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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Quand l'art fait rempart</title>
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		<dc:creator>Diletta Moscatelli</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;Il y a des usines de charcuterie qui connaissent un bien &#233;trange destin. Celle de la fabrique Fiorucci, situ&#233;e en banlieue Est de Rome et &#224; l'abandon depuis vingt ans, a &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;e en 2009 par un groupe de 200 migrants, pr&#233;caires et sans-abri. Puis au fil des ans, ce squat d'habitation, le Metropoliz, s'est transform&#233; en gigantesque &#339;uvre d'art collective et en mus&#233;e autog&#233;r&#233;. Visite guid&#233;e. Rome, juillet 2016. Cela fait deux mois que je suis h&#233;berg&#233;e au Metropoliz. Ce soir, il fait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/visiteurs" rel="tag"&gt;visiteurs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a des usines de charcuterie qui connaissent un bien &#233;trange destin. Celle de la fabrique Fiorucci, situ&#233;e en banlieue Est de Rome et &#224; l'abandon depuis vingt ans, a &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;e en 2009 par un groupe de 200 migrants, pr&#233;caires et sans-abri. Puis au fil des ans, ce squat d'habitation, le Metropoliz, s'est transform&#233; en gigantesque &#339;uvre d'art collective et en mus&#233;e autog&#233;r&#233;. Visite guid&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3215 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH436/-1432-e6655.jpg?1779604684' width='400' height='436' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Baptiste Alchourroun
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;R&lt;/span&gt;ome, juillet 2016. Cela fait deux mois que je suis h&#233;berg&#233;e au Metropoliz. Ce soir, il fait tr&#232;s chaud. Tellement que beaucoup des 200 habitants restent dans la cour de l'ancienne usine, en qu&#234;te d'un peu de fra&#238;cheur. Pour la premi&#232;re fois, j'ose sortir mon enregistreur &#8211; quelque chose m'en avait emp&#234;ch&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent. Les habitants y sont pourtant habitu&#233;s : les visiteurs sont nombreux, qui passent, posent des questions, prennent des photos et tournent des vid&#233;os.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq enfants roms s'assoient &#224; c&#244;t&#233; de moi, sur une marche en b&#233;ton contre le mur de l'usine, un peu &#224; l'&#233;cart du va-et-vient d'adultes parlant en rouman&#236;. Ils ont accept&#233; d'&#234;tre interview&#233;s collectivement. Sans doute parce que je les connais bien : je ne cesse de les croiser dans la cour. Mais c'est la premi&#232;re fois que je les sens intimid&#233;s. Ils ont d'ordinaire le contact tr&#232;s facile, y compris avec les adultes, mais voil&#224; qu'ils n'osent plus dire un mot. L'enregistreur fait barri&#232;re. Et je me sens g&#234;n&#233;e de le leur imposer, comme si je profitais de l'intimit&#233; qui s'est cr&#233;&#233;e entre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je les questionne quand m&#234;me &#8211; je tiens beaucoup &#224; recueillir leur sentiment sur cette initiative hors-norme qu'est le Museo dell'Altro e dell'Altrove di Metropoliz (en un acronyme, le MAAM). Qu'est-ce que les habitants en pensent ? Aimeraient-ils que les horaires de visite ne soient pas seulement limit&#233;s au samedi ? Les visiteurs empi&#232;tent-ils parfois sur leurs espaces de vie ? Le plus &#224; l'aise des enfants me r&#233;pond au nom des autres. M'explique qu'ils ne se sentent pas trop concern&#233;s par le mus&#233;e, mais que les visiteurs ne les d&#233;rangent pas. Et que non, ils n'ont jamais pens&#233; &#224; devenir guide ou artiste. C'est vrai, j'avais oubli&#233; : ils seront tous footballeurs. En attendant, ils se disent bien ici &#8211; il ne manque qu'une grande piscine et une salle de jeux vid&#233;o pour que ce soit parfait. Et ils l'assurent : le mus&#233;e est tr&#232;s important pour les habitants, parce qu'il leur permet de &#171; &lt;i&gt;rester dans leurs logements&lt;/i&gt; &#187;. S'ils n'ont pas &#233;t&#233; expuls&#233;s, c'est &#171; &lt;i&gt;gr&#226;ce aux dessins&lt;/i&gt; &#187;. Et &#224; tous ces visiteurs &#171; &lt;i&gt;qui viennent les voir&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Entr&#233;es &#224; prix libre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais avant de parler de &#171; dessins &#187;, il faut en dire plus sur ce lieu &#224; part. Son histoire a d&#233;but&#233; en 2009, quand un groupe de 200 migrants, pr&#233;caires et sans-abri, soutenus par le mouvement des Blocchi Precari Metropolitani, a d&#233;cid&#233; d'occuper une ancienne usine de charcuterie d&#233;saffect&#233;e depuis plus de vingt ans, dans la banlieue est de Rome. L'ex-fabrique Fiorucci, sur la rue Prenestina, la route principale du quartier Tor Sapienza, avait &#233;t&#233; rep&#233;r&#233;e depuis un moment : elle ferait un lieu id&#233;al o&#249; habiter le monde. Notamment &#224; cause de sa taille : l'ancienne usine s'&#233;tend sur 15 000 m&#232;tres carr&#233;s. Elle est constitu&#233;e de plusieurs structures, qui remplissaient diverses fonctions (enclos &#224; cochons, abattoirs, cellules r&#233;frig&#233;rantes, labo de production, stockage). Et est entour&#233;e d'un large mur d'enceinte, interrompu en son c&#244;t&#233; sud par le portail vert de l'entr&#233;e principale. Sur ce dernier, plein de bo&#238;tes aux lettres aux noms des habitants, t&#233;moignant de leurs origines tr&#232;s diverses &#8211; Italie, Roumanie, P&#233;rou, Maroc, &#201;rythr&#233;e, &#201;thiopie, Saint-Domingue, Soudan...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tr&#232;s grande majorit&#233; d'entre eux r&#233;side ici depuis le d&#233;but &#8211; il n'y a pas eu d'arrivants en huit ans, sinon des nouveau-n&#233;s et des membres de familles d&#233;j&#224; install&#233;es rejoignant leurs proches. Tous logent dans de petites maisonnettes de bric et de broc, certaines construites autour de la structure principale, d'autres &#224; l'int&#233;rieur. Les conditions de vie n'y sont pas toujours faciles. La chaleur, l'&#233;t&#233;. L'humidit&#233;, l'hiver. L'absence de chauffage. Une &#233;lectricit&#233; parfois d&#233;faillante. Et la d&#233;brouille, toujours. De nombreux occupants ont un petit boulot &#8211; ils font des m&#233;nages, gardent des enfants, vendent des bricoles &#8211; mais personne ne roule sur l'or. Quant aux Roms, beaucoup passent leur journ&#233;e &#224; r&#233;colter de la ferraille pour la revendre. Le samedi, une dizaine d'habitants s'occupent du mus&#233;e, pour son ouverture hebdomadaire au public. Ils se chargent du m&#233;nage, des cuisines, de l'accueil des visiteurs. Pour r&#233;tribution, ils se partagent les euros r&#233;colt&#233;s &#224; l'entr&#233;e (&#224; prix libre) et &#224; la cantine &#8211; voil&#224; le seul argent g&#233;n&#233;r&#233; par le MAAM.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#338;uvre d'art collective&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de ce mus&#233;e &#224; part s'est progressivement impos&#233;e au fil des ans. Le m&#233;rite en revient notamment &#224; un documentaire, &lt;i&gt;Space Metropoliz&lt;/i&gt;, r&#233;alis&#233; en 2011 et 2012 par Giorgio de Finis et Fabrizio Boni. Dans le cadre du tournage, nombre d'artistes sont venus contribuer gratuitement &#224; la valorisation esth&#233;tique du lieu, en cr&#233;ant des &#339;uvres sur les murs de l'usine. La participation a &#233;t&#233; telle que les r&#233;alisateurs ont ensuite d&#233;cid&#233;, avec l'accord des habitants, d'en faire un mus&#233;e ouvert au public. Le MAAM, donc. Pas un mus&#233;e au rabais, hein : sa collection affiche la bagatelle de 500 &#339;uvres. Et elle constitue une v&#233;ritable barricade artistique. D'autant que certaines cr&#233;ations sont le fait d'artistes b&#233;n&#233;ficiant d'une reconnaissance certaine &#8211; y compris financi&#232;re &#8211; sur le march&#233; de l'art. C'est l&#224; l'un des int&#233;ressants courts-circuits dont joue le MAAM : il se sert de la sp&#233;culation artistique pour mettre en &#233;chec la sp&#233;culation immobili&#232;re. Une tactique &#224; laquelle a eu aussi recours, entre autres, le centre social occup&#233; XM24 &#224; Bologne, menac&#233; d'expulsion et recouvert d'une magnifique &#339;uvre du street-artiste Blu en 2013 &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Las, la protection n'a eu qu'un temps. En mars 2016, Blu a d&#233;cid&#233; d'effacer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Renversement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancienne usine est ainsi devenue &#339;uvre d'art collective, part vivante du patrimoine public. Ce qui complique la t&#226;che de qui voudrait expulser les habitants. C'est pourtant l'intention du propri&#233;taire des lieux, qui souhaite raser l'ancienne usine pour b&#226;tir des r&#233;sidences modernes. Pour l'instant, il en est pour ses frais : difficile d'envoyer des pelleteuses d&#233;truire des &#339;uvres d'art. &#199;a fait mauvais effet... Difficile, mais pas impossible : la menace d'expulsion plane toujours. Et un proc&#232;s est aussi en cours contre quatre des occupants pour vol d'&#233;lectricit&#233;. Bref, rien n'est gagn&#233;. L'art fait rempart, mais ne r&#233;sout pas tous les probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Prendre position&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au MAAM, pas question d'argent. Tous les artistes pr&#233;sents s'y sont investis b&#233;n&#233;volement. Et le lieu n'a jamais b&#233;n&#233;fici&#233; de quelque financement que ce soit, priv&#233; ou public. &#171; &lt;i&gt;En r&#233;alit&#233;, chaque artiste signe avec son &#339;uvre une p&#233;tition virtuelle en faveur de Metropoliz, &lt;/i&gt;souligne Giorgio de Finis, d&#233;sormais curateur du mus&#233;e. &lt;i&gt;Il prend ainsi position contre la pr&#233;carit&#233; de la vie, pour le droit au logement, la libert&#233; de mouvement, la beaut&#233;, l'art et la culture pour tou.te.s.&lt;/i&gt; &#187; En clair, l'art se retrouve v&#233;ritablement inscrit dans la r&#233;alit&#233;. Ainsi que dans ses dommages &#233;ventuels : pas question de prot&#233;ger les &#339;uvres. Les artistes acceptent de fait qu'elles puissent &#234;tre endommag&#233;es. Ab&#238;m&#233;es par le jet de ballon d'un enfant, d&#233;color&#233;es par le soleil ou encore d&#233;t&#233;rior&#233;es par une fuite d'eau impr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste une question. Si les artistes expos&#233;s acceptent que leur travail soit mis au service d'une grande &#339;uvre collective, et s'ils le font b&#233;n&#233;volement, certains tirent quand m&#234;me profit de la visibilit&#233; d&#233;sormais assur&#233;e par le MAAM. En filigrane, une interrogation pointe : l'art se met-il r&#233;ellement au service de ce b&#226;timent occup&#233; et de ses habitants ? N'existe-t-il pas un risque que ce soit l'inverse &#8211; le c&#244;t&#233; urbain du squat, avec ses occupants pauvres et marginalis&#233;s, servant d'&#233;crin &#171; exotique &#187; aux &#339;uvres d'art ? Le doute existe. Mais ce qui est s&#251;r, c'est qu'au MAAM se rencontrent, se croisent et souvent s'&#233;crasent nombre des contradictions de notre r&#233;alit&#233; contemporaine. Le centre et la p&#233;riph&#233;rie. Le &#171; haut &#187; de l'art et le &#171; bas &#187; des bidonvilles. La richesse et la pauvret&#233;. Une coexistence des extr&#234;mes en mouvement constant. Mais avec toujours cette id&#233;e de mettre l'art au service des luttes, de le pousser &#224; prendre position. C'est d&#233;j&#224; beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Diletta Moscatelli&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Las, la protection n'a eu qu'un temps. En mars 2016, Blu a d&#233;cid&#233; d'effacer toute trace de ses vingt ann&#233;es d'interventions &#224; Bologne, recouvrant ses &#339;uvres (et il y en avait beaucoup) de peinture grise. L'artiste entendait protester contre la &#171; th&#233;saurisation priv&#233;e &#187; du street-art. Quant au centre social XM24, son expulsion &#233;tait annonc&#233;e pour le 30 juin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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