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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Usine squatt&#233;e &#224; Montreuil : des p&#234;ches et du benz&#232;ne</title>
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		<dc:creator>Antonin Padovani</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Depuis septembre 2020, des habitant&#183;es de Montreuil ont investi une ancienne usine vou&#233;e &#224; la d&#233;molition. L'enjeu est double : tenir les promoteurs immobiliers &#224; distance et &#233;viter une potentielle catastrophe &#233;cologique et sanitaire. Riverain&#183;es et occupant&#183;es estiment en effet que le projet de d&#233;pollution du sol, qui renferme hydrocarbures et composants volatiles, est loin de prendre en compte tous les risques. Ne se contentant pas de squatter, les occupant&#183;es ont aussi d&#233;velopp&#233; dans les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no210-juin-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;210 (juin 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-usine" rel="tag"&gt;l'usine&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vendredi" rel="tag"&gt;vendredi&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chik" rel="tag"&gt;Chik&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis septembre 2020, des habitant&#183;es de Montreuil ont investi une ancienne usine vou&#233;e &#224; la d&#233;molition. L'enjeu est double : tenir les promoteurs immobiliers &#224; distance et &#233;viter une potentielle catastrophe &#233;cologique et sanitaire. Riverain&#183;es et occupant&#183;es estiment en effet que le projet de d&#233;pollution du sol, qui renferme hydrocarbures et composants volatiles, est loin de prendre en compte tous les risques. Ne se contentant pas de squatter, les occupant&#183;es ont aussi d&#233;velopp&#233; dans les lieux tout un tas d'activit&#233;s vitales pour la collectivit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4611 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200murapa_ches_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH667/1200murapa_ches_resultat-59b2d.jpg?1782957620' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Affiche sign&#233;e Chik
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 18 mai. Sur le parvis de la mairie de Montreuil (Seine-Saint-Denis), tandis qu'une piste de tango s'improvise, fleurissent dans les arbres et sur le mobilier urbain banderoles et affiches color&#233;es d&#233;fendant l'occupation de l'ancienne usine textile EIF par un collectif aujourd'hui compos&#233; d'une quarantaine d'habitant&#183;es. L'heure est &#224; la mobilisation : apr&#232;s une plainte d&#233;pos&#233;e par la mairie de Montreuil&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contact&#233;e par la r&#233;daction, la municipalit&#233; n'a pas souhait&#233; communiquer sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; (dirig&#233;e par le communiste Patrick Bessac), le tribunal de Bobigny a ordonn&#233; l' &#187; &lt;i&gt;expulsion sans d&#233;lai ni solution de relogement&lt;/i&gt; &#187; des occupant&#183;es &#8211; d&#233;cision confirm&#233;e le 20 mai dernier par la cour d'appel de Paris. &#171; &lt;i&gt;La mairie nous traite comme des activistes, et nous attaque en tant que tels devant les tribunaux&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les collectifs dont il est ici question ont demand&#233; que les paroles de leurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;, s'insurge une membre du collectif qui squatte l'usine, venue remettre au maire un dossier d&#233;taillant sur 130 pages les bienfaits de leur pr&#233;sence. &#171; &lt;i&gt;Ils esp&#232;rent balayer d'un revers de main nos droits, c'est pour &#231;a que nous sommes l&#224; aujourd'hui, pour protester.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis septembre 2020, l'usine est occup&#233;e afin d'entraver la d&#233;molition de cette b&#226;tisse de 5 000 m&lt;sup&gt;&#178;&lt;/sup&gt; situ&#233;e dans le quartier embl&#233;matique des Murs-&#224;-P&#234;ches. Enjeu num&#233;ro 1 : emp&#234;cher que ce fleuron du patrimoine ouvrier montreuillois ne tombe entre les mains d'un promoteur immobilier. Enjeu num&#233;ro 2 : &#233;viter la catastrophe &#233;cologique et sanitaire annonc&#233;e. Le sol de l'usine renferme en effet un cocktail particuli&#232;rement concentr&#233; d'hydrocarbures et de deux composants volatiles canc&#233;rig&#232;nes, le trichlor&#233;thyl&#232;ne et le benz&#232;ne. Or, le projet de d&#233;pollution pour lequel ont opt&#233; la mairie et l'&#201;tablissement public foncier d'&#206;le-de-France (Epfif), propri&#233;taire du b&#226;timent, ne convainc pas les habitant&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;D'un combat &#224; l'autre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rembobinons. Depuis quatre ans, le site d'EIF est devenue l'enjeu central d' une mobilisation plus large pour la pr&#233;servation des murs &#224; p&#234;ches &#8211; d'anciennes parcelles mara&#238;ch&#232;res qui ont donn&#233; leur nom au quartier, et dont les fameux murs permettaient la culture de fruits &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;exotiques pour la r&#233;gion parisienne. Ce site, d&#233;sormais class&#233;, fait l'objet depuis une trentaine d'ann&#233;es d'une lutte active pour sa pr&#233;servation, l'endroit repr&#233;sentant aujourd'hui une oasis de nature au c&#339;ur d'un espace urbain satur&#233;. Or, en 2013, dans la dynamique du Grand Paris&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Projet contest&#233; de m&#233;tropolisation de l'agglom&#233;ration parisienne. Lire &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, l'&#201;tablissement public foncier d'&#206;le-de-France rach&#232;te l'usine, et deux hectares de m&#251;rs &#224; p&#234;ches adjacents. Une premi&#232;re &#233;tude sur la pollution des sols fait &#233;tat d'une situation grave. Ce qui n'emp&#234;che pas l'Epfif et la mairie de louer une partie du site &#224; des entrepreneurs, et m&#234;me de l'inscrire en 2016 sur l'appel &#224; projet &#171; Inventons la m&#233;tropole du Grand Paris &#187;. En 2017, UrbanEra, une filiale de Bouygues immobilier, est retenue pour la reconversion. Son intention ? Construire en lieu et place de l'ancienne usine 80 logements et un h&#244;tel &#171; &#233;cologique &#187;. Face &#224; ce potentiel cheval de Troie pour l'urbanisation de la zone, une grande mobilisation populaire a lieu autour de la F&#233;d&#233;ration des Murs-&#224;-P&#234;ches, qui regroupe l'ensemble des acteurs du site. Le 20 mai 2018, environ 2 000 personnes marchent vers la mairie pour contester le projet de Bouygues... qui dispara&#238;t des radars peu de temps apr&#232;s. Visiblement mal &#224; l'aise, la mairie ne donne aucune pr&#233;cision sur ce qui s'est jou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra attendre le printemps 2020 pour qu'elle finisse par communiquer, non pas sur l'enterrement du projet de Bouygues, mais sur sa volont&#233; de rassembler les acteurs des Murs-&#224;-P&#234;ches et de reprendre la main, via l'Epfif, sur la d&#233;pollution. &#192; l'&#233;t&#233;, les entrepreneurs auxquels la mairie louait des bouts d'usine sont pri&#233;s de quitter le site. La municipalit&#233; planifie dans la foul&#233;e et &#224; la va-vite la d&#233;molition d'EIF sur la base du sch&#233;ma de d&#233;pollution pens&#233; dans le projet de Bouygues, sans aucune garantie sanitaire, tout en commandant &#224; l'Agence r&#233;gionale de sant&#233; (ARS) une campagne de pr&#233;l&#232;vements chez les riverains pour estimer et suivre l'impact de la pollution &#224; l'ext&#233;rieur du site.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Habitant&#183;es mobilis&#233;&#183;es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que na&#238;t, en juin 2020, l'association Restes ensemble, fond&#233;e par les riverain&#183;es voisin&#183;es de l'usine, inquiet&#183;es apr&#232;s que la mairie a annonc&#233; l'existence de forts taux de pollution. &#171; &lt;i&gt;Une de nos revendications, c'&#233;tait que les travaux ne d&#233;butent pas sans une enqu&#234;te pr&#233;liminaire pour conna&#238;tre les &#233;ventuels impacts de la pollution&lt;/i&gt; &#187;, nous explique un des membres de l'association. D'autant que &#171; &lt;i&gt;le plan de d&#233;pollution ne prenait absolument pas en compte la potentielle contamination du voisinage ni la dangerosit&#233; des op&#233;rations de d&#233;pollution en elles-m&#234;mes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur angoisse ? Qu' &#187; &lt;i&gt;en cas d'accident lors de la d&#233;molition, il n'y ait aucun moyen de prouver que les variations de pollution sont li&#233;es aux travaux. On s'est donn&#233; comme but principal non pas de s'opposer &#224; la d&#233;pollution, mais d'obtenir des garanties pour qu'elle se fasse dans un objectif de sant&#233; publique&lt;/i&gt; &#187;, insistent les membres de Restes ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Squatter pour mieux prot&#233;ger&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 15 septembre 2020, un autre collectif, Garde la p&#234;che, prend possession des lieux, investissant les parties non pollu&#233;es de l'usine et contraignant la mairie &#224; ajourner les travaux de d&#233;molition qui devaient d&#233;buter fin octobre. Pour Restes ensemble, &#171; &lt;i&gt;sans l'occupation du site, les&lt;/i&gt; &lt;i&gt;travaux auraient d&#233;but&#233; par la d&#233;molition des b&#226;timents, ce qui aurait &#233;t&#233; une erreur gravissime&lt;/i&gt; &#187;. Le collectif saisit Environnement 93, qui f&#233;d&#232;re les associations de protection de l'environnement de Seine-Saint-Denis, et attaque le permis de d&#233;molir. En juillet 2021, l'Epfif demande finalement &#224; la mairie de le retirer. &#171; &lt;i&gt;Strat&#233;giquement, l'occupation du site &#233;tait vitale&lt;/i&gt; &#187;, en conclut Restes ensemble. Pas du go&#251;t de la mairie qui depuis, n'a cess&#233; de mener une guerre aveugle aux squatteur&#183;ses, jusqu'&#224; d&#233;poser une plainte pour &#171; mise en danger pour la vie d'autrui &#187;, pointant du doigt l'accueil d'&#233;v&#233;nements et d'h&#233;bergement sur un site pollu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face, les occupant&#183;es continuent &#224; esp&#233;rer &#171; &lt;i&gt;que les institutions, la mairie, ouvrent le dialogue m&#234;me si l'on construit ici des choses qui ne sont pas dans leur logique&lt;/i&gt; &#187;. C'est que ces dix-huit derniers mois, les squatteur&#183;ses n'ont pas ch&#244;m&#233;. En effet, depuis le d&#233;but de l'occupation de septembre 2020, l'usine rena&#238;t de ses cendres, accueillant spectacles, chorale militante, ateliers de ferronnerie, d'arts plastiques, de menuiserie, etc. Tout un &#233;cosyst&#232;me culturel f&#233;d&#233;r&#233; autour de la friche qui entend bien profiter du b&#226;timent et de ses espaces ext&#233;rieurs propices &#224; une cr&#233;ation libre et d&#233;connect&#233;e des logiques de l'industrie culturelle. Le collectif organise &#233;galement des r&#233;cup&#233;rations d'invendus bio, redistribu&#233;s &#224; des associations du quartier qui les servent lors de repas solidaires. Sans oublier que le lieu sert aussi &#224; l'occasion d'h&#233;bergement d'urgence. &#171; &lt;i&gt;Nous voulons que la mairie reconnaisse la r&#233;alit&#233; du travail social, culturel, populaire et non institutionnel qui existe ici,&lt;/i&gt; d&#233;fendent les occupant&#183;es. &lt;i&gt;Qu'elle reconnaisse la richesse de ce qui s'y passe&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Et de conclure : &#171; &lt;i&gt;Cette usine doit appartenir &#224; tout ce tissu d&#233;j&#224; en place&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Antonin Padovani&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Contact&#233;e par la r&#233;daction, la municipalit&#233; n'a pas souhait&#233; communiquer sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les collectifs dont il est ici question ont demand&#233; que les paroles de leurs membres soient restitu&#233;es collectivement et non individuellement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Projet contest&#233; de m&#233;tropolisation de l'agglom&#233;ration parisienne. Lire &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Tout-le-monde-deteste-le-Grand' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Tout le monde d&#233;teste le Grand Paris &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 162 (f&#233;vrier 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En Bretagne, Big Brother la joue discret</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/En-Bretagne-Big-Brother-la-joue</link>
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		<dc:date>2020-01-16T23:15:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Marine Summercity</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>l'exp&#233;rimentation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En juin dernier, la mairie de Lannion (C&#244;tes-d'Armor) annon&#231;ait vouloir &#233;quiper la ville de capteurs &#224; smartphones capables de suivre &#224; la trace les trajets exacts des pi&#233;tons. Depuis, plus un mot sur la question. L'exp&#233;rience a-t-elle seulement eu lieu ? Reportage. Au pied des vieilles maisons &#224; colombages, un march&#233; de No&#235;l encombr&#233; de circassiens mont&#233;s sur &#233;chasses et de marmots surexcit&#233;s. Bienvenue en Alsace ? Non. Le stand de galettes-saucisses tourne &#224; plein r&#233;gime et les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no183-janvier-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;183 (janvier 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marine-Summercity" rel="tag"&gt;Marine Summercity&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/projet" rel="tag"&gt;projet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mairie" rel="tag"&gt;mairie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/capteurs" rel="tag"&gt;capteurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/services-techniques" rel="tag"&gt;services techniques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Noel-encombre" rel="tag"&gt;No&#235;l encombr&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cnil" rel="tag"&gt;Cnil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/panneaux" rel="tag"&gt;panneaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-experimentation" rel="tag"&gt;l'exp&#233;rimentation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En juin dernier, la mairie de Lannion (C&#244;tes-d'Armor) annon&#231;ait vouloir &#233;quiper la ville de capteurs &#224; smartphones capables de suivre &#224; la trace les trajets exacts des pi&#233;tons. Depuis, plus un mot sur la question. L'exp&#233;rience a-t-elle seulement eu lieu ? Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3195 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1412.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH877/-1412-dd27c.jpg?1782717326' width='400' height='877' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marine Summercity
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;u pied des vieilles maisons &#224; colombages, un march&#233; de No&#235;l encombr&#233; de circassiens mont&#233;s sur &#233;chasses et de marmots surexcit&#233;s. Bienvenue en Alsace ? Non. Le stand de galettes-saucisses tourne &#224; plein r&#233;gime et les haut-parleurs crachotent en boucle le son d'un biniou enrou&#233;. Ici c'est Lannion, 20 000 habitants, au nord des C&#244;tes-d'Armor, en Bretagne. Avec ses parkings blind&#233;s et ses magasins qui d&#233;gueulent de monde, la ville a l'air de pulser. Joli &#233;cran de fum&#233;e qui dispara&#238;t une fois les f&#234;tes pass&#233;es. D'habitude, &#231;a fourmille moins. Beaucoup moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tellement moins qu'en 2016, un rapport de l'Inspection g&#233;n&#233;rale des finances affublait Lannion d'un bonnet d'&#226;ne : entre les locaux inoccup&#233;s et le ballet des boutiques &#233;ph&#233;m&#232;res, le centre-ville &#233;tait en train de crever&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s l'article &#171; Consommation : Lannion, roi de la grande distribution &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Depuis, selon la formule consacr&#233;e, l'objectif de la mairie est de &#171; &lt;i&gt;revitaliser &#187;&lt;/i&gt;. Et puisque la fin justifie les moyens, pourquoi ne pas diss&#233;miner des capteurs &#224; smartphones aux quatre coins de la ville pour &#233;tudier les flux de population et ajuster le tir des politiques d'urbanisme ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pas un mot sur les d&#233;tails du projet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'histoire avait &#233;t&#233; furtivement m&#233;diatis&#233;e au d&#233;but de l'&#233;t&#233; dernier. C'est le journal r&#233;gional &lt;i&gt;Le T&#233;l&#233;gramme &lt;/i&gt;qui s'en &#233;tait fait l'&#233;cho le premier, consacrant quelques lignes au projet dans son &#233;dition du 25 juin. L'article &#233;voquait un partenariat entre la mairie et la start-up lannionaise Eco-Compteur&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cr&#233;&#233;e en l'an 2000, Eco-Compteur se revendique leader mondial des syst&#232;mes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. L'entreprise avait besoin d'une ville pilote pour tester son nouveau syst&#232;me capable d'identifier le parcours des badauds, de leur point de d&#233;part &#224; celui d'arriv&#233;e, tout en calculant le temps pass&#233; &#224; chaque endroit. Au total, indiquait &lt;i&gt;Le T&#233;l&#233;gramme&lt;/i&gt;, l'entreprise allait installer vingt capteurs &#224; smartphones, venant s'ajouter &#171; &lt;i&gt;aux sept compteurs install&#233;s dans divers points d'entr&#233;e de la ville, capables de comptabiliser pi&#233;tons, v&#233;los et voitures&lt;/i&gt; &#187;. De quoi donner des frissons aux technophobes et interpeller l'association La Quadrature du Net, qui a r&#233;pertori&#233; le cas lannionais sur &lt;i&gt;Technopolice.fr&lt;/i&gt;, une plateforme en ligne cr&#233;&#233;e pour documenter les exp&#233;rimentations de surveillance pr&#233;occupantes &lt;i&gt;(voir pp. II et III du pr&#233;sent dossier l'interview de F&#233;lix Tr&#233;guer : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Felix-Treguer-La-technopolice' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; La technopolice progresse partout &#187;&lt;/a&gt;)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en aurait fallu plus pour que la mairie se sente dans l'obligation de rendre des comptes : depuis le mois de juin, pas un mot sur les d&#233;tails du projet ou l'avanc&#233;e de l'exp&#233;rimentation, ni dans la presse locale&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du moins, rien d'accessible sur Internet.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; ni dans le bimestriel municipal. Une opacit&#233; quasi totale dont on peut prendre la mesure en se baladant en ville. Le buraliste, dont le commerce jouxte la mairie ? Cela ne lui dit rien. Pourtant, il l'assure : &#171; &lt;i&gt;Quand il y a une pol&#233;mique, en g&#233;n&#233;ral, je suis vite au courant : les gens causent &#224; la caisse. &#187;&lt;/i&gt; Le restaurateur d'en face ? &#171; &lt;i&gt;Il y a eu un article au d&#233;but de l'&#233;t&#233;, mais depuis je n'en sais rien &#187;&lt;/i&gt;. M&#234;me son de cloche du c&#244;t&#233; de la patronne du bar situ&#233; un peu plus haut : &#171; &lt;i&gt;J'ai vu un article passer sur Facebook il y a quelques mois, mais je n'en sais pas plus. Les capteurs ont &#233;t&#233; install&#233;s finalement ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Souriez, vous &#234;tes pist&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En interrogeant Eco-Compteur, on comprend vite pourquoi la municipalit&#233; a soigneusement &#233;vit&#233; le coup de pub. Au t&#233;l&#233;phone, le charg&#233; de communication de la bo&#238;te nous explique que l'exp&#233;rimentation a bien &#233;t&#233; lanc&#233;e &#171; &lt;i&gt;d&#233;but juin &#187;&lt;/i&gt;, mais qu' &#187; &lt;i&gt;elle a &#233;t&#233; suspendue en septembre &#187;&lt;/i&gt;. La raison ? &#171; &lt;i&gt;Un audit a &#233;t&#233; demand&#233; par la Cnil. On a d&#233;cid&#233; de faire une pause en attendant d'avoir un retour. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, comme nous l'a expliqu&#233; le repr&#233;sentant d'Eco-Compteur, les capteurs avaient acc&#232;s &#224; l'adresse &#171; Mac &#187; (Media Access Control) des smartphones, qui est &#171; &lt;i&gt;consid&#233;r&#233;e comme une donn&#233;e personnelle par la Cnil&lt;/i&gt; &#187;. L'adresse Mac ? un &#171; &lt;i&gt;identifiant physique stock&#233; dans une carte r&#233;seau ou une interface r&#233;seau similaire &lt;/i&gt;[qui], &lt;i&gt;&#224; moins qu'elle n'ait &#233;t&#233; modifi&#233;e par l'utilisateur, est unique au monde &#187;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s Wikip&#233;dia.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. En clair, pendant les trois mois d'exp&#233;rimentation, les capteurs ont su pr&#233;cis&#233;ment quels trajets &#233;taient effectu&#233;s et par qui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eco-Compteur assure cependant que ni l'entreprise ni la mairie n'ont eu acc&#232;s &#224; ces informations, puisque &#171; &lt;i&gt;la Cnil impose que les donn&#233;es soient anonymis&#233;es au bout de 24 heures &#187;&lt;/i&gt;. Autre pr&#233;tendu garde-fou : &#171; &lt;i&gt;Il y avait la possibilit&#233; de refuser la collecte. &#187;&lt;/i&gt; Des panneaux d'information auraient &#233;t&#233; install&#233;s d&#232;s la deuxi&#232;me semaine d'exp&#233;rimentation, indiquant aux passants une adresse web o&#249; l'on pouvait &#171; &lt;i&gt;d&#233;sinscrire son t&#233;l&#233;phone &#187;&lt;/i&gt; pour signifier son refus d'&#234;tre pist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire de panneaux &#233;tonne Lisa et Fa&#241;ch&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tous les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, rencontr&#233;s &#224; la terrasse d'un bar. Ce n'est pas faute d'avoir arpent&#233; la ville cet &#233;t&#233;, mais les panneaux, vraiment, cela ne leur dit rien&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est &#233;galement le cas de l'autrice, qui a elle aussi sillonn&#233; la ville (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Avec une pointe d'ironie, Fa&#241;ch se demande : &#171; &lt;i&gt;Ils &#233;taient o&#249; ? Planqu&#233;s au fin fond d'une zone commerciale, c'est &#231;a ? ! &#187;&lt;/i&gt; On n'en est pas loin : d'apr&#232;s Youri, crois&#233; dans un autre troquet, il fallait vraiment ouvrir l'&#339;il : &#171; &lt;i&gt;Ce n'&#233;taient pas des panneaux, mais de simples feuilles A4, les m&#234;mes qui sont utilis&#233;es pour pr&#233;venir qu'il ne faut pas se garer sur une place quand il y a un d&#233;m&#233;nagement en cours. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; J'aimerais quand m&#234;me bien savoir qui a pris cette d&#233;cision ! &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de la mairie, impossible d'obtenir la moindre information. Au t&#233;l&#233;phone, la secr&#233;taire, ne voyant absolument pas &#224; quel projet nous faisons r&#233;f&#233;rence, transf&#232;re l'appel au service communication. Au bout du fil, une charg&#233;e de communication tout aussi interloqu&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Cela ne me parle absolument pas, je vous passe le service informa- tique. &#187;&lt;/i&gt; Lequel ne d&#233;croche pas. Direction l'h&#244;tel de ville pour tenter de trouver quelqu'un qui pourrait r&#233;pondre &#224; nos questions. &#192; l'accueil, on nous indique un autre secr&#233;tariat &#224; l'&#233;tage. Face &#224; nous, deux fonctionnaires, pas plus loquaces : &#171; &lt;i&gt;Le mieux est que vous vous rendiez dans les locaux des services techniques. Eux sauront certainement vous renseigner. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix minutes de marche sous une pluie battante et nous voil&#224; dans les couloirs desdits services techniques. &#192; l'accueil, des d&#233;pliants sur le tri des d&#233;chets et une bo&#238;te dans laquelle d&#233;poser un coupon-r&#233;ponse si l'on souhaite participer au &#171; repas des anciens &#187;. Toujours aucune trace de l'exp&#233;rimentation. On demande un rendez-vous aupr&#232;s de la secr&#233;taire du directeur des services techniques. Elle prend note. Puis nous rappelle le lendemain avec un message de la part du grand chef : &#171; &lt;i&gt;La mairie ne peut pas vous donner de renseignements : elle a sign&#233; une simple autorisation. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On r&#233;capitule : la municipalit&#233; a donc autoris&#233; une entreprise priv&#233;e &#224; tester, sur ses administr&#233;s, un projet pilote portant potentiellement atteinte &#224; la vie priv&#233;e des habitants sans &#234;tre en mesure de donner une seule pr&#233;cision sur ce choix politique. On se demande m&#234;me si les &#233;lus sont au courant : on a beau avoir &#233;pluch&#233; les comptes-rendus des conseils municipaux de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dant l'exp&#233;rimentation, &#224; aucun moment l'accord avec Eco-Compteur n'appara&#238;t &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fa&#241;ch : &#171; &lt;i&gt;J'aimerais quand m&#234;me bien savoir qui a pris cette d&#233;cision ! &#187;&lt;/i&gt; Il n'est pas le seul.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ce reportage est un extrait du dossier &#171; R&#233;sister &#224; la surveillance &#187;, publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 183 de CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'apr&#232;s l'article &#171; Consommation : Lannion, roi de la grande distribution &#187;, paru dans&lt;i&gt; Ouest-France &lt;/i&gt;(7/03/2017), la ville faisait partie, en 2013, des 13 cas critiques point&#233;s par ce rapport sur &#171; &lt;i&gt;la revitalisation commerciale des centres-villes &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cr&#233;&#233;e en l'an 2000, Eco-Compteur se revendique leader mondial des syst&#232;mes de comptage des pi&#233;tons et des v&#233;los. Implant&#233;e au Canada et en Allemagne, l'entreprise a d&#233;pass&#233; en 2018 les 10 millions d'euros de chiffre d'affaires. Si son si&#232;ge social est &#224; Lannion, c'est que la ville est depuis long- temps ce qu'on pourrait appeler un &lt;i&gt;hub &lt;/i&gt;des nouvelles technologies.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Du moins, rien d'accessible sur Internet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'apr&#232;s Wikip&#233;dia.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tous les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est &#233;galement le cas de l'autrice, qui a elle aussi sillonn&#233; la ville cette &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La cit&#233; qui fait des &#233;tincelles</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-cite-qui-fait-des-etincelles</link>
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		<dc:date>2019-12-23T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Oum Ziad</dc:creator>


		<dc:subject>Yohanne Lamoul&#232;re</dc:subject>
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		<dc:subject>quartiers Nord</dc:subject>
		<dc:subject>qu'ils soient</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 23 ao&#251;t, un incendie s'est d&#233;clar&#233; dans la cit&#233; Maison Blanche, quartiers Nord. En d&#233;pit du harc&#232;lement policier et du d&#233;dain politicien, les habitants se battent pour &#234;tre relog&#233;s. C'est dimanche. &#192; Maison-Blanche, copropri&#233;t&#233; d&#233;grad&#233;e des quartiers Nord de Marseille, une enceinte rugit : &#171; Allez casser la d&#233;marche de Marine Le Pen ! &#187; Quelques semaines plus t&#244;t, ce n'&#233;tait pas l'hymne parodique de la Dof Family qui r&#233;sonnait au pied des b&#226;timents d&#233;cr&#233;pis, mais le bruit des lances &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no180-octobre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;180 (octobre 2019)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Yohanne-Lamoulere-56" rel="tag"&gt;Yohanne Lamoul&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/collectif" rel="tag"&gt;collectif&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-ils" rel="tag"&gt;qu'ils&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Naer" rel="tag"&gt;Naer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mairie" rel="tag"&gt;mairie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maison-Blanche-2981" rel="tag"&gt;Maison-Blanche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Collectif-Maison-Blanche" rel="tag"&gt;Collectif Maison-Blanche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Asma" rel="tag"&gt;Asma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers-Nord" rel="tag"&gt;quartiers Nord&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-ils-soient" rel="tag"&gt;qu'ils soient&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 23 ao&#251;t, un incendie s'est d&#233;clar&#233; dans la cit&#233; Maison Blanche, quartiers Nord. En d&#233;pit du harc&#232;lement policier et du d&#233;dain politicien, les habitants se battent pour &#234;tre relog&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3172 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1391-cc98b.jpg?1782672704' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;'est dimanche. &#192; Maison-Blanche, copropri&#233;t&#233; d&#233;grad&#233;e des quartiers Nord de Marseille, une enceinte rugit : &#171; &lt;i&gt;Allez casser la d&#233;marche de Marine Le Pen&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Quelques semaines plus t&#244;t, ce n'&#233;tait pas l'hymne parodique de la Dof Family&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jeunes musiciens marseillais dont la chor&#233;graphie, disponiblesur YouTube, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; qui r&#233;sonnait au pied des b&#226;timents d&#233;cr&#233;pis, mais le bruit des lances &#224; incendie. Le 23 ao&#251;t, le feu ravageait neuf &#233;tages du b&#226;timent G. Depuis, les politiciens locaux semblent s'&#234;tre lanc&#233;s dans un concours d'ind&#233;cence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 15 septembre, Eli, Djouna&#239;d, Abdou, Naer, Hafida, Jenny, Yacoub et les autres se pr&#233;parent donc &#224; r&#233;pondre &#224; St&#233;phane Ravier, maire Rassemblement national (RN) du secteur, qui s'est fait le plaisir d'aboyer sur les origines (principalement) comoriennes des habitants sinistr&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Nous ferons ce qui est en notre pouvoir pour qu'ils soient relog&#233;s... dans leur pays ! Qu'ils soient pris en charge, non pas par les travailleurs sociaux, mais par la police.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Marseillaise (14/09/2019).&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour refuser &#224; cette centaine de Marseillais un relogement de droit, toutes les raisons sont bonnes.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La mairie, que du m&#233;pris&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les effondrements mortels de novembre rue d'Aubagne &#8722; huit morts &#8722; et des centaines d'&#233;vacuations d'immeubles en p&#233;ril, l'incendie de Maison-Blanche est la derni&#232;re catastrophe en date de l'habitat insalubre qui implique la responsabilit&#233; de la mairie centrale de Marseille&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'un des deux immeubles effondr&#233;s &#224; Noailles appartenait &#224; la soci&#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, dirig&#233;e depuis vingt-cinq ans par Jean-Claude Gaudin (Les R&#233;publicains).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir refus&#233; de mettre &#224; l'abri les familles aux appartements touch&#233;s par l'incendie, la municipalit&#233; a fini par les &#233;parpiller, au terme d'un &#226;pre bras de fer, dans des h&#244;tels du coin&#8230; ou bien plus loin, dans le quartier de l'Estaque. Ce qui ne facilite ni les trajets &#224; l'&#233;cole, ni l'entraide du Collectif Maison-Blanche, seul &#224; distribuer des repas chauds. &#171; &lt;i&gt;Sans notre collectif, qui fait pression sur la mairie, elle ne renouvellerait m&#234;me pas les bons de mise &#224; l'abri,&lt;/i&gt; s'indigne Naer&lt;i&gt;. Au d&#233;but, on a d&#251; payer nous-m&#234;mes certaines factures d'h&#244;tel&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Depuis, Naer, Eli, Abdou, Djouna&#239;d et d'autres s'&#233;puisent en collectes, coups de t&#233;l&#233;phone et d&#233;m&#233;nagements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Form&#233; il y a un an, apr&#232;s la chute mortelle d'une fillette d'un balcon d&#233;labr&#233;, le Collectif Maison-Blanche est essentiellement compos&#233; d'une dizaine de jeunes qui d&#233;noncent les conditions de vie indignes des 1 300 habitants de la cit&#233;. Cette mobilisation, libre de toute all&#233;geance politique, leur vaut de nombreux coups tordus des autorit&#233;s. Intrusion polici&#232;re dans le local du collectif en pied d'immeuble le 30 ao&#251;t &#8211; un des agents, particuli&#232;rement mena&#231;ant, portait l'insigne du Bope, l' &#187; escadron de la mort &#187; qui r&#233;prime les favelas de Rio de Janeiro. Garde &#224; vue de trois habitantes, venues en aide &#224; un jeune qui essuyait des violences polici&#232;res lors d'une course poursuite. Division populiste contre les familles sans-papiers. Contr&#244;le des d&#233;clarations CAF&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Caisse des allocations familiales.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; des sinistr&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Nous, on n'attaque pas les &#233;lus,&lt;/i&gt; se d&#233;fend Hafida,&lt;i&gt; mais la solidarit&#233; autour des familles, &#231;a r&#233;v&#232;le ce qu'ils ne font pas. Ils ne supportent pas.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marchands de sommeil&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 14 septembre, Monique Cordier, conseill&#232;re municipale &#224; la propret&#233; de l'&#233;quipe Gaudin, s'en prend &#224; Naer : &#171; &lt;i&gt;Le collectif est dirig&#233; par quelqu'un qui ne vit pas &#224; Maison-Blanche&lt;/i&gt; [...]&lt;i&gt;. Voir que sur la mis&#232;re du monde, on essaie de faire son commerce...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La calomnie fait flop : si Naer n'habite plus &#224; Maison-Blanche, il fait partie de ceux qui y ont grandi &#8211; il est &#224; peine moins &#226;g&#233; que le b&#226;ti. Asma, 28 ans, y a atterri des Comores &#224; l'&#226;ge de 6 mois : &#171; &lt;i&gt;J'&#233;tais &#224; l'&#233;cole avec Naer, puis au coll&#232;ge &#224; Bouga&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bougainville.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. Ma m&#232;re n'a jamais d&#233;m&#233;nag&#233; depuis vingt-huit ans&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Les membres du collectif ont vu de leurs yeux la &#171; copro &#187; se d&#233;grader : l'arriv&#233;e des marchands de sommeil, dont l'un soutire un loyer de 700 &#8364; &#224; la maman d'Asma pour son T3 ; les d&#233;g&#226;ts des eaux qu'ils refusent de traiter ; les fissures qui apparaissent sur les fa&#231;ades et les balcons ; l'eau qui s'infiltre le long des fils &#233;lectriques ; les jeux pour enfants retir&#233;s pour&#8230; &#171; raisons de s&#233;curit&#233; &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dirait que les millions annonc&#233;s par les programmes de r&#233;habilitation depuis vingt ans sont rest&#233;s coinc&#233;s dans le tiroir-caisse. C'est peut-&#234;tre la fatalit&#233; de vivre du mauvais c&#244;t&#233; de la rue, alors qu'il suffirait de la traverser pour conna&#238;tre le fabuleux destin d'Euromed' 2 : sur le trottoir d'en face, les &#233;coquartiers poussent sur les d&#233;combres de la violente chasse aux pauvres du quartier des Crottes&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eurom&#233;diterran&#233;e 2 est la seconde phase d'une vaste op&#233;ration de r&#233;novation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Alors qu' &#187; &lt;i&gt;&#224; Maison-Blanche, les propri&#233;taires bloquent les travaux de r&#233;habilitation et&lt;/i&gt; [que] &lt;i&gt;les pouvoirs publics sont absents&lt;/i&gt; &#187;, gronde Asma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; mairie, l'adjoint &#224; la pr&#233;vention des risques Julien Ruas a annonc&#233; la mise en p&#233;ril du b&#226;timent G, avant de se raviser. Une conception de l'urgence toute relative, chez les am&#233;nageurs de Marseille en carton, alors que, par d&#233;pit, des familles s'appr&#234;tent &#224; r&#233;int&#233;grer les appartements calcin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un antidote au poison client&#233;liste&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce dimanche, apr&#232;s un &lt;i&gt;dou'a &lt;/i&gt;(c&#233;r&#233;monie musulmane d'invocations) pour les sinistr&#233;s, beaucoup regrettent que les liens entre les habitants se soient distendus au rythme de l'apparition des fissures sur les fa&#231;ades : &#171; &lt;i&gt;Les difficult&#233;s sociales ont cass&#233; l'ambiance &#224; Maison-Blanche&lt;/i&gt; &#187;, soutient Asma. Autour du plat de riz coco, on entend aussi grincer des dents : &#171; &lt;i&gt;&#199;a fait trois semaines qu'on attend l'aide des imams.&lt;/i&gt; &#187; Et on se demande o&#249; sont les &lt;i&gt;papas&lt;/i&gt;, quand la moyenne d'&#226;ge du collectif tape dans la vingtaine. Pas vus, non plus, les commer&#231;ants du Canet, noyau villageois d'o&#249; la cit&#233; s'est &#233;lev&#233;e en 1975. Ce n'est qu'aux actions du collectif et &#224; la manifestation partie vers le centre-ville le 7 septembre que les r&#233;sidents du G doivent la fragile promesse d'attribution de HLM dans des r&#233;sidences voisines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup se r&#233;jouissent n&#233;anmoins d'un d&#233;but de solidarit&#233; retrouv&#233;e depuis le drame d'ao&#251;t. &#171; &lt;i&gt;Le collectif change la donne, j'esp&#232;re qu'on va redevenir une communaut&#233;. Et se m&#234;ler &#224; d'autres quartiers. &#192; Kalliste par exemple, o&#249; les jeunes se rencontrent gr&#226;ce aux battles de danse&lt;/i&gt; &#187;, esp&#232;re Asma, jetant un &#339;il aux ados qui se d&#233;hanchent de mani&#232;re improvis&#233;e au pied de l'immeuble. &#192; d&#233;faut de balan&#231;oire et parce que le terrain vague est inond&#233;, des enfants les imitent. &#171; &lt;i&gt;Ils n'ont pas de profs, ils apprennent ensemble les encha&#238;nements. C'est pour eux qu'on est l&#224;&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;p&#232;te souvent Naer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce 14&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement o&#249; le fant&#244;me de Sylvie Andrieux, d&#233;put&#233;e socialiste condamn&#233;e pour client&#233;lisme, hante toujours les habitudes &#233;lectorales, les politiciens de La R&#233;publique en marche et de la vieille gauche des partis ont d&#233;fil&#233; dans la cit&#233; apr&#232;s l'incendie, y allant de leurs d&#233;clarations, photos ou live sur Facebook. C'est qu'au milieu des effluves carboniques, monte l'odeur sulfureuse des municipales de 2020. Dans les quartiers Nord, c'est comme s' &#187; &lt;i&gt;il fallait &#234;tre dans un parti politique pour avoir le droit de se mobiliser&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, s'agace Naer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour l'heure, il faut r&#233;pondre au RN, dont on n'attend rien, mais qu'on &#233;toufferait bien de samoussas au piment. Et &#224; la mairie qui tente de rompre sa promesse de relogement au pr&#233;texte de &#171; &lt;i&gt;dossiers incomplets&lt;/i&gt; &#187;. Une trentaine de personnes posent pour une photo &#224; Ravier, cartes d'identit&#233; fran&#231;aises au poing. Elles sont d'une g&#233;n&#233;ration qui ne compte plus se taire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Oum Ziad&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jeunes musiciens marseillais dont la chor&#233;graphie, &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=vWnvM1B85e8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;disponible&lt;/a&gt;sur YouTube, vaut le d&#233;tour.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt; (14/09/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'un des deux immeubles effondr&#233;s &#224; Noailles appartenait &#224; la soci&#233;t&#233; d'&#233;conomie mixte Marseille Habitat, dont la Ville est l'actionnaire principal. Des milliers de personnes ont &#233;t&#233; d&#233;log&#233;es dans les mois suivants &#224; Marseille, les arr&#234;t&#233;s de p&#233;ril tombant en cascade, triste r&#233;sultat d'ann&#233;es d'inaction municipale face &#224; la d&#233;gradation du b&#226;ti.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Caisse des allocations familiales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Bougainville.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Eurom&#233;diterran&#233;e 2 est la seconde phase d'une vaste op&#233;ration de r&#233;novation urbaine conduite par l'&#233;tablissement public d'am&#233;nagement du m&#234;me nom.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Noailles sans toit ni loi</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Noailles-sans-toit-ni-loi</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margaux Wartelle</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le 5 novembre 2018, rue d'Aubagne, deux immeubles s'effondrent, emportant huit vies. La suite : des mois de faillite politique et d'&#233;vacuations un peu partout en ville. Et pour les milliers de d&#233;log&#233;s, le d&#233;but d'une gal&#232;re sans nom. Aper&#231;u. &#171; Il va s'effondrer et emporter tout Marseille dans son trou. &#187; Parmi les habitants du 65 rue d'Aubagne, la blague avait fait sourire. Entre les fuites, les fissures b&#233;antes, les portes qui ne fermaient plus, la situation d&#233;plorable de l'immeuble &#233;tait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no181-novembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;181 (novembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/collectif" rel="tag"&gt;collectif&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/logement" rel="tag"&gt;logement&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-hotel" rel="tag"&gt;l'h&#244;tel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 5 novembre 2018, rue d'Aubagne, deux immeubles s'effondrent, emportant huit vies. La suite : des mois de faillite politique et d'&#233;vacuations un peu partout en ville. Et pour les milliers de d&#233;log&#233;s, le d&#233;but d'une gal&#232;re sans nom. Aper&#231;u.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3131 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH332/-1358-981d0.jpg?1782763781' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; I&lt;/span&gt;&lt;i&gt;l va s'effondrer et emporter tout Marseille dans son trou.&lt;/i&gt; &#187; Parmi les habitants du 65 rue d'Aubagne, la blague avait fait sourire. Entre les fuites, les fissures b&#233;antes, les portes qui ne fermaient plus, la situation d&#233;plorable de l'immeuble &#233;tait bien connue &#8211; et l'agence immobili&#232;re maintes fois pr&#233;venue, via des coups de fils, des mails, et m&#234;me des vid&#233;os. Le 18 octobre 2018, une &#233;vacuation en urgence avait &#233;t&#233; assur&#233;e par les pompiers suite &#224; une expertise de la mairie. Elle ne durera que quelques heures, le syndic assurant avoir fait les travaux n&#233;cessaires. Le 26, une salari&#233;e de l'agence laisse un message vocal &#224; Sophie, une locataire : &#171; &lt;i&gt;Vous pouvez rester dans l'appartement.&lt;/i&gt; &#187; Par la suite, Sophie l'a &#233;cout&#233; en boucle, ce message. Le ton est l&#233;ger : &#171; &lt;i&gt;Restez tranquille&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Dix jours apr&#232;s, l'immeuble s'&#233;croulait un peu avant 10 h du matin. Huit personnes meurent, la blague est loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille, Sophie avait dormi chez ses parents, de peur de ne pas pouvoir sortir de son studio &#8211; les murs, instables, risquaient de bloquer la porte. La jeune femme avait pris l'habitude d'aider sa voisine de palier, Marie, souvent coinc&#233;e chez elle. Depuis l'effondrement, Sophie croit parfois apercevoir son amie d&#233;c&#233;d&#233;e dans la rue. &#201;tudiante en master de philosophie, elle raconte un traumatisme persistant, des gal&#232;res administratives ubuesques et surtout un m&#233;pris constant de la part de la mairie. &#171; &lt;i&gt;J'ai pass&#233; ma vie rue Beauvau&lt;/i&gt; &#187; &#8211; l'espace d'accueil mis en place par la municipalit&#233;, l&#224; o&#249; les victimes puis les d&#233;log&#233;s d&#233;filent depuis un an pour chercher informations et solutions de relogement. Pendant quatre mois, Sophie et son mari se retrouvent &#224; l'h&#244;tel. Hasard ou destin, Julien, l'un de ses voisins disparus, travaillait dans l'&#233;tablissement. &#171; &lt;i&gt;Avec ses coll&#232;gues, on s'est parl&#233;, soud&#233;s par le malheur.&lt;/i&gt; &#187; Quatre mois, puis arrive une proposition de relogement &#224; Noailles, o&#249; le couple vit &#224; l'heure actuelle, m&#234;me si l'envie de quitter la ville le taraude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin novembre 2018, une information judiciaire pour &#171; &lt;i&gt;homicides involontaires&lt;/i&gt; &#187; aggrav&#233;s d'une &#171; &lt;i&gt;violation manifestement d&#233;lib&#233;r&#233;e d'une obligation de prudence ou de s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187; a &#233;t&#233; ouverte. Et le 18 octobre dernier, aux c&#244;t&#233;s des autres parties civiles&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec les autres survivants, les familles des victimes et des associations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, Sophie avait rendez-vous devant le juge d'instruction, qui a fait le point sur l'enqu&#234;te. Verdict : elle sera longue. L'expertise devrait se terminer en mars 2020, le temps de constituer un dossier solide afin de proc&#233;der &#224; des mises en examen. Sophie s'y attendait. Elle qui assure &#234;tre contre le syst&#232;me r&#233;pressif n'arrive pas &#224; trouver d'excuses &#224; ceux qui agissent &#171; &lt;i&gt;par app&#226;t du gain&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un &#233;tat catastrophique bien connu&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour qui ne vit pas &#224; Marseille, il est bon de rappeler le coup au cr&#226;ne et au c&#339;ur que fut ce mois de novembre 2018. Il faut dire le choc, l'&#233;motion, l'incompr&#233;hension, et aussi la lucidit&#233;, une col&#232;re bien orient&#233;e &#8211; vers la mairie et ses &#233;diles. Car l'&#233;tat catastrophique du parc immobilier &#233;tait connu. En 2015, le constat du rapport Nicol est &#233;difiant : 100 000 habitants vivraient dans des habitations pr&#233;sentant un risque pour la sant&#233; ou la s&#233;curit&#233;. Cela concerne 40 000 logements, principalement dans le centre et le nord de la ville. Parmi d'autres r&#233;jouissances, deux phrases retiennent l'attention : &#171; &lt;i&gt;Les moyens humains et le savoir-faire sont insuffisants dans les diff&#233;rents services (Ville et &#201;tat)&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;aucune hi&#233;rarchisation commune de l'urgence n'a &#233;t&#233; d&#233;finie face &#224; l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt; &#187;. Avant le 5 novembre, il y avait chaque ann&#233;e entre 2 000 et 2 500 signalements pour cause d'hygi&#232;ne. Pour moins de dix arr&#234;t&#233;s d'insalubrit&#233;. D'o&#249; cette certitude : la situation du logement indigne &#233;tait bel et bien de notori&#233;t&#233; municipale. Apr&#232;s des ann&#233;es d'incomp&#233;tence et d'inaction, le tragique s'est produit. Et au drame des victimes s'est ajout&#233;e la gal&#232;re des d&#233;log&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En moins d'un an, pr&#232;s de 4 000 personnes ont &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es de leur appartement. Chiffre aberrant, incroyable, que l'on peine &#224; expliquer. D'un c&#244;t&#233;, il y a eu la peur justifi&#233;e. Des habitants, qui depuis des ann&#233;es avaient vu leur logement se d&#233;grader, ont appel&#233; le num&#233;ro d'urgence mis en place par la mairie. La proc&#233;dure : un expert vient, juge le logement dangereux, les habitants sont d&#233;log&#233;s puis l'immeuble est soumis &#224; un arr&#234;t&#233; de p&#233;ril (il est m&#234;me arriv&#233; que l'arr&#234;t&#233; de p&#233;ril n'arrive jamais et que l'&#233;vacuation reste ainsi sans base l&#233;gale). Parfois, c'est la mairie qui a pris les devants. Probl&#232;me : depuis le 5 novembre, elle n'a &#233;tabli que des arr&#234;t&#233;s de p&#233;ril &#171; imminent &#187;, qui induisent forc&#233;ment l'&#233;vacuation de tous les habitants&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il existe &#233;galement des arr&#234;t&#233;s de p&#233;ril simple, moins contraignants et ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Les services municipaux auraient-ils fait des exc&#232;s de z&#232;le, dans la panique des effondrements ? Beaucoup le pensent.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les bourgeois des d&#233;log&#233;s &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Valentin et Lucie habitaient depuis quelques mois dans un appartement &#224; la Joliette. En d&#233;cembre 2018, alors qu'ils sont en week-end, un voisin les appelle : leur immeuble est barricad&#233;. Sur l'&#233;tat de leur logement, ils racontent des portes qui ne ferment plus, des cafards, de l'amiante, un compteur &#233;lectrique dangereux et de grandes fissures chez leurs voisins du rez-de-chauss&#233;e &#8211; &#171; &lt;i&gt;On pouvait y passer les deux mains.&lt;/i&gt; &#187; Bref, pas l'id&#233;al, loin de l&#224;, mais ils ne se sentaient pas en ins&#233;curit&#233;. &#171; &lt;i&gt;On habitait &#224; Noailles avant, on &#233;tait habitu&#233; aux fissures,&lt;/i&gt; raconte Valentin. &lt;i&gt;Et puis quand je loue, je pars du principe qu'on ne me propose pas un appartement qui va tomber.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cauchemar ne fait que commencer. Apr&#232;s le choc, ils se retrouvent d&#233;munis. Le num&#233;ro d'urgence mis en place ne leur est d'aucune aide. Par chance, ils tombent sur le &lt;i&gt;Guide de survie aux &#233;vacuations&lt;/i&gt; r&#233;dig&#233; dans l'urgence par un groupe d'habitants, le Collectif du 5 novembre, mont&#233; &#224; la suite du drame. Comme beaucoup d'autres d&#233;log&#233;s, ils seront h&#233;berg&#233;s &#224; l'h&#244;tel pendant deux semaines. Ils mesurent leur chance, presque g&#234;n&#233;s quand ils pensent &#224; ceux qui y sont rest&#233;s des mois, ceux aussi qui ont moins de ressources qu'eux. Eux qui parlent fran&#231;ais, travaillent, comprennent les rouages administratifs, ont des amis qui ont pu les aider. Th&#233;sard pour lui, producteurs de musique pour les deux. &#171; &lt;i&gt;On est les bourgeois des d&#233;log&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, leur r&#233;cit est accablant de gal&#232;res. Leurs affaires coinc&#233;es chez eux, leur vie &#224; l'&#233;troit dans un (re)logement (trop) petit qu'ils ont d&#251; trouver par eux-m&#234;mes, les rendez-vous et le stress qui empi&#232;tent sur leur vie personnelle et professionnelle, la peur que leur appartement soit &#171; visit&#233; &#187;, les frais suppl&#233;mentaires ; se nourrir &#224; l'ext&#233;rieur quand on est &#224; l'h&#244;tel, mais aussi continuer &#224; payer des factures en double (travaux pratiques : comment r&#233;silier un abonnement Internet quand la foutue box est coinc&#233;e derri&#232;re un scell&#233; ou l'&#233;lectricit&#233; quand on ne peut pas relever le compteur ? Vous avez un an).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et surtout, il y a l'attente. Quand pourront-ils regagner leur logement originel ? Dix mois plus tard, Lucie et Valentin n'ont toujours pas de date pr&#233;cise. Alors que les travaux de mise en s&#233;curit&#233; s'&#233;ternisent, le couple n'a que tr&#232;s peu d'informations, malgr&#233; des appels r&#233;guliers. Et garde encore en t&#234;te l'accueil qui lui a &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; rue Beauvau. Valentin : &#171; &lt;i&gt;Le premier contact, &#231;a a &#233;t&#233; : &#8220;Monsieur, enlevez votre capuche, Madame, faites voir votre sac.&#8221; Non content d'&#234;tre un indigent car tu n'as plus de toit, tu es per&#231;u comme une menace. Et si tu souhaites une aide juridique, tu dois &#234;tre escort&#233; par un agent de s&#233;curit&#233; jusqu'au service en question, o&#249; on te dit qu'il y a un vide, qu'il n'y a pas de fautif.&lt;/i&gt; &#187; Le seul soutien qu'ils ont re&#231;u, disent-ils, vient de la soci&#233;t&#233; civile, Collectif du 5 novembre en t&#234;te. &#171; &lt;i&gt;On est beaucoup all&#233;s aux r&#233;unions, mais on n'osait pas parler de nous tellement certains cas &#233;taient catastrophiques, &#231;a d&#233;fiait totalement le bon sens. On sait que le monde marche sur la t&#234;te, mais c'est diff&#233;rent de le savoir et d'en faire l'exp&#233;rience&lt;/i&gt; &#187;, assure-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nomades par n&#233;cessit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Valentin et Lucie se sont rapproch&#233;s d'un avocat. Leur seul recours pour &#234;tre indemnis&#233;s ? Se retourner contre leur propri&#233;taire qui, lui, pourrait par la suite incriminer le syndic ou l'agence. Dans leur cas comme dans beaucoup d'autres, porter plainte contre le propri&#233;taire n'est pas &#233;vident. Il y a parfois le sentiment qu'il n'est pas le vrai coupable, que cela le mettrait lui-m&#234;me dans une situation d&#233;licate. Pourtant, c'est bien le propri&#233;taire qui est responsable de la s&#233;curit&#233; de son logement. Lui aussi qui doit assurer un relogement &#224; ses locataires en cas d'&#233;vacuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que les preuves sont difficiles &#224; regrouper. L'avocat Antonin Sopena, membre d'un cabinet qui a pris en charge un grand nombre de d&#233;log&#233;s, &#233;num&#232;re les difficult&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Il y a dans un premier temps toutes les personnes qui ne viennent pas. Parmi celles qui sont all&#233;es voir un avocat, beaucoup n'osent pas aller jusqu'au bout de la proc&#233;dure. Elles peuvent avoir des ressources limit&#233;es, se sentir ill&#233;gitimes &#224; mener une action en justice. Et puis beaucoup ont &#233;norm&#233;ment d'autres soucis, tr&#232;s imm&#233;diats, compar&#233;s &#224; une proc&#233;dure qui prend des mois.&lt;/i&gt; &#187; Dans le cas o&#249; une action est lanc&#233;e, il faut d&#233;montrer les pr&#233;judices subis &#224; la fois avant&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le fait d'avoir v&#233;cu des mois ou des ann&#233;es dans un logement insalubre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; et apr&#232;s l'&#233;vacuation. Les preuves peuvent manquer, par exemple quand les r&#233;clamations li&#233;es &#224; l'&#233;tat du logement ont &#233;t&#233; faites &#224; l'oral. Autre casse-t&#234;te : les pr&#233;judices li&#233;s &#224; une &#233;vacuation peuvent &#234;tre &#224; la fois tr&#232;s concrets, comme des affaires d&#233;t&#233;rior&#233;es ou vol&#233;es, mais aussi plus diffus, comme des surco&#251;ts li&#233;s &#224; une vie &#224; l'h&#244;tel, des dommages sur la sant&#233; physique ou psychique, une vie professionnelle et personnelle qui se complique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;log&#233;s, comme Valentin et Lucie, souhaitent r&#233;int&#233;grer au plus vite leur logement. C'est aussi le cas de Djamil, d&#233;log&#233; avec sa compagne et leur fille en d&#233;cembre dernier &#224; Noailles. Dix mois de vie par &#224;-coups, &#171; &lt;i&gt;nomades par n&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. D'autres, raconte Antonin Sopena, avaient un appartement si insalubre qu'ils ne souhaitent plus y retourner, sans parler du traumatisme et de la peur de voir le toit s'effondrer sur soi.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;336 personnes encore &#224; l'h&#244;tel&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le drame est venue la col&#232;re. Puis l'auto-organisation. Impliqu&#233; dans le Collectif du 5 novembre, Emmanuel Patris nous raconte des mois de n&#233;gociations pour aboutir &#224; la signature par l'&#201;tat et la Ville d'une charte du relogement. M&#233;pris et incomp&#233;tence au programme, avec de nombreux points de frictions, comme la prise en compte des occupants sans droits ni titres (pourtant une obligation l&#233;gale), ou la prise en charge des repas quand il n'est pas possible de cuisiner &#224; l'h&#244;tel. La signature est arrach&#233;e de haute lutte en juillet, pour une application jusqu'ici d&#233;cevante, la mairie passant outre dans bien des cas. Ce fut le cas pour une soixantaine d'habitants de la cit&#233; Maison-Blanche, dans le nord de la ville, qui n'ont pas &#233;t&#233; relog&#233;s apr&#232;s un incendie cet &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour soutenir et informer les &#233;vacu&#233;s, le collectif tient encore aujourd'hui des permanences hebdomadaires. &#192; ce jour, 336 personnes sont toujours &#224; l'h&#244;tel. Et par-del&#224; les d&#233;sastres et les particularit&#233;s de chaque situation individuelle, une interrogation pointe : &#224; qui profite la d&#233;route ? Certains locataires pourraient ne jamais rejoindre leurs immeubles du centre-ville, dont la sociologie pourrait ainsi tranquillement changer. En haut de la rue d'Aubagne, devenue si embl&#233;matique, la mairie a rachet&#233; des immeubles. La menace des promoteurs n'est pas loin. Djamil, &#171; &lt;i&gt;noailleux dans l'&#226;me&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;La ville est en train d'&#234;tre b&#226;tie pour des touristes, moins pour les Marseillais. Ou bien : pour un certain type de Marseillais&lt;/i&gt; &#187;. Sous-titre s'il en faut un : blancs et riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des solutions propos&#233;es par le Collectif du 5 novembre : la construction de logements sociaux. Emmanuel Patris : &#171; &lt;i&gt;Il y a des disparit&#233;s &#233;normes. Dans les quartiers Nord, on trouve jusqu'&#224; 50 &lt;/i&gt;%&lt;i&gt; de logements sociaux, pour moins de 10 &lt;/i&gt;%&lt;i&gt; dans le Sud. &#192; Noailles, c'est seulement 4 &lt;/i&gt;%&lt;i&gt; alors que 80 &lt;/i&gt;%&lt;i&gt; de la population pourrait avoir acc&#232;s &#224; des logements tr&#232;s sociaux&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le logement &#171; tr&#232;s social &#187; concerne les personnes en grande pr&#233;carit&#233;. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Ce manque, &#231;a conduit les gens qui n'ont pas de moyens &#224; accepter des logements insalubres propos&#233;s par des marchands de sommeil.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;res nouvelles sur le front de la d&#233;b&#226;cle : en bas de la rue Curiol, au num&#233;ro 36, en plein centre-ville, a eu lieu en septembre une expulsion tr&#232;s controvers&#233;e. Une vingtaine de personnes ont &#233;t&#233; d&#233;log&#233;es. Le bailleur social li&#233; &#224; la mairie, Marseille Habitat&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le journal La Marseillaise a r&#233;v&#233;l&#233; qu'un autre de ses biens a fait l'objet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, n'avait dans un premier temps aucune intention de reloger les habitants. Tr&#232;s vite, des hommes envoy&#233;s par le bailleur ont d&#233;truit &#224; grands coups de marteaux les sanitaires &#8211; pour &#171; &lt;i&gt;s&#233;curiser l'immeuble&lt;/i&gt; &#187; a apr&#232;s coup d&#233;clar&#233; Arlette Fructus, &#233;lue de la majorit&#233; municipale et pr&#233;sidente de Marseille Habitat. L'&#233;vacuation par les forces de l'ordre est muscl&#233;e. Le lendemain, une action est men&#233;e au si&#232;ge du bailleur. Les militants du Collectif du 5 novembre y participent. L'un d'entre eux, une figure m&#233;diatique, est arr&#234;t&#233;, accus&#233; d'avoir bless&#233; le doigt d'une employ&#233;e. Sa garde &#224; vue choquera, &#224; juste titre : apr&#232;s huit morts rue d'Aubagne, le d&#233;c&#232;s de Zineb Redouane&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Zineb Redouane, notre d(r)ame &#187;, CQFD n&#176; 176 (mai 2019).&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; (touch&#233;e par une grenade lacrymog&#232;ne en marge d'une manifestation), pr&#232;s de 4 000 d&#233;log&#233;s, la premi&#232;re garde &#224; vue est celle d'un militant contre le logement indigne &#8211; finalement rel&#226;ch&#233;. Un exemple parmi tant d'autres d'une ann&#233;e dingue sous le soleil marseillais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure sur un peu de beaut&#233;, il faudrait relater les engagements, nouveaux pour beaucoup, raconter qu'ils soudent les gens et font bouger les lignes. Ou finir par une date : rendez-vous est donn&#233; samedi 9 novembre, 15 h, pour une manifestation d'hommage et de revendication. Un an apr&#232;s, les Marseillais marchent toujours.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margaux Wartelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Cet article est extrait du dossier &#171; Bons baisers de Marseille &#187; (habitat indigne, incurie municipale, chasse aux pauvres et r&#233;sistances populaires), publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 181 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Avec les autres survivants, les familles des victimes et des associations comme la Fondation Abb&#233;-Pierre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il existe &#233;galement des arr&#234;t&#233;s de p&#233;ril simple, moins contraignants et ne n&#233;cessitant pas forc&#233;ment l'&#233;vacuation imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Comme le fait d'avoir v&#233;cu des mois ou des ann&#233;es dans un logement insalubre ou dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le logement &#171; tr&#232;s social &#187; concerne les personnes en grande pr&#233;carit&#233;. Les seuils d'accessibilit&#233; sont plus bas que pour le logement social classique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le journal &lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt; a r&#233;v&#233;l&#233; qu'un autre de ses biens a fait l'objet d'une interdiction d&#233;finitive d'habiter pour insalubrit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Zineb-Redouane-notre-d-r-ame' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Zineb Redouane, notre d(r)ame&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 176 (mai 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le feu &#224; La Plaine</title>
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		<dc:date>2019-09-21T00:33:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
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&lt;p&gt;Par deux fois, en d&#233;cembre (2016), les forains de La Plaine ont paralys&#233; une partie du centre de Marseille pour protester contre un projet de r&#233;novation de la place qui condamne le plus populaire des march&#233;s de la ville. La bataille, qui s'annonce rude, ne fait que commencer. &#171; Ils vont mettre 300 forains et leurs familles &#224; la rue, c'est comme un plan social ! &#187;, s'exclame Patricia, qui vend du pr&#234;t-&#224;-porter f&#233;minin sur ce march&#233; depuis le si&#232;cle dernier. Le projet de r&#233;novation de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no150-janvier-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;150 (janvier 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Patricia" rel="tag"&gt;Patricia&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Par deux fois, en d&#233;cembre (2016), les forains de La Plaine ont paralys&#233; une partie du centre de Marseille pour protester contre un projet de r&#233;novation de la place qui condamne le plus populaire des march&#233;s de la ville. La bataille, qui s'annonce rude, ne fait que commencer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3066 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1300.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH503/-1300-fb10c.jpg?1783749046' width='500' height='503' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; I&lt;/span&gt;ls vont mettre 300 forains et leurs familles &#224; la rue, c'est comme un plan social ! &#187;&lt;/i&gt;, s'exclame Patricia, qui vend du pr&#234;t-&#224;-porter f&#233;minin sur ce march&#233; depuis le si&#232;cle dernier. Le projet de r&#233;novation de la place Jean-Jaur&#232;s (La Plaine pour les Marseillais) vient de tomber le masque. &lt;i&gt;La Provence &lt;/i&gt;a publi&#233; de jolies images de synth&#232;se o&#249; la place appara&#238;t lumineuse et d&#233;gag&#233;e, avec des arbres de Jud&#233;e en fleurs et des &#234;tres diaphanes flottant sur une esplanade toute lisse. Qui ne se r&#233;jouirait pas d'un espace enfin lib&#233;r&#233; de l'emprise automobile, ouvert aux &#233;bats des minots et &#224; la sereine consommation de boissons rafra&#238;chissantes en terrasse des bars ? Qui s'opposerait &#224; la disparition des grilles qui enserrent aujourd'hui jeux d'enfants et magnolias centenaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, ce songe d'air pur&lt;/strong&gt; et de paix civile cache quelques entourloupes. Rien n'a &#233;t&#233; propos&#233; aux forains ni aux commer&#231;ants s&#233;dentaires, pour assurer leur survie pendant un chantier qui va s'&#233;terniser (deux ans et demi minimum). Onze millions d'euros ont &#233;t&#233; budg&#233;tis&#233;s pour ce grand chambardement, alors qu'il n'y a pas d'argent pour les &#233;coles ou les installations sportives de proximit&#233; : pour quel profit ? Aucune alternative n'est pr&#233;vue pour les 250 places de stationnement supprim&#233;es. Les grandes terrasses des nouveaux &#233;tablissements que la mairie r&#234;ve d'attirer (les commerces actuels auront fait faillite au fil du chantier) privatiseront l'espace et provoqueront des conflits d'usage avec le march&#233; (lift&#233; et r&#233;duit de moiti&#233;), les jeux d'adolescents ou les &#171; usages d&#233;viants &#187; type carnaval, sardinade du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai ou repas de quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les forains, &lt;/strong&gt;dans le collimateur d'une mairie qui veut expurger un march&#233; d'aubaines trop truculent et chaleureux &#224; son go&#251;t, ne d&#233;col&#232;rent pas. Ils ont fait entendre leurs voix et leurs klaxons jusque sous les fen&#234;tres du maire. Le jeudi 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, une centaine de fourgons d&#233;cor&#233;s de pancartes (&#171; &lt;i&gt;Le march&#233;, c'est le coeur du quartier &#187;&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i&gt;Tout ce qui se fait sans nous se fait contre nous &#187;&lt;/i&gt;&#8230;) ont d&#233;boul&#233; sur la Canebi&#232;re pour aller bloquer le quai de la Mairie. Mme Lota, d&#233;l&#233;gu&#233;e aux emplacements, a re&#231;u trois forains et un avocat pour leur confirmer que rien n'a &#233;t&#233; pr&#233;vu pour les sauver de la ruine, puis leur a claqu&#233; la porte au nez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le jeudi 15, &lt;/strong&gt;la m&#234;me op&#233;ration escargot, accompagn&#233;e par des membres de l'assembl&#233;e de La Plaine, a cette fois parcouru un itin&#233;raire trois fois plus long, pour finir devant les locaux de la Soleam (organisme charg&#233; de la r&#233;habilitation du centre-ville) et bloquer la Canebi&#232;re pendant deux heures. Pas de discours, mais des cris de col&#232;re, des ch&#339;urs d&#233;tournant les chants du V&#233;lodrome et une grondante Marseillaise&#8230; La suite ? une journ&#233;e d'information pour rompre avec l'opacit&#233; des man&#339;uvres municipales (le pr&#233;sident de la Soleam, G&#233;rard Chenoz, a d&#233;clar&#233; qu'il ne parlait pas aux &#233;ternels m&#233;contents) ; pourquoi pas une conf&#233;rence associant sociologues et forains pour r&#233;affirmer la l&#233;gitimit&#233; et l'utilit&#233; sociale du march&#233; ; de possibles recours l&#233;gaux ; et bien s&#251;r d'autres manifs plus massives. Comme le souligne un journalier, &#171; &lt;i&gt;pour l'instant, seuls les forains abonn&#233;s ont manifest&#233;, mais le jour o&#249; les journaliers, qui craignent des repr&#233;sailles, se rendront compte qu'ils n'ont plus rien &#224; perdre, &#231;a va faire mal ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les mots jaunes</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-mots-jaunes</link>
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		<dc:date>2019-04-12T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
		<dc:subject>secteur</dc:subject>
		<dc:subject>Marseille</dc:subject>
		<dc:subject>question</dc:subject>
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		<dc:subject>Macronie</dc:subject>
		<dc:subject>mairies</dc:subject>
		<dc:subject>dol&#233;ances</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; Marseille comme ailleurs, le &#171; grand d&#233;bat &#187; tricot&#233; par la Macronie aux abois a pris de fortes allures de mascarade. Les cahiers de dol&#233;ances distribu&#233;s dans les mairies sont toutefois apparus comme des espaces d'expression privil&#233;gi&#233;s, anim&#233;s d'une parole libre et non encadr&#233;e. Passage en revue. &#192; Marseille comme ailleurs, le &#171; grand d&#233;bat &#187; tricot&#233; par la Macronie aux abois a de fortes allures de mascarade. Les principales r&#233;unions organis&#233;es dans la ville sont chapeaut&#233;es par des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no174-mars-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;174 (mars 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marseille" rel="tag"&gt;Marseille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/question" rel="tag"&gt;question&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Macronie" rel="tag"&gt;Macronie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/doleances" rel="tag"&gt;dol&#233;ances&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Marseille comme ailleurs, le &#171; grand d&#233;bat &#187; tricot&#233; par la Macronie aux abois a pris de fortes allures de mascarade. Les cahiers de dol&#233;ances distribu&#233;s dans les mairies sont toutefois apparus comme des espaces d'expression privil&#233;gi&#233;s, anim&#233;s d'une parole libre et non encadr&#233;e. Passage en revue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2878 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH383/-1122-b27ff.jpg?1783604347' width='500' height='383' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#192;&lt;/span&gt; Marseille comme ailleurs, le &#171; grand d&#233;bat &#187; tricot&#233; par la Macronie aux abois a de fortes allures de mascarade. Les principales r&#233;unions organis&#233;es dans la ville sont chapeaut&#233;es par des &#233;lus LREM ou des opposants avide s de projecteurs (coucou Samia Ghali&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S&#233;natrice (PS), ex-maire des 15e et 16e arrondissements.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;), tandis que la mairie du n&#233;cros&#233; Jean-Claude Gaudin (LR agonisant), fid&#232;le &#224; sa r&#233;putation de giga-honte locale, a purement et simplement d&#233;cid&#233; de s'abstenir de participer (par peur de voir surgir des dossiers br&#251;lants tel que celui des morts de la rue d'Aubagne et du logement indigne&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une p&#233;tochardise rapport&#233;e par le Canard encha&#238;n&#233; (06/02/2019).&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre ces r&#233;unions publiques sous contr&#244;le et les questionnaires en ligne plus qu'orient&#233;s (&lt;i&gt;Pr&#233;f&#233;rez-vous une nouvelle dose de n&#233;o-lib&#233;ralisme d&#233;complex&#233; ou bien une nouvelle dose de n&#233;o-lib&#233;ralisme effr&#233;n&#233; ?&lt;/i&gt;), les cahiers de dol&#233;ances distribu&#233;s dans les mairies apparaissent comme des espaces d'expression privil&#233;gi&#233;s, anim&#233;s d'une parole libre et non encadr&#233;e. Passage en revue marseillais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;G&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;audin a les p&#233;toches&lt;/strong&gt;, un truc de fou. On s'en rend compte en arrivant devant l'h&#244;tel de ville, retranch&#233; derri&#232;re d'innombrables barri&#232;res de m&#233;tal, amalgam&#233;es &#224; la va-comme-je-t'embo&#238;te. Ambiance Fort Knox. Une fois l'obstacle pass&#233;, le citoyen d&#233;sireux de livrer ses dol&#233;ances doit affronter deux vigiles. Sollicit&#233;s, ils annoncent la couleur, finauds en chef :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#171; &lt;i&gt;On les a pas encore re&#231;us, les cahiers &#187;&lt;/i&gt;, ass&#232;ne le premier, en ce 19 f&#233;vrier.&lt;br&gt;
&#8211; &#171; &lt;i&gt;Ah, je croyais pourtant les avoir vus &#187;&lt;/i&gt;, s'&#233;tonne son coll&#232;gue. Lequel se voit gratifi&#233; d'un regard noir de son sup&#233;rieur.&lt;br&gt;
&#8211; &#171; &lt;i&gt;Non, on les a PAS re&#231;us. Revenez plus tard. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Des champions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres personnes sollicit&#233;es confirment le choix du maire autruche : pas question de laisser des paroles critiques s'exprimer dans le Saint des Saints municipal. &#171; &lt;i&gt;Il est possible qu'il ne souhaite pas que certaines questions soient abord&#233;es &#187;&lt;/i&gt;, confie une secr&#233;taire. Sans d&#233;c' ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La t&#234;te sous l'eau &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour lire les contributions &#233;crites des Marseillais, il faut donc se tourner vers les huit mairies de secteur. Chacune d'elles englobe deux arrondissements et des mondes divers. On saute donc du cossu secteur 6/8, dont la mairie est install&#233;e dans la bourgeoise Villa Bagatelle, au tr&#232;s sinistr&#233; secteur 15/16, avant de rebondir souplement vers les contreforts de la Canebi&#232;re et de la mairie 1/7, toujours fortifi&#233;e de panneaux protecteurs suite &#224; une manif un chou&#239;a vandalisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur des quatre cahiers aux intitul&#233;s officiels soporifiques&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Allant de &#171; D&#233;mocratie et citoyennet&#233; &#187; &#224; &#171; Imp&#244;ts, d&#233;penses et action (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, c'est la grande chasse au Macron. Si les dol&#233;ances varient grandement, entre &#233;talage de confidences personnelles et passage en revue de TOUS les maux de la d&#233;mocratie fran&#231;aise, certains th&#232;mes sont r&#233;currents. Au top du top, la suppression de l'ISF, vilipend&#233;e en long en large et au stylo vert. Suivent en peloton serr&#233; la d&#233;nonciation de la CSG, la reconnaissance du vote blanc et le sacro-saint RIC. Autres chevaux de bataille : la moralisation de la vie politique, la taxation des plus riches et quelques saillies anti-flics bien senties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; lire ces envol&#233;es, l'&#233;vidence saute au pif : ceux et celles qui les ont r&#233;dig&#233;es sont tr&#232;s loin d'&#234;tre des analphab&#232;tes. Les caciques du r&#233;gime et ses chiens de garde m&#233;diatiques nous ont pourtant serin&#233; l'inverse, &#224; l'image du tr&#232;s m&#233;prisant Thomas Legrand : &#171; &lt;i&gt;Il y a dans le mouvement des Gilets jaunes une incapacit&#233; &#224; s'exprimer, une incapacit&#233; &#224; hi&#233;rarchiser ses revendications, une incapacit&#233; &#224; dire ce qu'ils veulent. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 11 f&#233;vrier dans l'&#233;mission &#171; 24 h Pujadas, l'info en questions &#187; sur LCI.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187; Sauf que l&#224; c'est tout le contraire : de longs pav&#233;s bien torch&#233;s, argument&#233;s, souvent rigoureusement hi&#233;rarchis&#233;s. Et parfois m&#234;me fichtrement maniaques en mati&#232;re de comptabilit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s avoir pay&#233; la CSG sur ma retraite de base il me reste 815,08 &#8364; par mois (ma CSG &#233;tant de 81,59 &#8364; par mois, ce qui fait 979,08 &#8364; par an) &#187;&lt;/i&gt;, peut-on lire en mairie du 1/7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cahiers consult&#233;s, il est d'abord question de pouvoir d'achat et de lutte quotidienne contre la d&#233;bine. &#171; &lt;i&gt;Comment voulez-vous qu'on survive dans ces conditions ? &#187;&lt;/i&gt;, s'&#233;tonne l'une. &#171; &lt;i&gt;On a la t&#234;te sous l'eau &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit un autre, qui avance une belle proposition : &#171; &lt;i&gt;Chaque &#233;lu devrait vivre six mois comme un citoyen ordinaire, prendre les transports en commun, vivre dans un HLM situ&#233; dans les quartiers populaires, etc. &#187;&lt;/i&gt; Chiche ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La sensation d'&#234;tre invisible et marginalis&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parfois r&#233;p&#233;titifs, &#224; juste titre, ces t&#233;moignages &#233;crits ne sont &#233;videmment pas tous plaisants &#224; lire. Quelques-uns vrillent en bordure de racisme, obsessionnels de la question migratoire. D'autres shootent les assist&#233;s, les marginaux, les gens qui ont des chiens qui font caca sur les trottoirs ou &#8211; et comme on les comprend ! &#8211;, l'invasion des trottinettes &#233;lectriques. D'autres encore font preuve d'une po&#233;sie absurde tout &#224; fait touchante : &#171; &lt;i&gt;Trop de trait&#233;s de libre-&#233;change avec le Canada &#187;&lt;/i&gt; s'enflamme un certain Jacques. &#171; &lt;i&gt;Est-ce qu'en France on cultive les caf&#233;iers ou les cacaotiers ? Non ! Et c'est dommage &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;veloppe N. de l'Estaque. &#171; &lt;i&gt;Peut-on avoir des toilettes dans cette mairie hors la loi ? &#187;&lt;/i&gt;, gueule d'un stylo rouge criard un type qui en a visiblement gros sur la patate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques incursions absurdes ne sont pourtant pas la r&#232;gle. La plupart des participants ont en effet pris les choses tr&#232;s au s&#233;rieux, certains se donnant m&#234;me la peine de recopier leur longue intervention dans les quatre cahiers, et tant pis pour la crampe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la plupart plut&#244;t &#226;g&#233;s (logique : les &lt;i&gt;ieuv &lt;/i&gt;sont moins f&#233;rus des consultations par Internet), les dol&#233;anciers prennent le taureau par le stylo, crient qu'ils ont droit &#224; parole. &#171; &lt;i&gt;La sensation d'&#234;tre invisible et marginalis&#233; est grande &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit une habitante du quartier populaire de la Belle-de-Mai, qui synth&#233;tise parfaitement le sentiment g&#233;n&#233;ral : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas au pr&#233;sident de choisir ce qu'on doit dire dans ce Grand D&#233;bat. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas s&#251;r que ces voix seront &#233;cout&#233;es, voire m&#234;me relay&#233;es. Dans certaines mairies, on ignorait le 21 f&#233;vrier que les dol&#233;ances devaient &#234;tre envoy&#233;es en pr&#233;fecture le 20 f&#233;vrier. Quant aux quatre cahiers du secteur 15/16, fief de Samia Ghali, ils pr&#233;sentent l'&#233;tonnante particularit&#233; d'avoir les premi&#232;res pages arrach&#233;es, comme si certaines paroles n'avaient pas plu. Selon la secr&#233;taire interrog&#233;e, une dame peu satisfaite de ses propres interventions les aurait rageusement d&#233;chir&#233;es. Selon nos sources, la fourbasse en question aurait ensuite pris la fuite en soucoupe volante, &lt;i&gt;woush&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;PS : l'auteur tient &#224; remercier la dame de la mairie du 1/7 qui lui a offert une d&#233;licieuse brioche Pitch fourr&#233;e au chocolat. Il reste donc un peu d'humanit&#233; en ce bas monde.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;S&#233;natrice (PS), ex-maire des 15&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et 16&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissements.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une p&#233;tochardise rapport&#233;e par &lt;i&gt;le Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; (06/02/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Allant de &#171; D&#233;mocratie et citoyennet&#233; &#187; &#224; &#171; Imp&#244;ts, d&#233;penses et action publique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 11 f&#233;vrier dans l'&#233;mission &#171; 24 h Pujadas, l'info en questions &#187; sur LCI.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Saillans, village &#171; utopique et pragmatique &#187;</title>
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&lt;p&gt;Cinq ans apr&#232;s les &#233;lections qui ont conduit une liste participative &#224; la mairie de Saillans (Dr&#244;me), de vrais dispositifs de prise de d&#233;cision alternatifs ont &#233;t&#233; mis en place. Mais l'investissement des habitant.es n'est pas aussi fort qu'esp&#233;r&#233;. Reportage et retour d'exp&#233;rience. Plant&#233; au bord des eaux d&#233;baroulantes de la Dr&#244;me, surplomb&#233; par le massif des Trois Becs, le village de Saillans, 1 300 &#226;mes, affiche un &#233;tonnant dynamisme. Sur le march&#233; dominical ensoleill&#233;, des &#171; n&#233;os &#187; et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no174-mars-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;174 (mars 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/une3_cabrule" rel="tag"&gt;une3_cabrule&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/participative" rel="tag"&gt;participative&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cinq ans apr&#232;s les &#233;lections qui ont conduit une liste participative &#224; la mairie de Saillans (Dr&#244;me), de vrais dispositifs de prise de d&#233;cision alternatifs ont &#233;t&#233; mis en place. Mais l'investissement des habitant.es n'est pas aussi fort qu'esp&#233;r&#233;. Reportage et retour d'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2848 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH364/-1100-24084.jpg?1782644780' width='500' height='364' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ma&#239;da Chavak
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;lant&#233; au bord des eaux d&#233;baroulantes de la Dr&#244;me, surplomb&#233; par le massif des Trois Becs, le village de Saillans, 1 300 &#226;mes, affiche un &#233;tonnant dynamisme. Sur le march&#233; dominical ensoleill&#233;, des &#171; n&#233;os &#187;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233;o-ruraux, venus de grandes villes, install&#233;s au village depuis peu.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et nombre de jeunes enfants c&#244;toient des &#171; natifs &#187; souvent plus &#226;g&#233;s. Comme d'autres bourgades de cette vall&#233;e en vogue, le village se repeuple. Caf&#233; associatif, espace de co-working, gare SNCF et cadre pittoresque : autant d'&#233;l&#233;ments attirant de jeunes urbains en recherche d'un meilleur cadre de vie. Saillans a une vie associative florissante (60 structures) qui ne date pas d'hier. L'urbanisme y joue peut-&#234;tre un r&#244;le : peu de maisons ont des jardins priv&#233;s. Les gens se retrouvent dehors, dans des espaces collectifs, et les nouveaux s'int&#232;grent vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la d&#233;mocratie participative &#224; Saillans d&#233;marre en 2011, quand un collectif de lutte se cr&#233;e contre l'implantation d'un supermarch&#233; d&#233;cid&#233;e en toute opacit&#233; par l'ancien maire. La bataille remport&#233;e, le collectif d&#233;cide de monter une liste alternative pour les municipales de 2014. D&#232;s le d&#233;but, il s'agit de mettre en place une organisation coll&#233;giale impliquant un maximum de personnes. Pour faciliter la participation aux r&#233;unions, un habitant introduit des m&#233;thodes d'&#233;ducation populaire, qui joueront un r&#244;le d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Changer les pratiques
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Fernand Karagiannis, &#233;lu municipal, habite Saillans depuis 2003. Il fait partie des initiateurs de ce &#171; &lt;i&gt;projet co-construit, d'o&#249; a &#233;merg&#233; un sch&#233;ma de gouvernance. Il y avait l'envie de changer de paradigme. Ce qui a fait adh&#233;rer, c'est la m&#233;thode et le fond. Ni programme, ni candidat. Pr&#232;s de 150 personnes ont particip&#233; &#224; l'&#233;laboration du projet, sur une liste ouverte &#224; tous. On voulait que la mairie redevienne une maison du peuple. &lt;/i&gt; &#187; Le collectif remporte les &#233;lections et s'attelle imm&#233;diatement &#224; la mise en place d'une d&#233;mocratie participative : &#171; &lt;i&gt;Les deux premi&#232;res ann&#233;es ont &#233;t&#233; euphoriques. Pour &#233;viter la prise de pouvoir par des individus, des bin&#244;mes d'&#233;lus r&#233;f&#233;rents pour chaque commission ont &#233;t&#233; instaur&#233;s. Le maire et la premi&#232;re adjointe sont cens&#233;s n'&#234;tre que des coordinateurs. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse de l'ancienne mairie, la nouvelle &#233;quipe a tenu &#224; rendre l'information accessible &#224; tous. Cette transparence est l'une des grandes r&#233;ussites de la mandature. &#171; &lt;i&gt;Il y a un agenda mensuel accessible &#224; la population, un affichage dans chaque quartier, des mises en ligne sur le site Internet de la mairie &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mairiedesaillans26.fr&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;i&gt;et une lettre d'information. Il y a eu une r&#233;flexion sur les comptes-rendus afin que ceux-ci soient compr&#233;hensibles par tous &lt;/i&gt; &#187;, explique Fernand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; d&#233;faut de pouvoir &#171; &lt;i&gt;changer les institutions &lt;/i&gt; &#187; r&#233;publicaines, les nouveaux &#233;lus ont cr&#233;&#233; des instances permettant de rendre les processus d&#233;cisionnels coll&#233;giaux : &#171; &lt;i&gt;Le comit&#233; de pilotage, ouvert au public qui peut y intervenir, est le lieu des prises de d&#233;cisions, &lt;/i&gt;reprend Fernand. &lt;i&gt;Les &#8220;Groupes action-projet&#8221;, trente depuis 2014, ont une dur&#233;e de vie d&#233;pendant des dossiers trait&#233;s. Ce sont des espaces de construction de la d&#233;cision avec les habitants. On essaie d'arriver au consensus, sinon on vote. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un cadre l&#233;gal limitant
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces efforts, la participation n'a pas &#233;t&#233; au niveau attendu. Elle a m&#234;me diminu&#233; ces derniers temps. Saillansonne depuis dix ans et &#233;lue, Isabelle Raffner s'interroge : &#171; &lt;i&gt;On aurait peut-&#234;tre d&#251; d&#233;velopper d'autres formes de participation que les r&#233;unions. Pour l'am&#233;nagement des jardins publics, il y a eu par exemple des questionnaires chez les commer&#231;ants. &lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Il faudrait peut-&#234;tre des votes auxquels tout le monde peut participer, &lt;/i&gt;r&#233;fl&#233;chit Fernand. &lt;i&gt;On doit toucher les gens qui ne viennent pas, y compris pour des raisons sociales : difficult&#233; &#224; prendre la parole, sentiment de ne pas &#234;tre l&#233;gitime. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps est aussi une question cruciale. &#171; &lt;i&gt;Si on avait tous une journ&#233;e dans la semaine &#224; consacrer &#224; la vie politique de notre village, ce serait diff&#233;rent &lt;/i&gt; &#187;, dit Isabelle. M&#234;me discours chez Camille&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms des habitants non &#233;lus ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, qui vit &#224; Saillans depuis quatre ans et s'implique intens&#233;ment dans le soutien aux exil&#233;.es : &#171; &lt;i&gt;Si en plus du reste je m'investis dans les instances participatives, j'ai z&#233;ro temps de vie. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les esprits sont &#233;galement lents &#224; changer sur la perception des &#233;lus. &#171; N&#233;os &#187; comme natifs, beaucoup d'habitants gardent un rapport de d&#233;l&#233;gation et attendent encore d'eux qu'ils prennent des d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Fernand, &#171; &lt;i&gt;on est au c&#339;ur d'une d&#233;marche &#224; la fois utopiste et pragmatique qui a d&#251; rentrer dans le cadre l&#233;gal avec un maire, une premi&#232;re adjointe... &lt;/i&gt; &#187; Ce cadre limite l'espace politique de la commune. Son budget est faible. Et elle est tributaire des d&#233;cisions des instances sup&#233;rieures, &#224; commencer par l'intercommunalit&#233;, chasse-gard&#233;e de l'ind&#233;boulonnable Herv&#233; Mariton (LR), maire de Crest&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Longtemps d&#233;put&#233;, il fut &#224; l'Assembl&#233;e un des fers de lance de l'opposition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, un peu plus &#224; l'ouest. Sans parler du poids de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour peser dans la balance, &#171; &lt;i&gt;faut-il forc&#233;ment int&#233;grer l'institution, qui reste contrainte par le budget, la l&#233;gislation ?, &lt;/i&gt;se questionne Camille. &lt;i&gt;Ou se tourner vers d'autres espaces, cr&#233;er des assos, des collectifs ? Je trouve int&#233;ressant qu'il y ait d'autres formes d'implication que la mairie. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La coll&#233;gialit&#233;, &#224; quel prix ?
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Des trois &#233;lus d'opposition si&#233;geant au conseil municipal, deux ont fini par d&#233;missionner l'automne dernier, dont l'ancien maire, rest&#233; en d&#233;saccord avec les structures participatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de la majorit&#233;, &#171; &lt;i&gt;un tiers des conseillers habitent dans le village depuis plus de vingt-cinq ans, un autre depuis dix &#224; vingt ans et le dernier depuis moins de dix ans. Notre groupe n'est pas homog&#232;ne. On s'est r&#233;unis sur une m&#233;thode, pas sur un programme, &lt;/i&gt;constate Fernand. &lt;i&gt;Notre r&#233;alit&#233; est que nous sommes pluriels et que parfois on n'arrive pas &#224; prendre des d&#233;cisions. &lt;/i&gt; &#187; Ce fut le cas, par exemple, quand la mairie a &#233;t&#233; sollicit&#233;e pour accueillir des migrants ou pour pr&#234;ter gratuitement une salle communale &#224; un festival anti-r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude, qui habite &#224; Saillans depuis trois ans, observe &#171; &lt;i&gt;une peur du clivage au sein de la population, entre &#8220;n&#233;os-gauchos-&#233;colos&#8221; et vieilles familles originaires du village &lt;/i&gt; &#187;. Des crispations accentu&#233;es par l'attention soudaine des m&#233;dias et l'impression qu'ont certains habitants d'&#234;tre les sujets d'une exp&#233;rience. &#171; &lt;i&gt;Au sein des &#233;lus, &lt;/i&gt;reprend Claude, &lt;i&gt;il y a une personne-cl&#233; qui fait en sorte que &#231;a n'explose pas. Parce que dans leur logique de d&#233;mocratie participative, si les choses sont cliv&#233;es, &#231;a ne marche plus. &lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;La d&#233;mocratie participative devrait reposer sur des positions politiques et pas sur les gens qui portent le projet, pour que personne ne soit indispensable, &lt;/i&gt;estime Camille. &lt;i&gt;L&#224;, la volont&#233; de neutralit&#233; fait qu'on est davantage dans la forme que dans le fond. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Et apr&#232;s ?
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vivement la quille ! &lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che Isabelle en souriant. La mandature a &#233;t&#233; &#233;puisante pour les &#233;lu. es. &#171; &lt;i&gt;C'est un syst&#232;me &#233;nergivore ! Nous sommes partis de rien, avec euphorie, &lt;/i&gt;t&#233;moigne Fernand. &lt;i&gt;Au bout de deux ans, on saturait sur l'organisation des r&#233;unions. Je conseillerais aux gens de ne pas trop s'exciter au d&#233;but. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'approche des municipales de 2020, la question se pose de la continuit&#233; du projet. Peu d'&#233;lus songent &#224; se repr&#233;senter. &#171; &lt;i&gt;Il y a des gens sensibles &#224; notre action mais qu'on voit peu. On r&#233;fl&#233;chit &#224; comment lancer une nouvelle dynamique en restant dans l'esprit du d&#233;part &lt;/i&gt; &#187;, explique Fernand. Isabelle, dont c'&#233;tait le premier engagement politique, affirme sans h&#233;siter : &#171; &lt;i&gt;Avec le recul, c'est une chance extraordinaire d'avoir particip&#233; &#224; quelque chose d'aussi beau. &lt;/i&gt; &#187; Un avis partag&#233; par beaucoup, malgr&#233; la fatigue et les &#233;cueils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;D'autres villages nous demandent conseil &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une journ&#233;e d'information et de rencontre sera organis&#233;e le 13 avril prochain.&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, raconte Fernand. &lt;i&gt;Il est important que &#231;a essaime et qu'on ne soit pas tout seuls en 2020. Il y a une dynamique &#224; Saillans qui fait que &#231;a a &#233;t&#233; possible. Il faut peut &#234;tre r&#233;fl&#233;chir &#224; l'impulser dans la vall&#233;e. &lt;/i&gt; &#187; Et d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;Dans ce village, depuis la guerre, aucun maire n'a fait deux mandatures cons&#233;cutives. &lt;/i&gt; &#187; La liste participative sera-t-elle la premi&#232;re &#224; rempiler ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Yann Renoult&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;N&#233;o-ruraux, venus de grandes villes, install&#233;s au village depuis peu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.mairiedesaillans26.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mairiedesaillans26.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms des habitants non &#233;lus ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Longtemps d&#233;put&#233;, il fut &#224; l'Assembl&#233;e un des fers de lance de l'opposition au &#171; mariage pour tous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une journ&#233;e d'information et de rencontre sera organis&#233;e le 13 avril prochain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Gaudin, assassin ! &#187;</title>
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		<dc:date>2018-12-06T20:59:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s les effondrements d'immeubles, la rue marseillaise a march&#233; trois fois pour rendre hommage aux morts et demander la d&#233;mission du maire. En face, ce ne fut que sadisme, matraques et grenades lacrymog&#232;nes. Samedi 10 novembre, cinq jours apr&#232;s les effondrements de la rue d'Aubagne, 10 000 personnes ont march&#233; en silence jusqu'&#224; la mairie centrale. Sans slogans, ni drapeaux. Juste une sobre banderole brandie en marge par deux voisines : &#171; Non, ce n'est pas la pluie &#187;. Signe des temps, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no171-decembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;171 (d&#233;cembre 2018)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s les effondrements d'immeubles, la rue marseillaise a march&#233; trois fois pour rendre hommage aux morts et demander la d&#233;mission du maire. En face, ce ne fut que sadisme, matraques et grenades lacrymog&#232;nes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2685 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-945-0246d.jpg?1783298723' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Tomagn&#233;tik
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Samedi 10 novembre, cinq jours apr&#232;s les effondrements de la rue d'Aubagne, 10 000 personnes ont march&#233; en silence jusqu'&#224; la mairie centrale. Sans slogans, ni drapeaux. Juste une sobre banderole brandie en marge par deux voisines : &#171; &lt;i&gt;Non, ce n'est pas la pluie&lt;/i&gt; &#187;. Signe des temps, cours Garibaldi, la corniche d'un balcon s'est bris&#233;e sous le poids d'une grand-m&#232;re et son petit-fils qui regardaient passer le cort&#232;ge, occasionnant trois bless&#233;s l&#233;gers. Depuis, les blocs de pierre sont toujours sur le trottoir et les barri&#232;res de s&#233;curisation entrouvertes pour laisser passer les clientes du salon de coiffure install&#233; au rez-de-chauss&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Je ne peux pas me permettre d'arr&#234;ter de travailler,&lt;/i&gt; explique la patronne. &lt;i&gt;L'assurance ne me couvre pas, vu qu'il n'y a pas d'arr&#234;t&#233; de p&#233;ril.&lt;/i&gt; &#187; Arriv&#233;e sous le balcon du maire, une dame ouvre son parapluie. &#171; &lt;i&gt; Gaudin, cr&#232;ve &lt;/i&gt; &#187;, a-t-elle griffonn&#233; dessus. Des cris fusent : &#171; &lt;i&gt;Gaudin assassin ! &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Gaudin d&#233;mission !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#192; qui profite le crime ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quatre jours plus tard, mercredi 14 novembre, c'est la marche de la Col&#232;re. Les portraits des huit morts se fraient un passage pour prendre la t&#234;te du cort&#232;ge. Mass&#233;e rue d'Aubagne, la foule s'&#233;carte et applaudit. Puis on se dirige en rangs compacts vers la mairie. Il y a encore plus de monde que samedi, pas loin de 15 000 personnes. Les quartiers Nord sont pr&#233;sents. L'habitat d&#233;grad&#233; y cause parfois des morts, mais &#231;a n'attire que rarement l'attention. Beaucoup parmi la population des cit&#233;s ont habit&#233; dans les logements insalubres du centre avant d'obtenir un HLM. Et le lien est encore fort, maintenu vivace par la fr&#233;quentation des march&#233;s de Noailles et de La Plaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers jours, une affiche siamoise a &#233;t&#233; placard&#233;e : &#171; &lt;i&gt;La mairie renvers&#233;e &#8211; Renversez la mairie&lt;/i&gt; &#187;, avec deux photos de l'&#233;difice &#224; l'endroit, puis &#224; l'envers. Le cort&#232;ge est plus nerveux. Une immense banderole noire clame une v&#233;rit&#233; qui fait scandale : &#171; &lt;i&gt; 20 millions pour d&#233;truire La Plaine, pas une thune pour sauver Noailles. &#192; qui profite le crime ? &lt;/i&gt; &#187; Une femme propose de peindre le nom des victimes en rouge sur la mairie.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Exp&#233;dition punitive&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais l'esplanade est barricad&#233;e derri&#232;re un entrelacs de barri&#232;res Vauban. Rapidement, des jeunes bousculent ce cordon de s&#233;curit&#233;. Des fumig&#232;nes, comme au stade. Deux ou trois fus&#233;es sont tir&#233;es contre la fa&#231;ade. Il n'en faut pas plus pour que les CRS inondent le quai de lacrymo. Dans les rues adjacentes, la Bac (brigade anti-criminalit&#233;) matraque tout ce qui bouge, de l'adolescent &#224; la dame charg&#233;e de courses. Malgr&#233; ce d&#233;cha&#238;nement aveugle, la foule reste soud&#233;e. Hors de question de c&#233;der le terrain aussi vite. On se prot&#232;ge le nez et on tient le pav&#233;, on lance des impr&#233;cations contre Gaudin et sa clique. Alors quand, deux heures plus tard, la manif reflue et se disperse, c'est l'exp&#233;dition punitive. Des hordes de baqueux ratissent les ruelles et s'en prennent aux passants autant qu'&#224; ceux qui fuient. Ils tabassent au hasard et gazent jusque dans la rue d'Aubagne, &#224; deux pas des maisons effondr&#233;es. Leurs chefs les ont l&#226;ch&#233;s en meute au c&#339;ur d'un territoire ennemi, ill&#233;gitime, &#224; conqu&#233;rir. Le Collectif du 5 novembre &#8211; Noailles en col&#232;re recueillera plus de 60 t&#233;moignages, dont 29 de personnes agress&#233;es. On d&#233;plore au moins huit fractures cr&#226;niennes, dont une op&#233;ration en urgence pour une fracture maxillo-cr&#226;nienne provoqu&#233;e par un &#233;clat de grenade de d&#233;sencerclement. Lors d'un rendez-vous avec le collectif, un commissaire aurait d&#233;clar&#233; qu'il est &#171; &lt;i&gt;quasiment impossible&lt;/i&gt; &#187; de &#171; &lt;i&gt;tenir&lt;/i&gt; &#187; la Bac, corps de police d'inspiration coloniale&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Les racines du mal &#187;, dans le dossier &#171; La police tue &#187;, CQFD n&#176; 153, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; qui n'a pas vocation &#224; maintenir l'ordre dans une manif, ni m&#234;me dans les quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On y arrivera tous ensemble &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Samedi 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, ce sont quelque 20 000 manifestants pour le droit &#224; un logement digne qui descendent le boulevard Salvator vers la pr&#233;fecture. L&#224;, des parents des victimes prennent la parole. &#171; &lt;i&gt;On est la famille de Ch&#233;rif, on revient de son enterrement en Alg&#233;rie. &#199;a fait chaud au c&#339;ur de voir autant de Marseillais r&#233;unis pour cette cause. Pour nous, c'est trop tard, il est parti, mais on vous accompagnera jusqu'au bout. Il a fallu malheureusement du temps &#224; Marseille pour se r&#233;veiller. Ne l&#226;chez rien, huit familles sont en deuil et ne s'en remettront jamais, mais il faut se battre. En 2018, c'est pas normal qu'on en arrive l&#224;. Soyez solidaires, on gagnera tous ensemble. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;bouch&#233; de la rue Saint-Ferr&#233;ol, un cort&#232;ge de la CGT et des gilets jaunes embo&#238;tent le pas &#224; cette troisi&#232;me marche de Noailles jusqu'&#224; la mairie. Mais l&#224;-bas, &#224; peine la dispersion annonc&#233;e, la foule est gaz&#233;e, provoquant encore une fois une bouff&#233;e de rage. M&#234;me si beaucoup manifestent pour la premi&#232;re fois, on ne c&#232;de pas &#224; la panique. Personne ne veut partir, ni les gens des quartiers Nord venus en nombre, ni les McDo en lutte, ni les chasubles rouges ou jaunes, ni les supporters et leur tambour, ni les profs et les parents d'&#233;l&#232;ves des &#233;coles d&#233;labr&#233;es, ni les lyc&#233;ens&#8230; Plusieurs sapins de la foire aux santons s'enflamment, tandis que des barri&#232;res de chantier sont jet&#233;es sur la chauss&#233;e pour entraver la charge des CRS. Comme le 14, des grenades de d&#233;sencerclement sont tir&#233;es dans la foule.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;meute en centre-ville&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une boutique Orange est pill&#233;e sur la Canebi&#232;re. Une premi&#232;re barricade se dresse, faite de poutres, d'un transformateur &#233;lectrique et d'&#233;chafaudages sortis du chantier des Feuillants &#8211; l&#224; o&#249; le promoteur Fondeville construit un h&#244;tel 4 &#233;toiles aux portes de Noailles, non sans avoir d&#233;clar&#233; que &#171; &lt;i&gt;le haut de gamme cohabite difficilement avec le bon march&#233;&lt;/i&gt; &#187;&#8230; De nombreux foyers de tension obligent les flics &#224; courir comme des poulets sans t&#234;te. Les jeunes &#233;meutiers essaiment de Noailles &#224; Belsunce, de La Plaine aux R&#233;form&#233;s, et jusqu'&#224; la gare Saint-Charles, o&#249; la Fnac est d&#233;valis&#233;e. Mais le point d'orgue des &#233;chauffour&#233;es, c'est la construction d'une imposante barricade de trente m&#232;tres de large coupant le haut de la Canebi&#232;re. Si on y ajoute celle dress&#233;e entre le chantier des Feuillants et le si&#232;ge de la Soleam &lt;i&gt;[lire la note au bas de la double page pr&#233;d&#233;dente]&lt;/i&gt;, plus les conteneurs en flamme sur les boulevards Dugommier et Garibaldi, le commissariat de Noailles se trouve virtuellement encercl&#233;. Atteint par une fus&#233;e &#233;clairante, un v&#233;hicule-patrouille est d'ailleurs incendi&#233; devant sa porte. Des feux de poubelle &#233;clairent la nuit pendant plusieurs heures. La nervosit&#233; de la police&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDLR : C'est cette m&#234;me &#171; nervosit&#233; &#187; qui est sans doute responsable de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, qui semble en sous-effectif, a clairement attis&#233; ce coup de nerf collectif, qu'on n'avait sans doute pas vu ici depuis les gr&#232;ves de 1947.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Novembre 1947 : la droite municipale, qui a chass&#233; le communiste Jean Cristofol de la mairie avec l'aide de la SFIO de Gaston Defferre, impose une hausse des tarifs de transport. La population, asphyxi&#233;e par les privations de l'apr&#232;s-guerre, proteste. Des jeunes renversent un tram. Arr&#234;t&#233;s, ils sont pr&#233;sent&#233;s aux juges. Mais la foule envahit le tribunal et les lib&#232;re. Puis, en masse, on se rend &#224; la mairie, o&#249; le bureau du maire est saccag&#233;. Est-ce ce souvenir qui hante le vieux Gaudin et son alli&#233; le pr&#233;fet ? En tout cas, la d&#233;fense hi&#233;ratique de la &#171; maison commune &#187; contre une population qui fait corps contre l'injustice, ce n'&#233;tait pas une bonne id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mur de la Plaine, lui, tombera sous les vivats&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt; Une poign&#233;e d'agitateurs souvent avin&#233;s et vivant aux crochets de la soci&#233;t&#233; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;. Voil&#224; comment G&#233;rard Chenoz, adjoint au maire de Marseille et pr&#233;sident de la Soleam, a d&#233;fini les opposants au projet de requalification de La Plaine&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lib&#233;ration, 16 novembre 2018.&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Le bougre ne l'emportera pas au paradis : quand on s'enferre dans le d&#233;ni et le d&#233;nigrement, on finit mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sinistre mat&#233;rialisation de la psychose s&#233;curitaire&lt;/strong&gt; sauce Chenoz, un mur de mille tonnes de b&#233;ton &#233;touffe La Plaine depuis le 28 octobre. Mais le quartier ne baisse pas les bras. 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; novembre : grandioses fun&#233;railles de la pseudo-concertation, avec cercueil incin&#233;r&#233; devant le si&#232;ge de la Soleam. Puis, &#224; deux reprises, de joyeux lutins feront basculer plusieurs pans de la vilaine enceinte. Souvent, &#224; l'aube, de pr&#233;venantes &#233;quipes offrent le d&#233;jeuner aux ouvriers tout en les informant sur leur droit de retrait &#8211; ce qui a plusieurs fois port&#233; ses fruits. Samedi 24 novembre, un &lt;i&gt;Appel aux masses &lt;/i&gt;est lanc&#233;, rassemblant une mascarade de plus de 1 000 drilles totalement marteaux. Un mur de parpaings est &#233;rig&#233; devant le si&#232;ge de la Soleam. Et, depuis le 5 novembre, les liens entre La Plaine et Noailles se sont renforc&#233;s : quand on a un carnaval ind&#233;pendant en commun, on sait se serrer les coudes dans les moments difficiles. Est n&#233;e, avec la col&#232;re, une conscience partag&#233;e : c'est tout le Marseille populaire qui est entr&#233; en r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire sur le m&#234;me sujet&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Urbanisme et catastrophe &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/A-Marseille-la-mairie-s-effondre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#192; Marseille, la mairie s'effondre et la ville se soul&#232;ve&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Huit morts sous les d&#233;combres. Pourtant, pas de bombardier am&#233;ricain &#224; l'horizon, ni de dynamiteur allemand&#8230; Juste des sp&#233;culateurs, publics et priv&#233;s. Mais qu'on &#233;rige un mur de b&#233;ton autour de la Plaine pour imposer un chantier hostile ou qu'on laisse pourrir un quartier jusqu'&#224; l'effondrement de deux immeubles sur ses habitants, c'est d'une m&#234;me guerre qu'il s'agit. Celle que m&#232;ne la mairie au Marseille populaire. &#192; Noailles, huit personnes en sont mortes, &#233;cras&#233;es sous les gravats et le m&#233;pris. &#192; l'effroi a succ&#233;d&#233; la col&#232;re. Et un constat qui se propage : l'injustice n'a que trop dur&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Vent-de-panique-effet-d-aubaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Vent de panique, effet d'aubaine&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Et si la catastrophe de Noailles permettait &#224; la mairie de Marseille de r&#233;aliser enfin la gentrification massive dont elle r&#234;ve ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; Les racines du mal &#187;, dans le dossier &#171; La police tue &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 153, avril 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;NDLR : C'est cette m&#234;me &#171; nervosit&#233; &#187; qui est sans doute responsable de la mort d'une octog&#233;naire, d&#233;c&#233;d&#233;e &#224; l'h&#244;pital apr&#232;s avoir re&#231;u une grenade lacrymog&#232;ne &#224; la fen&#234;tre de son appartement du 4e &#233;tage lors de la manif du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 16 novembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tentative de putsch &#224; la place du Puig *</title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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&lt;p&gt;L'affaire a d&#233;fray&#233; la chronique jusqu'aux colonnes du New York Times. Perpignan abrite dans son centre ancien une importante communaut&#233; gitane. Pour d&#233;loger ces ind&#233;sirables, la ville envoie r&#233;guli&#232;rement les pelleteuses d&#233;truire des &#238;lots d'immeubles. *** Quartier Saint-Jacques, centre ancien de Perpignan. Son exotisme de favela : ses rues m&#233;di&#233;vales en pente jonch&#233;es de d&#233;tritus, son linge aux fen&#234;tres, ses gosses qui jouent dans les eaux du caniveau. Par endroits, des immeubles (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no168-septembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;168 (septembre 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pierre-Parrat" rel="tag"&gt;Pierre Parrat&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'affaire a d&#233;fray&#233; la chronique jusqu'aux colonnes du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;. Perpignan abrite dans son centre ancien une importante communaut&#233; gitane. Pour d&#233;loger ces ind&#233;sirables, la ville envoie r&#233;guli&#232;rement les pelleteuses d&#233;truire des &#238;lots d'immeubles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2676 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH689/-936-68a62.jpg?1782642396' width='400' height='689' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Pirikk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quartier Saint-Jacques&lt;/strong&gt;, centre ancien de Perpignan. Son exotisme de favela : ses rues m&#233;di&#233;vales en pente jonch&#233;es de d&#233;tritus, son linge aux fen&#234;tres, ses gosses qui jouent dans les eaux du caniveau. Par endroits, des immeubles menacent de s'effondrer, alors on a mis des &#233;tais. Comme dans la rue Joseph-Denis ou dans celle des Quinze-Degr&#233;s, o&#249; des poutres en bois cors&#232;tent les fa&#231;ades. Le bas de la rue des Farines est condamn&#233; par un mikado en acier. La rumeur publique, nourrie d'un racisme anti-gitan d&#233;complex&#233;, accuse ces derniers de laisser s'&#233;crouler leurs baraques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Place du Puig&lt;/strong&gt;, centre n&#233;vralgique du quartier. C'est ici que chaque soir, les Gitans tissent et retissent leur liant communautaire. On dirait que l'immeuble jouxtant la rue de l'Anguille s'est pris un obus sur la tronche. Un morceau d'escalier colima&#231;onne dans le vide. Des murs de fa&#239;ence saillent &#224; travers les &#233;ventrations. Des grilles de protection portant l'inscription &#171; Risque d'effondrement &#187; interdisent tout acc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 27 juillet&lt;/strong&gt;, les pelleteuses stipendi&#233;es par la mairie entament la destruction de cet &#233;ni&#232;me &#238;lot jug&#233; insalubre. La goutte d'eau. Exc&#233;d&#233;s de voir leur quartier partir en poussi&#232;re, une soixante d'habitants du quartier bloquent le chantier. Quelques jours plus tard, une d&#233;l&#233;gation est re&#231;ue par le pr&#233;fet. Furax, Pierre Parrat, premier adjoint en charge de l'urbanisme, exige la reprise des travaux. &#171; &lt;i&gt;On a dit : pas question,&lt;/i&gt; r&#233;sume Jean-Jean-Bernard Mathon, pr&#233;sident de l'ASPAHR &lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association pour la sauvegarde du patrimoine artistique et historique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. Les &#233;changes &#233;taient houleux. La semaine suivante, le pr&#233;fet organise une seconde r&#233;union, sans les &#233;lus cette fois. La mairie est hors jeu ; le pr&#233;fet plaide &#224; son tour pour la d&#233;molition. On lui r&#233;p&#232;te : pas question. Notre position est simple : pour cet &#238;lot, il faut r&#233;habiliter ce qui n'a pas &#233;t&#233; d&#233;truit et reconstruire la partie d&#233;molie.&lt;/i&gt; &#187; Face au risque de trouble &#224; l'ordre public, le pr&#233;fet maintient la suspension des travaux en attendant un &#233;ni&#232;me round de pseudo-concertations pr&#233;vu en septembre.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Haussmann revient&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 20 juin d&#233;j&#224;&lt;/strong&gt;, la mairie catalane ordonnait la mise &#224; bas d'un &#238;lot de 13 immeubles. &#192; la place : un carr&#233; de goudron born&#233; de plots. Les autorit&#233;s d&#233;truisent en promettant de reconstruire. Mais comme les autorit&#233;s mentent, elles ne reconstruisent que dalle. Saint-Jacques ressemble &#224; un gruy&#232;re. Les ravages d'une guerre sociale dont le but affich&#233; est de chasser d&#233;finitivement ce morceau de pl&#232;be bigarr&#233;e de son c&#339;ur historique. Gentrifier enfin ce quartier au parcellaire m&#233;di&#233;val dont sont friands les touristes. &#171; &lt;i&gt;On a fait le compte,&lt;/i&gt; explique Jean-Bernard. &lt;i&gt;Depuis 2015, 82 immeubles ont &#233;t&#233; d&#233;molis dans le centre ancien, dont 59 rien que sur Saint-Jacques. Sur ces 59, 18 auraient absolument d&#251; &#234;tre conserv&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Le quartier a beau avoir &#233;t&#233; class&#233; en secteur sauvegard&#233;, les bulldozers de la mairie ne font pas dans les d&#233;tails. On parle bien ici de reconqu&#234;te. &#171; &lt;i&gt;La mairie contourne la loi en prenant des arr&#234;t&#233;s d'insalubrit&#233; qui ne sont pas justifi&#233;s. Elle fait appel &#224; des experts totalement incomp&#233;tents.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fa&#231;on de proc&#233;der&lt;/strong&gt; est souvent la m&#234;me : des &#233;quipes municipales estiment que tel immeuble pr&#233;sente un risque d'effondrement &#224; cause, par exemple, d'infiltrations ou d'une poutre trop faible. Comme les familles sont pauvres, elles s'endettent pour faire les r&#233;parations. Mais fr&#233;quemment, les experts repassent et estiment que les travaux ne sont pas suffisants. Les propri&#233;taires sont alors oblig&#233;s de vendre. Une aubaine pour la mairie, qui acquiert le bien immobilier &#224; prix cass&#233;. Et le laisse d&#233;p&#233;rir. Le maire prononce alors un arr&#234;t&#233; de p&#233;ril, pr&#233;misse &#224; la d&#233;molition. Jean-Bernard d&#233;crypte : &#171; &lt;i&gt;En g&#233;n&#233;ral, la mairie se d&#233;brouille pour acheter des &#238;lots entiers. Il s'agit de trac&#233;s m&#233;di&#233;vaux des XIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et XIV&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles. &#201;videmment, les b&#226;timents ne datent pas de cette &#233;poque, il y a eu des reconstructions depuis. Mais souvent, les soubassements sont m&#233;di&#233;vaux. D&#233;molir pour faire des places, relier les rues entre elles : c'est une perception de l'urbanisme qui ne respecte pas l'histoire et chasse la population locale. Au fond, Pierre Parrat se prend pour le baron Haussmann. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Soir&#233;e du 23 ao&#251;t&lt;/strong&gt;, on grimpe place du Puig. Les familles occupent les trottoirs et d&#233;ambulent dans les rues. Les Gitans sont &#224; la fra&#238;che. Dehors. Ensemble. Nick revient sur ces articles accusant les Gitans d'&#234;tre le jouet d'ambitions politicardes &lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article paru sur Mediapart le 20/08/18, &#171; &#192; Perpignan, un d&#233;put&#233; LREM (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;Aucun politique ne nous a manipul&#233;s, on n'a besoin de personne pour s'organiser. Mais aujourd'hui, on a peur. &lt;/i&gt; &#187; Peur d'&#234;tre chass&#233;s et &#233;parpill&#233;s. Les familles relog&#233;es le sont souvent &#224; l'ext&#233;rieur du quartier. Coup dur pour une culture qui tient surtout par sa coh&#233;sion communautaire. &#171; &lt;i&gt;On ne veut pas &#234;tre s&#233;par&#233;s,&lt;/i&gt; explique Nick.&lt;i&gt; Ils cherchent &#224; nous diviser parce qu'ils savent qu'unis, on est fort. On veut rester ici. C'est le quartier de nos grand-parents, de nos parents. M&#234;me si c'est un ghetto compl&#232;tement laiss&#233; &#224; l'abandon. Nous sommes un patrimoine vivant...&lt;/i&gt; &#187; Patrimoine vivant : l'expression suinte le sursis anxiog&#232;ne. Le danger en maraude. Nick le r&#233;p&#232;te : la confiance est rompue. Le bla-bla des politiques, leurs brass&#233;es de promesses &#8211; des logements dignes, un gymnase, un stade de foot, des vraies places &#8211;, tout &#231;a ne vaut plus rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bouille toute en douceur&lt;/strong&gt;, Jonathan est pasteur. Il montre les d&#233;combres qui bordent la place : &#171; &lt;i&gt; Ils cassent, et apr&#232;s ils veulent discuter ! On est des poissons, eux des requins. Pour moi, c'est une mafia. Les maisons sur le point de s'&#233;crouler leur appartiennent. On a &#233;t&#233; oblig&#233;s de leur vendre, parce qu'on ne pouvait pas faire les travaux. Certaines b&#226;tisses valaient 60 000 &#8364;, mais on a d&#251; les l&#226;cher &#224; 30 000. Et une fois achet&#233;es, ils les laissent pourrir... C'est un cercle vicieux.&lt;/i&gt; &#187; Jonathan plaide le d&#233;senclavement. Il &#233;voque la fac de droit r&#233;implant&#233;e en p&#233;riph&#233;rie du quartier. &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas uniquement notre quartier, c'est celui de tout le monde. Ils pourraient construire des logements &#233;tudiants, mais ils ne font rien sinon d&#233;truire. Comme on ne sait pas ce qu'ils ont derri&#232;re la t&#234;te, on n'est pas rassur&#233;s. Le doute nous fait p&#233;ter les plombs. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;St&#233;phane Bern, &#171; my hero &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'&#233;tait l'hiver dernier.&lt;/strong&gt; Un restaurant aux abords du quartier. Une table r&#233;serv&#233;e en fond de salle. Face &#224; une demi-douzaine de p&#232;res de famille gitans, Olivier Amiel, adjoint en charge de la politique de la ville. Le brouhaha ambiant ne permet pas &#224; l'auteur de ces lignes de comprendre l'enti&#232;ret&#233; des &#233;changes, mais quelques bribes donnent un aper&#231;u de la tractation en cours. Un homme l&#226;che : &#171; &lt;i&gt;C'est termin&#233;, l'&#233;poque o&#249; un patriarche d&#233;cidait pour toute la communaut&#233;. &lt;/i&gt; &#187; En face, l'&#233;lu tente de d&#233;miner le terrain, admet des &#171; &lt;i&gt;conneries pass&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. La paix sociale se n&#233;gocie au prix de quelques engagements de relogements, sur un coin de table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Las, quelques mois plus tard&lt;/strong&gt;, le p&#233;tard explose avec une force impr&#233;vue dans les doigts de l'ambitieux adjoint. Fin juin, les d&#233;molitions du quartier Saint-Jacques &#233;lectrisent jusqu'&#224; la permanente du royaliste St&#233;phane Bern, en charge d'une mission de sauvegarde du patrimoine. &#171; &lt;i&gt;Quel scandale, monsieur le maire !&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;gosille l'animateur vedette sur les r&#233;seaux sociaux. Piqu&#233; au vif, Amiel d&#233;gaine un tweet bernicide, qualifiant ce dernier de &#171; &lt;i&gt;bouffon du roi Macron&lt;/i&gt; &#187; et de &#171; &lt;i&gt; pitre cathodique&lt;/i&gt; &#187;. Et de d&#233;noncer &#171; &lt;i&gt; une attaque injuste et infond&#233;e contre Jean-Marc Pujol&lt;/i&gt; [maire LR de Perpignan] &lt;i&gt;et la municipalit&#233; du fait d'une m&#233;connaissance du projet co-construit avec les habitants depuis quatre ans &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concertation.&lt;/strong&gt; Le ma&#238;tre-mot qui fait marrer Jean-Bernard Mathon : &#171; &lt;i&gt;Nous avons particip&#233; aux r&#233;unions avec la municipalit&#233;. Mais contrairement &#224; ce que pr&#233;tend l'&#233;lu &#224; la ville, il n'y a jamais eu de concertation !&lt;/i&gt; &#187; Il poursuit : &#171; &lt;i&gt;Les familles gitanes n'ont jamais &#233;t&#233; inform&#233;es des projets en cours. Quand les gens ont bloqu&#233; le chantier la presse a parl&#233; de manipulation politique. Que dalle ! Ce sont vraiment les habitants qui se sont r&#233;volt&#233;s. Et pas que les Gitans. Des maghr&#233;bins, des riverains, des amoureux du quartier. C'&#233;tait spontan&#233;. L'expression d'un vrai ras-le-bol. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Navarro&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* En catalan, &#171; Puig &#187; (colline) se prononce &#171; poutch &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire aussi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Picasso-a-Perpignan' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Picasso &#224; Perpignan&lt;/a&gt; &#187; &#8211; Ville pauvre, Perpignan a d&#233;cid&#233; de jouer dans la cour des grandes et s'offre (temporairement) Picasso pour gagner en attractivit&#233; touristique. En attendant de virer un jour ces gueux dont la pr&#233;sence reste une insulte &#224; son centre historique (&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;156, juillet-ao&#251;t 2017).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association pour la sauvegarde du patrimoine artistique et historique roussillonnais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir l'article paru sur &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; le 20/08/18, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/200818/perpignan-un-depute-lrem-pousse-des-gitans-troubler-l-ordre-public?onglet=full&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; Perpignan, un d&#233;put&#233; LREM pousse des gitans &#224; troubler l'ordre public&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Plaine emmur&#233;e</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


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&lt;p&gt;La mairie y croyait dur, &#224; son op&#233;ration table rase sur La Plaine. Et, la mort dans l'&#226;me, le quartier s'y pr&#233;parait. Une fois chass&#233;s les gens du march&#233;, la r&#233;sistance allait faiblir. G&#233;rard Chenoz, adjoint (LR) aux Grands projets d'attractivit&#233; et ma&#238;tre d'&#339;uvre des travaux de requalification de la place Jean-Jaur&#232;s, s'en &#233;tait vant&#233; aupr&#232;s du site Marsactu : &#171; Une Zad sur La Plaine ? Dans dix jours c'est fini. &#187; Il aura finalement fallu un mois riche en surprises, et un mur de b&#233;ton de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no170-novembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;170 (novembre 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartier" rel="tag"&gt;quartier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La mairie y croyait dur, &#224; son op&#233;ration table rase sur La Plaine. Et, la mort dans l'&#226;me, le quartier s'y pr&#233;parait. Une fois chass&#233;s les gens du march&#233;, la r&#233;sistance allait faiblir. G&#233;rard Chenoz, adjoint (LR) aux Grands projets d'attractivit&#233; et ma&#238;tre d'&#339;uvre des travaux de requalification de la place Jean-Jaur&#232;s, s'en &#233;tait vant&#233; aupr&#232;s du site Marsactu : &#171; &lt;i&gt;Une Zad sur La Plaine ? Dans dix jours c'est fini.&lt;/i&gt; &#187; Il aura finalement fallu un mois riche en surprises, et un mur de b&#233;ton de 2,5 m&#232;tres de haut ceinturant l'esplanade, pour que le chantier puisse d&#233;marrer vraiment. Le Marseille populaire n'a pas dit son dernier mot.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2629 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-890-ebc94.jpg?1783332070' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Tomagn&#233;tik
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Neuf jours apr&#232;s la fin du march&#233;, samedi 20 octobre, plusieurs milliers de manifestants convergent en fanfare du Vieux-Port jusqu'&#224; la place Jean-Jaur&#232;s&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nom officiel de la place centrale du quartier de La Plaine.&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; bless&#233;e &#8211; 46 de ses arbres viennent d'&#234;tre abattus. L&#224;, dans un joyeux mouvement de foule, des planches et des poutres passent de main en main, d'&#233;paule en &#233;paule, jusqu'&#224; l'esplanade centrale. Et une haute cabane symbolique y sera &#233;rig&#233;e, le &#171; Gourbi n&#176; 8 &#187;, cadeau fraternel de ceux et celles de Notre-Dame-des-Landes. &#171; &lt;i&gt; Beaucoup de monde est venu nous soutenir dans les moments difficiles, aujourd'hui nous rendons la pareille&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clare une jeune fille juch&#233;e sur une agora mobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guerre de symboles : la mairie d&#233;truit, &#233;radique, arrache. Le quartier prend soin de l'existant, construit et se r&#233;invente. L'image qu'il restera de ce d&#233;but de chantier lanc&#233; comme une exp&#233;dition punitive, ce sont ces six grands tilleuls en pleine sant&#233; coup&#233;s comme par erreur. Sur une place quadrill&#233;e par deux compagnies de CRS qui n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; bousculer des mamies ni &#224; gazer le jardin d'enfants.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Strat&#233;gie du choc&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mardi 16 octobre, en massacrant ces arbres, ceux de la mairie esp&#233;raient atteindre un point de non-retour : sid&#233;rer l'ennemi par la strat&#233;gie du choc, imposer l'&#233;vidence de la d&#233;faite. C'est le contraire qui s'est pass&#233;. R&#233;volt&#233;, le quartier s'est soulev&#233;. On a vu accourir des dames bien mises, qui ne fr&#233;quentaient sans doute ni le march&#233;, ni la vie nocturne. Les larmes aux yeux, scandalis&#233;es par l'abattage : &#171; &lt;i&gt; Ils avaient dit qu'ils les transplanteraient ! Ils faut arr&#234;ter &#231;a. Si vous avez besoin d'argent pour payer un huissier, on est l&#224;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 20 octobre, la place r&#233;colte les fruits d'une col&#232;re contagieuse. Il fallait voir, et vivre, l'intensit&#233; de cet instant-l&#224;. Au milieu de la foule, la surprenante armature du Gourbi n&#176; 8 est assembl&#233;e, puis dress&#233;e dans le square, &#224; dix m&#232;tres des magnolias embl&#233;matiques. La s&#233;natrice (PS) des quartiers Nord Samia Ghali passe par l&#224;, en talons aiguilles dans la poussi&#232;re du terrain de boules, sans que personne ne la remarque&#8230; Moins visible, en tout cas, que Khalifa : &#171; &lt;i&gt; On est l&#224;&#224;&#224; ! Ce quartier a une &#226;&#226;&#226;me et il vous emmerde ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2632 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-893-8971b.jpg?1783332070' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Patxi Beltzaiz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La magie op&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une fois la structure lev&#233;e, la magie op&#232;re. Tout le monde se masse sous la protection de sa charpente ouverte &#224; tous les vents, &#224; la belle &#233;toile, &#224; tous les possibles. Un bistrot du quartier apporte deux caisses de bon vin, &#224; la r&#233;galade. Guitza, de la fanfare Vagabuntu, fait miauler sa trompette : &lt;i&gt;La Vie en rose&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Bella Ciao&lt;/i&gt;&#8230; Une poign&#233;e de jeunes grimpe sur les poutres ma&#238;tresses pour y entonner des chants du stade V&#233;lodrome adapt&#233;s &#224; la situation : &#171; &lt;i&gt; Aux aaarbres ! Aux aaarbres ! C'est nous les Marseillais ! Et nous allons gagner ! Alleez La Plaine ! &lt;/i&gt; &#187; L'&#233;motion est pleine, oui, et on a envie d'embrasser le voisin, la voisine. Un quartier se r&#233;veille, prend conscience de sa singularit&#233;, de sa force. La quinzaine de flics align&#233;s comme un app&#226;t le long d'un immeuble n'en croient pas leurs yeux. La pr&#233;fecture n'a pas os&#233; interdire l'acc&#232;s &#224; la place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jeune abonn&#233; du club de supporters Marseille Trop Puissant jubile : &#171; &lt;i&gt;C'est ma premi&#232;re manif ! D'habitude, on descend dans la rue pour les victoires de l'OM. &lt;/i&gt; &#187; Il sera pr&#233;sent tous les jours suivants, organisant sardinade et repas partag&#233;s. Plus loin, deux parents &#233;mus observent leur fils s'enthousiasmer pour la lutte : &#171; &lt;i&gt;Il vient de nous dire que la premi&#232;re fois qu'il a fait l'amour, c'&#233;tait sur la butte aux magnolias&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Touchez pas &#224; ma Plaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille, G&#233;rard Chenoz a tent&#233; de r&#233;duire la contestation &#224; &#171; 5&lt;i&gt;0 meneurs et 200 manipul&#233;s&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Marseillaise, 18 octobre 2018.&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; ou une bande de &#171; &lt;i&gt;punks &#224; chien&lt;/i&gt; &#187;. L'ampleur et l'ambiance de la manif, la pr&#233;sence d'&#233;lus d'opposition et de gens venus de toute la ville, ont d&#233;montr&#233; le contraire. L'appel de l'association Un Centre-ville pour Tous, sign&#233; par une centaine de personnalit&#233;s (dont des architectes et urbanistes de renom et le prix Goncourt Patrick Chamoiseau), ou les plus de 4 000 signataires de la p&#233;tition &#171; Sauvons la Plaine &#187;, prouvent que la majorit&#233; silencieuse derri&#232;re laquelle se cache G&#233;rard Chenoz n'existe pas. Ce qu'on a voulu r&#233;duire &#224; une opposition &#171; id&#233;ologique &#187; est devenu un mouvement social qui rejette ce projet pour ce qu'il est : un d&#233;sastre pour le quartier et pour la ville toute enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, malgr&#233; ce camouflet, Chenoz s'enferre dans le d&#233;ni de r&#233;alit&#233; et la surench&#232;re s&#233;curitaire. Il d&#233;clare le soir m&#234;me : &#171; &lt;i&gt;On va pas rentrer dans cette spirale de violence. Il y a la police, la justice qui sont l&#224; pour &#231;a.&lt;/i&gt;[sic] &#187;&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;France 3 R&#233;gion Paca, le 21 octobre 2018.&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; Mais de quelle violence parle-t-il ? Violence de la police (plusieurs bless&#233;s par fracture parmi ceux et celles qui se sont oppos&#233;s &#224; mains nues aux engins), violence de l'abattage d'arbres conduit comme une op&#233;ration coup de poing, violence des propos d'&#233;lus contre les forains et leur client&#232;le, violence du m&#233;pris pour les activit&#233;s et les usages cohabitant sur cette place&#8230; Histoire d'en remettre une couche, Chenoz persifle et signe une intox pleine de menaces : &#171; &lt;i&gt;Que les Marseillais ne se fassent pas manipuler par quelques extr&#233;mistes identifi&#233;s par les services de police. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;trange entre-deux&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;N'en d&#233;plaise &#224; la mairie, ce ne sont pas que les opposants qui ont r&#233;investi la place mutil&#233;e. &#201;trange entre-deux : elle n'est plus tout &#224; fait un lieu public, mais pas encore un chantier. Dr&#244;le de travaux non s&#233;curis&#233;s qui b&#233;gayent et &#233;ructent violemment tous les trois jours avec des apparitions &#233;clair d'ouvriers sous escorte polici&#232;re&#8230; Comme ceux venus couper &#224; la disqueuse les grilles du square, &#224; la va-vite. Ils sont repartis sans m&#234;me &#233;barber les moignons m&#233;talliques qui affleurent dangereusement &#224; proximit&#233; des jeux d'enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois de plus, la mairie a laiss&#233; la place &#224; l'abandon. Une fois de plus, l'inventivit&#233; et la bienveillance des habitants viennent y suppl&#233;er. Des anonymes ont lim&#233; les moignons de grilles et leur ont enfil&#233; des sortes de capuchons en feutrine, pour &#233;viter les accidents. Patrons de bar ou m&#234;me clients se chargent de vider et remplacer les sacs poubelle que les services municipaux &#171; oublient &#187; depuis deux semaines&#8230; La fontaine Wallace, elle, a &#233;t&#233; restaur&#233;e depuis longtemps d&#233;j&#224;, par &#171; les gens &#187;&#8230; Des chiottes s&#232;ches sont pos&#233;es sur un talus promis au bulldozer, avec sur la porte un charmant &#171; &lt;i&gt;En attendant Gaudin&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Claude Gaudin, maire (LR) de Marseille depuis 1995.&#034; id=&#034;nh9-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;&#8230; On a &#233;galement vu un officier des CRS pisser dans une vespasienne bricol&#233;e au-dessus d'une bouche d'&#233;go&#251;t par la m&#234;me &#233;quipe qui a construit des gu&#233;ridons et des bancs en bois autour des arbres menac&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2631 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-892-f15b2.jpg?1783332070' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Patxi Beltzaiz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Plainification du chantier&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les graffs et les mots d'esprit fleurissent sur les blocs de b&#233;ton : &#171; &lt;i&gt;Pour une plainification du chantier &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Requalifions la Soleam&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soci&#233;t&#233; publique en charge de la &#171; requalification &#187; de La Plaine.&#034; id=&#034;nh9-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Plus d'arbres, moins de connards&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Plaine perdue ? Mon cul !&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; Zone &#224; p&#233;tanque&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Mais en face, on n'a pas d'humour. L'agora en gradin, o&#249; les gens s'asseyaient pour discuter, a &#233;t&#233; d&#233;truite le 23 octobre &#224; l'aube, avec le Gourbi n&#176; 8, lors d'une violente intervention polici&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, les gens du quartier se sont r&#233;appropri&#233;s la place : jeux d'enfants plus fr&#233;quent&#233;s que jamais, terrain de foot trac&#233; sur l'asphalte avec des cages en bois bricol&#233;es ; skate-park utilisant les glissi&#232;res de b&#233;ton du pseudo-chantier comme rampes de lancement ; blocs de b&#233;ton &#233;cart&#233;s pour laisser passer les poussettes et les caddies des grands-m&#232;res ; jardini&#232;res construites avec des pav&#233;s, de la terre rapport&#233;e et des plantes qu'on am&#232;ne de chez soi ; kiosque &#224; sandwiches promis &#224; la d&#233;molition r&#233;ouvert&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela fait &#233;cho &#224; une autre r&#233;invention de cet espace. Quand, apr&#232;s le d&#233;m&#233;nagement en 1972 du march&#233; de gros au March&#233; d'int&#233;r&#234;t national des Arnavaux, le vide cr&#233;&#233; dans le quartier avait d'abord &#233;t&#233; combl&#233; par les dealers, l'h&#233;ro&#239;ne et le sida. En une admirable r&#233;action vitale, les gens, parfois eux-m&#234;mes touch&#233;s par l'&#233;pid&#233;mie, r&#233;investirent les espaces laiss&#233;s vacants. M&#251;rissoirs &#224; bananes et entrep&#244;ts &#224; fruits et l&#233;gumes furent transform&#233;s en salles de concert, restos, caf&#233;s, locaux associatifs&#8230; Le regain des ann&#233;es 1990, avec sa sc&#232;ne musicale, sa litt&#233;rature, le Tipi (sorte d'Act-Up local), Marseille Trop Puissant (club de motards multiethnique, puis de supporters antiracistes), le carnaval ind&#233;pendant, le Chourmo et sa sardinade des feignants pour c&#233;l&#233;brer le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; Mai&#8230; font d&#233;sormais partie de l'histoire de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fructueuses frictions&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Retour au Marseille d'aujourd'hui. Pendant deux semaines, &#224; son habitude, la mairie a jou&#233; le pourrissement. Pendant ce temps, les tractations, les cellules de crise, les remontages de bretelles ont d&#251; aller bon train c&#244;t&#233; pr&#233;fecture et h&#244;tel de ville. Macronie et droite dure ont longuement marchand&#233; les conditions d'un retour &#224; l'ordre. En attendant, on brandissait l'&#233;pouvantail de la Zad urbaine. Jusqu'&#224; ce que G&#233;rard Chenoz, accompagn&#233; du pr&#233;fet de police, annonce ce lundi 29 octobre la pose d'un mur de b&#233;ton de 2,5 m&#232;tres de haut tout autour de la place. D&#233;but de l'op&#233;ration : le jour m&#234;me, sous protection de contingents policiers encore plus massifs. Dur&#233;e estim&#233;e : trois jours. Co&#251;t : 390 000 euros. Mesures d'accompagnement de cette lugubre mise sous cloche : un collectif de graffeurs est pressenti pour d&#233;corer l'enceinte et des indemnisations seront n&#233;goci&#233;es avec les commer&#231;ants. Car l'asphyxie a commenc&#233; d&#232;s le d&#233;part du march&#233; et la suppression sans alternative des 400 places de parking &#8211; certains commerces ont d&#233;j&#224; constat&#233; une chute de 50 % de leurs ventes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bagarre va &#234;tre longue et puisera ses forces dans le besoin pressant d'espace commun. Elle sera culturelle dans le sens le plus puissant du terme : le quartier prend date et fait corps contre un chantier Attila de deux ou trois ans. Culturelle, pas cultureuse : on parle l&#224; de rapports sociaux et d'une identit&#233; enracin&#233;s dans un territoire. Pour la mairie, un centre-ville populaire, c'est un probl&#232;me. Pour ceux et celles qui aiment Marseille, c'est une solution &#224; toutes les erreurs de l'urbanisme qui a d&#233;pec&#233; les villes par zones (r&#233;sidentielles, industrielles, commerciales, d'activit&#233;s, de loisirs&#8230;), provoquant l'apog&#233;e du tout-bagnole et blessant le c&#339;ur m&#234;me de la cit&#233;, le lien social, le foisonnement du bazar, la confrontation des cultures urbaines&#8230; Des quartiers comme Noailles, Belsunce, La Plaine sont bien plus que la survivance paup&#233;ris&#233;e d'&#233;poques r&#233;volues. Ils sont la persistance de fructueuses frictions, de surprenantes rencontres, de d&#233;brouille et de connections populaires, de la pr&#233;sence t&#234;tue de populations jug&#233;es ill&#233;gitimes qui, en se fabriquant une vie, habitent et font vivre la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des questions se posent. O&#249; et comment se d&#233;roulera le carnaval ind&#233;pendant ? Comment faire vivre l'id&#233;e que le march&#233; populaire de La Plaine existe encore, qu'il est en exil et qu'il reviendra ? Comment d&#233;fendre le jardin des chats et le boulodrome Carli voisins ? Les gestes d'hostilit&#233; face &#224; un chantier qui veut effacer l'histoire du quartier ne vont-ils pas se multiplier &#8211; et du m&#234;me coup d&#233;go&#251;ter les investisseurs de venir mettre leurs sales pattes dans ce p&#233;trin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est &#224; une r&#233;sistance de longue haleine qu'on va assister&#8230; Ce quartier n'est pas une zone r&#233;sidentielle valorisable, mais un lieu o&#249; cohabitent de multiples activit&#233;s et usages qui se nourrissent les uns des autres. Avec un cri de ralliement : &#171; &lt;i&gt;On est l&#224; ! On ne partira pas !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Pas seulement les arbres, mais aussi le march&#233; &#187;&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2630 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-891-8131a.jpg?1783332070' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Tomagn&#233;tik
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mardi 11 octobre&lt;/strong&gt;, apr&#232;s une dizaine de jours suspendus aux tergiversations de la mairie &#8211; la fin du plus c&#233;l&#232;bre des march&#233;s marseillais &#233;tait initialement annonc&#233;e pour le 29 septembre &#8211;, les forains ont remball&#233; pour de bon. Sans trop savoir de quoi demain allait &#234;tre fait. Gr&#226;ce au blocage de la foire et des acc&#232;s autoroutiers&lt;a href=&#034;#nb9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Sur la Plaine, le march&#233; des derniers jours &#187;, CQFD n&#176; 169, octobre 2018.&#034; id=&#034;nh9-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, ils avaient obtenu de ne pas &#234;tre dispers&#233;s aux quatre vents. Mais les deux sites de repli obtenus (place de la Joliette et avenue du Prado) n'&#233;taient pas pr&#234;ts. Les services imposaient donc quinze jours de ch&#244;mage forc&#233; &#224; ceux et celles qui avaient os&#233; d&#233;fier le caciquisme municipal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce mardi-l&#224;, donc, &#224; peine les &#233;tals remball&#233;s&lt;/strong&gt;, un camion-grue appara&#238;t, dans l'intention de boucher les entr&#233;es de l'esplanade avec de lourdes glissi&#232;res de b&#233;ton. Afin d'emp&#234;cher l'acc&#232;s des voitures &#8211; ou des fourgons de forains &#8211; et de pr&#233;parer les 2,5 hectares de place au chantier &#224; venir. Imm&#233;diatement, l'animation de fin de march&#233; se transforme en protestation de rue. &#192; mains nues, les clients des caf&#233;s, les passants, des forains, des mamies et des jeunes avec ou sans capuche tentent de ralentir la progression de l'engin. L'un d'entre eux escalade la grue. Les CRS, en nombre, gazent la foule. De petites barricades sont mont&#233;es avec quelques pav&#233;s, des barri&#232;res, des poubelles&#8230; Le man&#232;ge dure toute l'apr&#232;s-midi, avec cinq arrestations &#224; la cl&#233;. Mais d&#232;s le d&#233;part des flics, la foule, arm&#233;e d'une longue corde, d&#233;place les blocs de b&#233;ton, ouvrant &#224; nouveau l'esplanade aux voitures. On remet m&#234;me les pav&#233;s en place pour ne pas g&#234;ner le transit. Le lendemain, le ballet de la fourri&#232;re nettoiera la place et le camion-grue empilera des blocs les uns par dessus les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De son c&#244;t&#233;, le service des emplacements&lt;/strong&gt; fait poireauter les forains ind&#233;sirables. Sur le Prado, les places ne sont pas encore marqu&#233;es au sol. Pas avant le 26 octobre... Mais, le 19 octobre, hop !, les placiers annoncent que le march&#233; suspendu peut s'installer sur l'avenue du Prado d&#232;s le lendemain. De crainte que les forains m&#233;contents ne viennent grossir les rangs de la belle manif. Sur place, rien n'est pr&#234;t, les placiers sont absents. Des disputes &#233;clatent, mais gr&#226;ce &#224; l'union exp&#233;riment&#233;e pendant la lutte, on arrive &#224; se mettre d'accord. Quand le mardi suivant les placiers font leur apparition, les forains les re&#231;oivent en riant : &#171; &lt;i&gt;On n'a plus besoin de vous, on est un march&#233; autog&#233;r&#233; !&lt;/i&gt; &#187; Et l'id&#233;e m&#251;rit de se proclamer &#171; march&#233; de La Plaine en exil &#187;&#8230; On prend date, on reviendra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mardi 16 octobre, alors que les arbres tombent&lt;/strong&gt;, France 3 filme un habitant qui rappelle que la mairie avait promis qu'on n'entendrait pas &#171; &lt;i&gt;le son des tron&#231;onneuses sur La Plaine&lt;/i&gt; &#187;. Un chibani s'approche et prot&#232;ge l'interview&#233; avec son parapluie. Quand l'autre a fini, le vieux ajoute d'une voix douce : &#171; &lt;i&gt;C'est pas que les arbres qu'on arrache, il y a aussi le march&#233; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire aussi dans nos archives&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; Marseille &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Marseille-La-Plaine-quartier-libre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La Plaine, quartier libre&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;138 (d&#233;cembre 2015).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; La Plaine souveraine &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Marseille-Quartier-Debout' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Marseille, quartier debout !&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;144 (juin 2016).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; Plaine, &#244; ma Plaine &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Un-quartier-a-cran' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Un quartier &#224; cran&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;168 (septembre 2018).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;strong&gt;Marseille : guerre aux ind&#233;sirables &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Sur-La-Plaine-le-marche-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Sur La Plaine, le march&#233; des derniers jours&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;169 (octobre 2018).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Nom officiel de la place centrale du quartier de La Plaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt;, 18 octobre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;France 3 R&#233;gion Paca, le 21 octobre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jean-Claude Gaudin, maire (LR) de Marseille depuis 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Soci&#233;t&#233; publique en charge de la &#171; requalification &#187; de La Plaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Sur-La-Plaine-le-marche-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Sur la Plaine, le march&#233; des derniers jours &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;n&#176; 169, octobre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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