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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Mauvaise mine</title>
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		<dc:creator>Thibaut Gauthier</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;En pleine ru&#233;e mondiale sur le lithium, un &#233;norme projet de mine menace la petite ville de C&#225;ceres (Espagne). Enterr&#233; d&#233;but 2021 sous la pression d'une ample mobilisation populaire, le projet ressurgit aujourd'hui, greenwash&#233; bien comme il faut. &#192; moins de deux kilom&#232;tres de C&#225;ceres, capitale de province de la r&#233;gion espagnole de l'Estr&#233;madure, &#224; l'ouest du pays, la sierra de la Mosca est un lieu de vill&#233;giature et de promenade pris&#233; des habitants et des milans qui y planent. Malgr&#233; une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no212-septembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;212 (septembre 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Santiago-Marquez" rel="tag"&gt;Santiago M&#225;rquez&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En pleine ru&#233;e mondiale sur le lithium, un &#233;norme projet de mine menace la petite ville de C&#225;ceres (Espagne). Enterr&#233; d&#233;but 2021 sous la pression d'une ample mobilisation populaire, le projet ressurgit aujourd'hui, &lt;i&gt;greenwash&#233;&lt;/i&gt; bien comme il faut.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4732 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd_212_llmars_lithium-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH675/cqfd_212_llmars_lithium-2-6cfce.jpg?1782914708' width='500' height='675' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de L.L. de Mars
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#192;&lt;/span&gt; moins de deux kilom&#232;tres de C&#225;ceres, capitale de province de la r&#233;gion espagnole de l'Estr&#233;madure, &#224; l'ouest du pays, la sierra de la Mosca est un lieu de vill&#233;giature et de promenade pris&#233; des habitants et des milans qui y planent. Malgr&#233; une activit&#233; touristique prosp&#232;re (le centre-ville, class&#233; &#224; l'Unesco, a servi de lieu de tournage de la s&#233;rie &lt;i&gt;Game of Thrones&lt;/i&gt;) contrastant avec un climat social sinistr&#233;, la menace p&#232;se sur ce massif de montagne moyenne &#224; la flore et la faune m&#233;diterran&#233;ennes. &#171; &lt;i&gt;L'enfer !&lt;/i&gt; &#187; s'exclame Santiago M&#225;rquez, porte-parole de la plateforme Salvemos la monta&#241;a (Sauvons la montagne) : le mot s'impose, en effet, pour d&#233;crire le projet de mine souterraine de l'entreprise australienne Infinity Lithium. Dans la sierra de la Mosca comme au Portugal voisin, en Serbie ou en Am&#233;rique latine, la ru&#233;e actuelle vers le lithium motive les pires &#233;cocides &lt;i&gt;(voir encadr&#233;)&lt;/i&gt;. Des tunnels plus larges qu'une autoroute, des camions de huit m&#232;tres de haut pour charrier la terre extraite des cavit&#233;s adoss&#233;es au tunnel principal, et creus&#233;es par des machines t&#233;l&#233;guid&#233;es afin de limiter les risques en cas d'&#233;boulement... Ce n'est pas de son imagination que Santiago tire ce sc&#233;nario de film d'horreur post-apocalyptique, mais des documents publi&#233;s par l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, l'enfer de la mine, Salvemos la monta&#241;a pensait en &#234;tre sortie. Au printemps 2021, le gouvernement de l'Estr&#233;madure a en effet refus&#233; de d&#233;livrer le permis n&#233;cessaire aux premiers sondages sur le terrain o&#249; doit &#234;tre creus&#233;e la mine. &#192; la suite de cette d&#233;cision, Infinity Lithium a d&#233;viss&#233; en bourse : l'action a perdu pr&#232;s des deux tiers de sa valeur en deux jours, obligeant l'entreprise &#224; suspendre sa cotation. La victoire m&#233;rit&#233;e, mais provisoire, d'une mobilisation puissante et bien organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Enterr&#233;e, la mine&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout commence en 2016. En catimini. Les permis d'exploration de la mine sont d&#233;livr&#233;s mais pas publi&#233;s officiellement comme le veut la loi. Les g&#233;ologues mandat&#233;s par l'entreprise commencent leurs relev&#233;s de surface pr&#232;s de l'ancienne mine de Valdeflores, en plein c&#339;ur de la sierra. Des chemins sont ouverts pour permettre le passage des machines. La rumeur enfle. Renseignements pris, elle se fait sir&#232;ne d'alarme : une entreprise australienne, Infinity Lithium, pr&#233;voit de creuser une mine de lithium &#224; ciel ouvert d'au moins 400 hectares, impliquant la destruction pure et simple d'une grande partie de la sierra. Par ailleurs, le lithium n'&#233;tant pr&#233;sent que de mani&#232;re r&#233;siduelle dans le sol, la mine ne suit pas un filon : toute la terre est charg&#233;e vers une usine de traitement o&#249; le lithium (et d'autres minerais s'il y a) est s&#233;par&#233; de la terre dite st&#233;rile. Au programme : des nuages de poussi&#232;re mena&#231;ant d'engloutir l'h&#244;pital, l'universit&#233; et le centre-ville. En outre, le traitement de lithium &#233;tant gourmand en eau (environ deux millions de litres d'eau pour une tonne de lithium raffin&#233;e), sans l&#233;gislation contraignante, l'aquif&#232;re du Calizero, essentiel pour l'&#233;cosyst&#232;me de la montagne, pourrait &#234;tre utilis&#233; par l'entreprise, entra&#238;nant un risque de s&#233;cheresse et de contamination. Autre source d'inqui&#233;tude : le code minier, datant de la dictature franquiste, permet &#224; l'autorit&#233; publique d'exproprier les habitants au profit d'une entreprise priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Au programme : des nuages de poussi&#232;re mena&#231;ant d'engloutir l'h&#244;pital, l'universit&#233; et le centre-ville.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Fin 2016, d&#233;but 2017, la voie semble donc libre pour les bulldozers et les tractopelles. C'&#233;tait sans compter Salvemos la monta&#241;a. Le collectif se forme &#224; la suite des premi&#232;res r&#233;unions publiques sur la mine, &#224; l'initiative de militants de Podemos &#8211; ils se sont d&#233;sormais retir&#233;s afin que la plateforme ne soit pas associ&#233;e &#224; une formation politique dans l'esprit des gens. Le collectif se donne trois missions : sensibiliser la population sur les risques de la mine, faire pression sur les politiques et activer tous les recours judiciaires possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2017, la plateforme organise des manifestations, des actions de sensibilisation, notamment au moyen de tr&#232;s nombreuses pancartes &#171; &lt;i&gt; No a la mina &lt;/i&gt; &#187; accroch&#233;es aux vitrines, pare-brise et fen&#234;tres tout en menant un combat judiciaire. Cette mobilisation porte ses fruits. En mars 2021, en plein confinement, une vingtaine de militants partent &#224; pied pour la capitale r&#233;gionale, M&#233;rida, &#224; 70 km. Tout au long de leur marche, ils rencontrent un vaste &#233;lan de solidarit&#233;, largement relay&#233; dans les m&#233;dias et surtout sur les r&#233;seaux sociaux. &#192; leur arriv&#233;e, les militants sont re&#231;us par le gouvernement de l'Estr&#233;madure qui les snobait jusque-l&#224; et se montre soudain acquis &#224; leur cause. Dans la foul&#233;e, les autorit&#233;s d&#233;clarent irrecevable le permis d'exploration. Le projet de mine &#224; ciel ouvert est enterr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Greenwashing en r&#232;gle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais que seraient des capitalistes qui renonceraient &#224; une source de profit ? Infinity Lithium joue la revanche. Dans sa manche, l'atout ma&#238;tre du &#173;&lt;i&gt;greenwashing.&lt;/i&gt; Son nouveau projet : une mine souterraine, histoire de pr&#233;server un peu le paysage. Heureux coup du sort, le cours du carbonate de lithium a explos&#233;, passant de 6 430 euros la tonne en janvier 2021 &#224; pr&#232;s de 70 000 euros courant 2022 ; un projet aussi dantesque qu'une mine souterraine devient donc rentable. Dans le contexte des plans de relance europ&#233;ens, avec leurs g&#233;n&#233;reuses subventions &#224; la transition pseudo-verte et la fin des moteurs thermiques annonc&#233;e pour 2035, ainsi que la guerre en Ukraine qui contraint l'Europe &#224; r&#233;organiser ses approvisionnements en &#233;nergies, le rapport de forces conquis de haute lutte en 2021 n'est d&#233;j&#224; plus d'actualit&#233;. Sur C&#225;ceres les milans planent et le risque d'une mine aussi.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Thibaut Gauthier&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;strong&gt;Passion lithium&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Portugal, Espagne, Serbie&#8230; depuis quelques ann&#233;es, les projets de mines de lithium s'accumulent, dans une tentative europ&#233;enne d&#233;sesp&#233;r&#233;e de faire pi&#232;ce aux principaux producteurs mondiaux que sont l'Australie (49 %), le Chili (22 %) et la Chine (17 %). C'est que ce m&#233;tal gris&#226;tre, mou et l&#233;ger, est ce qu'on a trouv&#233; &#224; ce jour de mieux pour confectionner les piles et batteries qui font marcher t&#233;l&#233;phones et ordinateurs portables, v&#233;los et scooters &#233;lectriques, sans parler des voitures &#171; vertes &#187; en passe de remplacer les thermiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lithium n'est pas rare &#8211; pas plus, par exemple, que le plomb longtemps utilis&#233; dans les batteries &#8211; mais son usage &#233;tait rest&#233; jusque-l&#224; limit&#233; &#224; la fabrication de certaines graisses industrielles et au traitement des troubles bipolaires. Pas de quoi justifier une exploitation &#224; grande &#233;chelle. D'autant que lithium pur n'existe pas dans la nature, ce qui complique son extraction. Mais &#231;a, c'&#233;tait avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le d&#233;veloppement du num&#233;rique et la &#171; transition verte &#187;, la demande a explos&#233;. On produit chaque ann&#233;e quelque 100 millions de voitures dans le monde ; si tout le parc est remplac&#233;, &#224; raison de 10 kilos minimum par moteur &#233;lectrique, &#231;a en fait du lithium. Toute une fili&#232;re mini&#232;re est donc en train de se constituer &#224; vitesse acc&#233;l&#233;r&#233;e, asticot&#233;e par le cours du pr&#233;cieux m&#233;tal qui a &#233;t&#233; multipli&#233; par presque trente (&#224; valeur constante) en vingt ans. Avec de tels cours, les gisements les plus contraignants tendent donc &#224; devenir rentables et les plus accessibles (notamment les &lt;i&gt;salares&lt;/i&gt; du triangle Chili-Bolivie-Argentine) pourraient bien redessiner la carte g&#233;opolitique des ressources naturelles. Quitte &#224; d&#233;vaster lieux de vie et &#233;cosyst&#232;mes, au profit d'une poign&#233;e d'actionnaires. &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#192; Salsigne, &#171; l'or pour l'&#201;tat, l'arsenic pour le peuple &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/A-Salsigne-l-or-pour-l-Etat-l</link>
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		<dc:date>2020-02-06T23:53:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Saint-Hilaire</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Olivier Saint-Hilaire</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>Max Brail</dc:subject>
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		<dc:subject>Fr&#233;d&#233;ric Og&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Lastours</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Il n'y a pas si longtemps, la mine d'or de Salsigne &#233;tait la plus grande d'Europe. Mais dans ce joli coin de l'Aude, on extrayait surtout de l'arsenic. Pendant plus d'un si&#232;cle, &#201;tat et compagnies priv&#233;es se sont partag&#233; des montagnes de profits. Quinze ans apr&#232;s la fermeture, il ne reste qu'une contamination presque invisible, que certains aimeraient bien faire oublier. Les pouvoirs publics refusent de payer une d&#233;pollution digne de ce nom... et il ne faudrait pas trop inqui&#233;ter les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no180-octobre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;180 (octobre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vallee" rel="tag"&gt;vall&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Max-Brail" rel="tag"&gt;Max Brail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-arsenic" rel="tag"&gt;d'arsenic&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Salsigne" rel="tag"&gt;Salsigne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-arsenic" rel="tag"&gt;l'arsenic&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pollution" rel="tag"&gt;pollution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Frederic-Oge" rel="tag"&gt;Fr&#233;d&#233;ric Og&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Lastours" rel="tag"&gt;Lastours&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mine" rel="tag"&gt;mine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il n'y a pas si longtemps, la mine d'or de Salsigne &#233;tait la plus grande d'Europe. Mais dans ce joli coin de l'Aude, on extrayait surtout de l'arsenic. Pendant plus d'un si&#232;cle, &#201;tat et compagnies priv&#233;es se sont partag&#233; des montagnes de profits. Quinze ans apr&#232;s la fermeture, il ne reste qu'une contamination presque invisible, que certains aimeraient bien faire oublier. Les pouvoirs publics refusent de payer une d&#233;pollution digne de ce nom... et il ne faudrait pas trop inqui&#233;ter les touristes. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3202 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;278&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH329/-1419-c453f.jpg?1782914708' width='500' height='329' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;En face de la carri&#232;re d'agr&#233;gats de la Caunette, se situe la d&#233;charge de d&#233;chets toxiques du Pech de Montredon. Des inconnus collent r&#233;guli&#232;rement des affiches pour indiquer que le site est contamin&#233;. Mais d'autres les arrachent syst&#233;matiquement / Photo Olivier Saint-Hilaire
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C'&lt;/span&gt;est sous la chaleur &#233;touffante du mois d'ao&#251;t que la d&#233;put&#233;e de l'Aude Dani&#232;le H&#233;rin (LREM) eut la surprise de d&#233;couvrir deux baigneurs se rafra&#238;chissant dans l'eau de l'Orbiel, au gu&#233; de Lassac. C'est exactement au m&#234;me endroit que l'hiver pr&#233;c&#233;dent, des mesures faites sur les s&#233;diments avaient r&#233;v&#233;l&#233; un taux d'arsenic de plus de 30 000 mg / kg, un r&#233;sultat mille fois au-dessus de la normale. La d&#233;put&#233;e interloqu&#233;e apostropha les baigneurs, les sommant de sortir au plus vite : &#171; &lt;i&gt;Vous n'avez pas vu l'arr&#234;t&#233; pr&#233;fectoral interdisant la baignade ?&lt;/i&gt; &#187; Ce &#224; quoi un baigneur r&#233;pondit, furieux de l'absence de panneaux signalant la pollution du site : &#171; &lt;i&gt; Madame, je ne lis pas le &lt;/i&gt;Journal officiel&lt;i&gt; tous les matins.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;v&#233;nement, rapport&#233; par un des scientifiques qui accompagnaient la d&#233;put&#233;e ce jour-l&#224;, en dit long sur l'invisibilit&#233; de la pollution dans la vall&#233;e de l'Orbiel, o&#249; se trouvait la mine de Salsigne. Les panneaux d'interdiction ont &#233;t&#233; arrach&#233;s juste apr&#232;s avoir &#233;t&#233; pos&#233;s. La pollution &#224; l'arsenic, certains ne veulent ni la voir ni qu'elle soit vue. C'est en effet l'invisible qui r&#232;gne ici, depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sous les remblais, l'usine cach&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le roman &lt;i&gt;Ang&#233;lique, Marquise des Anges&lt;/i&gt; (1957), le h&#233;ros Joffrey, comte de Peyrac et propri&#233;taire des mines d'or de Salsigne, accus&#233; de sorcellerie pour la richesse qu'il en tire, doit prouver &#224; son proc&#232;s comment il accomplit ce miracle : &#171; &lt;i&gt;L'or est invisible. De cette roche broy&#233;e, mes assistants vont l'extraire par la seule aide du plomb et du feu. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gisement de Salsigne est exploit&#233; depuis l'Antiquit&#233; : fer, cuivre, argent et plomb en &#233;taient extraits d&#232;s le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; si&#232;cle avant J.-C. Plus r&#233;cemment, c'est surtout l'or qui a fait sa renomm&#233;e : 120 tonnes en ont &#233;t&#233; tir&#233;es de 1892 &#224; 2004 &#8211; exploitants publics et priv&#233;s se succ&#233;dant. Ce que l'on sait moins, c'est que Salsigne fut aussi la plus grande mine d'arsenic du monde. 500 000 tonnes en auraient &#233;t&#233; extraites tout au long de son exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qui ignore tout de ce pass&#233;, les traces laiss&#233;es par cette intense activit&#233; sont difficiles &#224; lire. Au pied de la Montagne noire, les paysages de la vall&#233;e de l'Orbiel sont sublimes. Mais trompeurs : ils comptent parmi les plus pollu&#233;s et toxiques de France. Selon Fr&#233;d&#233;ric Og&#233;, historien et g&#233;ographe du CNRS &#224; la retraite, r&#233;sidant &#224; Conques-sur-Orbiel, le secteur est une des plus grandes d&#233;charges chimiques du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est pourtant en peine d'imaginer aujourd'hui qu'au lieu-dit La-Combe-du-Saut, commune de Limousis, ait pu fonctionner la plus grande usine d'arsenic au monde, avec sa chemin&#233;e de 115 m&#232;tres de haut et ses cit&#233;s mini&#232;res. Car de tout cela, presque rien ne subsiste. Max Brail, maire de la commune de Lastours et ancien chef d'&#233;quipe &#224; l'usine, se souvient de tout. Gravement intoxiqu&#233; en 1995, il ne cesse de le r&#233;p&#233;ter : &#171; &lt;i&gt;On a ras&#233;, on a enterr&#233; et effac&#233; les traces. &lt;/i&gt; &#187; En fait, rien n'a &#233;t&#233; d&#233;pollu&#233; &#8211; on a simplement confin&#233;. Toute l'usine est encore l&#224;, &#224; nos pieds, enfouie sous des dizaines de m&#232;tres de remblais et de d&#233;chets toxiques sur presque un kilom&#232;tre de long. Seuls les souvenirs de ceux qui l'ont bien connu et les nombreuses photographies prises &#224; l'&#233;poque donnent encore la mesure de ce qui a &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La contamination semble avoir tout envahi : les sols, les eaux, les jardins, jusqu'aux corps des animaux et des hommes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parmi les sommets qui surplombent La-Combe-du-Saut, il y a l'Artus et le Pech de Montredon. Ils n'ont rien de naturel. Les autorit&#233;s les appellent des &#171; stockages g&#233;ologiques &#187; : ce sont des d&#233;charges de d&#233;chets toxiques. 10 millions de tonnes pour la premi&#232;re, charg&#233;e &#224; environ 2 % d'arsenic. Pour la seconde, 2 millions de tonnes, dont 5 % &#224; 15 % d'arsenic. R&#233;alis&#233;s apr&#232;s la fermeture de la mine (survenue en 2004, quand l'&#201;tat a laiss&#233; partir le dernier exploitant priv&#233; sans l'obliger &#224; d&#233;polluer&#8230;), ces stockages fuient d&#233;j&#224; de toute part : l'arsenic et d'autres poisons descendent lentement vers la rivi&#232;re Orbiel. Les analyses effectu&#233;es &#224; la source d'eau du &#171; Point V &#187; sont &#233;loquentes (lire plus bas).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vall&#233;e, la contamination semble avoir tout envahi. Les sols, les eaux, l'air peut-&#234;tre, les jardins, les fruits, les l&#233;gumes, jusqu'aux corps des animaux et des hommes. Si les truites ont disparu, les humains semblent encore tenir. Mais l'arsenic se d&#233;place et &#233;tend son emprise toujours plus loin. Certains en sont persuad&#233;s : il a tout souill&#233; jusqu'&#224; la M&#233;diterran&#233;e. Pr&#233;sident de l'association de d&#233;fense de l'environnement Gratte Papiers, Fran&#231;ois Espuche estime qu'environ huit tonnes d'arsenic sont charri&#233;es par l'Orbiel chaque ann&#233;e &#8211; &#171; &lt;i&gt;en temps normal&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les pouvoirs publics dans le d&#233;ni&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 15 octobre 2018, un &#233;pisode c&#233;venol&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ph&#233;nom&#232;ne m&#233;t&#233;orologique r&#233;current dans la r&#233;gion, caract&#233;ris&#233; par des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; a touch&#233; l'Aude, faisant 15 morts et une centaine de bless&#233;s. Les &#233;coles de Lastours, Conques-sur-Orbiel et Tr&#232;bes ont &#233;t&#233; d&#233;vast&#233;es par un torrent de boues contamin&#233;es &#224; l'arsenic. Ces boues ont tout impr&#233;gn&#233;, jusqu'au sang des enfants : des analyses r&#233;alis&#233;es cet &#233;t&#233; ont r&#233;v&#233;l&#233; que 48 d'entre eux ont &#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;surexpos&#233;s&lt;/i&gt; &#187; &#224; l'arsenic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps, la pr&#233;fecture de l'Aude, comme l'Agence r&#233;gionale de sant&#233; (ARS Occitanie), s'est obstin&#233;e &#224; proclamer &#224; qui voulait l'entendre que tout allait bien. Dans les premiers jours suivant la crue d'octobre 2018, elle a ni&#233; vigoureusement toute &#171; &lt;i&gt; surpollution&lt;/i&gt; &#187; caus&#233;e par la catastrophe naturelle. L'alerte, ce sont les associations Gratte Papiers et Terres d'Orbiel (n&#233;es &#224; l'&#233;poque o&#249; les autorit&#233;s avaient souhait&#233; transformer la mine en d&#233;charge de d&#233;chets m&#233;nagers et toxiques&#8230;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans les ann&#233;es 1990, on y a incin&#233;r&#233; notamment des d&#233;codeurs Canal + et des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;), qui l'ont donn&#233;e imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ARS ne s'est r&#233;veill&#233;e qu'en mars 2019, via un communiqu&#233; r&#233;ussissant l'exploit de ne mentionner ni l'arsenic, ni la pollution, ni la contamination. L'agence appelait tout de m&#234;me &#224; &#171; &lt;i&gt;limiter la consommation des v&#233;g&#233;taux des jardins inond&#233;s, ne pas consommer l'eau des puits priv&#233;s, pr&#233;voir des protections pour la peau et les voies respiratoires lors des travaux de terrassement et d'excavation des sols, diminuer la diss&#233;mination des poussi&#232;res &#224; l'int&#233;rieur des maisons avec des lavages humides et fr&#233;quents des sols, effectuer un lavage soigneux des mains apr&#232;s avoir jou&#233; ou travaill&#233; en ext&#233;rieur&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;fecture a suivi le 26 juin 2019, en publiant, huit mois apr&#232;s les inondations, huit arr&#234;t&#233;s &#171; &lt;i&gt;portant suspension des cours d'&#233;cole &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;des aires de jeux&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;de la consommation des l&#233;gumes feuilles, des l&#233;gumes racines, des poireaux, du riz, des champignons, des asperges, des escargots&lt;/i&gt; &#187; sur les zones inondables. Ont &#233;galement &#233;t&#233; interdites la baignade, la p&#234;che et toute autre activit&#233; dans l'Orbiel et ses affluents&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De 1997 &#224; 2016, la pr&#233;fecture a publi&#233; chaque &#233;t&#233; un arr&#234;t&#233; interdisant la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3203 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;199&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1420-b79e2.jpg?1782914708' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La cour de l'&#233;cole de Lastours a &#233;t&#233; emport&#233;e par la crue du 15 octobre 2018. Des s&#233;diments pleins d'arsenic y ont &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;s. De nombreux &#233;coliers ont &#233;t&#233; intoxiqu&#233;s / Photo Olivier Saint-Hilaire
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sur 191 enfants test&#233;s, 58 pr&#233;sentent des taux d'arsenic sup&#233;rieurs &#224; la moyenne, sans qu'aucun suivi m&#233;dical ne soit envisag&#233; par les autorit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour sortir la pr&#233;fecture de son d&#233;ni post-catastrophe, il aura fallu toute la pugnacit&#233; des associations &#233;cologistes locales et de chercheurs ind&#233;pendants comme Fr&#233;d&#233;ric Og&#233;. Mais aussi la mobilisation des parents d'&#233;l&#232;ves, particuli&#232;rement remont&#233;s suite &#224; la d&#233;couverte de taux d'arsenic dix fois plus importants que la normale dans la cour de l'&#233;cole de Lastours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin mai 2019, inquiets de voir leurs enfants souffrir de nombreux et violents sympt&#244;mes (maux de t&#234;te, de ventre, toux s&#232;che et irritante, insomnie, changements d'humeur), quelques parents proc&#232;dent &#224; de premiers tests urinaires. Ceux-ci montrent que les minots sont empoisonn&#233;s &#224; l'arsenic. Au final, ce sont 58 enfants sur 191 test&#233;s qui pr&#233;sentent des taux d'arsenic sup&#233;rieurs &#224; la moyenne, sans pour autant qu'un quelconque suivi m&#233;dical soit envisag&#233; par les diff&#233;rentes autorit&#233;s concern&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci fait craindre &#224; Fr&#233;d&#233;ric Og&#233; que d'autres oubli&#233;s &#8211; les sauveteurs professionnels et b&#233;n&#233;voles venus de toute la France dans les jours qui suivirent les inondations d'octobre 2018 &#8211; n'aient &#233;t&#233; eux aussi contamin&#233;s et empoisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Louis Teissi&#233;, ancien cadre d'EDF &#224; la retraite et ex-militant de la CGT-&#201;nergie, ne d&#233;col&#232;re pas : &#171; &lt;i&gt;On nous a menti encore une fois, c'est quelque chose qui se voit, qui se sait. Regardez Nartau, on sait que c'est dangereux, mais rien n'est fait. &lt;/i&gt; &#187; Nartau ? une d&#233;charge pleine de d&#233;chets miniers toxiques charg&#233;s &#224; 90 % d'arsenic, abandonn&#233;s depuis 1910 et emport&#233;s en grande partie par la crue d'octobre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Du chantage &#224; l'emploi au r&#233;veil des victimes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les enfants, n&#233;s des ann&#233;es apr&#232;s la fermeture de l'usine (1996) et de la mine (2004), sont donc autant victimes d'une pollution industrielle &#224; retardement que des mensonges de l'&#201;tat. Pourtant, comme le rappelle Max Brail, maire de Lastours revenu des enfers apr&#232;s avoir travaill&#233; au four de l'usine : &#171; &lt;i&gt;On peut faire quelque chose.&lt;/i&gt; &#187; L'&#233;dile estime &#224; plusieurs dizaines de millions d'euros le co&#251;t du nettoyage de Nartau, et l'ensemble d'une d&#233;pollution s&#233;rieuse de tous les sites &#224; un milliard sur vingt ans. Fr&#233;d&#233;ric Og&#233; enfonce le clou : &#171; &lt;i&gt;Nier le pass&#233; ne sert &#224; rien, il finit toujours par ressortir.&lt;/i&gt; &#187; Mais &#171; &lt;i&gt;l'&#201;tat compte sur une sorte de sinuso&#239;dale de l'oubli et de la m&#233;moire&lt;/i&gt; &#187;, confie un habitant de la vall&#233;e, bon connaisseur de l'histoire des mines. Gagner du temps en esp&#233;rant que les gens finissent de nouveau par oublier : telle semble &#234;tre, et depuis longtemps, la strat&#233;gie de l'&#201;tat &#224; Salsigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consultation des fonds d'archives d&#233;partementaux de l'Aude confirme que les pollutions caus&#233;es par les usines et les mines ne sont pas nouvelles et &#233;taient m&#234;me prises en compte dans le processus de production. Un syst&#232;me d'indemnisation mis en place par les industriels fut pendant tr&#232;s longtemps une mani&#232;re de r&#233;gler les probl&#232;mes d'empoisonnements subis par les riverains. Avant que le chantage &#224; l'emploi devienne bien plus redoutable pour &#233;viter les plaintes et faire taire les victimes&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un tr&#232;s bon article du 7 janvier 2015 intitul&#233; &#171; Salsigne, un si&#232;cle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation &#233;volue toutefois depuis peu. R&#233;put&#233;s les plus r&#233;tifs &#224; reconna&#238;tre la pollution &#224; laquelle ils ont contribu&#233;, d'anciens employ&#233;s de la mine et de l'usine de Salsigne ont particip&#233; le 10 septembre dernier, &#224; l'appel de la CGT Mines-&#201;nergies, &#224; une premi&#232;re r&#233;union, depuis la fermeture de la mine en 2004, pour la reconnaissance des maladies professionnelles. Pr&#233;sent ce soir-l&#224;, St&#233;phane Barthas, le maire de Salsigne, &#233;tait de ceux qui ne voulaient m&#234;me pas &#171; &lt;i&gt;prononcer le mot qui commence par p&#8230; &lt;/i&gt; &#187; quelques mois auparavant. Pr&#233;sentes &#233;galement, quelques femmes et veuves de mineurs malades ou d&#233;c&#233;d&#233;s ont pu dire &#224; quel point personne n'&#233;chappe &#224; la pollution et ses effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux autres r&#233;unions publiques se sont tenues dans la vall&#233;e de l'Orbiel le 14 septembre dernier. Parmi les intervenants figurait Annie Th&#233;baud-Mony, sociologue de la sant&#233;, sp&#233;cialiste des maladies professionnelles et plus particuli&#232;rement de l'amiante. La chercheuse a insist&#233; sur la n&#233;cessit&#233; de cartographier les pollutions de la vall&#233;e, pour assurer un suivi des contaminations. Elle a aussi plaid&#233; pour la cr&#233;ation d'un registre des cancers au niveau d&#233;partemental (la surmortalit&#233; par cancer autour de Salsigne a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;e il y a des ann&#233;es&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Surmortalit&#233; par cancer pr&#232;s de l'ancien site industriel et minier de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;), avec l'installation d'un centre de suivi m&#233;dical pour toutes les personnes impact&#233;es et la mise en place d'un fonds d'indemnisation pour les victimes.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; tout, planter des oliviers&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une chose peut para&#238;tre paradoxale ici : cet &#233;trange rapport entre la connaissance de la pollution qu'ont certains des habitants et la volont&#233; d'y vivre qui les anime, &#171; &lt;i&gt;sans prescriptions, sans recommandations de l'ARS &lt;/i&gt; &#187;. Si quelques-uns ont bien d&#233;m&#233;nag&#233; depuis les inondations, la plupart n'envisagent absolument pas de quitter le secteur. Max Brail est de ceux-l&#224; : &#171; Vivre avec la pollution, c'est possible, mais &#224; certaines conditions. &#187; L'une des premi&#232;res serait que l'&#201;tat, &#224; d&#233;faut de pouvoir tout d&#233;polluer, nettoie les sites les plus probl&#233;matiques &#8211; Nartau, l'Artus et le Pech de Montredon en premier lieu. &#171; &lt;i&gt;C'est un plan d'ensemble qu'il nous faut et sur le tr&#232;s long terme &lt;/i&gt; &#187;, r&#233;p&#232;te le maire de Lastours. Malheureusement, et depuis trop longtemps, &#171; &lt;i&gt;les pr&#233;fets passent, la pollution reste&lt;/i&gt; &#187;. De r&#233;cents graffitis sign&#233;s &#171; GJ11 &#187;, peints &#224; m&#234;me le goudron des d&#233;partementales de la vall&#233;e, rappellent d'ailleurs cet &#233;tat de fait avec une certaine amertume : &#187; &lt;i&gt;L'or pour l'&#201;tat, l'arsenic pour le peuple, villages contamin&#233;s&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Max Brail ne d&#233;sarme pas. M&#234;me s'il a pay&#233; cher (et sa famille avec lui) le fait d'avoir &#233;t&#233; parmi les premiers &#171; &lt;i&gt;lanceurs d'alerte&lt;/i&gt; &#187;, il est fier d'avoir toujours fait avec les erreurs du pass&#233; (l'exploitation industrielle et les emplois &#224; tout prix), les siennes comme celles des autres. Sa commune est loin d'&#234;tre sinistr&#233;e, et il s'en enorgueillit. Le village attire chaque ann&#233;e plusieurs milliers de touristes venant visiter les quatre ch&#226;teaux de Lastours. Monuments historiques depuis 1905, ils sont inclus dans la candidature &#171; Citadelles du Vertige &#187; en vue d'un classement au patrimoine mondial de l'Unesco. Comme hier quand ils redoutaient de perdre les emplois de la mine et de l'usine, certains &#233;lus de la r&#233;gion craignent que l'engagement environnemental de Max Brail nuise &#224; cette candidature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme n'en a cure. Il sait que le temps est &#224; la fois celui de l'urgence et celui de l'infinie patience. Il sait aussi que les g&#233;n&#233;rations futures de la vall&#233;e de l'Orbiel devront faire avec ce que les contemporains vont leur l&#233;guer. Le pire comme le meilleur. C'est pourquoi, il y a quelques ann&#233;es, il a plant&#233; plusieurs centaines d'oliviers au sommet de la vall&#233;e, sur la montagne juste en face de chez lui. Il sait &#224; quel point la vie et la lutte sont intiment li&#233;es, et quel combat cela peut-&#234;tre aussi de continuer &#224; planter des arbres ici.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte &amp; photos d'Olivier Saint-Hilaire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Point V, ennemi des assoiff&#233;s&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_3204 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;455&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1421-d64dc.jpg?1782914708' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La station de traitement qui traite les eaux de la source du &#171; Point V &#187;. Apr&#232;s ajout d'adjuvants &#233;paississants, de grandes quantit&#233;s de chaux sont utilis&#233;es pour fixer l'arsenic. Ce &#171; gypse &#187; hautement toxique est ensuite conditionn&#233; dans des &lt;i&gt;big bags&lt;/i&gt;. Balay&#233;e par toutes les intemp&#233;ries, cette chaux &#224; l'arsenic est lessiv&#233;e par temps de forte pluie, comme lors de l'&#233;pisode c&#233;venol du 15 octobre 2018 / Photo Olivier Saint-Hilaire
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;S'il est une source o&#249; ne pas s'abreuver, c'est bien le &#171; Point V &#187;, situ&#233; &#224; proximit&#233; des d&#233;charges chimiques de la Combe-du-Saut. En 2013, le BRGM (Bureau de recherches g&#233;ologiques et mini&#232;res) indiquait y avoir mesur&#233; en moyenne entre 30 et 40 mg d'arsenic par litre, alors que la valeur maximum recommand&#233;e pour les eaux d'arrosage est de 100 &#181;g/l (300 fois moins). Un pic mesur&#233; en avril 2012 a m&#234;me atteint les 10 grammes par litre, la dose mortelle &#233;tant de... 13,8 grammes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2007, les eaux jaillissant de cette source sont canalis&#233;es pour &#234;tre trait&#233;es dans une station voisine. L'op&#233;ration consiste &#224; fixer une tr&#232;s grande partie de l'arsenic avec de la chaux. L'ensemble est ensuite stock&#233; dans des &lt;i&gt;big bags&lt;/i&gt; (grands conteneurs souples utilis&#233;s habituellement sur les chantiers), sans que l'on sache combien de temps les sacs de chaux ars&#233;ni&#233;e restent &#224; proximit&#233; de la station avant de se d&#233;sagr&#233;ger sous les effets des intemp&#233;ries. Il ne fait aucun doute qu'une partie de leur contenu tr&#232;s toxique finit in&#233;luctablement &#224; la rivi&#232;re, d&#233;j&#224; bien charg&#233;e en toxiques et autres m&#233;taux lourds.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;O. S.-H.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour aller plus loin :&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Voir le webdocumentaire &lt;a href=&#034;http://hanslucas.com/webdoc/ensoname/?fbclid=IwAR1lWQzcML0esTQqd5S-_aqiO1Rd6TLfuPHhOr1JIYgUC-PBuLU8KBrqb_A#Accueil&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;En son &#226;me et conscience&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (Arnaud Bertrand, Mahkameh Eslami, Alexis Huguet, Juliette Mas &amp; Caroline Thirion, 2015).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ph&#233;nom&#232;ne m&#233;t&#233;orologique r&#233;current dans la r&#233;gion, caract&#233;ris&#233; par des pluies tr&#232;s violentes provoquant facilement des inondations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans les ann&#233;es 1990, on y a incin&#233;r&#233; notamment des d&#233;codeurs Canal + et des piles au lithium.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;De 1997 &#224; 2016, la pr&#233;fecture a publi&#233; chaque &#233;t&#233; un arr&#234;t&#233; interdisant la commercialisation des l&#233;gumes cultiv&#233;s, du thym et des escargots issus de la vall&#233;e de l'Orbiel. En cause, des teneurs trop &#233;lev&#233;es en arsenic, plomb, cadmium ou mercure. Cet arr&#234;t&#233; a finalement &#233;t&#233; annul&#233; par le tribunal administratif de Montpellier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans un tr&#232;s bon article du 7 janvier 2015 intitul&#233; &#171; &lt;a href=&#034;https://www.bastamag.net/A-Salsigne-un-siecle-d-extraction&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Salsigne, un si&#232;cle d'extraction d'or, dix mill&#233;naires de pollution ?&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Bastamag&lt;/i&gt; exhumait un &#233;difiant document de 1932, &#233;crit par la pr&#233;fecture de l'Aude et le ministre du Commerce et de l'Industrie : &#171; &lt;i&gt;Salsigne repr&#233;sente 800 ouvriers, soit environ 3 000 personnes. Si l'usine cause des d&#233;g&#226;ts, elle n'est pas sans influer sur la prosp&#233;rit&#233; de la r&#233;gion pour le plus grand bien du commerce local.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/planete/article/2006/02/07/surmortalite-par-cancer-pres-de-l-ancien-site-industriel-et-minier-de-salsigne_738659_3244.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Surmortalit&#233; par cancer pr&#232;s de l'ancien site industriel et minier de Salsigne&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;(07/02/2006).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Leur objectif : laver l'histoire </title>
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		<dc:date>2018-01-13T07:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
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&lt;p&gt;En 1980 sortait Morts &#224; 100 %, documentaire &#233;labor&#233; par Jean Lefaux et Agn&#232;s Gu&#233;rin, qui taillait en pi&#232;ces le mythe du mineur &#171; h&#233;ro&#239;que &#187;. Et le r&#233;v&#233;lait pour ce qu'il &#233;tait : un taf de for&#231;at. Plus de 35 ans apr&#232;s, deux r&#233;alisateurs en livrent un &#233;pilogue sans concession. Entretien avec un des protagonistes, TomJo. Peux-tu dire quelques mots de la gen&#232;se de ce post-scriptum &#224; Morts &#224; 100 % ? &#171; Tout commence le 4 d&#233;cembre 2012, jour de l'inauguration du mus&#233;e Louvre&#8209;Lens. Ce jour&#8209;l&#224;, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no158-octobre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;158 (octobre 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-L-de-Mars" rel="tag"&gt;L.L. de Mars&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Lewarde" rel="tag"&gt;Lewarde&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1980 sortait &lt;i&gt;Morts &#224; 100 %&lt;/i&gt;, documentaire &#233;labor&#233; par Jean Lefaux et Agn&#232;s Gu&#233;rin, qui taillait en pi&#232;ces le mythe du mineur &#171; h&#233;ro&#239;que &#187;. Et le r&#233;v&#233;lait pour ce qu'il &#233;tait : un taf de for&#231;at. Plus de 35 ans apr&#232;s, deux r&#233;alisateurs en livrent un &lt;a href=&#034;https://vimeo.com/246290740&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;pilogue&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Morts &#224; 100 %, de Modeste Richard et TomJo, &#224; partir d'interviews r&#233;alis&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; sans concession. Entretien avec un des protagonistes, TomJo.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1956 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH606/-246-3dfb3.jpg?1782650395' width='400' height='606' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par L.L. de Mars.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu dire quelques mots de la gen&#232;se de ce post-scriptum &#224; &lt;i&gt;Morts &#224; 100 %&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout commence le 4 d&#233;cembre 2012, jour de l'inauguration du mus&#233;e Louvre&#8209;Lens. Ce jour&#8209;l&#224;, on fait un petit reportage pour le journal &lt;i&gt;La Brique&lt;/i&gt;. &#192; l'&#233;poque, un leitmotiv revient sans cesse : &#233;tant donn&#233; ce que les mineurs ont donn&#233; &#224; la France, la France peut bien donner un Louvre &#224; Lens. Le mus&#233;e est ainsi vendu par la R&#233;gion et l'&#201;tat comme une esp&#232;ce de gratification pour services rendus &#224; la nation, notamment pour la reconstruction d'apr&#232;s-guerre. Sauf que les mineurs ne sont pas invit&#233;s &#224; l'inauguration. Bizarre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e, notre pote Greg commence &#224; interviewer des gens sur la m&#233;moire mini&#232;re, la r&#233;novation des corons. &#192; la m&#233;diath&#232;que, il tombe sur une VHS du film &lt;i&gt;Morts &#224; 100 %&lt;/i&gt;, r&#233;alis&#233; en 1980. Il se rend compte que ce film n'a quasiment &#233;t&#233; vu par personne et qu'il a &#233;t&#233; mis &#224; l'index par les patrons et les syndicats. C'est qu'il tapait fort sur le PC de Thorez, qui d&#233;veloppait &#224; l'&#233;poque toute une mythologie du mineur soldat, patriote, courageux, fier. Or, quand on leur donnait la parole, les mineurs disaient qu'ils s'&#233;taient bien faits avoir : ils &#233;taient tous &#8216;&#8216; silicos&#233;s '' et mourraient avant 50 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Greg a ensuite rencontr&#233; l'&#233;quipe du Centre d'animation culturelle de Douai, qui cherchait &#224; d&#233;voiler ce mythe du mineur. Roland Poquet et Bruno Matt&#233;i t&#233;moignent de leur activit&#233; &#224; l'&#233;poque et s'attardent sur la mani&#232;re dont on r&#233;active aujourd'hui le mythe du mineur en aseptisant son histoire. Pour prendre le train de la troisi&#232;me r&#233;volution industrielle, le Nord-Pas-de-Calais recycle son histoire ouvri&#232;re. Un enjeu entr&#233; en collision avec le centenaire du d&#233;but de la Premi&#232;re Guerre mondiale dans un vaste programme touristico-culturel. Si quand on revient de la n&#233;cropole de ce conflit &#224; Notre-Dame-de-Lorette on pense &#8216;&#8216; Plus jamais &#231;a '', en sortant du mus&#233;e minier de Lewarde on se dit : &#8216;&#8216; C'&#233;tait chouette, la mine. Certes dur, mais il y avait la camaraderie, la solidarit&#233;. '' On oublie qu'entre 1945 et 1990, on compte officiellement 40 000 morts de la silicose. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand on visite le mus&#233;e de la mine de Saint&#8209;&#201;tienne, on est surpris par l'absence de toute trace de conflictualit&#233; sociale. Le mineur est pr&#233;sent&#233; comme un h&#233;ros, solitaire et solidaire, point barre. Est&#8209;-ce la m&#234;me chose &#224; Lewarde ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui. Il y a une salle des machines, qui livre le grand r&#233;cit du progr&#232;s technique. &#192; cela s'ajoute un volet de folklorisation destin&#233; aux enfants, &#224; qui on file un casque avant de leur faire gratter un peu de terre pour trouver du charbon. Les gosses s'amusent. Alors que mineur, c'&#233;tait un boulot de for&#231;at. D'esclave. Quand on est all&#233;s tourner au mus&#233;e, on &#233;tait accompagn&#233;s de salari&#233;s qui nous disaient : &#8216;&#8216; &lt;i&gt;Il y a des gens qui viennent avec un a priori assez sombre sur la r&#233;gion et qui sortent du mus&#233;e avec une image beaucoup moins morbide du Bassin minier.&lt;/i&gt; '' C'est vraiment &#224; &#231;a que sert ce mus&#233;e. &#192; laver l'histoire. Tu as des anciens mineurs qui ne peuvent plus voir les terrils en peinture ! Ces terrils sur lesquels aujourd'hui la nature reprendrait ses droits, o&#249; tu peux faire des balades. On n'a pas de montagne dans la r&#233;gion, mais on a des terrils ! Pour les mineurs, &#231;a reste quand m&#234;me la poubelle de leur ancien m&#233;tier. Un symbole de mort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parmi les protagonistes du film, il y a le sculpteur Christian Szewczyk qui use d'un verbe tr&#232;s nerveux et tranch&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, c'est le plus remont&#233; ! Il envoie tout balader. Lui est fils de mineur, d'origine polonaise, et il fait de la sculpture sur bois, un travail inspir&#233; des contes et mythes populaires polonais (sorci&#232;res, b&#234;tes magiques, etc.). Il a con&#231;u un chevalet-potence pour d&#233;noncer l'exploitation des mineurs, quelque chose d'assez simple, histoire d'&#233;viter la statuaire grandiloquente. Dans le film, il raconte qu'il ne trouvait pas de lieu o&#249; le mettre jusqu'&#224; ce que la commune de Calonne&#8209;Ricouart l'accepte et le place juste &#224; c&#244;t&#233; de la mairie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christian aborde aussi le sujet m&#233;connu des viols au fond de la mine, auxquels Berry faisait allusion dans son film Germinal. On ne sait pas si ces pratiques &#233;taient r&#233;pandues, mais couraient des histoires de mecs qui cherchaient des filles pour les ing&#233;nieurs ou les patrons. C'est une part sombre de la vie des mineurs qui reste sous le tapis. La solidarit&#233; existait, mais elle se construisait dans l'adversit&#233;, un peu comme la camaraderie des tranch&#233;es. C'est le revers d'une pi&#232;ce morbide. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Afin de capter la manne touristique, les patrimoines naturels, architecturaux ou immat&#233;riels sont exacerb&#233;s pour mythifier des identit&#233;s locales. Le pass&#233; minier n'&#233;chapperait donc pas &#224; la grande lessiveuse m&#233;morielle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a une archive qui n'a finalement pas &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;e au film, et qui traite d'un colloque tenu en 1979 &#224; Lille. Un Anglais y d&#233;clare que les gens en ont un peu marre des cath&#233;drales et des ch&#226;teaux, et que le patrimoine b&#226;ti industriel serait une bonne carte &#224; jouer. Le mus&#233;e de la mine de Lewarde rel&#232;ve d'ailleurs d'une initiative patronale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Lens, il y a un coron juste en face du Louvre. Dans une rue, les occupants, tous descendants de mineurs, ont &#233;t&#233; d&#233;log&#233;s. Parce qu'il y a des enjeux financiers. La cha&#238;ne Esprit de France s'est ainsi lanc&#233;e dans un projet d'h&#244;tel 4 &#233;toiles dans un style minier. Chaque petite maison en brique sera transform&#233;e en une chambre luxueuse, d&#233;cor&#233;e avec une lampe ou un casque de mineur... Et le bar de l'h&#244;tel s'affichera &#8216;&#8216;supporter du RC Lens''. La ville joue ainsi &#224; fond l'exotisme nordiste. On imagine la com' pour les touristes : &#8216;&#8216; Vivez l'exp&#233;rience du coron ! ''&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on utilise les mineurs, leur image et leur m&#233;moire, on leur demande dans le m&#234;me temps de ne pas &#234;tre trop pr&#233;sents, parce que &#231;a reste des ploucs. Pareil pour le centre culturel Albert-Camus, juste &#224; c&#244;t&#233; du Louvre, un lieu assez populaire o&#249; les gens prenaient des cours de danse, de musique. Il a &#233;t&#233; remplac&#233; par La maison du projet, sorte de mini-mus&#233;e de la mine. On vire des gens plut&#244;t pauvres d'un espace qu'ils fr&#233;quentaient pour y organiser une esp&#232;ce de mus&#233;e qui utilise leur image. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a en France un regain d'activit&#233; mini&#232;re depuis quelques ann&#233;es. Votre film s'inscrit aussi dans une certaine actualit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a pr&#233;vu de rencontrer les collectifs qui luttent contre les projets miniers en Creuse, en Bretagne, dans le Pays basque, etc. L'id&#233;e est d'expliquer qu'aujourd'hui encore, il y a des mineurs qui se sacrifient pour nous : des mines de coltan en Chine aux mines d'uranium au Niger. Derri&#232;re chaque parcelle de notre confort moderne et technologique, il y a un mineur. De la m&#234;me mani&#232;re qu'on se chauffait au charbon dans les ann&#233;es 1950 gr&#226;ce aux mineurs, on doit nos smartphones et l'&#233;nergie nucl&#233;aire &#224; des sacrifi&#233;s de la mine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le m&#234;me sujet, on se demande quel accueil va recevoir le film dans notre r&#233;gion, o&#249; r&#232;gne un ouvri&#233;risme assez fort. On l'a montr&#233; &#224; un copain fils de mineur. S'il est d'accord avec notre d&#233;marche, il a du mal &#224; se d&#233;faire de tout cet h&#233;ritage. C'est quelque chose de profond. Les mineurs ont fait ce que personne d'autre n'a fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aimerait aussi rencontrer les associations de travailleurs immigr&#233;s. Ils se sont battus pour avoir le statut de mineur et n'ont pas &#233;t&#233; reconnus comme silicos&#233;s. Ils ont d'autant plus besoin de cette reconnaissance du travail accompli. Or notre d&#233;marche s'inscrit dans une critique plus globale de la valeur travail. Une pens&#233;e assez absente aujourd'hui, o&#249; on reste camp&#233;s sur la d&#233;fense de l'emploi et des acquis sociaux. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Morts &#224; 100 %, de Modeste Richard et &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Tom-Jo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;TomJo&lt;/a&gt;, &#224; partir d'interviews r&#233;alis&#233;s par Gr&#233;gory Tahar-Chaouch. Sortie DVD le 28 octobre, avec une projection &#224; 20 h au cin&#233;ma L'Univers &#224; Lille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tais-toi et creuse !</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gildas Kerleau, Iffik Le Guen</dc:creator>


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&lt;p&gt;Fin juillet, malgr&#233; une humidit&#233; typique d'un hiver indien, les 1 500 participants du Festival des luttes &#224; Plougonver (22) sont sortis tels des champignons pour contester projets miniers et autres am&#233;nagements inutiles. Les Bretons savent faire contre mauvaise fortune m&#233;t&#233;o bon kir. &#171; Fier de ne rien faire... fier de ne savoir rien faire. &#187; Les Olivensteins, groupe punk mythique de la fin des seventies en &#233;ph&#233;m&#232;re reformation, livrent un concert sans concession&#8230; pour leur &#226;ge et celui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fin juillet, malgr&#233; une humidit&#233; typique d'un hiver indien, les 1 500 participants du Festival des luttes &#224; Plougonver (22) sont sortis tels des champignons pour contester projets miniers et autres am&#233;nagements inutiles. Les Bretons savent faire contre mauvaise fortune m&#233;t&#233;o bon kir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Fier de ne rien faire... fier de ne savoir rien faire.&lt;/i&gt; &#187; Les Olivensteins, groupe punk mythique de la fin des seventies en &#233;ph&#233;m&#232;re reformation, livrent un concert sans concession&#8230; pour leur &#226;ge et celui d'un public interg&#233;n&#233;rationnel (comme on dit). Pendant trois jours, &#224; grand renfort de concerts, de d&#233;bats et de projections, la deuxi&#232;me &#233;dition du Festival des luttes, tant pis pour la pluie et la fr&#233;quentation moiti&#233; moindre qu'en 2016, a envoy&#233; du bois dans les bois, alors que la mar&#233;chauss&#233;e multipliait les contr&#244;les salivaires aux alentours. Entre deux verres de Petit-Pont (le rouge des festoches locaux, qui commence &#224; &#233;puiser certaines patiences gustatives) &#224; la buvette, Goulven du collectif Douar Didoull (&#171; la terre sans trou &#187;), &#224; l'origine de la manifestation, est revenu sur les d&#233;buts d'une contestation initi&#233;e fin 2013. &#171; &lt;i&gt;Tout est parti de l'annonce par Macron, alors ministre de l'&#201;conomie, que plusieurs Permis exclusifs de recherche mini&#232;re (Perm) allaient &#234;tre d&#233;livr&#233;s d&#232;s 2014, notamment dans le Massif armoricain. Ces Perm donnent toute latitude aux soci&#233;t&#233;s mini&#232;res pour proc&#233;der &#224; des forages sur des surfaces allant jusqu'&#224; 400km&#178;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;ologie bretonne a particuli&#232;rement attis&#233; les convoitises de Variscan Mines, entreprise &#224; capitaux australiens qui esp&#232;re d&#233;nicher de gros filons de cuivre, zinc, tungst&#232;ne et autres ressources n&#233;cessaires &#224; la fabrication des produits high-tech. &#171; &lt;i&gt;La force du collectif,&lt;/i&gt; reprend Goulven, s&lt;i&gt;'est appuy&#233;e tr&#232;s vite sur l'esprit de r&#233;sistance des communes et de la population de ce coin de Bretagne &#224; dominante rurale. Variscan souhaitait proc&#233;der &#224; des analyses a&#233;riennes du sol par &#233;lectromagn&#233;tisme ; du coup, les maires ont pris des arr&#234;t&#233;s d'interdiction de survol de leurs territoires. &lt;/i&gt; &#187; De leur c&#244;t&#233;, les propri&#233;taires de parcelles, cultiv&#233;es ou en friche, en ont bloqu&#233; l'acc&#232;s aux employ&#233;s de Variscan. Et lors d'une journ&#233;e d'action, les habitants ont &#233;t&#233; invit&#233;s par Douar Didoull &#224; acqu&#233;rir symboliquement des parts de propri&#233;t&#233; de la for&#234;t domaniale de Koad an Noz, toujours dans l'id&#233;e d'emp&#234;cher les forages. &#171; &lt;i&gt;La mobilisation a port&#233; ses fruits, notamment en obligeant les candidats aux l&#233;gislatives, y compris les macronistes, &#224; se positionner contre les projets miniers. Le conseil r&#233;gional, pourtant &#224; la solde de l'actuelle majorit&#233; pr&#233;sidentielle, a &#233;galement demand&#233; un moratoire sur ce dossier. Mais rien n'est gagn&#233; tant que les Perm n'auront pas &#233;t&#233; annul&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, constate lucidement Goulven.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;pouvantail zadiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;union interminist&#233;rielle est pr&#233;vue d'ici peu sur le sujet. En attendant, les nouveaux dirigeants de Variscan (l'ancien directeur, Michel Bonnemaison, est parti s'occuper d'un projet ari&#233;geois en guise de &#171; mutation avec promotion &#187;) jouent les pleureuses &#8211; ils se plaignent de malentendus susceptibles d'enflammer des oppositions de type Zad. Et agitent du m&#234;me &#233;lan le chantage aux emplois directs et indirects associ&#233;s au lancement d'une exploitation mini&#232;re. Des arguments battus en br&#232;che par Goulven : &#171; &lt;i&gt;C'est un &#233;cran de fum&#233;e classique dans ce genre d'op&#233;ration de communication o&#249; l'on affirme que si les gens sont contre les projets, c'est parce qu'ils n'ont pas compris quel est leur int&#233;r&#234;t.&lt;/i&gt; &#187; Quant aux emplois, ils sont souvent occup&#233;s par des techniciens ou des ing&#233;nieurs d&#233;j&#224; sous contrat avec les multinationales du secteur. Et ils sont de toute fa&#231;on ultra-pr&#233;caires : une fois le filon &#233;puis&#233;, on va creuser ailleurs, laissant les collectivit&#233;s et la population locale se d&#233;brouiller avec les d&#233;g&#226;ts caus&#233;s &#224; l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ni ici ni ailleurs&lt;/i&gt; &#187;, proclame la banderole du festival, qui donne aussi toute sa place aux initiatives anti-mines ayant fleuri partout sur le territoire m&#233;tropolitain comme ultramarin. En t&#233;moigne la pr&#233;sence du collectif creusois Stop Mines 23, venu confirmer le maintien de sa journ&#233;e d'information, de f&#234;te et de d&#233;bat du 12 ao&#251;t en d&#233;pit de l'arr&#234;t de toute prospection sur le Perm de Villeranges. Car il ne s'agit pas seulement d'action de type Nimby (&lt;i&gt;Not in My BackYard&lt;/i&gt;, &#171; Pas dans mon jardin &#187;). Mais plus g&#233;n&#233;ralement de revendiquer un autre mod&#232;le de soci&#233;t&#233;, moins productiviste, moins consum&#233;riste et moins obs&#233;d&#233; par le tout-technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;galement pr&#233;sent, le collectif guyanais Or de question a pr&#233;sent&#233; au public breton le projet titanesque de &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Les-aventuriers-du-developpement&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la Montagne d'or&lt;/a&gt;(sic), port&#233; par une multinationale russe l&#224; aussi chaudement soutenue par Macron. Une fosse de 2,5 kilom&#232;tres de long sur 500 m&#232;tres de large et 400 de profondeur, une d&#233;forestation massive pour construire des routes, une installation &#233;lectrique de 20 m&#233;gawatts, le tout &#224; proximit&#233; de deux r&#233;serves biologiques et sans r&#233;elle consultation de la population guyanaise. Enfin, le dimanche, dernier jour du festival, deux repr&#233;sentants des collectifs oppos&#233;s &#224; la construction du tunnel du col de Tende, sur la fronti&#232;re franco-italienne, ont t&#233;moign&#233; de l'intense r&#233;pression qui frappe celles et ceux pratiquant une solidarit&#233; de base avec les migrants. Ils ont aussi racont&#233; l'incroyable rebondissement, au d&#233;but du mois de juin dernier, qui a conduit &#224; l'arr&#234;t du chantier et &#224; une proc&#233;dure des autorit&#233;s italiennes contre l'entreprise charg&#233;e des travaux de doublement du tunnel. Pour dissimuler l'&#233;conomie d'une fondation en b&#233;ton arm&#233;, la bo&#238;te a falsifi&#233; plusieurs rapports constatant un &#233;ventrement et un affaissement de l'ouvrage sur plusieurs m&#232;tres. Ou quand les promoteurs des grands projets inutiles et leurs complices sabotent eux-m&#234;mes le boulot&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NDLR :&lt;/strong&gt; Pour plus de pr&#233;cisions sur le sujet, se reporter au site &lt;&lt;a href=&#034;http://alternatives-projetsminiers.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;alternatives-projetsminiers&lt;/a&gt;&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Des hommes &#224; figure de cadavre &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le premier exemple de &#8220;multinationale&#8221; &lt;/i&gt; [&#224; caract&#232;re] &lt;i&gt;colonial &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;un des premiers mod&#232;les d'investissement capitaliste&lt;/i&gt; &#187; : l'histoire r&#233;sonne parfois &#233;trangement avec le pr&#233;sent. La description des 150 ans d'exploitation de la mine de Poullaouen, commune voisine du projet minier de Variscan, rendrait presque fastidieux la lecture d'un tract de Douar Didoull. De 1732 &#224; 1874, la mine a &#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt; la deuxi&#232;me industrie du pays par la taille&lt;/i&gt; &#187;. &#201;mile Souvestre, qui part &#224; la recherche des derniers Bretons en 1836&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les derniers Bretons est une enqu&#234;te &#224; la fois journalistique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, y croise &#171; &lt;i&gt;des hommes &#224; figure de cadavre, une ceinture de cuir autour du corps, une lampe de fer suspendue &#224; l'habit, et le pen-bas&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B&#226;ton traditionnel breton, gourdin, casse-t&#234;te.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;i&gt;&#224; la main&lt;/i&gt; &#187;. La journ&#233;e de travail peut durer jusqu'&#224; 16 heures en &#233;t&#233;. Adrien Proust, m&#233;decin et p&#232;re de l'&#233;crivain, pourrait &#234;tre pr&#233;sident d'un comit&#233; &#233;thique aujourd'hui : &#171; &lt;i&gt;Sur 85 ouvriers employ&#233;s aux fonderies de Poullaouen, on notait seulement 10 atteints&lt;/i&gt; [du saturnisme] &lt;i&gt;en deux ans&lt;/i&gt; &#187; ! Et Alexandre V&#233;zian, p&#232;re d'aucun &#233;crivain, &#233;crit confortablement attabl&#233; &#224; son bureau qu'avec le taux &#233;lev&#233; d'acide carbonique, &#171; &lt;i&gt;la respiration &#233;tait g&#234;n&#233;e, mais le travail restait possible&lt;/i&gt; &#187;. Il ne manque pas d'air !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cambry apporte de l'eau pollu&#233;e au moulin des &#233;cologistes actuels. En 1792, dans son Voyage dans le Finist&#232;re, il note : &#171; &lt;i&gt;Les rivi&#232;res du district &#233;toient tr&#232;s poissonneuses, mais les &#233;coulemens des mines ont d&#233;truit les brochets, les dards, les br&#232;mes et les perches qui les peuploient : ils p&#233;rissent, comme les arbres qui paroient les rivages, et qui sont &#224; pr&#233;sent &#224; cinquante pieds sur les deux rives, d&#233;pouill&#233;s de feuillages et br&#251;l&#233;s jusqu'au c&#339;ur. Les &#233;coulemens de ces mines font le d&#233;sespoir des habitans de la campagne ; leur influence est mortelle : les hommes languissent, d&#233;color&#233;s, attaqu&#233;s du plomb, de coliques d'entrailles, surtout dans les communes de Locmaria, de Ploui&#233;, du Huelgoat.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;gion est souill&#233;e, elle ne s'enrichit gu&#232;re des trous creus&#233;s dans son sous-sol. Les capitaux sont protestants (suisses, puis allemands), et les profits &#233;normes (pr&#232;s d'un milliard d'euros actuels en 36 ans) sont drain&#233;s vers l'ext&#233;rieur. Les paysans-ouvriers ne s'en laissent pas conter. &#171; &lt;i&gt;Les &#233;pisodes violents sont courants&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Francis Favereau. En 1767, les laveuses se mettent en gr&#232;ve, car la Compagnie veut baisser leurs salaires. Le mouvement dure six semaines et la direction c&#232;de. Plus tard, les ouvriers se r&#233;voltent suite &#224; une ordonnance du gouvernement r&#233;volutionnaire de 1793. La mine sera nationalis&#233;e l'ann&#233;e suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, chantons avec Auguste Brizeux, po&#232;te romantique breton du XIXe si&#232;cle, &#171; &lt;i&gt;Prenez garde / &#192; l'Esprit de la mine ! / Il est tra&#238;tre et subtil. / Veillez bien sur vos pas. / Je connais sa col&#232;re / Lorsqu'un travailleur chante ou siffle dans sa terre&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gildas Kerleau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Avec l'appui de la th&#232;se de Francis Favereau)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les derniers Bretons&lt;/i&gt; est une enqu&#234;te &#224; la fois journalistique, ethnographique et historique sur les coutumes bretonnes. L'ouvrage a &#233;t&#233; maintes fois r&#233;&#233;dit&#233; &#8211; dont en 2013, chez l'&#233;diteur Des &#201;quateurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;B&#226;ton traditionnel breton, gourdin, casse-t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Merci colon !</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Jeremy Boulard Le Fur</dc:subject>
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&lt;p&gt;Pendant la guerre d'ind&#233;pendance alg&#233;rienne, l'arm&#233;e fran&#231;aise a truff&#233; le pays de millions de mines. Puis elle a attendu 45 ans avant de partager ses cartes des zones pi&#233;g&#233;es. Depuis 1962, les victimes se comptent par milliers. Et ce n'est sans doute pas termin&#233;. Quel bruit &#231;a fait, une mine, quand &#231;a explose ? Kada Reyreyene ne s'en souvient pas. Mais il se rappelle tr&#232;s bien que pendant vingt ans, il a eu deux jambes. Jusqu'&#224; ce jour maudit de 1962, quelques mois apr&#232;s l'ind&#233;pendance. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pendant la guerre d'ind&#233;pendance alg&#233;rienne, l'arm&#233;e fran&#231;aise a truff&#233; le pays de millions de mines. Puis elle a attendu 45 ans avant de partager ses cartes des zones pi&#233;g&#233;es. Depuis 1962, les victimes se comptent par milliers. Et ce n'est sans doute pas termin&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Q&lt;/span&gt;uel bruit &#231;a fait, une mine, quand &#231;a explose ? Kada Reyreyene ne s'en souvient pas. Mais il se rappelle tr&#232;s bien que pendant vingt ans, il a eu deux jambes. Jusqu'&#224; ce jour maudit de 1962, quelques mois apr&#232;s l'ind&#233;pendance. C'&#233;tait sur une route, pr&#232;s de la fronti&#232;re marocaine. Kada, jeune paysan, marchait tout simplement ; ce fut la d&#233;flagration. &#171; &lt;i&gt;Je me suis &#233;vanoui. Ce n'est que le lendemain que je me suis r&#233;veill&#233;, en me d&#233;couvrant avec une jambe en moins. Et ligot&#233;, pour que je ne bouge pas.&lt;/i&gt; &#187; Ensuite, Kada a pass&#233; trois mois &#224; l'h&#244;pital de Tlemcen, o&#249; il a &#233;t&#233; soign&#233; par un m&#233;decin fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1920 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH568/-213-dd6e7.jpg?1782699610' width='400' height='568' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par J&#233;r&#233;my Boulard Le Fur.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le soldat qui avait pos&#233; la mine, c'&#233;tait aussi un Fran&#231;ais. Pendant la guerre d'ind&#233;pendance, l'arm&#233;e coloniale a diss&#233;min&#233; pr&#232;s de onze millions de ces engins de mort. Un peu partout en Alg&#233;rie, mais essentiellement le long des fronti&#232;res du pays.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La bataille des fronti&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire-l&#224; commence en 1956, deux ans apr&#232;s le d&#233;but de l'insurrection. Le Maroc et la Tunisie deviennent ind&#233;pendants : les gu&#233;rilleros alg&#233;riens en font une base arri&#232;re. &#192; l'abri des fronti&#232;res, ils se replient, ils se forment au combat, ils importent des armes. Et les acheminent vers l'int&#233;rieur du pays, o&#249; l'&#233;quipement des maquisards s'am&#233;liore : &#171; &lt;i&gt;Le fusil de guerre remplace petit &#224; petit le fusil de chasse ; les explosifs et p&#233;tards de fortune se transforment en dynamite&lt;/i&gt;, s'inqui&#232;te-t-on c&#244;t&#233; fran&#231;ais. &lt;i&gt;Il faut donc surveiller les fronti&#232;res terrestres afin d'en interdire, sinon d'en limiter, les passages.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment faire ? La r&#233;ponse sera colossale : &#224; chaque fronti&#232;re, sur des centaines de kilom&#232;tres, de la mer au d&#233;sert, on &#233;tablira d'impressionnants barrages &lt;i&gt;[lire l'encadr&#233; ci-dessous]&lt;/i&gt;. Barbel&#233;s, haies &#233;lectriques &#224; 5 000 volts, projecteurs, patrouilles de jour comme de nuit, artillerie, h&#233;licopt&#232;res de combat&#8230; Sans oublier les champs de mines, qui hanteront longtemps les ind&#233;pendantistes essayant de les franchir : &#171; &lt;i&gt;Il y avait cette fatalit&#233; qui pouvait attribuer votre mort &#224; votre propre action. C'&#233;tait votre pied qui d&#233;clenchait le d&#233;sastre et non quelques ennemis tapis dans le noir&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crira le gu&#233;rillero Amar Boudjellal, d&#233;crivant les mines comme &#171; &lt;i&gt;un poison&lt;/i&gt; &#187; qui pouvait &#171; &lt;i&gt;devenir une id&#233;e fixe&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militairement parlant, les barrages sont un succ&#232;s pour les Fran&#231;ais. Les franchissements diminuent. De nombreux combattants alg&#233;riens sont bloqu&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur du pays ; ceux de l'int&#233;rieur, mal ravitaill&#233;s, sont exsangues. Mais les guerres ne se gagnent pas que sur le champ de bataille. Elles se perdent aussi sur les plans politique et diplomatique. En juillet 1962, l'Alg&#233;rie est ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des d&#233;cennies de d&#233;minage&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le territoire du pays est immense, mais des dizaines de milliers d'hectares sont pollu&#233;s par les mines. Les paysans ne peuvent pas travailler la terre, et les accidents se multiplient. En d&#233;cembre 1962, un journaliste du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; se rend &#224; la fronti&#232;re tunisienne : &#171; &lt;i&gt;Depuis le mois de juin, pr&#232;s de trois cents r&#233;fugi&#233;s ont &#233;t&#233; hospitalis&#233;s &#224; Souk-Ahras pour subir une amputation, apr&#232;s avoir saut&#233; sur une mine. Les uns ont perdu une jambe, les autres un pied ou un bras, d'autres encore ont re&#231;u des &#233;clats dans les yeux et sont devenus aveugles.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d&#233;miner. Avec l'appui de sp&#233;cialistes &#233;trangers, notamment sovi&#233;tiques, le travail commence. De 1963 &#224; 1988, pr&#232;s de 8 millions de mines sont retir&#233;es. Pendant la d&#233;cennie noire&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On appelle &#171; d&#233;cennie noire &#187; la guerre civile alg&#233;rienne, qui opposa de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, ces op&#233;rations s'arr&#234;tent. Pire : l'arm&#233;e alg&#233;rienne et les groupes islamistes arm&#233;s posent de nouveaux explosifs. Le d&#233;minage ne reprend qu'en 2004 ; son ach&#232;vement officiel est finalement annonc&#233; en janvier dernier. Au total, pr&#232;s de neuf millions de mines ont &#233;t&#233; mises hors d'&#233;tat de nuire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses seraient sans doute all&#233;es plus vite si la France avait remis &#224; l'Alg&#233;rie l'int&#233;gralit&#233; des plans des zones pi&#233;g&#233;es d&#232;s 1962&#8230; Mais pour faire ce geste, l'&#233;tat major hexagonal a attendu&#8230; 2007. Quarante-cinq ans apr&#232;s l'ind&#233;pendance, il &#233;tait trop tard pour que cela serve vraiment &#224; quelque chose. Car avec le temps, les mines bougent. L'&#233;rosion, le ruissellement des eaux les d&#233;placent. &#171; &lt;i&gt;Un ou deux ans apr&#232;s leur mise en place, elles ne sont plus &#224; l'endroit o&#249; vous les aviez mises&lt;/i&gt;, &#233;crit Amar Boudjellal, qui travailla au d&#233;minage de la fronti&#232;re ouest. &lt;i&gt;Dix ans apr&#232;s, elles en sont &#224; un ou plusieurs m&#232;tres : vingt ans apr&#232;s, nul ne peut pr&#233;tendre qu'elles sont ici ou l&#224;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le dernier mort de la guerre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1962, plus de 7 000 victimes de mines ont &#233;t&#233; officiellement r&#233;pertori&#233;es en Alg&#233;rie. Selon le dernier rapport de l'ICBL, un collectif international d'ONG pour l'interdiction des mines antipersonnel, 3 315 personnes ont perdu la vie, 3 775 ont &#233;t&#233; mutil&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant de trajectoires bris&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Moi, j'&#233;tais comme un arbre qui grandissait et d'un seul coup, une branche de cet arbre a &#233;t&#233; coup&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, dit Kada Reyreyene. &#171; &lt;i&gt;Les victimes continuent &#224; faire des cauchemars de la sc&#232;ne, &#224; &#234;tre envahies par des &#233;motions&lt;/i&gt; &#187;, confiait il y a quelques ann&#233;es la psychologue Nalia Hamiche au journal &lt;i&gt;El Watan&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt; Le traumatisme est bien pr&#233;sent et se d&#233;cline sous diff&#233;rentes formes. Souvent &lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;des d&#233;compensations psychiques (d&#233;pression, m&#233;lancolie, tentatives de suicide) et/ou des d&#233;compensations somatiques (hypertension art&#233;rielle, diab&#232;te, psoriasis).&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y a ce sentiment d'injustice : &#171; &lt;i&gt; Moi, j'&#233;tais un civil. Nous, les victimes, nous sommes des civils&lt;/i&gt;, reprend Kada Reyreyene. &lt;i&gt;Nous n'avons pas pris les fusils pour combattre la France ; nous n'avons rien demand&#233;, ni &#224; la France, ni &#224; l'Alg&#233;rie&lt;/i&gt; [&#8230;]. &lt;i&gt;Il y a eu la guerre, mais je ne l'ai pas faite ; apr&#232;s l'ind&#233;pendance, j'ai &#233;t&#233; victime des mines antipersonnel. Je me sens comme flou&#233;. Je demande &#224; la France de nous aider&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le minist&#232;re fran&#231;ais des Affaires &#233;trang&#232;res dit avoir &#171; cofinanc&#233; un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;de nous donner nos droits, parce que nous sommes des victimes de la France. De la guerre de la France.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une guerre qui, m&#234;me termin&#233;e depuis 55 ans, n'a pas fini de g&#233;n&#233;rer des drames. Certes, avec le temps et l'avanc&#233;e du d&#233;minage, les accidents se sont faits de moins en moins nombreux. Officiellement, le nettoyage des fronti&#232;res alg&#233;riennes est termin&#233;. Mais moult mines fran&#231;aises sont toujours enfouies dans le sous-sol de plusieurs r&#233;gions du pays, pr&#234;tes &#224; mutiler. On en retrouve encore de temps en temps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier accident mortel imputable &#224; une mine de la p&#233;riode coloniale remonte &#224; 2011. Sa victime est, pour l'instant, l'ultime mort de la guerre d'Alg&#233;rie. Il habitait &#224; Zribet-El-Oued, pr&#232;s de Biskra, et s'appelait Riad Tamersit. C'&#233;tait un minot de 10 ans.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Monsieur Morice et les &#171; jardins de l'enfer &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;E&lt;/petitelettrine&gt;n Alg&#233;rie, la plupart des mines antipersonnel fran&#231;aises ont &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;es le long des fronti&#232;res marocaine et tunisienne. Elles faisaient partie int&#233;grante des barrages &#233;lectrifi&#233;s destin&#233;s &#224; bloquer les mouvements des soldats ind&#233;pendantistes. Pour d&#233;nommer ces fortifications, les gu&#233;rilleros alg&#233;riens parlaient des &#171; jardins de l'enfer &#187;. Le pr&#233;sident tunisien Habib Bourguiba &#233;voqua, lui, le &#171; barrage qui tue &#187;. En France, on disait &#171; barrage de barbel&#233;s &#187; ou encore &#171; lignes Challe et Morice &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maurice Challe fut commandant en chef des forces arm&#233;es fran&#231;aise en Alg&#233;rie de 1958 &#224; 1960. En 1961, il participa au fameux &#171; putsch des g&#233;n&#233;raux &#187;, qui tenta de renverser le pr&#233;sident Charles de Gaulle. Futur maire de Nantes, Andr&#233; Morice &#233;tait, lui, ministre de la D&#233;fense en 1957. Il dirigeait par ailleurs l'Entreprise nantaise de travaux publics et paysagers, qui fut soup&#231;onn&#233;e par une partie de la presse de l'&#233;poque de chercher &#224; s'enrichir avec la construction des barrages &#233;lectrifi&#233;s. En France, pendant la Seconde Guerre mondiale, cette m&#234;me soci&#233;t&#233; avait particip&#233; &#224; l'&#233;dification du Mur de l'Atlantique, commandit&#233; par l'occupant nazi pour pr&#233;venir un &#233;ventuel d&#233;barquement alli&#233;. Andr&#233; Morice a toujours ni&#233; toute responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce sujet a &#233;galement fait l'objet d'un documentaire radiophonique, &#171; Ces mines antipersonnel fran&#231;aises qui explosent encore en Alg&#233;rie &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.radiogrenouille.com/programmes-radio/grille/ca-vient-pas-de-nulle-part-fevrier-ces-mines-antipersonnel-francaises-qui-explosent-encore-en-algerie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;disponible &#224; l'&#233;coute sur le site de Radio Grenouille&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On appelle &#171; d&#233;cennie noire &#187; la guerre civile alg&#233;rienne, qui opposa de d&#233;cembre 1991 &#224; f&#233;vrier 2002 le gouvernement &#224; divers groupes islamistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le minist&#232;re fran&#231;ais des Affaires &#233;trang&#232;res dit avoir &#171; &lt;i&gt;cofinanc&#233; un projet d'assistance aux victimes de l'ONG Handicap International sur la p&#233;riode 2009-2012&lt;/i&gt; &#187;, incluant plusieurs pays, dont l'Alg&#233;rie. Mais il n'y a jamais eu de d&#233;dommagement : la (maigre) pension que per&#231;oivent une partie des victimes alg&#233;riennes des mines leur est vers&#233;e par l'&#201;tat alg&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Projets miniers : L'Hexagone &#224; la foreuse</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Projets-miniers-L-Hexagone-a-la</link>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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&lt;p&gt;Depuis 2012, on ne compte plus les projets d'extraction mini&#232;re en France. Lift&#233;e fa&#231;on greenwashing, la mine dite &#171; responsable &#187; n'aurait plus rien &#224; voir avec un sombre tableau &#224; la &#201;mile Zola. Petit tour d'horizon de cette nouvelle fi&#232;vre qui promet de d&#233;sastreux coups de grisou. &#171; C'est pas tr&#232;s gai, les mines &#187;, ironise Goulven. Une petite demi-heure qu'on tient la tchatche par t&#233;l&#233;phone. Goulven fait partie du collectif anti-mine Douar Didoull, dans les C&#244;tes-d'Armor. En 2015, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no140-fevrier-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;140 (f&#233;vrier 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cominor" rel="tag"&gt;Cominor&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis 2012, on ne compte plus les projets d'extraction mini&#232;re en France. Lift&#233;e fa&#231;on &lt;i&gt;greenwashing&lt;/i&gt;, la mine dite &#171; responsable &#187; n'aurait plus rien &#224; voir avec un sombre tableau &#224; la &#201;mile Zola. Petit tour d'horizon de cette nouvelle fi&#232;vre qui promet de d&#233;sastreux coups de grisou.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est pas tr&#232;s gai, les mines&lt;/i&gt; &#187;, ironise Goulven. Une petite demi-heure qu'on tient la tchatche par t&#233;l&#233;phone. Goulven fait partie du collectif anti-mine Douar Didoull, dans les C&#244;tes-d'Armor&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Goulven a aussi tenu la plume dans ces colonnes, cf. son article &#171; Un nouvel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. En 2015, les militants n'ont pas arr&#234;t&#233; : porte-&#224;-porte, r&#233;unions, rando-manifestations. Un beau point d'orgue le 14 novembre 2015 &#224; Landivisiau (Finist&#232;re), o&#249; un millier de manifestants battaient le pav&#233; pour d&#233;noncer les projets d&#233;lirants en train de saccager la Bretagne : centrale au gaz, m&#233;thaniseur, a&#233;roport, extraction de sable&#8230; et projets miniers ! Quand il cause mines, Goulven parle d'&#171; &#201;tat dans l'&#201;tat &#187; tant les proc&#233;dures sont opaques. Consult&#233;s, les maires l'ont &#233;t&#233;, mais ce fut au pied lev&#233;, juste apr&#232;s les derni&#232;res &#233;lections municipales, les &#233;quipes &#224; peine constitu&#233;es. Des documents &#233;pais comme un bottin, &#224; &#233;tudier en moins de deux. Pour les mairies qui n'ont pas eu le temps de rendre leur avis, les services de l'&#201;tat ont jou&#233; aux boute-en-train autoritaires : &#171; &lt;i&gt; On a consid&#233;r&#233; qu'elles &#233;taient pour !&lt;/i&gt; &#187;, explique Goulven.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1722 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH322/-41-fb155.jpg?1782655260' width='500' height='322' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Marc habite Lussat depuis 1995, dans le nord-est de la Creuse. Quand il cause, on dirait un expert, tellement il conna&#238;t sa partition. Le projet de mine aurif&#232;re de Villeranges, ce membre du collectif StopMines23 en a entendu parler par hasard : &#171; &lt;i&gt;J'ai appris la nouvelle du PERM (permis exclusif de recherche de mines) par des voisins, fin novembre 2013, alors que l'enqu&#234;te publique avait eu lieu en ao&#251;t 2013. Le maire n'en a pas parl&#233;. Tout s'est fait en catimini, dans la confidence.&lt;/i&gt; &#187; La farce ne s'arr&#234;te pas l&#224; : la zone actuellement cartographi&#233;e par la soci&#233;t&#233; Cominor n'est pas vierge de toute recherche. De 1980 &#224; 1989, la feue Total Compagnie mini&#232;re avait d&#233;j&#224; renifl&#233; le filon aurif&#232;re et truff&#233; le sous-sol de 24 kilom&#232;tres de forage. Sans la baisse du cours de l'or, le permis d'exploitation aurait &#233;t&#233; accord&#233; depuis belle lurette. &#171; &lt;i&gt;La Cominor sait tr&#232;s bien que le gisement a &#233;t&#233; caract&#233;ris&#233;. Elle essaie de nous endormir avec sa communication : on ne sait pas ce qu'on va trouver, laissez-nous chercher, peut-&#234;tre qu'il n'y a rien, alors qu'ils savent tr&#232;s bien. Ils reviennent obtenir le permis qu'ils n'ont pas eu il y a trente ans.&lt;/i&gt; &#187; Ok, mais aujourd'hui, les mines sont aussi propres qu'un bloc op&#233;ratoire. Elles sont m&#234;me &#171; responsables &#187;, nous dit la pub. &#171; &lt;i&gt;Cette histoire de mine responsable, c'est du marketing. Le projet est une mine &#224; ciel ouvert d'au moins 50 m&#232;tres de profondeur. La roche du sous-sol est truff&#233;e d'arsenic : on sort quatre grammes d'or pour un kilo d'arsenic. Des millions de tonnes de roche ars&#233;ni&#233;e vont nous rester sur les bras. Quand il pleut sur l'arsenic, &#231;a pisse partout et vu l'altitude o&#249; on est, toute notre vall&#233;e va &#234;tre pollu&#233;e. La Cominor ne va pas ramener ses d&#233;chets &#224; son si&#232;ge social au Luxembourg, ni au Canada, o&#249; est sa maison-m&#232;re.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cominor en Creuse, Variscan Mines en Bretagne, les deux soci&#233;t&#233;s mini&#232;res sont dites juniors &#8211; en opposition aux majors, grosses soci&#233;t&#233;s d'exploitation &#8211; car sp&#233;cialis&#233;es dans l'exploration des sous-sols. Elles font leur miel gr&#226;ce &#224; l'art de la magouille sp&#233;culative. &#171; &lt;i&gt; Enregistr&#233;es sur les march&#233;s boursiers hautement permissifs comme la Bourse de Toronto (TSX) ou sa concurrente de Sydney (ASX),&lt;/i&gt; [les juniors] n&lt;i&gt;e tirent des b&#233;n&#233;fices que de la sp&#233;culation et financent leurs campagnes d'exploration en levant des fonds (des capitaux &#224; risque) sur ces march&#233;s boursiers&lt;/i&gt; &#187;, explique le chercheur &#233;quatorien William Sacher dans un &lt;a href=&#034;http://brest.mediaslibres.org/spip.php?article157&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article &#233;difiant&lt;/a&gt;. Quand boursicotage rime avec carottage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Hexagone, ce ne sont pas moins de huit PERM qui sont en cours de prospection. Huit autres demandes ont &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;es et attendent l'aval des autorit&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Deux facteurs peuvent expliquer la relance des recherches de m&#233;taux en France : la hausse des prix, malgr&#233; une petite baisse aujourd'hui, qui restent &#224; des niveaux int&#233;ressants pour continuer les travaux d'exploration, et l'int&#233;r&#234;t croissant pour les coproduits ou sous-produits, des petits m&#233;taux (antimoine, cadmium, germanium, baryum, etc.) associ&#233;s &#224; des m&#233;taux principaux particuli&#232;rement recherch&#233;s par l'industrie &#233;lectronique et les nouvelles technologies vertes&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;crypte Anna Bednik. Avec son compagnon, Anna a parcouru l'Am&#233;rique latine et a rencontr&#233; nombre de communaut&#233;s indig&#232;nes et paysannes en lutte pour pr&#233;server l'int&#233;grit&#233; de leur territoire. De retour en France, la journaliste s'est engag&#233;e sur le terrain des gaz et p&#233;trole de schiste. En janvier 2016, son exp&#233;rience accumul&#233;e donne naissance au bouquin &lt;i&gt;Extractivisme&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extractivisme, Anna Bednik, Le passager clandestin, 2016.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; o&#249; elle d&#233;crit avec minutie une effrayante intensification de l'exploitation industrielle de la nature. Anna avale une gorg&#233;e de caf&#233;, puis r&#233;sume le r&#244;le de lanceur d'alerte qu'elle a jou&#233; &#224; travers le collectif &lt;a href=&#034;http://www.aldeah.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;aldeah &lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, une dizaine de collectifs se battent contre des projets miniers. Le mouvement se structure petit &#224; petit. Depuis deux ans, le collectif creusois organise le festival Terre d'aucune mine (No Mine's Land) en &#233;t&#233;. Y participent des gens de Creuse, de Sarthe, des Bretons, des habitants de Salsigne.&lt;/i&gt; &#187; &#192; Salsigne (Aude), la derni&#232;re mine d'or fran&#231;aise a ferm&#233; ses galeries en 2004. Le territoire est d&#233;vast&#233; par une pollution &#224; l'arsenic. L'incidence des cancers du poumon et du larynx y cr&#232;ve tous les plafonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le p&#233;rim&#232;tre vis&#233; par le projet minier de Lok-Envel est assis sur cinq masses d'eaux souterraines. En termes de pollution, il n'y a pas pire endroit&lt;/i&gt; &#187;, constate am&#232;rement Goulven. Variscan Mines doit faire des pr&#233;l&#232;vements tous les deux cents m&#232;tres, avec des forages variant entre cent et cinq cents m&#232;tres. Trois sont pr&#233;vus pour descendre &#224; 1 500 m&#232;tres. &#171; &lt;i&gt;&#192; cette profondeur-l&#224;, on ne cherche pas du tungst&#232;ne&lt;/i&gt;, tique Goulven.&lt;i&gt; Mais plut&#244;t des hydrocarbures non-conventionnels. Gaz ou p&#233;trole de schiste, en clair. Il ne faut pas oublier que le seul permis de gaz de schiste est en Bretagne, au large de l'&#238;le d'Ouessant.&lt;/i&gt; &#187; C&#244;t&#233; creusois, on ironise : &#171; &lt;i&gt;La mine dite responsable, on appelle &#231;a la mine responsable des d&#233;sastres &#233;conomico-sociaux et environnementaux&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che Marc avant d'&#233;voquer les proc&#233;d&#233;s de cyanuration comme autant de &#171; &lt;i&gt; dramatiques polluants&lt;/i&gt; &#187;. Les experts jurent leur grand dieu scientiste que les techniques sont plus propres et efficaces, mais rien de concret n'est avanc&#233;. Dans le pire des cas, des indemnisations seront vers&#233;es. &#171; &lt;i&gt; On vous intoxique, on vous tue, mais rassurez-vous, vous allez toucher de l'argent &lt;/i&gt; &#187;, grimace Marc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tout le monde est concern&#233; par l'extension des fronti&#232;res extractives. Que ce soit pour la grande industrie, un projet minier ou p&#233;trolier, les logiques de destruction de la nature sont les m&#234;mes. Pour obtenir ces mati&#232;res, on d&#233;truit des territoires, des &#233;cosyst&#232;mes et des possibilit&#233;s de vie&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Anna Bednik. Avec ce topo, on en oublierait presque la carotte hollandaise : les emplois ! En Creuse, le gisement est estim&#233; &#224; deux cents jobs. En vraie rabat-joie, l'association StopMine23 a fait ses propres calculs. Marc : &#171; &lt;i&gt; On sait tr&#232;s bien qu'une mine &#224; ciel ouvert, aujourd'hui, c'est trois camionneurs qui conduisent toute la journ&#233;e, des ing&#233;nieurs artificiers qui viennent du Canada poser deux b&#226;tons de dynamite une fois par mois, trois gars pour tout mettre au concasseur et &#233;ventuellement un gardien de nuit pour surveiller le chantier.&lt;/i&gt; &#187; Dans les C&#244;tes-d'Armor, Variscan Mines a fini par avouer qu'aucun job n'&#233;tait &#224; la cl&#233;. Y a pas que les forages qui atteignent des profondeurs abyssales, le foutage de gueule aussi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Goulven a aussi tenu la plume dans ces colonnes, cf. son article &#171; Un nouvel eldorado minier ? &#187; paru dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-134&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#176;134&lt;/a&gt; (juillet-ao&#251;t 2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; &lt;i&gt;Extractivisme&lt;/i&gt;, Anna Bednik, Le passager clandestin, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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