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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Aux saintes patronnes qui tiennent des espaces</title>
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		<dc:creator>Julia Zortea</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;&#192; Marseille, le bar se d&#233;cline aussi au f&#233;minin, suppl&#233;ment de caract&#232;re et d'efforts compris. Promenade canonique. Quartier de la Belle-de-Mai, fin de la journ&#233;e de boulot, je d&#233;tache mon v&#233;lo, un des pneus est &#224; plat. Juste avant, ce conseil d'une voisine : le bar, l&#224;-bas, il serait bien pour ton article, la patronne le tient depuis plus de vingt ans mais laisse tomber, c'est vraiment un lieu bizarre, ferm&#233;, un lieu de biz'. Flemme, timidit&#233;, je laisse effectivement tomber, c'est une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no148-novembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;148 (novembre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Marseille, le bar se d&#233;cline aussi au f&#233;minin, suppl&#233;ment de caract&#232;re et d'efforts compris. Promenade canonique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Q&lt;/span&gt;uartier de la Belle-de-Mai, fin de la journ&#233;e de boulot, je d&#233;tache mon v&#233;lo, un des pneus est &#224; plat. Juste avant, ce conseil d'une voisine : le bar, l&#224;-bas, il serait bien pour ton article, la patronne le tient depuis plus de vingt ans mais laisse tomber, c'est vraiment un lieu bizarre, ferm&#233;, un lieu de biz'. Flemme, timidit&#233;, je laisse effectivement tomber, c'est une semaine sans feu sacr&#233; et ce soir &lt;a href=&#034;http://www.articles-religieux-lourdes.com/upload/produit/z-sel-sainte-rital-14124.JPG&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sainte Rita&lt;/a&gt;, ch&#232;re diablesse d'&#233;paule, sainte de l'impossible, ce soir je suis &#224; plat, je ne tente rien. Rita-c&#233;leste sourit : justement, gonfle pas, une cause perdue, m&#234;me minuscule, dix cons&#233;quences obliques. Pour une fois, prendre le bus. Arr&#234;t de gauche ou arr&#234;t de droite ? Allez, &#224; gauche, pr&#232;s du bar bizarre. La devanture, banale. Betty Boop autocoll&#233;e en robe rouge sur la porte vitr&#233;e. Des cheveux blonds ramass&#233;s en queue de cheval derri&#232;re le comptoir. Le bus tarde, j'oublie vite le rade : PJ Harvey dans mes oreilles mord juste ce qu'il faut pour d&#233;finitivement &#233;carter les nobles causes (le dossier &#171; bars &#187; de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;) et caresser l'impossible (le vrai, l'immense, pas celui qui loge au coin de la rue). Bref, le bus n'arrive pas et j'en suis l&#224;, c'est-&#224;-dire pas bien loin vers la gauche, devant l'arr&#234;t de bus, le c&#339;ur en m&#233;tronome &#224; r&#234;vasser, quand deux yeux bleus me tapent sur l'&#233;paule. &#171; &lt;i&gt;Je t'invite &#224; boire un verre ?&lt;/i&gt; &#187; La patronne du bar o&#249; je devais ne jamais entrer pour cause de torpeur existentielle se tient plant&#233;e face &#224; moi sur le trottoir. Elle ajoute : &#171; &lt;i&gt;Par contre, je te pr&#233;viens, je viens de passer une journ&#233;e de merde. &#187;&lt;/i&gt; Elle ne s'&#233;tonne pas de mon absence d'h&#233;sitation &#224; la suivre &#8211; ni de mon regard &#233;bahi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une minute plus tard&lt;/strong&gt;, vodka-orange et Martini s'entrechoquent. Elle boit pour oublier un truc, je bois &#224; la surprise, essaie de ne pas penser au comment est-ce possible et, pour ne pas penser au comment, me vient en t&#234;te ce beau bouquin sur la pr&#233;sence des morts aux c&#244;t&#233;s des vivants lu il y a quelques mois&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vinciane Despret, Au bonheur des morts. R&#233;cits de ceux qui restent, &#233;d. La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, o&#249; l'auteure mentionne ce que le po&#232;te John Keats appelait la &#171; &lt;i&gt;capacit&#233; n&#233;gative&lt;/i&gt; &#187;, cette qualit&#233; &#171; &lt;i&gt;&#224; demeurer au sein des incertitudes, des myst&#232;res, des doutes, sans s'acharner &#224; chercher le fait et la raison&lt;/i&gt; &#187;. Je pense &#224; &#231;a pour mieux atterrir dans cet inattendu, parce qu'en vrai, Rita, tes coups sont &#233;tranges : les bars, les rencontres fortuites, je connais je crois, mais le racolage inopin&#233; par une patronne peu bavarde, l&#224;, je bute un peu. Elle et moi longtemps seules, copr&#233;sence silencieuse, parlant gu&#232;re, les mots par vagues s&#232;ches, hurlant pour nous comprendre par dessus le juke-box ; un improbable face-&#224;-face qui cherche par petites touches son point de raccordement, envelopp&#233; par la fum&#233;e de clopes puis de shit, &#224; mesure qu'entrent les clients ; elle la quarantaine, install&#233;e ici par son p&#232;re &#224; seize ans, elle qui a trois enfants et qui, &#224; l'&#233;couter parler m&#233;canique automobile avec un type, a parfaitement appris l'arabe depuis le temps, elle au petit doigt tordu, au regard qui p&#233;tille quand elle raconte foncer de ses poings dans les bagarres, pr&#233;cisant qu'elle les provoque, les bagarres, s'il le faut, elle qui explique que les femmes ne tiennent g&#233;n&#233;ralement pas de bar car elles ont peur, sans dire de quoi, elle qui l&#232;ve un sourcil quand un client annonce qu'elle est gentille, &#171; &lt;i&gt;gentille et m&#233;chante, s'il te pla&#238;t&lt;/i&gt; &#187;, elle qui aurait &#171; &lt;i&gt;pr&#233;f&#233;r&#233; une boulangerie&lt;/i&gt; &#187; si elle avait pu choisir, elle qui tranche &#224; propos des mecs &#8211; &#171; &lt;i&gt;on est mille fois mieux qu'eux&lt;/i&gt; &#187; &#8211; et de l'autre c&#244;t&#233;, moi &#171; &lt;i&gt;la jeune fille de bonne famille&lt;/i&gt; &#187; comme elle se pla&#238;t &#224; me situer, pointant ainsi, pour rester dans la po&#233;sie anglaise, l' &#187; &lt;i&gt;effrayante sym&#233;trie&lt;/i&gt; &#187; du tigre&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Tigre, William Blake. &#171; Tigre, Tigre ! ton &#233;clair luit / Dans les for&#234;ts (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; que nous formons toutes deux ce soir-l&#224;, moi mentalement pr&#233;par&#233;e &#224; l'&#233;ventualit&#233; de me faire &#233;jecter de son royaume aussi abruptement que j'y suis entr&#233;e, et qui finira par en repartir d'un pas &#233;tonnement assur&#233; dans la nuit, chauff&#233;e aux braises de cette sainte patronne qui a profit&#233; de ma compagnie pour raffermir ses assises &#233;branl&#233;es par une journ&#233;e de merde. Oui Rita, une cause perdue, m&#234;me minuscule, dix cons&#233;quences obliques. Destination : &lt;i&gt;Le (Grand bar du) Chapitre&lt;/i&gt;, en haut de la Canebi&#232;re o&#249; je cherche Sophie, une autre sainte patronne, souvent crois&#233;e &#8211; Sophie qui pr&#233;cise qu'elle n'est que serveuse mais peu importe, &#224; cette heure-ci, on canonise qui l'on veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a quelques mois&lt;/strong&gt;, assises &#224; plusieurs &#224; la terrasse du &lt;i&gt;Chapitre&lt;/i&gt;, l'une d'entre nous avait racont&#233; cet &#233;pisode : elle avait vu Sophie quitter les limites de son bar pour &#233;pauler Bella, une vendeuse de roses en train de se faire casser la gueule par deux tox sur la place des R&#233;form&#233;s. Oui, confirme maintenant Sophie, &#171; &lt;i&gt;ici c'est un quartier difficile, et moi je veille : pas touche &#224; la terrasse, et pas touche &#224; Bella &#187;&lt;/i&gt;. Apr&#232;s cinq ans de service &#224; raison d'une soixantaine d'heures hebdomadaires, Sophie &#233;num&#232;re ce qu'il lui faut pour accomplir son travail : &#171; &lt;i&gt;Du caract&#232;re, &#233;norm&#233;ment de caract&#232;re, de la fermet&#233;, du courage, du franc-parler. &#187;&lt;/i&gt; En particulier derri&#232;re le comptoir en soir&#233;e &#8211; un monde bien distinct de la terrasse &#8211; o&#249; il faut faire face aux hommes, &#171; &lt;i&gt;souvent machos souvent ivres&lt;/i&gt; &#187;, lesquels &#171; &lt;i&gt;parce que t'es une femme, ne te prennent pas pour une merde, mais presque, quand tu interviens parce qu'ils ont trop bu, pas pay&#233;, disent des conneries&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Moralement, le comptoir c'est &#233;puisant, estime Sophie : &#171; &lt;i&gt;Moi qui ne picole pas, je me demande parfois o&#249; je suis.&lt;/i&gt; &#187; Ce qui fait dire &#224; Christelle, serveuse au 31 depuis trois ans (&#224; La Plaine&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDLR : ce bar a ferm&#233; depuis.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;), qu'elle ne pourrait pas travailler dans un bar de quartier (comprendre, avec ses habitu&#233;s scotch&#233;s au comptoir) : &#171; &lt;i&gt;Avec les lourds qu'on se tape en terrasse, c'est bien assez.&lt;/i&gt; &#187; Elle pointe, elle aussi, la n&#233;cessit&#233; d' &#187; &lt;i&gt;avoir du caract&#232;re&lt;/i&gt; &#187; pour r&#233;aliser ce m&#233;tier, homme comme femme, m&#234;me s'il ne fait pas de doute que pour une femme, il s'agit d'une question de survie. La patronne du 31 surgit &#224; cet instant de la discussion. &#171; &lt;i&gt;&#202;tre une femme et tenir un bar ? Ben &#231;a fait chier !&lt;/i&gt; &#187; s'exclame-t-elle en riant. Et Christelle de donner quelques exemples d'attitudes typiquement masculines (et typiquement quotidiennes) auxquelles elle se confronte : &#171; &lt;i&gt;Tu as les mecs qui te draguent parce qu'ils pensent que &#231;a va forc&#233;ment te faire plaisir. Tu es dans l'espace public, et hop, ils y vont, ils se l&#226;chent. Tu as aussi ceux qui te donnent des petits noms : &#8220;Ma ch&#233;rie, ma belle, tu m'am&#232;nes une bi&#232;re ?&#8221; Ou ceux qui te touchent quand ils ont un truc &#224; te demander. Mais &#231;a va, entre-temps, je suis devenue f&#233;ministe en faisant les bonnes rencontres. &#199;a m'a bien ouvert les yeux, je recadre en permanence.&lt;/i&gt; &#187; Toutes disent faire attention aux v&#234;tements qu'elles portent (&#171; &lt;i&gt;Si t'es bien sap&#233;e, t'attires les cons et les poivrots&lt;/i&gt; &#187;) ; ma Belle de Mai et Sophie tapent, posent ce degr&#233; de violence dans la n&#233;gociation ; Christelle pr&#233;f&#232;re les laisser se battre entre eux si &#231;a d&#233;g&#233;n&#232;re, tout en racontant la fois o&#249; elle en a expuls&#233; un qui emmerdait sa copine, laquelle n'arrivait pas &#224; s'en d&#233;barrasser (&#171; &lt;i&gt;L&#224;, tu jubiles&lt;/i&gt; &#187;) ; toutes tiennent et ouvrent des espaces. Du travail de guerri&#232;res. Elles le savent, ou pas : elles constituent de sacr&#233;s rep&#232;res de ma ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un autre soir&lt;/strong&gt;, pneu regonfl&#233;, je m'arr&#234;te &#224; &lt;i&gt;L'Unic bar&lt;/i&gt;, pr&#232;s du Vieux-Port. Une patronne historique, un rade un peu plus branch&#233;. Les &#233;toiles sont alors moins bien agenc&#233;es, je me fais rembarrer : &#171; &lt;i&gt;Tu crois quand m&#234;me pas que je vais vendre mon &#226;me au bout de deux minutes ?!&lt;/i&gt; &#187; En effet, je ne le pense pas. Sainte Rita sourit : ben ouais, quand on attend, &#231;a marche toujours moins bien. Quoique, alors que j'atteins la porte : &#171; &lt;i&gt;Tu t'en vas ? Allez, reviens boire un th&#233; un de ces apr&#232;s-midi, on discutera.&lt;/i&gt; &#187; &#192; bient&#244;t, tigre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Julia Zortea&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Vinciane Despret, &lt;i&gt;Au bonheur des morts. R&#233;cits de ceux qui restent&lt;/i&gt;, &#233;d. La D&#233;couverte, coll. Les Emp&#234;cheurs de penser en rond, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Tigre&lt;/i&gt;, William Blake. &#171; Tigre, Tigre ! ton &#233;clair luit / Dans les for&#234;ts de la nuit / Quelle main, quel &#339;il immortels / Purent fabriquer ton effrayante sym&#233;trie ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;NDLR : ce bar a ferm&#233; depuis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Marine social club</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Marine-social-club</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anissa Tlemcen, Fr&#233;d&#233;ric Ciriez</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;Un dimanche soir d'octobre. Les vents du hasard nous poussent &#224; l'heure de l'ap&#233;ritif vers le Bistrot de la Marine qui brille dans la nuit sur le quai d&#233;sert. Le Bistrot de la Marine et sa fa&#231;ade r&#233;tro : la derni&#232;re institution du vieux port du Portrieux, partie populaire de la cit&#233; halieutique et baln&#233;aire de Saint-Quay-Portrieux, C&#244;tes-d'Armor &#8211; son casino, sa plage, ses sir&#232;nes de passage, ses chalutiers et son peuple de la mer. Une excitation palpable s'est empar&#233;e de la client&#232;le aux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Frederic-Ciriez-3477" rel="tag"&gt;Fr&#233;d&#233;ric Ciriez&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bistrot-total" rel="tag"&gt;bistrot total&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2915 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH284/-1159-32076.jpg?1782641249' width='200' height='284' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;148 de CQFD
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;U&lt;/span&gt;n dimanche soir d'octobre. Les vents du hasard nous poussent &#224; l'heure de l'ap&#233;ritif vers le &lt;i&gt;Bistrot de la Marine &lt;/i&gt;qui brille dans la nuit sur le quai d&#233;sert. Le &lt;i&gt;Bistrot de la Marine &lt;/i&gt;et sa fa&#231;ade r&#233;tro : la derni&#232;re institution du vieux port du Portrieux, partie populaire de la cit&#233; halieutique et baln&#233;aire de Saint-Quay-Portrieux, C&#244;tes-d'Armor &#8211; son casino, sa plage, ses sir&#232;nes de passage, ses chalutiers et son peuple de la mer. Une excitation palpable s'est empar&#233;e de la client&#232;le aux traits tir&#233;s qui a pass&#233;, entend-on en terrasse, &lt;i&gt;&#171; un samedi soir exceptionnel &#187;, &lt;/i&gt;et o&#249; une vieille dame qui sort de la douche et sent la vanille de synth&#232;se se vante aupr&#232;s d'un marin-p&#234;cheur admiratif d'avoir &lt;i&gt;&#171; fini &#224; six du mat' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;L'enjeu de l'ap&#233;ritif &lt;/strong&gt;dans le bar progressivement bond&#233; de joyeuses cr&#233;atures transg&#233;n&#233;rationnelles, du beau sexe comme du vilain ? Assister, en famille oserait-on dire, &#224; la projection d'un court-m&#233;trage mettant en sc&#232;ne sa majest&#233; le bistrot lui-m&#234;me et ses prestigieux sujets &#8211; entendez le personnel et les habitu&#233;s. Le petit film s'intitule &lt;i&gt;Autant en emporte... la pipe de Marjaque &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Titre provisoire de ce court-m&#233;trage que l'on peut voir en ligne sur Youtube.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, l'histoire d'un vieux loup de mer qui revient d'Afrique et &#224; qui un homard aurait vol&#233; sa pipe&#8230; L'enqu&#234;te bat son plein, les visages connus et reconnus d&#233;filent sous les hourras des spectateurs, le visionnage collectif, verre en main, de ce film tourn&#233; en quatre jours et sign&#233; Fr&#233;d&#233;rick Laurent, Yann Veillet Kerverzio et David Piffart, trois familiers des murs, &#233;voque la simplicit&#233; burlesque du g&#233;nial Jacques Rozier. Soudain, l'&#233;vidence surgit : ce qu'on voit l&#224;, sur l'&#233;cran communautaire, n'est rien d'autre que l'esprit des lieux. L'esprit du lieu. Du plus fantasque et chaleureux bistrot de la c&#244;te du Go&#235;lo, qui lui fait son cinoche tous les jours ou presque depuis plus de cent ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Julien, tonique trentenaire &lt;/strong&gt;qui g&#232;re les flux derri&#232;re le comptoir, nous l'assure : une carte postale du d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle atteste bel et bien de l'existence s&#233;culaire de ce p&#244;le magn&#233;tique pour affam&#233;s et assoiff&#233;s en tous genres, &lt;i&gt;&#171; qui &#224; l'&#233;poque s'appelait non pas &lt;/i&gt;bistrot &lt;i&gt;mais &lt;/i&gt;bar de la Marine &#187;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Comme le remarque subtilement Olivier, enfant du port et acheteur &#224; la cri&#233;e en train de t&#233;ter sa pinte de Nord&#233;, la bi&#232;re artisanale de Saint-Quay, le nom &#171; Marine &#187; est toujours rest&#233;, &lt;i&gt;&#171; pas comme dans ces bars o&#249; &#231;a change tout le temps avec les nouveaux propri&#233;taires. &#187; &lt;/i&gt;Ce qu'il aime ici ? &lt;i&gt;&#171; C'est un bar tr&#232;s nocturne, pas un salon de th&#233;, et on y rencontre des gens improbables. &#187;&lt;/i&gt; Songe-t-il &#224; Eno &#8211; &#171; One &#187; en verlan &#8211;, dandy punk qui partage sa vie entre Amsterdam et la petite commune de Plourhan, et qui nous sourit depuis l'entr&#233;e, v&#234;tu d'&#233;carlate et coiff&#233; d'un chapeau melon noir t&#233;n&#232;bres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'histoire mythologique &lt;/strong&gt;et sociale des caf&#233;s du port est compl&#233;t&#233;e par T&#233;tech, &#233;lectricien qui a fait cinq saisons &#224; la &lt;i&gt;Marine, &lt;/i&gt;derri&#232;re le comptoir. Pour lui, la &lt;i&gt;Marine &lt;/i&gt;est le dernier fleuron d'une liste d'&#233;tablissements &#233;vanouis avec l'av&#232;nement du nouveau port et son lot de bars et de restaurants format&#233;s pour les plaisanciers. &lt;i&gt;&#171; Il y avait &lt;/i&gt;La Jet&#233;e, Le Bretagne, Le Mouton blanc, La Bienvenue&lt;i&gt;... &#187; &lt;/i&gt;Il marque une pause et reprend, &#233;mu. &lt;i&gt;&#171; Il y avait aussi &lt;/i&gt;Le Caf&#233; du Commerce, &lt;i&gt;qui a ferm&#233; quand Arnaud, le propri&#233;taire, s'est tu&#233; accidentellement 10 mois apr&#232;s la reprise de &lt;/i&gt;La Marine &lt;i&gt;par Boboche. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Boboche, &lt;/strong&gt;le nom du tendre et ombrageux ma&#238;tre des lieux est l&#226;ch&#233;&#8230; Objectivement moins joli que Manon, qui sert le midi, mais non moins d&#233;licieux que les accras de morue maison qui font la r&#233;putation de la cuisine impeccablement tenue par Aur&#233;lien, jeune Montpelli&#233;rain venu s'a&#233;rer au pays des brumes, &lt;i&gt;&#171; o&#249; les gens sont plus francs &#187;, &lt;/i&gt;Boboche, quadra v&#233;loce, est une l&#233;gende &#224; lui seul. Originaire de Loguivy-de-la-mer, il a illumin&#233; pendant quatre ans les nuits de l'h&#244;tel &lt;i&gt;Bellevue&lt;/i&gt;, &#224; Port-Lazo, sur la rugueuse commune de Plou&#233;zec, avant de poser ses p&#233;nates au Portrieux, il y a dix ans. Apr&#232;s quelques mois d'acclimatation, ce g&#233;nie de la &lt;i&gt;nite &lt;/i&gt;aux yeux bleus et aux cheveux poivre et sel a remis le couvert sur le vieux port. &lt;i&gt;&#171; Ce mecl&#224; te fait voyager, un super barman et un cuisinier qui peut mettre la pige aux plus grands chefs &#187;, &lt;/i&gt;s'emballe Christophe, chapeau de cow-boy en cuir noir viss&#233; sur la t&#234;te, mara&#238;cher sur l'&#238;le de Saint-Riom et &#224; Saint-P&#233;ver, au sud de Guingamp, qui sert les plus grands restaurants d'Europe, dont le &lt;i&gt;Noma &lt;/i&gt;de Copenhague, et bien s&#251;r&#8230; &lt;i&gt;La Marine &lt;/i&gt;&#8211; avec toujours quelques tranches de fruits et l&#233;gumes d'exception pour agr&#233;menter les plats, mix de poissons &#224; la plancha ou homard pris directement dans le vivier sous l'escalier, qu'on peut manger en salle, au comptoir ou &#224; l'&#233;tage, face aux c&#233;l&#232;bres fresques maritimes r&#233;alis&#233;es, en 1950, par le peintre Bernard Locca.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si le &lt;i&gt;Bistrot de la Marine &lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;est de jour en jour le chef-d'&#339;uvre &lt;i&gt;live &lt;/i&gt;de Boboche, son heure de gloire minuscule se r&#233;v&#232;le plus occulte : une grande gifle adress&#233;e au chanteur s&#233;ducteur d'adolescentes Jean-Luc Lahaye, qui se la racontait un peu trop sur la piste de danse de la discoth&#232;que La Grange, &#224; Courchevel, en 1991, o&#249; le petit Breton faisait la saison. &lt;i&gt;&#171; Les videurs m'ont sorti mais pardonn&#233; direct, car ils &#233;taient d'accord avec moi. &#187; &lt;/i&gt;Bon, ne flippez pas, Boboche, aujourd'hui pote avec Thi&#233;faine qui passe de temps en temps &#224; la &lt;i&gt;Marine &lt;/i&gt;&#8211; ceci explique cela &#8211;, est total cool. D'ailleurs il n'aime rien tant que &lt;i&gt;&#171; le vin, le rhum&#8230; et l'ap&#233;ro avec les copines &#187;. &lt;/i&gt;Et le calva avec les sir&#232;nes ? &lt;i&gt;&#171; Ben oui, on en boit aussi euh... beaucoupbeaucoup. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Et nous, &lt;/strong&gt;nous en voyons et en entendons beaucoup-beaucoup au comptoir, des sir&#232;nes, hommes ou femmes, sur deux pieds ou sur un coude. C'est peut-&#234;tre l'heure. Ou la multiplication des vins. Ou le comptoir lui-m&#234;me, r&#233;agenc&#233; par Sam, menuisier-charpentier sereinement arrim&#233; &#224; son ouvrage. Certaines mauvaises langues disent que le &lt;i&gt;Bistrot de la Marine, &lt;/i&gt;c'est la cour des miracles. D'autres, plus sentimentaux, &#233;voquent un refuge. Nous parlerons de p&#234;che miraculeuse, ou de bistrot total.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Ciriez &amp; Anissa Tlemcen&lt;/strong&gt;, envoy&#233;s tr&#232;s sp&#233;ciaux &#224; Saint-Quay-Portrieux&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fr&#233;d&#233;ric Ciriez a publi&#233; trois romans aux &#233;ditions Verticales dont &lt;/i&gt;Je suis capable de tout &lt;i&gt;en 2016.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Titre provisoire de ce court-m&#233;trage que l'on peut voir en ligne sur Youtube.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le dernier bar de docker</title>
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&lt;p&gt;Jean-Pierre Levaray, qui nous a cont&#233; pendant de nombreuses ann&#233;es ses aventures &#224; l'usine, est normand. C'est donc en r&#233;gional de l'&#233;tape qu'il va nous parler du port du Havre et de ses dockers rebelles. Choses vues et entendues. Je vais souvent au Havre ces temps-ci parce que c'est une ville que j'ai appris &#224; aimer. Il y a la plage, le port et cette architecture particuli&#232;re. Il y a aussi un &#233;tat d'esprit que j'aime bien. Plein de groupes rock sans concession, de rappeurs assez (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bob" rel="tag"&gt;Bob&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jean-Pierre Levaray, qui nous a cont&#233; pendant de nombreuses ann&#233;es ses &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-usine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;aventures &#224; l'usine&lt;/a&gt;, est normand. C'est donc en r&#233;gional de l'&#233;tape qu'il va nous parler du port du Havre et de ses dockers rebelles. Choses vues et entendues.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3024 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH405/-1260-35689.jpg?1782644277' width='400' height='405' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Jean-Pierre Levaray
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;J&lt;/span&gt;e vais souvent au Havre ces temps-ci parce que c'est une ville que j'ai appris &#224; aimer. Il y a la plage, le port et cette architecture particuli&#232;re. Il y a aussi un &#233;tat d'esprit que j'aime bien. Plein de groupes rock sans concession, de rappeurs assez sympathiques et de syndicalistes comme on voudrait en rencontrer plus souvent. Du coup, je coordonne un projet de livre, pour l'Union locale CGT du Havre, sur le &lt;i&gt;Havre populaire et insoumis &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Oui, je sais le terme est galvaud&#233; par M&#233;lenchon, mais pour le moment on n'a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Ce livre se veut une r&#233;ponse aux festivit&#233;s fastueuses que pr&#233;pare la mairie (de droite) pour les 500 ans de la cr&#233;ation de la ville par Fran&#231;ois I&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je suis donc amen&#233;&lt;/strong&gt; &#224; interviewer des personnalit&#233;s artistiques et syndicales de la ville. Aujourd'hui, je dois rencontrer Little Bob, figure incontournable et papy du rock. L'endroit qu'il a choisi pour cet entretien, c'est le bar Marie-Louise, quai de Sa&#244;ne. Le dernier bar de dockers du Havre, mais aussi un lieu mythique depuis qu'Aki Kaurism&#228;ki y a film&#233; des sc&#232;nes pour son film &lt;i&gt;Le Havre&lt;/i&gt;, ainsi que Dominique Abel et Fiona Gordon pour &lt;i&gt;Les F&#233;es&lt;/i&gt;. Le bar o&#249; aurait &#233;t&#233; film&#233; &lt;i&gt;Quai des brumes&lt;/i&gt; est, lui, d&#233;finitivement d&#233;truit. Quant au Marie-Louise, il risque de fermer tr&#232;s bient&#244;t, Jacquotte, qui le tient depuis tant d'ann&#233;es, veut prendre sa retraite et personne ne semble vouloir lui succ&#233;der, au grand dam de Little Bob.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que le quartier se d&#233;sertifie. Hangars vides, habitations mur&#233;es en attendant des projets immobiliers. L'immeuble qui abritait la Caisse des cong&#233;s pay&#233;s des ouvriers du port tombe en ruine. On n'a plus trop envie d'y tra&#238;ner le soir m&#234;me si le quai de Sa&#244;ne est encore fr&#233;quent&#233; par quelques promeneurs et p&#234;cheurs du week-end, au pied des habitats en containers qui font cages &#224; lapin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je suis pas mal en avance&lt;/strong&gt;, alors je fais le touriste. En face du bar, sur l'autre rive, le port. Ses grues et portiques, ses hangars gigantesques et ses milliers de containers qui s'empilent comme des t&#233;triminos. Plus loin, d'&#233;normes r&#233;servoirs attendent goul&#251;ment les tankers charg&#233;s de p&#233;trole ou de carburant pour alimenter Paris et les r&#233;gions Nord et Ouest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le trafic de camions et de bateaux est intense, on ne voit plus grand monde. C'est devenu impersonnel et froid. O&#249; sont les travailleurs du port et les dockers ? &#171; &lt;i&gt;Quand il fallait 1 000 dockers pour un million de containers, il en suffit d&#233;sormais de trente sur un terminal enti&#232;rement automatis&#233;&lt;/i&gt; &#187;, me disait Laurent, syndicaliste au port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On &#233;tait plus de 1 600 dans les ann&#233;es 1990, puis 1 450 en 2000. Aujourd'hui, on se maintient - uniquement par la lutte - &#224; 1 200 salari&#233;s. L'objectif de la r&#233;forme de 2008 &#233;tait de nous descendre &#224; 560 salari&#233;s sur le Grand-Port du Havre pour se recentrer sur les m&#233;tiers d'administration, de gestion. Il ne devait rester que &#231;a. Un peu comme ce qui s'est pass&#233; au Port Autonome de Paris : il g&#232;re son patrimoine et son domanial, laissant bosser tous les priv&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2008&lt;/strong&gt;, la loi de coordination interportuaire a &#233;t&#233; appliqu&#233;e. Et au niveau de la Seine, les ports de Rouen, Paris et Le Havre sont devenus un regroupement d'int&#233;r&#234;t &#233;conomique. Ce qui entra&#238;ne une fusion des trois entit&#233;s avec mutualisation des services, notamment administratifs. Les rives de la Seine, du Havre &#224; Paris, devront accueillir un seul et m&#234;me grand port. Les plates-formes logistiques et de r&#233;ception de containers s'y multiplient ; Le Havre a pourtant perdu sa vocation europ&#233;enne, m&#234;me s'il reste le premier port fran&#231;ais. 2,5 millions de containers transitent par Le Havre alors que Rotterdam en fait 10 millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une privatisation&lt;/strong&gt; &#224; marche forc&#233;e frappe aussi bien la logistique que la maintenance. Et il s'agit surtout de casser les statuts des travailleurs portuaires et des dockers. Avec un taux de syndicalisation de 80 % pour les premiers et 100 % pour les seconds, ils repr&#233;sentent le pire cauchemar des patrons et de l'administration. D'autant que ces salari&#233;s ont d&#233;velopp&#233; une culture particuli&#232;rement combative : &#171; &lt;i&gt;On a eu de grandes luttes depuis 2008. Et on se bat tous les deux ou trois mois, parce qu'il faut montrer aux patrons qu'on est l&#224;.&lt;/i&gt; &#187; Laurent ajoute : &#171; &lt;i&gt;On est des combattants, m&#234;me si certaines organisations ont perdu cet objectif. On reste des syndicats, on n'est pas des partenaires sociaux. On ne sera jamais des partenaires sociaux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;videmment&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; tous ces travailleurs portuaires se sont retrouv&#233;s au printemps 2016 dans les rues contre la loi Travail, aux c&#244;t&#233;s des salari&#233;.e.s, lyc&#233;en.ne.s et autres. &#171; &lt;i&gt; On a commenc&#233; &#224; mordre d&#232;s le 9 mars avec un mouvement de 24 heures. Quatorze autres jours de gr&#232;ve ont suivi. &lt;/i&gt; &#187; Il y a eu, au Havre, des mobilisations record dans la rue, des barrages routiers titanesques sur le Pont de Normandie, devant les raffineries, aux entr&#233;es de la ville. Un v&#233;ritable blocage&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le blocage n'est pas une nouveaut&#233; au Havre o&#249; les dockers, mais aussi les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; de l'&#233;conomie que les chefs d'entreprises de la r&#233;gion ont mod&#233;r&#233;ment appr&#233;ci&#233; : ils sont all&#233;s qu&#233;mander &#224; la pr&#233;fecture des mesures pour que cela ne se reproduise plus. Mais essayez de stopper des dockers motiv&#233;s, &#231;a ne sera pas facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En cette p&#233;riode bizarre d'&#233;lections,&lt;/strong&gt; ces luttes semblent lointaines. Les quelques essais de manifs et de blocages de ces derniers mois lanc&#233;s au Havre n'ont pas &#233;t&#233; suivis nationalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bon, j'arr&#234;te de vous parler&lt;/strong&gt; du port du Havre. Je vois Little Bob qui arrive, veste en cuir, k&#233;fi&#233;, chaussures pointues et cheveux gris en brushing. Il est souriant. Nous nous saluons et entrons chez Marie-Louise, l'interview va commencer et c'est une autre histoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte et photo Jean-Pierre Levaray&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Oui, je sais le terme est galvaud&#233; par M&#233;lenchon, mais pour le moment on n'a pas trouv&#233; mieux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le blocage n'est pas une nouveaut&#233; au Havre o&#249; les dockers, mais aussi les salari&#233;.e.s de Sidel ou d'autres bo&#238;tes l'utilisent r&#233;guli&#232;rement depuis 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Rouges au bar, jaunes dans les verres</title>
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		<dc:date>2019-05-23T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;&#192; Marseille, il fut un temps o&#249; Juliette, &#201;liane, Nicole et Monique se baignaient dans la rivi&#232;re du Jarret &#224; c&#244;t&#233; de l'usine de soufre. Il fut un temps o&#249; l'on ramassait la salade &#224; deux pas de Menpenti, un temps o&#249; le foyer populaire fut rachet&#233; par des communistes pour en faire un dispensaire gratuit, une biblioth&#232;que, un bistrot, un lieu de vie. Marseille, 1936, rue Brandis. Un bar est rachet&#233; par une poign&#233;e de militants communistes apr&#232;s les longues gr&#232;ves du mois de juin. Un bar (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Marseille, il fut un temps o&#249; Juliette, &#201;liane, Nicole et Monique se baignaient dans la rivi&#232;re du Jarret &#224; c&#244;t&#233; de l'usine de soufre. Il fut un temps o&#249; l'on ramassait la salade &#224; deux pas de Menpenti, un temps o&#249; le foyer populaire fut rachet&#233; par des communistes pour en faire un dispensaire gratuit, une biblioth&#232;que, un bistrot, un lieu de vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2915 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH284/-1159-32076.jpg?1782641249' width='200' height='284' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;148 de CQFD
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;arseille, 1936, rue Brandis. Un bar est rachet&#233; par une poign&#233;e de militants communistes apr&#232;s les longues gr&#232;ves du mois de juin. Un bar mais aussi un centre social organis&#233; autour du Parti. En 1948, ce sont pas moins de 39 bars qui seront tenus par les communistes de Marseille. Si l'on est un bon communiste, gare aux tourn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;80 ans plus tard, &lt;/strong&gt;nous sommes assis avec Monique et Eliane, deux s&#339;urs qui ont pass&#233; leur vie dans le quartier de Menpenti. La salle s'appelle Robert Perez, je demande &#224; Monique qui &#233;tait le monsieur. Elle s'&#233;crie : &lt;i&gt;&#171; Mais c'est mon mari. &#187; &lt;/i&gt;Robert a tenu le comptoir des ann&#233;es durant avant qu'Alain et Nicole, sa s&#339;ur, ne reprennent le flambeau. D'autres ont suivi : David, Michel, jusqu'&#224; &#201;tienne aujourd'hui. Tous militants. &lt;i&gt;&#171; Robert il fallait pas trop lui parler ! Le matin surtout. Un jour qu'un client venait lui raconter sa vie, il a mis la grille de la pompe &#224; bi&#232;re devant son visage pour singer le confessionnal. &#187; &lt;/i&gt;Monique et Eliane trouvent que c'est p&#233;nible d'&#233;couter tous les jours des confessions : &lt;i&gt;&#171; Que sa femme n'a pas voulu coucher avec lui, etc. &#187; &lt;/i&gt;Eliane ajoute : &lt;i&gt;&#171; Je m'en bats les choses ! &#187; &lt;/i&gt;Monique travaillait comme &#171; tata &#187; dans les &#233;coles puis elle venait remplacer son mari au comptoir. Ici on ne vire pas les gens parce qu'ils ne partagent pas vos opinions. &lt;i&gt;&#171; Un jour entre un bonhomme avec &lt;/i&gt;Le Monde &lt;i&gt;soigneusement pli&#233; sous le bras. Robert lui dit : &#8220;Vous pouvez le montrer. On va pas vous manger&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Dans la salle Robert-Perez, &lt;/strong&gt;on aura tout fait, tout vu. Du ping-pong, des meetings, des soir&#233;es de danse, et m&#234;me une veill&#233;e fun&#232;bre, celle du d&#233;put&#233; Pierre Doize, ancien d&#233;port&#233; qui savait lever le coude. Il se tue en 1979 avec sa femme en revenant d'un congr&#232;s d'anciens d&#233;port&#233;s &#224; Narbonne. &lt;i&gt;&#171; Sa femme Antoinette s'&#233;tait asperg&#233;e de vitriol pour ne pas &#234;tre prise comme fille de vie par les Allemands. On le voyait bien qu'elle avait &#233;t&#233; belle &#187;, &lt;/i&gt;racontent-elles. Pierre Doize travaillait au port de Marseille, avant d'&#234;tre licenci&#233; pour ses opinions politiques. C'&#233;tait un temps o&#249; les ouvriers devenaient des d&#233;put&#233;s tandis que de l'autre c&#244;t&#233; se reproduisaient les m&#233;decins et les profs. &lt;i&gt;&#171; C'&#233;tait un ma&#231;on qui faisait du judo &#187;, &lt;/i&gt;pr&#233;cise Monique. Pour &#201;liane, c'&#233;tait son &lt;i&gt;&#171; p&#232;re spirituel &#187;. &#171; Alors, quand certaines me disent que les camps de la mort, &#231;a n'a pas exist&#233;&#8230; &#8220;Putain de merde de la connasse !&#8221; &#187;, &lt;/i&gt;s'insurge-t-elle en termes choisis. Pourtant ces militantes ont encore fort &#224; faire au comptoir avec les discours racistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Durant la guerre d'Alg&#233;rie, &lt;/strong&gt;les camarades montent des tours de garde. &lt;i&gt;&#171; Il s'y tenait des rondes depuis l'Indochine, &#187; &lt;/i&gt;pr&#233;cise Monique. L' OAS canarde la vitrine, une autre fois une grenade blesse des militants. &lt;i&gt;&#171; On montait la garde m&#234;me en 68. J'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e lors d'une manif &#224; l'&#233;poque&#8230; &#187;, &lt;/i&gt;se souvient &#201;liane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le quartier rouge de Menpenti, &lt;/strong&gt;comme on l'appelait apr&#232;s-guerre, devait aussi sa r&#233;putation &#224; l'implantation de la CGT. Lors de la bataille contre la loi Travail, les militants de tous poils se sont retrouv&#233;s encore ici au comptoir. Mais au Foyer, c'est le Parti qui commande. Il n'en reste pas moins qu'ici c'est encore populaire. Et le prix des consommations est en rapport avec la classe sociale. &#192; c&#244;t&#233; de nous, Louis, Jacques et Jeannot jouent sagement au rami, mais &#224; l'heure de l'ap&#233;ro, &#231;a tourne autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vie du foyer &lt;/strong&gt;ce sont les femmes de la famille qui l'animent : Nicole par exemple qui fait &#224; manger lors des stages syndicaux. D'origine italienne par ses parents, elle appr&#233;cie quand la chorale La Lutte enchant&#233;e, qui a pris ses quartiers au foyer, lui d&#233;dicace &lt;i&gt;&#171; Bella Ciao &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un soir, &lt;/strong&gt;c'est un habitu&#233; qui se r&#233;jouit de la pluie : &lt;i&gt;&#171; Elle fait mon travail. &#187; &lt;/i&gt;Il balaie les rues de Marseille. Puis il proclame : &lt;i&gt;&#171; Il n'y a plus de bataille politique depuis dix ans. &#187; &lt;/i&gt;&#201;tienne qui tenait la buvette pour le PC n'aurait jamais pens&#233; atterrir derri&#232;re le comptoir. Il est du 1er arrondissement. Au ch&#244;mage il a pris le boulot derri&#232;re un militant lyonnais des JC. Derri&#232;re eux, les autocollants CGT de toutes les bo&#238;tes de Marseille cernent le plus beau : &#171; Allez L'OM &#187; qui fait le fier face au drapeau de la Paix. Pour s&#251;r, on trouve ici trois marques de pastagas mais c'est toujours un communiste qui le sert.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Christophe Goby&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;P&#233;p&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;M&lt;/petitelettrine&gt;on arri&#232;re-grand-m&#232;re est morte apr&#232;s une cuite en tombant dans le foss&#233; &#224; Abrest, dans l'Allier. Il n'y a pas de plaque mais je le sais. Son fils qu'on appelait le &#171; Marquis de Brages &#187; d&#233;valait de son terrain vague en mobylette, saoul comme un cochon. C'&#233;tait un ivrogne sympathique. Il est mort il y a dix ans lui aussi, au dessus de &lt;i&gt;La Cascade, un &lt;/i&gt;bar que j'affectionne rien que pour son nom. Il &#233;voque l'eau qui descend dans le verre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Son fr&#232;re, mon grand-p&#232;re&lt;/strong&gt;, est parti mourir &#224; l'h&#244;pital apr&#232;s un cancer contract&#233; &#224; la cigarette et &#224; l'alcool. Peut-&#234;tre aussi &#224; l'amiante vu qu'il &#233;tait plombier de son &#233;tat. Un plombier qui ne refusait jamais un verre. Un plombier qui refusait de se faire payer, ce qui mettait ma grand-m&#232;re dans tous ses &#233;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Partir de troquet en bistrot&lt;/strong&gt; et chalouper sous l'&#233;paule de p&#233;p&#233; vers une autre rive, un autre bar, &#233;tait un plaisir pour moi, quand j'&#233;tais adolescent. Mon grand-p&#232;re connaissait tous les clients des bistrots de son quartier et partout il me pr&#233;sentait. Les cirrhoses me zieutaient, les yeux fatigu&#233;s sur les poches de Ricard me saluaient avec chaleur. &lt;i&gt;&#171; Oh le petit-fils de Roger ! &#187; &lt;/i&gt;Et on nous payait une tourn&#233;e. Partout cette odeur fascinante de Ricard et de sirop m&#234;l&#233;s. Partout ces vieux comptoirs avec leurs machines &#224; cacahou&#232;tes rouges. Tourner la poign&#233;e et les voir descendre pendant que mon oreille guettait le bruit de l'eau qui chutait dans le jaune. La t&#233;l&#233; n'&#233;tait pas encore arriv&#233;e dans nos bars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Roger&lt;/strong&gt; fr&#233;quentait tout ce qu'on faisait de mieux en PMU aussi. &lt;i&gt;Le Tilleul &lt;/i&gt;portait mal son nom sauf pour l'arbre qui a d&#251; &#234;tre abattu. L'ambiance y &#233;tait &#224; la clope : la gitane et la goldo. On y poin&#231;onnait le tierc&#233; quand on ne se rendait pas directement au champ de course, o&#249; il avait ses entr&#233;es. C'&#233;tait moins tranquille comme ambiance. Il se jouait des choses graves. On y jouait sa paye en ce temps-l&#224;. Roger m'expliquait les courses dans ces bars : Plac&#233;, Gagnant, les cotes et les &#233;curies, et le c&#233;r&#233;monial des courses, quand les chevaux s'&#233;lancent derri&#232;re la voiture, et encore le cheval qui est disqualifi&#233; quand il galope au lieu de trotter. Tout &#231;a derri&#232;re un comptoir rempli de d&#233;sespoir souvent. De joie aussi au moment du final quand les jockeys cravachent leurs chevaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parfois, c'&#233;tait une tourn&#233;e de blanc&lt;/strong&gt; ou de rouge lim&#233;. Le matin avait ses faveurs quand tr&#244;naient sur le comptoir des oeufs durs. Ces oeufs dans leur pr&#233;sentoir, c'&#233;tait une f&#234;te. Comme les grenadines que les tenanciers ne manquaient jamais de nous offrir. Les colorants &#233;taient plus rares. Menthe ou grenadine. Le bonheur &#233;tait complet. Et quand il y avait un baby-foot, alors l&#224;&#8230; c'&#233;tait Luna-park. On ne m'aurait jamais fait d&#233;coller pour Disneyland, moi qui avais fait une cinqui&#232;me option baby-foot. P&#233;p&#233;, lui, redoublait son CAP de comptoir en comptoir.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;C. G.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Salut &#224; toi, bar kabyle !</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Salut-a-toi-bar-kabyle</link>
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		<dc:date>2019-05-02T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Les Auvergnats g&#232;rent encore 60 % des 12 600 d&#233;bits de boissons et restaurants parisiens. Juste derri&#232;re arrivent les Kabyles. Au nord-est de Paname, de Belleville-M&#233;nilmontant jusqu'&#224; Montreuil, ils sont les vrais tauliers. &#171; En 1999, quand je suis arriv&#233; en France, j'ai travaill&#233; dans le PMU de mes oncles &#224; Drancy, raconte Hafid, jeune quadra originaire de la vall&#233;e de la Soummam. Comme beaucoup d'Alg&#233;riens fra&#238;chement d&#233;barqu&#233;s, il y a toujours une p&#233;riode d'adaptation au d&#233;but, de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les Auvergnats g&#232;rent encore 60 % des 12 600 d&#233;bits de boissons et restaurants parisiens. Juste derri&#232;re arrivent les Kabyles. Au nord-est de Paname, de Belleville-M&#233;nilmontant jusqu'&#224; Montreuil, ils sont les vrais tauliers.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2915 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH284/-1159-32076.jpg?1782641249' width='200' height='284' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;148 de CQFD
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; E&lt;/span&gt;&lt;i&gt;n 1999, quand je suis arriv&#233; en France, j'ai travaill&#233; dans le PMU de mes oncles &#224; Drancy, &lt;/i&gt;raconte Hafid, jeune quadra originaire de la vall&#233;e de la Soummam. &lt;i&gt;Comme beaucoup d'Alg&#233;riens fra&#238;chement d&#233;barqu&#233;s, il y a toujours une p&#233;riode d'adaptation au d&#233;but, de r&#233;gularisation aussi. On fait le tour de la famille pour trouver du boulot, de l'h&#233;bergement. Le bar est un endroit d'ouverture. Comme les bars kabyles ne sont pas ferm&#233;s, cela m'a aussi permis de me faire rapidement des amis fran&#231;ais et de toute origine. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Paris&lt;/strong&gt;, Hafid d&#233;couvre &#233;galement la condition sociale des chibanis. &lt;i&gt;&#171; En Alg&#233;rie, on avait une image t&#233;l&#233;vis&#233;e de la France. On voyait de grandes brasseries magnifiques qu'on imaginait tenues par nos compatriotes. Par rapport &#224; nous, l'&#233;migr&#233; &#233;tait forc&#233;ment quelqu'un qui avait r&#233;ussi. Les &#233;migr&#233;s qui revenaient au bled &#233;taient toujours impeccablement v&#234;tus, ils avaient des voitures, ils pouvaient faire construire. Mais quand j'ai d&#233;couvert la r&#233;alit&#233; de la vie des retrait&#233;s alg&#233;riens &#224; M&#233;nilmontant, &#231;a m'a touch&#233;. Ils ont travaill&#233; dur et beaucoup habitaient dans des taudis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1980 &lt;/strong&gt;dans le Nord-Est parisien, les Aveyronnais vendent leurs bars aux Kabyles, qui conservent le nom et le d&#233;cor d'origine. &#192; partir des ann&#233;es 1990, l'arriv&#233;e de nouvelles populations dans ces quartiers, plus jeunes, parfois plus friqu&#233;es, refilent un coup de jus aux caf&#233;s kabyles. Ceux-ci constituent un cordon sanitaire &#224; la d&#233;ferlante des bars branch&#233;s, tout en b&#233;n&#233;ficiant &#224; la marge des incursions d'une nouvelle client&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les g&#233;rants&lt;/strong&gt; savent souvent pr&#233;server, voire am&#233;liorer, la culture de bar de quartier, populaire, accueillante, m&#233;lang&#233;e, tol&#233;rante, sans chichi, faite de bavardage et d'humour. Certains bars offrent le couscous le vendredi dans un esprit de cantine conviviale, ouvert au voisinage et aux jeunes d&#233;sargent&#233;s. Aussi, c'est souvent dans des bistrots kabyles que des concerts de punkrock peuvent encore se produire, alors qu'ailleurs, les bistrotiers, plus frileux, craignent les probl&#232;mes de voisinage ou avec les flics. Demandez depuis quand les Belleville Cats jouent au &lt;i&gt;Relais de Belleville&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
&#171; Quand je ne travaille pas d'un c&#244;t&#233; du bar&lt;/strong&gt;, je travaille de l'autre &#187;, &lt;/i&gt;plaisante Nassim, qui dit aimer y trouver &lt;i&gt;&#171; l'ivresse et les rencontres &#187;. &lt;/i&gt;Originaire d'Akbou en petite Kabylie, il sert aujourd'hui dans un petit bar pr&#232;s du m&#233;tro Dugommier dans le 12&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, apr&#232;s avoir travaill&#233; &#224; &lt;i&gt;L'Escale &lt;/i&gt;&#224; Montreuil. &lt;i&gt;&#171; J'ai servi ma premi&#232;re bi&#232;re en Alg&#233;rie en 1994, j'avais 17 ans. Je travaillais dans un bar-cabaret tenu par un cousin, membre du groupe d'autod&#233;fense du &lt;/i&gt;douar [village] &lt;i&gt;qui s'&#233;tait form&#233; contre les terroristes durant la d&#233;cennie noire. Donc, tu pouvais y boire ta bi&#232;re tranquille. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arriv&#233; en France&lt;/strong&gt; au d&#233;but des ann&#233;es 2000, il a vu s'op&#233;rer des diff&#233;rences entre les bistrots. &lt;i&gt;&#171; Il y a des bars qui ont une client&#232;le plus communautaire et masculine que d'autres. J'ai commenc&#233; &#224; bosser au &lt;/i&gt;Bar Fleury &lt;i&gt;&#224; Montreuil, o&#249; il y avait des habitu&#233;s du bled mais c'&#233;tait aussi m&#233;lang&#233; avec les voisins. Durant le ramadan, il y avait d'interminables parties de loto toutes les nuits dans un nuage de fum&#233;e. C'&#233;tait dur, j'te jure ! Puis plus r&#233;cemment &#224; &lt;/i&gt;L'Escale, &lt;i&gt;pr&#232;s du march&#233; de Croix-de-Chavaux, on a pu attirer une client&#232;le plus jeune et f&#233;minine gr&#226;ce aux concerts du dimanche apr&#232;s-midi. Il y a eu une &#233;tape de franchie, les cousins restaient moins entre eux et ont pu brasser avec des gens diff&#233;rents. En revanche, avec le changement de g&#233;n&#233;ration de tenanciers, certains ex-bars kabyles sont devenus des bars pour une client&#232;le blanche de bobos, o&#249; les Alg&#233;riens ne sont plus les bienvenus, alors qu'il y a quelques ann&#233;es les vieux y jouaient encore aux dominos. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hafid aussi&lt;/strong&gt; constate certains changements : &lt;i&gt;&#171; La diff&#233;rence entre les anciennes g&#233;n&#233;rations de bistrotiers kabyles et nous, c'est que chez les anciens il y avait une certaine d&#233;f&#233;rence vis-&#224;-vis de la client&#232;le fran&#231;aise, un souci de bien faire un peu forc&#233;. Maintenant, on a un rapport plus spontan&#233;, plus &#224; l'aise, plus d'&#233;gal &#224; &#233;gal. &#187;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
Les bars kabyles &lt;/strong&gt;ont gard&#233; dans leur ensemble une affiliation territoriale avec le bled tr&#232;s nette. La main-d'&#339;uvre est compos&#233;e de membres de la famille et est renouvel&#233;e par l'arriv&#233;e r&#233;guli&#232;re d'amis ou de parents de la m&#234;me r&#233;gion. Les baux commerciaux et les licences se repassent entre &#171; pays &#187;. Nassim se souvient de son arriv&#233;e &#224; Montreuil : &lt;i&gt;&#171; Je ne connaissais personne mais je savais que les bistrots &#233;taient tenus par des gens de chez moi. On avait rebaptis&#233; la rue de Paris &#8220;rue d'Ighram&#8221;, qui est le nom d'une petite commune &#224; c&#244;t&#233; d'Akbou, parce que tous les gens qui fr&#233;quentaient ces bistrots venaient de l&#224;-bas. &#187; &#171; On pourrait presque dire que chaque quartier de Paris correspond &#224; des &lt;/i&gt;douars&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;explique Hafid. &lt;i&gt;Rue des Pyr&#233;n&#233;es et Belleville, c'est plus la r&#233;gion de Mekla, entre Azazga et Tizzi Ouzou. De M&#233;nilmontant et Oberkampf jusqu'&#224; Voltaire, c'est la petite Kabylie orientale, du c&#244;t&#233; de Bougaa et S&#233;tif. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'attachement au douar&lt;/strong&gt; d'origine explique la pr&#233;servation des pratiques d'entraide : &lt;i&gt;&#171; Par exemple, &lt;/i&gt;continue Hafid, &lt;i&gt;quand un jeune ou un vieux d&#233;c&#232;de, les gens se r&#233;unissent dans les bars et cotisent pour rapatrier le corps au bled. &#187; &lt;/i&gt;Les structures villageoises de Kabylie se retrouvent dans l'immigration et particuli&#232;rement au bar, point de relais important entre l'Alg&#233;rie et la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
Et au vu &lt;/strong&gt;de la situation politique alg&#233;rienne, qu'est-ce qui se joue dans ces bars ? &lt;i&gt;&#171; Politiquement, les Kabyles qui fr&#233;quentent les bars ont globalement le m&#234;me regard ironique d'opposition au gouvernement alg&#233;rien et &#224; l'int&#233;grisme, &lt;/i&gt;commente Hafid. &lt;i&gt;&#192; part &#231;a, il peut y avoir des petites chamailleries selon les tendances&#8230; mais tout &#231;a s'est beaucoup essouffl&#233; depuis le dernier grand mouvement amazigh au d&#233;but des ann&#233;es 2000. &#187;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis deux ans, &lt;/strong&gt;Hafid est parti faire le limonadier chez les Bretons, dont on dit souvent qu'ils sont les cousins lointains des Kabyles, pour &lt;i&gt;&#171; bosser un peu moins et profiter d'une qualit&#233; de vie meilleure &#187;. &lt;/i&gt;Il ne regrette rien et a int&#233;gr&#233; les tables de jeu de dominos des vieux p&#234;cheurs du coin. Parfois, il reconna&#238;t n&#233;anmoins que la convivialit&#233; et les &#233;changes des bars de quartiers parisiens &#233;taient un peu plus intenses que dans le petit patelin de retrait&#233;s o&#249; il pilote la pression.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Garder le contr&#244;le&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;E&lt;/petitelettrine&gt;n 1918, ouvre dans le quartier de la Goutte-d'Or, rue de Chartres, le premier &#171; caf&#233; arabe &#187; tenu par le Kabyle Djeffal Mohamed, qui deviendra le pr&#233;sident du mouvement ind&#233;pendantiste l'&#201;toile nord-africaine, cofond&#233;e par Messali Hadj.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#232;s 1950&lt;/strong&gt;, quelque trente mille travailleurs kabyles (sur 160 000 Alg&#233;riens) sont install&#233;s &#224; Paris et en banlieue nord, principalement des c&#233;libataires, ouvriers dans l'industrie automobile, invisibles au reste de la soci&#233;t&#233;. Vivant dans des h&#244;tels meubl&#233;s, ils passent tout leur temps libre dans les caf&#233;s, qui sont les v&#233;ritables foyers des travailleurs nord-africains. Slimane Azem a chant&#233; avec tendresse et humour la condition de l'exil. Dans &lt;i&gt;Les Immigr&#233;s alg&#233;riens en France, &lt;/i&gt;Benjamin Stora souligne l'importance strat&#233;gique du caf&#233; durant la guerre d'Alg&#233;rie : &lt;i&gt;&#171; Les deux principales organisations alg&#233;riennes, FLN et MNA, vont se livrer bataille pour le contr&#244;le des caf&#233;s. Qui contr&#244;le le caf&#233; contr&#244;le le quartier, car &#224; travers un caf&#233;, on est au courant de ce qui se passe dans le quartier. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s les accords d'&#201;vian&lt;/strong&gt;, les Alg&#233;riens gardent la possibilit&#233; de tenir des d&#233;bits de boissons de licence IV en France.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fillols : deux bars sinon rien</title>
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&lt;p&gt;Un petit village pyr&#233;n&#233;en qui r&#233;ussit &#224; conserver ses deux bars. H&#233;r&#233;sie &#233;conomique ? Enqu&#234;te dans les bas-fonds de la moyenne montagne. ** * Un dimanche &#224; la campagne. La route qui serpente depuis Prades, sous-pr&#233;fecture des Pyr&#233;n&#233;es-Orientales, allonge ses lacets entre les bourrelets bois&#233;s du massif du Canigou. Un panneau annonce le village de Fillols. On est venu ici pour percer le myst&#232;re : comment un bled de 170 &#226;mes a pu maintenir vivants ses deux bars. Ailleurs, c'est tout le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un petit village pyr&#233;n&#233;en qui r&#233;ussit &#224; conserver ses deux bars. H&#233;r&#233;sie &#233;conomique ? Enqu&#234;te dans les bas-fonds de la moyenne montagne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2760 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH567/-1016-c575d.jpg?1782656571' width='400' height='567' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;148 de CQFD.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;**&lt;/div&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un dimanche &#224; la campagne.&lt;/strong&gt; La route qui serpente depuis Prades, sous-pr&#233;fecture des Pyr&#233;n&#233;es-Orientales, allonge ses lacets entre les bourrelets bois&#233;s du massif du Canigou. Un panneau annonce le village de Fillols. On est venu ici pour percer le myst&#232;re : comment un bled de 170 &#226;mes a pu maintenir vivants ses deux bars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ailleurs&lt;/strong&gt;, c'est tout le contraire : les villages ont vendu leur &#226;me au tout b&#233;ton pavillonnaire et commercial. Au fur et &#224; mesure qu'ils &#233;tendent leur artificielle superficie, leur coeur se n&#233;crose. Cern&#233;es par les terminaux de cuisson, les boulangeries abdiquent tandis que les derniers bistrots baissent le rideau devant des rues d&#233;sertiques. Sur un bout de parking, d'irr&#233;ductibles soiffards &#233;clusent des 8.6 achet&#233;es au Carrefour Market. Vous avez dit glauque ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fillols donc. &lt;/strong&gt;La place du village et son tilleul majestueux. Au bas, terrasse nich&#233;e contre l'&#233;glise, le &lt;i&gt;Caf&#233; de l'Union &lt;/i&gt;qui fait aussi restau depuis peu. En haut, le &lt;i&gt;Bar du Canigou &lt;/i&gt;et sa fa&#231;ade ocre. Bar du jour en bas, bar du soir en haut. Peau burin&#233;e et poil blanc, Serge entre &#224; &lt;i&gt;L'Union &lt;/i&gt;et commande un whisky glace. 42 ans qu'il vient l&#224;. Il a fait partie de ces n&#233;oruraux venus coloniser l'arri&#232;re-pays. Fillols &#233;tait alors un village de mineurs-paysans. La fermeture des mines dans les ann&#233;es 50 avait donn&#233; un coup d'acc&#233;l&#233;rateur &#224; l'exode rural. Le maire avait compris qu'il avait tout int&#233;r&#234;t &#224; int&#233;grer les babos pour que le village survive. Entre chevelus et prolos, tout ne s'est pas fait dans la douceur, mais le ciment a pris et est &#224; l'origine de cette ferveur culturelle qui irrigue encore le village aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Serge :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Dans ce bistrot, on conna&#238;t tout le monde, c'est familial. Avant, &lt;/i&gt;L'Union, &lt;i&gt;c'&#233;tait le bar de droite et &lt;/i&gt;Le Canigou, &lt;i&gt;le bar de gauche. Les gens ne se m&#233;langeaient pas. Moi, &#224; l'&#233;poque, j'avais les cheveux longs et on m'avait dit : tu vas pas boire en bas. &#187; L'Union &lt;/i&gt;a &#233;t&#233; repris en Scop par trois filles m&#234;me s'il y a un gars qui est venu donner la main pour remplacer un cong&#233; maternit&#233;. Pas trop dur pour ce m&#226;le minoritaire ? &lt;i&gt;&#171; Son nom c'est Timoth&#233;e, avec un &#8220;e&#8221; &#224; la fin, donc &#231;a va ! &#187;, &lt;/i&gt;l&#226;che S&#233;verine en souriant. Plonge, compta, cuisine, tout le monde tourne sur les t&#226;ches. Les filles insistent sur le fait qu'elles sont salari&#233;es et non pas simples g&#233;rantes. Les d&#233;cisions se prennent de mani&#232;re coll&#233;giale. Derri&#232;re la tireuse, Marie cherche ses mots : &lt;i&gt;&#171; Ce caf&#233; marche car il n'y a pas d'anonymat. On se retrouve entre copains. &lt;/i&gt;L'Union &lt;i&gt;a un r&#244;le social, une fonction d'espace collectif o&#249; la fronti&#232;re publicpriv&#233; n'est pas tr&#232;s claire. C'est une sorte de lieu neutre o&#249; l'on se d&#233;couvre, on se parle. Si un gars a besoin d'un coup de main pour monter sa serre, il vient ici. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Si la logique &#233;conomique avait pr&#233;valu, il y aurait au maximum un bar dans le village. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'automne ne mettra peut-&#234;tre pas de roux dans les feuillages des ch&#234;nes&lt;/strong&gt; en raison du manque de pluie, mais les cheveux d'Aline en offrent une palette flashy. Cette ancienne prof d'arts plastiques poss&#232;de les murs du &lt;i&gt;bar du Canigou. &#171; &#192; Fillols, c'&#233;tait &#233;vident d'avoir deux bars, &lt;/i&gt;confie Aline. &lt;i&gt;C'est mon grand-p&#232;re qui a cr&#233;&#233; &lt;/i&gt;Le bar du Canigou. &lt;i&gt;&#192; l'&#233;poque, tu ouvrais un bar sans besoin d'une licence. &#187; &lt;/i&gt;Son p&#232;re a repris l'affaire par la suite, puis son fr&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle-m&#234;me&lt;/strong&gt; s'est retrouv&#233;e un temps derri&#232;re le comptoir. &lt;i&gt;&#171; Du temps de mon p&#232;re, c'&#233;tait un vrai tripot, on jouait de l'argent. Avec ces mineurs qui venaient de toute l'Europe, fallait voir les loustics ! C'&#233;tait un bar &#224; forte personnalit&#233;. Quand mon fr&#232;re l'a repris en 1977, c'&#233;tait un des rares bistrots o&#249; les n&#233;oruraux &#233;taient bien accueillis. Tous les vendredis et samedis, des hippies venaient des bleds voisins ! Y a eu tout ce ferment qui a fait de ce lieu, un lieu fort, un lieu habit&#233;. &#187; &lt;/i&gt;Membre du foyer la&#239;que, Hubert pr&#233;cise : &lt;i&gt;&#171; Si la logique &#233;conomique avait pr&#233;valu, il y aurait au maximum un bar dans le village. Mais c'est gr&#226;ce &#224; la volont&#233; de la famille d'Aline, que le second bar a &#233;t&#233; maintenu. Il marche parce que les frais fixes &#8211; les murs et la licence &#8211; sont quasi inexistants et parce que le caf&#233; fait une partie consid&#233;rable de son chiffre d'affaires avec la f&#234;te. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La notori&#233;t&#233; de la f&#234;te du village&lt;/strong&gt; &#8211; &#233;tal&#233;e sur cinq jours ! &#8211; est une des acm&#233;s du calendrier fillolois qui pr&#233;sente une kyrielle de manifestations culturelles et festives tout au long de l'ann&#233;e. Un planning qui assure une dynamique coh&#233;sion au village mais demande aussi beaucoup. S&#233;verine : &lt;i&gt;&#171; C'est tr&#232;s dur de tenir un bar. Surtout quand tu sers essentiellement des potes. &#192; partir du moment o&#249; tu te mets au service des gens, tu te rends compte de leur personnalit&#233;. Il y a quelque chose qui change. &lt;/i&gt;[Elle r&#233;fl&#233;chit.] &lt;i&gt;Les gens ont soudain des exigences, peut-&#234;tre sous pr&#233;texte qu'ils payent. &#187; &lt;/i&gt;Aline parle aussi des r&#233;flexions et des reproches durs &#224; encaisser. Puis S&#233;verine remarque : &lt;i&gt;&#171; Normalement dans les bleds isol&#233;s, quand une n&#233;nette rentre dans un bar, elle rentre dans un milieu de mecs et se sent largement mal &#224; l'aise. Ici pff&#8230; &#187; &#171; Ici c'est les mecs qui sont mal &#224; l'aise ! &#187;, &lt;/i&gt;blague Hubert les mains dans la vaisselle.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Navarro&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Publi-replantage&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;C&lt;/petitelettrine&gt;ela rel&#232;ve de l'exploit : comment multiplier bourdes, indiscr&#233;tions malvenues et faux pas en faisant un article sur un endroit familier. Dans l'article &#171; Fillols : deux bars sinon rien &#187; (&lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;n&#176; 148), le tilleul de la place du village est en fait un acacia et le &lt;i&gt;Caf&#233; de l'Union &lt;/i&gt;ne fait pas restau &lt;i&gt;&#171; depuis peu &#187; &lt;/i&gt;mais depuis des d&#233;cennies. Plus grave, pour d'obscures raisons mat&#233;rielles, les g&#233;rantes du &lt;i&gt;Caf&#233; del Canig&#243; &lt;/i&gt;(et non le &lt;i&gt;Bar du Canigou &lt;/i&gt; !), Pauline et &#201;milie, n'ont &#233;t&#233; ni rencontr&#233;es, ni cit&#233;es. Nous publions un extrait de leur courrier et leur pr&#233;sentons nos excuses les plus plates, ainsi qu'au vibrionnant peuple de Fillols.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Navarro&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si vous &#233;tiez venu nous rencontrer en personne, comme cela avait &#233;t&#233; convenu, vous sauriez que depuis trois ans nous organisons tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement des concerts gratuits, proposant des groupes de styles et d'horizons vari&#233;s. Que le caf&#233;, tout au long de l'ann&#233;e, diffuse des matchs, accueille des anniversaires, parfois m&#234;me des soir&#233;es &#8220;ann&#233;es 80&#8221; improvis&#233;es, des ap&#233;ros &#224; la bonne franquette... Tout ce qui fait de cet endroit un lieu de rencontre et d'&#233;change, appr&#233;ci&#233; des gens du village et des environs. Et pas uniquement le bar de nuit, simple passage de relais d'un &#233;tablissement &#224; l'autre, migration froide et anonyme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens ici aiment leurs deux bistrots, font valoir et font vivre cette singularit&#233;. Ce sont ces activit&#233;s et cette client&#232;le r&#233;guli&#232;re qui permettent de &lt;i&gt;&#8220;g&#233;n&#233;rer une part cons&#233;quente de notre chiffre d'affaires&#8221;, &lt;/i&gt;si &#224; un instant donn&#233;, il faut r&#233;sumer tout cela &#224; une dimension purement &#233;conomique &#8211; pour r&#233;pondre &#224; la question que vous posez dans le chapeau. Mais le maintien de deux bistrots rel&#232;ve aussi d'un point important, le choix de revenus modestes de la part des tenancier(e)s, &#224; aucun moment &#233;voqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lecture du titre, nous nous attendions &#224; autre chose qu'un article vendant la chanson r&#233;currente de &#8220;Fillols, le village d'irr&#233;ductibles aux deux bistrots, un pour les hippies un pour les chasseurs&#8221;. Cet historique a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; dans un article paru dans &lt;i&gt;Pyr&#233;n&#233;es Magazine &lt;/i&gt;(n&#176; 164, mars avril 2016). Malgr&#233; l'aspect touristique et non subversif de cette revue, le journaliste, lui, s'est donn&#233; le temps et la peine de rencontrer en personne, les principaux sujets de son papier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pauline et &#201;milie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ballon rond et pr&#233; carr&#233;</title>
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		<dc:date>2014-08-31T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>M. M.</dc:creator>


		<dc:subject>En bref</dc:subject>
		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Plonk et Replonk</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>Menpenti</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Diouf</dc:subject>
		<dc:subject>Pape</dc:subject>
		<dc:subject>entendue</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Histoire entendue dans un bar de supporters &#224; Menpenti, Marseille. &#171; J'&#233;tais au comptoir quand Pape Diouf est entr&#233;. Il &#233;tait en campagne, il serrait des mains. Il m'a reconnu, bien s&#251;r. Quand il &#233;tait pr&#233;sident, on s'est fr&#233;quent&#233;, forc&#233;ment. Et je l'ai toujours appr&#233;ci&#233;, il a fait du bon boulot &#224; l'OM. En plus, il cause bien, il est sympa. Je pourrais passer des heures &#224; l'&#233;couter. Ce jour-l&#224;, il m'embrasse, me paye un verre et me dit : &#8220;Quand est-ce qu'on organise un petit ap&#233;ro chez (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Histoire entendue dans un bar de supporters &#224; Menpenti, Marseille. &#171; &lt;i&gt;J'&#233;tais au comptoir quand Pape Diouf est entr&#233;. Il &#233;tait en campagne, il serrait des mains. Il m'a reconnu, bien s&#251;r. Quand il &#233;tait pr&#233;sident, on s'est fr&#233;quent&#233;, forc&#233;ment. Et je l'ai toujours appr&#233;ci&#233;, il a fait du bon boulot &#224; l'OM. En plus, il cause bien, il est sympa. Je pourrais passer des heures &#224; l'&#233;couter. Ce jour-l&#224;, il m'embrasse, me paye un verre et me dit : &lt;/i&gt; &#8220;Quand est-ce qu'on organise un petit ap&#233;ro chez vous ?&#8221; &lt;i&gt;L&#224;, je lui ai r&#233;pondu de suite :&lt;/i&gt; &#8220;Tous les ap&#233;ros que tu veux, Pape, mais pas au local.&#8221; &lt;i&gt;Il n'a pas insist&#233; et a continu&#233; sa tourn&#233;e. Mais tout le monde nous avait vu et deux jours plus tard, Serge&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Probablement le m&#234;me Serge qui fut adjoint au maire d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la Culture.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;i&gt;se pointe comme par hasard.&lt;/i&gt; &#8220;Je passais dans le quartier...&#8221;&lt;i&gt; Il me pose le bras autour des &#233;paules : &lt;/i&gt; &#8220;Tu as jamais fait de politique, toi ? Parce que la politique, c'est avec nous, avec personne d'autre. Tu sais que l'OM est avec Gaudin, pas vrai ? Tu sais que Gu&#233;rini aussi ? Nous, on va gagner. Les gens ne le savent pas, ils n'ont pas encore vot&#233;, mais nous, on sait que c'est d&#233;j&#224; pli&#233;. Alors, le mieux c'est de pas t'en m&#234;ler. Surtout du c&#244;t&#233; des perdants, &#231;a serait couillon, pour toi et ton club. Et apr&#232;s la victoire, t'inqui&#232;tes, si tu as besoin de quoi que ce soit, tu viens me voir et j'arrange le coup. Je dirais &#224; Jean-Claude que tu as boss&#233; pour nous, m&#234;me si c'est pas vrai.&#8221; &lt;i&gt;Et il est reparti. Tu veux que je te dises ? La politique, moi, j'en ai rien &#224; cirer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le monument &#224; l'arbitre inconnu&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_1140 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH625/foot-plonk-arbitre-b4d60.jpg?1782651658' width='400' height='625' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Plonk et Replonk.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Probablement le m&#234;me Serge qui fut adjoint au maire d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la Culture.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les dessous de la nonne sentent le cochon grill&#233;</title>
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		<dc:date>2013-11-13T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Rami</dc:creator>


		<dc:subject>Ma cabane pas au Canada</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;En plein c&#339;ur de la Bretagne, dans un couvent &#171; d&#233;froqu&#233; &#187;, une bande de joyeux korrigans et bonnes f&#233;es se livrent &#224; toutes sortes d'activit&#233;s dionysiaques. Pour le plus grand plaisir du correspondant de CQFD en goguette&#8230; Le mois d'ao&#251;t tire &#224; sa fin et la cour du &#171; Couvent Alternatif &#187; s'anime du c&#244;t&#233; de Camlez, petite commune du Tr&#233;gor (850 habitants tout de m&#234;me), &#224; 8 km de Tr&#233;guier. Comme chaque jeudi depuis le d&#233;but de l'&#233;t&#233;, c'est dans la cour de cette ancienne &#233;cole tenue jadis par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Morwenna" rel="tag"&gt;Morwenna&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/center" rel="tag"&gt;center&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cour" rel="tag"&gt;cour&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Laurent" rel="tag"&gt;Laurent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Couvent-Alternatif" rel="tag"&gt;Couvent Alternatif&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Couvent" rel="tag"&gt;Couvent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nonne" rel="tag"&gt;Nonne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Morwenna-12062" rel="tag"&gt;Morwenna&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En plein c&#339;ur de la Bretagne, dans un couvent &#171; d&#233;froqu&#233; &#187;, une bande de joyeux korrigans et bonnes f&#233;es se livrent &#224; toutes sortes d'activit&#233;s dionysiaques. Pour le plus grand plaisir du correspondant de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; en goguette&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_805 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/p15-nonnes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH216/p15-nonnes-1b514.jpg?1782970383' width='500' height='216' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;my Cattelain.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le mois d'ao&#251;t tire &#224; sa fin et la cour du &#171; Couvent Alternatif &#187; s'anime du c&#244;t&#233; de Camlez, petite commune du Tr&#233;gor (850 habitants tout de m&#234;me), &#224; 8 km de Tr&#233;guier. Comme chaque jeudi depuis le d&#233;but de l'&#233;t&#233;, c'est dans la cour de cette ancienne &#233;cole tenue jadis par des religieuses, que l'association &#171; Les Dessous de la Nonne &#187; grille le cochon. La b&#234;te porte &#8211; humblement &#8211; ses 50 kilos et 80 personnes sont attendues le soir pour se goberger au son d'un groupe de blues rock qui occupera la sc&#232;ne de concert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'entr&#233;e de la cour, pr&#232;s du porche, si&#232;ge sans minauder &#171; Le Chat qui Louche &#187;, le bar du lieu tenu par Matthieu et Morwenna depuis mai 2012. Ils ont quitt&#233; sans regrets leurs boulots de cuistot-serveur et de ramasseur-cueilleur pour passer de l'autre c&#244;t&#233; d'un comptoir, qu'habitu&#233;s des lieux, ils lustraient d&#233;j&#224; de leurs coudes. Ici, pas de chichi, et, comme dans tout bar digne de ce nom, la discussion embraye rapidement, m&#234;me si vous &#234;tes inconnu. Pour ne rien g&#226;cher, les bi&#232;res ne sont pas mauvaises et leur abus ne vous laissera pas de mauvais souvenirs, ce dont peut t&#233;moigner votre correspondant de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, s'il est besoin de le pr&#233;ciser. Certains qui ont les nerfs solides se laisseront tenter par un rhum arrang&#233;, sauce gingembre, orange-caf&#233; ou &#224; la noix de cajou ; d'autres se tourneront vers un bon jaja d&#233;got&#233; par leur voisin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, au fond de la cour, se tient la boutique de Laurent l'&#233;picier. Laurent a quitt&#233; Paris en 2009 : lui aussi en a eu ras-le-bol du salariat et de son boulot dans une enseigne trop fameuse de &#171; &lt;i&gt;l'industrie culturelle de masse&lt;/i&gt; &#187;. Il a ouvert l'&#233;picerie du &#171; Couvent &#187; en 2011. Son souhait premier est de vendre d&#233;sormais des aliments qu'il a go&#251;t&#233;s et choisis ; sa pr&#233;occupation, autant qu'il est possible, c'est de se fournir localement et aupr&#232;s de producteurs qui respectent leurs terres et leurs b&#234;tes. Depuis le printemps, il participe &#224; la distribution des &#171; Paniers du bocage &#187;, un regroupement tr&#233;gorois de paysans et d'&#233;leveurs, sans oublier le paysan-boulanger, le producteur de cidre et le cr&#234;pier, qui partagent la m&#234;me volont&#233; de vivre de leur travail dans le respect d'une &#233;thique paysanne &#224; rebours du productivisme conventionnel et des diktats de la grande distribution. Patient et pers&#233;v&#233;rant, Laurent n'&#233;vacue pas les difficult&#233;s p&#233;cuniaires et de toute fa&#231;on il n'est pas venu l&#224; &#171; &lt;i&gt;pour se faire un salaire de ministre&lt;/i&gt; &#187;. Et puis, continue-t-il, &#171; &lt;i&gt; il faut du temps pour que les habitudes changent&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent, Matthieu et Morwenna figurent bien entendu parmi les piliers de l'association coll&#233;giale les &#171; Dessous de la Nonne &#187; qui compte une dizaine d'affid&#233;s. Cet apr&#232;s-midi, &#224; la d&#233;coupe des l&#233;gumes, ce sont Caro et Nomi qui officient tandis que, le soir, Val&#233;rie et Thierry d&#233;p&#232;ceront la brave b&#234;te qui depuis midi tourne paisiblement sur sa broche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les cochons du jeudi, l'&#233;t&#233;, ne sont pas la seule activit&#233; des &#171; Dessous de la Nonne &#187;. Tous les dimanches, toute l'ann&#233;e, on peut go&#251;ter aux joies de la &#171; cuisine associative &#187; : libre &#224; chacun d'y concocter sa recette pr&#233;f&#233;r&#233;e et, pour sept euros, on y sert un plat, du vin, du fromage et un dessert. Dimanche dernier c'&#233;tait une choucroute de la mer qui, para&#238;t-il, cassait des briques.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_806 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/p15-couvent_alternatif-ad049.jpg?1782656090' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Morwenna.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'envie g&#233;n&#233;rale c'est bien s&#251;r de rendre vivant un lieu et de cr&#233;er les conditions propices &#224; la plus &#233;l&#233;mentaire sociabilit&#233;. Ce qui n'emp&#234;che &#233;videmment pas de mettre le nez &#224; la fen&#234;tre. Ainsi, cet &#233;t&#233;, le bar et la cour du &#171; Couvent &#187; ont accueilli l'exposition &#171; De l'art pour les cochons &#187; dont les peintures, photos et autres objets furent mis en vente aux ench&#232;res le 21 septembre dernier &#224; Cavan, &#224; 15 km de l&#224;, afin de soutenir financi&#232;rement les inculp&#233;s de Notre-Dame-des-Landes. Au mois de juin, au bar, il y avait bectance autour du livre &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.insomniaqueediteur.org/publications/zad-partout&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ZAD partout&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#233;dit&#233; par l'Insomniaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est dit aussi que rien ne peut se faire simplement quand on veut sortir de la l&#233;thargie, alors il faut aussi se coltiner l'&#226;pre r&#233;alit&#233;. Et le &#171; Couvent &#187; n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; son lot de coups durs. Dernier en date : R&#233;mi le boulanger, malade, a d&#251; abandonner son four &#224; pain, laissant vacant un des c&#339;urs de l'activit&#233; du lieu. En 2011, c'est le restaurant-cr&#234;perie qui &#233;tait ravag&#233; par un incendie et, comme il se doit, les assurances ne s'empressent pas d'assurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant le retour d'un boulanger ou de rallumer sous les billigs, le cochon en a termin&#233; avec ses circonvolutions et, au pied de la chapelle, les tables se sont remplies de convives qui grillent d'en croquer : car on peut quand m&#234;me b&#226;frer librement &#224; l'ombre d'une chapelle, sous l'&#339;il vigilant, qu'il soit r&#233;probateur ou concupiscent, des soubrettes du Tout-Puissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;a href=&#034;http://www.couventalternatif.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Couvent Alternatif&lt;/a&gt; : 6, route de Pont- Losquet, 22450 Camlez. T&#233;l : 09 53 97 45 16&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Plus fausse la vie !</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


		<dc:subject>Nono Kadaver</dc:subject>
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&lt;p&gt;La t&#233;l&#233; ou la vie ! &#192; Marseille, la possible ouverture d'un bar &#171; Le Mistral &#187; dans l'historique quartier du Panier, dont s'inspirent les d&#233;cors de la s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e &#171; Plus belle la vie &#187;, fait grincer des dents. On parle d'emprise mercantile du feuilleton &#224; succ&#232;s. Vivra-t-on bient&#244;t ici dans un d&#233;cor de cin&#233;ma ? Ou la r&#233;alit&#233; locale d&#233;passera-t-elle encore et toujours la fiction ? Au Panier, plus vieux quartier de Marseille, on a toujours d&#233;fendu ch&#232;rement sa peau. &#171; Plus belle la vie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La t&#233;l&#233; ou la vie ! &#192; Marseille, la possible ouverture d'un bar &#171; Le Mistral &#187; dans l'historique quartier du Panier, dont s'inspirent les d&#233;cors de la s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e &#171; Plus belle la vie &#187;, fait grincer des dents. On parle d'emprise mercantile du feuilleton &#224; succ&#232;s. Vivra-t-on bient&#244;t ici dans un d&#233;cor de cin&#233;ma ? Ou la r&#233;alit&#233; locale d&#233;passera-t-elle encore et toujours la fiction ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_119 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH401/NonoKadaver_CQFD88-e7461.png?1782650417' width='400' height='401' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Nono Kadaver
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au Panier, plus vieux quartier de Marseille&lt;/strong&gt;, on a toujours d&#233;fendu ch&#232;rement sa peau. &#171; Plus belle la vie &#187; (PBLV) est ressentie ici comme une insipide gal&#233;jade et l'on boycotte la s&#233;rie. &lt;i&gt;&#171; C'est pas Marseille, &#231;a, y a que des Parisiens ! &#187;&lt;/i&gt;, lance le fils d'une commer&#231;ante dont les origines se perdent dans les filets du quartier Saint-Jean, dynamit&#233; en 1943 par Vichy et les nazis. &lt;i&gt;&#171; Ici on est fils de Corses et d'Italiens, enfants des p&#234;cheurs ou des ma&#231;ons. Regarde cette initiale grav&#233;e, c'est la marque du ma&#231;on qui a construit cette maison. &#187;&lt;/i&gt; Corses, Ritals ou Comoriens, c'est une population pauvre qui vit et a ses habitudes sur cette colline. S'y sont greff&#233;s quelques &#233;tudiants, artistes et boutiquiers bobos &#224; l'ombre du mus&#233;e de la Vieille Charit&#233; et au gr&#233; d'une r&#233;novation urbaine entach&#233;e d'entourloupes immobili&#232;res. Le Panier, c'est aussi le bastion des Gu&#233;rini, fameuse saga socialo-affairiste. Les voitures stationn&#233;es &#224; la sauvage envahissent cet entrelacs de ruelles o&#249; deux voyous ne peuvent se croiser sans se saluer et o&#249; l'estamp&#232;u des minots peut vous faire d&#233;m&#233;nager fissa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a trois ans, Philippe Bonnifay, g&#233;rant d'une soci&#233;t&#233; sp&#233;cialis&#233;e dans l'immobilier d'entreprise, a eu l'id&#233;e lumineuse de fonder une boutique PBLV &#224; l'endroit o&#249; la s&#233;rie campe virtuellement son action. En 2008, le quotidien La Provence pr&#233;tendait que 1 500 clients se pressaient chaque jour dans le premier magasin en France enti&#232;rement d&#233;di&#233; &#224; un feuilleton t&#233;l&#233;vis&#233;. Parapluies PBLV, boules de no&#235;l PBLV ou produits plus rentables, comme des timbres et des places au cin&#233;ma Le Mistral, juste en face, qui vous diffuse pour trois euros un film genre making of, voil&#224; les gadgets r&#233;serv&#233;s aux mordus de la s&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, certes il fait des gouttes, mais dans la boutique, on ne trouve qu'une stagiaire qui essuie consciencieusement les vitres et &#233;poussette les articles. En l'espace d'une heure, ne passent qu'un couple de Dijonnais et une Parisienne de dix ans. Christ&#232;le, en vacances, affirme que la s&#233;rie &lt;i&gt;&#171; c'est la vraie vie, la vie de tous les jours &#187;&lt;/i&gt;. Avec sa m&#232;re, elles ont suivi les fl&#232;ches depuis la gare : &lt;i&gt;&#171; Des panneaux tracent le chemin jusqu'ici. &#187;&lt;/i&gt; Oubli&#233;s le Vieux Port et la Bonne M&#232;re. Jet&#233;s par-dessus bord.
&lt;i&gt;&#171; Il y en a qui viennent pour se moquer, raconte la stagiaire, ils entrent pour me dire que c'est nul ! Je suis un peu d'accord avec eux&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Depuis l'ouverture du magasin, les employ&#233;es du magasin ont toujours &#233;t&#233; des stagiaires. Cette vision n'est pas partag&#233;e par les visiteurs friands de mugs et autres cartes postales &#224; l'effigie de Rudy et Fabienne Carat. Dans le livre d'Or, on lit des d&#233;clarations &#233;namour&#233;es : &lt;i&gt;&#171; Pour rien au monde je ne me passerais de ce t&#233;l&#233;film du soir ! &#187;&lt;/i&gt;, ou m&#234;me suppliantes : &lt;i&gt;&#171; Laissez-nous encore r&#234;ver. Merci. &#187;&lt;/i&gt; Les fans pensent que le tournage a lieu sur place, alors que tout est recr&#233;&#233; au p&#244;le m&#233;dia de la Belle de Mai, &#224; deux pas de la gare. C'est plus pratique pour les com&#233;diens qui viennent de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors la boutique, passe encore. Mais le rachat du troquet&#8230; &lt;i&gt;&#171; Dans le quartier, c'est assez mal vu. Les habitu&#233;s du bar des Treize Coins, on les a un peu vir&#233;s ! &#187;&lt;/i&gt; Les Treize Coins, &#224; Marseille, c'est un bar mythique et un lieu de convivialit&#233; pour les habitants du Panier, matchs de foot sur la terrasse, ap&#233;ros musicaux&#8230; &lt;i&gt;&#171; On y faisait aussi les mariages, toute notre vie &#233;tait l&#224;-bas. &#187;&lt;/i&gt; Depuis qu'il a ferm&#233;, la rumeur enfle : les Treize Coins vont s'appeler Le Mistral, le bar de Roland dans la s&#233;rie. Et les nouveaux patrons le transformeront en &#171; attrape-couillons &#187; pour touristes. Le nouveau g&#233;rant, Jean-Pierre Terazzi, s'en d&#233;fend : &lt;i&gt;&#171; C'est un bar qui a une histoire. Le quartier a ses habitudes, qu'il ne faut pas chambouler. &#187;&lt;/i&gt; Au bar O' Berry, la patronne parle de &#171; mistralisation &#187; du quartier, mais Terazzi promet que les prix ne vont pas changer. &lt;i&gt;&#171; On veut travailler avec les touristes, &#234;tre fiers du c&#339;ur de Marseille. &#187;&lt;/i&gt; Businessman sentimental, il propose le rachat &#224; sa concurrente du O' Berry, qui se plaint que les affaires vont mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les touristes, eux, ne sont pas m&#233;chants, ils viennent du Nord, de l'Est : &lt;i&gt;&#171; C'est mon petit rayon de soleil &#187;&lt;/i&gt;, a &#233;crit une cliente de Nancy dans le livre d'Or. Une autre, en provenance d'Arras, affirme que &#231;a la change du quotidien et des infos grises du journal t&#233;l&#233;vis&#233;. PBLV est pens&#233; pour &#234;tre accessible au grand public, et &#231;a marche. Au point que les t&#233;l&#233;spectateurs de France 3 croient &#224; la r&#233;alit&#233; de ce Marseille de pacotille. On n'y parle ni des fonds de pension am&#233;ricains qui ont fait main basse sur la rue de la R&#233;publique, &#224; deux pas de l&#224;, ni des expuls&#233;s de la rue Fiocca, remplac&#233;s par des dentistes et des boutiques d'huile d'olive design&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur de Marseille peupl&#233; de prolos et de petits propri&#233;taires redoute d'&#234;tre chass&#233; et se d&#233;fend sur un mode identitaire revanchard. Isabelle, habitu&#233;e du bar, est une vieille dame qui s'enfile maintenant ses deux petits ballons de rouge au O' Berry, sous les photos de casses c&#233;l&#232;bres et de joueurs de boules posant devant l'ancienne &#233;cole. Elle se souvient de Richard Berry tournant une sc&#232;ne de film dans le bar et d&#233;signe du menton la Vierge noire qui tr&#244;ne &#224; l'angle des Treize Coins. Le regard fix&#233; sur la boutique PBLV, la Madone semble vouloir rappeler que c'est encore elle qu'on honore le 15 ao&#251;t au Panier, pas ces Parigots venus faire de l'argent sur le dos de Marseille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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