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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Euromed 2 : la ville est morte, ville la ville !</title>
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		<dc:creator>Charly, Oum Ziad</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Pr&#233;emptions, d&#233;logements, expulsions de sans-papiers, requalification du port et du march&#233; aux Puces... Les Crottes, quartier immigr&#233; et ouvrier du nord du Marseille, subissent depuis vingt ans les offensives d'Euromed 2, un m&#233;gaprojet urbain au pilotage brutal, qui b&#226;tit &#171; Smartseille &#187;. La ville de demain, mais pas pour tout le monde. Recette en quatre &#233;tapes. &#171; Parce que la vie fait la ville &#187;, mart&#232;lent les panneaux publicitaires d'Euromed 2. Lorsqu'il est accus&#233; de d&#233;loger les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Crottes" rel="tag"&gt;Crottes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etape" rel="tag"&gt;&#201;tape&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;emptions, d&#233;logements, expulsions de sans-papiers, requalification du port et du march&#233; aux Puces... Les Crottes, quartier immigr&#233; et ouvrier du nord du Marseille, subissent depuis vingt ans les offensives d'Euromed 2, un m&#233;gaprojet urbain au pilotage brutal, qui b&#226;tit &#171; Smartseille &#187;. La ville de demain, mais pas pour tout le monde. Recette en quatre &#233;tapes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-1402-ba122.jpg?1768649747' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Parce que la vie fait la ville&lt;/i&gt; &#187;, mart&#232;lent les panneaux publicitaires d'Euromed 2. Lorsqu'il est accus&#233; de d&#233;loger les habitants des Crottes&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le quartier tire son nom d'un mot proven&#231;al signifiant &#171; grottes &#187;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, quartier-village de Marseille situ&#233; entre le m&#233;tro Bougainville et les docks, l'&#233;tablissement public d'am&#233;nagement pr&#233;tend construire sur des friches, dans des lieux &#171; &lt;i&gt;d&#233;grad&#233;s&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;enclav&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. C'est vite oublier qu'il am&#233;nage un quartier non pas d&#233;c&#233;d&#233; de mort naturelle, mais tu&#233; par plusieurs d&#233;cennies de d&#233;litement programm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 1 : r&#233;duisez le prolo&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, des maisons ouvri&#232;res poussent autour des fonderies et usines d'alumine. Face aux docks, les Crottes s'activent dans la r&#233;paration navale et l'agroalimentaire. Des marins au long cours, du S&#233;n&#233;gal, des Comores et du Maghreb grossissent les rangs des dockers d'apr&#232;s-guerre. Le quartier devient l'arri&#232;re-cour des activit&#233;s portuaires de Marseille, propice aux marchandages et &#224; l'embauche, prolongeant la sociabilit&#233; &#224; la sortie du travail sur le zinc des comptoirs ouvriers de la rue de Lyon. Dans les ann&#233;es 1970, l'agonie du port laisse place &#224; l'essence et &#224; la ferraille des Volkswagen, Ford et Peugeot. Et leur lot de casses automobiles et de restaurants ouvriers, o&#249; les manutentionnaires africains et nord-africains investissent les cuisines et les circuits courts de la vente informelle. Une nouvelle &#233;poque se dessine, avec la mont&#233;e du ch&#244;mage, la bidouille et les taudis qui se d&#233;gradent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 2000, le reflux des industries du littoral laisse &#224; d&#233;couvert des friches qui attisent la convoitise des promoteurs : Nexity, Constructa et autres Bouygues. L'op&#233;ration urbaine Euromed 2, sur le p&#233;rim&#232;tre des Crottes, est annonc&#233;e en 2007, dans le prolongement d'Euromed 1, poursuivant la conversion des docks en zone tertiaire et r&#233;sidentielle de haut standing. Sous les bulldozers d'Eiffage, les huit vieilles chemin&#233;es de la centrale &#233;lectrique du Cap Pin&#232;de sont remplac&#233;es par l'&#238;lot d&#233;monstrateur d'Euromed appel&#233; Smartseille, &#233;co-cit&#233; labellis&#233;e de 4 000 logements et 58 000 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; de bureaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euromed lorgne aussi sur le foncier de la raffinerie de sucre d&#233;clinante Saint Louis, qui avait accus&#233; la suppression de 80 emplois en 2015. Les syndicats vocif&#232;rent contre cette sp&#233;culation par l'immobilier du tertiaire, qui s'accommode tr&#232;s bien du d&#233;clin forc&#233; des activit&#233;s ouvri&#232;res : ce ne sont s&#251;rement pas les 20 000 emplois &lt;i&gt;high tech&lt;/i&gt; annonc&#233;s qui r&#233;sorberont les 34 % de taux de ch&#244;mage chez les habitant&#8226;es du quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, avec le d&#233;part de la client&#232;le ouvri&#232;re et la relocalisation contrainte des concessionnaires automobiles vers la zone commerciale sud (La Valentine), les caf&#233;s, salons de coiffure et autres petits commerces disparaissent &#224; leur tour. Puis la d&#233;claration d'utilit&#233; publique (DUP) de 2017 fournit &#224; Euromed l'arsenal juridique pour achever les derni&#232;res &#233;choppes : les indemnisations d'&#233;viction sont index&#233;es sur le chiffre d'affaires des deux derni&#232;res ann&#233;es, r&#233;duites &#224; peau de chagrin, quitte &#224; imposer une retraite anticip&#233;e aux tenanciers : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a plus de clients depuis que les bo&#238;tes ont ferm&#233;. Mon chiffre d'affaires a &#233;t&#233; divis&#233; par deux. Avec ce qu'ils me donnent, je ne pourrai jamais repartir ailleurs&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moigne le propri&#233;taire d'un snack historique de la rue de Lyon. Comme un dernier coup de massue &#224; la survie des Crottes, la construction du centre social est avort&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 2 : blanchissez les Puces&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mardi 22 octobre 2019, un violent orage s'abat sur Marseille et propage le feu dans le march&#233; aux Puces, le c&#339;ur battant des Crottes. 200 forain&#8226;es sont &#233;vacu&#233;&#8226;es de ce lieu hors normes, informel et foisonnant, o&#249; le Marseille populaire se presse &#224; la recherche de bonnes affaires. On a fr&#244;l&#233; le coup de gr&#226;ce, alors que l'existence du march&#233; est remise en cause par un chantier attenant de Bouygues &#8211; 14 hectares d'&#233;quipements, logements et bureaux neufs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Form&#233;es spontan&#233;ment dans les ann&#233;es 1970 sur les espaces p&#233;riportuaires, les Puces n'en sont pas &#224; leur premi&#232;re correction disciplinaire. En 1989, elles ont &#233;t&#233; la cible du maire Robert Vigouroux, qui a tent&#233; de les canaliser sur la friche de l'usine Alsthom&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'emplacement actuel du march&#233;, entre l'avenue du Cap-Pin&#232;de, le boulevard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Brocanteurs, brocanteuses et antiquaires, escort&#233;&#8226;es dans l'enceinte du nouveau site, sont tri&#233;s entre bon grain et ivraie. Les forain&#8226;es r&#233;fractaires &#224; la structuration du march&#233; alimentaire par le MIN (March&#233; d'int&#233;r&#234;t national) des Arnavaux doivent &#234;tre mis&#8226;es au ban. Malgr&#233; les 300 policiers qui d&#233;m&#233;nagent &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt; les &#233;talages, l'offensive est d&#233;jou&#233;e : la gr&#232;ve des l&#233;gumiers-l&#233;gumi&#232;res et des marchand&#8226;es ambulant&#8226;es, l'&#233;nergie de survie de la population, tributaire du syst&#232;me D, et la fluidit&#233; des circuits d'approvisionnement m&#233;diterran&#233;ens des commer&#231;ant&#8226;es immigr&#233;&#8226;es d&#233;bordent le programme officiel&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le lien et le gain : ethnographie d'une place marchande informelle, le cas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. On estime la fr&#233;quentation actuelle &#224; 100 000 visiteurs et visiteuses par semaine pour 600 forain&#8226;es et plus de 1 000 emplois. Sans compter le &#171; off &#187;, boulevard du Capitaine-G&#232;ze : des &#233;tals &#224; m&#234;me le sol, qui s'allongent au gr&#233; des interdits de vente &#224; la sauvette dans le centre-ville et de la pr&#233;carisation des conditions d'accueil des nouveaux migrant&#8226;es : &#171; &lt;i&gt;Je vends des p&#226;tisseries maison pour faire vivre ma famille&lt;/i&gt; &#187;, confie Amal *, fra&#238;chement d&#233;barqu&#233;e d'Alger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bijoux de pacotille, hard-discount hallal et outillage professionnel c&#244;toient sapes de seconde main et cagettes de l&#233;gumes vendues en cul de camion. La mosqu&#233;e Al Isl&#226;h, la salle des f&#234;tes et les caf&#233;s renforcent la centralit&#233; de ce Marseille &#233;loign&#233; des cartes postales. Mais cette zone de marginalit&#233; est bel et bien dans le collimateur des am&#233;nageurs d'Euromed 2. Les forain&#8226;es craignent que la restructuration du march&#233; officiel hausse le co&#251;t de location et exclut ceux qui d&#233;pendent d'une vente &#224; bon march&#233;. Quant aux vendeurs et vendeuses &#224; la sauvette, ils sont de plus en plus stigmatis&#233;s par les &#233;diles locaux, qui accentuent harc&#232;lement policier et d&#233;nigrement m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3184 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH413/-1403-a81bf.jpg?1768651635' width='400' height='413' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 3 : hachez proprios et locataires&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Retour rue de Lyon, o&#249; Euromed met les petits proprios &#224; la d&#233;coupe : &#171; &lt;i&gt;J'ai pass&#233; ma vie d'ouvrier &#224; me battre pour acheter cet appartement, je me suis endett&#233; sur vingt ans, j'ai termin&#233; de rembourser mon pr&#234;t il y a deux ans et ils me virent pour une bouch&#233;e de pain&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; s'indigne Bernard. Les propri&#233;taires occupant&#8226;es sont indemnis&#233;&#8226;es au prix du march&#233;, point. Mais qui accepterait sans sourciller le prix mis&#233;rable d'un march&#233; immobilier asphyxi&#233; par quinze ans de politique de pr&#233;emption pour un foyer qui repr&#233;sente les &#233;conomies d'une vie ? &#171; &lt;i&gt;On ne peut rien acheter, on a essay&#233; de louer mais on s'est fait refuser parce que nos retraites sont trop petite&lt;/i&gt;s &#187; : Bernard et Jeanne, octog&#233;naires, indemnis&#233;s 1 000 &#8364; le m&#232;tre carr&#233;, peinent &#224; retrouver un logement &#233;quivalent dans le quartier. Ils s'en sont sortis un temps gr&#226;ce &#224; un voisin qui leur louait un studio. Las : ce dernier s'est vu &#224; son tour expropri&#233;, ce qui a oblig&#233; le couple &#224; refaire ses valises. Deux nouvelles portes mur&#233;es sont donc venues s'ajouter &#224; la collection d&#233;j&#224; bien fournie du quartier : depuis 2003, toute cession immobili&#232;re y fait syst&#233;matiquement l'objet d'un rachat contraint par Euromed et d'une &#171; &lt;i&gt;mise en s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187; qui consiste &#224; murer et &#224; d&#233;vitaliser les logements &#8211; cuisines et salles de bains sont d&#233;molies &#224; coups de massue. Petit &#224; petit, le quartier se vide : &#171; &lt;i&gt;J'ai l'impression de vivre avec des fant&#244;mes&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clare une habitante, d&#233;signant de la t&#234;te les deux portes mur&#233;es de son palier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les promesses de la DUP&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La ZAC Littorale elle-m&#234;me doit &#234;tre le lieu de cr&#233;ation de plus de 1 300 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, les propositions de relogement re&#231;ues par les locataires des logements rachet&#233;s sont bien &#233;loign&#233;es des constructions flambant neuves. &#201;tonnant qu'un &#233;tablissement qui a vendu des milliers de m&#232;tres carr&#233;s de ville &#224; des promoteurs priv&#233;s ne parvienne pas &#224; n&#233;gocier, dans les milliers de nouveaux logements qu'il fait sortir de terre, une cinquantaine de places pour les locataires qu'il d&#233;loge. Face &#224; la p&#233;nurie de logements sociaux &#224; Marseille, Euromed, par courrier, invite m&#234;me certains d&#233;log&#233;s &#224; &#171; &lt;i&gt;effectuer des recherches de&lt;/i&gt; [leur] &lt;i&gt;c&#244;t&#233;&lt;/i&gt; &#187; dans le priv&#233;. La lettre ajoute que depuis &#171; &lt;i&gt;le drame de la rue d'Aubagne en novembre dernier, la Ville de Marseille est confront&#233;e &#224; une crise du logement sans pr&#233;c&#233;dent&lt;/i&gt; &#187;. &#192; sa r&#233;ception, Ali s'exclame &#224; bout de nerfs : &#171; &lt;i&gt;Ils construisent 30 000 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;logements et ils sont pas foutus de nous en trouver un ? Avec ce que je gagne, je vais me retrouver dans un immeuble qui s'effondre&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Depuis sa fen&#234;tre, on aper&#231;oit Smartseille, o&#249; on vient de lui refuser une place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 mars 2018, Euromed y organise une r&#233;union de concertation. Le collectif de la rue de Lyon &#171; On se laisse pas faire &#187; s'y invite. Face aux habitant&#8226;es d&#233;log&#233;.es qui expriment leur col&#232;re au sujet de la d&#233;gradation du quartier, des expropriations &#224; bas prix et de l'avenir du march&#233; aux Puces, le communicant d&#233;roule imperturbablement son PowerPoint : devant les images de synth&#232;se des toits-terrasses avec vue sur mer, construits sur les ruines de leurs logements, une habitante se r&#233;volte : &#171; &lt;i&gt;On me vire de chez moi, pourquoi je ne pourrais pas aller l&#224;-bas&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 4 : Les yeux dans le bouillon des squatteurs&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Restent quelques tranches de vie dans un quartier balay&#233; par la brutalit&#233; sp&#233;culative : les squatteurs et les squatteuses. Encore une fois, Euromed est tout &#233;quip&#233; pour d&#233;blayer le terrain : gardiennage syst&#233;matique des portes, prestataire de s&#233;curit&#233; priv&#233;e et encouragement des voisins &#224; la d&#233;lation. Depuis un an et demi, personne n'est parvenu &#224; se loger dans le b&#226;ti propri&#233;t&#233; d'Euromed. Quand il n'est pas encore en possession d'un b&#226;timent squatt&#233; mais aspire &#224; l'acqu&#233;rir, Euromed ne se prive pas de mettre la pression au propri&#233;taire pour que les occupant&#8226;es soient expuls&#233;&#8226;es avant rachat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 septembre dernier, 400 exil&#233;&#8226;es sont ainsi d&#233;log&#233;&#8226;es de deux squats rue Magallon, o&#249; ils avaient trouv&#233; refuge pendant leur proc&#233;dure d'asile. Lors de l'op&#233;ration de police, seuls vingt-huit d'entre eux, consid&#233;r&#233;s comme &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s vuln&#233;rables&lt;/i&gt; &#187;, sont conduits dans des centres d'h&#233;bergement d'urgence. La plupart des autres se rabattent sur les appartements abandonn&#233;s de la cit&#233; Kalliste. D'autres s'installent &#224; quelques dizaines de m&#232;tres du squat, sous une passerelle de m&#233;tro d&#233;saffect&#233;e, entour&#233;e de b&#226;timents vides, de d&#233;charges et de friches. Mais, apparemment, ici aussi ils d&#233;rangent : quelques jours plus tard la police d&#233;molit les quelques cartons et pneus entass&#233;s pour abriter les affaires du vent, jetant effets personnels et papiers d'identit&#233; dans une benne. Face &#224; la double peine de la politique de gentrification coupl&#233;e au harc&#232;lement policier des exil&#233;&#8226;es, Ayola explose : &#171; &lt;i&gt;Mais ils veulent qu'on aille o&#249;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Le squat &#233;tait pourri, sans eau, bond&#233;, bruyant et pas un endroit o&#249; s'allonger. Maintenant on se cache ici, dans la rue, y a personne, on d&#233;range personne. Et ils nous d&#233;gagent encore&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Qu'est-ce qu'ils veulent&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Qu'on cr&#232;ve&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?!&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore quelques ann&#233;es et Euromed pourra affirmer apporter de nouvelles vies dans un quartier mort. Qu'il aura lui-m&#234;me tu&#233;. En attendant l'arriv&#233;e des bulldozers, il ne reste plus qu'&#224; tenir la fa&#231;ade de ces alignements de maisons fant&#244;mes et &#224; se pr&#233;munir contre les intrusions des squatteurs et squatteuses. Quoi de mieux que des cam&#233;ras ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#171; &lt;i&gt;yeux dans le quartier&lt;/i&gt; &#187;, pour reprendre l'expression d'un bureaucrate d'Euromed. Des yeux, des vrais, et si possible port&#233;s par des visages qui offriront une belle vitrine aux investisseurs de demain : des yeux d'artistes, d'artisan&#8226;es &#233;co-responsables, de startuppers pleins de belles id&#233;es, enclins &#224; jeter un &#339;il sur le voisinage et qui, s&#251;rs de leur bon droit, d&#233;nonceront l'exil&#233;&#8226;e qui tentera de s'introduire ill&#233;galement dans le b&#226;timent vide d'&#224; c&#244;t&#233;. Pour cela, l'urbanisme temporaire offre une solution cl&#233; en main : fresques urbaines, festivals de musique, ateliers d'artistes, &#233;conomie sociale et solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euromed n'a pas oubli&#233; les bonnes vieilles techniques : faire venir quelques bobos dans le quartier a toujours &#233;t&#233; le lubrifiant id&#233;al pour faire passer la pilule de la gentrification.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 5 : Et maintenant, flambez !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Charly &amp; Oum Ziad&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Tous les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le quartier tire son nom d'un mot proven&#231;al signifiant &#171; grottes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'emplacement actuel du march&#233;, entre l'avenue du Cap-Pin&#232;de, le boulevard du Capitaine-G&#232;ze et la rue de Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le lien et le gain : ethnographie d'une place marchande informelle, le cas du march&#233; aux Puces &#224; Marseille&lt;/i&gt;, Michel Peraldi et V&#233;ronique Manry, Laboratoire m&#233;diterran&#233;en de sociologie, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;La ZAC Littorale elle-m&#234;me doit &#234;tre le lieu de cr&#233;ation de plus de 1 300 logements sociaux dont certains seront r&#233;alis&#233;s avant les premi&#232;res d&#233;molitions pr&#233;vues sur la rue de Lyon.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Noailles sans toit ni loi</title>
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		<dc:date>2019-11-02T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margaux Wartelle</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le 5 novembre 2018, rue d'Aubagne, deux immeubles s'effondrent, emportant huit vies. La suite : des mois de faillite politique et d'&#233;vacuations un peu partout en ville. Et pour les milliers de d&#233;log&#233;s, le d&#233;but d'une gal&#232;re sans nom. Aper&#231;u. &#171; Il va s'effondrer et emporter tout Marseille dans son trou. &#187; Parmi les habitants du 65 rue d'Aubagne, la blague avait fait sourire. Entre les fuites, les fissures b&#233;antes, les portes qui ne fermaient plus, la situation d&#233;plorable de l'immeuble &#233;tait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no181-novembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;181 (novembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-hotel" rel="tag"&gt;l'h&#244;tel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 5 novembre 2018, rue d'Aubagne, deux immeubles s'effondrent, emportant huit vies. La suite : des mois de faillite politique et d'&#233;vacuations un peu partout en ville. Et pour les milliers de d&#233;log&#233;s, le d&#233;but d'une gal&#232;re sans nom. Aper&#231;u.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3131 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH332/-1358-981d0.jpg?1768816106' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; I&lt;/span&gt;&lt;i&gt;l va s'effondrer et emporter tout Marseille dans son trou.&lt;/i&gt; &#187; Parmi les habitants du 65 rue d'Aubagne, la blague avait fait sourire. Entre les fuites, les fissures b&#233;antes, les portes qui ne fermaient plus, la situation d&#233;plorable de l'immeuble &#233;tait bien connue &#8211; et l'agence immobili&#232;re maintes fois pr&#233;venue, via des coups de fils, des mails, et m&#234;me des vid&#233;os. Le 18 octobre 2018, une &#233;vacuation en urgence avait &#233;t&#233; assur&#233;e par les pompiers suite &#224; une expertise de la mairie. Elle ne durera que quelques heures, le syndic assurant avoir fait les travaux n&#233;cessaires. Le 26, une salari&#233;e de l'agence laisse un message vocal &#224; Sophie, une locataire : &#171; &lt;i&gt;Vous pouvez rester dans l'appartement.&lt;/i&gt; &#187; Par la suite, Sophie l'a &#233;cout&#233; en boucle, ce message. Le ton est l&#233;ger : &#171; &lt;i&gt;Restez tranquille&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Dix jours apr&#232;s, l'immeuble s'&#233;croulait un peu avant 10 h du matin. Huit personnes meurent, la blague est loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille, Sophie avait dormi chez ses parents, de peur de ne pas pouvoir sortir de son studio &#8211; les murs, instables, risquaient de bloquer la porte. La jeune femme avait pris l'habitude d'aider sa voisine de palier, Marie, souvent coinc&#233;e chez elle. Depuis l'effondrement, Sophie croit parfois apercevoir son amie d&#233;c&#233;d&#233;e dans la rue. &#201;tudiante en master de philosophie, elle raconte un traumatisme persistant, des gal&#232;res administratives ubuesques et surtout un m&#233;pris constant de la part de la mairie. &#171; &lt;i&gt;J'ai pass&#233; ma vie rue Beauvau&lt;/i&gt; &#187; &#8211; l'espace d'accueil mis en place par la municipalit&#233;, l&#224; o&#249; les victimes puis les d&#233;log&#233;s d&#233;filent depuis un an pour chercher informations et solutions de relogement. Pendant quatre mois, Sophie et son mari se retrouvent &#224; l'h&#244;tel. Hasard ou destin, Julien, l'un de ses voisins disparus, travaillait dans l'&#233;tablissement. &#171; &lt;i&gt;Avec ses coll&#232;gues, on s'est parl&#233;, soud&#233;s par le malheur.&lt;/i&gt; &#187; Quatre mois, puis arrive une proposition de relogement &#224; Noailles, o&#249; le couple vit &#224; l'heure actuelle, m&#234;me si l'envie de quitter la ville le taraude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin novembre 2018, une information judiciaire pour &#171; &lt;i&gt;homicides involontaires&lt;/i&gt; &#187; aggrav&#233;s d'une &#171; &lt;i&gt;violation manifestement d&#233;lib&#233;r&#233;e d'une obligation de prudence ou de s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187; a &#233;t&#233; ouverte. Et le 18 octobre dernier, aux c&#244;t&#233;s des autres parties civiles&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec les autres survivants, les familles des victimes et des associations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, Sophie avait rendez-vous devant le juge d'instruction, qui a fait le point sur l'enqu&#234;te. Verdict : elle sera longue. L'expertise devrait se terminer en mars 2020, le temps de constituer un dossier solide afin de proc&#233;der &#224; des mises en examen. Sophie s'y attendait. Elle qui assure &#234;tre contre le syst&#232;me r&#233;pressif n'arrive pas &#224; trouver d'excuses &#224; ceux qui agissent &#171; &lt;i&gt;par app&#226;t du gain&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un &#233;tat catastrophique bien connu&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour qui ne vit pas &#224; Marseille, il est bon de rappeler le coup au cr&#226;ne et au c&#339;ur que fut ce mois de novembre 2018. Il faut dire le choc, l'&#233;motion, l'incompr&#233;hension, et aussi la lucidit&#233;, une col&#232;re bien orient&#233;e &#8211; vers la mairie et ses &#233;diles. Car l'&#233;tat catastrophique du parc immobilier &#233;tait connu. En 2015, le constat du rapport Nicol est &#233;difiant : 100 000 habitants vivraient dans des habitations pr&#233;sentant un risque pour la sant&#233; ou la s&#233;curit&#233;. Cela concerne 40 000 logements, principalement dans le centre et le nord de la ville. Parmi d'autres r&#233;jouissances, deux phrases retiennent l'attention : &#171; &lt;i&gt;Les moyens humains et le savoir-faire sont insuffisants dans les diff&#233;rents services (Ville et &#201;tat)&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;aucune hi&#233;rarchisation commune de l'urgence n'a &#233;t&#233; d&#233;finie face &#224; l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt; &#187;. Avant le 5 novembre, il y avait chaque ann&#233;e entre 2 000 et 2 500 signalements pour cause d'hygi&#232;ne. Pour moins de dix arr&#234;t&#233;s d'insalubrit&#233;. D'o&#249; cette certitude : la situation du logement indigne &#233;tait bel et bien de notori&#233;t&#233; municipale. Apr&#232;s des ann&#233;es d'incomp&#233;tence et d'inaction, le tragique s'est produit. Et au drame des victimes s'est ajout&#233;e la gal&#232;re des d&#233;log&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En moins d'un an, pr&#232;s de 4 000 personnes ont &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es de leur appartement. Chiffre aberrant, incroyable, que l'on peine &#224; expliquer. D'un c&#244;t&#233;, il y a eu la peur justifi&#233;e. Des habitants, qui depuis des ann&#233;es avaient vu leur logement se d&#233;grader, ont appel&#233; le num&#233;ro d'urgence mis en place par la mairie. La proc&#233;dure : un expert vient, juge le logement dangereux, les habitants sont d&#233;log&#233;s puis l'immeuble est soumis &#224; un arr&#234;t&#233; de p&#233;ril (il est m&#234;me arriv&#233; que l'arr&#234;t&#233; de p&#233;ril n'arrive jamais et que l'&#233;vacuation reste ainsi sans base l&#233;gale). Parfois, c'est la mairie qui a pris les devants. Probl&#232;me : depuis le 5 novembre, elle n'a &#233;tabli que des arr&#234;t&#233;s de p&#233;ril &#171; imminent &#187;, qui induisent forc&#233;ment l'&#233;vacuation de tous les habitants&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il existe &#233;galement des arr&#234;t&#233;s de p&#233;ril simple, moins contraignants et ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Les services municipaux auraient-ils fait des exc&#232;s de z&#232;le, dans la panique des effondrements ? Beaucoup le pensent.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les bourgeois des d&#233;log&#233;s &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Valentin et Lucie habitaient depuis quelques mois dans un appartement &#224; la Joliette. En d&#233;cembre 2018, alors qu'ils sont en week-end, un voisin les appelle : leur immeuble est barricad&#233;. Sur l'&#233;tat de leur logement, ils racontent des portes qui ne ferment plus, des cafards, de l'amiante, un compteur &#233;lectrique dangereux et de grandes fissures chez leurs voisins du rez-de-chauss&#233;e &#8211; &#171; &lt;i&gt;On pouvait y passer les deux mains.&lt;/i&gt; &#187; Bref, pas l'id&#233;al, loin de l&#224;, mais ils ne se sentaient pas en ins&#233;curit&#233;. &#171; &lt;i&gt;On habitait &#224; Noailles avant, on &#233;tait habitu&#233; aux fissures,&lt;/i&gt; raconte Valentin. &lt;i&gt;Et puis quand je loue, je pars du principe qu'on ne me propose pas un appartement qui va tomber.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cauchemar ne fait que commencer. Apr&#232;s le choc, ils se retrouvent d&#233;munis. Le num&#233;ro d'urgence mis en place ne leur est d'aucune aide. Par chance, ils tombent sur le &lt;i&gt;Guide de survie aux &#233;vacuations&lt;/i&gt; r&#233;dig&#233; dans l'urgence par un groupe d'habitants, le Collectif du 5 novembre, mont&#233; &#224; la suite du drame. Comme beaucoup d'autres d&#233;log&#233;s, ils seront h&#233;berg&#233;s &#224; l'h&#244;tel pendant deux semaines. Ils mesurent leur chance, presque g&#234;n&#233;s quand ils pensent &#224; ceux qui y sont rest&#233;s des mois, ceux aussi qui ont moins de ressources qu'eux. Eux qui parlent fran&#231;ais, travaillent, comprennent les rouages administratifs, ont des amis qui ont pu les aider. Th&#233;sard pour lui, producteurs de musique pour les deux. &#171; &lt;i&gt;On est les bourgeois des d&#233;log&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, leur r&#233;cit est accablant de gal&#232;res. Leurs affaires coinc&#233;es chez eux, leur vie &#224; l'&#233;troit dans un (re)logement (trop) petit qu'ils ont d&#251; trouver par eux-m&#234;mes, les rendez-vous et le stress qui empi&#232;tent sur leur vie personnelle et professionnelle, la peur que leur appartement soit &#171; visit&#233; &#187;, les frais suppl&#233;mentaires ; se nourrir &#224; l'ext&#233;rieur quand on est &#224; l'h&#244;tel, mais aussi continuer &#224; payer des factures en double (travaux pratiques : comment r&#233;silier un abonnement Internet quand la foutue box est coinc&#233;e derri&#232;re un scell&#233; ou l'&#233;lectricit&#233; quand on ne peut pas relever le compteur ? Vous avez un an).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et surtout, il y a l'attente. Quand pourront-ils regagner leur logement originel ? Dix mois plus tard, Lucie et Valentin n'ont toujours pas de date pr&#233;cise. Alors que les travaux de mise en s&#233;curit&#233; s'&#233;ternisent, le couple n'a que tr&#232;s peu d'informations, malgr&#233; des appels r&#233;guliers. Et garde encore en t&#234;te l'accueil qui lui a &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; rue Beauvau. Valentin : &#171; &lt;i&gt;Le premier contact, &#231;a a &#233;t&#233; : &#8220;Monsieur, enlevez votre capuche, Madame, faites voir votre sac.&#8221; Non content d'&#234;tre un indigent car tu n'as plus de toit, tu es per&#231;u comme une menace. Et si tu souhaites une aide juridique, tu dois &#234;tre escort&#233; par un agent de s&#233;curit&#233; jusqu'au service en question, o&#249; on te dit qu'il y a un vide, qu'il n'y a pas de fautif.&lt;/i&gt; &#187; Le seul soutien qu'ils ont re&#231;u, disent-ils, vient de la soci&#233;t&#233; civile, Collectif du 5 novembre en t&#234;te. &#171; &lt;i&gt;On est beaucoup all&#233;s aux r&#233;unions, mais on n'osait pas parler de nous tellement certains cas &#233;taient catastrophiques, &#231;a d&#233;fiait totalement le bon sens. On sait que le monde marche sur la t&#234;te, mais c'est diff&#233;rent de le savoir et d'en faire l'exp&#233;rience&lt;/i&gt; &#187;, assure-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nomades par n&#233;cessit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Valentin et Lucie se sont rapproch&#233;s d'un avocat. Leur seul recours pour &#234;tre indemnis&#233;s ? Se retourner contre leur propri&#233;taire qui, lui, pourrait par la suite incriminer le syndic ou l'agence. Dans leur cas comme dans beaucoup d'autres, porter plainte contre le propri&#233;taire n'est pas &#233;vident. Il y a parfois le sentiment qu'il n'est pas le vrai coupable, que cela le mettrait lui-m&#234;me dans une situation d&#233;licate. Pourtant, c'est bien le propri&#233;taire qui est responsable de la s&#233;curit&#233; de son logement. Lui aussi qui doit assurer un relogement &#224; ses locataires en cas d'&#233;vacuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que les preuves sont difficiles &#224; regrouper. L'avocat Antonin Sopena, membre d'un cabinet qui a pris en charge un grand nombre de d&#233;log&#233;s, &#233;num&#232;re les difficult&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Il y a dans un premier temps toutes les personnes qui ne viennent pas. Parmi celles qui sont all&#233;es voir un avocat, beaucoup n'osent pas aller jusqu'au bout de la proc&#233;dure. Elles peuvent avoir des ressources limit&#233;es, se sentir ill&#233;gitimes &#224; mener une action en justice. Et puis beaucoup ont &#233;norm&#233;ment d'autres soucis, tr&#232;s imm&#233;diats, compar&#233;s &#224; une proc&#233;dure qui prend des mois.&lt;/i&gt; &#187; Dans le cas o&#249; une action est lanc&#233;e, il faut d&#233;montrer les pr&#233;judices subis &#224; la fois avant&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le fait d'avoir v&#233;cu des mois ou des ann&#233;es dans un logement insalubre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; et apr&#232;s l'&#233;vacuation. Les preuves peuvent manquer, par exemple quand les r&#233;clamations li&#233;es &#224; l'&#233;tat du logement ont &#233;t&#233; faites &#224; l'oral. Autre casse-t&#234;te : les pr&#233;judices li&#233;s &#224; une &#233;vacuation peuvent &#234;tre &#224; la fois tr&#232;s concrets, comme des affaires d&#233;t&#233;rior&#233;es ou vol&#233;es, mais aussi plus diffus, comme des surco&#251;ts li&#233;s &#224; une vie &#224; l'h&#244;tel, des dommages sur la sant&#233; physique ou psychique, une vie professionnelle et personnelle qui se complique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;log&#233;s, comme Valentin et Lucie, souhaitent r&#233;int&#233;grer au plus vite leur logement. C'est aussi le cas de Djamil, d&#233;log&#233; avec sa compagne et leur fille en d&#233;cembre dernier &#224; Noailles. Dix mois de vie par &#224;-coups, &#171; &lt;i&gt;nomades par n&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. D'autres, raconte Antonin Sopena, avaient un appartement si insalubre qu'ils ne souhaitent plus y retourner, sans parler du traumatisme et de la peur de voir le toit s'effondrer sur soi.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;336 personnes encore &#224; l'h&#244;tel&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le drame est venue la col&#232;re. Puis l'auto-organisation. Impliqu&#233; dans le Collectif du 5 novembre, Emmanuel Patris nous raconte des mois de n&#233;gociations pour aboutir &#224; la signature par l'&#201;tat et la Ville d'une charte du relogement. M&#233;pris et incomp&#233;tence au programme, avec de nombreux points de frictions, comme la prise en compte des occupants sans droits ni titres (pourtant une obligation l&#233;gale), ou la prise en charge des repas quand il n'est pas possible de cuisiner &#224; l'h&#244;tel. La signature est arrach&#233;e de haute lutte en juillet, pour une application jusqu'ici d&#233;cevante, la mairie passant outre dans bien des cas. Ce fut le cas pour une soixantaine d'habitants de la cit&#233; Maison-Blanche, dans le nord de la ville, qui n'ont pas &#233;t&#233; relog&#233;s apr&#232;s un incendie cet &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour soutenir et informer les &#233;vacu&#233;s, le collectif tient encore aujourd'hui des permanences hebdomadaires. &#192; ce jour, 336 personnes sont toujours &#224; l'h&#244;tel. Et par-del&#224; les d&#233;sastres et les particularit&#233;s de chaque situation individuelle, une interrogation pointe : &#224; qui profite la d&#233;route ? Certains locataires pourraient ne jamais rejoindre leurs immeubles du centre-ville, dont la sociologie pourrait ainsi tranquillement changer. En haut de la rue d'Aubagne, devenue si embl&#233;matique, la mairie a rachet&#233; des immeubles. La menace des promoteurs n'est pas loin. Djamil, &#171; &lt;i&gt;noailleux dans l'&#226;me&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;La ville est en train d'&#234;tre b&#226;tie pour des touristes, moins pour les Marseillais. Ou bien : pour un certain type de Marseillais&lt;/i&gt; &#187;. Sous-titre s'il en faut un : blancs et riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des solutions propos&#233;es par le Collectif du 5 novembre : la construction de logements sociaux. Emmanuel Patris : &#171; &lt;i&gt;Il y a des disparit&#233;s &#233;normes. Dans les quartiers Nord, on trouve jusqu'&#224; 50 &lt;/i&gt;%&lt;i&gt; de logements sociaux, pour moins de 10 &lt;/i&gt;%&lt;i&gt; dans le Sud. &#192; Noailles, c'est seulement 4 &lt;/i&gt;%&lt;i&gt; alors que 80 &lt;/i&gt;%&lt;i&gt; de la population pourrait avoir acc&#232;s &#224; des logements tr&#232;s sociaux&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le logement &#171; tr&#232;s social &#187; concerne les personnes en grande pr&#233;carit&#233;. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Ce manque, &#231;a conduit les gens qui n'ont pas de moyens &#224; accepter des logements insalubres propos&#233;s par des marchands de sommeil.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;res nouvelles sur le front de la d&#233;b&#226;cle : en bas de la rue Curiol, au num&#233;ro 36, en plein centre-ville, a eu lieu en septembre une expulsion tr&#232;s controvers&#233;e. Une vingtaine de personnes ont &#233;t&#233; d&#233;log&#233;es. Le bailleur social li&#233; &#224; la mairie, Marseille Habitat&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le journal La Marseillaise a r&#233;v&#233;l&#233; qu'un autre de ses biens a fait l'objet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, n'avait dans un premier temps aucune intention de reloger les habitants. Tr&#232;s vite, des hommes envoy&#233;s par le bailleur ont d&#233;truit &#224; grands coups de marteaux les sanitaires &#8211; pour &#171; &lt;i&gt;s&#233;curiser l'immeuble&lt;/i&gt; &#187; a apr&#232;s coup d&#233;clar&#233; Arlette Fructus, &#233;lue de la majorit&#233; municipale et pr&#233;sidente de Marseille Habitat. L'&#233;vacuation par les forces de l'ordre est muscl&#233;e. Le lendemain, une action est men&#233;e au si&#232;ge du bailleur. Les militants du Collectif du 5 novembre y participent. L'un d'entre eux, une figure m&#233;diatique, est arr&#234;t&#233;, accus&#233; d'avoir bless&#233; le doigt d'une employ&#233;e. Sa garde &#224; vue choquera, &#224; juste titre : apr&#232;s huit morts rue d'Aubagne, le d&#233;c&#232;s de Zineb Redouane&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Zineb Redouane, notre d(r)ame &#187;, CQFD n&#176; 176 (mai 2019).&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; (touch&#233;e par une grenade lacrymog&#232;ne en marge d'une manifestation), pr&#232;s de 4 000 d&#233;log&#233;s, la premi&#232;re garde &#224; vue est celle d'un militant contre le logement indigne &#8211; finalement rel&#226;ch&#233;. Un exemple parmi tant d'autres d'une ann&#233;e dingue sous le soleil marseillais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure sur un peu de beaut&#233;, il faudrait relater les engagements, nouveaux pour beaucoup, raconter qu'ils soudent les gens et font bouger les lignes. Ou finir par une date : rendez-vous est donn&#233; samedi 9 novembre, 15 h, pour une manifestation d'hommage et de revendication. Un an apr&#232;s, les Marseillais marchent toujours.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margaux Wartelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Cet article est extrait du dossier &#171; Bons baisers de Marseille &#187; (habitat indigne, incurie municipale, chasse aux pauvres et r&#233;sistances populaires), publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 181 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Avec les autres survivants, les familles des victimes et des associations comme la Fondation Abb&#233;-Pierre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il existe &#233;galement des arr&#234;t&#233;s de p&#233;ril simple, moins contraignants et ne n&#233;cessitant pas forc&#233;ment l'&#233;vacuation imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Comme le fait d'avoir v&#233;cu des mois ou des ann&#233;es dans un logement insalubre ou dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le logement &#171; tr&#232;s social &#187; concerne les personnes en grande pr&#233;carit&#233;. Les seuils d'accessibilit&#233; sont plus bas que pour le logement social classique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le journal &lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt; a r&#233;v&#233;l&#233; qu'un autre de ses biens a fait l'objet d'une interdiction d&#233;finitive d'habiter pour insalubrit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Zineb-Redouane-notre-d-r-ame' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Zineb Redouane, notre d(r)ame&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 176 (mai 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Barcelone, quelle ville en commun ?</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Barcelone-quelle-ville-en-commun</link>
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		<dc:date>2019-03-27T23:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Aux &#233;lections municipales de mai prochain, Barcelona en Com&#250;, liste issue des mouvements sociaux, va remettre son mandat en jeu. La m&#233;tropole catalane, o&#249; affluent 150 000 touristes par jour pour 1,7 million d'habitants, va-t-elle passer aux mains du f&#233;lon Manuel Valls, candidat de la bourgeoisie nationaliste ? Au-del&#224; du feuilleton politique, une &#226;pre bataille se m&#232;ne, sp&#233;cialement sur le plan du logement. La Barcelone populaire r&#233;siste comme elle peut &#224; la touristification, &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no174-mars-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;174 (mars 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Guillaume-Darribau" rel="tag"&gt;Guillaume Darribau&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/expulsion" rel="tag"&gt;expulsion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aux &#233;lections municipales de mai prochain, Barcelona en Com&#250;, liste issue des mouvements sociaux, va remettre son mandat en jeu. La m&#233;tropole catalane, o&#249; affluent 150 000 touristes par jour pour 1,7 million d'habitants, va-t-elle passer aux mains du f&#233;lon Manuel Valls, candidat de la bourgeoisie nationaliste ?&lt;br&gt;Au-del&#224; du feuilleton politique, une &#226;pre bataille se m&#232;ne, sp&#233;cialement sur le plan du logement. La Barcelone populaire r&#233;siste comme elle peut &#224; la touristification, &#224; la sp&#233;culation, &#224; la gentrification et aux expulsions locatives. Et pour cela, elle s'appuie sur une persistance vivace d'auto-organisation &#224; la base, de syndicats de quartiers, d'associations de voisins et de projets coop&#233;ratifs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2852 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;169&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-913-7cb56.jpg?1768731833' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Barcelone, quartier de Ciutat Meridiania. Lors d'une tentative d'expulsion, un voisin proteste aupr&#232;s d'un huissier. (Photo Guillaume Darribau / Guillaumedarribau.com)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;ans le quartier de Poble Sec, Sabah tient une petite cantine aux prix imbattables. Mais ce lundi 11 f&#233;vrier, elle n'est pas &#224; ses fourneaux. Elle a march&#233; quelques pas, jusqu'&#224; &lt;i&gt;La Base&lt;/i&gt;, un local coop&#233;ratif o&#249; se tient ce soir-l&#224; l'assembl&#233;e du syndicat de quartier. Chacun, chacune expose &#224; tour de r&#244;le ses soucis, donne des nouvelles. Sabah explique qu'elle a r&#233;ussi &#224; retarder son expulsion en d&#233;posant une demande de loyer social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Barcelone, la question du logement est la principale probl&#233;matique socio-urbaine. Dans les quartiers encore populaires du centre, les collectifs de d&#233;fense des expuls&#233;s ont r&#233;ussi &#224; retisser des solidarit&#233;s. C'est une partie de ce qui se joue &#224; &lt;i&gt;La Base&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Le projet de ce lieu est issu d'exp&#233;riences de squats, mais aussi des assembl&#233;es de quartier apr&#232;s le mouvement des Indign&#233;s, &lt;/i&gt;explique Pepa. &lt;i&gt;On a eu l'id&#233;e de vivre le communisme dans le quartier &#224; partir d'un ath&#233;n&#233;e &lt;/i&gt;[centre social dans la tradition libertaire]. &lt;i&gt;Donc on a lou&#233; ce local il y a cinq ans : on a fait un bar, une salle de r&#233;union, une librairie, une coop&#233;rative de consommation &#224; base de r&#233;cup&#233;ration d'invendus, des ateliers collectifs, des cours d'alphab&#233;tisation, une cr&#232;che, un groupe de femmes contre le machisme, etc. Toutes les dimensions de la vie. &lt;/i&gt;La Base &lt;i&gt;est une coop&#233;rative communaliste qui met la politique au c&#339;ur de la vie. La participation y est interg&#233;n&#233;rationnelle, tr&#232;s m&#233;lang&#233;e, &#224; l'image du quartier. Toutes les pratiques de d&#233;brouilles s'entrem&#234;lent. On est comme une famille. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, comment lutter contre la gentrification et les expulsions &#224; l'&#233;chelle du quartier ? &#171; &lt;i&gt;Notre premier mode d'action, c'est d'emp&#234;cher les expulsions en bloquant l'entr&#233;e aux huissiers, &lt;/i&gt;poursuit Pepa. &lt;i&gt;Ensuite, nous cherchons &#224; n&#233;gocier des loyers sociaux pour les personnes en proc&#233;dure d'expulsion. Si &#231;a ne marche pas, on investit collectivement des agences immobili&#232;res pour les obliger &#224; n&#233;gocier. On d&#233;nonce aussi les pratiques sp&#233;culatives. Notre but est &#233;galement de lutter collectivement avec d'autres assembl&#233;es ou projets coop&#233;ratifs, comme Can Battl&#243; dans le quartier de Sants. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Kill Blackstone&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, dans la banlieue sud de Barcelone, un rassemblement est organis&#233; devant le si&#232;ge catalan de la compagnie Blackstone &#8211; &#171; &lt;i&gt;le plus grand fonds immobilier au monde &lt;/i&gt; &#187;, annonce sa page web. Ce fonds vautour, qui sp&#233;cule sur les dettes immobili&#232;res des particuliers touch&#233;s par la crise &#233;conomique, a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en 1992 par d'anciens banquiers de Lehman Brothers. Il s'est aiguis&#233; le bec sur la p&#233;ninsule ib&#233;rique, avalant au passage le portefeuille immobilier de la banque Catalunya Caixa en 2014 et la moiti&#233; des titres toxiques de la banque Santander en ao&#251;t 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Blackstone, par le biais d'un r&#233;seau complexe de soci&#233;t&#233;s, est devenue la premi&#232;re soci&#233;t&#233; immobili&#232;re priv&#233;e du patrimoine espagnol. Elle r&#233;serve un traitement indigne &#224; ses locataires, laisse prolif&#233;rer les narco-logements dans les quartiers et contribue &#224; gonfler la scandaleuse bulle des loyers. Le vautour ne pourrait r&#233;gner en ma&#238;tre sans la complicit&#233; des administrations publiques du pays, qui lui offrent pour ainsi dire des logements sociaux en location, &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;lui accordent des r&#233;ductions fiscales &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;ou lui font profiter de l'argent public. &lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F&#225;tima Martin, &#171; Blackstone : comment un fonds vautour am&#233;ricain s'est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 2015, 90 000 Espagnols &#233;taient descendus dans les rues de Madrid pour protester contre ces fonds vautours. Pr&#232;s de 700 000 familles espagnoles ont &#233;t&#233; vir&#233;es de leur logement depuis l'&#233;clatement de la bulle immobili&#232;re, &#224; la fin des ann&#233;es 2000. &#192; Barcelone, deux milliers de r&#233;sidents sont expuls&#233;s pour impay&#233;s chaque ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 12 f&#233;vrier, une petite centaine de personnes sont venues participer au lancement de la campagne &#171; Kill Blackstone &#187;, &#224; l'appel des syndicats de quartier, de locataires et de la PAH (plateforme des victimes des cr&#233;dits immobiliers), association de familles ruin&#233;es et expuls&#233;es de leur logement par les banques, dans laquelle l'actuelle maire de Barcelone, Ada Colau, a longtemps milit&#233;. &#171; &lt;i&gt;On est assez nombreux pour commencer la r&#233;volution, non ? &lt;/i&gt; &#187;, plaisante un septuag&#233;naire. &#171; &lt;i&gt;Nos maisons ne sont pas des marchandises &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Stop desahucios &lt;/i&gt; &#187; (&#171; Stop aux expulsions &#187;), scandent de petites vieilles, masques de vautour sur le front, en se tr&#233;moussant sur le morceau &lt;i&gt;Resistencia &lt;/i&gt;du groupe Ska-P que crache la sono.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux fen&#234;tres du building, les employ&#233;s curieux jettent un &#339;il furtif, puis les grands stores blancs se ferment les uns apr&#232;s les autres. &#171; &lt;i&gt;Il s'agit d'attirer l'attention sur ces fonds vautours et leurs sous-traitants, pour les d&#233;gager de notre ville et de notre pays, &lt;/i&gt;d&#233;clare Jaime Palomera, du Syndicat des locataires. &lt;i&gt;C'est nous qui allons les expulser. &lt;/i&gt; &#187; Le gouvernement finira-t-il par se positionner sur cette pr&#233;dation &#224; grande &#233;chelle ? &#192; Barcelone, les fonds sp&#233;culatifs immobiliers poss&#232;dent 10 % du parc, 80 % restent aux mains de (petits) propri&#233;taires priv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Que fait la mairie ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; Barcelone, le taux de logement social est particuli&#232;rement faible : 1,5 % seulement, contre 22 % &#224; Paris ou 40 % &#224; Copenhague. Le loyer moyen, qui ne cesse de grimper, d&#233;passe les 850 euros, soit peu ou prou le montant du salaire minimum. La capitale catalane a les loyers les plus &#233;lev&#233;s d'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peu dire que lorsque la liste Barcelona en Com&#250; est arriv&#233;e en t&#234;te des &#233;lections municipales de 2015 en portant haut la banni&#232;re du droit au logement, elle a suscit&#233; beaucoup d'espoir. Mais elle n'a obtenu que 11 si&#232;ges de conseillers municipaux sur 41, ce qui l'a oblig&#233;e &#224; faire alliance avec la gauche ind&#233;pendantiste et le Parti socialiste. Une situation qui lui laisse peu de marge de man&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;oricien de la plateforme municipaliste de Barcelona en Com&#250;, Joan Subirats donne rendez-vous dans son bureau de l'Institut culturel de Barcelone, sur la Rambla. Num&#233;ro deux de la liste pour les municipales de 2019, il expose son point de vue : &#171; &lt;i&gt;La victoire inesp&#233;r&#233;e de 2015 est li&#233;e en partie au prestige d'Ada Colau au sein des mouvements sociaux et son image de probit&#233;. Elle a permis &#224; des associations qui travaillaient sur des projets distincts (immigration, &#233;nergie, &#233;cologie, &#233;ducation, urbanisme, etc.) de fusionner dans un projet de changement social &#224; l'&#233;chelle municipale. Dans un monde globalis&#233;, notre id&#233;e est que la ville devrait avoir plus d'importance dans le champ politique que ce qu'on lui accorde au niveau &#233;tatique. Donc cela a amen&#233; des gens nouveaux sans exp&#233;rience institutionnelle &#224; faire leur preuve en quatre ans avec une t&#226;che large et multiple de transformation sociale. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Subirats &#233;num&#232;re quelques r&#233;alisations de la municipalit&#233; : services fun&#233;raires municipaux &#224; prix abordables ; mise en place d'un service public de sant&#233; bucco-dentaire ; d&#233;veloppement des cr&#232;ches ; syst&#232;me de budget participatif par voie num&#233;rique. Il insiste sur cette dimension participative connect&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Face &#224; un monde uberis&#233;, il s'agit de b&#226;tir le coop&#233;rativisme du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi la mise en place de &lt;i&gt;consultas populares&lt;/i&gt;, initiatives citoyennes qui reposent sur 13 750 signatures, apr&#232;s quoi les services municipaux mettent &#224; disposition des citoyens les moyens de travailler en commission et obligent les &#233;lus &#224; se prononcer sur la question. En mars 2018, la municipalit&#233; a ainsi proc&#233;d&#233; au retrait de la statue d'Antonio L&#243;pez, qui avait b&#226;ti sa fortune sur la traite n&#233;gri&#232;re. En novembre, lasses des obstacles bureaucratiques, les organisations &#224; l'initiative du d&#233;boulonnage ont rebaptis&#233; &lt;i&gt;de facto &lt;/i&gt;la place au nom d'Idrissa Diallo, un jeune Guin&#233;en mort par manque de soins en 2012 dans le centre de r&#233;tention de Zona Franca, &#224; Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la grande bataille reste celle de la municipalisation de l'eau. &#171; &lt;i&gt;Depuis que nous avons d&#233;cid&#233; d'organiser une consultation populaire sur la reprise en gestion publique de l'eau &#224; Barcelone, le concessionnaire priv&#233; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AgBar (Aguas de Barcelona), filiale de la multinationale fran&#231;aise Suez.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;i&gt;a d&#233;pos&#233; plus de vingt recours juridiques pour l'emp&#234;cher... Au conseil municipal, la plupart des autres formations ont vot&#233; contre la convocation de cette consultation, au m&#233;pris d'une r&#232;gle qu'elles avaient approuv&#233;e un peu plus t&#244;t. On a fait un recours juridique, qu'on a gagn&#233; ; puis au conseil municipal, le principe de la consultation a finalement &#233;t&#233; approuv&#233;. Mais le concessionnaire a encore fait un recours sur ce vote-l&#224;&#8230; &lt;/i&gt; &#187;, relate Laia Forn&#233;, conseill&#232;re &#224; la participation citoyenne &#224; la mairie&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;La lutte est tr&#232;s in&#233;gale face aux moyens mis en oeuvre par les grands groupes. C'est tr&#232;s difficile de changer cette situation en quatre ann&#233;es &lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Joan Subirats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant les &#233;lections de mai 2019, le politologue affiche une confiance temp&#233;r&#233;e : &#171; &lt;i&gt;On pense qu'on peut gagner avec une nouvelle coalition, mais la situation g&#233;n&#233;rale est tr&#232;s instable, notamment en regard de la question ind&#233;pendantiste. Barcelona en com&#250; a une position souverainiste, qui reconna&#238;t la nation catalane dans un cadre f&#233;d&#233;ratif, ce qui ne satisfait ni les ind&#233;pendantistes catalans ni les socialistes. De plus, on peut nous critiquer sur les r&#233;sultats d&#233;cevants concernant le logement. &#199;a a &#233;t&#233; le grand cheval de bataille d'Ada Colau, mais les pr&#233;rogatives municipales en la mati&#232;re restent limit&#233;es... Ensuite, m&#234;me si Barcelone est la ville la plus s&#251;re d'Europe, la question de la s&#233;curit&#233; peut &#234;tre instrumentalis&#233;e par nos adversaires en raison de l'augmentation de la petite d&#233;linquance. Enfin, du point de vue lib&#233;ral, il est reproch&#233; &#224; Ada Colau d'avoir voulu freiner le d&#233;veloppement &#233;conomique de la cit&#233; en r&#233;gulant trop le secteur touristique. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quel regard porte Pepa, du syndicat de quartier de Poble Sec, sur l'action de la mairie ? &#171; &lt;i&gt;On ne se m&#234;le pas &#224; l'institutionnel, m&#234;me si on consid&#232;re que Barcelona en com&#250;, c'est toujours mieux que la droite. On n'est pas dans une relation conflictuelle, mais &#231;a ne nous emp&#234;che pas de les critiquer pour leurs insuffisances. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'esprit du Raval&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 14 f&#233;vrier, vers midi, une trentaine de personnes, membres des syndicats de quartier et riverains, s'opposent &#224; des expulsions dans le populaire et m&#233;tiss&#233; Raval, &#224; deux pas de la Rambla. Munies de sifflets, elles font un maximum de barouf &#224; l'approche des huissiers et bloquent pacifiquement l'entr&#233;e des logements vis&#233;s. Les huissiers restent au large, un peu d&#233;pit&#233;s, puis s'&#233;loignent sous des cris joyeux : &#171; &lt;i&gt;Hors du quartier ! &lt;/i&gt; &#187; Les flics n'interviennent plus dans ces cas-l&#224;. Taxis et camions de livraison qui circulent dans la rue klaxonnent en soutien. Quatre expulsions seront emp&#234;ch&#233;es au Raval et une &#224; Poble Sec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la lutte contre les expulsions au combat pour la survie, les rues &#233;troites du Raval nous font d&#233;river jusqu'au local du syndicat des vendeurs ambulants, s&#233;n&#233;galais d'origine pour la plupart, que l'on croise parfois dans les couloirs du m&#233;tro avec d'&#233;normes baluchons remplis de bibelots et de v&#234;tements &#224; vendre sur les sites touristiques. &#171; &lt;i&gt;Avant 2015, nous &#233;tions victimes de pers&#233;cutions polici&#232;res, &lt;/i&gt;explique Babakar, arriv&#233; en Espagne en 2011. &lt;i&gt;Les policiers nous confisquaient nos marchandises, nous traitaient comme des d&#233;linquants. Apr&#232;s la mort d'un camarade, il a fallu porter une voix pour d&#233;fendre les droits des migrants. Cela a abouti &#224; la cr&#233;ation du syndicat en 2015. Nous avons manifest&#233; et l'attitude de la police a chang&#233;. Nous ne sommes pas un syndicat formel avec des adh&#233;sions et tout &#231;a, mais chaque &lt;/i&gt;[vendeur ambulant] &lt;i&gt;peut venir nous voir s'il a un probl&#232;me. Nous sommes la voix des sans-voix. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un esprit de solidarit&#233; et d'auto-organisation qui s'inscrit depuis le d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle dans la tradition de ce quartier ouvrier d&#233;crit par l'historien anglais Chris Ealham : &#171; &lt;i&gt;Il &#233;tait certain qu'une pauvret&#233; inimaginable r&#233;gnait dans le Raval mais, contrairement &#224; ce que v&#233;hiculait la l&#233;gende &lt;/i&gt;[qui pr&#233;sentait cette] &lt;i&gt;zone comme une lie indisciplin&#233;e, un ordre social et culturel y r&#233;gnait &#233;galement : c'&#233;tait l'ordre direct, combatif et r&#233;solu de la classe ouvri&#232;re. C'&#233;tait cet ordre rival qui faisait na&#238;tre la terreur dans le coeur des &#233;lites de la ville. &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;En raison de la surpopulation dans les logements, les rues du quartier fonc-tionnaient comme une extension du foyer, d'o&#249; des interactions humaines directes, intenses et fr&#233;quentes. De plus, en r&#233;ponse aux probl&#232;mes mat&#233;riels du quotidien, les ouvriers d&#233;velopp&#232;rent des pratiques de partage et de r&#233;ciprocit&#233;. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chris Ealham, Barcelone contre ses habitants, 1835-1936, CMDE &#233;ditions, 2014.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ciutat Meridiana&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2853 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;152&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1102-5728a.jpg?1768731833' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Barcelone, quartier de Ciutat Meridiania. Des voisins et voisines tentent d'emp&#234;cher une expulsion. (Photo Guillaume Darribau / Guillaumedarribau.com)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Adoss&#233; &#224; la montagne, Ciutat Meridiana est le quartier le plus excentr&#233; au nord de Barcelone, le plus pauvre aussi. Dans les ann&#233;es 1950, on avait renonc&#233; &#224; y installer un cimeti&#232;re, &#224; cause du fort taux d'humidit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Certainement, ce qui &#233;tait mauvais pour les morts devait &#234;tre bon pour les vivants &lt;/i&gt; &#187;, aime &#224; ironiser Filiberto Bravo, dit Fili. Responsable de l'association des voisins et voisines du quartier, cet ancien ouvrier form&#233; &#224; l'anarcho-syndicalisme, habite le quartier depuis plus de quarante ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soir, au moins 70 personnes sont venues &#224; l'assembl&#233;e. En majorit&#233; des femmes, d'origine sud-am&#233;ricaine, venues avec leur marmaille. La question du logement et des expulsions est au c&#339;ur des interventions. Un collectif de volontaires form&#233;s par la mairie propose de passer chez les gens pour v&#233;rifier si leur contrat d'&#233;lectricit&#233; et de gaz n'est pas surfactur&#233;. De quoi permettre de pr&#233;cieuses &#233;conomies &#224; des foyers tr&#232;s pr&#233;caires. &#171; &lt;i&gt;La plupart des gens ici savent ce qu'ils vont manger demain, mais pas forc&#233;ment le jour d'apr&#232;s &lt;/i&gt; &#187;, explique Fili. Les cas de malnutrition infantile sont nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre collectif offre une aide psychologique gratuite aux personnes qui doivent g&#233;rer le stress d'une expulsion. La veille, une femme d'&#226;ge m&#251;r a r&#233;ussi &#224; &#233;viter la sienne, elle remercie l'assembl&#233;e de son aide. Puis les membres du bureau de l'association invitent les habitants &#224; s'investir plus, &#224; ne pas rester simple consommateurs de services juridiques et sociaux. Enfin, on &#233;voque les expulsions &#224; venir dans le mois. Chaque concern&#233; donne le jour, l'heure et l'adresse pour que les voisins puissent venir en nombre bloquer les huissiers. Toutes les semaines, ils interviennent quatre &#224; cinq fois dans le quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de l'assembl&#233;e, une femme gitane, les larmes aux yeux, vient timidement faire part de son cas &#224; Fili. Elle doit &#234;tre expuls&#233;e prochainement avec ses deux enfants en bas &#226;ge, son homme est en prison. &#171; &lt;i&gt;La majorit&#233; des gens qui se tournent vers nous ont d&#233;j&#224; subi une expulsion auparavant. &#192; 90 %, ce sont des m&#232;res c&#233;libataires &lt;/i&gt; &#187;, dit Fili. Dans le quartier, l'association a recens&#233; pr&#232;s de 250 logements squatt&#233;s, il y en a sans doute une centaine de plus en r&#233;alit&#233;. Pourtant, &#171; &lt;i&gt;la plupart des familles ne veulent pas occuper, mais pouvoir avoir un loyer social &#233;quitable &lt;/i&gt; &#187;. Au cours des huit derni&#232;res ann&#233;es, la mobilisation collective des voisins aurait sauvegard&#233; le logement de 1 100 familles sur une population globale d'environ 10 000 habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on demande &#224; Fili ce qu'il pense de l'action de la municipalit&#233;, il fait d'abord une moue dubitative en lissant sa barbichette en tire-bouchon. &#171; &lt;i&gt;Ada n'est venue que deux fois en cinq ans. Les gens de la mairie et leurs sociologues nous ont &#233;tudi&#233;s comme des b&#234;tes curieuses, mais pas grand-chose n'a &#233;t&#233; fait. &lt;/i&gt; &#187; N&#233;anmoins, il reconna&#238;t que les services sociaux de la mairie ont pu r&#233;gler plusieurs probl&#232;mes en rachetant des appartements aux banques pour en faire des logements sociaux. Ils ont cr&#233;&#233; aussi un groupe de m&#233;diation pour contr&#244;ler la l&#233;galit&#233; d'une partie des expulsions et obtenu des banques la mise en place directe, dans certains cas, de loyers sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, en ne r&#233;pondant pas suffisamment aux besoins les plus urgents, la municipalit&#233; a pris le risque de nourrir le ressentiment des populations les unes contre les autres. Et ainsi d'exacerber la x&#233;nophobie, exploit&#233;e par les partis de droite comme Ciudadanos, qui soutient la candidature de Manuel Valls &#224; la mairie de Barcelone. Fili dit d'ailleurs avoir &#233;t&#233; contact&#233; par l'&#233;quipe de l'ancien Premier ministre hexagonal, qui souhaitait faire campagne dans le quartier : &#171; &lt;i&gt;On lui a propos&#233; de venir emp&#234;cher une expulsion avec nous. Et d'assister &#224; une assembl&#233;e, &#224; la condition qu'il ne prenne pas la parole. Il n'a pas donn&#233; suite... &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bon libertaire, Fili n'oublie pas de se tenir &#224; bonne distance des jeux &#233;lectoraux. Et de rappeler que le but de l'association est d'abord &#171; &lt;i&gt;l'autogestion de la vie quotidienne du quartier &lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Cr&#233;er de la convivialit&#233; et du bien-&#234;tre. Faire en sorte que nous soyons d'abord des voisins et pas des &#233;trangers&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Guillaume Darribau&lt;/strong&gt; vit dans la banlieue de Barcelone. Les photographies publi&#233;es ici sont tir&#233;es de son exposition &lt;i&gt;La Ciutat embargada&lt;/i&gt;, sur la lutte et la solidarit&#233; contre les expulsions &#224; Ciutat Meridiana. &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://guillaumedarribau.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;GuillaumeDarribau.com&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;F&#225;tima Martin, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lautrequotidien.fr/articles/2018/2/26/blackstone-comment-un-fonds-vautour-amricain-sest-offert-limmobilier-espagnol&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Blackstone : comment un fonds vautour am&#233;ricain s'est offert l'immobilier espagnol&lt;/a&gt; &#187;, sur le site de &lt;i&gt;L'autre quotidien&lt;/i&gt;, 26 f&#233;vrier 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;AgBar (Aguas de Barcelona), filiale de la multinationale fran&#231;aise Suez.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chris Ealham, &lt;i&gt;Barcelone contre ses habitants&lt;/i&gt;, 1835-1936, CMDE &#233;ditions, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Locataires en ordre de bataille : La Butte-Rouge, c'est son non</title>
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		<dc:date>2018-08-07T06:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Une partie de la cit&#233;-jardin de la Butte-Rouge, &#224; Ch&#226;tenay-Malabry, est menac&#233;e de r&#233;novation. Sous pr&#233;texte de &#171; mixit&#233; sociale &#187;, deux tiers des habitants les plus modestes sont sur le point de perdre leur logement social, forc&#233;s de partir s'installer plus loin. Aujourd'hui, ils cherchent &#224; s'organiser en collectif, mais la mairie leur met des b&#226;tons dans les roues. Reportage. &#171; C'est un ghetto o&#249; il fait bon vivre &#187;, dit Lydia en souriant. Elle est une des animatrices du collectif (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/collectif-Droit" rel="tag"&gt;collectif Droit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une partie de la cit&#233;-jardin de la Butte-Rouge, &#224; Ch&#226;tenay-Malabry, est menac&#233;e de r&#233;novation. Sous pr&#233;texte de &#171; mixit&#233; sociale &#187;, deux tiers des habitants les plus modestes sont sur le point de perdre leur logement social, forc&#233;s de partir s'installer plus loin. Aujourd'hui, ils cherchent &#224; s'organiser en collectif, mais la mairie leur met des b&#226;tons dans les roues. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est un ghetto o&#249; il fait bon vivre&lt;/i&gt; &#187;, dit Lydia en souriant. Elle est une des animatrices du collectif Droit au logement (DAL) des locataires de la Butte-Rouge, &#224; Ch&#226;tenay-Malabry, dans la banlieue sud de Paris. Propri&#233;t&#233; de l'office HLM des Hauts-de-Seine, cette cit&#233;-jardin historique [ voir encadr&#233; ci-dessous ], construite entre 1931 et 1965, regroupe pr&#232;s de 4 000 logements sociaux. Soit 9 000 habitants, le quart de la population de cette petite ville plut&#244;t cossue. La cit&#233; est r&#233;partie sur 70 hectares dans un parc de verdure, &#224; la lisi&#232;re du bois de Verri&#232;res. Les habitats sont espac&#233;s, entrecoup&#233;s d'escaliers, de d&#233;nivel&#233;s, de rues en m&#233;andre. Entre les petits blocs d'immeubles de deux &#224; cinq &#233;tages, faits de briques recouvertes de stuc rouge p&#226;le, on trouve des enfilades de jardins ouvriers. Une imposante barre en arc de cercle de huit &#233;tages sur pilotis, nomm&#233;e &#171; la demi-lune &#187;, domine la butte. &#171; &lt;i&gt; Le paysage est tr&#232;s verdoyant et l'ensemble de blocs simples et cubiques, avec les jardins dispers&#233;s sur l'arri&#232;re des b&#226;timents, donne un paysage tout &#224; fait charmant&lt;/i&gt; &#187;, peut-on lire sur la page Wikip&#233;dia, comme dans une brochure touristique. La Butte-Rouge est aussi pr&#233;sent&#233;e dans les &#233;coles d'architecture comme mod&#232;le d'habitat populaire &#8211; et contre-mod&#232;le de la cit&#233;-b&#233;ton. Une demande de classement au titre des sites patrimoniaux a d'ailleurs &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;e en janvier au minist&#232;re de la Culture par l'association Environnement 92.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Loyer multipli&#233; par deux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, un projet de r&#233;novation urbaine port&#233; par la mairie et l'office HLM, s'inscrivant dans une &#171; &lt;i&gt; strat&#233;gie d'intervention globale sur dix &#224; quinze ans&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;voit la destruction de plusieurs pans de cette cit&#233;-jardin afin de la &#171; &lt;i&gt; d&#233;senclaver &lt;/i&gt; &#187;. Les &#171; &lt;i&gt;&#238;lots-tests&lt;/i&gt; &#187; concern&#233;s par la destruction sont situ&#233;s le long de l'avenue de la Division-Leclerc, qui doit accueillir la future voie de tramway T10 et r&#233;pondre &#224; un plus haut standing d'habitation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2522 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH355/-788-aec15.jpg?1768760558' width='500' height='355' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Eug&#232;ne Riousse.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'objectif est de privatiser un tiers des logements et de faire passer un autre tiers en logements &#171; interm&#233;diaires &#187;, alors qu'ils sont actuellement en PLAI (Pr&#234;t locatif aid&#233; d'int&#233;gration, le loyer le plus bas, soit 5 &#8364; le m2). Ce qui signifierait un loyer multipli&#233; au moins par deux. Sous pr&#233;texte de favoriser la &#171; &lt;i&gt;mixit&#233; urbaine et sociale&lt;/i&gt; &#187; &#8211; pas assez de cadres &#8211; et de souligner les &#171; &lt;i&gt;inadaptations d'usages et de confort d'habitabilit&#233;, de performance &#233;nerg&#233;tique pour les logements&lt;/i&gt; &#187; &#8211; pas assez de garages souterrains &#8211;, le maire Georges Siffredi (LR), aux manettes depuis vingt ans, promet d'inventer &#171; &lt;i&gt;la cit&#233;-jardin du XXIe si&#232;cle&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; dans &#171; La Butte-Rouge va devenir la cit&#233;-jardin du XXIe si&#232;cle &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, d&#233;lest&#233;e ainsi des deux tiers des habitants les plus modestes. Et pour cela, il &#171; &lt;i&gt; veut aller vite&lt;/i&gt; &#187;. Le projet est estim&#233; &#224; 284 millions d'euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Si l'on juge des intentions par leur r&#233;sultat, on ne peut qu'en conclure que la valeur de ces quartiers historiquement symboliques du progr&#232;s social en France est purement et simplement ni&#233;e au profit de projets immobiliers qui s'accompagneront d'importants profits, et d'une gentrification de ces quartiers d'habitat populaire&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit, dans un texte intitul&#233; &#171; &#201;chec de la politique d'intervention sur les cit&#233;s-jardins &#187;, l'architecte Alexandre Sirvin, arri&#232;re-petit-fils de Paul Sirvin, l'un des archis du &#171; &lt;i&gt;trio de choc&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec Joseph Bassompierre et Paul de Rutte.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; qui a dessin&#233; les immeubles des premi&#232;res phases de la Butte-Rouge. Et de poursuivre : &#171; &lt;i&gt;Encore une fois, la pression des quartiers d'affaires, le manque de ressources allou&#233;es &#224; la r&#233;novation, ainsi que la construction en masse de logements tout proches ne semblent pas laisser beaucoup d'alternatives.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Faire union &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette destruction annonc&#233;e, un collectif DAL des locataires de la cit&#233;-jardin s'est constitu&#233;, &#224; l'initiative de cinq dr&#244;les de dames dr&#244;lement combatives. &#171; &lt;i&gt;Le maire a d&#233;sign&#233; un &#8220; conseil citoyen &#8221; de mani&#232;re opaque, sur le mod&#232;le des citoyens vigilants. Cela lui sert d'alibi pour court-circuiter toute concertation&lt;/i&gt;, explique Nadia, membre du collectif. &lt;i&gt;De son c&#244;t&#233;, l'office HLM refuse de nous fournir le plan de r&#233;novation. Depuis septembre, on a aussi demand&#233; &#224; obtenir un local, mais il nous a &#233;t&#233; r&#233;pondu qu'on instillait la peur&#8230; On est oblig&#233;s de faire un recours.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce lundi 15 janvier, en fin de journ&#233;e, le collectif est pourtant bien d&#233;cid&#233; &#224; informer les habitants des &#238;lots-tests concern&#233;s par la destruction &#8211; ceux de l'all&#233;e Jean-Mermoz et de la rue &#201;douard-Vaillant. Il a lanc&#233; une invitation &#224; se r&#233;unir dans un local associatif appartenant &#224; la mairie, une cinquantaine de personnes y ont r&#233;pondu. Sans certitude que &#231;a se passera bien : le collectif en a &#233;t&#233; averti il y a quelques jours, la municipalit&#233; serait furax et cherchera sans doute &#224; emp&#234;cher la tenue de la r&#233;union.
L'ambiance est inqui&#232;te, les habitants ignorent tout des projets de r&#233;novation. Marie, responsable nationale du DAL-HLM, intervient en tant que conseill&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Tant que les locataires sont isol&#233;s et ont peur, les promoteurs gagnent &#224; tous les coups. Il n'y a pas de formule magique juridique pour emp&#234;cher les projets de l'Anru&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agence nationale pour la r&#233;novation urbaine, &#233;tablissement public qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;La seule solution, c'est de faire union.&lt;/i&gt; &#187; Apr&#232;s un tour de table, les habitants r&#233;unis commencent &#224; d&#233;rouler leurs dol&#233;ances : &#171; &lt;i&gt;Il y a cinquante ans que je suis l&#224;, o&#249; je vais aller ?&lt;/i&gt; &#187;, s'inqui&#232;te une dame avec de grosses lunettes, venue avec son mari. &#171; &lt;i&gt;Le loyer sert normalement &#224; payer l'entretien des parties communes et des logements. Pourtant, d&#232;s qu'on signale un probl&#232;me, ils font du bricolage&lt;/i&gt; &#187;, s'agace un p&#232;re de famille. &#171; &lt;i&gt;La mairie parle de manque de mixit&#233; sociale, mais la vraie mixit&#233; du quartier, c'est nous&lt;/i&gt; &#187;, remarque Nadia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Intervention municipale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite, les &#233;tapes de la mobilisation s'&#233;noncent comme une &#233;vidence : &#171; &lt;i&gt;Il faut vite une p&#233;tition &#224; faire signer dans toute la cit&#233;, en disant qu'on ne souhaite pas partir et qu'on veut que ce soit entretenu.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Tout &#224; fait d'accord, approuve une dame, je m'occupe de la faire signer dans mon escalier.&lt;/i&gt; &#187; Il est aussi question d'organiser une manifestation devant la mairie, ce qui d&#233;clenche l'enthousiasme. C'est alors qu'une silhouette sombre se glisse &#224; l'entr&#233;e. L'homme, m&#226;choire serr&#233;e, la mine grave, les mains enfouies dans les poches de son trois-quarts anthracite, se d&#233;cide &#224; apostropher l'assembl&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Qui est le responsable de cette r&#233;union ? Je suis le directeur de l'IDSU&lt;/i&gt; [Insertion et d&#233;veloppement social urbain],&lt;i&gt; responsable de la salle. Vous n'avez pas l'autorisation d'&#234;tre ici. Ce que vous faites est ill&#233;gal. Veuillez sortir imm&#233;diatement !&lt;/i&gt; &#187; Le brouhaha s'instaure : &#171; &lt;i&gt;On nous a ouvert sans effraction, on reste pour terminer la r&#233;union. Soit vous y participez si &#231;a vous concerne, soit vous repassez dans une heure&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;On va pas sortir ! Vous ne nous faites pas peur !&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Si on ne peut pas rester ici, on ira se r&#233;unir &#224; la Mairie !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin d'&#233;viter que le ton ne monte trop vite, la jeune assembl&#233;e, encore peu s&#251;re d'elle-m&#234;me, d&#233;cide finalement d'&#233;courter cette premi&#232;re prise de contact. Un commissaire et trois policiers entrent &#224; leur tour pour intimer l'ordre d'&#233;vacuer la salle. La s&#233;ance est lev&#233;e, mais les discussions continuent sur le trottoir. L'incident semble f&#233;d&#233;rer les esprits : &#171; &lt;i&gt;On vient encore d'avoir un bel exemple de d&#233;mocratie locale&lt;/i&gt;, ironise quelqu'un.&lt;i&gt; C'est un aveu de faiblesse de la part de la municipalit&#233;. Elle va vite avoir le retour de b&#226;ton...&lt;/i&gt; &#187; Et chacun-chacune se quitte en se promettant de ne pas en rester l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'utopie urbaine d'Henri Sellier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Banlieue oasis&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;cit&#233;-jardin&lt;/i&gt; &#187; : des formules qui semblent tenir de l'oxymore, au regard de d&#233;cennies d'urbanisme de cages &#224; lapins, de cit&#233;s-ghettos et d'&#233;checs de la politique de la ville. Pourtant, le concept de cit&#233;-jardin a jadis nourri l'utopie d'une ville autosuffisante et verdoyante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de 1895, qui ouvre la politique de logement social en France, accompagne un mouvement d'hygi&#233;nisation pr&#233;tendant extirper la classe ouvri&#232;re des taudis insalubres sans air ni lumi&#232;re, propices &#224; toutes les &#233;pid&#233;mies. L'instigateur de la loi, Jules Siegfried, un conservateur social, esp&#232;re ainsi faire de l'ouvrier un homme nouveau &#8211; &#171; &lt;i&gt;devenu &#233;conome, pr&#233;voyant, d&#233;finitivement gu&#233;ri des utopies socialistes et r&#233;volutionnaires, arrach&#233; au cabaret&lt;/i&gt; &#187; &#8211; et favoriser son accession &#224; la petite propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; gauche, on s'empare de la question du logement &#224; partir de 1910. Le libertaire Georges Cochon d&#233;fend bec et ongles les locataires contre les proprios-vautours en organisant des d&#233;m&#233;nagements &#224; la cloche de bois. Et le socialiste r&#233;formateur Henri Sellier (1883-1943), maire de Suresnes&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jusqu'&#224; son &#233;viction par le gouvernement de Vichy en 1941.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, imagine l'am&#233;lioration de la vie ouvri&#232;re &#224; l'&#233;chelon municipal. Administrateur du mouvement planificateur de l'habitat bon march&#233; (anc&#234;tre du HLM), il est &#224; l'initiative d'une quinzaine de cit&#233;s-jardins construites en banlieue parisienne, con&#231;ues par les architectes Joseph Bassompierre, Paul de Rutte et Andr&#233; Arfvison, et par le paysagiste Andr&#233; Riousse. Au c&#339;ur du projet, le souci constant du bien-&#234;tre ouvrier. Ainsi, la cit&#233;-jardin de Suresnes, b&#226;tie en briques &#224; partir de 1921, est con&#231;ue avec des &#233;quipements et services publics destin&#233;s &#224; r&#233;pondre aux besoins sociaux de la population : une cr&#232;che, des &#233;coles, un dispensaire m&#233;dical, des centres sportifs, des lieux de culte, un th&#233;&#226;tre, un magasin coop&#233;ratif, un foyer de jeunes travailleurs, un centre de retraite et des jardins ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de cit&#233;-jardin est influenc&#233; par les travaux de l'urbaniste britannique Ebenezer Howard, qui voulait sceller l'&#171; &lt;i&gt;union joyeuse&lt;/i&gt; &#187; des villes et de la campagne dans des &lt;i&gt;garden suburbs&lt;/i&gt;. Au d&#233;part, les architectes devaient s'inspirer de l'esth&#233;tique de la maison basse au toit pointu et richement v&#233;g&#233;talis&#233;e du cottage anglais. Entre les premi&#232;res cit&#233;s-jardins &#224; dimension humaine des Lilas et l'horrible cit&#233; de la Muette &#224; Drancy de sinistre m&#233;moire&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1940, la cit&#233; de La Muette &#224; Drancy fut choisie comme camp d'internement. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, dernier mod&#232;le de cit&#233;-jardin construit en 1934, on mesure le passage progressif d'un projet d'urbanisme encore emprunt d'utopie sociale et d'autonomie municipale &#224; une politique fonctionnelle et technocratique de grands ensembles qui vont d&#233;figurer durablement la banlieue. Peu &#224; peu, le choix des barres et des tours verticales &lt;i&gt;low cost&lt;/i&gt;, faiblement entour&#233;es de v&#233;g&#233;tation, s'impose partout. Un choix accentu&#233; par la pression d&#233;mographique vers les villes apr&#232;s-guerre. S'ouvre alors la voie de la b&#233;tonisation &#224; outrance des ann&#233;es 1950-1970 et de la gestion sociale et client&#233;liste des populations des quartiers populaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cit&#233; dans &#171; La Butte-Rouge va devenir la cit&#233;-jardin du XXIe si&#232;cle &#187;, article mis en ligne sur le site du &lt;i&gt;Parisien&lt;/i&gt; le 02/03/2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Avec Joseph Bassompierre et Paul de Rutte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Agence nationale pour la r&#233;novation urbaine, &#233;tablissement public qui accompagne les projets de destruction/r&#233;novation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jusqu'&#224; son &#233;viction par le gouvernement de Vichy en 1941.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1940, la cit&#233; de La Muette &#224; Drancy fut choisie comme camp d'internement. C'est de l&#224; que partaient les convois de Juifs pour les camps de la mort.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Prolonger la col&#232;re de la rue &#187;</title>
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		<dc:date>2018-05-03T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec, Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Ferdinand Cazalis</dc:subject>
		<dc:subject>banques</dc:subject>
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		<dc:subject>avons</dc:subject>
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		<dc:subject>BTP</dc:subject>
		<dc:subject>logements vides</dc:subject>
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		<dc:subject>mod&#232;le &#233;conomique</dc:subject>
		<dc:subject>vides</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec Carlos Mac&#237;as, porte-parole de la PAH de Barcelone. Sous ses lunettes et barbe fine, le visage souriant de Carlos a longtemps voyag&#233; en Am&#233;rique latine, rapportant dans les valises de ses yeux une exp&#233;rience de r&#233;volutionnaire avis&#233;. Il retrace l'histoire des Plataformas de afectados por la hipoteca (PAH) luttant contre le syst&#232;me inique des hypoth&#232;ques et expulsions. &#171; Le BTP &#233;tait devenu le mod&#232;le &#233;conomique de l'Espagne, mais avec la crise la fin du &#171; r&#234;ve espagnol &#187; a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no137-novembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;137 (novembre 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ferdinand-Cazalis-190" rel="tag"&gt;Ferdinand Cazalis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/banques" rel="tag"&gt;banques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/logement" rel="tag"&gt;logement&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/modele-economique" rel="tag"&gt;mod&#232;le &#233;conomique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vides" rel="tag"&gt;vides&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Carlos Mac&#237;as, porte-parole de la PAH de Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous ses lunettes et barbe fine, le visage souriant de Carlos a longtemps voyag&#233; en Am&#233;rique latine, rapportant dans les valises de ses yeux une exp&#233;rience de r&#233;volutionnaire avis&#233;. Il retrace l'histoire des Plataformas de afectados por la hipoteca (PAH) luttant contre le syst&#232;me inique des hypoth&#232;ques et expulsions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2363 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH553/-635-4d5f8.jpg?1768660576' width='400' height='553' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferdinand Cazalis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le BTP &#233;tait devenu le mod&#232;le &#233;conomique de l'Espagne, mais avec la crise la fin du &#171; r&#234;ve espagnol &#187; a sonn&#233;. Jusqu'en 2007, l'&#201;tat et les banques poussaient les gens &#224; s'endetter, exer&#231;ant ainsi une forme de contr&#244;le social : un peuple endett&#233; n'a plus le temps de s'organiser, de penser &#224; faire la r&#233;volution ou de d&#233;fendre ses droits. Avant que la bulle immobili&#232;re n'explose en 2008, des gens qui venaient des mouvements sociaux sur le logement ou luttant pour les droits &#233;l&#233;mentaires se sont regroup&#233;s et ont anticip&#233; la crise &#224; venir. Ils ont pens&#233; que les luttes sur le logement pouvaient constituer un sujet politique pour les ann&#233;es &#224; venir. De l&#224; est n&#233;e la PAH, ici &#224; Barcelone en 2009, avec la volont&#233; de d&#233;noncer le syst&#232;me en cours et de regrouper les gens qui en &#233;taient victimes en vue d'actions collectives, sur des bases autogestionnaires et d'entraide, avec une organisation en assembl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement s'est vite propag&#233;. Aujourd'hui, il y a 70 groupes en Catalogne et 240 dans l'ensemble de l'&#201;tat espagnol. Nous faisons une assembl&#233;e r&#233;gionale chaque mois pour nous coordonner et mener des campagnes communes, et nous organisons des rencontres tous les trois mois au niveau national. Chaque entit&#233; est autonome localement, avec des d&#233;cisions prises au consensus et des groupes de m&#233;diation en cas de conflit. Le 15-M a beaucoup renforc&#233; les PAH : c'est le moment o&#249; je m'y suis engag&#233;, cherchant une mani&#232;re de concr&#233;tiser et de prolonger la col&#232;re partag&#233;e dans la rue. Une autre force de la PAH, c'est de rassembler des gens diff&#233;rents : ceux qui sont issus du mouvement squat avec leur savoir-faire pour l'ouverture de b&#226;timents, des anarchistes de toujours et d'autres issus de mouvements plus citoyennistes. Sans compter toutes les personnes pour qui c'est la premi&#232;re forme d'engagement de leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un pays qui conna&#238;t le plus grand nombre d'expulsions en Europe mais aussi de logements vides, il a &#233;t&#233; facile de d&#233;montrer l'implication des gouvernants, des banques et des entreprises de construction. Nous avons ensuite men&#233; des actions directes de d&#233;sob&#233;issance civile non violentes pour nous opposer aux expulsions et nous avons fait pression sur les banques pour qu'elles d&#233;bloquent les situations. Nous avons aussi men&#233; des campagnes pour que la l&#233;gislation permette d'annuler la dette en cas d'expulsion. Nous avons &#171; r&#233;cup&#233;r&#233; &#187; collectivement des logements vides appartenant aux banques ou au gouvernement, et milit&#233; pour l'acc&#232;s &#224; un loyer social. L'imaginaire a beaucoup chang&#233; : la population comprend ces occupations, ce qui nous prot&#232;ge un peu de la r&#233;pression. Et gr&#226;ce &#224; ce soutien populaire, les gens qui participent &#224; la PAH gagnent en puissance, car ils oublient leurs peurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la d&#233;nonciation et l'action directe, nous avons fait des propositions l&#233;gislatives, comme l'ILP en 2012, qui a mis le th&#232;me du logement dans l'agenda politique. Tous les partis ont eu &#224; se positionner sur un changement de l&#233;gislation. Seul le Partido popular (PP), qui a la majorit&#233; absolue au Parlement, a jusqu'ici refus&#233; de changer la loi selon notre proposition. Cette ann&#233;e, nous avons donc opt&#233; pour une forme d'action inspir&#233;e des luttes argentines, les &lt;i&gt;escraches&lt;/i&gt;, destin&#233;es l&#224;-bas aux anciens tortionnaires de la dictature b&#233;n&#233;ficiant d'une impunit&#233; l&#233;gale. Nous sommes all&#233;s devant les domiciles des &#233;lus PP munis de panneaux verts &#171; &lt;i&gt;&#161; S&#237; se puede !&lt;/i&gt; &#187; [&#171; Oui, on peut &#187;] avec nos revendications et des pancartes rouges disant &#171; &lt;i&gt;&#161; No !&lt;/i&gt; &#187;, avec ce qui devait cesser. Bien entendu, cela ne leur a pas plu, ils ont tent&#233; de nous criminaliser en nous traitant publiquement de terroristes, de nazis &#224; la solde de l'ETA. Bref.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a alors saisi les administrations et les municipalit&#233;s pour non-assistance &#224; personnes en danger et violation des droits humains, et on leur a demand&#233; de soutenir ces r&#233;quisitions de logements vides, ce qui a eu au d&#233;but un peu de succ&#232;s. Mais les administrations locales ont peu de comp&#233;tences, aussi nous avons saisi les instances r&#233;gionales, avec par exemple une proposition l&#233;gislative populaire au parlement de Catalogne, pour demander une aide destin&#233;e aux victimes du syst&#232;me de cr&#233;dit et aux occupations. M&#234;me s'il n'y pas de statistiques officielles, des milliers de familles vivent aujourd'hui dans des logements occup&#233;s &#224; Barcelone, et apr&#232;s la vague des expulsions dues aux hypoth&#232;ques, 65% d'entre elles sont motiv&#233;es par des impay&#233;s de loyer. Tout cela s'accompagne de revendications pour un logement digne, avec l'acc&#232;s &#224; l'eau, &#224; l'&#233;lectricit&#233; et au gaz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'arriv&#233;e au pouvoir de la nouvelle mairie, les changements, comme l'arr&#234;t des expulsions d'&#233;difices publics, demeurent plut&#244;t symboliques, vu qu'il y en avait peu. Mais &#231;a ne fait que 100 jours qu'elle est au pouvoir. Elle a impos&#233; une table de n&#233;gociation avec les banques et toutes les associations de lutte, dont la PAH, ce qui n'est pas rien, car cela faisait un an que le dialogue &#233;tait rompu. Notre premi&#232;re revendication a &#233;t&#233; de pouvoir participer pleinement aux d&#233;cisions concernant le logement, non pas dans un cadre formel mais dans une optique de travail en commun. Trois groupes de travail ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s, pour les trois points les plus urgents : 1. les expulsions &#8211; comment changer les politiques locales li&#233;es aux expulsions ? 2. les services sociaux &#8211; comment aider les personnes touch&#233;es par les expulsions ? 3. les logements vides &#8211; comment mobiliser ces espaces au service des personnes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre attendons-nous plus de Barcelona en Com&#250; ou de Podemos que du PP ou du PSOE, mais nous ne sommes li&#233;s &#224; personne. Par exemple, nous faisons pression sur la nouvelle mairie pour r&#233;aliser un recensement pr&#233;cis des logements vides dans la ville. &#192; qui appartiennent ces logements ? Sont-ils squatt&#233;s ? Quels sont ceux en situation d'insalubrit&#233; ? R&#233;alis&#233; par les services de l'&#201;tat en 2011, le seul recensement en notre possession d&#233;nombre 80 000 logements vides : un chiffre indubitablement en dessous de la r&#233;alit&#233;. &#192; partir de nouvelles donn&#233;es, on pourra pousser la mairie &#224; lancer des r&#233;quisitions : si un logement est vide depuis trois ans, le propri&#233;taire peut soit recevoir une amende de 500 000 &#8364;, soit &#234;tre expropri&#233;, et son bien transform&#233; en logement social. Si l'appartement est insalubre, le propri&#233;taire est &#233;galement oblig&#233; de le r&#233;habiliter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est comme un engrenage, et le seul acteur-cl&#233;, c'est la soci&#233;t&#233; civile organis&#233;e. Si la rue n'exerce ni pression ni contr&#244;le, la mairie ne pourra rien faire, m&#234;me avec la meilleure volont&#233;. On est pr&#234;ts &#224; mettre la mis&#232;re &#224; Ada Colau et son &#233;quipe s'ils oublient la rue. Mais il est vrai que la population est moins mobilis&#233;e, nous vivons un moment d'accalmie dans les cycles de lutte. Par ailleurs, les expulsions li&#233;es au cr&#233;dit ont &#233;t&#233; tr&#232;s rapides et tr&#232;s brutales. Face cach&#233;e de l'iceberg, les expulsions li&#233;es aux loyers sont inscrites dans un dispositif plus g&#233;n&#233;ral de pr&#233;carisation et de crise, ce qui fait que les gens ont du mal &#224; tenir dans la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens qui ont fond&#233; la PAH venaient du mouvement squat et connaissaient bien l'histoire zapatiste au Mexique. Il y avait des liens forts avec ceux qui ont lutt&#233; lors de la crise en Argentine, ce qui nous a donn&#233; des bases puissantes en termes d'horizontalit&#233; et de partage des savoir-faire, dans une perspective r&#233;volutionnaire. Que veut dire &#171; faire la r&#233;volution &#187; ? Si cela signifie tout changer du jour au lendemain, ce n'est pas ce que nous sommes en train de faire. Mais il y a des prolos qui c&#244;toient des gens de la classe moyenne ou des immigr&#233;s, r&#233;unis autour des m&#234;mes enjeux. Des gens qui sans la PAH ne se seraient jamais parl&#233; et qui s'entraident dans des situations concr&#232;tes d'expulsions ou de d&#233;marches administratives &#8211; le tout avec beaucoup de femmes tr&#232;s actives. Ce dialogue transforme l'imaginaire et les a priori de chacun. Or justement, transformer l'imaginaire collectif, c'est d&#233;j&#224; un processus r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rome, ville &#224; ouvrir !</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Rome-ville-a-ouvrir</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Rome-ville-a-ouvrir</guid>
		<dc:date>2014-03-24T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucia Abbocchio</dc:creator>


		<dc:subject>Bertoyas</dc:subject>
		<dc:subject>logement</dc:subject>
		<dc:subject>sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Metropoliz</dc:subject>
		<dc:subject>logements</dc:subject>
		<dc:subject>logements sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Rome</dc:subject>
		<dc:subject>dor&#233;navant M&#233;tropoliz</dc:subject>
		<dc:subject>s'appelle dor&#233;navant</dc:subject>
		<dc:subject>nouveaux logements</dc:subject>
		<dc:subject>BPM</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans la capitale italienne, s'emparer de b&#226;timents pour y vivre n'est pas synonyme d'ouverture de lieux d'habitation ou d'h&#233;bergement. Des r&#233;sistances collectives &#224; la pr&#233;carit&#233; tentent d'y exp&#233;rimenter d'autres mani&#232;res de vivre partag&#233;es par tous. L'usine abandonn&#233;e depuis vingt ans s'appelle dor&#233;navant M&#233;tropoliz. C'est l&#224;, dans la p&#233;riph&#233;rie est de Rome, en lisi&#232;re de plusieurs quartiers r&#233;sidentiels et au c&#339;ur d'une zone de friches industrielles proche de l'autoroute, que vivent une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no119-fevrier-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;119 (f&#233;vrier 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sociaux-2220" rel="tag"&gt;sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Metropoliz" rel="tag"&gt;Metropoliz&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/logements" rel="tag"&gt;logements&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/logements-sociaux" rel="tag"&gt;logements sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Rome" rel="tag"&gt;Rome&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dorenavant-Metropoliz" rel="tag"&gt;dor&#233;navant M&#233;tropoliz&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/s-appelle-dorenavant" rel="tag"&gt;s'appelle dor&#233;navant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/nouveaux-logements" rel="tag"&gt;nouveaux logements&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/BPM" rel="tag"&gt;BPM&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans la capitale italienne, s'emparer de b&#226;timents pour y vivre n'est pas synonyme d'ouverture de lieux d'habitation ou d'h&#233;bergement. Des r&#233;sistances collectives &#224; la pr&#233;carit&#233; tentent d'y exp&#233;rimenter d'autres mani&#232;res de vivre partag&#233;es par tous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'usine abandonn&#233;e depuis vingt ans s'appelle dor&#233;navant M&#233;tropoliz. C'est l&#224;, dans la p&#233;riph&#233;rie est de Rome, en lisi&#232;re de plusieurs quartiers r&#233;sidentiels et au c&#339;ur d'une zone de friches industrielles proche de l'autoroute, que vivent une soixantaine de familles, rassemblant Italiens, P&#233;ruviens, Marocains, Ukrainiens, &#233;thiopiens, &#233;rythr&#233;ens et Roumains.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_965 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/p05-cqroma.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH184/p05-cqroma-a42b9.jpg?1768815799' width='500' height='184' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Bertoyas.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'occupation a commenc&#233; il y a maintenant cinq ann&#233;es &#224; l'initiative du Bloc des pr&#233;caires m&#233;tropolitains (BPM &#8211; &lt;i&gt;Blocchi precari metropolitani&lt;/i&gt;), vaste coordination informelle dans laquelle se f&#233;d&#232;rent, &#224; travers toute la ville, les occupants d&#233;j&#224; en place et ceux qui aspirent &#224; s'emparer collectivement de lieux d&#233;sert&#233;s par leur propri&#233;taire. Dans ce b&#226;timent, tr&#232;s &#233;loign&#233; des standards de base d'un lieu d'habitation, chaque famille a r&#233;alis&#233; ses propres travaux. &#171; &lt;i&gt;&#192; chacun de prendre ses affaires en main. C'est une r&#232;gle qu'on se donne. Ce qui n'emp&#234;che pas de mettre en commun les comp&#233;tences de chacun pour cr&#233;er un espace collectif o&#249; l'on se rencontre, discute, fait du sport et d'autres activit&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, explique une activiste du BPM. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mustapha, la quarantaine, originaire de Casablanca, vivait &#224; Rome dans un appartement en location avec six autres Marocains. Il travaillait dans le b&#226;timent, jusqu'&#224; ce que son patron disparaisse et laisse sur le carreau une trentaine d'ouvriers. &#171; &lt;i&gt;Je suis arriv&#233; d&#232;s l'ouverture de ce b&#226;timent. J'avais besoin d'un toit. J'ai rencontr&#233; les gens du BPM. Je me suis inscrit sur une liste, puis j'ai re&#231;u des messages et des invitations &#224; participer aux manifestations et aux assembl&#233;es. Au bout d'un moment, apr&#232;s avoir vu que je m'investissais dans le projet, ils m'ont propos&#233; de venir m'installer. C'est un projet dans lequel les gens doivent &#234;tre d&#233;cid&#233;s. Ce n'est pas qu'une question de logement. &lt;/i&gt; &#187; Il poursuit : &#171; &lt;i&gt;Je me suis install&#233; ici un appartement qui fait presque cinquante m&#232;tres carr&#233;s. Je donne des coups de main aux autres. J'ai appris beaucoup de choses. On fait tr&#232;s souvent des assembl&#233;es o&#249; on essaie de trouver tous ensemble des solutions. Je me sens utile.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt; Ici s'exp&#233;rimente aussi un mode d'organisation sociale fond&#233;e sur l'autogestion et l'horizontalit&#233;&lt;/i&gt;, pr&#233;cise Ir&#232;ne, militante du BPM. I&lt;i&gt;l n'y a ni repr&#233;sentation, ni d&#233;l&#233;gation : les personnes g&#232;rent ensemble leurs besoins, et disposent d'un syst&#232;me de solidarit&#233;s leur permettant un acc&#232;s aux droits, &#224; la sant&#233; et &#224; de multiples activit&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ses 2 400 familles ayant perdu leurs logements en 2012, Rome peut &#234;tre d&#233;sign&#233;e comme la capitale europ&#233;enne des expulsions. La r&#233;ouverture, le 31 d&#233;cembre 2012, des listes d'attribution de logements sociaux ferm&#233;es depuis trois ans n'aura &#233;t&#233; qu'un geste symbolique pour nombre des familles en attente depuis des dizaines d'ann&#233;es, car la construction de nouveaux logements ne figure pas dans l'agenda politique, du fait que, paradoxalement, l'administration reconna&#238;t qu'il y a d&#233;j&#224; trop d'immeubles inoccup&#233;s dans la capitale. Les familles se tournent alors vers les collectifs pour s'engager dans un &#171; &lt;i&gt;parcours de lutte pour le droit au logement&lt;/i&gt; &#187;, car, selon Ir&#232;ne, &#171; &lt;i&gt; revendiquer l'acc&#232;s aux logements sociaux est inutile, vu le nombre de b&#226;timents publics et priv&#233;s abandonn&#233;s qu'il y a dans cette ville&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occupation d'immeubles est ainsi devenue un v&#233;ritable mode d'action contre la pr&#233;carit&#233;, les prix exorbitants des logements et les pr&#234;ts bancaires inaccessibles. Coordonn&#233;es par des activistes auxquels s'associent de futurs habitants, ces occupations se diff&#233;rencient des squats et des &#171; centres sociaux &#187;, qui proposent des activit&#233;s culturelles ou sportives &#224; &#171; prix populaire &#187; et dans lesquels ne vivent qu'une poign&#233;e d'occupants. Exemple d'actions massives et simultan&#233;es : le 6 d&#233;cembre 2012 et le 6 avril 2013, plusieurs dizaines de lieux &#8211; h&#244;tels vides tomb&#233;s en faillite, b&#226;timents inutilis&#233;s par leur propri&#233;taire, usines abandonn&#233;es, ou encore immeubles destin&#233;s &#224; devenir des logements sociaux et inoccup&#233;s du fait de l'immobilisme bureaucratique &#8211; ont &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;s. Cette pratique se perp&#233;tue depuis les ann&#233;es 1970 dans les grandes villes du pays. Si les &#233;difices occup&#233;s &#233;taient alors essentiellement des propri&#233;t&#233;s publiques, aujourd'hui les immeubles priv&#233;s laiss&#233;s &#224; l'abandon sont aussi r&#233;investis. Auparavant, les logements sociaux &#224; peine construits dans les nouvelles p&#233;riph&#233;ries trouvaient de nouveaux &#171; locataires &#187; avant m&#234;me que l'administration ne proc&#232;de &#224; leur attribution. Aujourd'hui, les occupations concernent tous les quartiers : le centre historique, les quartiers r&#233;sidentiels pour classe moyenne et encore et toujours les quartiers en p&#233;riph&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; &lt;i&gt;parcours de lutte pour le droit au logement&lt;/i&gt; &#187; commence par une prise de contact avec l'un des &#171; portails sociaux &#187; du collectif dont les adresses et horaires d'ouverture sont annonc&#233;s dans les rues par voie d'affiches. Puis, des militants re&#231;oivent les personnes contraintes de quitter leur logement. Les futurs occupants s'engagent alors &#224; participer aux manifestations du collectif et aux r&#233;unions. De plus, ce mouvement propose une r&#233;flexion plus globale et se m&#234;le &#224; d'autres luttes, telles que la mobilisation NoTAV&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Intense et large contestation contre le projet titanesque d'une liaison &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, la promotion des droits des &#233;trangers, la fermeture des centres d'identification et d'expulsion&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;quivalent de nos centres de r&#233;tention administrative de ce c&#244;t&#233;-ci des Alpes.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; ou encore la fin du r&#233;gime de s&#233;gr&#233;gation &#224; l'encontre des Roms en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Cr&#233;&#233; en 2007, le BPM n'est pas seulement un mouvement de lutte pour le droit au logement, comme il en existe d&#233;j&#224; &#224; Rome. Nous sommes un collectif organis&#233; de mani&#232;re horizontale. Tout nouvel arrivant s'engage &#224; g&#233;rer sa vie priv&#233;e et collective selon certains m&#233;canismes partag&#233;s &#224; l'int&#233;rieur des espaces o&#249; il habite&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise un militant. Un des moments majeurs de ce &#171; parcours de lutte &#187; se cristallise lorsque les occupants doivent s'organiser pour conserver le logement qu'ils se sont r&#233;appropri&#233; et &#233;ventuellement r&#233;sister aux expulsions. Le quotidien est rythm&#233; par les tours de garde assur&#233;s par tous, les rotations pour l'entretien des lieux, les assembl&#233;es de gestion et les manifestations dans le centre ville pour maintenir la visibilit&#233; du mouvement. Les plus exp&#233;riment&#233;s organisent les assembl&#233;es et les travaux pour barricader l'immeuble. Pendant plusieurs jours apr&#232;s l'ouverture de nouveaux logements, les entr&#233;es du b&#226;timent sont filtr&#233;es pour tenter de se pr&#233;munir de toute provocation. &#192; l'ext&#233;rieur, d'autres personnes surveillent les environs afin de contr&#244;ler les activit&#233;s de la police. En cas de menace d'assaut policier, le large r&#233;seau des collectifs et des occupants se mobilise. La proc&#233;dure est rod&#233;e : &#234;tre les plus nombreux possible, tous les habitants &#8211; enfants compris &#8211; doivent monter sur le toit avec &#224; port&#233;e de main des extincteurs et des bonbonnes de gaz, de l'huile est vers&#233;e dans les escaliers pour retarder la progression des carabiniers. L'&#233;paisse fum&#233;e de plastique br&#251;l&#233; donne une id&#233;e de la d&#233;termination des occupants. La menace de faire tout exploser suffira parfois &#224; dissuader la police de proc&#233;der &#224; l'expulsion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article 633 du Code p&#233;nal italien pr&#233;voit pour le d&#233;lit &#171; d'invasion de terrain ou d'immeuble &#187; une peine maximum de deux ans de prison et une amende de 103 &#224; 1 032 euros. Pour engager les poursuites, le propri&#233;taire de l'immeuble doit porter plainte. L'intervention peut &#234;tre imm&#233;diate si les faits sont commis par au moins cinq personnes dont l'une d'entre elles est consid&#233;r&#233;e comme &#233;tant arm&#233;e &#8211; vaste et tr&#232;s vague d&#233;finition, ou bien encore si l'action est men&#233;e par plus de dix personnes, m&#234;me d&#233;sarm&#233;es. De fait, l'exercice exige beaucoup de r&#233;flexions strat&#233;giques pour passer au travers des filets ambigus de cette loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2013, environ deux mille personnes, familles et personnes seules, jeunes et plus &#226;g&#233;es, &#233;trangers primo-arrivants et Italiens, Romains expuls&#233;s de leurs logements, ch&#244;meurs et travailleurs pr&#233;caires vivaient dans dix lieux dispers&#233;s sur le territoire de la capitale. Et Paolo, un des acteurs du BPM, de conclure : &#171; &lt;i&gt; Que le plus grand nombre de gens possible aient un toit est important. Que cela soit li&#233; &#224; un projet de cr&#233;er d'autres rapports sociaux fond&#233;s sur l'&#233;galit&#233; et la solidarit&#233; est essentiel. Quant au fait que certains soient de gauche et d'autres de droite, on s'en fout. Nous sommes avant tout unis par la pr&#233;carit&#233; de nos quotidiens. C'est une question de classe.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustr&#233; par &lt;a href=&#034;http://kobeblog-bertoyas.blogspot.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;J.M. Bertoyas&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Intense et large contestation contre le projet titanesque d'une liaison &#224; grande vitesse entre Lyon et Turin (voir &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/A-contre-progres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;91&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;quivalent de nos centres de r&#233;tention administrative de ce c&#244;t&#233;-ci des Alpes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'encre, le bois, la craie&#8230; et le jasmin</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/L-encre-le-bois-la-craie-et-le</link>
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		<dc:date>2011-04-18T05:18:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>Ma cabane pas au Canada</dc:subject>
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&lt;p&gt;Malgr&#233; deux millions de logements vides en France, difficile de d&#233;goter une turne avec un loyer abordable. Et si, en plus, tes fafs ne sont pas en r&#232;gle&#8230; &#192; Perpignan, des sans-papiers et leurs soutiens ont r&#233;gl&#233; le probl&#232;me en investissant une &#233;cole d&#233;saffect&#233;e. Les noms de famille des occupants &#8211; Martirossian, Avakian, Aspanidze et Tasi &#8211; fleurent bon les r&#233;publiques du Caucase. Et pour cause, ils en viennent, fuyant leur pays pour venir se r&#233;chauffer la libert&#233; et le porte-monnaie au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Malgr&#233; deux millions de logements vides en France, difficile de d&#233;goter une turne avec un loyer abordable. Et si, en plus, tes fafs ne sont pas en r&#232;gle&#8230; &#192; Perpignan, des sans-papiers et leurs soutiens ont r&#233;gl&#233; le probl&#232;me en investissant une &#233;cole d&#233;saffect&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les noms de famille des occupants&lt;/strong&gt; &#8211; Martirossian, Avakian, Aspanidze et Tasi &#8211; fleurent bon les r&#233;publiques du Caucase. Et pour cause, ils en viennent, fuyant leur pays pour venir se r&#233;chauffer la libert&#233; et le porte-monnaie au coin de la patrie des droits de l'homme. Recal&#233;es au concours de r&#233;fugi&#233;s politiques, balad&#233;es par la pr&#233;fecture, ces familles se sont rapidement retrouv&#233;es &#224; la rue, ou dans des logements de fortune. &lt;i&gt;&#171; Avec ma femme et mes enfants, nous avons v&#233;cu cinq mois dans un grenier o&#249; nous ne pouvions pas nous tenir debout &#187;&lt;/i&gt;, explique Spartak, g&#233;orgien et coiffeur de son &#233;tat. Depuis d&#233;but f&#233;vrier, &#224; l'initiative de l'assos Bouge Toit, ces quatre familles squattent les logements de fonction d'une &#233;cole d&#233;saffect&#233;e du centre-ville de Perpignan. Le but de l'occupation ? Se faire r&#233;gulariser, reloger, et contraindre le pr&#233;fet &#224; user de son droit de r&#233;quisition des logements vides. Dans la cit&#233; catalane, ils sont estim&#233;s &#224; plus de 8 000. Pour mener &#224; bien cette occupation, les r&#233;seaux militants locaux ont turbin&#233; &#224; plein r&#233;gime. Gabriel : &lt;i&gt;&#171; Pour qu'on ait l'&#233;lectricit&#233;, un copain de la CGT a fait appel &#224; des camarades d'EDF. &#187;&lt;/i&gt; Hortensia : &lt;i&gt;&#171; Le jardin &#233;tait envahi de mauvaises herbes, nous nous sommes mis &#224; le d&#233;fricher et nous allons faire un potager. Ce qu'on voit l&#224;-bas, c'est un ancien poulailler, nous allons le retaper et y remettre des poules. &#187;&lt;/i&gt; Emma&#252;s a fil&#233; des meubles, une AMAP de la bouffe, la Biocoop du pain, un cin&#233; des entr&#233;es gratos pour les mouflets sans pap. Et, en &#233;cho aux r&#233;volutions d'outre M&#233;diterran&#233;e, le lieu a &#233;t&#233; rebaptis&#233; &#171; &#201;cole du Jasmin &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des appartements est occup&#233; par Fatima, Zaour et leur bambine de deux ans. &lt;i&gt;&#171; Nous sommes arriv&#233;s en France en 2008. Moi, je viens d'Oss&#233;tie et Zaour est g&#233;orgien&lt;/i&gt;, explique Fatima. &lt;i&gt;Nous avons pay&#233; 2 800 euros un passeur qui nous a conduits &#224; Perpignan. Avant d'arriver dans l'&#233;cole, nous avons pass&#233; sept mois dans une caravane. Maintenant, ici, on est bien. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse locale a m&#233;diatis&#233; l'affaire et, curieusement, le traitement est plut&#244;t empathique. Dans le quartier, les voisins se radinent, pour voir, et font part de leur propre gal&#232;re de logement. Le 13 f&#233;vrier, plus de 150 personnes se sont retrouv&#233;es autour d'un grand repas organis&#233; par l'&#233;cole. Un succ&#232;s.
Prenant conscience des possibilit&#233;s qu'offre ce lieu, quelques membres de Bouge Toit se prennent &#224; r&#234;ver. Que les familles soient ou non relog&#233;es dans un avenir proche, ils ne souhaitent pas abandonner l'&#233;cole, et commencent &#224; imaginer les activit&#233;s que les anciennes salles de classe pourraient accueillir. Mais la mairie a d'autres desseins, souhaitant raser le b&#226;timent pour construire des logements sociaux. &lt;i&gt;&#171; Le maire nous a dit que c'est une soci&#233;t&#233; priv&#233;e, L'Immobili&#232;re 3F, qui serait charg&#233;e des travaux, s'indigne Marguerite. Une bo&#238;te priv&#233;e qui n'est m&#234;me pas tenue &#224; l'encadrement des loyers ! &#187;&lt;/i&gt; En attendant, la vie, t&#234;tue, continue : on a trouv&#233; un m&#233;decin pr&#234;t &#224; suivre une future maman, et les premiers &#339;ufs sont arriv&#233;s dans le poulailler.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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