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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Rouen : &#171; Toxique mais pas trop &#187;</title>
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		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


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&lt;p&gt;Jean-Pierre Levaray est un habitu&#233; des pages de CQFD, qu'il a longtemps habit&#233;es de sa chronique &#171; Je vous &#233;cris de l'usine &#187;, consacr&#233;e &#224; son turbin dans une raffinerie rouennaise class&#233;e Seveso . Autant dire que fin septembre, il a v&#233;cu la catastrophe Lubrizol de pr&#232;s. Voici son r&#233;cit, r&#233;dig&#233; &#224; quelques encablures du site parti en fum&#233;e. Le 26 septembre, il fait encore nuit quand le t&#233;l&#233;phone me fait bondir hors du lit. C'est mon fils, qui m'apprend que l'usine Lubrizol est en flamme. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no181-novembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;181 (novembre 2019)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jean-Pierre Levaray est un habitu&#233; des pages de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, qu'il a longtemps habit&#233;es de sa chronique &#171; &lt;i&gt;Je vous &#233;cris de l'usine &#187;&lt;/i&gt;, consacr&#233;e &#224; son turbin dans une raffinerie rouennaise class&#233;e Seveso&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il en est sorti un ouvrage, fort recommand&#233;, publi&#233; par Libertalia en 2016 : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Autant dire que fin septembre, il a v&#233;cu la catastrophe Lubrizol de pr&#232;s. Voici son r&#233;cit, r&#233;dig&#233; &#224; quelques encablures du site parti en fum&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3135 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH368/-1362-1590f.jpg?1782673916' width='500' height='368' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par L. L. de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e 26 septembre, il fait encore nuit quand le t&#233;l&#233;phone me fait bondir hors du lit. C'est mon fils, qui m'apprend que l'usine Lubrizol est en flamme. Les routes sont coup&#233;es et il y a d&#233;j&#224; des bouchons : certains veulent fuir et d'autres aller bosser. Sortant de chez moi, je vois au nord une lueur rose-orang&#233;, comme un coucher de soleil retardataire. Un panache s'&#233;l&#232;ve dans la nuit noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que le jour se l&#232;ve, la fum&#233;e est de plus en plus visible, de plus en plus lourde, de plus en plus noire. On dirait le ciel d'un film catastrophe am&#233;ricain, si ce n'est que ce ne sont pas des effets sp&#233;ciaux et qu'il n'y a pas de soucoupes volantes mais des h&#233;licos de la protection civile. Tout de suite je pense &#224; la catastrophe d'AZF&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 21 septembre 2001, cette usine explosait &#224; Toulouse, faisant 31 morts.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;
.
Le vent pousse le nuage en direction de la rive droite de la Seine et du centre-ville, ainsi que vers le plateau nord de la r&#233;gion rouennaise. En dehors des abords de l'usine, la rive gauche (bourgades ouvri&#232;res o&#249; r&#233;sident celles et ceux qui bossent dans les usines Seveso de la r&#233;gion) est relativement pr&#233;serv&#233;e. &#171; &lt;i&gt;C'est les riches qui trinquent, pour une fois&lt;/i&gt; &#187;, disent certains. Pas si simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la vision est impressionnante : Rouen est une ville d&#233;serte et naus&#233;abonde, o&#249; ne circulent que quelques rares pi&#233;tons portant des masques chirurgicaux ou antipoussi&#232;re peu op&#233;rants.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Comme une mar&#233;e noire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le nuage est impressionnant &#8211; 22 kilom&#232;tres sur 6 &#8211; et tr&#232;s mobile. Il file vers le nord de la Normandie, puis atteint les Hauts-de-France, la Belgique et les Pays-Bas. De la suie tombe du ciel, &#171; &lt;i&gt;comme de l'huile de vidange&lt;/i&gt; &#187;, tandis qu'on trouve des morceaux d'amiante dans des jardins. Les parcs et les piscines municipales ext&#233;rieures sont noirs, tout comme des prairies enti&#232;res, des vergers, des vaches rest&#233;es en p&#226;ture. On dirait une mar&#233;e noire qui tombe du ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont plus de 5 000 tonnes de produits CMR (canc&#233;rog&#232;nes, mutag&#232;nes et reprotoxiques) qui br&#251;lent. On apprendra par la suite que les hangars de Normandie Logistique, eux aussi d&#233;truits par l'incendie, ont vu se consumer 4 000 tonnes de produits du m&#234;me tonneau appartenant &#224; Lubrizol et, dans une moindre mesure, &#224; Total. En tout, plus de 9 000 tonnes, l'&#233;quivalent de 400 camions-citernes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est conseill&#233; de ne pas manger les fruits et les l&#233;gumes du jardin &#171; &lt;i&gt;qui ne pourraient &#234;tre &#233;pluch&#233;s ou lav&#233;s de fa&#231;on approfondie&lt;/i&gt; &#187;. Les agriculteurs, eux, doivent &#233;viter de &#171; &lt;i&gt;r&#233;colter leurs productions en l'attente de pr&#233;cisions ult&#233;rieures&lt;/i&gt; &#187;. Il est recommand&#233; aux &#233;leveurs de rentrer leurs animaux et de s&#233;curiser leur abreuvement et leur alimentation, de fa&#231;on &#224; ce qu'ils &#171; &lt;i&gt;ne consomment pas d'aliments souill&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. Mais ce n'est pas toujours possible. Cons&#233;quence : des millions de litres de lait sont jet&#233;s directement sur le sol des prairies, dans les fosses &#224; lisier ou les cours d'eau&#8230; Les &#339;ufs et le miel collect&#233;s depuis le 26 septembre sont &#233;galement consign&#233;s. Quelque 3 000 agriculteurs sont impact&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les loup&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La gestion de crise par la pr&#233;fecture est particuli&#232;rement scandaleuse. On se demande &#224; quoi servaient tous ces PPRT (Plan de pr&#233;vention des risques technologiques), PPI (Plan particulier d'intervention), tous ces exercices de simulation dans les &#233;coles et administrations. On avait l'habitude d'entendre l'essai de sir&#232;ne d'alarme tous les premiers mercredis du mois, mais ce 26 septembre, elle n'est actionn&#233;e qu'&#224; 8 heures du matin, soit cinq heures apr&#232;s le d&#233;but de l'incendie... et seulement sur Rouen et Le-Petit-Quevilly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 250 pompiers qui interviennent sur le site n'ont pas de masques ad&#233;quats. Ils pataugent dans dix centim&#232;tres d'hydrocarbures. Beaucoup seront malades apr&#232;s cette intervention. Toutes proportions gard&#233;es, on ne peut s'emp&#234;cher de penser &#224; ceux qui sont intervenus &#224; Tchernobyl sans protection idoine. Seuls les flics qui font la circulation portent des masques adapt&#233;s. Quand la raffinerie Petroplus &#233;tait encore dans la r&#233;gion, il y avait du mat&#233;riel efficace pour lutter contre les feux d'hydrocarbures, mais il a disparu avec la raffinerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camp de gens du voyage, situ&#233; &#224; quelques centaines de m&#232;tres de Lubrizol, n'est m&#234;me pas &#233;vacu&#233;. Pis : on les emp&#234;che de partir avec leurs caravanes. Toute proche &#233;galement, la maison d'arr&#234;t Bonne-Nouvelle, directement sous le nuage, n'est pas confin&#233;e (un comble) et un grand nombre de prisonniers croient leur derni&#232;re heure venue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle catastrophe : on assiste au d&#233;fil&#233; des ministres, avec en t&#234;te de ligne Christophe Castaner (Int&#233;rieur), &#233;gal &#224; lui-m&#234;me, qui assurera qu' &#187; &lt;i&gt;il n'y a pas de dangerosit&#233; particuli&#232;re&lt;/i&gt; &#187;. Agn&#232;s Buzyn (Sant&#233;), elle, conc&#232;dera que Rouen est effectivement pollu&#233;e et le Premier ministre &#201;douard Philippe d&#233;clarera que l'incendie n'est pas reconnu officiellement comme &#171; &lt;i&gt;catastrophe technologique&lt;/i&gt; &#187;. Tous affirment qu'il y aura une &#171; transparence totale &#187;, mais tout le monde sait que c'est de l'enfumage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y a eu ni bless&#233; ni mort, plus de 250 personnes sont tout de m&#234;me pass&#233;es aux Urgences respiratoires et on ne sait pas ce qu'il en sera au cours des mois et des ann&#233;es &#224; venir, avec ces benz&#232;ne, dioxine, amiante et autres cochonneries pr&#233;sentes dans l'air.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Lubrizol coupable, l'&#201;tat complice &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lubrizol, on connaissait d&#233;j&#224; bien dans le coin. Surtout on la sentait, cette usine. Construite en 1954, elle appartient &#224; la holding Berkshire Hathaway, dont l'archimilliardaire Warren Buffet est l'un des principaux actionnaires. Lubrizol est leader sur le march&#233; des additifs pour lubrifiants et huiles de moteur. C'est aussi le premier exportateur normand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'ouverture de l'usine, de nombreux &#233;pisodes de pollution avaient d&#233;j&#224; eu lieu, notamment en 1975, en 1989 et en 2013, quand les odeurs pestilentielles ont &#233;t&#233; senties jusqu'&#224; Paris et m&#234;me sur les c&#244;tes anglaises. Pour ce dernier rejet, Lubrizol n'a &#233;cop&#233; que d'une amende de 4 000 &#8364;. &#192; ces trois &#171; incidents &#187; industriels, il faut ajouter tous les rejets nocturnes de mercaptan &#8211; cet adjuvant gazeux pr&#233;sent&#233; comme inoffensif sent un m&#233;lange d'&#339;uf pourri et de pisse de chat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tout le monde conna&#238;t Lubrizol dans le coin, pas facile de glaner des infos sur les conditions de travail. Il semble y avoir une clause de confidentialit&#233; ou une culture du secret. Les syndicats (CFDT, CFTC et CGC) n'apparaissent jamais &#224; l'ext&#233;rieur. Ils ne participent ni aux manifs ni &#224; la vie publique. Il est m&#234;me difficile de savoir combien de salari&#233;&#8226;es y travaillent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier dernier, Lubrizol a re&#231;u l'autorisation de construire un nouveau hangar de 1 600 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;, sans qu'aucune &#233;tude d'impact n'ait &#233;t&#233; diligent&#233;e par la pr&#233;fecture. Comme cadeau aux patrons et dans la lign&#233;e de ses pr&#233;d&#233;cesseurs, le gouvernement Macron a en effet supprim&#233; un certain nombre de proc&#233;dures pour &#171; &lt;i&gt;simplifier et acc&#233;l&#233;rer les installations industrielles&lt;/i&gt; &#187;, ce qui a r&#233;duit consid&#233;rablement les conditions de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre probl&#232;me gravissime : comme indiqu&#233; pr&#233;c&#233;demment, Lubrizol avait stock&#233; des milliers de tonnes de produits dangereux chez son voisin Normandie Logistique, transporteur&#8230; non soumis aux contraintes Seveso. Les industriels (ce n'est pas un scoop) peuvent donc faire ce qu'ils veulent.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je suie Rouen &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y en a douze autres dans les parages, mais Lubrizol est la derni&#232;re usine chimique class&#233;e Seveso seuil haut sur la commune de Rouen. La ville s'est agrandie, la zone industrielle s'est vid&#233;e. Un projet de gigantesque &#233;coquartier commence &#224; se r&#233;aliser. Juste au pied de l'usine, sur un sol bourr&#233; des r&#233;sidus de m&#233;taux lourds, d'huiles, charbons, etc. La m&#233;tropole compte faire venir 17 000 nouveaux habitants, plut&#244;t des cadres travaillant &#224; la D&#233;fense. Pour les attirer, Rouen cherche donc &#224; se donner un look &#171; vert &#187;. Argument : depuis la fermeture de la raffinerie Petroplus et de quelques ateliers polluants sur d'autres usines, on y &#171; respire mieux &#187; (sic). Avec Lubrizol, l'image verte est fortement &#233;corn&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; sont &#233;crites ces lignes, on ne sait pas si Lubrizol restera &#224; Rouen. Le gros de la population n'en veut plus, mais la m&#233;tropole et le port y perdraient beaucoup d'argent. Quant aux salari&#233;s qui y travaillent, pour l'instant ils nettoient la casse, pour l'avenir on verra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; indemnisation, plusieurs m&#233;dias ont rapport&#233; que Lubrizol avait d&#233;bloqu&#233; un fonds de solidarit&#233; de 50 millions d'euros pour tous les agriculteurs touch&#233;s par l'incendie. Mais la direction de Lubrizol a pr&#233;cis&#233; qu'aucun montant n'avait encore &#233;t&#233; d&#233;fini ou arr&#234;t&#233;. En gros, les agriculteurs ne sont pas pr&#232;s de toucher un centime. Et les dossiers d'indemnisation ne risquent pas d'&#234;tre trait&#233;s dans l'urgence. En plus, si les &#233;leveurs et laitiers touchent un jour des indemnit&#233;s, ce n'est pas encore jou&#233; pour les mara&#238;chers, notamment les &#171; bio &#187;, qui vont sans doute voir leur label retir&#233;. Comme il n'y a pas eu de victimes directes, d'habitations d&#233;truites, l'&#201;tat semble jouer la montre et pense que tout &#231;a va s'oublier avec le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lumi&#232;re dans la suie, la catastrophe (Lubrizol parle d'un &#171; &lt;i&gt;incident&lt;/i&gt; &#187;) a entra&#238;n&#233; des r&#233;actions int&#233;ressantes. Des collectifs se sont cr&#233;&#233;s, comme le Collectif Lubrizol. Pour l'instant, 130 personnes et quelques mairies ont annonc&#233; porter plainte contre l'entreprise et l'&#201;tat. Comme plus personne ne croit aux discours &#233;tatiques ni &#224; ceux des patrons, c'est une forme de mouvement social qui se construit, m&#234;lant syndicalistes, &#233;colos, Gilets jaunes et simples quidams. Des manifs ont eu lieu (celle du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; octobre &#233;tait particuli&#232;rement imposante) ; des r&#233;unions aussi, mais qui pour l'instant ne d&#233;bouchent pas sur grand-chose. Des professionnels de sant&#233; cr&#233;ent un r&#233;seau de surveillance sanitaire sur le territoire impact&#233;. Des syndicalistes qui bossent depuis des ann&#233;es sur la sant&#233; au travail et les risques industriels sont &#233;galement aux premiers rangs. Les r&#233;v&#233;lations tombent jour apr&#232;s jour et une chose est s&#251;re : le scandale et la lutte pour la justice n'en sont qu'&#224; leurs balbutiements.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Levaray&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il en est sorti un ouvrage, fort recommand&#233;, publi&#233; par Libertalia en 2016 :&lt;i&gt; Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/i&gt;. Jean-Pierre Levaray est &#233;galement l'auteur de Putain d'usine (L'Insomniaque/Agone), qui a &#233;t&#233; adapt&#233; en bande dessin&#233;e, et du bien nomm&#233; &lt;i&gt;Tue ton patron &lt;/i&gt;(Libertalia).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 21 septembre 2001, cette usine explosait &#224; Toulouse, faisant 31 morts.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Du blues au dancehall : musiques en r&#233;sistance</title>
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		<dc:date>2017-01-09T03:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>noire</dc:subject>
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		<dc:subject>Musique noire</dc:subject>
		<dc:subject>noires</dc:subject>
		<dc:subject>Philip Tagg</dc:subject>
		<dc:subject>musique jama&#239;caine</dc:subject>
		<dc:subject>tradition musicale</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les musiques &#171; noires &#187; ou &#171; afro-am&#233;ricaines &#187; d&#233;signent les musiques &#233;labor&#233;es au sein des diasporas des Africains d&#233;port&#233;s sur le continent am&#233;ricain et dans les Cara&#239;bes. Musiques de r&#233;sistance n&#233;es dans l'esclavage et d&#233;velopp&#233;es dans la s&#233;gr&#233;gation, elles se sont brass&#233;es et diffus&#233;es &#224; travers le monde &#224; la fois comme conscience transnationale et langage universel. Discussion avec J&#233;r&#233;mie Kroubo Dagnini, chercheur et sp&#233;cialiste des musiques jama&#239;caines, qui a coordonn&#233; le recueil (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no150-janvier-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;150 (janvier 2017)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les musiques &#171; noires &#187; ou &#171; afro-am&#233;ricaines &#187; d&#233;signent les musiques &#233;labor&#233;es au sein des diasporas des Africains d&#233;port&#233;s sur le continent am&#233;ricain et dans les Cara&#239;bes. Musiques de r&#233;sistance n&#233;es dans l'esclavage et d&#233;velopp&#233;es dans la s&#233;gr&#233;gation, elles se sont brass&#233;es et diffus&#233;es &#224; travers le monde &#224; la fois comme conscience transnationale et langage universel. Discussion avec J&#233;r&#233;mie Kroubo Dagnini, chercheur et sp&#233;cialiste des musiques jama&#239;caines, qui a coordonn&#233; le recueil d'articles &lt;i&gt;Musiques noires : l'histoire d'une r&#233;sistance sonore&lt;/i&gt; (Camion blanc, 2016).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1793 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-105-3519c.jpg?1782641244' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt; : Le terme &#171; musiques noires &#187; n'&#233;chappe pas aux controverses sur l'usage des cat&#233;gories raciales. Votre texte &#171; Musique noire : un pl&#233;onasme ? &#187; est une r&#233;ponse &#224; un article du musicologue britannique Philip Tagg &#171; Lettre ouverte sur les musiques &#8220;noires&#8221;, &#8220;afro-am&#233;ricaines&#8221; et &#8220;europ&#233;ennes&#8221; &#187;, qui, derri&#232;re le refus affirm&#233; de l'essentialisation, dissimule mal, selon vous, un &#171; ethnocentrisme exacerb&#233; &#187;. Comment d&#233;finir les &#171; musiques noires &#187; ? Et pourquoi le fait de les qualifier ainsi peut faire pol&#233;mique ? &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;J&#233;r&#233;mie Kroubo Dagnini :&lt;/strong&gt; Scientifiquement parlant, tout le monde s'accorde &#224; dire que l'utilisation des termes &#171; race &#187;, &#171; Noir &#187; ou &#171; Blanc &#187; est aberrante. La g&#233;n&#233;tique a montr&#233; qu'il n'existe qu'une seule race, la race humaine. Ainsi, il para&#238;t clairement inappropri&#233; pour un chercheur de faire preuve d'ethnocentrisme. Mais pour autant, il doit &#234;tre en mesure, le cas &#233;ch&#233;ant, de reconna&#238;tre et d'accepter les diff&#233;rences socioculturelles des groupes humains. Des principes fondamentaux que Philip Tagg feint d'ignorer, et c'est ce que je lui reproche au fond.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'expression &#171; musique noire &#187; n'a rien d'incongru, il s'agit seulement d'un terme g&#233;n&#233;rique englobant l'ensemble des genres musicaux cr&#233;&#233;s et influenc&#233;s par les Afro-Am&#233;ricains, ces descendants d'esclaves africains qui appartiennent &#224; un groupe ethnique important de la population &#233;tasunienne. Il faut rappeler que l'expression &#171; musique noire &#187; est apparue aux &#201;tats-Unis et qu'il convient donc de d&#233;finir les mots &#171; Noir &#187; et &#171; Blanc &#187;, non pas de mani&#232;re &#171; g&#233;n&#233;rale &#187;, comme le fait Philip Tagg dans son article, mais conform&#233;ment &#224; la tradition intellectuelle am&#233;ricaine dans laquelle un &#171; Noir &#187; repr&#233;sente une personne &#224; la peau fonc&#233;e d'ascendance africaine et un &#171; Blanc &#187; une personne &#224; la peau claire d'ascendance europ&#233;enne. Il faut aussi ajouter qu'&#171; &#234;tre noir &#187; aux &#201;tats-Unis ne se r&#233;duit pas au taux de m&#233;lanine, mais c'est aussi le fruit d'un processus historique. C'est un fait social, ancr&#233; dans la traite n&#233;gri&#232;re et g&#233;n&#233;r&#233; par des rapports sociaux discriminants. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pour en revenir aux musiques noires, il s'agit des genres musicaux apparus dans les communaut&#233;s afro-am&#233;ricaines et qui puisent dans des traditions musicales issues d'Afrique noire. De la sorte, le blues, le gospel, le jazz, le swing, le bebop, le rhythm and blues, le rock and roll, la soul, le funk et le rap parmi tant d'autres sont consid&#233;r&#233;s comme &#233;tant des musiques noires puisque, jusqu'&#224; preuve du contraire, ces musiques sont n&#233;es et se sont d&#233;velopp&#233;es au sein des populations afro-am&#233;ricaines. Il semble toutefois maladroit de cantonner l'expression &#171; musiques noires &#187; ou &#171; musiques afro-am&#233;ricaines &#187; aux &#201;tats-Unis. Il est plus judicieux de l'&#233;tendre &#224; toutes les musiques ayant pris corps dans les diasporas africaines telles que la rumba afro-cubaine, la samba afro-br&#233;silienne, le merengue afro-dominicain, le calypso afro-trinidadien, le zouk afro-antillais et le reggae afro-jama&#239;cain pour ne citer qu'elles. Et pourquoi pas m&#234;me &#233;tendre l'expression aux musiques populaires ayant pris directement corps en Afrique comme le zouglou ivoirien ou la rumba congolaise ? En continuant d'&#233;tirer cette formule langagi&#232;re, la musique &#233;lectronique, elle-m&#234;me, pourrait aussi &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une musique noire puisqu'elle d&#233;rive du dub jama&#239;cain. En fait, il semblerait que la tr&#232;s grande majorit&#233; des musiques populaires contemporaines soient des musiques noires et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui semble d&#233;ranger ce cher Philip Tagg !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, ces musiques noires ne sont-elles pas aussi le produit d'hybridations ? Dans une soci&#233;t&#233; s&#233;gr&#233;gationniste comme les &#201;tats-Unis, la musique a &#233;t&#233; l'une des seules possibilit&#233;s d'un &#233;change, par-del&#224; l'interdit social, entre des cultures diverses qui ont emprunt&#233; les unes aux autres. Pour simple exemple : le creuset musical de la Nouvelle-Orl&#233;ans d'o&#249; a &#233;merg&#233; le jazz au d&#233;but du XXe si&#232;cle. &lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Tout &#224; fait, elles sont clairement le fruit d'une hybridit&#233; interculturelle. On retrouve bien entendu des caract&#233;ristiques musicales europ&#233;ennes dans ces genres musicaux, des instruments europ&#233;ens, mais on parle de &#171; musiques noires &#187; tout simplement parce que, quand on &#233;coute ces musiques, ce qui &#171; saute aux oreilles &#187;, ce sont des caract&#233;ristiques musicales issues de la tradition musicale africaine, comme l'appel-r&#233;ponse ou l'improvisation. D'apr&#232;s P. Tagg, la pr&#233;sence de ces traits musicaux dans les musiques &#171; noires &#187; am&#233;ricaines n'est pas forc&#233;ment la cons&#233;quence d'une tradition musicale africaine car, dit-il, on les retrouve &#233;galement dans la tradition musicale europ&#233;enne. D'une certaine mani&#232;re, il n'a pas tort, mais de l&#224; &#224; dire que la pr&#233;sence de l'appel-r&#233;ponse, de l'improvisation, de la syncope ou des &lt;i&gt;blue notes&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La blue note, ou note bleue en fran&#231;ais, est une note interpr&#233;t&#233;e avec une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; dans le blues ou le jazz est le fruit du bagage culturel europ&#233;en, je trouve qu'il fait preuve de mauvaise foi. M&#234;me si ces &#233;l&#233;ments existent ci et l&#224; dans la tradition musicale europ&#233;enne, cela ne fait aucun doute qu'ils appartiennent plus que jamais &#224; la tradition musicale africaine, et notamment aux musiques d'Afrique de l'Ouest, d'o&#249; proviennent beaucoup des esclaves d&#233;port&#233;s aux &#201;tats-Unis. Ainsi, bien que m&#233;tiss&#233;es, ces musiques sont qualifi&#233;es de &#171; noires &#187; car les &#233;l&#233;ments musicaux qui dominent sont &#171; noirs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1800 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-107-959ad.jpg?1782647499' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1956, Franz Fanon &#233;voque bri&#232;vement le blues dans sa conf&#233;rence &#171; Racisme et culture &#187; : &#171; &lt;i&gt;Sans oppression et sans racisme pas de blues. La fin du racisme sonnerait le glas de la grande musique noire&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Que pensez-vous de cette affirmation ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Sans esclavage, sans racisme, sans souffrance, pas de blues et pas de musiques noires en g&#233;n&#233;ral. Toutes ces musiques sont apparues comme des exutoires &#224; la captivit&#233; et aux s&#233;vices dont &#233;taient victimes ces Africains d&#233;port&#233;s. Ces musiques permettaient aux esclaves et descendants d'esclaves d'&#233;chapper &#224; la mis&#232;re de leur quotidien. La souffrance est donc effectivement l'essence m&#234;me du blues et de toutes ces musiques issues des Am&#233;riques cr&#233;&#233;es, il faut bien l'avouer, de mani&#232;re compl&#232;tement impr&#233;visible. Car qui aurait pu pr&#233;voir qu'en quelques d&#233;cennies seulement, ces populations noires r&#233;duites &#224; l'&#233;tat de b&#234;tes, traqu&#233;es, viol&#233;es, pendues et br&#251;l&#233;es vives pendant des si&#232;cles allaient cr&#233;er des musiques joyeuses, dansantes, pertinentes, engag&#233;es, spirituelles, nouvelles, transcendantales et universelles comme le blues, le jazz ou le reggae, devenus finalement patrimoine mondial ? Le titre du livre &lt;i&gt;Musiques noires : l'histoire d'une r&#233;sistance sonore&lt;/i&gt;, n'a d'ailleurs rien d'anodin, car le d&#233;nominateur commun de toutes ces musiques est la r&#233;sistance, ce refus de capituler m&#234;me encha&#238;n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rock'n'roll, le reggae ou le rap se sont d&#233;clin&#233;s sur tous les continents, en toutes les langues. Finalement ces musiques noires se sont elles-m&#234;mes d&#233;tach&#233;es de leur contexte d'origine pour devenir langage universel. Y voyez-vous un rayonnement ou une forme d'&#171; appropriation culturelle &#187; (selon un concept en vogue sur les campus am&#233;ricains) ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Personnellement, je n'ai rien contre ce que certains critiquent comme &#171; appropriation culturelle &#187;. Tout le monde a le droit de jouer de tout type d'instruments ou de musiques, et encore heureux ! Un monde dans lequel les Blancs joueraient de la cithare, les Noirs du djemb&#233; et les Aborig&#232;nes du didgeridoo serait bien triste et plus que caricatural. En revanche, je suis contre le r&#233;visionnisme. Quand P. Tagg dit que le jazz n'est plus une musique noire parce que, je cite, &#171; &lt;i&gt;le jazz traditionnel&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;a eu un auditoire majoritairement blanc depuis la guerre et le &#8220;Motown&#8221;&lt;/i&gt; [une] &lt;i&gt;majorit&#233; d'auditeurs blancs depuis le milieu des ann&#233;es 1960&lt;/i&gt; &#187;, c'est du r&#233;visionnisme ! Le fait qu'une pr&#233;tendue majorit&#233; de &#171; Blancs &#187; &#233;coute ou joue du jazz n'efface pas soudainement les origines de ce genre musical. Quand bien m&#234;me Elvis Presley fut baptis&#233; par la critique blanche &#171; le roi du rock and roll &#187;, le rock and roll reste une musique noire, un point un trait !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1799 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH398/-106-b7d49.jpg?1782647499' width='400' height='398' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prenons le cas de la musique jama&#239;caine &#224; laquelle vous avez consacr&#233; votre th&#232;se. Ce que l'on souligne assez peu, c'est l'extraordinaire vitalit&#233; de la production musicale qui irrigue toute la vie sociale et politique d'une &#238;le &#224; peine plus grande que la Corse. Comment expliquez-vous le ph&#233;nom&#232;ne jama&#239;cain ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;On en revient &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne de r&#233;sistance culturelle. La musique en Jama&#239;que a plus que jamais jou&#233; un r&#244;le de r&#233;sistance pour ces descendants d'Africains d&#233;port&#233;s. Tous les genres musicaux jama&#239;cains, sans exception, ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s par les couches sociales les plus d&#233;favoris&#233;es et, hormis le mento, qui est apparu dans les zones rurales jama&#239;caines &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, sont n&#233;s dans les ghettos de Kingston. Le ska, le rocksteady, le reggae et le dancehall sont des genres musicaux urbains apparus, &#224; l'instar du blues, comme des &#233;chappatoires &#224; la pression sociale. Ils se sont &#233;rig&#233;s comme des sortes d'exutoires &#224; la duret&#233; de la vie, d&#233;non&#231;ant chacun &#224; leur mani&#232;re les maux qui rongent la soci&#233;t&#233; postcoloniale jama&#239;caine. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans mon livre &lt;i&gt;Vibrations jama&#239;caines&lt;/i&gt; (Camion blanc, 2011), je montre comment l'histoire de la musique jama&#239;caine est ancr&#233;e dans l'histoire sociopolitique de l'&#238;le. Les implications sociales et politiques de la musique jama&#239;caine sont l&#233;gion. Je pourrais citer un tas d'exemples &#224; commencer par le morceau &lt;i&gt;Slavery Days&lt;/i&gt; (1975) de Burning Spear qui d&#233;nonce les horreurs de l'esclavage. Dans un autre registre, le titre &lt;i&gt;Forward March&lt;/i&gt; (1962) de Derrick Morgan symbolise l'ind&#233;pendance de l'&#238;le le 6 ao&#251;t 1962. &lt;i&gt;Socialism is Love&lt;/i&gt; (1974) de Max Romeo &#233;voque l'&#232;re socialiste de Michael Manley dans les ann&#233;es 1970. Quant &#224; &lt;i&gt;Trench Town Rock&lt;/i&gt; (1971) des Wailers, c'est la chanson embl&#233;matique de la &#171; &lt;i&gt;ghetto life&lt;/i&gt; &#187; &#224; la Jama&#239;que. Les artistes jama&#239;cains sont des sortes de journalistes informels qui s'adressent directement aux laiss&#233;s-pour-compte avec un sens aigu du commentaire social. &lt;br class='manualbr' /&gt;Enfin, pourquoi la musique jama&#239;caine a eu un tel impact dans le monde ? C'est plus un concours de circonstances, je pense. Mais il faut bien avouer aussi que le succ&#232;s plan&#233;taire de Bob Marley a contribu&#233; &#224; mettre en lumi&#232;re cette petite &#238;le des Cara&#239;bes ainsi que son vivier musical dense et vari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le march&#233; de la musique s'est consid&#233;rablement transform&#233;. Qu'est-ce qui maintient aujourd'hui encore l'esprit de r&#233;sistance des musiques noires ? &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Le monde &#233;volue tout comme la musique &#233;volue. Peut-&#234;tre que cette notion de &#171; r&#233;sistance &#187; est moins explicite dans la musique noire contemporaine qu'elle ne l'&#233;tait dans le jazz, le blues ou le reggae des ann&#233;es 1970, mais pour autant les musiques noires d'aujourd'hui restent profond&#233;ment subversives. Prenons le cas du dancehall. Avec ses paroles en patois jama&#239;cain &#224; couper au couteau, son rythme fr&#233;n&#233;tique et ses th&#233;matiques ancr&#233;es dans la r&#233;alit&#233; de la rue jama&#239;caine, il se d&#233;marque tr&#232;s clairement des autres genres musicaux urbains comme le rap et r&#233;siste en quelque sorte &#224; l'imp&#233;rialisme culturel anglo-am&#233;ricain. Je pense donc que la r&#233;sistance a simplement chang&#233; de visage, tout comme le monde change continuellement de visage, mais qu'elle reste porteuse de la continuit&#233; et de l'&#233;nergie des musiques noires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La &lt;i&gt;blue note&lt;/i&gt;, ou note bleue en fran&#231;ais, est une note interpr&#233;t&#233;e avec une alt&#233;ration d'un demi-ton au maximum vers le haut ou le bas, qu'on retrouve typiquement dans le blues puis le jazz. On parle aussi de notes tordues, floues ou flottantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Afghan connection</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Afghan-connection</link>
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		<dc:date>2011-02-25T09:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
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		<dc:subject>noire</dc:subject>
		<dc:subject>mer Noire</dc:subject>
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		<dc:subject>mat&#233;riel &#233;lectronique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alain Tarrius, universitaire sp&#233;cialiste des flux de l'&#233;conomie souterraine, revient pour CQFD sur le commerce clandestin aliment&#233; par des dizaines de milliers d'Afghans. Cette mondialisation bis assurant la survie de populations enti&#232;res est aujourd'hui r&#233;cup&#233;r&#233;e par les r&#233;seaux mafieux &#224; la t&#234;te du trafic d'opium. Analyse. ILS SONT A PEU PRES 65 000 chaque ann&#233;e &#224; quitter l'Afghanistan pour venir se fournir en mat&#233;riel &#233;lectronique en G&#233;orgie ou dans les ports turcs de la mer Noire. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alain Tarrius, universitaire sp&#233;cialiste des flux de l'&#233;conomie souterraine, revient pour &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; sur le commerce clandestin aliment&#233; par des dizaines de milliers d'Afghans. Cette mondialisation bis assurant la survie de populations enti&#232;res est aujourd'hui r&#233;cup&#233;r&#233;e par les r&#233;seaux mafieux &#224; la t&#234;te du trafic d'opium. Analyse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;ILS SONT A PEU PRES 65 000 chaque ann&#233;e &#224; quitter l'Afghanistan pour venir se fournir en mat&#233;riel &#233;lectronique en G&#233;orgie ou dans les ports turcs de la mer Noire. Ordinateurs, appareils photos, montres, CD, autant de produits fabriqu&#233;s dans le Sud-Est asiatique et pass&#233;s par Duba&#239; ou Kowe&#239;t City. Avec leurs paquets sur le dos, les trabendistes afghans vont transiter jusqu'en Bulgarie o&#249; ils vont fourguer leur matos &#224; d'autres relais commerciaux turcs, polonais ou bulgares &#224; des prix entre 40 et 50 % inf&#233;rieurs &#224; ceux du march&#233;. Se dessine ainsi un commerce du poor to poor, revers clandestin de notre bienheureuse mondialisation, qui permet aux populations les plus pauvres d'avoir acc&#232;s &#224; des biens dont elles auraient &#233;t&#233; exclues par les r&#232;gles classiques du march&#233; international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui sont ces transmigrants afghans ? Alain Tarrius r&#233;pond : &lt;i&gt;&#171; Au d&#233;part ce sont des Baloutches, habitant entre Erat (pr&#232;s de l'Iran) et des provinces iraniennes. Ils disent qu'ils sont afghans quand ils traversent l'Iran parce que les Iraniens ne veulent pas laisser passer d'Iraniens baloutches. Quand ils arrivent en Turquie, tous disent qu'ils sont iraniens parce qu'ils n'y a pas besoin de visa pour traverser la Turquie. Et donc leur visa touristique, valable 3 mois dans toute l'Europe, d&#233;marre d&#232;s lors qu'ils se pr&#233;sentent &#224; la fronti&#232;re bulgare. Ils n'ont pas besoin de plus de temps que &#231;a pour &#233;couler la marchandise et puis ils s'en retournent. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transmigration. Un nouveau type de migration qui n'a plus rien &#224; voir avec les flux de populations plus ou moins organis&#233;s &#224; l'&#232;re coloniale ou fordiste. Celle concernant les Afghans, on la doit en grande partie &#224; la guerre contre le terrorisme d&#233;clench&#233;e en 2001. Confirmation par Tarrius : &lt;i&gt;&#171; Avec l'amplification et l'enlisement de la guerre, le trafic est devenu &#233;norme, notamment la voie passant par Duba&#239;, l'Azerba&#239;djan et la G&#233;orgie. Juste pour donner une id&#233;e : le passage de produits &#233;lectroniques via Duba&#239; par les transmigrants est &#233;valu&#233; &#224; six milliards de dollars. Faut voir les avions cargos qui portent la marchandise de Kowe&#239;t City &#224; Bakou. Et puis en observant ces nouveaux r&#233;seaux de circulation, on remarque des choses &#233;tranges : entre autres, comme par hasard, la banque HSBC qui s'installe partout o&#249; il y a des trafics&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Challenge du transmigrant : transporter des marchandises d&#233;tax&#233;es en &#233;vitant les dispositifs frontaliers cens&#233;s les contr&#244;ler. Alors, invisibles, les caravanes baloutches ? Peut-&#234;tre mais pas pour tout le monde. &lt;i&gt;&#171; Pour &#234;tre plus pr&#233;cis, ils ne sont pas invisibles mais invisibilis&#233;s&lt;/i&gt;, pr&#233;cise Tarrius. &lt;i&gt;De la m&#234;me mani&#232;re que sont rendues invisibles les juteuses pratiques douani&#232;res (polici&#232;res, consulaires, commerciales) &#224; leur &#233;gard. Il y a des pays o&#249; les flics revendent des visas authentiques permettant de traverser l'Europe ou des autorisations vis&#233;es par le Consulat g&#233;n&#233;ral fran&#231;ais de rejoindre la Grande-Bretagne ! Qu'est-ce que cela prouve si ce n'est une porosit&#233; transfrontali&#232;re organis&#233;e par les &#201;tats ? Au final, ce sont des populations pour lesquelles on n'a aucune statistique, les autorit&#233;s ne se prononcent pas car ces gens rentrent par une fronti&#232;re et sortent par l'autre, autant que possible en &#233;tant ill&#233;gaux. Comment les politiques peuvent-ils r&#233;cup&#233;rer &#231;a, id&#233;ologiquement ? Ce n'est pas tr&#232;s bon, &#231;a serait m&#234;me un probl&#232;me emmerdant, surtout pour le FN, et &#231;a ne sert pas beaucoup Sarko. Eux, leur int&#233;r&#234;t c'est plut&#244;t de nous montrer des migrants mis&#233;rables, vivant dans des cabanes, histoire de dire aux populations : regardez le danger dont il faut vous sauver, plut&#244;t que des transmigrants autonomes et circulant de chez-eux &#224; chez-eux. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, ces Afghans-l&#224; n'ont rien &#224; voir avec ceux, mis&#233;rables et traqu&#233;s, que l'on a l'habitude de voir, par exemple, dans le bourbier calaisien. L&#224;, on parle de types qui partent en sachant qu'ils vont revenir au pays avec, pour certains, un petit pactole de 20 000 euros. Sauf que les remous de la crise &#233;conomique ont aussi affect&#233; ces trabendistes. Nombre d'Afghans se retrouvent d&#233;sormais oblig&#233;s de s'employer dans la culture du pavot en Turquie ou en G&#233;orgie pour arriver &#224; financer leur voyage &#224; cause des effets pervers de la r&#233;gulation du syst&#232;me financier. &lt;i&gt;&#171; Depuis l'accord Sarkozy/Gordon Brown sur la &#8220;moralisation&#8221; &lt;/i&gt; [du capitalisme]&lt;i&gt; de 2008, explique Tarrius, les banques leur refusent les 40 % de fric n&#233;cessaires &#224; l'achat des produits &#233;lectroniques, du coup les Afghans ont &#233;t&#233; oblig&#233;s de se tourner vers les mafias italo-turques pour avoir le pognon. L'int&#233;r&#234;t pour les mafias, c'est qu'avec ce proc&#233;d&#233; elles blanchissent leur argent. C&#244;t&#233; Afghans, la contrepartie c'est qu'ils doivent accepter de bosser aux pavots : plantation des graines, s&#233;lection des plants, &#8220;saignage&#8221; et r&#233;colte de l'opium, et ce tous les 3 mois pendant neuf mois. C'est ainsi que sous couvert de &#8220;moralisation&#8221;, environ soixante mille Afghans transmigrants du commerce se trouvent otages-complices des r&#233;seaux dits &#8220;criminels&#8221; turco-italiens. Alors qu'auparavant leur trafic relevait de d&#233;lits douaniers (amendes), d&#233;sormais ils rel&#232;vent de crimes, p&#233;nalement r&#233;prim&#233;s par la prison. Merci Sarko, le purificateur ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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