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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Un rac&#243; llibertari a Barcelona</title>
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		<dc:creator>Cosa Rara, Iffik Le Guen</dc:creator>


		<dc:subject>Ferdinand Cazalis</dc:subject>
		<dc:subject>Ville</dc:subject>
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		<dc:subject>Pays basque</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au mois de mai, une large invitation a &#233;t&#233; lanc&#233;e pour commencer &#224; c&#233;l&#233;brer le trenti&#232;me anniversaire d'El Lokal, un espace de luttes mythique dans la capitale catalane. I&#241;aki nous raconte le reste. CQFD : El Lokal, c'&#233;tait comment au d&#233;but ? &#171; &#192; la fin des ann&#233;es 1980, nous faisions une revue libertaire qui s'appelait Lletra A &#224; Barcelone, Sabotaje &#224; Madrid et Resiste au Pays basque. Nous tra&#238;nions &#224; l'ath&#233;n&#233;e libertaire du quartier de Poble Sec la journ&#233;e et nous nous retrouvions le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no156-juillet-aout-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ferdinand-Cazalis-190" rel="tag"&gt;Ferdinand Cazalis&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au mois de mai, une large invitation a &#233;t&#233; lanc&#233;e pour commencer &#224; c&#233;l&#233;brer le trenti&#232;me anniversaire d'El Lokal, un espace de luttes mythique dans la capitale catalane. I&#241;aki nous raconte le reste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3212 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH376/-1429-0d8f2.jpg?1782642328' width='500' height='376' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Ferdinand Cazalis
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CQFD : El Lokal, c'&#233;tait comment au d&#233;but ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; la fin des ann&#233;es 1980, nous faisions une revue libertaire qui s'appelait &lt;i&gt;Lletra A&lt;/i&gt; &#224; Barcelone, &lt;i&gt;Sabotaje&lt;/i&gt; &#224; Madrid et &lt;i&gt;Resiste&lt;/i&gt; au Pays basque. Nous tra&#238;nions &#224; l'ath&#233;n&#233;e libertaire&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les ath&#233;n&#233;es libertaires sont des espaces de culture et d'&#233;ducation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; du quartier de Poble Sec la journ&#233;e et nous nous retrouvions le soir &#224; la pizzeria Rivolta, &#233;galement fr&#233;quent&#233;e par le milieu anarchiste. On animait des &#233;missions sur les radios libres, on &#233;crivait dans des fanzines et on allait dans des bars associatifs qui poussaient comme des champignons dans le centre de Barcelone (4 Pasos al Norte, El Pirata). Mais il nous fallait un lieu o&#249; diffuser un matos alternatif &#233;clectique, avec des horaires nocturnes et une ouverture au-del&#224; du cercle militant, pour que les gens n'aient pas peur de rentrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous nous sommes install&#233;s, en mai 1987, dans le local du no 1 de la rue de la Cera, nous partions sur du temporaire. On a mont&#233; un bar, qui accueillait des punks pour des concerts improvis&#233;s malgr&#233; l'&#233;troitesse du rez-de-chauss&#233;e. Mais on subissait en permanence des descentes de flics, surtout pour la drogue. Autre probl&#232;me, le fait de tenir un bar nous a tr&#232;s vite transform&#233;s en serveurs. On a alors d&#233;cid&#233; de le fermer, sous les insultes des habitu&#233;s, pour mieux continuer l'activit&#233; de disquaire-librairie-vente de fringues-infokiosque. &#192; partir de cette exp&#233;rience de distribution de matos alternatif, principalement des bouquins, sont n&#233;es les &#233;ditions Virus. Au fil des ann&#233;es, elles sont devenues une structure ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El Lokal a &#233;merg&#233; comme un espace d'autogestion utile aux luttes dans la ville et au niveau international. Et diff&#233;rents collectifs sont venus l'agrandir : los Okupas, les antifascistes, les gays, les sans-papiers, le mouvement contre le cinqui&#232;me centenaire de la d&#233;couverte des Am&#233;riques et l'Expo universelle de 1992... Pendant 15 ans, le Comit&#233; de solidarit&#233; avec la r&#233;bellion zapatiste a aussi eu son QG ici. En d&#233;pit des conflits inh&#233;rents &#224; ce genre d'exp&#233;rience collective, nous avons continu&#233; &#224; fonctionner sans adh&#233;sions ni subventions, en autoproduisant toutes sortes de choses &#8211; par exemple, une compil de rock antimilitariste. L'argent r&#233;colt&#233; nous a permis de soutenir les luttes, notamment en participant aux frais de justice. Depuis le 15-M&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ou &#171; Mouvement des Indign&#233;s &#187;, n&#233; sur la Puerta del Sol &#224; Madrid le 15 mai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, nos activit&#233;s se sont surtout concentr&#233;es sur la d&#233;fense du quartier contre la gentrification. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi avoir choisi le quartier du Raval, ex-Barrio Chino ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 1992, la &lt;i&gt;Rambla&lt;/i&gt; du Raval a commenc&#233; &#224; sortir de terre sans rencontrer beaucoup d'opposition. Quand nous d&#233;noncions les destructions de rues enti&#232;res et les expulsions d'habitants accompagnant cette grande op&#233;ration d'am&#233;nagement urbain, on nous prenait pour des fous. C'&#233;tait une &#233;poque tendue, difficile, entre l'h&#233;ro&#239;ne, les attaques n&#233;onazies et sexistes, la peur des habitants. On nous voyait comme des &#171; bizarres &#187;. Mais avec le temps, nous avons &#233;t&#233; accept&#233;s dans la &#171; normalit&#233; bizarre &#187; du Raval, un quartier stigmatis&#233; que les gens comparaient volontiers au Bronx &#224; New York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amplitude de nos horaires d'ouverture, en particulier les samedis, a jou&#233; un r&#244;le essentiel : des gens venaient de partout avec leurs listes de courses politiques, dans le spirituel (livres, revues, brochures...), l'humain (un coup de main pour r&#233;sister &#224; une expulsion) ou le mat&#233;riel (m&#233;gaphone et autres outils). Bref, ce n'&#233;tait pas une simple boutique, mais un lieu qui sert pour tout, toute la journ&#233;e, m&#234;me si c'est &#233;puisant parfois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est ton opinion sur le tourisme qui s&#233;vit actuellement dans El Raval, et &#224; Barcelone en g&#233;n&#233;ral ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On nous a souvent qualifi&#233;s de &#171; tourismo-phobiques &#187;, mais aujourd'hui, Barcelone est vendue comme un produit touristique mondial. Et cela s'accompagne d'une sp&#233;culation sauvage : Airbnb, les h&#244;tels, les croisi&#232;res et trente mille touristes par jour qui arrivent, ach&#232;tent et s'en vont sans vraiment voir la ville. En d&#233;coulent des emplois pr&#233;caires, des salaires tellement bas que certains travailleurs sont oblig&#233;s de dormir dans la rue, des investissements touristiques sauvages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous et nos voisins du centre-ville, la menace d'expulsion est imminente, car la loi imposant des loyers fixes a &#233;t&#233; abrog&#233;e, et les propri&#233;taires les augmentent d&#232;s qu'ils le peuvent. Derni&#232;rement, on a emp&#234;ch&#233; l'expulsion d'une famille de notre immeuble avec les voisins et voisines de tout le quartier. Tout devient plus cher, et les petits commerces (boucheries, cybercaf&#233;s&#8230;), souvent tenus par des immigr&#233;s d&#233;barqu&#233;s depuis plus ou moins longtemps et qui faisaient le dynamisme du Raval, ferment et sont remplac&#233;s par des grandes enseignes destin&#233;es aux touristes. Le Raval, quartier traditionnel des putes, des pauvres, des homos, des migrants et des anarchistes, doit &#234;tre r&#233;nov&#233; pour que les promoteurs du tourisme de masse aient un produit encore plus attractif &#224; vendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la gentrification d'El Raval tarde plus que pr&#233;vu, c'est gr&#226;ce aux immigr&#233;s : ce sont les enfants de l'immigration qui d&#233;fendent l'identit&#233; rebelle du quartier. La gentrification implique un changement de population pour que les touristes soient assur&#233;s de d&#233;ambuler dans une sorte de parc &#224; th&#232;mes bien normalis&#233;. Par exemple, dans les rues c&#233;l&#233;br&#233;es par Manu Chao, on ne peut plus chanter en dehors de zones balis&#233;es sous peine d'amende. Et les chanteurs de rue doivent avoir une assurance et un permis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'arriv&#233;e d'Ada Colau &#224; la t&#234;te de la ville a-t-elle chang&#233; la situation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La nouvelle mairie est oppos&#233;e au tout-touristique, mais est minoritaire et ne peut emp&#234;cher les investisseurs mondiaux de continuer le saccage. Marina Garc&#233;s, une philosophe barcelonaise, compare le tourisme aux ravages de l'industrie mini&#232;re en Am&#233;rique latine : ils arrivent dans un territoire, expulsent les habitants, exploitent &#224; fond et partent quand le filon est &#233;puis&#233;. Imaginez la ville bient&#244;t remplie d'h&#244;tels vides !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lection d'Ada Colau a suscit&#233; beaucoup d'espoir. Elle est la premi&#232;re femme &#224; devenir maire de Barcelone et elle n'appartient pas &#224; l'oligarchie, qui n'a que m&#233;pris pour ses origines modestes. Cependant les activistes d'hier sont fonctionnaires aujourd'hui. Les nouveaux &#233;lus inspirent encore une certaine confiance, mais ils ont face &#224; eux la droite dure du Parti populaire au pouvoir &#224; Madrid, les syndicats r&#233;formistes largement compromis, le lobby de l'industrie touristique. C'est pourquoi les mesures positives qu'ils peuvent prendre ont souvent des effets limit&#233;s. Il faut que le mouvement de base, issu du 15-M, reste fort pour les obliger &#224; combattre les int&#233;r&#234;ts de cette clique. Mais nous ne sommes pas si nombreux et tout se focalise sur la question de l'ind&#233;pendance de la Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un retour en arri&#232;re semble n&#233;anmoins improbable. La plupart des gens ressentent d&#233;sormais une grande d&#233;fiance vis-&#224;-vis des banques, et des luttes nouvelles &#233;mergent face aux in&#233;galit&#233;s, aux expulsions. Nous ne sommes plus consid&#233;r&#233;s comme bizarres, mais lucides. Et on vient m&#234;me nous demander notre avis sur les probl&#232;mes partag&#233;s par tout le quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le racisme y est malheureusement pr&#233;sent. Mais il existe un foss&#233; entre la propagande d'extr&#234;me droite, qui instrumentalise la peur de la mondialisation, et ce que les gens vivent au quotidien avec leurs voisins de toutes origines. Quand la police catalane a assassin&#233; Juan Andres Benitez&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 6 octobre 2013, par les sinistres Mossos d'Esquadra qu'Ada Colau avait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, une grande manifestation a d'ailleurs r&#233;uni les prostitu&#233;es organis&#233;es, les immigr&#233;s pakistanais musulmans, les gays. Tout le monde avait compris, m&#234;me si on ne se m&#233;lange pas trop, qu'il fallait r&#233;agir collectivement face aux flics traitant n'importe qui en suspect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons continuer &#224; d&#233;fendre le quartier. Et nous vous invitons du 13 au 16 juillet &#224; la 15&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; &#233;dition d'&lt;i&gt;El Raval Resiste&lt;/i&gt;. Ainsi qu'&#224; revenir en octobre, au centre social Can Batll&#242;, pour f&#234;ter officiellement nos 30 ans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Cosa Rara &amp; Iffik Le Guen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire aussi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-tourisme-est-une-industrie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le tourisme est une industrie extractiviste&lt;/a&gt; &#187; : entretien avec le militant anti-tourisme barcelonais Daniel Pardo, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;176 (mai 2019).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les ath&#233;n&#233;es libertaires sont des espaces de culture et d'&#233;ducation populaire qui se d&#233;veloppent en Espagne &#224; partir de la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ou &#171; Mouvement des Indign&#233;s &#187;, n&#233; sur la Puerta del Sol &#224; Madrid le 15 mai 2011. Il s'est poursuivi dans les nombreuses assembl&#233;es de quartier qui se r&#233;unissent toujours dans les villes espagnoles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 6 octobre 2013, par les sinistres Mossos d'Esquadra qu'Ada Colau avait promis, un temps, de dissoudre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Et Barcelone s'embrasa</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Et-Barcelone-s-embrasa</link>
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		<dc:date>2019-11-13T17:14:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-S&#233;bastien Mora</dc:creator>


		<dc:subject>octobre</dc:subject>
		<dc:subject>Barcelone</dc:subject>
		<dc:subject>&#226;cre odeur</dc:subject>
		<dc:subject>plastique carbonis&#233;</dc:subject>
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		<dc:subject>haletante N&#250;ria</dc:subject>
		<dc:subject>quartier Gr&#224;cia</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La condamnation de leaders ind&#233;pendantistes &#224; de lourdes peines de prison a provoqu&#233; un mouvement social de masse en Catalogne, marqu&#233; par des &#233;meutes &#171; flamboyantes &#187; et des actions de d&#233;sob&#233;issance civile in&#233;dites. Reportage. En cette nuit du 14 octobre, une &#226;cre odeur de plastique carbonis&#233; inonde Barcelone. &#171; Je ne m'&#233;tais jamais imagin&#233;e mettant le feu &#224; la rue, le visage masqu&#233;, confie haletante N&#250;ria, une jeune ind&#233;pendantiste du quartier Gr&#224;cia. Nous sommes m&#233;pris&#233;s depuis trop (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no181-novembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;181 (novembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/octobre" rel="tag"&gt;octobre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Barcelone" rel="tag"&gt;Barcelone&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/acre-odeur" rel="tag"&gt;&#226;cre odeur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/plastique-carbonise" rel="tag"&gt;plastique carbonis&#233;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartier-Gracia" rel="tag"&gt;quartier Gr&#224;cia&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La condamnation de leaders ind&#233;pendantistes &#224; de lourdes peines de prison a provoqu&#233; un mouvement social de masse en Catalogne, marqu&#233; par des &#233;meutes &#171; flamboyantes &#187; et des actions de d&#233;sob&#233;issance civile in&#233;dites. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;n cette nuit du 14 octobre, une &#226;cre odeur de plastique carbonis&#233; inonde Barcelone. &#171; &lt;i&gt;Je ne m'&#233;tais jamais imagin&#233;e mettant le feu &#224; la rue, le visage masqu&#233;, &lt;/i&gt;confie haletante N&#250;ria,&lt;i&gt; une &lt;/i&gt;jeune ind&#233;pendantiste du quartier Gr&#224;cia.&lt;i&gt; Nous sommes m&#233;pris&#233;s depuis trop longtemps&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : Madrid condamne lourdement nos leaders pour un r&#233;f&#233;rendum que les Qu&#233;b&#233;cois et les &#201;cossais ont eu&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour de N&#249;ria, &#224; l'abri de la dizaine de containers en feu, quelques militants masqu&#233;s, mais aussi beaucoup de jeunes au visage d&#233;couvert et cap&#233;s du drapeau &#233;toil&#233; de la Catalogne, lancent des pierres. Les slogans r&#233;sonnent un peu partout en catalan : &#171; &lt;i&gt;Dehors les forces d'occupation&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Les rues seront toujours &#224; nou&lt;/i&gt;s &#187;. Sur une succursale de la banque Santander, on peut lire, tagu&#233; en jaune : &#171; &lt;i&gt;Barcelone Hong-Kong, pont a&#233;rien&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face, &#224; travers les fum&#233;es noires, on devine les Mossos (la police catalane) et la police nationale espagnole compl&#232;tement d&#233;pass&#233;s : &#224; peine ont-ils ouvert la voie aux pompiers que d'autres barricades s'embrasent un peu plus loin. Charges violentes, rafales de LBD ; lorsque certains v&#233;hicules de police foncent sur la foule pour quitter la zone, les forces de l'ordre semblent perdre pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers jours, la CUP (Candidature d'unit&#233; populaire), le parti anticapitaliste ind&#233;pendantiste catalan, a &#233;voqu&#233; le souvenir des r&#233;voltes populaires de la Semaine tragique de 1909 durant lesquelles la cit&#233; catalane s'&#233;tait vue surnomm&#233;e &#171; &lt;i&gt;Rosa de foc&lt;/i&gt; &#187; (&#171; la rose de feu &#187;)&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour protester contre un d&#233;cret du 11 juillet mobilisant les r&#233;servistes et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Une chose est certaine, cent-dix ann&#233;es plus tard, la Catalogne est le th&#233;&#226;tre de ce qu'il faut bien nommer une &#171; r&#233;volte populaire &#187; : longues marches &#171; &lt;i&gt;pour la libert&#233;&lt;/i&gt; &#187;, autoroutes barr&#233;es, gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, occupations, cort&#232;ges massifs de bougies...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jusqu'&#224; 13 ans de prison&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si la situation &#233;tait d&#233;j&#224; tendue la journ&#233;e pr&#233;c&#233;dente, le verdict du Tribunal supr&#234;me espagnol, rendu le lundi 14 octobre, a mis le feu aux poudres : neuf leaders ind&#233;pendantistes, impliqu&#233;s dans l'organisation du r&#233;f&#233;rendum d'autod&#233;termination du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; octobre 2017, ont &#233;cop&#233; de 9 &#224; 13 ans de prison pour &#171; s&#233;dition &#187; et &#171; malversation de fonds &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est un pas de plus dans la d&#233;rive de la d&#233;mocratie espagnole, qui a depuis longtemps d&#233;cid&#233; de contenir l'ind&#233;pendance sans avoir &#224; faire face politiquement aux revendications pos&#233;es par le mouvement social,&lt;/i&gt; commente Jordi Mu&#241;oz, professeur de sciences politiques &#224; l'universit&#233; de Barcelone. &lt;i&gt;Pedro S&#225;nchez &lt;/i&gt;[le Premier ministre espagnol] &lt;i&gt;a r&#233;agi avec le discours typique d'un g&#233;n&#233;ral qui, satisfait, pense qu&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;il a vaincu l'adversaire. L'ampleur et l'intensit&#233; de la r&#233;volte des citoyens devraient pourtant l'interpeller.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques minutes apr&#232;s l'annonce du jugement, r&#233;pondant &#224; l'appel du collectif &lt;i&gt;Tsunami Democr&#224;tic&lt;/i&gt; via une notification sur la messagerie chiffr&#233;e Telegram, des milliers de manifestants, dont beaucoup d'&#233;tudiants, bloquaient l'a&#233;roport d'El Prat. Plus de 110 vols seront annul&#233;s. &#192; grands coups de matraque, les forces de l'ordre mettront plusieurs heures &#224; expulser ce bloc humain coordonn&#233; et pour le moins d&#233;termin&#233; &#224; &#171; &lt;i&gt;d&#233;sob&#233;ir&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on soit pour ou contre l'ind&#233;pendance de la Catalogne, il est &#233;vident, vu de Barcelone, que les mobilisations ont pris la forme d'une lutte de masse. Le vendredi 18 octobre, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale convoqu&#233;e par les syndicats ind&#233;pendantistes a &#233;t&#233; tr&#232;s suivie. Quelque 525 000 personnes ont aussi manifest&#233; &#224; Barcelone contre le verdict et pour l'obtention d' &#187; &lt;i&gt;une r&#233;publique catalane&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re pr&#233;visible, le fameux Tsunami Democr&#224;tic est depuis dans le collimateur des autorit&#233;s espagnoles. Le ministre de l'Int&#233;rieur Fernando Grande-Marlaska assure ainsi qu'il finira &#171; &lt;i&gt;par savoir qui se cache derri&#232;re&lt;/i&gt; &#187;. En attendant, c'est dans un contexte de r&#233;bellion catalane qu'on votera le 10 novembre dans tout le royaume ib&#233;rique pour choisir &#224; nouveau un gouvernement, pour la deuxi&#232;me fois cette ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-S&#233;bastien Mora&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; L'auteur de ce reportage a particip&#233; &#224; l'&#233;criture d'un ouvrage collectif qui d&#233;fend le projet &#171; &lt;i&gt;d'une R&#233;publique catalane sociale, ouverte, d&#233;mocratique et plurielle&lt;/i&gt; &#187;. &lt;i&gt;Catalogne : la R&#233;publique libre&lt;/i&gt; est paru en octobre aux &#233;ditions Syllepse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour protester contre un d&#233;cret du 11 juillet mobilisant les r&#233;servistes et contre l'envoi de troupes au Maroc espagnol, l'organisation anarchosyndicaliste Solidaridad Obrera appelle &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Le mouvement se transforme en &#233;meutes, la loi martiale est proclam&#233;e, des barricades se dressent dans les rues et des affrontements ont lieu avec l'arm&#233;e : 108 civils (dont quatre membres de la Croix-Rouge) et quatre soldats trouvent la mort.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#171; Le tourisme est une industrie extractiviste &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer, Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#192; Barcelone, la surfr&#233;quentation touristique d&#233;truit chaque ann&#233;e davantage les &#233;quilibres socio-urbains. Un rouleau compresseur &#233;conomique contre lequel s'&#233;l&#232;ve l'ABTS (Assemblea de barris per un turisme sostenible), un regroupement de diverses associations et assembl&#233;es de quartiers. Dans un petit bar de la vieille ville, entretien avec le militant Daniel Pardo. Ton organisation s'appelle &#171; Assembl&#233;e de quartiers pour un tourisme soutenable &#187;. C'est possible, un &#171; tourisme soutenable &#187; ? (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no176-mai-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;176 (mai 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Patrick-Cockpit-295" rel="tag"&gt;Patrick Cockpit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/public" rel="tag"&gt;public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-autres" rel="tag"&gt;d'autres&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-autres-quartiers" rel="tag"&gt;d'autres quartiers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Barcelone, la surfr&#233;quentation touristique d&#233;truit chaque ann&#233;e davantage les &#233;quilibres socio-urbains. Un rouleau compresseur &#233;conomique contre lequel s'&#233;l&#232;ve l'ABTS (&lt;i&gt;Assemblea de barris per un turisme sostenible&lt;/i&gt;), un regroupement de diverses associations et assembl&#233;es de quartiers. Dans un petit bar de la vieille ville, entretien avec le militant Daniel Pardo.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2955 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L280xH418/-1195-c601c.jpg?1782644969' width='280' height='418' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Patrick Cockpit
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton organisation s'appelle &#171; Assembl&#233;e de quartiers pour un tourisme soutenable &#187;. C'est possible, un &#171; tourisme soutenable &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non. (&lt;i&gt;Rires&lt;/i&gt;) Personne n'&#233;tait vraiment convaincu, mais il fallait bien trouver un nom. Certains se sont f&#226;ch&#233;s en disant qu'on n'&#233;tait pas assez radicaux. Toutefois cette appellation nous permet aussi de toucher un public qui se m&#233;fierait si on avait un nom plus frontal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, on ne croit pas vraiment &#224; la possibilit&#233; d'un tourisme soutenable &#224; Barcelone. L'id&#233;e est plut&#244;t de commencer &#224; le faire d&#233;cro&#238;tre avant de voir quel niveau de tourisme serait soutenable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment s'organise l'ABTS ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un groupe informel, sans porte-parole ni pr&#233;sident. Un espace de coordination : des &#8220;d&#233;l&#233;gu&#233;s&#8221; repr&#233;sentent chaque assembl&#233;e de quartier et on se retrouve une fois par mois. On traite de beaucoup de sujets : &#231;a va d'une lutte dans un quartier sp&#233;cifique au r&#233;seau anti-tourisme du sud de l'Europe (&lt;i&gt;lire plus loin&lt;/i&gt;). Voil&#224; pourquoi on s'organise en groupes de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part, en 2015, on &#233;tait une quinzaine de collectifs du centre-ville. Le degr&#233; de nuisances caus&#233;es par le tourisme est tel qu'il &#233;tait naturel pour les gens de se rassembler. Tr&#232;s vite, des quartiers plus p&#233;riph&#233;riques nous ont rejoints, conscients qu'ils &#233;taient les prochains sur la liste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur quoi se fonde votre critique du tourisme, concr&#232;tement ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme d'autres, l'industrie touristique est extractive, dans le sens o&#249; elle se fixe dans un lieu et en extrait d'&#233;normes profits qu'elle ne redistribue pas. Sachant que le tourisme de masse a un besoin syst&#233;matique de cro&#238;tre et maltraite le territoire ainsi que sa population. Il faut casser cette logique de croissance &#233;ternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier impact se ressent sur le logement. Sans oublier les ouvertures d'h&#244;tels &#8211; qui elles aussi r&#233;duisent le parc immobilier disponible &#8211;, le plus visible, ce sont les appartements touristiques, type AirBnB. &#192; Barcelone, il y a environ 10 000 locations l&#233;gales (avec licence) pour pr&#232;s de 15 000 ill&#233;gales. Pour beaucoup de gens, il faudrait simplement fermer les locations ill&#233;gales. Mais qu'elles soient l&#233;gales ou ill&#233;gales, le probl&#232;me reste le m&#234;me. L'attractivit&#233; touristique entra&#238;ne une attractivit&#233; immobili&#232;re. Alors m&#234;me si le probl&#232;me de la sp&#233;culation immobili&#232;re en Espagne d&#233;passe largement le facteur touristique, la &#8220;touristification&#8221; fonctionne comme un catalyseur de cette machine immobili&#232;re &#224; expulser &lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Barcelone, quelle ville en commun ? &#187;, CQFD n&#176; 174, mars 2019.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constate aussi une transformation du tissu commercial : les commerces de proximit&#233; sont remplac&#233;s par des magasins touristiques qui ne sont d'aucune utilit&#233; aux habitants. Et dans les magasins mixtes, &#224; destination des locaux comme des touristes, les prix sont exorbitants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tourisme a aussi un impact sur les transports publics&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, &#224; plusieurs niveaux. D'une part, l'espace public est totalement satur&#233; dans certains quartiers par la masse de touristes et les v&#233;hicules de location type trottinettes &#233;lectriques ou &lt;i&gt;Segway&lt;/i&gt; qui rendent les d&#233;placements tr&#232;s compliqu&#233;s. Les vieux nous disent qu'ils sortent moins, que l'espace public leur para&#238;t plus hostile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, le r&#233;seau public de transport est lui aussi satur&#233;. &#192; certaines p&#233;riodes de l'ann&#233;e, le m&#233;tro et le bus ne s'arr&#234;tent plus &#224; certaines stations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, il y a aussi un impact &#233;cologique dramatique avec les vols &lt;i&gt;low cost&lt;/i&gt;, les croisi&#232;res, les bus et les voitures dans une ville qui avait d&#233;j&#224; de gros probl&#232;mes de pollution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et c'est fondamental, l'industrie touristique est le pire secteur &#233;conomique quant aux conditions de travail. Dans l'h&#244;tellerie et la restauration, le salaire moyen n'est que la moiti&#233; du salaire moyen g&#233;n&#233;ral. L'argument principal du secteur touristique est qu'il apporte des richesses et du travail. C'est mensonger : les salaires sont merdiques, souvent pay&#233;s au noir, les conditions de travail p&#233;nibles avec des journ&#233;es de douze heures. Ce qui nous am&#232;ne aussi &#224; penser le tourisme comme un probl&#232;me de sant&#233; publique : des riverains ne dorment plus la nuit et les travailleurs subissent une pression dingue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment lutter concr&#232;tement contre cette touristification ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme pour toute lutte sociale, il faut une base. Il s'agit de convaincre du monde et c'est loin d'&#234;tre facile. Ce qu'on a le mieux r&#233;ussi, c'est &#224; d&#233;velopper une autre narration du tourisme dans la ville. Le discours officiel &#8211; dans le secteur priv&#233; comme dans le public &#8211; consiste &#224; dire que le tourisme profite &#224; tout le monde. Alors que personne ne remettait &#231;a en question, des voix se sont progressivement fait entendre. Il y avait beaucoup de rage chez les gens, mais il fallait mettre un discours argument&#233; sur tout &#231;a. C'est pour &#231;a qu'on organise des conf&#233;rences, des rencontres. On n'a pas r&#233;ussi &#224; mobiliser tant de monde que &#231;a dans la rue, mais l'impact m&#233;diatique a &#233;t&#233; assez fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 2016, on s'est mis en r&#233;seau avec d'autres villes, pour constituer le r&#233;seau SET (Sud de l'Europe contre la touristification), avec des gens de Majorque, de Malaga, de Venise, qui &#233;taient impact&#233;s par les m&#234;mes ph&#233;nom&#232;nes et qui avaient des modes de lutte assez similaires. Puis en 2018, des gens de Lisbonne, Porto, Malte et d'autres villes d'Espagne et d'Italie nous ont rejoints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette notion de &lt;i&gt;sud de l'Europe &lt;/i&gt;est tr&#232;s importante. On relie &#231;a aux politiques d'aust&#233;rit&#233;, avec la sensation que le &lt;i&gt;sud de l'Europe&lt;/i&gt; repr&#233;sente le jardin de vacances du Premier monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Venise, des militants anti-tourisme se sont jet&#233;s &#224; l'eau pour forcer les bateaux de croisi&#232;re &#224; faire demi-tour. Quelles actions concr&#232;tes avez-vous men&#233;es ici ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; Venise, c'est particulier, tout le monde circule en bateau. Ici, la Guardia Civil arrive en dix minutes si tu t'approches du port. Il est plus envisageable de bloquer les bus de croisi&#233;ristes. En 2017, on a bloqu&#233; de fa&#231;on coordonn&#233;e sept bus dans sept points de la ville avec comme message &#8220;&lt;i&gt;Stop aux abus touristiques&lt;/i&gt;&#8221;. On a foutu un beau bordel sur fond de batucadas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une de nos actions qui a fait le plus de bruit avait pour but de d&#233;noncer la sp&#233;culation d'AirBnB. &#199;a consistait &#224; r&#233;server un appartement qu'on savait ill&#233;gal, car g&#233;r&#233; par quelqu'un qui en louait quinze autres et qui, pour ses affaires, vidait des b&#226;timents en expulsant les habitants. Une fois &#224; l'int&#233;rieur, on a appel&#233; l'inspection en disant : &#8220;&lt;i&gt;&#201;coutez, on est dedans, y a aucune licence ici.&lt;/i&gt;&#8221; On l'a fait &#224; deux reprises, en accompagnant l'action d'un dossier complet avec toutes les informations sur les propri&#233;t&#233;s et les g&#233;rants des appartements. &#199;a nous a aussi permis de d&#233;monter le discours d'AirBnB qui pr&#233;tend que la plateforme permet aux gens modestes d'am&#233;liorer leurs fins de mois, alors que les profits vont surtout aux gros propri&#233;taires. &#192; Barcelone, 80 % des h&#244;tes ont une seule propri&#233;t&#233; sur la plateforme, mais les 20 % restants g&#232;rent 70 % des propri&#233;t&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2015, Ada Colau, issue du mouvement social contre les expulsions immobili&#232;res, a &#233;t&#233; &#233;lue maire de Barcelone. Elle se repr&#233;sente aux &#233;lections du 26 mai. Que penses-tu de son action contre AirBnB ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour la premi&#232;re fois, la mairie a &#233;labor&#233; un plan pour organiser le logement touristique. C'est positif, mais pour nous il faudrait compl&#232;tement arr&#234;ter d'accorder des licences &#224; ce type de logements &#8211; h&#244;tels ou appartements. La municipalit&#233; a engag&#233; des poursuites, men&#233; des inspections. Mais le syst&#232;me administratif met beaucoup plus de temps &#224; sanctionner les appartements touristiques qu'&#224; expulser des gens de chez eux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mairie dit aussi vouloir aller vers une &#8220;d&#233;concentration&#8221; du tourisme : &#8220;&lt;i&gt;On a beaucoup de touristes sur certains lieux, du coup on va les amener dans d'autres quartiers p&#233;riph&#233;riques&lt;/i&gt;.&#8221; Super ! Sauf que les touristes continueront &#224; aller &#224; la Sagrada Fam&#237;lia ; ils iront simplement envahir aussi d'autres quartiers. La saturation de l'espace public s'&#233;tendra. Autre principe fallacieux : la &#8220;d&#233;saisonnalisation&#8221;. En gros, il faudrait d&#233;sengorger la p&#233;riode printani&#232;re et estivale en faisant venir davantage de touristes &#224; l'automne. Mais &#231;a ne marchera pas. Ces concepts sont des fa&#231;ons de d&#233;guiser l'accroissement &#233;ternel du tourisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re &amp; C&#233;cile Kiefer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire aussi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Un-raco-llibertari-a-Barcelona' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Un rac&#243; llibertari a Barcelona&lt;/a&gt; &#187; : entretien avec I&#241;aki, militant du centre social autog&#233;r&#233; barcelonais El Lokal, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Barcelone-quelle-ville-en-commun' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Barcelone, quelle ville en commun ?&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;n&#176; 174, mars 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La croisi&#232;re n'amuse plus...</title>
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&lt;p&gt;Pollution de l'air et des mers, sp&#233;culation et saturation urbaine, b&#233;tonnage et culture marchandis&#233;e&#8230; de Barcelone &#224; Venise et de Palma de Majorque &#224; (bient&#244;t) Marseille, de plus en plus d'autochtones affichent leur opposition aux nuisances g&#233;n&#233;r&#233;es par la croisi&#232;re industrielle. Vers un r&#233;seau de villes m&#233;diterran&#233;ennes en r&#233;sistance ? Quand, pour rejoindre son chantier, Seb descend de la Viste &#224; l'Estaque, dans les quartiers Nord de Marseille, l'envie lui prend parfois de faire demi-tour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no167-juillet-aout-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;167 (juillet-ao&#251;t 2018)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pollution de l'air et des mers, sp&#233;culation et saturation urbaine, b&#233;tonnage et culture marchandis&#233;e&#8230; de Barcelone &#224; Venise et de Palma de Majorque &#224; (bient&#244;t) Marseille, de plus en plus d'autochtones affichent leur opposition aux nuisances g&#233;n&#233;r&#233;es par la croisi&#232;re industrielle. Vers un r&#233;seau de villes m&#233;diterran&#233;ennes en r&#233;sistance ?&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note du webmaster &#8211; Un tel r&#233;seau s'est effectivement constitu&#233;, non (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2954 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH281/-1194-2bf1a.jpg?1782640442' width='400' height='281' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Renaud Perrin
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Q&lt;/span&gt;uand, pour rejoindre son chantier, Seb descend de la Viste &#224; l'Estaque, dans les quartiers Nord de Marseille, l'envie lui prend parfois de faire demi-tour et de s'enfuir vers les collines. Devant lui, un voile jaun&#226;tre trouble l'atmosph&#232;re de la rade. Comme une ombre au tableau de ce paysage poignant, la cause principale de ce brouillard saute aux yeux : une masse m&#233;tallique hors de proportion est amarr&#233;e le long du quai de Cap Janet. Imposante comme quatre barres d'immeubles, une sorte de cit&#233;-forteresse flottante se dresse entre la mer et la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'ancrage, le navire de croisi&#232;re ne dort jamais. Une &#233;paisse fum&#233;e noire s'&#233;chappe sans discontinuer de sa chemin&#233;e rouge. De plus en plus de Marseillais souffrent de toux chronique, de maux de cr&#226;ne et de gouttes au nez persistantes. Des allergies au pollen, dira-t-on&#8230; Des r&#233;actions aveugles du corps, surpris par l'instabilit&#233; de la m&#233;t&#233;o, sans doute&#8230; Mais pas que. La contamination de l'air, quand le mistral fait d&#233;faut, devient alarmante. M&#234;me s'il est suppos&#233; utiliser &#224; quai des carburants moins polluants, la bestiasse marine br&#251;le goul&#251;ment du fioul lourd, qui produit 3 500 fois plus de particules fines que le diesel des voitures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, un paquebot de 4 000 passagers et 1 000 membres d'&#233;quipage g&#233;n&#232;re en une semaine 210 000 gallons de d&#233;chets. De quoi remplir cinq piscines olympiques. Sans compter le million de gallons d'eaux grises et les 25 000 gallons d'eaux huileuses&#8230; &#192; Palma de Majorque, ville d&#233;j&#224; satur&#233;e de pr&#233;sence touristique &#224; terre, cinq ou six m&#233;ga-paquebots de croisi&#232;re jettent l'ancre chaque jour. Ce qui, selon Pedro, militant &#233;colo, &#171; &lt;i&gt;produit autant de dioxyde de carbone que 200 autoroutes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Pas les bienvenus ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;N&#233;gation radicale de la mer, que ses passagers ne touchent jamais, le mastodonte est &#233;galement une non-ville. Ses entrailles s'apparentent &#224; un vaste &lt;i&gt;shopping mall&lt;/i&gt;, agr&#233;ment&#233; de parcs &#224; th&#232;me et d'attractions inspir&#233;es du kitsch de Las Vegas. Cette prison dor&#233;e promeut un style de vie s&#233;dentaire, livr&#233; &#224; la seule consommation, que ce soit de paysages ou de bouffe pr&#233;fabriqu&#233;e. Dans votre cabine cage &#224; lapin imitant ce qui fut autrefois une vill&#233;giature raffin&#233;e pour aristos oisifs, on vous pose une petite friandise chocolat&#233;e sur l'oreiller pour vous faire croire que vous &#234;tes unique &#8211; alors qu'avec des milliers d'autres gogos, vous &#234;tes entass&#233;s les uns sur les autres comme dans un HLM. Mi-client mi-marchandise, vous &#234;tes rang&#233;s comme dans un porte-conteneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Symboliquement, l'image la plus violente reste celle de ces navires &#233;crasant de toute leur masse la d&#233;licate cit&#233; v&#233;nitienne. Ils s'approchent au plus pr&#232;s, jusque dans le bassin de San Marco, face &#224; la c&#233;l&#232;bre place du m&#234;me nom. C'est ici que l'opposition aux &lt;i&gt;grandi navi&lt;/i&gt; a v&#233;cu sa sc&#232;ne la plus embl&#233;matique : mont&#233;s sur de fr&#234;les embarcations, les activistes de Venise se sont courageusement avanc&#233;s vers ces monstres si peu marins en criant dans des m&#233;gaphones &#171; &lt;i&gt;Vous n'&#234;tes pas les bienvenus !&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les compagnies maritimes, la d&#233;mesure ne doit en aucun cas faire obstacle &#224; la bonne marche des affaires. Le niveau des eaux est trop instable ? On construit une jet&#233;e de plusieurs kilom&#232;tres pour r&#233;guler les mouvements de la mer. Tant pis si ce chantier pharaonique chamboule l'&#233;cosyst&#232;me de la lagune. &lt;i&gt;Business must go on&lt;/i&gt;. Les autorit&#233;s portuaires imaginaient m&#234;me creuser deux nouveaux canaux pour faciliter les man&#339;uvres. Projet heureusement abandonn&#233;. Mais il y en aura d'autres. Alors, les 23 et 24 septembre, une rencontre internationale &#171; &lt;i&gt; pour la d&#233;fense des territoires, la justice environnementale et la d&#233;mocratie&lt;/i&gt; &#187; est organis&#233;e &#224; Venise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Barcelone, le 7 avril dernier, lors de la venue du&lt;i&gt; Symphony of the Seas&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i&gt;le plus grand bateau du monde&lt;/i&gt; &#187;, propri&#233;t&#233; de la Royal Caribbean International, une manifestation a &#233;t&#233; convoqu&#233;e par des collectifs &#233;colos et une Assembl&#233;e de quartiers pour un tourisme soutenable. &#171; &lt;i&gt;C'est comme si un incin&#233;rateur g&#233;ant fourrait son nez jusque dans ta chambre&lt;/i&gt; &#187;, fulmine Daniel Pardo, activiste tr&#232;s remont&#233; contre la complicit&#233;, ou l'impuissance, des autorit&#233;s locales. &#192; la pollution s'ajoutent des cons&#233;quences sociales : la vieille ville, d&#233;j&#224; colonis&#233;e par l'activit&#233; touristique, se voit &#233;touff&#233;e par les troupes de croisi&#233;ristes qui provoquent de v&#233;ritables bouchons dans les rues &#233;troites du &lt;i&gt;barrio g&#243;tico&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;&#192; tel point que l'attentat au fourgon-b&#233;lier d'ao&#251;t 2017 a suscit&#233; moins d'&#233;motion que ce qu'escomptait le terroriste,&lt;/i&gt; remarque Arnau, un riverain. &lt;i&gt;Les Ramblas, autrefois haut lieu de la convivialit&#233; locale, ont &#233;t&#233; d&#233;sert&#233;es depuis longtemps par les Barcelonais &#224; cause du flot incessant des touristes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Course &#224; l'&#233;chalote&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; Marseille, alors m&#234;me que les effets pervers de la croisi&#232;re de masse sont largement document&#233;s &lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CQFD les &#233;voquait d'ailleurs d&#233;j&#224; dans &#171; Marseille : la croisi&#232;re abuse &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, on n'a rien trouv&#233; de mieux que se lancer dans la comp&#233;tition des ports. &#171; &lt;i&gt;La guerre des navires toujours plus beaux, plus hauts et plus grands est loin d'&#234;tre termin&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, se r&#233;jouissait le site TourMaG en d&#233;cembre 2017, alors qu'on venait d'inaugurer la Forme 10, plus grande cale s&#232;che de M&#233;diterran&#233;e. Pour Ferdinando Garr&#233;, propri&#233;taire des chantiers navals de Marseille, il s'agit de &#171; &lt;i&gt;devenir l'un des principaux&lt;/i&gt; hubs &lt;i&gt;de r&#233;paration des bateaux de croisi&#232;re au monde&lt;/i&gt; &#187;. L'actionnaire majoritaire n'est autre que Costa Croisi&#232;res, qui veut asseoir sa domination sur le march&#233; fran&#231;ais, menac&#233; par les app&#233;tits de la concurrence. On fait donc du lobbying pour que les autorit&#233;s ouvrent des lignes directes entre l'a&#233;roport de Marignane et l'Asie, le Moyen-Orient ou Miami. La chambre de commerce met la pression sur l'&#201;tat pour que &#171; les barri&#232;res tombent &#187;. &#171; &lt;i&gt;Marseille&lt;/i&gt; [doit]&lt;i&gt; s'&#233;manciper de son statut de simple escale&lt;/i&gt; &#187; pour devenir &#171; &lt;i&gt;t&#234;te de ligne&lt;/i&gt; &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mairie, on vise les deux millions de croisi&#233;ristes pour 2020. Histoire de d&#233;passer, pourquoi pas, Barcelone, Rome et les Bal&#233;ares, qui caracolent en t&#234;te de cette sinistre course &#224; l'&#233;chalote. On fait miroiter 180 millions d'euros de retomb&#233;es &#233;conomiques. Mais dans quelles poches ? Quand un &#233;lu d'opposition a propos&#233; que chaque croisi&#233;riste paie un euro de taxe, la majorit&#233; municipale a refus&#233;. L'adjoint aux finances a alors expliqu&#233; que les compagnies payaient d&#233;j&#224; cinq euros par passager. En oubliant de pr&#233;ciser que cette taxe est vers&#233;e au port et&#8230; au Club de la croisi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On l'a bien m&#233;rit&#233;, va ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les retomb&#233;es pour la ville sont en fait ridicules : la plupart des passagers ne descendent pas &#224; terre, puisque tout est fait pour les garder &#224; bord. Et s'ils descendent, c'est pour d&#233;penser moins de 50 &#8364; (en moyenne) dans les grandes enseignes install&#233;es en embuscade dans le centre commercial des Terrasses du Port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tristement, ce sont les classes populaires (et les retrait&#233;s) qui trustent ces non-lieux. Comme les vols &lt;i&gt;low cost&lt;/i&gt;, la croisi&#232;re s'est largement d&#233;mocratis&#233;e. Le patron d'un petit bar de prolos estaqu&#233;ens avoue avoir succomb&#233; &#224; ses sir&#232;nes : &#171; &lt;i&gt;Toute l'ann&#233;e, je sers les gens derri&#232;re ce comptoir. Mes journ&#233;es sont longues et ma femme se languit &#224; la maison. Alors une fois l'an, on se paye une croisi&#232;re et on se fait servir, les orteils en &#233;ventail. On l'a bien m&#233;rit&#233;, va ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe m&#234;me des blogs (g&#233;r&#233;s par les compagnies) pour traiter d'une &#233;ventuelle d&#233;pression post-croisi&#232;re (DPC). Apr&#232;s ce paradis artificiel, le blues du retour aux embouteillages, au boulot, aux servitudes de la vie quotidienne, &#231;a se soigne &lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour illustration, jetez un &#339;il sur aviscroisieres.com, &#171; la premi&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Vous savez comment ? En r&#233;servant d&#232;s aujourd'hui votre prochaine croisi&#232;re ! Le prix de cet opium, c'est le vampirisme des foules anonymes d&#233;vorant sans le savoir les cultures locales et les &#233;cosyst&#232;mes. &#192; Barcelone, les opposants parlent de &#171; monoculture touristique &#187; ou de &#171; tourisme extractif &#187;, pour souligner les dangers de ce &lt;i&gt;fracking&lt;/i&gt; du loisir Kleenex sur un territoire devenu label et produit d'appel plus que cit&#233; habit&#233;e. On parle aussi de &#171; touristification &#187;, barbarisme lucide. Et des banderoles fleurissent aux fen&#234;tres : &#171; &lt;i&gt;Le tourisme tue les quartiers&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;La ville &#224; ceux qui y habitent, pas &#224; ceux qui la visitent&lt;/i&gt; &#187;. Il fallait le dire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_2739 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;66&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH558/-997-4cde7.jpg?1782640442' width='400' height='558' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;167 de CQFD, illustr&#233;e par Jean-Michel Bertoyas
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
&lt;strong&gt;Cet article&lt;/strong&gt; est issu du dossier &#171; Tourisme : plus loin, plus vite, plus rien &#187;, publi&#233; dans le n&#176;167 de&lt;/i&gt; CQFD &lt;i&gt;en juillet-ao&#251;t 2018&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En voir &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no167' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le sommaire&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Note du webmaster &#8211;&lt;/i&gt; Un tel r&#233;seau s'est effectivement constitu&#233;, non sp&#233;cifiquement contre les navires de croisi&#232;re, mais contre le &#171; surtourisme &#187; de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale. Il s'appelle SET (Sud de l'Europe contre la touristification) : &#224; ce sujet, lire &#171; Le tourisme est une industrie extractiviste &#187;, entretien avec le militant Daniel Pardo, paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;176, mai 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; les &#233;voquait d'ailleurs d&#233;j&#224; dans &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/La-croisiere-abuse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Marseille : la croisi&#232;re abuse&lt;/a&gt; &#187;, article paru dans le n&#176; 152 et mis en ligne le 03/04/2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour illustration, jetez un &#339;il sur aviscroisieres.com, &#171; &lt;i&gt;la premi&#232;re communaut&#233; de confiance croisi&#232;res&lt;/i&gt; &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Barcelone, quelle ville en commun ?</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Aux &#233;lections municipales de mai prochain, Barcelona en Com&#250;, liste issue des mouvements sociaux, va remettre son mandat en jeu. La m&#233;tropole catalane, o&#249; affluent 150 000 touristes par jour pour 1,7 million d'habitants, va-t-elle passer aux mains du f&#233;lon Manuel Valls, candidat de la bourgeoisie nationaliste ? Au-del&#224; du feuilleton politique, une &#226;pre bataille se m&#232;ne, sp&#233;cialement sur le plan du logement. La Barcelone populaire r&#233;siste comme elle peut &#224; la touristification, &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aux &#233;lections municipales de mai prochain, Barcelona en Com&#250;, liste issue des mouvements sociaux, va remettre son mandat en jeu. La m&#233;tropole catalane, o&#249; affluent 150 000 touristes par jour pour 1,7 million d'habitants, va-t-elle passer aux mains du f&#233;lon Manuel Valls, candidat de la bourgeoisie nationaliste ?&lt;br&gt;Au-del&#224; du feuilleton politique, une &#226;pre bataille se m&#232;ne, sp&#233;cialement sur le plan du logement. La Barcelone populaire r&#233;siste comme elle peut &#224; la touristification, &#224; la sp&#233;culation, &#224; la gentrification et aux expulsions locatives. Et pour cela, elle s'appuie sur une persistance vivace d'auto-organisation &#224; la base, de syndicats de quartiers, d'associations de voisins et de projets coop&#233;ratifs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2852 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;169&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-913-7cb56.jpg?1783097593' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Barcelone, quartier de Ciutat Meridiania. Lors d'une tentative d'expulsion, un voisin proteste aupr&#232;s d'un huissier. (Photo Guillaume Darribau / Guillaumedarribau.com)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;ans le quartier de Poble Sec, Sabah tient une petite cantine aux prix imbattables. Mais ce lundi 11 f&#233;vrier, elle n'est pas &#224; ses fourneaux. Elle a march&#233; quelques pas, jusqu'&#224; &lt;i&gt;La Base&lt;/i&gt;, un local coop&#233;ratif o&#249; se tient ce soir-l&#224; l'assembl&#233;e du syndicat de quartier. Chacun, chacune expose &#224; tour de r&#244;le ses soucis, donne des nouvelles. Sabah explique qu'elle a r&#233;ussi &#224; retarder son expulsion en d&#233;posant une demande de loyer social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Barcelone, la question du logement est la principale probl&#233;matique socio-urbaine. Dans les quartiers encore populaires du centre, les collectifs de d&#233;fense des expuls&#233;s ont r&#233;ussi &#224; retisser des solidarit&#233;s. C'est une partie de ce qui se joue &#224; &lt;i&gt;La Base&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Le projet de ce lieu est issu d'exp&#233;riences de squats, mais aussi des assembl&#233;es de quartier apr&#232;s le mouvement des Indign&#233;s, &lt;/i&gt;explique Pepa. &lt;i&gt;On a eu l'id&#233;e de vivre le communisme dans le quartier &#224; partir d'un ath&#233;n&#233;e &lt;/i&gt;[centre social dans la tradition libertaire]. &lt;i&gt;Donc on a lou&#233; ce local il y a cinq ans : on a fait un bar, une salle de r&#233;union, une librairie, une coop&#233;rative de consommation &#224; base de r&#233;cup&#233;ration d'invendus, des ateliers collectifs, des cours d'alphab&#233;tisation, une cr&#232;che, un groupe de femmes contre le machisme, etc. Toutes les dimensions de la vie. &lt;/i&gt;La Base &lt;i&gt;est une coop&#233;rative communaliste qui met la politique au c&#339;ur de la vie. La participation y est interg&#233;n&#233;rationnelle, tr&#232;s m&#233;lang&#233;e, &#224; l'image du quartier. Toutes les pratiques de d&#233;brouilles s'entrem&#234;lent. On est comme une famille. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, comment lutter contre la gentrification et les expulsions &#224; l'&#233;chelle du quartier ? &#171; &lt;i&gt;Notre premier mode d'action, c'est d'emp&#234;cher les expulsions en bloquant l'entr&#233;e aux huissiers, &lt;/i&gt;poursuit Pepa. &lt;i&gt;Ensuite, nous cherchons &#224; n&#233;gocier des loyers sociaux pour les personnes en proc&#233;dure d'expulsion. Si &#231;a ne marche pas, on investit collectivement des agences immobili&#232;res pour les obliger &#224; n&#233;gocier. On d&#233;nonce aussi les pratiques sp&#233;culatives. Notre but est &#233;galement de lutter collectivement avec d'autres assembl&#233;es ou projets coop&#233;ratifs, comme Can Battl&#243; dans le quartier de Sants. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Kill Blackstone&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, dans la banlieue sud de Barcelone, un rassemblement est organis&#233; devant le si&#232;ge catalan de la compagnie Blackstone &#8211; &#171; &lt;i&gt;le plus grand fonds immobilier au monde &lt;/i&gt; &#187;, annonce sa page web. Ce fonds vautour, qui sp&#233;cule sur les dettes immobili&#232;res des particuliers touch&#233;s par la crise &#233;conomique, a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en 1992 par d'anciens banquiers de Lehman Brothers. Il s'est aiguis&#233; le bec sur la p&#233;ninsule ib&#233;rique, avalant au passage le portefeuille immobilier de la banque Catalunya Caixa en 2014 et la moiti&#233; des titres toxiques de la banque Santander en ao&#251;t 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Blackstone, par le biais d'un r&#233;seau complexe de soci&#233;t&#233;s, est devenue la premi&#232;re soci&#233;t&#233; immobili&#232;re priv&#233;e du patrimoine espagnol. Elle r&#233;serve un traitement indigne &#224; ses locataires, laisse prolif&#233;rer les narco-logements dans les quartiers et contribue &#224; gonfler la scandaleuse bulle des loyers. Le vautour ne pourrait r&#233;gner en ma&#238;tre sans la complicit&#233; des administrations publiques du pays, qui lui offrent pour ainsi dire des logements sociaux en location, &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;lui accordent des r&#233;ductions fiscales &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;ou lui font profiter de l'argent public. &lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F&#225;tima Martin, &#171; Blackstone : comment un fonds vautour am&#233;ricain s'est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 2015, 90 000 Espagnols &#233;taient descendus dans les rues de Madrid pour protester contre ces fonds vautours. Pr&#232;s de 700 000 familles espagnoles ont &#233;t&#233; vir&#233;es de leur logement depuis l'&#233;clatement de la bulle immobili&#232;re, &#224; la fin des ann&#233;es 2000. &#192; Barcelone, deux milliers de r&#233;sidents sont expuls&#233;s pour impay&#233;s chaque ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 12 f&#233;vrier, une petite centaine de personnes sont venues participer au lancement de la campagne &#171; Kill Blackstone &#187;, &#224; l'appel des syndicats de quartier, de locataires et de la PAH (plateforme des victimes des cr&#233;dits immobiliers), association de familles ruin&#233;es et expuls&#233;es de leur logement par les banques, dans laquelle l'actuelle maire de Barcelone, Ada Colau, a longtemps milit&#233;. &#171; &lt;i&gt;On est assez nombreux pour commencer la r&#233;volution, non ? &lt;/i&gt; &#187;, plaisante un septuag&#233;naire. &#171; &lt;i&gt;Nos maisons ne sont pas des marchandises &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Stop desahucios &lt;/i&gt; &#187; (&#171; Stop aux expulsions &#187;), scandent de petites vieilles, masques de vautour sur le front, en se tr&#233;moussant sur le morceau &lt;i&gt;Resistencia &lt;/i&gt;du groupe Ska-P que crache la sono.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux fen&#234;tres du building, les employ&#233;s curieux jettent un &#339;il furtif, puis les grands stores blancs se ferment les uns apr&#232;s les autres. &#171; &lt;i&gt;Il s'agit d'attirer l'attention sur ces fonds vautours et leurs sous-traitants, pour les d&#233;gager de notre ville et de notre pays, &lt;/i&gt;d&#233;clare Jaime Palomera, du Syndicat des locataires. &lt;i&gt;C'est nous qui allons les expulser. &lt;/i&gt; &#187; Le gouvernement finira-t-il par se positionner sur cette pr&#233;dation &#224; grande &#233;chelle ? &#192; Barcelone, les fonds sp&#233;culatifs immobiliers poss&#232;dent 10 % du parc, 80 % restent aux mains de (petits) propri&#233;taires priv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Que fait la mairie ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; Barcelone, le taux de logement social est particuli&#232;rement faible : 1,5 % seulement, contre 22 % &#224; Paris ou 40 % &#224; Copenhague. Le loyer moyen, qui ne cesse de grimper, d&#233;passe les 850 euros, soit peu ou prou le montant du salaire minimum. La capitale catalane a les loyers les plus &#233;lev&#233;s d'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peu dire que lorsque la liste Barcelona en Com&#250; est arriv&#233;e en t&#234;te des &#233;lections municipales de 2015 en portant haut la banni&#232;re du droit au logement, elle a suscit&#233; beaucoup d'espoir. Mais elle n'a obtenu que 11 si&#232;ges de conseillers municipaux sur 41, ce qui l'a oblig&#233;e &#224; faire alliance avec la gauche ind&#233;pendantiste et le Parti socialiste. Une situation qui lui laisse peu de marge de man&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;oricien de la plateforme municipaliste de Barcelona en Com&#250;, Joan Subirats donne rendez-vous dans son bureau de l'Institut culturel de Barcelone, sur la Rambla. Num&#233;ro deux de la liste pour les municipales de 2019, il expose son point de vue : &#171; &lt;i&gt;La victoire inesp&#233;r&#233;e de 2015 est li&#233;e en partie au prestige d'Ada Colau au sein des mouvements sociaux et son image de probit&#233;. Elle a permis &#224; des associations qui travaillaient sur des projets distincts (immigration, &#233;nergie, &#233;cologie, &#233;ducation, urbanisme, etc.) de fusionner dans un projet de changement social &#224; l'&#233;chelle municipale. Dans un monde globalis&#233;, notre id&#233;e est que la ville devrait avoir plus d'importance dans le champ politique que ce qu'on lui accorde au niveau &#233;tatique. Donc cela a amen&#233; des gens nouveaux sans exp&#233;rience institutionnelle &#224; faire leur preuve en quatre ans avec une t&#226;che large et multiple de transformation sociale. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Subirats &#233;num&#232;re quelques r&#233;alisations de la municipalit&#233; : services fun&#233;raires municipaux &#224; prix abordables ; mise en place d'un service public de sant&#233; bucco-dentaire ; d&#233;veloppement des cr&#232;ches ; syst&#232;me de budget participatif par voie num&#233;rique. Il insiste sur cette dimension participative connect&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Face &#224; un monde uberis&#233;, il s'agit de b&#226;tir le coop&#233;rativisme du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi la mise en place de &lt;i&gt;consultas populares&lt;/i&gt;, initiatives citoyennes qui reposent sur 13 750 signatures, apr&#232;s quoi les services municipaux mettent &#224; disposition des citoyens les moyens de travailler en commission et obligent les &#233;lus &#224; se prononcer sur la question. En mars 2018, la municipalit&#233; a ainsi proc&#233;d&#233; au retrait de la statue d'Antonio L&#243;pez, qui avait b&#226;ti sa fortune sur la traite n&#233;gri&#232;re. En novembre, lasses des obstacles bureaucratiques, les organisations &#224; l'initiative du d&#233;boulonnage ont rebaptis&#233; &lt;i&gt;de facto &lt;/i&gt;la place au nom d'Idrissa Diallo, un jeune Guin&#233;en mort par manque de soins en 2012 dans le centre de r&#233;tention de Zona Franca, &#224; Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la grande bataille reste celle de la municipalisation de l'eau. &#171; &lt;i&gt;Depuis que nous avons d&#233;cid&#233; d'organiser une consultation populaire sur la reprise en gestion publique de l'eau &#224; Barcelone, le concessionnaire priv&#233; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AgBar (Aguas de Barcelona), filiale de la multinationale fran&#231;aise Suez.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;i&gt;a d&#233;pos&#233; plus de vingt recours juridiques pour l'emp&#234;cher... Au conseil municipal, la plupart des autres formations ont vot&#233; contre la convocation de cette consultation, au m&#233;pris d'une r&#232;gle qu'elles avaient approuv&#233;e un peu plus t&#244;t. On a fait un recours juridique, qu'on a gagn&#233; ; puis au conseil municipal, le principe de la consultation a finalement &#233;t&#233; approuv&#233;. Mais le concessionnaire a encore fait un recours sur ce vote-l&#224;&#8230; &lt;/i&gt; &#187;, relate Laia Forn&#233;, conseill&#232;re &#224; la participation citoyenne &#224; la mairie&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;La lutte est tr&#232;s in&#233;gale face aux moyens mis en oeuvre par les grands groupes. C'est tr&#232;s difficile de changer cette situation en quatre ann&#233;es &lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Joan Subirats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant les &#233;lections de mai 2019, le politologue affiche une confiance temp&#233;r&#233;e : &#171; &lt;i&gt;On pense qu'on peut gagner avec une nouvelle coalition, mais la situation g&#233;n&#233;rale est tr&#232;s instable, notamment en regard de la question ind&#233;pendantiste. Barcelona en com&#250; a une position souverainiste, qui reconna&#238;t la nation catalane dans un cadre f&#233;d&#233;ratif, ce qui ne satisfait ni les ind&#233;pendantistes catalans ni les socialistes. De plus, on peut nous critiquer sur les r&#233;sultats d&#233;cevants concernant le logement. &#199;a a &#233;t&#233; le grand cheval de bataille d'Ada Colau, mais les pr&#233;rogatives municipales en la mati&#232;re restent limit&#233;es... Ensuite, m&#234;me si Barcelone est la ville la plus s&#251;re d'Europe, la question de la s&#233;curit&#233; peut &#234;tre instrumentalis&#233;e par nos adversaires en raison de l'augmentation de la petite d&#233;linquance. Enfin, du point de vue lib&#233;ral, il est reproch&#233; &#224; Ada Colau d'avoir voulu freiner le d&#233;veloppement &#233;conomique de la cit&#233; en r&#233;gulant trop le secteur touristique. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quel regard porte Pepa, du syndicat de quartier de Poble Sec, sur l'action de la mairie ? &#171; &lt;i&gt;On ne se m&#234;le pas &#224; l'institutionnel, m&#234;me si on consid&#232;re que Barcelona en com&#250;, c'est toujours mieux que la droite. On n'est pas dans une relation conflictuelle, mais &#231;a ne nous emp&#234;che pas de les critiquer pour leurs insuffisances. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'esprit du Raval&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 14 f&#233;vrier, vers midi, une trentaine de personnes, membres des syndicats de quartier et riverains, s'opposent &#224; des expulsions dans le populaire et m&#233;tiss&#233; Raval, &#224; deux pas de la Rambla. Munies de sifflets, elles font un maximum de barouf &#224; l'approche des huissiers et bloquent pacifiquement l'entr&#233;e des logements vis&#233;s. Les huissiers restent au large, un peu d&#233;pit&#233;s, puis s'&#233;loignent sous des cris joyeux : &#171; &lt;i&gt;Hors du quartier ! &lt;/i&gt; &#187; Les flics n'interviennent plus dans ces cas-l&#224;. Taxis et camions de livraison qui circulent dans la rue klaxonnent en soutien. Quatre expulsions seront emp&#234;ch&#233;es au Raval et une &#224; Poble Sec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la lutte contre les expulsions au combat pour la survie, les rues &#233;troites du Raval nous font d&#233;river jusqu'au local du syndicat des vendeurs ambulants, s&#233;n&#233;galais d'origine pour la plupart, que l'on croise parfois dans les couloirs du m&#233;tro avec d'&#233;normes baluchons remplis de bibelots et de v&#234;tements &#224; vendre sur les sites touristiques. &#171; &lt;i&gt;Avant 2015, nous &#233;tions victimes de pers&#233;cutions polici&#232;res, &lt;/i&gt;explique Babakar, arriv&#233; en Espagne en 2011. &lt;i&gt;Les policiers nous confisquaient nos marchandises, nous traitaient comme des d&#233;linquants. Apr&#232;s la mort d'un camarade, il a fallu porter une voix pour d&#233;fendre les droits des migrants. Cela a abouti &#224; la cr&#233;ation du syndicat en 2015. Nous avons manifest&#233; et l'attitude de la police a chang&#233;. Nous ne sommes pas un syndicat formel avec des adh&#233;sions et tout &#231;a, mais chaque &lt;/i&gt;[vendeur ambulant] &lt;i&gt;peut venir nous voir s'il a un probl&#232;me. Nous sommes la voix des sans-voix. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un esprit de solidarit&#233; et d'auto-organisation qui s'inscrit depuis le d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle dans la tradition de ce quartier ouvrier d&#233;crit par l'historien anglais Chris Ealham : &#171; &lt;i&gt;Il &#233;tait certain qu'une pauvret&#233; inimaginable r&#233;gnait dans le Raval mais, contrairement &#224; ce que v&#233;hiculait la l&#233;gende &lt;/i&gt;[qui pr&#233;sentait cette] &lt;i&gt;zone comme une lie indisciplin&#233;e, un ordre social et culturel y r&#233;gnait &#233;galement : c'&#233;tait l'ordre direct, combatif et r&#233;solu de la classe ouvri&#232;re. C'&#233;tait cet ordre rival qui faisait na&#238;tre la terreur dans le coeur des &#233;lites de la ville. &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;En raison de la surpopulation dans les logements, les rues du quartier fonc-tionnaient comme une extension du foyer, d'o&#249; des interactions humaines directes, intenses et fr&#233;quentes. De plus, en r&#233;ponse aux probl&#232;mes mat&#233;riels du quotidien, les ouvriers d&#233;velopp&#232;rent des pratiques de partage et de r&#233;ciprocit&#233;. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chris Ealham, Barcelone contre ses habitants, 1835-1936, CMDE &#233;ditions, 2014.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ciutat Meridiana&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2853 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;152&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1102-5728a.jpg?1783097593' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Barcelone, quartier de Ciutat Meridiania. Des voisins et voisines tentent d'emp&#234;cher une expulsion. (Photo Guillaume Darribau / Guillaumedarribau.com)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Adoss&#233; &#224; la montagne, Ciutat Meridiana est le quartier le plus excentr&#233; au nord de Barcelone, le plus pauvre aussi. Dans les ann&#233;es 1950, on avait renonc&#233; &#224; y installer un cimeti&#232;re, &#224; cause du fort taux d'humidit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Certainement, ce qui &#233;tait mauvais pour les morts devait &#234;tre bon pour les vivants &lt;/i&gt; &#187;, aime &#224; ironiser Filiberto Bravo, dit Fili. Responsable de l'association des voisins et voisines du quartier, cet ancien ouvrier form&#233; &#224; l'anarcho-syndicalisme, habite le quartier depuis plus de quarante ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soir, au moins 70 personnes sont venues &#224; l'assembl&#233;e. En majorit&#233; des femmes, d'origine sud-am&#233;ricaine, venues avec leur marmaille. La question du logement et des expulsions est au c&#339;ur des interventions. Un collectif de volontaires form&#233;s par la mairie propose de passer chez les gens pour v&#233;rifier si leur contrat d'&#233;lectricit&#233; et de gaz n'est pas surfactur&#233;. De quoi permettre de pr&#233;cieuses &#233;conomies &#224; des foyers tr&#232;s pr&#233;caires. &#171; &lt;i&gt;La plupart des gens ici savent ce qu'ils vont manger demain, mais pas forc&#233;ment le jour d'apr&#232;s &lt;/i&gt; &#187;, explique Fili. Les cas de malnutrition infantile sont nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre collectif offre une aide psychologique gratuite aux personnes qui doivent g&#233;rer le stress d'une expulsion. La veille, une femme d'&#226;ge m&#251;r a r&#233;ussi &#224; &#233;viter la sienne, elle remercie l'assembl&#233;e de son aide. Puis les membres du bureau de l'association invitent les habitants &#224; s'investir plus, &#224; ne pas rester simple consommateurs de services juridiques et sociaux. Enfin, on &#233;voque les expulsions &#224; venir dans le mois. Chaque concern&#233; donne le jour, l'heure et l'adresse pour que les voisins puissent venir en nombre bloquer les huissiers. Toutes les semaines, ils interviennent quatre &#224; cinq fois dans le quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de l'assembl&#233;e, une femme gitane, les larmes aux yeux, vient timidement faire part de son cas &#224; Fili. Elle doit &#234;tre expuls&#233;e prochainement avec ses deux enfants en bas &#226;ge, son homme est en prison. &#171; &lt;i&gt;La majorit&#233; des gens qui se tournent vers nous ont d&#233;j&#224; subi une expulsion auparavant. &#192; 90 %, ce sont des m&#232;res c&#233;libataires &lt;/i&gt; &#187;, dit Fili. Dans le quartier, l'association a recens&#233; pr&#232;s de 250 logements squatt&#233;s, il y en a sans doute une centaine de plus en r&#233;alit&#233;. Pourtant, &#171; &lt;i&gt;la plupart des familles ne veulent pas occuper, mais pouvoir avoir un loyer social &#233;quitable &lt;/i&gt; &#187;. Au cours des huit derni&#232;res ann&#233;es, la mobilisation collective des voisins aurait sauvegard&#233; le logement de 1 100 familles sur une population globale d'environ 10 000 habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on demande &#224; Fili ce qu'il pense de l'action de la municipalit&#233;, il fait d'abord une moue dubitative en lissant sa barbichette en tire-bouchon. &#171; &lt;i&gt;Ada n'est venue que deux fois en cinq ans. Les gens de la mairie et leurs sociologues nous ont &#233;tudi&#233;s comme des b&#234;tes curieuses, mais pas grand-chose n'a &#233;t&#233; fait. &lt;/i&gt; &#187; N&#233;anmoins, il reconna&#238;t que les services sociaux de la mairie ont pu r&#233;gler plusieurs probl&#232;mes en rachetant des appartements aux banques pour en faire des logements sociaux. Ils ont cr&#233;&#233; aussi un groupe de m&#233;diation pour contr&#244;ler la l&#233;galit&#233; d'une partie des expulsions et obtenu des banques la mise en place directe, dans certains cas, de loyers sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, en ne r&#233;pondant pas suffisamment aux besoins les plus urgents, la municipalit&#233; a pris le risque de nourrir le ressentiment des populations les unes contre les autres. Et ainsi d'exacerber la x&#233;nophobie, exploit&#233;e par les partis de droite comme Ciudadanos, qui soutient la candidature de Manuel Valls &#224; la mairie de Barcelone. Fili dit d'ailleurs avoir &#233;t&#233; contact&#233; par l'&#233;quipe de l'ancien Premier ministre hexagonal, qui souhaitait faire campagne dans le quartier : &#171; &lt;i&gt;On lui a propos&#233; de venir emp&#234;cher une expulsion avec nous. Et d'assister &#224; une assembl&#233;e, &#224; la condition qu'il ne prenne pas la parole. Il n'a pas donn&#233; suite... &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bon libertaire, Fili n'oublie pas de se tenir &#224; bonne distance des jeux &#233;lectoraux. Et de rappeler que le but de l'association est d'abord &#171; &lt;i&gt;l'autogestion de la vie quotidienne du quartier &lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Cr&#233;er de la convivialit&#233; et du bien-&#234;tre. Faire en sorte que nous soyons d'abord des voisins et pas des &#233;trangers&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Guillaume Darribau&lt;/strong&gt; vit dans la banlieue de Barcelone. Les photographies publi&#233;es ici sont tir&#233;es de son exposition &lt;i&gt;La Ciutat embargada&lt;/i&gt;, sur la lutte et la solidarit&#233; contre les expulsions &#224; Ciutat Meridiana. &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://guillaumedarribau.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;GuillaumeDarribau.com&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;F&#225;tima Martin, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lautrequotidien.fr/articles/2018/2/26/blackstone-comment-un-fonds-vautour-amricain-sest-offert-limmobilier-espagnol&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Blackstone : comment un fonds vautour am&#233;ricain s'est offert l'immobilier espagnol&lt;/a&gt; &#187;, sur le site de &lt;i&gt;L'autre quotidien&lt;/i&gt;, 26 f&#233;vrier 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;AgBar (Aguas de Barcelona), filiale de la multinationale fran&#231;aise Suez.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chris Ealham, &lt;i&gt;Barcelone contre ses habitants&lt;/i&gt;, 1835-1936, CMDE &#233;ditions, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une R&#233;publique catalane aux forceps</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Une-Republique-catalane-aux</link>
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		<dc:date>2018-09-13T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Vendredi 27 octobre 2017, le bras de fer entre Madrid et Barcelone a encore grimp&#233; dans les tours. C&#244;t&#233; monarchie castillane, on annonce une batterie de mesures (destitution du pr&#233;sident de la Generalitat, dissolution du parlement catalan, etc.) destin&#233;es &#224; doucher les ardeurs s&#233;cessionnistes catalanes. Trique en l'air, le pr&#233;sident du gouvernement, Mariano Rajoy, entend &#171; &#233;viter la prise en otage inadmissible d'une majorit&#233; des Catalans et le vol d'une partie du territoire au reste des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no159-novembre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;159 (novembre 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parlement-catalan" rel="tag"&gt;parlement catalan&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vendredi 27 octobre 2017, le bras de fer entre Madrid et Barcelone a encore grimp&#233; dans les tours. C&#244;t&#233; monarchie castillane, on annonce une batterie de mesures (destitution du pr&#233;sident de la Generalitat, dissolution du parlement catalan, etc.) destin&#233;es &#224; doucher les ardeurs s&#233;cessionnistes catalanes. Trique en l'air, le pr&#233;sident du gouvernement, Mariano Rajoy, entend &#171; &lt;i&gt;&#233;viter la prise en otage inadmissible d'une majorit&#233; des Catalans et le vol d'une partie du territoire au reste des Espagnols&lt;/i&gt; &#187;. C&#244;t&#233; s&#233;ditieux, le processus constituant est enclench&#233; apr&#232;s que le parlement catalan a d&#233;clar&#233; la Catalogne ind&#233;pendante &#171; &lt;i&gt;sous forme de R&#233;publique&lt;/i&gt; &#187;. Place Sant Jaume &#224; Barcelone, les &lt;i&gt;esteladas&lt;/i&gt;, drapeaux ind&#233;pendantistes, sont de la f&#234;te et les clich&#233;s de liesse populaire font le tour du monde. Pour la cinqui&#232;me fois depuis le XVIIe si&#232;cle, la Catalogne proclame son ind&#233;pendance. Rien ne dit que cette fois sera la bonne, tant la situation &#233;voque un gros saut dans le vide et remet &#224; vif les vieilles fractures historiques. Le 9 octobre, Pablo Casado, secr&#233;taire adjoint du Parti Populaire (droite), mettait en garde Puigdemont : &#171; &lt;i&gt; Esp&#233;rons que rien ne sera d&#233;clar&#233; demain, parce que celui qui d&#233;clare l'ind&#233;pendance finira comme celui qui l'a d&#233;clar&#233; il y a 83 ans.&lt;/i&gt; &#187; R&#233;f&#233;rence &#224; Llu&#237;s Companys, ancien pr&#233;sident de la Generalitat r&#233;fugi&#233; en France en 1939 et livr&#233; &#224; l'Espagne par l'occupant nazi. Il sera tortur&#233; et fusill&#233; par le r&#233;gime franquiste en octobre 1940.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nourrie depuis plus d'un si&#232;cle d'un ferment libertaire, la Barcelone contestataire se d&#233;chire sur l'autel de l'&#233;lan nationaliste. &#171; &lt;i&gt;Nous sommes ind&#233;pendantistes sans fronti&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clare Anna Gabriel, membre du parti anticapitaliste CUP. Si la question de l'autod&#233;termination m&#233;rite d'&#234;tre pos&#233;e, le modus operandi des partis &#224; la man&#339;uvre interroge. Tr&#232;s critiques, des anarchistes barcelonais &#233;crivaient &#224; propos de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 3 octobre &#171; &lt;i&gt;convenue, contr&#244;l&#233;e et orchestr&#233;e par les institutions et les organisations patronales&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;On a donc vu les bons citoyens brailler &#8216;&#8216; Som gent de pau ''&lt;/i&gt; [nous sommes des gens de paix] &lt;i&gt;et acclamer la police catalane, comme de gentils moutons, tout en insultant, expulsant voire agressant ceux qui n'appliquaient pas le dogme du bon manifestant.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Au-del&#224; de Podemos : le pari municipaliste</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Au-dela-de-Podemos-le-pari-2206</link>
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		<dc:date>2018-05-03T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec, Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Emilie Seto</dc:subject>
		<dc:subject>Negrescolor</dc:subject>
		<dc:subject>d'une</dc:subject>
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		<dc:subject>Barcelone</dc:subject>
		<dc:subject>allez rencontrer</dc:subject>
		<dc:subject>Puerto Real</dc:subject>
		<dc:subject>dette</dc:subject>
		<dc:subject>dette publique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Ah oui, vous allez rencontrer les mairies Podemos ! &#187;, nous disait-on alors que nous pr&#233;parions notre descente de trois semaines vers le Sud. Barcelone, Madrid, S&#233;ville, El Coronil, Puerto Real, Cadix... Les gens rencontr&#233;s sur la route nous ont narr&#233; leur descente aux enfers, celle d'un r&#234;ve espagnol vendu par les banques et les gouvernements successifs qui ont pass&#233; les quinze derni&#232;res ann&#233;es &#224; creuser la dette publique. Ou comment mettre un peuple &#224; genou par la finance. Comment (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no137-novembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;137 (novembre 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dette" rel="tag"&gt;dette&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dette-publique" rel="tag"&gt;dette publique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L110xH150/arton2206-ace27.jpg?1782689756' class='spip_logo spip_logo_right' width='110' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ah oui, vous allez rencontrer les mairies Podemos !&lt;/i&gt; &#187;, nous disait-on alors que nous pr&#233;parions notre descente de trois semaines vers le Sud. Barcelone, Madrid, S&#233;ville, El Coronil, Puerto Real, Cadix... Les gens rencontr&#233;s sur la route nous ont narr&#233; leur descente aux enfers, celle d'un r&#234;ve espagnol vendu par les banques et les gouvernements successifs qui ont pass&#233; les quinze derni&#232;res ann&#233;es &#224; creuser la dette publique. Ou comment mettre un peuple &#224; genou par la finance. Comment escamoter le politique au profit de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant 30 ans, l'Espagne a v&#233;cu berc&#233;e par deux songes : le mythe d'une transition d&#233;mocratique lib&#233;r&#233;e des s&#233;quelles du franquisme, alors que la monarchie et les pactes de la Moncloa scellaient le testament politique du vieux dictateur. Et plus tard, le mirage europ&#233;en qui, en finan&#231;ant &#171; g&#233;n&#233;reusement &#187; l'int&#233;gration de l'Espagne &#224; la modernit&#233; lib&#233;rale, cr&#233;a l'illusion d'un pays de petits propri&#233;taires vou&#233;s &#224; la consommation et &#224; l'individualisme. On ouvrait plut&#244;t les vannes d'un affairisme d&#233;brid&#233;, d'une corruption end&#233;mique et d'une bulle immobili&#232;re dont la population paie le prix fort aujourd'hui avec cette crise &#8211; celle que les plus lucides pr&#233;f&#232;rent appeler par son vrai nom : une m&#233;ga-arnaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la Gr&#232;ce, l'Espagne a pris de plein fouet le krach financier de 2008. Les banques, renflou&#233;es avec l'argent public, ont fait main basse sur un parc immobilier qui compte aujourd'hui 3 millions de logements vides. Entre 2008 et 2013, 600 000 familles ont &#233;t&#233; expuls&#233;es de leur foyer. L'&#233;conomie espagnole a d&#233;truit 3,5 millions d'emplois et le taux de ch&#244;mage est pass&#233; &#224; 22%. Les salaires, sabr&#233;s jusqu'&#224; 20%. Des services publics privatis&#233;s &#8211; ou priv&#233;s de moyens, puisqu'il faut bien rembourser la dette&#8230; Pour couronner le tout, la loi &#171; Mordaza &#187; vot&#233;e en 2014 est directement dirig&#233;e contre la protestation populaire. Cette loi b&#226;illon permet &#224; la police de sauter l'&#233;tape du tribunal et de verbaliser directement (entre 100 &#8364; et 600 000 &#8364;) les r&#233;unions et autres occupations de l'espace public, la r&#233;sistance &#224; une expulsion ou aux forces de l'ordre, les interventions surprise dans les m&#233;dias ou les manifestations festives dans les administrations, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tour d'&#233;crou r&#233;pressif veut en finir avec le temps des mouvements sociaux de grande ampleur, tels que les occupations de place de 2011, les mar&#233;es sociales contre l'aust&#233;rit&#233; et la privatisation des services publics, les marches pour la dignit&#233;, l'encerclement du Congr&#232;s en 2012&#8230; Apr&#232;s avoir touch&#233; le plafond de verre d'institutions sourdes &#224; toute expression politique venant de la rue, les espoirs d'une population exc&#233;d&#233;e se sont port&#233;s sur Podemos, un nouveau parti qui monte, guid&#233; par un homme au catogan violet sachant surfer sur le ras-le-bol g&#233;n&#233;ralis&#233; contre la &#171; caste &#187; et son bipartisme. Le parti de Pablo Iglesias se fonde sur une base populaire et ses cercles locaux cultivent la d&#233;mocratie directe. Mais les cadres de Podemos disputent le vrai pouvoir. La cour des grands ou rien. &#171; &lt;i&gt;Une des principales le&#231;ons que nous enseigne Game of Thrones est que, sur le terrain politique, il n'y a jamais de place pour la l&#233;gitimit&#233; de mani&#232;re seulement abstraite, pour une l&#233;gitimit&#233; qui n'aurait pas vertu &#224; se transformer en pouvoir politique alternatif, et, en ce sens, qui n'a pas vocation &#224; disputer le pouvoir.&lt;/i&gt; &#187; (Pablo Iglesias, &lt;i&gt;Les le&#231;ons politiques de Game of Thrones&lt;/i&gt;, Post-&#233;ditions 2015.)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2382 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;42&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-652.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH881/-652-446e8.jpg?1782679190' width='400' height='881' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#034;Politique d'aust&#233;rit&#233;&#034; par Negrescolor.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, contrairement &#224; ce que supposaient nos ami.e.s avant le voyage, contrairement &#224; la vulgarisation des m&#233;dias fran&#231;ais, Podemos, focalis&#233; sur les l&#233;gislatives du 20 d&#233;cembre prochain, n'a pas mis&#233; sur les &#233;lections municipales de mai 2015. Erreur strat&#233;gique pour certains. Mains libres pour d'autres, qui ont su lancer un pari municipaliste &#224; partir de leur seule exp&#233;rience de terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 mai 2015, des listes de convergence issues des mouvements sociaux, compos&#233;es de militants de base et de figures d'une soci&#233;t&#233; civile d&#233;sireuse de s'&#233;manciper des politiciens professionnels, ont pris Barcelone, Madrid, Saragosse, Cadix, La Corogne&#8230; Sans compter Valencia et Pamplona, aux mains de gauches nationalistes, et des dizaines de localit&#233;s plus petites. Ce dossier est n&#233; de la curiosit&#233;, et d'une intuition. Ce qui, contre toute attente, a fait basculer les grandes villes d'Espagne &#224; gauche de la gauche, r&#233;v&#232;le des enjeux qui d&#233;passent sans doute la ligne des Pyr&#233;n&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout o&#249; nous sommes pass&#233;s fr&#233;missait comme une remont&#233;e de s&#232;ve du vieil esprit libertaire des ann&#233;es 1930 qui irrigue encore, souterrainement, la conscience collective &#8211; la guerre civile en moins. Sans dogmatisme, avec l'envie de trouver des solutions &#224; l'urgence sociale et d'exp&#233;rimenter de nouvelles formes de fonctionnement collectif, en prise avec des pratiques de transformation sociale. Sans esp&#233;rances &#233;chevel&#233;es. Un mouvement lucide sur ses limites, &#224; la fois pragmatique et strat&#233;gique. De la parole directe, des images et des reportages... De quoi partager avec les lectrices et lecteurs de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; la r&#233;volte, l'&#233;motion et les doutes cueillis en chemin.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Entre gestion et subversion : &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Entre-gestion-et-subversion-Madrid&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Madrid la rouge ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout espace de lutte est aussi un &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Tout-espace-de-lutte-est-aussi-un&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;espace de d&#233;bat&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/L-invasion-des-terrasses-volantes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'invasion des terrasses volantes&lt;/a&gt; : Airbnb contre Barcelone&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mairie des &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/La-mairie-des-sans-terre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sans-terre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Espagne : &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Espagne-Apoyo-Mutuo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apoyo Mutuo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Prendre-d-assaut-la-terre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Prendre d'assaut&lt;/a&gt; la terre &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corrala &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Corrala-la-bahia&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la bah&#237;a&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/La-Maison-du-peuple&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Maison&lt;/a&gt;du peuple&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agora des &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/L-agora-des-100-jours&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;100 jours&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/La-politique-se-fabrique-en-dehors&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La politique&lt;/a&gt; se fabrique en dehors de l'institution &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Prolonger la &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Prolonger-la-colere-de-la-rue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;col&#232;re de la rue&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Participa &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Participa-Sevilla&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sevilla&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#201;XICO &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;15-M&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du 15 mai 2011 et pendant plusieurs semaines, des milliers de personnes sans drapeau ni parti occupent les places au cri de &#171; &lt;i&gt;Ils ne nous repr&#233;sentent pas !&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;D&#233;mocratie r&#233;elle maintenant !&lt;/i&gt; &#187;, exprimant une d&#233;fiance radicale vis-&#224;-vis de la classe politique. Le mouvement, au d&#233;part fragile, a &#233;t&#233; fondateur pour l'engagement politique de toute une jeunesse espagnole touch&#233;e par un fort taux de ch&#244;mage (18% en 1996, 8% en 2006, 22% en 2015).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ahora Madrid&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Liste de convergence, avec &#224; sa t&#234;te la juge &#171; rouge &#187; Manuela Carmena, ayant remport&#233; la mairie de Madrid en mai 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Barcelona en Com&#250;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Liste de convergence, avec &#224; sa t&#234;te Ada Colau, porte-parole de la PAH locale, ayant remport&#233; la mairie de Barcelone en mai 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bulle immobili&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;tonnage fr&#233;n&#233;tique du territoire (aujourd'hui, 3 millions d'appartements vides) dop&#233; par les banques et le blanchiment d'argent. Entre 1996 et 2007, le taux de propri&#233;taires dans le pays passait &#224; 80%. Des centaines de milliers de familles seront ruin&#233;es par l'explosion de la bulle. Entre 2007 et 2008, les constructions chutent de 25%, 2 millions de personnes se retrouvent au ch&#244;mage du jour au lendemain. Ne pouvant plus payer leur cr&#233;dit ou leur loyer, 600 000 familles ont &#233;t&#233; depuis expuls&#233;es de leur logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cr&#233;dit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une loi datant du XIXe si&#232;cle, et relustr&#233;e par Franco, oblige les endett&#233;s bancaires &#224; payer la totalit&#233; du cr&#233;dit m&#234;me apr&#232;s que la banque a saisi le bien hypoth&#233;qu&#233; pour le revendre aux ench&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dette&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2014, la dette espagnole (publique et priv&#233;e) repr&#233;sentait 424% du PIB, soit 4 fois plus que ce que produit l'&#233;conomie r&#233;elle. La dette bancaire a augment&#233; de 27% depuis 2007 et la dette publique atteint un billion d'euros. Chaque Espagnol devrait payer 23 000 euros pour la liquider. La dette publique sera le principal obstacle &#224; l'action des mairies du changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Expedientes de regulaci&#243;n de empleo&lt;/i&gt; (ERE)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plans sociaux qui, en Andalousie, ont &#233;t&#233; le pr&#233;texte &#224; des d&#233;tournements de fonds millionnaires de la part du gouvernement local et des syndicats officiels, sur le dos des travailleurs licenci&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Iniciativa legislativa popular (ILP)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 2011, la PAH et d'autres organisations de la soci&#233;t&#233; civile utilisent le principe constitutionnel d'Initiative l&#233;gislative populaire, qui permet de porter une loi au Parlement si 500 000 signatures sont recueillies en sa faveur. Avec 1,5 million de signataires, cette proposition demande : 1. L'effacement de la dette r&#233;troactivement, donc aussi pour les familles expuls&#233;es avant le changement l&#233;gislatif, 2. Un moratoire sur les expulsions, 3. La cr&#233;ation de logements sociaux pour reloger les familles expuls&#233;es, et la r&#233;quisition des immeubles vides appartenant aux banques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Izquierda Unida (IU)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#233;quivalent espagnol du Front de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mairies du changement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coordination des listes de convergence ayant conquis les plus grandes villes en mai 2015. R&#233;unie &#224; Barcelone en juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Mareas&lt;/i&gt; (mar&#233;es)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mouvements de masse qui protest&#232;rent, &#224; partir de 2012, contre la privatisation des services publics. Mar&#233;e verte pour l'&#233;ducation, blanche pour la sant&#233;, bleue pour l'eau, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pactes de la Moncloa&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accords pour une transition d&#233;mocratique sign&#233;s en 1977 par la droite post-franquiste, le PSOE, le Parti communiste et les syndicats devenus officiels, posant comme base inamovible la monarchie et l'unit&#233; nationale. Apr&#232;s des mobilisations ouvri&#232;res et &#233;tudiantes, le pays entre dans une &#232;re de lib&#233;ralisation : ind&#233;pendance du pouvoir judiciaire, libert&#233; de la presse, droit de r&#233;union, reconnaissance des communaut&#233;s basque et catalane, p&#233;riode culturelle de la &#171; Movida &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Partido popular (PP)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Droite de gouvernement, antisociale et corrompue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2381 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH400/-651-82fb5.jpg?1782679190' width='500' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Rajoy, Premier ministre du Partido popular.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Partido socialista obrero espa&#241;ol (PSOE)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gauche monarchiste et lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Plataforma de afectados por la hipoteca&lt;/i&gt; (PAH)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Association de familles ruin&#233;es et expuls&#233;es de leur logement par les banques. Elle s'est &#233;largie aux locataires et squatteurs expuls&#233;s. Pr&#233;sente dans plus de 240 quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#161; S&#237; se puede !&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Calqu&#233; sur le &#171; &lt;i&gt;Yes, we can&lt;/i&gt; &#187; d'Obama, ce &#171; Oui, on peut ! &#187; est un slogan ralliant autant les militants des &lt;i&gt;mareas&lt;/i&gt;, de la PAH ou les partisans de Podemos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Appui mutuel (&lt;i&gt;Apoyo Mutuo&lt;/i&gt;)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprise d'un principe d'organisation du XIXe si&#232;cle popularis&#233; par Kropotkine dans La morale anarchiste. Ce principe d'action se r&#233;pand aujourd'hui comme une tra&#238;n&#233;e de poudre dans les mouvements et centres sociaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les br&#232;ves du n&#176;157</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-breves-du-no157</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Les-breves-du-no157</guid>
		<dc:date>2018-02-12T07:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec, L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>Chien m&#233;chant</dc:subject>
		<dc:subject>En bref</dc:subject>
		<dc:subject>Soulci&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Nicolas de la Casini&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>center</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>
		<dc:subject>Barcelone</dc:subject>
		<dc:subject>Charlie Hebdo</dc:subject>
		<dc:subject>statue</dc:subject>
		<dc:subject>Barcelone n'est</dc:subject>
		<dc:subject>Manifs post-attentats</dc:subject>
		<dc:subject>Moyen Orient</dc:subject>
		<dc:subject>V&#246;lklingen</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Manifs post-attentats : Barcelone n'est pas Paris Un demi-million de personnes ont manifest&#233; le 26 ao&#251;t &#224; Barcelone, en r&#233;ponse aux attentats perp&#233;tr&#233;s sur les Ramblas et dans la cit&#233; baln&#233;aire de Cambrils. &#171; No tinc por &#187; (&#171; Je n'ai pas peur &#187;) &#233;tait le sobre mot d'ordre d&#233;ploy&#233; en t&#234;te de cort&#232;ge, soutenu par des infirmi&#232;res, des chauffeurs de taxi, des policiers municipaux, des pompiers, des riverains : celles et ceux qui, le jour du drame, ont apport&#233; les premiers secours aux victimes (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no157-septembre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;157 (septembre 2017)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chien-mechant-7" rel="tag"&gt;Chien m&#233;chant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/En-bref" rel="tag"&gt;En bref&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Soulcie-34" rel="tag"&gt;Soulci&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nicolas-de-la-Casiniere-95" rel="tag"&gt;Nicolas de la Casini&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/center" rel="tag"&gt;center&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Barcelone" rel="tag"&gt;Barcelone&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Charlie-Hebdo" rel="tag"&gt;Charlie Hebdo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/statue" rel="tag"&gt;statue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Barcelone-n-est" rel="tag"&gt;Barcelone n'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Manifs-post-attentats" rel="tag"&gt;Manifs post-attentats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Moyen-Orient" rel="tag"&gt;Moyen Orient&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Volklingen" rel="tag"&gt;V&#246;lklingen&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Manifs post-attentats : Barcelone n'est pas Paris&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un demi-million de personnes ont manifest&#233; le 26 ao&#251;t &#224; Barcelone, en r&#233;ponse aux attentats perp&#233;tr&#233;s sur les Ramblas et dans la cit&#233; baln&#233;aire de Cambrils. &#171; &lt;i&gt; No tinc por &lt;/i&gt; &#187; (&#171; Je n'ai pas peur &#187;) &#233;tait le sobre mot d'ordre d&#233;ploy&#233; en t&#234;te de cort&#232;ge, soutenu par des infirmi&#232;res, des chauffeurs de taxi, des policiers municipaux, des pompiers, des riverains : celles et ceux qui, le jour du drame, ont apport&#233; les premiers secours aux victimes du fourgon fou. Les autorit&#233;s marchaient derri&#232;re et, par-dessus leurs t&#234;tes, on pouvait voir une deuxi&#232;me banderole bleue, &#233;norme, qui leur soufflait une v&#233;rit&#233; d&#233;rangeante &#224; l'oreille : &#171; &lt;i&gt;Vos politiques, nos morts&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roi s'est fait siffler et des manifestants ont tendu des pancartes vers lui : &#171; &lt;i&gt; Felipe, qui veut la paix ne fait pas de trafic d'armes&lt;/i&gt; &#187;. En allusion &#224; &#171; l'amiti&#233; &#187; du souverain avec les monarchies du Golfe sur fond de contrats juteux. D'autres affiches clamaient &#171; &lt;i&gt;La seule r&#233;ponse, c'est la paix&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;Non &#224; l'islamophobie&lt;/i&gt; &#187;. &#192; Ripoll, localit&#233; catalane d'o&#249; venaient les kamikazes, la s&#339;ur de deux d'entre eux, en foulard et en pleurs, a d&#233;clar&#233; au micro devant la foule que seule la soci&#233;t&#233; unie pourra mettre en d&#233;route le fanatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saisissant contraste avec la multitude parisienne de 2015, muette et d&#233;sarm&#233;e derri&#232;re la brochette d'hypocrites boutefeux du Proche et Moyen Orient que le gouvernement fran&#231;ais avait eu l'ind&#233;cence d'inviter &#224; venir se laver les mains dans le sang encore frais. Et aussi avec la une du 22 ao&#251;t de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2028 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH288/-308-9d9b5.jpg?1782651865' width='400' height='288' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les calottes sont cuites&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cherchez l'intrus. &#171; &lt;i&gt;L'&#233;t&#233; 2017 a &#233;t&#233; le deuxi&#232;me plus chaud depuis... 1900&lt;/i&gt;. &#187; /
&#171; &lt;i&gt; Des pics de chaleur de plus de 50 degr&#233;s pourraient survenir &#224; la fin du si&#232;cle.&lt;/i&gt; &#187; / &#171; &lt;i&gt;Le d&#233;gel du permafrost pourrait lib&#233;rer des milliards de tonnes de dioxyde carbone et de m&#233;thane ainsi que des virus pathog&#232;nes oubli&#233;s&lt;/i&gt;. &#187; / &#171; &lt;i&gt;Au moins un millier de personnes sont mortes en Asie du Sud-Est apr&#232;s les pluies torrentielles.&lt;/i&gt; &#187; / &#171; &lt;i&gt;Nicolas Hulot au gouvernement : &#8220;Je reste tant que je crois qu'on peut changer collectivement les choses.&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Marseille, saison 2&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2027 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH584/-307-510c9.jpg?1782651865' width='400' height='584' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Soulci&#233;.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;#D&#233;boulonnonsBugeaud&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les affrontements meurtriers mi-ao&#251;t &#224; Charlottesville &#8211; caus&#233;s
par des supr&#233;macistes protestant contre la volont&#233; de la municipalit&#233;
de d&#233;boulonner la statue du g&#233;n&#233;ral conf&#233;d&#233;r&#233; Robert Lee &#8211;, plusieurs d&#233;boulonnages, parfois sauvages, de statues de sudistes et d'esclavagistes ont eu lieu &#224; Durham, Boston, Lexington ou Baltimore. La vague iconoclaste contre les statues esclavagistes et coloniales peut-elle toucher la France ? Sur Facebook, un collectif a lanc&#233; une page #D&#233;boulonnonsBugeaud, en r&#233;f&#233;rence &#224; ce mar&#233;chal qui a cautionn&#233; les
tristement fameuses &#171; enfumades &#187; lors de la conqu&#234;te de l'Alg&#233;rie. Cette vieille baderne galonn&#233;e, morte en 1849, n'h&#233;sitait pas non plus &#224; prodiguer quelques conseils anti-insurrectionnels sur la fa&#231;on de fumer le prol&#233;tariat lyonnais ou parisien. Il a pourtant droit &#224; sa statue &#224; Paris et &#224; deux autres dans le P&#233;rigord. Il n'est pas le seul, et la liste des affreux pourrait &#234;tre &#233;largie. Colbert l'esclavagiste ou la colonne Vend&#244;me m&#233;riteraient bien d'&#234;tre mis &#224; bas&#8230; Mais un probl&#232;me se pose : sur qui chieront les pigeons ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Make fascism great again&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2026 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH429/-306-2ced6.jpg?1782651865' width='400' height='429' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Soulci&#233;.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;N&#233;onazi = abruti&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'occasion d'un d&#233;bat &#233;lectoral r&#233;unissant quatre candidats &#224; la mairie de V&#246;lklingen en Allemagne, la candidate d'un parti satirique a voulu taquiner le candidat d'extr&#234;me droite. Et lui a signal&#233; que, &#171; &lt;i&gt; &#224; V&#246;lklingen, les num&#233;ros de maisons&lt;/i&gt; [&#233;taient] &lt;i&gt;en chiffres arabes&lt;/i&gt; &#187;. Malgr&#233; l'hilarit&#233; du public, le candidat du NPD a r&#233;pondu gravement : &#171; &lt;i&gt;Attendez que je devienne maire. Je vais changer &#231;a. Il y aura des chiffres normaux.&lt;/i&gt; &#187; En caract&#232;res gothiques, certainement ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;M&#233;t&#233;o des plages&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2025 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH610/-305-6e6f2.jpg?1782643659' width='400' height='610' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Soulci&#233;.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Si&#232;cle des Lumi&#232;res&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En Turquie, Tolgay Demir, pr&#233;sident d'une branche jeunesse de l'AKP
(parti islamiste au pouvoir) d'un district d'Istanbul, a pr&#233;tendu que la terre &#233;tait plate et que ceux soutenant le contraire &#233;taient des francs-ma&#231;ons. Cas isol&#233; ? Malheureusement pas. &#171; &lt;i&gt; En accord avec les valeurs turques&lt;/i&gt; &#187;, le conseil de l'enseignement a d&#233;cid&#233; de retirer des manuels de troisi&#232;me la th&#233;orie de l'&#233;volution, jug&#233;e &#171; &lt;i&gt;trop compliqu&#233;e &#224; comprendre pour les &#233;l&#232;ves&lt;/i&gt; &#187;. La facult&#233; de m&#233;decine de Marmara a &#233;galement supprim&#233; les r&#233;f&#233;rences aux th&#233;ories de Darwin de ses programmes. Et Abdurrahman Dilipak, intellectuel organique de l'AKP, a s&#233;rieusement d&#233;clar&#233; que le Vatican, organisait &#171; &lt;i&gt;des escouades d'esprits malins &lt;/i&gt; (des djinns) &#187;. Jusqu'au maire d'Ankara, Melih G&#246;k&#231;ek, qui a expliqu&#233; que les tremblements
de terre &#233;taient dus &#224; un complot &#233;tranger. Obscurantisme ou d&#233;construction d&#233;coloniale du savoir ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les petits gestes qui comptent&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2029 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH359/-309-86090.jpg?1782651865' width='400' height='359' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Nicolas de la Casini&#232;re.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Question de syntaxe &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;35 euros pour &#233;couter Renaud &#224; la F&#234;te de l'Huma, c'est en gros le prix de l'abonnement pour notre journal qui pr&#233;f&#232;re embraser les flics.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'invasion des terrasses volantes : Airbnb contre Barcelone</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/L-invasion-des-terrasses-volantes</link>
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		<dc:date>2015-11-20T18:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec, Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Ferdinand Cazalis</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Ville</dc:subject>
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		<dc:subject>agglom&#233;ration d'immeubles</dc:subject>
		<dc:subject>limpides ondes</dc:subject>
		<dc:subject>ondes azur&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>c&#244;te nord-est</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les 7,5 millions de touristes visitant chaque ann&#233;e Barcelone semblent un cadeau tomb&#233; du ciel par avions low-cost pour l'&#233;conomie locale. Comment la nouvelle mairie combat-elle la &#171; touristification &#187;, qui pousse les habitants &#224; abandonner leur vie de quartier aux promoteurs et &#224; la fr&#233;n&#233;sie locative des usagers d'Airbnb ? &#171; Sur les limpides ondes azur&#233;es de la M&#233;diterran&#233;e, vers la c&#244;te nord-est de l'Espagne, se d&#233;tache une grande agglom&#233;ration d'immeubles. Contrastant avec les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no137-novembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;137 (novembre 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ferdinand-Cazalis-190" rel="tag"&gt;Ferdinand Cazalis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mairie" rel="tag"&gt;mairie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartier" rel="tag"&gt;quartier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Barcelone" rel="tag"&gt;Barcelone&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tourisme" rel="tag"&gt;tourisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/agglomeration-d-immeubles" rel="tag"&gt;agglom&#233;ration d'immeubles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/limpides-ondes" rel="tag"&gt;limpides ondes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/ondes-azurees" rel="tag"&gt;ondes azur&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cote-nord-est" rel="tag"&gt;c&#244;te nord-est&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les 7,5 millions de touristes visitant chaque ann&#233;e Barcelone semblent un cadeau tomb&#233; du ciel par avions &lt;i&gt;low-cost&lt;/i&gt; pour l'&#233;conomie locale. Comment la nouvelle mairie combat-elle la &#171; touristification &#187;, qui pousse les habitants &#224; abandonner leur vie de quartier aux promoteurs et &#224; la fr&#233;n&#233;sie locative des usagers d'Airbnb ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Sur les limpides ondes azur&#233;es de la M&#233;diterran&#233;e, vers la c&#244;te nord-est de l'Espagne, se d&#233;tache une grande agglom&#233;ration d'immeubles. Contrastant avec les innombrables clochers de campagne, des monuments, et plus sp&#233;cialement des chemin&#233;es d'usine d&#233;montrent &#224; l'horizon que nous approchons non seulement d'une grande m&#233;tropole, mais d'un immense centre commercial. C'est Barcelone, la puissante rivale de Marseille et de G&#234;nes&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le port de Barcelone &#187;,&lt;i&gt; Dun's Review International&lt;/i&gt;, Mairie de Barcelone, Commission pour l'attraction des &#233;trangers et des touristes, 1905.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1604 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/barcelonecqfd1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/barcelonecqfd1-ecbda.jpg?1783097594' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferdinand Cazalis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis le 24 mai 2015&lt;/strong&gt;, la mairie de Barcelone a une dr&#244;le d'architecture. Celles et ceux qui ont remport&#233; le plus grand nombre de suffrages n'ont aucune exp&#233;rience dans les institutions politiques, n'ont pas poli les bancs des grandes &#233;coles. Des gens de la rue plut&#244;t, des militant.e.s de terrain dont le combat farouche contre les expulsions de logement ou pour les droits des d&#233;munis a s&#233;duit les &#233;lecteurs pr&#233;caris&#233;s de la cit&#233; catalane. Les 25% de voix r&#233;colt&#233;es par la liste Barcelona en Com&#250;, men&#233;e par Ada Colau (jusque-l&#224; porte-parole de la PAH&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plataforma de afectados por la hipoteca, association de familles ruin&#233;es et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;), ne permettent cependant pas la majorit&#233; absolue. L'&#233;quipe doit faire face &#224; l'opposition de la classe politicienne classique et des puissants entrepreneurs de la ville la plus riche de l'&#201;tat espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, Ada claque la bise aux employ&#233;s municipaux en arrivant le matin, tu verrais leur t&#234;te !&lt;/i&gt;, sourit une de ses camarades squatteuses des premiers temps. &lt;i&gt;Elle leur a ouvert les &#233;tages jusqu'ici r&#233;serv&#233;s aux notables. Et quand de dr&#244;les d'&#233;nergum&#232;nes comme moi passent la porte, c'est les flics de l'entr&#233;e qui tirent la tronche.&lt;/i&gt; &#187; Au-del&#224; de ce changement d'ambiance des plus heureux, la nouvelle &#233;quipe doit r&#233;soudre l'impossible &#233;quation des vingt expulsions de logements par jour dans Barcelone, dont 85% dues &#224; des impay&#233;s de loyer, le reste concernant les propri&#233;taires victimes de la crise du cr&#233;dit, ou des occupations. Pour cela, l'une des premi&#232;res mesures, d&#233;sir&#233;e par certain-e-s et redout&#233;e par d'autres : imposer un moratoire sur les licences touristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Touristification &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Comme ailleurs, certains quartiers sont ici touch&#233;s par la gentrification&lt;/i&gt;, raconte Jaume, permanent de la Banc Expropriat, une banque occup&#233;e retap&#233;e en centre social dans le quartier de Gracia. &lt;i&gt;Le Centre d'art moderne qui tr&#244;ne sur le vieux quartier populaire du Raval en est un bon exemple, &#224; proximit&#233; de La Rambla. Autour de lui, les immigr&#233;-e-s, les familles pauvres et les prostitu&#233;-e-s sont peu &#224; peu remplac&#233;-e-s par des barbiers pour hipsters et des boutiques de v&#233;los vintage. Mais il y a un autre ph&#233;nom&#232;ne qui d&#233;truit les communaut&#233;s de voisins du centre : depuis plus de vingt ans, la ville est presque enti&#232;rement vou&#233;e au tourisme. Il nous manquait un mot pour expliquer ce ph&#233;nom&#232;ne. Du coup, on a pris l'habitude d'appeler &#231;a la &#8220;touristification&#8221;.&lt;/i&gt; &#187; D&#232;s le d&#233;but du XXe si&#232;cle, et sans interruption pendant le franquisme, Barcelone a mis&#233; sur le tourisme pour son d&#233;veloppement culturel et &#233;conomique. Une capitalisation de l'image et du r&#234;ve qui a su valoriser les &#339;uvres de l'architecte Gaud&#237;, les toiles de Picasso, son port m&#233;diterran&#233;en et son doux climat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Jeux olympiques de 1992, premier grand symbole de l'ouverture internationale de l'&#201;tat espagnol apr&#232;s la dictature, viennent parfaire ce mod&#232;le &#233;conomique. Le besoin de moderniser l'a&#233;roport, les gares ferroviaires et les infrastructures de loisirs donne un ch&#232;que en blanc aux urbanistes. La cr&#233;ation du village olympique permet de repenser le littoral en plantant des gratte-ciel sur une partie du quartier de p&#234;cheurs de La Barceloneta. Dans Poblenou, la zone d'habitation post-industrielle &#171; Icaria &#187; (r&#233;f&#233;rence au &lt;i&gt;Voyage en Icarie&lt;/i&gt; d'&#201;tienne Cabet, socialiste utopique fran&#231;ais du XIXe si&#232;cle) est ras&#233;e, pour accueillir un grand parc et des plages cr&#233;&#233;es de toutes pi&#232;ces en lieu et place d'autoconstructions et de bidonvilles. Le tout est dessin&#233; par l'agence MBM, les m&#234;mes architectes qui, forts de leur exp&#233;rience de b&#233;tonneurs, ont repens&#233; le port de Rio de Janeiro en pr&#233;vision des JO de 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 2000 et en pr&#233;paration du Forum international des cultures 2004, Poblenou est une nouvelle fois d&#233;poss&#233;d&#233; de son histoire avec le grand projet 22@ tourn&#233; vers les nouvelles technologies, le design et les m&#233;dias. Au pied des 150 m&#232;tres de la tour de bureaux Agbar, p&#233;nis g&#233;ant de l'architecte Jean Nouvel surplombant le quartier encore en chantier, P&#233;p&#233; a les cheveux aussi blancs que le ton ferme. &#171; &lt;i&gt;Ils ont continu&#233; la Diagonal,&lt;/i&gt; (art&#232;re principale de Barcelone) &lt;i&gt;jusqu'ici, en virant les gitans et les industries. Avec 22@, ils ont perc&#233; un nouveau quartier d'affaires : quel int&#233;r&#234;t pour les gens du quartier ?&lt;/i&gt; &#187; Gr&#226;ce &#224; une lutte des habitants du quartier rassembl&#233;s dans le collectif Fotut 2004 &#224; laquelle le vieil anarchiste a particip&#233; activement, la destruction a &#233;t&#233; limit&#233;e, et des jardins autog&#233;r&#233;s ont fleuri. &#171; I&lt;i&gt;l y a 5 ans, c'&#233;tait des travaux partout, tout le temps ! Heureusement, avec la crise, le bruit des grues s'est tu.&lt;/i&gt; &#187; Le silence du progr&#232;s sonne toujours trop tard. Les touristes, attir&#233;s par les sir&#232;nes du Forum des cultures de 2004, ont eu le temps de se laisser charmer par cette zone proche de la mer, moins dense que le centre-ville, et d&#233;di&#233;e &#224; leurs p&#232;lerinages. &#171; &lt;i&gt;M&#234;me la Rambla du quartier a &#233;t&#233; repens&#233;e et c&#233;d&#233;e aux bars et aux restaurants. On avait l'habitude de s'y promener et de s'y rencontrer. Maintenant, on doit zigzaguer entre les terrasses et les boutiques de souvenirs.&lt;/i&gt; &#187; Comme parachut&#233;es depuis les charters &#224; touristes, la ville grouille en effet de ces terrasses aux menus homog&#232;nes, qui enl&#232;vent chaque jour un peu plus de trottoir et privatisent l'espace public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 2007, en plein boom &#233;conomique, Barcelone anticipe les enjeux du marketing territorial, et son expertise de r&#233;am&#233;nagement s'exporte. &#171; &lt;i&gt;La marque Barcelone a un grand potentiel international, associ&#233;e &#224; la r&#233;ussite, l'innovation, le talent, la cr&#233;ativit&#233; et une position d'avant-garde&lt;/i&gt; &#187;, proclame fira-news, le site d'information de l'&#233;v&#233;nementiel local. Carte de visite en m&#234;me temps que laboratoire pour la classe cr&#233;ative qui la transforme &#224; folle allure, la ville post-JO cro&#238;t au rythme des grands &#233;v&#233;nements. Quand, dans les ann&#233;es 2000, les voyages &lt;i&gt;low-cost&lt;/i&gt; se multiplient et r&#233;volutionnent le tourisme international, tous les ingr&#233;dients sont r&#233;unis pour faire de Barcelone l'une des premi&#232;res destinations au monde, avec une augmentation constante : aujourd'hui, 7,5 millions de touristes g&#233;n&#232;rent 14% du PIB municipal. &#171; &lt;i&gt; Le PIB, c'est une chose, sa redistribution, c'en est une autre&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise Carlos, nouveau porte-parole de la PAH locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Cette &#233;conomie profite surtout aux grandes familles d'industriels de la construction et de l'h&#244;tellerie&lt;/i&gt;, relance Jes&#250;s du journal ind&#233;pendant catalan &lt;i&gt;La Directa&lt;/i&gt;.&lt;i&gt; Pour les autres, c'est des emplois pr&#233;caires de larbins, entre 3,5 et 5 euros de l'heure !&lt;/i&gt; &#187; &#201;conomie perverse : plus les gens travaillent pour am&#233;liorer l'offre d'accueil, plus ils font monter les prix de leur propre quotidien &#8211; loyers, &#233;piceries, restaurants... Les industriels, sachant jouer sur plusieurs terrains et botter en touche au bon moment, sortent grands gagnants de ces d&#233;cennies de terre br&#251;l&#233;e. Comme Josep N&#250;&#241;ez, pr&#233;sident du FC Barcelona de 1978 &#224; 2000, constructeur et h&#244;telier condamn&#233; &#224; six ans de prison l'an dernier pour avoir soudoy&#233; les agents du Fisc, mais toujours un pied dehors. Ou bien son successeur au Bar&#231;a, Joan Gaspart, ancien pr&#233;sident du Tourisme de la ville et directeur h&#244;telier du groupe Husa, endett&#233; &#224; hauteur de 150 millions d'euros et accus&#233; de ne pas avoir pay&#233; ses employ&#233;s pendant plusieurs mois, mais dont le d&#233;ficit vient d'&#234;tre rachet&#233; par de grandes banques nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monopoly&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mainmise des industriels du r&#234;ve qui explique pourquoi, en faisant du tourisme son premier cheval de bataille, la nouvelle mairie cherche &#224; taper l&#224; o&#249; &#231;a fait mal. Mais depuis le moratoire qu'elle a impos&#233; sur les licences touristiques, seuls 35 chantiers ont pu &#234;tre stopp&#233;s. 50 autres projets verront le jour. Les nouveaux squatteurs de la mairie n'ont par exemple rien pu faire contre le dernier projet lanc&#233; par N&#250;&#241;ez avant son jugement : un eni&#232;me h&#244;tel de luxe n&#233;goci&#233; avec l'ancienne mairie dans le quartier Arc de Triomf, en lieu et place de logements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1605 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/barcelonecqfd2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH371/barcelonecqfd2-7ae68.jpg?1783097594' width='500' height='371' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferdinand Cazalis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Idem pour la tour Banesto sur la Pla&#231;a Catalunya, pass&#233;e aux mains d'Amancio Ortega, proprio du groupe textile Inditex (Zara) et de la cha&#238;ne NH Hoteles, 3e fortune mondiale selon Forbes. L'aile droite abrite Apple pendant que le chantier d'h&#244;tel dans le b&#226;timent central bat son plein. &#171; &lt;i&gt; Cet immeuble est tr&#232;s symbolique pour le mouvement social,&lt;/i&gt; explique Jordi, militant squatteur de la premi&#232;re heure. &lt;i&gt;En septembre 2010, c'est la r&#233;forme du travail, les syndicats convoquent une gr&#232;ve et se font d&#233;border par les mouvements autonomes. On squatte alors l'actuel Apple Store sur cette place pendant trois jours. Des ami.e.s descendent en rappel la tour Banesto pour d&#233;rouler une immense banderole : &#171; Ceci est une invitation &#224; lutter ensemble &#187;. On entame une &#8220;gr&#232;ve de la pr&#233;carit&#233;&#8221;, on installe des piquets mobiles et on questionne le sens de la lutte avec les gens de la rue. L'ann&#233;e suivante, en 2011, c'est sur cette m&#234;me place, d'habitude r&#233;serv&#233;e aux pigeons et aux touristes, que se sont retrouv&#233;s les manifestants du 15-M. On a occup&#233; les lieux et tenu t&#234;te &#224; la police qui nous encerclait. Il y avait un certain bonheur de r&#233;cup&#233;rer la Pla&#231;a Catalunya pour en faire une forteresse de la lutte.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la mairie est entre les mains de celles et ceux qui exprimaient leur col&#232;re dans la rue, mais la Place Catalunya est redevenue celle du pouvoir, des banques, des fast-foods et de Desigual. De l&#224;, press&#233;e et tournoyante, la foule plonge vers le grand axe de La Rambla, puis se d&#233;verse vers la mer, apr&#232;s avoir contourn&#233; la statue de Christophe Colomb pointant du doigt les colonies perdues des Am&#233;riques. Autrefois point de convergence, propice &#224; la rencontre des habitants de la ville, la grand-rue pi&#233;tonne est aujourd'hui fuie par les indig&#232;nes. 95 millions de passants l'ont travers&#233;e en 2014, soit 260 000 par jour, dont seulement 20% de Barcelonais. On y entend parler toutes les langues du monde, et le catalan, ailleurs courant et au centre de toutes les attentions dans ce moment de revendications ind&#233;pendantistes, prend les accents d'un &#233;trange dialecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Airbnb&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jordi a notamment particip&#233; aux luttes sur le logement depuis une dizaine d'ann&#233;es et a encore du mal &#224; croire au statut actuel de ses camarades. &#171; &lt;i&gt;Avant qu'elle soit maire, on a ouvert plusieurs squats avec Ada Colau. La semaine derni&#232;re, j'ai mang&#233; sur le toit de la mairie avec ma pote, Gala. Aujourd'hui, c'est la maire du district du centre-ville, qui va d'ici jusqu'en bas de La Rambla. Mais avant, c'&#233;tait une des adversaires les plus f&#233;roces de l'urbanisme municipal !&lt;/i&gt; &#187; Ces sept derni&#232;res ann&#233;es, Ciutat Vella, le quartier dont est responsable Gala Pin a perdu 9% de sa population &#8211; en m&#234;me temps que l'offre h&#244;teli&#232;re augmentait de 35%. Gala a une longue exp&#233;rience de ce qu'elle nomme &#171; &lt;i&gt; le tourisme pr&#233;dateur&lt;/i&gt; &#187;. Avant de prendre ses fonctions, elle &#233;tait une des actrices de cette forme de lutte de plus en plus courante dans l'&#201;tat espagnol, m&#234;lant associations de riverains et activistes radicaux. Elle a notamment partag&#233; le combat du comit&#233; d'habitants de l'Ostia contre la transformation du petit quartier portuaire de La Barceloneta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;-bas, la traditionnelle F&#234;te des p&#234;cheurs n'a pas eu lieu cette ann&#233;e. Il y a 25 ans, les anciens de la rue des P&#234;cheurs avaient r&#233;cup&#233;r&#233; cette tradition, devenue avec le temps un rendez-vous incontournable de la Festa Major, puis l'un des symboles populaires de la lutte pour la pr&#233;servation du quartier. Aujourd'hui, les jeunes fuient plus haut dans la ville pour des logements moins chers, ou &#224; la p&#233;riph&#233;rie, l&#224; o&#249; le tourisme n'a pas encore avanc&#233; ses pions. Certains &#233;migrent vers d'autres villes, voire d'autres pays moins affect&#233;s par la crise. Ici, les petites surfaces habitables et la proximit&#233; de la mer ont &#233;t&#233; autant d'atouts pour les sous-locations saisonni&#232;res, d'abord, puis pour la transformation des habitations p&#233;rennes en appartements touristiques. &#171; &lt;i&gt;Un touriste de plus, un voisin de moins&lt;/i&gt; &#187;, a-t-on pris l'habitude de dire. Lou&#233;s &#224; la nuit, &#224; la semaine ou au mois &#224; de riches ou moins riches venus du monde entier, les biens immobiliers rapportent plus aux propri&#233;taires qu'une location &#224; l'ann&#233;e &#224; des familles du coin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Beaucoup de gens font face &#224; la crise gr&#226;ce &#224; Airbnb&lt;/i&gt;, avoue Arnau, photographe freelance et pr&#233;caire. &lt;i&gt;Tu peux louer une pi&#232;ce chez toi et aller dormir chez des potes, et vu qu'il n'y a pas de boulot, c'est tentant de laisser ton appart libre pour te faire jusqu'&#224; 1 500 euros en un mois.&lt;/i&gt; &#187; Apr&#232;s les vols &lt;i&gt;low-cost&lt;/i&gt;, les smartphones et Internet ont marqu&#233; la seconde r&#233;volution industrielle du tourisme. Une r&#233;ponse bricol&#233;e &#224; la crise. Un compl&#233;ment de revenus au prix de s'exiler de chez soi, de voir sa communaut&#233; de quartier dissoute et de ne pas agir sur les causes de la crise : d&#233;r&#233;gulation du march&#233;, non taxation des transactions immobili&#232;res, sp&#233;culation locative et captation des valeurs d'entraide et de convivialit&#233; par les g&#233;ants du net.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau directeur marketing d'Airbnb, transfuge d'Easyjet, d&#233;fend pourtant le mod&#232;le &#171; &lt;i&gt;convivial de l'&#233;conomie du partage&lt;/i&gt; &#187; de la firme, plateforme en ligne cens&#233;e r&#233;inventer le tourisme en permettant aux voyageurs de dormir chez l'habitant : &#171; &lt;i&gt;Nous g&#233;n&#233;rons des exp&#233;riences r&#233;elles, &#233;motionnelles, entre h&#244;tes, offrant la possibilit&#233; de vivre comme des locaux, gr&#226;ce &#224; la technologie. Le plus important est notre capacit&#233; &#224; construire une communaut&#233;, qui est d&#233;j&#224; devenue la premi&#232;re aire de voyage de la plan&#232;te, mettant en contact h&#233;bergeurs et visiteurs, dans une ambiance de confiance, en minimisant les risques gr&#226;ce &#224; la technologie.&lt;/i&gt; &#187; (hosteltur.com, 1/7/15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s le site ind&#233;pendant InsidAirbnb, qui tente de synth&#233;tiser et de rendre publiques les donn&#233;es d'Airbnb, 55% des annonces barcelonaises sont le fait de multipropri&#233;taires. Certains vont m&#234;me jusqu'&#224; proposer 30, 50, voire 70 logements. Pour le comit&#233; de quartier de l'Ostia, &#171; &lt;i&gt;un appartement touristique perd de vue la fonction sociale du logement pour devenir un commerce&lt;/i&gt; &#187;. L&#224; o&#249; la gentrification voit pousser des vendeurs de smoothies ou des &#233;piceries bio sur les cendres des squats et &#224; l'ombre des centres d'art, la touristification plante des restos paella &amp; sangria et des boutiques de castagnettes en plastique sur les d&#233;combres des espaces de sociabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la mairie, les appartements touristiques ont augment&#233; de 60% en cinq ans pour arriver au chiffre de 10 000, &#171; &lt;i&gt;s&#251;rement le triple, &#233;tant donn&#233; que tr&#232;s peu d'entre eux se d&#233;clarent aux autorit&#233;s de surveillance du tourisme&lt;/i&gt; &#187;. Face &#224; cela, l'&#233;quipe d'Ada Colau plaide pour une redistribution des b&#233;n&#233;fices g&#233;n&#233;r&#233;s pour am&#233;liorer les services publics, accompagn&#233;e d'une responsabilisation des touristes comme usagers de la ville au m&#234;me titre que ses habitants. &#192; San Francisco, ville de la Silicon Valley et des nouvelles technologies, la &#171; Proposition F &#187; cherche aussi &#224; calmer les ardeurs d'Airbnb. Un r&#233;f&#233;rendum est propos&#233; le 3 novembre aux habitants pour r&#233;guler les transactions locatives. En r&#233;ponse, le site a lanc&#233; une campagne de pub avec pour message : &#171; &lt;i&gt;Ch&#232;res biblioth&#232;ques, nous esp&#233;rons que vous utiliserez un peu de nos 12 millions de dollars de taxe de s&#233;jour pour ouvrir vos &#233;tablissements un peu plus tard le soir.&lt;/i&gt; &#187; Ou quand les serpents de l'&#201;tat et du progr&#232;s se mordent la queue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand partage annonc&#233; par les nouvelles technologies ouvre les portes de son cheval de Troie : l&#224; o&#249; existaient des &#233;conomies locales et des syst&#232;mes coop&#233;ratifs &#233;mergent des march&#233;s globaux g&#233;n&#233;rateurs de pr&#233;carit&#233; et d'in&#233;galit&#233;s sociales, comme en t&#233;moignent les cas d'Uber, de Blablacar ou d'Airbnb. A Barcelone comme ailleurs, les seuls quartiers &#224; m&#234;me de r&#233;sister &#224; la confiscation de leur ville sont ceux qui s'organisent aujourd'hui autour de comit&#233;s de quartier et de mouvements de lutte pour le logement. Pour Gala Pin, conseill&#232;re municipale de Barcelona en Com&#250; et responsable de l'arrondissement le plus touristique de la ville, Airbnb &#171; &lt;i&gt;est le fruit d'un mod&#232;le global, totalement hors de contr&#244;le.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Nous n'arriverons &#224; rien sans l'implication des habitants et des comit&#233;s de quartier&lt;/i&gt; &#187; (eldiario.es 8/10/15).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1606 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/barcelonecqfd3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH400/barcelonecqfd3-6d84d.jpg?1783097594' width='500' height='400' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferdinand Cazalis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plataforma de afectados por la hipoteca, association de familles ruin&#233;es et expuls&#233;es de leur logement par les banques. Pr&#233;sente dans plus de 240 quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Si tu ne d&#233;construis pas le genre, il ne peut pas y avoir de r&#233;volution. &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Si-tu-ne-deconstruis-pas-le-genre</link>
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		<dc:date>2015-02-08T04:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Norrito</dc:creator>


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		<dc:subject>Subutex</dc:subject>
		<dc:subject>Virginie Despentes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; La vie se joue souvent en deux manches : dans un premier temps, elle t'endort en te faisant croire que tu g&#232;res, et sur la deuxi&#232;me partie, elle repasse les plats et te d&#233;fonce. &#187; L'auteure de King Kong Th&#233;orie revient avec une trilogie trash, les aventures de Vernon Subutex. Rencontre avec Virginie Despentes. Nicolas Norrito : Ton nouveau roman fait 396&#8200;pages, tu ne nous avais pas habitu&#233;s &#224; si long ; or tu pr&#233;pares un tome&#8200;2 et m&#234;me un tome&#8200;3 ! Quelle est la gen&#232;se de ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no128-janvier-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;128 (janvier 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Culture" rel="tag"&gt;Culture&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La vie se joue souvent en deux manches : dans un premier temps, elle t'endort en te faisant croire que tu g&#232;res, et sur la deuxi&#232;me partie, elle repasse les plats et te d&#233;fonce.&lt;/i&gt; &#187; L'auteure de &lt;i&gt;King Kong Th&#233;orie&lt;/i&gt; revient avec une trilogie trash, les aventures de Vernon Subutex. Rencontre avec Virginie Despentes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1343 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH599/p16-despentesnb_jfpaga_c_grasset-bcf14.jpg?1782646043' width='400' height='599' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo : JFPAGA&#169;Grasset.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Norrito : Ton nouveau roman fait 396&#8200;pages, tu ne nous avais pas habitu&#233;s &#224; si long ; or tu pr&#233;pares un tome&#8200;2 et m&#234;me un tome&#8200;3 ! Quelle est la gen&#232;se de ce r&#233;cit-fleuve ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Virginie Despentes :&lt;/strong&gt; En fait, les deux premiers tomes sont &#233;crits. J'ai commenc&#233; &#224; r&#233;diger sans me poser de questions puisque j'avais mon histoire : un mec perd son appart, il &#233;tait disquaire, il sombre progressivement dans la clochardisation. Au bout de quelques semaines, j'avais 1 400 pages ! J'ai coup&#233; pour arriver &#224; 600-800, l'&#233;diteur m'a alors conseill&#233;e de faire deux tomes. En finissant le tome&#8200;2, j'ai compris qu'il me faudrait un tome&#8200;3, je vais me lancer dans la r&#233;daction maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les titres de tous tes livres sont incisifs et excellents. Subutex, je vois bien. Mais Vernon, c'est une r&#233;f&#233;rence &#224; Vian et &#224; son pseudonyme Vernon Sullivan ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un hasard. Vernon Subutex, c'&#233;tait le nom de mon avatar sur Facebook. Originellement, c'&#233;tait pour regarder ce qui se passait sur Facebook, puisque Coralie [Trinh Thi] animait la page de &lt;i&gt;Bye-bye Blondie&lt;/i&gt; et je voulais pouvoir lui envoyer des messages en priv&#233;, et finalement je suis tomb&#233;e dans Facebook&#8230; J'ai conserv&#233; le nom. Vernon Subutex, c'est un peu comme &#171; Despentes &#187;, ce pseudo qui me suit depuis les pentes de Lyon, il y a plus de vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'exception d'une &#233;chapp&#233;e &#224; Barcelone, tout ton roman se d&#233;roule &#224; Paris. Barcelone fait d'ailleurs l'objet d'un excellent chapitre avec un face-&#224;-face entre A&#239;cha et la Hy&#232;ne, h&#233;ro&#239;ne r&#233;currente puisqu'elle apparaissait d&#233;j&#224; dans &lt;i&gt;Apocalypse b&#233;b&#233;&lt;/i&gt;. Cette escapade &#224; Barcelone colle avec ta vie, non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, c'est ma vie. Pour moi, il est tr&#232;s important d'&#234;tre souvent en Espagne, &#224; Madrid notamment, et en Catalogne. La situation politique est tellement diff&#233;rente. J'ai v&#233;cu trois ans &#224; Barcelone, j'ai &#233;crit pratiquement tout Vernon Subutex l&#224;-bas. Pendant les occupations, j'&#233;tais sur place, &#231;a a &#233;branl&#233; mon pessimisme habituel. Au-del&#224; des partis politiques, qu'on peut critiquer, y compris Podemos, il y a une place importante, au sein de la soci&#233;t&#233;, pour les assembl&#233;es citoyennes, pour des initiatives alternatives et participatives. Donc oui, on a bien fait de discuter autant sur les places et dans les appartements. Pour moi, l'Espagne, c'est aussi une le&#231;on. En France, j'ai l'impression de vivre dans un pays dans la merde et en panne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si je te dis qu'il y a un c&#244;t&#233; balzacien&#8200;2.&#8200;0. dans ton r&#233;cit, tu en penses quoi ? La Com&#233;die humaine du XXIe&#8200;si&#232;cle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre un peu plus punk que Balzac&#8230; Sauf pour l'&#233;criture qui d&#233;roule le r&#233;cit de fa&#231;on quasi automatique. L'id&#233;e, c'est que tout le monde puisse me comprendre. Je ne fais pas de belles phrases, j'essaie d'&#234;tre intelligible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu racontes les p&#233;r&#233;grinations de personnages ambitieux ou d&#233;class&#233;s dans les bas-fonds parisiens. Il semble y avoir une forte dimension autobiographique dans toute ta galerie de personnages. O&#249; se cache Virginie Despentes ? Chez Lydia ? Chez Alex ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les personnages, il y a quelque chose qui me ressemble un peu, m&#234;me chez les plus &#233;loign&#233;s. C'est un point d'ancrage qui me permet de dresser des portraits. Patrice et Kiko, ce n'est pas moi, mais j'entre dans chaque personnage par une donn&#233;e biographique que je d&#233;veloppe ensuite &#224; la mani&#232;re d'un collage, en fonction de choses que j'ai pu observer, ou que je cr&#233;e. Il y a une anecdote, une fringue que je pique ici ou l&#224; mais je ne reproduis jamais totalement une personne r&#233;elle. Je me suis aussi interrog&#233;e sur le devenir de ces personnages, deux d&#233;cennies plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ta r&#233;f&#233;rence ultime en mati&#232;re de litt&#233;rature ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui,&lt;i&gt; Autant en emporte le vent&lt;/i&gt;. C'est un bouquin qui &#233;voque un monde qui meurt et un autre qui va na&#238;tre. Je l'ai lu &#224; 13 ans. N&#233;e dans un milieu de gauche, j'avais un peu honte en le lisant. Si j'&#233;tais black, je serais un peu &#233;nerv&#233;e que le livre et le film les plus connus sur la guerre de S&#233;cession soient celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Page 28, tu &#233;cris : &#171; &lt;i&gt;Maintenant c'est mort aux vaincus, m&#234;me dans le rock.&lt;/i&gt; &#187; C'est &#231;a, le monde qui meurt ? Quel est celui qui na&#238;tra, alors ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai 45 ans, j'ai grandi dans un autre horizon. On &#233;tait les h&#233;ritiers des ann&#233;es 1960. Le monde du travail de mes parents fonctionnaires est mort. Qui parle encore du service public et de toutes ces choses &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; et populaires ? De sant&#233; publique et d'&#233;ducation ? Ce sont des choses que je regrette, m&#234;me si certains points &#233;taient critiquables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;f&#233;rences musicales sont tr&#232;s nombreuses, de Fugazi &#224; Bad Brains en passant par Einst&#252;rzende Neubauten, les Thugs, La Souris d&#233;glingu&#233;e. Tous les lecteurs ne vont pas te suivre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on ne situe pas tous ces groupes, ce n'est pas grave. C'est comme quand moi je lis du latin, cela ne m'arr&#234;te pas forc&#233;ment, m&#234;me si je ne le comprends pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'ailleurs tu reprends une citation d'Horace en &#233;pigraphe !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Non omnis moriar&lt;/i&gt; &#187; (&#171; &lt;i&gt;Je ne mourrai pas tout entier&lt;/i&gt; &#187;), c'est le tatouage de ma fianc&#233;e, c'&#233;tait une fa&#231;on de la saluer sans mentionner son nom. Elle est tr&#232;s latiniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu parles beaucoup de d&#233;fonce dans ton livre et pourtant, depuis le d&#233;but de l'entretien, tu ne bois que du gingembre&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu beaucoup de drogues et d'alcool dans ma vie, autour de moi. J'observe ce que boivent les gens, cela m'aide &#224; les d&#233;finir et &#224; cibler leur comportement. Plus loin dans le livre, je m'int&#233;resse au lien entre politique et d&#233;fonce. La coke puis l'h&#233;ro&#239;ne peuvent te d&#233;truire un mouvement en quelques semaines. On n'a peut-&#234;tre pas assez r&#233;fl&#233;chi &#224; la place de la d&#233;fonce dans le milieu alternatif. &#199;a semble un sujet tabou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as r&#233;alis&#233; deux films et un documentaire. Tu penses revenir au cin&#233;ma ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aime bien faire des films. &lt;i&gt;Bye-bye Blondie&lt;/i&gt;, c'est une bluette, mais j'&#233;tais contente de la faire comme cela. J'aimerais faire un documentaire sur les prisons de filles et adapter un bouquin qui s'appelle &lt;i&gt;Girlfight&lt;/i&gt;, d'Audrey Chenu, une ancienne dealeuse devenue instit. Ce que j'aimerais aussi filmer, ce sont des meufs tatou&#233;es qui font de la moto, elles me plaisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur la prison, tu as fait un portrait-interview de Sylvie Piciotti&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In Observatoire international des prisons, Pass&#233;s par la case prison, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, la compagne de Christophe Khider, qui l'a aid&#233; &#224; s'&#233;vader.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prison, &#231;a m'int&#233;resse. C'est pour moi comme le viol. On fait comme si c'&#233;tait quelque chose d'ext&#233;rieur alors que c'est au centre de tout. La prison d&#233;finit le capitalisme ultralib&#233;ral. En regardant la prison, tu r&#233;sumes la soci&#233;t&#233;, c'est son miroir, on y voit ce qu'on fait des pauvres, comment on les contr&#244;le, comme on les g&#232;re racialement et en termes de genre. J'avais ador&#233; un bouquin qui s'appelle &lt;i&gt;9&#8200;m2&lt;/i&gt; de Vanessa Cosnefroy. Pour comprendre la f&#233;minit&#233;, regarde les prisons de femmes. Personne ne vient au parloir. B&#233;atrice Dalle m'a beaucoup ouvert les yeux sur la question. Et Angela Davis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont tes auteurs f&#233;tiches ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selby et Bukowski, &#233;videmment ! Bukowski me tient toujours compagnie. Quand &#231;a ne va pas, il me remet sur pied, je le relis souvent. Mais je lis aussi Roberto Bola&#241;o (&lt;i&gt;2666&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les D&#233;tectives sauvages&lt;/i&gt;), Castellanos Moya (&lt;i&gt;Le D&#233;go&#251;t&lt;/i&gt;, texte court et intense). L&#224; je suis en train de lire Padura, c'est bien ! Le probl&#232;me avec les auteurs sud-am&#233;ricains, c'est qu'ils portent avec eux beaucoup de douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En juillet dernier, pour &lt;i&gt;Le Monde des Livres&lt;/i&gt;, avec Beatriz Preciado, tu as sign&#233; une recension du livre &lt;i&gt;Caliban et la Sorci&#232;re&lt;/i&gt; (&#233;ditions Entremonde) de la penseuse f&#233;ministe marxiste Silvia Federici. Peux-tu m'en dire davantage sur les philosophes du genre qui ont nourri ta r&#233;flexion ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Judith Butler a beaucoup compt&#233;. Tout comme Donna Haraway. Mais paradoxalement, elles m'ont davantage influenc&#233;e lors de s&#233;minaires de trois jours &#224; Barcelone que par la lecture de leurs livres. Gr&#226;ce &#224; l'oralit&#233; et au collectif, tu sors du s&#233;minaire en te disant que tu n'es plus la m&#234;me personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qui porte sur le genre m'int&#233;resse. Les manifs antigays m'ont crisp&#233;e. Si tu ne d&#233;construis pas le genre, il ne peut pas y avoir de r&#233;volution. Tu peux toucher au genre et te planter, mais si tu n'y touches pas, il ne se passera rien, parce que les rapports de production ne changeront pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concr&#232;tement, on touche comment au genre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; n'est pas obligatoire. Deuxi&#232;mement, il faut s'interroger sur la virilit&#233;, sur le guerrier, sur l'ouvrier le poing lev&#233;. Les mecs, interrogez-vous sur la violence, sur le viol, sur les repr&#233;sentations o&#249; vous apparaissez cagoul&#233;s, et qui vous font bander. Cassez les codes de la virilit&#233; ! Mettez des mini-jupes, des talons, du rouge &#224; l&#232;vres. Sortez du carcan de fa&#231;on m&#234;me ludique. Va &#224; la prochaine manif antifa en mini-jupe, tu verras, tu n'en seras pas moins efficace !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1342 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH556/p16-despentes_vernon-1-ex-9c727.jpg?1782674740' width='400' height='556' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;In Observatoire international des prisons, &lt;i&gt;Pass&#233;s par la case prison&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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