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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La po&#233;sie contre le lamento</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Mortibus, la po&#233;sie ? Foul&#233;e aux pieds par l'&#233;poque et son imaginaire en toc ? On dirait bien. Jusqu'au mitan du XXe si&#232;cle, les po&#232;tes se trouvaient en premi&#232;re ligne des &#233;tincelles historiques, compagnons de route et de r&#233;sistance. Depuis, on ne les entend plus beaucoup. Mais qu'importe, le feu couve sous les braises. Face aux rouleaux compresseurs de l'&#233;poque, il est logique que la po&#233;sie fasse grise mine. Trop discr&#232;te, trop dissonante. De l'information en continu &#224; l'&#233;cran (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sensible" rel="tag"&gt;sensible&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mortibus&lt;/i&gt;, la po&#233;sie ? Foul&#233;e aux pieds par l'&#233;poque et son imaginaire en toc ? On dirait bien. Jusqu'au mitan du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les po&#232;tes se trouvaient en premi&#232;re ligne des &#233;tincelles historiques, compagnons de route et de r&#233;sistance. Depuis, on ne les entend plus beaucoup. Mais qu'importe, le feu couve sous les braises.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3208 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L452xH400/-1425-9e47c.jpg?1782669030' width='452' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Jean-Michel Bertoyas
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;F&lt;/span&gt;ace aux rouleaux compresseurs de l'&#233;poque, il est logique que la po&#233;sie fasse grise mine. Trop discr&#232;te, trop dissonante. De l'information en continu &#224; l'&#233;cran omnipr&#233;sent, du &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; triomphant aux r&#233;seaux sociaux, tout semble concourir &#224; en faire un fant&#244;me du pass&#233;. Un constat que Jean-Pierre Sim&#233;on a tir&#233; depuis un bail. Mais &#231;a ne l'a pas emp&#234;ch&#233; de publier en 2015 un ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;La po&#233;sie sauvera le monde&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Passeur &#233;diteur. Vient de sortir en poche.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Provocation ? Pas le moins du monde : il y croit dur comme fer. &#171; &lt;i&gt;Plus une soci&#233;t&#233; est antipo&#233;tique,&lt;/i&gt; &#233;crit-il, &lt;i&gt;plus la po&#233;sie devient l'argument th&#233;orique majeur de sa contestation.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui-m&#234;me po&#232;te (il a publi&#233; un vingtaine de recueils) et homme de th&#233;&#226;tre, par ailleurs directeur artistique du Printemps des po&#232;tes, Jean-Pierre Sim&#233;on appelle sereinement &#224; &#171; &lt;i&gt;une insoumission du plus grand nombre&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;&#224; la lecture passive du monde telle qu'elle est aujourd'hui massivement impos&#233;e par violence douce&lt;/i&gt; &#187;. Et pourquoi pas ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Effraction par la langue&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si le langage est souvent au service de l'ordre, de l'asservissement de la pens&#233;e et du sensible, il peut servir le dessein inverse, notamment via le contre-langage po&#233;tique. Il se fait alors instrument de lib&#233;ration et de subversion. C'est &#224; cette dimension que je me raccroche depuis mon adolescence, p&#233;riode o&#249; j'ai d&#233;couvert la po&#233;sie. Ce fut une r&#233;v&#233;lation. D'embl&#233;e, j'y ai entendu une objection irr&#233;ductible, tenant &#224; une langue affranchie. On peut mettre quelqu'un en prison, le b&#226;illonner, il lui restera toujours la possibilit&#233; d'avoir recours &#224; un langage libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La po&#233;sie n'a rien de confortable ou de d&#233;coratif. C'est pourtant l'image qu'on lui accole trop souvent, comme si elle consistait en une forme d'&#233;loge ben&#234;t du r&#233;el ou d'invitation &#224; s'en &#233;vader. Or la po&#233;sie est avant tout effraction. Elle cherche &#224; plonger plus loin que les effets de surface. &#8220;&lt;i&gt;Plus il y a de po&#233;sie, plus il y a de r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;'', disait le po&#232;te Novalis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d'autant plus besoin de cette effraction que partout poussent les cl&#244;tures. Elles se manifestent dans le langage actuel, singuli&#232;rement rabougri. Mais aussi plus concr&#232;tement dans les fronti&#232;res et l'enfermement g&#233;n&#233;ralis&#233;. Elles ont tellement prolif&#233;r&#233; que d&#233;sormais elles envahissent nos foyers : voyez la multiplication des alarmes, des verrous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sous la trag&#233;die, l'optimisme&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je sais que le titre de mon livre peut para&#238;tre na&#239;f. Mais il suffit de le parcourir pour comprendre que je ne prends pas la situation &#224; la l&#233;g&#232;re. J'estime qu'il faut &#234;tre d'une lucidit&#233; sans faille. Reste que ce ne sont pas des fatalit&#233;s qui nous tombent dessus au hasard, d&#233;cr&#233;t&#233;es par un &lt;i&gt;deus ex machina&lt;/i&gt;. Ce sont des trag&#233;dies humaines, sociales, linguistiques, d&#233;ploy&#233;es au sein de superstructures. Il ne s'agit pas de les d&#233;noncer pour se plaindre, mais pour les d&#233;passer. J'ai toujours &#233;t&#233; ennemi du lamento. &#8220;&lt;i&gt;Avoir le pessimisme de l'intelligence et l'optimisme du c&#339;ur et de la volont&#233;&lt;/i&gt;'', invitait Gramsci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas s'en tenir au constat tragique, ankylos&#233;, car nous sommes &#224; un moment charni&#232;re. Nous savons que nous n'avons plus le choix. Ou bien on va dans le mur, ou bien la po&#233;sie &#8211; au sens large &#8211; s'impose. Cela ne concerne pas seulement la langue, mais la mani&#232;re d'habiter le monde dans lequel nous vivons. C'est beaucoup moins anecdotique qu'il n'y para&#238;t : la po&#233;sie se situe en effet &#224; l'exact antipode des forces guidant la catastrophe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Prophylaxie po&#233;tique&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela fait seize ans que je suis &#224; la t&#234;te du Printemps des po&#232;tes, o&#249; mon travail a &#233;t&#233; guid&#233; par une obsession : porter la po&#233;sie &#224; celles et ceux qui n'y ont pas acc&#232;s. D&#232;s le d&#233;but, je me suis &#233;chin&#233; &#224; l'importer dans les petits villages et les quartiers d&#233;favoris&#233;s. Et j'ai souvent &#233;t&#233; &#233;tonn&#233; des r&#233;actions que la po&#233;sie y suscite. Beaucoup viennent me remercier : pour une fois ils entendent une langue qui ouvre au lieu d'enfermer. Ils sentent qu'on leur rend le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on m'a confi&#233; cette mission, j'ai tout de suite annonc&#233; qu'il faudrait beaucoup de temps avant de faire bouger les choses. Parce que la repr&#233;sentation de la po&#233;sie en art-naphtaline, confortable, d&#233;coratif, &#233;tait omnipr&#233;sente. Il fallait aller dans l'autre sens. La po&#233;sie est sans int&#233;r&#234;t si elle est ornement ou suppl&#233;ment d'&#226;me. C'est ce que j'annonce au public lors des conf&#233;rences que je donne : &#8220;&lt;i&gt;Vous avez besoin de la po&#233;sie, mais pas pour les raisons que vous croyez.&lt;/i&gt;''&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons la chance de vivre dans une soci&#233;t&#233; qui tol&#232;re l'art, mais en contrepartie ce dernier est vid&#233; de sa vitalit&#233;. Il n'est plus effraction, mais son contraire : divertissement. Ce dernier peut &#234;tre virtuose, cela importe peu, sa finalit&#233; &#233;tant port&#233;e sur le confort. Il ne s'agit plus d'ouvrir &#224; l'impr&#233;vu mais d'asseoir l'existant. On voit ainsi dans le th&#233;&#226;tre public des lieux cr&#233;&#233;s &#224; l'origine pour l'&#233;mancipation collective, qui font appel &#224; des stars du cin&#233;ma, ou programment &#224; outrance Feydeau et autres vaudevilles. Et quand ils montent des projets plus ambitieux, la mise en sc&#232;ne tombe dans le spectaculaire ou l'esth&#233;tisme, faisant obstruction &#224; la complexit&#233; du sens. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Empoigner le sensible&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je revendique un engagement de l'art et de la po&#233;sie, mais ce n'est pas un enfermement. Un po&#232;me d'amour peut aussi &#234;tre un engagement ! Il est &#224; m&#234;me d'ouvrir des voies, de se faire universel &#8211; le ch&#244;meur ou le migrant ont autant besoin d'entendre parler d'amour que de r&#233;pression polici&#232;re. La litt&#233;rature doit attraper le r&#233;el par tous les bouts. Se cantonner au po&#232;me-tract, c'est ne prendre le r&#233;el que par une lorgnette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi une mani&#232;re de se rattacher aux &#233;motions v&#233;cues dans un monde o&#249; tout nous en d&#233;pouille. Il s'agit de retrouver le lien entre le corps et le sensible, qui est tout sauf un frein au politique. Nombre de po&#232;tes nourris d'id&#233;ologie ont &#339;uvr&#233; en ce sens. Pablo Neruda se situait ainsi &#224; la fois dans le concret et le sensuel : il ne dissociait pas le combat politique du sentiment amoureux, assaillait le r&#233;el de toutes parts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon dernier livre publi&#233; s'appelle &lt;i&gt;Po&#233;tique de la beaut&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cheyne, 2017.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. J'y professe qu'on ne peut pas penser l'av&#232;nement d'une soci&#233;t&#233; autre sans s'appuyer sur la beaut&#233;. Laquelle peut prendre de multiples formes : le visage d'un enfant, l'amour, etc. Et c'est une forme de combat. Dans ce livre, j'&#233;cris notamment ceci : &#8220;&lt;i&gt;La joie n'est pas un don, elle se conquiert.&lt;/i&gt;'' une id&#233;e proche de celles formul&#233;es par Andr&#233; Welter et Z&#233;no Bianu dans &lt;i&gt;Prendre feu&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gallimard 2013.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, appel &#224; la po&#233;sie v&#233;cue. Il s'agit de retrouver un corps-&#224;-corps avec le sensible. Et ce corps d'ardeur doit nourrir la pens&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Retour de la po&#233;sie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a eu une v&#233;ritable disparition de la po&#233;sie dans les ann&#233;es 1980 et 1990. Notamment parce que ladite &#8220;grande'' &#233;dition l'a abandonn&#233;e purement et simplement. Beaucoup de libraires ont suivi le mouvement. Et l'intelligentsia ne s'en est nullement &#233;mue. D'o&#249; le d&#233;sert travers&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la po&#233;sie fait retour. Un processus lent, difficile, paradoxal. Je le constate via les rencontres que je fais : beaucoup de jeunes se montrent int&#233;ress&#233;s, veulent &#233;crire, monter des spectacles, ouvrir des lieux d&#233;di&#233;s. Dans le m&#234;me temps s'est d&#233;velopp&#233; un r&#233;seau de petites maisons d'&#233;dition qui font un travail formidable. Si bien qu'il est aujourd'hui plus facile pour un jeune po&#232;te de trouver un &#233;diteur que dans les ann&#233;es 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transmission passe par des modes de diffusion particuliers : on est rarement dans l'&#233;v&#233;nement, dans la grande visibilit&#233;. Cela rel&#232;ve du souterrain, de la capillarit&#233;. Une histoire de rencontres, au sens premier du terme. De tous les arts, la po&#233;sie est le plus facilement partageable, sans dispositif. Si l'on a confiance dans sa force de percussion, de persuasion, il faut tout faire pour la propager de mani&#232;re franche, sans apparat, loin de toute tentation spectaculaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le Passeur &#233;diteur. Vient de sortir en poche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cheyne, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Gallimard 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Alg&#233;rie : l'autopsie du trauma colonial</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Algerie-l-autopsie-du-trauma</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Keltoum Staali</dc:creator>


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		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>
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		<dc:subject>politique alg&#233;rien</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quelles sont aujourd'hui encore les cons&#233;quences de la colonisation fran&#231;aise sur la soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne ? Psychanalyste exer&#231;ant entre Paris et Alger, Karima Lazali a d&#233;cel&#233; chez de nombreux patients des troubles li&#233;s &#224; ce pass&#233; tourment&#233;. Convoquant l'histoire et la litt&#233;rature, elle a publi&#233; Le trauma colonial, enqu&#234;te sur les effets psychiques et politiques de l'offense coloniale en Alg&#233;rie. Entretien au long cours. Tout commence avec &#171; la guerre int&#233;rieure &#187;, ainsi que Karima Lazali (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/langue-francaise" rel="tag"&gt;langue fran&#231;aise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/politique-algerien" rel="tag"&gt;politique alg&#233;rien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quelles sont aujourd'hui encore les cons&#233;quences de la colonisation fran&#231;aise sur la soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne ? Psychanalyste exer&#231;ant entre Paris et Alger, Karima Lazali a d&#233;cel&#233; chez de nombreux patients des troubles li&#233;s &#224; ce pass&#233; tourment&#233;. Convoquant l'histoire et la litt&#233;rature, elle a publi&#233; &lt;i&gt;Le trauma colonial, enqu&#234;te sur les effets psychiques et politiques de l'offense coloniale en Alg&#233;rie&lt;/i&gt;. Entretien au long cours.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3132 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;90&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH654/-1359-c5a58.jpg?1782644106' width='400' height='654' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La couverture du livre &#034;Le trauma colonial&#034; de Karima Lazali (&#233;ditions de la D&#233;couverte)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;T&lt;/span&gt;out commence avec &#171; &lt;i&gt;la guerre int&#233;rieure&lt;/i&gt; &#187;, ainsi que Karima Lazali d&#233;nomme le conflit qui a d&#233;chir&#233; l'Alg&#233;rie durant les ann&#233;es 1990. &#192; partir de sa pratique clinicienne, Karima Lazali s'interroge sur les raisons d'un tel d&#233;ferlement de violence, d'une telle &#171; &lt;i&gt;monstration&lt;/i&gt; &#187; de cette violence qui oppose les groupes islamistes arm&#233;s au pouvoir en place, mais aussi &#224; une grande partie du peuple alg&#233;rien. Elle est ainsi amen&#233;e &#224; remonter le fil de l'histoire et &#224; s'int&#233;resser &#224; l'h&#233;ritage colonial. Ce sont ces recherches qui donneront l'ouvrage &lt;i&gt;Le trauma colonial&lt;/i&gt;, publi&#233; l'an pass&#233; aux &#233;ditions Koukou en Alg&#233;rie et de la D&#233;couverte en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'originalit&#233; de ce travail s'exprime &#224; travers un parti-pris pluridisciplinaire. Convoquant l'histoire, la politique, la linguistique et la litt&#233;rature, l'auteure associe &#224; son exp&#233;rience analytique des approches qui vont apporter des &#233;clairages inhabituels.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une soci&#233;t&#233; coup&#233;e de ses racines&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis Frantz Fanon, dont l'auteure revendique l'h&#233;ritage, il y a eu tr&#232;s peu de travaux cliniques en Alg&#233;rie et en France sur les effets psychiques de la colonisation &#8211; cette entreprise qui commence par une conqu&#234;te d'une violence inou&#239;e, aboutissant &#224; la disparition d'un tiers de la population autochtone, et ce au moment o&#249; la France se d&#233;bat pour mettre en place une r&#233;publique. La colonie, ainsi que l'explique Karima Lazali, constitue ainsi une sorte d' &#187; &lt;i&gt;envers du d&#233;cor&lt;/i&gt; &#187; de la r&#233;publique en gestation et de ses valeurs humanistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La particularit&#233; de ce livre, c'est la place qu'il accorde &#224; la litt&#233;rature alg&#233;rienne dite d'expression fran&#231;aise, n&#233;e dans les ann&#233;es 1940-50. Cette litt&#233;rature se donne &#224; lire comme un &#233;l&#233;ment puissant de compr&#233;hension d'une soci&#233;t&#233; amput&#233;e de sa, de ses langues, coup&#233;e de ses racines, d&#233;structur&#233;e dans ses ancrages g&#233;n&#233;alogiques, culturels et traditionnels, par cette &#171; &lt;i&gt;effraction&lt;/i&gt; &#187; coloniale, ce &#171; &lt;i&gt;blanc&lt;/i&gt; &#187; historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Alg&#233;rie, comme ex-colonie et comme &#201;tat ind&#233;pendant, reste prisonni&#232;re des mythes qui sont tress&#233;s des deux c&#244;t&#233;s de la M&#233;diterran&#233;e : &#171; &lt;i&gt;En Alg&#233;rie comme ailleurs,&lt;/i&gt; &#233;crit Karima Lazali, &lt;i&gt;la compr&#233;hension actuelle de la colonialit&#233; rel&#232;ve toujours de l'impens&#233;.&lt;/i&gt; &#187; D'un c&#244;t&#233; le mythe fondateur de la colonialit&#233;, qui pr&#233;tend apporter la civilisation &#224; une population d&#233;pourvue d'histoire. De l'autre, celui qui consiste &#224; glorifier la guerre d'ind&#233;pendance et ses h&#233;ros au front pur, dans une geste &#233;pique, gommant toutes les asp&#233;rit&#233;s qui permettraient pourtant de mieux comprendre les incoh&#233;rences et les zones d'ombre d'une guerre de lib&#233;ration aux allures parfois fratricides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte d'amputation et d'effacement que constitue la colonialit&#233;, la litt&#233;rature alg&#233;rienne porte en creux le visage d'une Alg&#233;rie d&#233;compos&#233;e, priv&#233;e de sa langue : &#171; &lt;i&gt;La langue fran&#231;aise a &#233;t&#233; re&#231;ue &#224; partir des restes des autres langues. Elle est paradoxalement devenue, &#224; ce moment-l&#224;, r&#233;ceptacle et gardienne des langues maternelles dont les corps symboliques avaient &#233;t&#233; amput&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Recr&#233;er de la langue vivante &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Karima Lazali explore et revisite, pour les besoins de sa recherche, les auteurs majeurs de cette litt&#233;rature du refus : Kateb Yacine, Mouloud Feraoun, Jean Amrouche et bien d'autres. Elle souligne le b&#233;n&#233;fice paradoxal que l'arabe alg&#233;rien a pu tirer de cette litt&#233;rature, en permettant de &#171; &lt;i&gt;recr&#233;er de la langue vivante&lt;/i&gt; &#187;, une sorte de reformulation de ce que Kateb Yacine a appel&#233;, dans une expression c&#233;l&#232;bre, un &#171; &lt;i&gt;butin de guerre&lt;/i&gt; &#187;. La langue fran&#231;aise, d&#233;tourn&#233;e, retravaill&#233;e, va nourrir l'arabe alg&#233;rien dans son expression esth&#233;tique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette litt&#233;rature a depuis longtemps gagn&#233; ses lettres de noblesse. Elle appartient d&#233;sormais &#224; la sph&#232;re de la &#171; francophonie &#187; et nul doute qu'elle a consid&#233;rablement enrichi la langue et la litt&#233;rature fran&#231;aises, en les r&#233;inventant, en leur insufflant un sursaut roboratif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cet ouvrage, Karima Lazali nous propose une relecture stimulante de ces auteurs pourtant d&#233;j&#224; abondamment &#233;tudi&#233;s, &#224; travers le prisme de l'histoire politique et de la psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Keltoum Staali &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; sur papier dans le n&#176;181 de &lt;/i&gt;CQFD&lt;i&gt;, en kiosque jusqu'au 5 d&#233;cembre. Voici, en suppl&#233;ment sur ce site, une longue interview de Karima Lazali.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'entretien&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;D&lt;/petitelettrine&gt;ans cette interview, Karima Lazali revient en d&#233;tail sur la colonie &#171; &lt;i&gt;enfant voyou des Lumi&#232;res&lt;/i&gt; &#187;, sur la violence de la conqu&#234;te qui a laiss&#233; de nombreux corps sans s&#233;pulture et sur l'imposition d'un nouvel &#233;tat civil arbitraire qui a emp&#234;ch&#233; les h&#233;ritages. Mais aussi sur la r&#233;it&#233;ration par les d&#233;cideurs alg&#233;riens au pouvoir depuis l'ind&#233;pendance de pratiques issues de la colonisation, notamment leur volont&#233; d'imposer une langue unique.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouvez-vous nous expliquer comment la colonialit&#233; a &#233;t&#233; ce que vous appelez &#171; l'enfant voyou des Lumi&#232;res &#187;, c'est-&#224;-dire l'envers du d&#233;cor r&#233;publicain qui se met en place en France au moment de la conqu&#234;te ? La barbarie coloniale &#233;tait-elle le prix &#224; payer (par les indig&#232;nes) pour faire vivre la R&#233;publique et ses valeurs humanistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Alg&#233;rie est une conqu&#234;te de &#8220;la monarchie parlementaire et lib&#233;rale&#8221; et non de la R&#233;publique. Depuis la R&#233;volution fran&#231;aise, le politique fran&#231;ais a &#233;t&#233; divis&#233; entre le retour au syst&#232;me monarchique et le maintien de la R&#233;publique. Dans la France des ann&#233;es 1830, la R&#233;publique est une menace &#224; conjurer. Il est donc important de resituer la colonialit&#233; dans le contexte politique fran&#231;ais de cette &#233;poque. La nomination des &#8220;indig&#232;nes&#8221; &#8220;sujets fran&#231;ais&#8221; indique clairement la question de l'assujettissement pour &#8220;l'indig&#232;ne&#8221;. Malgr&#233; le retour au syst&#232;me r&#233;publicain lors de la II&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et surtout de la III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique, la colonialit&#233; se poursuivra comme un syst&#232;me monarchique qui s'exerce pour les autres, dits les &#8220;indig&#232;nes&#8221;. Il y aura ce que nous appelons en psychanalyse un clivage, entre deux r&#233;gimes politiques incompatibles sur un m&#234;me territoire : d'une part, le syst&#232;me colonial, d'inspiration monarchique, pour les uns, &#8220;les indig&#232;nes&#8221;, dans lequel se met en place la loi du crime, l'absence de justice, la politique d'&#233;limination vis-&#224;-vis de &#8220;l'indig&#232;ne&#8221; ; d'autre part, et pour les autres, c'est-&#224;-dire les Europ&#233;ens, un syst&#232;me r&#233;publicain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La colonie est donc le lieu o&#249; continue &#224; s'exercer ce qui de la monarchie a surv&#233;cu &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise. D'ailleurs, suivre cette hypoth&#232;se permet de mettre en lumi&#232;re la fonction des colonies pour le politique fran&#231;ais. Dans &lt;i&gt;1885, Le tournant colonial de la R&#233;publique&lt;/i&gt;, texte des d&#233;bats parlementaires rassembl&#233;s par l'historien Gilles Manceron&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ouvrage publi&#233; en 2007 aux &#233;ditions de la D&#233;couverte.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, appara&#238;t comment l'expansion coloniale est vot&#233;e &#224; une voix pr&#232;s, entre ceux qui s'insurgent de l'existence des colonies dans un pays qui a connu la R&#233;volution fran&#231;aise et donc le refus de l'assujettissement au pouvoir absolu et ceux qui soutiennent la poursuite de l'expansion coloniale, pour des raisons &#233;conomiques, sociales et politiques. Cet &#233;pisode de l'histoire est tr&#232;s int&#233;ressant, car il &#233;claire comment jusqu'&#224; ce jour le tissage r&#233;publicain pourtant salutaire pour le vivre-ensemble est fragile et poreux. Le syst&#232;me r&#233;publicain peut rapidement basculer dans la haine du pacte r&#233;publicain et ainsi rendre hommage &#224; son anc&#234;tre monarchique. Mais bien entendu, l'artifice s&#233;parant ces deux dimensions du politique ne se d&#233;voile que pour les &#8220;indig&#232;nes&#8221;, consid&#233;r&#233;s comme &#8220;race inf&#233;rieure&#8221; &#224; civiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;ologie civilisationnelle masque combien la R&#233;volution fran&#231;aise n'a pas men&#233; &#224; une s&#233;paration irr&#233;versible avec le pouvoir absolu. Il y eut d&#233;placement de ce pouvoir ailleurs, sur d'autres territoires. Pour exemple, ce dialogue de 1885 entre Jules Ferry et Jules Maigne &#224; la Chambre parlementaire, autour de l'expansion coloniale : &lt;i&gt;&#8220;Si nous avons le droit d'aller chez ces barbares, &lt;/i&gt;dit Jules Ferry&lt;i&gt;, c'est parce que nous avons le devoir de les civiliser&#8230; Il faut non pas les traiter en &#233;gaux, mais se placer au point de vue de la race sup&#233;rieure qui conquiert.&#8221;&lt;/i&gt; Et Jules Maigne de r&#233;torquer : &lt;i&gt;&#8220;Vous osez dire cela dans le pays o&#249; ont &#233;t&#233; proclam&#233;s les droits de l'homme !&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; ce jour, le politique fran&#231;ais continue &#224; &#234;tre divis&#233; sur la m&#233;moire et l'histoire de la colonisation. Ce n'est pas un hasard, car nous entendons comment la colonialit&#233; fran&#231;aise touche aux racines m&#234;mes et aux fondements de la R&#233;publique. Il reste encore convenu, dans les imaginaires et les discours, que parler ouvertement et enseigner les destructions coloniales risque de mener &#224; une grave division de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise et &#224; une flamb&#233;e de la violence aupr&#232;s des dits enfants issus de l'immigration. En r&#233;alit&#233;, il s'agit d'entendre comment la mise sous scell&#233; de cette histoire est une fa&#231;on de maintenir dans l'ombre la fragilit&#233; des fondements de la R&#233;publique, ayant permis sans difficult&#233; pour le politique lui-m&#234;me de faire vivre l'envers (monarchie) et l'endroit (r&#233;publique) sur un m&#234;me territoire : la colonie. Cela a pu se faire en usant d'une s&#233;paration entre deux populations : les &#8220;indig&#232;nes&#8221; et les &#171; Europ&#233;ens &#187;. Dit autrement, le fait que l'Histoire, malgr&#233; le grand nombre de travaux d'historiens, continue d'&#234;tre confisqu&#233;e par le politique, qui dicte ce qui de cette histoire est transmissible ou pas &#224; sa population, est une mani&#232;re d'&#233;vacuer la part sombre (monarchique) des r&#233;publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas pour rien que la colonialit&#233; est une excellente pourvoyeuse de guerre civile et de division au sein du politique ; nous l'avons vu au moment de l'expansion coloniale de 1885, puis cela reviendra avec la chute de la IV&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique et avec la lutte arm&#233;e qui va se d&#233;clencher entre l'OAS&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Organisation de l'arm&#233;e secr&#232;te.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et les militaires fran&#231;ais. Ailleurs, en Alg&#233;rie, cette question des divisions et de la guerre conna&#238;tra plusieurs &#233;pisodes : la lutte aux fronti&#232;res des combattants pour la prise du pouvoir en 1962, ainsi que les luttes fratricides constitutives du nationalisme alg&#233;rien. Celles-ci vont atteindre leur apog&#233;e, autrement et avec d'autres habillages, au moment de la guerre int&#233;rieure des ann&#233;es 1990, nomm&#233;e par certains guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une des entreprises de la colonisation a consist&#233; &#224; renommer, en 1881, les &#171; indig&#232;nes &#187;. Comment la loi sur l'&#233;tat civil a-t-elle boulevers&#233; la soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'Alg&#233;rie a &#233;t&#233; une colonie de peuplement, ce qui signifie qu'il fallait inverser le nombre de naissances d' &#187; Europ&#233;ens &#187; par rapport au nombre de naissances d' &#8220;indig&#232;nes&#8221;, pour repeupler ce territoire &#8220;par du blanc&#8221;. Alexis de Tocqueville emploie l'expression &lt;i&gt;&#8220;comprimer la masse arabe&#8221;&lt;/i&gt;. Il s'agissait donc de r&#233;duire au maximum cette masse dite &#8220;arabe&#8221; &#8211; qualificatif qui fait fi des diff&#233;rences ethniques et religieuses &#8211; afin de permettre sur la dur&#233;e une francisation du territoire, non pas pour les &#8220;indig&#232;nes&#8221;, mais pour les &#171; Europ&#233;ens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon plusieurs historiens, un tiers de la population a disparu les premi&#232;res ann&#233;es de la conqu&#234;te, par des meurtres de masse, des enfumades de tribus enti&#232;res dans les grottes, mais aussi par la famine et les &#233;pid&#233;mies. R&#233;duire le nombre d'autochtones &#233;tait aussi un moyen efficace pour casser les vell&#233;it&#233;s de r&#233;sistance et de soul&#232;vement. Le fratricide a &#233;t&#233; utilis&#233; comme une arme de guerre coloniale, car son emploi permettait d'effacer les traces du crime et de laisser penser que la responsabilit&#233; de ces meurtres incombait uniquement aux autochtones, dans leurs luttes tribales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La pratique de l'effacement pour la population &#8220;indig&#232;ne&#8221; sera au c&#339;ur de la politique coloniale. Cette pratique empruntera plusieurs moyens et s'exercera sur diff&#233;rents registres. Citons-en quelques-uns bri&#232;vement : effacement de l'histoire de ce territoire et de la dimension soci&#233;tale pr&#233;existante &#224; la conqu&#234;te, tentative d'effacement du fonctionnement de la soci&#233;t&#233; traditionnelle tribale par le &#8220;d&#233;mant&#232;lement&#8221; du lien tribal. Cela permettait, entre autres, de casser le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233; collective &#8211; en usage en Alg&#233;rie &#8211; pour faciliter l'expropriation des terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexis de Tocqueville, th&#233;oricien de la colonisation et sp&#233;cialiste de la d&#233;mocratie, &#233;crira dans son rapport sur l'Alg&#233;rie datant de 1847 : &lt;i&gt;&#8220;Les villes indig&#232;nes ont &#233;t&#233; envahies, boulevers&#233;es, saccag&#233;es par notre administration plus encore que par nos armes. Un grand nombre de propri&#233;t&#233;s individuelles ont &#233;t&#233;, en pleine paix, ravag&#233;es, d&#233;natur&#233;es, d&#233;truites. Une multitude de titres que nous nous &#233;tions fait livrer pour les v&#233;rifier n'ont jamais &#233;t&#233; rendus. Dans les environs m&#234;mes d'Alger, des terres tr&#232;s fertiles ont &#233;t&#233; arrach&#233;es des mains des Arabes et donn&#233;es &#224; des Europ&#233;ens qui, ne pouvant ou ne voulant pas les cultiver eux-m&#234;mes, les ont lou&#233;es &#224; ces m&#234;mes Indig&#232;nes qui sont devenus des simples fermiers du domaine qui appartenait &#224; leur p&#232;re.&#8221;&lt;/i&gt; Malgr&#233; ce constat amer, Tocqueville estime n&#233;cessaire la poursuite de la colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crimes collectifs vont laisser les vivants priv&#233;s de la s&#233;pulture de leurs morts et ce point sera une constante. Le crime se d&#233;roule sous la modalit&#233; de la pratique de la disparition des corps mais aussi des noms, comme nous le verrons. Les disparitions seront une constante tout au long de la colonisation fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela, ajoutons une autre forme de meurtre f&#233;roce dans sa transmissibilit&#233; de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration. Il s'agit de l'effacement des g&#233;n&#233;alogies. Dans les ann&#233;es 1880, avec l'imposition de l'&#233;tat civil au service du contr&#244;le de la population et afin d'augmenter la facilitation des expropriations de terres, l'administration fran&#231;aise a d&#233;cid&#233; d'imposer des patronymes sans r&#233;f&#233;rence au nom originel, &#224; l'histoire familiale, &#224; la localit&#233;. Tr&#232;s souvent, les h&#233;ritages ont du coup &#233;t&#233; rendus impossibles et cela s'est transmis de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, puisque dans une m&#234;me famille, il est arriv&#233; que deux enfants aient des patronymes diff&#233;rents. L'octroi de ces patronymes, parfois orduriers, s'est fait d'une fa&#231;on compl&#232;tement al&#233;atoire. Par cons&#233;quent, il a &#233;t&#233; question de g&#233;n&#233;raliser &#8220;l'a-nomination&#8221;, puisque les individus disposaient d'un patronyme d&#233;croch&#233; de l'ancrage familial et tribal. C'&#233;tait un moyen d'an&#233;antir la force du lien tribal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans &lt;i&gt;Nedjma&lt;/i&gt; de Kateb Yacine que nous lisons le mieux les effets sur la dur&#233;e de cette op&#233;ration de meurtre du symbolique. Il y est question de la destruction du lieu d'ancrage et ses cons&#233;quences pour les humains. Kateb Yacine fait porter &#224; &lt;i&gt;Nedjma&lt;/i&gt; une sorte de mythologie de la destruction coloniale. Selon lui, au fil des g&#233;n&#233;rations, les individus ne savent plus &#8220;qui est qui ?&#8221;. Il dira qu'il n'y a que &#8220;des faux p&#232;res&#8221;. Il pousse loin cette catastrophe en expliquant que ce trou dans l'identitaire va mener au repli sur soi et aux liens d'inceste. Car si &#8220;on ne sait plus qui est qui ?&#8221;, alors l'inceste est un risque permanent. D'o&#249; Nedjma, personnage &#233;ponyme du texte, est aussi m&#233;taphore de la destruction coloniale et de ses ravages. Cette tr&#232;s belle femme qui &#233;pouse &#224; son insu son demi-fr&#232;re et qui n'est convoit&#233;e que par des pr&#233;tendants qui eux aussi sont ses demi-fr&#232;res. Nous pouvons dire que &lt;i&gt;Nedjma&lt;/i&gt; est v&#233;ritablement le texte qui relate les effets psychiques de l'effacement colonial. Texte difficile &#224; lire, car il circonscrit ce qu'il y a d'insens&#233; dans les effets de la colonialit&#233; et leur transmissibilit&#233; g&#233;n&#233;ration apr&#232;s g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons que cette colonisation a dur&#233; 132 ans, ce qui signifie cinq &#224; six g&#233;n&#233;rations de femmes et d'hommes. Les effets du colonial ne peuvent s'aborder qu'en tenant compte de cette question de la dur&#233;e et de la m&#233;moire g&#233;n&#233;rationnelle. Puisqu'avec le temps dispara&#238;t la possibilit&#233; de situer le lieu et le temps de la destruction. D'o&#249; il reste une esp&#232;ce de &#8220;m&#233;moire brouill&#233;e&#8221;, pour reprendre l'expression du po&#232;te Nabile Far&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce brouillage du m&#233;moriel est un effet direct de cette pratique de l'effacement qui a pour unique vis&#233;e de faire dispara&#238;tre, pour le colon lui-m&#234;me et ses descendants, la question des responsabilit&#233;s dans ses crimes. L'effacement des crimes coloniaux sert &#224; installer l'impunit&#233; des crimes dans le temps. Autrement dit, si la pratique de l'effacement concerne directement le colonis&#233;, dit &#8220;indig&#232;ne&#8221;, il ne faut pas se m&#233;prendre sur le fait que, finalement, elle ne s'adresse qu'au colon dans son rapport &#224; la responsabilit&#233; dans l'Histoire. Il devient par cons&#233;quent possible plusieurs g&#233;n&#233;rations plus tard d'&#233;voquer les bienfaits de la colonisation, qui tout en reconnaissant certains effets n&#233;gatifs, cherchent une positivation m&#233;morielle de la destruction pour ces h&#233;ritiers. Tr&#232;s t&#244;t dans la colonialit&#233;, les questions de l&#233;gitimit&#233; et d'effacement des traces du crime pour les colons eux-m&#234;mes ont &#233;t&#233; une pr&#233;occupation, afin de ne pas entacher les principes r&#233;publicains de mani&#232;re d&#233;voil&#233;e. La politique coloniale est bien &#8220;l'enfant voyou des Lumi&#232;res&#8221; qu'il faut maintenir &#224; l'ombre de la parole et des actes de responsabilit&#233; du politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est dans &lt;i&gt;Le Premier Homme&lt;/i&gt; d'Albert Camus que nous trouvons cette phrase tr&#232;s &#233;clairante pour penser cette question de l'effacement. &#192; la veille de l'ind&#233;pendance et du d&#233;part d'Alg&#233;rie, Albert Camus fait dire &#224; un colon : &lt;i&gt;&#8220;Si ce que nous avons fait ici est un crime, il nous faut donc l'effacer.&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement m&#233;moriel de l'histoire coloniale continue ici et l&#224; dans les deux soci&#233;t&#233;s &#224; lutter contre l'effacement. Tant&#244;t, il y survit et tant&#244;t il succombe &#224; l'effacement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question des langues a &#233;t&#233; et est encore un sujet sensible et pol&#233;mique en Alg&#233;rie. Quelle &#233;tait la situation linguistique avant la conqu&#234;te ? Comment les langues locales ont &#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;d&#233;cim&#233;es&lt;/i&gt; &#187; selon vos termes et plus pr&#233;cis&#233;ment, qu'est-ce qui a &#233;t&#233; d&#233;truit dans ces langues ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; En 1938, la langue arabe est d&#233;cr&#233;t&#233;e langue &#233;trang&#232;re. Cette situation est fid&#232;le &#224; la politique coloniale d'effacement. Les langues maternelles arabe et amazighe&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Berb&#232;re.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; seront des langues consid&#233;r&#233;es comme d&#233;pourvues de savoir et de potentiel civilisationnel. La colonialit&#233; est un syst&#232;me qui repose sur une s&#233;rie de m&#233;canismes : effacement comme nous l'avons vu, clivage, haine du pacte r&#233;publicain et &#233;vacuation de la diversit&#233; et de la pluralit&#233; pour fabriquer une masse coloniale fortement divis&#233;e entre &#8220;nous&#8221; et eux, entre &#8220;colons&#8221; et &#8220;colonis&#233;s&#8221;. La colonialit&#233; a horreur de la diversit&#233;. Il est important d'ajouter que la citoyennet&#233; fran&#231;aise est consid&#233;r&#233;e comme incompatible avec l'islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#8220;indig&#232;nes&#8221;, &#8220;sujets fran&#231;ais&#8221; ou plus tard &#8220;Fran&#231;ais musulmans&#8221;, ne disposent pas de citoyennet&#233;. Les rares autochtones &#224; b&#233;n&#233;ficier de l'exercice de la citoyennet&#233;, sont ceux et celles qui doivent montrer un renoncement ou du moins un &#233;loignement certain avec la culture autochtone de r&#233;f&#233;rence. Cette situation va faire que les langues maternelles seront rel&#233;gu&#233;es au rang de langues domestiques, indignes de consid&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de constater qu'&#224; l'ind&#233;pendance, le politique alg&#233;rien va, sous couvert de colmater les graves sentiments d'ill&#233;gitimit&#233; et d'offense occasionn&#233;s par les 132 ans d'occupation du territoire, reconduire l'abrasion de la pluralit&#233; ethnique et linguistique. Et ce alors m&#234;me que le projet politique de la jeune R&#233;publique ind&#233;pendante &#233;tait de colmater les blessures et les trous produits par la colonialit&#233;. Avec le recul, nous pouvons constater que le politique alg&#233;rien a juste positiv&#233; tous les espaces qui avaient &#233;t&#233; atteints par la colonialit&#233;, jusqu'&#224; tenter de saturer et annuler tout ce qui relevait de la perte irr&#233;m&#233;diable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que l'affirmation identitaire a battu son plein. Il s'est produit une abrasion du potentiel multilinguistique, une saturation de l'identitaire par l'affirmation d'une langue unique et enfin une exacerbation du sentiment du nationalo-religieux, qui &#233;crase pleinement l'arri&#232;re-sc&#232;ne de la guerre de lib&#233;ration au cours de laquelle guerre contre l'ennemi et guerre interne aux mouvements nationaux ont coexist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'ind&#233;pendance, le paysage linguistique alg&#233;rien continuera &#224; &#234;tre orient&#233; par une id&#233;ologie et une politique d'&#233;limination de la langue fran&#231;aise, r&#233;ponse fid&#232;le &#224; la mani&#232;re dont la langue arabe a &#233;t&#233; d&#233;cr&#233;t&#233;e langue &#233;trang&#232;re durant la colonialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est fabuleux, c'est de remarquer que le parler alg&#233;rien, fait d'une s&#233;rie de m&#233;tissages linguistiques &#224; partir du turc, de l'amazighe, de l'arabe litt&#233;ral et de bien d'autres langues, continue &#224; r&#233;sister clandestinement &#224; l'injonction d'une langue une, qui est inh&#233;rente aux syst&#232;mes totalitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, malgr&#233; les vell&#233;it&#233;s du pouvoir colonial et du pouvoir alg&#233;rien de faire de la langue alg&#233;rienne une langue de &#8220;mise en totalit&#233;&#8221;, il persiste quelque chose de l'ordre du pluriel. La litt&#233;rature alg&#233;rienne est n&#233;e du refus de cet effacement des langues en Alg&#233;rie. Les premiers &#233;crivains alg&#233;riens de langue fran&#231;aise ont utilis&#233; cette langue pour v&#233;hiculer les langues maternelles. Le parler alg&#233;rien continue lui, de son c&#244;t&#233;, &#224; faire vivre une pluralit&#233; linguistique tr&#232;s int&#233;ressante. Le syst&#232;me colonial a &#233;t&#233; un syst&#232;me totalitaire et totalisant et l'Alg&#233;rie ind&#233;pendante s'est constitu&#233;e comme r&#233;ponse trait pour trait au colonialisme. Par cons&#233;quent, il y eut, &#224; travers le rapport aux langues, une reconduction de l'asservissement colonial &#224; une langue une. Si ce n'est que l'Alg&#233;rie ind&#233;pendante a voulu traiter des graves destructions occasionn&#233;es par la colonialit&#233; fran&#231;aise en faisant appel &#224; la colonisation arabo-islamique. Ce qui a pr&#233;par&#233; le d&#233;sastre de la guerre int&#233;rieure, d&#233;j&#224; en germe dans le rapport &#224; la pluralit&#233; ethnico-linguistique et au pouvoir politique durant la guerre de lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exp&#233;rience nous am&#232;ne &#224; penser que pour l'individu tout comme pour une soci&#233;t&#233;, il reste tr&#232;s difficile de quitter l'asservissement et l'assujettissement auxquels ils peuvent &#234;tre soumis durant de si nombreuses d&#233;cennies. Combien de temps faut-il alors pour se s&#233;parer pleinement de l'Esprit du colonial ? Question d'autant plus cruciale que nous vivons dans des mondes o&#249; la post-modernit&#233; et la machinerie capitaliste activent sous d'autres modalit&#233;s l'expansion coloniale d'allure imp&#233;rialiste. Cette fois-ci, la dimension &#233;conomique y appara&#238;t de mani&#232;re d&#233;nud&#233;e. Elle a quelque peu perdu ses habillages civilisationnels. La focale est mise sur les dites bonnes intentions de civiliser le monde par l'importation de la d&#233;mocratie, qui contient de mani&#232;re cach&#233;e, le v&#233;ritable motif, &#224; savoir le d&#233;veloppement &#233;conomique et son expansion g&#233;opolitique. La conqu&#234;te des territoires, loin de dispara&#238;tre, continue &#224; se d&#233;rouler ailleurs, au motif de la dite d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons que c'est la m&#234;me logique qui est &#224; l'&#339;uvre avec les m&#234;mes effets : le d&#233;clenchement sur ces territoires de guerres civiles, fratricides. Cela interroge : pourquoi l'individu reste-t-il prisonnier quelle que soit l'&#233;poque, de vell&#233;it&#233; expansionniste et dominatrice dans le monde ? Comment penser cette furieuse envie d'expansion coloniale ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre livre analyse l'expression de la violence qui s'est exerc&#233;e en Alg&#233;rie, violence qui semble condamn&#233;e &#224; se r&#233;p&#233;ter sur le mode du fratricide, comme on l'a vu pendant la guerre de lib&#233;ration et la guerre &#187; int&#233;rieure &#187;. Vous dites que durant la conqu&#234;te, l'arm&#233;e fran&#231;aise a utilis&#233; le fratricide comme arme de guerre. Pouvez-vous nous expliquer cette question du fratricide et son inscription dans l'histoire de l'Alg&#233;rie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; En effet, en commen&#231;ant ce travail de recherche li&#233; &#224; ma pratique de la psychanalyse en Alg&#233;rie et en France, j'ai &#233;t&#233; saisie par le constat formul&#233; par au moins trois historiens (Mohammed Harbi, Gilbert Meynier et Benjamin Stora) qu'une double guerre a sp&#233;cifi&#233; la guerre de lib&#233;ration. En parall&#232;le de celle-ci, il y eut une guerre int&#233;rieure. Celle-ci reste encore &#224; ce jour peu connue et tr&#232;s souvent mise sous silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les ann&#233;es 1940, des luttes internes graves vont &#233;mailler les mouvements nationalistes. Le FLN, h&#233;ritier du mouvement nationaliste, va tenter d'&#233;vacuer &#224; tout prix le p&#232;re du nationalisme alg&#233;rien, Messali Hadj, alors que ces deux mouvements sont pris dans une m&#234;me filiation. Nous connaissons la guerre existant entre les messalistes et les combattants du Front de lib&#233;ration nationale en Alg&#233;rie et sur le territoire de la m&#233;tropole. Mais il y eut &#233;galement et en parall&#232;le de tr&#232;s nombreuses exactions entre combattants du FLN en interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nationalisme alg&#233;rien rec&#232;le une m&#233;moire cach&#233;e de meurtres entre fr&#232;res. En effet, les exactions, les &#233;liminations, les mises en exil ou au placard seront des pratiques fr&#233;quentes pour traiter des diff&#233;rends et des conflits. Apr&#232;s l'&#233;limination du chef du nationalisme alg&#233;rien Messali Hadj, il y eut l'ex&#233;cution de Ramdane Abbane et de plusieurs autres personnalit&#233;s politiques. Cette question des &#233;liminations ne s'arr&#234;tera pas. Jusqu'&#224; ce jour, elle emprunte d'autres formes et d'autres visages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore le fonctionnement actuel des dits clans aux pouvoirs et de l'arm&#233;e. Le fratricide sera une constante du politique alg&#233;rien apr&#232;s avoir &#233;t&#233; une arme coloniale. Et probablement qu'il a pu l'&#234;tre, car le fonctionnement tribal est particuli&#232;rement sensible &#224; la question de la lutte entre fr&#232;res. Si ce n'est qu'il avait les moyens de r&#233;guler ses luttes ant&#233;rieurement au d&#233;mant&#232;lement de la soci&#233;t&#233; traditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons &#224; cela le fait que le fratricide fait partie des mythes fondateurs de notre humanit&#233;. La d&#233;mocratie, comme l'explique l'&#233;crivaine hell&#233;niste Nicole Loraux, est un traitement conjuratoire au fratricide. La mise sous silence en Alg&#233;rie de cette partie de notre histoire, allant jusqu'&#224; attribuer au colonisateur des meurtres internes aux combattants nationalistes, est une fa&#231;on de maintenir dans l'ombre cette guerre int&#233;rieure qui a eu lieu en m&#234;me temps que la guerre de lib&#233;ration. L'une a fait &#233;cran &#224; l'autre. J'explique dans &lt;i&gt;Le trauma colonial&lt;/i&gt; comment l'absence de s&#233;pulture des p&#232;res a laiss&#233; les fils orphelins dans un profond d&#233;sarroi. Rien n'a pu venir faire barri&#232;re ou limites aux vell&#233;it&#233;s folles d'accaparement du pouvoir. L'envie de poss&#233;der a &#233;t&#233; &#224; la mesure de l'immense sentiment de privation, de d&#233;consid&#233;ration et d'ill&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre des ann&#233;es 1990 a &#233;t&#233; une guerre fratricide sanglante, allant jusqu'&#224; faire 200 000 morts et de tr&#232;s nombreux disparus. Le politique alg&#233;rien, hant&#233; par son absence de l&#233;gitimit&#233;, a utilis&#233; les m&#234;mes pratiques coloniales durant ces ann&#233;es de guerre int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce jour, encore bien des familles n'arrivent pas &#224; enterrer leurs morts des ann&#233;es 1990, car un disparu n'est pas un mort, &#224; d&#233;faut d'avoir pu enterrer son corps et faire que le corps et le nom se rejoignent par l'inscription tombale. L'absence de s&#233;pulture a &#233;t&#233; un ph&#233;nom&#232;ne qui s'est r&#233;it&#233;r&#233; en Alg&#233;rie au point de faire histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes au pouvoir, en tant qu'h&#233;ritiers de ces destructions coloniales, ont reconduit l'offense &#233;prouv&#233;e, ainsi que la profonde ill&#233;gitimit&#233;. Car comment &#234;tre un fils digne d'h&#233;riter de l'histoire lorsque la possibilit&#233; d'un h&#233;ritage a &#233;t&#233; bafou&#233;e et que le fils s'est retrouv&#233;, comme dirait l'&#233;crivain Mohammed Dib, &#234;tre &#8220;fils de personne&#8221; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actualit&#233; alg&#233;rienne de cette ann&#233;e, avec les gigantesques manifestations pacifiques et citoyennes, est &#224; ce titre remarquable. Les manifestants en appellent &#224; une refonte du politique et surtout &#224; une d&#233;sali&#233;nation du pouvoir politique de l'Esprit du colonial. Ils indiquent que la lib&#233;ration n'a pas suffi &#224; se s&#233;parer des pratiques coloniales et que celles-ci ont &#233;t&#233; reconduites dans l'entre-soi. Et le pouvoir militaro-politique y r&#233;pond par les m&#234;mes moyens et sur le m&#234;me registre, que celui du fratricide historique : &#233;limination clanique, emprisonnement dans le cadre de r&#232;glements de comptes internes au r&#233;gime et coup de force militaire afin de pleinement &#233;craser toute &#233;mergence d'un projet politique citoyen. &#192; la demande l&#233;gitime de changement fait face une structure immuable du pouvoir politique, qui est orient&#233; par les m&#233;canismes de la colonialit&#233;, auxquels appartient le fratricide. L'actualit&#233; alg&#233;rienne, bien qu'heureuse &#224; certains &#233;gards, d&#233;voile ce qui de l'histoire coloniale demeure un pass&#233; &#233;ternellement pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, le moment est venu pour que pr&#232;s de trois g&#233;n&#233;rations apr&#232;s l'ind&#233;pendance, se produise la fabrique d'un h&#233;ritage qui porte un rapport autre au m&#233;moriel, un arr&#234;t du brouillage, des falsifications, de l'offense et surtout le commencement d'une histoire dans laquelle morts et vivants se trouvent enfin s&#233;par&#233;s de lieux et r&#233;unis par le souvenir, le r&#233;cit et une histoire, qui ne soit pas dict&#233;e par le politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque g&#233;n&#233;ration traite &#224; sa fa&#231;on de cet h&#233;ritage. La premi&#232;re a &#233;t&#233; pleinement prise dans ce brouillage m&#233;moriel. La seconde l'a reconduit en passant de la position de le subir &#224; celle d'actrice de ce brouillage. C'est cette troisi&#232;me g&#233;n&#233;ration de jeunes manifestants qui cherchent &#224; rendre possible l'&#233;criture de nouvelles pages de cette histoire. Et justement, forcer une sortie du &lt;i&gt;fatum&lt;/i&gt; de la r&#233;it&#233;ration. Sommes-nous &#224; un tournant irr&#233;versible de cette histoire coloniale ? Ou bien alors s'agirait-il une fois de plus d'une &#233;ni&#232;me r&#233;p&#233;tition de l'Histoire dans laquelle le militaire tue dans l'&#339;uf tout projet politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait temps que les disparus cessent d'assourdir les vivants par leurs cris en venant tourmenter leur sommeil, que les morts trouvent lieu et que les vivants ne soient pas &#233;cras&#233;s par une dette de sang qui les maintenait accabl&#233;s et perplexes au point de ne pouvoir se soulever contre leurs nouveaux occupants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Keltoum Staali&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ouvrage publi&#233; en 2007 aux &#233;ditions de la D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Organisation de l'arm&#233;e secr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Berb&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Dans l'intimit&#233; du cours de fran&#231;ais</title>
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		<dc:date>2019-10-25T10:04:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margo Sofia Chou</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Yohanne Lamoul&#232;re</dc:subject>
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		<dc:subject>Dusana</dc:subject>
		<dc:subject>FLE</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Marseille, printemps 2016. Un bruit court. Il y aurait urgence &#224; mettre en place des cours de fran&#231;ais &#171; non mixtes &#187; &#224; destination des femmes. Un rendez-vous hebdomadaire se met en place. &#171; Quand j'&#233;tais en master linguistique, j'ai fait une &#233;tude de terrain sur un patois auvergnat et d&#233;cortiqu&#233; sans les apprendre des langues du monde entier. &#192; ce moment-l&#224;, j'h&#233;site &#224; faire de la recherche, mais plonge par hasard, pour un stage, dans une classe de gamins primo-arrivants. J'adore ce temps (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no178-juillet-aout-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;178 (juillet-ao&#251;t 2019)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Marseille, printemps 2016. Un bruit court. Il y aurait urgence &#224; mettre en place des cours de fran&#231;ais &#171; non mixtes &#187; &#224; destination des femmes. Un rendez-vous hebdomadaire se met en place.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3056 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-1290-51ca4.jpg?1782677086' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; Q&lt;/span&gt;&lt;i&gt;uand j'&#233;tais en master linguistique, j'ai fait une &#233;tude de terrain sur un patois auvergnat et d&#233;cortiqu&#233; sans les apprendre des langues du monde entier. &#192; ce moment-l&#224;, j'h&#233;site &#224; faire de la recherche, mais plonge par hasard, pour un stage, dans une classe de gamins primo-arrivants. J'adore ce temps o&#249; l'on se comprend sans se comprendre... Je choisis alors l'option FLE&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ais langue &#233;trang&#232;re : des cours donn&#233;s &#224; des apprenants nonfrancophones.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;i&gt;plut&#244;t que le patois. &#187;&lt;/i&gt; Delphine enseigne le FLE depuis une dizaine d'ann&#233;es. Elle se rem&#233;more ses d&#233;buts. Moi, je lui raconte comment, il y a &#224; peu pr&#232;s six ans, je d&#233;barque &#224; Calais avec un pote qui m'emm&#232;ne au squat Fort Gallo o&#249; quelques gars vivent en attendant de passer la fronti&#232;re. Le soir, je propose d'organiser un atelier po&#233;sie. On se met &#224; fabriquer des livres avec ceux qui squattent. Le lendemain, ils se foutent total de la po&#233;sie. Alors on improvise un cours de fran&#231;ais, on &#233;crit sur les murs en phon&#233;tique. Il y avait urgence &#224; communiquer. &#199;a a dur&#233; quatre jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cours de FLE ? C'est parti de l&#224;. Depuis, quelques-unes se relaient chaque semaine pour assurer la s&#233;ance &#224; Manifesten, un caf&#233;-librairie associatif marseillais. Peu importe le dipl&#244;me ou la certification, qui le souhaite peut transmettre la langue. Jeux, films, dessins... on aborde la langue &#224; travers divers supports, en prise avec les r&#233;alit&#233;s pratiques. Et puis souvent, ce sont les discussions li&#233;es au quotidien et aux d&#233;marches administratives qui prennent le dessus.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Fallait d&#233;gager pour s'aimer ailleurs &#187; &lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le choix de la non-mixit&#233; ? Histoires de femmes, probl&#232;mes de femmes et tout ce que cela comprend : pudeur, religion, restriction, tout ce qui pourrait tendre &#224; s'effacer le temps d'un moment entre elles. Chaque vendredi, de nouveaux visages aux parcours de vie toujours diff&#233;rents me cognent &#224; la tronche et me donnent envie d'&#233;crire. Le d&#233;clic ? Il arrive quand Habibe et Forzana d&#233;barquent au mois d'octobre et me racontent comment elles sont parties d'Iran en juillet 2016 : &#171; &lt;i&gt;Nous avions une relation cach&#233;e et &#231;a ne pouvait plus durer. Quand nous avons d&#233;cid&#233; d'assumer notre amour, nos familles et le gouvernement sont devenus tr&#232;s mena&#231;ants. Il fallait qu'on d&#233;gage pour s'aimer ailleurs. &#187;&lt;/i&gt; La premi&#232;re est &lt;i&gt;tradeuse&lt;/i&gt;, la seconde professeure des &#233;coles. &#194;g&#233;es d'une trentaine d'ann&#233;es, elles vivaient ensemble depuis deux ans quand elles se sont enfuies. L'Iran fait partie des nombreux pays o&#249; l'homosexualit&#233; est vue comme un crime. Les femmes sont passibles de flagellation et les hommes de peine de mort. Les deux filles d&#233;barquent d'abord &#224; Paris puis, sur les conseils d'un ami, se retrouvent &#224; Marseille. Ici elles entameront le p&#233;riple des d&#233;marches de demandeuses d'asile en tant que lesbiennes r&#233;fugi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raison similaire pour Jamelia, arm&#233;nienne, qui arrive la m&#234;me ann&#233;e. Elle a 27 ans. Impossible pour elle de vivre sa sexualit&#233; et son amour pour les femmes. &#171; &lt;i&gt;En Arm&#233;nie, ils sont fous en ce qui concerne l'&#233;ducation et leur mentalit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Elle tient &#224; me pr&#233;ciser l'importance des cours de FLE : &#171; &lt;i&gt;Quand je suis arriv&#233;e, je ne connaissais pas les gens ni la langue. Mes premi&#232;res connaissances, je les ai faites dans le cours, &#224; Manifesten. C'&#233;tait soulageant d'&#234;tre avec des gens dans la m&#234;me situation que moi. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre dernier &#233;change date de la semaine derni&#232;re. Passionn&#233;e de foot, elle est aujourd'hui entra&#238;neuse b&#233;n&#233;vole dans un club et travaille comme h&#244;tesse d'accueil &#224; l'a&#233;roport de Marseille-Marignane. Elle a aussi une amoureuse. Alors qu'&#224; son arriv&#233;e, elle ne parlait pas de sa vie, depuis quelques mois, elle ressent le besoin de se raconter.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quand l'interm&#233;diaire dispara&#238;t&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de donner des cl&#233;s pour apprendre la langue, les cours de FLE deviennent peu &#224; peu des espaces de discussion o&#249; l'on partage ses filons et ses exp&#233;riences et o&#249;, parfois, la professeure n'a plus qu'&#224; se mettre de c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 septembre 2017. Elle s'appelle Rosa ou Matourn. Elle le dit avec sa main : &#171; &lt;i&gt;Tu peux dire les deux. &#187;&lt;/i&gt; Elle est Tch&#233;tch&#232;ne. Elle pousse la porte de Manifesten avec son gamin de trois ans &#224; la main, bient&#244;t suivie de Dusana. Dusana, cela fait quelques mois qu'elle vient de mani&#232;re r&#233;guli&#232;re. Elle a 29 ans, est arriv&#233;e de Bulgarie il y a quatre ans pour soigner deux maladies tenaces, dont une orpheline. Elle met des bandeaux depuis quelque temps. Elle n'a plus de cheveux. Elle se soigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, nous n'&#233;tions que trois. Le cours s'est rapidement transform&#233; en conversation. Savoir qui &#233;tait Rosa, pourquoi et comment elle &#233;tait arriv&#233;e l&#224;. Rosa parle russe, Dusana, bulgare, et moi j'entretiens mon yougo, similitude de la langue. Et le fran&#231;ais alors ? C'est pas grave, on socialise. De temps en temps, je leur dis d'essayer de parler un peu fran&#231;ais. Finalement, elles discutent toutes les deux tr&#232;s lentement, essaient de se comprendre puis, par moments, m'offrent une traduction. Je les reprends, histoire de servir &#224; quelque chose. Dusana aide Rosa. Je ne sers &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des intimit&#233;s profondes sont d&#233;voil&#233;es. On apprend que Rosa a 35 ans et sept enfants. Elle est arriv&#233;e en France en 2014. Son mari, en 2013, apr&#232;s un accident. Rosa parle. Dusana traduit. Je pose les questions et reprends le fran&#231;ais de Dusana. Cette discussion a l'allure d'une douce enqu&#234;te dans la temporalit&#233; de la confiance qui s'instaure et des langues qui se rencontrent. L'accident ? En face, un gars est mort. C'&#233;tait un pi&#233;ton qui traversait au feu rouge. Le mari de Rosa n'&#233;tait pas en tort. La victime appartenait &#224; la famille lointaine du pr&#233;sident de la Tch&#233;tch&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa pr&#233;cise, Dusana traduit : &#171; &lt;i&gt;En Tch&#233;tch&#233;nie, on s'arrange entre les gens, c'est pas comme ici. Il n'y a pas eu la police. Mon mari a commenc&#233; &#224; recevoir des menaces de mort alors il a fui. Un jour il a &#233;t&#233; retrouv&#233; par la famille, alors il est parti &#224; Moscou chez son fr&#232;re et on lui a fait le passeport. Mon mari devenu introuvable, ils ont voulu s'en prendre &#224; un de mes enfants, le fils du milieu.&lt;/i&gt; &#187; Rosa et ses sept enfants ont r&#233;ussi &#224; quitter la Tch&#233;tch&#233;nie et &#224; rejoindre le p&#232;re. Maintenant ils sont l&#224;, ballott&#233;s de Cada&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centres d'accueil de demandeurs d'asile.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; en chambres d'h&#244;tel.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Inversion des r&#244;les&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au cours de FLE, il y a celles qui ont d&#251; s'&#233;chapper de chez elles et celles qui sont l&#224; pour un temps pr&#233;cis, en formation ou &#224; l'&#233;cole. Rita d&#233;barque de R&#233;publique tch&#232;que pour faire un stage au festival de cin&#233;ma de Marseille. Elle est n&#233;e en Lituanie et a habit&#233; quatre ans en Bi&#233;lorussie. Elle veut finir son master de th&#233;orie du cin&#233;ma en France. Elle explique son choix de poursuivre ses &#233;tudes ici : &#171; &lt;i&gt;Il y a mon copain. Je l'avais rencontr&#233; &#224; Prague. Aussi, j'&#233;tais fatigu&#233;e. La R&#233;publique tch&#232;que est tr&#232;s nationaliste. Avec mon accent russe, c'est pas facile. Les vieux sont traumatis&#233;s de l'occupation russe, ils disent &#8220;Go back to Russia&#8221;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anna, berlinoise, en formation pendant huit mois, arrive toujours &#224; Manifesten gouailleuse et fra&#238;che. 20 ans, plut&#244;t libertaire, la jeune punk dynamique parle d&#233;j&#224; bien fran&#231;ais et d&#233;cide de continuer le cours pour aider les autres femmes. Valentina, Italienne de 32 ans en &#233;cole d'art, viendra prendre des cours puis finira elle aussi par en donner. Aujourd'hui, ces cours ont toujours lieu, le lundi et le vendredi.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margo Sofia Chou&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Fran&#231;ais langue &#233;trang&#232;re : des cours donn&#233;s &#224; des apprenants nonfrancophones.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Centres d'accueil de demandeurs d'asile.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Glottophobie : Une x&#233;nophobie qui s'ignore</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Glottophobie-Une-xenophobie-qui-s</link>
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		<dc:date>2018-10-22T18:33:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yeter Akyaz</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Kalem</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>d'une</dc:subject>
		<dc:subject>fran&#231;ais</dc:subject>
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		<dc:subject>langues</dc:subject>
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		<dc:subject>d'une langue</dc:subject>
		<dc:subject>glottophobie</dc:subject>
		<dc:subject>Linguistique</dc:subject>
		<dc:subject>Philippe Blanchet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Publi&#233; en 2016 aux &#201;ditions Textuel, le livre Discriminations : combattre la glottophobie analyse les m&#233;canismes de domination qui prennent le langage et les mani&#232;res de parler pour terreau. Entretien avec son auteur, le chercheur Philippe Blanchet, et St&#233;phanie Clerc, enseignante &#224; l'universit&#233; d'Aix-Marseille o&#249; elle forme notamment &#224; l'enseignement du fran&#231;ais langue &#233;trang&#232;re (FLE). CQFD : Philippe, comment en es-tu venu &#224; forger le concept de &#171; glottophobie &#187; ? Philippe Blanchet : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/langues" rel="tag"&gt;langues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parler" rel="tag"&gt;parler&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une-langue" rel="tag"&gt;d'une langue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/glottophobie" rel="tag"&gt;glottophobie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Linguistique" rel="tag"&gt;Linguistique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Philippe-Blanchet" rel="tag"&gt;Philippe Blanchet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; en 2016 aux &#201;ditions Textuel, le livre &lt;i&gt;Discriminations : combattre la glottophobie&lt;/i&gt; analyse les m&#233;canismes de domination qui prennent le langage et les mani&#232;res de parler pour terreau. Entretien avec son auteur, le chercheur Philippe Blanchet, et St&#233;phanie Clerc, enseignante &#224; l'universit&#233; d'Aix-Marseille o&#249; elle forme notamment &#224; l'enseignement du fran&#231;ais langue &#233;trang&#232;re&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Langue fran&#231;aise enseign&#233;e &#224; des non-francophones.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; (FLE).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2433 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH377/-699-ec4ab.jpg?1782639244' width='500' height='377' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Kalem.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Philippe, comment en es-tu venu &#224; forger le concept de &#171; glottophobie &#187; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Philippe Blanchet :&lt;/strong&gt; En tant que sociolinguiste, je suis tr&#232;s int&#233;ress&#233; par l'&#233;tude des discriminations li&#233;es &#224; la fa&#231;on dont les gens parlent. Ce qui m'int&#233;resse, c'est d'&#233;tudier la mani&#232;re dont les gens se construisent par les langues, vivent avec elles, cr&#233;ent du lien gr&#226;ce &#224; elles, et de montrer que quand on discrimine une fa&#231;on de parler, c'est la personne elle-m&#234;me qu'on discrimine. Inconsciemment, j'ai probablement &#233;t&#233; influenc&#233; par un livre de Louis-Jean Calvet, publi&#233; en 1974, intitul&#233; &lt;i&gt;Linguistique et colonialisme. Petit trait&#233; de glottophagie&lt;/i&gt;. Ce livre montre comment, par l'imp&#233;rialisme et la colonisation, on &#171; mange &#187; des langues, on les engloutit. Dans les ann&#233;es 2000, j'ai publi&#233;, avec le sociolinguiste Jo Arditty, un premier article qui aborde explicitement cette question : &#171; La glottophobie fran&#231;aise, une x&#233;nophobie qui s'ignore &#187;, &#224; propos du parler des jeunes &#171; de banlieue &#187; qui &#233;tait &#224; l'&#233;poque d&#233;j&#224; tr&#232;s stigmatis&#233; dans les discours publics, politiques et m&#233;diatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu donner des exemples de glottophobie ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La glottophobie est exerc&#233;e partout autour de nous au quotidien. Quand des com&#233;diens ou des journalistes ne trouvent pas de travail, car ils ont un accent du Midi ou d'ailleurs, quand il est interdit d'utiliser une autre langue que le fran&#231;ais pour avoir acc&#232;s &#224; ses droits aupr&#232;s d'une administration fran&#231;aise, comme &#224; Mayotte o&#249; peu de Fran&#231;ais parlent fran&#231;ais, quand des enfants se font humilier &#224; l'&#233;cole &#224; cause de leur fa&#231;on de parler, tel cet enfant alg&#233;rien tout juste arriv&#233; &#224; qui la ma&#238;tresse interdit de prononcer le &#171; h &#187; de son pr&#233;nom Ahmed, quand on sous-titre quasi syst&#233;matiquement des francophones africains &#224; la t&#233;l&#233;vision car on consid&#232;re qu'ils parlent forc&#233;ment &#171; mal &#187;&#8230; Il faut &#233;galement souligner le m&#233;pris qu'on porte aux langues que l'on d&#233;signe sous les noms de &#171; dialectes &#187;, de &#171; patois &#187;, ou de &#171; wesh wesh &#187;, et l'exclusion du d&#233;bat d&#233;mocratique des personnes qui ne d&#233;tiennent pas le fran&#231;ais standard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi s'agit-il d'une discrimination subtile &#224; pointer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s sa cr&#233;ation en 1635, l'Acad&#233;mie fran&#231;aise pr&#233;conise le fran&#231;ais le plus rare et le plus aristocratique en rejetant les parlers populaires. Les lois de 1793 interdisent quant &#224; elles l'usage d'autres langues que le fran&#231;ais dans tous les textes &#224; port&#233;e officielle ou contractuelle. La glottophobie est tr&#232;s ancienne en France. C'est sans doute le pays qui a pouss&#233; le plus loin l'id&#233;ologie du rejet de la diff&#233;rence linguistique, en la consid&#233;rant comme une d&#233;viance. Pour se mettre en place, une id&#233;ologie d'&#201;tat a besoin d'un syst&#232;me &#233;ducatif qui prend en charge les enfants d&#232;s leur plus jeune &#226;ge et leur inculque une certaine vision du monde, de la soci&#233;t&#233;, du rapport aux autres... alors qu'ils n'ont pas encore d'armes pour avoir un recul critique. Aujourd'hui, apr&#232;s 150 ans d'&#201;ducation nationale fran&#231;aise dite &#171; gratuite, la&#239;que et obligatoire &#187;, l'id&#233;ologie linguistique est parvenue &#224; faire du jugement et de la hi&#233;rarchisation entre langues et fa&#231;ons de parler une norme partag&#233;e. La plupart des individus n'arrivent alors plus &#224; imaginer qu'une soci&#233;t&#233; puisse fonctionner autrement, avec plusieurs langues par exemple. M&#234;me s'il existe de nombreuses soci&#233;t&#233;s qui pr&#244;nent le plurilinguisme autour de nous, on ne veut pas les voir. L'id&#233;ologie a alors atteint le stade de l'h&#233;g&#233;monie : les domin&#233;s ont admis comme &#171; naturelle &#187; la domination qu'ils subissent, ils ne l'appr&#233;hendent pas comme une injustice et ne peuvent donc pas la remettre en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit aussi d'une discrimination subtile car les m&#233;canismes de domination peuvent se se retrouver l&#224; o&#249; on ne les attendait pas. On peut l'observer avec le breton 3 ou encore avec le catalan. Interdit pendant la dictature franquiste en Catalogne, le catalan est devenu la langue co-officielle de cette r&#233;gion en 1979 (avec le castillan), au moment de la mise en place du syst&#232;me d&#233;mocratique en Espagne. N&#233;anmoins, c'est un catalan standardis&#233; qui s'est impos&#233;, le catalan des classes les plus ais&#233;es, bien diff&#233;rent des parlers populaires. C'est aussi ce qui se passe avec certains groupes militant pour la revitalisation de l'occitan, lesquels ont mis en place une mani&#232;re si compliqu&#233;e de l'&#233;crire qu'il ne ressemble plus du tout au &#171; proven&#231;al &#187; ou au &#171; marseillais &#187; des gens ordinaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une langue s'invente et se transforme en permanence pour s'adapter au monde du locuteur, pour cr&#233;er une parole singuli&#232;re. Pour mettre en place ce syst&#232;me glottophobe, on a fait croire aux gens que les langues ne sont pas des ph&#233;nom&#232;nes sociaux permettant aux humains de vivre ensemble. On a tout focalis&#233; sur l'aspect m&#233;canique des langues, comme si on pouvait les r&#233;sumer &#224; de simples &#233;quations math&#233;matiques. Pour les grammairiens et les linguistes, les langues sont avant tout un syst&#232;me de sons codifi&#233;s pour fabriquer des mots, qui eux-m&#234;mes sont organis&#233;s pour fabriquer des phrases. On a d&#233;socialis&#233; et d&#233;shumanis&#233; les langues pour les traiter comme des langages informatiques. Or ce sont les personnes qu'il faut respecter et non pas les langues, qui sont des abstractions et qui sont au service des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;St&#233;phanie, tu formes des professeurs de fran&#231;ais langue &#233;trang&#232;re qui enseigneront &#224; des non-francophones. Comment abordes-tu la question de la glottophobie dans tes cours ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;St&#233;phanie Clerc :&lt;/strong&gt; Je leur montre qu'ils et elles peuvent &#234;tre des &#171; acteurs glottopolitiques &#187; bienveillants. &lt;i&gt;A minima&lt;/i&gt;, ils peuvent aider leurs &#233;l&#232;ves &#224; prendre conscience de cette domination linguistique et du caract&#232;re arbitraire du choix d'une langue standard, norm&#233;e. Un enseignant renverse beaucoup de choses quand il accueille la parole d'un &#233;l&#232;ve, l'aide &#224; se sentir bien avec ses mani&#232;res de parler, &#224; se construire sereinement dans sa pluralit&#233;. On parle aussi d'&#171; hospitalit&#233; langagi&#232;re &#187;. S'il n'est pas bienveillant, il produit chez l'&#233;l&#232;ve de la m&#233;sestime de soi et de l'ins&#233;curit&#233; linguistique qui peut aller jusqu'au rejet d'une langue, voire jusqu'au mutisme. J'ai des &#233;tudiants qui aujourd'hui regrettent de ne pas avoir voulu approfondir leurs langues familiales. Quand je leur fais &#233;crire des &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/La-maman-et-la-pute-Vierge&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;biographies langagi&#232;res&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, certains d'entre eux expliquent que la d&#233;couverte de la notion de &#171; glottophobie &#187; leur a permis de mettre un mot sur tout un v&#233;cu et de prendre conscience des injustices subies. Seul ce retour sur soi peut &#233;viter la reproduction de ce rapport de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels m&#233;canismes de r&#233;sistance existe-t-il contre cette id&#233;ologie du monolinguisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. B. :&lt;/strong&gt; Le fran&#231;ais est la langue dominante &#224; l'&#233;crit depuis le XVIe si&#232;cle, mais c'est seulement depuis la fin du XIXe si&#232;cle qu'il est devenu la langue h&#233;g&#233;monique, au moyen d'une politique tr&#232;s offensive cherchant &#224; emp&#234;cher les gens d'utiliser d'autres langues, que &#231;a soit des langues &#171; r&#233;gionales &#187; ou &#171; immigr&#233;es &#187;. N&#233;anmoins, ces derni&#232;res existent toujours. Je pense notamment &#224; tous les immigr&#233;s &#224; qui l'on dit, depuis les ann&#233;es 1950-60, de ne pas parler leur langue d'origine &#224; leurs enfants sous pr&#233;texte que ces derniers n'arriveraient pas &#224; bien apprendre le fran&#231;ais et &#224; s'&#171; int&#233;grer &#187;. Or, &#233;norm&#233;ment de gens continuent de transmettre leur propre langue, de pratiquer un plurilinguisme de fait, sans n&#233;cessairement le dire explicitement. Ils ont apport&#233; une autre fa&#231;on de penser, cr&#233;&#233; du d&#233;bat, et peut-&#234;tre introduit un d&#233;but de banalisation du plurilinguisme dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens ont besoin d'avoir des &#171; fa&#231;ons de parler &#187; qui leur permettent d'exprimer au mieux leur monde social. L'&#201;tat a fabriqu&#233; des Fran&#231;ais, mais en r&#233;alit&#233; on ne parle pas le m&#234;me fran&#231;ais en Provence, en Auvergne, dans le Nord, en Bretagne et aux Antilles. Les individus ont reproduit une diversit&#233; linguistique &#224; partir d'une langue qui &#233;tait faite pour les en emp&#234;cher. D'ailleurs, et ce n'est pas surprenant, les accents &#171; r&#233;gionaux &#187; ou &#171; &#233;trangers &#187; sont souvent d&#233;nigr&#233;s aujourd'hui, comme les &#171; patois &#187; &#233;taient d&#233;nigr&#233;s hier : c'est le m&#234;me type de discrimination subi par les grands-parents pour leur langue r&#233;gionale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu donner quelques pistes pour sortir de la glottophobie ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. B. :&lt;/strong&gt; Si on se mettait &#224; enseigner les langues autrement et si on utilisait les langues pour apprendre &#224; aller vers les autres, on pourrait changer les choses en profondeur. &#199;a n&#233;cessite un travail de transformation compl&#232;te des priorit&#233;s dans l'enseignement des langues, de se demander quelle est leur place dans l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. C. :&lt;/strong&gt; On est bien oblig&#233; d'enseigner aux &#233;l&#232;ves la &#171; bonne langue &#187;, la &#171; bonne orthographe &#187;, la langue du bourreau, comme disait Jean Genet, car sinon, ils vont &#234;tre marginalis&#233;s. Pour l'instant, le monde social est fait de telle sorte que tu ne peux pas dire &#224; tes &#233;l&#232;ves &#171; &#201;crivez comme vous voulez, parlez comme vous voulez, on est tous &#233;gaux, c'est la libert&#233;, c'est l'autogestion &#187;, sinon ils vont se heurter de plein fouet &#224; une soci&#233;t&#233; qui va les exclure violemment. Il vaut mieux commencer par leur dire qu'il faut apprendre ces codes-l&#224; tout en &#233;tant conscient du fait que cette fa&#231;on de parler est un jeu nous permettant de nous d&#233;rober aux pi&#232;ges que nous tend cette soci&#233;t&#233; qui ne veut pas nous faire de place. Et cultiver &#224; c&#244;t&#233; la richesse de sa diversit&#233; linguistique tout en introduisant un r&#233;el d&#233;bat politique sur la diversit&#233; linguistique, afin de transformer les valeurs qui impr&#232;gnent l'&#233;cole, les m&#233;dias, les lois.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Langue fran&#231;aise enseign&#233;e &#224; des non-francophones.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Br&#232;ves du dossier &#034;Mauvaises Langues&#034;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Breves-du-dossier-Mauvaises</link>
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		<dc:date>2018-07-28T09:23:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke, Bruno Le Dantec, Julia Zortea, L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>En bref</dc:subject>
		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Plonk et Replonk</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
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		<dc:subject>Pasolini</dc:subject>
		<dc:subject>Langue vulgaire</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Baleini&#233; Vous connaissez Le Baleini&#233;, dictionnaire des tracas (&#233;ditions Points), cet admirable petit lexique de n&#233;ologismes invent&#233;s par Christine Murillo, Jean-Claude Leguay et Gr&#233;goire Oestermann pour nommer diff&#233;rents d&#233;sagr&#233;ments de la vie quotidienne ? Deux exemples : &#171; Plute : prix oubli&#233; sur un cadeau &#187; ou &#171; D&#233;dz&#233;zer : songer qu'il est temps d'arr&#234;ter sa sieste &#187;. D'autres mots sont apparus de mani&#232;re incontr&#244;l&#233;e par l'Acad&#233;mie, comme ce magnifique verbe : &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no145-juillet-aout-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;145 (juillet-ao&#251;t 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Plonk-et-Replonk" rel="tag"&gt;Plonk et Replonk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/culture-959" rel="tag"&gt;culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/langue" rel="tag"&gt;langue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/langues" rel="tag"&gt;langues&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pasolini" rel="tag"&gt;Pasolini&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/langues-vulgaires" rel="tag"&gt;langues vulgaires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2514 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH103/-780-82dbc.jpg?1782679841' width='500' height='103' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Plonk &amp; Replonk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Baleini&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Vous connaissez &lt;i&gt;Le Baleini&#233;, dictionnaire des tracas&lt;/i&gt; (&#233;ditions Points), cet admirable petit lexique de n&#233;ologismes invent&#233;s par Christine Murillo, Jean-Claude Leguay et Gr&#233;goire Oestermann pour nommer diff&#233;rents d&#233;sagr&#233;ments de la vie quotidienne ? Deux exemples : &#171; &lt;i&gt;Plute : prix oubli&#233; sur un cadeau&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;D&#233;dz&#233;zer : songer qu'il est temps d'arr&#234;ter sa sieste&lt;/i&gt; &#187;. D'autres mots sont apparus de mani&#232;re incontr&#244;l&#233;e par l'Acad&#233;mie, comme ce magnifique verbe : &#171; &lt;i&gt;Procraf&#233;inier : remettre une d&#233;cision ou l'ex&#233;cution de quelque chose apr&#232;s avoir pris son caf&#233;&lt;/i&gt; &#187;. A &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; et parmi nos proches, nous avons r&#233;colt&#233; les mots invent&#233;s que nous utilisons quotidiennement. En voil&#224; une s&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Accumoncellement :&lt;/strong&gt; accumulation et amoncellement r&#233;unis. Ce qui fait beaucoup !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abstrut :&lt;/strong&gt; (n.m.) passage de texte qu'on comprend pas bien ce qu'il veut dire. (adj.) Qui pourrait &#234;tre clarifi&#233; ou pas du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abolixer :&lt;/strong&gt; feindre de conna&#238;tre le latin quand on ne l'a crois&#233; que par la lecture d'Ast&#233;rix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Barkolover :&lt;/strong&gt; tenter d'exposer une id&#233;e scientifique ou politique compliqu&#233;e en &#233;tat d'&#233;bri&#233;t&#233; avanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bleau :&lt;/strong&gt; judicieuse contraction des mots &#171; beau &#187; et &#171; bleue &#187; car dire &#171; beau bleue &#187;, c'est pas facile. Ex : &#171; &lt;i&gt;T'as de bleaux yeux tu sais ?&lt;/i&gt; &#187; Variante : &#171; &lt;i&gt;Les gars, sortez vos tonfas, on va leur coller des gros bleaux !&lt;/i&gt; &#187; (Adjudant CRS Petipapon &#224; ses hommes, peu avant d'aller s&#233;curiser une manif lyc&#233;enne.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bouchoum-bouchoum (&#234;tre)&lt;/strong&gt; : m&#233;lange de &#171; &lt;i&gt;je ne suis pas dans mon assiette&lt;/i&gt; &#187; et de &#171; &lt;i&gt;je suis un peu triste&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chamchater&lt;/strong&gt; : (&#233;tym. arabe libyen) signifie taxer, gratter quelque chose &#224; quelqu'un. Un chamchatte est un gratteur, un taxeur (de clopes, de briquet, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chkarkay&lt;/strong&gt; : Petits r&#233;sidus secs accumul&#233;s autour des yeux au r&#233;veil, compos&#233;s de liquide lacrymal, de mucus, de poussi&#232;res et de cellules mortes, autrement appel&#233;s &#171; cacas d'&#339;il &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Descriner (se) (variante : se descriner la gueule)&lt;/strong&gt; : (verbe intr.) Chute d'un pi&#233;ton plus occup&#233; &#224; mater l'&#233;cran de son smartphone qu'&#224; regarder o&#249; il marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;baroulades, d&#233;barouler :&lt;/strong&gt; faire des roulades sur des pentes herbeuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Draculiser (se faire) :&lt;/strong&gt; se faire ridiculiser par un vampire. (usage plut&#244;t rare).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire le &#171; mari pourri &#187; (prononcer avec l'accent anglais &#171; mawoui pouwoui &#187;) :&lt;/strong&gt; d&#233;signe un compagnon qui trompe sa femme et lui ment, qui abandonne sa famille, qui ne veut pas partager les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F&#233;lobre :&lt;/strong&gt; &#224; prononcer av&#233; l'accent, &#231;a veut juste dire raide ou bourr&#233;. Ex : &#171; &lt;i&gt;Ouah putaing, je suis compl&#232;tement f&#233;lobre ! &lt;/i&gt; &#187; Usage limit&#233; &#224; une petite ethnie affinitaire dans la r&#233;gion de Montpellier dans les ann&#233;es 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Foutard (&#234;tre en) &lt;/strong&gt; : &#171; &lt;i&gt;Je suis en retard, mais je m'en fous !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Grenotter&lt;/strong&gt; : grogner, r&#226;ler mais pas trop fort quand m&#234;me, juste pour exprimer un petit d&#233;sagr&#233;ment. S'utilise en particulier pour les b&#233;b&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Moutte (n. f.) :&lt;/strong&gt; se dit de l'&#233;tat naus&#233;eux post-cuite qui monte progressivement tout au long de la journ&#233;e. Ex : &#171; &lt;i&gt;Je savais pas ce qu'il y avait avec ce rhum de la veille, mais j'avais une de ces mouttes ce jour-l&#224; ! &lt;/i&gt; &#187; (Capitaine Haddock, &lt;i&gt;De quoi Tintin est-il le nom ?&lt;/i&gt;, &#233;d. Libertalia, 1999)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Panach&#233; :&lt;/strong&gt; nom d&#233;signant une personne m&#233;tiss&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Ma fille, c'est une petite panach&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pantoufle :&lt;/strong&gt; le mec ou la nana avec qui l'on reste en couple par flemme de changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire du spoute :&lt;/strong&gt; c'est quand t'as envie de faire du sport, &#233;ventuellement un foot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Strainss :&lt;/strong&gt; angoisse irrationnelle de rater le d&#233;part de son train qui oblige le voyageur &#224; se pr&#233;senter tr&#232;s en avance et en sueur &#224; la gare tout ayant oubli&#233; son billet ou ses enfants &#224; la maison. Ex : &#171; &lt;i&gt;J'avais tellement le strainss que j'ai pris le train de la veille.&lt;/i&gt; &#187; (Ma m&#232;re, &lt;i&gt;Texto &#224; mon fils&lt;/i&gt;, &#233;d. des Familles, 2016)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Super-zu :&lt;/strong&gt; un mec qui fait tout tr&#232;s bien mais qui est du coup tr&#232;s chiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Textaver :&lt;/strong&gt; envoyer &#224; une heure indue, dans un &#233;tat inappropri&#233;, un SMS inadapt&#233; &#224; la mauvaise personne. Ex : &#171; &lt;i&gt;Fran&#231;ois, j'ai fait une connerie : cette nuit j'ai textav&#233; Myriam en lui disant qu'elle est &#8220;la plus lib&#233;rale des plus lib&#233;rales de ses copines.&#8221; Et depuis, elle me regarde bizarre.&lt;/i&gt; &#187; (Manuel V. )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;daction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Colonialisme : Comment dicter sa loi aux indig&#232;nes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 1900, le bon Louis Machuel, directeur honoraire de l'Enseignement public en Tunisie et inspecteur g&#233;n&#233;ral honoraire de l'Universit&#233;, publiait chez Armand Colin&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les domaines agricoles que Machuel et Colin poss&#233;daient pr&#232;s de Tunis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; un opus au titre ambigu : &lt;i&gt;L'Arabe sans Ma&#238;tre&lt;/i&gt;. Pour qui aurait cru &#224; un pamphlet &#224; la Frantz Fanon, le sous-titre en page de garde dissipe tout malentendu : il s'agit d'un Guide de conversation arabe &#224; l'usage des colons, des militaires et des voyageurs. &#171; &lt;i&gt;Un petit livre de poche permettant&lt;/i&gt; [&#224; nos compatriotes] &lt;i&gt;d'arriver &#224; &#233;changer quelques mots avec les indig&#232;nes&lt;/i&gt; &#187;, clarifie l'avant-propos. Comment ? En transcrivant phon&#233;tiquement l'arabe dialectal en caract&#232;res latins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le chapitre X, &#171; &lt;i&gt;Conjugaison de certains verbes d'un usage fr&#233;quent, expressions diverses&lt;/i&gt; &#187;, on p&#233;n&#232;tre au c&#339;ur de l'&#233;poque. &#171; &lt;i&gt;Le verbe z&#226;d suivi d'un autre verbe traduit le mot encore.&lt;/i&gt; &#187; Phrases pratiques : &#171; &lt;i&gt;Pourquoi n'avez-vous pas encore moissonn&#233; ce bl&#233; ?&lt;/i&gt; &#187; &#8211; &#171; &lt;i&gt;Il ne veut plus travailler&lt;/i&gt; &#187; &#8211; &#171; &lt;i&gt;Nous ne pouvons plus vous laisser entrer dans notre propri&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Plus loin, &#171; l&lt;i&gt;'id&#233;e de &#8220;faire faire&#8221; peut se rendre aussi &#224; l'aide du verbe amer, ordonner&lt;/i&gt; &#187;. Exemple : &#171; &lt;i&gt;Le ca&#239;d fit mettre le voleur en prison.&lt;/i&gt; &#187; Pour illustrer l'id&#233;e de r&#233;ciprocit&#233;, trois propositions posent l'ambiance : &#171; &lt;i&gt;Ils se sont frapp&#233;s&lt;/i&gt; &#187; &#8211; &#171; &lt;i&gt;Ils se sont entretu&#233;s&lt;/i&gt; &#187; &#8211; et, finalement, &#171; I&lt;i&gt;ls se sont rencontr&#233;s&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au chapitre XV, &#171; &lt;i&gt;Conversations simples&lt;/i&gt; &#187;, le lecteur est mis en situation : &#171; &lt;i&gt;Mohamed, va me chercher des ouvriers dans le dou&#226;r. Am&#232;ne six ouvriers, je leur donnerai 2&#8239;piastres par jour. Choisis des hommes travailleurs et tranquilles.&lt;/i&gt; &#187; Puis, Machuel imagine cet &#233;difiant dialogue : &#171; &#8211; &lt;i&gt;Ali, combien as-tu de journ&#233;es ? &#8211; Je ne sais pas, monsieur, c'est toi qui inscris. Nous autres, Arabes, nous ne savons pas compter. &#8211; Je te dois 22 journ&#233;es &#224; 2 piastres, cela fait 44 piastres ou 26 francs 40 centimes. Je t'ai avanc&#233; 22 frs. Il te reste donc 4 frs 40. Les voici. &#8211; C'est bien, monsieur. Merci. &#8211; Compte bien pour ne pas me dire ensuite que je ne t'ai pas donn&#233; ce qui te revient. &#8211; Non, monsieur, vous en &#234;tes incapable. Vous &#234;tes un homme de bien ; vous ne voudriez pas faire de tort aux gens.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hormis la mentalit&#233; coloniale et les monnaies qui n'ont plus cours, ce langage n'est pas si martien : il colle de fa&#231;on troublante &#224; l'article 2 de l'actuelle loi Travail sur les n&#233;gociations d'entreprise&#8230; Mais Sidi Machuel n'&#233;tant plus de ce monde, il ne pourra pas poser la question &#224; un million de piastres : de quoi la loi El Khomri est-elle le nom ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Bruno Le Dantec.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2513 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH537/-779-d13f3.jpg?1782639244' width='400' height='537' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Notes sur &lt;i&gt;La Langue vulgaire&lt;/i&gt; de Pasolini : S'&#233;teindre pour se rallumer vers la fin des cr&#233;puscules&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 21 octobre 1975, une dizaine de jours avant d'&#234;tre sauvagement assassin&#233; sur la plage d'Ostie, Pier Paolo Pasolini se trouvait dans les Pouilles, &#224; Lecce. Invit&#233; par un groupe d'enseignants pour discuter des rapports entre les &lt;i&gt;dialetti&lt;/i&gt; et l'&#233;cole, il rage &#8211; comme dans ses &lt;i&gt;&#201;crits corsaires&lt;/i&gt; et ses &lt;i&gt;Lettres luth&#233;riennes&lt;/i&gt; &#8211; contre la tragique disparition des lucioles&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La luciole est l'image po&#233;tique de la r&#233;sistance erratique, de la joie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; dans l'aveuglante lumi&#232;re des projecteurs. &lt;i&gt;Volgar'eloquio&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Langue vulgaire, &#201;ditions La Lenteur, 2013. Pasolini &#8211;&#8239;mort trop t&#244;t &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; est la fid&#232;le retranscription de cet &#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les lecteurs fran&#231;ais qui, pour la plupart, n'ont que peu go&#251;t&#233; aux dialectes et &#224; leurs cultures, nous noterons que l'Italie est autre. Point de r&#233;volution unificatrice et uniformisante, comparable &#224; ce que la France a connu. La standardisation culturelle s'est en effet op&#233;r&#233;e &#224; travers l'&#233;mergence de la soci&#233;t&#233; de consommation. Pour Pasolini, les ann&#233;es 70 marquent une v&#233;ritable rupture anthropologique caract&#233;ris&#233;e par l'entr&#233;e des dialectes et de leur monde dans l'&#232;re de la survivance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le diagnostic de Pasolini est cinglant. On ne peut plus, nous dit-il, penser les langues vulgaires comme on le faisait dans les ann&#233;es 60 &#8211; dans une soci&#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;cl&#233;ricale-fasciste&lt;/i&gt; &#187; dont le pouvoir centralis&#233; reposait uniquement sur la r&#233;pression. Avant le tournant des ann&#233;es 70, il existait une culture pluraliste en Italie, une culture romaine, une culture sicilienne, napolitaine, frioulane ou encore pi&#233;montaise. &#171; &lt;i&gt;La culture italienne &#233;tait ni plus ni moins qu'une abstraction, c'&#233;tait une culture impos&#233;e par le haut, par les Pi&#233;montais avec l'Unit&#233; nationale&lt;/i&gt; &#187;. Le florentin, pourtant &#233;lu &#171; &lt;i&gt;langue totalitaire et totalisante&lt;/i&gt; &#187; n'a pas du tout pollu&#233; &#8211; &#171; &lt;i&gt;voil&#224;, c'est le mot&lt;/i&gt; &#187; &#8211; les &lt;i&gt;dialetti,&lt;/i&gt; c&#339;urs battants des cultures populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, Pasolini semble cat&#233;gorique : les langues vulgaires sont &#171; &lt;i&gt;destin&#233;es &#224; n'&#234;tre plus&lt;/i&gt; &#187;. Condamn&#233;es &#224; la survivance, tu&#233;es, &#224; petit feu, par la culture de masse, par la soci&#233;t&#233; de consommation et le d&#233;veloppement de ses instruments de diffusion : la t&#233;l&#233;vision et l'&#233;cole. Le consum&#233;risme &#171; &lt;i&gt;est parvenu &#224; perp&#233;trer des g&#233;nocides du m&#234;me ordre que ceux que le capitalisme a sans doute perp&#233;tr&#233;s en France&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;&#224; l'&#233;poque de Marx.&lt;/i&gt; &#187; Lecteur de la &lt;i&gt;Critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, Pasolini sait qu'un nouveau type d'&#233;conomie cherche avant tout &#224; produire de nouveaux rapports sociaux. C'est en cela qu'il qualifie de &#171; &lt;i&gt;v&#233;ritable fascisme&lt;/i&gt; &#187; ce ph&#233;nom&#232;ne qui s'en prend aux langages, aux valeurs, aux gestes, aux corps du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arpenteur des &lt;i&gt;borgate&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nom donn&#233; &#224; ces quartiers autoconstruits ill&#233;galement &#8211;&#8239;souvent qualifi&#233;s de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; romaines, il fait l'amer constat de la frustration des jeunes de ces quartiers face &#224; l'impossibilit&#233; d'atteindre les mod&#232;les existentiels propos&#233;s par la t&#233;l&#233;vision. Dans la balance, l'h&#233;donisme marchand ne compensera jamais la destruction d'un monde et de sa culture : &#171; &lt;i&gt;Le pire des maux c'est la mis&#232;re du pseudo-bien-&#234;tre ; ils sont maintenant bien plus pauvres qu'il y a dix ans, proportionnellement&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Avant d'ajouter, quelques minutes plus tard, &#171; &lt;i&gt;ce sont d&#233;j&#224; des cadavres au regard de ce qu'ils &#233;taient. Il me semble que leur destin historique est de vivre cet &#233;tat de mort et ressusciter&lt;/i&gt; [&#8230;], &lt;i&gt;je ne sais pas quand, parce que je ne suis pas proph&#232;te ni ne veux l'&#234;tre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Noir constat qui n'est pas sans rappeler sa fun&#232;bre lamentation de &#171; L'article des lucioles&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;crits corsaires, Flammarion, 1976.&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187; o&#249;, pessimiste, il conclut &#224; leur disparition. Pourtant, il perdure ici une lueur d'espoir. Pasolini, dans &lt;i&gt;La Langue vulgaire&lt;/i&gt;, semble poser le probl&#232;me de l'extinction des lucioles d'une autre mani&#232;re, celui &#171; &lt;i&gt;de la lutte entre une culture que nous n'acceptons pas et une culture caduque.&lt;/i&gt; &#187; Une fa&#231;on, peut-&#234;tre, d'appeler &#224; dialectiser les cultures dialectales. Appel &#224; trouver &#171; &lt;i&gt;un nouveau mode d'&#234;tre libre&lt;/i&gt; &#187;, en dehors, ou plut&#244;t en plus, des deux solutions habituelles que sont la mus&#233;ification des dialectes et le s&#233;paratisme &#8211; &#224; l'image des Basques ou des Irlandais. Quarante ann&#233;es apr&#232;s ce &#171; &lt;i&gt;g&#233;nocide culturel&lt;/i&gt; &#187;, les lucioles survivent encore... Et tout reste &#224; inventer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Momo Br&#252;cke.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Turquie : petit pr&#233;cis de n&#233;gation linguistique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La carri&#232;re des id&#233;es et des sentiments transmet les cultures et les traditions ; c'est pourquoi ceux qui parlent la m&#234;me langue partagent les m&#234;mes aspirations, la m&#234;me conscience, et la m&#234;me mentalit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Ziya G&#246;kalp, en 1918, dans son ouvrage &lt;i&gt;Turquifier, islamiser, moderniser&lt;/i&gt;. Principal id&#233;ologue de la nation turque, cr&#233;&#233;e en 1923 suite au d&#233;litement de l'Empire ottoman, G&#246;kalp d&#233;fend une vision assimilationniste de la &#171; turcit&#233; &#187;, fond&#233;e sur le partage d'une langue et d'une culture &#8211; et non du sang ou de la race.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Langue officielle de l'Empire ottoman depuis 1876, la langue turque est inscrite comme telle dans la premi&#232;re Constitution de la R&#233;publique de Turquie, en 1924. Dans les textes fondateurs de la nation, rien n'interdit formellement l'usage des langues autres que le turc, nombreuses sur le territoire (une trentaine). Pour cause, interdire reviendrait en effet &#224; reconna&#238;tre, indirectement, des appartenances concurren&#231;ant l'identit&#233; nationale naissante, articul&#233;e autour de l'intention de &#171; &lt;i&gt;T&#252;rk yapmak&lt;/i&gt; &#187; (fabriquer des Turcs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fervents d&#233;fenseurs de la r&#233;volution k&#233;maliste, les intellectuels Munis Tekinalp et Hamdullah Suphi mettent en pratique les th&#232;ses de G&#246;kalp dans les premiers temps de la R&#233;publique. En 1928, Tekinalp r&#233;dige les &#171; &lt;i&gt;dix commandements&lt;/i&gt; &#187; de l'homme turc, lesquels commencent ainsi : &#171; &lt;i&gt;Turquifie ton nom de famille &#187;, &#171; Parle turc &#187;, &#171; Prie en turc &#187;, &#171; Turquifie les &#233;coles &#187;&lt;/i&gt;. Peu apr&#232;s, ce dernier organise des campagnes de propagande afin d'imposer la langue turque aux populations non turcophones dans les lieux publics &#8211; jusque dans les ann&#233;es 1960, certaines municipalit&#233;s sanctionneront par une amende chaque mot prononc&#233; dans une autre langue. Ces campagnes sont soutenues par des associations promouvant la culture nationale : les Foyers turcs, dirig&#233;s depuis 1924 et pendant 28 ans par Suphi, lequel estime que &#171; &lt;i&gt;notre nationalit&#233; est dans notre langue plus que dans toute autre chose&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t n&#233;anmoins, la politique assimilationniste bute sur les revendications kurdes. La r&#233;volte de 1925, men&#233;e par Cheik Said contre l'av&#232;nement de la R&#233;publique et l'abolition du sultanat, marque le d&#233;but d'une politique de r&#233;pression localis&#233;e, notamment linguistique, dans les r&#233;gions kurdophones. La m&#234;me ann&#233;e est secr&#232;tement &#233;labor&#233; le Plan de r&#233;forme de l'Est, dans lequel le &#171; &lt;i&gt;parler kurde&lt;/i&gt; &#187; est &#171; &lt;i&gt;imm&#233;diatement&lt;/i&gt; &#187; interdit. Pour s'en assurer et promouvoir l'&#171; &lt;i&gt;unit&#233; nationale&lt;/i&gt; &#187; au del&#224; de l'action uniformisante des &#233;coles de la R&#233;publique, des Foyers turcs sont implant&#233;s &#224; l'est. Ce sont ces m&#234;mes Foyers qui &#233;laborent, d&#232;s les ann&#233;es 1930, les premi&#232;res &#171; &lt;i&gt;th&#232;ses d'histoire turque&lt;/i&gt; &#187; cherchant &#224; prouver la &#171; &lt;i&gt;turcit&#233;&lt;/i&gt; &#187; des Kurdes et de leurs langues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le coup d'&#201;tat militaire de 1980 et alors m&#234;me que des universitaires patent&#233;s s'emploient encore &#224; d&#233;montrer que le kurde est une forme de proto-turc, la nouvelle Constitution de 1982 interdit finalement les langues autres (sans les nommer) que la langue turque et consacre cette derni&#232;re &#171; &lt;i&gt;langue maternelle&lt;/i&gt; &#187; de tous les habitants du pays. Paradoxalement, cette interdiction constitue l'aveu d'&#233;chec de la politique assimilationniste de l'&#201;tat, et institue alors, par la n&#233;gative, l'existence des minorit&#233;s kurdes, ce qui renforcera les rapports de force ult&#233;rieurs. L'interdiction linguistique sera partiellement lev&#233;e &#224; partir des ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Julia Zortea.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce billet se fonde sur la lecture de l'excellent ouvrage de Cl&#233;mence Scalbert Y&#252;cel, &lt;i&gt;Engagement, langue et litt&#233;rature. Le champ litt&#233;raire kurde en Turquie (1980-2000)&lt;/i&gt;, &#201;dition P&#233;tra, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les domaines agricoles que Machuel et Colin poss&#233;daient pr&#232;s de Tunis &#233;taient voisins.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La luciole est l'image po&#233;tique de la r&#233;sistance erratique, de la joie innocente, face aux diff&#233;rentes formes de fascismes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Langue vulgaire&lt;/i&gt;, &#201;ditions La Lenteur, 2013. Pasolini &#8211;&#8239;mort trop t&#244;t &#8211;&#8239;n'a pu relire le contenu de cette transcription, qu'il aurait sans aucun doute quelque peu remani&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Nom donn&#233; &#224; ces quartiers autoconstruits ill&#233;galement &#8211;&#8239;souvent qualifi&#233;s de &#171; &lt;i&gt;quartiers d'irr&#233;ductibles&lt;/i&gt; &#187; &#8211; qui ont vu naitre de v&#233;ritables r&#233;sistances populaires face aux autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;crits corsaires&lt;/i&gt;, Flammarion, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Avoir une langue c'est un pouvoir &#187;</title>
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		<dc:date>2018-07-26T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julia Zortea, Mathilde Bl&#233;zat</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Entretien collectif avec les membres de l'association Mot &#224; Mot. &#192; Marseille, dans le quartier de la Belle de Mai, l'association Mot &#224; Mot transmet depuis cinq ans la langue fran&#231;aise &#224; des adultes &#233;trang&#232;r.e.s, tout en r&#233;fl&#233;chissant aux rapports de pouvoir tapis dans les mod&#232;les d'enseignement. Depuis peu, les formatrices &#233;changent les r&#244;les avec des apprenant.e.s lors de stages immersifs en kabyle et en arabe, et nombre de participant.e.s s'investissent dans le fonctionnement de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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/ 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien collectif avec les membres de l'association Mot &#224; Mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Marseille, dans le quartier de la Belle de Mai, l'association Mot &#224; Mot transmet depuis cinq ans la langue fran&#231;aise &#224; des adultes &#233;trang&#232;r.e.s, tout en r&#233;fl&#233;chissant aux rapports de pouvoir tapis dans les mod&#232;les d'enseignement. Depuis peu, les formatrices &#233;changent les r&#244;les avec des apprenant.e.s lors de stages immersifs en kabyle et en arabe, et nombre de participant.e.s s'investissent dans le fonctionnement de la structure. Lors d'une table ronde avec les trois salari&#233;es de l'association et une vingtaine d'apprenant.e.s originaires des Comores, d'Alg&#233;rie, du Maroc, de Roumanie et de Syrie, ces derni&#232;r.e.s nous pr&#233;sentent le fonctionnement et les positionnements de l'association. Les propos ci-dessous sont extraits, sous la forme de citations, de cette conversation polyphonique alternant les registres de langue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2508 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH474/-774-a4959.jpg?1782639244' width='400' height='474' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mot &#224; Mot dans le champ de l'apprentissage du fran&#231;ais &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette association est un lieu o&#249; on peut apprendre le fran&#231;ais et d'autres langues (l'arabe, le kabyle, et bient&#244;t le comorien). Il est fr&#233;quent&#233; par 150 apprenant.e.s environ. Ce qu'on propose, c'est toujours en fonction de la demande des personnes. On leur pose la question de ce qu'ils veulent apprendre, puis on essaie de r&#233;pondre au plus pr&#232;s. Le pas de c&#244;t&#233;, il est notamment &#224; cet endroit-ci. En essayant de rester au plus pr&#232;s de ce que les personnes souhaitent, on prend le sens contraire de ce que l'&#201;tat pr&#233;conise actuellement, c'est-&#224;-dire transmettre la langue et la culture de son choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut savoir que le champ de l'apprentissage gratuit du fran&#231;ais pour les adultes primo-arrivants est, depuis 2003, tr&#232;s largement structur&#233; par des appels d'offre &#233;mis par l'Office fran&#231;ais de l'immigration et l'int&#233;gration (OFII). L'objectif est de trouver des prestataires de services qui r&#233;pondent &#224; un cahier des charges. La cr&#233;ation de ce march&#233; public a eu pour cons&#233;quence de mettre les organismes publics et priv&#233;s en concurrence, d'affaiblir les petites associations qui ne participent pas &#224; cet appel d'offres (moins de subventions leur sont octroy&#233;es), et de viser des publics particuliers (les sans-papiers n'y ont pas acc&#232;s, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Marseille, il existe un collectif, le collectif FLE Marseille Sud-Est, o&#249; des formatrices et formateurs de Fran&#231;ais langue &#233;trang&#232;re (FLE), venant de structures tr&#232;s diverses, &#233;changent sur leurs pratiques et r&#233;fl&#233;chissent aux transformation du champ de la formation. Les coll&#232;gues qui travaillent dans des organismes de formation financ&#233;s par l'OFII racontent qu'ils ont de moins en moins de marge de man&#339;uvre pour &#233;tablir leurs programmes et penser l'organisation des ateliers. En janvier 2016, l'OFII a pr&#233;sent&#233; le cahier des charges de son nouvel appel d'offres. Les conditions d'acc&#232;s aux formations ont &#233;t&#233; resserr&#233;es. Seuls les nouveaux signataires du &#171; Contrat d'accueil et d'int&#233;gration&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La signature de ce contrat est obligatoire pour les &#233;trangers non europ&#233;ens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; y ont acc&#232;s (et non plus les personnes &#233;trang&#232;res d&#233;j&#224; pr&#233;sentes en France depuis plusieurs ann&#233;es). Les dur&#233;es de formation ont &#233;t&#233; drastiquement r&#233;duites. Et surtout, le contenu des formations a encore &#233;t&#233; r&#233;orient&#233;. En 2011, l'OFII avait enjoint aux organismes de formation d'enseigner ce qu'il appelle le &#171; fran&#231;ais langue d'int&#233;gration &#187; (apprendre &#224; parler de sa famille, de son logement, de la sant&#233;, de la citoyennet&#233;&#8230;). Aujourd'hui, le cahier des charges indique que les formations linguistes doivent se focaliser exclusivement sur deux aspects : la citoyennet&#233; et le travail.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2509 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH345/-775-14bd4.jpg?1782680990' width='400' height='345' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mot &#224; Mot propose un accueil inconditionnel et gratuit. C'est-&#224;-dire que les personnes &#233;trang&#232;res qui fr&#233;quentent l'association viennent parce qu'elles veulent apprendre le fran&#231;ais. C'est uniquement ce qui nous int&#233;resse, nous ne nous ne leur demandons pas de nous communiquer leur situation administrative. Si l'on rentre dans le march&#233; de la formation linguistique, r&#233;glement&#233; et financ&#233; par l'&#201;tat, on se trouve coinc&#233;es. Apprendre sous l'injonction de l'&#201;tat, en contrepartie du RSA ou de la signature d'un &#171; Contrat d'accueil et d'int&#233;gration &#187;, change forc&#233;ment le rapport &#224; comment je m'approprie une langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, on n'a pas perdu de financements. Mais il y en a qu'on ne va pas chercher parce qu'on sait qu'on ne pourrait pas y r&#233;pondre ou que ce serait trop contraignant. Le gros de notre budget vient des institutions publiques (mairie, &#201;tat, politique de la Ville, conseil g&#233;n&#233;ral, R&#233;gion parfois...) Ces subventions sont diff&#233;rentes de celles accord&#233;es dans le cadre du march&#233; de la formation linguistique ; elles ne sont pas sp&#233;cifiques aux th&#233;matiques linguistiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mot &#224; Mot &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mot &#224; Mot fait ses activit&#233;s dans diff&#233;rents lieux. Il d&#233;place. Y'en a le ateliers pour prendre la langue fran&#231;ais, au local de Mot &#224; Mot, &#224; AAPI, &#224; Massa&#239;&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mot &#224; Mot organise &#233;galement des ateliers en dehors de son local, dans des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le code de la route, c'est lundi, jeudi, l'apr&#232;s-midi. Et mercredi c'est le atelier &#233;criture &#224; la Friche. Tout est gratuit. Enfin, chaque personne, il donne, m&#234;me 10 centimes, pour l'adh&#233;sion annuelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2510 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH495/-776-2dc24.jpg?1782680990' width='400' height='495' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; On est &#233;cout&#233;, apr&#232;s on est parl&#233;. On est fait conjugaisons, dialogues. Quelqu'un qui comprend pas, il fait les gestes, les gestes pour comprendre, c'est difficile. Comme &#231;a, on fait un peu de th&#233;&#226;tre, un peu&#8230; Apr&#232;s on corrige. Apr&#232;s il donne les feuilles pour faire ce qu'on a compris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Y en a qui l'arrivent &#224; lire, y en a qui l'arrivent pas, &#231;a d&#233;pend chaque groupe. Y en a qui s'expriment bien, y en a non. Si les personnes il arrive pas &#224; lire, il partage, il regarde les personnes qui l'arrivent &#224; lire, les personnes qui l'arrivent &#224; &#233;crire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le secret de l'association, c'est on est ensemble, solidaire, comme une famille. Dans les autres associations tu trouves pas cette familiale. Les liens attach&#233;s. Solidaires. Voil&#224;, la famille. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un collectif d'administration (CA) ouvert &#224; toutes et &#224; tous&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le CA, on trouve les solutions quand y en a les probl&#232;mes, on pr&#233;pare qu'est-ce qu'on fait, qu'est-ce qu'on ajoute, qu'est-ce qu'on l&#232;ve. Qu'est-ce qu'y se passe. On fait le r&#233;glage, on fait le programme. On fait les r&#233;unions &#224; peu pr&#232;s tous les deux mois et demi. Si quelqu'un qui veut participer au CA, c'est ouvert. On est beaucoup quand m&#234;me. Une douzaine. Voil&#224;, c'est nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Face &#224; cette injonction &#224; faire de la langue une langue d'int&#233;gration, qui te sert &#224; trouver un travail et &#224; respecter les r&#232;gles, on avait envie de d&#233;fendre l'id&#233;e qu'apprendre le fran&#231;ais, c'est avant tout l'outil pour pouvoir dire ce qu'on pense et d&#233;cider un peu de ce qui nous arrive. On avait envie que Mot &#224; Mot, &#224; son &#233;chelle, soit peut-&#234;tre un espace qui permette &#231;a, c'est-&#224;-dire qu'on vient apprendre le fran&#231;ais pour se d&#233;brouiller dans le quotidien puis au bout d'un moment si on en a envie, enfin, quand on veut en fait, on peut aussi &#234;tre dans le collectif d'administration, dans le CA, dans un endroit de d&#233;cision, de r&#233;flexion, voil&#224;. C'est parti de l&#224; cette intention de chercher &#224; ce que le CA soit un lieu investi par les gens qui viennent pratiquer le fran&#231;ais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En tous cas, j'ai remarqu&#233; qu'y a des r&#233;unions o&#249; l'arabe commence &#224; prendre une place ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand l'association coulait, l'ann&#233;e derni&#232;re, on le savait. Sherifa, elle avait propos&#233; de faire un repas de soutien &#224; la Cantine du Midi&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Restaurant associatif install&#233; &#224; c&#244;t&#233; du local de Mot &#224; Mot. Les cuisines (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. On est donn&#233; les 200 euros de repas pour la caisse de Mot &#224; Mot. On a fait l'appel &#224; dons, et en contrepartie, on a organis&#233; les stages en kabyle et en arabe. Et Mariama et Mohamed ils avaient fait un atelier cuisine &#171; samoussa &#187; pour les gens qui avaient particip&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2511 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH357/-777-a49f6.jpg?1782680990' width='400' height='357' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;crire l'amour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On fait aussi ateliers d'&#233;criture, &#224; la Friche, avec une dame, Marie-France. C'est beau &#231;a ! On &#233;crit l'amour. Elle am&#232;ne des petits livres, elle nous lit le texte, apr&#232;s on &#233;coute, apr&#232;s on... Tout le monde peut r&#233;diger. Les voyages, t'imagines des choses... La po&#233;sie, voil&#224;, tout &#231;a. On fait tous ! Par exemple, la nuit, on a &#233;crit sur la nuit. La nuit, le soleil, le printemps par exemple. Ils nous corrigent le texte qu'on fait. Ou y'a des mots qu'on comprend pas, il explique. On pose la question apr&#232;s ils nous expliquent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chacun il lire entre nous. &#199;a le secret, il reste entre nous. Pas dehors, pour nous. Par exemple on dit les choses de r&#233;alit&#233;. Des fois on fait l'imaginaire mais y a des choses chacun il dit son r&#233;alit&#233;, reste entre nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des fois on va &#224; la biblioth&#232;que aussi. Chercher des livres. On &#233;tait all&#233;es au Centre international de la po&#233;sie, c'&#233;tait super. On a &#233;t&#233; tr&#232;s tr&#232;s bien re&#231;ues. On cherchait des textes en d'autres langues, on avait trouv&#233; en bambara, en alg&#233;rien, en arabe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inverser les r&#244;les&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ann&#233;e derni&#232;re, on a eu des difficult&#233;s financi&#232;res. L'association coulait. On a fait un appel &#224; don, et en contrepartie, on a propos&#233; une initiation &#224; l'arabe et au kabyle, qui a fonctionn&#233;, puis on a eu envie de plus, et on fait des stages r&#233;guliers sur deux jours, ouverts &#224; tous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est nous qu'on le fait, moi [Yamina] et Aziza. On pr&#233;pare les dialogues, on pr&#233;pare les traces &#233;crites. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi j'aurais besoin d'apprendre le comorien, ou qu'il y ait un salari&#233; de l'asso qui parle le comorien, ne serait-ce que pour faire l'accueil, par exemple. C'est-&#224;-dire avoir des petites notions, pour pouvoir inscrire quelqu'un, le mettre &#224; l'aise, juste pour permettre les premi&#232;res conversations. Et au-del&#224; de &#231;a, en tant que formatrice, je pense qu'on a aussi besoin d'apprendre des langues en permanence pour savoir ce que c'est, parce que sinon on se rend pas compte. &#192; chaque fois que je suis dans un stage d'arabe ou de kabyle, je vois bien combien c'est difficile, combien &#231;a d&#233;place. C'est tr&#232;s fort de faire partie des douze Fran&#231;ais en difficult&#233;, qui essaient, qui osent pas trop, qui se lancent, avec les formatrices qui t'encouragent. &#199;a r&#233;tablit quelque chose de beau dans les rapports aux langues. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi je connais des Fran&#231;ais qu'ils ont besoin de la langue arabe, la langue kabyle, la langue &#231;a, la langue ci. Avoir une langue c'est un pouvoir. Pour d&#233;couvrir des cultures des autres. Pour repr&#233;senter la culture alg&#233;rien, il faut vous connaissiez bien l'arabe. L'arabe elle est trop large, un mot a beaucoup de sens diff&#233;rents. Des fois tu trouves pas le mot exact en fran&#231;ais, alors il faut conna&#238;tre l'arabe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fran&#231;ais du code de la route en autogestion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ici pour apprendre le code c'est bien. On fait les sch&#233;mas, elle dessine la petite voiture comme &#231;a, elle explique, elle &#233;crit sur le tableau. Des fois on est presque quinze personnes, que des femmes ! Gr&#226;ce &#224; Mot &#224; Mot, j'ai rentr&#233; pour faire le code, j'arrive &#224; r&#233;pondre, je comprends qu'est-ce qui dit, bient&#244;t je vais passer l'examen. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est chose qu'il est dur ici en France, c'est le code. 40 questions&#8230; Avant quand je rentre, je prends le bo&#238;tier et je sais pas comment je r&#233;ponds, je connais pas les panneaux, le marquage au sol, je connais rien du tout. Maintenant &#231;a me fait pas peur, je rentre avec plaisir, je connais les marquages, je r&#233;ponds facilement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2512 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH559/-778-523fc.jpg?1782680990' width='400' height='559' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi j'ai l'impression que ici le groupe il s'aide beaucoup, que y a des explications qui passent dans le groupe, une transmission. Peut-&#234;tre que c'est moins possible &#224; l'auto-&#233;cole. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chez auto-&#233;cole, c'est pas comme ici, y'a pas cette patience ! Puis aussi on est en groupe avec toutes le m&#234;me objectif, donc une force comme &#231;a ! On est attach&#233;es, c'est &#231;a aussi. On est bien attach&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une fois par mois on fait le repas de soutien &#224; la Cantine du Midi, &#224; c&#244;t&#233;, pour les femmes qu'ils veulent passer leur code. On fait r&#233;union. Par exemple, six femmes ou cinq femmes, on fait un r&#233;union avec la responsabilit&#233; de la Cantine, on choisit le menu, on fait le repas traditionnel africain, arabe, l'entr&#233;e, le plat principal, v&#233;g&#233;tarien, ou plat avec la viande, on fait le dessert. Et tout le menu &#231;a, &#224; 8 euros. On pr&#233;pare les repas. Les gens qu'il vient ils demandent leur repas, ils mangent, ils payent. Apr&#232;s on compte combien de personnes, et combien rentrait d'argent, on rembourse les courses, loyer de la cantine. Et le reste, &#231;a c'est les b&#233;n&#233;fices. Quand une femme qui l'est pr&#234;te pour aller au code, on lui donne 200 euros. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apprendre le fran&#231;ais, &#231;a sert &#224; quoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est pour par exemple chercher du travail, par exemple quelqu'un qui te fait bien, il faut parler bien pour remercier, pour faire aussi l'exercice pour les enfants aussi, apprendre, parce que moi j'ai fait les &#233;tudes en arabe, y a des fois des choses j'arrive pas &#224; expliquer pour ma fille. Remplir les papiers, les rendez-vous, &#224; l'&#233;cole, la ma&#238;tresse, y'a beaucoup de choses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a les postes seuls les Arabes qu'ils travaillent. Les Fran&#231;ais ils cherchent le moins cher, c'est l'Arabe, travaille mieux, travaille bien, il pay&#233; moins cher. Les bl&#233;dards comme on dit, les clandestins, ils parlent pas le fran&#231;ais, c'est pour &#231;a qu'on les appelle. Prendre quelqu'un qui sait pas ni lire ni &#233;crire, il fait pas attention au contrat. Il peut rien dire. Pas se d&#233;fendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut apprendre le fran&#231;ais, m&#234;me pour la famille, y en a des familles, ils parlent pas l'arabe. Y'a l'invitation, tout &#231;a, tu restes t'asseoir devant eux, ils parlent le fran&#231;ais le fran&#231;ais, tu sais rien. M&#234;me ils te moquent de toi, toi tu rigoler, &#224; cause de &#231;a. C'est pour &#231;a. C'est pour moi. J'ai apprendre le fran&#231;ais &#224; cause de &#231;a. Parce que ma fille, quand tu lui dis &#8220;Explique moi qu'est-ce que &#231;a, qu'est-ce que &#231;a&#8221;, elle te dit &#8220;Non, je te dis rien&#8221;. Je viens ici pour apprendre, maintenant je lui dis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retranscription &#233;tablie par Jeanne Bally.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; J'ai boucop d'histoire dans mon corps &#224; dire &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Discussion avec J&#233;r&#233;mie Piolat sur l'&#171; accueil &#187; des migrant-e-s et la d&#233;colonialit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'aimerais vous lire un court extrait &#233;crit par une formatrice en alphab&#233;tisation dans une grande association belge (qui fait par ailleurs un tr&#232;s bon travail) : &#8220;&lt;i&gt;Je ressens chez la plupart d'entre eux une r&#233;elle soif d'apprendre. J'appr&#233;cie beaucoup quand, entre eux, ils s'expliquent des choses que l'un n'aurait pas comprises. Tout comme quand deux apprenants de m&#234;me nationalit&#233; se parlent en fran&#231;ais.&lt;/i&gt;&#8221; En lisant cela, on dirait que les migrants, d&#233;pourvus de culture, sont en train de d&#233;couvrir le savoir. Mais ils ne sont pas dupes : ils s'adressent &#224; l'institution de la mani&#232;re dont celle-ci veut qu'ils s'adressent &#224; elle. On croit souvent que le silence des migrants vient d'une faiblesse li&#233;e &#224; la pr&#233;carit&#233; inou&#239;e dans laquelle ils se trouvent, mais on oublie en quoi il vient aussi, sinon d'un sage et docte m&#233;pris, du moins d'un &#233;tonnement sans cesse renouvel&#233; face au regard que portent sur eux les institutions qui se pensent &#233;mancipatrices. &#192; cause de cela, pour faire plaisir &#224; leurs alphab&#233;tiseurs, on entend parfois des migrants eux-m&#234;mes dire : &#8220;J&lt;i&gt;e suis comme un enfant qui apprend &#224; marcher, avant je ne connaissais rien.&lt;/i&gt;&#8221; Tout se passe comme si se jouait une grande pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre o&#249; les personnes blanches joueraient le r&#244;le de ceux qui savent, et les migrants celui de ceux qui apprennent. Pour moi, nous sommes ici dans une situation certainement pas postcoloniale, ni m&#234;me n&#233;ocoloniale, mais tout simplement supracoloniale, dans le sens o&#249; ne se pose m&#234;me pas la question : &#8220;&lt;i&gt;Et si les personnes qui sont en face de nous n'&#233;taient pas comme on les pense a priori ?&lt;/i&gt;&#8221; Pas plus que : &#8220;&lt;i&gt;Pourquoi, moi qui les rencontre, je pense qu'elles sont comme &#231;a ?&lt;/i&gt;&#8221; Les chirurgiens ont fini par accepter de se laver les mains en se rendant compte qu'ils &#233;taient vecteurs de mort s'ils ne le faisaient pas, comme le rappelle Isabelle Stengers. On peut aussi &#234;tre vecteur de mort, de dissolution de la personne quand on pr&#233;tend vouloir la soigner, l'&#233;manciper, sans se laver les mains de sa colonialit&#233;, sans s'interroger sur son propre conditionnement. Enfin, ce qui m'int&#233;resse, c'est comment nous pouvons relier cette d&#233;culturation, &#224; l'&#339;uvre dans certains cours d'alphab&#233;tisation, avec celle que nous, Europ&#233;ens de l'Ouest, avons v&#233;cu et vivons encore. Le processus est &#224; pr&#233;sent tr&#232;s avanc&#233; et dans une phase &#8220;r&#233;siduelle&#8221;, mais il y a toute une histoire v&#233;cue dans les r&#233;gions, qu'on appelait autrefois des &#8220;pays&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien consultable en int&#233;gralit&#233; sur jefklak.org.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La signature de ce contrat est obligatoire pour les &#233;trangers non europ&#233;ens qui viennent d'obtenir un titre de s&#233;jour ou une carte de r&#233;sident, et implique le suivi de cessions de formation portant sur le civisme, la &#171; vie en France &#187; et l'apprentissage du fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mot &#224; Mot organise &#233;galement des ateliers en dehors de son local, dans des structures associatives et institutionnelles situ&#233;es dans les 1er et 3&#232;me arrondissement de Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Restaurant associatif install&#233; &#224; c&#244;t&#233; du local de Mot &#224; Mot. Les cuisines peuvent notamment &#234;tre pr&#234;t&#233;es &#224; des associations amies afin de r&#233;colter des fonds.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Reportage : Comment peut-on parler breton ?</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Reportage-Comment-peut-on-parler</link>
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		<dc:date>2018-07-19T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Martin Barzilai</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>ann&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>langue</dc:subject>
		<dc:subject>bretonne</dc:subject>
		<dc:subject>Breton</dc:subject>
		<dc:subject>Bretagne</dc:subject>
		<dc:subject>d'une langue</dc:subject>
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		<dc:subject>Bretons</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, au milieu du XIXe si&#232;cle, alors que la bourgeoisie urbaine bretonne abandonnait la langue, certains observateurs en mal d'exotisme pensaient c&#244;toyer les derniers locuteurs bretons. Apr&#232;s un si&#232;cle d'inexorable d&#233;clin de la langue, le &#171; breton &#187; est t&#234;tu et n'a pas prononc&#233; son dernier souffle. Nom d'un kouign amann ! Ce lundi du mois d'avril, l'&#233;tat de la soir&#233;e est d&#233;j&#224; bien avanc&#233; au zinc du bar-tabac du bourg de Guerlesquin (Finist&#232;re). Quand on leur demande s'ils connaissent le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no145-juillet-aout-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;145 (juillet-ao&#251;t 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Martin-Barzilai-105" rel="tag"&gt;Martin Barzilai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/langue" rel="tag"&gt;langue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bretonne" rel="tag"&gt;bretonne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Breton" rel="tag"&gt;Breton&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bretagne" rel="tag"&gt;Bretagne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une-langue" rel="tag"&gt;d'une langue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/langue-bretonne" rel="tag"&gt;langue bretonne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Diwan" rel="tag"&gt;Diwan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bretons" rel="tag"&gt;Bretons&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, au milieu du XIXe si&#232;cle, alors que la bourgeoisie urbaine bretonne abandonnait la langue, certains observateurs en mal d'exotisme pensaient c&#244;toyer les derniers locuteurs bretons. Apr&#232;s un si&#232;cle d'inexorable d&#233;clin de la langue, le &#171; breton &#187; est t&#234;tu et n'a pas prononc&#233; son dernier souffle. Nom d'un &lt;i&gt;kouign amann !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce lundi du mois d'avril, l'&#233;tat de la soir&#233;e est d&#233;j&#224; bien avanc&#233; au zinc du bar-tabac du bourg de Guerlesquin (Finist&#232;re). Quand on leur demande s'ils connaissent le breton, les piliers de comptoirs pr&#233;sents se confient volontiers. Tous le parlent et l'ont appris dans leur famille. &#171; &lt;i&gt;Mon grand fr&#232;re s'est m&#234;me enfui de l'&#233;cole le premier jour, parce qu'il ne comprenait rien &#224; ce qu'on lui disait. C'est ma s&#339;ur qui a d&#251; le ramener par les oreilles&lt;/i&gt; &#187;, s'amuse un sexag&#233;naire qui a travaill&#233; toute sa vie chez Tilly, baron de l'industrie locale du poulet. &#171; &lt;i&gt;Moi, j'ai &#233;t&#233; &#233;lev&#233; par des cur&#233;s qui nous interdisaient le breton ! Faut voir comment, les vaches !&lt;/i&gt; &#187;, explose Herv&#233;, un quinquag&#233;naire de la commune voisine de Loguivy-Plougras, fan de Francis Cabrel. Pour Olivier, un couvreur qui a grandi dans les ann&#233;es 1970 &#224; Gourin, plus au sud, puis a exerc&#233; mille m&#233;tiers dans la r&#233;gion parisienne, c'est moins le stigmate de la langue que le m&#233;pris social qu'il a eu &#224; subir : &#171; &lt;i&gt;Arriv&#233;s au coll&#232;ge, on nous faisait sentir qu'on &#233;tait des bouseux et que &#231;a s'arr&#234;tait l&#224; pour nous. M&#234;me quand j'&#233;tais gardien d'immeuble en banlieue, les jeunes m'appelaient &#8220;le plouc&#8221; !&lt;/i&gt; &#187;, dit-il en souriant, sans ressentiment apparent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2490 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-756-5ed92.jpg?1782658444' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Herv&#233;, bar-tabac de Guerlesquin (Finist&#232;re).
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; On parle breton &#224; son cheval et fran&#231;ais &#224; son tracteur &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la proph&#233;tie de la disparition du dernier bretonnant &#224; l'or&#233;e des ann&#233;es 2000, force est de constater qu'on trouve encore facilement des locuteurs de breton. Le bilan n'en reste pas moins brutal. Du d&#233;but du XXe si&#232;cle &#224; 1950, on estime qu'un million de personnes ont maintenu la langue dans la r&#233;gion Bretagne. Aujourd'hui, ils ne sont plus qu'environ 200 000 &lt;i&gt;brezoneger&lt;/i&gt;, dont 70 % &#226;g&#233;s de plus de 60 ans, soit une diminution de 85 % en soixante ans. Avec l'&#233;clipse de toute une g&#233;n&#233;ration, le passage en dessous des 100 000 locuteurs est pronostiqu&#233; vers 2040.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Francis Favereau a commenc&#233; &#224; collecter les mots du breton de Poullaouen lors de son premier poste de prof d'anglais dans la r&#233;gion de Carhaix, dans les ann&#233;es 1970, &#224; l'&#233;poque o&#249; la vie sociale baignait encore dans l'idiome local. Il est aujourd'hui auteur du dictionnaire qui porte son nom : &#171; &lt;i&gt;Il y a quarante ans, Pierre-Jakez Helias &#233;crivait d&#233;j&#224; &#8220;le breton va mourir au XXI e si&#232;cle&#8221;, en fait il y a une r&#233;manence &#233;norme parce que les gens vivent plus vieux et, qu'&#224; la retraite, ils reviennent &#224; leurs racines et reparlent. Donc le bain continue. Dans la r&#233;alit&#233;, c'est un peu ce qui se passe partout, au pays de Galles comme au Pays basque, il y a beaucoup de symbolique dans le renouveau breton et ce n'est pas que militant. J'ai parl&#233; breton &#224; mes enfants qui sont adultes maintenant, ils ont &#233;t&#233; dans les &#233;coles Diwan, mais, aujourd'hui ils en ont des usages tr&#232;s diff&#233;rents. On jongle en permanence entre les langues, c'est compliqu&#233;&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel parcours cette langue a-t-elle emprunt&#233; pour conna&#238;tre un tel d&#233;clin ? L'explication tient, d'une part, &#224; une volont&#233; politique de l'&#201;tat jacobin de brider l'apprentissage de la langue, et d'autre part, aux profondes modifications sociales et d&#233;mographiques du terroir bretonnant. On &#233;voque la &#171; coupure &#187; du milieu des ann&#233;es 1950, moment o&#249; les familles ont massivement cess&#233; de transmettre &#224; leurs enfants une langue v&#233;cue comme rurale, archa&#239;que, voire obscurantiste. &#171; &lt;i&gt;On parlait breton &#224; son cheval et fran&#231;ais &#224; son tracteur&lt;/i&gt; &#187;, cette phrase de paysan marque &#224; la fois la disparition de la soci&#233;t&#233; paysanne traditionnelle et l'inadaptation du breton au monde moderne. En 1752 d&#233;j&#224;, on pouvait lire dans la pr&#233;face du &lt;i&gt;Dictionnaire de langue bretonne&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est &#224; noter que le premier dictionnaire en Occident, le Catolicon (1464) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de Le Pelletier : &#171; &lt;i&gt;La langue bretonne, telle qu'on la parle aujourd'hui, n'est pas fort abondante. Les termes d'Art, de Science, de Commerce, de Politique et de la plupart des m&#233;tiers lui sont inconnus. Renferm&#233;e dans la campagne, elle ne met en &#339;uvre que des termes de la maison rustique.&lt;/i&gt; &#187; &#192; l'inverse d'une utilit&#233; &#233;conomique du breton &#224; peu pr&#232;s nulle, le fran&#231;ais, lui, permet &#171; &lt;i&gt;d'aller partout&lt;/i&gt; &#187;, comme le notait l'&#233;crivain Pierre-Jakez Helias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet abandon de la langue ne s'est pas fait sans un sacr&#233; coup de main de l'&#201;tat central. &#192; partir de la R&#233;volution fran&#231;aise, le combat contre les langues r&#233;gionales devient un enjeu politique pour la bourgeoisie parisienne. Si le fran&#231;ais a &#233;t&#233; substitu&#233; au latin pour les textes juridiques avec l'ordonnance de Villers-Cotter&#234;ts en 1539, il devient avec la premi&#232;re R&#233;publique la langue nationale unique. L'abb&#233; Gr&#233;goire et le jacobin Barr&#232;re partent en croisade contre ces &#171; &lt;i&gt;patois&lt;/i&gt; &#187; qui sont autant d'entraves &#224; la diffusion des id&#233;aux du nouvel &#233;tat. Pour Barr&#232;re, &#171; &lt;i&gt;le f&#233;d&#233;ralisme et la superstition parlent bas-breton&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, pour la pr&#233;traille et les nobliaux, la langue bretonne peut servir de sanctuaire aux id&#233;aux de l'Ancien R&#233;gime. Mais, tous les bretonnants n'adh&#232;rent pas &#224; cette base contre-r&#233;volutionnaire. Dans ses &lt;i&gt;M&#233;moires d'un paysan bas-breton&lt;/i&gt;, ouvrage r&#233;dig&#233; en 1904 mais publi&#233; en 2001&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Livre qui a connu un v&#233;ritable succ&#232;s de librairie avec plus de 300 000 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, Jean-Marie D&#233;guignet, paysan anarchisant, note : &#171; &lt;i&gt;Ces r&#233;gionalistes travaillent &#224; parquer les exploit&#233;s en s'effor&#231;ant, en recommandant &#224; leurs sous-ordres, petits cur&#233;s et petits ma&#238;tres d'&#233;cole, de maintenir parmi les enfants, petits et grands, la langue et les vieilles m&#339;urs bretonnes. Car ces coquins savent bien que tant qu'on tiendra les Bretons dans ces m&#339;urs sauvages, et tant qu'ils ne pourront lire que des livres bretons qui ne sont tous que des livres religieux, ceux-ci resteront dans l'abrutissement, dans l'avachissement et dans l'imb&#233;cillit&#233;, c'est-&#224;-dire dans les meilleures conditions possibles pour &#234;tre exploit&#233;s sous toutes les coutures.&lt;/i&gt; &#187; On est alors en pleine bataille pour la la&#239;cit&#233;. En 1913, le socialiste libertaire &#201;mile Masson enrage de voir l'enjeu du breton confisqu&#233; par les r&#233;actionnaires : &#171; &lt;i&gt;Si ce pays est le refuge de la r&#233;action, c'est la faute des r&#233;volutionnaires qui n'ont pas su le gagner &#224; eux, et qui m&#234;me font tout ce qu'ils peuvent pour an&#233;antir en tant que peuple, un peuple essentiellement r&#233;volutionnaire, par le seul fait qu'ils lui refusent le droit de parler sa langue.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole r&#233;publicaine choisit d'interdire les &#171; patois &#187; de fa&#231;on coercitive. Jusqu'au milieu du si&#232;cle pass&#233;, un enfant surpris en train de parler sa langue maternelle, m&#234;me pendant la r&#233;cr&#233;ation, pouvait se voir affubler d'un objet symbolique humiliant en guise de punition : &#171; le symbole &#187; ou &#171; sabot de bois &#187; en Basse-Bretagne, &#171; le t&#233;moin &#187; en pays d'Oc, la &#171; buchette &#187; (&lt;i&gt;b&#252;xeta&lt;/i&gt;) dans le Pays basque. Jean-Pierre Le Guyader &#171; paysan-animateur &#187; &#224; Radio Kreiz Breizh, qui anime l'&#233;mission en breton &#171; &lt;i&gt;Tud deus ar vro&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Les gens du pays &#187;), peut aussi t&#233;moigner de cette brutalit&#233; de l'interdiction du breton &#224; l'&#233;cole de son village, dans le Tr&#233;gor : &#171; &lt;i&gt;Il n'y avait pas de r&#233;volte face &#224; l'autorit&#233; &#224; l'&#233;poque, si tu te prenais une trempe &#224; l'&#233;cole, tu en prenais une deuxi&#232;me &#224; la maison. Mais j'ai connu un instituteur, lui-m&#234;me bretonnant, qui avait franchi les limites. Il avait voulu revenir &#224; sa retraite s'installer dans le village, mais ses anciens &#233;l&#232;ves, devenus de solides gaillards lui ont fait comprendre qu'il n'avait pas laiss&#233; un bon souvenir. D'autres instituteurs &#233;taient plus souples.&lt;/i&gt; &#187; &#192; cette interdiction s'ajoute le m&#233;pris distill&#233; par le parisianisme vis-&#224;-vis de la &#171; province&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;tymologiquement, la province &#8211; pro vincere &#8211; est le &#171; pays vaincu &#187; par Rome.&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;. Le succ&#232;s rencontr&#233; par la bande dessin&#233;e &lt;i&gt;B&#233;cassine&lt;/i&gt; entre 1905 et 1950 symbolise les contours de ce m&#233;pris : Anna&#239;ck Labornez, dite B&#233;cassine, est une bonniche bretonne mont&#233;e &#224; Paris et engag&#233;e par une grande famille bourgeoise parisienne. Bien brave mais totalement ignorante et gourde, elle ne parle jamais, le dessinateur n'ayant m&#234;me pas jug&#233; bon de lui dessiner de bouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La coupure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conscientes ou non du complexe de B&#233;cassine, les femmes bretonnes ont vu dans l'abandon du breton une aubaine pour s'&#233;manciper du patriarcat traditionnel et de l'influence des pr&#234;tres. La sociologue Anne Guillou souligne le r&#244;le des femmes dans la d&#233;sertion de la langue apr&#232;s-guerre : &#171; &lt;i&gt;Les &#233;pouses, les m&#232;res, &#233;taient plus sensibles &#224; l'inconfort et la mis&#232;re du monde rural et elles ont vu dans le changement de langue un moyen d'extraire leurs enfants d'une vie dont elles ne voulaient plus.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In Les femmes, la terre, l'argent, &#233;d. Coop Breizh, 1996.&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187; Yuna, &#233;l&#232;ve au lyc&#233;e Diwan de Carhaix, se souvient de la r&#233;action de sa grand-m&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Mes grands-parents communiquaient en breton entre eux, mais ils ne l'ont pas appris &#224; mon p&#232;re. J'ai pu parler en breton avec ma grand-m&#232;re, qui &#233;tait l&#233;onarde&lt;/i&gt; [de la r&#233;gion du L&#233;on, Finist&#232;re nord], &lt;i&gt;mais elle n'aimait pas trop &#231;a, car elle avait v&#233;cu l'interdiction de parler breton &#224; l'&#233;cole et pour elle, c'&#233;tait une langue arri&#233;r&#233;e. Elle ne comprenait pas le choix de mes parents de me mettre dans une &#233;cole bretonne.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis Le Bail fait partie de la g&#233;n&#233;ration de cette fameuse &#171; coupure &#187; qui s'est faite dans les ann&#233;es 1950, o&#249; les bretonnants ont &#233;t&#233; &#224; la fois victimes de l'ostracisation de leur langue et acteurs de sa non-transmission. N&#233; en 1932, il est revenu, apr&#232;s une carri&#232;re &#224; la RATP, prendre sa retraite dans son village natal de Langonnet dans le Morbihan. Le fleuve L'Ell&#233; qui passe non loin marque la fronti&#232;re linguistique entre le dialecte vannetais et le cornouaillais. &#192; toutes fins utiles, &#224; Langonnet, &#171; pluie &#187; se dit &#171; &lt;i&gt;glao&lt;/i&gt; &#187; alors qu'&#224; une dizaine de kilom&#232;tres &#224; l'ouest, on ne prononce pas le &#171; o &#187; et l'on dit &#171; &lt;i&gt;gla&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Je suis parti &#224; Paris en 1950, j'avais 18 ans&lt;/i&gt;, nous raconte-t-il. &lt;i&gt;J'ai appris le fran&#231;ais vers 6-7 ans en allant &#224; l'&#233;cole catholique, mais le cat&#233;chisme se faisait encore en breton. Par ici, c'&#233;tait une communaut&#233; de cultivateurs qui s'entraidaient beaucoup. Toutes les activit&#233;s &#8211; les corv&#233;es, le broyage des pommes, les battages, les blagues, les veill&#233;es, etc. &#8211; se faisaient en breton. C'&#233;tait notre langue de tous les jours. Avec le travail, je me suis francis&#233;. Comme je travaillais dans les transports, j'ai vu toute la transformation de la banlieue parisienne, j'&#233;tais pris dans un autre bain. Puis arriv&#233; &#224; la retraite, avec la fr&#233;quentation des cercles celtiques et le th&#233;&#226;tre, je me suis remis dans l'ambiance de la Bretagne. Gr&#226;ce &#224; cela, j'ai pu rencontrer des bretonnants de partout, y compris des jeunes, qui parlent mieux le breton que moi. Je regrette que les autorit&#233;s de l'&#233;poque nous aient interdit de parler le breton. On aurait eu la possibilit&#233; d'apprendre les deux langues, &#231;a aurait &#233;t&#233; enrichissant, on n'&#233;tait pas plus idiots que les autres. Maintenant, on ne rattrapera plus le retard ! Les jeunes qui l'apprennent, je ne sais pas s'ils auront l'occasion de beaucoup le parler.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2492 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-758-667dd.jpg?1782658444' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Boulistes &#224; Cavan (C&#244;tes d'Armor).
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Plus au nord, Cavan est un patelin des C&#244;tes d'Armor r&#233;put&#233; pour sa politique de pr&#233;servation de la langue. Dans les all&#233;es &#224; c&#244;t&#233; de &lt;i&gt;Ti ar Vro&lt;/i&gt; (Maison du peuple), o&#249; s'est constitu&#233; un important centre d'archives en langue bretonne, nous croisons une douzaine d'anciens qui jouent &#224; la boule bretonne, en &#233;quipe mixte, avec l'espi&#232;glerie de vrais gamins. &#171; &lt;i&gt;Graet eo !&lt;/i&gt; &#187; &#8211; &#171; le point est fait &#187;. Ici les commentaires de jeu se font en breton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous, on ne parle pas le &#8220;vrai breton&#8221;, c'est pas le breton litt&#233;raire. On n'a pas le m&#234;me breton que le breton &#8220;appris&#8221;&lt;/i&gt; &#187;, semble s'excuser Odile en avalant les &#171; r &#187; &#8211; une prononciation de consonne r&#233;troflexe que certains Tr&#233;gorois partagent avec les Anglo-Saxons et les Chinois. &#171; &lt;i&gt;On n'a pas appris &#224; nos enfants, ni aux petits-enfants. D'ailleurs quand je ne veux pas que les petits sachent&lt;/i&gt; [ce que je dis]&lt;i&gt; alors je parle en breton&lt;/i&gt; &#187;, s'amuse-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'opprobre nationaliste au &lt;i&gt;made in Breizh&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le breton s'est un peu pr&#233;serv&#233; comme une langue populaire secr&#232;te, il a &#233;t&#233; &#233;galement travers&#233; par des politiques contrari&#233;es de sauvegarde et a fait l'objet d'inqui&#233;tantes vis&#233;es id&#233;ologiques. &#192; Guerlesquin, Henri Bideau, conf&#233;rencier pour le patrimoine, trace &#224; grands traits l'histoire du pays et de la langue : &#171; &lt;i&gt;Guerlesquin est une des rares communes o&#249; les textes administratifs &#233;taient r&#233;dig&#233;s en bilingue jusqu'&#224; la Premi&#232;re Guerre mondiale. La tradition de protection linguistique &#233;tait notamment port&#233;e au XIXe et d&#233;but XXe, par le barde breton Prosper Proux puis par Charles Rolland &#8211; &#233;galement militant socialiste &#224; qui l'on doit une traduction de &#171; L'Internationale &#187; en breton. Puis le mouvement nationaliste des ann&#233;es 1920 s'est bas&#233; sur une identit&#233; r&#233;invent&#233;e qui tourne le dos au folklorisme romantique du XIXe si&#232;cle. La plupart des embl&#232;mes, comme le drapeau Gwenn ha du, qu'on pense faire partie du patrimoine &#233;ternel de la Bretagne, ont &#233;t&#233; invent&#233;s &#224; ce moment-l&#224;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 14-18, en raison du lourd tribut pay&#233; par les Bretons, il y eut une tentative de faire reconna&#238;tre le breton &#224; travers la p&#233;tition de Yan Ber Kalloc'h, puis les mairies de Basse-Bretagne se montr&#232;rent favorables aux mesures d'enseignement dans les &#233;coles. Mais c'est bien parce que sous la IIIe R&#233;publique on a tard&#233; &#224; s'emparer de l'unification orthographique du breton, condition premi&#232;re de son enseignement institutionnel, que la clique pro-nazie des militants du Breiz Atao a pu s'emparer de cette question par opportunisme historique durant l'Occupation, moment o&#249; le IIIe Reich s'appuie sur certains courants autonomistes pour favoriser l'&#233;mergence d'une Europe ethnicis&#233;e. Depuis 1908, l'unification des dialectes de la Cornouaille (Kernev), du L&#233;on et du Tr&#233;gor, dite K.L.T., &#233;tait d&#233;j&#224; effective, mais laissait le vannetais, parl&#233; dans le Morbihan, avec sa graphie propre. Sous l'&#233;gide de l'Institut celtique dirig&#233; par Roparz Hemon, la nouvelle orthographe &lt;i&gt;peurunw&lt;/i&gt;an (&#171; totalement unifi&#233;e &#187;) est adopt&#233;e en 1941 sous le patronage allemand du professeur Leo Weisgerber. M&#233;prisant &#224; l'&#233;gard des dialectes, Roparz Hemon, esprit glacial produit par l'&#233;litisme fran&#231;ais, a finalement appliqu&#233; une vision tr&#232;s centraliste au breton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que contest&#233;e dans certains milieux universitaires et litt&#233;raires, la graphie &lt;i&gt;peurunwan&lt;/i&gt; s'impose dans l'apr&#232;s-guerre et s'institutionnalise aujourd'hui. Cette origine honteuse de l'orthographe unifi&#233;e, dite KLTG&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Car incluant cette fois le vannetais (gwenedeg).&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, continue r&#233;guli&#232;rement &#224; entacher le climat politique breton. La parution du livre de Fran&#231;oise Morvan, &lt;i&gt;Le Monde comme si&lt;/i&gt; (Actes sud) en 2002, r&#233;cit d'une d&#233;sillusion personnelle face aux d&#233;rives identitaires du milieu bretonnant, a r&#233;anim&#233; bien des cadavres embarrassants, en rappelant les liens ambigus avec la p&#233;riode de la Collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2489 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-755-4e84f.jpg?1782658444' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Louis Le Bail &#224; Langonnet (Morbihan).
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Factuellement et sur le fond, je suis plut&#244;t d'accord avec Fran&#231;oise Morvan,&lt;/i&gt; nous confie Francis Favereau, &lt;i&gt;mais la pol&#233;mique intervient &#224; un moment o&#249; la plupart des acteurs du breton ne veulent pas revenir sur ce qui a &#233;t&#233; institutionnalis&#233; depuis longtemps.&lt;/i&gt; &#187; On ne saurait par ailleurs r&#233;duire la pratique de la langue en l'associant &#224; une seule id&#233;ologie. Avant la Seconde Guerre, il y a eu un fort mouvement bretonnant communiste, autour de Marcel Cachin. De m&#234;me, les maquis de la R&#233;sistance en Centre Bretagne &#233;taient largement bretonnants. Aussi, les luttes sociales et &#233;cologiques des ann&#233;es 1970 en Bretagne, du Joint fran&#231;ais &#224; Plogoff, ont orient&#233; nettement &#224; gauche le renouveau de la langue. Enfin, la vitalit&#233; culturelle de la musique bretonne, que d&#233;fend notamment le chanteur Erik Marchand loin des paillettes n&#233;oceltiques, pr&#244;ne l'ouverture au monde plut&#244;t que le repli identitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, comme une frange s'est compromise dans la Collaboration, et que la plupart des protagonistes seront contraints &#224; l'exil, le mouvement breton va mettre 15 ans &#224; se reconstituer&lt;/i&gt;, poursuit Henri Bideau. &lt;i&gt;Encore aujourd'hui, l'imagerie de la Bretagne est model&#233;e par un noyau ultra minoritaire, issu de l'id&#233;ologie nationaliste, que tu retrouves &#224; la t&#234;te des collectivit&#233;s territoriales ou dans les entreprises. Ainsi, le lobby patronal constitu&#233; autour de l'Institut de Locarn a financ&#233; le projet d'inspiration catholique des statues de la Vall&#233;e des Saints, qui comm&#233;more les saints patrons de Bretagne. Aujourd'hui, la vague bretonne est investie par le marketing. Les centres Leclerc en font leur marque de fabrique en inscrivant &#8220;Degemer mat&#8221; (&#8220;bienvenue&#8221;) sur leurs enseignes.&lt;/i&gt; &#187; Depuis la fin des ann&#233;es 1970, le breton a cess&#233; d'&#234;tre d&#233;pr&#233;ci&#233; par les pouvoirs publics qui s'appuie sur un patronat breton tr&#232;s puissant. En 1973, on pouvait lire dans le bulletin du Celib, groupe de pression patronal breton, une ode &#224; &#171; &lt;i&gt;l'esprit celtique&lt;/i&gt; &#187;, cens&#233;e chanter la &#171; &lt;i&gt;mobilit&#233;, la libert&#233;&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Fascin&#233; par l'aventure&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;marin, soldat, missionnaire, le Celte est partout&lt;/i&gt; &#187;. Un vrai mod&#232;le pour l'entrepreneur moderne, quoi ! &#171; &lt;i&gt;La Bretagne a un p&#233;trole fabuleux : son identit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clarait encore, en 1998, Jean-Jacques Goasdou&#233;, membre du petit cercle fondateur de l'Institut de Locarn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Favereau, &#171; &lt;i&gt;le breton des ann&#233;es 2000 est pris dans toutes ces contradictions socio-&#233;conomiques li&#233;es &#224; la modernisation de la Bretagne, mais, politiquement, il fait l'unanimit&#233;. M&#234;me au conseil r&#233;gional, o&#249; si&#232;gent d&#233;sormais quelques &#233;lus Front national, tout le monde appuie les initiatives de soutien &#224; la langue.&lt;/i&gt; &#187; &#192; la diff&#233;rence des &#226;pres pol&#233;miques li&#233;es au discours en langue corse de Jean-Guy Talamoni &#224; l'assembl&#233;e de Corse, l'utilisation du breton par Paul Molac, &#233;lu r&#233;gionaliste apparent&#233; socialiste, lors d'une allocution au conseil r&#233;gional, n'a d&#233;clench&#233; aucune lev&#233;e de boucliers jacobins. Le 14 avril dernier, lors d'un &#233;v&#233;nement des D&#238;ners celtiques &#224; Paris, association li&#233;e aux patrons bretons Bollor&#233; et Leclerc, Jean-Yves Le Drian, qui jongle all&#232;grement entre son k&#233;pi de ministre de la D&#233;fense et son chapeau rond de pr&#233;sident de r&#233;gion, se retrouvait &#224; entonner le &#171; Bro Gozh ma zado&#249; &#187;, l'hymne national officieux breton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis &#224; la remorque du marketing &#171; &lt;i&gt;Produit en Bretagne&lt;/i&gt; &#187;, l'argument identitaire de fa&#231;ade fait taire des diff&#233;rences politiques fondamentales, les diff&#233;rences de classe ou les modifications de rapport de production. Le mouvement des bonnets rouges a &#233;t&#233; symptomatique de cette confusion, en cherchant &#224; r&#233;unir un &#233;ventail tr&#232;s large de gens aux int&#233;r&#234;ts divers, voire antagonistes : entrepreneurs et prol&#233;taires, routiers, militants anti-imp&#244;ts, d&#233;fenseurs du mod&#232;le productiviste agro-industriel, natios, stars de la musique n&#233;oceltique, gauchistes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Breton naturel ou breton &#171; chimik &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur des monts d'Arr&#233;e, nous rencontrons l'auteur d'un petit pamphlet&lt;i&gt; Breizh ma brute, ou comment d&#233;fendre la langue bretonne sans &#234;tre nationaliste ?&lt;/i&gt;, qui, sous le pseudo d'Ildut Derrien, fustige l'instrumentalisation d'une langue r&#233;invent&#233;e &#224; des fins identitaires, tout en refusant de jeter le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain. &#171; &lt;i&gt;Au-del&#224; des oripeaux syntaxiques et lexicaux qui tiennent du breton, le n&#233;o-breton est une langue de militant, id&#233;ologique et moderne. Elle a &#233;t&#233; pass&#233;e au crible du celtisme. Le contraste avec le breton d'avant, ce n'est pas qu'il &#233;tait mieux, mais que c'&#233;tait une langue de paysans et de marins-p&#234;cheurs. Maintenant tout est trafiqu&#233;, hors sol. Le n&#233;o-breton ne sert que pour une administration artificielle de substitution et pour la galerie identitaire. Dans le m&#234;me temps, les nationalistes continuent &#224; m&#233;priser ce qu'ils appellent les &#8220;patois&#8221;. Or, plus on s'&#233;loigne de l'instrumentalisation de la langue, plus on se rapproche de la respiration po&#233;tique du breton. La Bretagne est beaucoup plus int&#233;ressante que son fantasme celtique. Ce qui est s&#251;r, c'est que, quelle que soit la forme de breton que tu apprends, si &#8220;chimik&#8221; soit-il, tu as toujours int&#233;r&#234;t &#224; te rapprocher du breton dialectal : cours voir les vieux, impose-leur le fait que tu veuilles parler en breton, ce qui est d&#233;j&#224; un travail en soi, et chope tout ce que tu peux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yuna, la lyc&#233;enne de Diwan, a bien conscience de cette d&#233;marcation entre les dialectes populaires et le breton unifi&#233; : &#171; &lt;i&gt;En comparant avec le breton des anciens, ils disent carr&#233;ment qu'on a &#8220;un breton chimique&#8221; et ne nous comprennent pas. Mais c'est int&#233;ressant de voir les diff&#233;rentes prononciations.&lt;/i&gt; &#187; Tanguy, jeune prof de physique-chimie au m&#234;me lyc&#233;e Diwan, reconna&#238;t que l'usage du n&#233;o-breton peine &#224; devenir une langue du quotidien : &#171; &lt;i&gt;Beaucoup de n&#233;o-bretonnants form&#233;s &#224; Diwan se sont rendu compte qu'il leur manquait le vocabulaire de l'intime pour vraiment transmettre naturellement &#224; leurs enfants une langue apprise acad&#233;miquement. &#192; travers plusieurs g&#233;n&#233;rations d'&#233;l&#232;ves de Diwan que je connais, j'ai pu constater qu'ils ne pratiquent pas beaucoup la langue en dehors de l'&#233;cole. Il faut un autre d&#233;clic. Ils y reviennent parce qu'ils y trouvent un autre sens, culturel, associatif ou autre. Pour autant, si les anciens &#233;taient dans une certaine culpabilisation, nous, les n&#233;o-bretonnants n'avons plus de complexe. On essaie de faire de notre mieux, on a encore beaucoup &#224; apprendre, mais il faut parler, c'est tout.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2491 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-757-52920.jpg?1782658444' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Francis Favereau &#224; Guingamp.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une chose est certaine, l'apprentissage du breton par les nouvelles g&#233;n&#233;rations ne se fait pas sous le sceau de l'utilitarisme : seulement 2 000 personnes travaillent actuellement &#171; &lt;i&gt;avec le breton&lt;/i&gt; &#187;, dans l'enseignement, l'animation, la culture et les m&#233;dias. L'argument du bilinguisme, comme stimulant intellectuel et ouverture vers d'autres langues, est fr&#233;quemment avanc&#233; pour justifier le choix de suivre l'enseignement en immersion des &#233;coles associatives Diwan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; l'on compte plus de panneaux indicateurs bilingues que de personnes capables de les comprendre, peut-on affirmer que &lt;i&gt;brezoneg not dead&lt;/i&gt; ? Gildas, prof &#224; Diwan, nous livre sa vision de l'&#233;tat des lieux : &#171; &lt;i&gt;Il y a toujours diff&#233;rents courants contradictoires dans la pratique d'une langue. Il y a bien s&#251;r un courant de puristes qui am&#232;ne un peu de lourdeur, mais, en gros, les pratiques sont tr&#232;s diverses. La tendance actuelle, c'est quand m&#234;me d'aller vers le breton populaire, ce qui n'a pas toujours &#233;t&#233; le cas. Le fait de dire &#8220;Ma grand-m&#232;re disait comme &#231;a&#8221; rend l&#233;gitime les variations de la langue. &#192; l'oppos&#233;, il y a une institutionnalisation du breton qui correspond aussi &#224; une &#233;volution des classes sociales qui pratiquent le breton : moins rurales, moins manuelles, plus dipl&#244;m&#233;es, plus ins&#233;r&#233;es socialement&#8230; Le danger serait de figer la langue dans des codes qui excluraient et soumettraient certains locuteurs. Il faudrait peut-&#234;tre que la langue refasse le chemin de la transgression.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Merci &#224; Goulven Ar Gac, Pierre-Yves Marzin, Bruno Dante &amp; Nicolas Rami.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Photos : &lt;a href=&#034;http://martin-barzilai.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Martin Barzilai&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il est &#224; noter que le premier dictionnaire en Occident, le &lt;i&gt;Catolicon&lt;/i&gt; (1464) est un dictionnaire latin-breton-fran&#231;ais, &#233;tabli par le Tr&#233;gorrois Jehan Lagadeuc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Livre qui a connu un v&#233;ritable succ&#232;s de librairie avec plus de 300 000 exemplaires vendus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;tymologiquement, la province &#8211; &lt;i&gt;pro vincere&lt;/i&gt; &#8211; est le &#171; pays vaincu &#187; par Rome.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;In &lt;i&gt;Les femmes, la terre, l'argent&lt;/i&gt;, &#233;d. Coop Breizh, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Car incluant cette fois le vannetais (gwenedeg).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; La langue est mon territoire &#187;</title>
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		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;&#171; Le kabyle est l'ultime bagage que des milliers d'&#233;migrants ont emport&#233; avec eux. Une langue pour se construire un ailleurs qui ne soit pas que l'exil. Une langue charriant &#233;loquence et po&#233;sie pour dire l'invisible, l'exil, la pauvret&#233; &#187;, &#233;crit la r&#233;alisatrice Fatima Sissani, &#224; propos de son film La Langue de Zahra (2011). Un documentaire sur l'immigration, &#224; travers l'histoire de sa m&#232;re. Pour CQFD, Fatima Sissani revient sur son rapport &#224; la langue, &#224; l'oralit&#233;. Je suis n&#233;e en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no145-juillet-aout-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;145 (juillet-ao&#251;t 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/francais" rel="tag"&gt;fran&#231;ais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mere" rel="tag"&gt;m&#232;re&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le kabyle est l'ultime bagage que des milliers d'&#233;migrants ont emport&#233; avec eux. Une langue pour se construire un ailleurs qui ne soit pas que l'exil. Une langue charriant &#233;loquence et po&#233;sie pour dire l'invisible, l'exil, la pauvret&#233;&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit la r&#233;alisatrice Fatima Sissani, &#224; propos de son film &lt;i&gt;La Langue de Zahra&lt;/i&gt; (2011). Un documentaire sur l'immigration, &#224; travers l'histoire de sa m&#232;re. Pour &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, Fatima Sissani revient sur son rapport &#224; la langue, &#224; l'oralit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis n&#233;e en Alg&#233;rie, en Kabylie. Ma langue maternelle est le kabyle, la seule que j'ai parl&#233;e et entendue jusqu'&#224; l'&#226;ge de six ans. Ensuite, mes fr&#232;res et s&#339;urs et moi avons quitt&#233; l'Alg&#233;rie pour la France avec ma m&#232;re. L&#224;, le fran&#231;ais s'est progressivement impos&#233; &#224; nous. Mais on continuait &#224; parler kabyle avec ma m&#232;re qui a toujours refus&#233; d'apprendre le fran&#231;ais. En revanche, avec mon p&#232;re et entre mes fr&#232;res et s&#339;urs et moi, on communiquait en fran&#231;ais. La place du kabyle s'en est trouv&#233;e r&#233;duite. Le fran&#231;ais est devenu ma langue dominante, celle dans laquelle je pense et comme l'explique ma s&#339;ur dans &lt;i&gt;La Langue de Zahra&lt;/i&gt;, celle dans laquelle j'existe.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2486 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/-752-3175b.jpg?1782877815' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je disais souvent, avant de r&#233;aliser ce documentaire, que je n'avais ni patrimoine mat&#233;riel ni patrimoine culturel : je n'h&#233;riterai jamais d'un appartement ou d'une maison, il n'y a jamais eu de livres chez moi. Je ne dispose pas du m&#234;me capital qu'un enfant de la bourgeoisie ou de la classe moyenne qui va au mus&#233;e, voyage, re&#231;oit des livres, etc. Mais aujourd'hui, quand j'y r&#233;fl&#233;chis, mon inclination &#224; &#233;crire et mon amour de la langue, quelle qu'elle soit, me vient de mes parents. Je joue avec le fran&#231;ais comme ils jouaient avec le kabyle. Toute l'enfance, j'ai &#233;t&#233; berc&#233;e par des histoires, par des proverbes, par une langue d'une subtilit&#233; prodigieuse. Quand j'ai r&#233;alis&#233; &lt;i&gt;La Langue de Zahra&lt;/i&gt;, j'ai pris la mesure de ce dont j'h&#233;ritais : une culture mill&#233;naire. Elle est en moi, nourrit ma mani&#232;re de dire et voir le monde mais pendant longtemps, je n'en ai pas eu conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on avait v&#233;cu dans un contexte o&#249; nos langues et nos cultures avaient &#233;t&#233; prises en compte, consid&#233;r&#233;es comme une ressource pour &#233;voluer dans ce monde-ci, je crois qu'on se serait tous et toutes construit.es autrement, qu'on aurait &#233;t&#233; beaucoup moins bless&#233;.es, et m&#233;pris&#233;.es. On n'aurait pas eu &#224; mener cette bagarre &#233;puisante pour parvenir &#224; ressentir le bonheur d'&#234;tre d'ailleurs, baign&#233;.es par une autre culture. Le plus violent, c'est que nombre d'entre nous, enfants de l'immigration, se sont mis &#224; m&#233;priser &#224; notre tour leurs parents et la culture qu'ils portaient. En ce qui me concerne, je me suis d&#233;barrass&#233;e de ce m&#233;pris une fois que j'ai pu contextualiser et politiser la question de l'immigration. &#231;a m'a permis de mettre chaque chose &#224; sa place. Mais ce n'est pas le cas de tout le monde et je me demande toujours, compte tenu de l'hostilit&#233; dont les immigr&#233;.es et leurs descendant.es sont victimes, comment arriver &#224; porter haut et fort nos cultures ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ma m&#232;re et la langue fran&#231;aise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re s'est berc&#233;e de l'illusion qu'elle ne resterait pas en France. Tout en elle s'y refusait. Mais comme la plupart des exil&#233;.es de sa g&#233;n&#233;ration, elle n'est jamais repartie d&#233;finitivement. Il me semble que c'est l'une des raisons pour lesquelles elle a refus&#233; d'apprendre le fran&#231;ais et d&#233;cid&#233; qu'elle ne s'exprimerait qu'en kabyle. C'&#233;tait une mani&#232;re de ne pas renoncer &#224; son pays. Le kabyle est devenu, en quelque sorte, une terre de refuge. J'aime bien la m&#233;taphore de la citadelle imprenable. Je crois que ma m&#232;re est tellement impr&#233;gn&#233;e et amoureuse de cette culture que sa mani&#232;re de regarder le monde ne peut s'exprimer qu'en kabyle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire, comme souvent lorsqu'il s'agit des langues orales, que ma m&#232;re aspire &#224; l'excellence lorsqu'elle parle. Je dirais m&#234;me que ma m&#232;re &#233;prouve une sorte de condescendance envers le fran&#231;ais, parce que, pour elle, la langue kabyle est tout. Il s'agit d'une langue tr&#232;s sophistiqu&#233;e entrem&#234;lant po&#233;sie, proverbes et m&#233;taphores pour dire aussi bien le quotidien que l'Histoire ou l'Invisible. Je crois que dans cette soci&#233;t&#233;, la langue, c'est le lieu du raffinement. Par exemple, je me souviens de ce matin o&#249; ma m&#232;re m'a racont&#233;, devant une tasse de caf&#233;, la nuit tourment&#233;e qu'elle avait pass&#233; : &#171; &lt;i&gt;Un cauchemar m'a r&#233;veill&#233;e &#224; 3 heures du matin. Je me suis alors lev&#233;e, j'ai ouvert la fen&#234;tre et j'ai parl&#233; &#224; la lune et aux &#233;toiles&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Je ne sais plus ce qu'elle leur a dit, peut-&#234;tre m&#234;me ne l'ai-je pas compris. Mais je me souviens que j'&#233;tais compl&#232;tement fascin&#233;e par sa langue capable de transformer l'&#233;v&#233;nement le plus banal &#8211; un cauchemar &#8211; en un instant de gr&#226;ce. Le quotidien devenait po&#233;sie. Une autre fois, elle m'a racont&#233; les derniers instants de son fr&#232;re en rentrant de l'h&#244;pital &#171; &lt;i&gt;Il m'attendait. Il ne pouvait plus parler alors je lui ai dit : &#8220;Je te pardonne comme tu me pardonnes. Je t'ai aim&#233; comme tu m'as aim&#233;e. Paix &#224; ton &#226;me, mon fr&#232;re, cher et tendre&#8230;&#8221; Et alors son dernier souffle qui ressemblait &#224; celui d'un petit moineau s'est envol&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Peut-&#234;tre que pour ma m&#232;re, la langue c'est l'excellence ou rien. D'o&#249; son rejet du fran&#231;ais. L'entre-deux : &#234;tre d'ici et d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que devient la langue ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis heureuse d'avoir re&#231;u cette langue en h&#233;ritage, mais que mes ni&#232;ces et neveux ne la parlent pas ne me pose aucun probl&#232;me. Il faut dire que je suis peu nostalgique. C'est notre vie qui est comme &#231;a. C'est l'histoire de cet entre-deux qui est le n&#244;tre. Ils vont apprendre d'autres langues et probablement en apprendront de nouvelles &#224; leurs enfants qui peut-&#234;tre ne parleront m&#234;me plus le fran&#231;ais. Je trouve &#231;a beau de regarder une histoire familiale &#224; partir des langues qui ont &#233;t&#233; parl&#233;es, qui se sont perdues, qui sont apparues, qui se sont transmises et qui se sont &#224; nouveau perdues&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment que la langue c'est fondamental, comme je le disais, pour transmettre une mani&#232;re de penser le monde. Mais pour moi, l'essentiel est ailleurs. Dans le film, ma s&#339;ur Samira dit que son petit gar&#231;on ne conna&#238;t pas le kabyle mais que pour elle, l'enjeu ce n'est pas qu'il l'apprenne mais qu'il comprenne qu'il est d'ailleurs et qu'il est fait aussi de &#231;a. C'est lui offrir la possibilit&#233; de d&#233;velopper une aptitude &#224; l'alt&#233;rit&#233;. Apr&#232;s la guerre d'Alg&#233;rie, apr&#232;s l'exil&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ma m&#232;re a refus&#233; d'apprendre le fran&#231;ais et la culture fran&#231;aise en g&#233;n&#233;ral, c'est aussi parce que, pour elle, ce que les fran&#231;ais ont fait durant la colonisation et la guerre d'Alg&#233;rie est impardonnable. Pour moi, la guerre d'Alg&#233;rie ne commence pas en 1954, mais en 1830, au moment de la conqu&#234;te, puisque l'Alg&#233;rie n'a jamais &#233;t&#233; pacifi&#233;e durant toute cette p&#233;riode. Il y a eu un refus de la colonisation du d&#233;but &#224; la fin, qui a atteint son paroxysme &#224; partir de 1954 avec ce qu'on appelle la &#171; guerre d'Alg&#233;rie &#187;. Quand j'ai demand&#233; &#224; ma m&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Comment as-tu v&#233;cu le fait de venir en France en regard de tout cela ?&lt;/i&gt; &#187;, elle m'a r&#233;pondu : &#171; &lt;i&gt;Oui, on les a mis dehors puis on les a suivis. Mais que veux-tu, on a suivi le pain !&lt;/i&gt; &#187; On peut se demander ce que &#231;a peut g&#233;n&#233;rer de m&#233;pris envers soi de s'installer dans le pays de l'ancien ennemi. En gardant sa langue, il me semble que ma m&#232;re s'est donn&#233; la possibilit&#233; de refuser une partie de l'Histoire, de son destin. Elle a &#233;t&#233; contrainte sur de nombreux plans, mais elle a refus&#233; celle du fran&#231;ais. Pr&#233;servant ainsi un peu de sa dignit&#233; par rapport &#224; la guerre d'Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Taire le silence, raconter l'Histoire autrement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que la mani&#232;re dont on consid&#232;re nos langues, c'est aussi la mani&#232;re dont on consid&#232;re nos histoires. Cela nous apaiserait tous, c&#244;t&#233; alg&#233;rien et c&#244;t&#233; fran&#231;ais, si l'&#201;tat fran&#231;ais acceptait de parler de la colonisation et de la guerre d'Alg&#233;rie comme de crimes odieux en nommant tr&#232;s clairement les horreurs commises et en les reconnaissant comme telles : enfumades, d&#233;placements de population, assassinats, spoliations, viols. Pendant la p&#233;riode coloniale, un tiers de la population alg&#233;rienne a &#233;t&#233; tu&#233;e, 50 % de la population a quitt&#233; les campagnes, notamment &#224; cause des expropriations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit bien aujourd'hui comme il est impossible d'arriver &#224; penser les repr&#233;sentations autrement. Si, d&#232;s la fin de la guerre, on avait mis ces mots-l&#224; sur cette histoire, nos parents auraient &#233;t&#233; accueillis autrement, &#224; la fois comme des victimes et des r&#233;sistant.es, avec de la bienveillance donc. Or, jamais dans nos livres de classe, on n'a vu accol&#233;s l'un &#224; l'autre &#171; Alg&#233;riens et r&#233;sistants &#187;. Si cela avait &#233;t&#233; le cas, les imaginaires seraient moins impr&#233;gn&#233;s par le racisme et le m&#233;pris. Tout &#231;a n'aurait pas abouti &#224; cr&#233;er des cultures l&#233;gitimes et des cultures non l&#233;gitimes, nobles et pas nobles, dominantes et domin&#233;es. Je pense que nous aurions &#233;t&#233; plus heureux. De m&#234;me que la plupart des personnes qui ont quitt&#233; leur pays pour venir s'installer en France. Oui je pense que &#231;a aurait chang&#233; beaucoup de choses pour nous tou.tes, exil&#233;.es et descendant.es d'exil&#233;.es. Et je suis certaine que cela changerait aussi la mani&#232;re dont on aborde cette &#171; crise des r&#233;fugi&#233;s &#187; comme on dit hypocritement. Ils ne seraient plus des r&#233;fugi&#233;.es mais des hommes, des femmes, des enfants ayant v&#233;cu une aventure, une &#233;pop&#233;e qu'on aurait envie de s'entendre raconter. On les regarderait comme les guerrier.es qu'elles et ils sont et on leur ferait la place qui doit &#234;tre la leur. C'est peut-&#234;tre utopique ou na&#239;f mais il me semble que c'est un exercice utile et salutaire d'imaginer une Histoire qui se d&#233;roule autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Benedetta Meriggioli et Yeter Akyaz, et agenc&#233;s par Jeanne Bally et B. M.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Langue des signes : Sous les signes, de l'info !</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Langue-des-signes-Sous-les-signes</link>
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		<dc:date>2018-06-19T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD, Pauline Stroesser</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Sandrine Allier-Gu&#233;pin</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>signes</dc:subject>
		<dc:subject>culture</dc:subject>
		<dc:subject>langue</dc:subject>
		<dc:subject>LSF</dc:subject>
		<dc:subject>Sourds</dc:subject>
		<dc:subject>information plurielle</dc:subject>
		<dc:subject>information</dc:subject>
		<dc:subject>Sourdes</dc:subject>
		<dc:subject>culture Sourde</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Allumez votre t&#233;l&#233;vision, ordinateur, t&#233;l&#233;phone, ou tout autre support &#224; partir duquel vous pourriez visionner les informations. Coupez le son, et regardez&#8230; Que comprenez-vous ? Que ressentez-vous ? Pour les personnes Sourdes et malentendantes, acc&#233;der &#224; une information plurielle est un parcours du combattant. La langue des signes, langue minoritaire, peine &#224; &#234;tre reconnue sur nos &#233;crans. M&#234;me si certains programmes t&#233;l&#233;vis&#233;s sont propos&#233;s avec des interpr&#232;tes en LSF comme le journal (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sourds" rel="tag"&gt;Sourds&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Allumez votre t&#233;l&#233;vision, ordinateur, t&#233;l&#233;phone, ou tout autre support &#224; partir duquel vous pourriez visionner les informations. Coupez le son, et regardez&#8230; Que comprenez-vous ? Que ressentez-vous ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour les personnes Sourdes et malentendantes, acc&#233;der &#224; une information plurielle est un parcours du combattant. La langue des signes, langue minoritaire, peine &#224; &#234;tre reconnue sur nos &#233;crans. M&#234;me si certains programmes t&#233;l&#233;vis&#233;s sont propos&#233;s avec des interpr&#232;tes en LSF comme le journal T&#233;l&#233;matin sur France&#8239;2, ou quelques journaux d'It&#233;l&#233;, LCI ou BFM, est-ce r&#233;ellement l&#224; qu'est propos&#233;e une information plurielle et de qualit&#233; ? Il s'agit, pour ces trois derni&#232;res, de cha&#238;nes d'&#171; information en continu &#187; o&#249; les messages passent et tr&#233;passent rapidement. Exit l'analyse, la mise en contexte. Le t&#233;l&#233;spectateur Sourd devra se contenter de faits, &#233;num&#233;r&#233;s et r&#233;p&#233;t&#233;s &#224; la minute. Sans oublier que sur BFM, on joue un peu &#224; &#171; O&#249; est Charlie ? &#187; : l'interpr&#232;te est plac&#233; dans un petit recoin de l'&#233;cran, perdu entre les phrases flash et les images intempestives. Sinon, on pourra toujours se consoler sur France 3 le mercredi apr&#232;s-midi. Depuis 1998, les questions parlementaires &#224; l'Assembl&#233;e nationale sont traduites en LSF dans une vignette o&#249; l'interpr&#232;te fait l'&#339;uf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 27 janvier 2016, &#224; l'occasion de la dixi&#232;me commission nationale &#171; Culture et handicap &#187; l'ancienne ministre de la Culture, Fleur Pellerin, annon&#231;ait diff&#233;rentes mesures pour &#171; &lt;i&gt;donner la priorit&#233; &#224; l'accessibilit&#233; dans l'audiovisuel public&lt;/i&gt; &#187; dont &#171; &lt;i&gt;le d&#233;ploiement, d&#232;s juin 2016, d'un lecteur (player) permettant la mise &#224; disposition, sur la t&#233;l&#233;vision connect&#233;e, de l'interpr&#233;tation de certains programmes en langue des signes fran&#231;aise, et d&#232;s octobre 2016, de l'accessibilit&#233; en langue des signes des journaux d'information de 13 h et de 20 h.&lt;/i&gt; &#187; &#192; ce jour, pourtant, aucune initiative concr&#232;te n'a &#233;t&#233; annonc&#233;e publiquement. Si certains cherchent &#224; cr&#233;er une cha&#238;ne int&#233;gralement en langue des signes, c'est non sans mal. Depuis 4 ans, Signes.tv cherche des financeurs pour pouvoir se lancer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2454 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH354/-720-43c33.jpg?1782751197' width='500' height='354' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Sandrine Allier-Gu&#233;pin.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quid des autres m&#233;dias qui fleurissent chaque jour sur Internet ? Websourd, un site d'information en LSF a d&#251; mettre les cl&#233;s sous la porte &#224; l'&#233;t&#233; 2016, pour des raisons financi&#232;res. Depuis un an, la WebTv, &#171; &lt;i&gt;BABDP, la cha&#238;ne pas si b&#234;te&lt;/i&gt; &#187;, men&#233;e par une &#233;quipe de Sourds et d'entendants, propose des reportages en LSF, mais presque exclusivement autour de la culture Sourde. Par ailleurs, lorsqu'un sujet sur la surdit&#233; ou la langue des signes est &#233;voqu&#233; dans un &#171; grand m&#233;dia &#187;, l'&#233;mission est exceptionnellement rendue accessible et traduite. Louable effort, mais pourquoi les Sourds devraient-ils se contenter des th&#233;matiques les concernant ? Ne peuvent-ils pas &#234;tre inform&#233;s des actualit&#233;s br&#251;lantes, des d&#233;bats qui traversent la soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les jours qui ont suivi le 13 novembre 2015, aucune info, ni aucune annonce publique n'ont &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;es en LSF. En France, les journalistes Sourds se comptent sur les doigts de la main. J'en fais partie. Face &#224; l'urgence d'informer, nous avons cr&#233;&#233; une page Facebook dans la nuit de l'&#233;v&#233;nement avec ma cons&#339;ur Laur&#232;ne Loctin. Par la suite, nous avons cr&#233;&#233;, avec une &#233;quipe &#233;largie, un site Internet &#233;ph&#233;m&#232;re pour couvrir la COP21. L'occasion d'exp&#233;rimenter diff&#233;rentes formes de pr&#233;sentation en LSF et d'analyses dans une langue qui nous est propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en encourageant l'accessibilit&#233; des Sourds aux &#171; grands m&#233;dias &#187;, &#224; nous de poursuivre ces initiatives de couverture militante de l'actualit&#233; afin d'&#233;largir les champs de perception et de compr&#233;hension du monde. Sans d&#233;pendre uniquement de l'&#201;tat et des ineffables cha&#238;nes d'information priv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pauline Stroesser&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D'&#339;il &#224; main&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; une poign&#233;e de linguistes iconoclastes, les langues des signes sont sorties du carcan d'analyse classique pour &#234;tre &#233;tudi&#233;es &#224; partir de leurs sp&#233;cificit&#233;s (quadridimensionnalit&#233;, iconicit&#233;, utilisation de l'espace, canal visuo-gestuel, etc.), notamment par de jeunes linguistes, Sourds cette fois. En France, si la LSF a gagn&#233; quelques lettres de noblesse, que des cursus d'&#233;tudes universitaires en linguistique et interpr&#233;tation ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s et des manuels &#233;dit&#233;s, elle se transmet toujours essentiellement d'&#339;il &#224; main. Les Sourds et les Sourdes inventent des signes au quotidien et, en se les &#233;changeant, les affinent. Historiquement, l'une de ses sp&#233;cificit&#233;s, c'est l'absence de traces : elle ne s'&#233;crit pas. Des signes pioch&#233;s &#231;&#224; et l&#224; ont &#233;t&#233; consign&#233;s dans des livres, mais, en les gravant sur du papier, on les a d&#233;pouill&#233;s de leur chair et du mouvement, des &#171; accents &#187; des mains, des sourcils ou des l&#232;vres. Pour l'archiver, il faut la filmer. Mille fins d&#233;tails ne sauraient se laisser &#233;craser en pleine danse entre les pages d'un feuillet.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le sous-titrage ne remplace pas une langue&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Supposons que le sous-titrage s'affiche sans probl&#232;me de d&#233;calage, ni fautes d'orthographes et de syntaxe (ce qui n'est pas fr&#233;quent). Pour de nombreuses personnes Sourdes dont le fran&#231;ais est la seconde langue, le sous-titrage restera malgr&#233; tout insatisfaisant. Le discours ne sera pas transmis avec la m&#234;me logique, ni per&#231;u avec la m&#234;me aisance. Jeux de mots, expressions figur&#233;es, intonations de voix, langue de bois&#8230; Autant de finesses de la langue et de tournures rh&#233;toriques qui sont fr&#233;quemment utilis&#233;es par les journalistes. Ces nuances ne sont pas des d&#233;tails et permettent &#224; l'auditeur de prendre conscience du caract&#232;re juste, incongru, dr&#244;le, faux ou encore &#233;mouvant d'une situation. Seule une interpr&#233;tation en LSF peut rendre compte de la richesse de la langue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Migrants : &#171; Se couper d'une langue, c'est amputer un bout de soi &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Migrants-Se-couper-d-une-langue-c</link>
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		<dc:date>2018-06-14T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Morceaux vol&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Caroline Sury</dc:subject>
		<dc:subject>fran&#231;ais</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>l'&#233;cole</dc:subject>
		<dc:subject>parents</dc:subject>
		<dc:subject>langue</dc:subject>
		<dc:subject>langues</dc:subject>
		<dc:subject>parler</dc:subject>
		<dc:subject>Caroline Sury</dc:subject>
		<dc:subject>parle</dc:subject>
		<dc:subject>parle fran&#231;ais</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans le cadre d'un atelier radiophonique organis&#233; dans un coll&#232;ge marseillais, adultes enseignant.e.s et ados primo-arrivant.e.s ont retrac&#233; leurs biographies langagi&#232;res. La petite s&#233;lection qui suit t&#233;moigne de l'importance des langues dans la construction de la personne, dans ses relations aux autres et au monde. Travailler en tant qu'enseignante de fran&#231;ais en &#171; classe d'accueil &#187; dans un coll&#232;ge implique de c&#244;toyer des jeunes d'&#226;ges et d'origines vari&#233;s qui viennent d'arriver en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no145-juillet-aout-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;145 (juillet-ao&#251;t 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Morceaux-voles" rel="tag"&gt;Morceaux vol&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Caroline-Sury" rel="tag"&gt;Caroline Sury&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/francais" rel="tag"&gt;fran&#231;ais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-ecole" rel="tag"&gt;l'&#233;cole&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parler" rel="tag"&gt;parler&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parle-francais" rel="tag"&gt;parle fran&#231;ais&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le cadre d'un atelier radiophonique organis&#233; dans un coll&#232;ge marseillais, adultes enseignant.e.s et ados primo-arrivant.e.s ont retrac&#233; leurs biographies langagi&#232;res. La petite s&#233;lection qui suit t&#233;moigne de l'importance des langues dans la construction de la personne, dans ses relations aux autres et au monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2449 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH474/-715-1247c.jpg?1782645639' width='400' height='474' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Travailler en tant qu'enseignante de fran&#231;ais en &#171; classe d'accueil &#187; dans un coll&#232;ge implique de c&#244;toyer des jeunes d'&#226;ges et d'origines vari&#233;s qui viennent d'arriver en France. Leur point commun est qu'ils sont &#171; allophones&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Allophone &#187; d&#233;signe quelqu'un qui a une autre langue maternelle que le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; et que l'&#233;cole r&#233;publicaine leur permet d'apprendre le fran&#231;ais dans un dispositif particulier en leur donnant un an (seulement) pour &#171; ma&#238;triser &#187; une langue &#224; l'orthographe complexe et peu logique, puisqu'ils &#233;volueront ensuite dans un syst&#232;me scolaire qui &#233;value principalement &#224; l'&#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j'entends dire en conseil de classe, &#171; &lt;i&gt;elle est nulle, on devrait l'envoyer en fili&#232;re professionnelle, l&#224; o&#249; il y aura de la place&lt;/i&gt; &#187;, &#224; propos d'une jeune qui conna&#238;t trois langues &#224; l'&#233;crit dans trois alphabets diff&#233;rents, deux autres &#224; l'oral et qui est en cours d'apprentissage du fran&#231;ais, c'est rude. Si la m&#234;me jeune avait, dans son r&#233;pertoire linguistique, autant de langues valoris&#233;es par le syst&#232;me scolaire (anglais, allemand, espagnol, italien, mandarin), je doute que les remarques soient les m&#234;mes. De la m&#234;me mani&#232;re, &#224; l'&#233;cole, on encourage encore bien souvent les parents anglophones &#224; parler anglais avec leurs enfants, tandis que les parents locuteurs de langues minor&#233;es (arabe, turc, swahili, shimaor&#233;, etc&#8230;) sont somm&#233;s de parler fran&#231;ais &#224; la maison. Onze ans apr&#232;s le rapport x&#233;nophobe du d&#233;put&#233; UMP B&#233;nisti&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;dig&#233; en 2004 par la Commission pr&#233;vention du groupe d'&#233;tudes parlementaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, lequel &#233;tablissait, dans un contexte sarkozien de lutte contre la d&#233;linquance d&#232;s le berceau, un lien entre le bilinguisme des enfants de migrants et leur potentielle dangerosit&#233; sociale tout en demandant aux enseignant&#183;e&#183;s d'intervenir afin que les parents cessent de parler &#224; leurs enfants autrement qu'en fran&#231;ais, rien n'a v&#233;ritablement chang&#233; &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christine Karmann&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2451 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH495/-717-572e5.jpg?1782639244' width='400' height='495' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mohamed, 15 ans&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis n&#233; au Maroc, j'ai grandi &#224; Barcelone et je suis venu en France cette ann&#233;e. Ma premi&#232;re langue &#233;tait le berb&#232;re marocain, puis le castillan. &#192; la maison je parle berb&#232;re avec mes parents, castillan avec mes fr&#232;res et parfois avec mon p&#232;re. Mes parents parlent castillan, berb&#232;re et arabe. J'ai appris le catalan &#224; l'&#233;cole &#224; Barcelone. Puis l'anglais. J'apprends maintenant le fran&#231;ais et l'anglais &#224; l'&#233;cole. J'aime bien l'anglais, je voudrais aller vivre &#224; Londres plus tard. J'aime bien &#233;couter le comorien, mais je ne comprends rien. Le berb&#232;re c'est comme le chinois, c'est difficile &#224; comprendre pour ceux qui connaissent pas ; je ne le parle pas dans la rue, je parle plut&#244;t espagnol. Mes parents parlent l'arabe, mais &#231;a m'int&#233;resse pas trop d'apprendre l'arabe, je pr&#233;f&#232;re l'anglais. Il y a des personnes qui se moquent de moi quand je parle fran&#231;ais, mais je leur dis &#8220;&lt;i&gt;Vas-y, parle espagnol !&lt;/i&gt;&#8221; [&#8230;] Ils ne sont pas int&#233;ressants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Christine, 39 ans, enseignante en classe d'accueil&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2450 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH345/-716-49a9f.jpg?1782645639' width='400' height='345' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai grandi en Moselle, dans un village frontalier avec l'Allemagne. Mes parents parlent tous deux le francique rh&#233;nan du Saargeminnerland, transmis depuis des g&#233;n&#233;rations dans les familles. En 1945, le fran&#231;ais est devenue la langue unique et obligatoire (apr&#232;s 5 ans d'occupation et l'allemand standard comme langue unique). Mes parents ont d&#233;couvert le fran&#231;ais &#224; l'&#233;cole, ce qui n'a pas &#233;t&#233; sans violence. Ils ont par la suite tacitement &#8211; de m&#234;me que quasi tous les parents de leur g&#233;n&#233;ration &#8211;, &#233;lev&#233; leurs enfants en fran&#231;ais, afin de ne pas nous p&#233;naliser &#224; l'&#233;cole ; leur repr&#233;sentation du francique est celle d'un patois sans valeur qu'il n'&#233;tait pas n&#233;cessaire de transmettre car il ne nous servirait &#224; rien. Apr&#232;s avoir appris le fran&#231;ais, on m'a vite pouss&#233;e &#224; &#233;tudier l'allemand standard puis l'anglais, l'espagnol. Le fran&#231;ais et l'allemand standard &#233;taient l&#233;gitimes, le francique parl&#233; depuis des g&#233;n&#233;rations, plus du tout. Petite, je parlais avec un accent lorrain prononc&#233;. &#192; l'adolescence, apr&#232;s des remarques m&#233;prisantes sur notre accent lorsqu'on sortait de Moselle, j'en ai eu honte et fait des efforts pour parler fran&#231;ais comme &#224; la t&#233;l&#233;. J'ai perdu mon accent, et je dois aujourd'hui le singer pour le retrouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai commenc&#233; &#224; prendre conscience de tout cela lorsque je suis all&#233;e vivre quelques ann&#233;es en Polyn&#233;sie, et que j'entendais souvent dire &#171; &lt;i&gt;J'ai honte de parler, je parle mal fran&#231;ais&lt;/i&gt; &#187;. &#192; 20 000 km de mon village natal, je retrouvais cette m&#234;me politique d'assimilation linguistique qui a fait croire aux personnes qu'elles ne sont pas en mesure de s'exprimer en fran&#231;ais, ni m&#234;me en tahitien. Dans mon entourage, que ce soit en Lorraine ou en Polyn&#233;sie, combien de fois ai-je entendu dire &#171; &lt;i&gt;Je parle trop mal pour pouvoir dire en public ce que je pense&lt;/i&gt; &#187;. Comme Philippe Blanchet, je crois que &#231;a doit bien arranger les gouvernants : un peuple muet est un peuple qui ne se r&#233;volte pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 8 ans, j'enseigne le fran&#231;ais en classe d'accueil. J'essaie de rendre toutes les langues de la classe visibles, de les l&#233;gitimer. J'aime bien le concept d'hospitalit&#233; langagi&#232;re, les langues sont inh&#233;rentes aux &#234;tres que nous sommes, se couper d'une langue c'est amputer un bout de soi. Un copain amput&#233; d'un bras disait que ce bras continuait &#224; le faire souffrir bien apr&#232;s l'op&#233;ration. De la m&#234;me mani&#232;re, j'ai mal &#224; la langue qu'on ne m'a pas transmise, mais qui fait partie de moi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fatima, 14 ans&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je parle l'arabe alg&#233;rien depuis mon enfance. J'ai appris un peu de fran&#231;ais en Alg&#233;rie, et beaucoup depuis la rentr&#233;e ; maintenant je comprends bien, mais &#233;crire c'est trop difficile. &#192; la maison on parle surtout en arabe avec la famille. Au coll&#232;ge je parle fran&#231;ais dans presque tous les cours. Dans la cour je parle arabe avec les copines qui parlent aussi l'arabe et fran&#231;ais avec les autres. J'ai d&#233;couvert l'allemand au coll&#232;ge, j'aime beaucoup cette langue. J'aimerais bien aller visiter l'Allemagne. Ma prof parle parfois en francique, j'aimerais bien apprendre cette langue plus tard, je trouve &#231;a joli. Je dois apprendre l'anglais au coll&#232;ge, et j'aime pas beaucoup, c'est trop bizarre &#224; prononcer. Personne ne me corrige quand je parle fran&#231;ais dans la rue, et quand je parle arabe, c'est pas g&#234;nant parce qu'il y a beaucoup d'Arabes &#224; Marseille. Parfois les gens se retournent dans la rue pour demander si je suis de Tlemcen, parce qu'ils ont reconnu mon parler. C'est dr&#244;le de trouver des gens qui reconnaissent ma ville juste en m'entendant. Des fois je parle en fran&#231;ais avec ma m&#232;re dans la rue, elle me r&#233;pond en arabe, et &#231;a m'&#233;nerve, elle pourrait essayer de r&#233;pondre en fran&#231;ais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2452 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH357/-718-ddc95.jpg?1782645639' width='400' height='357' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Aslan, 39 ans, intervenante atelier radio&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis n&#233;e en France, en Alsace. Ma premi&#232;re langue &#233;tait le turc. Ma m&#232;re venait d'un village voisin de celui de mon p&#232;re. J'avais et j'ai encore l'accent et les expressions du paysan turc d'Anatolie. L'apprentissage de la langue fran&#231;aise s'est fait &#224; partir du moment o&#249; je suis rentr&#233;e &#224; l'&#233;cole. De mes trois ans &#224; mes sept ans, je n'ai pas dit un mot en situation de scolarit&#233;. Je refusais de parler dans l'institution scolaire, j'&#233;tais vraiment muette, mais en dehors, je restais sur la langue turque avec le fran&#231;ais qui s'y m&#234;lait petit &#224; petit pour ensuite ne parler exclusivement plus que le fran&#231;ais. Ceci dit, je restais sur l'usage du turc quand je m'adressais aux parents et aux adultes de ma famille qui ne s'exprimaient qu'en cette langue. Dans mon quartier, j'ai v&#233;cu au milieu de plusieurs langues parl&#233;es par des personnes, adultes et enfants, issus de cultures multiples. On peut d'une certaine mani&#232;re parler d'une masse d'&#233;trangers dans un quartier o&#249; la langue dominante, le fran&#231;ais, &#233;tait minoritaire. C'est &#224; partir du moment o&#249; j'ai acc&#233;d&#233; au lyc&#233;e g&#233;n&#233;ral que j'ai compris ma diff&#233;rence au niveau de la langue fran&#231;aise. J'avais donc plusieurs niveaux de langues : le turc, le fran&#231;ais de mon quartier (avec une note de cr&#233;olisation) et le fran&#231;ais. Je n'ai ni l'accent alsacien, ni l'accent turc lorsque je parle fran&#231;ais, et je pense que l'&#233;cole et la t&#233;l&#233;vision ont bien influenc&#233; ma prononciation. Il m'arrive encore aujourd'hui de recevoir des remarques de certaines personnes s'&#233;tonnant de me voir parler un fran&#231;ais correct et sans accent alors que j'ai grandi dans une cit&#233; et que je n'ai eu comme langue familiale que le turc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La bio langagi&#232;re&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2453 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH788/-719-d54c0.jpg?1782645639' width='400' height='788' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La biographie langagi&#232;re est une t&#226;che narrative consistant &#224; raconter sa vie en lien avec les langues. Elle est propos&#233;e en formation d'enseignant&#183;e&#183;s de langue, et parfois dans des dispositifs d'apprentissage linguistique destin&#233;s aux adultes migrant&#183;e&#183;s et aux enfants. La consigne invite &#224; utiliser le &#171; je &#187;, donc &#224; se dire, &#224; r&#233;v&#233;ler un bout de son histoire et &#224; op&#233;rer un retour sur soi pour raconter comment les langues de son r&#233;pertoire linguistique ont &#233;t&#233; apprises, qu'elles soient parl&#233;es ou seulement comprises. La mise en perspective suscit&#233;e par la r&#233;daction de sa biographie langagi&#232;re am&#232;ne les scripteur&#183;e&#183;s &#224; prendre plus de distance vis-&#224;-vis de leurs repr&#233;sentations des langues et &#224; saisir de fa&#231;on plus profonde les liens entre langues et estime de soi, langues et construction de soi, langues et identit&#233;s, langues et savoirs, langues et soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;St&#233;phanie Clerc Conan&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Morceaux vol&#233;s&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; La langue populaire, se pla&#238;t-on &#224; r&#233;p&#233;ter, ignore l'abstraction, ridiculise les grands sentiments, rabaisse tout ce qui est noble, tout ce qui est pur, tout ce qui est beau. &#8220;Le peuple est incapable d'admirer la Grandeur ; il rit de ce qu'il ne comprend pas, de ce qui le d&#233;passe&#8230;&#8221; Oui sans doute, il en rit. Pr&#233;f&#232;rerait-on qu'il en pleur&#226;t ? Ou que, las d'en faire les frais, il ne se mit en col&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en fait, ce bon peuple ne fait en se comportant ainsi que rendre la monnaie de la pi&#232;ce &#224; une haute soci&#233;t&#233; qui, de tout temps, a su inventer pour le d&#233;signer des &#233;pith&#232;tes aussi flatteuses que &#8220;populace&#8221;, &#8220;racaille&#8221;, &#8220;canaille&#8221;, &#8220;lie&#8221;, &#8220;tourbe&#8221;, &#8220;boue&#8221;, &#8220;fange&#8221;&#8230; pour ne citer que les moins m&#233;prisantes ! [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la langue populaire qui corrompt le sens des mots : ce sont les mots eux-m&#234;mes qui, &#224; l'usage, perdent peu &#224; peu leur signification premi&#232;re. A mesure qu'ils s'enrichissent de nouvelles acceptions, leur sens originel s'estompe, se dilue&#8230; puis passe dans d'autres mots, des mots tout neufs, qui conna&#238;tront plus tard le m&#234;me sort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Robert Edouard, &lt;i&gt;Dictionnaire des injures&lt;/i&gt;, Tchou &#233;diteur, 1973.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2448 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH559/-714-54490.jpg?1782645639' width='400' height='559' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elles disent, malheureuse, ils t'ont chass&#233;e du monde des signes, et cependant ils t'ont donn&#233; des noms, ils t'ont appel&#233;e esclave, toi malheureuse esclave. Comme des ma&#238;tres ils ont exerc&#233; leur droit de ma&#238;tre. Ils &#233;crivent de ce droit de donner des noms qu'il va si loin que l'on peut consid&#233;rer l'origine du langage comme un acte d'autorit&#233; &#233;manant de ceux qui dominent. Ainsi ils disent qu'ils ont dit, ceci est telle ou telle chose, ils ont attach&#233; &#224; un objet et &#224; un fait tel vocable et par l&#224; ils se les sont pour ainsi dire appropri&#233;s. Elles disent, ce faisant ils ont gueul&#233; hurl&#233; de toutes leurs forces pour te r&#233;duire au silence. Elles disent, le langage que tu parles t'empoisonne la glotte la langue le palais les l&#232;vres. Elles disent le langage que tu parles est fait de mots qui te tuent. Elles disent, le langage que tu parles est fait de signes qui &#224; proprement parler d&#233;signent ce qu'ils se sont appropri&#233;s. Ce sur quoi ils n'ont pas mis la main, ce sur quoi ils n'ont pas fondu comme des rapaces aux yeux multiples, cela n'appara&#238;t pas dans le langage que tu parles. Cela se manifeste juste dans l'intervalle que les ma&#238;tres n'ont pas pu combler avec leurs mots de propri&#233;taires et de possesseurs, cela peut se chercher dans la lacune, dans tout ce qui n'est pas la continuit&#233; de leurs discours, dans le z&#233;ro, le O, le cercle parfait que tu inventes pour les emprisonner et pour les vaincre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monique Wittig, &lt;i&gt;Les Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt;, &#201;ditions de Minuit, 1969.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Allophone &#187; d&#233;signe quelqu'un qui a une autre langue maternelle que le fran&#231;ais (ou la langue du pays d'accueil).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;R&#233;dig&#233; en 2004 par la Commission pr&#233;vention du groupe d'&#233;tudes parlementaire sur la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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