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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Sp&#233;culateurs sur la ville</title>
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		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


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&lt;p&gt;Apr&#232;s Gouverner Marseille en 2005 et Sociologie de Marseille en 2015, Michel Peraldi poursuit son oeuvre de d&#233;mystification de la cit&#233; phoc&#233;enne dans Marseille en r&#233;sistance &#224; para&#238;tre en 2020. Loin des clich&#233;s et des clins d'yeux du marketing territorial, le sociologue aligne les faits et les analyses qui remettent la ville &#224; sa juste place : une cit&#233; provinciale banale dans laquelle les prix tr&#232;s bas du foncier attirent petits et gros investisseurs. Entretien. En 2015, vous insistiez sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no181-novembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;181 (novembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Patxi-Beltzaiz-118" rel="tag"&gt;Patxi Beltzaiz&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s &lt;i&gt;Gouverner Marseille &lt;/i&gt;en 2005 et&lt;i&gt; Sociologie de Marseille&lt;/i&gt; en 2015, Michel Peraldi poursuit son oeuvre de d&#233;mystification de la cit&#233; phoc&#233;enne dans Marseille en r&#233;sistance &#224; para&#238;tre en 2020. Loin des clich&#233;s et des clins d'yeux du marketing territorial, le sociologue aligne les faits et les analyses qui remettent la ville &#224; sa juste place : une cit&#233; provinciale banale dans laquelle les prix tr&#232;s bas du foncier attirent petits et gros investisseurs. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3181 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH328/-1400-f7ed3.jpg?1782961346' width='500' height='328' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Patxi Beltzaiz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2015, vous insistiez sur l'&#233;cart entre ville imagin&#233;e et ville habit&#233;e. Comment ces diff&#233;rentes l&#233;gendes participent-elles &#224; troubler la compr&#233;hension de la ville ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut rester vigilant avec cette histoire de particularisme marseillais car toutes les villes ont une l&#233;gende. Dans le cas de Marseille, on observe une superposition des l&#233;gendes : au cours des si&#232;cles, entre la ville mondiale et la ville provinciale centr&#233;e sur son r&#244;le administratif local, toutes sortes de repr&#233;sentations sont venues se concat&#233;ner. C'est le cas quand on stigmatise le Marseille-Chicago des stups et du stupre. &#199;a l'est aussi quand on chante les r&#233;ussites d'une cit&#233; cosmopolite. Si on regarde la r&#233;alit&#233; actuelle avec les lunettes du sociologue, on peut affirmer que Marseille est bien moins cosmopolite que Paris et peut-&#234;tre moins aussi que certaines villes &#233;tudiantes comme Poitiers ! Ce cosmopolitisme, qui a exist&#233; lorsqu'elle a &#233;t&#233; un aimant, un refuge ou une &#233;tape pour des humanit&#233;s en mouvement, constitue aujourd'hui une part de son capital immat&#233;riel au sens de l'Unesco, un march&#233; pour les professionnels du tourisme, un motif de r&#233;inventions pour toute une classe moyenne intellectuelle. Tous cherchent &#224; se r&#233;approprier cette l&#233;gende. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La banalit&#233;, fil conducteur dans votre travail pour saisir objectivement Marseille, est tristement confirm&#233;e par Euromed. Ce projet m&#233;galo pilot&#233; par l'&#201;tat qui vise &#224; la recr&#233;ation d'une ville de toutes pi&#232;ces en lieu et place des quartiers de la zone portuaire est prolong&#233; par les chantiers du Vieux-Port ou de la Plaine &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour d&#233;signer les premiers am&#233;nagements de la requalification de la place (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;. Trahit-il la volont&#233; des pouvoirs locaux de faire table rase de l'existant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On d&#233;passe ici le seul registre de la banalit&#233; pour se confronter &#224; un travail de normalisation que l'on retrouve dans toutes les grandes m&#233;tropoles. Les urbanistes s'appuient sur des usages st&#233;r&#233;otyp&#233;s de l'espace public, marqu&#233;s par la dimension s&#233;curitaire et la volont&#233; de produire une sorte de r&#233;enchantement touristique &#224; l'instar de ce que j'ai pu observer dans mon livre &lt;i&gt;Marrakech ou le souk des possibles&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La D&#233;couverte, 2018.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Il s'agit aussi de rendre la ville conforme &#224; l'id&#233;al de confort qui serait propre aux classes moyennes. Euromed est l'arch&#233;type de cette variante marseillaise du nulle part que l'on retrouve &#224; la D&#233;fense &#224; Paris ou &#224; la Part-Dieu &#224; Lyon. Mais ce qui me sid&#232;re le plus, c'est le processus de &#8220;conformisation&#8221;, de banalisation du commerce enclench&#233; par les marques franchis&#233;es, transformant des rues enti&#232;res en hall d'a&#233;roport l&#224; o&#249; battait le pouls d'un bazar m&#233;langeant une infinit&#233; de types de relations, commerciales ou non. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec un taux d'homicides li&#233;s au banditisme tr&#232;s &#233;lev&#233;, des quartiers parmi les plus pauvres d'Europe, une concentration de l'habitat insalubre et une classe politique d'une m&#233;diocrit&#233; rare, la singularit&#233; de Marseille serait-elle celle d'une ville laiss&#233;e &#224; l'abandon pour faciliter une vaste op&#233;ration d'&#233;puration sociale &#224; l'encontre des classes populaires, en suivant une strat&#233;gie du choc ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec Jean-Claude Gaudin, c'est une petite bourgeoisie affairiste qui a pris le pouvoir pour nettoyer la ville et cr&#233;er les conditions d'un capitalisme sp&#233;culatif autour de la valeur du foncier. De m&#234;me, industriels importants et grande bourgeoisie sont pr&#233;sents et actifs sur la cit&#233; phoc&#233;enne pour se livrer &#224; des op&#233;rations de sp&#233;culation immobili&#232;re. Et je tiens &#224; souligner que la ville ne compte pas forc&#233;ment plus de d&#233;c&#232;s li&#233;s &#224; la criminalit&#233; organis&#233;e que la banlieue parisienne ou la Corse. Elle sert de bouc &#233;missaire par rapport &#224; des situations tr&#232;s r&#233;pandues sur tout le territoire avec des modes d'approvisionnement des stup&#233;fiants et des niveaux de consommation similaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la m&#233;diocrit&#233; suppos&#233;e du personnel politique local, l&#224; aussi peut-on vraiment parler d'une singularit&#233; ? Gaudin, Martine Vassal &lt;i&gt;[pr&#233;sidente LR du D&#233;partement]&lt;/i&gt; ou Renaud Muselier &lt;i&gt;[pr&#233;sident LR de la R&#233;gion]&lt;/i&gt; sont-ils plus bas de plafond que les Balkany ou Fran&#231;ois Hollande ? Si on veut voir une d&#233;cr&#233;pitude de la classe politique, c'est davantage &#224; l'&#233;chelle nationale qu'il faut regarder. Avec l'&#233;quipe Gaudin, on a assist&#233; &#224; une transformation du profil social des hommes et femmes politiques par rapport &#224; l'&#233;poque de Gaston Defferre &lt;i&gt;[maire &#171; socialiste&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; de 1953 &#224; 1986]&lt;/i&gt;, qui &#233;tait entour&#233; de grands avocats p&#233;nalistes, de professeurs d'universit&#233;, de m&#233;decins renomm&#233;s. &#192; partir de 2000, vient le r&#232;gne des petits commer&#231;ants, promoteurs immobiliers et avocats d'affaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Insistant sur la d&#233;cadence &#233;conomique de la ville, vous affirmez en 2005 que &#171; Marseille est une &#233;toile &#233;conomiquement morte dont la lumi&#232;re continue de briller &#187;. L'attractivit&#233;, surtout touristique, pour laquelle la municipalit&#233;, la M&#233;tropole et le D&#233;partement investissent des capitaux importants, ne serait-elle qu'une l&#233;gende suppl&#233;mentaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le renouveau &#233;conomique marseillais ne profite qu'&#224; une fraction de la population. Cela marque le passage d'une ville industrielle autour de l'activit&#233; portuaire &#224; une ville sp&#233;culative. On peut prendre l'exemple de feu Jacques Saad&#233;, patron de la CMA CGM &#8211; leader mondial du transport maritime en conteneurs &#8211;, qui installe son si&#232;ge dans une tour cens&#233;e inaugurer la &lt;i&gt;skyline&lt;/i&gt; marseillaise. Mais on n'y trouve que 4 % de son personnel alors que l'essentiel de l'activit&#233; de la compagnie se situe &#224; Tanger au Maroc et Port-Sa&#239;d en &#201;gypte. Un autre gratte-ciel va voir le jour avec Bouygues et Sodexo est sur les rangs. Le nerf de cette attractivit&#233; reste la faiblesse des prix du foncier dans la perspective de s'assurer une rente immobili&#232;re car Marseille est encore la moins ch&#232;re des grandes villes d'Europe de l'Ouest. Pour quelles retomb&#233;es &#233;conomiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les quartiers Nord ou &#224; la Belle-de-Mai, cela ne fournit pas d'emploi &#224; ceux qui sont rest&#233;s &#224; quai : la ville red&#233;marre sans la population qui y vit. Dans le domaine de l'&#233;conomie cr&#233;ative, on peut prendre l'exemple de la s&#233;rie &#224; succ&#232;s &lt;i&gt;Plus belle la vie &lt;/i&gt;qui a donn&#233; du boulot &#224; 8 000 personnes depuis sa cr&#233;ation en 2004. Mais la plupart des contrats propos&#233;s sont ultra-pr&#233;caires et flexibles &#224; l'&#233;chelle nationale. Quelques individus des quartiers pourront en b&#233;n&#233;ficier mais ce sera toujours une goutte d'eau dans un oc&#233;an de ch&#244;mage et de pauvret&#233; tant il s'agit d'un march&#233; complexe, reposant sur des r&#233;seaux personnels et prenant une dimension europ&#233;enne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parmi les th&#232;mes qui servent &#224; vendre la ville, il y a donc cette image d'un cosmopolitisme marseillais r&#233;ussi. Qu'en est-il de ce m&#233;lange harmonieux des communaut&#233;s ? De l'h&#233;g&#233;monie d'une d&#233;mocratie chr&#233;tienne plut&#244;t blanche, catholique ou protestante, &#224; la sauce marseillaise ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;lectorat captif de Gaudin, ce sont 100 000 personnes concentr&#233;es dans 3 ou 4 arrondissements au sud de la ville. Leur profil type est d'&#234;tre blanc, europ&#233;en, appartenant aux classes moyennes &#8211; commer&#231;ants, fonctionnaires, professions lib&#233;rales. Mais &#231;a ne mange pas de pain d'aller passer une heure avec les communaut&#233;s et &#231;a peut m&#234;me participer &#224; consolider la stature d'un maire soucieux d'&#339;cum&#233;nisme, de rassemblement religieux&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans les documentaires de Michel Samson et Jean-Louis Comolli, on voit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. C'est un message qui satisfait les int&#233;r&#234;ts de la haute hi&#233;rarchie catholique et Gaudin en est tr&#232;s proche. De plus, l'&#233;dile marseillais est un bon acteur, il sait incarner ce r&#244;le. Ce qui renforce ma conviction que plus les soci&#233;t&#233;s se complexifient, travers&#233;es qu'elles sont par des influences nationales, europ&#233;ennes voire mondiales, plus la fonction politique se r&#233;duit &#224; un th&#233;&#226;tre. Et quoi de mieux que la r&#233;f&#233;rence au cosmopolitisme pour soigner d&#233;cor et couleur locale ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous attirez l'attention sur ces couches moyennes qui pourraient jouer un r&#244;le majeur dans la reconfiguration de la ville, dans sa gentrification. Alors que les &#233;lections municipales se profilent et que l'actualit&#233; marseillaise a &#233;t&#233; domin&#233;e par les effondrements du 5 novembre 2018, une reconfiguration politique semble s'amorcer. Signe d'un basculement possible de ces couches moyennes vers une v&#233;ritable alternative sur les d&#233;combres de la d&#233;mocratie chr&#233;tienne (PS-LR) ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'importance grandissante de ces couches moyennes trahit les &#233;volutions sociologiques de la population marseillaise en lien avec la transformation de la ville : la disparition de la classe ouvri&#232;re li&#233;e aux activit&#233;s de la zone industrialo-portuaire. Comment faire le portrait de cette classe moyenne compos&#233;e de &#8220;&lt;i&gt;ceux qui montent et de ceux qui descendent&lt;/i&gt;&#8221; selon le sociologue Pierre Bourdieu ? C'est un ensemble tr&#232;s flou avec un groupe d'affairistes autour de commer&#231;ants, d'entrepreneurs, de promoteurs, de consultants que l'on retrouve parmi tous les conseillers municipaux de Gaudin, un groupe de cr&#233;atifs autour des m&#233;tiers artistiques et de la communication, un groupe plus traditionnel enfin autour des fonctionnaires territoriaux, des profs. Ces derniers sont aujourd'hui tr&#232;s &#233;loign&#233;s d'un syst&#232;me politique dans lequel ils ne se reconnaissent plus apr&#232;s la d&#233;composition de la gauche. Ils sont attach&#233;s &#224; un certain format intellectuel du d&#233;bat politique, lequel n'est pas soluble dans la basse politique. D&#232;s lors, une frange non n&#233;gligeable de la classe moyenne se retrouve dans les collectifs, les associations, les grands d&#233;bats autour des questions environnementales ou de l'accueil des migrants mais plus dans les urnes. Par ailleurs, aujourd'hui l'acteur politique majeur c'est l'&#201;tat, sur le logement, la s&#233;curit&#233;, le d&#233;veloppement &#233;conomique, etc. Par exemple, les grands organismes HLM s'inscrivent dans des f&#233;d&#233;rations nationales en lien avec l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la d&#233;mocratie chr&#233;tienne, courant repr&#233;sent&#233; par des partis d&#233;di&#233;s en Italie et en Allemagne mais pas vraiment en France, elle pourrait &#234;tre revitalis&#233;e par le mouvement macroniste. Mais que va-t-il sortir de l'humus r&#233;sultant de la d&#233;composition de la gauche et de la droite ? &#192; bien des &#233;gards, on vit une situation pr&#233;r&#233;volutionnaire avec l'obsolescence du syst&#232;me politique defferro-gaudiniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais concernant la comp&#233;tition &#233;lectorale &#224; venir, il y a assez peu de suspense. D'un c&#244;t&#233;, une gauche qui devrait aller &#224; la bataille en ordre dispers&#233;. De l'autre c&#244;t&#233;, une droite &#233;galement divis&#233;e qui est dans la m&#234;me situation que l'actuel maire de Marseille de 1986 &#224; 1992, c'est-&#224;-dire dans l'obligation de passer par une alliance pour acc&#233;der au pouvoir. Deux possibilit&#233;s s'offrent &#224; Martine Vassal, pr&#233;sidente de la M&#233;tropole et du D&#233;partement et a priori la mieux plac&#233;e pour 2020 : soit elle peut s'allier avec En Marche, d&#232;s lors que le parti pr&#233;sidentiel parvient &#224; se structurer autour d'une candidature consensuelle, soit avec le Rassemblement national. Mais le s&#233;curitaire risque d'&#234;tre l'arbitre des prochaines &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales. Et Gaudin avait fini par choisir le soutien du FN pour diriger le conseil r&#233;gional Paca. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est la vision de l'&#201;tat pour redynamiser Marseille ? Quel est votre regard sur l'avenir de la ville ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apr&#232;s les effondrements de la rue d'Aubagne, beaucoup de voix se sont exprim&#233;es en faveur d'une mise sous tutelle de la ville par l'&#201;tat. Mais Marseille conna&#238;t d&#233;j&#224; une tutelle de fait ! L'&#201;tat prend la main sur tous les dossiers laiss&#233;s &#224; l'abandon par la Ville et, depuis bien longtemps, les services publics gouvernent ce territoire. Il faut faire avec cette r&#233;alit&#233;. La seule inconnue concerne ce qui peut ressortir de la fonction m&#233;tropolitaine. Pour l'instant, la constitution d'une nouvelle &#233;lite m&#233;tropolitaine est &#233;touff&#233;e par les vieux notables alors que les dossiers cruciaux s'amoncellent : en particulier les transports dans un &#233;tat lamentable mais aussi le logement, l'environnement. Une fois de plus, ce renouvellement ne pourra se faire que dans le dialogue entre ces nouvelles &#233;lites et l'&#201;tat. Il semble peu probable que les collectifs et les associations, issus d'une tradition de luttes y compris dans les mondes immigr&#233;s, se r&#233;concilient avec le syst&#232;me politique local tant leurs mani&#232;res de faire de la politique sont diff&#233;rentes. Et une &#233;ventuelle recomposition de la gauche sera un processus tr&#232;s lent : &#231;a prendra au moins dix ans pour qu'une entente de circonstance entre communistes, socialistes et insoumis &lt;i&gt;[qui tentent de s'unir pour les prochaines municipales sous la banni&#232;re du &#171; Printemps marseillais&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt;] &lt;/i&gt;aboutisse &#224; quelque chose de coh&#233;rent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'id&#233;e de provoquer un changement profond de la population de la ville gr&#226;ce &#224; la politique d'attractivit&#233; et un effet TGV est compl&#232;tement absurde. Certes, nous vivons dans un monde de mobilit&#233;s qui met en mouvement aussi bien des Parisiens, des Lyonnais que des Alg&#233;riens mais on ne renouvelle pas une ville enti&#232;re. &#192; Marseille, persiste un fondement anthropologique, celui d'une ville de propri&#233;taires. Avec un taux de 44 %, la cit&#233; phoc&#233;enne est plus proche de Nice, la ville des retrait&#233;s s&#233;curis&#233;s, et tr&#232;s loin devant Lille ou Lyon. C'est surtout cela qui freine le changement. N&#233;anmoins des &#233;volutions sociologiques sont &#224; l'&#339;uvre sans qu'on puisse encore discerner leur devenir : fin des ouvriers comme classe, fin des services publics &#224; l'ancienne, mont&#233;e en puissance d'un front social entre affairistes et cr&#233;atifs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Iffik Le Guen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour d&#233;signer les premiers am&#233;nagements de la requalification de la place Jean-Jaur&#232;s (nom officiel de la Plaine), une habitante du quartier d&#233;clarait : &#171; &lt;i&gt;Cela va rassembler &#224; ce qu'on trouve partout ailleurs&lt;/i&gt; &#187; (France 3, &#233;dition de proximit&#233; 04/10/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La D&#233;couverte, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans les documentaires de Michel Samson et Jean-Louis Comolli, on voit Gaudin portant coiffe traditionnelle faire campagne dans la communaut&#233; comorienne avec de forts relents n&#233;ocoloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bobos partout, bobos nulle part</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Bobos-partout-bobos-nulle-part</link>
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		<dc:date>2018-11-21T23:46:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>Placid</dc:subject>
		<dc:subject>Bouquin</dc:subject>
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		<dc:subject>Batignolles</dc:subject>

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&lt;p&gt;Un collectif de chercheurs vient de publier Les bobos n'existent pas , solide travail d'enqu&#234;te autour de la figure du &#171; bourgeois-boh&#232;me &#187;. D'une consistance sociologique proche de l'ectoplasme, le concept a plus &#233;t&#233; affaire de diversion que d'information. *** Quartier des Batignolles, 17e arrondissement de Paris. En 2009, la population active compte 52 % de professionnels de l'information et de la communication contre 6 % d'ouvriers. Gentrifi&#233;, le quartier ? Bobo&#239;s&#233; ? Les sociologues (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no168-septembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;168 (septembre 2018)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un collectif de chercheurs vient de publier &lt;i&gt;Les bobos n'existent pas &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;dit&#233; en 2018 aux Presses universitaires de Lyon.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, solide travail d'enqu&#234;te autour de la figure du &#171; bourgeois-boh&#232;me &#187;. D'une consistance sociologique proche de l'ectoplasme, le concept a plus &#233;t&#233; affaire de diversion que d'information.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2658 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH292/-918-3e153.jpg?1782962916' width='500' height='292' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Placid.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quartier des Batignolles&lt;/strong&gt;, 17&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement de Paris. En 2009, la population active compte 52 % de professionnels de l'information et de la communication contre 6 % d'ouvriers. Gentrifi&#233;, le quartier ? Bobo&#239;s&#233; ? Les sociologues Jean-Yves Authier et Ana&#239;s Collet questionnent un prof d'universit&#233; y habitant depuis 1998 : &#171; &lt;i&gt;Vous nous avez parl&#233; de &#8220; bobos '', est-ce que vous pourriez pr&#233;ciser ce que vous entendez par ce terme ?&lt;/i&gt; &#8211; &lt;i&gt;C'est une cat&#233;gorie qui ne veut rien dire, mais qui permet &#224; chacun de se faire comprendre sans se faire comprendre.&lt;/i&gt; &#187; Voil&#224; qui a le m&#233;rite de la clart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concept ayant fait flor&#232;s depuis les ann&#233;es 2000, les bobos sont partout. Dans les bars branch&#233;s, au comptoir des Biocoop, dans un ancien entrep&#244;t d'usine relook&#233; en loft. Sous son oxymore, le bourgeois-boh&#232;me est un hypocrite : il a beau kiffer les minorit&#233;s et les m&#339;urs non conventionnelles, sa barbe de hipster n'est l&#224; que pour cacher son sourire carnassier d'inf&#226;me gentrifieur. Le bobo est une cinqui&#232;me colonne. Un bouffeur de prolo. Un morceau de classe moyenne bien garni en capital culturel, tout &#224; son aise dans la fluidit&#233; num&#233;rique et les galeries d'art contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voil&#224;. Le bobo a ceci de commun avec l'arc-en-ciel que plus on s'en approche pour en toucher la substance, plus il se d&#233;robe. En croisant &#233;tudes de terrain et revues de presse, analyses statistiques et cartographies &#233;lectorales, une poign&#233;e de sociologues a d&#233;cid&#233; d'investiguer le ph&#233;nom&#232;ne. R&#233;sultat : &#224; part un coup d'&#233;clat s&#233;mantique ayant r&#233;gal&#233; &#233;ditorialistes et autres commentateurs soci&#233;taux pendant une quinzaine d'ann&#233;es, la baudruche finit en bourse plate. Au d&#233;part on a quoi ? Un best-seller sign&#233; du journaliste conservateur am&#233;ricain David Brooks. En 2000, l'homme publie &lt;i&gt;Bobos in Paradise&lt;/i&gt;, dans lequel il &#233;pingle une&lt;i&gt; upper-class&lt;/i&gt; bourr&#233;e d'oseille et &#233;lev&#233;e &#224; la contre-culture hippie. Des enfants g&#226;t&#233;s ayant rompu avec le dogme de la m&#233;ritocratie amerloque. Le concept traverse l'Atlantique et subit une hybridation hexagonale. La &#171; gauche caviar &#187; &#233;tant &#224; bout de souffle, &#171; bobo &#187; est l&#224; qui prend la rel&#232;ve. Import&#233; en France, le bobo est avant tout un cultureux. &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; ironise et cajole la gentille caricature. L'arch&#233;type d'un gauchisme soft, ouvert et tendance. Bobo n'est pas une menace et encore moins une insulte. &#192; la place du couteau entre les ratiches, on lui a fourr&#233; un cure-dent en bambou bio.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Triste tropisme&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 2007, la donne change. La droite d&#233;complex&#233;e sarkozyste fait de la figure du bobo l'homme &#224; abattre. L'identit&#233; nationale drague du c&#244;t&#233; de la France p&#233;riurbaine et conchie ces ultra-citadins adeptes du V&#233;lib' et du pain sans gluten. Bobo bascule du c&#244;t&#233; obscur de la farce &#233;lectorale. Au cour des pr&#233;sidentielles de 2012, les fachos de Riposte La&#239;que d&#233;gainent l'&#233;quation qui dit tout : &#171; &lt;i&gt;Bobos = socialistes = immigrationnistes = pro-islamistes &lt;/i&gt; &#187;. La boucle se boucle pour bobo qui devient un rouage du complot de l'anti-France. Triste tropisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier gros quart de &lt;i&gt;Les bobos n'existent pas&lt;/i&gt; reproduit des &#233;changes entre journalistes et sociologues lors de deux tables rondes. Les premiers ont besoin des seconds pour &#233;tayer leurs analyses, les seconds des premiers pour que leurs travaux sortent des revues d'initi&#233;s et atteignent le populo. Reste que les passerelles entre les deux univers sont parfois branlantes. Les journalistes reprochent aux chercheurs de ne pas s'&#234;tre d&#233;p&#234;tr&#233;s d'une sociologie marxisante, uniquement born&#233;e entre classe poss&#233;dante et prol&#233;tariat, tandis qu'une classe moyenne prot&#233;iforme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;prenait ses aises. Tandis que les sociologues pointent l'addiction de certains plumitifs &#224; un mot-valise sans contenu r&#233;el, sorte de gimmick impos&#233; par une soudaine mode langagi&#232;re. Prenant du champ, la sociologue Sylvie Tissot lie l'utilisation quasi compulsive du &#171; bobo &#187; &#224; une &#171; &lt;i&gt; disqualification plus large du militantisme, notamment dans la production m&#233;diatique &lt;/i&gt; &#187;. V&#233;n&#232;re, la chercheuse Anne Clerval balance une taloche sur la tignasse g&#233;lifi&#233;e d'un concept accus&#233; de n'avoir &#233;t&#233; jamais rien d'autre qu'un pr&#233;texte &#171; &lt;i&gt;au service d'une id&#233;ologie r&#233;actionnaire consistant &#224; pr&#244;ner la fin des classes et &#224; dire en substance : avant, il y avait les bourgeois et les boh&#232;mes, maintenant ils s'entendent, il n'y a plus de classes sociales &lt;/i&gt;[&#8230;]. &lt;i&gt;Et on se sert des bobos pour faire &#233;cran. On s'en prend &#224; eux parce que ceux qu'on d&#233;signe ainsi ont un certain pouvoir symbolique, mais on laisse dans l'ombre les poss&#233;dants, ceux qui tiennent leur pouvoir de la propri&#233;t&#233; du capital &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons enfin qu'un des contributeurs du livre, le g&#233;ographe Mattieu Giroud, a fini sa courte vie dans la mare de sang du Bataclan en novembre 2015. Fin analyste de la gentrification, il concluait : &#171; &lt;i&gt;En d&#233;finitive, on peut penser que le recours abusif &#224; la cat&#233;gorie &#8220; bobos '' dans la sph&#232;re politico-m&#233;diatique a &#233;t&#233; &#224; ce point erratique et stigmatisant qu'il la rend sans doute peu op&#233;ratoire pour retranscrire le v&#233;cu quotidien des individus. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;dit&#233; en 2018 aux Presses universitaires de Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Feminism United </title>
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		<dc:date>2014-11-17T04:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Queen Kong</dc:creator>


		<dc:subject>Caroline Sury</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue, le f&#233;minisme n'est pas un bloc soud&#233; de guerri&#232;res pr&#234;tes &#224; prendre le contr&#244;le sur le monde. En g&#233;n&#233;ral, on n'y est d'accord sur rien &#8211; et surtout pas sur la prostitution, la pornographie ou le port du voile, sans parler de l'urgence de supprimer la case &#171; Mademoiselle &#187; des formulaires administratifs. Les attaques, reproches et r&#232;glements de compte entre les diff&#233;rents courants sont si fr&#233;quents et si ravageurs qu'au moins comme &#231;a c'est s&#251;r, on ne gagnera (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue, le f&#233;minisme n'est pas un bloc soud&#233; de guerri&#232;res pr&#234;tes &#224; prendre le contr&#244;le sur le monde. En g&#233;n&#233;ral, on n'y est d'accord sur rien &#8211; et surtout pas sur la prostitution, la pornographie ou le port du voile, sans parler de l'urgence de supprimer la case &#171; Mademoiselle &#187; des formulaires administratifs. Les attaques, reproches et r&#232;glements de compte entre les diff&#233;rents courants sont si fr&#233;quents et si ravageurs qu'au moins comme &#231;a c'est s&#251;r, on ne gagnera jamais.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1234 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH382/p12-cqfdoct3-54048.jpg?1782641735' width='400' height='382' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, l'une des accusations les plus couramment adress&#233;es, ces derniers temps, &#224; des f&#233;ministes par d'autres f&#233;ministes, concerne l'oubli de la classe et/ou de la race au profit du genre. Le f&#233;minisme &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; de classe moyenne blanche, aussi bien dans sa version historique du MLF que dans celle, plus r&#233;cente, influenc&#233;e par les &lt;i&gt;Gender studies&lt;/i&gt;, et obnubil&#233; par des questions de salaires, de repr&#233;sentation, de position sociale, en oublierait de s'int&#233;resser aux in&#233;galit&#233;s entra&#238;n&#233;es par l'origine ethnique et le milieu social. Parfois d&#233;lib&#233;r&#233;ment colonialiste, d'autres fois aveugl&#233;ment individualiste, dans tous les cas r&#233;solument consum&#233;riste, il aurait finalement bien m&#233;rit&#233; sa r&#233;cup&#233;ration par des gouvernements avides de se racheter une l&#233;gitimit&#233; &#224; peu de frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au passage, on peut tout de m&#234;me trouver &#233;tonnant qu'un mouvement essentiellement port&#233; par des femmes pour combattre les in&#233;galit&#233;s dont elles sont victimes en tant que femmes se voie reprocher de ne pas combattre toutes les formes d'in&#233;galit&#233;s. C'est un peu comme si on reprochait au mouvement pour les droits civiques des Noirs de ne pas s'int&#233;resser aux Azt&#232;ques, au pacifisme de se contrefoutre de l'agriculture, ou au marxisme d'occulter la question des in&#233;galit&#233;s hommes-femmes. &lt;i&gt;Oh, wait&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, ce f&#233;minisme-l&#224; s'est donc concentr&#233; sur une in&#233;galit&#233;. Il l'a ind&#233;niablement fait, et continue de le faire, d'une mani&#232;re incompl&#232;te, maladroite et probl&#233;matique &#224; bien des &#233;gards. Mais il a eu le m&#233;rite de le faire ; et si toutes les femmes en France ont aujourd'hui la possibilit&#233; de b&#233;n&#233;ficier d'une contraception et d'avorter, c'est aussi parce que des Blanches de la classe moyenne, entre autres, ont combattu des injustices flagrantes auxquelles toutes sont confront&#233;es, des d&#233;tresses que toutes traversent, et ont trouv&#233; des r&#233;ponses qui soient les m&#234;mes pour toutes&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Droits qui s'exercent bien entendu avec toutes les limites, notamment dues &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, si l'on peut &#233;videmment reprocher &#224; Judith Butler et &#224; ses &#233;mules l'absence de toute critique envers la soci&#233;t&#233; de consommation, l'&#233;troitesse d'esprit avec laquelle elles consid&#232;rent que tout le monde peut se payer le luxe de &#171; n&#233;gocier &#187; avec sa &#171; subjectivit&#233; &#187;, ne peut-on pas penser que leur tentative de faire reconna&#238;tre que les cat&#233;gories masculin-f&#233;minin ne sont ni naturelles, ni fig&#233;es, finira par faire du bien &#224; tout le monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut esp&#233;rer que des femmes qui s'ouvrent au f&#233;minisme, parce qu'elles prennent conscience d'une in&#233;galit&#233; dont elles sont victimes, changent de regard sur d'autres in&#233;galit&#233;s (on peut esp&#233;rer). On peut aussi se souvenir qu'&#234;tre une femme, c'est toujours subir une domination en soi, m&#234;me si on est riche et blanche ; et une domination de plus&#8200;&#8211; et non des moindres &#8211;&#8200;quand on est par ailleurs pauvre et noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, l'histoire du f&#233;minisme est entach&#233;e d'erreurs, de malhonn&#234;tet&#233;s, d'&#233;go&#239;smes &#8211; quel mouvement ne l'est pas ? Mais plut&#244;t que d'en saper continuellement les bases, tant historiques qu'id&#233;ologiques, ne vaudrait-il pas mieux se demander ce que le f&#233;minisme peut nous apporter &#224; toutes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si celles et ceux qui croient ne pas y avoir acc&#232;s per&#231;oivent souvent le f&#233;minisme comme une autorit&#233; morale de plus, qui distribue des le&#231;ons depuis sa tour d'ivoire, il ne manque pourtant pas de probl&#233;matiques communes &#224; toutes les classes, &#224; toutes les peaux&#8200;&#8211;&#8200;la violence, conjugale ou non, la difficult&#233; d'&#234;tre m&#232;re, la d&#233;pendance financi&#232;re&#8230; ou encore l'existence d'&#201;ric Zemmour, existence d'autant plus paisible et sereine qu'on se charge nous-m&#234;mes de nous rendre inoffensives.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Droits qui s'exercent bien entendu avec toutes les limites, notamment dues &#224; la d&#233;liquescence du service public qu'on conna&#238;t aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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