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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Leurs corps, leurs choix</title>
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		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#171; Un enfant, si je veux, quand je veux &#187;, scandaient les f&#233;ministes des ann&#233;es 1970, mettant au centre du combat la libert&#233; de disposer de son corps. C'est dans cet h&#233;ritage que s'inscrit l'excellent documentaire Si je veux, quand je veux. Une dizaine de femmes y t&#233;moignent de leur parcours d'IVG. En couple ou c&#233;libataire, avec ou sans contraception, Sarah, Sigrid, Elsa ou encore Lola ont connu un avortement, comme une femme sur trois en France. Elles en t&#233;moignent, face cam&#233;ra, dans des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Un enfant, si je veux, quand je veux&lt;/i&gt; &#187;, scandaient les f&#233;ministes des ann&#233;es 1970, mettant au centre du combat la libert&#233; de disposer de son corps. C'est dans cet h&#233;ritage que s'inscrit l'excellent documentaire &lt;i&gt;Si je veux, quand je veux&lt;/i&gt;. Une dizaine de femmes y t&#233;moignent de leur parcours d'IVG.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3137 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH479/-1364-c6bb8.jpg?1779602897' width='400' height='479' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Pole Ka
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;n couple ou c&#233;libataire, avec ou sans contraception, Sarah, Sigrid, Elsa ou encore Lola ont connu un avortement, comme une femme sur trois en France. Elles en t&#233;moignent, face cam&#233;ra, dans des squares, des jardins. Un cadre rassurant, agr&#233;able, mais surtout public. Car &#224; travers ce film, il s'agit bien de lib&#233;rer une parole trop souvent honteuse et caricatur&#233;e : l'avortement est encore consid&#233;r&#233; comme une abomination, qui g&#233;n&#232;re un traumatisme irr&#233;m&#233;diable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre concr&#232;tement comment se passe un avortement, y compris techniquement, dire les douleurs et les questionnements qu'il peut engendrer : voil&#224; l'enjeu des 72 minutes de &lt;i&gt;Si je veux, quand je veux&lt;/i&gt;, documentaire de Susana Arbizu, Nicolas Drouet, Henri Belin et Micka&#235;l Foucault (sorti en salles au mois de mars). Un film qui permet de sortir des fantasmes et de les confronter &#224; la r&#233;alit&#233; pour d&#233;fendre ce droit qui pourrait, un jour, ne plus en &#234;tre un.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le test est positif&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sans jamais taire les doutes, la violence d'un avortement surm&#233;dicalis&#233;, la culpabilit&#233; ou la douleur physique li&#233;es &#224; une IVG, ces femmes t&#233;moignent sans regret et assument leur d&#233;cision : ces grossesses &#233;taient accidentelles, le choix d'avorter &#233;tait clair. Certaines n'&#233;taient simplement pas pr&#234;tes &#224; avoir un enfant : &#171; &lt;i&gt;J'&#233;tais jeune et pas pr&#234;te du tout &#224; bouleverser ma vie. J'ai d&#233;cid&#233; d'avorter toute seule, alors que j'&#233;tais en couple. Personne ne peut m'imposer une telle d&#233;cision&lt;/i&gt; &#187;, explique une de ces femmes. Une autre est tomb&#233;e enceinte malgr&#233; son st&#233;rilet, d'autres encore ont avort&#233; plusieurs fois. L'une est si fertile que le moindre &#233;cart signifiait une f&#233;condation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me quand la grossesse n'est pas d&#233;sir&#233;e, la d&#233;cision d'avorter peut rester difficile &#224; prendre, surtout quand le corps m&#233;dical rajoute une couche de culpabilit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Ma gyn&#233;cologue tentait de me faire reculer par rapport &#224; mon choix d'avorter, &lt;/i&gt;se souvient l'une des t&#233;moins.&lt;i&gt; Je me suis alors tourn&#233;e vers le Planning familial.&lt;/i&gt; &#187; Il y a aussi la pression sociale : &#171; &lt;i&gt;Je me disais que j'avais merd&#233; et certaines de mes copines me conseillaient de ne pas avorter parce qu'&#224; mon &#226;ge, &#231;a ne se reproduirait peut-&#234;tre plus. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui ressort surtout, c'est le manque d'information : &#171; &lt;i&gt;On m'a donn&#233; un rendez-vous apr&#232;s la date limite pour avorter,&lt;/i&gt; explique une autre intervenante. &lt;i&gt;J'avais pris deux semaines pour r&#233;fl&#233;chir et on ne m'avait absolument pas pr&#233;venue que les d&#233;lais &#233;taient si serr&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Lorsqu'on d&#233;sire interrompre sa grossesse, comprendre la marche &#224; suivre n'est pas si ais&#233;. Elsa raconte qu'on ne lui a m&#234;me pas expliqu&#233; qu'il existait diff&#233;rentes techniques pour avorter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus en plus de centres d'IVG ferment, si bien qu'il faut parfois attendre plusieurs semaines pour un rendez-vous &#224; l'h&#244;pital &#8211; d&#233;lai interminable lorsqu'on ne veut clairement pas d'une grossesse. De m&#234;me, les Plannings familiaux sont trop peu nombreux et cantonn&#233;s aux grandes villes. Bref, avorter, m&#234;me quand la d&#233;cision est prise et assum&#233;e, est souvent un parcours du combattant.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mettre des mots&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avorter, c'est d'abord rentrer dans un univers m&#233;dicalis&#233;, o&#249; le discours des professionnels peut se r&#233;v&#233;ler extr&#234;mement maladroit. Lors de son &#233;chographie, le m&#233;decin de Lola lui a balanc&#233; : &#171; &lt;i&gt;Dites donc, c'est un beau d&#233;but de grossesse. &#187;&lt;/i&gt; Il savait pertinemment qu'elle &#233;tait l&#224; pour avorter...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt;, une femme t&#233;moigne de l'accueil bienveillant d'un m&#233;decin parisien : &#171; &lt;i&gt;Il m'a expliqu&#233; en d&#233;tail la proc&#233;dure. Comme j'avais un st&#233;rilet, je ne pouvais pas prendre les m&#233;dicaments, je devais passer par l'aspiration. &#187;&lt;/i&gt; On lui a laiss&#233; le choix de l'anesth&#233;sie, locale ou g&#233;n&#233;rale : &#171; &lt;i&gt;En local, on anesth&#233;sie le col avec quatre piq&#251;res, et on aspire l'embryon. L'ut&#233;rus a alors le r&#233;flexe de se contracter. C'est &#224; ce moment-l&#224; qu'on ressent une forte contraction.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mots clairs, nets et pr&#233;cis qui permettent de comprendre ce qui va se passer ; c'est aussi ce qui a rassur&#233; cette autre femme lors de son avortement m&#233;dicamenteux : &#171; &lt;i&gt;Le m&#233;decin a choisi des mots neutres pour m'expliquer la proc&#233;dure. &#199;a m'a fait du bien : la premi&#232;re pilule sera pour stopper la nutrition, la deuxi&#232;me sera celle v&#233;ritablement abortive. Il m'a ensuite parl&#233; de la douleur, sans la nier, la comparant &#224; des r&#232;gles tr&#232;s douloureuses. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le corps m&#233;dical peut aussi commettre de lourdes fautes. Une des intervenantes se rappelle son op&#233;ration en anesth&#233;sie locale : &#171; &lt;i&gt;Mon avortement se passe plut&#244;t bien. Mais au bout de quelques jours, j'ai l'impression qu'il y a quelque chose qui ne s'est pas pass&#233;. Je refais une &#233;chographie &#224; mes frais. Effectivement, il en restait... J'ai d&#251; subir un second avortement deux semaines apr&#232;s le premier.&lt;/i&gt; &#187; Lola, elle, relate son s&#233;jour &#224; l'h&#244;pital : &#171; &lt;i&gt;Je prends les cachets et on me donne une couche pour r&#233;ceptionner &#8220;l'&#339;uf&#8221;, comme ils ont dit. Au bout de deux heures, je commence &#224; me sentir tr&#232;s mal et je comprends que &#231;a va &#234;tre beaucoup plus sale que ce qu'on m'a expliqu&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Elle raconte avoir perdu beaucoup de sang, puis poursuit : &#171; &lt;i&gt;En r&#233;alit&#233;, on expulse pas mal de muqueuse. Le petit nid qui s'est form&#233; est beaucoup plus cons&#233;quent que ce que j'imaginais. C'est de la chair, c'est pas romantique. Il faut le dire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IVG peut &#234;tre v&#233;cue de mille mani&#232;res. Apr&#232;s coup, Sarah a ressenti un profond soulagement. D'autres ont ressenti ce moment comme une simple op&#233;ration. Mais un avortement, m&#234;me bien encaiss&#233;, reste &#233;prouvant : &#171; &lt;i&gt;J'avais pas envie de rentrer chez moi. J'ai err&#233; dans un Bricorama pendant une heure... &#187;&lt;/i&gt;, se souvient une intervenante. Pour Lola, le contrecoup a &#233;t&#233; plus tardif : &#171; &lt;i&gt;Le mois d'apr&#232;s, &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;j'arr&#234;tais pas de pleurer. Il se passait quelque chose d'absurde dans mon corps. Je n'arrivais m&#234;me plus &#224; me doucher.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Chasser la honte&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers les t&#233;moignages de ces femmes, ce documentaire d&#233;mystifie l'avortement &#8211; parce qu'il en parle. Simplement et intimement. Avec des d&#233;tails, du tangible, du concret. De quoi chasser le sentiment de honte qui accompagne encore l'IVG : &#171; &lt;i&gt;C'est pas quelque chose qu'on peut assumer, alors que &#231;a concerne les trois quarts des filles,&lt;/i&gt; remarque Sarah. &lt;i&gt;Au boulot, une coll&#232;gue pr&#233;f&#233;rera dire, si elle est souffrante, qu'elle a des r&#232;gles douloureuses, plut&#244;t que de dire qu'elle vient de se faire avorter.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une des s&#233;quences d'archives qui ponctuent le documentaire, une militante f&#233;ministe rappelle que &#171; &lt;i&gt;l'IVG est bien souvent un d&#233;bat d'hommes&lt;/i&gt; &#187;, alors qu'il devrait &#234;tre port&#233; par les premi&#232;res concern&#233;es, celles qui le vivent dans leur chair. Ces voix de femmes, ces images des manifestations massives conduites par le Mouvement de lib&#233;ration des femmes (MLF) dans les ann&#233;es 1970 viennent aussi rappeler que l'avortement surm&#233;dicalis&#233; maintient les femmes dans une certaine ali&#233;nation. Pour certaines de ces militantes, la loi l&#233;galisant l'avortement a eu des effets pervers : &#171; &lt;i&gt;Je vois pas bien ce qu'on a gagn&#233; quand je vois cette femme en habit d'h&#244;pital, sur un fauteuil roulant, attendre, seule, de se faire avorter.&lt;/i&gt; &#187; En somme, il y a eu perte d'une certaine autonomie : &#171; &lt;i&gt;Il faut qu'on continue &#224; le pratiquer en dehors de l'h&#244;pital.&lt;/i&gt; &#187; Au moment de sa l&#233;galisation, l'IVG a &#233;t&#233; pens&#233;e comme une mesure de sant&#233; publique n&#233;cessaire face au nombre important de femmes qui d&#233;c&#233;daient des suites d'avortements clandestins. En contrepartie, les femmes ont d&#251; accepter la m&#233;dicalisation de l'acte. Si elle a sauv&#233; de nombreuses vies, la loi Veil a aussi mis un terme &#224; toute une dynamique de transmission d'un savoir m&#233;dical populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que le nerf de la guerre pour d&#233;fendre ce droit &#224; l'IVG, c'est bien de raconter, de poser des mots, d'informer. &lt;i&gt;Si je veux, quand je veux&lt;/i&gt; en est la parfaite illustration. &#171; &lt;i&gt;Ce droit, on risque de le perdre &#224; l'or&#233;e d'une crise sociale importante ou d'un repli sur des valeurs nationalistes, &lt;/i&gt;rappelle une des protagonistes. [...] &lt;i&gt;On doit le d&#233;fendre comme quelque chose qui peut &#234;tre v&#233;cu par n'importe quelle femme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile Kiefer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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