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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Sur le rond-point</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


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&lt;p&gt;Pendant plusieurs mois de 2018 et 2019, Emmanuel Gras a promen&#233; sa cam&#233;ra aux c&#244;t&#233;s des Gilets jaunes d'un rond-point de Chartres. Sorti le 23 f&#233;vrier dernier, son film Un peuple en fait une chronique &#224; la fois intime et politique, pleine d'empathie et de subtilit&#233;. Une pand&#233;mie plus tard, ils paraissent loin, les Gilets jaunes. Le bon moment, en somme, pour la sortie d'Un peuple, documentaire d'Emmanuel Gras . Contrairement &#224; J'veux du soleil (2019) de Fran&#231;ois Ruffin, tourn&#233; dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no207-mars-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;207 (mars 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Violence-sociale" rel="tag"&gt;Violence sociale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pendant plusieurs mois de 2018 et 2019, Emmanuel Gras a promen&#233; sa cam&#233;ra aux c&#244;t&#233;s des Gilets jaunes d'un rond-point de Chartres. Sorti le 23 f&#233;vrier dernier, son film &lt;i&gt;Un peuple&lt;/i&gt; en fait une chronique &#224; la fois intime et politique, pleine d'empathie et de subtilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4427 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200unpeuple_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/1200unpeuple_resultat-20200.jpg?1783001841' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Emmanuel Gras
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;U&lt;/span&gt;ne pand&#233;mie plus tard, ils paraissent loin, les Gilets jaunes. Le bon moment, en somme, pour la sortie d'&lt;i&gt;Un peuple&lt;/i&gt;, documentaire d'Emmanuel Gras&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a notamment r&#233;alis&#233; les documentaires Bovines (2011) et Makala (2017), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Contrairement &#224; &lt;i&gt;J'veux du soleil &lt;/i&gt;(2019) de Fran&#231;ois Ruffin, tourn&#233; dans l'urgence de l'&#233;v&#233;nement, un &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; s'inscrit dans la longue dur&#233;e de son tournage, et t&#233;moigne, sur un mode discret, de l'histoire avec un grand H : celle que, parfois, les Gilets jaunes ont eu conscience de faire. Pour la distance historique, on est servis : dans le caf&#233; kabyle o&#249; le r&#233;alisateur nous a donn&#233; rendez-vous, &#201;ric Zemmour d&#233;bagoule &#224; la t&#233;l&#233; pendant une heure de rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film s'ouvre sur de longs travellings dans les zones r&#233;sidentielles, les grands magasins et les entrep&#244;ts de la p&#233;riph&#233;rie de Chartres (Eure-et-Loir), pour atterrir sur le rond-point o&#249; Emmanuel Gras s'est camp&#233; tous les samedis de la fin 2018 au printemps 2019. Presque au hasard : apr&#232;s avoir particip&#233; aux premi&#232;res manifs sur les Champs-&#201;lys&#233;es, il cherche &#224; rejoindre un groupe sur son terrain. une copine lui parle de Chartres, il va &#224; Chartres. Il ne sait pas sur qui il va tomber et de fait, par rapport aux Gilets jaunes de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) film&#233;s par Fran&#231;ois Langlais et Arthur Thouvenin dans &lt;i&gt;Imagine, demain on gagne&lt;/i&gt; (2020), ceux de Chartres sont peu politis&#233;s. Emmanuel filme, &#233;coute, discute, assiste aux d&#233;bats et aux d&#233;placements sur Paris, pose partout un regard curieux et parfois perplexe, clairement sympathisant, mais pas militant. &lt;i&gt;Un peuple&lt;/i&gt; pose autant de questions qu'il fournit de r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Sur la base de presque rien &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce sont d'abord beaucoup de r&#233;unions o&#249; les Gilets jaunes organisent leurs actions, &#233;laborent leurs revendications et r&#233;fl&#233;chissent aux strat&#233;gies &#224; adopter. Avec son bagage associatif et militant (&#224; Lutte ouvri&#232;re), le r&#233;alisateur se passionne de voir ces n&#233;o-manifestants &#171; &lt;i&gt;r&#233;inventer la lutte collective&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Ils ne se connaissaient pas, ils n'&#233;taient pas militants, ils n'avaient pas les m&#234;mes id&#233;es, et ils devaient s'organiser sur la base de presque rien.&lt;/i&gt; &#187; D'abord marginale, la revendication du RIC, le &#171; r&#233;f&#233;rendum d'initiative citoyenne &#187; qui donnerait enfin voix au chapitre &#224; la population, s'impose peu &#224; peu dans les d&#233;bats. &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but, quand ils ont commenc&#233; &#224; lister leurs revendications, ils en avaient soixante, entre lesquelles la logique n'&#233;tait pas &#233;vidente, &lt;/i&gt;se rem&#233;more Emmanuel. &lt;i&gt;C'est compliqu&#233; de faire syst&#232;me&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Le RIC occupait cette fonction. L'id&#233;e, c'&#233;tait : si on obtient le RIC, le reste suivra.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe est soud&#233; par l'&#233;vidence d'un constat commun et un &#171; &lt;i&gt;sentiment d'appartenance&lt;/i&gt; &#187; collective, li&#233; au partage d'une m&#234;me condition sociale. De ce v&#233;cu, le film rend compte en s'attardant sur quelques figures. Beno&#238;t, qui s'impose comme une sorte de leader &#8211; au risque de d&#233;cevoir &#8211; et inscrit explicitement le combat des Gilets jaunes dans la lutte anticapitaliste. Agn&#232;s, dans la panade apr&#232;s un divorce, m&#232;re isol&#233;e avec deux enfants dont un handicap&#233;, qui se lance &#224; corps perdu dans le mouvement. Allan, qui affronte avec une sorte de candeur l'explosion de violence en manif, et la nouveaut&#233; des id&#233;es qui fusent. Les liens qu'a tiss&#233;s le r&#233;alisateur s'enroulent peu &#224; peu en une pelote qui forme une histoire, au double sens du terme : &#224; la fois une r&#233;volte sociale d'une ampleur in&#233;dite, qui marque un avant et un apr&#232;s ; et un r&#233;cit. Peu &#224; peu, il observe la r&#233;pression et la propagande s'abattre, l'enthousiasme retomber, la lassitude voire le d&#233;sespoir s'emparer des corps et des esprits.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Violence sociale et bon sens bourgeois&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure du film, les sc&#232;nes de violences se font de plus en plus nombreuses. Les keufs apparaissent pour ce qu'ils sont. Quant &#224; la casse, Emmanuel r&#233;serve son jugement. &#171; &lt;i&gt;La question de la violence se posait r&#233;guli&#232;rement par le seul fait d'aller manifester. Tout &#231;a a quand m&#234;me &#233;t&#233; &#233;touff&#233; dans une grande violence r&#233;pressive&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Il poursuit : &#171; &lt;i&gt;Pour parler comme les autonomes, la manifestation est un endroit o&#249; les rapports de pouvoir se r&#233;v&#232;lent dans leur nudit&#233;. En ce sens, oui, on a vu&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! &#192; un moment donn&#233;, il y a une r&#233;pression polici&#232;re qui est nue. D'un autre c&#244;t&#233;, les affrontements violents font aussi peur &#224; beaucoup de monde.&lt;/i&gt; &#187; Entre ceux qui misent sur la violence pour m&#233;diatiser le mouvement, et ceux qui craignent son effet d&#233;moralisateur, le film se contente d'enregistrer fid&#232;lement les tensions.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Tout &#231;a a quand m&#234;me &#233;t&#233; &#233;touff&#233; dans une grande violence r&#233;pressive&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un peuple&lt;/i&gt; illustre avec insistance une autre violence : celle des bourgeois anti-Gilets jaunes, face auxquels ces derniers ne craignent pas de monter au filet. &#171; &lt;i&gt;Il y avait une violence sociale visuelle,&lt;/i&gt; se souvient Emmanuel. &lt;i&gt;Ils ne portent pas les m&#234;mes v&#234;tements, n'ont pas les m&#234;mes physiques, pas les m&#234;mes v&#233;cus&#8230; &#199;a se voit imm&#233;diatement.&lt;/i&gt; &#187; Dans un grand magasin o&#249; ils font des courses pour une r&#233;union, ou apr&#232;s une s&#233;ance du &#171; grand d&#233;bat &#187; macronien, les militants se font chapitrer comme des m&#244;mes. Quand Agn&#232;s explique qu'elle n'arrive pas &#224; boucler son mois, un macroniste lui r&#233;pond : &#171; &lt;i&gt;Faut pas que vous preniez les choses comme &#231;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Emmanuel : &#171; &lt;i&gt;On leur expliquait que leur probl&#232;me, c'&#233;tait qu'ils ne pouvaient pas &#233;voluer socialement. Alors qu'eux, ils font face au ch&#244;mage de masse, aux salaires merdiques. On parle tout le temps du bon sens populaire, mais il y a surtout ce bon sens bourgeois, plein de discours pr&#233;m&#226;ch&#233;s, qu'on entend partout dans les m&#233;dias.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, sur la t&#233;l&#233; du bistrot, Marine Le Pen a remplac&#233; Zemmour. On demande en partant au patron s'il n'en a pas marre d'entendre ces saloperies toute la journ&#233;e. Il ironise sur Zemmour : &#171; &lt;i&gt;C'est un Kabyle, comme moi, et il d&#233;teste les &#233;trangers, c'est quand m&#234;me fou&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Et ajoute que Val&#233;rie P&#233;cresse n'est pas mieux. On lui rappelle que la gauche existe encore. Tout le monde &#233;clate de rire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il a notamment r&#233;alis&#233; les documentaires &lt;i&gt;Bovines&lt;/i&gt; (2011) et&lt;i&gt; Makala &lt;/i&gt;(2017), grand prix de la Semaine de la critique au Festival de Cannes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La po&#233;sie contre le lamento</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-poesie-contre-le-lamento</link>
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		<dc:date>2020-01-27T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Bertoyas</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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&lt;p&gt;Mortibus, la po&#233;sie ? Foul&#233;e aux pieds par l'&#233;poque et son imaginaire en toc ? On dirait bien. Jusqu'au mitan du XXe si&#232;cle, les po&#232;tes se trouvaient en premi&#232;re ligne des &#233;tincelles historiques, compagnons de route et de r&#233;sistance. Depuis, on ne les entend plus beaucoup. Mais qu'importe, le feu couve sous les braises. Face aux rouleaux compresseurs de l'&#233;poque, il est logique que la po&#233;sie fasse grise mine. Trop discr&#232;te, trop dissonante. De l'information en continu &#224; l'&#233;cran (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sensible" rel="tag"&gt;sensible&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mortibus&lt;/i&gt;, la po&#233;sie ? Foul&#233;e aux pieds par l'&#233;poque et son imaginaire en toc ? On dirait bien. Jusqu'au mitan du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les po&#232;tes se trouvaient en premi&#232;re ligne des &#233;tincelles historiques, compagnons de route et de r&#233;sistance. Depuis, on ne les entend plus beaucoup. Mais qu'importe, le feu couve sous les braises.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3208 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L452xH400/-1425-9e47c.jpg?1782669030' width='452' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Jean-Michel Bertoyas
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;F&lt;/span&gt;ace aux rouleaux compresseurs de l'&#233;poque, il est logique que la po&#233;sie fasse grise mine. Trop discr&#232;te, trop dissonante. De l'information en continu &#224; l'&#233;cran omnipr&#233;sent, du &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; triomphant aux r&#233;seaux sociaux, tout semble concourir &#224; en faire un fant&#244;me du pass&#233;. Un constat que Jean-Pierre Sim&#233;on a tir&#233; depuis un bail. Mais &#231;a ne l'a pas emp&#234;ch&#233; de publier en 2015 un ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;La po&#233;sie sauvera le monde&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Passeur &#233;diteur. Vient de sortir en poche.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Provocation ? Pas le moins du monde : il y croit dur comme fer. &#171; &lt;i&gt;Plus une soci&#233;t&#233; est antipo&#233;tique,&lt;/i&gt; &#233;crit-il, &lt;i&gt;plus la po&#233;sie devient l'argument th&#233;orique majeur de sa contestation.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui-m&#234;me po&#232;te (il a publi&#233; un vingtaine de recueils) et homme de th&#233;&#226;tre, par ailleurs directeur artistique du Printemps des po&#232;tes, Jean-Pierre Sim&#233;on appelle sereinement &#224; &#171; &lt;i&gt;une insoumission du plus grand nombre&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;&#224; la lecture passive du monde telle qu'elle est aujourd'hui massivement impos&#233;e par violence douce&lt;/i&gt; &#187;. Et pourquoi pas ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Effraction par la langue&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si le langage est souvent au service de l'ordre, de l'asservissement de la pens&#233;e et du sensible, il peut servir le dessein inverse, notamment via le contre-langage po&#233;tique. Il se fait alors instrument de lib&#233;ration et de subversion. C'est &#224; cette dimension que je me raccroche depuis mon adolescence, p&#233;riode o&#249; j'ai d&#233;couvert la po&#233;sie. Ce fut une r&#233;v&#233;lation. D'embl&#233;e, j'y ai entendu une objection irr&#233;ductible, tenant &#224; une langue affranchie. On peut mettre quelqu'un en prison, le b&#226;illonner, il lui restera toujours la possibilit&#233; d'avoir recours &#224; un langage libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La po&#233;sie n'a rien de confortable ou de d&#233;coratif. C'est pourtant l'image qu'on lui accole trop souvent, comme si elle consistait en une forme d'&#233;loge ben&#234;t du r&#233;el ou d'invitation &#224; s'en &#233;vader. Or la po&#233;sie est avant tout effraction. Elle cherche &#224; plonger plus loin que les effets de surface. &#8220;&lt;i&gt;Plus il y a de po&#233;sie, plus il y a de r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;'', disait le po&#232;te Novalis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d'autant plus besoin de cette effraction que partout poussent les cl&#244;tures. Elles se manifestent dans le langage actuel, singuli&#232;rement rabougri. Mais aussi plus concr&#232;tement dans les fronti&#232;res et l'enfermement g&#233;n&#233;ralis&#233;. Elles ont tellement prolif&#233;r&#233; que d&#233;sormais elles envahissent nos foyers : voyez la multiplication des alarmes, des verrous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sous la trag&#233;die, l'optimisme&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je sais que le titre de mon livre peut para&#238;tre na&#239;f. Mais il suffit de le parcourir pour comprendre que je ne prends pas la situation &#224; la l&#233;g&#232;re. J'estime qu'il faut &#234;tre d'une lucidit&#233; sans faille. Reste que ce ne sont pas des fatalit&#233;s qui nous tombent dessus au hasard, d&#233;cr&#233;t&#233;es par un &lt;i&gt;deus ex machina&lt;/i&gt;. Ce sont des trag&#233;dies humaines, sociales, linguistiques, d&#233;ploy&#233;es au sein de superstructures. Il ne s'agit pas de les d&#233;noncer pour se plaindre, mais pour les d&#233;passer. J'ai toujours &#233;t&#233; ennemi du lamento. &#8220;&lt;i&gt;Avoir le pessimisme de l'intelligence et l'optimisme du c&#339;ur et de la volont&#233;&lt;/i&gt;'', invitait Gramsci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas s'en tenir au constat tragique, ankylos&#233;, car nous sommes &#224; un moment charni&#232;re. Nous savons que nous n'avons plus le choix. Ou bien on va dans le mur, ou bien la po&#233;sie &#8211; au sens large &#8211; s'impose. Cela ne concerne pas seulement la langue, mais la mani&#232;re d'habiter le monde dans lequel nous vivons. C'est beaucoup moins anecdotique qu'il n'y para&#238;t : la po&#233;sie se situe en effet &#224; l'exact antipode des forces guidant la catastrophe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Prophylaxie po&#233;tique&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela fait seize ans que je suis &#224; la t&#234;te du Printemps des po&#232;tes, o&#249; mon travail a &#233;t&#233; guid&#233; par une obsession : porter la po&#233;sie &#224; celles et ceux qui n'y ont pas acc&#232;s. D&#232;s le d&#233;but, je me suis &#233;chin&#233; &#224; l'importer dans les petits villages et les quartiers d&#233;favoris&#233;s. Et j'ai souvent &#233;t&#233; &#233;tonn&#233; des r&#233;actions que la po&#233;sie y suscite. Beaucoup viennent me remercier : pour une fois ils entendent une langue qui ouvre au lieu d'enfermer. Ils sentent qu'on leur rend le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on m'a confi&#233; cette mission, j'ai tout de suite annonc&#233; qu'il faudrait beaucoup de temps avant de faire bouger les choses. Parce que la repr&#233;sentation de la po&#233;sie en art-naphtaline, confortable, d&#233;coratif, &#233;tait omnipr&#233;sente. Il fallait aller dans l'autre sens. La po&#233;sie est sans int&#233;r&#234;t si elle est ornement ou suppl&#233;ment d'&#226;me. C'est ce que j'annonce au public lors des conf&#233;rences que je donne : &#8220;&lt;i&gt;Vous avez besoin de la po&#233;sie, mais pas pour les raisons que vous croyez.&lt;/i&gt;''&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons la chance de vivre dans une soci&#233;t&#233; qui tol&#232;re l'art, mais en contrepartie ce dernier est vid&#233; de sa vitalit&#233;. Il n'est plus effraction, mais son contraire : divertissement. Ce dernier peut &#234;tre virtuose, cela importe peu, sa finalit&#233; &#233;tant port&#233;e sur le confort. Il ne s'agit plus d'ouvrir &#224; l'impr&#233;vu mais d'asseoir l'existant. On voit ainsi dans le th&#233;&#226;tre public des lieux cr&#233;&#233;s &#224; l'origine pour l'&#233;mancipation collective, qui font appel &#224; des stars du cin&#233;ma, ou programment &#224; outrance Feydeau et autres vaudevilles. Et quand ils montent des projets plus ambitieux, la mise en sc&#232;ne tombe dans le spectaculaire ou l'esth&#233;tisme, faisant obstruction &#224; la complexit&#233; du sens. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Empoigner le sensible&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je revendique un engagement de l'art et de la po&#233;sie, mais ce n'est pas un enfermement. Un po&#232;me d'amour peut aussi &#234;tre un engagement ! Il est &#224; m&#234;me d'ouvrir des voies, de se faire universel &#8211; le ch&#244;meur ou le migrant ont autant besoin d'entendre parler d'amour que de r&#233;pression polici&#232;re. La litt&#233;rature doit attraper le r&#233;el par tous les bouts. Se cantonner au po&#232;me-tract, c'est ne prendre le r&#233;el que par une lorgnette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi une mani&#232;re de se rattacher aux &#233;motions v&#233;cues dans un monde o&#249; tout nous en d&#233;pouille. Il s'agit de retrouver le lien entre le corps et le sensible, qui est tout sauf un frein au politique. Nombre de po&#232;tes nourris d'id&#233;ologie ont &#339;uvr&#233; en ce sens. Pablo Neruda se situait ainsi &#224; la fois dans le concret et le sensuel : il ne dissociait pas le combat politique du sentiment amoureux, assaillait le r&#233;el de toutes parts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon dernier livre publi&#233; s'appelle &lt;i&gt;Po&#233;tique de la beaut&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cheyne, 2017.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. J'y professe qu'on ne peut pas penser l'av&#232;nement d'une soci&#233;t&#233; autre sans s'appuyer sur la beaut&#233;. Laquelle peut prendre de multiples formes : le visage d'un enfant, l'amour, etc. Et c'est une forme de combat. Dans ce livre, j'&#233;cris notamment ceci : &#8220;&lt;i&gt;La joie n'est pas un don, elle se conquiert.&lt;/i&gt;'' une id&#233;e proche de celles formul&#233;es par Andr&#233; Welter et Z&#233;no Bianu dans &lt;i&gt;Prendre feu&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gallimard 2013.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, appel &#224; la po&#233;sie v&#233;cue. Il s'agit de retrouver un corps-&#224;-corps avec le sensible. Et ce corps d'ardeur doit nourrir la pens&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Retour de la po&#233;sie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a eu une v&#233;ritable disparition de la po&#233;sie dans les ann&#233;es 1980 et 1990. Notamment parce que ladite &#8220;grande'' &#233;dition l'a abandonn&#233;e purement et simplement. Beaucoup de libraires ont suivi le mouvement. Et l'intelligentsia ne s'en est nullement &#233;mue. D'o&#249; le d&#233;sert travers&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la po&#233;sie fait retour. Un processus lent, difficile, paradoxal. Je le constate via les rencontres que je fais : beaucoup de jeunes se montrent int&#233;ress&#233;s, veulent &#233;crire, monter des spectacles, ouvrir des lieux d&#233;di&#233;s. Dans le m&#234;me temps s'est d&#233;velopp&#233; un r&#233;seau de petites maisons d'&#233;dition qui font un travail formidable. Si bien qu'il est aujourd'hui plus facile pour un jeune po&#232;te de trouver un &#233;diteur que dans les ann&#233;es 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transmission passe par des modes de diffusion particuliers : on est rarement dans l'&#233;v&#233;nement, dans la grande visibilit&#233;. Cela rel&#232;ve du souterrain, de la capillarit&#233;. Une histoire de rencontres, au sens premier du terme. De tous les arts, la po&#233;sie est le plus facilement partageable, sans dispositif. Si l'on a confiance dans sa force de percussion, de persuasion, il faut tout faire pour la propager de mani&#232;re franche, sans apparat, loin de toute tentation spectaculaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le Passeur &#233;diteur. Vient de sortir en poche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cheyne, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Gallimard 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le rap, c'&#233;tait pas mieux avant</title>
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		<dc:date>2019-07-12T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer, Mathieu Kiefer</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Le magasine en ligne L'Abcdr du son, v&#233;ritable bible du monde du rap, avec ses entretiens, ses playlists, ses chroniques et ses &#233;missions radios est un t&#233;moin majeur des &#233;volutions de la sc&#232;ne rap depuis plus de vingt ans. Entretien avec l'un de ses r&#233;dacteurs. Que pensez-vous de l'apparente d&#233;politisation des rappeurs mainstream par rapport aux succ&#232;s pass&#233;s de groupes qui se positionnaient davantage politiquement ? &#171; Avant de parler &#8220;d'apparente d&#233;politisation&#8221;, il faudrait d&#233;j&#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le magasine en ligne &lt;a href=&#034;http://www.abcdrduson.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'Abcdr du son&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, v&#233;ritable bible du monde du rap, avec ses entretiens, ses playlists, ses chroniques et ses &#233;missions radios est un t&#233;moin majeur des &#233;volutions de la sc&#232;ne rap depuis plus de vingt ans. Entretien avec l'un de ses r&#233;dacteurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2979 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L410xH400/-1218-1ec51.jpg?1782647962' width='410' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Arthur Plateau
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous de l'apparente d&#233;politisation des rappeurs mainstream par rapport aux succ&#232;s pass&#233;s de groupes qui se positionnaient davantage politiquement ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avant de parler &#8220;d'apparente d&#233;politisation&#8221;, il faudrait d&#233;j&#224; r&#233;pondre &#224; cette question : &#8220;Qu'est-ce qui est politique ?&#8221; Et l&#224; on s'aventure plut&#244;t vers la philosophie. Certains pensent que tout est politique, y compris simplement t&#233;moigner publiquement d'une r&#233;alit&#233;. D'autres pensent que la prise de parole politique doit respecter certaines th&#233;matiques, certains codes et surtout toujours servir une finalit&#233;, une action, voire une conqu&#234;te, qu'il faut d&#233;passer la description et le t&#233;moignage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La musique est souvent le reflet d'une &#233;poque et le rap n'&#233;chappe pas &#224; la r&#232;gle. L'action politique aujourd'hui, qu'elle soit port&#233;e au pouvoir ou alternative, s'&#233;chappe de plus en plus des partis, des structures politiques et des corps interm&#233;diaires. C'est une &#233;volution de la sph&#232;re politique au XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, et le rap &#233;tant tout sauf d&#233;connect&#233; de la soci&#233;t&#233;, il est &#224; mettre en parall&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, appeler au vote ou &#224; l'antiracisme universaliste &#233;tait la norme chez les rappeurs des ann&#233;es 1990. Leur discours sonnait &#8220;conscient&#8221;, adjectif qui en est finalement venu &#224; caract&#233;riser tout un pan de la sc&#232;ne rap hexagonale. Les codes &#233;taient ceux d'une lutte politique contre la mont&#233;e du Front national mais aussi contre les lois Debr&#233; ou Pasqua &lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lois anti-immigration vot&#233;es entre 1986 et 1997.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Si on veut sch&#233;matiser, aujourd'hui encore plus qu'hier, le rap est abstentionniste, dans le sens o&#249; il ne croit plus &#224; la politique &#8220;structurelle&#8221;. La d&#233;sillusion s'est accentu&#233;e ces vingt derni&#232;res ann&#233;es. Les personnes qui prennent la parole &#224; travers le rap ne comptent plus que sur elles-m&#234;mes et leur entourage. Mais est-ce qu'&#234;tre abstentionniste et d&#233;sabus&#233; tout en &#233;tant proche des siens revient &#224; &#234;tre d&#233;politis&#233; ? S&#251;rement pas. Est-ce que chanter une r&#233;alit&#233; froide, clinique, en voulant parfois faire danser les gens, emp&#234;che de lire un constat social entre les lignes, sous pr&#233;texte que les a&#238;n&#233;s ont eu des mots et des th&#232;mes tr&#232;s formalis&#233;s, parfois digne de la culture &#8220;tract&#8221; de la politique fa&#231;on ann&#233;es 1980 et 1990 ? Je ne crois pas. C'est simplement &#224; l'image de la soci&#233;t&#233; : se recentrer autour des siens et contourner les barri&#232;res de plus en plus nombreuses en refusant les chemins &#233;tablis, en renvoyant la d&#233;sillusion sociale et politique dans la figure de ceux qui tiennent de grands discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y a aussi toute une sc&#232;ne ind&#233;pendante, et pas forc&#233;ment &#226;g&#233;e, qui est tout autant la parole des sans-voix que les rappeurs &lt;i&gt;mainstream &lt;/i&gt;d'aujourd'hui. Voil&#224; pourquoi je suis g&#234;n&#233; par cette question : parce qu'elle semble partir du postulat que pour &#234;tre politique en 2019, il faudrait r&#233;p&#233;ter les codes du discours politique de 1997. On n'est plus en 1997, le monde a chang&#233; et la fa&#231;on d'exprimer sa politisation a chang&#233; avec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, un petit rappel historique : n'id&#233;alisez pas trop le rap d'il y a vingt ou trente ans. Qu'est-ce qui &#233;tait &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; en 1995 ou 1998 ? Les v&#233;ritables hits des deux derniers albums de NTM sont respectivement &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://youtu.be/kp1QxuX1nPI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Fi&#232;vre&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://youtu.be/0sqNqbfCGIo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ma Benz&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, qui ne parlent pas de grand-chose. Le titre &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://youtu.be/0N1kpukwybg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Voix du Mellow&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; de Mellowman &#233;tait tabass&#233; &#224; la radio pour faire danser. Le seul tube d'IAM, au sens multi-diffus&#233;, est &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://youtu.be/7ceNf9qJjgc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Je danse le MIA&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, le seul succ&#232;s public de Fabe est &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://youtu.be/6TTmVnm-HJ4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#199;a fait partie de mon pass&#233;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Certes, ces morceaux ne parlent pas de&lt;i&gt; success stories&lt;/i&gt;, mais il ne faut pas faire croire que le rap qui a un jour march&#233; de fa&#231;on massive &#233;tait politis&#233;. M&#234;me si Fabe, NTM ou IAM ont d&#233;fendu une v&#233;ritable conscience politique dans leur &#339;uvre, il n'a jamais &#233;t&#233; question d'avoir un rap politis&#233;, revendicatif et vindicatif qui soit diffus&#233; par les m&#233;dias de masse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a pourtant l'impression que le culte de sa propre &lt;i&gt;success story&lt;/i&gt; s'inscrit en plein dans une certaine vanit&#233; de l'&#233;poque et acte des impasses politiques profondes li&#233;es &#224; l'abandon des quartiers...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ego trip &lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Exercice de style o&#249; le rappeur d&#233;clame ses propres louanges.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; a toujours fait partie de cette musique. C'est juste sa forme qui a chang&#233;, et avec elle son objectif. De l'&#233;mulation entre rappeurs, on est pass&#233; en partie &#224; une comp&#233;tition contre la soci&#233;t&#233;, une envie de revanche sociale, &#224; mon sens bien l&#233;gitime. Pour beaucoup de gens, on na&#238;t dans une classe sociale et on y reste assign&#233; &#224; vie. D&#233;construire cela &#224; travers son propre succ&#232;s me semble tout &#224; fait normal, m&#234;me si esth&#233;tiquement, &#231;a manque parfois un peu d'exigence. Apr&#232;s, ce qui peut sembler vain est ce d&#233;sir d'argent, de mat&#233;rialit&#233;, peut-&#234;tre plus pr&#233;sent aujourd'hui qu'il y a quinze ans ou vingt-cinq ans. Mais on ne peut pas d&#233;cr&#233;ter qu'&#234;tre politique revient &#224; &#234;tre altermondialiste et faire du rap &#224; la Keny Arkana, aussi appr&#233;ciable soit-il. Enfin, les rappeurs ne sont pas tous dupes quant au succ&#232;s. Aujourd'hui, la plupart de ceux qui ont connu la gloire ces derni&#232;res ann&#233;es en rappent aussi les mauvais c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je regrette la perte de la culture du &lt;i&gt;freestyle &lt;/i&gt;et de la joute verbale, il faut reconna&#238;tre aux rappeurs la facult&#233; &#224; en dire plus en quelques mots que certains longs tracts politiques ou discours militants. On est aujourd'hui simplement dans quelque chose de plus &#8220;sensible&#8221;, au sens de l'&#233;motion directe, du regard froid et clinique sur certaines r&#233;alit&#233;s, un peu comme une photo sans commentaire. Tr&#232;s peu de rappeurs ressentent aujourd'hui le besoin de th&#233;oriser formellement leur discours politique. &#192; leur sens, leur r&#233;alit&#233; en dit d&#233;j&#224; assez. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tandis que sur les plateaux t&#233;l&#233; on continue &#224; globalement m&#233;priser les rappeurs, leur musique s'impose comme le courant musical le plus actif, rentable et novateur aujourd'hui en France...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une culture qui appartient &#224; ceux qui la vivent et la font vivre, pas &#224; des gens qui la commentent juste parce qu'elle marche et qui y voient en plus un moyen d'illustrer des th&#233;ories souvent naus&#233;abondes. Beaucoup de confr&#232;res ont refus&#233; les invitations m&#233;dias lors de la bagarre entre Kaaris et Booba &#224; Orly et, &#224; mon sens, c'est une r&#233;action tr&#232;s saine. Le rap, d'o&#249; qu'il vienne, n'a jamais attendu personne pour exister et produire, ni institution, ni radio, ni plateau t&#233;l&#233;. Il en a profit&#233; &#224; certains moments et tant mieux pour lui. Il les a subis plus souvent et c'est malheureux. Mais le &lt;i&gt;by us and for us&lt;/i&gt; ainsi que le&lt;i&gt; do it yourself&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Litt&#233;ralement &#171; Par nous et pour nous &#187; et &#171; Fais le toi-m&#234;me &#187;.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; restent totalement dans son ADN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, les gens qui ont grandi avec le rap arrivent dans la population active. Pour eux, c'est un genre musical comme un autre. Le jour o&#249; la t&#233;l&#233;vision apprendra &#224; ne plus inviter les quinze m&#234;me analystes sur tous les plateaux, qu'elle int&#233;grera dans ses r&#233;dactions des gens qui ont grandi sans fantasmes autour de ce genre musical, ce sera un grand pas. Aujourd'hui, le rap attire car il est extr&#234;mement visible et que des rappeurs cassant les codes propres aux genres suscitent la curiosit&#233;, souvent malsaine ou d&#233;plac&#233;e quand il s'agit de la t&#233;l&#233;vision ou de m&#233;dias g&#233;n&#233;ralistes. Cette musique fait encore partie des &#233;pouvantails dans une soci&#233;t&#233; fran&#231;aise qui a des comptes &#224; r&#233;gler avec elle-m&#234;me. Et encore, je n'&#233;voque m&#234;me pas son exotisation. Mais le jour o&#249; des rappeurs seront interrog&#233;s sur leur musique avant d'&#234;tre interrog&#233;s sur les fantasmes sociaux qu'ils sont suppos&#233;s incarner, on aura avanc&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'en est-il des r&#233;seaux ind&#233;pendants et autres productions moins visibles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les ind&#233;pendants savent se rencontrer entre eux, &#233;changer, monter des choses, m&#234;me si c'est parfois un peu rock'n'roll et artisanal. Ils n'en vivent pas dans leur immense majorit&#233;. C'est un public de niche, une sc&#232;ne vivante et plurielle avec de l'audace et de l'innovation. Il y a de super initiatives, notamment &lt;i&gt;live&lt;/i&gt;, comme le Scred Festival ou Le Demi Festival, qui connaissent un r&#233;el succ&#232;s. Quant &#224; la politisation, elle est parfois plus formelle que chez les t&#234;tes d'affiches actuelles, mais il y a aussi tout un pan de ce rap ind&#233;pendant qui fait des chansons pour se sentir bien ou simplement raconter des gal&#232;res ou des fa&#231;ons de faire la f&#234;te. Je retiens de ces productions moins visibles une v&#233;ritable envie de rester fid&#232;le &#224; des lignes de conduite, m&#234;me si pour certains, le peu d'&#233;cho est parfois tr&#232;s d&#233;courageant. Enfin, on assiste aussi &#224; des succ&#232;s ind&#233;pendants d'une ampleur &#233;norme. Jul ou PNL le sont, sans major, sans label. Que &#231;a plaise ou non, c'est une r&#233;alit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par C&#233;cile et Mathieu Kiefer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lois anti-immigration vot&#233;es entre 1986 et 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Exercice de style o&#249; le rappeur d&#233;clame ses propres louanges.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Litt&#233;ralement &#171; Par nous et pour nous &#187; et &#171; Fais le toi-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Penser avec sa chair</title>
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&lt;p&gt;Retour sur le dernier livre du philosophe Renaud Garcia, Le Sens des limites &#8211; Contre l'abstraction capitaliste. Le monde est plat. Largeur, longueur et basta. Exit la 3D, les reliefs et les couleurs. Nous sommes tous des triangles, des carr&#233;s et des cercles. On nous a g&#233;om&#233;tris&#233; la gueule. &#199;a s'est pass&#233; &#224; la fin du si&#232;cle d'avant. En 1884, le professeur et th&#233;ologien anglais Edwin A. Abbott publie Flatland, texte all&#233;gorique qui lui permet de d&#233;zinguer le corset de son &#233;poque (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Renaud-Garcia-4498" rel="tag"&gt;Renaud Garcia&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jean-Giono" rel="tag"&gt;Jean Giono&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Retour sur le dernier livre du philosophe Renaud Garcia, &lt;i&gt;Le Sens des limites &#8211; Contre l'abstraction capitaliste.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2898 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;98&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L180xH263/-1142-813ef.jpg?1782641300' width='180' height='263' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La couverture du livre &#034;Le sens des limites &#8211; Contre l'abstraction capitaliste&#034; de Renaud Garcia
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e monde est plat. Largeur, longueur et basta. Exit la 3D, les reliefs et les couleurs. Nous sommes tous des triangles, des carr&#233;s et des cercles. On nous a g&#233;om&#233;tris&#233; la gueule. &#199;a s'est pass&#233; &#224; la fin du si&#232;cle d'avant. En 1884, le professeur et th&#233;ologien anglais Edwin A. Abbott publie &lt;i&gt;Flatland&lt;/i&gt;, texte all&#233;gorique qui lui permet de d&#233;zinguer le corset de son &#233;poque victorienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un roman qui aura inspir&#233; Renaud Garcia pour son dernier ouvrage, tout juste publi&#233; &#224; L'&#201;chapp&#233;e : &lt;i&gt;Le Sens des limites &#8211; Contre l'abstraction capitaliste.&lt;/i&gt; &#171; &lt;i&gt;Les&lt;/i&gt; Flatlanders &lt;i&gt;sont incapables de comprendre ce que veulent dire les termes &#8220;en haut/en bas&#8221;, &#8220;s'&#233;lever&#8221;, &#8220;voir les choses &#224; distance&#8221;, &#8220;prendre du recul&#8221; ou &#8220;avoir un point de vue&#8221;&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume le philosophe, avant de faire un lien avec notre monde contemporain : &#171; &lt;i&gt;Il est de plus en plus difficile de se d&#233;sengluer des repr&#233;sentations &#233;conomiques de la vie en g&#233;n&#233;ral, et de ce que devrait &#234;tre une vie bonne en particulier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Garcia a de l'ambition&lt;/strong&gt;. Mais pas pour lui. Pour ses lectrices et lecteurs. Depuis la parution du &lt;i&gt;D&#233;sert de la critique&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le D&#233;sert de la critique &#8211; D&#233;construction et politique, L'&#233;chapp&#233;e, 2015.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, o&#249; il ambitionnait de re-cimenter nos appuis face &#224; certains d&#233;bords de la d&#233;ferlante postmoderne, il suit le m&#234;me fil. Celui d'une certaine tradition o&#249; se m&#234;lent plusieurs courants. Ph&#233;nom&#233;nologique. Psychanalytique. Marxiste. Anarchiste. Les mots pourraient impressionner. Ce serait dommage car le philosophe sait se faire fin passeur d'id&#233;es. Son verbe est &#224; mille lieues de toute boursouflure th&#233;orique ou embard&#233;e jargonneuse. un moment, il &#233;crit : &#171; &lt;i&gt; Ici, c'est la chair qui pense et incorpore dans l'action une gr&#226;ce chor&#233;graphique. &lt;/i&gt; &#187; Juste avant, il a cit&#233; un passage de &lt;i&gt;Que ma joie demeure&lt;/i&gt;, roman publi&#233; en 1935 par Jean Giono. On y voit le paysan Randoulet fauchant les bl&#233;s et tout autour les gens qui regardent, fascin&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Il lan&#231;ait la faux, la retenait, la faisait passer &#224; plat sur les pierres, plongeait du bout de la pointe, la relevait, la relan&#231;ait&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au travail abstrait promu en r&#233;gime capitaliste, Garcia oppose une &#171; praxis &lt;i&gt;vitale&lt;/i&gt; &#187;. un &#233;lan qui engage les corps, stimule les sens, d&#233;sentrave les imaginations, consolide les communaut&#233;s. D&#233;ployant son argumentaire, l'auteur passe &#224; la loupe ces niches dont nous avons &#233;t&#233; expropri&#233;s : l'habitat, le go&#251;t, le travail, le sommeil. L'amour. &#192; la place, la modernit&#233; nous promet un cimeti&#232;re d'alv&#233;oles &#8211; entre formol num&#233;rique et vitriol transhumaniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sous la plume du philosophe&lt;/strong&gt;, des vieux mots dont certains avaient act&#233; la d&#233;su&#233;tude refont surface. Peau neuve. &#171; &lt;i&gt; &#192; la crois&#233;e de l'exploitation et de l'ali&#233;nation, ce qui est mort se substitue peu &#224; peu &#224; ce qui reste en nous de vivant : notre &#233;nergie vitale, nos rapports gratuits, amicaux ou conviviaux.&lt;/i&gt; &#187; C'est un pari, n'est-ce pas, que de d&#233;cr&#233;ter que malgr&#233; les matraquages marchand et policier, nos entrailles ont r&#233;ussi &#224; pr&#233;server des instincts communautaires propres &#224; l'esp&#232;ce. Le clan, le collectif, la classe sociale. En fonction des ambitions &#233;mancipatrices, on choisira son agr&#233;gat. Le pouvoir nous veut monade. M&#233;duse m&#234;me pas urticante, d&#233;rivant au gr&#233; des courants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Garcia fait le pari du vernaculaire vu comme un &#171; &lt;i&gt;bastion critique&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;encourageant l'autonomie et int&#233;grant au monde ordinaire tout autant les &#234;tres naturels que les constructions artificielles &lt;/i&gt; &#187;. un programme qui ressemble furieusement &#224; une reprise en main. Du monde, des autres et de nous-m&#234;mes. &#199;a tombe bien : nous avons l&#224; les trois parties qui charpentent les quelque 300 pages du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La jupit&#233;rienne Macronie&lt;/strong&gt; n'est qu'une &#233;ni&#232;me &#8211; et vulgaire &#8211; acc&#233;l&#233;ration d'un vampirisme mondialis&#233;. La strat&#233;gie est simple : nous vider de nous-m&#234;me. Nous laisser &#224; l'&#233;tat de gangue interchangeable. S'il fallait r&#233;fl&#233;chir aux pr&#233;misses d'une contre-attaque enracin&#233;e, elle reposerait peut-&#234;tre sur l'id&#233;e suivante : &#171; &lt;i&gt;R&#233;veiller le vif sous l'abstraction morte.&lt;/i&gt; &#187; On encha&#238;nerait alors par cette sublime et subliminale perc&#233;e sign&#233;e Giono : &#171; &lt;i&gt;La beaut&#233; est un mot po&#233;tique. Ce sera d&#233;sormais un mot technique. Cette chair sera belle. Sa beaut&#233; est son exacte utilit&#233;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Navarro&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le D&#233;sert de la critique &#8211; D&#233;construction et politique, &lt;/i&gt;L'&#233;chapp&#233;e, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Sophie Bruneau : &#171; Le nouveau capitalisme nous cannibalise &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Sophie-Bruneau-Le-nouveau</link>
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		<dc:date>2019-04-02T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>monde</dc:subject>
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		<dc:subject>Charlotte Beradt</dc:subject>

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&lt;p&gt;R&#234;ver sous le capitalisme est un documentaire &#224; la fois magn&#233;tique et perturbant, o&#249; des travailleurs et travailleuses d&#233;crivent pr&#233;cis&#233;ment un r&#234;ve qui les hante, issu tout droit de leur environnement professionnel. R&#234;ver sous le capitalisme est un documentaire &#224; la fois magn&#233;tique et perturbant. &#192; l'&#233;cran, des plans fixes : immeuble de bureau illumin&#233;, parking de fast-food d&#233;sert, ligne de tram nocturne et... visages de personnes contant leur vie onirique perturb&#233;e. C'est la bande-son (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#234;ver sous le capitalisme&lt;/i&gt; est un documentaire &#224; la fois magn&#233;tique et perturbant, o&#249; des travailleurs et travailleuses d&#233;crivent pr&#233;cis&#233;ment un r&#234;ve qui les hante, issu tout droit de leur environnement professionnel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2857 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/-1106-56d2c.jpg?1782773999' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Alterego Films
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;R&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#234;ver sous le capitalisme&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Actuellement au cin&#233;ma, distribution Direction Humaine des Ressources.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; est un documentaire &#224; la fois magn&#233;tique et perturbant. &#192; l'&#233;cran, des plans fixes : immeuble de bureau illumin&#233;, parking de fast-food d&#233;sert, ligne de tram nocturne et... visages de personnes contant leur vie onirique perturb&#233;e. C'est la bande-son qui relie l'ensemble, soit les t&#233;moignages de douze personnes ayant vu le monde du travail s'inviter &#224; la hussarde dans leurs songes, recueillis par la r&#233;alisatrice Sophie Bruneau&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;j&#224; r&#233;alisatrice de Ils ne mouraient pas tous mais tous &#233;taient frapp&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Ces cadres, employ&#233;s ou m&#233;decins, d&#233;crivent pr&#233;cis&#233;ment un r&#234;ve qui les hante, issu tout droit de leur environnement professionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le message est limpide : la r&#233;alit&#233; du labeur contemporain, &lt;i&gt;manag&#233;&lt;/i&gt; jusqu'au trognon, d&#233;borde tant sur les affects qu'il n'existe plus d'espaces o&#249; lui &#233;chapper, m&#234;me la nuit.&#171; &lt;i&gt;Mon r&#234;ve commen&#231;ait ici sur cette chaise, par un tr&#232;s grand crack, un craquement, qui correspondait &#224; l'ouverture de ma calotte cr&#226;nienne&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moigne l'une des interview&#233;s. Avant de d&#233;crire de petits personnages plongeant de longues cuill&#232;res dans sa cervelle, de plus en plus profond&#233;ment. Le cauchemar, c'est maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les images de votre film sont presque banales, mais on en ressort secou&#233;, effar&#233; par la brutalit&#233; du constat. Comment le simple r&#233;cit de r&#234;ves peut-il &#234;tre si gla&#231;ant ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les images associ&#233;es aux r&#234;ves ne sont pas violentes au sens strict, mais elles transmettent une forme d'ambiance &#233;trange, une dimension d&#233;shumanis&#233;e qui se conjugue &#224; une dimension po&#233;tique relevant de l'impr&#233;vu dans le banal (un bal de mouettes sur un parking, le d&#233;placement d'une lampe de poche dans une tour de verre...). Les r&#234;ves sont des images parlantes qui d&#233;crivent, peut-&#234;tre de mani&#232;re plus violente que les images litt&#233;rales, ce monde du travail pris dans la tourmente d'un management d&#233;raisonnable. Les r&#234;ves manifestes, pour lesquels nous faisons clairement le lien entre le contenu et le contexte qui l'a engendr&#233;, sont comme un &#233;cho du jour. Le film recr&#233;e une communaut&#233; des songes, il propose une vision nocturne de ce qui se passe hors champ, &#224; l'ext&#233;rieur, dans le monde du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que nous r&#233;v&#232;le cette vision ? Des morts-vivants, le cadavre d'un travailleur inconnu, des momies, un meurtre, des pratiques cannibales&#8230; C'est une vision mortif&#232;re qui d&#233;voile le syst&#232;me capitaliste n&#233;olib&#233;ral. En ce sens, je pense que le r&#234;ve de cannibalisme racont&#233; par une m&#233;decin est la m&#233;taphore du film : le capitalisme nous cannibalise. Le capitalisme est profond&#233;ment mortif&#232;re, c'est ce que les douze r&#234;ves de travail nous disent de mani&#232;re condens&#233;e, d&#233;form&#233;e, exag&#233;r&#233;e. Ces histoires oniriques interpellent, &#224; l'image des masques de carnaval. Elles sont &#224; la fois po&#233;tiques et politiques, nous d&#233;placent pour mieux nous faire voir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre travail renvoie directement &#224; celui men&#233; par Charlotte Beradt en Allemagne de 1933 &#224; 1939, &lt;i&gt;R&#234;ver sous le III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Reich&lt;/i&gt;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le travail de Charlotte Beradt a &#233;t&#233; un &#233;l&#233;ment d&#233;clencheur. Elle a eu l'id&#233;e lumineuse que l'on r&#234;vait diff&#233;remment selon les r&#233;gimes politiques et que les r&#234;ves avaient la capacit&#233; de raconter l'&#233;poque. Les interdits, les humiliations, la peur, la chasse &#224; l'homme, la perte du langage&#8230; Elle a mis en &#233;vidence &#224; quel point le syst&#232;me barbare qui se mettait en place s'immis&#231;ait dans les vies priv&#233;es, jusque dans le sommeil. Cette lecture m'a fait comprendre que les r&#234;ves &#8211; et en particulier les r&#234;ves manifestes, qu'elle appelle les &lt;i&gt;r&#234;ves politiques &lt;/i&gt;&#8211; sont un mat&#233;riau anthropologique, r&#233;v&#233;lateur et significatif du champ social et des rapports qui s'y jouent. Ils ont valeur de message, sont capables de mettre au monde le sens de l'&#233;poque. Ce sont des r&#233;cits extr&#234;mement intimes qui r&#233;sonnent au-del&#224; de leurs propri&#233;taires.&lt;i&gt; Je&lt;/i&gt; est un &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; dans le r&#234;ve, et cet autre r&#233;sonne pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne fais pas d'amalgame entre les &#233;poques, mais je vois des processus &#224; l'&#339;uvre, que d'autres ont analys&#233;s. Dans son livre&lt;i&gt; Souffrance en France &#8211; La banalisation de l'injustice sociale &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Seuil, 1998.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, Christophe Dejours, psychiatre sp&#233;cialiste du travail, d&#233;crit l'utilisation manag&#233;riale de la peur dans les entreprises. Elle s'est inscrite dans les rapports de travail : peur de ne pas &#234;tre &#224; la hauteur, peur de perdre son emploi&#8230; Cette peur est associ&#233;e &#224; &#8220; une menace &#224; la pr&#233;carisation &#8221;, ce qui est diff&#233;rent de la pr&#233;carit&#233;, parce que ce syst&#232;me est con&#231;u comme tel. La peur entra&#238;ne des conduites de soumission et d'ob&#233;issance et,&lt;i&gt; in fine&lt;/i&gt;, elle annihile la facult&#233; de penser. C'est une strat&#233;gie de d&#233;fense. Par ailleurs, en utilisant le levier des ch&#244;meurs qui attendent &#224; la porte, on parvient &#224; tout faire accepter par des travailleurs en sous-effectif, m&#234;me les choses qui vont contre les r&#232;gles du m&#233;tier, l'&#233;thique professionnelle, la morale ou le simple bon sens. D'autant que dehors, c'est le d&#233;tricotage de la S&#233;curit&#233; sociale. Ils sont pris entre le marteau et l'enclume&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2858 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/-1107-396e5.jpg?1782773999' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Alterego Films
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tous les r&#234;ves recueillis semblent tendre &#224; un m&#234;me constat, celui d'un monde du travail devenu fou...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Certains r&#234;ves me font voir un monde d&#233;raisonnable o&#249; la folie a pris le pouvoir. &#192; travers ces douze r&#234;ves de travail, et leur interpr&#233;tation par les r&#234;veurs, on entend une seule et m&#234;me r&#233;alit&#233;, comme s'ils parlaient d'une m&#234;me voix : les r&#233;sultats exig&#233;s sont intenables, le mensonge r&#232;gne, les ambiances sont d&#233;l&#233;t&#232;res, l'isolement et la mise en concurrence g&#233;n&#232;rent de la souffrance individuelle, la surveillance et le contr&#244;le marchent &#224; plein, notamment via l'outil informatique, la taylorisation des activit&#233;s a pris pied dans le tertiaire et la perte de sens s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;e. On mesure tout, m&#234;me le qualitatif. Et tout cela se passe dans des espaces de plus en plus d&#233;personnalis&#233;s o&#249; tout le monde se regarde et s'&#233;coute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au fur et &#224; mesure du film, les r&#234;veurs et r&#234;veuses se parlent &#224; travers le jeu des r&#233;currences. Ces r&#233;sonances sugg&#232;rent un monde ext&#233;rieur nocif dans lequel ils n'ont plus envie de retourner. Leur r&#233;alit&#233; au travail est plus noire que leurs vrais cauchemars. Le film a d'ailleurs failli emprunter le nom d'une c&#233;l&#232;bre gravure de Goya, r&#233;alis&#233;e fin XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, &#224; une p&#233;riode sombre de l'histoire espagnole, laquelle s'intitule : &lt;i&gt;Le Sommeil de la raison engendre des monstres&lt;/i&gt;. &#192; l'&#233;coute de tous ces r&#233;cits de r&#234;ves de travail, durant le temps de ma collecte, entre 2012 et 2017, j'ai eu le sentiment profond que l'&#233;poque avait perdu la raison et que les monstres &#233;taient devenus r&#233;els. Le monde du travail est &#224; l'image de notre environnement. Les r&#234;ves nous le disent &#224; leur mani&#232;re, de fa&#231;on criante : le capitalisme n&#233;olib&#233;ral court &#224; notre perte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Actuellement au cin&#233;ma, distribution Direction Humaine des Ressources.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;j&#224; r&#233;alisatrice de&lt;i&gt; Ils ne mouraient pas tous mais tous &#233;taient frapp&#233;s &lt;/i&gt;(2006), documentaire suivant les consultations m&#233;dicales de personnes en souffrance au travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le Seuil, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Changer de vie ? Les conseils de &#171; CQFD &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Changer-de-vie-Les-conseils-de</link>
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		<dc:date>2018-10-18T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec, Julien Tewfiq</dc:creator>


		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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&lt;p&gt;Plut&#244;t que de jeter le capitalisme avec l'eau du salariat en lisant ce sinistre dossier sur le &#171; refus de parvenir &#187;, vous, lecteurs et lectrices, devriez suivre les glorieux exemples des changements de vie que nous offrent les vrais m&#233;dias qui ne vous dominent pas pour rien. On ne vous apprend rien, les m&#233;dias, et donc les vrais Fran&#231;ais, raffolent de la comp&#233;tition et des success-stories. La gagne, il n'y a que &#231;a de vrai. Et pourtant, force est de constater que de plus en plus de monde (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sens" rel="tag"&gt;sens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vrais-Francais" rel="tag"&gt;vrais Fran&#231;ais&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gagne" rel="tag"&gt;gagne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Plut&#244;t que de jeter le capitalisme avec l'eau du salariat en lisant ce sinistre dossier sur le &lt;a href=&#034;#ancre&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;&#171; refus de parvenir &#187;&lt;/a&gt;, vous, lecteurs et lectrices, devriez suivre les glorieux exemples des changements de vie que nous offrent les vrais m&#233;dias qui ne vous dominent pas pour rien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On ne vous apprend rien, les m&#233;dias, et donc les vrais Fran&#231;ais, raffolent de la comp&#233;tition et des &lt;i&gt;success-stories&lt;/i&gt;. La gagne, il n'y a que &#231;a de vrai. Et pourtant, force est de constater que de plus en plus de monde trouve son job peu &#233;panouissant et r&#234;ve d'une autre vie qui aurait plus de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, plut&#244;t que de vous complaire avec &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; et celles et ceux qui refusent de parvenir, penchez-vous sur ceux-l&#224; qui &#171; changent de vie &#187; pour &#171; donner un sens &#224; leur existence &#187; tant que ce sens demeure... la gagne. Par exemple, ce charmant couple de Belges dont France 3 nous fait partager l'intimit&#233; et les raisons de leur succ&#232;s&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;France 3, &#171; 13 h 15 &#187; du 16/01/16.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : ils ne supportaient plus d'&#234;tre de jeunes cadres dynamiques &#224; Bruxelles et ont d&#233;cid&#233; d'ouvrir un h&#244;tel en Normandie. Pourquoi pas ? Du moment qu'il s'agit d'un h&#244;tel 4 &#233;toiles ! Deux ans de travaux, trois enfants et &#171; &lt;i&gt;l'aventure continue&lt;/i&gt; &#187;. L'important, &#233;videmment, c'est de continuer, d'aller de l'avant, de ne pas se contenter de ce qu'on a, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retrouver ce genre de discours dans la presse bizness et patronale est attendu. Et pourtant, c'est dans la presse f&#233;minine qu'on trouve les exemples les plus savoureux de ces aventuri&#232;res des temps modernes qui osent &#171; &lt;i&gt;changer de vie&lt;/i&gt; &#187;. Chez &lt;i&gt;Marie Claire&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Changer de vie : et si on osait tout plaquer ? &#187;, Marie Claire.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, le risque de changer de vie est &#171; &lt;i&gt;&#224; assumer et &#224; revendiquer&lt;/i&gt; &#187;. Celui de vivre sans travailler ? Non, paresseux ! Celui de prendre un &#171; &lt;i&gt;nouvel envol professionnel&lt;/i&gt; &#187; forc&#233;ment &#171; &lt;i&gt;salvateur pour vos neurones&lt;/i&gt; &#187;. La preuve ? &#171; &lt;i&gt;Les c&#233;l&#233;brit&#233;s de la mode &#8211; top models, mannequins &lt;/i&gt;(sic)&lt;i&gt; &#8211; en savent quelque chose. Elles poursuivent leur carri&#232;re au cin&#233;ma, dans les affaires, le textile...&lt;/i&gt; &#187; Vous n'avez qu'&#224; faire la m&#234;me chose, bande de feignasses ! Et &lt;i&gt;Marie Claire&lt;/i&gt; d'enfoncer le clou : &#171; &lt;i&gt;S'adapter deviendra alors votre leitmotiv.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Adaptation, flexibilit&#233;, esprit d'entreprise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous, l&#224;, qui perdez votre temps &#224; lire ce journal, prenez plut&#244;t exemple sur cette Virginie Pham dont &lt;i&gt;Cheek Magazine&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le pure player f&#233;minin de la g&#233;n&#233;ration Y &#187; (Comprenne qui pourra, Ndlr), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; nous dresse un portrait avantageux : cette grande rebelle a abandonn&#233; sa confortable position d'ing&#233;nieure nucl&#233;aire pour devenir &#171; &lt;i&gt;entrepreneuse dans le secteur cosm&#233;tique&lt;/i&gt; &#187;. Car, bien &#233;videmment, quitter le salariat ne vaut vraiment que si c'est pour se lancer dans l'entrepreneuriat, &#233;ventuellement bio et &#233;quitable pour faire chic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Madame Figaro&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ces quadras qui ont chang&#233; de vie &#187;, Madame Figaro, 14/10/13.&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, une quadra qui a os&#233; changer de vie nous explique en substance que devenir patronne, c'est comme &#171; &lt;i&gt;devenir m&#232;re &lt;/i&gt; &#187;, &#231;a change tout. Alors vous, les feignants de pauvres, inspirez-vous de Fanny Picard qui, &#224; 45 ans, &#171; &lt;i&gt;apr&#232;s avoir &#233;volu&#233; dans le secteur ultra-concurrentiel de la banque d'affaires et de l'investissement&lt;/i&gt; &#187;, a tout chang&#233; dans sa vie quand elle a lanc&#233; AlterEquity3p, &#171; &lt;i&gt;un fonds d'investissement &#233;thique&lt;/i&gt; &#187;. Avouez que c'est quand m&#234;me plus classe que d'aller &#233;lever des ch&#232;vres dans le Tarn ou planter des choux sur une Zad !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si par hasard, vous aviez d&#233;j&#224; pass&#233; l'&#226;ge du boulot, sachez qu'il n'est pas trop tard pour changer de vie. Et cette fois c'est l'indispensable magazine des seniors, &lt;i&gt;Notre Temps&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; 60 ans : Et si j'osais changer de vie ? &#187;, Notre Temps, 14/09/15.&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, qui nous l'explique dans un article judicieusement titr&#233; : &#171; 60 ans, et si j'osais changer de vie ? &#187; Apr&#232;s une rapide mise en garde de bon sens (&#171; &lt;i&gt;L'herbe n'est pas forc&#233;ment plus verte ailleurs&lt;/i&gt; &#187;), c'est encore le discours de la gagne : &#171; &lt;i&gt;R&#233;inventer son existence&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;accepter de l&#226;cher le pass&#233;&lt;/i&gt; &#187;... Pour Mireille, 64 ans, &#231;a a &#233;t&#233; un divorce et un remariage ! Pourquoi pas vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, les &lt;i&gt;losers&lt;/i&gt;, plut&#244;t que d'aller grogner dans la rue contre on ne sait quelle loi Travail, &#233;coutez ce que les grands m&#233;dias vous r&#233;p&#232;tent &#224; longueur de page et d'antenne : relevez vos manches, entrez dans la spirale de la gagne... changez de vie !&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Julien Tewfiq&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Parvenir, c'est trop dur&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Macron, ce Kerviel qui boursicote en politique, voudrait qu'on s'attendrisse sur le sort des patrons &#8211; sans doute pour justifier tous les cadeaux que leur fait la loi Travail de M&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt; El Khomri. &#171; &lt;i&gt;La vie d'un entrepreneur est bien souvent plus dure que celle d'un salari&#233;, il ne faut pas l'oublier. Il peut tout perdre, lui. Et il a moins de garanties. &lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le sermon, ici en italique, a &#233;t&#233; prononc&#233; par Emmanuel Macron sur BFM-TV, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; La grande solitude du calcul &#233;go&#239;ste, pr&#233;sent&#233;e d'habitude comme un h&#233;ro&#239;sme de &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/yuppie&#034; class=&#034;spip_glossaire&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;yuppie&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, nous revient l&#224;, tel un renvoi acide apr&#232;s un repas trop riche, sous forme de j&#233;r&#233;miades. &#171; &lt;i&gt;L'entrepreneur se dit : est-ce que j'ai le droit de me tromper ?&lt;/i&gt; &#187; Ce &#224; quoi tout humain normalement constitu&#233;, qu'il appartienne &#224; une communaut&#233; paysanne d'un pays du Sud ou &#224; une coop&#233;rative ouvri&#232;re, pourrait r&#233;pondre par cette &#233;vidence : on r&#233;fl&#233;chit mieux &#224; plusieurs et les risques partag&#233;s sont moins lourds &#224; porter&#8230;, &#224; condition de partager aussi le fruit du labeur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Est-ce que si &#231;a va mal demain, je pourrai m'adapter ?&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;meut Macron, toujours dans la peau du pauvre patron. Et gr&#226;ce &#224; sa roublarde inversion, on d&#233;couvre qu'il n'y a pas pire inadapt&#233; que l'antisocial paradigmatique qu'on s'&#233;vertue &#224; donner en exemple aux travailleurs : leur chef. Qui souffre. &#171; &lt;i&gt;Quand on peut s'organiser de mani&#232;re plus souple, on peut s'adapter&lt;/i&gt; &#187;, geint encore le ministre. Et l&#224;, on se pince : le jeune loup de la finance socialiste vient d'avouer tout haut ce que les ferrailleurs, les RSAstes d&#233;brouillards, les trimardeurs au black et autres aventuriers de l'activit&#233; informelle mettent en pratique tout bas. Fallait le dire !&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;ancre&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; lire aussi&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no142-special-refus' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le sommaire du n&#176; 142&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Refus-de-parvenir' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'introduction du dossier &#171; Refus de parvenir &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Chemins-de-traverse-ne-pas-revenir' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Chemins de traverse : Ne pas revenir... &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Bartleby-ou-la-lecon-de-volonte' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Bartleby ou la le&#231;on de volont&#233; &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Chemins-de-traverse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Chemins de traverse... cinq histoires &#187;&lt;/a&gt; &lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Bartleby-ou-la-lecon-de-volonte' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Les &#034;anars&#034; &#187;&lt;/a&gt; &lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Nouvelle-economie-rebondissez' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; La r&#233;cup&#233;ration &#8211; Nouvelle &#233;conomie : rebondissez ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Les-perdants-magnifiques-du-cinema' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Les perdants magnifiques du cin&#233;ma am&#233;ricain &#187;&lt;/a&gt; &lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;France 3, &#171; 13 h 15 &#187; du 16/01/16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Changer de vie : et si on osait tout plaquer ? &#187;, &lt;i&gt;Marie Claire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Le &lt;i&gt;pure player&lt;/i&gt; f&#233;minin de la g&#233;n&#233;ration Y &#187; (Comprenne qui pourra, Ndlr), &lt;i&gt;Cheek Magazine&lt;/i&gt;, 14/09/15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Ces quadras qui ont chang&#233; de vie &#187;,&lt;i&gt; Madame Figaro&lt;/i&gt;, 14/10/13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; 60 ans : Et si j'osais changer de vie ? &#187;, &lt;i&gt;Notre Temps&lt;/i&gt;, 14/09/15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le sermon, ici en italique, a &#233;t&#233; prononc&#233; par Emmanuel Macron sur BFM-TV, le 20 janvier 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Syrie : &#171; De cette exp&#233;rience de souffrance, nous pouvons extraire un sens d'&#233;mancipation &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Syrie-De-cette-experience-de</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Syrie-De-cette-experience-de</guid>
		<dc:date>2018-02-15T07:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Omar Ibrahim</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>syrienne</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Yassin al-Haj Saleh est un &#233;crivain syrien, connu pour &#234;tre un des th&#233;oriciens de la r&#233;volution syrienne. En 1980, &#224; l'&#226;ge de 19 ans, il est emprisonn&#233; pour seize ann&#233;es par le r&#233;gime d'Assad en tant que militant communiste. De cette exp&#233;rience, il en ressortira un livre, R&#233;cits d'une Syrie oubli&#233;e &#8211; Sortir la m&#233;moire des prisons, &#233;dit&#233; par Les Prairies ordinaires en avril dernier. Aujourd'hui r&#233;fugi&#233; &#224; Istanbul, Yassin al-Haj Saleh revient pour CQFD sur son exp&#233;rience de la prison et celles (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no136-octobre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;136 (octobre 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Omar-Ibrahim" rel="tag"&gt;Omar Ibrahim&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/politique" rel="tag"&gt;politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pays-904" rel="tag"&gt;pays&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Revolution" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Syriens" rel="tag"&gt;Syriens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sens" rel="tag"&gt;sens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/syrienne" rel="tag"&gt;syrienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Samira" rel="tag"&gt;Samira&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/experience" rel="tag"&gt;exp&#233;rience&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Yassin al-Haj Saleh est un &#233;crivain syrien, connu pour &#234;tre un des th&#233;oriciens de la r&#233;volution syrienne. En 1980, &#224; l'&#226;ge de 19 ans, il est emprisonn&#233; pour seize ann&#233;es par le r&#233;gime d'Assad en tant que militant communiste. De cette exp&#233;rience, il en ressortira un livre, &lt;i&gt;R&#233;cits d'une Syrie oubli&#233;e &#8211; Sortir la m&#233;moire des prisons&lt;/i&gt;, &#233;dit&#233; par Les Prairies ordinaires en avril dernier&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;2015. Note du webmaster.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Aujourd'hui r&#233;fugi&#233; &#224; Istanbul, Yassin al-Haj Saleh revient pour &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; sur son exp&#233;rience de la prison et celles de la r&#233;volution et de l'exil, mais aussi sur l'importance de la question culturelle syrienne pour lutter contre l'oubli.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2059 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH402/-338-0bfec.jpg?1782644028' width='400' height='402' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Omar Ibrahim.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles &#233;taient tes activit&#233;s depuis ta sortie de prison en 1996 ? Comment t'es-tu engag&#233; dans la r&#233;volution syrienne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Yassin al-Haj Saleh :&lt;/strong&gt; En sortant de prison, &#224; 35&#8200;ans, j'ai termin&#233; mon cursus de m&#233;decine que j'avais commenc&#233; juste avant mon incarc&#233;ration, mais je n'ai jamais pratiqu&#233;. J'ai commenc&#233; alors &#224; &#233;crire sur les faits politiques, sociaux et culturels en Syrie et au sein du monde arabe dans divers journaux comme &lt;i&gt;Al-Nahar, Al-Quds al-Arabi&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Al-Jamhouriya&lt;/i&gt;. Durant les deux premi&#232;res ann&#233;es de la r&#233;volution, avec ma femme, Samira Khalil, qui elle aussi a &#233;t&#233; emprisonn&#233;e par le r&#233;gime de 1987 &#224; 1991, nous nous sommes engag&#233;s dans la mise en place des comit&#233;s locaux de coordination &#224; Damas. J'ai v&#233;cu ces deux ann&#233;es en clandestinit&#233; car les forces de s&#233;curit&#233; pouvaient m'incarc&#233;rer &#224; nouveau. J'&#233;crivais &#233;norm&#233;ment pour couvrir ce qui se passait alors et je voulais m'exprimer librement et sereinement sur ce moment exceptionnel pour notre pays. Durant 16&#8200;mois, notre ennemi commun &#233;tait Bachar al-Assad. Puis le conflit s'est internationalis&#233; avec l'arriv&#233;e des djihadistes, l'aide de l'Iran et de la Russie au r&#233;gime&#8230; La situation est devenue plus confuse et nous avons d&#251; nous cacher &#224; Douma, dans la Ghouta lib&#233;r&#233;e, en avril 2013. Deux mois plus tard, je suis parti pour Raqqa, ma ville natale et sur la route, j'ai appris que deux de mes fr&#232;res avaient &#233;t&#233; kidnapp&#233;s par Daech, et encore aujourd'hui je ne sais pas ce qu'il est advenu de l'un d'eux, Feras. En octobre, je suis parti pour Istanbul. Samira n'a pas voyag&#233; avec moi car le trajet &#233;tait trop p&#233;rilleux et ma situation &#233;tait plus dangereuse que la sienne : j'&#233;tais &#224; ce moment recherch&#233; &#224; la fois par le r&#233;gime et dans le collimateur de Daech. Le 9&#8200;d&#233;cembre 2013, deux mois apr&#232;s mon arriv&#233;e &#224; Istanbul, Samira a &#233;t&#233; enlev&#233;e par un groupe arm&#233; islamiste de Douma avec trois autres militants, Razan Zaitouneh, Wael Hamada et Nazem al-Hammadi&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une campagne internationale a &#233;t&#233; mise en place en solidarit&#233; avec &#171; Les 4 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Je n'ai depuis aucune nouvelle d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'essaie encore aujourd'hui de me battre pour plus de compr&#233;hension face &#224; cette guerre complexe afin de donner une base politique efficace &#224; notre lutte. Face &#224; la tyrannie du r&#233;gime et &#224; la tyrannie des groupes islamistes, mon r&#244;le, en tant qu'&#233;crivain, c'est d'exprimer la dignit&#233; de notre peuple et de notre r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3326 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH600/-16-ec6f5.png?1782773115' width='500' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu fais un parall&#232;le entre tes ann&#233;es de prison, la r&#233;volution et l'exil. En quoi ces exp&#233;riences peuvent-elles &#234;tre &#233;mancipatrices ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, ma condition n'est pas celle d'un exil&#233;. Premi&#232;rement, comme Samira est toujours prisonni&#232;re, mon identit&#233; est fragment&#233;e, je ne me sens pas enti&#232;rement moi-m&#234;me ici &#224; Istanbul. Deuxi&#232;mement, je n'ai pas quitt&#233; le pays pour &#171; survivre &#187; et je partage actuellement avec la moiti&#233; de la population syrienne une exp&#233;rience de masse. Exil&#233; n'est pas le bon mot. Je suis un intellectuel de la classe moyenne, un &#233;crivain qui peut continuer ici &#224; exercer son m&#233;tier : tenter de donner un sens &#224; cette exp&#233;rience, qui, j'en suis s&#251;r, transformera en profondeur la soci&#233;t&#233; syrienne. De cette exp&#233;rience de souffrance qu'est notre actuelle condition de r&#233;fugi&#233;, nous pouvons extraire un sens d'&#233;mancipation. Mes ann&#233;es en prison ont &#233;t&#233; une guerre personnelle, et malgr&#233; l'isolement, malgr&#233; la torture, j'ai &#171; aim&#233; &#187; mon exp&#233;rience de prisonnier. Elle m'a lib&#233;r&#233; de mon id&#233;ologie politique, m'a apport&#233; d'autres savoirs, une culture &#224; part enti&#232;re, une nouvelle m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi la r&#233;volution syrienne &#233;tait porteuse d'un changement potentiel in&#233;dit : je voulais revivre cette exp&#233;rience &#233;mancipatrice rare et c'est pourquoi je suis rentr&#233; en clandestinit&#233;, pour vivre pleinement et librement ce moment. Je me suis engag&#233; pour changer mon pays mais aussi pour me changer moi-m&#234;me enti&#232;rement une seconde fois, &#224; l'&#226;ge de 50&#8200;ans. Mais cette exp&#233;rience s'est r&#233;v&#233;l&#233;e tragique et je commence &#224; penser qu'il valait peut-&#234;tre mieux ne pas esp&#233;rer &#234;tre personnellement transform&#233; &#224; nouveau&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ne te sens-tu pas paradoxalement plus libre &#224; Istanbul qu'en Syrie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai une certaine libert&#233; ici, certes, dans le sens o&#249; je me sens plus en s&#233;curit&#233;, &#233;loign&#233; de la possibilit&#233; de la prison et de la torture. Mais ma relative libert&#233; n'a pas de sens car elle reste une exp&#233;rience individuelle, elle n'est pas ancr&#233;e dans une libert&#233; collective. Cette libert&#233; individuelle n'est pas productive pour les Syriens, elle ne nous lib&#232;re pas nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi avoir refus&#233; l'asile politique en Europe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fait une demande d'asile politique aupr&#232;s d'un pays de l'Union europ&#233;enne que je ne citerai pas. Samira n'avait pas encore &#233;t&#233; captur&#233;e &#224; cette &#233;poque et nous y avions des amis ainsi qu'une connaissance qui &#233;tait proche d'un fonctionnaire du minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res de ce pays. Apr&#232;s avoir commenc&#233; les d&#233;marches administratives, j'ai r&#233;alis&#233; l'entretien pr&#233;alable pour demander le statut de r&#233;fugi&#233; politique. Mais j'ai &#233;t&#233; trop honn&#234;te en affirmant que je ne voulais pas leur &#234;tre redevable en quoi que ce soit et que je pouvais gagner ma propre vie. Tout est fait pour que l'on mente lors de cet entretien, mais j'avais juste besoin d'un passeport, pas d'une maison ou d'argent. Je ne voulais pas &#234;tre dans une deuxi&#232;me prison &#224; ciel ouvert ! L'asile politique est un syst&#232;me paternaliste auquel il faut se plier et qui nous d&#233;pouille de notre individualit&#233; politique en &#233;change de la s&#233;curit&#233; et de revenus. La tr&#232;s grande majorit&#233; des Syriens n'ont pas de passeport et c'est une situation particuli&#232;re que la communaut&#233; internationale a refus&#233; d'admettre, ce qui ne nous facilite pas nos mouvements. Cela participe &#224; prolonger &#224; l'&#233;chelle mondiale la politique r&#233;pressive du r&#233;gime envers les Syriens. J'ai d&#233;cid&#233; de rester en Turquie o&#249; je me sens plus proche des deux millions de mes compatriotes et &#224; proximit&#233; g&#233;ographique de la Syrie et de Samira. Je pense qu'il n'existe plus de potentiel r&#233;volutionnaire en Europe. Trois cents ans de domination europ&#233;enne nous ont enseign&#233; la condescendance : il faut d&#233;sormais apprendre &#224; nous soustraire &#224; la violence h&#233;g&#233;monique occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est ton regard actuel sur la gauche internationale depuis la guerre en cours en Syrie ? Te consid&#232;res-tu toujours comme communiste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une certaine gauche, notamment arabe, la situation syrienne n'est pas un &#233;chec. Beaucoup d'entre eux sont rest&#233;s des orphelins de l'URSS et sont sur une ancienne ligne anti-imp&#233;rialiste, revendiquant un &#201;tat paternaliste, ce qui les am&#232;ne &#224; soutenir des personnages autoritaires comme Assad, Saddam Hussein, le colonel Kadhafi ou Hugo Chavez. Ce sont en quelque sorte des fondamentalistes au m&#234;me titre que les islamistes. Quant &#224; la gauche internationale, elle a perdu toute perspective historique, elle est seulement, et on le voit en Europe, dans une position de gestion des crises. Ils sont &#173;europ&#233;ano-centr&#233;s, et se foutent de la r&#233;alit&#233; sociale syrienne, du fait religieux dans notre pays, de l'histoire de la gauche syrienne. Ils pr&#233;f&#232;rent ainsi se focaliser sur Daech, qui tue de fa&#231;on spectaculaire, plut&#244;t que sur Bachar al-Assad, qui nous massacre tous les jours, mais de fa&#231;on plus insidieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis toujours de gauche bien entendu. A l'&#233;poque o&#249; je me suis fait emprisonner comme militant communiste, notre groupe d'&#233;tudiants critiquait le syst&#232;me sovi&#233;tique et la d&#233;pendance du Parti communiste syrien envers Moscou. On &#233;tait influenc&#233;s par le communisme europ&#233;en, les mouvements de gauche de l'Italie des ann&#233;es 1970. Mes lectures en prison associ&#233;es &#224; mes &#171; racines dissidentes &#187; et &#224; la chute du mur de Berlin ont reconfigur&#233; mon engagement communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; ce qu'a perp&#233;tr&#233; le clan Assad dans notre pays, je me d&#233;finis aujourd'hui davantage comme un d&#233;fenseur de la r&#233;appropriation de l'&#201;tat, au m&#234;me titre qu'il faut se r&#233;approprier nos moyens de production ou notre culture. L'&#201;tat peut &#234;tre un v&#233;ritable L&#233;viathan lorsqu'il est aux mains de la production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont tes activit&#233;s aujourd'hui &#224; Istanbul ? Pourquoi engager un travail de r&#233;flexion sur la culture ?&lt;/strong&gt; Je suis un des sept co-fondateurs d'&lt;a href=&#034;https://fr-fr.facebook.com/Hamisch-474575212646327/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hamisch&lt;/a&gt;, qui signifie &#171; la marge &#187; en arabe. C'est un centre culturel ind&#233;pendant syrien, cr&#233;&#233; en mars 2014 par des Syriens et des Turcs qui se veut un espace d'&#233;change d'exp&#233;riences et de pratiques autour de l'art, de la politique, de l'identit&#233;, de l'exil. C'est aussi un lieu de coop&#233;ration entre artistes, universitaires, militants et &#233;crivains pour briser les fronti&#232;res entre l'intellectuel et le non-intellectuel, le politique au sens &#233;troit du terme et le non-politique. Nous organisons ainsi r&#233;guli&#232;rement des projections de documentaires, des conf&#233;rences, des expositions ou des concerts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre objectif avec Hamisch, c'est de donner une visibilit&#233; aux Syriens non pas en tant que &#171; victimes &#187;, mais en tant qu'individus cr&#233;atifs capables de se r&#233;volter, en tant que peuple capable de r&#233;inventer son identit&#233; et sa culture. Comme pour un prisonnier, le pire sentiment pour un r&#233;fugi&#233; c'est l'attente. Et pour tuer l'attente, nous nous parlons. Nous &#233;tions en Syrie dans un r&#233;gime qui niait nos vies, nos histoires. C'est un syst&#232;me d'oubli qui efface toute m&#233;moire collective et contr&#244;le nos peines et nos souffrances. Face &#224; cette machine &#233;tatique qui anonymise pour mieux r&#233;gner, les Syriens doivent se r&#233;approprier leur r&#233;cit pour lutter contre l'oubli. Nombre de Syriens sont pass&#233;s par les ge&#244;les d'Assad, nombre d'hommes et de femmes se sont engag&#233;s dans la r&#233;volution et la moiti&#233; du pays &#8211; qu'ils soient sunnites, chiites, Kurdes ou chr&#233;tiens &#8211; est aujourd'hui en exil. Ces m&#233;moires communes doivent servir de base collective pour reconstruire la soci&#233;t&#233; syrienne et engager une r&#233;volution culturelle. La culture est un espace strat&#233;gique de la pens&#233;e qui peut nous permettre de donner un sens &#224; notre situation actuelle. Et si en arabe, il y a une assonance entre les mots pour dire &#171; terre d'oubli &#187; et &#171; exil &#187;, il en existe aussi une entre &#171; souffrance &#187; et &#171; sens &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;2015. Note du webmaster.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une &lt;a href=&#034;https://douma4.wordpress.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;campagne internationale&lt;/a&gt; a &#233;t&#233; mise en place en solidarit&#233; avec &#171; Les 4 de Douma &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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