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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Picasso &#224; Perpignan</title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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&lt;p&gt;Ville pauvre, Perpignan a d&#233;cid&#233; de jouer dans la cour des grandes et s'offre (temporairement) Picasso pour gagner en attractivit&#233; touristique. En attendant de virer un jour ces gueux dont la pr&#233;sence reste une insulte &#224; son centre historique. Place Rigaud &#224; Perpignan. 40&#176; &#224; l'ombre, le b&#233;ton pr&#234;t &#224; bouillir. La terrasse de la Brasserie Rigaud d&#233;serte ; tout autour, les derniers bars ont baiss&#233; le rideau depuis des lustres. Place Rigaud, zone grise. D'un c&#244;t&#233;, les rues de l'Argenterie et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/musee-Rigaud" rel="tag"&gt;mus&#233;e Rigaud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ville pauvre, Perpignan a d&#233;cid&#233; de jouer dans la cour des grandes et s'offre (temporairement) Picasso pour gagner en attractivit&#233; touristique. En attendant de virer un jour ces gueux dont la pr&#233;sence reste une insulte &#224; son centre historique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3213 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH517/-1430-381d9.jpg?1779603130' width='400' height='517' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ruoyi Jin
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;lace Rigaud &#224; Perpignan. 40&#176; &#224; l'ombre, le b&#233;ton pr&#234;t &#224; bouillir. La terrasse de la Brasserie Rigaud d&#233;serte ; tout autour, les derniers bars ont baiss&#233; le rideau depuis des lustres. Place Rigaud, zone grise. D'un c&#244;t&#233;, les rues de l'Argenterie et du Th&#233;&#226;tre, qui descendent vers les quartiers bourgeois o&#249; touristes et chalands font chauffer la carte bleue. De l'autre, les rues Petite la Real, de la Fusterie et &#201;mile-Zola, qui s'enfoncent dans les quartiers populaires o&#249; une pl&#232;be bigarr&#233;e bricole sa d&#232;che au jour le jour. Pour comprendre Perpignan, il faut se repr&#233;senter un territoire o&#249; la s&#233;gr&#233;gation spatiale a &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;e par chacun. Gitans, Arabes, blancos, zonards, rupins, bobos. Chacun sait o&#249; est son quartier, sa zone de vie. Nul besoin de p&#233;riph' ou de mur pour d&#233;limiter les fronti&#232;res : la cartographie sociale s'exp&#233;rimente d'elle-m&#234;me en parcourant la ville. Il suffit d'une rue, d'un carrefour pour passer d'une zone ais&#233;e &#224; une friche aux vitrines condamn&#233;es et aux fades odeurs de pisse. Bien s&#251;r, le processus de ghetto&#239;sation n'a rien d'&#233;tanche : des vell&#233;it&#233;s de mixit&#233; sociale bourgeonnent &#231;&#224; et l&#224;. Mais les fondations d'un violent parcage humain demeurent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la mairie, le d&#233;fi est l&#224; : virer cette masse de pauvres qui squattent une partie de la vieille ville. On sait combien les touristes sont friands de ruelles moyen&#226;geuses et d'immeubles trapus. La patrimonialisation des centres historiques est ce nouveau su-sucre dans laquelle les villes investissent pour attirer les devises &#233;trang&#232;res : le moindre bout de rempart, la moindre vieille pierre est mise en valeur pour r&#233;-ancrer la ville dans un pass&#233; prestigieux o&#249; se r&#233;invente quelque gloriole locale. Une &#171; mise en art &#187;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le sujet, lire Enrichissement. Une critique de la marchandise de Luc (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; assur&#233;e par am&#233;nageurs et d&#233;cideurs politiques.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Gitans vs &#233;tudiants&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Place Rigaud, on y revient. Le collectif &#171; Citoyennes et citoyens solidaires &#187; a bard&#233; les lieux de calicots o&#249; se lisent des dol&#233;ances. Exemple : &#171; Le centre-ville est en train de mourir car il n'y a pas assez de lieux sociaux &#187;. Un restaurateur agripp&#233; &#224; son micro met en garde : &#171; &lt;i&gt;Si &#231;a continue, on va tous crever !&lt;/i&gt; &#187; Depuis des ann&#233;es, l'&#233;pid&#233;mie continue : boutiques et enseignes ferment les unes apr&#232;s les autres dans le c&#339;ur de ville. En cause, la paup&#233;risation de la population et la densit&#233; des grandes surfaces en p&#233;riph&#233;rie urbaine. Infatigable militante, St&#233;phanie parle du dernier hochet en date de la municipalit&#233; pour ressusciter le cadavre perpignanais : &#171; &lt;i&gt;La mairie a le projet de faire venir 1 500 &#233;tudiants en centre-ville. Plut&#244;t que de r&#233;habiliter le vieux centre pour que les gens y vivent dans des conditions d&#233;centes avec des commerces &#224; taille humaine et des infrastructures sociales, on pousse les classes populaires vers la sortie.&lt;/i&gt; &#187; Le quartier Saint-Jacques, o&#249; r&#233;side la communaut&#233; gitane, voit d'un &#339;il assez inquiet la future arriv&#233;e d'&#233;tudiants aux portes de son &lt;i&gt;home sweet home&lt;/i&gt; d&#233;labr&#233;. &#171; &lt;i&gt;Les Gitans sont conscients du risque d'embourgeoisement de leur quartier. Ils sont chez eux et pr&#233;viennent que &#231;a risque de mal se passer. On sait qu'au nom d'une pr&#233;tendue mixit&#233; sociale, on chasse les pauvres hors de la ville&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Josiane, enseignante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la manne &#233;tudiante est un atout non n&#233;gligeable dans la reconqu&#234;te des quartiers populaires, l'autre m&#226;choire de l'&#233;tau &#171; gentrificateur &#187; est plus sournoise. Depuis quelques mois, des panneaux munis de pictogrammes &#224; forme de pi&#233;ton farcissent la ville, indiquant en minutes les temps de trajet pour rejoindre tel site digne d'int&#233;r&#234;t touristique : la Casa Xanxo, la cath&#233;drale, le Castillet, etc. Un processus de mus&#233;ification se dessine sous nos yeux : des grappes de touristes, le nez coll&#233; &#224; leur plan, arpentent des venelles typiques (et authentiquement mis&#233;reuses !) sous l'&#339;il apaisant de presque 200 cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance. La ville offerte aux sucs gastriques des tour-op&#233;rateurs. Un ph&#233;nom&#232;ne qui n'a rien de nouveau, mais qui conna&#238;t ces derni&#232;res ann&#233;es un inqui&#233;tant processus d'acc&#233;l&#233;ration. Le 24 juin, le mus&#233;e Rigaud rouvrait ses portes apr&#232;s un lifting &#224; plus de 9 millions d'euros. En guise de &lt;i&gt;guest-star&lt;/i&gt; : une cinquantaine de tableaux de Picasso &lt;i&gt;himself&lt;/i&gt;. Avant d'&#234;tre recycl&#233; en monospace Citro&#235;n, le peintre a s&#233;journ&#233; dans la cit&#233; catalane au d&#233;tour des ann&#233;es 1950. Voil&#224; pour l'alibi. Il n'en fallait pas plus pour r&#233;cup&#233;rer l'aura du peintre andalou et saturer l'espace public d'affiches annon&#231;ant cet incontournable ramdam artistico-publicitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant un &#233;ni&#232;me caoua, le journaliste Nicolas Caudeville&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Animateur du site l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; prend un air d&#233;licieusement narquois : &#171; &lt;i&gt;Tout &#231;a n'est qu'une grossi&#232;re affaire de &lt;/i&gt;merchandising. &lt;i&gt;La mairie a ferm&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re l'&#233;cole des Beaux-Arts, qui aurait eu 200 ans cette ann&#233;e, car elle ne rapportait rien. Perpignan est une ville pauvre &#233;conomiquement, parce qu'il n'y a pas d'industrie et de commerce. Donc la seule solution, comme pour tout pays du tiers-monde, c'est le tourisme. Pourquoi le patrimoine ? Ben d&#233;j&#224;, parce qu'il y en a un ! Et puis le patrimoine, c'est contr&#244;lable : c'est pas une vieille pierre qui va manifester ou prendre position. Au contraire, &#231;a fait tourner le BTP. &#192; Perpignan, quand on leur parle de culture, ils ne sortent pas leur revolver mais leur b&#233;tonni&#232;re.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Une vaccine de culture &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2011 sortait de terre le th&#233;&#226;tre de l'Archipel. Ensemble architectural imagin&#233; par Jean Nouvel &#8211; vu de loin, le machin ressemble &#224; une grosse couille de mammouth et d&#233;lire m&#233;galomaniaque du maire pr&#233;c&#233;dent, Jean-Paul Alduy. &#171; &lt;i&gt;C'est un investissement pour les g&#233;n&#233;rations futures. Pour r&#233;ussir, il faut &#234;tre ambitieux. Ce th&#233;&#226;tre sera &#224; Perpignan ce que le Guggenheim est &#224; Bilbao &#187;&lt;/i&gt;, s'enflammait l'&#233;dile de centre droit&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Le Point du 10/10/2011.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Parlons-en, des g&#233;n&#233;rations futures : un partenariat public-priv&#233; sur trente ans, chiffr&#233; &#224; quelque 44 millions d'euros, avec un montage financier tellement limpide que la Cour des comptes est venue tirer la sonnette d'alarme en 2013... Mais pour la baronnie perpignanaise, la captation touristique impliquait de &lt;i&gt;booster&lt;/i&gt; l'image de l'indolente pr&#233;fecture des Pyr&#233;n&#233;es-Orientales. Chez la voisine Barcelone, la manne touristique p&#232;serait dans les 2 milliards d'euros. On pourrait pas s'offrir le luxe de quelques miettes ? &#171; &lt;i&gt;Ici, la culture, c'est du folklore,&lt;/i&gt; poursuit un Caudeville en grande forme caustique. &lt;i&gt;Le folklore, c'est la culture sans le danger de la culture. C'est une vaccine de culture. C'est pas Picasso qui va leur cracher &#224; la gueule. Y a aucun risque. Picasso, on sait que &#231;a rapporte, on fait comme toutes les grandes villes. Et on organise &#231;a au mus&#233;e Rigaud alors qu'on aurait pu faire une expo Rigaud ! Ce n'&#233;tait pas n'importe qui, Rigaud. D&#233;but XVIIIe si&#232;cle, le portraitiste a mis en majest&#233; l'absolutisme royal. Rigaud nous a fait le portrait en pied de Louis XIV alors qu'il &#233;tait Roi-Soleil. C'&#233;tait un propagandiste, c'&#233;tait le Goeb-bels catalan !&lt;/i&gt; &#187; Rires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Place Rigaud, derni&#232;re. Fich&#233;e &#224; c&#244;t&#233; d'une agence immobili&#232;re, la galerie d'art Artrial. Local discret et &#233;troit qui a inaugur&#233; le 20 juin l'accrochage de &#171; deux artistes exceptionnels et internationaux : Philippe Dequesne, peintre, est pr&#233;sent en permanence &#224; New York City, &#224; Paris et Bruxelles, tandis que le sculpteur Philippe Gauberti arpente les tapis rouges de Cannes et Meg&#232;ve &#187;. La galerie Artrial ne s'adresse pas aux bourses plates du coin. Au sein d'un environnement de mis&#232;re, elle est un abc&#232;s bourgeois qui fait le pari d'une future mont&#233;e en gamme du quartier. Pas du go&#251;t de Pierre Guyot. Chapeau noir et voix ravaud&#233;e &#224; la Gauldo, l'artiste-peintre tra&#238;ne sa mauvaise humeur. Mais se marre quand m&#234;me : il d&#233;tient une lettre o&#249; Picasso avoue s'&#234;tre foutu de la gueule du monde avec le cubisme. Guyot vit de ses &#339;uvres. Difficilement. Pendant des ann&#233;es, il a &#233;t&#233; &#224; la man&#339;uvre pour faire vivre des galeries ind&#233;pendantes avec des artistes locaux. Il l&#226;che : &#171; &lt;i&gt;La peinture est maqu&#233;e par le syst&#232;me bancaire. Je me bats dans mon coin et les emmerde superbement. Je leur dois rien.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Navarro&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire aussi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Tentative-de-putsch-a-la-place-du' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Tentative de putsch &#224; la place du Puig&lt;/a&gt; &#187; : comment la mairie de Perpignan tente de faire main basse sur le quartier gitan, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;168 (septembre 2018).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur le sujet, lire &lt;i&gt;Enrichissement. Une critique de la marchandise&lt;/i&gt; de Luc Boltanski et Arnaud Esquerre (Gallimard, f&#233;vrier 2017).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Animateur du site &lt;a href=&#034;http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; du 10/10/2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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