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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La po&#233;sie contre le lamento</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Mortibus, la po&#233;sie ? Foul&#233;e aux pieds par l'&#233;poque et son imaginaire en toc ? On dirait bien. Jusqu'au mitan du XXe si&#232;cle, les po&#232;tes se trouvaient en premi&#232;re ligne des &#233;tincelles historiques, compagnons de route et de r&#233;sistance. Depuis, on ne les entend plus beaucoup. Mais qu'importe, le feu couve sous les braises. Face aux rouleaux compresseurs de l'&#233;poque, il est logique que la po&#233;sie fasse grise mine. Trop discr&#232;te, trop dissonante. De l'information en continu &#224; l'&#233;cran (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no156-juillet-aout-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mortibus&lt;/i&gt;, la po&#233;sie ? Foul&#233;e aux pieds par l'&#233;poque et son imaginaire en toc ? On dirait bien. Jusqu'au mitan du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les po&#232;tes se trouvaient en premi&#232;re ligne des &#233;tincelles historiques, compagnons de route et de r&#233;sistance. Depuis, on ne les entend plus beaucoup. Mais qu'importe, le feu couve sous les braises.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3208 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L452xH400/-1425-9e47c.jpg?1782669030' width='452' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Jean-Michel Bertoyas
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;F&lt;/span&gt;ace aux rouleaux compresseurs de l'&#233;poque, il est logique que la po&#233;sie fasse grise mine. Trop discr&#232;te, trop dissonante. De l'information en continu &#224; l'&#233;cran omnipr&#233;sent, du &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; triomphant aux r&#233;seaux sociaux, tout semble concourir &#224; en faire un fant&#244;me du pass&#233;. Un constat que Jean-Pierre Sim&#233;on a tir&#233; depuis un bail. Mais &#231;a ne l'a pas emp&#234;ch&#233; de publier en 2015 un ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;La po&#233;sie sauvera le monde&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Passeur &#233;diteur. Vient de sortir en poche.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Provocation ? Pas le moins du monde : il y croit dur comme fer. &#171; &lt;i&gt;Plus une soci&#233;t&#233; est antipo&#233;tique,&lt;/i&gt; &#233;crit-il, &lt;i&gt;plus la po&#233;sie devient l'argument th&#233;orique majeur de sa contestation.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui-m&#234;me po&#232;te (il a publi&#233; un vingtaine de recueils) et homme de th&#233;&#226;tre, par ailleurs directeur artistique du Printemps des po&#232;tes, Jean-Pierre Sim&#233;on appelle sereinement &#224; &#171; &lt;i&gt;une insoumission du plus grand nombre&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;&#224; la lecture passive du monde telle qu'elle est aujourd'hui massivement impos&#233;e par violence douce&lt;/i&gt; &#187;. Et pourquoi pas ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Effraction par la langue&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si le langage est souvent au service de l'ordre, de l'asservissement de la pens&#233;e et du sensible, il peut servir le dessein inverse, notamment via le contre-langage po&#233;tique. Il se fait alors instrument de lib&#233;ration et de subversion. C'est &#224; cette dimension que je me raccroche depuis mon adolescence, p&#233;riode o&#249; j'ai d&#233;couvert la po&#233;sie. Ce fut une r&#233;v&#233;lation. D'embl&#233;e, j'y ai entendu une objection irr&#233;ductible, tenant &#224; une langue affranchie. On peut mettre quelqu'un en prison, le b&#226;illonner, il lui restera toujours la possibilit&#233; d'avoir recours &#224; un langage libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La po&#233;sie n'a rien de confortable ou de d&#233;coratif. C'est pourtant l'image qu'on lui accole trop souvent, comme si elle consistait en une forme d'&#233;loge ben&#234;t du r&#233;el ou d'invitation &#224; s'en &#233;vader. Or la po&#233;sie est avant tout effraction. Elle cherche &#224; plonger plus loin que les effets de surface. &#8220;&lt;i&gt;Plus il y a de po&#233;sie, plus il y a de r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;'', disait le po&#232;te Novalis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d'autant plus besoin de cette effraction que partout poussent les cl&#244;tures. Elles se manifestent dans le langage actuel, singuli&#232;rement rabougri. Mais aussi plus concr&#232;tement dans les fronti&#232;res et l'enfermement g&#233;n&#233;ralis&#233;. Elles ont tellement prolif&#233;r&#233; que d&#233;sormais elles envahissent nos foyers : voyez la multiplication des alarmes, des verrous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sous la trag&#233;die, l'optimisme&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je sais que le titre de mon livre peut para&#238;tre na&#239;f. Mais il suffit de le parcourir pour comprendre que je ne prends pas la situation &#224; la l&#233;g&#232;re. J'estime qu'il faut &#234;tre d'une lucidit&#233; sans faille. Reste que ce ne sont pas des fatalit&#233;s qui nous tombent dessus au hasard, d&#233;cr&#233;t&#233;es par un &lt;i&gt;deus ex machina&lt;/i&gt;. Ce sont des trag&#233;dies humaines, sociales, linguistiques, d&#233;ploy&#233;es au sein de superstructures. Il ne s'agit pas de les d&#233;noncer pour se plaindre, mais pour les d&#233;passer. J'ai toujours &#233;t&#233; ennemi du lamento. &#8220;&lt;i&gt;Avoir le pessimisme de l'intelligence et l'optimisme du c&#339;ur et de la volont&#233;&lt;/i&gt;'', invitait Gramsci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas s'en tenir au constat tragique, ankylos&#233;, car nous sommes &#224; un moment charni&#232;re. Nous savons que nous n'avons plus le choix. Ou bien on va dans le mur, ou bien la po&#233;sie &#8211; au sens large &#8211; s'impose. Cela ne concerne pas seulement la langue, mais la mani&#232;re d'habiter le monde dans lequel nous vivons. C'est beaucoup moins anecdotique qu'il n'y para&#238;t : la po&#233;sie se situe en effet &#224; l'exact antipode des forces guidant la catastrophe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Prophylaxie po&#233;tique&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela fait seize ans que je suis &#224; la t&#234;te du Printemps des po&#232;tes, o&#249; mon travail a &#233;t&#233; guid&#233; par une obsession : porter la po&#233;sie &#224; celles et ceux qui n'y ont pas acc&#232;s. D&#232;s le d&#233;but, je me suis &#233;chin&#233; &#224; l'importer dans les petits villages et les quartiers d&#233;favoris&#233;s. Et j'ai souvent &#233;t&#233; &#233;tonn&#233; des r&#233;actions que la po&#233;sie y suscite. Beaucoup viennent me remercier : pour une fois ils entendent une langue qui ouvre au lieu d'enfermer. Ils sentent qu'on leur rend le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on m'a confi&#233; cette mission, j'ai tout de suite annonc&#233; qu'il faudrait beaucoup de temps avant de faire bouger les choses. Parce que la repr&#233;sentation de la po&#233;sie en art-naphtaline, confortable, d&#233;coratif, &#233;tait omnipr&#233;sente. Il fallait aller dans l'autre sens. La po&#233;sie est sans int&#233;r&#234;t si elle est ornement ou suppl&#233;ment d'&#226;me. C'est ce que j'annonce au public lors des conf&#233;rences que je donne : &#8220;&lt;i&gt;Vous avez besoin de la po&#233;sie, mais pas pour les raisons que vous croyez.&lt;/i&gt;''&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons la chance de vivre dans une soci&#233;t&#233; qui tol&#232;re l'art, mais en contrepartie ce dernier est vid&#233; de sa vitalit&#233;. Il n'est plus effraction, mais son contraire : divertissement. Ce dernier peut &#234;tre virtuose, cela importe peu, sa finalit&#233; &#233;tant port&#233;e sur le confort. Il ne s'agit plus d'ouvrir &#224; l'impr&#233;vu mais d'asseoir l'existant. On voit ainsi dans le th&#233;&#226;tre public des lieux cr&#233;&#233;s &#224; l'origine pour l'&#233;mancipation collective, qui font appel &#224; des stars du cin&#233;ma, ou programment &#224; outrance Feydeau et autres vaudevilles. Et quand ils montent des projets plus ambitieux, la mise en sc&#232;ne tombe dans le spectaculaire ou l'esth&#233;tisme, faisant obstruction &#224; la complexit&#233; du sens. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Empoigner le sensible&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je revendique un engagement de l'art et de la po&#233;sie, mais ce n'est pas un enfermement. Un po&#232;me d'amour peut aussi &#234;tre un engagement ! Il est &#224; m&#234;me d'ouvrir des voies, de se faire universel &#8211; le ch&#244;meur ou le migrant ont autant besoin d'entendre parler d'amour que de r&#233;pression polici&#232;re. La litt&#233;rature doit attraper le r&#233;el par tous les bouts. Se cantonner au po&#232;me-tract, c'est ne prendre le r&#233;el que par une lorgnette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi une mani&#232;re de se rattacher aux &#233;motions v&#233;cues dans un monde o&#249; tout nous en d&#233;pouille. Il s'agit de retrouver le lien entre le corps et le sensible, qui est tout sauf un frein au politique. Nombre de po&#232;tes nourris d'id&#233;ologie ont &#339;uvr&#233; en ce sens. Pablo Neruda se situait ainsi &#224; la fois dans le concret et le sensuel : il ne dissociait pas le combat politique du sentiment amoureux, assaillait le r&#233;el de toutes parts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon dernier livre publi&#233; s'appelle &lt;i&gt;Po&#233;tique de la beaut&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cheyne, 2017.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. J'y professe qu'on ne peut pas penser l'av&#232;nement d'une soci&#233;t&#233; autre sans s'appuyer sur la beaut&#233;. Laquelle peut prendre de multiples formes : le visage d'un enfant, l'amour, etc. Et c'est une forme de combat. Dans ce livre, j'&#233;cris notamment ceci : &#8220;&lt;i&gt;La joie n'est pas un don, elle se conquiert.&lt;/i&gt;'' une id&#233;e proche de celles formul&#233;es par Andr&#233; Welter et Z&#233;no Bianu dans &lt;i&gt;Prendre feu&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gallimard 2013.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, appel &#224; la po&#233;sie v&#233;cue. Il s'agit de retrouver un corps-&#224;-corps avec le sensible. Et ce corps d'ardeur doit nourrir la pens&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Retour de la po&#233;sie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a eu une v&#233;ritable disparition de la po&#233;sie dans les ann&#233;es 1980 et 1990. Notamment parce que ladite &#8220;grande'' &#233;dition l'a abandonn&#233;e purement et simplement. Beaucoup de libraires ont suivi le mouvement. Et l'intelligentsia ne s'en est nullement &#233;mue. D'o&#249; le d&#233;sert travers&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la po&#233;sie fait retour. Un processus lent, difficile, paradoxal. Je le constate via les rencontres que je fais : beaucoup de jeunes se montrent int&#233;ress&#233;s, veulent &#233;crire, monter des spectacles, ouvrir des lieux d&#233;di&#233;s. Dans le m&#234;me temps s'est d&#233;velopp&#233; un r&#233;seau de petites maisons d'&#233;dition qui font un travail formidable. Si bien qu'il est aujourd'hui plus facile pour un jeune po&#232;te de trouver un &#233;diteur que dans les ann&#233;es 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transmission passe par des modes de diffusion particuliers : on est rarement dans l'&#233;v&#233;nement, dans la grande visibilit&#233;. Cela rel&#232;ve du souterrain, de la capillarit&#233;. Une histoire de rencontres, au sens premier du terme. De tous les arts, la po&#233;sie est le plus facilement partageable, sans dispositif. Si l'on a confiance dans sa force de percussion, de persuasion, il faut tout faire pour la propager de mani&#232;re franche, sans apparat, loin de toute tentation spectaculaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le Passeur &#233;diteur. Vient de sortir en poche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cheyne, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Gallimard 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Photographie : Circulez, y a tout &#224; voir !</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Photographie-Circulez-y-a-tout-a</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anissa Tlemcen</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;crivain Yves Pag&#232;s signe Photomanies, un livre de photographies &#171; &#233;crites &#187;, captur&#233;es &#224; travers Paris et sa petite couronne. Dans Photomanies, la travers&#233;e de la ville en scooter &#8211;&#8200;Paris et sa petite couronne&#8200;&#8211; tient lieu de matrice spatiale et psychique &#224; la collecte d'images abandonn&#233;es, t&#233;lescop&#233;es, tant&#244;t minuscules tant&#244;t &#233;normes, comme autant de r&#233;sidus urbains &#224; sortir de la faillite et &#224; faire parler autrement. De quoi s'agit-il ? D'une &#339;uvre que l'on peut explorer comme une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no138-decembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;138 (d&#233;cembre 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Yves-Pages-7598" rel="tag"&gt;Yves Pag&#232;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/photographe" rel="tag"&gt;photographe&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Binomanies" rel="tag"&gt;Bin&#244;manies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;crivain Yves Pag&#232;s signe &lt;i&gt;Photomanies&lt;/i&gt;, un livre de photographies &#171; &#233;crites &#187;, captur&#233;es &#224; travers Paris et sa petite couronne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2177 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH282/-450-d5997.jpg?1782651289' width='400' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Photomanies&lt;/i&gt;, la travers&#233;e de la ville en scooter &#8211;&#8200;Paris et sa petite couronne&#8200;&#8211; tient lieu de matrice spatiale et psychique &#224; la collecte d'images abandonn&#233;es, t&#233;lescop&#233;es, tant&#244;t minuscules tant&#244;t &#233;normes, comme autant de r&#233;sidus urbains &#224; sortir de la faillite et &#224; faire parler autrement. De quoi s'agit-il ? D'une &#339;uvre que l'on peut explorer comme une installation &#224; la d&#233;concertante plasticit&#233;, rigoureusement construite et subtilement gratuite, plac&#233;e sous le signe politique de l'incongruit&#233; du r&#233;el &#8211; ceci est une conduite, voire une &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le balisage exp&#233;rimental de l'ouvrage : trois sections altern&#233;es aux titres-valises de &#171; Bin&#244;manie &#187;, &#171; Monolubie &#187;, et &#171; Fiascorama &#187;, o&#249; la pulsion scopique motoris&#233;e joue &#224; plein r&#233;gime pour interroger, en creux, la nature des langages verbal et visuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; Bin&#244;manies &#187; de l'auteur des &lt;i&gt;Petites natures mortes au travail&lt;/i&gt; &#339;uvrent ainsi &#224; nous proposer, sur deux pages en regard, le &#171; &lt;i&gt;rapprochement fictif&lt;/i&gt; &#187; de portions de r&#233;alit&#233; engendrant de troublants effets de compl&#233;tude et de divergence oculaire : un tag &#171; Mort aux flics &#187; sur un mur, surplombant des v&#234;tements qui tra&#238;nent sur la base d'un &#233;chafaudage/une meute de photographes qui shootent hors champ, sur leur droite ; trois lettres de n&#233;ons illumin&#233;es, &#171; BAS &#187;/trois employ&#233;s en train de d&#233;rouler le tapis rouge du Palais du festival de Cannes sous le fronton &#171; UN CERTAIN REGARD &#187; ; un cr&#226;ne monumental o&#249; se prom&#232;nent des gu&#234;pes/une barri&#232;re rouill&#233;e o&#249; l'on peut lire, en n&#233;gatif et en un seul mot, &#171; lesens &#187;. Si le r&#233;el ne cesse jamais, sa mise en &#233;cho fragmentaire non plus, par le filtre parasite de l'&#339;il de l'&#233;crivain, qui double, d&#233;double, ouvrant par l&#224; des espaces de fiction in&#233;dits.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2178 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH176/-451-0c813.jpg?1782651289' width='500' height='176' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; Monolubies &#187; de Pag&#232;s marquent quant &#224; elles la souverainet&#233; de l'obsession, de la &#171; manie &#187;. Elles proc&#232;dent de la d&#233;multiplication du M&#234;me&#8200;&#8211; figures de pieds, de cadenas, d'annonces de recherche d'emploi &#233;pousant la forme de la main des &#171; femmes s&#233;rieuses &#187; qui les ont accroch&#233;es sur des poteaux ou des canalisations d'ext&#233;rieur. L'humour et la r&#233;p&#233;tition d&#233;contaminent ici la violence de la trace sociale, et la pluralit&#233; des figures dissout la trag&#233;die qu'engendrerait l'arr&#234;t sur image, l'av&#232;nement de l'Un. Bref, pas de portraits ou d'images fixes, mais des s&#233;ries, du mouvement, la libido parfois potache d'un &#339;il qui caresse l'infra-langage de la Ville en mode mat, jamais &#171; brillant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; trop regarder, le photographe peut perdre sa cible de vue (il n'a pas eu le temps de cadrer, le feu rouge est pass&#233; au vert, le r&#233;el s'est &#233;vanoui). Ne demeure d&#232;s lors que le d&#233;sir d'une photo avort&#233;e compens&#233;e par une l&#233;gende dans une case blanche, noire ou grossi&#232;rement pixelis&#233;e. C'est la s&#233;rie &#171; Fiascorama &#187;, interlude conceptuel entre le d(tr)ouble des &#171; Bin&#244;manies &#187; et les maniaqueries des &#171; Monolubies &#187;. C'est la part la plus abstraite du livre, une photo sans image (comme un artiste sans &#339;uvre), une description verbale sans r&#233;f&#233;rent visuel : &#171; &lt;i&gt;Le dos tourn&#233; d'un noctambule entre deux &#226;ges ondulant du bassin au plus pr&#232;s d'une palissade, lui qui se retourne une fois pisser tout son saoul, moi qui le vois me surprendre en flagrant d&#233;lit de voyeurisme.&lt;/i&gt; &#187; &#201;videmment nous ne verrons rien &#224; l'&#339;il nu puisqu'il n'y a pas eu de prise de vue.
Nous lirons seulement une &#171; &lt;i&gt;photo en une phrase &lt;/i&gt; &#187;, belle comme la chim&#232;re du Livre impossible, qui e&#251;t r&#233;joui aussi bien le fantasque Raymond Roussel que le nerveux F&#233;lix F&#233;n&#233;on, l'ing&#233;nieur verbal des c&#233;l&#232;bres &lt;i&gt;Nouvelles en trois lignes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pudeur est ici un principe d'&#233;l&#233;gance au service du culte d&#233;licat de &#171; l'ic&#244;nerie &#187; &#8211;&#8200;mot relev&#233; dans l'introduction de l'auteur, joliment titr&#233;e &#171; &#192; propos de quelques affinit&#233;s perceptives &#187;, o&#249; s'affirme joyeusement&#8200;&#8211;&#8200;une fois surmont&#233; le complexe du photographe imposteur&#8200;&#8211;&#8200;le d&#233;placement du verbal au visuel. C'est aussi ce qui fait de ce livre un livre d'artiste, o&#249; l'&#233;crivain a le tact de ne pas se prendre pour un photographe auteuriste, o&#249; le photographe amateur travaille en bonne intelligence avec l'&#233;crivain qui l'a conduit jusqu'ici. Nous en avions d&#233;j&#224; eu les pr&#233;misses sur &lt;a href=&#034;http://archyves.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;archyves.net&lt;/a&gt;, o&#249; la m&#233;moire active, fac&#233;tieuse et politique, d'Yves Pag&#232;s, met sauvagement &#224; l'honneur des images tir&#233;es de &#171; l'art mural &#187;&#8200;&#8211;&#8200;textes, affiches, collages insolites tir&#233;s de l'oubli historique ou de leur in&#233;luctable disparition dans le temps ordinaire de la vie mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2179 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH176/-452-556a1.jpg?1782651289' width='500' height='176' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le langage est en conflit avec le monde. Le signe, linguistique ou visuel, ne colle jamais &#224; la chose. Il est impropre tout comme le r&#233;el est incongru. C'est en ce sens qu'il faut circuler, comme &#224; deux-roues, dans Photomanies, ouvrage o&#249; la dyslexie et le rythme des propositions disent la fragilit&#233; des images, jamais leur perfection f&#233;tichiste, m&#234;me si la tentation s'en pr&#233;sente de temps &#224; autre et se nomme &#233;rotisme. Ce serait par exemple le corps et le visage de ces mannequins de cellulo&#239;d, muses muettes du spectacle saisies dans des devantures transparentes et qui polarisent impossiblement le d&#233;sir en m&#234;me temps qu'elles le r&#233;fractent alentour&#8200;&#8211;&#8200;arbres, immeubles, rues. Scooter.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2180 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH141/-453-09a41.jpg?1782651289' width='400' height='141' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Photomanies&lt;/i&gt;, Yves Pag&#232;s, &#233;ditions Le bec en l'air, 245 pages, 25&#8200;euros. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Biblio :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivain et directeur des &#233;ditions Verticales, Yves Pag&#232;s est un touche-&#224;-tout qui s'est fait conna&#238;tre pour ses travaux sur C&#233;line (&lt;i&gt;Les Fictions du politique chez L.-F. C&#233;line&lt;/i&gt;, Gallimard, 1994), Victor Serge ou Marinus Van Der Lubbe (avec Charles Reeve, &lt;i&gt;Carnet de route de l'incendiaire du Reichstag&lt;/i&gt;, Verticales, 2003) et ses romans. Il est l'auteur notamment de &lt;i&gt;Les Gauchers&lt;/i&gt; (Julliard, 1993), &lt;i&gt;Pri&#232;res d'exhumer&lt;/i&gt; (Verticales, 1997), &lt;i&gt;Petites natures mortes au travail&lt;/i&gt; (Verticales, 2000, &#8220;Points&#8221; Seuil, 2001), &lt;i&gt;Le Th&#233;oriste&lt;/i&gt; (Verticales, 2001, &#8220;Points&#8221; Seuil 2003), &lt;i&gt;Souviens-moi&lt;/i&gt; (L'Olivier, 2014)...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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