#224; un leader &#224; la Carl Schmitt&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philosophe et juriste, proche des nazis puis des lib&#233;raux conservateurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, qui instaure l'&#233;tat d'exception &#224; coup de d&#233;crets. Restriction de plus en plus grande de la consommation d'alcool dans l'espace public et augmentation drastique des prix, interdiction de s'embrasser&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Sur le plan politique aussi, Erdo&#287;an joue l'offensive. &#171; &lt;i&gt;Non seulement il n'a pas chang&#233; une seule des lois antid&#233;mocratiques comme la &#8220;barri&#232;re &#233;lectorale&#8221; des 10 % &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les partis qui totalisent moins de 10 % de voix aux l&#233;gislatives ne sont pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;ou les r&#232;gles de gouvernance des partis, mais il est en train d'essayer d'&#233;tablir un syst&#232;me pr&#233;sidentiel total, en supprimant les r&#233;gions autonomes et le syst&#232;me f&#233;d&#233;ral. Un royaume absolu ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour susciter l'adh&#233;sion &#224; son effrayant projet de soci&#233;t&#233;, entre conservatisme, religion, ultra-capitalisme et fort contr&#244;le social, le chef de l'AKP, &#171; &lt;i&gt; parti de la justice et du d&#233;veloppement&lt;/i&gt; &#187;, n'h&#233;site pas &#224; jouer sur la nostalgie d'un Empire ottoman fantasm&#233;. La reconstruction de la caserne militaire de Taksim, historiquement situ&#233;e &#224; l'emplacement du parc Gezi et d&#233;truite en 1940 lors des travaux d'am&#233;nagement de la place, va dans ce sens. Pour Ulus, il s'agit d'un projet &#171; &lt;i&gt;laid et orientaliste. C'est un symbole de la volont&#233; obsessionnelle d'Erdogan d'instrumentaliser la p&#233;riode ottomane, mais aussi de sa haine de tout ce qui n'est pas religieux&lt;/i&gt; &#187;. Et d'ajouter, moqueur : &#171; &lt;i&gt; &#233;videmment, c'est aussi r&#233;v&#233;lateur de son amour &#233;perdu pour les centres commerciaux !&#8230;&lt;/i&gt; &#187; L'id&#233;e est en effet d'installer un &#233;ni&#232;me centre dans la caserne en carton-p&#226;te, tandis qu'&#224; quelques centaines de m&#232;tres le centre culturel Atat&#252;rk, symbole de la p&#233;riode la&#239;que, est vis&#233; par une proc&#233;dure de d&#233;molition. L'urbanisation et l'am&#233;nagement de la m&#233;tropole sont au centre des revendications. Car ce que vise le gouvernement, c'est la destruction irr&#233;versible et &#224; grande vitesse d'une certaine ville, celle des &lt;i&gt;gecekondus&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Maison construite en une nuit &#187;, quartiers d'habitat informel.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, des pauvres, des migrants, de la d&#233;brouille et de l'informel. La destruction en 2009 de Sulukule, le plus vieux quartier gitan au monde, &#233;tait rest&#233;e comme le symbole le plus visible de cette guerre aux pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;pris social d'un dirigeant qui se repose sur un &#233;lectorat conservateur de classe moyenne-sup&#233;rieure est doubl&#233; d'un m&#233;pris &#233;cologique : l'ouverture fin mai du chantier d'un troisi&#232;me pont sur le Bosphore a largement contribu&#233; &#224; mettre le feu aux poudres place Taksim. Contest&#233; de toutes parts, le projet menace la survie m&#234;me d'Istanbul en ouvrant &#224; l'urbanisation les derni&#232;res for&#234;ts anciennes du nord de la ville, et du m&#234;me coup, en fragilisant d'indispensables ressources en eau. &#171; &lt;i&gt;La construction a commenc&#233; malgr&#233; le plan l&#233;gal d'urbanisme&lt;/i&gt; &#187;, fulmine Ulus. Il &#233;voque les deux plans urbains de r&#233;f&#233;rence : l&#233;galement, les possibilit&#233;s de d&#233;veloppement de la r&#233;gion urbaine ne permettent pas la cr&#233;ation d'une route de grande ampleur dans le secteur&#8230; Et comble du m&#233;pris, &#171; &lt;i&gt;Erdo&#287;an a nomm&#233; le pont en hommage au sultan Selim 1er, rest&#233; dans l'histoire pour avoir massacr&#233; les Al&#233;vis, qui repr&#233;sentent aujourd'hui 20 % des citoyens turcs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y a pas pour le moment d'unit&#233; compl&#232;te dans les revendications des manifestants, entre nostalgiques d'un nationalisme k&#233;maliste (du nom de Mustafa Kemal, dit Atat&#252;rk), militants pour le droit &#224; la ville ou encore sympathisants des mouvements &#171; &lt;i&gt;occupy&lt;/i&gt; &#187;, une telle mobilisation &#233;tait impensable il y a &#224; peine un an. Et face aux agressions polici&#232;res, les rangs se sont resserr&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Le quatri&#232;me jour, la gauche radicale des&lt;/i&gt; gecekondus &lt;i&gt;est arriv&#233;e. C'est gr&#226;ce &#224; eux qu'on a pu r&#233;sister &#224; la police. D'ailleurs, tout le monde a dit qu'ils se sont retir&#233;s par retenue, mais la r&#233;alit&#233;, c'est qu'ils &#233;taient &#224; court de gaz lacrymog&#232;ne, et que la solidit&#233; de notre r&#233;sistance les a surpris ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ulus est reparti avec enthousiasme et &#233;nergie occuper le parc et assurer les permanences. Ce qui s'&#233;crit en ce moment &#224; Istanbul &#8211; et par contagion, dans tout le pays &#8211; ne permet peut-&#234;tre pas de laisser pr&#233;sager du futur, mais les Stambouliotes viennent de d&#233;montrer qu'ils sont pr&#234;ts &#224; lutter pour emp&#234;cher un leader autoritaire, m&#233;galomane et m&#233;prisant de d&#233;truire l'&#226;me de leur ville. Un bel exemple pour toutes les villes du monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Philosophe et juriste, proche des nazis puis des lib&#233;raux conservateurs apr&#232;s la guerre, dont l'essentiel du discours consistait &#224; penser la puissance &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les partis qui totalisent moins de 10 % de voix aux l&#233;gislatives ne sont pas repr&#233;sent&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Maison construite en une nuit&lt;/i&gt; &#187;, quartiers d'habitat informel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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