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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Rembourser la dette comme on fait p&#233;nitence &#187;</title>
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		<dc:creator> Ga&#235;lle Desnos</dc:creator>


		<dc:subject>JMB</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En juillet 2025, Bayrou proposait une ann&#233;e blanche, la suppression de deux jours f&#233;ri&#233;s et tout un tas de mesures aust&#233;ritaires pour &#233;chapper &#224; la &#171; mal&#233;diction de la dette &#187;. Rien que &#231;a. On d&#233;bunke ce discours mystico-religieux avec Maxime Menuet, &#233;conomiste et professeur &#224; l'Universit&#233; C&#244;te d'Azur. R&#233;cemment, le Premier ministre et son gouvernement d&#233;missionnaire ont tenu des propos alarmistes sur la dette de la France. Selon vous, la situation est-elle aussi grave qu'ils le disent ? (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no245-octobre-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;245 (octobre 2025)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/JMB" rel="tag"&gt;JMB&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd_4_-2-2a69e.png?1768655256' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En juillet 2025, Bayrou proposait une ann&#233;e blanche, la suppression de deux jours f&#233;ri&#233;s et tout un tas de mesures aust&#233;ritaires pour &#233;chapper &#224; la &#171; &lt;i&gt;mal&#233;diction de la dette&lt;/i&gt; &#187;. Rien que &#231;a. On d&#233;bunke ce discours mystico-religieux avec Maxime Menuet, &#233;conomiste et professeur &#224; l'Universit&#233; C&#244;te d'Azur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6260 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/245_03_jmbertoyas_dette.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH650/245_03_jmbertoyas_dette-d7248.jpg?1768655256' width='500' height='650' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;cemment, le Premier ministre et son gouvernement d&#233;missionnaire ont tenu des propos alarmistes sur la dette de la France. Selon vous, la situation est-elle aussi grave qu'ils le disent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non, elle est loin d'&#234;tre aussi catastrophique. D'abord, rappelons qu'une dette publique n'est pas comparable &#224; une dette priv&#233;e &#8211; celle des m&#233;nages ou des entreprises. L'&#201;tat a ce qu'on appelle un &#8220;horizon infini&#8221;. &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Analyses-et-actions' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les m&#233;nages et les entreprises doivent solder leurs cr&#233;ances&lt;/a&gt; parce qu'ils peuvent mourir. L'&#201;tat, lui, ne meurt jamais, et peut donc ind&#233;finiment se refinancer en r&#233;empruntant : on dit qu'il &#8220;fait rouler la dette&#8221;. En revanche, il doit s'acquitter des int&#233;r&#234;ts : il s'agit de la fameuse &#8220;charge de la dette&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre, il faut toujours raisonner en ratio de PIB : c'est le poids de la dette par rapport &#224; la richesse nationale qui compte. En France, celui-ci se situe aujourd'hui autour de 113&#8211;115 % du PIB. Le chiffre peut impressionner parce qu'il d&#233;passe 100 %, mais il doit &#234;tre mis en perspective : certains pays d&#233;velopp&#233;s sont nettement plus endett&#233;s (le Japon d&#233;passe 200 %, les &#201;tats-Unis sont &#224; 124 %) et, historiquement, les ratios ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; bien plus &#233;lev&#233;s, notamment pendant les guerres mondiales. Quant &#224; la charge de la dette, c'est-&#224;-dire les int&#233;r&#234;ts vers&#233;s chaque ann&#233;e aux cr&#233;anciers, elle repr&#233;sente environ 2 % du PIB. C'est relativement faible par rapport aux ann&#233;es 1990 et 2000 par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;valuer la trajectoire de la dette, sa &#8220;soutenabilit&#233;&#8221;, les &#233;conomistes observent l'&#233;cart entre le taux d'int&#233;r&#234;t auquel le pays emprunte et son taux de croissance. Si le premier d&#233;passe la second, cela signifie que la dette augmente plus vite que la richesse nationale, ce qui peut poser probl&#232;me. Aujourd'hui, la croissance fran&#231;aise est faible (autour de 0,4&#8211;0,5 %), tandis que les taux auxquels elle emprunte sont un peu au-dessus de 3 %. La dette risque donc de progresser plus vite que le PIB. Mais &#224; mon avis, le c&#339;ur du sujet est surtout le manque de croissance : c'est l'insuffisance d'activit&#233; et de cr&#233;ation de richesse qui pose probl&#232;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Raison pour laquelle la note de la France a &#233;t&#233; baiss&#233;e par l'agence de notation Fitch ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Oui et pour autant, les taux d'int&#233;r&#234;t ne sont pas mont&#233;s en fl&#232;che. En r&#233;alit&#233;, notre dette est toujours consid&#233;r&#233;e comme un actif s&#251;r. Un signe r&#233;v&#233;lateur est la stabilit&#233; des porteurs : une part croissante des investisseurs conserve les titres de dette fran&#231;aise sur la dur&#233;e, au lieu de les c&#233;der rapidement sur les march&#233;s secondaires pour sp&#233;culer. Cette r&#233;tention de long terme constitue, en finance, un marqueur clair de confiance.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Nous sommes tous, &#173;collectivement, propri&#233;taires d'environ un quart de notre propre dette &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un autre aspect souvent n&#233;glig&#233; concerne la r&#233;partition des d&#233;tenteurs. Environ 45 % des titres sont aujourd'hui entre les mains de r&#233;sidents et 55 % de non-r&#233;sidents, un niveau parmi les plus &#233;lev&#233;s des pays d&#233;velopp&#233;s. Cela traduit l'attractivit&#233; de la dette fran&#231;aise, que fonds de pension, banques et assureurs ach&#232;tent volontiers. &#192; noter enfin : pr&#232;s d'un quart de l'encourt est d&#233;tenu par la Banque de France, c'est-&#224;-dire par une institution publique. Nous sommes donc tous, collectivement, propri&#233;taires d'environ un quart de notre propre dette ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans une tribune sign&#233;e dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, vous pointez le r&#233;cit &#171; moral &#187; entourant la dette. Qu'entendez-vous par l&#224; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout &#224; fait. C'est un discours qu'a fortement incarn&#233; Fran&#231;ois Bayrou r&#233;cemment : la dette serait une &#8220;mal&#233;diction&#8221; collective. Cette repr&#233;sentation s'inscrit dans un h&#233;ritage religieux et moral bien particulier, forg&#233; d&#232;s les XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles. Dans la tradition biblique, le m&#234;me mot sert souvent &#224; d&#233;signer la &#8220;dette&#8221; et la &#8220;faute&#8221; &#8211; en grec, en aram&#233;en, en h&#233;breu. Et cette vieille &#233;quivalence impr&#232;gne encore nos imaginaires : la dette serait un p&#233;ch&#233; &#224; expier, qu'il faudrait rembourser comme on fait p&#233;nitence. Les efforts demand&#233;s prennent alors la forme d'une repentance collective. Il faut d&#233;construire ce mythe de toute urgence !&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les cures d'aust&#233;rit&#233; sont un rem&#232;de pire que le mal, la BCE le sait et a chang&#233; d'attitude depuis la Gr&#232;ce &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans nos &#233;conomies capitalistes, la dette publique constitue un d&#233;bouch&#233; pour les gros patrimoines. Elle n'est pas une faveur g&#233;n&#233;reusement accord&#233;e par des pr&#234;teurs charitables &#224; des &#201;tats imp&#233;cunieux, mais un placement pour des &#233;pargnants ais&#233;s en qu&#234;te de rendement. Et du point de vue de l'&#201;tat, il s'agit d'un instrument de financement parmi d'autres ! Ailleurs, dans certaines cultures africaines par exemple, &lt;a href='https://cqfd-journal.org/You-re-not-a-loan' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la dette est d&#233;dramatis&#233;e : loin d'&#234;tre per&#231;ue comme une faute, elle est une simple m&#233;thode de r&#233;partition.&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le registre moral ne sert-il pas surtout &#224; fabriquer du consentement &#224; l'aust&#233;rit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, c'est avant tout politique. En r&#233;alit&#233;, les finances publiques disposent de leviers pour all&#233;ger ou &#233;taler la dette : ren&#233;gociations, allongement des maturit&#233;s, interventions des banques centrales, etc. Et si, par hypoth&#232;se, les taux s'envolaient et qu'une v&#233;ritable crise survenait, la Banque centrale europ&#233;enne (BCE) interviendrait. L'&#233;pisode grec l'a montr&#233; : les cures d'aust&#233;rit&#233; sont un rem&#232;de pire que le mal, elles compriment fortement la croissance et font m&#233;caniquement augmenter le ratio dette/PIB. La BCE le sait, et a chang&#233; d'attitude depuis. D'autant que la France est l'un des pays moteurs de la zone et que l'euro est une monnaie solide : l'Eurosyst&#232;me ne laisserait pas une telle d&#233;stabilisation mettre en p&#233;ril l'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, l'aust&#233;rit&#233; n'est pas seulement dangereuse d'un point de vue financier. Elle l'est aussi pour l'investissement dans des secteurs cl&#233;s comme la transition &#233;cologique. Or, ce qui se creuse de mani&#232;re inexorable, c'est bien la dette &#233;cologique ! Le voil&#224; le vrai passif. Aucun tour de passe-passe comptable ni sauvetage institutionnel ne pourra l'effacer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; gauche, une contre-proposition aux &#233;conomies pr&#233;vues par Bayrou pour sortir la France de la banqueroute a &#233;merg&#233; : l'embl&#233;matique &#171; taxe Zucman &#187;. Qu'en pensez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De nombreux travaux en &#233;conomie ont montr&#233; que l'imp&#244;t est progressif jusqu'&#224; un certain seuil au-del&#224; duquel il se met &#224; r&#233;gresser. Ainsi, les 0,0008 % les plus fortun&#233;s s'acquittent d'environ 26 % d'imp&#244;ts, tandis les 0,1 % les plus riches paient autour de 46 %. L'&#233;conomiste Gabriel Zucman propose d'instaurer un plancher d'imposition de 2 % sur le patrimoine des ultra-riches au-del&#224; de 100 millions d'euros. D'apr&#232;s ses calculs, cela rapporterait pr&#232;s de 20 milliards d'euros. Ce n'est pas les 44 milliards que cherchait Bayrou, mais c'est d&#233;j&#224; &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les aides publiques en faveur des entreprises sont un v&#233;ritable capharna&#252;m : la France a empil&#233; les mesures et Bercy peine &#224; en dresser un inventaire exhaustif &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, plusieurs juristes estiment que le Conseil constitutionnel pourrait censurer une telle mesure au nom du caract&#232;re potentiellement &#8220;confiscatoire&#8221; de l'assiette (environ 1 800 personnes). En 2012, il avait d&#233;j&#224; retoqu&#233; des &#233;l&#233;ments de l'ISF pour un motif similaire&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; part ces &#233;l&#233;ments pr&#233;cis, l'ISF touchait plusieurs centaines de milliers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'il en soit, je comprends pourquoi la gauche &#233;rige cette mesure en totem : elle vise &#224; changer de cap et &#224; trouver des ressources ailleurs que dans la poche des plus pr&#233;caires. Mais au-del&#224; des modalit&#233;s de financement de la d&#233;pense publique, il faut aussi de toute urgence examiner les effets de cette d&#233;pense. Et l&#224;, c'est tout le logiciel de l'&#201;tat qu'il faut revoir ! Les aides publiques en faveur des entreprises par exemple : ces dispositifs sont devenus un v&#233;ritable capharna&#252;m&#8230; Une commission d'enqu&#234;te du S&#233;nat a r&#233;cemment avanc&#233; le fameux chiffre de 211 milliards d'aides (sans compter celles des collectivit&#233;s). Depuis les ann&#233;es 1980, la France a empil&#233; les mesures et Bercy peine &#224; en dresser un inventaire exhaustif. Les &#233;valuations montrent des effets quasi nuls sur l'emploi et la croissance ; l'impact principal tenant surtout en une reconstitution des marges. D'o&#249; une piste &#233;vidente : cartographier et simplifier ces dispositifs, puis les orienter dans une logique de planification en d&#233;finissant, &#224; 20 ou 30 ans, les fili&#232;res et secteurs &#224; soutenir. La planification &#233;cologique, les services publics, les secteurs strat&#233;giques&#8230;Il y a beaucoup de chantiers ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ga&#235;lle Desnos&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; lire aussi :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Les-parasites-ne-sont-pas-ceux-que' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Nicolas Framont : &#171; Les parasites ne sont pas ceux que l'on croit &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/60-milliards-de-mensonges' class=&#034;spip_in&#034;&gt;60 milliards de mensonges&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Hausse-des-droits-de-douanes-le' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Hausse des droits de douanes : le capitalisme en crise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; part ces &#233;l&#233;ments pr&#233;cis, l'ISF touchait plusieurs centaines de milliers de m&#233;nages qui, chaque ann&#233;e, devait s'acquitter d'un imp&#244;t direct calcul&#233; sur la valeur du patrimoine, avec un bar&#232;me progressif d&#232;s 1,3 million d'euros. Loin d'&#234;tre un &#171; matraquage fiscale &#187;, la mesure avait quand m&#234;me un certain panache. La taxe Zucman, elle, ne vise que les immenses patrimoines et est surtout corrective : on fixe un minimum d'imp&#244;t de 2 % puis, chaque ann&#233;e, on regarde ce que la personne a d&#233;j&#224; pay&#233;s et si c'est inf&#233;rieur &#224; 2 % de sa fortune, on lui demande de compl&#233;ter. Elle est donc beaucoup moins transformatrice pour l'ensemble du syst&#232;me fiscal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Si la paresse squattait les urnes&#8230;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Si-la-paresse-squattait-les-urnes</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Avec Paresse pour tous, l'&#233;crivain Hadrien Klent balance un pav&#233; dans la mare des imaginaires politiques radicaux, mettant en sc&#232;ne une candidature &#224; la pr&#233;sidentielle 2022 aussi bien r&#233;volutionnaire dans les id&#233;es qu'efficace dans les urnes. En premi&#232;re ligne, le joyeux refus du productivisme &#224; tous crins. Il y a des bouquins qui forcent le lecteur &#224; se d&#233;caler &#8211; que l'on partage ou pas leurs bases de d&#233;part, ils forent des appels d'air. Il en va ainsi de Paresse pour tous (Le Tripode, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no200-juillet-aout-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;200 (juillet-ao&#251;t 2021)&lt;/a&gt;

/ 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vie" rel="tag"&gt;vie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Emilien-Long" rel="tag"&gt;&#201;milien Long&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mais" rel="tag"&gt;Mais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Emilien" rel="tag"&gt;&#201;milien&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/n-est" rel="tag"&gt;n'est&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;Paresse pour tous&lt;/i&gt;, l'&#233;crivain Hadrien Klent balance un pav&#233; dans la mare des imaginaires politiques radicaux, mettant en sc&#232;ne une candidature &#224; la pr&#233;sidentielle 2022 aussi bien r&#233;volutionnaire dans les id&#233;es qu'efficace dans les urnes. En premi&#232;re ligne, le joyeux refus du productivisme &#224; tous crins.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3680 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1816.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH716/-1816-1bc4f.jpg?1768731299' width='500' height='716' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de JMB
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a des bouquins qui forcent le lecteur &#224; se d&#233;caler &#8211; que l'on partage ou pas leurs bases de d&#233;part, ils forent des appels d'air. Il en va ainsi de &lt;i&gt;Paresse pour tous&lt;/i&gt; (Le Tripode, mai 2021&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;), ouvrage sign&#233; du myst&#233;rieux Hadrien Klent. Son postulat : &#224; la pr&#233;sidentielle 2022 se pr&#233;sente un certain &#201;milien Long, &#233;conomiste adepte de la r&#233;duction drastique du temps de travail, auteur d'un essai sur &lt;i&gt;Le Droit &#224; la paresse au XXI&lt;/i&gt;&lt;sup&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;/sup&gt;&lt;i&gt; si&#232;cle,&lt;/i&gt; et globalement radicalement hostile aux passions tristes gouvernant le monde politique. Un type qui pourrait &#234;tre un pote, un camarade de randonn&#233;e ou de discussion avin&#233;e, et qui d&#233;balle ces questions que le champ politique s'&#233;vertue &#224; consid&#233;rer comme farfelues alors m&#234;me que la plan&#232;te br&#251;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pourquoi pas &lt;/i&gt;[...]&lt;i&gt; lancer une candidature &lt;/i&gt;[...]&lt;i&gt; qui soit celle de cette vision-l&#224; de la soci&#233;t&#233;, &lt;/i&gt;s'interroge ainsi l'apprenti candidat au d&#233;but du texte&lt;i&gt;. Une soci&#233;t&#233; qui refuse le productivisme, qui refuse la destruction de la nature, qui refuse la fuite en avant. Une soci&#233;t&#233; o&#249; les gens peuvent respirer, dans tous les sens du terme : respirer un meilleur air, un air moins chaud, moins pollu&#233;, et respirer parce qu'ils ont du temps en dehors du travail, pour vivre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Hadrien Klent de d&#233;vider cette pelote, &#224; la fois &#233;vidente et inimaginable : une candidature vraiment &lt;i&gt;d&#233;sirable&lt;/i&gt;, entra&#238;nant dans son sillage un bouleversement drastique du champ politique. On n'est pas oblig&#233; d'y croire. On peut se montrer sceptique ou m&#234;me carr&#233;ment hostile. Mais l'exercice force en tout cas &#224; la r&#233;flexion, avec en guise d'accompagnement de nombreuses banderilles habilement plant&#233;es dans l'actualit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#8220;Prenez soin de vous.&#8221; Cette expression s'est impos&#233;e en quelques jours &#8211;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;pourquoi ? Pourquoi un temps d'&#233;pid&#233;mie serait-il le seul moment o&#249; il faudrait prendre soin de soi ? Pourquoi avant c'&#233;tait &#8220;bonne journ&#233;e&#8221;, &#8220;bon courage&#8221;, et &#224; cause d'un virus on doit prendre enfin soin de soi ? Pourquoi ne pas tout le temps prendre soin de soi, des autres, de la plan&#232;te o&#249; l'on vit&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors voil&#224;, Monsieur Klent, on ne vous remercie pas de nous forcer &#224; parler &#233;lections dans un journal &#224; ADN anar. Mais on avait tr&#232;s envie de lancer un dialogue. Le voil&#224; donc, mitonn&#233; entre deux siestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton roman et son personnage principal se revendiquent de Paul Lafargue et de son&lt;i&gt; Droit &#224; la paresse &lt;/i&gt;(1880). En quoi ce texte reste-t-il d'actualit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plus encore que le texte, c'est le principe qui est d'actualit&#233;. Le droit &#224; la paresse &#233;tait tr&#232;s actuel en 1880 &#224; l'&#233;poque de Lafargue o&#249; le capitalisme machiniste tournait &#224; plein r&#233;gime ; tr&#232;s actuel en 1930 quand l'&#233;conomiste Keynes s'adressait &#224; ses petits-enfants ; tr&#232;s actuel aussi en 52 apr&#232;s le d&#233;but de notre &#232;re, quand S&#233;n&#232;que &#233;crivait &lt;i&gt;De la bri&#232;vet&#233; de la vie &lt;/i&gt; ; et &#233;videmment tr&#232;s actuel aujourd'hui. Ce qui est s&#233;ditieux, c'est de refuser que le travail soit le centre de la vie et ce, &#224; quelque &#233;poque que ce soit : ce que cette formule de Lafargue a de tr&#232;s malin, c'est d'inverser la logique traditionnelle. Ce n'est pas offrir le droit au travail qu'il faut, mais le droit &#224; la paresse, c'est-&#224;-dire au temps libre, &#224; la connexion r&#233;elle entre chaque individu et sa vie. Je partage l'agacement de Lafargue contre toute une gauche qui mettait (et qui met encore) en avant le travail comme outil de lib&#233;ration, d'&#233;mancipation. L'&#233;mancipation ne se fera jamais dans le cadre du salariat ! Et il faut arriver &#224; se d&#233;prendre de cette id&#233;e qu'on est ce qu'on fait dans le champ social : on est, heureusement, bien plus qu'une fonction ou qu'un m&#233;tier. On est multiple, et le r&#244;le de la soci&#233;t&#233; ce devrait &#234;tre d'organiser la possibilit&#233; du d&#233;ploiement de cette multiplicit&#233;. D'o&#249; le pari du roman, qui est de proposer une r&#233;duction radicale du temps de travail : trois heures par jour maximum, comme chez Lafargue et comme chez Keynes &#8211; le reste, comme le dit &#201;milien Long, c'est pour la vie ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On est en m&#234;me temps dans le champ de l'&#233;vidence et dans celui de l'utopie, tant ce n'est pas dans l'air du temps. Exemple entre mille, le macroniste Stanislas Guerini vient de bramer : &#171; &lt;i&gt;Il faut travailler plus longtemps, c&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;est le sens de l&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;histoire.&lt;/i&gt; &#187; Et cette id&#233;e est tellement install&#233;e que plus grand monde n'ose l'&#233;br&#233;cher &#8211; m&#234;me dans notre &#171; camp &#187;. De l&#224; &#224; v&#233;ritablement s'y attaquer, il y a un gouffre... Pourquoi cette frilosit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e sur le sujet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pourrais expliquer cette frilosit&#233; en posant une question un peu plus large : pourquoi, alors qu'il y a plus de pauvres que de riches, plus de salari&#233;s que de patrons, plus de gens ouverts que de racistes, plus de gens dr&#244;les que de gens sinistres, eh bien pourquoi la richesse, le patronat, le racisme et la sinistrose squattent non seulement nos m&#233;dias, mais aussi nos imaginaires ? Rien de tr&#232;s nouveau sous le soleil, &#233;videmment, mais quand m&#234;me : le fait d'utiliser les &#8220;armes&#8221; de l'ennemi pour se construire son sch&#233;ma de pens&#233;e est un v&#233;ritable probl&#232;me. Penser le travail productif comme cadre de nos existences, &#234;tre un peu afflig&#233;s quand quelqu'un d&#233;cide de &#8220;refuser de parvenir&#8221; (c'est-&#224;-dire ne pas avoir le bon boulot et le gros salaire que ses &#233;tudes lui promettaient) ou tourne le dos &#224; une position sociale envi&#233;e (y compris un artiste qui en a marre de g&#226;cher sa vie en n'arr&#234;tant pas de produire de nouveaux objets culturels), vouloir que nos enfants se d&#233;terminent par le travail qu'ils vont devoir trouver (sans comprendre que c'est une part tr&#232;s minoritaire de l'ensemble de l'arc de la vie), et ainsi de suite : nous sommes tous, peu ou prou, coupables parfois de ce collaborationnisme au petit pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au sens de l'histoire, tel qu'on le voit actuellement, il montre une chose : que la dur&#233;e de la vie s'allonge. L&#224;-dessus il n'y a pas de doutes : mais pourquoi de ce fait incontestable on devrait d&#233;duire qu'il faut allonger le temps travaill&#233; au cours d'une vie ? Il y a plein d'autres choses qui vont, actuellement, dans le sens de l'histoire : par exemple les grands patrons et les d&#233;tenteurs de capital sont de plus en plus riches &#8211; on pourrait donc dire, avec ni plus ni moins de rigueur que la personne que tu cites : &#8220;&lt;i&gt;Il faut plus taxer les riches, c'est le sens de l'histoire.&lt;/i&gt;&#8221; Ce que j'essaie de montrer dans le roman, c'est qu'il y a une r&#233;alit&#233; ind&#233;niable : la productivit&#233; n'a cess&#233; d'augmenter, et les richesses aussi. On aurait pu d&#233;cider (on pourrait toujours !) d'affecter diff&#233;remment les gains de productivit&#233; : ne pas &#234;tre plus riches (plus de biens de consommation, plus de loisirs, plus de bouffes au resto, etc.), mais moins travailler. Et quand tu parles de &#8220;notre camp&#8221;, il faut quand m&#234;me parler des r&#233;sistants, et notamment rendre hommage &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; qui avait fait un tr&#232;s bon dossier sur le th&#232;me de la fin du travail il y a quelques ann&#233;es ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, on est des adeptes revendiqu&#233;s de la paresse telle que tu la d&#233;finis&#8230; Mais il y a une chose qui nous diff&#233;rencie de ton personnage : la plupart des camarades bricolant ce journal ne croient pas vraiment aux &#233;lections, encore moins pr&#233;sidentielles. Comment arriver &#224; concilier ce cirque vici&#233; vou&#233; &#224; perp&#233;tuer l'existant et l'espoir d'un changement radical ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je savais bien que tu allais finir par mordre ! On arrive au fameux point Godwin de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : la d&#233;mocratie c'est du caca ! &#201;lections pi&#232;ge &#224; con ! &#201;milien Long social-tra&#238;tre ! Dans le livre, j'affronte &#233;videmment cette question, et notamment dans une sc&#232;ne o&#249; mon personnage donne une interview &#224; une s&#233;rie de revues ou collectifs situ&#233;s entre l'extr&#234;me gauche et l'ultragauche (&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, &#233;videmment, mais aussi &lt;i&gt;Lundi matin&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Panth&#232;re premi&#232;re&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Actuel Marx&lt;/i&gt; et Pi&#232;ces et main-d'&#339;uvre). En gros, les intervieweurs lui font comprendre (comme tu le fais) que c'est sale, la politique &#8220;traditionnelle&#8221;, et qu'il n'aboutira &#224; rien en se pr&#233;sentant aux &#233;lections. Sa r&#233;ponse est tout &#224; fait celle des bons vieux r&#233;formistes : en gros, il y a deux fa&#231;ons de faire bouger le syst&#232;me. Soit de l'ext&#233;rieur, et jusqu'&#224; pr&#233;sent &#231;a n'a pas r&#233;ellement march&#233; en France (sauf par petits &#224;-coups sporadiques), soit de l'int&#233;rieur et, quoi qu'on en dise, on a un syst&#232;me &#233;lectoral qui reste ouvert et non truqu&#233; &#8211; ce qui n'est pas rien non plus. Jusqu'&#224; preuve du contraire, il n'y a pas de bourrage d'urnes ni d'assassinat cibl&#233; de candidats en France pour une pr&#233;sidentielle...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par contre un syst&#232;me sociologiquement ferm&#233;, puisqu'il est peu probable de se retrouver candidat &#224; la pr&#233;sidentielle quand on travaille dans un abattoir ou un Ehpad. D'o&#249; le fait que j'ai choisi un personnage qui est normalien, prix Nobel d'&#233;conomie, donc &#8220;l&#233;gitime&#8221; dans le champ politique traditionnel &#8211; sauf que, malgr&#233; ce parcours qui devrait le pousser &#224; nourrir la b&#234;te lib&#233;rale, il d&#233;cide de renverser la table et de faire du droit &#224; la paresse un programme &#233;lectoral. C'est une utopie, &#233;videmment, mais &#224; mes yeux pas moins attirante que d'autres... En tout cas, j'esp&#232;re que, si demain il y a un programme de cette radicalit&#233;-l&#224; dans le champ &#233;lectoral, vous ne l'enverrez pas balader au motif que ce n'est pas une r&#233;volution telle qu'elle est class&#233;e selon vos crit&#232;res &#224; vous... Quant &#224; voir ce qu'une utopie peut donner apr&#232;s une &#233;lection, &#231;a, tu le verras dans le tome 2 ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais l&#224; o&#249; cela semble vraiment utopique, c'est que ces id&#233;es soient d&#233;battues publiquement. Pas qu'une candidature autre &#233;merge, mais que la d&#233;croissance ou la r&#233;duction drastique du temps de travail soient discut&#233;es r&#233;ellement, sans &#233;touffoir, et rivalisent, par exemple, avec l'&#233;pouvantail ins&#233;curit&#233;. Comme si on avait totalement perdu la bataille des affects et des imaginaires. En ce sens, &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;An 01 &lt;/i&gt;de G&#233;b&#233; a fait &#224; mes yeux plus pour la &lt;i&gt;vraie &lt;/i&gt;&#233;cologie que n'importe quelle candidature verd&#226;tre. Et je me dis que c'est pour &#231;a que tu as choisi le champ de la fiction, parce que &#231;a peut plus &#171; peser &#187; qu'un essai...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L&#224;-dessus on va &#234;tre totalement d'accord. D'une part, en effet, cette d&#233;faite g&#233;n&#233;rale est assez dingue : qu'on n'entende qu'&#224; peine des voix d&#233;croissantes dans le monde &#8220;&lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;&#8221; (m&#233;dias, &#233;lections, etc.) alors que, d'un autre c&#244;t&#233;, de plus en plus de m&#233;dias et de responsables politiques sont d'accord pour alerter sur le fait qu'on va droit dans le mur, c'est assez incompr&#233;hensible. Comme si un discours officiel &#233;tait : on fait n'importe quoi, mais surtout continuons ! Au moins, pendant les Trente Glorieuses, le discours officiel c'&#233;tait : ce qu'on fait c'est g&#233;nial, alors continuons. Mais maintenant, on a le sentiment de l'&#233;chec sans pour autant vouloir de quelque fa&#231;on que ce soit changer le moindre iota. D'o&#249; un mouvement du type des Gilets jaunes qui, &#224; mes yeux, souligne l'impossibilit&#233; dans laquelle se trouve notre soci&#233;t&#233;, notre &#233;poque. Tout va mal, y compris la contestation : des gens dans des SUV &lt;i&gt;low cost&lt;/i&gt; mais sur&#233;quip&#233;s r&#233;clament de payer leur essence moins cher&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une vision des Gilets jaunes pour le moins partielle que ne partage pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;... L&#224;, on est tr&#232;s tr&#232;s loin de l'esprit de &lt;i&gt;L'An 01 &lt;/i&gt; ! Et donc, oui, bien s&#251;r, &#233;videmment, certainement, sans le moindre doute, &lt;i&gt;L'An 01 &lt;/i&gt;est un livre (et un film) de salubrit&#233; publique, hyper politique tout en &#233;tant hyper po&#233;tique. Typique des ann&#233;es 1970, o&#249; il &#233;tait plus facile d'&#234;tre contre le syst&#232;me en restant joyeux. &#192; ce propos, il n'est pas anodin de rappeler le lent ramollissement des candidatures &#233;colos aux &#233;lections pr&#233;sidentielles : en 1974, Ren&#233; Dumont &#233;tait un furieux (pr&#244;nant l'&#8220;&lt;i&gt;arr&#234;t de la fabrication des automobiles d&#233;passant 4 CV&lt;/i&gt;&#8221;, c'est-&#224;-dire de toutes les bagnoles sauf les plus petites) ; en 1981 Brice Lalonde &#233;tait un engag&#233; (d&#233;fenseur d'une &#8220;&lt;i&gt;soci&#233;t&#233; moins productiviste&lt;/i&gt;&#8221; et de &#8220;&lt;i&gt;l'&#233;conomie souterraine de bricolage&lt;/i&gt;&#8221;) ; en 1988 Antoine Waechter &#233;tait un politicien (&#8220;&lt;i&gt;ni droite ni gauche&lt;/i&gt;&#8221;...). En trois &#233;lections on &#233;tait pass&#233; d'une utopie flamboyante &#224; un piteux tour de piste &#233;lectoraliste. Et donc, dans mon roman j'imagine un &#201;milien Long qui marche sur les traces de Dumont tout en ayant les comp&#233;tences de &lt;i&gt;[l'&#233;conomiste Thomas]&lt;/i&gt; Piketty. Pour r&#233;pondre enfin &#224; ta question, oui,s le champ de la fiction permet de d&#233;ployer tr&#232;s bien tous ces enjeux anti-productivistes dans un monde qu'on aimerait &#234;tre le n&#244;tre, l&#224;, tout de suite, alors qu'un essai aurait tendance &#224; rappeler pour la &#233;ni&#232;me fois que le travail et la consommation occupent trop de place dans nos vies sans savoir vraiment comment d&#233;passer ce constat... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;J&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;esp&#233;rais que ce confinement serait un temps de remise en question du productivisme&lt;/i&gt; &#187;, dit &#201;milien Long. Face &#224; la grosse probabilit&#233; que ce type de crise se r&#233;p&#232;te, est-ce qu'on peut imaginer qu'il en naisse des cons&#233;quences positives, notamment dans notre addiction aux technologies ? C'&#233;tait d'ailleurs en partie le th&#232;me de ton pr&#233;c&#233;dent roman,&lt;i&gt; La Grande Panne &lt;/i&gt;(Le Tripode, 2016), qui r&#233;sonne &#233;trangement avec l'actualit&#233; r&#233;cente...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Honn&#234;tement, je ne crois pas que ces crises-ci suffiront &#224; faire changer les gens... Il y a ce truc un peu particulier de l'esp&#232;ce humaine, qui est une grande qualit&#233; et un grand d&#233;faut : sa plasticit&#233;. Elle a pu se passer de smartphone pendant des mill&#233;naires. Et depuis que le smartphone est arriv&#233;, il lui semble indispensable &#8211; et s'il disparaissait demain, l'humanit&#233; s'en passerait &#224; nouveau tr&#232;s bien. Mais, probl&#232;me : le smartphone est l&#224;, pour le moment. Le Covid a sembl&#233; faire vaciller plein de certitudes, mais en fait non : pendant deux mois, les gens ne sortaient qu'une heure par jour, d&#233;sinfectaient leurs chaussures, ne voyageaient plus. Fin du confinement, r&#233;ouverture des fronti&#232;res, vaccination : tout le monde repart comme si de rien n'&#233;tait ! Ce que je veux dire, c'est qu'aucune addiction ne s'arr&#234;tera toute seule : les nouvelles technologies disparaissaient pendant &lt;i&gt;La Grande panne&lt;/i&gt;, mais elles sont revenues en m&#234;me temps que le courant &#233;lectrique ! Demain, si cinq centrales nucl&#233;aires p&#233;taient en France, pass&#233;e la sid&#233;ration, les survivants s'organiseraient et reconcevraient une vie dans un monde apocalyptique. Donc il faut raisonner dans la situation du pr&#233;sent : qu'est-ce qu'on peut faire maintenant, aujourd'hui ? Moins travailler, moins consommer, moins se fermer aux autres, oui, &#231;a on peut le faire. Donc il faut le faire &#8211; sans attendre la crise ou la non-crise. C'est pour &#231;a que j'ai un peu de distance devant les discours messianiques de certains militantismes : on attend quelque chose qui va changer le monde. Mais ce n'est pas &lt;i&gt;quelque chose&lt;/i&gt;, ce n'est pas un moment, ce n'est pas un &#233;pisode : c'est nous, tout de suite, qui devons changer le monde. Car, comme le dit &#201;milien Long : nous sommes le monde ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Extrait : en marche avec l'&#226;ne Bourrichon&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il fait moins quatre degr&#233;s, un peu de neige tombe avec douceur. L'&#226;ne Bourrichon avance mollement &#8211; il fait la gueule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il fait la gueule, je t'assure, lance &#201;milien.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais t'inqui&#232;te pas pour lui : il en a vu d'autres, r&#233;pond le Baron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils partagent tous les trois cette marche lente sur la petite route d&#233;partementale 174 qui m&#232;ne de Peyrelevade, l&#224; o&#249; le Baron a sa ferme, &#224; la commune de Saint-Setiers, 285 habitants, dont la maire, Jacqueline Labarre, est une vieille communiste chaleureuse et dynamique &#8211; du moins c'est ainsi que le Baron l'a d&#233;crite &#224; &#201;milien, qui ne la conna&#238;t pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils partagent cette marche &#224; trois, mais les deux humains ont de gros K-way &#224; capuche qui les prot&#232;gent des intemp&#233;ries. Et surtout, ils n'ont rien de plus &#224; faire que marcher, alors que l'&#226;ne Bourrichon, lui, doit en plus tirer la roulotte sur laquelle un magnifique paresseux suspendu a &#233;t&#233; peint &#224; c&#244;t&#233; des mots &#8220;&#201;milien Long 2022&#8221; &lt;i&gt;[...]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#226;ne Bourrichon et la roulotte de campagne sont d&#233;pass&#233;s par un SUV gris. &#201;milien et le Baron regardent le v&#233;hicule, rutilant, orgueilleux, faramineux, bruyant, qui, en quelques secondes, a d&#233;j&#224; disparu de leur champ de vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Parfois je me dis que &#231;a va &#234;tre impossible, cette articulation entre utopie et r&#233;alit&#233;, soupire &#201;milien. Cette &#233;quation &#224; je ne sais combien d'inconnues.
&lt;br /&gt;&#8212; Bien s&#251;r que &#231;a va &#234;tre impossible, r&#233;pond le Baron. Mais tu te souviens de la phrase : ils ne savaient pas que c'&#233;tait impossible, alors ils l'ont fait.
&lt;br /&gt;&#8212; Sauf que moi je sais que c'est impossible.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais non ! Tu sais que c'est difficile, mais tu crois, au fond, tu crois que c'est possible. Sinon on ne serait pas l&#224;. &#192; marcher sous la neige pour aller chercher la toute premi&#232;re promesse de signature de maire... Pourquoi depuis le d&#233;but tu es capable d'y croire, &#224; ton avis ?
&lt;br /&gt;&#8212; Pff... Honn&#234;tement je n'en sais rien. Sans doute parce que je suis un peu m&#233;galomane sur les bords.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu es certainement m&#233;galo. Mais on ne se lance pas dans une entreprise aussi difficile simplement parce qu'on est m&#233;galo. Ce qui s'est pass&#233;, c'est que justement, avec ton sacr&#233; cerveau furieux, tu as r&#233;ussi &#224; poser les termes d'une &#233;quation qui peut &#234;tre r&#233;solue. L'utopie, oui. La r&#233;alit&#233;, oui, aussi. Les deux ensemble. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3681 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1817.jpg' width=&#034;400&#034; height=&#034;560&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une vision des Gilets jaunes pour le moins partielle que ne partage pas &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. L'&#233;quipe a d'ailleurs publi&#233; un bouquin sur le mouvement aux &#233;ditions du Chien Rouge, &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt;, de S&#233;bastien Navarro, qui ne roule pas en SUV. [NDLR]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Dans l'enfer de la psychiatrie covidienne</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>


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&lt;p&gt;Tout autant que les autres services m&#233;dicaux, l'h&#244;pital psychiatrique est &#224; l'agonie depuis des ann&#233;es. Il n'a pas non plus &#233;t&#233; &#233;pargn&#233; par le Covid-19. Pourtant, tout au long de la crise sanitaire, il est rest&#233; cantonn&#233; au silence. Pire, les murs de l'asile n'attendaient que cet &#233;pisode pour se redresser, condamnant les patients &#224; encore plus d'enfermement dans l'enfermement. Ce dimanche 14 mars aurait pu avoir un avant-go&#251;t de printemps. Pourtant, l'ambiance est &#233;lectrique. Limite (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/infirmieres" rel="tag"&gt;infirmi&#232;res&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tout autant que les autres services m&#233;dicaux, l'h&#244;pital psychiatrique est &#224; l'agonie depuis des ann&#233;es. Il n'a pas non plus &#233;t&#233; &#233;pargn&#233; par le Covid-19. Pourtant, tout au long de la crise sanitaire, il est rest&#233; cantonn&#233; au silence. Pire, les murs de l'asile n'attendaient que cet &#233;pisode pour se redresser, condamnant les patients &#224; encore plus d'enfermement dans l'enfermement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3368 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH654/-1555-abd77.jpg?1768662255' width='400' height='654' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par JMB
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce dimanche 14 mars aurait pu avoir un avant-go&#251;t de printemps. Pourtant, l'ambiance est &#233;lectrique. Limite anxiog&#232;ne. En v&#233;rit&#233;, il a un sale go&#251;t, ce dimanche. La veille, les bars et les restaurants ont appris qu'ils allaient fermer le lendemain, pr&#233;cipitant les Marseillais dans la rue pour &lt;i&gt;profiter&lt;/i&gt; de leur derni&#232;re soir&#233;e en terrasse. Et ce jour, &#224; la clinique psychiatrique des Quatre Saisons, les patients en r&#233;gime ouvert ont eu le droit &#224; une derni&#232;re sortie pour aller voter. Mathieu, les &#233;lections, il s'en balance. C'est surtout l'occasion pour nous deux d'une papote en bord de mer, o&#249; l'on se demande bien &#224; quelle sauce on va &#234;tre mang&#233;s dans les prochaines semaines. Les deux heures de sortie arrivent vite &#224; leur terme. On se serre fort, on se lance un na&#239;f &#171; &lt;i&gt;&#192; bient&#244;t&lt;/i&gt; &#187; sans savoir que ce confinement aux allures de gros d&#233;lire collectif va durer deux mois. Je regarde Mathieu s'&#233;loigner. Il part se confiner &#224; la clinique.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les grands oubli&#233;s de la crise sanitaire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On le sait, la psychiatrie a toujours &#233;t&#233; le parent pauvre du syst&#232;me de sant&#233;. Et la crise sanitaire n'a fait qu'accentuer ce constat. Tr&#232;s vite, le secteur a d&#251; s'adapter au confinement g&#233;n&#233;ral. Les CMP (centres m&#233;dico-psychologiques)&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centres de consultation regroupant psychiatres, psychologues, infirmi&#232;res, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de quartier ont drastiquement r&#233;duit la voilure, privil&#233;giant les t&#233;l&#233;consultations, tandis que les h&#244;pitaux psychiatriques se sont partiellement vid&#233;s, laissant des milliers de personnes sur le carreau ou &#224; la rue, en rupture de soin et parfois sans traitement. Mathieu m'a confi&#233; que dans son &#233;tablissement, &#171; &lt;i&gt;une bonne moiti&#233; des patients a quitt&#233; la clinique au d&#233;but du confinement, par peur de choper le virus ou d'&#234;tre confin&#233;s &#224; l'int&#233;rieur. Mais il y a aussi ceux, parfois en grande fragilit&#233;, qu'on a pouss&#233;s vers la sortie pour qu'il y ait le moins possible de chambres doubles&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans d'autres structures, les services ont &#233;t&#233; r&#233;organis&#233;s pour cr&#233;er des &#171; unit&#233;s Covid &#187;, ce qui a parfois provoqu&#233; une surpopulation et une absence d'intimit&#233; terribles pour les patients, comme le confiait &#224; &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; une infirmi&#232;re d'un h&#244;pital psychiatrique du Sud-Ouest : &#171; &lt;i&gt;Des chambres de deux sont pass&#233;es &#224; quatre ou cinq occupants, avec les WC &#224; partager et 1,5 m&#232;tre d'espace entre chaque lit. Le tout sans salle commune d'activit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; En psychiatrie, &#8220;avec le confinement, on revient &#224; quelque chose (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187; La chambre d' &#187; isolement th&#233;rapeutique &#187;, sa froideur et son mat&#233;riel de contention, devenait alors le seul espace d'intimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;nurie de masques et de mat&#233;riel n'a pas &#233;pargn&#233; la psychiatrie. Fin mars, la Contr&#244;leuse g&#233;n&#233;rale des lieux de privation des libert&#233;s, Adeline Hazan, alertait le minist&#232;re de la Sant&#233; : &#171; &lt;i&gt;Pour les Agences r&#233;gionales de sant&#233;, la psychiatrie n'est pas prioritaire dans la distribution du mat&#233;riel de protection : dans plusieurs r&#233;gions, la r&#233;partition des masques, solutions hydroalcooliques et kits de d&#233;pistage ne pr&#233;voit d&#233;lib&#233;r&#233;ment aucune attribution &#224; la psychiatrie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux Quatre Saisons, les patients n'ont donc pas de masque et les infirmi&#232;res n'en portent qu'&#224; la distribution des m&#233;dicaments. Personne n'est test&#233;. Quelques semaines apr&#232;s le d&#233;but du confinement, plusieurs patients, ainsi que des membres du personnel m&#233;dical, seront infect&#233;s par le coronavirus. Pour faire face &#224; la p&#233;nurie de mat&#233;riel de protection, certains soignants s'organisent alors en mode &#171; syst&#232;me D &#187;, comme &#224; l'h&#244;pital psychiatrique marseillais de Valvert o&#249; des infirmi&#232;res r&#233;cup&#232;rent des blouses donn&#233;es par un fabricant de marrons glac&#233;s et un lot de masques Ikea.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la crise sanitaire, la peur de la contamination change de camp : les soignants n'ont plus peur d'&#234;tre contamin&#233;s par la &#171; maladie mentale &#187; et la folie, ils craignent de contaminer les patients, dont certains sont tr&#232;s fragiles&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme l'a expliqu&#233; un article de Vice.com (&#171; Dans l'unit&#233; psychiatrique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Autre appr&#233;hension : si les places en r&#233;animation venaient &#224; manquer, la vie d'une personne en psychiatrie vaudrait moins que celle d'une personne consid&#233;r&#233;e comme saine d'esprit, rentable, r&#233;habilitable.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les pratiques alternatives mises &#224; mal&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans les pratiques du quotidien, la crise sanitaire a un double effet sur les &#233;tablissements psychiatriques : elle enferme toujours plus les patients qui y sont hospitalis&#233;s tout en condamnant la minorit&#233; de soignants qui essayent de travailler &lt;i&gt;diff&#233;remment&lt;/i&gt; &#224; bafouer leurs convictions. En une semaine, ces structures deviennent un v&#233;ritable&lt;i&gt; enfer&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le psychiatre Mathieu Bellahsen en a t&#233;moign&#233; dans un post de blog : &#171; De la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; pour ceux et celles qui y sont confin&#233;.es : salles communes ferm&#233;es, temps collectifs et activit&#233;s suspendus, permissions pour des retours &#224; domicile annul&#233;es, promenades et visites interdites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains &#233;tablissements b&#233;n&#233;ficiant de parcs privatifs accorderont aux patients quelques sorties surveill&#233;es pour leur permettre de &#171; prendre l'air &#187;. Mais &#224; la clinique des Quatre Saisons, il n'y a que le bitume du parking qui entoure le b&#226;timent. Les promenades sont donc r&#233;duites et pas franchement agr&#233;ables, comme en t&#233;moigne Mathieu : &#171; &lt;i&gt;Je suis quelqu'un qui aime &#233;norm&#233;ment marcher. L&#224;, je p&#232;te les plombs un jour sur deux et j'ai extr&#234;mement mal au dos &#224; cause du manque d'exercice.&lt;/i&gt; &#187; En dehors des promenades, les sorties &#224; l'ext&#233;rieur et les retours &#224; domicile sont un rep&#232;re pour de nombreux patients admis en r&#233;gime ouvert et permettent &#224; certains de mieux supporter l'hospitalisation. Le confinement les a priv&#233;s de cette pr&#233;cieuse b&#233;quille : &#171; &lt;i&gt;J'ai envie de rentrer chez moi,&lt;/i&gt; m'explique avec r&#233;signation Mathieu au cours d'un de nos coups de fil r&#233;guliers. &lt;i&gt;Mais comme je suis en d&#233;pression, je me dis que je vais p&#233;ter les plombs tout seul chez moi, donc je reste ici.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, tout ce qui concourt &#224; cr&#233;er un peu de lien avec l'ext&#233;rieur est an&#233;anti en quelques jours. &#171; &lt;i&gt;Ce sont les infirmi&#232;res qui allaient r&#233;cup&#233;rer les colis de nos proches au portail d'en bas,&lt;/i&gt; me racontera Mathieu quelques semaines plus tard. &lt;i&gt;On n'avait m&#234;me pas le droit de les voir alors qu'ils se tenaient &#224; 200 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;m&#232;tres, derri&#232;re un portail.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le grand renfermement&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par temps de confinement, les &#233;tablissements psychiatriques d&#233;cr&#232;tent donc le grand renfermement : l'isolement psychiatrique se confond avec le confinement sanitaire. Le psychiatre Mathieu Bellahsen va m&#234;me plus loin pour d&#233;crire ce nouvel ordre psychiatrique covidien : &#171; &lt;i&gt;Nous ne parlons plus de barri&#232;res, nous parlons au mieux de prison, au pire d'un camp : le registre de l'exception se d&#233;ploie sans vergogne sous pr&#233;texte sanitaire.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Prot&#233;ger, ce n'est pas s'arroger tous les pouvoirs&lt;/i&gt; &#187;, met en garde une infirmi&#232;re de l'h&#244;pital de Valvert&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Dans un h&#244;pital psychiatrique de Marseille, la crainte de &#8220;l'effet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Pourtant, lors de ces longues semaines de confinement, les actes de maltraitance se sont multipli&#233;s derri&#232;re les murs opaques de la psychiatrie. Un protocole de quarantaine y a &#233;t&#233; mis en place pour isoler toute personne admise pendant le confinement. Le patient, qui arrive en souffrance, sera donc enferm&#233; pendant plusieurs jours &#224; son arriv&#233;e. &#171; &lt;i&gt;J'ai crois&#233; un type que je ne connaissais pas dans les couloirs,&lt;/i&gt; me raconte Mathieu. &lt;i&gt;Il m'a expliqu&#233; que &#231;a faisait deux semaines qu'il &#233;tait hospitalis&#233; &#224; la clinique. Pendant tout ce temps il &#233;tait seul, dans sa chambre, attendant d'&#234;tre parmi les autres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant les patients contamin&#233;s par le coronavirus &#224; l'int&#233;rieur, la panique pousse certains soignants &#224; prendre des d&#233;cisions arbitraires, parfois inhumaines. Mathieu explique qu'un patient un peu fi&#233;vreux a &lt;i&gt;illico&lt;/i&gt; &#233;t&#233; envoy&#233; dans l'unit&#233; Covid. La solitude y est terrible, tout comme le d&#233;cor, pour un public d&#233;j&#224; en grande fragilit&#233;. Mathieu s'indigne : &#171; &lt;i&gt;Les infirmi&#232;res n'adressaient m&#234;me pas la parole &#224; une patiente enferm&#233;e dans cette unit&#233; lorsqu'elles lui apportaient son repas.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arbitraire psychiatrique se joue aussi en dehors des &#171; unit&#233;s Covid &#187;. Certains &#233;tablissements r&#233;tablissent des serrures aux portes des chambres des patients. Dans un texte r&#233;voltant&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le Covid met &#224; mal notre &#233;thique professionnelle &#187;, Blogs.mediapart.fr (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, M&#233;lina, psychiatre, questionne l'&#233;thique et le sens de son travail et se d&#233;crit comme &#171; &lt;i&gt;maltrait&#233;e et maltraitante&lt;/i&gt; &#187;. Elle raconte qu'un administrateur de garde de son h&#244;pital psychiatrique a chang&#233; d&#233;but mai toutes les serrures des portes pour pouvoir enfermer les personnes hospitalis&#233;es &#224; l'int&#233;rieur de leur unit&#233;, sans consulter personne, sous pr&#233;texte qu'il y avait un risque de contamination. Le 11 mai, une patiente, transf&#233;r&#233;e dans une unit&#233; ouverte &#224; la h&#226;te par l'administration, s'est d&#233;fenestr&#233;e. Selon M&#233;lina : &#171; &lt;i&gt;Cette patiente &#233;tait enferm&#233;e &#224; cl&#233;, pour une cause sanitaire et donc de mani&#232;re ill&#233;gale, dans une chambre non adapt&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inhumanit&#233; ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Dans certains &#233;tablissements, les personnes qui ne respectent pas les gestes barri&#232;res sont sanctionn&#233;es par un placement en chambre d'isolement, parfois m&#234;me avec usage de moyens de contention. Certains soignants refusant de cautionner ce grand renfermement et ces mesures humiliantes seront eux-m&#234;mes menac&#233;s, voire sanctionn&#233;s pour &#171; non-respect du confinement &#187;. Des mesures disciplinaires qui conduiront &#233;galement &#224; l'exclusion d'une patiente des Quatre Saisons qui avait fait le mur pour retirer de l'argent &#224; un distributeur en face de l'h&#244;pital. Un climat d&#233;l&#233;t&#232;re qui provoque d'&#233;normes tensions &#224; l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Psychiatrie sans contact&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pour que les soins psychiatriques deviennent r&#233;ellement th&#233;rapeutiques, il faut que les masques du pouvoir tombent et que disparaissent les hi&#233;rarchies ali&#233;nantes, le d&#233;ni du partage d'une m&#234;me humanit&#233;, afin de favoriser l'&#233;change, le contact, le temps&lt;/i&gt; &#187; rappelle le psychiatre Mathieu Bellahsen. Mais comment prendre soin, &#233;couter, partager un quotidien lorsque la psychiatrie covidienne dicte des r&#232;gles diam&#233;tralement oppos&#233;es &#224; ces valeurs ? Quand la distanciation sociale est de mise, quand tout contact humain est proscrit, quand les regards sont fuyants et m&#233;fiants, quand le pouvoir psychiatrique remet sa blouse, sa charlotte, ses gants, son masque, quand &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; psychiatre se d&#233;sinfecte apr&#232;s avoir serr&#233; la main de &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; patient ? Les principes de la psychoth&#233;rapie institutionnelle&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mouvement critique de la psychiatrie n&#233; au cours de la Seconde Guerre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;, qui vise &#224; donner un r&#244;le plus collectif et moins dominant &#224; l'&#233;quipe soignante vis-&#224;-vis des patients, en consid&#233;rant comme pure folie le fait de &#171; &lt;i&gt;soigner les malades sans soigner l'h&#244;pital&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dixit Jean Oury, fondateur avec d'autres psychiatres de la psychoth&#233;rapie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;, semblent d&#233;finitivement s'effacer au profit d'une psychiatrie purement clinique, froide, distanci&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un monde et une psychiatrie sans contact : voil&#224; ce qu'encourage le minist&#232;re de la Sant&#233;, qui appelle les professionnels du secteur &#224; renforcer et &#224; p&#233;renniser la d&#233;mat&#233;rialisation des prises en charge et les plateformes d'&#233;coute &#224; distance. Un effet d'aubaine pour la psychiatrie n&#233;olib&#233;rale et gestionnaire. Un cauchemar pour les patients priv&#233;s du lien et du &lt;i&gt;temps qu'il faut&lt;/i&gt; pour se soigner. &#171; &lt;i&gt;Voir la personne physiquement, serrer une main est extr&#234;mement important, &lt;/i&gt;note F&#233;lix, interne en g&#233;ronto-psychiatrie contraint de pratiquer des t&#233;l&#233;consultations depuis la fermeture de son CMP. &lt;i&gt;Parfois, le contact avec nos patients, c'est le seul qu'ils ont avec des &#234;tres humain&lt;/i&gt;s&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Journal de bord des internes : &#8220;Nos patients ne seront pas pris en r&#233;a&#8221; &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La neutralit&#233; et la confidentialit&#233; d'un cabinet jouent un r&#244;le essentiel dans la relation th&#233;rapeutique, comme le note Yannick, en suivi psy depuis une dizaine d'ann&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Il y a le rituel, penser &#224; mon rendez-vous, &#224; ce que je vais exprimer. Quelques heures avant ma t&#233;l&#233;consultation, je me suis aper&#231;ue que je ne pensais qu'&#224; l'aspect technique et je me demandais si &#231;a allait fonctionner.&lt;/i&gt; &#187; En l'absence des expressions corporelles et de toutes les manifestations non verbales qu'emp&#234;che une t&#233;l&#233;consultation, comment parler de soin ? Yannick d&#233;crit le malaise : &#171; &lt;i&gt;Lorsque je vois ma psychiatre au cabinet, il y a un accueil, une voix, une pr&#233;sence, des choses qui se passent sans la parole. La visioconsultation, c'est une voix qui se d&#233;forme, un visage qui se fige parce qu'il y a un bug. Surtout, il y a ta gueule, ton propre visage sur lequel tu vois arriver la vague d'&#233;motion qui va t'emporter, ta cuisine en arri&#232;re-plan&#8230; Cette pi&#232;ce va-t-elle rester associ&#233;e &#224; ce qui est une consultation m&#233;dicale ?&lt;/i&gt; &#187; Yannick conclut : &#171; &lt;i&gt;Pour la premi&#232;re fois je suis rest&#233;e pratiquement muette.&lt;/i&gt; &#187; Pire : sa psychiatre a consacr&#233; plus de la moiti&#233; de la s&#233;ance &#224; la convaincre de l'efficacit&#233; du proc&#233;d&#233; : &#171; &lt;i&gt;Elle m'expliquait qu'on &#233;tait en train d'inventer d'autres fa&#231;ons de faire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce glissement de la psychiatrie covidienne se marie parfaitement &#224; l'ambition des &#171; sant&#233;-mentalistes &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La sant&#233; mentale &#8211; Vers un bonheur sous contr&#244;le, Mathieu Bellahsen, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt; qui entendent r&#233;duire l'&#234;tre humain &#224; un cerveau et d&#233;veloppent la &#171; sant&#233; connect&#233;e &#187;. La puissante fondation-lobby Fondamental &#8211; qui avait d&#233;j&#224; d&#233;velopp&#233; une application smartphone &#171; d'&#233;valuation, de pr&#233;diction et de pr&#233;vention du risque suicidaire &#187; &#8211; a su profiter de la crise pour d&#233;velopper d'autres applications, notamment Covid&#201;coute : &#171; &lt;i&gt;un service gratuit propos&#233; &#224; toute personne en proie &#224; une d&#233;tresse psychologique li&#233;e &#224; l'&#233;pid&#233;mie de Covid-19 et au confinement.&lt;/i&gt; &#187; L'application pr&#233;tend &#233;valuer sur une &#233;chelle de 1 &#224; 10 le niveau de stress, de col&#232;re, de mal-&#234;tre, d'&#233;puisement et d'id&#233;es suicidaires de la personne, avant de la diriger vers une t&#233;l&#233;consultation via l'application Qare. Elle propose &#233;galement &#171; &lt;i&gt;un guide personnel vers le mieux-&#234;tre&lt;/i&gt; &#187; ridiculement nomm&#233; MonSherpa. Gratuite ces derni&#232;res semaines, l'application MonSherpa co&#251;tera 6 &#8364; par mois une fois la crise sanitaire pass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Infantilisation&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au cours des derniers mois, les m&#233;dias ont relay&#233; en boucle les angoisses des personnes confin&#233;es. Dans cet oc&#233;an de &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; o&#249; ceux qui prennent la parole vivent souvent dans des conditions mat&#233;rielles confortables, la voix des personnes enferm&#233;es en psychiatrie est rest&#233;e confisqu&#233;e par le pouvoir m&#233;dical. Les rares informations qui filtraient n'&#233;taient incarn&#233;es que par des soignants &#8211; des psychiatres, plus exactement. Certains parlaient de &#171; &lt;i&gt;calme avant la temp&#234;te&lt;/i&gt; &#187;, d'autres affirmaient que &#171; &lt;i&gt;les patients qui souffrent de troubles schizophr&#233;niques se sont souvent bien adapt&#233;s &#224; l'isolement&lt;/i&gt; &#187;. Lesdits patients ? Jamais interrog&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;confinement auquel le reste de la population a enfin pu go&#251;ter reste un beau mirage pour les personnes intern&#233;es en psychiatrie. Aux Quatre Saisons, seules deux sorties hebdomadaires de deux heures sont &#224; ce jour (fin mai) autoris&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Comme les personnes psychiatris&#233;es ne sont pas rentables, n'ont pas de boulot et sont souvent sous tutelle, ils ne sont pas press&#233;s de nous laisser sortir, &lt;/i&gt;analyse Mathieu. &lt;i&gt;Ils nous consid&#232;rent comme incapables de respecter les gestes barri&#232;res.&lt;/i&gt; &#187; De plus, les sorties sont limit&#233;es et ultra-encadr&#233;es : il s'agit de se rendre au supermarch&#233; ou &#224; la banque, par groupe de six, accompagn&#233;s par des infirmi&#232;res parfois rev&#234;tues d'une blouse blanche. &#171; &lt;i&gt;Une humiliation,&lt;/i&gt; proteste Mathieu. &lt;i&gt;Les patients n'ont jamais &#233;t&#233; consult&#233;s pour savoir de quoi ils avaient envie durant ces deux heures de sorties.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un faux d&#233;confinement&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce mardi 12 mai aurait pu avoir un go&#251;t de grandes retrouvailles : Mathieu pouvait enfin recevoir de la visite. En v&#233;rit&#233;, elles ont un sale go&#251;t, ces retrouvailles. Depuis la veille, les Fran&#231;ais ont de nouveau le droit de sortir. Mais en arrivant &#224; la clinique des Quatre Saisons, je comprends vite que le d&#233;confinement n'est pas le m&#234;me pour tous. Des infirmi&#232;res en blouse nous mettent illico du gel sur les mains, nous distribuent des masques, nous font signer une d&#233;charge, et nous laissent une heure pour se revoir. &#192; peine le temps de prendre quelques nouvelles du dedans et de commenter un peu l'&#233;tat du dehors que les infirmi&#232;res nous signalent d&#233;j&#224; que l'heure est pass&#233;e. Cette fois-ci, on ne peut pas se serrer fort dans les bras ; on se lance un na&#239;f : &#171; &lt;i&gt;La prochaine sortie, c'est dehors.&lt;/i&gt; &#187; Mathieu me regarde partir. Et le grand portail des Quatre Saisons se referme.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile Kiefer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Centres de consultation regroupant psychiatres, psychologues, infirmi&#232;res, assistantes sociales...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/060420/en-psychiatrie-avec-le-confinement-revient-quelque-chose-d-asilaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En psychiatrie, &#8220;avec le confinement, on revient &#224; quelque chose d'asilaire&#8221;&lt;/a&gt; &#187; (06/04/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Comme l'a expliqu&#233; un article de &lt;i&gt;Vice.com&lt;/i&gt; (&#171; &lt;a href=&#034;https://www.vice.com/fr/article/qj4dgb/dans-lunite-psychiatrique-destinee-aux-patients-atteints-du-covid-19&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dans l'unit&#233; psychiatrique destin&#233;e aux patients atteints du Covid-19&lt;/a&gt; &#187;, 12/05/2020), les personnes psychiatris&#233;es pr&#233;sentent souvent des comorbidit&#233;s 1,5 &#224; 2 fois sup&#233;rieures au reste de la population. Au final, l'h&#233;catombe n'a pas eu lieu et elles ont &#233;t&#233; jusqu'ici 5 &#224; 6 fois moins touch&#233;es par le Covid, contrairement aux soignants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le psychiatre Mathieu Bellahsen en a t&#233;moign&#233; dans un post de blog : &#171; &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/mathieu-bellahsen/blog/160520/de-la-psychiatrie-confinee-la-psychiatrie-renfermee-bas-les-masques&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;De la psychiatrie confin&#233;e &#224; la psychiatrie renferm&#233;e. Bas les masques !&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Blogs.mediapart.fr&lt;/i&gt; (18/05/2020). &#192; noter qu'il est coauteur, avec la journaliste Rachel Knaebel, du livre &lt;i&gt;La r&#233;volte de la psychiatrie&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte, 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.sciencesetavenir.fr/sante/dans-un-hopital-psychiatrique-de-marseille-la-crainte-de-l-effet-cocotte-minute_143667&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dans un h&#244;pital psychiatrique de Marseille, la crainte de &#8220;l'effet cocotte-minute&#8221;&lt;/a&gt; &#187;, AFP (21/04/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/violencedutravailcom/blog/160520/le-covid-met-mal-notre-ethique-professionnelle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Covid met &#224; mal notre &#233;thique professionnelle&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Blogs.mediapart.fr&lt;/i&gt; (16/05/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mouvement critique de la psychiatrie n&#233; au cours de la Seconde Guerre mondiale, au sein de l'asile de Saint-Alban-sur-Limagnole (Loz&#232;re), haut-lieu de la R&#233;sistance. Il s'agissait de modifier l'institution soignante selon des principes m&#234;lant psychanalyse et marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dixit&lt;/i&gt; Jean Oury, fondateur avec d'autres psychiatres de la psychoth&#233;rapie institutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/270320/journal-de-bord-des-internes-nos-patients-ne-seront-pas-pris-en-rea&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Journal de bord des internes : &#8220;Nos patients ne seront pas pris en r&#233;a&#8221;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Mediapart &lt;/i&gt;(27/03/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La sant&#233; mentale &#8211; Vers un bonheur sous contr&#244;le&lt;/i&gt;, Mathieu Bellahsen, La Fabrique (2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les disparus de Douma</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-disparus-de-Douma</link>
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		<dc:date>2020-05-17T08:41:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard, Oum Ziad</dc:creator>


		<dc:subject>JMB</dc:subject>
		<dc:subject>Syrie</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;gime</dc:subject>
		<dc:subject>Jaych al-Islam</dc:subject>
		<dc:subject>Zahran Alloush</dc:subject>
		<dc:subject>Jaych</dc:subject>
		<dc:subject>Alloush</dc:subject>
		<dc:subject>Razan Zaitouneh</dc:subject>
		<dc:subject>al-Islam</dc:subject>
		<dc:subject>Douma</dc:subject>
		<dc:subject>Razan</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 31 janvier, Majdi Nema a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; &#224; Marseille. Ce Syrien y &#233;tait domicili&#233; avec un visa en r&#232;gle dans le cadre d'un programme universitaire. Sous le pseudonyme d'Islam Alloush, l'homme de 31 ans avait &#233;t&#233;, jusqu'en 2016, le porte-parole de Jaych al-Islam, principal groupe rebelle de la Ghouta orientale, dans la banlieue de Damas. L'organisation est soup&#231;onn&#233;e, entre autres, de l'enl&#232;vement de quatre militants des droits humains. Au-del&#224; de l'implication de Nema &#8211; qui reste &#224; prouver &#8211; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no187-mai-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;187 (mai 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/JMB" rel="tag"&gt;JMB&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Syrie" rel="tag"&gt;Syrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/regime" rel="tag"&gt;r&#233;gime&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jaych-al-Islam" rel="tag"&gt;Jaych al-Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Zahran-Alloush" rel="tag"&gt;Zahran Alloush&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jaych" rel="tag"&gt;Jaych&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alloush" rel="tag"&gt;Alloush&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Razan-Zaitouneh" rel="tag"&gt;Razan Zaitouneh&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/al-Islam" rel="tag"&gt;al-Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Douma" rel="tag"&gt;Douma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Razan" rel="tag"&gt;Razan&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 31 janvier, Majdi Nema a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; &#224; Marseille. Ce Syrien y &#233;tait domicili&#233; avec un visa en r&#232;gle dans le cadre d'un programme universitaire. Sous le pseudonyme d'Islam Alloush, l'homme de 31 ans avait &#233;t&#233;, jusqu'en 2016, le porte-parole de Jaych al-Islam, principal groupe rebelle de la Ghouta orientale, dans la banlieue de Damas. L'organisation est soup&#231;onn&#233;e, entre autres, de l'enl&#232;vement de quatre militants des droits humains. Au-del&#224; de l'implication de Nema &#8211; qui reste &#224; prouver &#8211; dans cette disparition forc&#233;e, son arrestation constitue une &#233;tape dans l'&#233;pineux combat contre l'impunit&#233; des crimes commis en Syrie, qu'ils soient le fait du r&#233;gime ou des factions rebelles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3344 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH553/-1534-cfa0e.jpg?1768649747' width='400' height='553' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par JMB
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le soir du 9 d&#233;cembre 2013, l'avocate Razan Zaitouneh, son mari Wael Hamada, Samira al-Khalil et Nazem al-Hamadi disparaissent &#224; Douma, principale ville de la Ghouta orientale, sans plus jamais donner signe de vie et sans que quiconque revendique l'enl&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Razan Zaitouneh, 36 ans &#224; l'&#233;poque, militait &#224; Damas depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000 pour la lib&#233;ration des d&#233;tenus politiques, quels qu'ils soient : fr&#232;res musulmans, militants kurdes, opposants de gauche, etc. Depuis longtemps, le r&#233;gime syrien s'appuie sur une industrie carc&#233;rale qui ne laisse entrevoir que torture, ex&#233;cutions et disparitions. &#171; &lt;i&gt;Pendant ces dix ans qui pr&#233;c&#232;dent la r&#233;volution, Razan a appris &#224; rep&#233;rer les lignes invisibles que le r&#233;gime trace partout et &#224; jouer les &#233;quilibristes&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Justine Augier qui lui a consacr&#233; un puissant livre hommage&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Justine Augier, De l'Ardeur. Histoire de Razan Zaitouneh, avocate syrienne, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samira al-Khalil, un peu plus &#226;g&#233;e, avait d&#233;j&#224; une longue exp&#233;rience de dissidente, marqu&#233;e par quatre ann&#233;es de d&#233;tention sous le r&#232;gne d'Hafez al-Assad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2011, peu apr&#232;s le d&#233;clenchement de la r&#233;volution syrienne, les deux femmes fondent avec Wael Hamada et Nazem al-Hamadi le Centre de documentation des violations en Syrie, qui documente les exactions du r&#233;gime, et s'investissent d&#232;s les premi&#232;res heures dans les comit&#233;s r&#233;volutionnaires damasc&#232;nes. Face &#224; la r&#233;pression des &lt;i&gt;Mukhabarat&lt;/i&gt; (service de renseignement jouant un r&#244;le de police politique), le groupe quitte la capitale en avril 2013 et rejoint clandestinement, par des tunnels, l'enclave rebelle de la Ghouta, pensant y trouver une base de repli &#224; peu pr&#232;s s&#251;re.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Soutien introuvable&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais la liesse de la r&#233;volution des premiers mois a laiss&#233; place &#224; l'impuissance de l'opposition, bris&#233;e par l'intensit&#233; de la r&#233;pression et les &#233;checs des tentatives d'organisation. Face au r&#233;gime, les activistes civils n'imaginent pas d'autres alternatives que de passer des alliances avec les d&#233;serteurs de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re rejoignant l'Arm&#233;e syrienne libre (ASL) et les groupes arm&#233;s &#171; nationaux-islamistes &#187; les moins intol&#233;rants, tels que la Brigade du bouclier de Douma et la Brigade des martyrs de Douma. Quant au soutien de la communaut&#233; internationale ou de la gauche occidentale, il s'est volatilis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de cette ann&#233;e 2013, le Centre de documentation des violations en Syrie, d&#233;sormais bas&#233; &#224; Douma, s'investit dans les conseils locaux et les centres pour femmes. Mais il ne peut passer sous silence les exactions de Jaych al-Islam (&#171; l'Arm&#233;e de l'Islam &#187;), le groupe salafiste qui a pris le contr&#244;le de la zone, alors que la population civile subit le si&#232;ge et les bombardements de l'arm&#233;e d'Assad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 2013, Razan Zaitouneh r&#233;dige un rapport sur le syst&#232;me carc&#233;ral mis en place par les groupes arm&#233;s de l'enclave rebelle, dans l'espoir de r&#233;tablir des &#233;changes entre les organisations civiles et militaires et de n&#233;gocier l'instauration d'un syst&#232;me judiciaire &#233;quitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 ao&#251;t, Razan et Samira documentent les terribles attaques chimiques sur la Ghouta. Le mari de Samira, l'&#233;crivain Yassin al-Haj Saleh&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;tudiant communiste en 1980, il a &#233;t&#233; emprisonn&#233; dans les ge&#244;les du r&#233;gime (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, a &#233;crit dans une lettre imaginaire &#224; son &#233;pouse : &#171; &lt;i&gt;Vous &#233;tiez les t&#233;moins id&#233;aux : deux femmes, la&#239;ques, d'une autre localit&#233;, avec un long pass&#233; d'opposantes au r&#233;gime et qui s'exprimaient clairement sur le crime, ses circonstances, ses coupables et ses victimes.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettres traduites en fran&#231;ais &#224; la page Yassinhs.com/2017/08/28/lettre-a-samira-&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187; Au printemps 2013, Yassin al-Haj Saleh avait quitt&#233; Douma pour r&#233;aliser un reportage dans sa ville natale de Raqqa tomb&#233;e sous le joug de Daech, puis avait d&#251; s'exiler en Turquie en esp&#233;rant que sa femme l'y rejoigne. Il n'a jamais revu Samira.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3351 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L360xH500/-1539-70077.jpg?1768659794' width='360' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le clan Alloush dans le jeu syrien&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de Jaych al-Islam, le groupe qui tient alors la Ghouta, est li&#233;e &#224; celle de son leader Zahran Alloush. Ce dernier fait partie de la charrette des meneurs islamistes graci&#233;s par Bachar en 2011, parmi lesquels de futures figures importantes de Jabhat al-Nosra, de Hayat Tahrir al-Cham ou encore de Daech. De mars &#224; octobre, plus de 1 500 militants salafistes aguerris sont amnisti&#233;s, tandis que des milliers de r&#233;volutionnaires non violents et la&#239;ques sont incarc&#233;r&#233;s et tortur&#233;s. Le r&#233;gime veut cr&#233;er un contre-feu islamique arm&#233; face &#224; l'insurrection populaire pacifique. Pour le chercheur franco-libanais Ziad Majed&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Auteur avec Subhi Hadidi &amp; Farouk Mardam-Bey de Dans la t&#234;te de Bachar (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, m&#234;me si &#171; &lt;i&gt;on peut consid&#233;rer que la lib&#233;ration d'Alloush de la prison de Sednaya a jou&#233; un r&#244;le dans la confessionnalisation des rebelles, elle ne peut tenir lieu d'unique explication&lt;/i&gt; &#187;. Selon lui, &#171; &lt;i&gt;les dynamiques du conflit menaient vers une telle confessionnalisation. Le r&#233;gime commettait des massacres presque uniquement dans des zones &#224; la fois sunnites, rurales et pauvres. Toute la politique du pouvoir visait &#224; dire aux minorit&#233;s&lt;/i&gt; [chr&#233;tiennes, alaouites, druzes, kurdes, etc.] &lt;i&gt;que la r&#233;bellion &#233;tait exclusivement sunnite.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaych al-Islam, fond&#233;e en septembre 2013 de la fusion de plusieurs dizaines de factions islamistes, va profiter du financement que les r&#233;seaux salafistes saoudiens et les hommes d'affaires qataris accordent aux groupes les plus religieux. Son &#233;mir, Zahran Alloush, refuse de se mettre sous le label de l'Arm&#233;e syrienne libre. Cependant, il ne peut &#234;tre qualifi&#233; de djihadiste &#171; &lt;i&gt;dans la mesure o&#249; le djihadisme est transnational et ne s'inscrit pas dans une lutte territoriale&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise Ziad Majed. Alloush affirme son h&#233;g&#233;monie de seigneur de guerre dans la Ghouta orientale, o&#249; il repousse les offensives du r&#233;gime avec succ&#232;s. &#171; &lt;i&gt;Alloush voulait se distinguer des autres formations rebelles par la discipline du groupe qui &#233;tait aux mains de d&#233;serteurs de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re. Il a b&#233;n&#233;fici&#233; d'armes sophistiqu&#233;es. Il s'est construit un noyau militaire assez solide qui lui a permis d'&#233;craser les petites formations concurrentes comme Jaych al-Oumma&lt;/i&gt; [dont il a ex&#233;cut&#233; le leader] &lt;i&gt;ou Faylaq al-Rahmane, voire de tuer dans l'&#339;uf Daech &#224; son apparition dans la r&#233;gion.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu, la pr&#233;sence de militants civils, aux antipodes de sa vision sectaire et autoritaire, lui est intol&#233;rable. Dans l'ouvrage &lt;i&gt;Burning country : au c&#339;ur de la r&#233;volution syrienne&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Leila al-Shami &amp; Robin Yassin-Kassab, L'&#233;chapp&#233;e, 2019.&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, Assaad al-Achi, membre du conseil r&#233;volutionnaire local, s'interroge : &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce qui a pu contrarier Zahran Alloush&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Premi&#232;rement, le fait que Razan, avec son Centre de documentation sur les violations en Syrie, informait aussi sur les exactions commises par Jaych al-Islam.&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;Il est devenu furieux quand nous avons form&#233; le conseil local de Douma. Il exigeait que tout le soutien aux civils passe par son organisation. Au-del&#224; de cela, il &#233;tait choqu&#233; par la personnalit&#233; de Razan. &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;C'&#233;tait une femme libre qui ne voulait pas se voiler, qui n'aurait jamais laiss&#233; personne lui dicter son comportement. &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;Pour un salafiste, un tel esprit ind&#233;pendant est dangereux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jaych al-Islam apr&#232;s la mort de Zahran Alloush&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; la reprise de Douma par le r&#233;gime en 2018, le clan Alloush tient la Ghouta orientale d'une main de fer. Le 25 d&#233;cembre 2015, Zahran Alloush est tu&#233; lors d'une attaque a&#233;rienne russe. Le groupe arm&#233; survit &#224; son leader. D&#233;but 2016, des manifestations pacifiques sont organis&#233;es contre les pratiques brutales, les emprisonnements arbitraires et la corruption de Jaych al-Islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zahran Alloush avait aussi voulu se construire une l&#233;gitimit&#233; diplomatique. En lissant son discours radical, il arrive &#224; se faire passer pour un interlocuteur l&#233;gitime aupr&#232;s de la communaut&#233; internationale et de certains chercheurs. Ainsi, durant toutes ces ann&#233;es, la formation tient un r&#244;le majeur &#224; la table des n&#233;gociations sur la Syrie, &#224; Gen&#232;ve puis &#224; Astana (Kazakhstan). Mohammed Alloush, neveu de Zahran Alloush, qui dirige la d&#233;l&#233;gation de l'opposition, s'oppose syst&#233;matiquement &#224; ce que les forces kurdes soient repr&#233;sent&#233;es &#8211; exigence &#224; laquelle acc&#232;dent volontiers le r&#233;gime et ses soutiens russe et iranien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ziad Majed reprend : &#171; &lt;i&gt;Jaych al-Islam a pr&#233;f&#233;r&#233; quitter la Ghouta orientale avec armes et combattants plut&#244;t que r&#233;sister jusqu'au bout &#224; la reprise de la zone par le r&#233;gime. Apr&#232;s les bombardements incessants, les attaques au gaz, l'abandon de la communaut&#233; internationale et surtout le r&#244;le d&#233;cisif des Russes dans le conflit, l'option du cessez-le-feu s'imposait pour avoir un r&#233;pit.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 2018, un certain nombre de combattants de la Ghouta et leurs familles s'installent &#224; la fronti&#232;re turque au nord d'Alep et dans le canton d'Afrin (auparavant sous contr&#244;le des forces combattantes kurdes YPG), qui vient d'&#234;tre envahi par l'arm&#233;e turque lors de l'op&#233;ration baptis&#233;e &#171; Rameau d'olivier &#187;. Jaych al-Islam rejoint officiellement l'Arm&#233;e nationale syrienne, coalition de groupes rebelles qui seront utilis&#233;s comme suppl&#233;tifs par la Turquie dans l'offensive contre le Rojava &#224; l'automne 2019 &lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Autour de la d&#233;faite du Rojava &#187;, CQFD n&#176; 181 (novembre 2019).&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'enqu&#234;te impossible&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'enl&#232;vement des Quatre de Douma en 2013 a eu une r&#233;sonance internationale &#224; laquelle ne s'attendait pas Zahran Alloush &#8211; et qui l'a contraint &#224; s'enferrer dans le d&#233;ni. Si les circonstances et les cons&#233;quences de leur disparition demeurent un myst&#232;re, la responsabilit&#233; de Jaych al-Islam a toujours &#233;t&#233; un secret de Polichinelle. Ainsi, dans son r&#233;cit-enqu&#234;te sur Razan Zaitouneh, Justine Augier raconte comment la traque informatique de l'ordinateur portable de l'avocate &#8211; qui a disparu en m&#234;me temps qu'elle &#8211; a permis de remonter jusqu'&#224; l'adresse IP d'un certain Younis, qui travaillait pour le bureau m&#233;dia de Jaych al-Islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la chute de Douma, en 2018, de nombreux combattants de Jaych al-Islam se sont exil&#233;s dans la Turquie d'Erdogan, qui leur est amicale. Yassin al-Haj Saleh, lui-m&#234;me r&#233;fugi&#233; &#224; Istanbul depuis 2013, en profite pour mener une investigation aupr&#232;s d'une vingtaine d'entre eux : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a pas une seule personne parmi celles que j'ai interrog&#233;es &#8211; y compris des personnes ayant occup&#233; des postes influents au sein de la faction rebelle &#8211; qui n'ait pas attest&#233; que Jaych al-Islam &#233;tait le coupable, sans aucune alternative possible.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; An update on the Douma Four &#187;, Aljumhuriya.net (05/10/2018).&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &#187; &#192; son grand d&#233;sespoir, en dehors d'hypoth&#232;ses inv&#233;rifiables, il n'obtient aucune information fiable sur le sort des disparus...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un trait ressort n&#233;anmoins de ces entretiens, &#224; savoir l'omerta qu'a su cr&#233;er le groupe gr&#226;ce &#224; son service de renseignement : &#171; &lt;i&gt;Le centre n&#233;vralgique est une agence mi-religieuse, mi-s&#233;curitaire, dans laquelle la religion joue le r&#244;le de grammaire commune et de moyen pour justifier des actes allant de l'intimidation &#224; la corruption et m&#234;me jusqu'&#224; la torture, au viol et &#224; l'assassinat. Il existe des projets commerciaux &#224; Istanbul et dans d'autres villes turques impliquant les dirigeants de Jaych al-Islam, qui peuvent se d&#233;placer librement entre le nord de la Syrie et diverses villes turques.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Second couteau ou responsable ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quel r&#244;le a pu jouer Majdi Nema (qui avait pris le pseudo d'Islam Alloush par all&#233;geance au clan), arr&#234;t&#233; &#224; Marseille fin janvier, dans l'enl&#232;vement des Quatre de Douma ? &#171; &lt;i&gt;Certains pensent qu'il n'a jamais jou&#233; un r&#244;le de leadership, &lt;/i&gt;explique Ziad Majed. &lt;i&gt;Mais il est certainement au courant du sort des quatre disparus. Il y a eu plusieurs tentatives de n&#233;gociations avec des proches des disparus o&#249; il &#233;tait partie prenante.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2016, Alloush-Nema &#171; d&#233;missionne &#187; de son poste de porte-parole apr&#232;s avoir accord&#233; un entretien &#224; une chercheuse isra&#233;lienne, Elizabeth Tsurkov, dans lequel il tente de minimiser la brutalit&#233; de Jaych al-Islam. Mais c'est la nationalit&#233; de l'intervieweuse qui provoque un toll&#233;. La propagande du Hezbollah libanais, qui se bat au c&#244;t&#233; du r&#233;gime de Bachar, saute sur l'occasion pour faire croire &#224; l'existence d'un complot djihadiste-sioniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alloush-Nema d&#233;clare avoir quitt&#233; la Syrie d&#232;s mai 2013, pourtant certains t&#233;moignages attestent de sa pr&#233;sence sur le terrain apr&#232;s 2013. Toujours est-il qu'il se retrouve en 2016 &#224; Istanbul o&#249; il se reconvertit dans la recherche, sans chercher &#224; camoufler son passage &#224; Jaych al-Islam, via le Toran Center for Strategic Studies, un think tank turc, v&#233;ritable machine &#224; recycler leurs alli&#233;s syriens en exil. C'est par le biais universitaire qu'Alloush-Nema, d&#233;sormais gratifi&#233; du titre de &#171; chercheur en s&#233;curit&#233; et terrorisme, sp&#233;cialis&#233; sur la Syrie &#187;, obtient l&#233;galement un visa &#171; Erasmus + &#187; pour assister &#224; un cycle de conf&#233;rences &#224; l'Institut de recherches et d'&#233;tudes sur le monde arabe et musulman (Iremam), &#224; Aix-en-Provence.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3350 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1538.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH231/-1538-b6629.jpg?1768801474' width='500' height='231' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La direction de l'institut nie avoir eu connaissance du pass&#233; de Nema. C'est en tout cas sur le campus qu'il est reconnu par une source anonyme qui avertit la F&#233;d&#233;ration internationale pour les droits humains (FIDH). C'est elle qui confie l'information au parquet antiterroriste, lequel organise l'arrestation, avant que Nema soit mis en examen pour &#171; &lt;i&gt;crimes de guerre, de torture et de disparitions forc&#233;es contre la population syrienne&lt;/i&gt; &#187;. L'&#233;v&#233;nement fait alors les titres des journaux : de &lt;i&gt;Paris-Match &lt;/i&gt;&#224; &lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt;, on parle d'un &#171; djihadiste syrien arr&#234;t&#233; sur le Vieux-Port &#187;. Mais de l'avis de proches de victimes syriennes, ce sensationnalisme est des plus malvenus pour les opposants historiques au r&#233;gime : il contribue &#224; effacer leur souffrance pour renvoyer au fantasme et &#224; la psychose des soci&#233;t&#233;s occidentales face &#224; l'islamisme, et &#224; l'id&#233;e que Bachar repr&#233;sente un moindre mal, plut&#244;t que de rendre compte de la complexit&#233; du conflit syrien.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lutte contre l'impunit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors que s'est ouvert le 23 mars en Allemagne le proc&#232;s historique de deux anciens membres des &lt;i&gt;Mukhabarat&lt;/i&gt; syriens, suspect&#233;s de complicit&#233; de crimes contre l'humanit&#233;, la proc&#233;dure engag&#233;e contre Alloush-Nema semble &#233;galement rev&#234;tir une grande importance dans la qu&#234;te de justice des familles de disparus syriennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des ann&#233;es, la FIDH, en cheville avec d'autres organisations des droits humains, dont le Centre syrien pour les m&#233;dias et la libert&#233; d'expression, dirig&#233; par l'avocat et opposant Mazen Darwish, m&#232;ne un travail de documentation pour que les responsables de toutes les exactions en Syrie puissent &#234;tre jug&#233;s en Europe. Et ce en vertu de la comp&#233;tence universelle qui permet &#224; la justice de certains &#201;tats de &#171; &lt;i&gt;poursuivre les auteurs de certains crimes particuli&#232;rement graves, quel que soit le lieu o&#249; le crime est commis, et sans &#233;gard &#224; la nationalit&#233; des auteurs ou des victimes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Cl&#233;mence Bectarte, avocate de la FIDH qui repr&#233;sente les int&#233;r&#234;ts de la partie civile dans l'affaire Alloush-Nema, il est possible que ces dossiers &#171; &lt;i&gt;permettent de poser les premiers jalons contre l'impunit&#233; pour remonter les cha&#238;nes de commandement&lt;/i&gt; &#187;. Concernant Alloush-Nema, pr&#233;cise-t-elle, &#171; &lt;i&gt;les &#233;l&#233;ments qu'on a rassembl&#233;s montrent un r&#244;le op&#233;rationnel au c&#244;t&#233; de Zarhan Alloush. Il a &#233;t&#233; mis en cause pour avoir recrut&#233; des enfants soldats et certains l'incriminent m&#234;me dans des actes de torture en centres de d&#233;tention. Bien s&#251;r, tout cela devra &#234;tre d&#233;montr&#233; par l'enqu&#234;te, ce qui n'est pas &#233;vident, parce qu'il n'y a pas d'acc&#232;s au terrain et que beaucoup de choses reposent sur des preuves testimoniales et la documentation des ONG.&lt;/i&gt; &#187; Devant les enqu&#234;teurs, l'int&#233;ress&#233; a pour l'instant ni&#233; tout r&#244;le militaire op&#233;rationnel ou implication dans des actes de r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait qu'en France le nouveau Parquet national antiterroriste (PNAT) soit charg&#233; de juger ce type de crimes soul&#232;ve des questions sur un possible m&#233;lange des genres entre une l&#233;gislation d'exception et le besoin de justice des victimes. Pour M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Bectarte, &#171; &lt;i&gt;le droit doit pr&#233;valoir : s'il n'y a pas de preuve d'implication directe, le pr&#233;venu doit &#234;tre mis en libert&#233;. L'objectif, &lt;/i&gt;continue-t-elle, &lt;i&gt;c'est que la population syrienne puisse se r&#233;approprier &#224; terme cette proc&#233;dure dans le cadre d'un processus de justice transitionnelle.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un cheminement qui s'annonce long, fragile et incertain. &#171; &lt;i&gt;Enfin, il est important de dire que l'affaire de Samira, Razan, Wael et Nazem ne sera pas close tant qu'elle n'aura pas r&#233;v&#233;l&#233; tous ses myst&#232;res, tant que toute la v&#233;rit&#233; ne sera pas connue et que les criminels responsables n'auront pas &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; une peine &#233;quitable,&lt;/i&gt; &#233;crivait Yassin al-Haj Saleh en 2018. &lt;i&gt;Tant que la Syrie restera le paradis de l'impunit&#233; qu'elle est devenue, o&#249; les coupables s'exon&#232;rent de leurs crimes en invoquant l'impunit&#233; d'autres responsables, alors le fait de travailler &#224; la mise au jour des crimes de Jaych al-Islam entra&#238;nera un besoin de justice pour d'autres. Les connaissances d&#233;taill&#233;es que nous pourrions documenter sur ce gang pourraient &#234;tre d'une grande utilit&#233; pour examiner d'autres cas comparables, o&#249; la brutalit&#233; du r&#233;gime se perp&#233;tue sous une forme barbue.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aljumhuriya.net (05/10/2018).&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard &amp; Oum Ziad&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Justine Augier, &lt;i&gt;De l'Ardeur. Histoire de Razan Zaitouneh, avocate syrienne,&lt;/i&gt; 2017 (Actes Sud).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;tudiant communiste en 1980, il a &#233;t&#233; emprisonn&#233; dans les ge&#244;les du r&#233;gime pendant seize ann&#233;es. Voir son interview dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 136 (octobre 2015) par Micka&#235;l Correia : &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Syrie-De-cette-experience-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;De cette exp&#233;rience de souffrance, nous pouvons extraire un sens d'&#233;mancipation&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lettres traduites en fran&#231;ais &#224; la page &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.yassinhs.com/2017/08/28/lettre-a-samira-1/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Yassinhs.com/2017/08/28/lettre-a-samira-1&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Auteur avec Subhi Hadidi &amp; Farouk Mardam-Bey de &lt;i&gt;Dans la t&#234;te de Bachar al-Assad&lt;/i&gt;, Actes Sud, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Leila al-Shami &amp; Robin Yassin-Kassab, L'&#233;chapp&#233;e, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Autour-de-la-defaite-du-Rojava&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Autour de la d&#233;faite du Rojava&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 181 (novembre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.aljumhuriya.net/en/content/update-douma-four&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;An update on the Douma Four&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Aljumhuriya.net&lt;/i&gt; (05/10/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.aljumhuriya.net/en/home&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Aljumhuriya.net&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (05/10/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>De Radio Popolare &#224; Radio Bandita, un parcours d'ondes</title>
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		<dc:date>2019-01-28T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Une v&#233;ritable tranche d'histoire radiophonique italienne ! En 1998, Lorenzo Valera commence &#224; pr&#233;senter les infos sur Radio Popolare, &#224; Milan, une antenne n&#233;e dans les ann&#233;es 1970 dans le sillage de l'autonomie ouvri&#232;re. En 2001, il r&#233;alise un reportage remarqu&#233; sur les violences polici&#232;res lors du contre-sommet du G8 &#224; G&#234;nes. Il conna&#238;t ensuite le succ&#232;s avec son &#233;mission &#171; Onda anomala &#187;, avant d'opter pour l'anonymat d'une webradio pirate. Rencontre. *** Fond&#233;e en 1976 &#224; Milan, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no160-decembre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;160 (d&#233;cembre 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Diaz" rel="tag"&gt;Diaz&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Popolare" rel="tag"&gt;Popolare&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une v&#233;ritable tranche d'histoire radiophonique italienne ! En 1998, Lorenzo Valera commence &#224; pr&#233;senter les infos sur Radio Popolare, &#224; Milan, une antenne n&#233;e dans les ann&#233;es 1970 dans le sillage de l'autonomie ouvri&#232;re. En 2001, il r&#233;alise un reportage remarqu&#233; sur les violences polici&#232;res lors du contre-sommet du G8 &#224; G&#234;nes. Il conna&#238;t ensuite le succ&#232;s avec son &#233;mission &#171; Onda anomala &#187;, avant d'opter pour l'anonymat d'une webradio pirate. Rencontre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2758 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH588/-1014-8803b.jpg?1768650805' width='400' height='588' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par JMB
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fond&#233;e en 1976 &#224; Milan, Radio Popolare&lt;/strong&gt; a longtemps &#233;t&#233; l'expression de l'autonomie ouvri&#232;re italienne et des salari&#233;s en lutte. Depuis son lancement, c'est une coop&#233;rative dont la voix porte les mots de ceux qui n'ont pas la parole : les jeunes avec &#171; Rubrica giovani &#187;, Dario Fo censur&#233; &#224; la RAI, l'antenne ouverte &#224; tous. Des attentats de Bologne &#224; la Guerre du Golfe, elle ne m&#226;che pas ses mots, prenant position contre les mensonges des puissants. Logique, donc, que la radio se soit trouv&#233;e aux premi&#232;res loges lors des sombres &#233;v&#233;nements ayant ensanglant&#233; G&#234;nes en 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappel : lors de ce contre-sommet du G8, un d&#233;cha&#238;nement de violence inou&#239; s'abat sur les manifestants. Lequel conduit &#224; la mort de Carlo Giuliani et cause des centaines de bless&#233;s. Des actes de tortures (qui ne seront reconnus qu'en 2017 par le chef actuel de la police) ont aussi lieu &#224; l'&#233;cole Diaz, o&#249; logent des manifestants, et &#224; la caserne Bolzaneto, o&#249; sont amen&#233;es certaines des personnes interpell&#233;es. Une v&#233;ritable boucherie, qui traumatise des milliers de manifestants. Ainsi que l'&#233;quipe de reporters envoy&#233;s par Radio Popolare pour suivre le contre-sommet. Ceux-ci sont litt&#233;ralement effar&#233;s par la violence des forces de l'ordre : &#171; &lt;i&gt; M&#234;me les scouts italiens et les bonnes s&#339;urs ont &#233;t&#233; charg&#233;s, {{}}&lt;/i&gt;raconte l'un d'eux.&lt;i&gt; Apr&#232;s l'attaque par la police de l'&#233;cole Diaz, il y avait du sang partout&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Choc des mot, poids des directs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo est l'un de ces reporters venus de Milan&lt;/strong&gt;, charg&#233;s de suivre de pr&#232;s cet &#233;v&#233;nement ayant marqu&#233; les contestataires europ&#233;ens. &#171; &lt;i&gt; Nous devions y &#234;tre,{{}}&lt;/i&gt; assure-t-il. &lt;i&gt;G&#234;nes 2001 s'inscrivait en effet dans un mouvement militant puissant, dans la continuit&#233; des contre-sommets de Naples en 1994 et de Seattle en 1999, lors desquels les manifestants avaient r&#233;ussi &#224; r&#233;ellement g&#234;ner les r&#233;unions du G8. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 2001, des reporters de la radio sont donc pr&#233;sents partout dans la manifestation, jusqu'&#224; l'&#233;cole Diaz. Vingt personnes sont ainsi mobilis&#233;es pour suivre le contre-sommet, avec une organisation bien rod&#233;e : depuis Milan, en s'appuyant sur une carte d'&#233;tat-major, la station distribue de courts directs &#224; chacun de ses envoy&#233;s sp&#233;ciaux. Leurs interventions pr&#233;cises, au plus pr&#232;s de la r&#233;pression, s'av&#232;rent tr&#232;s utiles : &#171; &lt;i&gt; Une panique incroyable a suivi les attaques de la police. Et les gens &#233;coutaient la radio pour savoir ce qui se passait et dans quel pi&#232;ges ils risquaient de tomber. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que la r&#233;pression est all&#233;e croissant : &#171; &lt;i&gt; La police a attaqu&#233; le cort&#232;ge par les c&#244;t&#233;s, &#224; la lacrymo. &#199;a a &#233;t&#233; la panique g&#233;n&#233;rale{{}}&lt;/i&gt;, raconte Lorenzo. &lt;i&gt;Des camionnettes de flics arrivaient dans tous les sens, les policiers en sortaient et chargeaient aussit&#244;t, laissant leurs v&#233;hicules quasiment sans protection. C'est de l'un d'entre eux qu'un policier de 19 ans abattra Carlo Giuliani. &lt;/i&gt; &#187; Pour lui c'est clair : &#171; &lt;i&gt; La police cherchait &#224; tuer. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les &#233;v&#233;nements, Lorenzo participe &#224; la cr&#233;ation d'un coffret de cinq CD revenant sur les trois jours de direct &#224; G&#234;nes. Celui qui suit alors l'actu des squats et des migrants se plonge &#224; fond dans le projet : &#171; &lt;i&gt; Le directeur, Danilo De Biasio, m'a dit de bosser trois mois l&#224;-dessus. &lt;/i&gt; &#187; Mais pas si simple de s'immerger. C'est que Lorenzo a lui aussi &#233;t&#233; frapp&#233; dans les rues de G&#234;nes. Et il reste marqu&#233; par la violence polici&#232;re : &#171; &lt;i&gt; &#192; l'&#233;poque, d&#232;s que quelqu'un frappait &#224; la porte, on tressautait par crainte de voir d&#233;barquer les uniformes... &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ironie : le coffret d&#233;croche un prix d&#233;cern&#233; par la pr&#233;sidence de la R&#233;publique. Un comble. Lorenzo est charg&#233; de recevoir le prix des mains des bourreaux. Un cr&#232;ve-c&#339;ur pour celui qui, d&#232;s son arriv&#233;e dans les locaux de Radio Popolare, s'est investi sans compter.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une &#233;cole radiophonique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt; &#192; l'&#233;poque, on rentrait facilement &#224; la radio&lt;/strong&gt;,&lt;/i&gt; se souvient Lorenzo. &lt;i&gt;C'&#233;tait une super formation. C'est d'ailleurs la biblioth&#233;caire de mon &#233;cole, tr&#232;s militante, qui m'avait envoy&#233; &#224; 17 ans pousser la porte du studio. &lt;/i&gt; &#187; Il accroche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Les infos du soir &#233;taient r&#233;alis&#233;es par les b&#233;n&#233;voles, chapeaut&#233;s par un type extra, Lorenzo Marcandoli, magasinier chez Ikea. &lt;/i&gt; &#187; Point fondamental : le micro est ouvert &#224; tous. Des syndicalistes peu &#224; l'aise &#224; l'oral se laissent ainsi emporter par leur enthousiasme. Quant au directeur Piero Scaramucci, qui a fond&#233; la radio en 1976 (et qui la quitte en 2002 pour cachetonner &#224; la RAI), il appelle les jeunes journalistes la nuit pour leur prodiguer des conseils. L'&#233;cole est bonne. Exigeante. &#171; &lt;i&gt; On faisait un gros travail sur l'emploi des mots. On combattait les termes du journalisme officiel, qui &#233;voquait &#224; chaque gr&#232;ve {{}}&lt;/i&gt;&#8216;&#8216; le disagio '', &lt;i&gt;les d&#233;sagr&#233;ments &lt;/i&gt; &#187;, comme en France on parle &#224; chaque mouvement social &#171; &lt;i&gt; d'usagers pris en otage &lt;/i&gt; &#187; au journal de 20 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier reportage de Lorenzo, encore bien jeune, est le fruit d'un hasard. Rempla&#231;ant un journaliste malade, il part couvrir une gr&#232;ve des producteurs laitiers. Et apprend sur le terrain &#224; conjuguer s&#233;rieux et bouts de ficelle : &#171; &lt;i&gt; On n'avait pas de technicien, on travaillait sur des K7... &lt;/i&gt; &#187; Le d&#233;but d'une jolie trajectoire radiophonique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2002, Lorenzo lance une &#233;mission avec Michele Migone : &#171; Onda anomala &#187;. Tous les jours &#224; neuf heures, il diffuse un nouveau sujet. &#171; &lt;i&gt; J'&#233;tais &#224; la radio d&#232;s 5 heures du matin. Et je faisais ma tambouille. Quand la r&#233;daction m'imposait des sujets en rapport avec l'actu, je ren&#226;clais &#8212; je n'aimais pas cette contingence. &lt;/i&gt; &#187; Tr&#232;s vite, gr&#226;ce &#224; l'originalit&#233; de ses invit&#233;s et de ses interventions, l'&#233;mission cartonne : 200 000 auditeurs suivent &#171; Onda anomala &#187;. Pour th&#232;me g&#233;n&#233;ral : &#171; Qu'est ce qui se passe dans le monde ce jour-l&#224; ? &#187; Vaste sujet. Lorenzo tiendra trois ans &#224; ce rythme effr&#233;n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si au d&#233;but, la radio se finance avec des abonnements, elle s'ouvre petit &#224; petit &#224; la publicit&#233; militante, puis commerciale. Lorenzo s'y sent moins &#224; l'aise. D'autant qu'au fil du temps, la structure &#233;volue, devient moins coop&#233;rative. En 2001, la radio change de locaux et s'installe via Ollearo. Ce n'est plus aussi rudimentaire qu'avant. Il y a m&#234;me des vigiles en bas de l'immeuble. On n'y entre plus comme dans un moulin, il faut montrer patte blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2002, Lorenzo est invit&#233; sur une webradio pour parler de la censure. Les animateurs &#233;mettent depuis la chambre d'un squat, avec un modem 556. &#171; &lt;i&gt; Alors que j'avais des milliers d'auditeurs, eux passaient toute la semaine &#224; faire une &#233;mission &#233;cout&#233;e par dix personnes. &lt;/i&gt; &#187; Retour au bricolage : c'est un nouveau souffle pour Lorenzo, qui r&#233;alise avec eux des &#233;missions en direct de soir&#233;es. Ou bien, organise des stages de webradio ax&#233;s autour des luttes. L'antenne s'appelle Radio Bandita. Moins populaire, plus anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Christophe Goby&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le futur est dans le chanvre</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Un rapide historique de la politique de prohibition des drogues dans le monde occidental permet de bien mettre en avant la responsabilit&#233; des &#233;tats dans l'instrumentalisation du d&#233;bat. Et nous &#233;claire sur leur pr&#233;visible revirement. Le bannissement du cannabis au cours du XXe si&#232;cle doit beaucoup &#224; l'obsession d'un homme, Harry Anslinger, directeur du bureau des narcotiques aux &#201;tats-Unis de 1930 &#224; 1962. &#192; la fin de la prohibition anti-alcoolique, Anslinger doit justifier son budget et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un rapide historique de la politique de prohibition des drogues dans le monde occidental permet de bien mettre en avant la responsabilit&#233; des &#233;tats dans l'instrumentalisation du d&#233;bat. Et nous &#233;claire sur leur pr&#233;visible revirement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_776 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH245/logo-dossier-drogue-3-61bbe.jpg?1768675038' width='400' height='245' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le bannissement du cannabis au cours du XXe si&#232;cle doit beaucoup &#224; l'obsession d'un homme, Harry Anslinger, directeur du bureau des narcotiques aux &#201;tats-Unis de 1930 &#224; 1962. &#192; la fin de la prohibition anti-alcoolique, Anslinger doit justifier son budget et trouve avec le cannabis le nouveau fl&#233;au qui menace l'Am&#233;rique. Appuy&#233; par des campagnes de presse de la plus basse d&#233;magogie raciste du magnat William Randolph Hearst, il d&#233;signe les migrants mexicains, les Noirs, les musiciens de jazz, puis, apr&#232;s guerre, les communistes, comme responsables de la d&#233;pravation de la jeunesse am&#233;ricaine et pr&#233;tend m&#234;me que le &#171; &lt;i&gt;cannabis plus dangereux que l'h&#233;ro&#239;ne et la coca&#239;ne&lt;/i&gt; &#187;. L'&#233;crivain Jack Herer, qui vantait les multiples vertus du chanvre dans son best-seller &lt;i&gt;L'Empereur est nu&lt;/i&gt; (1985), voulut mettre en lumi&#232;re la collusion d'Anslinger avec l'industrie p&#233;trochimique. Cette derni&#232;re voulait surtout rendre ill&#233;gal le chanvre agricole, qui, gr&#226;ce &#224; de nouvelles machines &#224; d&#233;fibrer, s'av&#233;rait un redoutable concurrent potentiel du coton, du Nylon et du papier. Une preuve ? Anslinger &#233;tait li&#233; indirectement &#224; Du Pont de Nemours par son oncle par alliance, Andrew Mellon, lui-m&#234;me secr&#233;taire d'&#233;tat au Tr&#233;sor et banquier de la firme. Si la th&#232;se reste controvers&#233;e, il n'en demeure pas moins qu'une fois vot&#233;e en 1937, la loi de prohibition ne fit aucun distinguo entre le cannabis &#171; stup&#233;fiant &#187; et le chanvre agricole, et ruina les agriculteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, le grand &#233;cart entre une croisade morale affich&#233;e et la r&#233;alit&#233; d'une instrumentalisation coloniale et militaire des drogues &#8211; &#171; dures &#187; et chimiques pour la plupart &#8211; suffirait &#224; lui seul &#224; annihiler l'hypocrisie de la prohibition. On peut citer parmi les nombreux usages sales : les guerres de l'opium men&#233;es par la Couronne d'Angleterre, qui d&#233;tenait le monopole du commerce du pavot par lequel elle avait r&#233;ussi &#224; intoxiquer un quart des Chinois m&#226;les et adultes &#224; la fin du XIXe si&#232;cle ; ou encore l'enjeu anti-insurrectionnel du trafic d'h&#233;ro&#239;ne, aux mains des services fran&#231;ais durant la guerre d'Indochine puis par la CIA durant la guerre du Vietnam, qui a contribu&#233; au d&#233;veloppement du triangle d'or en Asie du Sud-Est.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le grand enfermement &lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_777 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH578/p06-cocainepulp-54ef1.jpg?1768675038' width='400' height='578' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est d'abord une r&#233;pression visant une partie de la population am&#233;ricaine que va amorcer Nixon en d&#233;cr&#233;tant la &#171; guerre &#224; la drogue &#187; en 1971. Cette guerre insidieuse va conduire &#224; marginaliser la jeunesse contestataire blanche, f&#233;rue de d&#233;fonces, et criminaliser les classes dangereuses, hispaniques et noires, alors que le p&#233;ril du Black Power hante les dirigeants blancs. Cette guerre particuli&#232;rement retorse se r&#233;v&#233;lera &#234;tre une machine &#224; cr&#233;er et &#224; enfermer les junkies ou suppos&#233;s tels. Ainsi dans les ann&#233;es 1980, le crack sera d&#233;vers&#233; par kilos dans les ghettos noirs de Los Angeles. En 1996, le journaliste Gary Webb r&#233;v&#232;lera l'implication d'agents de la CIA de retour du Nicaragua, o&#249; l'argent de la coca&#239;ne avait servi &#224; financer les contras antisandinistes, dans cette &#233;pid&#233;mie. De 1982 &#224; 2006, l'incarc&#233;ration de masse pour des infractions li&#233;es &#224; la drogue aura fait cro&#238;tre la population carc&#233;rale am&#233;ricaine d'un demi-million &#224; pr&#232;s de 2,3 millions. Du fait de la l&#233;gislation anti-drogue, plus de 55 % de la population noire am&#233;ricaine poss&#232;de aujourd'hui un casier judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plus fort de cette guerre, en 1986, une loi f&#233;d&#233;rale anti-crack imposant des peines planchers avait fait bondir de 800 % le nombre d'incarc&#233;ration. Nancy Reagan, la &lt;i&gt;first lady&lt;/i&gt; de l'&#233;poque qui accompagnait les op&#233;rations muscl&#233;es et m&#233;diatiques du LAPD dans les &lt;i&gt;crack houses&lt;/i&gt;, d&#233;clarait alors au sujet des &lt;i&gt;crackheads&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Pour ces gens-l&#224;, toute tentative de r&#233;&#233;ducation ou de r&#233;insertion n'est m&#234;me plus envisageable.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mike Davis, City of quartz, Los Angeles, capitale du futur, La D&#233;couverte, 1997.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; Par une certaine ironie, son nom allait bient&#244;t &#234;tre utilis&#233; dans le jargon des dealers pour d&#233;signer le kilo de coca&#239;ne.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le verrou fran&#231;ais &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En France, la loi en mati&#232;re de stup&#233;fiants est une des plus s&#233;v&#232;res d'Europe, depuis la loi de 1970, jamais remise en cause, les &#171; drogu&#233;s &#187; sont assimil&#233;s d'abord &#224; des d&#233;linquants puis &#224; des malades. Les dix derni&#232;res ann&#233;es ont co&#239;ncid&#233; avec un durcissement s&#233;curitaire. En imitateur provincial et retardataire de la politique am&#233;ricaine, Sarkozy a voulu mettre en place une politique de tol&#233;rance z&#233;ro qui a conduit &#224; une hausse de 70 % des condamnations durant cette p&#233;riode. L'&#171; interpellation des shiteux &#187; est devenue la mission quotidienne des flics pouss&#233;s &#224; faire du chiffre. Dans les prisons, 40 % des d&#233;tenus sont incarc&#233;r&#233;s pour des affaires li&#233;es &#224; la drogue. Les courageux socialistes au pouvoir, fid&#232;les &#224; l'attitude de Mitterrand qui proclamait : &#171; &lt;i&gt;La drogue, il vaut mieux ne pas en parler car si on en parle, il faut hurler avec les loups&lt;/i&gt; &#187;, annoncent clairement une volont&#233; de ne pas faire de vagues, malgr&#233; une intervention dissonante du ministre Vincent Peillon, s'&#233;tonnant &#171; &lt;i&gt;du c&#244;t&#233; un peu retardataire de la France&lt;/i&gt; &#187;. Valls veut m&#234;me mettre en place un syst&#232;me d'amende imm&#233;diate pour les consommateurs qui devrait avoir l'avantage de remplir les caisses et de d&#233;sengorger les tribunaux. Seule avanc&#233;e, depuis le 7 juin, l'Agence nationale de s&#233;curit&#233; du m&#233;dicament autorise de d&#233;livrer des &#171; &lt;i&gt;m&#233;dicaments contenant du cannabis ou ses d&#233;riv&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. La reconnaissance des propri&#233;t&#233;s th&#233;rapeutiques du cannabis &#8211; qui aident &#224; traiter plus de 200 pathologies ou troubles associ&#233;s (naus&#233;es, spasme, glaucome, &#233;pilepsie, d&#233;pression, anorexie, etc.) &#8211; est en soi un s&#233;rieux d&#233;menti de l'interdiction de pr&#233;senter le cannabis &#171; &lt;i&gt;sous un jour favorable&lt;/i&gt; &#187; qui a cherch&#233; &#224; b&#226;illonner toute voix dissonante, jug&#233;e &#171; &lt;i&gt;irresponsable&lt;/i&gt; &#187;, dans le concert prohibitionniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, alors que les jeunes Fran&#231;ais sont les premiers consommateurs de shit et de beuh d'Europe, le d&#233;bat semble compl&#232;tement verrouill&#233;. Selon les sondages, environ deux tiers des Fran&#231;ais seraient oppos&#233;s &#224; la d&#233;p&#233;nalisation. Il faut dire que l'opinion publique est r&#233;guli&#232;rement travaill&#233;e au corps par les discours les plus d&#233;magogiques. La propagande anti-cannabique, orchestr&#233;e par &#171; &lt;i&gt;une partie de l'establishment hospitalo-universitaire li&#233;e aux partis de droite&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mensuel La Recherche, mars 2003, cit&#233; par l'Observatoire fran&#231;ais des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187; et largement relay&#233;e par des campagnes m&#233;diatiques sur &#171; &lt;i&gt; les ravages du cannabis au volant&lt;/i&gt; &#187; ou sur des situations psycho-sanitaires alarmantes de jeunes toxicomanes, contribue &#224; hyst&#233;riser le d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un tournant ? &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ce climat hexagonal de d&#233;magogie s&#233;curitaire et d'obsession sanitaire, partout ailleurs, les signaux de fum&#233;e marquant une inflexion dans l'appr&#233;hension ultra-r&#233;pressive du ph&#233;nom&#232;ne des drogues se multiplient. En 2001, le Portugal fait figure de pionnier en d&#233;p&#233;nalisant toutes les drogues, exp&#233;rience jug&#233;e aujourd'hui plut&#244;t positive. En 2011, en pleine banqueroute, la Gr&#232;ce a aussi d&#233;p&#233;nalis&#233; l'usage des drogues, jusque-l&#224; passible de cinq ans de prison &#8211; le trafic restant un crime passible de 10 ans de prison. Ce qui permit de d&#233;sengorger dans un premier temps les prisons de pr&#232;s de la moiti&#233; de leurs occupants&#8230; quitte &#224; les remplir par la suite avec les r&#233;volt&#233;s de la politique de la tro&#239;ka.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 2012, le Guatemala a d&#233;clar&#233; abandonner la guerre contre la drogue pour se consacrer &#224; la lutte contre la famine. En Colombie, en mai 2012 les cultures de la coca, de la marijuana et de l'opium ont &#233;t&#233; d&#233;criminalis&#233;es. Fin juillet, l'ex-pr&#233;sident lib&#233;ral du Mexique, Vicente Fox, &#224; qui les &#201;tats-Unis avaient reproch&#233; son laxisme face au d&#233;veloppement des cartels de narcos, a, lui, pris l'initiative d'organiser le premier symposium pour la l&#233;galisation du cannabis. Avec un opportunisme &#233;hont&#233;, celui qui fut l'ancien directeur de Coca-Cola au Mexique affirmait qu'il &#233;tait &#171; &lt;i&gt;pr&#234;t si c'&#233;tait l&#233;gal, &#224; en cultiver et en exporter&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Maroc, les conditions de l&#233;galisation de la culture du cannabis sont &#224; l'&#233;tude en mettant en avant ses aspects th&#233;rapeutiques. Avec une production de 2 760 tonnes de r&#233;sine, le Maroc est le principal pourvoyeur de haschich pour l'Europe et l'&#233;conomie informelle li&#233;e au kif est &#233;valu&#233;e &#224; 10 milliards de dollars par an, soit l'&#233;quivalent de 10 % du PIB du pays. Elle fait vivre au moins 800 000 Marocains&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jeune Afrique, 6 ao&#251;t 2013.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis m&#234;me, le vent est en train de tourner doucement mais s&#251;rement. D&#232;s 2004, Obama, alors s&#233;nateur de l'Illinois, d&#233;clarait que &#171; &lt;i&gt;la guerre contre la drogue&lt;/i&gt; [&#233;tait] &lt;i&gt;un &#233;chec complet&lt;/i&gt; &#187; et qu'il fallait &#171; &lt;i&gt;d&#233;p&#233;naliser le cannabis&lt;/i&gt; &#187;. Fin 2012, le Colorado et l'&#201;tat de Washington ont l&#233;galis&#233; par voie r&#233;f&#233;rendaire la consommation de cannabis &#171; &lt;i&gt;&#224; des fins r&#233;cr&#233;atives&lt;/i&gt; &#187;, ce qui vient d'&#234;tre valid&#233; au niveau f&#233;d&#233;ral, tandis qu'il est autoris&#233; &#224; des fins m&#233;dicales dans dix-huit autres &#233;tats. Dans l'&#201;tat de Californie, o&#249; l'on autorise l'usage th&#233;rapeutique mais qui doit se prononcer &#224; nouveau en 2016 sur l'usage r&#233;cr&#233;atif, la production de cannabis dans ce qu'on appelle d&#233;sormais le Triangle d'&#233;meraude, a explos&#233;, ce qui n'est pas sans poser des probl&#232;mes environnementaux li&#233;s &#224; l'irrigation sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Nouvelle gouvernance &lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_775 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH235/p06-cqfcanabis-1-e9325.jpg?1768650674' width='400' height='235' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par J.M.B.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est surtout, en juin 2011, un rapport de la Commission mondiale sur la politique des drogues, diligent&#233; par d'anciens responsables de l'ONU, qui a donn&#233; la tonalit&#233; g&#233;n&#233;rale. Il y &#233;tait affirm&#233; tout de go que la &#171; &lt;i&gt;guerre contre la drogue avait &#233;chou&#233;&lt;/i&gt; &#187;. On y pr&#233;conisait de &#171; &lt;i&gt;mettre fin &#224; la criminalisation, la marginalisation et la stigmatisation des personnes consommant des drogues mais qui ne causent pas de dommage aux autres&lt;/i&gt; &#187;. Une conclusion qui sera reprise lors du Sommet des Am&#233;riques, le 20 avril 2012, par Gil Kerlikowske, le responsable &#233;tatsunien de la lutte contre la drogue, qui d&#233;clarait que &#171; &lt;i&gt;l'incarc&#233;ration de masse&lt;/i&gt; [&#233;tait] &lt;i&gt;une politique du pass&#233; qui ignorait la n&#233;cessit&#233; d'avoir une approche plus &#233;quilibr&#233;e face &#224; la drogue, entre sant&#233; et s&#233;curit&#233;. &lt;/i&gt; &#187; Le constat d'&#233;chec est patent : la consommation mondiale n'a pas baiss&#233;&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon l'ONU, depuis 1998, la consommation mondiale d'opiac&#233;s a augment&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; ; les cartels se sont non seulement renforc&#233;s mais ont totalement noyaut&#233; l'&#233;conomie formelle. Depuis belle lurette, les &#171; &lt;i&gt;capitaux de la drogue viennent alimenter une sorte de caisse noire de la finance mondiale&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Constat que faisaient d&#233;j&#224; en 1992 Myl&#232;ne Sauloy et Yves Le Bonniec dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;, et m&#234;me les banques les plus officielles, &#233;chappant aux poursuites, servent de blanchisseuses. Antonio Maria Costa, ex-directeur de l'Office de l'ONU contre la drogue, d&#233;clarait m&#234;me en pleine crise mondiale que l'argent du narcotrafic avait servi de bou&#233;e de sauvetage pour les banques europ&#233;ennes : &#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, la crise financi&#232;re est l'occasion extraordinaire d'une plus grande p&#233;n&#233;tration par la mafia des &#233;tablissements financiers qui se retrouvent &#224; court de cash : avec la crise bancaire qui a &#233;touff&#233; le cr&#233;dit, ces groupes criminels&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;sont devenus la seule source de cr&#233;dit. &lt;/i&gt; &#187; Selon les chiffres du FMI, les b&#233;n&#233;fices annuels li&#233;s au march&#233; de la drogue correspondent &#224; 2 voire 5 % du PIB mondial, entre 1 000 et 3 000 milliards de dollars&#8230; de quoi donner une id&#233;e de la capacit&#233; de corruption g&#233;n&#233;ralis&#233;e par l'argent de la drogue et des possibilit&#233;s d'injection de liquidit&#233;s dans l'&#233;conomie l&#233;gale. Parall&#232;lement, l'ONU estime &#171; &lt;i&gt;qu'il faudrait entre 200 et 250 milliards de dollars (0,3 &#224; 0,4 % du PIB mondial) pour couvrir tous les co&#251;ts li&#233;s au traitement de la toxicomanie dans le monde&lt;/i&gt; &#187;. Les &#201;tats, pour endiguer le crime et renforcer leur contr&#244;le, ont-ils d'autre choix que de devenir des dealers l&#233;gaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche dominante de &#171; bonne gouvernance &#187; en mati&#232;re de drogue serait d&#233;sormais de &#171; &lt;i&gt;remplacer la criminalisation de l'usage de drogues par une approche de sant&#233; publique&lt;/i&gt; [et] &lt;i&gt;exp&#233;rimenter des mod&#232;les de r&#233;gulation l&#233;gale visant &#224; saper le pouvoir du crime organis&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; R&#233;gulons le trafic de drogues pour lutter contre la violence et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &#187;. Dans ce contexte de crise budg&#233;taire et de recherche tous azimuts de nouveaux gisements de croissance, ce sont les arguments &#233;conomiques et s&#233;curitaires qui orientent&lt;i&gt; in fine&lt;/i&gt; la logique r&#233;formatrice des politiques sur les drogues : le co&#251;t global de la prohibition est d&#233;cid&#233;ment trop lourd en regard de ses b&#233;n&#233;fices. &#224; moins que, dans une tr&#232;s dystopique perspective de meilleur des mondes, la pr&#233;vention &#233;tatique d'une s&#233;dition g&#233;n&#233;rale s'accomplisse dans la s&#233;dation g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Gare &#224; la descente&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Anne Coppel et Olivier Doubre, &lt;i&gt;Drogues : sortir de l'impasse&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnaud Aubron, &lt;i&gt;Drogues store, Dictionnaire rock, historique et politique des drogues&lt;/i&gt;, Don Quichotte, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jonak Raskin, &lt;i&gt;Marijuanaland&lt;/i&gt;, Les Fondeurs de briques, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La suite du dossier :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/La-guerre-perdue'&gt;La guerre perdue&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-futur-laboratoire-de-la'&gt;Le futur laboratoire de la d&#233;p&#233;nalisation ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mike Davis, &lt;i&gt;City of quartz, Los Angeles, capitale du futur&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mensuel &lt;i&gt;La Recherche&lt;/i&gt;, mars 2003, cit&#233; par l'&lt;a href=&#034;http://www.ofdt.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Observatoire fran&#231;ais des drogues et des toxicomanies&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Jeune Afrique&lt;/i&gt;, 6 ao&#251;t 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon l'ONU, depuis 1998, la consommation mondiale d'opiac&#233;s a augment&#233; de 35,5 %, celle de coca&#239;ne de 27 % et celle de cannabis de 8,5 %. Depuis cinq ans, ces consommations se seraient stabilis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Constat que faisaient d&#233;j&#224; en 1992 Myl&#232;ne Sauloy et Yves Le Bonniec dans leur livre, &lt;i&gt;&#192; qui profite la coca&#239;ne ?&lt;/i&gt;, Calmann-Levy.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;R&#233;gulons le trafic de drogues pour lutter contre la violence et la corruption&lt;/i&gt; &#187; est un appel lanc&#233; par un ar&#233;opage de dirigeants lib&#233;raux et conservateurs, anciens chefs d'&#201;tat d'Am&#233;rique du Sud et dignitaires am&#233;ricains : Fernando Cardoso (Br&#233;sil) ; Cesar Gaviria (Colombie) ; Ricardo Lagos ; (Chili) ; George Shultz, ancien secr&#233;taire d'Etat sous Reagan et Nixon (sic !) ; Paul Volcker, ancien pr&#233;sident de la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale des &#201;tats-Unis et fossoyeur des politiques keyn&#233;siennes ; Louise Arbour, ancien haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme ; Ernesto Zedillo (Mexique). &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 7 juin 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La vraie vie d'un faussaire </title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-vraie-vie-d-un-faussaire</link>
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		<dc:date>2013-10-04T10:25:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles Lucas</dc:creator>


		<dc:subject>JMB</dc:subject>
		<dc:subject>faux papiers</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R&#233;sistance pendant la Seconde Guerre mondiale&#8230; Aide &#224; l'&#233;migration ill&#233;gale de rescap&#233;s des camps nazis d&#233;sirant rallier la Palestine&#8230; Appui au FLN alg&#233;rien&#8230; Coups de main aux anticolonialistes angolais, guin&#233;ens, sud-africains&#8230; Soutien aux opposants &#224; Franco, Salazar et autres colonels grecs &#224; la fin des ann&#233;es soixante&#8230; Formation d'apprentis en falsification et fabrication de faux papiers, juste avant de cesser toute activit&#233; clandestine&#8230; Teinturier, photographe, chimiste, pacifiste, homme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no72-novembre-2009" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;72 (novembre 2009)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/JMB" rel="tag"&gt;JMB&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faux-papiers" rel="tag"&gt;faux papiers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;R&#233;sistance pendant la Seconde Guerre mondiale&#8230; Aide &#224; l'&#233;migration ill&#233;gale de rescap&#233;s des camps nazis d&#233;sirant rallier la Palestine&#8230; Appui au FLN alg&#233;rien&#8230; Coups de main aux anticolonialistes angolais, guin&#233;ens, sud-africains&#8230; Soutien aux opposants &#224; Franco, Salazar et autres colonels grecs &#224; la fin des ann&#233;es soixante&#8230; Formation d'apprentis en falsification et fabrication de faux papiers, juste avant de cesser toute activit&#233; clandestine&#8230; Teinturier, photographe, chimiste, pacifiste, homme de l'ombre, Adolfo Kaminsky aura, pendant trois d&#233;cennies, fabriqu&#233; faux papiers, faux timbres, fausses monnaies, faux documents officiels en tout genre. Par solidarit&#233; avec des mouvements de r&#233;sistance &#8211; et eux seuls &#8211;, sans en avoir jamais tir&#233; le moindre profit personnel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Rencontre avec l'artiste et Sarah, sa fille, qui vient de publier une autobiographie de ce p&#232;re &#171; &lt;i&gt;dont elle est si fi&#232;re&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sarah Kaminsky, Une Vie de faussaire, Calmann-L&#233;vy, 2009.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_753 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L499xH351/img_art_2137-ce824.jpg?1768651038' width='499' height='351' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par J.M.B.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Filigrane... D'une existence en dehors des clous&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Trente ans &#224; bosser comme faussaire et ton casier judiciaire est vierge ? C'est un vrai ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Adolfo Kaminsky&lt;/strong&gt; : Oui. C'est parce que j'ai toujours &#233;t&#233; tr&#232;s exigeant sur le respect du cloisonnement. Il n'&#233;tait pas question que les gens d&#233;filent chez moi ou dans mon labo. Il fallait qu'il y ait une personne, un agent de liaison seul et unique. Les gens ne devaient rien savoir sur moi. J'&#233;tais intransigeant et je pouvais mettre toujours en avant la menace de d&#233;mission imm&#233;diate. Je n'ai jamais &#233;t&#233; dans un parti politique ou dans un groupe, pour la raison simple que je n'&#233;tais jamais d'accord &#224; 100 % avec les actions et que, de plus, je suis non-violent. Je refusais d'&#234;tre pay&#233; pour ne pas &#234;tre un mercenaire, pour pouvoir dire oui ou non selon le cas. De cette mani&#232;re, ceux avec qui je travaillais avaient toujours la crainte que j'arr&#234;te tout s'ils se mettaient &#224; parler trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sarah Kaminsky&lt;/strong&gt; : J'ai eu une enfance normale avec un p&#232;re photographe et &#233;ducateur de rue. Je ne savais pas grand-chose de ce qu'il avait fait, parce qu'il n'en parlait pas. &#192; la maison, en &#233;coutant les discussions &#171; &lt;i&gt;entre adultes&lt;/i&gt; &#187;, j'ai quand m&#234;me vite compris qu'il avait pris part &#224; des combats, qu'il avait fait des choses h&#233;ro&#239;ques, mais c'&#233;tait surtout &#224; propos de la Seconde Guerre mondiale. Quand nous vivions en Alg&#233;rie, on disait aussi de lui qu'il &#233;tait un &#171; &lt;i&gt;moudjahid&lt;/i&gt; &#187;, un combattant. Si bien qu'enfant, il m'est arriv&#233; de penser qu'il avait peut-&#234;tre &#233;t&#233; soldat. Pour le reste, les luttes de d&#233;colonisations, par exemple, pour lesquelles il s'est engag&#233; jusque dans les ann&#233;es 70, il n'en parlait jamais avec personne. Il est tellement droit &#8211; nous avons &#233;t&#233; &#233;duqu&#233; avec &#171; &lt;i&gt;la loi c'est la loi&lt;/i&gt; &#187; &#8211; que c'est difficile de s'imaginer que si peu de temps avant ma naissance et avant notre arriv&#233;e en France, il avait des activit&#233;s clandestines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens qu'une fois, gamine, j'ai reproduit la signature de ma m&#232;re sur un bulletin scolaire. Ma m&#232;re s'en est rendu compte et m'a &#233;videmment sermonn&#233;e. Mais pas mon p&#232;re. Il est venu, tr&#232;s calme, me voir dans ma chambre pour me dire de ne plus jamais le faire, et il ajout&#233; : &#171; &lt;i&gt;En plus, elle est bien r&#233;ussie, mais tu l'as faite beaucoup trop petite, la signature, on voit bien qu'elle est fausse.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pendant toute cette p&#233;riode d'activit&#233; ill&#233;gale, tu continuais donc &#224; mener une vie normale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adolfo : J'ai presque toujours &#233;t&#233; salari&#233; dans des bo&#238;tes. J'ai &#233;t&#233; teinturier. J'ai &#233;t&#233; photographe dans de grands studios comme Harcourt ou Sartoni. J'ai particip&#233; &#224; la cr&#233;ation de d&#233;cors de cin&#233;ma avec Alexandre Trauner. Et puis, bien s&#251;r, il y a eu aussi des p&#233;riodes o&#249; j'ai &#233;t&#233; pris en charge. Pendant toute la p&#233;riode de la R&#233;sistance, o&#249; mon temps &#233;tait enti&#232;rement consacr&#233; &#224; la fabrication de faux, je recevais tous les mois de quoi vivre, une esp&#232;ce de salaire mis&#233;rable qui me permettait de payer ma chambre dans une pension de famille et de quoi faire au moins un repas par jour. Avec cet argent, il fallait aussi acheter des mat&#233;riaux n&#233;cessaires &#224; la fabrication. Pendant la guerre d'Alg&#233;rie, quand je suis parti en Belgique, parce que je sentais que l'&#233;tau se resserrait autour de moi, j'ai &#233;t&#233; &#224; nouveau pris en charge. Je recevais chaque mois de quoi vivre, &#233;quiper mon labo et payer mon logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1983, le journal &lt;i&gt;Minute&lt;/i&gt; te d&#233;signe nomm&#233;ment comme le faussaire du FLN. Jusqu'alors tu n'&#233;tais connu que sous le nom de M. Joseph.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sarah :&lt;/strong&gt; On venait juste d'arriver en France. Ma m&#232;re &#233;tait de nationalit&#233; alg&#233;rienne. Mon p&#232;re, mes fr&#232;res et moi &#233;tions de nationalit&#233; argentine. Nous n'avions alors que des visas touristiques, et lorsqu'ils sont arriv&#233;s &#224; expiration, nous nous sommes retrouv&#233;s sans papiers&#8230; Ma m&#232;re &#233;tait inqui&#232;te. On aurait pu &#234;tre expuls&#233;s. P&#233;nalement, mon p&#232;re n'avait plus rien &#224; craindre &#224; propos de la guerre d'Alg&#233;rie. En revanche, pour ce qui concerne son aide aux diverses luttes r&#233;volutionnaires en Guin&#233;e, en Angola, en Am&#233;rique du Sud, en Gr&#232;ce, en Espagne&#8230;, &#231;a aurait &#233;t&#233; plus compliqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1961, tu fabriques en grande quantit&#233; des faux francs. Non-violent, tu esp&#232;res que la menace de diffusion de cette fausse monnaie p&#232;se sur les n&#233;gociations entre l'&#201;tat fran&#231;ais et le FLN et donc acc&#233;l&#232;re la fin de la guerre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Adolfo :&lt;/strong&gt; On a beaucoup travaill&#233; : les encres, le papier. Mettre en circulation ces faux billets aurait s&#233;rieusement &#233;branl&#233; le pays. Mais en fait, on avait l'espoir et quasiment la certitude qu'on n'irait jamais jusqu'au bout. C'&#233;tait d'abord et surtout un chantage. On a organis&#233; quelques fuites, afin que les services de l'&#201;tat comprennent qu'on ne rigolait pas. Quand les accords d'&#201;vian ont &#233;t&#233; sign&#233;s, on a d&#233;cid&#233; de tout br&#251;ler. &#199;a a dur&#233; des semaines. Et je n'en ai, &#233;videmment, gard&#233; aucun&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui t'a pouss&#233; pendant une trentaine d'ann&#233;es &#224; t'engager dans cette activit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Adolfo :&lt;/strong&gt; Quand j'ai &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; de Drancy en 1943, j'avais besoin de faux papiers et j'ai eu la chance d'&#234;tre aid&#233; par un r&#233;seau de r&#233;sistants. J'ai alors rencontr&#233; l'homme qui m'a recrut&#233;. Il m'a pos&#233; un probl&#232;me auquel j'ai su r&#233;pondre [effacer le coup de tampon avec mention &#171; juif &#187; sur les pi&#232;ces d'identit&#233; impos&#233;es par Vichy, ndlr]. J'ai cet &#233;tat d'esprit : je suis s&#251;r qu'il y a toujours une solution. C'est &#224; ce moment que je suis entr&#233; dans la R&#233;sistance. J'ai eu la chance de pouvoir aider des gens. Tr&#232;s jeune, &#224; 18 ans, j'ai eu la responsabilit&#233; de tant de vies&#8230; C'&#233;tait impossible de ne pas fabriquer un papier alors que je savais que si je ne le faisais pas la personne allait mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre d'Alg&#233;rie &#233;tait une guerre inutile. Elle &#233;tait perdue d'avance. J'ai donc tout fait, avec mes moyens, pour qu'elle dure le moins longtemps possible. Quant &#224; la question de l'ind&#233;pendance, si l'Alg&#233;rie &#233;tait rest&#233;e un d&#233;partement fran&#231;ais,mais avec les m&#234;mes droits pour tout le monde quelles que soient ses origines ou sa couleur, &#231;a ne m'aurait pas g&#234;n&#233;. Ce que je ne supportais pas, c'est que les droits de l'homme soient bafou&#233;s. Aider les gens poursuivis, condamn&#233;s, cela m'a sembl&#233; compl&#232;tement normal. Je suis un &#234;tre humain. J'ai vu les pires injustices. J'ai la chance d'avoir surv&#233;cu et il fallait que ce ne soit pas pour rien, il fallait que je puisse sauver des vies &#224; mon tour. Mon activit&#233; de faussaire n'est pas une affaire d'abn&#233;gation. Je n'ai pas de religion, m&#234;me si je suis d'origine juive. J'en suis fier, mais &#231;a ne veut rien dire pour moi : j'ai &#233;t&#233; &#233;lev&#233; en dehors de toute religion par mon p&#232;re, qui &#233;tait marxiste. J'ai un profond respect pour les gens croyants, &#224; condition bien s&#251;r qu'ils ne cherchent pas &#224; me convertir. J'ai aid&#233; ce qu'on pourrait appeler, je n'ai pas d'autre mot, &#171; l'humanit&#233; &#187;. Un exemple : en 1944, pendant la lib&#233;ration de Paris, en tant que brancardier, j'ai emmen&#233; un officier allemand gravement bless&#233; dans les sous-sols de la facult&#233; de m&#233;decine. L'Allemand &#233;tait dans le coma. Et l&#224;, un type ivre mort et arm&#233; d'un revolver est arriv&#233; en hurlant : &#171; &lt;i&gt;Je vais en tuer un ! Je vais en tuer un !&lt;/i&gt; &#187; Je me suis battu avec lui pour le d&#233;sarmer. Cet officier allemand bless&#233; sur son brancard, ce n'&#233;tait plus un ennemi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, verrais-tu une raison pour remettre en marche une imprimerie clandestine ? &#192; propos des sans-papiers, par exemple ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Adolfo :&lt;/strong&gt; Des causes ? Il y a en plein ! Moi, j'ai 84 ans. J'ai donn&#233; 30 ans et plus de ma vie. Les sans-papiers ? C'est la politique qu'il faut changer, c'est-&#224;-dire regarder les choses en face et trouver des solutions r&#233;elles. Ce qui est important, c'est qu'ils aient des papiers, des vrais. On ne peut vivre d&#233;finitivement avec des faux papiers. D&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque, il s'agissait d'une situation provisoire, souvent dramatique, mais on ne s'installait pas dans un avenir avec des faux papiers. La situation des sans-papiers est inadmissible. Bien s&#251;r qu'avec un faux papier, certains pourraient passer des contr&#244;les, mais ce n'est que panser la plaie&#8230; L'autre probl&#232;me qui se pose aujourd'hui et qui n'existait pas avant, c'est que lorsqu'un policier contr&#244;le une identit&#233;, il prend la carte et tape sur son ordinateur, il peut voir tout de suite si le papier existe ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les documents officiels sont devenus de plus en plus complexes. Au moment de la cr&#233;ation de la nouvelle carte d'identit&#233; informatis&#233;e, il avait &#233;t&#233; question de laisser &#171; une porte ouverte &#187; pour permettre des falsifications au cas o&#249;&#8230; Ce d&#233;bat a &#233;t&#233; clos tout comme l'ont &#233;t&#233; ces portes qui permettraient de sauver des vies.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Adolfo :&lt;/strong&gt; M&#234;me si les techniques se sont d&#233;velopp&#233;es, les faux existeront toujours. On le voit aujourd'hui sur Internet, ceux qui se font piquer leur compte bancaire, ceux qui font des fausses cartes pour sortir l'argent des banques&#8230; A priori, tout est toujours possible. Il ne faut pas oublier que ce que quelqu'un a fait, quelqu'un d'autre peut toujours le refaire. Depuis que j'ai arr&#234;t&#233; cette activit&#233; de falsification, &#224; la fin de l'ann&#233;e 1971, les difficult&#233;s sont all&#233;es en augmentant. Aujourd'hui, mon savoir est d&#233;pass&#233;. Dans mon travail, &#224; l'&#233;poque, je savais faire et je voyais aussi toutes les difficult&#233;s augmenter au fur et &#224; mesure. Je cherchais, on trouvait une solution. Il y avait tel ou tel carton, tel filigrane positif, tel encre luminescente ou phosphorescente et ainsi de suite. C'&#233;tait l'escalade continue des difficult&#233;s et des r&#233;ponses &#224; ces difficult&#233;s. Je suis rest&#233; curieux. Mais je ne suis plus le sp&#233;cialiste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, aujourd'hui, avec toutes les techniques de num&#233;risation, de puces &#233;lectroniques, de biom&#233;tries, d'empreintes g&#233;n&#233;tiques et de fichage, je pense qu'il n'y a aucun espoir pour les gens qui ont besoin de papiers pour survivre. Il reste bien s&#251;r des solutions &#233;troites, comme le doublage, reprendre l'identit&#233; de quelqu'un existant, mais c'est d'une tr&#232;s grande fragilit&#233;. Aujourd'hui, les Juifs, Alg&#233;riens, Grecs, Africains, Sud-Am&#233;ricains, etc., que j'ai aid&#233;s, seraient condamn&#233;s, car les faux papiers ne peuvent plus se fabriquer &#171; &lt;i&gt;avec les moyens du bord&lt;/i&gt; &#187;, comme je faisais &#224; l'&#233;poque. Seuls de gros laboratoires, avec de gros moyens, financ&#233;s par les mafias ou les services secrets, peuvent les r&#233;aliser. Ce n'est plus le m&#234;me monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul espoir, c'est que nous prenions conscience que nous sommes en train de marcher &#224; grands pas vers des dictatures.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;ID Noires&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;De &#171; l'identit&#233; absolue &#187; &#224; coup de biom&#233;trie pr&#244;n&#233;e par un naus&#233;abond criminologue Christophe Naudin&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alias, Le nouvel empire des crimes d'identit&#233;,&#233;d. La Table Ronde, 2005.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#224; l'euph&#233;misme des technocrates policiers parlants de &#171; &lt;i&gt;titre fondateur&lt;/i&gt; &#187; en lieu et place de la carte nationale d'identit&#233; (CNI), la question d'un document d&#233;finissant l'identit&#233; d'une personne poursuit cette invariable logique de surveillance et de d&#233;fiance de l'&#201;tat &#224; l'&#233;gard de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour en arri&#232;re : en France d&#232;s 1749, un &#233;dit institue le livret ouvrier pour contr&#244;ler les flots d'inconnus qui, chass&#233;s des campagnes et soumis &#224; la mis&#232;re, errent sur les routes et dans les villes. Le livret ouvrier institu&#233; par Napol&#233;on en 1803 &#233;tait destin&#233; &#224; restreindre la circulation des travailleurs. &#192; partir de 1912, les nomades doivent &#234;tre porteurs d'un carnet anthropologique o&#249; se trouvent port&#233;es forme du visage, taille des oreilles, couleur des yeux, etc. En 1914, les &#233;trangers suspect&#233;s de non-patriotisme se voient imposer le port obligatoire d'un passeport, puis d'une carte d'identit&#233; en 1917. Quatre ann&#233;es plus tard,le pr&#233;fet de Paris propose aux citoyens l'acquisition d'une carte nationale d'identit&#233; facultative incitant les &#171; &lt;i&gt;bons citoyens&lt;/i&gt; &#187; &#224; se distinguer des mauvais. Le 27 octobre 1940, P&#233;tain impose la &#171; Carte d'identit&#233; de Fran&#231;ais &#187; d&#232;s l'&#226;ge de 16 ans. Cette d&#233;cision sera ent&#233;rin&#233;e en 1955 et justifi&#233;e comme moyen de contr&#244;le des populations d'Alg&#233;rie. Apr&#232;s plusieurs interventions d'anciens r&#233;sistants ayant utilis&#233; quantit&#233; de faux papiers durant la guerre, le projet In&#232;s (2005) d'une CNI contenant une puce &#233;lectronique (RFID) lisible &#224; distance est ajourn&#233;. En attendant la tra&#231;abilit&#233; totale, ce document comporte pour l'heure une accumulation de dispositifs destin&#233;s &#224; emp&#234;cher toute reproduction ou falsification : structure multicouche de polyester et polycarbonate, faces internes recouvertes d'un couchage chimique inerte &#224; la lumi&#232;re, int&#233;gration de la photographie au support, emploi d'encres transparentes ou &#224; couleurs changeantes selon la polarit&#233;, irisation, caract&#232;res &#224; reconnaissance optique et codes algorithm&#233;s, num&#233;risation des paraphes et photos,fichages&#8230; C'est de fait la population dans son ensemble qui est devenue une &#171; classe dangereuse &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le coin du bricoleur&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La contrefa&#231;on de pi&#232;ces d'identit&#233;, &#224; la port&#233;e du tout-venant disposant de quelques talents manuels au XIXe et XXe si&#232;cle, rel&#232;verait-elle aujourd'hui des seuls sp&#233;cialistes ? L'accumulation de difficult&#233;s en a fait une activit&#233; lucrative, celle-l&#224; m&#234;me que les autorit&#233;s pr&#233;tendent combattre en renfor&#231;ant s&#233;curit&#233;s et protections. Pourtant, malgr&#233; la publicit&#233; faite dans les m&#233;dias sur l'arrestation de &#171; r&#233;seaux &#187; de faussaires, selon une terminologie inspir&#233;e de la &lt;i&gt;Propagandastaffe&lt;/i&gt;l, les offres de faux papiers abondent pour l'internaute, au risque d'allumer quelques voyants rouges dans les services de police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Identical.com proposait des faux papiers am&#233;ricains avec hologrammes, codes barres cod&#233;s et bandes magn&#233;tiques. &#171; &lt;i&gt;Nos cartes d'identit&#233; contrefaites sont con&#231;ues pour &#234;tre v&#233;rifi&#233;es et appara&#238;tre &#224; 100 % authentiques&lt;/i&gt; &#187;, affirmait le site. Phatism.com ou uk-id.com pr&#233;sentaient une gamme de documents europ&#233;ens et australiens incluant des puces intelligentes qui &#171; &lt;i&gt;r&#233;sistent &#224; tous contr&#244;les&lt;/i&gt; &#187;. Contrairement aux autres sites qui demandent des paiements en esp&#232;ces sous enveloppes cartonn&#233;es, overnigth21.com pr&#233;cisait que cette &#171; &lt;i&gt;petite entreprise&lt;/i&gt; &#187; n'accepte que les mandats encaissables en Chine. Prix des produits : entre 75 et 95 dollars. Pour ceux qui, las de pianoter sur leur clavier, souhaitent passer aux travaux pratiques, arcadiaid.com met en vente le kit complet de fabrication. L'on peut ainsi se procurer hologrammes, pistes magn&#233;tiques, puces &#233;lectroniques, outils ad-hoc, lamineuses, plastifieuses, encodeurs et supports polycarbon&#233;s indispensables. Une vid&#233;o d&#233;crit dans le d&#233;tail le modus operandi. Les Allemands du Chaos computer club apportent, eux, quelques r&#233;ponses aux syst&#232;mes de reconnaissance par empreinte digitale. Mat&#233;riaux n&#233;cessaires : quelques tubes de colle, un appareil photo et un ordinateur. Un petit film (aujourd'hui indisponible) expliquait l'op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux RFID, dont l'utilisation cro&#238;t d'une mani&#232;re exponentielle, leur caract&#232;re inviolable et infalsifiable a &#233;t&#233; ais&#233;ment r&#233;fut&#233; par un informaticien de San Francisco. &#201;quip&#233; d'une antenne (Motorola AN400) et d'un lecteur d'identification par radiofr&#233;quence (Symbol XR400), il a pu enregistrer en une vingtaine de minutes les informations &#233;mises par des documents porteurs de RFID qu'il a crois&#233;s, et notamment de quoi r&#233;aliser des copies absolues de passeports am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sarah Kaminsky, &lt;i&gt;Une Vie de faussaire&lt;/i&gt;, Calmann-L&#233;vy, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alias, &lt;i&gt;Le nouvel empire des crimes d'identit&#233;&lt;/i&gt;,&#233;d. La Table Ronde, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Comment peut-on &#234;tre pirate ?</title>
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		<dc:date>2013-09-18T03:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>R&#233;my Trom et Collectif Iskashato</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;Entre 2006 et 2012, l'accroissement spectaculaire des actes de piraterie aux abords de la mer Rouge et donc du canal de Suez &#8211; porte d'entr&#233;e du march&#233; europ&#233;en &#8211;, a fourni un pr&#233;texte aux grandes puissances pour renforcer leur pr&#233;sence dans une zone strat&#233;gique. Pour att&#233;nuer cette menace sur le transport maritime, et notamment sur l'approvisionnement en p&#233;trole, il aura fallu que les &#201;tats y consacrent des fonds bien sup&#233;rieurs aux dommages financiers caus&#233;s par les pirates somaliens. Non (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no113-juillet-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;113 (juillet 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/JMB" rel="tag"&gt;JMB&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pirates" rel="tag"&gt;pirates&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pirates-somaliens" rel="tag"&gt;pirates somaliens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-accroissement-spectaculaire" rel="tag"&gt;l'accroissement spectaculaire&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Entre 2006 et 2012, l'accroissement spectaculaire des actes de piraterie aux abords de la mer Rouge et donc du canal de Suez &#8211; porte d'entr&#233;e du march&#233; europ&#233;en &#8211;, a fourni un pr&#233;texte aux grandes puissances pour renforcer leur pr&#233;sence dans une zone strat&#233;gique. Pour att&#233;nuer cette menace sur le transport maritime, et notamment sur l'approvisionnement en p&#233;trole, il aura fallu que les &#201;tats y consacrent des fonds bien sup&#233;rieurs aux dommages financiers caus&#233;s par les pirates somaliens. Non seulement pour monter de co&#251;teuses op&#233;rations navales mais aussi pour subventionner les entit&#233;s pseudo-&#233;tatiques locales &#8211; le Puntland, au nord de l'ex-Somalie, ou le gouvernement fantoche r&#233;tabli &#224; Mogadiscio en 2011 avec l'aide de l'arm&#233;e &#233;thiopienne &#8211; afin que celles-ci embauchent des gardes-c&#244;tes mercenaires, forment des magistrats et construisent des prisons&#8230; bref, sous-traitent la r&#233;pression des pirates loin des yeux de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_734 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH318/p04-some_liacq2-73e4b.jpg?1768650524' width='400' height='318' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par JMB
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, les principaux m&#233;dias occidentaux avaient cherch&#233; &#224; faire des pirates somaliens de nouvelles figures du Mal. Or ces p&#234;cheurs sans poisson et ces pasteurs sans cheptel sont peu &#224; peu apparus comme des victimes : d&#233;j&#224; spoli&#233;es par la p&#234;che industrielle, les populations c&#244;ti&#232;res de Somalie se retrouvent aussi sous la coupe d'organisations criminelles, li&#233;es &#224; la grande industrie, qui pratiquent l'immersion massive de d&#233;chets toxiques contaminant poissons et hommes&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le documentaire de Paul Moreira, Toxic Somalia, 2010.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Au fur et &#224; mesure que la v&#233;rit&#233; sur ces &#233;cumeurs en haillons a &#233;t&#233; mieux connue, la presse s'est montr&#233;e moins virulente et plus taiseuse. &#171; &lt;i&gt;Peut-on &#234;tre partisan de la piraterie ?&lt;/i&gt;, d&#233;clarait K'Naan , rappeur canado-somalien en 2009. &lt;i&gt;Eh bien, en Somalie, la r&#233;ponse est : c'est plus compliqu&#233; que &#231;a&#8230; En v&#233;rit&#233;, si l'on demande au premier Somalien venu s'il pense que se d&#233;barrasser des pirates permettra d'abord et surtout aux vaisseaux occidentaux de violer nos c&#244;tes &#224; leur guise pour y semer la famine et le cancer, il brandira bien haut le drapeau des pirates !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2008, trois pr&#233;sum&#233;s pirates somaliens ont &#233;t&#233; tu&#233;s par l'arm&#233;e fran&#231;aise et vingt-deux ont &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;s en France apr&#232;s parfois 10 jours de garde &#224; vue sur des navires militaires. Quatorze sont actuellement incarc&#233;r&#233;s, les huit autres ont &#233;t&#233; rel&#226;ch&#233;s, soit pour avoir purg&#233; leur peine, soit apr&#232;s avoir &#233;t&#233; acquitt&#233;s pour deux d'entre eux&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Leurs dommages et int&#233;r&#234;ts ont &#233;t&#233; &#233;valu&#233;s &#224; 90 000 euros d'indemnit&#233;s par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, lors de leur proc&#232;s aux assises, &#224; l'issue de quatre ans de d&#233;tention pr&#233;ventive. &#192; l'int&#233;rieur des ge&#244;les fran&#231;aises, si la vie n'est rose pour personne, elle est carr&#233;ment infernale pour ces Somaliens arrach&#233;s du jour au lendemain &#224; leur pays et &#224; leur famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux qui sont dehors, la gal&#232;re n'est pas finie pour autant&#8230; Tout d'abord, chacun s'est vu remettre une obligation de quitter le territoire, sous pr&#233;texte &#171; &lt;i&gt;d'entr&#233;e frauduleuse et de maintien sans autorisation sur le territoire fran&#231;ais&lt;/i&gt; &#187; (sic) ! En vertu de quoi, certains, lib&#233;r&#233;s fin avril et d&#233;but mai, sont pass&#233;s directement de la prison &#224; un centre de r&#233;tention administrative. Dans le cas de nos amis somaliens, il faut savoir que la France, suivant les pr&#233;conisations du Haut Comit&#233; aux r&#233;fugi&#233;s, ne proc&#232;de &#224; aucune expulsion vers la Somalie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Said Hote Mohamed, un vendeur de ch&#232;vres condamn&#233; pour la prise d'otages du &lt;i&gt;Ponant&lt;/i&gt;, en fait d'ailleurs les frais. &#192; 50 ans &#8211; un &#226;ge canonique en Somalie o&#249; l'esp&#233;rance de vie est de 51 ans &#8211;, il voudrait retourner finir ses jours aupr&#232;s de sa famille. La loi lui permettrait m&#234;me de b&#233;n&#233;ficier d'une lib&#233;ration anticip&#233;e, mais sa demande de r&#233;acheminement vers le territoire somalien est d&#233;clar&#233;e impossible par les autorit&#233;s fran&#231;aises qui bloquent ainsi la lib&#233;ration dont il devrait th&#233;oriquement b&#233;n&#233;ficier puisqu'il a effectu&#233; la quasi-totalit&#233; de sa peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'ext&#233;rieur, la plupart des pirates somaliens continuent de souffrir d'&#233;pisodes d&#233;pressifs li&#233;s &#224; leur d&#233;tention et &#224; leur d&#233;racinement brutal. Et l&#224; encore, le traitement inflig&#233; est l'enfermement psychiatrique. Yusuf, par exemple, a &#233;t&#233; plac&#233; &#224; l'h&#244;pital de Charenton &#171; sans consentement &#187; &#224; la demande d'un foyer d'h&#233;bergement &#8211; et il n'a pas &#233;t&#233; ais&#233; de l'extraire de ce nouvel enfermement qui n'a fait qu'aggraver son &#233;tat mental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, deux proc&#232;s doivent encore se tenir, l'un &#224; Paris dont la date n'a pas &#233;t&#233; encore fix&#233;e, l'autre &#224; Rennes en septembre&#8230; Les damn&#233;s de la mer ont besoin plus que jamais de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contact : Iskashato c/o Le R&#233;mouleur, 106 rue Victor-Hugo, 93170 Bagnolet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir le documentaire de Paul Moreira, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=Jd-KdAi7QXg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Toxic Somalia&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Leurs dommages et int&#233;r&#234;ts ont &#233;t&#233; &#233;valu&#233;s &#224; 90 000 euros d'indemnit&#233;s par personne pour d&#233;tention abusive. Leurs avocats ont fait appel de cette d&#233;cision de justice jug&#233;e honteuse et r&#233;clament 455 000 euros par acquitt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Dans les filets de l'&#201;tat fran&#231;ais</title>
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		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


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&lt;p&gt;En France, fin mai 2012 et en janvier 2013, se sont tenus, dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale, des proc&#232;s de &#171; pirates somaliens &#187; accus&#233;s d'avoir pris &#224; l'abordage, respectivement, le Ponant et le Carr&#233; d'As en 2008 dans l'oc&#233;an Indien. Ces &#171; flibustiers &#187;, que l'arm&#233;e fran&#231;aise avait captur&#233;s et exfiltr&#233;s et que les m&#233;dias ont d'abord pr&#233;sent&#233;s comme des terroristes, apparaissent plus clairement comme les victimes expiatoires d'un conflit asym&#233;trique entre les plus d&#233;munis des d&#233;munis et le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no113-juillet-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;113 (juillet 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ahmed" rel="tag"&gt;Ahmed&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En France, fin mai 2012 et en janvier 2013, se sont tenus, dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale, des proc&#232;s de &#171; pirates somaliens &#187; accus&#233;s d'avoir pris &#224; l'abordage, respectivement, &lt;i&gt;le Ponant&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;le Carr&#233; d'As&lt;/i&gt; en 2008 dans l'oc&#233;an Indien. Ces &#171; flibustiers &#187;, que l'arm&#233;e fran&#231;aise avait captur&#233;s et exfiltr&#233;s et que les m&#233;dias ont d'abord pr&#233;sent&#233;s comme des terroristes, apparaissent plus clairement comme les victimes expiatoires d'un conflit asym&#233;trique entre les plus d&#233;munis des d&#233;munis et le capitalisme surarm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le collectif Iskashato, avec nos camarades des &#233;ditions l'Insomniaque, reviennent dans un ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Fr&#232;res de la c&#244;te&lt;/i&gt;, sur le contexte et la nature de la piraterie dans l'oc&#233;an Indien, ainsi que sur les comptes rendus de ces proc&#232;s passablement occult&#233;s. Nous reproduisons ici en bonnes feuilles des extraits de l'entretien avec Yusuf Ahmed Mohamed, un des pirates rel&#226;ch&#233;s, qui a eu le tort de s'&#234;tre retrouv&#233; au mauvais endroit au mauvais moment.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Je m'appelle Yusuf Mohamed Ahmed, j'ai &#233;t&#233; condamn&#233; en 2011 pour ma participation &#224; une prise d'otages sur un voilier fran&#231;ais, le &lt;i&gt;Carr&#233; d'As&lt;/i&gt;, dans le golfe d'Aden en septembre 2008. J'ai 22 ans aujourd'hui, j'&#233;tais mineur pour la justice fran&#231;aise en 2008. J'ai &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; quatre ans en 2011 et lib&#233;r&#233; fin 2012. L'&#201;tat fran&#231;ais ayant estim&#233; qu'avec mes compagnons je n'avais pas &#233;t&#233; assez condamn&#233;, on m'a donc rejug&#233; d&#233;but 2013 en appel &#224; Melun, loin de Paris. Mais ma peine a &#233;t&#233; confirm&#233;e comme celle des autres. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu pourrais nous raconter ce qui t'a amen&#233; &#224; te retrouver sur le &lt;i&gt;Carr&#233; d'As&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_732 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH607/p04somaliacq1-d9f0e.jpg?1768654740' width='400' height='607' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par JMB
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;En 2008, j'allais presque &#234;tre embauch&#233; sur des bateaux pour que des marins me forment &#224; la p&#234;che. M&#234;me s'il n'y a pas beaucoup de poissons et que l'on gagne peu, c'&#233;tait toujours un mieux pour moi. Entre-temps, ma femme est tomb&#233;e malade, j'ai d&#251; m'en occuper et m'endetter un peu pour la faire soigner. Quelqu'un m'a propos&#233; un petit boulot pour gagner un peu d'argent. Il s'agissait d'aller faire le cuisinier pour un groupe de gens &#224; Habo, toujours sur la c&#244;te puntlandaise entre Bossaso et Allula. C'est comme &#231;a que je me suis retrouv&#233; &#224; faire le cuisinier pour l'&#233;quipage qui venait de prendre d'assaut le Carr&#233; d'As.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai demand&#233; r&#233;guli&#232;rement &#224; toucher un peu d'argent d'avance, on me l'a toujours refus&#233;, tout le temps c'est rest&#233; au stade d'une promesse &#8211; on m'avait promis 150 dollars. Le bateau a quitt&#233; Habo pour Ras Afun, je l'ai rejoint par la terre. Je suis ensuite mont&#233; &#224; bord pour amener de quoi manger et boire. Il y a eu apparemment un refus collectif de la part de l'&#233;quipage de pirates pour suivre les ordres de chefs qui voulaient que nous les rejoignions avec les otages, &#224; terre, dans le d&#233;sert montagneux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce refus &#233;tait li&#233; &#224; plein de raisons : les otages &#233;taient vieux et avaient besoin de leurs m&#233;dicaments, il y aurait eu un probl&#232;me d'approvisionnement en nourriture&#8230; Nous &#233;tions un peu seuls, coinc&#233;s entre ceux rest&#233;s &#224; terre qui nous avaient fait des promesses d'argent et la marine fran&#231;aise qui nous poursuivait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration &#224; bord du &lt;i&gt;Carr&#233; d'As&lt;/i&gt; a dur&#233; une demi-journ&#233;e et une nuit. C'est vers 4 heures dans la nuit que l'arm&#233;e fran&#231;aise a lanc&#233; l'assaut du bateau. J'&#233;tais sur le pont en train de manger. Il y a eu une &#233;norme explosion. Ils ont canard&#233; comme des fous le bateau et ils sont mont&#233;s &#224; bord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un de nos camarades a &#233;t&#233; tu&#233; et est tomb&#233; dans la mer. Moi, je me suis r&#233;fugi&#233; &#224; l'int&#233;rieur du bateau. Il y a eu apr&#232;s un tr&#232;s gros h&#233;licopt&#232;re au-dessus de nous. Ils nous ont arr&#234;t&#233;s, menott&#233;s tr&#232;s serr&#233; et transport&#233;s violemment sur leur navire. Il y a un militaire qui nous a tout de suite dit, avec quelques mots d'anglais, qu'&#171; &lt;i&gt; avec des gens comme vous, on tire avant et on discute apr&#232;s&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Il nous a aussi dit que nous allions rester en prison toute notre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a &#233;t&#233; transport&#233;s &#224; Djibouti. L&#224;, un haut grad&#233;, pr&#233;sent&#233; comme un g&#233;n&#233;ral par un traducteur djiboutien, nous a dit qu'on en p&#226;tirait toute notre vie et que si on avait des enfants, ils en p&#226;tiraient aussi. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu parler de ton s&#233;jour dans les prisons fran&#231;aises ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; en prison &#224; Fleury, &#224; Fresnes et &#224; la Sant&#233;. J'&#233;tais tout seul, je ne parlais pas un mot de fran&#231;ais, je ne connaissais personne. Mon premier avocat m'a laiss&#233; tomber pendant un an. J'ai connu la violence des petites histoires entre cod&#233;tenus. Les autres d&#233;tenus passaient leur temps &#224; m'adresser leurs condol&#233;ances comme si j'allais mourir. J'ai v&#233;cu la premi&#232;re ann&#233;e &#224; Fleury sans parler &#224; quiconque, avec aucune visite. C'est par signe que j'essayais de communiquer. Je ne sortais pas en promenade de peur d'&#234;tre battu. Les matons ne comprenaient rien, ils pensaient que je me foutais de leur gueule. Quand je me suis r&#233;volt&#233;, j'ai re&#231;u des coups. Apr&#232;s on m'a envoy&#233; &#224; l'infirmerie me faire des injections de force, &#231;a me rendait comme un l&#233;gume, comme un d&#233;bile. Je pensais que ces injections &#233;taient voulues, planifi&#233;es, j'en ai tellement re&#231;u que je suis devenu fou. J'ai ensuite pass&#233; six mois en unit&#233; psychiatrique &#224; Fresnes. Plusieurs fois encore on a essay&#233; de me faire des piq&#251;res contre mon gr&#233;. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il y a eu le proc&#232;s, on nous a mis dans une cage en verre avec des gendarmes derri&#232;re nous, on ne comprenait pas tout ce qui se disait. On s'est rendu compte que l'on s'&#233;tait fait manipuler lors des premi&#232;res auditions. Ils ont voulu faire de moi un vrai &#171; pirate professionnel &#187;, toujours arm&#233;, ayant beaucoup d'argent&#8230; Ils voulaient nous faire admettre que la piraterie &#233;tait un crime. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien r&#233;alis&#233; le 7 mars 2013.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_733 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH594/p05-couv-insom-cccfb.jpg?1768650523' width='400' height='594' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.insomniaqueediteur.org/publications/freres-de-la-cote&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Iskashato&lt;/a&gt;,&lt;i&gt; Fr&#232;res de la c&#244;te, M&#233;moire en d&#233;fense des pirates somaliens, traqu&#233;s par toutes les puissances du monde&lt;/i&gt;, L'insomniaque, juin 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.insomniaqueediteur.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Insomniaque &#233;diteur&lt;/a&gt; &#8211; 43, rue de Stalingrad &#8211; 93100 Montreuil. e-mail : insomniaqueediteur@free.fr.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les pirates face &#224; la justice fran&#231;aise&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;i&gt;Le Ponant&lt;/i&gt;, abord&#233; en avril 2008 (six accus&#233;s) : le 14 juin 2012, la cour d'assises de Paris a prononc&#233; deux acquittements et une peine de quatre ans de prison, couverte par la d&#233;tention provisoire effectu&#233;e, ainsi que deux peines de 7 ans inflig&#233;es &#224; deux ravitailleurs de pirates, et une de dix ans de r&#233;clusion au seul accus&#233; qui ait reconnu avoir particip&#233; &#224; toute l'op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;i&gt;Le Carr&#233; d'As&lt;/i&gt; abord&#233; en septembre 2008 (six accus&#233;s) : en novembre 2011, la cour d'assises a prononc&#233; un acquittement et cinq peines de 4 &#224; 8 ans de prison. Lors du proc&#232;s en appel, d&#233;but 2013, les accus&#233;s ont vu leurs peines confirm&#233;es dans l'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;i&gt;Le Tanit&lt;/i&gt;, abord&#233; en avril 2009 (trois accus&#233;s) : deux incarc&#233;r&#233;s &#224; Rennes et un mis en libert&#233; provisoire (lors de l'assaut du bateau, deux pirates et un otage ont &#233;t&#233; tu&#233;s par l'arm&#233;e) en attente de leur proc&#232;s pr&#233;vu en septembre &#224; Rennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;i&gt;Le Tribal Kat&lt;/i&gt;, abord&#233; en septembre 2011 : les sept accus&#233;s sont incarc&#233;r&#233;s en d&#233;tention pr&#233;ventive &#224; Fleury-M&#233;rogis, Fresnes et la Sant&#233; en attente de leur proc&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Des moments de r&#233;volution</title>
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		<dc:date>2012-10-08T04:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles Lucas</dc:creator>


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		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#171; Quand on voit ce qu'il se passe aujourd'hui, on peut se dire que ce n'&#233;tait pas la peine de virer les dictateurs &#187;, arrive-t-il d'entendre un an et demi apr&#232;s le d&#233;but des &#171; Printemps &#187; arabes. N'en d&#233;plaise aux z&#233;lateurs mystiques du grand soir dont le mot d'ordre serait &#171; tout sinon rien &#187;, deux chercheurs en sciences sociales reviennent pour CQFD sur les &#171; moments r&#233;volutionnaires &#187; qu'ont connus la Tunisie et la Libye. Amin Allal, chercheur &#224; l'Institut d'&#233;tudes politiques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no102-juillet-aout-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;102 (juillet-ao&#251;t 2012)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Quand on voit ce qu'il se passe aujourd'hui, on peut se dire que ce n'&#233;tait pas la peine de virer les dictateurs &#187;&lt;/i&gt;, arrive-t-il d'entendre un an et demi apr&#232;s le d&#233;but des &#171; Printemps &#187; arabes. N'en d&#233;plaise aux z&#233;lateurs mystiques du grand soir dont le mot d'ordre serait &#171; tout sinon rien &#187;, deux chercheurs en sciences sociales reviennent pour &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; sur les &lt;i&gt;&#171; moments r&#233;volutionnaires &#187;&lt;/i&gt; qu'ont connus la Tunisie et la Libye. Amin Allal, chercheur &#224; l'Institut d'&#233;tudes politiques d'Aix-en-Provence, a observ&#233; les mouvements protestataires de 2008 &#224; Gafsa (Tunisie) et, en janvier 2011, a suivi des insurg&#233;s dans la banlieue populaire de Tunis. Arthur Quesnay, chercheur en science politique, &#233;tait en Libye depuis deux mois quand les combats se sont &#233;tendus &#224; tout le pays &#224; la fin de l'hiver dernier. Il s'est alors immerg&#233; au sein d'une unit&#233; combattante de Misrata. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Un an et demi apr&#232;s, peut-on parler de r&#233;volutions &#224; propos de la Libye et de la Tunisie ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Amin Allal :&lt;/strong&gt; La Tunisie a-t-elle connu une &#171; vraie &#187; r&#233;volution ? Il me semble que la question est impossible &#224; trancher pour les sciences sociales. On a tout de m&#234;me une certitude, la situation tunisienne pr&#233;sente l'int&#233;r&#234;t d'&#233;carter le biais de l'avant-garde r&#233;volutionnaire. Contrairement &#224; ce qu'il a souvent &#233;t&#233; dit, la multitude de Tunisiens mobilis&#233;s contre le r&#233;gime de Ben Ali en janvier 2011 d&#233;borde largement les bases sociales des oppositions &#8211; tr&#232;s &#233;litaires &#8211; partisanes, syndicales ou associatives. Le soul&#232;vement populaire est d'abord le fait d'ouvriers journaliers, de jeunes ch&#244;meurs dipl&#244;m&#233;s ou non, de d&#233;brouillards de la &#171; g&#233;n&#233;ration Ben Ali &#187; qui n'&#233;taient pas organis&#233;s et qui vont parfois payer de leurs vies leur r&#233;volte. Des Tunisiens de la classe moyenne des centres urbains s'engagent aussi ne supportant plus la d&#233;rive pr&#233;tendument mafieuse et inculte des &#171; cliques &#187; au pouvoir. En d&#233;finitive, la force du soul&#232;vement r&#233;side justement dans le fait qu'il n'y ait pas de chef, pas de commandement, ni de coordination unifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arthur Quesnay :&lt;/strong&gt; J'ajouterai que dans le cas de la Libye, le rideau de la guerre civile, d&#233;partageant r&#233;volutionnaires et pro-Kadhafistes, n'est pas tomb&#233; d'un seul coup. La plupart des Libyens sont rest&#233;s dans une position attentiste tandis que la mobilisation contre le r&#233;gime s'est propag&#233;e progressivement dans le pays. Au-del&#224; du mythe d'un engagement dans une lutte contre l'oppression, les motivations des individus ont &#233;t&#233; d'abord d'ordre local. Chacun a eu ses objectifs et a ses b&#233;n&#233;fices &#224; d&#233;fendre une fois le conflit fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais pourquoi ne parvenons-nous pas &#224; dire si ce sont des r&#233;volutions ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. A. :&lt;/strong&gt; Tout d'abord parce qu'on est le nez dans le guidon, trop proches de cette multitude d'&#233;v&#233;nements protestataires, insurrectionnels de diff&#233;rentes factures et ampleurs pour &#171; trancher &#187;. Il est pr&#233;f&#233;rable de parler de processus r&#233;volutionnaire, ce qui pr&#233;sente l'avantage de penser le lent et long d&#233;veloppement de ces dynamiques en n'excluant pas de possibles phases de restauration dictatoriale, une direction militaire ou polici&#232;re de l'&#201;tat&#8230; mais aussi des moments r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. Q. :&lt;/strong&gt; Parmi les acteurs de ladite &#171; R&#233;volution libyenne &#187;, il n'y a pas une d&#233;finition unique de ce qu'a &#233;t&#233; le moment r&#233;volutionnaire. Dans le Sud libyen &#224; la fronti&#232;re avec le Tchad et le Niger, les Toubous, population noire autochtone de la Libye, se sont r&#233;volt&#233;s contre le r&#233;gime pour mettre fin &#224; leur discrimination ethnique et revendiquer leur int&#233;gration &#233;conomique et politique. Mais les Toubous continuent d'&#234;tre pers&#233;cut&#233;s du fait de la persistance de la politique d'arabisation h&#233;rit&#233;e de l'ancien r&#233;gime. Pour eux rien n'a chang&#233; et cette r&#233;volution n'en est pas une.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple est celui des villes de Zintan (situ&#233;e dans le Djebel Nefoussa) et Misrata, tr&#232;s actives dans la lib&#233;ration du pays. Toutes les deux cherchent &#224; peser de tout leur poids sur le processus de transition post-r&#233;volutionnaire. Minoritaires du point de vue d&#233;mographique, ces deux localit&#233;s ont pourtant r&#233;ussi gr&#226;ce &#224; la guerre &#224; devenir des acteurs politiques incontournables. Revendiquant la d&#233;fense de leurs acquis r&#233;volutionnaires, certaines milices de ces deux localit&#233;s n'h&#233;sitent pas &#224; occuper l'a&#233;roport international de Tripoli dans le cas de Zintan, ou &#224; bloquer les routes acc&#233;dant &#224; la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. A. :&lt;/strong&gt; Il me semble qu'il est appropri&#233; de parler, en Tunisie aussi, de moment r&#233;volutionnaire concernant le soul&#232;vement populaire de l'hiver 2010-2011. C'est-&#224;-dire un moment au cours duquel le jaillissement de groupes importants de la population dans la rue va dicter l'agenda politique, d&#233;faire des gouvernements&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_435 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH398/97jmb-0eda3.png?1768657356' width='400' height='398' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par JMB
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;nationaux successifs, entra&#238;ner une rupture du commandement s&#233;curitaire (retrait de l'arm&#233;e), chasser des repr&#233;sentants des autorit&#233;s locales, des policiers et militants de l'ancien parti h&#233;g&#233;monique, le Rassemblement constitutionnel d&#233;mocratique (RCD), occuper et &#233;largir un espace public jusqu'ici prohib&#233;. Ce moment r&#233;volutionnaire s'&#233;tend de d&#233;but janvier &#224; f&#233;vrier 2011. Le &#171; reflux &#187; date du mois de f&#233;vrier 2011 au cours duquel la marginalisation progressive des mobilisations protestataires &#8211; ce qui ne veut pas dire la diminution de celles-ci puisqu'elles restent importantes &#8211; fait suite &#224; la r&#233;pression du rassemblement du 25 f&#233;vrier sur la place du Gouvernement (&lt;i&gt;El Kasbah 2&lt;/i&gt;)&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kasbah 1 d&#233;signe le mouvement qui a rassembl&#233; devant le palais du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. La nomination du Premier ministre B&#233;ji Ca&#239;d Essebsi &#8211; ancien ministre de Habib Bourguiba &#8211; comme le souligne &#224; juste titre Sadri Khiari&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Membre de l'opposition tunisienne &#224; la fin des ann&#233;es 1970 et cofondateur en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, fera &lt;i&gt;&#171; rentrer la r&#233;volution dans le cadre de l'&#201;tat &#187;&lt;/i&gt;. &#192; partir de ce moment-l&#224;, la &lt;i&gt;&#171; transition d&#233;mocratique &#187;&lt;/i&gt; se met en marche. Le proc&#233;d&#233; &#233;cul&#233; fait porter l'attention progressivement sur l'organisation des &#233;lections pour un retour &#224; &lt;i&gt;&#171; l'ordre politique et moral &#187;&lt;/i&gt;. De la rue aux urnes donc, mais pour autant, les actions protestataires li&#233;es aux conditions de travail p&#233;nibles (gr&#232;ves non organis&#233;es pr&#233;alablement dans d'innombrables secteurs) mais aussi les actions contre le ch&#244;mage et plus fondamentalement les luttes pour une meilleure r&#233;partition des richesses dans une Tunisie dite de &#171; l'int&#233;rieur &#187; laiss&#233;e pour compte du d&#233;veloppement &#233;conomique continuent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On pourrait penser que la somme de &#171; moments r&#233;volutionnaires &#187; finit par faire une r&#233;volution, non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. Q. :&lt;/strong&gt; En Libye, l'espace politique est tr&#232;s segment&#233;. Les Libyens semblent pourtant avoir choisi l'unit&#233; pour abattre le r&#233;gime et construire une transition politique viable. Durant le conflit, toute l'organisation des &#171; r&#233;volutionnaires &#187;, comme ils se d&#233;nomment eux-m&#234;mes, a &#233;t&#233; construite dans ce but. Les &#233;lections du 7 juillet sont un autre exemple pertinent de cette volont&#233; d'unit&#233;. Ces derni&#232;res sont auto-organis&#233;es au niveau local mais dans un seul but, &#233;lire une repr&#233;sentation nationale, preuve d'une tentative de la population de se d&#233;finir comme un seul corps.
Dans ce sens, il s'agit d'un mouvement r&#233;volutionnaire puisque chacun a conscience qu'il faut red&#233;finir radicalement les institutions et d&#233;cider d'une nouvelle redistribution sociale, politique et &#233;conomique. Mais encore une fois, ce moment r&#233;volutionnaire est in&#233;gal selon les r&#233;gions et ce n'est qu'avec le recul de l'histoire que nous pourrons parler ou non de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. A. :&lt;/strong&gt; En d&#233;finitive, la question de la qualification de &#171; r&#233;volution &#187; ou pas est un enjeu tellement pr&#233;gnant pour les acteurs politiques, syndicaux, qu'ils soient proches de l'ancien r&#233;gime ou pas, qu'il est difficile de d&#233;m&#234;ler tout cela. Pour autant je pense aussi, comme le dit bien Arthur, qu'on doit s'atteler d'abord &#224; comprendre les perceptions, repr&#233;sentations et donc les luttes de sens que se livrent les multiples acteurs dans les diff&#233;rentes sc&#232;nes sociales et politiques arabes actuellement. Cela est une pr&#233;misse pour comprendre pourquoi les gens luttent vraiment, sont parfois enclins &#224; mettre leurs vies en p&#233;ril&#8230; Finalement, la question pertinente est simple dans son &#233;nonciation : comment des individus et des groupes de populations nombreux en viennent-ils &#224; un moment &#8211; souvent &#233;ph&#233;m&#232;re &#8211; &#224; se r&#233;volter malgr&#233; le co&#251;t &#233;lev&#233; de telles actions et quels effets cela a-t-il sur le gouvernement des gens et de l'&#233;conomie dans une p&#233;riode donn&#233;e ? Alors r&#233;volution ou pas en Tunisie ? Il nous faudrait s&#251;rement beaucoup plus de recul avant de pouvoir fournir une r&#233;ponse pertinente.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Kasbah 1&lt;/i&gt; d&#233;signe le mouvement qui a rassembl&#233; devant le palais du gouvernement, en janvier 2011, une dizaine de jours apr&#232;s la fuite de Ben Ali, des milliers de manifestants. Le 20 f&#233;vrier, la place, jusqu'alors occup&#233;e par l'arm&#233;e, est reprise par les manifestants qui montent un vaste campement et exigent le d&#233;part du Premier ministre et la liquidation totale du r&#233;gime Ben Ali. Les 25 et 26, la police attaque des manifestants. Le 27, le gouvernement d&#233;missionne. Ce mouvement prend le nom de &lt;i&gt;Kasbah 2&lt;/i&gt;. Cf &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Degagitude-et-tunisification'&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;87&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Membre de l'opposition tunisienne &#224; la fin des ann&#233;es 1970 et cofondateur en France du mouvement des Indig&#232;nes de la R&#233;publique en 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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