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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Folie et pr&#233;carit&#233; : la double peine</title>
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		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>


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&lt;p&gt;Quand Marcel a d&#233;barqu&#233; de Roumanie, il a v&#233;cu quatre ans &#224; la rue. Marcel a parfois du mal &#224; se faire comprendre, parce qu'il n'a plus de dents et que le fran&#231;ais est une langue compliqu&#233;e. Parfois, Marcel p&#232;te les plombs. Bien comme il faut. Il est aussi capable de t'offrir une mini-sculpture en bois en forme de c&#339;ur dans un couloir des urgences psychiatriques, au milieu des hurlements. Au fil de notre relation, Marcel m'a &#233;galement fait conna&#238;tre le r&#233;seau marseillais d'alternatives &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand Marcel a d&#233;barqu&#233; de Roumanie, il a v&#233;cu quatre ans &#224; la rue. Marcel a parfois du mal &#224; se faire comprendre, parce qu'il n'a plus de dents et que le fran&#231;ais est une langue compliqu&#233;e. Parfois, Marcel p&#232;te les plombs. Bien comme il faut. Il est aussi capable de t'offrir une mini-sculpture en bois en forme de c&#339;ur dans un couloir des urgences psychiatriques, au milieu des hurlements. Au fil de notre relation, Marcel m'a &#233;galement fait conna&#238;tre le r&#233;seau marseillais d'alternatives &#224; la psychiatrie et sa nouvelle approche bas&#233;e sur le r&#233;tablissement, qui est au c&#339;ur de cet article. Comme des milliers d'autres personnes, il vit le duo infernal de la grande pr&#233;carit&#233; et de la souffrance psychique. Mais Marcel, il s'accroche.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3247 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L485xH400/-1459-240b1.jpg?1768673810' width='485' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marcel Pitu
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;I&lt;/span&gt;l y a celui qu'on appelle Diog&#232;ne, qui trie les poubelles nuit et jour en habit de ramoneur, ou ce jeune homme qui traverse inlassablement le m&#234;me passage pi&#233;ton devant l'&#233;glise des R&#233;form&#233;s, toute la sainte journ&#233;e. &#192; Marseille, on les appelle avec condescendance les &#171; fatigu&#233;s &#187;. Sauf que derri&#232;re ces &#171; fatigues &#187;, se cachent souvent des vies ultra-pr&#233;caires, un isolement terrible et de r&#233;elles souffrances psychiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la deuxi&#232;me ville de France, l'estimation la plus courante fait &#233;tat de quelque 14 000 personnes &#224; la rue, 30 % &#233;tant touch&#233;es par des troubles psychiatriques s&#233;v&#232;res : schizophr&#233;nie, bipolarit&#233;, d&#233;pression s&#233;rieuse, etc. Des troubles qui ne peuvent qu'&#234;tre aggrav&#233;s par la duret&#233; de la vie &#224; la rue et la difficult&#233; de l'acc&#232;s au soin. Au-del&#224; des chiffres, on comprend que c'est souvent le traitement social de la folie qui exacerbe voire provoque ce genre de situations. Exclues, ces personnes sont emp&#234;ch&#233;es de vivre comme les autres. Des passages &#224; l'asile, parfois, mais surtout : condamn&#233;es &#224; la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcel, la rue, il conna&#238;t bien. Arriv&#233; de Roumanie en 2010 pour rejoindre son fr&#232;re, il &#233;choue dans un recoin pr&#232;s de la gare Saint-Charles. Il y vivra quatre ans et fr&#233;quentera le centre de soins de M&#233;decins du Monde, &#224; la Belle-de-Mai. Un des rares endroits o&#249; les exclus peuvent trouver un peu d'aide sans qu'on ne leur demande quoi que ce soit en &#233;change. Tous ont en commun le fait de ne pas avoir acc&#232;s aux soins, parce qu'ils sont sans-papiers et / ou n'ont pas de couverture sant&#233;. Pendant un mois, Marcel pr&#233;vient quotidiennement les &#233;quipes : &#171; &lt;i&gt;Aidez-moi, ma t&#234;te va exploser, mon pancr&#233;as aussi, je veux mourir.&lt;/i&gt; &#187; Jusqu'au jour o&#249; il ramasse un tesson de bouteille pour en finir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; cet acte d&#233;sesp&#233;r&#233;, les &#233;quipes de M&#233;decins du Monde le mettent en relation avec l'&#233;quipe mobile de psychiatrie Marss (Mouvement et action pour le r&#233;tablissement social et sanitaire). Trois semaines apr&#232;s, Marcel est enfin re&#231;u par la psychiatre de l'association. Pas tir&#233; d'affaire, mais enfin &#233;cout&#233;, il sort peu &#224; peu de l'isolement, mais pas de la pr&#233;carit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marseille, capitale du &#171; r&#233;tablissement &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 2005 se d&#233;veloppent &#224; Marseille des dispositifs alternatifs &#224; la psychiatrie classique, bas&#233;s sur le &lt;i&gt;r&#233;tablissement&lt;/i&gt;. Une approche qui s'oppose &#224; l'id&#233;e que les troubles psychiques seraient incurables ou qu'on ne pourrait pas vivre avec, mettant en lumi&#232;re la double peine que subissent les personnes concern&#233;es : d'une part celle de la maladie et de ses sympt&#244;mes, d'autre part, celle de ses cons&#233;quences sociales (violence, exclusion et stigmatisation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;r&#233;tablissement&lt;/i&gt;, ce sont entre autres les &#233;quipes de Marss qui l'importent des &#201;tats-Unis &#224; Marseille, o&#249; sont lanc&#233;es plusieurs exp&#233;rimentations innovantes. Des voyages d'&#233;tudes avaient permis aux acteurs de ces diff&#233;rents projets (psychiatres, chercheurs, etc.) de comprendre l'importance du &#171; travail pair &#187; qui reconna&#238;t les usagers de la psychiatrie comme des experts en la mati&#232;re. Les personnes qui ont connu la rue, la psychiatrie ou les addictions sont souvent bien plus l&#233;gitimes que d'autres &#224; travailler dans les structures de soin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2007, compte tenu des difficult&#233;s inh&#233;rentes au soin des personnes &#224; la rue, un collectif d&#233;cide d'ouvrir un squat rue Curiol, en plein centre-ville. L'objectif du &lt;i&gt;Marabout&lt;/i&gt; : proposer &#224; des sans-abris vivant avec des troubles psychiatriques s&#233;v&#232;res une alternative aux foyers de SDF et &#224; l'h&#244;pital psychiatrique. Apr&#232;s la visite de Roselyne Bachelot, alors ministre de la Sant&#233;, le squat devient moins exp&#233;rimental et s'institutionnalise. Par ailleurs, ses &#233;quipes obtiennent une subvention pour lancer l'exp&#233;rimentation &#171; Un chez soi d'abord &#187;, qui procure des logements sociaux aux personnes sans-abri en souffrance psychique. Leur d&#233;marche : renverser la philosophie des plans de lutte contre le &#171; sans-abrisme &#187;, lesquels pr&#244;nent le traitement et l'abstinence de drogue et d'alcool avant de (ou sans) prendre en compte la question du logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2015, Marcel s'installe &#224; &lt;i&gt;La R&#233;quiz'&lt;/i&gt;, un squat tout juste ouvert par l'association Marabout, dans lequel logent une trentaine d'habitants&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Marseille : occupy la psychiatrie &#187;, CQFD n&#176; 148 (novembre 2016).&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;Je m'y sentais bien, les gens faisaient parfois de grosses crises, mais j'avais ma chambre et un espace pour dessiner&lt;/i&gt; &#187;, se souvient Marcel. Sa situation se stabilise et lui permet enfin de s'attaquer, avec l'aide de l'association Marss, &#224; sa situation administrative et &#224; l'ouverture de ses droits pour obtenir l'Allocation aux adultes handicap&#233;s (AAH). Il est r&#233;guli&#232;rement suivi par la psychiatre de l'&#233;quipe, &#224; qui il voue un amour inconditionnel, et soigne enfin son pancr&#233;as d&#233;glingu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans apr&#232;s, &lt;i&gt;La R&#233;quiz'&lt;/i&gt; est honteusement expuls&#233;e. Traumatis&#233; par l'&#233;pisode, Marcel prend ses affaires et trouve refuge &#224; l'&#233;tage d'un caf&#233; associatif marseillais dans lequel il se sent bien. Cette situation pr&#233;caire dure plus d'un an. Les proc&#233;dures administratives kafka&#239;ennes pour obtenir des aides auxquelles il a droit, la difficult&#233; &#224; comprendre le fran&#231;ais et &#224; pouvoir r&#233;ellement exprimer ce qu'il veut, les &#233;quipes de Marss d&#233;bord&#233;es et un traumatisme li&#233; &#224; une piq&#251;re qui lui a &#233;t&#233; administr&#233;e aux urgences psychiatriques, provoquent chez lui une souffrance terrible et un profond sentiment d'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2017, Marcel int&#232;gre&lt;i&gt; Le Lieu de r&#233;pit&lt;/i&gt;. Poussant la d&#233;marche du &lt;i&gt;Marabout&lt;/i&gt; un cran plus loin, cet espace, premier du genre, exp&#233;rimente un accueil des personnes en pleine crise psychotique afin de limiter le recours aux hospitalisations sans consentement &lt;i&gt;[lire pp. 6 &amp; 7 du pr&#233;sent dossier notre entretien avec Andr&#233; Bitton : &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/On-peut-parler-de-barbarie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;On peut parler de barbarie hospitali&#232;re&lt;/a&gt; &#187;]&lt;/i&gt;. Il propose un refuge calme et communautaire o&#249; se poser le temps de traverser l'&#233;pisode de d&#233;compensation. L'objectif est aussi de donner du sens &#224; cette crise, sans qu'elle soit d'embl&#233;e m&#233;dicalis&#233;e et psychiatris&#233;e. Marcel vivra au &lt;i&gt;Lieu de r&#233;pit&lt;/i&gt; un an et demi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3246 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L490xH400/-1458-d7805.jpg?1768649888' width='490' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marcel Pitu
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Accueillir la crise&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le salon du &lt;i&gt;Lieu de r&#233;pit&lt;/i&gt;, qui accueille une dizaine de r&#233;sidents, tr&#244;ne cette phrase de Pr&#233;vert : &#171; &lt;i&gt;L'ordre des choses est dans le d&#233;sordre des &#234;tres.&lt;/i&gt; &#187; Voil&#224; qui pose l'ambiance. Dans ce nouveau refuge, Marcel a de la place pour dessiner, sculpter et m&#234;me exposer ses &#339;uvres dans la pi&#232;ce commune. Il entame un stage dans un atelier de menuiserie et gagne enfin un salaire. En revanche, il trouve l'atmosph&#232;re du lieu anxiog&#232;ne : &#171; &lt;i&gt;C'est dur de r&#233;unir autant de souffrances sous un m&#234;me toit.&lt;/i&gt; &#187; Les r&#233;sidents, orient&#233;s par les &#233;quipes mobiles de Marss et de l'Ulice (Unit&#233; locale d'intervention de crise et d'&#233;valuation&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;quipe mobile de psychiatrie qui intervient au domicile des personnes dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;) ou par des proches, arrivent parfois bien caboss&#233;s. &#171; &lt;i&gt;C'est effectivement tr&#232;s vivant, &lt;/i&gt;souligne Jodi, salari&#233; depuis quelques mois en tant qu'intervenant en sant&#233; mentale communautaire.&lt;i&gt; On navigue constamment entre des moments de fortes tensions et d'autres plus l&#233;gers.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de l'&#233;quipe, compos&#233;e de professionnels de sant&#233;, chercheurs, &#233;ducateurs, b&#233;n&#233;voles et travailleurs pairs ? Accueillir la crise. Et surtout, la d&#233;cortiquer. Saphir Desvignes, chercheuse au &lt;i&gt;Lieu de r&#233;pit&lt;/i&gt; et elle-m&#234;me usag&#232;re de la psychiatrie, explique qu'il s'agit surtout &#171; &lt;i&gt;d'orienter le regard de la personne sur ses forces et son autonomie plut&#244;t que sur ses vuln&#233;rabilit&#233;s, d&#233;couvrir au quotidien ce qui fait du bien et ce qui fait monter en pression&lt;/i&gt; &#187;. La pr&#233;sence de travailleurs pairs et l'absence de psychiatre sur le lieu renversent consid&#233;rablement les sch&#233;mas institutionnels. &#171; &lt;i&gt;L'&#233;quit&#233; dans la relation est fondamentale&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise Saphir. Le soin, ici, sera tout autre : &#171; &lt;i&gt;Accueillir la crise, &#231;a peut consister &#224; aller fumer une clope avec la personne ou la laisser exploser trois assiettes sans intervenir de fa&#231;on coercitive,&lt;/i&gt; poursuit Saphir. &lt;i&gt;C'est un travail relationnel. L'important, c'est d'abord de reconna&#238;tre cette crise, car elle a toujours une cause. C'est souvent un signal inconscient et incontr&#244;l&#233; pour exprimer un besoin ou une attente insatisfaite... Mais certains professionnels de la sant&#233; n'ont pour seule r&#233;ponse qu'une piq&#251;re.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle approche est parfois compliqu&#233;e &#224; appr&#233;hender pour les r&#233;sidents qui n'ont pas forc&#233;ment fait le choix du communautaire et pour qui les concepts d'&lt;i&gt;open dialogue&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'open dialogue est une approche psychoth&#233;rapeutique qui trouve son origine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; et de &lt;i&gt;r&#233;tablissement &lt;/i&gt;sont souvent floues. Marcel en a &#233;t&#233; lui-m&#234;me d&#233;stabilis&#233; durant son s&#233;jour : &#171; &lt;i&gt;&#199;a se dit lieu de soin, mais il n'y m&#234;me pas de m&#233;dicament, m&#234;me quand tu as mal &#224; la t&#234;te.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, la crise s'av&#232;re trop forte pour &#234;tre &#171; accueillie &#187;. En novembre dernier, Marcel a de nouveau d&#233;goupill&#233; &#8211; &#171; &lt;i&gt;&#199;a fait dix jours que je mange plus, j'ai trop de col&#232;re en moi&lt;/i&gt; &#187;, me confiait-il &#224; l'&#233;poque. Encore une fois : pr&#233;carit&#233;, fatigue nerveuse et une tension avec un des salari&#233;s du lieu le replongent dans un lancinant sentiment d'injustice. La suite ? Flics, pompiers, Samu : direction les urgences psychiatriques. Dix minutes d'entretien, et le psychiatre lui demande de quitter les lieux. &#171; &lt;i&gt;J'ai refus&#233; la piq&#251;re&lt;/i&gt; &#187;, me dira-t-il en sortant des urgences, tout tremblant. Il retournera au &lt;i&gt;Lieu de r&#233;pit&lt;/i&gt;, pour &#171; finir &#187; sa crise. Et les choses se tasseront. &#192; nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adh&#233;sion des r&#233;sidents au projet &#233;tant parfois compliqu&#233;e, le contrat de d&#233;part doit &#234;tre clair. Jodi rappelle d'ailleurs que le lieu ne peut offrir qu'un r&#233;pit temporaire : &#171; &lt;i&gt;On ne peut pas repr&#233;senter un logement sur la dur&#233;e, on bosse comme des fous, mais on fait avec les moyens du bord.&lt;/i&gt; &#187; Avec un 115 constamment satur&#233; et la crise des logements (sociaux) marseillais, il est souvent tr&#232;s compliqu&#233; de proposer une solution d'h&#233;bergement satisfaisante &#224; la fin du s&#233;jour : &#171; &lt;i&gt;Au bout d'une semaine, un ou trois mois maximum, les gens repartent dans leur famille, chez des potes, &#224; l'hosto... ou retournent &#224; la rue. C'est &#233;videmment une situation de merde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La libert&#233; d'exp&#233;rimenter ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il y a un gros enjeu autour de cette exp&#233;rimentation,&lt;/i&gt; pr&#233;cise Saphir. &lt;i&gt;Le fait de pratiquer une recherche qualitative, quantitative et m&#233;dico-&#233;conomique permet de montrer &#224; l'Agence r&#233;gionale de Sant&#233; &lt;/i&gt;[ARS] &lt;i&gt;l'int&#233;r&#234;t qu'elle &#224; financer &lt;/i&gt;Le Lieu de r&#233;pit &lt;i&gt;et &#224; d&#233;velopper ce type d'initiative sur tout le territoire&lt;/i&gt; &#187;. L'ind&#233;pendance et la r&#233;elle libert&#233; d'exp&#233;rimenter sont forc&#233;ment ternies par ces enjeux financiers : le lieu est financ&#233; par un organisme et un programme d&#233;pendant du minist&#232;re de la Sant&#233;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La CNSA (Caisse nationale des solidarit&#233;s et de l'autonomie) et le PRPSS (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Anne, ancienne travailleuse paire des d&#233;buts, ne d&#233;col&#232;re pas : &#171; &lt;i&gt;Le lieu a re&#231;u un million d'euros pour r&#233;habiliter cet ancien squat. &#199;a ne peut pas &#234;tre totalement un projet alternatif si c'est financ&#233; par l'ARS.&lt;/i&gt; &#187; Par ailleurs, Anne d&#233;plore un certain manque de confiance accord&#233; aux premiers r&#233;sidents du lieu &#224; qui il avait &#233;t&#233; promis des postes salari&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Le choix de la sant&#233; communautaire est ambitieux, il implique de prendre des risques. Par exemple, un dessinateur professionnel a &#233;t&#233; engag&#233; alors que Marcel aurait tr&#232;s bien pu &#234;tre l'art-th&#233;rapeute du lieu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcel a finalement quitt&#233; &lt;i&gt;Le Lieu de r&#233;pit&lt;/i&gt;, fin 2019. Saphir se souvient de sa derni&#232;re crise o&#249; la violence escaladait entre les murs du dispositif : &#171; &lt;i&gt;De nouveau, il voulait tout l&#226;cher et notamment son stage qui devait pourtant garantir son futur logement.&lt;/i&gt; &#187; La tribu marseillaise s'est alors r&#233;unie en urgence : Marss, l'&#233;quipe du &lt;i&gt;Lieu de r&#233;pit&lt;/i&gt;, ses proches : tous l'ont convaincu de poursuivre et de s'accrocher. Ce qu'il a fait. Il y a quelques jours, Marcel &#233;tait rayonnant au caf&#233; du coin, l&#224; o&#249; le jeune traverse le passage pi&#233;ton devant l'&#233;glise des R&#233;form&#233;s. Il loge enfin dans son propre appartement, pas loin du fameux recoin pr&#232;s de la gare o&#249; il s'&#233;tait abrit&#233; &#224; son arriv&#233;e &#224; Marseille. Son travail &#224; &#171; &lt;i&gt;la fabrique de chocolat&lt;/i&gt; &#187; lui pla&#238;t plut&#244;t. Il est m&#234;me amoureux. Surtout, il s'est remis &#224; dessiner.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile Kiefer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Marseille-Occupy-la-psychiatrie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Marseille : occupy la psychiatrie&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 148 (novembre 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;quipe mobile de psychiatrie qui intervient au domicile des personnes dans trois arrondissements du sud de Marseille, pour &#233;viter les hospitalisations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'&lt;i&gt;open dialogue&lt;/i&gt; est une approche psychoth&#233;rapeutique qui trouve son origine en Finlande. Elle repose sur une philosophie de travail en &#233;quipe, un partage des comp&#233;tences entre soignants, une gestion de la crise centr&#233;e sur le patient et ses &#233;motions plut&#244;t que sur le sympt&#244;me en essayant de recourir le moins possible &#224; un traitement antipsychotique ou &#224; une hospitalisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La CNSA (Caisse nationale des solidarit&#233;s et de l'autonomie) et le PRPSS (Programme de recherche sur la performance des syst&#232;mes de soin).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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