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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Tous les chemins m&#232;nent &#224; Camelot</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Excalibur, la Table ronde, Merlin l'enchanteur, Lancelot, les chevaliers qui disent &#171; ni &#187;, la f&#233;e Morgane, etc. (chercher l'intrus) : la geste du roi Arthur fait partie des mythes contemporains les plus populaires. William Blanc, m&#233;di&#233;viste, lui a consacr&#233; un livre aux &#233;ditions Libertalia. Entretien. Apr&#232;s Charles Martel et la bataille de Poitiers (&#233;ditions Libertalia, 2015), co-&#233;crit avec Christophe Naudin, tu t'es attaqu&#233; au Roi Arthur, un mythe contemporain. Quel est l'enjeu de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no151-fevrier-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;151 (f&#233;vrier 2017)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Excalibur, la Table ronde, Merlin l'enchanteur, Lancelot, les chevaliers qui disent &#171; &lt;i&gt;ni&lt;/i&gt; &#187;, la f&#233;e Morgane, etc. (chercher l'intrus) : la geste du roi Arthur fait partie des mythes contemporains les plus populaires. William Blanc, m&#233;di&#233;viste, lui a consacr&#233; un livre aux &#233;ditions Libertalia. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3091 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/-1318-384dc.jpg?1782835965' width='500' height='353' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferri
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s &lt;i&gt;Charles Martel et la bataille de Poitiers&lt;/i&gt; (&#233;ditions Libertalia, 2015), co-&#233;crit avec Christophe Naudin, tu t'es attaqu&#233; au &lt;i&gt;Roi Arthur, un mythe contemporain&lt;/i&gt;. Quel est l'enjeu de l'histoire critique et culturelle des mythes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout d'abord, comprendre que les mythes sont des constructions plastiques et que chacun peut y mettre le sens qu'il veut. C'est d'autant plus le cas avec les r&#233;cits arthuriens et leur grande palette de personnages. En fait, le processus a commenc&#233; d&#232;s le Moyen &#194;ge, au IX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, lorsque la l&#233;gende se cr&#233;e dans les cours galloises, le roi Arthur est un des nombreux h&#233;ros servant &#224; se mobiliser contre les royaumes saxons voisins. Puis, au XII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, avec Geoffroi de Monmouth et Chr&#233;tien de Troyes, le mythe se christianise alors que l'&#201;glise s'affirme comme le groupe social dominant en Occident, au d&#233;triment de la chevalerie. C'est &#224; ce moment-l&#224; qu'est invent&#233;e la Table ronde, allusion limpide au dernier souper de J&#233;sus, mais aussi le Graal alors que les textes commencent &#224; &#234;tre r&#233;dig&#233;s dans les langues vernaculaires &#8211; c'est-&#224;-dire autres que le latin &#8211; afin de pouvoir &#234;tre lus et entendus par un public plus large (mais toujours noble). Ce mouvement culmine avec la r&#233;daction, au d&#233;but des ann&#233;es 1470, de la compilation de Thomas Malory, &lt;i&gt;Le Morte Darthur,&lt;/i&gt; encore lue aujourd'hui dans les pays anglo-saxons. Il ne faut pas croire pour autant que le mythe est monolithique au Moyen Age. On trouve des versions qui varient en fonction des origines g&#233;ographiques ou sociales. Il y a ainsi un texte arthurien en h&#233;breu produit au XIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle (dans lequel Arthur est d&#233;christianis&#233;), mais aussi des versions &#233;cossaises o&#249; Arthur est d&#233;peint comme un usurpateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, les interpr&#233;tations des mythes sont en perp&#233;tuels changements et il n'y a pas une origine &#171; chimiquement pure &#187; de la l&#233;gende de Camelot &#8211; tout comme il n'y a pas une origine &#171; pure &#187; des nations ou des id&#233;es politiques &#8211; qui se trouverait dans des &#171; racines celtiques &#187; largement r&#233;invent&#233;es au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Un autre int&#233;r&#234;t de l'histoire des l&#233;gendes arthuriennes r&#233;side dans ses moyens de diffusion. Les r&#233;cits arthuriens, y compris leurs versions les plus politiques, se propagent aujourd'hui par la culture populaire (cin&#233;ma, musique, BD, jeux vid&#233;os), ce qui revient &#224; dire que celle-ci, loin d'&#234;tre un &#171; sous-produit &#187; &#224; n&#233;gliger, doit &#234;tre au contraire &#234;tre &#233;tudi&#233;e, ne serait-ce que dans un souci d'autod&#233;fense intellectuelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les usages politiques du mythe arthurien ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a des usages classiques, attendus, de la figure de personnages li&#233;s &#224; un imaginaire m&#233;di&#233;valiste. Ainsi, en Angleterre, au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les chevaliers de la Table ronde servent de mod&#232;le &#224; l'aristocratie, notamment dans les po&#232;mes d'Alfred Tennyson. Le gentleman victorien s'imagine &#234;tre un nouveau chevalier et, lorsqu'il part combattre dans les colonies, il n'est pas rare qu'il pense reproduire la geste des guerriers arthuriens allant &#233;vang&#233;liser des terres barbares. L'un des principaux cercles imp&#233;rialistes anglais fond&#233;s en 1909 &#8211; qui existe toujours, sous la forme d'un &lt;i&gt;think tank&lt;/i&gt; consacr&#233; aux relations internationales &#8211; se nomme ainsi &#171; la Table ronde &#187;. Pareillement, lorsqu'il se rend en mission aupr&#232;s des tribus b&#233;douines en 1916, Lawrence d'Arabie emporte avec lui &lt;i&gt;Le Morte Darthur&lt;/i&gt; de Malory.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;alisation de soi va de pair avec une id&#233;alisation de la guerre, per&#231;ue comme un nouveau tournoi chevaleresque. Beaucoup de jeunes Britanniques partiront en 1914 la fleur au fusil, pensant revivre dans leurs combats les exploits de Lancelot. Inutile de dire que la r&#233;alit&#233; cruelle des combats des tranch&#233;es a sonn&#233; le glas de cette imagerie. La g&#233;n&#233;ration survivant &#224; l'horreur de la Grande Guerre imagine donc une l&#233;gende arthurienne tout autre, en rejetant l'id&#233;e chevaleresque, comme J.R.R. Tolkien, dont les h&#233;ros, les Hobbits, sont de v&#233;ritables antiguerriers. D'autres mettent l'accent sur l'imagerie du chevalier bless&#233; dans un monde moderne trop brutal et cherchant &#224; se soigner en buvant l'eau du Graal, comme T.S. Eliot dans son long po&#232;me &lt;i&gt;La Terre Gaste&lt;/i&gt; (1922).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; victorienne, fonci&#232;rement misogyne, produit un mythe arthurien dans lequel les femmes sont accus&#233;es de tous les maux. Tennyson explique la destruction de Camelot &#224; cause de l'infid&#233;lit&#233; de Gueni&#232;vre avec Lancelot, ou de la lubricit&#233; de Viviane, s&#233;duisant Merlin et provoquant sa chute. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et les usages plus inattendus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On pourrait penser que le Moyen Age sert d'&#233;poque de r&#233;f&#233;rence aux seuls courants r&#233;actionnaires. En fait, la gauche, et m&#234;me l'extr&#234;me gauche, ont elles aussi r&#234;v&#233; de leur Moyen Age, dans lequel le mythe de Camelot, notamment outre-Atlantique, occupe une place non n&#233;gligeable, avec des personnages comme Robin des Bois ou Jeanne d'Arc. Le roi Arthur est ainsi vu aux &#201;tats-Unis &#224; partir des ann&#233;es 1960 comme un jeune souverain &#224; la fois pacifiste, luttant contre la violence des barons m&#233;di&#233;vaux, mais aussi d&#233;mocratique, promouvant une Table ronde o&#249; n'importe qui pourrait s'asseoir, y compris les gens de condition modeste. Cette image transpara&#238;t d'abord dans la s&#233;rie de romans &lt;i&gt;The Once and Future King&lt;/i&gt; de T.H. White. Elle a &#233;t&#233; popularis&#233;e par la com&#233;die musicale produite &#224; Broadway, &lt;i&gt;Camelot&lt;/i&gt; (1960), puis par le dessin anim&#233; de Disney &lt;i&gt;Merlin l'enchanteur&lt;/i&gt; (1963). On a alors fait le lien entre le jeune roi Arthur avec le pr&#233;sident am&#233;ricain d'alors, John F. Kennedy, et ce d'autant plus facilement que sa veuve, une semaine apr&#232;s l'assassinat de son &#233;poux, compare explicitement ses ann&#233;es &#224; la Maison-Blanche au &lt;i&gt;&#171; bref instant de lumi&#232;re &#187;&lt;/i&gt; qu'a &#233;t&#233; le r&#232;gne du souverain de la Table ronde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, dans la gauche am&#233;ricaine, Camelot est devenu l'image d'un id&#233;al perdu de la vague progressiste portant la lutte pour les droits civiques. Cette id&#233;e transpara&#238;t nettement dans la culture populaire, notamment dans les comics de superh&#233;ros avec par exemple les X-Men dans lequel les mutants en lutte pour leur libert&#233; &#8211; &#224; l'instar des Afro-Am&#233;ricains durant les ann&#233;es 1960 &#8211; sont r&#233;guli&#232;rement compar&#233;s &#224; des chevaliers arthuriens. D'ailleurs, il n'est pas rare de voir aujourd'hui des &#171; Tables rondes &#187; projet&#233;es &#224; l'&#233;poque contemporaine ou dans le futur incluant soit des chevaliers extra-europ&#233;ens, soit des femmes guerri&#232;res, comme c'est le cas dans le &lt;i&gt;comic-book&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Camelot 3000 &lt;/i&gt;(1982-1985). C'est une invention compl&#232;te de la fin du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, qui correspond &#224; l'&#233;volution des m&#339;urs en Occident et aussi un moyen de promouvoir l'&#233;galit&#233; dans la soci&#233;t&#233;. Apr&#232;s tout, si la Table ronde est ouverte &#224; tous, si chacun tient une place &#233;gale &#224; celle de tous ses voisins, pourquoi est-ce qu'une femme afro-am&#233;ricaine n'aurait-elle pas le droit de s'y installer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mythe arthurien a aussi servi de critique &#233;cologique de la modernit&#233;, notamment &#224; travers des figures comme la f&#233;e Morgane ou Merlin, vues comme des personnages qui tentent de sauvegarder des traditions celtiques (comprendre, la Nature) face au christianisme (donc, le monde moderne, industriel et technoscientifique). Cette imagerie a &#233;t&#233; largement diffus&#233;e par la contre-culture des ann&#233;es 1960, dans un m&#233;lange parfois tr&#232;s &#233;tonnant de prose f&#233;ministe, de religion n&#233;o-pa&#239;enne, mais aussi de militantisme &#233;cologiste radical. Aujourd'hui, cette rh&#233;torique rime parfois avec qu&#234;te de racines fantasm&#233;es et donc, de repli identitaire. Encore une fois, chaque &#233;poque produit des mythes qui font &#233;cho &#224; ses angoisses les plus sombres, mais aussi parfois, &#224; ses espoirs les plus lumineux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;William Blanc, &lt;i&gt;Le roi Arthur &#8211; un mythe contemporain,&lt;/i&gt; Libertalia, 2016.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>A la rencontre des gens du pays</title>
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		<dc:creator>Jean-Claude Leyraud</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans le dossier de son pr&#233;c&#233;dent num&#233;ro, &#171; Labour fou &#8212; paysannerie en lutte &#187;, le chien rouge partait &#224; la rencontre de ces agriculteurs qui &#171; invitent &#224; enterrer nos vies administr&#233;es et &#224; reprendre la cl&#233; des champs &#187;. Las, il manquait &#224; ce dossier un texte, celui du vigneron Jean-Claude Leyraud, auteur d'une lecture crois&#233;e de deux ouvrages portant sur l'impossibilit&#233; d'&#234;tre paysan aujourd'hui. Le voici &#8212; quand il n'y en a plus, il y en a encore&#8230; Dans son documentaire Les Paysans de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no164-avril-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;164 (avril 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Du-cote-de-chez-les-rustiques" rel="tag"&gt;Du c&#244;t&#233; de chez les rustiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Eugene-Riousse" rel="tag"&gt;Eug&#232;ne Riousse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marie-France-Barrier" rel="tag"&gt;Marie-France Barrier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Barrier" rel="tag"&gt;Barrier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le dossier de son pr&#233;c&#233;dent num&#233;ro, &#171; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/CQFD-no163-mars-2018&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Labour fou &#8212; paysannerie en lutte&lt;/a&gt; &#187;, le chien rouge partait &#224; la rencontre de ces agriculteurs qui &#171; &lt;i&gt;invitent &#224; enterrer nos vies administr&#233;es et &#224; reprendre la cl&#233; des champs&lt;/i&gt; &#187;. Las, il manquait &#224; ce dossier un texte, celui du vigneron Jean-Claude Leyraud, auteur d'une lecture crois&#233;e de deux ouvrages portant sur l'impossibilit&#233; d'&#234;tre paysan aujourd'hui. Le voici &#8212; quand il n'y en a plus, il y en a encore&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans son documentaire &lt;i&gt;Les Paysans de demain &#8211; Le Champ des possibles&lt;/i&gt;, diffus&#233; en d&#233;cembre dernier sur France 5&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et disponible sur YouTube.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, Marie-France Barrier filme des n&#233;oruraux et agriculteurs anciennement &#171; conventionnels &#187;, qui se consacrent d&#233;sormais &#224; des pratiques agricoles &#224; l'&#233;chelle humaine, avec optimisme et enthousiasme. Pierre, ancien pilote de ligne, retrouve ainsi sens &#224; sa vie en devenant mara&#238;cher bio dans le bocage normand. Dans l'Eure, Lina, ex-agent immobilier, et son compagnon s'installent en agroforesterie et cultivent leur &#171; &lt;i&gt;petit paradis&lt;/i&gt; &#187;, entour&#233;s d'une mer de pesticides. Dans le pays de Caux, Olivier, ancien c&#233;r&#233;alier &#224; la t&#234;te de 300 hectares, prend conscience qu'il est plus que temps de cesser d'appauvrir les sols. Dans le Jura, Valentin, jeune &#233;tudiant destin&#233; &#224; la haute fonction publique, revient sur ses terres natales et se convertit avec son p&#232;re, vigneron &#171; &lt;i&gt;radi&lt;/i&gt; &#187;, &#224; la viticulture biologique. En Corr&#232;ze, une ferme collective de jeunes n&#233;oruraux fonctionne en polyculture et retisse du lien social&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Radicalit&#233; paysanne &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette tentative de r&#233;enchantement de la condition paysanne, l'&#233;leveur Xavier Noulhianne semble avoir r&#233;pondu par anticipation dans un excellent livre, paru en 2016, &lt;i&gt;Le M&#233;nage des champs&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Xavier Noulhianne, Le M&#233;nage des champs &#8211; Chronique d'un &#233;leveur au XXIe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#171; &lt;i&gt;&#192; contre-courant du vent positiviste qu'il semble aujourd'hui obligatoire de suivre, il nous faut reconna&#238;tre au moins qu'aucune tentative de reconstruction ne pourra exister en faisant l'&#233;conomie d'une prise de conscience froide de l'&#233;tat de d&#233;possession qui est le n&#244;tre et celui de tous ceux qui partagent un m&#234;me avenir dans cette soci&#233;t&#233; bureaucratique.&lt;/i&gt; &#187; Sa critique implacable de l'industrialisation de la vie est r&#233;jouissante par sa radicalit&#233; sans faille. Rien ne r&#233;chappe du jeu de massacre. Ni l'industrialisation de l'agriculture, dont &#171; &lt;i&gt;l'id&#233;e n'est pas de transformer les agriculteurs en &#8220; unit&#233;s &#224; fort taux de rentabilit&#233; &#8221;, &lt;/i&gt; [mais] &lt;i&gt;de faire en sorte que les exploitations agricoles soient des unit&#233;s assez solides pour soutenir l'activit&#233; &#233;conomique de l'industrie manufacturi&#232;re, chimique et agroalimentaire, dont elles constituent en quelque sorte le socle&lt;/i&gt; &#187;. Ni le syndicalisme &#171; &lt;i&gt;sauce Conf&#233;d&#233;ration paysanne&lt;/i&gt; &#187; qui, pour rester en position de n&#233;gocier, refuse le conflit. Ni les bios qui jouent le jeu de la marchandise. Ni le malentendu sur lequel &#171; &lt;i&gt;reposent les relations entre producteurs et consommateurs au sein des Amap, qui font croire &#224; des citadins ayant adopt&#233; avec plaisir un mode de vie moderne qu'ils pourraient profiter d'une nourriture dont le mode de production n'aurait pas subi les d&#233;voiements de l'industrialisation&lt;/i&gt; &#187;. Ni enfin ceux qui &#171; &lt;i&gt; revendiquent le refus de l'obligation de pu&#231;age &#233;lectronique de leur troupeau, pour rendre possible un &#233;tat d'exception dans lequel ils pourraient continuer leur petite vie tranquille, croient-ils. Sans refuser l'administration qui, depuis soixante ans, a pour objet de fabriquer ces mesures&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2539 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH335/-804-fc31b.jpg?1782641206' width='500' height='335' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Une illustration d'Eug&#232;ne Riousse
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'auteur lui-m&#234;me n'en sort pas indemne, lui qui n'a pas refus&#233; l'installation aid&#233;e, qui le &#171; &lt;i&gt;transforme en interm&#233;diaire de l'&#201;tat pour canaliser ses subventions vers l'industrie&lt;/i&gt; &#187;. Pas plus qu'il n'a r&#233;ussi &#224; contourner la certification bio, dont &#171; &lt;i&gt;l'organisme de certification devient le m&#233;diateur auquel on d&#233;l&#232;gue toute la confiance qui pr&#233;c&#233;demment d&#233;coulait de la connaissance intime de la provenance, par la proximit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Il para&#238;t se trouver dans le m&#234;me isolement qu'il d&#233;nonce, et commet l'erreur de d&#233;finir le paysan uniquement par son activit&#233; agricole. Dans le sens de la perte de l'autonomie et du savoir-faire, c'est vrai : le paysan a bel et bien disparu. Mais si on parle du paysan comme de celui qui appartient &#224; un pays, &#224; une communaut&#233; villageoise, alors on peut en saisir quelques vestiges, dont t&#233;moignent encore les &#233;lans de solidarit&#233; locale &#8211; quand un vigneron est malade, par exemple, d'autres vignerons s'occupent de la taille de ses vignes. Peut-&#234;tre pas suffisant pour b&#226;tir une r&#233;sistance, mais de quoi donner des id&#233;es pour reconstruire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mythe paysan&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec son livre &lt;i&gt;Le Paysan impossible&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yannick Ogor, Le Paysan impossible, &#201;ditions du bout de la ville, 2017.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, Yannick Ogor s'en prend quant &#224; lui au &#171; &lt;i&gt;mythe paysan&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Ce mythe est d'une puissance telle que, depuis un si&#232;cle, il a su se fondre dans chaque nouvelle &#233;poque, toujours en rupture avec la pr&#233;c&#233;dente. Pour accompagner les mutations d&#233;cisives de l'administration de l'alimentation de masse, le mythe d'une &#8220; paysannerie-forc&#233;ment-vertueuse &#8221; a su changer costumes et d&#233;cors chaque fois que n&#233;cessaire.&lt;/i&gt; &#187; Et l'auteur d'&#233;num&#233;rer les habits successifs qu'on a fait rev&#234;tir aux agriculteurs &#171; &lt;i&gt;Le mythe du paysan &#8220; &#233;ternel &#8221; des ann&#233;es 1930, port&#233; par les Chemises vertes, aura servi les int&#233;r&#234;ts de l'aristocratie et d'une bourgeoisie agraire naissante. Dans les ann&#233;es 1960, le mythe du paysan &#8220; moderniste &#8221;, garant de l'autonomie alimentaire de la France, port&#233; par les jeunes syndicalistes du CNJA&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Cercle national des jeunes agriculteurs est un syndicat agricole qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;sera utilis&#233; pour constituer une administration agricole au service des empires agro-alimentaires. Aujourd'hui, le mythe du paysan &#8220; &#233;cologiste &#8221; est une synth&#232;se des pr&#233;c&#233;dents, il agite les images d'&#201;pinal d'une agriculture d'antan et renouvelle la figure du progr&#232;s, cette fois-ci dans la grande aventure du &#8220;sauvetage de la plan&#232;te&#8221;. Port&#233; par la gauche paysanne, cette nouvelle version du mythe paysan accompagne d&#233;sormais les mutations de la politique agricole entam&#233;es en 1992, toujours au service des empires agro-alimentaires. La Conf&#233;d&#233;ration paysanne a &#233;t&#233; utilis&#233;e &#224; dessein. Elle en est morte.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, comment &#234;tre paysan malgr&#233; tout L'auteur, &#233;leveur de brebis en Bretagne, expose sa m&#233;thode personnelle faite de &#171; d&#233;brouille &#187; et d'organisation de l'invisibilit&#233; aupr&#232;s de l'administration. Et d'ajouter que &#171; &lt;i&gt;l'enjeu devrait donc consister &#224; construire des communaut&#233;s de confiance qui assumeraient collectivement l'ill&#233;galit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Mais il faut ici lever une ambigu&#239;t&#233; pour pouvoir entrer en relation de confiance, les hommes doivent d'abord produire ensemble, dans des lieux concrets, leurs moyens d'existence. C'est ce que faisaient les paysans dans leur village, c'est ce qu'il faut &#233;tendre &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. &#192; l'heure o&#249; un lieu d'exp&#233;rimentation comme la ZAD se trouve &#224; la crois&#233;e des chemins, ces deux parutions viennent opportun&#233;ment sanctionner la fin des &#171; &lt;i&gt;illusions paysannes&lt;/i&gt; &#187; et montrer la n&#233;cessit&#233; de construire des pratiques autonomes bas&#233;es sur de nouvelles relations sociales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Et disponible sur YouTube.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Xavier Noulhianne, &lt;i&gt;Le M&#233;nage des champs &#8211; Chronique d'un &#233;leveur au XXIe si&#232;cle&lt;/i&gt;, &#201;ditions du bout de la ville, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Yannick Ogor, &lt;i&gt;Le Paysan impossible&lt;/i&gt;, &#201;ditions du bout de la ville, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le Cercle national des jeunes agriculteurs est un syndicat agricole qui &#339;uvre pour l'aide &#224; l'installation des jeunes agriculteurs. Il est critiqu&#233; pour sa proximit&#233; avec la FNSEA, qui promeut une agriculture intensive et productiviste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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