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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Antiracisme : &#171; Surtout, nous avons pris la parole &#187;</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


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&lt;p&gt;Apr&#232;s le dossier &#171; Racisme et violences polici&#232;res &#187; du CQFD n&#176;153, tr&#232;s ax&#233; sur Paris et ses banlieues, nous voulions revenir sur le sujet sous une autre latitude, &#224; Marseille, avec les mots vifs d'Hanifa Taguelmint, participante active de la Marche pour l'&#233;galit&#233; de 1983 et proche de deux victimes de meurtres racistes. &#171; Quand, dans la nuit du 13 au 14 f&#233;vrier 2013, un flic ivre a tu&#233; Yassin, le demi-fr&#232;re de mon neveu, avec son arme de service , le pire, pour nous, a &#233;t&#233; de voir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s le dossier &#171; Racisme et violences polici&#232;res &#187; du &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;n&#176;153, tr&#232;s ax&#233; sur Paris et ses banlieues, nous voulions revenir sur le sujet sous une autre latitude, &#224; Marseille, avec les mots vifs d'Hanifa Taguelmint, participante active de la Marche pour l'&#233;galit&#233; de 1983 et proche de deux victimes de meurtres racistes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3225 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH410/-1442-a5243.jpg?1768652295' width='400' height='410' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; Q&lt;/span&gt;uand, dans la nuit du 13 au 14 f&#233;vrier 2013, un flic ivre a tu&#233; Yassin, le demi-fr&#232;re de mon neveu, avec son arme de service&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le policier a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; douze ans de r&#233;clusion criminelle en d&#233;cembre 2016.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, le pire, pour nous, a &#233;t&#233; de voir l'histoire se r&#233;p&#233;ter. Mon fr&#232;re et son fils, &#224; trente-deux ans d'intervalle, ont tous les deux perdu un frangin. En effet, le 21 f&#233;vrier 1981, notre fr&#232;re Zahir fut assassin&#233; dans des circonstances b&#234;tes et m&#233;chantes &#8211; abattu par ce qu'on appelait un tonton-flingueur, qui a fait un carton avec son 22-long rifle sur des minots au pied d'un immeuble de notre cit&#233; de La Busserine. Trois mois avant, le 18 octobre 1980, Lahouari Mohamed, 17 ans, &#233;tait assassin&#233; &#224; quelques m&#232;tres de l&#224; par le CRS Taillefer de deux balles dans la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais toute jeune et cette injustice m'a marqu&#233;e &#224; vie. On avait grandi dans l'ombre de la guerre d'Alg&#233;rie, mais nos parents ne nous avaient jamais racont&#233; ce qu'ils avaient v&#233;cu. Leur silence n'&#233;tait pas honteux, mais terrible pour nous. Les vrais traumatis&#233;s ne parlent pas, je l'ai compris plus tard. &#192; la mort de mon fr&#232;re, c'est comme si une bombe avait explos&#233; chez nous. D'un coup, pour toi c'est la guerre, alors que les autres autour de toi sont en paix. Ma m&#232;re est morte de chagrin six mois apr&#232;s. Toute une vie de r&#234;ves et de projets s'effondre, il n'y a pas de mots pour dire cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, on s'accroche &#224; la lutte, on rencontre des militants, des syndicalistes&#8230; Et toutes ces exp&#233;riences ont fait ce que je suis : une femme qui a envie de se battre plut&#244;t que se r&#233;signer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CQFD : Est-on pr&#233;par&#233; &#224; une telle guerre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H.T. : &lt;/strong&gt;&#171; Par force, ma conscience politique, n&#233;e dans les manifs lyc&#233;ennes, s'est aiguis&#233;e. De plus, j'&#233;tais menac&#233;e d'expulsion &#224; ma majorit&#233;, puisque je n'&#233;tais pas fran&#231;aise &#8211; expuls&#233;e, &#231;a voulait dire arrach&#233;e &#224; ma famille et envoy&#233;e dans un pays que je connaissais &#224; peine. S'y ajoutaient les probl&#232;mes li&#233;s &#224; la condition des femmes. J'ai grandi dans une famille qui m'a laiss&#233; &#233;tudier, mais je voyais mes copines arr&#234;ter, puis fuguer parfois, pour &#233;chapper au mariage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a a &#233;veill&#233; en moi une conscience de ce qui touchait les miens &#8211; et quand on pense &#8220;les miens&#8221;, &#231;a veut dire qu'il y a &#8220;les autres&#8221;. Pourtant, je ne voulais pas &#234;tre une immigr&#233;e &#8211; je suis n&#233;e en Alg&#233;rie, je suis une vraie immigr&#233;e ! Je me disais, dans cette &#233;poque pas tr&#232;s normale, que j'allais m'en sortir par les &#233;tudes. Quand mon fr&#232;re est mort, j'&#233;tais en terminale, on &#233;tait six Arabes dans tout le lyc&#233;e. J'aimais l'&#233;cole, qui m'a aid&#233;e &#224; me structurer aussi en dehors. On &#233;tait nombreux &#224; la maison, mais on avait &#224; manger, on n'avait pas froid, des parents aimants. Je ne me sentais pas une &#8220;pas comme les autres&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait deux vies, pourtant, si on regarde bien, avec une esp&#232;ce d'identit&#233; schizophr&#232;ne. &#192; l'&#233;cole, on &#233;tait comme les Blancs mais, d&#232;s qu'on descendait du bus 33, on redevenait &#8220;de la cit&#233;&#8221;, avec des codes diff&#233;rents. On se demande : pourquoi on n'est que six au lyc&#233;e ? O&#249; sont pass&#233;s les autres ? Les gar&#231;ons &#233;taient orient&#233;s vers la chaudronnerie et les filles &#224; la maison. On regarde alors la soci&#233;t&#233; diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1981, on a fond&#233; des associations d'Arabes alg&#233;riens, tunisiens, marocains, palestiniens, libanais&#8230; On prenait notre place aux manifs du 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt;-Mai, o&#249; on se m&#234;lait au monde ouvrier &#8211; auquel on appartenait, m&#234;me si on ne nous l'avait jamais dit, m&#234;me si on nous voyait d'abord comme des immigr&#233;s. On d&#233;couvre la notion de lutte des classes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parlez-nous de la marche de 1983...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette marche n'&#233;tait rien d'autre qu'une protestation contre des crimes racistes. Rien d'autre qu'une jeunesse qui disait stop, il faut arr&#234;ter de nous tirer dessus. Elle a grandi avec ce fameux slogan de merde, &#8220;Premi&#232;re, deuxi&#232;me, troisi&#232;me g&#233;n&#233;ration, nous sommes tous des enfants d'immigr&#233;s&#8221;, qui oubliait un peu vite qu'on n'&#233;tait pas tous de la m&#234;me religion, ni int&#233;grables de la m&#234;me mani&#232;re. Cette marche, c'&#233;tait comme une photo tr&#232;s floue qu'on aurait recoloris&#233;e. Elle a rendu visible quelque chose qui &#233;tait l&#224; depuis toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, surtout, nous avons pris la parole. Parce que nous &#233;tions des sans-parole. D&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque, beaucoup de gens parlaient &#224; notre place. L&#224; aussi, schizophr&#233;nie : j'&#233;tais &#224; la fois actrice de la marche et repr&#233;sentante d'une famille de victimes. &#192; la fois sujet et acteur. Et je n'&#233;tais pas la seule. C'est difficile de passer du r&#244;le de victime (r&#233;elle, pas suppos&#233;e !) &#224; acteur de son propre destin. Il faut prendre sur soi. Le danger, c'&#233;tait de finir par d&#233;tester le Blanc. C'est tellement simple, &#231;a aurait r&#233;gl&#233; nos douleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re des luttes, c'&#233;tait de se dire non, ils ne sont pas tous comme &#231;a, on ne peut pas vivre en bloc, entre nous. La marche, au-del&#224; de rendre visible une jeunesse meurtrie, disait aux Blancs de nous rejoindre. On &#233;tait dans une lutte anti-communautariste. Je me sens plus proche de ma voisine Mich&#232;le que d'une princesse saoudienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, c'&#233;tait un moment o&#249; l'on d&#233;couvrait le monde arabe, dont on ignorait tout. Si on connaissait un ou deux chanteurs alg&#233;riens, c'&#233;tait le bout du monde. On ne connaissait rien &#224; la litt&#233;rature, ni aux combats du monde arabe. Il y a eu un vrai foisonnement culturel et politique, ces ann&#233;es-l&#224;. J'ai fait partie des fondateurs de Radio Gazelle. Nos parents, Berb&#232;res analphab&#232;tes, n'avaient pas pu transmettre. Tout cela te renforce de l'int&#233;rieur, te forge. Tu te dis : je suis aussi &#231;a. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment avez-vous v&#233;cu la marche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La marche a &#233;t&#233; un moment joyeux, on chantait Fairouz, on lisait Kateb Yacine&#8230; C'&#233;tait un moment de partage dont on a trop peu parl&#233;. Attention, je ne suis pas une marcheuse. J'ai march&#233; par &#233;pisodes, &#224; Marseille, &#224; Salon, &#224; Lyon et &#224; Paris. Mais si j'&#233;tais partie quarante jours, je n'aurais pas pu revenir chez moi ! Voil&#224; pourquoi il y avait plus de gar&#231;ons que de filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monter &#224; Lyon ou &#224; Paris pour deux ou trois jours, c'&#233;tait d&#233;j&#224; une lutte en interne, en tant que femme. Il fallait faire de la p&#233;dagogie avec nos p&#232;res et nos fr&#232;res, leur dire que c'&#233;tait important et qu'eux-m&#234;mes devaient participer. Celles qui n'ont pas &#233;t&#233; autoris&#233;es &#224; faire la marche en entier ont boss&#233; dur pour que l'arriv&#233;e &#224; Paris soit un triomphe. Les marcheurs &#233;taient la torche qu'il fallait suivre, mais &#224; c&#244;t&#233;, on assurait la communication, avec les m&#233;dias qui voulaient bien en parler : &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, radio Gazelle, le journal &lt;i&gt;Sans-Fronti&#232;res&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait trouver les moyens, en quarante jours, de se payer des cars, pour faire monter un maximum de gens. On a &#233;t&#233; soutenus par des centres sociaux, des &#233;lus PCF, des assos de travailleurs alg&#233;riens, tunisiens, le Mouvement des travailleurs arabes, des commer&#231;ants, ceux d'entre nous qui travaillaient. Quand j'entends des sociologues dire qu'il n'y avait que des gamins d&#233;scolaris&#233;s, j'hallucine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose d'important s'est pass&#233; au moment de la marche. Les Marseillais ont rencontr&#233; des Lyonnais, des Parisiens&#8230; Et on a pu se rendre compte qu'on &#233;tait int&#233;gr&#233;s sans le savoir ! On n'avait pas le m&#234;me accent. C'est un Arabe comme moi et il n'utilise pas le m&#234;me argot que moi ! On a d&#233;couvert qu'on &#233;tait partout, qu'on partageait le m&#234;me combat, mais qu'on &#233;tait diff&#233;rents. Les Lyonnais &#233;taient beaucoup plus ouverts avec leurs s&#339;urs que les Marseillais, par exemple. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Puis vint la r&#233;cup&#233;ration&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La marche passe. Mitterrand nous fait l'aum&#244;ne de la carte de s&#233;jour de dix ans. Puis, on nous vole la parole dans un rapt historique que la gauche paye encore &#8211; et il faut qu'elle le paye ! Plut&#244;t que nous laisser la parole &#8211; on &#233;tait dans l'apaisement, on avait pass&#233; du temps &#224; calmer les jeunes dans les cit&#233;s &#8211;, ils ont lanc&#233; SOS-Racisme, qui est une perversion politique monstrueuse. Le gouvernement leur a donn&#233; tout le pognon destin&#233; aux quartiers pour nous faire des concerts de Bruel sur la place du Trocad&#233;ro, &#224; Paris. Voir aujourd'hui les Julien Dray nous faire la morale, apr&#232;s avoir fait carri&#232;re et &#8220;s'&#234;tre lav&#233; entre eux&#8221; plusieurs fois, ou Attali et sa Plan&#232;te-finance qui aide soi-disant les jeunes &#224; cr&#233;er leur entreprise, &#231;a me fait bien rigoler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perversion de ces gens, &#231;a a &#233;t&#233; de voir les quartiers se mobiliser, se f&#233;d&#233;rer et de s'&#234;tre dit &#8220;Vite, vite, il faut leur couper l'herbe sous le pied&#8221;. Aucun d'entre nous n'a fait carri&#232;re dans la politique, mais on a choisi &#8211; ou on a &#233;t&#233; choisis par &#8211; des m&#233;tiers dans le social. Animateurs, &#233;ducateurs, profs&#8230; Quand je voyais un jeune de quartier avec leur pin's de merde, &#8220;Touche pas &#224; mon pote&#8221;, je lui disais : &#8220;Mais le pote, c'est toi ! Tu ne vois pas qu'ils ferment ta gueule, qu'ils te cantonnent dans ton r&#244;le de victime ? Tu ne peux pas te d&#233;fendre tout seul ? Il faut encore que les Blancs parlent &#224; ta place ?&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel a &#233;t&#233; votre parcours depuis ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis rest&#233;e alg&#233;rienne jusqu'en 1991. Je n'avais pas &#233;prouv&#233; le besoin de faire la demande, jusqu'&#224; ce que je rate une belle opportunit&#233; de boulot. N&#233;e fran&#231;aise en f&#233;vrier 1962, j'&#233;tais devenue alg&#233;rienne en juillet, &#224; cinq mois&#8230; L&#224;, il fallait que je me r&#233;int&#232;gre ! &#199;a a &#233;t&#233; un choc : radios, interrogatoire, m&#233;decin l&#233;giste&#8230; Vous cherchez quoi dans mes poumons ? La tuberculose. Vous cherchez quoi avec la prise de sang ? La syphilis. Encore r&#233;gie par le code Napol&#233;on, la proc&#233;dure cherchait des maladies qui n'existent plus ici ! Et il fallait le payer, cet examen, en liquide ! Un flic m'a convoqu&#233;e &#224; l'&#201;v&#234;ch&#233; : &lt;i&gt;&#8220;J'ai &#233;tudi&#233; votre dossier toute la nuit.&#8221;&lt;/i&gt; Pression. J'ai dit : &#8220;&lt;i&gt;Je reconnais tout. J'ai manifest&#233; pour les Canaques, pour la Palestine, contre l'apartheid&#8230; J'ai m&#234;me manifest&#233; contre l'Alg&#233;rie quand elle a tir&#233; sur son peuple en 1988.&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, j'ai mis le nez dans la politique de la ville, avec ses milliards dans les mains des &#233;lus, des pr&#233;fets&#8230; J'ai &#233;t&#233; chef de projet, je voulais voir de l'int&#233;rieur. On donne des millions aux boulistes, aux anciens combattants et aux seniors parce qu'ils votent. Et rien aux assos qui font de l'alphab&#233;tisation, des miettes aux centres sociaux&#8230; Avant, il y avait des classes vertes, ce qui fait qu'aujourd'hui des gamins de la Busserine sont devenus bergers ou artisans dans les Alpes. Mais il n'y a plus d'argent pour &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, l'int&#233;gration par la ville, notamment &#224; Marseille, est acquise. Ici, pas un jeune ne vous dira qu'il n'est pas marseillais. Par contre, l'int&#233;gration &#224; l'&#233;chelle du pays n'est pas faite. Ils n'y arrivent pas. Et je n'y arrive pas. Comment transmettre la culture du combat aux jeunes ? Quand j'interviens dans les coll&#232;ges, je leur dis de ne pas jouer les victimes. Je leur raconte le bidonville Picon, avant la construction des cit&#233;s. C'est un fait, nous n'appartenons pas au roman national, notre histoire est cach&#233;e. Mais &#231;a me fatigue de les voir sans espoir. On a tu&#233; leurs r&#234;ves. Moi, j'avais des r&#234;ves. Eux, ils gal&#232;rent pour trouver un stage en entreprise. Ils se disent : &#8220;S'ils ne veulent m&#234;me pas me faire travailler gratuitement, qu'est-ce que &#231;a sera quand je demanderai un salaire ?&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment voyez-vous le combat antiraciste aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a eu la r&#233;volte sans voix de 2005. AC le feu ! a trop &#233;t&#233; m&#233;diatis&#233;, trop personnifi&#233;, &#231;a a cr&#233;&#233; de la m&#233;fiance. On nous a enferm&#233;s dans des communaut&#233;s. J'en veux aux copains arm&#233;niens qui ne nous invitent pas &#224; leur comm&#233;moration &#8211; &#231;a vous amuse de pleurer entre vous ? Pareil pour les Noirs, les Comoriens&#8230; Quand on viole Th&#233;o, je m'en fous de la couleur de sa peau, on a agress&#233; un fr&#232;re. La lutte antiraciste est multiforme. Elle est individuelle, puis elle est politique. L&#224;, on voit appara&#238;tre une autre lutte, contre l'islamophobie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant, il fallait montrer patte blanche, aujourd'hui, il faudrait quasiment montrer &#8220;&#226;me blanche&#8221;. D&#233;sormais, on n'est plus consid&#233;r&#233;s comme des Arabes, on est assign&#233;s &#224; la religion. Croyant ou ath&#233;e, pratiquant ou non, sunnite ou chiite, soufi ou wahhabite, vous &#234;tes musulmans avant tout et donc consid&#233;r&#233;s comme un danger potentiel. Nous n'&#233;tions pas vus en tant que &#8220;musulmans&#8221; dans les ann&#233;es 1980. On l'&#233;tait par la culture, la croyance &#8211; certains, dont moi, faisaient la pri&#232;re et le ramadan &#8211;, mais on n'&#233;tait pas &#231;a d'abord. Dans les cars qui montaient &#224; Paris pour la Marche, la moiti&#233; d'entre nous mangeaient du porc et personne ne se faisait de reproches, on s'en foutait ! Aujourd'hui, &#231;a serait impossible. La lutte contre l'islamophobie se fait par bribes, parce qu'il y a un d&#233;saccord. Pour les militants la&#239;ques, c'est compliqu&#233; de lutter aux c&#244;t&#233;s du courant &#8220;islamophile&#8221;. &#199;a provoque des conflits jusque dans les familles. La lutte contre l'islamophobie n'a pas encore trouv&#233; son mode d'expression collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire de plus de cette histoire qui aurait pu &#234;tre belle et qui s'est tach&#233;e de sang ? Les jeunes des quartiers n'iront pas voter, ils savent que &#231;a ne change rien, que c'est la finance qui gouverne. Ils disent : que Marine vienne, on a des armes, on mettra le feu une bonne fois pour toutes. Aux derni&#232;res municipales, le PS a offert les 150 000 habitants des 13 et 14&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissements au FN. Je m'&#233;tais laiss&#233;e convaincre de figurer sur leur liste pour m'opposer au Front, mais quand j'ai vu que le candidat se maintenait au second tour alors qu'il &#233;tait troisi&#232;me, j'en ai fait une maladie. Quand Ravier [le candidat FN, ndlr] est pass&#233;, je suis tomb&#233;e dans les pommes. Mon p&#232;re et mon fr&#232;re vivent encore l&#224;-bas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Vous avez dit communautarisme ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;&#171; L&lt;/petitelettrine&gt;e regard port&#233; sur nous est un regard postcolonial. Pourquoi ne remplace-t-on pas les instits absents dans les &#233;coles des quartiers Nord ? Pourquoi les centres sociaux ferment-ils faute de subventions ? Pourquoi les permanences de la CAF ne sont-elles pas assur&#233;es dans nos cit&#233;s ? Pourquoi n'y a-t-il pas de navettes pour amener les gamins aux plages ? On les oblige &#224; y aller &#224; pied, alors ils chahutent, ils se font remarquer. Et le minot, la premi&#232;re vision qu'il a en arrivant &#224; la plage, c'est douze contr&#244;leurs de bus et vingt flics qui l'attendent au cas o&#249; il aurait pris le bus &#224; l'&#339;il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En revanche&lt;/strong&gt;, quand il y a un &lt;i&gt;Piano &#224; la mer &lt;/i&gt;&#224; Corbi&#232;res &#8211; j'en veux aux bobos de l'Estaque ! &#8211;, la police vient prot&#233;ger le public. Les flics patrouillent sur la plage pour v&#233;rifier que ce public n'est pas emmerd&#233; par les gamins des quartiers. &#199;a veut dire qu'ils ont organis&#233; leur &#233;v&#233;nement pas en partage avec la population, mais en se prot&#233;geant d'elle. Ces bobos vivent entre eux &#8211; de vrais communautaristes ! &#8211;, ils ont des financements, parce qu'ils ont l'oreille bienveillante des &#233;lus, chose que n'ont pas les autres populations, et je trouve &#231;a un peu d&#233;gueulasse. Ils obtiennent ce qu'ils veulent pour eux, par eux. Mais un jour ou l'autre, il y aura confrontation. Ce n'est pas possible qu'on privatise une plage comme &#231;a. Surtout &#224; Corbi&#232;res, la seule plage accessible pour les quartiers Nord !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est ce qu'ils font avec un Piano &#224; la mer&lt;/strong&gt;. Quand j'y suis all&#233;e, j'ai refus&#233; de payer. C'est pas pour les cinq euros, c'est pour le principe : je ne paye pas pour aller &#224; la plage, j'habite ici. J'&#233;tais choqu&#233;e. Il fallait voir : pas un Arabe, pas un Noir, en plein quartiers Nord ! Il y avait la musique, leurs gamins &#224; poil qui couraient partout, ils &#233;taient bien. Eux, ils peuvent allumer un joint, &#231;a pose probl&#232;me &#224; personne. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais &#231;a, c'est un rapt, une appropriation de lieu public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pareil pour leur centre a&#233;r&#233;&lt;/strong&gt;. Ils arrivent &#224; faire ouvrir une &#233;cole maternelle en plein &#233;t&#233; pour leurs enfants. Ma fille qui habite &#224; Saint-Henri n'a pas de centre a&#233;r&#233; au mois d'ao&#251;t. Eux, ils l'ont pendant deux mois. Qu'est-ce que je fais ? Soit je joue leur jeu, je me fais copine avec eux afin d'obtenir une place pour mon petit-fils &#8211; et je ferme ma gueule en me disant que les autres, je m'en fous&#8230; Soit je dis non, je hurle, je dis que c'est injuste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hanifa Taguelmint&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Morceau vol&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;&#171; C&lt;/petitelettrine&gt;ommunautarisme &lt;i&gt;est ainsi, de bout en bout, un discours de la &lt;/i&gt;m&#233;sentente&lt;i&gt;, un discours du pouvoir qui ne peut et surtout ne veut pas entendre la parole de certains groupes en tant que discours politique et voix l&#233;gitime. D'o&#249; leur disqualification comme &#8220;infra-politique ou ante-politique&#8221;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Taguieff P.-A., La R&#233;publique enlis&#233;e. Pluralisme, &#171; communautarisme &#187; et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. Le discours du &lt;/i&gt;communautarisme &lt;i&gt;utilise donc les id&#233;aux communs non pour les promouvoir, mais pour faire barrage et d&#233;l&#233;gitimer certaines voix. Il joue ainsi objectivement contre ces id&#233;aux. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fabrice Dhume-Sonzogni&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Communautarisme &#8211; Enqu&#234;te sur une chim&#232;re du nationalisme fran&#231;ais&lt;/i&gt;, Demopolis, 2017.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le policier a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; douze ans de r&#233;clusion criminelle en d&#233;cembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Taguieff P.-A., &lt;i&gt;La R&#233;publique enlis&#233;e. Pluralisme, &#171; communautarisme &#187; et citoyennet&#233;&lt;/i&gt;, &#201;ditions des Syrtes, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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