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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Euromed 2 : la ville est morte, ville la ville !</title>
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		<dc:creator>Charly, Oum Ziad</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Pr&#233;emptions, d&#233;logements, expulsions de sans-papiers, requalification du port et du march&#233; aux Puces... Les Crottes, quartier immigr&#233; et ouvrier du nord du Marseille, subissent depuis vingt ans les offensives d'Euromed 2, un m&#233;gaprojet urbain au pilotage brutal, qui b&#226;tit &#171; Smartseille &#187;. La ville de demain, mais pas pour tout le monde. Recette en quatre &#233;tapes. &#171; Parce que la vie fait la ville &#187;, mart&#232;lent les panneaux publicitaires d'Euromed 2. Lorsqu'il est accus&#233; de d&#233;loger les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Crottes" rel="tag"&gt;Crottes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etape" rel="tag"&gt;&#201;tape&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;emptions, d&#233;logements, expulsions de sans-papiers, requalification du port et du march&#233; aux Puces... Les Crottes, quartier immigr&#233; et ouvrier du nord du Marseille, subissent depuis vingt ans les offensives d'Euromed 2, un m&#233;gaprojet urbain au pilotage brutal, qui b&#226;tit &#171; Smartseille &#187;. La ville de demain, mais pas pour tout le monde. Recette en quatre &#233;tapes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-1402-ba122.jpg?1782643750' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Parce que la vie fait la ville&lt;/i&gt; &#187;, mart&#232;lent les panneaux publicitaires d'Euromed 2. Lorsqu'il est accus&#233; de d&#233;loger les habitants des Crottes&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le quartier tire son nom d'un mot proven&#231;al signifiant &#171; grottes &#187;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, quartier-village de Marseille situ&#233; entre le m&#233;tro Bougainville et les docks, l'&#233;tablissement public d'am&#233;nagement pr&#233;tend construire sur des friches, dans des lieux &#171; &lt;i&gt;d&#233;grad&#233;s&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;enclav&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. C'est vite oublier qu'il am&#233;nage un quartier non pas d&#233;c&#233;d&#233; de mort naturelle, mais tu&#233; par plusieurs d&#233;cennies de d&#233;litement programm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 1 : r&#233;duisez le prolo&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, des maisons ouvri&#232;res poussent autour des fonderies et usines d'alumine. Face aux docks, les Crottes s'activent dans la r&#233;paration navale et l'agroalimentaire. Des marins au long cours, du S&#233;n&#233;gal, des Comores et du Maghreb grossissent les rangs des dockers d'apr&#232;s-guerre. Le quartier devient l'arri&#232;re-cour des activit&#233;s portuaires de Marseille, propice aux marchandages et &#224; l'embauche, prolongeant la sociabilit&#233; &#224; la sortie du travail sur le zinc des comptoirs ouvriers de la rue de Lyon. Dans les ann&#233;es 1970, l'agonie du port laisse place &#224; l'essence et &#224; la ferraille des Volkswagen, Ford et Peugeot. Et leur lot de casses automobiles et de restaurants ouvriers, o&#249; les manutentionnaires africains et nord-africains investissent les cuisines et les circuits courts de la vente informelle. Une nouvelle &#233;poque se dessine, avec la mont&#233;e du ch&#244;mage, la bidouille et les taudis qui se d&#233;gradent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 2000, le reflux des industries du littoral laisse &#224; d&#233;couvert des friches qui attisent la convoitise des promoteurs : Nexity, Constructa et autres Bouygues. L'op&#233;ration urbaine Euromed 2, sur le p&#233;rim&#232;tre des Crottes, est annonc&#233;e en 2007, dans le prolongement d'Euromed 1, poursuivant la conversion des docks en zone tertiaire et r&#233;sidentielle de haut standing. Sous les bulldozers d'Eiffage, les huit vieilles chemin&#233;es de la centrale &#233;lectrique du Cap Pin&#232;de sont remplac&#233;es par l'&#238;lot d&#233;monstrateur d'Euromed appel&#233; Smartseille, &#233;co-cit&#233; labellis&#233;e de 4 000 logements et 58 000 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; de bureaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euromed lorgne aussi sur le foncier de la raffinerie de sucre d&#233;clinante Saint Louis, qui avait accus&#233; la suppression de 80 emplois en 2015. Les syndicats vocif&#232;rent contre cette sp&#233;culation par l'immobilier du tertiaire, qui s'accommode tr&#232;s bien du d&#233;clin forc&#233; des activit&#233;s ouvri&#232;res : ce ne sont s&#251;rement pas les 20 000 emplois &lt;i&gt;high tech&lt;/i&gt; annonc&#233;s qui r&#233;sorberont les 34 % de taux de ch&#244;mage chez les habitant&#8226;es du quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, avec le d&#233;part de la client&#232;le ouvri&#232;re et la relocalisation contrainte des concessionnaires automobiles vers la zone commerciale sud (La Valentine), les caf&#233;s, salons de coiffure et autres petits commerces disparaissent &#224; leur tour. Puis la d&#233;claration d'utilit&#233; publique (DUP) de 2017 fournit &#224; Euromed l'arsenal juridique pour achever les derni&#232;res &#233;choppes : les indemnisations d'&#233;viction sont index&#233;es sur le chiffre d'affaires des deux derni&#232;res ann&#233;es, r&#233;duites &#224; peau de chagrin, quitte &#224; imposer une retraite anticip&#233;e aux tenanciers : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a plus de clients depuis que les bo&#238;tes ont ferm&#233;. Mon chiffre d'affaires a &#233;t&#233; divis&#233; par deux. Avec ce qu'ils me donnent, je ne pourrai jamais repartir ailleurs&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moigne le propri&#233;taire d'un snack historique de la rue de Lyon. Comme un dernier coup de massue &#224; la survie des Crottes, la construction du centre social est avort&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 2 : blanchissez les Puces&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mardi 22 octobre 2019, un violent orage s'abat sur Marseille et propage le feu dans le march&#233; aux Puces, le c&#339;ur battant des Crottes. 200 forain&#8226;es sont &#233;vacu&#233;&#8226;es de ce lieu hors normes, informel et foisonnant, o&#249; le Marseille populaire se presse &#224; la recherche de bonnes affaires. On a fr&#244;l&#233; le coup de gr&#226;ce, alors que l'existence du march&#233; est remise en cause par un chantier attenant de Bouygues &#8211; 14 hectares d'&#233;quipements, logements et bureaux neufs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Form&#233;es spontan&#233;ment dans les ann&#233;es 1970 sur les espaces p&#233;riportuaires, les Puces n'en sont pas &#224; leur premi&#232;re correction disciplinaire. En 1989, elles ont &#233;t&#233; la cible du maire Robert Vigouroux, qui a tent&#233; de les canaliser sur la friche de l'usine Alsthom&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'emplacement actuel du march&#233;, entre l'avenue du Cap-Pin&#232;de, le boulevard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Brocanteurs, brocanteuses et antiquaires, escort&#233;&#8226;es dans l'enceinte du nouveau site, sont tri&#233;s entre bon grain et ivraie. Les forain&#8226;es r&#233;fractaires &#224; la structuration du march&#233; alimentaire par le MIN (March&#233; d'int&#233;r&#234;t national) des Arnavaux doivent &#234;tre mis&#8226;es au ban. Malgr&#233; les 300 policiers qui d&#233;m&#233;nagent &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt; les &#233;talages, l'offensive est d&#233;jou&#233;e : la gr&#232;ve des l&#233;gumiers-l&#233;gumi&#232;res et des marchand&#8226;es ambulant&#8226;es, l'&#233;nergie de survie de la population, tributaire du syst&#232;me D, et la fluidit&#233; des circuits d'approvisionnement m&#233;diterran&#233;ens des commer&#231;ant&#8226;es immigr&#233;&#8226;es d&#233;bordent le programme officiel&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le lien et le gain : ethnographie d'une place marchande informelle, le cas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. On estime la fr&#233;quentation actuelle &#224; 100 000 visiteurs et visiteuses par semaine pour 600 forain&#8226;es et plus de 1 000 emplois. Sans compter le &#171; off &#187;, boulevard du Capitaine-G&#232;ze : des &#233;tals &#224; m&#234;me le sol, qui s'allongent au gr&#233; des interdits de vente &#224; la sauvette dans le centre-ville et de la pr&#233;carisation des conditions d'accueil des nouveaux migrant&#8226;es : &#171; &lt;i&gt;Je vends des p&#226;tisseries maison pour faire vivre ma famille&lt;/i&gt; &#187;, confie Amal *, fra&#238;chement d&#233;barqu&#233;e d'Alger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bijoux de pacotille, hard-discount hallal et outillage professionnel c&#244;toient sapes de seconde main et cagettes de l&#233;gumes vendues en cul de camion. La mosqu&#233;e Al Isl&#226;h, la salle des f&#234;tes et les caf&#233;s renforcent la centralit&#233; de ce Marseille &#233;loign&#233; des cartes postales. Mais cette zone de marginalit&#233; est bel et bien dans le collimateur des am&#233;nageurs d'Euromed 2. Les forain&#8226;es craignent que la restructuration du march&#233; officiel hausse le co&#251;t de location et exclut ceux qui d&#233;pendent d'une vente &#224; bon march&#233;. Quant aux vendeurs et vendeuses &#224; la sauvette, ils sont de plus en plus stigmatis&#233;s par les &#233;diles locaux, qui accentuent harc&#232;lement policier et d&#233;nigrement m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3184 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH413/-1403-a81bf.jpg?1782672704' width='400' height='413' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 3 : hachez proprios et locataires&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Retour rue de Lyon, o&#249; Euromed met les petits proprios &#224; la d&#233;coupe : &#171; &lt;i&gt;J'ai pass&#233; ma vie d'ouvrier &#224; me battre pour acheter cet appartement, je me suis endett&#233; sur vingt ans, j'ai termin&#233; de rembourser mon pr&#234;t il y a deux ans et ils me virent pour une bouch&#233;e de pain&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; s'indigne Bernard. Les propri&#233;taires occupant&#8226;es sont indemnis&#233;&#8226;es au prix du march&#233;, point. Mais qui accepterait sans sourciller le prix mis&#233;rable d'un march&#233; immobilier asphyxi&#233; par quinze ans de politique de pr&#233;emption pour un foyer qui repr&#233;sente les &#233;conomies d'une vie ? &#171; &lt;i&gt;On ne peut rien acheter, on a essay&#233; de louer mais on s'est fait refuser parce que nos retraites sont trop petite&lt;/i&gt;s &#187; : Bernard et Jeanne, octog&#233;naires, indemnis&#233;s 1 000 &#8364; le m&#232;tre carr&#233;, peinent &#224; retrouver un logement &#233;quivalent dans le quartier. Ils s'en sont sortis un temps gr&#226;ce &#224; un voisin qui leur louait un studio. Las : ce dernier s'est vu &#224; son tour expropri&#233;, ce qui a oblig&#233; le couple &#224; refaire ses valises. Deux nouvelles portes mur&#233;es sont donc venues s'ajouter &#224; la collection d&#233;j&#224; bien fournie du quartier : depuis 2003, toute cession immobili&#232;re y fait syst&#233;matiquement l'objet d'un rachat contraint par Euromed et d'une &#171; &lt;i&gt;mise en s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187; qui consiste &#224; murer et &#224; d&#233;vitaliser les logements &#8211; cuisines et salles de bains sont d&#233;molies &#224; coups de massue. Petit &#224; petit, le quartier se vide : &#171; &lt;i&gt;J'ai l'impression de vivre avec des fant&#244;mes&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clare une habitante, d&#233;signant de la t&#234;te les deux portes mur&#233;es de son palier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les promesses de la DUP&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La ZAC Littorale elle-m&#234;me doit &#234;tre le lieu de cr&#233;ation de plus de 1 300 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, les propositions de relogement re&#231;ues par les locataires des logements rachet&#233;s sont bien &#233;loign&#233;es des constructions flambant neuves. &#201;tonnant qu'un &#233;tablissement qui a vendu des milliers de m&#232;tres carr&#233;s de ville &#224; des promoteurs priv&#233;s ne parvienne pas &#224; n&#233;gocier, dans les milliers de nouveaux logements qu'il fait sortir de terre, une cinquantaine de places pour les locataires qu'il d&#233;loge. Face &#224; la p&#233;nurie de logements sociaux &#224; Marseille, Euromed, par courrier, invite m&#234;me certains d&#233;log&#233;s &#224; &#171; &lt;i&gt;effectuer des recherches de&lt;/i&gt; [leur] &lt;i&gt;c&#244;t&#233;&lt;/i&gt; &#187; dans le priv&#233;. La lettre ajoute que depuis &#171; &lt;i&gt;le drame de la rue d'Aubagne en novembre dernier, la Ville de Marseille est confront&#233;e &#224; une crise du logement sans pr&#233;c&#233;dent&lt;/i&gt; &#187;. &#192; sa r&#233;ception, Ali s'exclame &#224; bout de nerfs : &#171; &lt;i&gt;Ils construisent 30 000 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;logements et ils sont pas foutus de nous en trouver un ? Avec ce que je gagne, je vais me retrouver dans un immeuble qui s'effondre&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Depuis sa fen&#234;tre, on aper&#231;oit Smartseille, o&#249; on vient de lui refuser une place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 mars 2018, Euromed y organise une r&#233;union de concertation. Le collectif de la rue de Lyon &#171; On se laisse pas faire &#187; s'y invite. Face aux habitant&#8226;es d&#233;log&#233;.es qui expriment leur col&#232;re au sujet de la d&#233;gradation du quartier, des expropriations &#224; bas prix et de l'avenir du march&#233; aux Puces, le communicant d&#233;roule imperturbablement son PowerPoint : devant les images de synth&#232;se des toits-terrasses avec vue sur mer, construits sur les ruines de leurs logements, une habitante se r&#233;volte : &#171; &lt;i&gt;On me vire de chez moi, pourquoi je ne pourrais pas aller l&#224;-bas&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 4 : Les yeux dans le bouillon des squatteurs&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Restent quelques tranches de vie dans un quartier balay&#233; par la brutalit&#233; sp&#233;culative : les squatteurs et les squatteuses. Encore une fois, Euromed est tout &#233;quip&#233; pour d&#233;blayer le terrain : gardiennage syst&#233;matique des portes, prestataire de s&#233;curit&#233; priv&#233;e et encouragement des voisins &#224; la d&#233;lation. Depuis un an et demi, personne n'est parvenu &#224; se loger dans le b&#226;ti propri&#233;t&#233; d'Euromed. Quand il n'est pas encore en possession d'un b&#226;timent squatt&#233; mais aspire &#224; l'acqu&#233;rir, Euromed ne se prive pas de mettre la pression au propri&#233;taire pour que les occupant&#8226;es soient expuls&#233;&#8226;es avant rachat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 septembre dernier, 400 exil&#233;&#8226;es sont ainsi d&#233;log&#233;&#8226;es de deux squats rue Magallon, o&#249; ils avaient trouv&#233; refuge pendant leur proc&#233;dure d'asile. Lors de l'op&#233;ration de police, seuls vingt-huit d'entre eux, consid&#233;r&#233;s comme &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s vuln&#233;rables&lt;/i&gt; &#187;, sont conduits dans des centres d'h&#233;bergement d'urgence. La plupart des autres se rabattent sur les appartements abandonn&#233;s de la cit&#233; Kalliste. D'autres s'installent &#224; quelques dizaines de m&#232;tres du squat, sous une passerelle de m&#233;tro d&#233;saffect&#233;e, entour&#233;e de b&#226;timents vides, de d&#233;charges et de friches. Mais, apparemment, ici aussi ils d&#233;rangent : quelques jours plus tard la police d&#233;molit les quelques cartons et pneus entass&#233;s pour abriter les affaires du vent, jetant effets personnels et papiers d'identit&#233; dans une benne. Face &#224; la double peine de la politique de gentrification coupl&#233;e au harc&#232;lement policier des exil&#233;&#8226;es, Ayola explose : &#171; &lt;i&gt;Mais ils veulent qu'on aille o&#249;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Le squat &#233;tait pourri, sans eau, bond&#233;, bruyant et pas un endroit o&#249; s'allonger. Maintenant on se cache ici, dans la rue, y a personne, on d&#233;range personne. Et ils nous d&#233;gagent encore&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Qu'est-ce qu'ils veulent&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Qu'on cr&#232;ve&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?!&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore quelques ann&#233;es et Euromed pourra affirmer apporter de nouvelles vies dans un quartier mort. Qu'il aura lui-m&#234;me tu&#233;. En attendant l'arriv&#233;e des bulldozers, il ne reste plus qu'&#224; tenir la fa&#231;ade de ces alignements de maisons fant&#244;mes et &#224; se pr&#233;munir contre les intrusions des squatteurs et squatteuses. Quoi de mieux que des cam&#233;ras ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#171; &lt;i&gt;yeux dans le quartier&lt;/i&gt; &#187;, pour reprendre l'expression d'un bureaucrate d'Euromed. Des yeux, des vrais, et si possible port&#233;s par des visages qui offriront une belle vitrine aux investisseurs de demain : des yeux d'artistes, d'artisan&#8226;es &#233;co-responsables, de startuppers pleins de belles id&#233;es, enclins &#224; jeter un &#339;il sur le voisinage et qui, s&#251;rs de leur bon droit, d&#233;nonceront l'exil&#233;&#8226;e qui tentera de s'introduire ill&#233;galement dans le b&#226;timent vide d'&#224; c&#244;t&#233;. Pour cela, l'urbanisme temporaire offre une solution cl&#233; en main : fresques urbaines, festivals de musique, ateliers d'artistes, &#233;conomie sociale et solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euromed n'a pas oubli&#233; les bonnes vieilles techniques : faire venir quelques bobos dans le quartier a toujours &#233;t&#233; le lubrifiant id&#233;al pour faire passer la pilule de la gentrification.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tape 5 : Et maintenant, flambez !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Charly &amp; Oum Ziad&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Tous les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le quartier tire son nom d'un mot proven&#231;al signifiant &#171; grottes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'emplacement actuel du march&#233;, entre l'avenue du Cap-Pin&#232;de, le boulevard du Capitaine-G&#232;ze et la rue de Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le lien et le gain : ethnographie d'une place marchande informelle, le cas du march&#233; aux Puces &#224; Marseille&lt;/i&gt;, Michel Peraldi et V&#233;ronique Manry, Laboratoire m&#233;diterran&#233;en de sociologie, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;La ZAC Littorale elle-m&#234;me doit &#234;tre le lieu de cr&#233;ation de plus de 1 300 logements sociaux dont certains seront r&#233;alis&#233;s avant les premi&#232;res d&#233;molitions pr&#233;vues sur la rue de Lyon.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les bulldozers font la guerre</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-bulldozers-font-la-guerre</link>
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		<dc:date>2012-11-19T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jarko Jovanovic</dc:creator>


		<dc:subject>Plonk et Replonk</dc:subject>
		<dc:subject>rue</dc:subject>
		<dc:subject>habitants</dc:subject>
		<dc:subject>chantier</dc:subject>
		<dc:subject>Euromed</dc:subject>
		<dc:subject>rue d'Anthoine</dc:subject>
		<dc:subject>hangars d&#233;saffect&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>immeubles d'habitations</dc:subject>
		<dc:subject>Suds</dc:subject>
		<dc:subject>Docks</dc:subject>
		<dc:subject>d'Anthoine compte</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dur retour de vacances pour les riverains de la rue d'Anthoine, dans le quartier d'Arenc, &#224; Marseille. Leurs p&#233;nates sont situ&#233;es dans ce qui est devenu un no man's land apr&#232;s les rachats et les destructions op&#233;r&#233;s dans le secteur pour &#233;riger le nouveau quartier d'affaires d'Euromed. Les voil&#224; prisonniers d'un chantier qui ne les laisse ni respirer, ni m&#234;me sortir de chez eux. Coinc&#233;e entre des hangars d&#233;saffect&#233;s et les salles de concert des Docks des Suds, la rue d'Anthoine compte (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no104-octobre-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;104 (octobre 2012)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Plonk-et-Replonk" rel="tag"&gt;Plonk et Replonk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rue" rel="tag"&gt;rue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/habitants" rel="tag"&gt;habitants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/chantier" rel="tag"&gt;chantier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Euromed" rel="tag"&gt;Euromed&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rue-d-Anthoine" rel="tag"&gt;rue d'Anthoine&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/immeubles-d-habitations" rel="tag"&gt;immeubles d'habitations&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-Anthoine-compte" rel="tag"&gt;d'Anthoine compte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dur retour de vacances pour les riverains de la rue d'Anthoine, dans le quartier d'Arenc, &#224; Marseille. Leurs p&#233;nates sont situ&#233;es dans ce qui est devenu un no man's land apr&#232;s les rachats et les destructions op&#233;r&#233;s dans le secteur pour &#233;riger le nouveau quartier d'affaires d'Euromed. Les voil&#224; prisonniers d'un chantier qui ne les laisse ni respirer, ni m&#234;me sortir de chez eux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Coinc&#233;e entre des hangars d&#233;saffect&#233;s et les salles de concert des Docks des Suds, la rue d'Anthoine compte encore deux immeubles d'habitations. Ces b&#226;timents appartenaient depuis toujours &#224; la SNCF, mais en f&#233;vrier dernier, les locataires apprennent que leur nouveau propri&#233;taire, auquel ils doivent adresser d&#233;sormais le r&#232;glement du loyer, n'est autre que l'&#233;tablissement public Eurom&#233;diterran&#233;e &#8211; &#171; Euromed &#187; pour les intimes &#8211;, d&#233;j&#224; connu des Marseillais pour son lourd passif sur la rue de la R&#233;publique&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire CQFD n&#186;19 et n&#176;93.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Courant ao&#251;t, Euromed les informe par lettre recommand&#233;e avec accus&#233; de r&#233;ception que des travaux vont commencer dans leur rue et qu'ils n'auront plus acc&#232;s aux immeubles par l'entr&#233;e principale. Dans cette m&#234;me lettre, les habitants sont avertis qu'un autre acc&#232;s va &#234;tre am&#233;nag&#233; sur l'arri&#232;re de l'&#233;difice pour leur permettre d'acc&#233;der &#224; leur domicile. Mi-septembre, la soci&#233;t&#233; charg&#233;e des travaux investit la rue, barr&#233;e en amont et en aval. Mais aucun acc&#232;s alternatif n'est disponible pour les riverains, qui se voient clo&#238;tr&#233;s chez eux aux heures de chantier, t&#233;moins impuissants du ballet cacophonique des engins. Le soir, les entr&#233;es et les sorties se font &#224; leurs risques et p&#233;rils, la rue ayant &#233;t&#233; mise sens dessus dessous. Ils se retrouvent en effet en plein c&#339;ur du chantier du ruisseau des Aygalades, souterrain en ce point de la ville. L'endroit est strat&#233;gique, dans le projet d'extension d'Euromed dessin&#233; par l'architecte urbaniste parisien Fran&#231;ois Leclerc : il se situe &#224; l'embouchure du futur parc des Aygalades, &lt;i&gt;&#171; v&#233;ritable coul&#233;e verte &#187;&lt;/i&gt; qui devrait &#234;tre bord&#233;e d'une &lt;i&gt;&#171; &#233;co-cit&#233; &#187;&lt;/i&gt; en lieu et place des quartiers populaires d'Arenc, des Crottes et du Canet.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_483 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH288/104plonk-6075f.jpg?1782705983' width='400' height='288' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Plonk &amp; Replonk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 6 septembre 2012, La Provence s'&#233;mouvait des &lt;i&gt;&#171; poussi&#232;res abrasives &#187;&lt;/i&gt; du chantier, mais uniquement parce qu'elles menaceraient d'ab&#238;mer &lt;i&gt;&#171; la peau vitr&#233;e &#187;&lt;/i&gt; de la tour CMA-CGM, qui dresse son imposante silhouette entre la rue d'Anthoine et les quais. Le PDG de cette multinationale du transport maritime, Jacques Saad&#233;, ne d&#233;col&#233;rait pas : &lt;i&gt;&#171; Un tel environnement n'est pas digne des r&#233;unions internationales que nous organisons, ni de nos h&#244;tes, ce qui est tr&#232;s regrettable. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dalle donnant acc&#232;s &#224; son monumental si&#232;ge social a d&#251; &#234;tre en partie soulev&#233;e pour permettre les travaux d'assainissement du ruisseau, que MPM entame avec dix-huit mois de retard. &lt;i&gt;&#171; Il faut dire que le chantier visant &#224; prot&#233;ger les quartiers urbanis&#233;s d'Arenc d'une hypoth&#233;tique crue centennale du ruisseau des Aygalades, se r&#233;v&#232;le d'une redoutable complexit&#233;. De tr&#232;s nombreux op&#233;rateurs sont concern&#233;s (Port autonome de Marseille, R&#233;seau Ferr&#233; de France, Gaz r&#233;seau Distribution France, Eurom&#233;diterran&#233;e, la communaut&#233; de communes Marseille Provence M&#233;tropole, la Ville, Grands Moulins Storione, etc.) et doivent coordonner leurs interventions, n&#233;cessitant en amont, un long et fastidieux travail pr&#233;paratoire. &#187; &lt;/i&gt; Bizarrement, le journal local n'a pas la m&#234;me sollicitude pour les habitants de la rue d'Anthoine que pour le magnat Saad&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 2 octobre au matin, un petit attroupement protestataire a envahi le chantier au pied des immeubles affect&#233;s. Embarrass&#233;s par cette pr&#233;sence civile et non casqu&#233;e, les ouvriers ont pris la pause. Puis, un grand sifflement d'air comprim&#233; s'est &#233;chapp&#233; de l'&#233;norme foreuse fich&#233;e &#224; l'angle de la rue d'Anthoine et de la rue Cazemajou. Un gars en gilet fluo a demand&#233; aux manifestants d'&#233;vacuer les lieux : &lt;i&gt;&#171; Vous entendez ce bruit ? C'est une fuite de gaz ! &#187;&lt;/i&gt; Personne n'ayant cru &#224; sa blague, deux jeunes pompiers ont fait une prompte apparition pour pousser les intrus hors de la zone de travaux. Charlie, un des habitants affect&#233;s, a failli en venir aux mains avec les uniformes. Furax, Mme Ragueh racontait qu'un jour r&#233;cent, elle n'avait pas pu sortir de chez elle pour aller chercher ses gosses &#224; l'&#233;cole &#224; cause des bulldozers s'activant devant sa porte. Son voisin de palier ne tarissait pas d'exclamations indign&#233;es : &lt;i&gt;&#171; Vingt ans que je travaille dans le BTP, et j'en ai vu de belles, question abus, mise en danger des travailleurs et du public, corruption, mais l&#224;, j'en reste baba. Il faut dire qu'aujourd'hui, je me retrouve du c&#244;t&#233; des sinistr&#233;s. L&#224;, il me vient des envies de meurtre ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;pris d'Eurom&#233;diterran&#233;e et des pouvoirs publics pour les habitants actuels de ces quartiers fait craindre le pire pour la suite. Les riverains des deux b&#226;timents concern&#233;s ont d&#233;couvert dans &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; du 7 septembre 2012 qu'Euromed projetait d'y &#233;tablir son si&#232;ge social. Info ou intox ? Pour l'instant, ils n'ont re&#231;u aucune information de la part de leur bailleur. &#192; quelques encablures de l&#224;, &#224; La Joliette, o&#249; un changement de population s'est d&#233;j&#224; op&#233;r&#233; conform&#233;ment au &#171; standing &#187; recherch&#233; par l'am&#233;nageur public, une enqu&#234;te a &#233;t&#233; men&#233;e aupr&#232;s des nouveaux habitants. On y apprend que l'&lt;i&gt;&#171; Eurom&#233;diterran&#233;en-type &#187;&lt;/i&gt; est un jeune cadre, p&#232;re de famille et actif, qui aime bien son logement neuf (not&#233; 15/20), mais n'est pas encore satisfait par le quartier, qu'il note avec un 9/20&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Provence du 5 janvier 2012&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Quid des populations d&#233;plac&#233;es ? Dans les enqu&#234;tes men&#233;es par Euromed comme sur les plans et les maquettes de ses faramineux projets d'am&#233;nagement, les populations et activit&#233;s sur lesquels il fait peser son &lt;i&gt;&#171; op&#233;ration d'int&#233;r&#234;t national &#187;&lt;/i&gt; sont soigneusement rendues invisibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la lign&#233;e des bagarres engag&#233;es par les riverains de la rue de la R&#233;publique sur le premier secteur investi par Euromed, un collectif a vu le jour il y a un an et veut faire entendre la voix des habitants sur la seconde tranche. Cr&#226;nement baptis&#233; &lt;i&gt;&#171; On se laisse pas faire &#187;&lt;/i&gt;, il se r&#233;unit tous les premier et troisi&#232;me mercredis du mois &#224; la MMA, au 36, rue de Lyon, pour &#233;changer infos et opinions, ainsi que s'organiser face &#224; cette nouvelle agression d'un quartier populaire de la ville.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Un-siecle-et-demi-d-urbanisme-a'&gt;n&#186;19&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://cqfd-journal.org/On-n-est-pas-des-euromerdes'&gt;n&#176;93&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; du 5 janvier 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un urbanisme de destruction massive</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Un-urbanisme-de-destruction</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Un-urbanisme-de-destruction</guid>
		<dc:date>2011-12-12T07:40:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Saskia Mori</dc:creator>


		<dc:subject>Ville</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers</dc:subject>
		<dc:subject>Marche</dc:subject>
		<dc:subject>quartier</dc:subject>
		<dc:subject>Euromed</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers Nord</dc:subject>
		<dc:subject>Marseillais</dc:subject>
		<dc:subject>m&#232;tres carr&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;ga chantier</dc:subject>
		<dc:subject>chantier euromed</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Tel un rouleau compresseur l&#226;ch&#233; dans un bazar oriental, Eurom&#233;diterran&#233;e d&#233;ploie sur les quartiers portuaires de Marseille une des plus grandes op&#233;rations de r&#233;novation urbaine en Europe. Labellis&#233; Ecocit&#233;, son second volet &#8211; Euromed II &#8211; co&#251;tera 800 millions d'argent public, se financera en grande partie par la vente de terrains et devrait engendrer trois milliards de b&#233;n&#233;fices priv&#233;s. A&#239;e a&#239;e a&#239;e. Le m&#233;ga chantier euromed, qui concerne plus de 30 000 Marseillais, est compos&#233; de deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no93-octobre-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;93 (octobre 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tel un rouleau compresseur l&#226;ch&#233; dans un bazar oriental, Eurom&#233;diterran&#233;e d&#233;ploie sur les quartiers portuaires de Marseille une des plus grandes op&#233;rations de r&#233;novation urbaine en Europe. Labellis&#233; Ecocit&#233;, son second volet &#8211; Euromed II &#8211; co&#251;tera 800 millions d'argent public, se financera en grande partie par la vente de terrains et devrait engendrer trois milliards de b&#233;n&#233;fices priv&#233;s. A&#239;e a&#239;e a&#239;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le m&#233;ga chantier&lt;/strong&gt; euromed, qui concerne plus de 30 000 Marseillais, est compos&#233; de deux p&#233;rim&#232;tres. Le premier, de 310 hectares, a &#233;t&#233; circonscrit d&#232;s 1995 par une Op&#233;ration d'int&#233;r&#234;t national. Le second, de 170 hectares, en est une extension d&#233;cr&#233;t&#233;e en 2007 qui, entre 2011 et 2030, va plonger ses grosses pattes au c&#339;ur des quartiers Nord. Pour cela, la puissance publique se met en quatre pour s&#233;duire les investisseurs : les plans promettent espaces publics remodel&#233;s, parkings, tramway, &#233;coles, biblioth&#232;ques, parcs&#8230; La Ville bradera son parc immobilier et accompagnera l'op&#233;ration de montages m&#233;diatiques tel &#171; Marseille Provence 2013 capitale europ&#233;enne de la culture &#187;. Au quartier d'affaires de 600 000 m&#232;tres carr&#233;s de la premi&#232;re tranche s'ajouteront bient&#244;t 500 000 m&#232;tres carr&#233;s de bureaux sur Euromed II. On pr&#233;tend attirer des activit&#233;s &#233;conomiques high-tech et changer l'image de la ville pour &lt;i&gt;&#171; r&#233;affirmer son positionnement sur le march&#233; national et international &#187;&lt;/i&gt;. En finir avec l'image de ville pauvre est un objectif cher &#224; la municipalit&#233; Gaudin, dont la politique de &#171; reconqu&#234;te &#187; avance d&#233;lib&#233;r&#233;ment contre les pratiques, usages et commerces des diff&#233;rentes communaut&#233;s. Rationalit&#233;, ordre, esth&#233;tique, s&#233;curit&#233; sont les principes d'un projet immobilier qui contribue &#224; une production urbaine tr&#232;s &#233;loign&#233;e de la r&#233;alit&#233; locale : on ins&#232;re dans les quartiers des &#238;lots r&#233;sidentiels visant une client&#232;le aux revenus bien sup&#233;rieurs &#224; ceux des populations existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, alors que les milliers de bureaux d&#233;j&#224; construits peinent &#224; trouver acqu&#233;reur et que les quartiers r&#233;sidentiels n'attirent pas foule, Euromed poursuit-il sa fuite en avant ? Parce que si cette mutation urbaine et sociale prenait &#8211; ce qui est loin d'&#234;tre gagn&#233; &#8211;, le nouveau territoire convoit&#233; pourrait s'av&#233;rer bien plus juteux pour les investisseurs qu'Euromed I : alors que Bouygues, Nexity, Constructa et consorts n'ont pu croquer qu'un tiers du premier p&#233;rim&#232;tre, Euromed II livre la quasi-totalit&#233; des 170 hectares de l'extension &#224; l'app&#233;tit des promoteurs, notamment gr&#226;ce &#224; une population &#224; la densit&#233; et &#224; la capacit&#233; de r&#233;sistance suppos&#233;es plus faibles&#8230; Il ne s'agit pourtant pas ici d'une friche, mais d'un quartier bruissant de la vie de ses 3 000 habitants. Lieu de convivialit&#233; et de travail, le march&#233; aux puces &#8211; alimentaire, textile et articles de maison &#8211;, troisi&#232;me centre commercial de la ville irriguant l'ensemble des quartiers Nord, est devenu en vingt ans un symbole puissant de l'ing&#233;niosit&#233; populaire. Aux Crottes (du proven&#231;al &#171; crotos &#187;, &#171; cavit&#233;s &#187;) sont install&#233;es des activit&#233;s d'import-export en lien avec le port, ainsi que des grossistes en fournitures pour le BTP, et un secteur automobile florissant compos&#233; d'une myriade de garages et autres casses. Avec ses 700 entreprises et ses 5 000 emplois, le quartier est, au m&#234;me titre que la vall&#233;e de l'Huveaune, l'un des principaux centres &#233;conomiques de la ville. Cette zone au foncier bon march&#233; et bien desservie par deux autoroutes est m&#234;me strat&#233;gique pour le port, par le biais d'entreprises lui permettant &#171; d'accrocher &#187; la marchandise &#224; terre. Bien s&#251;r, avec un habitat d&#233;labr&#233; et des espaces publics inexistants, il devient de plus en plus difficile de vivre dans un quartier abandonn&#233; par les pouvoirs publics depuis plus de vingt ans. L'organisation des transports en commun entretient une coupure entre les quartiers Nord et le reste de la ville confinant &#224; l'apartheid. Mais l'identit&#233; industrielle du quartier a maintenu des loyers raisonnables, permettant &#224; une population pr&#233;caire de vivre &#224; proximit&#233; imm&#233;diate du centre. Ce foncier peu on&#233;reux constitue aussi le point d'ancrage d'activit&#233;s li&#233;es &#224; un port au destin fragile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, au lieu d'am&#233;liorer la coexistence de ces activit&#233;s avec les riverains, d'enrichir avec eux et pour eux leur cadre de vie, d'aider le port &#224; redresser la barre, Euromed pr&#233;f&#232;re la politique de la table rase et d&#233;clenche une v&#233;ritable guerre contre la r&#233;alit&#233; des quartiers. Au nom de la s&#233;curit&#233; et de l'hygi&#232;ne, on l&#226;che aujourd'hui la police contre la vente &#171; &#224; la sauvette &#187;, contre les Roms, contre les sans-papiers, afin de mettre au pas, de diviser les communaut&#233;s et pour, surtout, asphyxier le quartier. L'objectif est de lib&#233;rer deux millions de m&#232;tres carr&#233;s en rachetant au prix du march&#233; des terrains qu'on pr&#233;voit de revendre cinq fois plus cher. Cette sp&#233;culation &#233;hont&#233;e, au prix de la rel&#233;gation en p&#233;riph&#233;rie des activit&#233;s et des habitants actuels, a pour but d'implanter un quartier r&#233;sidentiel &#233;cologique et un parc de bureaux de plus de 500 000 m&#232;tres carr&#233;s. Pour changer radicalement l'image du territoire, les grands moyens seront employ&#233;s : transfert d'une gare de fret, d&#233;pollution des terrains, recouvrement d'une partie de l'autoroute, construction d'un parc de quatorze hectares, d'un &#171; p&#244;le multimodal &#187;, d'&#233;quipements m&#233;tropolitains et, en front de mer, des tours con&#231;ues par des architectes de renom&#8230; Exit le march&#233; aux puces et son r&#233;seau d'entraide populaire : un plus chic &#171; march&#233; des cinq continents &#187; prendra sa place entre h&#244;tels de luxe et un palais des congr&#232;s destin&#233; &#224; accueillir meetings de chefs d'entreprises et pompeuses manifestations culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se gaver sur le dos des pauvres, les d&#233;placer impun&#233;ment par expulsion pure et simple ou par augmentation des loyers&#8230; D&#233;truire le tissu social existant et jouir du territoire &#224; sa guise, au b&#233;n&#233;fice d'investisseurs que l'on attire en bradant la ville&#8230; Attirer les classes montantes en leur faisant miroiter via des images de synth&#232;se un quartier pr&#234;t &#224; consommer&#8230; Voil&#224; le vrai visage d'Euromed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peuple de Marseille, r&#233;veille-toi et gronde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Voir aussi &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/On-n-est-pas-des-euromerdes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; On n'est pas des euromerdes ! &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; On n'est pas des euromerdes ! &#187;</title>
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		<dc:date>2011-12-12T07:11:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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&lt;p&gt;Tout le monde sur le pont ! Le 9 septembre, sur la place du quartier des Crottes, une assembl&#233;e ouverte a examin&#233; ce que, dans sa deuxi&#232;me phase, le projet urbanistique Eurom&#233;diterran&#233;e trame dans le dos des habitants. Au menu, r&#233;v&#233;lations gla&#231;antes, d&#233;bat chaud bouillant et couscous gratis. Une &#233;quipe de jeunes volontaires a dispos&#233; des chaises en plastique &#224; l'ombre du platane. Une sono est install&#233;e sur les marches de l'&#233;glise copte, dont la porte est mur&#233;e, tout comme celle de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no93-octobre-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;93 (octobre 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/platane" rel="tag"&gt;platane&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tout le monde sur le pont ! Le 9 septembre, sur la place du quartier des Crottes, une assembl&#233;e ouverte a examin&#233; ce que, dans sa deuxi&#232;me phase, le projet urbanistique Eurom&#233;diterran&#233;e trame dans le dos des habitants. Au menu, r&#233;v&#233;lations gla&#231;antes, d&#233;bat chaud bouillant et couscous gratis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une &#233;quipe de jeunes volontaires a dispos&#233; des chaises en plastique &#224; l'ombre du platane. Une sono est install&#233;e sur les marches de l'&#233;glise copte, dont la porte est mur&#233;e, tout comme celle de l'ancien bar PMU. Devant une maison, une table est dress&#233;e, qui recevra tout &#224; l'heure les gamelles. Sur leurs scooters, des adolescents observent. Des retrait&#233;s, des m&#232;res de famille entour&#233;es de leur marmaille, des hommes de tous &#226;ges et encore plus de femmes prennent place. On se dit qu'en d&#233;mocratie, cette sc&#232;ne devrait se r&#233;p&#233;ter une fois par semaine dans chaque quartier de la ville. Ce soir, r&#233;union d'information pour jeter un peu de lumi&#232;re sur l'opacit&#233; des plans urbanistiques d'Eurom&#233;diterran&#233;e, qui veut &#171; reconqu&#233;rir &#187; les quartiers portuaires encore peupl&#233;s par la pl&#232;be. Quand les habitants &#8211; que les urbanistes nomment &#171; occupants &#187;&#8230; &#8211; apprennent ce qui leur pend au nez, certains ne font pas dans la dentelle, comme cette Gitane, outr&#233;e : &lt;i&gt;&#171; Ils veulent nous virer du quartier ? Mais je suis marseillaise, moi ! Qu'ils virent plut&#244;t tous ces sans-papiers qui nous envahissent ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ali, pr&#233;sident du comit&#233; d'int&#233;r&#234;t de quartier, prend le micro pour d&#233;noncer l'absence de consultation. &lt;i&gt;&#171; Euromed veut attirer 30 000 nouveaux habitants. Et nous l&#224;-dedans, qu'est-ce qu'on devient ? &#187;&lt;/i&gt; Ancien noyau villageois entrelard&#233; d'entrep&#244;ts, le coin est passablement d&#233;cati. &lt;i&gt;&#171; On est pour la r&#233;novation, mais pas sans nous ! &#187;&lt;/i&gt; Bruno souligne que les riverains et les activit&#233;s locales &#8211; march&#233; aux puces, garages, fret maritime&#8230; &#8211; sont class&#233;s par Euromed au chapitre des pertes. Vincent revient sur la r&#233;sistance des habitants de la rue de la R&#233;publique, qui fut le laboratoire des exactions d'Euromed : intimidations, sp&#233;culation, expulsions, &#233;radication des commerces de proximit&#233;&#8230;, pour offrir aujourd'hui une art&#232;re d&#233;serte comme vitrine de la &#171; redynamisation &#187; en cours. C'est ensuite au tour de Sarah, &#233;tudiante en urbanisme, de prendre la parole. Munie d'une maquette d'un m&#232;tre sur un m&#232;tre cinquante o&#249; les &#233;difices, d&#233;coup&#233;s dans du polystyr&#232;ne, sont coll&#233;s sur le plan avec de la bande Velcro, elle d&#233;taille les destructions programm&#233;es. Apr&#232;s avoir d&#233;clin&#233; le lieu et la date de chaque chantier &#224; venir, elle arrache les p&#226;t&#233;s de maisons, hangars et autres march&#233;s vou&#233;s &#224; la d&#233;molition, avant de les jeter n&#233;gligemment au sol, sous le nez de l'assistance m&#233;dus&#233;e. &lt;i&gt;&#171; Mais c'est chez moi, l&#224; ! &#187;&lt;/i&gt;, s'exclame une dame, estomaqu&#233;e. &lt;i&gt;&#171; Je suis propri&#233;taire, ils ont le droit de m'obliger &#224; vendre ? &#187;&lt;/i&gt;, interroge un cousin de Samia Ghali, s&#233;nateur maire du secteur et signataire du protocole Euromed. &lt;i&gt;&#171; Et mon garage, ma client&#232;le, mes amis, qu'est-ce qu'ils vont devenir ? &#187;&lt;/i&gt;, s'offusque un autre. L'assembl&#233;e s'&#233;chauffe. &lt;i&gt;&#171; C'est pas de l'intox, vos infos ? &#187;&lt;/i&gt; Sarah propose une visite group&#233;e des locaux d'Euromed, o&#249; l'on peut appr&#233;cier sur plan le champ de bataille. &lt;i&gt;&#171; Attendez que je finisse de donner le biberon &#224; mon petit-fils et je vais vous dire ma fa&#231;on de voir ! &#187;&lt;/i&gt;, tonne une mamie kabyle assise sur un banc. &lt;i&gt;&#171; Qu'ils viennent, on va leur mettre le feu &#187;&lt;/i&gt;, grogne un jeune sur son scooter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#171; On n'est pas oblig&#233;s de s'aimer, mais on ferait bien de s'unir ! &#187; &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fatima, du comit&#233; inter-quartiers du Merlan, empoigne le micro pour assurer les Crottes du soutien des cit&#233;s des Flamants, de la Busserine et de Picon, menac&#233;es par les dynamiteurs de l'Agence nationale de la r&#233;novation urbaine (Anru). Strat&#233;gique, elle d&#233;crit comment l'urbanisme agit dans un souci de contr&#244;le policier de l'espace. &lt;i&gt;&#171; Aux Flamants, ils ont d'abord pris soin d'ouvrir deux acc&#232;s &#224; la cit&#233;, sans grand int&#233;r&#234;t pour les habitants, mais bien pratique pour les flics s'ils veulent venir nous massacrer. &#187;&lt;/i&gt; Grande brune originaire du Sahara alg&#233;rien et dot&#233;e d'un bel accent marseillais, elle s'adresse &#224; un groupe de femmes &#224; la langue bien pendue : &lt;i&gt;&#171; Tu es blonde aux yeux bleus et tu crois que tu ne vas pas valser ? Mais tu es blonde aux yeux bleus et tu es pauvre, alors tu valseras comme les autres ! &#187;&lt;/i&gt; Elle a entendu les remarques racistes et met le doigt dans la plaie : &lt;i&gt;&#171; On n'est pas oblig&#233;s de s'aimer, mais on ferait bien de s'unir ! &#187; &lt;/i&gt; En conclusion, elle invite les gens &#224; s'organiser et &#224; rejoindre leur coordination, qui envisage de bloquer le carrefour de Sainte-Marthe pour paralyser les quartiers Nord. &lt;i&gt;&#171; S'ils voient des pancartes de tous les quartiers touch&#233;s, il faudra bien qu'ils nous &#233;coutent. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la s&#233;ance lev&#233;e, on bavarde autour du couscous. Un retrait&#233; des Messageries maritimes raconte que l'Agence nationale de l'habitat lui a propos&#233; un cr&#233;dit pour r&#233;former sa maisonnette du boulevard Oddo : &lt;i&gt;&#171; Une fois hypoth&#233;qu&#233;e, ils auraient eu beau jeu de me forcer &#224; la vendre. Je les ai envoy&#233;s balader ! &#187;&lt;/i&gt; Un chibani partage son eau pour nous sauver du soda : &lt;i&gt;&#171; Rien ne vaut l'eau fra&#238;che, sauf peut-&#234;tre un bon whisky pour f&#234;ter la fin du ramadan ! Moi, j'ai arr&#234;t&#233; d'aller &#224; la mosqu&#233;e le jour o&#249; je suis tomb&#233; sur l'imam du quartier dans une discoth&#232;que de l'Op&#233;ra ! &#187;&lt;/i&gt; L'humour et la col&#232;re de ceux qu'on prend trop souvent pour des cons se m&#233;langent &#224; merveille autour d'un repas concoct&#233; gr&#226;ce au b&#233;n&#233;volat des mamans et au soutien des commer&#231;ants du quartier.&lt;i&gt; &#171; Quand j'aurai fini de changer la couche du petit, je vous expliquerai comment on cuisine chez moi, r&#226;le la mamie kabyle. Y a pas id&#233;e de pr&#233;parer un couscous mouton ET poulet, wallah ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Voir aussi &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Un-urbanisme-de-destruction&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Un urbanisme de destruction massive &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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