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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>Tous les chemins m&#232;nent &#224; Camelot</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Excalibur, la Table ronde, Merlin l'enchanteur, Lancelot, les chevaliers qui disent &#171; ni &#187;, la f&#233;e Morgane, etc. (chercher l'intrus) : la geste du roi Arthur fait partie des mythes contemporains les plus populaires. William Blanc, m&#233;di&#233;viste, lui a consacr&#233; un livre aux &#233;ditions Libertalia. Entretien. Apr&#232;s Charles Martel et la bataille de Poitiers (&#233;ditions Libertalia, 2015), co-&#233;crit avec Christophe Naudin, tu t'es attaqu&#233; au Roi Arthur, un mythe contemporain. Quel est l'enjeu de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no151-fevrier-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;151 (f&#233;vrier 2017)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Excalibur, la Table ronde, Merlin l'enchanteur, Lancelot, les chevaliers qui disent &#171; &lt;i&gt;ni&lt;/i&gt; &#187;, la f&#233;e Morgane, etc. (chercher l'intrus) : la geste du roi Arthur fait partie des mythes contemporains les plus populaires. William Blanc, m&#233;di&#233;viste, lui a consacr&#233; un livre aux &#233;ditions Libertalia. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3091 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/-1318-384dc.jpg?1782835965' width='500' height='353' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferri
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s &lt;i&gt;Charles Martel et la bataille de Poitiers&lt;/i&gt; (&#233;ditions Libertalia, 2015), co-&#233;crit avec Christophe Naudin, tu t'es attaqu&#233; au &lt;i&gt;Roi Arthur, un mythe contemporain&lt;/i&gt;. Quel est l'enjeu de l'histoire critique et culturelle des mythes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout d'abord, comprendre que les mythes sont des constructions plastiques et que chacun peut y mettre le sens qu'il veut. C'est d'autant plus le cas avec les r&#233;cits arthuriens et leur grande palette de personnages. En fait, le processus a commenc&#233; d&#232;s le Moyen &#194;ge, au IX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, lorsque la l&#233;gende se cr&#233;e dans les cours galloises, le roi Arthur est un des nombreux h&#233;ros servant &#224; se mobiliser contre les royaumes saxons voisins. Puis, au XII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, avec Geoffroi de Monmouth et Chr&#233;tien de Troyes, le mythe se christianise alors que l'&#201;glise s'affirme comme le groupe social dominant en Occident, au d&#233;triment de la chevalerie. C'est &#224; ce moment-l&#224; qu'est invent&#233;e la Table ronde, allusion limpide au dernier souper de J&#233;sus, mais aussi le Graal alors que les textes commencent &#224; &#234;tre r&#233;dig&#233;s dans les langues vernaculaires &#8211; c'est-&#224;-dire autres que le latin &#8211; afin de pouvoir &#234;tre lus et entendus par un public plus large (mais toujours noble). Ce mouvement culmine avec la r&#233;daction, au d&#233;but des ann&#233;es 1470, de la compilation de Thomas Malory, &lt;i&gt;Le Morte Darthur,&lt;/i&gt; encore lue aujourd'hui dans les pays anglo-saxons. Il ne faut pas croire pour autant que le mythe est monolithique au Moyen Age. On trouve des versions qui varient en fonction des origines g&#233;ographiques ou sociales. Il y a ainsi un texte arthurien en h&#233;breu produit au XIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle (dans lequel Arthur est d&#233;christianis&#233;), mais aussi des versions &#233;cossaises o&#249; Arthur est d&#233;peint comme un usurpateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, les interpr&#233;tations des mythes sont en perp&#233;tuels changements et il n'y a pas une origine &#171; chimiquement pure &#187; de la l&#233;gende de Camelot &#8211; tout comme il n'y a pas une origine &#171; pure &#187; des nations ou des id&#233;es politiques &#8211; qui se trouverait dans des &#171; racines celtiques &#187; largement r&#233;invent&#233;es au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Un autre int&#233;r&#234;t de l'histoire des l&#233;gendes arthuriennes r&#233;side dans ses moyens de diffusion. Les r&#233;cits arthuriens, y compris leurs versions les plus politiques, se propagent aujourd'hui par la culture populaire (cin&#233;ma, musique, BD, jeux vid&#233;os), ce qui revient &#224; dire que celle-ci, loin d'&#234;tre un &#171; sous-produit &#187; &#224; n&#233;gliger, doit &#234;tre au contraire &#234;tre &#233;tudi&#233;e, ne serait-ce que dans un souci d'autod&#233;fense intellectuelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les usages politiques du mythe arthurien ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a des usages classiques, attendus, de la figure de personnages li&#233;s &#224; un imaginaire m&#233;di&#233;valiste. Ainsi, en Angleterre, au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les chevaliers de la Table ronde servent de mod&#232;le &#224; l'aristocratie, notamment dans les po&#232;mes d'Alfred Tennyson. Le gentleman victorien s'imagine &#234;tre un nouveau chevalier et, lorsqu'il part combattre dans les colonies, il n'est pas rare qu'il pense reproduire la geste des guerriers arthuriens allant &#233;vang&#233;liser des terres barbares. L'un des principaux cercles imp&#233;rialistes anglais fond&#233;s en 1909 &#8211; qui existe toujours, sous la forme d'un &lt;i&gt;think tank&lt;/i&gt; consacr&#233; aux relations internationales &#8211; se nomme ainsi &#171; la Table ronde &#187;. Pareillement, lorsqu'il se rend en mission aupr&#232;s des tribus b&#233;douines en 1916, Lawrence d'Arabie emporte avec lui &lt;i&gt;Le Morte Darthur&lt;/i&gt; de Malory.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;alisation de soi va de pair avec une id&#233;alisation de la guerre, per&#231;ue comme un nouveau tournoi chevaleresque. Beaucoup de jeunes Britanniques partiront en 1914 la fleur au fusil, pensant revivre dans leurs combats les exploits de Lancelot. Inutile de dire que la r&#233;alit&#233; cruelle des combats des tranch&#233;es a sonn&#233; le glas de cette imagerie. La g&#233;n&#233;ration survivant &#224; l'horreur de la Grande Guerre imagine donc une l&#233;gende arthurienne tout autre, en rejetant l'id&#233;e chevaleresque, comme J.R.R. Tolkien, dont les h&#233;ros, les Hobbits, sont de v&#233;ritables antiguerriers. D'autres mettent l'accent sur l'imagerie du chevalier bless&#233; dans un monde moderne trop brutal et cherchant &#224; se soigner en buvant l'eau du Graal, comme T.S. Eliot dans son long po&#232;me &lt;i&gt;La Terre Gaste&lt;/i&gt; (1922).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; victorienne, fonci&#232;rement misogyne, produit un mythe arthurien dans lequel les femmes sont accus&#233;es de tous les maux. Tennyson explique la destruction de Camelot &#224; cause de l'infid&#233;lit&#233; de Gueni&#232;vre avec Lancelot, ou de la lubricit&#233; de Viviane, s&#233;duisant Merlin et provoquant sa chute. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et les usages plus inattendus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On pourrait penser que le Moyen Age sert d'&#233;poque de r&#233;f&#233;rence aux seuls courants r&#233;actionnaires. En fait, la gauche, et m&#234;me l'extr&#234;me gauche, ont elles aussi r&#234;v&#233; de leur Moyen Age, dans lequel le mythe de Camelot, notamment outre-Atlantique, occupe une place non n&#233;gligeable, avec des personnages comme Robin des Bois ou Jeanne d'Arc. Le roi Arthur est ainsi vu aux &#201;tats-Unis &#224; partir des ann&#233;es 1960 comme un jeune souverain &#224; la fois pacifiste, luttant contre la violence des barons m&#233;di&#233;vaux, mais aussi d&#233;mocratique, promouvant une Table ronde o&#249; n'importe qui pourrait s'asseoir, y compris les gens de condition modeste. Cette image transpara&#238;t d'abord dans la s&#233;rie de romans &lt;i&gt;The Once and Future King&lt;/i&gt; de T.H. White. Elle a &#233;t&#233; popularis&#233;e par la com&#233;die musicale produite &#224; Broadway, &lt;i&gt;Camelot&lt;/i&gt; (1960), puis par le dessin anim&#233; de Disney &lt;i&gt;Merlin l'enchanteur&lt;/i&gt; (1963). On a alors fait le lien entre le jeune roi Arthur avec le pr&#233;sident am&#233;ricain d'alors, John F. Kennedy, et ce d'autant plus facilement que sa veuve, une semaine apr&#232;s l'assassinat de son &#233;poux, compare explicitement ses ann&#233;es &#224; la Maison-Blanche au &lt;i&gt;&#171; bref instant de lumi&#232;re &#187;&lt;/i&gt; qu'a &#233;t&#233; le r&#232;gne du souverain de la Table ronde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, dans la gauche am&#233;ricaine, Camelot est devenu l'image d'un id&#233;al perdu de la vague progressiste portant la lutte pour les droits civiques. Cette id&#233;e transpara&#238;t nettement dans la culture populaire, notamment dans les comics de superh&#233;ros avec par exemple les X-Men dans lequel les mutants en lutte pour leur libert&#233; &#8211; &#224; l'instar des Afro-Am&#233;ricains durant les ann&#233;es 1960 &#8211; sont r&#233;guli&#232;rement compar&#233;s &#224; des chevaliers arthuriens. D'ailleurs, il n'est pas rare de voir aujourd'hui des &#171; Tables rondes &#187; projet&#233;es &#224; l'&#233;poque contemporaine ou dans le futur incluant soit des chevaliers extra-europ&#233;ens, soit des femmes guerri&#232;res, comme c'est le cas dans le &lt;i&gt;comic-book&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Camelot 3000 &lt;/i&gt;(1982-1985). C'est une invention compl&#232;te de la fin du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, qui correspond &#224; l'&#233;volution des m&#339;urs en Occident et aussi un moyen de promouvoir l'&#233;galit&#233; dans la soci&#233;t&#233;. Apr&#232;s tout, si la Table ronde est ouverte &#224; tous, si chacun tient une place &#233;gale &#224; celle de tous ses voisins, pourquoi est-ce qu'une femme afro-am&#233;ricaine n'aurait-elle pas le droit de s'y installer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mythe arthurien a aussi servi de critique &#233;cologique de la modernit&#233;, notamment &#224; travers des figures comme la f&#233;e Morgane ou Merlin, vues comme des personnages qui tentent de sauvegarder des traditions celtiques (comprendre, la Nature) face au christianisme (donc, le monde moderne, industriel et technoscientifique). Cette imagerie a &#233;t&#233; largement diffus&#233;e par la contre-culture des ann&#233;es 1960, dans un m&#233;lange parfois tr&#232;s &#233;tonnant de prose f&#233;ministe, de religion n&#233;o-pa&#239;enne, mais aussi de militantisme &#233;cologiste radical. Aujourd'hui, cette rh&#233;torique rime parfois avec qu&#234;te de racines fantasm&#233;es et donc, de repli identitaire. Encore une fois, chaque &#233;poque produit des mythes qui font &#233;cho &#224; ses angoisses les plus sombres, mais aussi parfois, &#224; ses espoirs les plus lumineux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;William Blanc, &lt;i&gt;Le roi Arthur &#8211; un mythe contemporain,&lt;/i&gt; Libertalia, 2016.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Litt&#233;rature : Twain, le Yankee et Camelot</title>
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&lt;p&gt;Fin XIXe si&#232;cle, Mark Twain publie Un Yankee du Connecticut &#224; la cour du roi Arthur. A travers un voyage dans les temps de la l&#233;gende arthurienne, le c&#233;l&#232;bre conteur am&#233;ricain saisit l'occasion de moquer les poss&#233;dants de son &#233;poque. L'histoire de Un Yankee du Connecticut &#224; la cour du roi Arthur, &#233;crit par Mark Twain en 1889, peut se r&#233;sumer simplement : un am&#233;ricain, Hank Morgan, d&#233;barque on ne sait trop comment &#224; Camelot, en plein Moyen &#194;ge mythique. L&#224;, il se pla&#238;t &#224; ridiculiser les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no133-juin-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;133 (juin 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Roi-Arthur" rel="tag"&gt;Roi Arthur&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fin XIXe si&#232;cle, Mark Twain publie &lt;i&gt;Un Yankee du Connecticut &#224; la cour du roi Arthur&lt;/i&gt;. A travers un voyage dans les temps de la l&#233;gende arthurienne, le c&#233;l&#232;bre conteur am&#233;ricain saisit l'occasion de moquer les poss&#233;dants de son &#233;poque.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'histoire de &lt;i&gt;Un Yankee du Connecticut &#224; la cour du roi Arthur&lt;/i&gt;, &#233;crit par Mark Twain en 1889, peut se r&#233;sumer simplement : un am&#233;ricain, Hank Morgan, d&#233;barque on ne sait trop comment &#224; Camelot, en plein Moyen &#194;ge mythique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1554 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH524/p13-yankee_dan_beard-075dd.jpg?1782654487' width='400' height='524' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Dan Beard pour l'&#233;dition am&#233;ricaine de 1889 du Connecticut Yankee.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, il se pla&#238;t &#224; ridiculiser les chevaliers de la Table ronde en les transformant en homme sandwich publicitaire. Le texte, plein d'humour, est savoureux, comme le montre la r&#233;cente traduction propos&#233;e par l'&#233;diteur L'&#338;il d'Or. Mais, comme souvent chez Twain, l'humour potache sert un propos politique. En effet, en se moquant des guerriers f&#233;odaux, l'auteur des&lt;i&gt; Aventures de Huckleberry Finn&lt;/i&gt; (1885) parodie en fait l'Angleterre victorienne, notamment son aristocratie qui prend pour mod&#232;le, depuis l'&#233;dition des &lt;i&gt;Idylles du roi&lt;/i&gt; &#233;crit par le po&#232;te Alfred Tennyson, une version id&#233;alis&#233;e de la chevalerie arthurienne. Twain r&#232;gle aussi ses comptes avec la noblesse sudiste qui, jusqu'aux pires ann&#233;es de la guerre de S&#233;cession (1861-1865), s'est elle aussi plu &#224; s'imaginer, berc&#233;e notamment par la lecture du roman &lt;i&gt;Ivanho&#233;&lt;/i&gt; (1819) de Walter Scott, comme une nouvelle chevalerie devant r&#233;sister &#224; la populace d&#233;mocratique venue du nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le roman de Twain, et c'est toute sa richesse, est aussi l'occasion d'une tr&#232;s verte critique de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine contemporaine, alors en plein boom &#233;conomique. En effet, Hank Morgan, triomphant des chevaliers, loin d'apporter la d&#233;mocratie &#224; la cour d'Arthur, se contente de transformer le pays en une gigantesque usine. La r&#233;volte des chevaliers qui finit par &#233;clater entra&#238;ne le massacre de milliers d'entre eux &#224; la mitrailleuse, sort qui renvoie aux Am&#233;rindiens&#8200;&#8211;&#8200;Twain fait explicitement la comparaison&#8200;&#8211;&#8200;dont les derni&#232;res poches de r&#233;sistance sont au m&#234;me moment &#233;cras&#233;es &#224; l'arme automatique. Le nom m&#234;me de Morgan renvoie &#224; celui de J.&#8200;P.&#8200;Morgan, un des grands banquiers am&#233;ricains repr&#233;sentatifs du Gilded Age (&#171; &#226;ge de la dorure &#187;), expression invent&#233;e par Twain qui d&#233;crit une &#232;re o&#249; les richesses apparentes d'une petite minorit&#233; cachent la mis&#232;re de l'immense majorit&#233; de la population. L'illustrateur de la premi&#232;re &#233;dition du &lt;i&gt;Yankee du Connecticut&lt;/i&gt;, Dan Beard, prend d'ailleurs un malin plaisir &#224; repr&#233;senter un marchand d'esclaves du temps du roi Arthur sous les traits de Jay Gould, un des grands sp&#233;culateurs du rail, figure embl&#233;matique de la caste des &lt;i&gt;robber barons&lt;/i&gt; (&#171; les barons voleurs &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, le roman de Twain sonne comme un avertissement. L'utopie am&#233;ricaine, qui &#233;tait cens&#233;e lib&#233;rer les peuples de l'oppression monarchique anglaise, est en train de devenir un nouveau f&#233;odalisme o&#249; les &#171; barons &#187; de l'industrie ont remplac&#233; ceux de l'aristocratie traditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un Yankee du Connecticut &#224; la cour du roi Arthur&lt;/i&gt; est devenu un des grands classiques de la litt&#233;rature arthurienne et a suscit&#233; de tr&#232;s nombreuses adaptations dans la culture de masse, notamment au cin&#233;ma. N&#233;anmoins, dans l'immense majorit&#233; de ces versions, la charge critique de Twain contre la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine dispara&#238;t. L'histoire se r&#233;sume alors aux exploits d'un h&#233;ros venu apporter, gr&#226;ce &#224; la technologie, les lumi&#232;res du progr&#232;s &#233;tatsunien dans les &#171; &#226;ges sombres &#187; m&#233;di&#233;vaux. En 1946, au rayon comics, Batman vient pr&#234;ter main forte au roi Arthur contre le tra&#238;tre Mordred : la parabole incarne l'Am&#233;rique venue aider l'Angleterre contre les nazis. Dans le film de 1949, &lt;i&gt;Un Yankee &#224; la cour du roi Arthur&lt;/i&gt;, le crooner Bing Crosby fait swinguer la cour du roi Arthur en chantant un titre jazzy, &#224; l'instar des &#201;tats-Unis exportant leurs produits culturels dans une Europe en ruine via le plan Marshall.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ph&#233;nom&#232;nes viennent secouer cette longue s&#233;rie d'adaptations, qui se poursuit par exemple avec &lt;i&gt;Evil Dead&#8200;3&lt;/i&gt; (1992) de Sam Raimi&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au cours de ce troisi&#232;me volet, le h&#233;ros remonte le temps jusqu'en 1300, une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Tout d'abord, &#224; partir de 1979, les versions s'infantilisent et le Yankee prend souvent l'apparence d'un enfant. Ces versions, ce n'est pas un hasard, sont parfois produites par les studios Disney qui ont fait du Moyen &#194;ge un de leurs produits d'appel&#8200;&#8211; les ch&#226;teaux de Blanche Neige et de Cendrillon sont devenus des attractions majeures des parcs Disney depuis les ann&#233;es 1950 et la base du logo de la multinationale. La charge critique de Twain contre l'aristocratie et ses privil&#232;ges fait place &#224; une image f&#233;&#233;rique du Moyen &#194;ge plus vendeuse. Le temps des chevaliers n'est plus qu'un espace d'aventures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de la fin des ann&#233;es 1980 cependant, certains longs m&#233;trages, en mettant en sc&#232;ne des Africains-Am&#233;ricains dans le r&#244;le du Yankee, auraient pu amener un peu de fra&#238;cheur. Certes ni aussi bons (et de loin) ni aussi caustiques que le roman de 1889, des films comme &lt;i&gt;Le Chevalier black&lt;/i&gt; (2001) de Gil Junger n'en sont pas moins l'occasion d'une critique de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine contemporaine. La situation des habitants du ghetto y est ainsi compar&#233;e avec humour avec celle des serfs du Moyen &#194;ge. Mais format&#233;s pour un public familial, ces films gomment tout propos critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, il faut traverser un oc&#233;an pour trouver l'une des rares versions fid&#232;les au texte originel du &lt;i&gt;Yankee &#224; la cour du roi Arthur&lt;/i&gt;, en Union sovi&#233;tique pr&#233;cis&#233;ment o&#249; les &#339;uvres de Twain ont &#233;t&#233; immens&#233;ment populaires. En 1964, dans leur roman de science-fiction &lt;i&gt;Il est difficile d'&#234;tre un dieu&lt;/i&gt;, Arcadi et Boris Strougatski d&#233;crivent le dilemme de Don Rumata, terrien en mission sur une plan&#232;te vivant encore dans un &#233;tat f&#233;odal qui menace de tomber sous la coupe d'un groupe de fanatiques. Que faire ? Rien, ou bien intervenir ? Le h&#233;ros, usant de son avance technologique, se d&#233;cide pour la seconde option, avec des cons&#233;quences dramatiques. Pas plus qu'Hank Morgan, le socialiste du futur&#8200;&#8211;&#8200;car il s'agit bien de critiquer la pr&#233;tention sovi&#233;tique d'amener de mani&#232;re brutale des soci&#233;t&#233;s vues comme arri&#233;r&#233;es vers la modernit&#233;&#8200;&#8211;&#8200;n'est mieux arm&#233; pour communiquer avec l'autre. Si le livre de Twain conna&#238;t une adaptation sovi&#233;tique en 1988&#8200;&#8211; une des rares &#224; &#234;tre &#224; peu pr&#232;s fid&#232;le au texte et qui permet, au passage, de se moquer des Am&#233;ricains&#8200;&#8211;&#8200;c'est le livre des fr&#232;res Strougatski qui va susciter deux adaptations. La derni&#232;re, sortie en salle en 2013 et r&#233;alis&#233;e par Alexe&#239; Guerman, ne laisse, &#224; l'image du Yankee &#224; la cour du roi Arthur, aucun doute. Entre le f&#233;odalisme sombre et superstitieux et la modernit&#233; destructrice et m&#233;canis&#233;e, l'alternative est ailleurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Au cours de ce troisi&#232;me volet, le h&#233;ros remonte le temps jusqu'en 1300, une tron&#231;onneuse en guise de main et un fusil &#224; canon sci&#233; dans l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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