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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Euromed 2 : la ville est morte, ville la ville !</title>
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		<dc:creator>Charly, Oum Ziad</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Pr&#233;emptions, d&#233;logements, expulsions de sans-papiers, requalification du port et du march&#233; aux Puces... Les Crottes, quartier immigr&#233; et ouvrier du nord du Marseille, subissent depuis vingt ans les offensives d'Euromed 2, un m&#233;gaprojet urbain au pilotage brutal, qui b&#226;tit &#171; Smartseille &#187;. La ville de demain, mais pas pour tout le monde. Recette en quatre &#233;tapes. &#171; Parce que la vie fait la ville &#187;, mart&#232;lent les panneaux publicitaires d'Euromed 2. Lorsqu'il est accus&#233; de d&#233;loger les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Crottes" rel="tag"&gt;Crottes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etape" rel="tag"&gt;&#201;tape&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;emptions, d&#233;logements, expulsions de sans-papiers, requalification du port et du march&#233; aux Puces... Les Crottes, quartier immigr&#233; et ouvrier du nord du Marseille, subissent depuis vingt ans les offensives d'Euromed 2, un m&#233;gaprojet urbain au pilotage brutal, qui b&#226;tit &#171; Smartseille &#187;. La ville de demain, mais pas pour tout le monde. Recette en quatre &#233;tapes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-1402-ba122.jpg?1768649747' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Parce que la vie fait la ville&lt;/i&gt; &#187;, mart&#232;lent les panneaux publicitaires d'Euromed 2. Lorsqu'il est accus&#233; de d&#233;loger les habitants des Crottes&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le quartier tire son nom d'un mot proven&#231;al signifiant &#171; grottes &#187;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, quartier-village de Marseille situ&#233; entre le m&#233;tro Bougainville et les docks, l'&#233;tablissement public d'am&#233;nagement pr&#233;tend construire sur des friches, dans des lieux &#171; &lt;i&gt;d&#233;grad&#233;s&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;enclav&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. C'est vite oublier qu'il am&#233;nage un quartier non pas d&#233;c&#233;d&#233; de mort naturelle, mais tu&#233; par plusieurs d&#233;cennies de d&#233;litement programm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 1 : r&#233;duisez le prolo&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, des maisons ouvri&#232;res poussent autour des fonderies et usines d'alumine. Face aux docks, les Crottes s'activent dans la r&#233;paration navale et l'agroalimentaire. Des marins au long cours, du S&#233;n&#233;gal, des Comores et du Maghreb grossissent les rangs des dockers d'apr&#232;s-guerre. Le quartier devient l'arri&#232;re-cour des activit&#233;s portuaires de Marseille, propice aux marchandages et &#224; l'embauche, prolongeant la sociabilit&#233; &#224; la sortie du travail sur le zinc des comptoirs ouvriers de la rue de Lyon. Dans les ann&#233;es 1970, l'agonie du port laisse place &#224; l'essence et &#224; la ferraille des Volkswagen, Ford et Peugeot. Et leur lot de casses automobiles et de restaurants ouvriers, o&#249; les manutentionnaires africains et nord-africains investissent les cuisines et les circuits courts de la vente informelle. Une nouvelle &#233;poque se dessine, avec la mont&#233;e du ch&#244;mage, la bidouille et les taudis qui se d&#233;gradent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 2000, le reflux des industries du littoral laisse &#224; d&#233;couvert des friches qui attisent la convoitise des promoteurs : Nexity, Constructa et autres Bouygues. L'op&#233;ration urbaine Euromed 2, sur le p&#233;rim&#232;tre des Crottes, est annonc&#233;e en 2007, dans le prolongement d'Euromed 1, poursuivant la conversion des docks en zone tertiaire et r&#233;sidentielle de haut standing. Sous les bulldozers d'Eiffage, les huit vieilles chemin&#233;es de la centrale &#233;lectrique du Cap Pin&#232;de sont remplac&#233;es par l'&#238;lot d&#233;monstrateur d'Euromed appel&#233; Smartseille, &#233;co-cit&#233; labellis&#233;e de 4 000 logements et 58 000 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; de bureaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euromed lorgne aussi sur le foncier de la raffinerie de sucre d&#233;clinante Saint Louis, qui avait accus&#233; la suppression de 80 emplois en 2015. Les syndicats vocif&#232;rent contre cette sp&#233;culation par l'immobilier du tertiaire, qui s'accommode tr&#232;s bien du d&#233;clin forc&#233; des activit&#233;s ouvri&#232;res : ce ne sont s&#251;rement pas les 20 000 emplois &lt;i&gt;high tech&lt;/i&gt; annonc&#233;s qui r&#233;sorberont les 34 % de taux de ch&#244;mage chez les habitant&#8226;es du quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, avec le d&#233;part de la client&#232;le ouvri&#232;re et la relocalisation contrainte des concessionnaires automobiles vers la zone commerciale sud (La Valentine), les caf&#233;s, salons de coiffure et autres petits commerces disparaissent &#224; leur tour. Puis la d&#233;claration d'utilit&#233; publique (DUP) de 2017 fournit &#224; Euromed l'arsenal juridique pour achever les derni&#232;res &#233;choppes : les indemnisations d'&#233;viction sont index&#233;es sur le chiffre d'affaires des deux derni&#232;res ann&#233;es, r&#233;duites &#224; peau de chagrin, quitte &#224; imposer une retraite anticip&#233;e aux tenanciers : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a plus de clients depuis que les bo&#238;tes ont ferm&#233;. Mon chiffre d'affaires a &#233;t&#233; divis&#233; par deux. Avec ce qu'ils me donnent, je ne pourrai jamais repartir ailleurs&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moigne le propri&#233;taire d'un snack historique de la rue de Lyon. Comme un dernier coup de massue &#224; la survie des Crottes, la construction du centre social est avort&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 2 : blanchissez les Puces&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mardi 22 octobre 2019, un violent orage s'abat sur Marseille et propage le feu dans le march&#233; aux Puces, le c&#339;ur battant des Crottes. 200 forain&#8226;es sont &#233;vacu&#233;&#8226;es de ce lieu hors normes, informel et foisonnant, o&#249; le Marseille populaire se presse &#224; la recherche de bonnes affaires. On a fr&#244;l&#233; le coup de gr&#226;ce, alors que l'existence du march&#233; est remise en cause par un chantier attenant de Bouygues &#8211; 14 hectares d'&#233;quipements, logements et bureaux neufs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Form&#233;es spontan&#233;ment dans les ann&#233;es 1970 sur les espaces p&#233;riportuaires, les Puces n'en sont pas &#224; leur premi&#232;re correction disciplinaire. En 1989, elles ont &#233;t&#233; la cible du maire Robert Vigouroux, qui a tent&#233; de les canaliser sur la friche de l'usine Alsthom&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'emplacement actuel du march&#233;, entre l'avenue du Cap-Pin&#232;de, le boulevard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Brocanteurs, brocanteuses et antiquaires, escort&#233;&#8226;es dans l'enceinte du nouveau site, sont tri&#233;s entre bon grain et ivraie. Les forain&#8226;es r&#233;fractaires &#224; la structuration du march&#233; alimentaire par le MIN (March&#233; d'int&#233;r&#234;t national) des Arnavaux doivent &#234;tre mis&#8226;es au ban. Malgr&#233; les 300 policiers qui d&#233;m&#233;nagent &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt; les &#233;talages, l'offensive est d&#233;jou&#233;e : la gr&#232;ve des l&#233;gumiers-l&#233;gumi&#232;res et des marchand&#8226;es ambulant&#8226;es, l'&#233;nergie de survie de la population, tributaire du syst&#232;me D, et la fluidit&#233; des circuits d'approvisionnement m&#233;diterran&#233;ens des commer&#231;ant&#8226;es immigr&#233;&#8226;es d&#233;bordent le programme officiel&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le lien et le gain : ethnographie d'une place marchande informelle, le cas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. On estime la fr&#233;quentation actuelle &#224; 100 000 visiteurs et visiteuses par semaine pour 600 forain&#8226;es et plus de 1 000 emplois. Sans compter le &#171; off &#187;, boulevard du Capitaine-G&#232;ze : des &#233;tals &#224; m&#234;me le sol, qui s'allongent au gr&#233; des interdits de vente &#224; la sauvette dans le centre-ville et de la pr&#233;carisation des conditions d'accueil des nouveaux migrant&#8226;es : &#171; &lt;i&gt;Je vends des p&#226;tisseries maison pour faire vivre ma famille&lt;/i&gt; &#187;, confie Amal *, fra&#238;chement d&#233;barqu&#233;e d'Alger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bijoux de pacotille, hard-discount hallal et outillage professionnel c&#244;toient sapes de seconde main et cagettes de l&#233;gumes vendues en cul de camion. La mosqu&#233;e Al Isl&#226;h, la salle des f&#234;tes et les caf&#233;s renforcent la centralit&#233; de ce Marseille &#233;loign&#233; des cartes postales. Mais cette zone de marginalit&#233; est bel et bien dans le collimateur des am&#233;nageurs d'Euromed 2. Les forain&#8226;es craignent que la restructuration du march&#233; officiel hausse le co&#251;t de location et exclut ceux qui d&#233;pendent d'une vente &#224; bon march&#233;. Quant aux vendeurs et vendeuses &#224; la sauvette, ils sont de plus en plus stigmatis&#233;s par les &#233;diles locaux, qui accentuent harc&#232;lement policier et d&#233;nigrement m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3184 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH413/-1403-a81bf.jpg?1768651635' width='400' height='413' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 3 : hachez proprios et locataires&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Retour rue de Lyon, o&#249; Euromed met les petits proprios &#224; la d&#233;coupe : &#171; &lt;i&gt;J'ai pass&#233; ma vie d'ouvrier &#224; me battre pour acheter cet appartement, je me suis endett&#233; sur vingt ans, j'ai termin&#233; de rembourser mon pr&#234;t il y a deux ans et ils me virent pour une bouch&#233;e de pain&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; s'indigne Bernard. Les propri&#233;taires occupant&#8226;es sont indemnis&#233;&#8226;es au prix du march&#233;, point. Mais qui accepterait sans sourciller le prix mis&#233;rable d'un march&#233; immobilier asphyxi&#233; par quinze ans de politique de pr&#233;emption pour un foyer qui repr&#233;sente les &#233;conomies d'une vie ? &#171; &lt;i&gt;On ne peut rien acheter, on a essay&#233; de louer mais on s'est fait refuser parce que nos retraites sont trop petite&lt;/i&gt;s &#187; : Bernard et Jeanne, octog&#233;naires, indemnis&#233;s 1 000 &#8364; le m&#232;tre carr&#233;, peinent &#224; retrouver un logement &#233;quivalent dans le quartier. Ils s'en sont sortis un temps gr&#226;ce &#224; un voisin qui leur louait un studio. Las : ce dernier s'est vu &#224; son tour expropri&#233;, ce qui a oblig&#233; le couple &#224; refaire ses valises. Deux nouvelles portes mur&#233;es sont donc venues s'ajouter &#224; la collection d&#233;j&#224; bien fournie du quartier : depuis 2003, toute cession immobili&#232;re y fait syst&#233;matiquement l'objet d'un rachat contraint par Euromed et d'une &#171; &lt;i&gt;mise en s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187; qui consiste &#224; murer et &#224; d&#233;vitaliser les logements &#8211; cuisines et salles de bains sont d&#233;molies &#224; coups de massue. Petit &#224; petit, le quartier se vide : &#171; &lt;i&gt;J'ai l'impression de vivre avec des fant&#244;mes&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clare une habitante, d&#233;signant de la t&#234;te les deux portes mur&#233;es de son palier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les promesses de la DUP&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La ZAC Littorale elle-m&#234;me doit &#234;tre le lieu de cr&#233;ation de plus de 1 300 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, les propositions de relogement re&#231;ues par les locataires des logements rachet&#233;s sont bien &#233;loign&#233;es des constructions flambant neuves. &#201;tonnant qu'un &#233;tablissement qui a vendu des milliers de m&#232;tres carr&#233;s de ville &#224; des promoteurs priv&#233;s ne parvienne pas &#224; n&#233;gocier, dans les milliers de nouveaux logements qu'il fait sortir de terre, une cinquantaine de places pour les locataires qu'il d&#233;loge. Face &#224; la p&#233;nurie de logements sociaux &#224; Marseille, Euromed, par courrier, invite m&#234;me certains d&#233;log&#233;s &#224; &#171; &lt;i&gt;effectuer des recherches de&lt;/i&gt; [leur] &lt;i&gt;c&#244;t&#233;&lt;/i&gt; &#187; dans le priv&#233;. La lettre ajoute que depuis &#171; &lt;i&gt;le drame de la rue d'Aubagne en novembre dernier, la Ville de Marseille est confront&#233;e &#224; une crise du logement sans pr&#233;c&#233;dent&lt;/i&gt; &#187;. &#192; sa r&#233;ception, Ali s'exclame &#224; bout de nerfs : &#171; &lt;i&gt;Ils construisent 30 000 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;logements et ils sont pas foutus de nous en trouver un ? Avec ce que je gagne, je vais me retrouver dans un immeuble qui s'effondre&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Depuis sa fen&#234;tre, on aper&#231;oit Smartseille, o&#249; on vient de lui refuser une place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 mars 2018, Euromed y organise une r&#233;union de concertation. Le collectif de la rue de Lyon &#171; On se laisse pas faire &#187; s'y invite. Face aux habitant&#8226;es d&#233;log&#233;.es qui expriment leur col&#232;re au sujet de la d&#233;gradation du quartier, des expropriations &#224; bas prix et de l'avenir du march&#233; aux Puces, le communicant d&#233;roule imperturbablement son PowerPoint : devant les images de synth&#232;se des toits-terrasses avec vue sur mer, construits sur les ruines de leurs logements, une habitante se r&#233;volte : &#171; &lt;i&gt;On me vire de chez moi, pourquoi je ne pourrais pas aller l&#224;-bas&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 4 : Les yeux dans le bouillon des squatteurs&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Restent quelques tranches de vie dans un quartier balay&#233; par la brutalit&#233; sp&#233;culative : les squatteurs et les squatteuses. Encore une fois, Euromed est tout &#233;quip&#233; pour d&#233;blayer le terrain : gardiennage syst&#233;matique des portes, prestataire de s&#233;curit&#233; priv&#233;e et encouragement des voisins &#224; la d&#233;lation. Depuis un an et demi, personne n'est parvenu &#224; se loger dans le b&#226;ti propri&#233;t&#233; d'Euromed. Quand il n'est pas encore en possession d'un b&#226;timent squatt&#233; mais aspire &#224; l'acqu&#233;rir, Euromed ne se prive pas de mettre la pression au propri&#233;taire pour que les occupant&#8226;es soient expuls&#233;&#8226;es avant rachat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 septembre dernier, 400 exil&#233;&#8226;es sont ainsi d&#233;log&#233;&#8226;es de deux squats rue Magallon, o&#249; ils avaient trouv&#233; refuge pendant leur proc&#233;dure d'asile. Lors de l'op&#233;ration de police, seuls vingt-huit d'entre eux, consid&#233;r&#233;s comme &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s vuln&#233;rables&lt;/i&gt; &#187;, sont conduits dans des centres d'h&#233;bergement d'urgence. La plupart des autres se rabattent sur les appartements abandonn&#233;s de la cit&#233; Kalliste. D'autres s'installent &#224; quelques dizaines de m&#232;tres du squat, sous une passerelle de m&#233;tro d&#233;saffect&#233;e, entour&#233;e de b&#226;timents vides, de d&#233;charges et de friches. Mais, apparemment, ici aussi ils d&#233;rangent : quelques jours plus tard la police d&#233;molit les quelques cartons et pneus entass&#233;s pour abriter les affaires du vent, jetant effets personnels et papiers d'identit&#233; dans une benne. Face &#224; la double peine de la politique de gentrification coupl&#233;e au harc&#232;lement policier des exil&#233;&#8226;es, Ayola explose : &#171; &lt;i&gt;Mais ils veulent qu'on aille o&#249;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Le squat &#233;tait pourri, sans eau, bond&#233;, bruyant et pas un endroit o&#249; s'allonger. Maintenant on se cache ici, dans la rue, y a personne, on d&#233;range personne. Et ils nous d&#233;gagent encore&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Qu'est-ce qu'ils veulent&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Qu'on cr&#232;ve&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?!&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore quelques ann&#233;es et Euromed pourra affirmer apporter de nouvelles vies dans un quartier mort. Qu'il aura lui-m&#234;me tu&#233;. En attendant l'arriv&#233;e des bulldozers, il ne reste plus qu'&#224; tenir la fa&#231;ade de ces alignements de maisons fant&#244;mes et &#224; se pr&#233;munir contre les intrusions des squatteurs et squatteuses. Quoi de mieux que des cam&#233;ras ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#171; &lt;i&gt;yeux dans le quartier&lt;/i&gt; &#187;, pour reprendre l'expression d'un bureaucrate d'Euromed. Des yeux, des vrais, et si possible port&#233;s par des visages qui offriront une belle vitrine aux investisseurs de demain : des yeux d'artistes, d'artisan&#8226;es &#233;co-responsables, de startuppers pleins de belles id&#233;es, enclins &#224; jeter un &#339;il sur le voisinage et qui, s&#251;rs de leur bon droit, d&#233;nonceront l'exil&#233;&#8226;e qui tentera de s'introduire ill&#233;galement dans le b&#226;timent vide d'&#224; c&#244;t&#233;. Pour cela, l'urbanisme temporaire offre une solution cl&#233; en main : fresques urbaines, festivals de musique, ateliers d'artistes, &#233;conomie sociale et solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euromed n'a pas oubli&#233; les bonnes vieilles techniques : faire venir quelques bobos dans le quartier a toujours &#233;t&#233; le lubrifiant id&#233;al pour faire passer la pilule de la gentrification.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 5 : Et maintenant, flambez !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Charly &amp; Oum Ziad&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Tous les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le quartier tire son nom d'un mot proven&#231;al signifiant &#171; grottes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'emplacement actuel du march&#233;, entre l'avenue du Cap-Pin&#232;de, le boulevard du Capitaine-G&#232;ze et la rue de Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le lien et le gain : ethnographie d'une place marchande informelle, le cas du march&#233; aux Puces &#224; Marseille&lt;/i&gt;, Michel Peraldi et V&#233;ronique Manry, Laboratoire m&#233;diterran&#233;en de sociologie, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;La ZAC Littorale elle-m&#234;me doit &#234;tre le lieu de cr&#233;ation de plus de 1 300 logements sociaux dont certains seront r&#233;alis&#233;s avant les premi&#232;res d&#233;molitions pr&#233;vues sur la rue de Lyon.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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